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Sujet : LES NUITS DE BAENTCHER
Sondage : LES NUITS DE BAENTCHER
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en forme de tétine 22% (7)
environ six mètres pour trois-cent kilos 6% (2)
tous les ans, vers la mi-avril 6% (2)
le duodénum 6% (2)
G2V 3% (1)
Ray Harryhausen 6% (2)
alpha-béta éthylénique 6% (2)
les Rougon-Macquart, au moins 9% (3)
Obiwan Kenobi 28% (9)
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Grouïn des Tétynes

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   Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 30/01/05 21:15
Chapitre 12. Les Lavandières

Je crois que dans toutes les sociétés, il y a deux variétés de travailleurs, que l’on distingue du premier coup d’œil dès le petit matin. La première est composée de gens martelant les trottoirs de leurs chaussures serrées, filant vers d’obscures tâches que tous croient essentielles à la bonne marche de la société, même s’ils seraient pour la plupart bien incapables d’expliquer à leur boulangère en quoi leur métier est si utile, en vertu de quoi il est mieux payé que les autres, ni pourquoi il est si vital que leurs enfants embrassent une profession du même genre. Et puis, il y a les autres, venue plus sagement apporter leur clientèle à l’un de ces bars ouverts à potron-minet, cette humanité virile, laborieuse et peu causante venue prendre un café ou un ballon de rouge avant d’entamer sans enthousiasme excessif une journée d’honnête labeur, lequel labeur a la particularité d’être aisément explicable à n’importe quelle boulangère raisonnablement intelligente.
Le « Singe Paniqué » était un établissement de ce genre. On n’y avait jamais vu de clients s’entre-tuer pour les faveurs d’une prostituée au charme vénéneux, on n’y avait jamais pratiqué de duels de sorciers, et aucune chanson à boire naine n’évoquait cette taverne, par ailleurs totalement méconnue des dragons, liches, nécromants, dieux et scénaristes de jeux de rôles. Il s’agissait d’une minuscule officine surtout fréquentée par des habitués, des gens qui travaillaient dans les ateliers du coin, un endroit relativement anonyme où s’assemblèrent nos larrons, à l’abri des oreilles indiscrètes d’espions, d’assassins ou d’aventuriers concurrents.
« Bon, alors je vous propose d’essayer la méthode dite du profilage, proposa Vertu. La première chose à découvrir, ce sont les motivations de ces individus. Il faut entrer dans la tête de ces malades et découvrir comment ils fonctionnent. Une fois que nous aurons nos hommes, nous pourrons deviner leur âge, leur race, leur milieu social, leurs besoins, leurs envies, leurs habitudes, et là, ils feront une erreur, et nous les coincerons.
- A mon avis, c’est un gang d’aveugles, dit Mark.
- Qu’est-ce qui te fait dire ça ?
- Eh bien miss je-sais-tout, c’est pourtant évident ! Parce qu’ils agissent la nuit, en tapinois, qu’ils traquent leurs victimes à l’odeur, et non à la vue, c’est donc qu’ils ne les voient pas.
- A l’odeur ?
- Eh bien oui, trompé par la proximité olfactive, ces maniaque céciteux se retrouvent à chaque fois à forniquer avec des fruits de mer. Réfléchis donc, c’est la seule explication logique...
- Oh mon dieu... Mais pauvre andouille, ce n’est pas les violeurs de crevettes, c’est les voleurs de carpettes. Ils volent des carpettes !
- Ah pardon, au temps pour moi, j’étais distrait. Mais pourquoi voler des carpettes ?
- C’est bien là toute la question. Bon, puisque visiblement on est tous très fatigués, il est temps de rentrer je crois. »

