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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 23/04/05 22:03
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Ô, bière, breuvage d’ambre au panache d’écume, or liquide des hautes terres, consolation du monde, *******e des dieux, dont l’évocation seule suffit à remporter l’adhésion des foules... Non, ce n’est pas à l’enseigne d’un quelconque primate aux mœurs particulières ou à la physionomie remarquable que nos amis retournèrent leur forfait accompli, mais plus simplement chez Sook, dont le logis présentait le double avantage d’être discret et à l’extérieur des remparts. Ça tombait bien, car l’aube aux doigts de roses pointait déjà, et la garde venait d’ouvrir les portes pour laisser passer les paysans qui accouraient tôt pour nourrir le ventre affamé de Baentcher. La demeure de Sook était aux Lavandières, à deux rues seulement de son laboratoire où pour la première fois ils avaient rencontré le golem. Ce n’était pas très grand, trois pièces seulement, mais le confort dont elle jouissait tranchait avec la misère ambiante du quartier et avec le quotidien de nos héros qui dans leur ensemble, étaient moins accoutumés à partager leur pitance avec leurs lévriers de chasse qu’avec les blattes et les rats. Les meubles étaient de cuir et de nobles essences de bois, avec l’aspect du neuf. Les murs humides disparaissaient sous les lourdes étoffes, les tapis et les moulures refaite il y a peu, il y avait même deux tableaux figurant des scènes guerrières et quelques objets d’arts de raisonnablement bon goût. Elle avait tout un choix d’alcools à sa disposition, dont ses invités n’abusèrent pas, d’une part parce qu’ils avaient fait nuit blanche et étaient plus attirés par les attraits brumeux de Morphée que par les libations en l’honneur de Bacchus, et d’autre part parce que leur instinct leur faisait quelque objection à l’idée de s’enivrer jusqu’à rouler par terre dans la demeure d’une sorcière de toute évidence maléfique. Cependant, l’intéressée disparut rapidement dans sa chambre et bientôt ne donna plus d’autre signe de vie que ses ronflements. Ils finirent par poser le coffre sur un guéridon d’acajou, au centre de la salle de séjour, et se trouvèrent chacun un coin pour dormir, gageant qu’après quelques heures de repos, ils seraient tous plus disposés à élucider le mystère de ce récipient rétif à l’effraction.
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Je tendrement dans le huître, avec deux en
plus, et dedans je le. Ordure et mou, l'chaussette
vermine jaune petit sachet de arbre.
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 23/04/05 22:04
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Le lendemain, dirons-nous par pure convention (les plus précoces se levèrent un peu avant midi), ils se mirent au travail. Ils retournèrent le coffre dans tous les sens, l’examinèrent avec méthode, inspectèrent chaque bandelette de fer en quête d’un mécanisme, d’un bouton, d’une irrégularité dans la patine trahissant un usage plus fréquent de telle ou telle surface ou d’une marque de fabrique. Mais au bout d’une heure, ces simples moyens ne donnèrent rien.
« J’aurais dû m’y attendre, expliqua Sook. C’est donc pour ça qu’on l’appelle la Boîte Hermétique de Delgrano. C’est parce qu’on peut pas l’ouvrir. C’est déplaisant.
- Et c’est qui, ce Delgrano ? Demanda alors Nilbor.
- Aucune idée, sûrement le sorcier qui l’a construit. Et si on grimpait au grenier en faisant ballotter nos poitrines pour consulter le Livre des Ombres ?
- Pardon ?
- C’est une plaisanterie qui ne fait rire que les sorciers. Cela dit la question est pertinente, si on retrouve la trace du dénommé Delgrano, on découvrira sûrement pourquoi il a construit ce coffre, comment il a fait et comment on fait pour l’ouvrir.
- Je doute que cette piste nous mène quelque part, expliqua Belam d’un air dépité.
- Et pourquoi, monsieur l’expert ?
- Parce que Delgrano n’est pas un sorcier. C’est une manufacture Malachienne qui vend des malles, des coffres et des sacs de voyages. Vous n’avez jamais fait les boutiques ?
- Vraiment ?
- J’ai chez moi un ravissant meuble qui vient de chez eux, je vous le montrerai à l’occasion. Ça m’étonnerait que ce soit un modèle courant de leur catalogue, mais je crois savoir qu’ils fabriquent à l’occasion des articles spéciaux pour des clients fortunés.
- Cool ! On pourra sûrement trouver de la documentation au siège de la manufacture. Il suffira de payer un peu par ci par là, de faire chanter, de...
- J’ai l’impression que dans ce que je vous ai dit, il vous a échappé un mot, qui est « Malachienne ». C’est à dire qui vient de Malachie.
- Et alors ?
- Malachie comme le pays qui est à deux mille bornes d’ici.
- Ah ouais...
- Mais puisque tu es magicienne, tu peux sûrement faire quelque chose, suggéra Nilbor.
- Mais pourquoi à chaque fois qu’il y a un problème qui se pose à un groupe d’aventuriers, il y a toujours un malin pour dire « Eh, le magicien, fais nous un sort de repoussage des trolls violacés du chaos le troisième jeudi du mois lorsqu’il neige et qu’on est en moyenne montagne » ?
- Parce qu’en général, ça marche. Tu n’as pas un sort d’ouverture ?
- Evidemment que j’ai un sort d’ouverture. Je trouve simplement que vous vous reposez beaucoup sur moi et pas trop sur vos propres compétences. J’espère que vous saurez vous en souvenir au moment du partage du butin. Bon, comment on fait déjà ? »
Que Sook ignorât un sortilège aussi simple que celui qui ouvre portes et cadenas étonna grandement ses compagnons. Peut-être n’était-elle pas si puissante, finalement. Ou bien avait-elle consacré trop d’énergie à étudier les moyens d’écorcher son prochain pour prêter quelque attention aux petits tracas de la vie quotidienne, comme par exemple celui de perdre ses clés. En tout cas, elle ne se gêna pas pour se plonger dans des grimoires moisis et des cahiers couverts de pattes de mouches .
Finalement, elle courut chercher quelques babioles dans un sac sous son lit, et devant ses compagnons assemblés en demi-cercle, exécuta son petit rituel. Une onde de magie parcourut doucement sur les bandelettes de métal. Puis, une ligne de glyphes magiques dorés apparut, barrant toute la longueur du meuble. Sook se pencha dessus, parcourut l’inscription, puis se releva, comme frappée de stupeur. Son visage était encore plus blanc qu’à l’accoutumée et dans ses yeux exorbités, on pouvait lire un profond accablement.
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 23/04/05 22:04
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« Malédiction !
- Quel est le problème ?
- Vois toi-même, prêtre, ces runes ne sont-elles pas claires ?
- Je ne lis pas ces écrits magiques, ce n’est pas clérical. Qu’est-ce que ça dit ?
- Ça dit que vous êtes tous des ignorants. Il est écrit ici « Ouverture Facile », comprenez-vous en seulement la signification ?
- Ben, si c’est facile à ouvrir, où est le problème ? Dit Mark ingénument.
- Des ignorants, c’est bien ce que je disais. Sachez donc, êtres de peu de savoir, que le terrible glyphe d’Ouverture Facile rend totalement impossible à ouvrir le contenant sur lequel il est apposé. Celui qui a enchanté ce coffre est un sorcier compétent qui y a passé un long moment et consacré des ressources importantes. Malheur, nous sommes faits comme des rats !
- Au moins, l’amulette est hors de portée des fâcheux, nota Belam.
- Mais comment je m’en tape de ton amulette de ******** ! Pardon, je m’énerve... Bref...
- Il n’y a pas moyen de forcer le coffre ? Demanda Mark, inquiet.
- C’est vrai, dit Vertu, on peut le scier, ou bien lui donner quelques coups de masse. Il y a bien un forgeron en ville qui nous prêtera un bon burin...
- Le sortilège d’Ouverture Facile fortifie la structure du contenant, les méthodes habituelles d’effraction ne servent à rien dans ce cas. Evidemment, il y a des moyens plus brutaux pour dépasser les résistances magiques, mais ils risquent de détruire le contenu en même temps que le contenant.
- Bon, réfléchissons, dit Vertu, encore toute contusionnée par sa confrontation avec le fracasseur. Quelqu’un a bien dû prévoir un moyen de l’ouvrir quand même, cette boîte. Sinon ça ne servirait à rien.
- Evidemment, il y a un mot de commande.
- Et voilà. Donc, on retrouve l’enchanteur pour qu’il nous donne le mot de commande...
- Pas la peine, c’est toujours le même qu’on utilise. Comme on dit dans le métier, « c’est codé en dur ».
- Et tu le connais ?
- Evidemment. Mais ça ne nous avance pas, parce que ce mot est réservé. A chaque fois qu’on lance ce sort, on choisit un certain nombre de personnes qui seules pourront ouvrir le coffre. Ah, c’est vicieux, comme sort.
- C’est pour ça que je déteste la magie. C’est trop tordu comme invention. Ah la truande par contre, ça c’est franc et direct. Un pied d’acier entre les côtes, ça ne prête pas à discussion.
- C’est une question de goût, je suppose.
- Et c’est quoi le mot de commande ?
- En fait c’est plus une phrase qu’un mot. C’est « Nargush al bendanel khalidor voorish », ce qui signifie en Sanskrut Révéré « Par la gloire des Anciens...
- Putain, ça s’ouvre ! Rugit Wahg-Ork à cet instant précis. »
Et en effet, ils purent constater que le coffre, sous leurs yeux, se déployait comme une fleur de fer, les bandelettes se déroulant rapidement, recouvrant bientôt toute la surface du guéridon. Son contenu s’étalait maintenant sous les yeux de nos héros : un pipeau en bois et trois rouleaux de parchemin.
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 23/04/05 22:04
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« Quoi ? S’écria Nilbor. Mais quelle est cette diablerie ?
- Où est passée l’amulette ? Demanda Mark, furieux.
- Par les cornes d’Urhgrosh-Grand-Cornu, c’est un coup de Sook, c’est sûr !
- L’ork a raison, approuva Mark. Si elle a pu ouvrir le coffre, c’est qu’il était destiné à être ouvert par elle. Parle, sorcière !
- Mais je suis comme vous, je tombe des nues ! Il se peut que totalement par hasard, j’ai la même empreinte morphogénique qu’un sorcier autorisé...
- Pouah, n’écoutons pas son verbiage confus, elle cherche à nous prendre dans ses entourloupinettes.
- Mais pas du tout, dit l’accusée tout en cherchant dans les recoins de sa cervelle si un vieux sort rance et oublié ne pourrait pas la tirer d’affaire, par exemple en transformant toutes ces brutes en poulets.
- Attendez un instant, intervint Nilbor. Si cette flûte et ces partitions ont été enfermées dans ce coffre avec un tel luxe de précautions, c’est qu’ils ont de la valeur, à n’en pas douter. Peut-être est-ce la clé secrète qui nous mènera au véritable trésor, sait-on jamais ?
- Ouais. Admettons. Voyons si on peut faire chanter ce pipeau avant de crucifier la rouquine avec la tête en bas.
- Ah ben merci, c’est gentil.
- Quelqu’un sait-il jouer de cet instrument ? »
Silence.
« Personne ?
- Hum, fit Wahg-Ork.
- Oui ?
- Je peux essayer.
- Toi ? Tu joues de la flûte ?
- Grandes sont les ressources de mon peuple. Et longues sont les soirées d’hiver quand on doit les passer seul dans un refuge des montagnes du Portolan. Faites voir les partitions. »
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 23/04/05 22:05
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L’ork s’humecta les lèvres tout en consultant les rouleaux de parchemin que, à défaut de lutrin, Mark tenait déroulés devant lui.
« C’est une notation un peu archaïque et j’ai des doutes sur le tempo, alors soyez indulgent. Par le fléau sanglant d’Uruk le Double-Borgne. »
Et de l’instrument sortit une exquise mélodie dont les subtiles inflexions, aux tons étranges du mode myxolidien , évoquaient l’indolence contemplative des anciennes cités elfiques de l’orient lointain, disparues depuis des lustres. Mais à mesure que l’ork progressait avec une aisance notable dans son morceau, un étrange phénomène se produisait dans le logis sookéen : car bien que l’interprète poursuivit imperturbablement, les notes perdaient en acuité tandis qu’un murmure les remplaçait, un murmure dans lequel on put bientôt reconnaître une voix. Et cette voix, masculine et moqueuse, disait ceci :
« Ma très chère sœur, paix et fraternité. Comme tu l’as sans doute déjà compris, j’ai profité de ton inaction et de ta balourdise coutumière pour m’emparer de quelques babioles intéressantes que je vais garder par-devers moi, ainsi que du masque de Guzulkat, que je compte offrir à ta place à Lonithaï afin d’en obtenir le paiement convenu. Tu t’étonnes ? Il ne faut pas, la croyais-tu assez sotte pour mettre tous ses œufs dans le même panier ? J’espère sincèrement que tu as perdu beaucoup de temps avec ce masque, et te prie de ne pas m’en vouloir pour le vilain tour que je viens de te jouer. D’ailleurs, pour me faire pardonner, j’ai décidé de te laisser un petit cadeau comme on les apprécie dans la famille. Que mes sentiments fraternels t’accompagnent, Sook.
- Un petit... FUYEZ ! »
Mais l’instinct commun à toutes les canailles avait déjà soufflé à nos larrons qu’il était temps de prendre la porte, et ils étaient tous à l’abri dans la ruelle lorsque la maison de Sook explosa dans une gerbe de glaçons acérés.
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 03/05/05 21:24
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Chapitre 23. Sri Batangbong Prabandradang
« Qui ?
- Sri Batangbong Prabandradang.
- Il a un drôle de blaze, ton frère. Et alors toi, tu t’appelles Sook Badabong Machin, là ?
- Non, moi je m’appelle Sook.
- Et il est sorcier, donc.
- Bravo, Sherlock.
- Incroyable, ça. Tu ne nous avais jamais parlé de ton frère.
- Si on s’embarque dans l’histoire de ma famille, y’en a pour des semaines. Et puis ça fait deux jours qu’on se connaît. Qu’est-ce que j’en sais, moi, si y’a pas un monsieur Lancyent avec trois marmots braillards sur les bras, quelque part, dans cette ville ?
- Je t’ai dit que je faisais la pute. Et puis j’ai seize ans.
- Les putes de seize ans qui sont mariées et qui ont trois enfants n’ont rien d’exceptionnel en ce bas monde.
- C’est juste. Mais ce n’est pas mon cas. Et vous êtes tous sorciers dans la famille ?
- Pas tous. Mais ceux qui ne sont pas sorciers ne sont pas les moins dangereux.
- Une grande famille hein ? Moi j’ai eu des frères et sœurs, jadis. Je ne sais pas ce qu’ils sont devenus.
- Je te souhaite de n’avoir jamais la moindre nouvelle d’eux, c’est ce qui peut t’arriver de mieux.
- Je suppose que ton père et très riche et qu’il a de nombreuses femmes.
- Non, pas vraiment. Pour être honnête j’ignore qui était mon père, et il est peu probable qu’il ai survécu... bref... Nous sommes tous de la même mère. Sri Batangbong Prabandradang est donc mon demi-frère.
- Ta mère ? J'imagine que ce doit être une forte personnalité pour avoir engendré des rejetons aussi querelleurs.