Nos compères approuvèrent de tout cœur cette dernière proposition, car tous étaient bien las. Après s’être donné rendez-vous à la nuit tombée devant le Temple Noir afin de poursuivre l’élaboration de leurs plans coupables, ils regagnèrent donc chacun sa chambrée, bien aise de passer la journée à dormir et fourbir ses armes pour la suite des événements. Mark accepta bien volontiers la rude hospitalité que lui offrit Wahg-Ork, se réjouissant d’entendre les récits picaresques autant que peu véridiques que le colosse roux dispensait à quiconque consentait à lui tendre l’oreille. Toutefois, il lui fallait auparavant retourner au « Singe Infatué », pour donner son congé à l’aubergiste et reprendre son maigre baluchon.
Maigre, certes, mais suffisant pour attirer la convoitise des plus misérables.
« Mais votre valet vient de passer prendre vos affaires, messire, bafouilla le tenancier, dont la rougeur disait assez la confusion, ainsi que le fait que Mark l’étranglait.
- Quoi ? Djilel ?
- L’homme qui était avec vous...
- Bougre d’abruti ! Ai-je l’air de quelqu’un qui fait confiance à ses domestiques pour ce qui est de porter ses possessions ?
- Il m’a payé la nuitée et dit que vous l’aviez envoyé prendre vos biens, car vous aviez trouvé à louer en ville. Je ne pouvais pas savoir...
- Ordure de mercanti, manant, bâtard d’une truie et d’un chien, tu as bien de la chance que je sois pressé, sans quoi je te corrigerais sur l’heure ! Il faut que je passe ma rage sur quelqu’un, prie tes dieux que je retrouve mon voleur, car si ce n’est lui, ce sera toi ! Combien d’avance a-t-il sur moi ?
- Cinq minutes tout au plus... Mais messire, je vous assure... »


Dernière mise à jour par : Grouïn des Tétynes le 30/01/05 21:19

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Je tendrement dans le huître, avec deux en
plus, et dedans je le. Ordure et mou, l'chaussette
vermine jaune petit sachet de arbre.

(Excusez-moi, je suis dyssyntaxique)


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   Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 30/01/05 21:20
Sans plus attendre, Mark fila comme le vent, laissant choir le commerçant et fila dans la rue. Voilà donc où il était passé, ce misérable étron de porc, pendant que son maître risquait sa vie. Il allait lui faire passer le goût de la truande, à ce cloporte blafard. Ah, mais dans quelle direction était-il allé ? Sans doute s’était-il dirigé droit vers quelque cloaque réservé aux gens de sa caste, avec le même genre d’instinct infaillible que celui qu’ont les rats pour trouver les égouts. Où diable un Djilel trouverait-il refuge en plein jour, dans une ville étrangère ? Vertu avait au moins raison sur un point : il avait besoin d’elle pour être à l’aise dans cette cité aux usages étranges, où les voleurs étaient des notables et les notables des voleurs. Dans le cas présent, la petite catin l’aurait sans doute promptement aiguillé vers le lieu que l’esclave en fuite aurait le plus probablement visité.
La petite catin ! Mais oui, c’était cela ! Djilel n’avait dans la vie aucune autre ambition que celle de satisfaire ses instincts vulgaires, et Mark connaissait les goûts de son esclave. Il avait croisé, en venant, un vieux mendiant aveugle assis dans le caniveau, qui lui semblait avoir encore toute sa tête. Il le retrouva, jeta une pièce d’argent dans son écuelle et lui demanda :
« Holà, mon brave, sais-tu où l’on peut trouver dans cette ville des gens qui prostituent de jeunes enfants ? »
Il ne fut guère surpris de se voir rapidement indiquer, d’une voix morne et peu intéressée, un certain faubourg qui était en aval de la rivière, à l’écart de la route du sud. Il se mit promptement en chemin dans la direction dite (non sans avoir récupéré sa pièce). Mais comme par un fait exprès, la Rue du Sacre, la principale artère de la ville, était maintenant emplie de toute une population de piétons braillards et de charretiers pressés s’insultant dans tous les patois de la région, et notre héros n’avait pas encore l’assurance permettant à un citadin de s’écarter des grands axes pour gagner du temps en évitant les encombrements, aussi fut-il retardé par toutes les calamités habituellement associées à ce genre de situation.