- Euh... oui, on peut dire ça. Ah ben c'est plus ou moins une collègue à toi, en plus. A un autre degré, évidemment...
- Voleuse ?
- Non, pas ce genre de collègue. Bref, cessons de nous appesantir sur les tendres sentiments que j'éprouve pour ma douce maman et revenons au fait.
- En effet. Et alors, pourquoi il t’en veut, ton demi-frère ?
- Parce que c’est un sale con, un enfant de salaud et une vermine. Il me déteste et je le hais. Nous avons une sœur aînée, qui est un puissant personnage, rien de commun avec lui ou moi en fait, et c’est cette sœur qui convoite ce foutu masque.
- Lonithaï ?
- Quoi ? Comment as-tu appris son nom ?
- Ton frère l’a prononcé dans son message, tu te souviens ?
- Ah oui, c’est vrai... Tu as l’oreille fine.
- Mais qu’est-ce qu’elle t’a promis au juste ?
- Des sous pleinplein. Enfin, pas vraiment des sous au sens où tu l’entends, c’est plus des monnaies spéciales qu’on s’échange entre sorciers, escarlines, berboucles, des trucs comme ça.
- Escarquoi ? C’est quoi ? Ça a de la valeur ?
- Si tu veux transporter dans un petit sac de quoi acheter un royaume, c’est ce genre de cailloux qu’il te faut. Si jamais t’en trouves dans ta carrière de voleuse, c’est que t’as mis le nez dans une affaire qui te dépasse de loin. Bref, c’est lui qui va mettre la main sur le magot.
- On ne peut pas l’empêcher ?
- Je doute qu’on trouve son adresse dans l’annuaire. »
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 03/05/05 21:25
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La rousse sorcière retourna à sa morne rumination. Après l’épisode du coffre, les compagnons dépités étaient allés se changer les idées au « Singe Pryapique », un cabaret bruyant et à la mode, récemment établi dans une ancienne maison de plaisir qui avait eu l’honneur de compter Vertu parmi ses pensionnaires quelques temps auparavant. Le nouveau propriétaire avait arrangé son domaine selon les besoins de son commerce, mais peu de choses avaient changé depuis son époque. Elle ne reconnaissait que trop bien les couloirs aux tapis fatigués, le mobilier qui avaient connu toutes sortes d’usages étonnants, et ces cariatides lascives de bois doré qui soutenaient les linteaux et les balcons, la marque de fabrique de l’ancien bordel. Elle évita d’ailleurs soigneusement de faire remarquer à ses compagnons la ressemblance entre l’une de ces aguicheuses gamines sculptéeset sa propre personne. On les changeait souvent, alors, les cariatides, selon que des jeunesses terrorisées arrivaient au lupanar, s’épanouissaient, se fanaient et retournaient dans la nuit. Par ce procédé non dénué d’un certain goût, les clients esthètes admiraient la galerie des corps immobiles et, tout en exerçant leur sens artistique, choisissaient parmi les statues leur compagne d’une heure ou d’une nuit sans avoir trop l’impression de faire leur marché à l’étal d’une boucherie. Un peu plus d’une année s’était écoulée depuis cette époque, et elle était sans doute la seule de la salle à se souvenir de ce détail. Combien les choses passent vite, en ce bas monde.
Elle n’avait pas été particulièrement malheureuse dans cet établissement. Elle ne se considérait pas comme particulièrement à plaindre. Ç’avait été une bonne maison qui traitait bien ses filles. On y mangeait correctement, les vêtements fournis étaient élégants, à défaut d’être bien chauds, on se faisait assez peu battre, on apprenait d’anciennes compétentes toutes sortes de choses utiles, parfois agréables, il y avait les copines, et la plupart des clients étaient de braves types qu’elle aurait pu envisager de fréquenter en dehors d’un contexte marchand. Trois après-midi par semaine, elle et ses sœurs avaient même quartier libre, et s’éparpillaient comme une volée de moineaux dépenser leur argent de poche et se pavaner en ville dans les lourdes robes pourpres qui clamaient fièrement leur condition. Elle préférait penser qu’elle avait eu plus de chance que d’autres qui, au même âge, arpentaient pieds nus les caniveaux des quartiers sordides pour gagner leur vie de la même façon. Et donc, aujourd’hui, elle avait quitté à tout jamais cette carrière pour une autre, plus lucrative et réputée moins salissante. Finalement, elle s’en était plutôt bien tirée.
C’était le genre de chose dont elle parvenait souvent à se convaincre.
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 03/05/05 21:25
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« Mais j’y pense, pourquoi ce piège ?
- Hein ?
- Ton frère là, qui a un nom de piano qui tombe dans un escalier...
- Sri Batangbong Prabandradang.
- C’est ça. Quel intérêt de te tendre un piège ? Il a pris le masque, alors pourquoi piéger le coffre vide ? Cette histoire a dû lui coûter de l’énergie, du temps et de l’argent. Il aurait mieux fait de voler ce qu’il convoitait, et de partir sans laisser d’indice.
- Tiens, c’est pas faux ça.
- Il a dû faire ça dans un but précis. C’est un magicien, ce n’est donc pas un imbécile.
- Bouah ah ah ! Tu n’en as pas fréquenté beaucoup, on dirait ! Pardon, continue...
- Je pense que s’il a décidé de se débarrasser de toi, c’est parce que vivante, tu aurais eu un moyen de le retrouver, et qu’il a voulu l’éviter. Tu l’as entendu comme moi, de son propre aveu, le coffre et le pipeau ne servaient qu’à nous faire perdre du temps.
- Mais tu as raison. Ouh, toute cette histoire sent mauvais.
- Tu crois que tu pourrais le retrouver avant qu’il ne livre la marchandise ? Comment ferais-tu ?
- Je pense qu’il l’a déjà livrée depuis belle lurette. Il ne faut que quelques heures pour joindre les proches serviteurs de Lonithaï. A moins...
- A moins qu’il ne nous ai menti. Et qu’il travaille pour un autre commanditaire.
- Un commanditaire plus difficile à joindre... Bon sang, mais c’est bien sûr, tout se tient !
- Et tu saurais qui serait ce commanditaire ?
- Je ne sais pas. Une autre de nos sœurs, probablement. Elles sont tout le temps en train de se chamailler...
- Mais tu en as combien ?
- Des chiées.
- Mais combien qui puissent payer le prix ?
- Trop pour qu’on travaille par élimination, je t’assure. En tout cas, selon cette théorie, ce coquin de Sri serait encore en ce bas monde, en route vers quelque secret lieu de rendez-vous, ou alors même dans cette ville, se terrant en attendant une visite. Mais où ? Comment le retrouver ?
- Tu pourrais faire une divination.
- Je ne suis pas très versée dans ce genre de magie.
- Alors, allons voir les garçons, ils sauront peut-être quoi faire. Tiens, mais... Ah ça, c’est pas banal, regarde ce que fait Wahg-Ork ! »
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 03/05/05 21:26
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C’était en effet un spectacle des plus surprenants, et bien des convives alentours avaient fait taire leurs conversations pour observer plus attentivement cette vision étonnante. L’intéressé, assis seul à une petite table, avait chaussé de comiques bésicles sur son groin porcin et, ayant sorti un parchemin de beau vélin ainsi qu’un petit nécessaire de scribe, écrivait. Autant on reconnaissait à sa race une compétence certaine dans l’art ancestral de débouler à cinquante dans un village au petit matin pour emporter les poules, les moutons et les filles vierges, autant dans l’histoire de Baentcher, aussi loin qu’on remonte, qu’un ork sut écrire était une chose sans exemple.
« Eh bien, mais que fais-tu là ? Ajouterais-tu à la musique l’art de la poésie ?
- Tais-toi, femme, et ne me raille pas trop. Je ne fais que ce qui est dans mon intérêt, et sache que si j’en suis réduit à ceci, c’est en partie à cause de toi, alors ne teste pas trop ma patience, elle a ses limites.
- Je t’ai causé un tort quelconque ? Et lequel, dis-moi ?
- J’avais une belle place. Je l’ai quittée pour vous suivre dans votre quête débile. Qu’est-ce que ça m’a rapporté ? Rien. Alors je fais ce que tout le monde fait dans cette situation.
- C’est à dire ?
- Je mets mon CV à jour. Tiens, tu veux relire ? »
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 03/05/05 21:27
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Citation :
Curriculum Vitae
Wahg-Ork Brisetibia
Barbare, niveau 8
32 ans
Nationalité Orque
Diplômes :
762 : Rameau Sanglant au sein de la Patrouille des Espoirs de la tribu des Chiens Noirs (TCN)
763 : Brevet de Tueur de Cerf de la TCN
766 : Scarification Martiale (major de pomotion) au sein de la TCN.
768 : Plume de Brave (TCN)
769 : Plume de Brave avec Corne et Croc (TCN)
Bilan de compétences :
Meurtre, viol, pillage, rançonnage, guerre d’embuscade, bataille rangée, siège, coup de main, garde défensive, pistage, piégeage, chasse à l’animal ou à l’homme.
Matériels :
Hache de bataille, massue, gourdin, masse d’arme, fléau d’arme, sabre, épée longue, courte et à deux mains, poignard, boucliers de toutes tailles
Expérience professionnelle :
De 766 à 773 : tribu des Chiens Noirs
Guerrier
Sous la responsabilité d’un Chef de Patrouille, pillage des contrées nordiques, guerre d’embuscade contre les autorités locales, raids terroristes, incendies.
De 773 à 779 : tribu des Chiens Noirs
Chef de Patrouille
Sous la responsabilité directe du Chef de Tribu et en collaboration avec les autres Chefs de Patrouilles, animation d’une équipe de 8 guerriers farouches. Attaque et prise de forteresses, guerre d’embuscade et batailles rangées.
De 779 à 780 : année sabbatique
Activités de recherche ethnologique et écologique dans les terres nordiques et les montagnes du Portolan
De 780 à nos jours : Galeries Farfouillette
Chef de la sécurité
Responsabilité de douze gardes. Surveillance des rayonnages, vérification des identités, punition des voleurs et organisation de la disparition des corps.
Hobbies et passions :
Chasse à l’ours à main nue, sports de combat, forge des métaux ferreux, Poésie lyrique Balnaise du Siècle d’Or, Musique folklorique des alpages du Portolan.
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 03/05/05 21:28
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« Remarquable présentation, dit Vertu. Mais tu es sûr que « poésie lyrique », c’est très approprié ?
- C’est pour faire contrepoint au fait que je suis un ork. Certains pensent que dans notre race, nous sommes des brutes. Mais nous aussi, on a des sentiments, des rêves et des...
- Et tu es vraiment de niveau huit ?
- Ben, c’est un CV. On triche toujours un peu, sur un CV.
- Ouais. Et puis enlève aussi boucliers, ça fait tapette, expliqua Sook. De toute façon, ça sera pas forcément utile, on pense que notre voleur est encore dans les parages. Il suffit de trouver un bon devin et on repart à sa poursuite.
- Un bon devin ? S’étonna Nilbor. C’est que ce n’est pas facile à trouver.
- Allons, dans une ville pareille, il doit bien y avoir au moins une personne qui... Oui ? Tu veux quoi toi ? »
Un gamin des rues, un des innombrables gamins des rues que semblaient vomir les égouts de Baentcher à longueur d’année, venait de tirer la sorcière par le pantalon, et elle s’était vivement retournée, prête à flanquer une belle taloche au marmot. Ce dernier tenait une lettre dans ses mains tremblantes. Il la donna, et repartit sans demander son reste.
« C’est quoi ?
- Ben... »
L’enveloppe contenait un bristol imprimé, ainsi libellé :
Citation :
Madame Mystiflus
[small]Maîtresse es Mystères Féminins,
Voyante Extra-Lucide aux Pouvoirs Attestés
Reine des Divinatrices[/small]
Vous adresse cette INVITATION PERSONNELLE
Pour vous, _______ , ainsi qu’une amie de votre choix,
A une séance d’augure GRATUITE et EXCLUSIVE
Le ________ , __ jour du mois de ________ 7__
A __h__ précises (soyez ponctuelle).
Ne manquez pas le rendez-vous avec le destin et la fortune
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Une écriture manuscrite violette avait désigné « Sook » dans le champ nominatif, et la date du lendemain à 10h. C’était cette même écriture qui avait souligné lourdement l’allusion à la fortune, et signé au dos du carton, « Selma Mystiflus ».
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 08/05/05 09:04
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Chapitre 24. Madame Mystiflus
Même les adeptes les plus naïfs doivent reconnaître qu’il y a parmi les devins une quantité prodigieuse de charlatans. Pour celui ou celle qui commence à s’intéresser à l’astrologie, à la numérologie, à la géomancie, au spiritisme, à la cartomancie, à la métempsycose, à l’aéromancie, à la copromancie, à l’anatomancie, à la troisdésixomancie, à la googlomancie, aux chandeliers japonais, aux bandes de Bollinger et autres méthodes de cunnichrysopraxie(*), la première préoccupation est de savoir reconnaître un véritable devin d’un charlatan.
Dans le monde réel, la chose est aisée, puisqu’il n’y a que des charlatans. Toutefois, vous aurez noté que mon récit se déroule dans un univers fantastique, autorisant quelques entorses aux règles de vraisemblance les plus établies. Ainsi donc, en ces terres de légende et de magie, la manière la plus simple de reconnaître un véritable talent est dictée par la logique et obtient de remarquables résultats. Partant du principe que nul ne résiste au désir de s’enrichir, supposant que chacun emploie ses talents au mieux de ses intérêts pour arriver à ce but et considérant l’avantage notable que procure la qualité d’extralucide lorsqu’il est question d’arrondir sa bourse, un individu normalement doué d’intelligence pourra déterminer avec un minimum de réflexion qu’un véritable devin n’a aucune raison valable d’exercer son talent parmi les gens du commun, dans la rue, sous une tente, dans une roulotte ou sur l’étal tapageur d’un marché, mais qu’il est plus raisonnable de le chercher parmi les riches et les puissants de la cité, dans la demeure opulente et bien gardée qu’il aura gagnée en spéculant sur le cours de l’orge, du cuivre ou de toute autre denrée, tant il est probable qu’employer ses exceptionnelles capacités à son profit est sans doute de meilleur rapport que d’en faire profiter les commères et les cocus du voisinage. Et s’il advient qu’il fait néanmoins commerce de ses dons, ce ne sera, de toute évidence, qu’au bénéfice des puissants monarques, des redoutés nécromants et des riches négociants de la contrée, qui pour cela le rémunèreront avec largesse.