D’après la croyance populaire, le faubourg des Lavandières remontait à une époque reculée de l’histoire de Baentcher. Une corporation de femmes faisant profession de blanchisseuse avait alors établi son commerce sur les rives de l’Armille, un affluent du Xno descendant directement des montagnes, et dont les eaux étaient connues pour leur pureté. Mais alors que la ville se développait, les quartiers en furent équipés l’un après l’autre de lavoirs banaux, tandis que l’onde de l’Armille était souillée par les égouts qui désormais s’y déversaient, et cette double calamité ruina la communauté. Les lavandières furent alors contraintes de se reconvertir dans une certaine industrie que pratiquent les femmes lorsqu’il est question pour elles de survivre, ce qui assura une nouvelle prospérité au faubourg, qui bientôt se couvrit de lupanars. A son apogée, le quartier des Lavandières avait fait vivre plus de deux mille prostituées réparties en plus de cent maisons de plaisir, sans compter une légion de dignes souteneurs, de sévères maquerelles, de musiciennes, de danseuses, de masseuses, de valets et de servantes, de restaurateurs, et tous ces gens qui semblent apparaître par magie autour des riches clients ayant un peu bu et désireux de se distraire.
Mais à l’époque où se déroule mon récit, les derniers échos de cette lointaine époque n’étaient plus perceptibles que par hasard, lorsque l’œil d’un connaisseur savait reconnaître sous la crasse, la ruine et les réfections réalisées à l’économie, ce qui avait pu être autrefois la façade somptueuse de quelque auguste bordel cité dans les chansons. Quatre siècles plus tôt en effet, les sévères lois morales qui régissaient Baentcher étaient rapidement tombées dans l’oubli sous l’afflux pacifique mais constant des migrations de barbares venus du nord, et les putains jusque là bannies hors les murs de la ville étaient réapparues, d’abord la nuit dans les quartiers populaires, puis au grand jour dans des maisons bourgeoises. Dans ces conditions, à quoi bon aller se perdre dans des faubourgs lointains pour se ruiner en compagnie de courtisanes orgueilleuses, alors qu’il existait dans le quartier des établissements plus discrets et bien meilleur marché où des filles moins bêcheuses distrayaient tout aussi bien leur bourgeois ? Et puis, personne ne vous reprochait d’ignorer les usages certes charmants, mais complexes et absurdes, en vigueur dans les maisons ancestrales des bords de l’Armille. C’est ainsi qu’à nouveau périclita le quartier.
Désormais, les Lavandières étaient un endroit dangereux. Pour tout dire, la majorité des citoyens de Baentcher n’y avait jamais mis les pieds, et n’envisageaient aucune circonstance sous laquelle une telle visite aurait été avantageuse pour eux. Il n’y avait ici aucune loi, pas même celle de la Cour Sombre, car les Lames Nocturnes avaient renoncé depuis longtemps à exercer une quelconque autorité sur ces tas de rebuts, arguant de l’argument bien pratique que finalement, les Lavandières étaient hors les murs, donc hors de leur influence légitime. Seuls les réprouvés vivaient dans ces masures croulantes, grouillantes de vermine et à l’étanchéité théorique : les mendiants qui n’avaient pas d’autre gîte, les bouilleurs de chiens et de chats, dont l’activité nauséabonde consistait à récupérer la graisse des animaux morts dans de grands chaudrons pour faire des chandelles, des chiffonniers et autres pauvres diables qui vivaient chichement de la récupération des ordures, les trois familles de bourreaux de Baentcher, les seuls dont les revenus leur permettaient d’entretenir proprement leurs logis, des agents immobiliers, des animateurs de supermarchés, et d’autres professions guère plus honorables. Le jour, la lourde main de la fatalité semblait écraser les rues du quartier, dont la morne inactivité n’était troublé que par les jeux d’enfants laids et sales promis à une vie d’ordure et d’ignominie.


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   Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 30/01/05 21:22
Chasseur impitoyable, Mark eut rapidement la satisfaction de retrouver la piste de son indigne valet dans les sordides venelles. Son instinct ne l’avait donc pas trompé. Ah, il ne dépareillait pas dans le tableau, ce pourceau, avec sa démarche de conspirateur s’attendant à tout instant à recevoir une volée dans la tête. Avec sur son dos deux sacs contenant le butin de son vol, il discutait avec un interlocuteur invisible sous un porche en bois pourri qui avait jadis abrité le rabatteur d’une élégante maison de passe, et n’était plus que l’entrée encombrée de détritus d’une ruine. Et maintenant, le voilà qui ouvrait un sac et en sortait le pourpoint préféré de son maître ! A la vue d’une telle ignominie, le sang de Mark ne fit qu’un tour. Il se rua à l’assaut. L’interlocuteur disparut alors dans les ruines, aussi promptement qu’un fantôme, et il fallut deux secondes pour que l’esprit grossier de Djilel saisisse la situation. Mais déjà, le poing du chevalier nordique l’atteignait à la mâchoire et le faisait rouler dans la fange.
« Alors te revoilà, canaille !
- Maître, mon bon maître ! Vous êtes vivant ? Ah, quelle bonne...
- Cochon, je vais t’apprendre à laisser tes supérieurs dans le besoin. Relève-toi, que je te botte le cul d’importance !
- Mais maître, je vous croyais mort !
- Et aussitôt, tu vas vendre mes affaires, belle mentalité de charognard.
- J’en faisais don aux pauvres du quartier, je le jure...
- Et menteur, en plus, mais prends moi donc pour un imbécile ! Fais silence, serpent fielleux, les sons émanant de ta langue bifide sont indignes de flatter mes oreilles. Allez, avance, objet d’abomination, quittons au plus tôt cette bauge immonde où tu te complais.
- Aïe, ouille...
- Et cesse donc de couiner quand je te frappe, tes cris m’irritent les tympans. »