Si le carton de madame Mystiflus n’indiquait pas son adresse, c’est que chacun à Baentcher savait où trouver sa demeure, appelée l’Envolée, au bas de la colline du Belvédère, au milieu d’un immense jardin privé entouré de hauts murs gardés par des griffons et des gargouilles. Aucune porte donnant sur les rues n’affaiblissait le rempart de madame Mystiflus, et le seul moyen de parvenir à l’élégante villa était la voie fluviale, puisque le domaine donnait sur le lac. Lorsque la gondole de nos coquins accosta au long ponton de marbre, ils purent admirer l’élégance des barques d’apparat amarrées aux bittes de bronze, appartenant sans doute à de puissants dignitaires venant consulter la pythie. Après avoir montré leur invitation aux gardes polis mais sourcilleux qui patrouillaient dans leurs uniformes chamarrés, exhibant ostensiblement leurs hallebardes magiques et leurs arbalètes à répétition, ils furent accueillis par un serviteur nain vêtu de pourpre qui les conduisit, sur les sentiers crissant de graviers d’importation, parmi les saules, les cyprès, les micocouliers et les ormes entretenus par une discrète légion de jardiniers. Bien sûr, Vertu, Belam et Nilbor avaient entendu parler de l’Envolée, mais bien qu’ils fussent tous trois à Baentcher depuis assez longtemps pour pouvoir s’en prétendre citoyens, aucun d’eux n’avait jamais eu l’honneur d’y être convié. Les particuliers que l’on croisait à l’Envolée ne fréquentaient pas les mêmes lieux ni les mêmes gens que tous les personnages que nous avons croisés jusqu’ici. Ils ne parlaient pas le même langage, n’employaient pas la même monnaie, ou alors dans des quantités telles que c’était tout comme, et ne vivaient tout simplement pas sur la même planète. Il suffisait de se rendre de l’autre côté du mur pour voir vivre des gens à qui il arrivait de se battre jusqu’au sang pour trois pièces de cuivre, un navet blet ou un trognon rassis, mais ici, c’était avec courtoisie et bonne humeur qu’on pouvait perdre cent ou mille askenis d’or sur une course de chevaux, et l’affaire était oubliée cinq minutes plus tard. Et si un importun avait le mauvais goût de s’offusquer à la vue de tant de richesses tenues entre si peu de mains, on lui jetait des regards désolés, le priait de considérer que c’était l’état naturel du monde et la discussion reprenait sur le thème « mais pourquoi diantre tous ces pauvres hères nous détestent-ils donc ? ».
* Art de soutirer leur or aux cons.
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 08/05/05 09:05
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Ils avaient dormi, s’étaient soigneusement lavés, rasés, peignés et vêtus de frais, mais bien qu’ils se fussent mis du mieux qu’ils l’avaient pu, ils faisaient tache parmi les nobles aux parures rehaussées d’argent, occupés en cette heure matinale (ou plutôt en cette heure tardive, car leur nuit s’achevait) à un jeu de bergamasque. Ils étaient un peu en avance, mais c’est sans doute pour épargner aux honnêtes gens une trop longue promiscuité avec l’importune compagnie d’un parti de vils aventuriers qu’ils furent conduits directement auprès de la maîtresse de maison, dame Melliflus, qui trônait en toge et sandalettes dorées sur le plus prodigieux amas de coussins de soie que nos amis eurent jamais l’occasion de voir. Il faut dire qu’il fallait une assez imposante quantité de coussins pour soutenir la masse de Selma Melliflus, qui dépassait le quintal et qu’elle s’ingéniait d’ailleurs à accroître encore un peu en gobant quelques grains de raisin noir qu’une de ses servantes nues lui pelait. Le spectacle de ces jeunes esclaves était réjouissant pour l’œil, mais reconnaissant les aventuriers, elle les congédia d’un claquement de mains. Puis, d’une voix suraiguë, s’offusqua :
« Quoi ? Des hommes ? Ici ? Pouah, messieurs, sortez, je vous prie ! Vous n’êtes point les bienvenus en ce gynécée. »
Ils ne se firent pas prier. Il faut dire que Selma Melliflus, si elle avait pu être dans sa jeunesse une femme relativement attirante, le cachait bien, maintenant. Sa peau jaunâtre et fripée portait les stigmates d’une vie de cour usante, ses dents étaient gâtées par le vif-argent des cosmétiques et elle ne se donnait plus la peine de cacher sous des perruques extravagantes la raréfaction de sa blonde chevelure, qui lui avait pourtant valu quelques succès, naguère. C’est donc sans regret excessif que les garçons s’inclinèrent et laissèrent Sook et Vertu seules, pour musarder parmi les bosquets dans le but de se faire des relations utiles ou des aventures agréables et très au-dessus de leur condition.
« Avancez, mesdames, je ne vais pas vous mordre. Nommez-vous, je vous prie.
- Je suis Sook, noble dame.
- Ainsi, c’est toi. Et ton amie...
- Je suis Vertu Lancyent.
- Tsss... Comme c’est vilain de mentir. Car ce n’est pas ton vrai nom, n’est-ce pas ?
- Eh bien, pour tout dire, j’avais jusqu’à il y a peu un métier dont on ne fait pas gloire, et il est vrai que j’ai préféré prendre un pseudonyme pour ne pas compromettre ma famille.
- Laisse-moi trouver... Legris, c’est ça ? Ton vrai nom est Chasteté Legris... Tu as bien fait de changer, en effet. Mais je ne crois pas que tu voulais réellement protéger tes parents du déshonneur d’avoir une fille sur le trottoir, je me trompe ? Je pense qu’au contraire, sous une nouvelle identité, tu souhaitais couper tout lien avec un milieu qui te faisait plus honte encore que ta condition de putain.
- Si... vous le dites...
- Quoi qu’il en soit, ceci n’a guère de rapport avec l’affaire qui nous occupe ce matin. Sook... C’est incroyable de te voir ici, devant moi. Quel talent tu as pour la dissimulation, c’est incroyable ! Même à si courte distance, et même en sachant que c’est toi, je dois concentrer tous mes pouvoirs pour entrevoir, parfois, l’éclat du pouvoir qui se cache là-dessous... Mais pas de doute, c’est bien toi, tu ne peux le cacher.
- Oui, c’est moi, Sook, la seule et l’unique. Bon, vu que personne ici n’a de temps à perdre, si on en venait au fait ? Tu ne nous a pas fait venir ici pour le plaisir de la conversation, pas vrai ?
- Tu es directe. C’est bien normal. Tu recherches un être de la même engeance que toi, ton demi-frère. Je puis te mettre sur sa piste.
- Combien ?
- Oh peu de chose, je te l’assure. Remplis une coupe, juste une petite coupe comme celle-ci. »
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 08/05/05 09:05
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Le récipient de cristal qu’elle tendit avait la forme et la contenance d’une flûte à champagne. Un charme discret en irisait les gravures.
« Et je remplis avec quoi ? Or ? Diamants ? Yeux de tritons ?
- Ah ah ! Comme elle est cocasse... Mais non voyons, avec ton sang, avec quoi d’autre ?
- HEIN ?
- Un peu de sang, rien du tout. Ça ne te fera aucun mal. Que sont trois gouttes de sang dans une affaire telle que celle qui t’oppose à ton frère ? Songe au prix que paiera ta sœur... Songe à la considération que tu en retireras, surtout.
- Ouais, okay, je vois le plan. Vertu, coupe moi.
- Où ?
- Là où ça saigne et ça fait pas trop mal, je te fais confiance. Mets la coupe dessous. Euh... et si possible pas avec ta dague empoisonnée, tu seras sympa. »
Il était vrai que Vertu, qui avait beaucoup étudié l’anatomie dans les livres et sur les nombreux sujets vivants qui étaient passés entre ses bras, connaissait une certaine artère sous le bras qui était parfaitement idoine à l’usage qu’elle voulait en faire. Elle la piqua avec expertise entre le long extenseur radial du carpe et le rond pronateur, sans parvenir à extirper la moindre mimique à la sorcière, qui devait en avoir vu d’autres. Le filet de sang était d’une abondance surprenante, mais il commençait déjà à se tarir lorsque la coupe fut presque à ras, et un simple garrot mit fin à l’hémorragie sans plus de dommages.
« Voici votre prix, pythonisse. Parlez maintenant, dites-nous ce que vous savez.
- C’est bien cela. Alors je vais t’instruire. Que les brumes du temps et de l’espace s’écartent devant mes yeux, que rien ne se dissimule à mon inquisition. Oui, je vois maintenant. Sache, ô, princesse des ténèbres, que dans les temps anciens, alors même que par delà les ombrages...
- Euh... J’ai peut-être oublié de préciser qu’on était limite pressées, là.
- Ah bon. Vous connaissez la vallée de Sambong ? Vous vous l’enfilez jusqu’au Bois-Portefaix, que vous traversez sans vous écarter du chemin, et vous arrivez à la Cité Perdue de Vilcabamba. Vous y trouverez votre homme, et une vingtaine de mercenaires Pictetés, Khnebites ou Héboriens. Je vous suggère de prendre cinq minutes pour engager des renforts.
- Bonne idée.
- Vous êtes sûres que vous ne voulez pas la version habituelle ?
- Allez-y, si vous y tenez...
- Du pays des jours les plus courts, par-delà les sentinelles immobiles jusqu’à la citadelle de silence, suivez sans tressaillir les orbites cynégétiques de l’accipître éburnéen.
- Euh... On fera ça.
- Et sinon, dame Vertu...
- Moi ?
- Approchez, je vous prie, que je vous voie mieux. Ah, mes pauvres yeux ne sont plus tout à fait aussi frais que quand j’avais votre âge.
- Le sage a dit que chaque époque de la vie avait ses grâces et ses servitudes, madame.
- C’est ce qu’on dit. Mais soyez sans crainte, jamais la santé ne vous fera défaut jusqu’à l’heure de votre trépas.
- Ah... Oui...
- Je vous trouble ? Croyez-vous qu’on vive éternellement ? C’est donné à certains, mais pas à vous, ni à moi. La Dame Blanche, la Dame Noire... Etrange je d’échecs, où périssent les rois comme des les pions.
- Je ne comprends pas.
- C’est normal. Vous ne m’auriez comprise que si je m’étais mal exprimée. Allez, il n’est pas temps pour vous de vous en préoccuper, le destin croisera votre route plus tôt que vous ne le pensez, ma jeune amie. Ah ah ah... »
Et c’est sur ce rire peu engageant que se clôt l’entretien.
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 08/05/05 09:06
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« Eh, Vertu, tu rêves...
- Uf... Oui ?
- Non, je disais, t’es gentille, mais t’étais pas obligée de m’arracher la moitié du bras, ça fait over mal. J’ai fait semblant de rien pour pas m’écrouler devant la grosse...
- Oui, et bien politesse par politesse, si jamais tu parles de ce que tu as appris ici, je te jure que c’est pas dans le gras du bras que je te poignarde, compris ?
- J’ai appris quoi ?
- Mon nom.
- Ah, oui, j’avais oublié. Ah ah ah, Chasteté Legris, c’est ridicule ! Eh, les gars, vous savez pas quel est le vr... euh... Dis donc, t’as une dague pointée sous mes reins ou tu es juste contente de me voir ?
- Tu veux vraiment le savoir ?
- OK, je ferme ma gueule.
- Excellente attitude. »
Elles cherchèrent un peu dans le jardin aux multiples collines, bosquets et labyrinthes, et finirent par retrouver leurs hommes, occupés à des activités viriles. En l’occurrence, Nilbor et Mark étaient assis de part et d’autre d’un guéridon d’albâtre, faisant une partie de bras de fer, sous les vivats amusés des courtisans. Aucun de ces deux nigauds ne s’était aperçus qu’ils étaient moqués pour leurs manières rustiques et non admirés pour leur force, et suaient chacun pour terrasser l’autre, sans doute motivés par la proximité de dames.
« Et voilà ! » S’exclama Mark après que sa jeunesse eut triomphé du vieux soldat. Il fit un salut parfaitement ridicule à la foule, s’épongea le front avec sa manche à la façon d’un paysan revenant du labour, et avisa Vertu.
« Alors, épatée par le gars ?
- Bravo, bel exploit, gagner un concours de force contre un type qui pourrait être ton père, c’est admirable. Tu sais qu’avec un peu d’entraînement, tu pourrais devenir champion de l’hospice des vieux ?
- A vaincre sans péril, on triomphe sans problème, dit Sook sentencieusement en levant l’index.
- Bah, vous n’y connaissez rien.
- C’est qui que tu voulais épater comme ça ?
- Je ne voulais épater personne.
- Mais oui, mais oui...
- Cela dit, si la petite noiraude était tombée en pâmoison devant mes puissants biceps roulant sous ma peau, je me serais fait un plaisir de la ranimer à ma façon en lui injectant une puissante médication que je connais, ah ah !
- La petite noiraude, tu veux dire la fille en robe rouge et or, là ? »
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 08/05/05 09:06
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La jeune fille en question, qui ne devait pas être bien plus âgée que Vertu, ne quittait pas un négociant assez empâté, qui avait peu de chances d’être son père. Sa peau sombre et certains traits de son visage la rattachaient à la race numide du lointain continent méridional, dont il était rare de croiser des représentants si loin dans le Septentrion, mais l’œil exercé pouvait aussi discerner une ascendance nordique dans la charpente générale de sa personne, et si elle tranchait sur les mines blafardes qui l’entouraient en ces contrées, tout compte fait, à la lumière, elle n’était pas plus noire que certains Balnais ou Sembarites. Sans doute était-elle de sang mêlé, chose peu banale dans la bonne société de Baentcher, où l’on n’appréciait guère les beautés exotiques, en tout cas en public. Ceci mis à part, l’intérêt de Mark se justifiait tout à fait, la dame était avenante, développait des manières charmantes et souriait à tous avec une désarmante bienveillance. Elle était, en outre, assez petite et plutôt mince, ce qui ne déplaisait pas à notre héros.
« Ben laisse tomber, t’as aucune chance.
- Ah bon ? Ce ne serait pas la première pure et chaste jouvencelle que je basculerai contre un mur.
- Pure et chaste, ça, c’est pas vraiment le genre de la maison. Au contraire, c’est une putain. Mais trop chère pour toi, mon pauvre ami.
- C’est une putain ? Tu es sûre de toi ?
- Oh, elle a sûrement un autre mot pour ça. Je suppose qu’il existe toutes sortes d’euphémisme polis pour dire qu’on prend de l’argent pour écarter les cuisses et penser à autre chose pendant dix minutes. C’est vrai que la qualité de la literie et le montant de la transaction doivent un peu atténuer le sordide de la chose, mais en fin de compte on est collègues. On ETAIT collègues.
- Et à quoi tu vois ça ?
- Ah, mon pauvre Mark, c’est un de ces mystères, un sens secret que certains appellent l’intuition féminine. Il est des signes trop subtils que nous seules, femmes, pouvons voir, et qui échappent à la balourdise masculine. Le langage du corps ne trompe pas, pas plus que la façon dont elle arrange sa toilette, sa coiffure et le maquillage sur ses joues, as-tu seulement vu ces détails, à défaut de les comprendre ? Ah, si seulement vous pouviez soupçonner comment, dans le temple secret de notre âme, nous percevons ce monde que vous croyez être le votre... Non, je rigole, c’est vrai que c’est pas marqué sur sa figure, mais je la connais. Elle s’appelle Condeezza Gowan. »
Même Mark, qui n’était pas le gars le plus réceptif de la terre, avait entendu qu’en prononçant ce nom, Vertu avait mis tout le peu de considération qu’elle éprouvait pour cette personne.
« Une amie à toi ?
- Non, pas vraiment. Elle ne sait probablement même pas que j’existe, elle est au-dessus de la plèbe, Mademoiselle Condeezza. Une bêcheuse, une peste, tout ce que je vomis dans cette caste qui s’estime supérieure. Regarde la, je lui fixerais bien son sourire niais sur sa face avec des clous.
- Quel amour fou. Elle t’a fait du tort ?