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   Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 02/02/05 22:35
Chapitre 13. La rue de Clairie

Le grand temple de Hima était de loin l’édifice le plus célèbre de Baentcher, un des plus fameux exemples d’architecture des contrées du nord, une des merveilles du monde, à tel point que les voyageurs venus le visiter étaient souvent étonner de trouver à sa périphérie une ville si vaste et si intéressante. A la glorieuse lumière du plein jour, ses cascades d’émaux cristallins, ses vitraux enchanteurs et ses dentelles de bas-reliefs polychromes semés de métal et de pierreries constituaient un enchantement pour les yeux, ainsi qu’un long rébus, un mystère sans cesse renouvelé, l’énigme dans laquelle des générations d’érudits avaient perdu leurs existences en folles supputations. L’endroit étant public, des guides laïcs ou religieux se faisaient une joie d’en donner un aperçu aux visiteurs, lui signalant une charade de pierre dans les frises de la façade ouest, un oiseau et un serpent sculptés rappelant les armes de telle ancienne famille disparue depuis des siècles, un alignement particuliers de pignons qui ne se pouvait voir que depuis un certain point de la rue, où naguère s’était élevé un menhir, un gibet, une tour ou dieu sait quoi. Lorsqu’on venait en pèlerin et que l’on n’avait rien de mieux à faire, c’était une plaisante manière de tuer une après-midi que de prêter l’oreille à ces histoires fantasques qui, à défaut d’être toujours vraies, étaient bien inventées. Mais lorsque la lumière commençait à décliner, comme c’était précisément le cas lorsque nos fripons amassèrent leurs âmes contestables à ses pieds, l’édifice prenait toute sa dimension, flamboyant d’un éclat hypnotique qui faisait oublier jusqu’à ses dantesques dimensions. Il en émanait une puissante radiance qui, tout en subjuguant tout homme doté de sensibilité, ne manquait pas cependant d’éveiller chez lui un trouble, voire un frisson glacé. Tant de splendeur pouvait-elle n’être due qu’à la volonté d’hommes pieux ? N’était-elle le reflet que d’une noble dévotion ? N’y avait-il pas, sous les oripeaux pailletés du temple de Hima, quelque message plus complexe, quelque subtile corruption, quelque appel envoûtant à la perdition ? Peut-être pouvait-on entendre ainsi ce nom de « Temple Noir » qui, malgré les récriminations des prêtres, avait fini par devenir son nom officiel.
Toutefois, les parages de l’édifice ne rendaient pas justice à son auguste apparence, ne lui offrant pour débouché aucune grande allée bordée de marbre et de platanes centenaires. C’est tout juste si les urbanistes de Baentcher avaient trouvé utile de laisser deux places, pas plus grandes que celle d’un village très moyen, une devant chaque entrée monumentale. Toutefois, l’aspect ramassé des rues et des bâtiments environnants augmentaient la puissante impression qu’il produisait sur les voyageurs qui le découvraient devant eux, au détour d’une venelle.