- Pas à proprement parler, c’est vrai. Je l’ai juste croisée quelques fois, elle m’a tout de suite déplu souverainement. Tu sais, quand tu rencontres quelqu’un et que sa figure ne te revient pas sans que tu saches pourquoi. Quelqu’un qui t’énerve parce qu’il est trop gros, qu’il parle trop fort, qu’il marche trop lentement, qu’il fait sa cravate d’une façon que tu désapprouves... Ça ne t’est jamais arrivé à toi ?
- A chaque fois que je rencontre quelqu’un.
- Ah ? Eh bien moi, c’est surtout elle. Ce n’est pas très rationnel, je le sais, mais...
- Ben tu vas pouvoir lui expliquer, elle rapplique par ici, ta copine.
- Oh non...
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 08/05/05 09:07
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- Excusez-moi madame, mais je crois que votre physionomie me semble familière...
- Ah oui ?
- Bien sûr, j’y suis, vous devez être Vertu Lancyent !
- C’est bien moi, mademoiselle Gowan. Mais je suis un peu surprise, que me veut cette reconnaissance ?
- Appelez-moi Dizzie, je vous en prie. Ne soyez pas étonnée, j’ai entendu parler de vous par un ami, messire D’anfrebert. Vous en souvient-il ?
- Tout à fait, répondit Vertu d’un ton mielleux.
- Ah, quelle tristesse, pauvre Celestin.
- Un accident regrettable.
- C’est ça, un accident regrettable. Mais si j’en crois ce qu’on m’a raconté, vous l’avez accompagné durant ses dernières heures, je crois ?
- En effet.
- Ça me rassure de savoir qu’il a pu compter sur le soutien d’une amie à l’ultime instant. Il voulait, je crois, vous proposer une sorte d’association commerciale, c’est ça ? Oh ne soyez pas surprise, nous étions très proches, il me disait tout.
- C’était pourtant un homme discret. J’aimerais bien savoir en quelles circonstances il confiait ainsi ses affaires les plus intimes.
- Tout de suite les allusions déplacées... C’est bien le malheur avec les gens de votre condition, vous ne savez pas rester à la place qui est la votre.
- Les gens de ma quoi ?
- Oh, mais excusez ma franchise, je suis confuse. Ce n’est pas mon habitude de me montrer impolie, fut-ce avec mes inférieurs. C’est sans doute que je n’ai pas non plus l’habitude de me retrouver en ce lieu enchanteur en compagnie de voleurs, d’assassins et de prostituées.
- Je vous suggère, mademoiselle Gowan, de ne pas trop clabauder contre les prostituées, ça reviendrait dans votre cas à cracher face au vent. Et pour votre gouverne, apprenez que je viens de quitter le métier.
- Oui, pour une semaine, comme tous les mois. »
Le plus fascinant dans cet échange, c’était qu’à aucun moment les voix ne s’étaient élevées, ni jamais les sourires n’avaient quitté les visages des interlocutrices, tout juste s’étaient-ils un peu crispés. Deux jeunes courtisans un peu éméchés vinrent alors chercher Condeezza afin de jouer à quelque variante galante du colin-maillard, mais avant de se laisser entraîner, elle prit congé en ces termes.
« J’espère que nous nous reverrons bientôt, Vertu.
- Où et quand il vous plaira, Dizzie.
- Eh bien, conclut Mark, ça réchauffe le cœur de voir que l’amitié que tu as pour elle est réciproque.
- Si la carrière d’assassin à gages t’intéresse toujours, j’aurais peut-être un boulot pour toi, un de ces jours. »
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Chapitre 25. Les joyeux compagnons
La Roche Tarpéienne n’est pas loin du Capitole, disent souvent les gens qui emploient des expressions toutes faites sans les comprendre*. C’est ainsi qu’après avoir passé la matinée parmi les hautes sphères du pouvoir et de l’argent, nos joyeux compagnons se retrouvèrent dans les un milieu bien différent avant même que l’horloge mécanique du Grand Aldebert ne piqua midi.
Le Grand Aldebert, c’était le nom que l’on donnait au beffroi du temple de Saint Aldebert le Prosélyte Malchanceux, prêtre martyr de Miaris qui partit un jour vers les terres boréales évangéliser les Pictetés. Ce qui était, de l’avis même de ses contemporains, une étrange idée, tant la réputation de sauvagerie de ces malfaisantes tribus adoratrices des Abominations Très Anciennes n’était plus à faire. Et de fait, lorsque les Pictetés eurent poliment écoutés le prosélyte vanter les mérites de la charité, de la compassion et de la repentance, ils lui rétorquèrent qu’il était temps de passer à table. Ils n’en laissèrent qu’un ongle de petit orteil, fièrement exposé dans le reliquaire d’argent du temple dont nous parlons présentement, et dont le seul intérêt pour notre récit est de dominer le quartier de Saint Aldebert auquel il donne son nom.
Tout ça pour dire que le quartier n’était pas reluisant. Sis au nord-ouest de la grande cité, sous les murailles oxydées, l’endroit était réputé dangereux de jour comme de nuit et la milice n’y patrouillait que six par six, en cuirasse lourde et arbalète à la main. Si les pas de nos braves les y menèrent, ce n’est toutefois pas par hasard ni par imprudence, mais par nécessité, en effet, ils avaient décidé de suivre le conseille de madame Mystiflus et de recruter quelques arsouilles. Hélas, leurs finances ne leur permettaient pas d’engager de véritables aventuriers, qui réclament en général une avance sur leur part du trésor lorsque l’affaire est aussi hasardeuse. Par contre, Wahg-Ork et Nilbor prétendirent tous deux avoir quelques relations dans le quartier quartier qui ne feraient pas tant de manière et n’attendaient qu’une vague promesse de butin pour tirer les glaives des fourreaux, aussi se mirent-ils en route, espérant que leur nombre, leurs armes et leurs mines peu amènes tiendraient à distances les brigands du coin.
C’est dans la taverne du « Singe aux Trois Tomates » qu’ils rencontrèrent les amis de Wahg-Ork, Chourg le Balafré et Dorg le Cruel, qui se présentèrent fièrement comme des orks renégats (il semblait qu’en effet, certains orks ne fussent pas renégats). Ils eurent l’air poliment attentifs lorsque Nilbor leur expliqua les modalités de partage du trésor, et beaucoup plus éveillés lorsqu’il aborda la question des « règles d’engagement », c’est à dire qui il serait possible de tuer, quand, comment et pourquoi. La largesse desdites règles sembla les réjouir ô combien. L’étiquette en ces lieux voulait qu’on ne se mêle pas des affaires des autres clients, pourtant, un bonhomme louche assis seul à la table voisine n’avait rien perdu de la conversation. C’était un grand gars de type occidental, le dessus du crâne dégarni mais encore jeune, très maigre, presque squelettique. Ses gestes étaient lents et réfléchis, mais yeux mobiles très enfoncés dans les orbites trahissaient une grande nervosité. Il se nomma Thangar le Serpent, expliqua qu’il était fort frondeur et escrimeur passable, qu’il avait besoin de quitter urgemment la ville avec si possible quelque argent devant lui, et qu’il se verrait bien accompagner le groupe un bout de temps, si l’aventure ne s’éternisait pas. L’homme n’inspirait qu’une confiance très limitée, mais ils n’étaient pas partis pour embaucher des premiers communiants, aussi lui donna-t-on rendez-vous comme aux deux autres au faubourg de la Porte du Nord, à la fermeture, avec ses armes et son matériel.
* Apprenez que le Capitole est le nom que l’on donne à la mairie de Toulouse et que la Roche Tarpéienne est un certain endroit connu des initiés pour être le lieu d’un intense trafic de cannabis.
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Je tendrement dans le huître, avec deux en
plus, et dedans je le. Ordure et mou, l'chaussette
vermine jaune petit sachet de arbre.
(Excusez-moi, je suis dyssyntaxique)
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 15/05/05 09:22
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Un cimetière jouxtait le temple de Saint Aldebert. En vertu d’une coutume obscure et à mon avis idiote, les malfaiteurs pouvaient trouver asile dans les enceintes sacrées et s’y mettre à l’abri des poursuites de la milice. Il y avait bien d’autres enceintes sacrées à Baentcher, mais celle-ci était dans un quartier peu surveillé par la maréchaussée, proche de la muraille (dont l’imperméabilité était très relative quand on connaissait les bonnes personnes et qu’on avait quelques bonnes pièces à leur glisser), et de surcroît, les caveaux étaient larges et confortables, de vraies petites maisons. En somme, c’était un endroit très populaire parmi la gent crapuleuse, dont la réputation de dangerosité dépassait d’ailleurs la ville. C’est donc là qu’ils trouvèrent les trois exquis gentlemen recommandés par Nilbor, messires Khodbaar le Borgne (car il était borgne) et Roghûr le Boîteux (car il boîtait) et Khankras le Pendu (qu’il valait mieux ne pas interroger sur l’origine de sa raideur nucale et de la cicatrice hideuse autour du cou). Il s’agissait de trois mercenaires expérimentés, sans doute plus proches de la dernière bataille que de la première. Le premier aurait été blond comme les blés s’il avait eu l’habitude de laver sa longue chevelure de barbare, l’autre était tondu et portait une barbe noire, fournie et soignée, presque digne d’un nain, le troisième avait le type rouquin à large face des îles de l’occident. Tous trois avaient fréquenté naguère la salle du maître archer, aussi avait-il pu sonder leur compétence et leurs qualités d’âme (cette dernière mesure ne requérant pas une sonde bien longue). Eux non plus ne firent aucune difficulté, si ce n’est qu’ils se plaignirent d’être dans le plus grand dénuement et réclamèrent qu’on leur fournisse des épées et des arcs afin qu’ils puissent se battre, une requête des plus légitimes, convenons-en. Lorsqu’on leur demanda s’ils connaissaient quelques autres amateurs ayant les qualités requises (on n’alla quand même pas jusqu’à prononcer l’expression « dignes de confiance »), ils se concertèrent avec gravité et tombèrent d’accord sur un quatrième larron, Skork la Vérole, un petit bonhomme au visage grêlé comme la surface lunaire, et aussi causant que celle-ci, qui devait son séjour au cimetière à un duel au cours duquel il avait estropié un quelconque fils de notable, quatre mois plus tôt. Taciturne et efficace de réputation, il présentait en outre l’avantage certain de fournir son matériel, cotte de maille, rondache d’acier, cimeterre et arbalète.
Madame Mystiflus avait parlé d’une vingtaine d’ennemis, ils n’étaient pas encore à parité. Roghûr se souvint alors de deux guerrières qu’il appelait « les jumelles », et qui, selon lui, accepteraient sûrement ce genre de travail. Ils quittèrent donc le quartier et longèrent le Xno pour trouver le Pont Salangoor IV, sur un côté duquel on avait bâti des petites maisons appartenant à des changeurs et d’autres négociants. Les deux femmes logeaient encore là, dans une chambre aussi louée que miteuse mais qui avait une jolie vue sur l’eau. Pourquoi les surnommait-on les jumelles, là, c’était un mystère, il était évident qu’elles n’étaient pas sœurs, et probablement même pas du même peuple. La première, Nila la Furie, était une amazone sculpturale qui dépassait même Mark d’une demi-tête. Tout ce qu’on voyait d’elle, c’était du muscle, du cuir, des cheveux noirs et un sourire à effrayer un troll. Elle avait l’air de taille à affronter les goules de l’enfer, à main nue et en rigolant. En jetant un œil distrait à ses armes, nos amis apprirent qu’elle avait une prédilection pour la hache à deux tranchants, mais elle assura connaître aussi l’art des couteaux de jet. Sa camarade était Gloria la Bonne Copine. Petite, blonde, un peu rondouillarde, d’abord très sympathique, pas forcément le profil idéal pour ce type d’aventure. Elle avait l’air de taille à affronter les lemmings de l’enfer en poussant des petits cris affolés. Mais apparemment, l’une n’allait pas sans l’autre, alors on eut deux compagnons de plus.
On était donc seize. En comptant sur l’effet de surprise et la bienveillance de Myrna, on pouvait s’en tirer comme ça. Nilbor passa à sa salle d’armes pour s’emprunter quelques arcs et une ample provision de flèches, et l’on vendit l’un des rubis du golem de bronze pour acheter d’occasion des glaives militaires de type commun, des vestes de cuir épais, des casques et de petits boucliers de bois pour compléter l’équipement de ceux qui en manquaient. Ils firent aussi l’acquisition quatre bœufs et de deux chars, qu’ils remplirent de tout un bric-à-brac de sacs, cordes, torches, parchemins pour dessiner des cartes, toises pour faire des plans, cage et fers pour emprisonner les monstres, et autres saletés qu’ils se firent refiler par un marchand sans scrupules qui faisait fortune en vendant aux aventuriers novices toutes sortes de choses dont ils n’auraient jamais besoin.
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 15/05/05 09:22
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Le jour déclinait lorsqu’ils franchirent, le cœur lourd, la porte monumentale qu’on n’allait pas tarder à refermer derrière eux. Ce n’est pas une petite chose que de partir à l’aventure, et tous avait conscience que, probablement, certains d’entre eux ne reverraient jamais les ruelles de Baentcher (nonobstant, chacun était fermement convaincu que ça tomberait sur le voisin). Le temps commençant à fraîchir, un triste crachin commença bien vite à les humecter. Arrivés au point de rendez-vous, ils eurent la satisfaction de trouver leurs recrues occupées à jouer aux dés leurs gains futurs et hypothétiques et à comparer leurs muscles, leurs cicatrices et leurs félonies respectives.
« Holà, la troupe ! S’exclama Nilbor Tout le monde est là à ce que je vois.
- Ouais, prêts à partir, répondit Khodbaar le Borgne. Mais avant, on a une revendication.
- Allons bon, je croyais que le marché était clair dès le départ... Dis toujours.
- On voudrait savoir comment on s’appelle.
- Comment on s’appelle quoi ?
- Oui, on en a discuté avec les copains, et il faut un nom pour la compagnie. Parce qu’on part à l’aventure. Il faut un nom, sinon ça porte malheur.
- Il a raison, approuva Wahg-Ork, tout le monde le dit.
- C’est quoi ces superstitions ridicules ? Bon, si vous y tenez... Mettons qu’on est la Compagnie... la Compagnie... Est-ce qu’on a une particularité remarquable qui nous unit ? Je ne sais pas moi, comme la Compagnie des Rouquins Furieux, ou la Compagnie des Redoutables Amateurs de Poires Belle-Hélène ?
- La Compagnie des Amateurs d’Or ? Proposa Mark.
- Sauf que ça fait un peu pléonasme avec le fait qu’on est des aventuriers.
- La Compagnie Normale ? Dit Vertu. Ou la Compagnie Ordinaire. La Compagnie Banale.
- Vu qu’on n’a pas de particularité, on pourrait s’appeler la Compagnie Générale, dit alors Thangar le Serpent.
- Ouais, grogna un des orks. Général ça fait sérieux. Ça fait chef de guerre. »
Un éclair zébra le ciel sombre, bientôt suivi par de vigoureuses trombes de pluie comme il en survient parfois au printemps. Ce qui donna une idée à Belam.
« La nature nous approuve et nous inspire. Que diriez-vous d’honorer l’élément liquide, source et condition de toute vie ? Je propose la Compagnie Générale des Eaux. »
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