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   Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 02/02/05 22:36
« Tiens, tu as retrouvé ton larbin ? S’étonna Nilbor.
- Que veux-tu, je suis un si bon maître. Hein, ordure ?
- Oh oui, maître. Pas sur la tête !
- Bon, maintenant que nous voici réunis, on pourrait examiner ce que nous savons de notre affaire. »
Il est probable qu’avec quelques années d’expérience de plus, ces coquins ne se seraient pas amassés en ce lieu alors qu’il faisait encore jour. Certes le lieu était fréquenté, les étrangers y étaient nombreux, et ils avaient pris soin d’arriver par petits groupes, mais n’importe quel observateur ayant ses deux yeux ouverts connectés à un cerveau en état de marche aurait remarqué l’armement qu’ils trimballaient, leurs mines de conspirateurs et leurs propos échangés à mi-voix tout en regardant ailleurs. D’un autre côté, on peut comprendre qu’ils ne se conduisent pas avec tout le professionnalisme qu’on est usuellement en droit d’attendre d’un aventurier digne de ce nom. Après tout, il ne s’agissait que d’identifier un petit malfrat, pas de traverser marais maudits et terres ghastes pour aller tuer Skelos ou dévaliser un dragon.
« J’ai pris les journaux, dit Vertu. Il y a un entrefilet de quelques lignes dans le « Stipendié », il paraît que les voleurs de carpettes ont encore frappé. Ils auraient visité un magasin des quartiers nord il y a deux nuits. Ça corrobore les informations de la « Feuille Servile », qui précise le nom de la victime. On pourrait y faire un tour.
- Quoi, c’est tout ? S’étonna Wahg-Ork. Pas de baston ? Pas de torture ? On effraie pas les taverniers pour avoir les informations ? On traîne pas dans les bas quartiers pour interroger les vauriens ? Pas de quête pour les sorciers devins ?
- Euh... après, peut-être, si ça ne donne rien.
- Oh, déçu...
- Mais attends, peut-être que la victime ne voudra pas parler !
- Aaah ! Espérons. »

Personne n’avait de meilleur plan d’action, aussi se hâtèrent-ils vers le quartier de Lempremont, sis à l’exact opposé de la ville. Il faisait donc nuit noire lorsqu’ils y arrivèrent, mais on s’activait encore dans la rue de Clairie, parfois appelée « l’Enfer » en raison des diables qui la parcouraient sans cesse et en tous sens, chargés de ballots et de rouleaux d’étoffe. A l’issue de la tragique guerre des Ponants, les royaumes elfiques de la Côte d’Emeraude étaient tombés l’un après l’autre sous l’assaut des farouches Themtis du désert. Navire après navire, les fils de la lune avaient fui la furie des hommes vêtus de pagnes, naviguant à regret vers des rivages plus cléments, chantant déjà la nostalgie d’un monde perdu. Plus portés sur la société des humains que leurs congénères du nord, ils s’étaient souvent établis en petites communautés dans les quartiers périphériques des grandes villes, y prospérant dans le commerce et l’artisanat. C’est ainsi que depuis plus d’un siècle, la rue de Clairie regorgeait d’échoppes de textile. En demandant leur chemin, nos aventuriers trouvèrent rapidement la boutique de Maurice Bensoussanael, qui était bien connu dans le quartier. En raison du vol dont il avait été victime, le commerçant était de méchante humeur, toutefois les attentes de Wahg-Ork furent déçues : il se montra fort coopératif.


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   Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 02/02/05 22:36
« Sur la vie de ma mère, j’vous jure, y m’ont tout pris ! Y m’ont assassiné, y m’ont ruiné, y m’auraient pris la femme et les gosse, ça serait pas pire. Vous êtes journalistes ?
- Non, nous ne sommes pas journalistes, non, précisa Vertu.
- Vous êtes des impôts alors ? Moi j’ai toujours tout payé de mes impôts, j’vous jure ! Je sais, y’en a qui trichent, j’en connais, j’dirais pas les noms mais je sais qu’il y en a. Mais chez les Bensoussanael, macache ! Honnêtes comme du bois d’if de Sandunalsalennar. Mon père disait toujours « Maurice, dans la vie...
- Nous ne sommes pas des impôts. Disons que nous travaillons pour des gens qui s’intéressent de près au vol dont vous avez été la malheureuse victime. Et surtout, nous nous intéressons au voleur. Nous pensons qu’il n’aurait pas agi... selon toutes les règles.
- Quoi ? Vous êtes de la Guilde ? Mais alors bienvenue, mes amis, entrez donc, venez, faites comme chez vous. Tenez, vous prendrez un verre ? Mais si, tenez, c’est petit vin du pays... Ah, le pays... si vous aviez connu les blanches murailles de Kandelasannar en été, étincelantes sous le soleil, et la mer à ses pieds, bleue, si bleue, et pleine de poissons si gras qu’on avait du mal à les sortir de l’eau même en s’y mettant à trois... Ah, là là...
- J’avoue ne pas avoir connu...
- Mais bien sûr, vous êtes trop jeune. Attendez, j’ai une gravure pas loin... Roger ! Roger ? Où t’as mis la gravure de Kandelasannar ? Roger, si tu fais semblant de pas m’entendre, j’te fais manger tes roustons... Ah les gosses, de nos jours, une vraie plaie. Ah quand c’est pour vous taper trois pièces d’or pour traîner dans tavernes et faire le beau avec les filles, ils sont respectueux de leurs aînés, mais quand il faut aider à la boutique, la famille, ça existe plus.
- Certainement...
- Au fait, si vous cherchez mes voleurs, c’est qu’ils avaient pas leurs licences, les coquins ? Vous êtes à leurs trousses, non ? Comment vous dites, des grimparts, c’est ça ?
- Des grimparts, en effet.
- Eh bien tant mieux. J’espère que vous leur ferez passer un sale quart d’heure à ces enfants de leurs mères. Eh, quand vous les aurez retrouvé, mettez leur donc deux baffes de la part de la maison Bensoussanael.
- On y pensera. Ils vous ont pris quoi, au juste ?
- Tout ! Ils ont tout pris, il reste rien, rien de rien.
- Et tout ça dans le magasin, c’est à vous ? »


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   Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 02/02/05 22:36
Vertu désigna les multiples coupons, rouleaux et balles qui encombraient la boutique et l’arrière boutique, dont la porte avait été laissée entrouverte par un commis distrait.
« Euh, non, c’est à des cousins.
- Des cousins.
- Ils me les ont prêtés... Ah mais c’est vrai, vous êtes pas des impôts vous.
- Pas vraiment.
- Bon, d’accord, j’avoue, ils ont pas tout pris.
- Pas tout, c’est à dire ?
- Ils ont laissé une partie de la marchandise dans le magasin. Une grosse partie.
- Doit-on comprendre qu’ils n’ont emporté que certains articles ?
- Uniquement certains articles, oui. Même pas les plus chers d’ailleurs, en plus d’être malhonnêtes, ils n’y connaissaient rien ces barbares. Regardez, vous savez d’où elle vient cette soie ? Vous savez ? Eh oui, de Thebin ! Et entièrement teintée à la cochenille, vous pouvez toucher, regarder, hein ? On dirait pas des fesses de bébé ? Eh bien ils me l’ont laissée sur les bras. Et ça, c’est du super-120 de Noirparlay, ça vaut cinq deniers la toise ! Et ça là, vous voyez ? Vous savez ce que c’est ?
- Euh... de l’alpaga ? Hasarda Nilbor.
- Exactement de l’alpaga. Et ils me l’ont laissé.
- Pour moi, ça ressemble plutôt à du lin, nota Belam.
- Tout à fait, c’est de l’alpaga en lin, la meilleure qualité. Puisque vous êtes un connaisseur, je vous fais les deux rouleaux pour un askeni et demi. Un prix d’ami ! Qu’est-ce que je dis d’ami, c’est le prix que je fais à la famille.
- On n’est pas là pour faire notre marché, intervint Vertu. Ont-ils laissé des indices derrière eux ? Oublié un instrument, laissé une trace quelconque ?
- La milice est venue, mais ils n’ont rien trouvé.
- Et ils ont pris quoi au juste ?
- Du velours. Regardez, c’était là, dans les casiers vides. Trois rouleaux de velours. Même pas assortis.
- Du velours.
- Côtelé.
- C’est curieux. Pourquoi prendre le velours et laisser la soie ?
- Ah ça, j’me l’demande bien. En plus, c’est drôlement plus encombrant à la livre, c’est plus difficile à transporter. Mais fainéants de commis se plaignent toujours quand on a un arrivage de velours, ça les fatigue.
- Et là, il y a des rouleaux qui restent, non ? Ce sont les mêmes que ceux qu’on vous a pris.
- A la couleur près, oui.
- Ils y étaient déjà, ou vous avez refait votre stock.
- Non, ils y étaient déjà.
- Je comprends de moins en moins. Non seulement ils ne s’en prennent qu’à des articles de moindre valeur, mais en plus, ils en laissent derrière eux. Je peux en prendre une pour voir combien ça pèse ? Eh, c’est vrai que c’est encombrant. Et vous les vendez combien en général ?
- Deux deniers la toise. Y’a vingt-cinq toises par rouleau, ça fait cinquante deniers, mais comme je vous aime bien, je vous le fais à un askeni.
- Donc, le butin se monte à trois askenis.
- Et je vous fais le prix de gros.
- C’est ridicule, personne ne risquerait sa vie pour trois askenis, même le dernier des traîne-misères vaut mieux que ça.
- Las, ma fille, je connais bien des malheureux pour qui trois askenis sont une fortune valant tous les sacrifices.
- Moi aussi j’en connais, mon père, car au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, je ne suis pas exactement née dans les palais ducaux de Bourgefric-les-Pochepleines, avec des couches en soie grège et une tétine en ivoire dans la bouche. Mais en général, les voleurs savent un peu leur métier. C’est pas la peine d’être Scarfouche-la-Cambriole pour savoir qu’à risque égal, il vaut mieux voler ce qui a le plus de valeur, et laissent le reste. Je peux visiter l’entrepôt ?
- Si vous voulez. Vous compter emporter le velours ?
- Non, j’en aurai juste besoin. Je suppose que la nuit du vol, vous aviez fermé la porte de votre boutique.
- En effet, fermé à clé. »


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c|o c|o (°°) c|o c|o
Je tendrement dans le huître, avec deux en
plus, et dedans je le. Ordure et mou, l'chaussette
vermine jaune petit sachet de arbre.

(Excusez-moi, je suis dyssyntaxique)


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   Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 02/02/05 22:37
Vertu entra dans l’arrière-boutique, une pièce oblongue qui faisait le double de la taille de la boutique proprement dite. Maurice Bensoussanael était grossiste, rien dans son établissement n’était particulièrement tape-à-l’œil, tout n’y était que purement fonctionnel, sans aucun des artifices communs aux commerces de détail. De ce fait, il ne fallait pas s’étonner qu’il n’y ait aucune fenêtre dans l’entrepôt.
« Et cette porte là ?
- Elle est condamnée. Mon père, Dieu ai son âme, l’avait faite clouer. J’ai vérifié hier, on n’y a pas touché. Regardez, encore solide.
- Et derrière, il y a quoi ?
- La ruelle des Prêches Abstrus.
- Et ce petit panneau de bois, là, il cache quoi ?
- Ben, c’est la chatière. »
Vertu se pencha à terre et souleva la planchette, située à deux pieds de hauteur. Elle dissimulait un soupirail.
« Le chat passe par là pour les allées et venues. Vous savez, pour faire leur boulot de chat. Les souris, les chattes, fumer des pétards avec les copains, allez savoir... Et en plus, ça aère un peu la pièce. Parce que le tissus, vous savez, ça prend vite l’humidité...
- Bien sûr, bien sûr.
- Eh mais, qu’est-ce que vous faites là ? Vous allez tout *********r mon rouleau !
- Je vérifie si ça passe. Le voleur aurait pu faire passer son butin par là, voyez. En poussant un peu... humpf... et voilà, comme papa dans maman. »
On entendit l’étoffe glisser en froufroutant dans l’interstice, puis tomber avec un bruit étouffé.
« Ah, mais c’est dégoûtant par terre, de l’autre côté !
- La belle affaire, ça se lave très bien, le velours. Vous voulez qu’on les arrête, oui ou non ?
- Oui, mais tout ça, ça sert à rien. Bon, faire passer un rouleau, ça va encore, mais les voleurs, comment ils sont entrés les voleurs ? C’est sûr qu’ils pourraient pas s’y glisser, c’est trop petit.
- Vous êtes sûr ? »
Vertu examina soigneusement le soupirail, puis glissa sa propre tête dans l’orifice rectangulaire, la ressortit, y passa le bras, puis la tête de nouveau, se contourna tel un boa ayant avalé un tapir pour y faire passer ses clavicules, au pris de maint craquements douloureux. L’abdomen fut avalé facilement, puis ce fut au tour du bassin, qui sembla se replier comme en un surprenant exercice d’obstétrique inversée. Bientôt, les fines jambes de la voleuse disparurent. Bensoussanael béait de toutes ses dents jaunes, et les compagnons faisaient de leur mieux pour ne pas en faire autant. Quelques secondes plus tard, tandis que l’industrieux négociant commençait à désespérer de revoir un jour son velours côtelé, elle réapparut, échevelée et fort sale mais assez contente de son petit effet. Cela dit, pas folle, elle avait fait le détour par la rue.
« Maintenant que certaines choses sont établies, et compte-tenu du fait que la plupart des vauriens de Baentcher sont plus petits que moi, je crois que nous savons comment ils ont fait. Et nous savons toutes sortes d’autres choses utiles à ce que nous voulons faire. Il ne nous reste plus qu’à vous remercier, monsieur Bensoussanael, pour votre bon accueil, et à prendre congé.
- Attendez, pas si vite, pas si vite... »
Le commerçant courut précipitamment à sa caisse, et fouilla dedans avant de revenir dans l’arrière-boutique où étaient encore amassés la compagnie. Il leur donna une petite bourse avec des airs de conspirateurs et des clins d’œil entendus.
« Tenez, c’est pour vous. Si si, faites pas les fiers comme ça, ça me fait plaisir. Je sais que vous faites un travail difficile, et je veux vous aider. Et puis, si des gens des impôts vous le demandent, on m’a tout pris, je suis ruiné, hein ? »

Ils remercièrent l’elfe et le quittèrent promptement, avant de se perdre dans la nuit de Baentcher. Ils résistèrent environ cent pas à l’envie de voir ce qu’il y avait dans la bourse, ce qui était un bel exploit pour des gens aussi cupides. A la lueur de la lune, posés dans le fond du petit sac de velours noir, ils comptèrent vingt beaux askenis.


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   Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 27/02/05 18:47
Chapitre 14. Les Palissades

La rue de Clairie se trouvait déboucher, à l’extrémité nord, sur une belle artère curviligne appelée « les Palissades », car elle reprenait le tracé d’une ancienne fortification noyée depuis belle lurette dans la marée urbaine. Comme les Palissades étaient sur le chemin que prenaient les provinciaux du nord pour retourner chez eux, d’habiles commerçants avaient trouvé profitable d’établir dans le quartier toutes sortes de distractions, plus ou moins en cheville avec la Guilde des Lames Nocturnes, où lesdits provinciaux pouvaient se ruiner commodément. Sur près d’une lieue de long, on trouvait des cabarets de toutes sortes, du rade minuscule pour étudiants bohêmes à l’immense salle de trois-cent couverts avec une vaste scène où s’ébattaient des régiments de filles grasses à la cuisse légère. Vers l’est, on voyait apparaître des théâtres dont la programmation était au goût des ruraux qui en étaient les clients, c’est à dire pas très finaude en général. Il y fleurissaient aussi quelques pittoresques officines se qualifiant de musées, mais il était vain d’y chercher l’élévation intellectuelle et l’aspiration spirituelle, car on n’y exposait que des chèvres à deux têtes, des prestidigitateurs manchots, des femmes à barbes, l’authentique grimoire de Skelos (neuf exemplaires recensés dans cette seule rue), le tibia de Saint-Machin ou le prépuce de Sainte-Ceci, des escamoteurs, des invocateurs de lapins et de colombes, des montreurs d’électricité, et d’autres variétés de charlatans. On pouvait aussi assister à des combats de coqs, de chiens, de rats, ou des trois ensemble, parier sur les courses les plus absurdes, sur les roulettes les plus maladroitement truquées, sur les événements de la vie politique ou mondaine, sur le nombre d’imbéciles qui relèveraient tel pari stupide, sur l’issue de tel duel opposant deux joueurs se querellant quant à l’issue d’un duel ayant opposé deux joueurs. On trouvait aussi toutes sortes d’établissement servant toutes les cuisines de la terre à toutes les heures du jour ou de la nuit, et c’est ce dernier point qui avait attiré nos compères au « Singe Calin »., endroit que Nilbor avait chaudement recommandé.


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   Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 27/02/05 18:48
« Maître, maître, je vous en prie, ne me punissez pas trop fort !
- Tu auras la rude punition que méritent ta couardise et ta traîtrise, chien !
- Par pitié, je vous en conjure, ne me faites pas laver vos affaires sales... Vous savez que mes pauvres mains sont irritées par l’eau froide et le savon...
- C’est pourtant bien ce que tu vas faire pour ta peine, coquin, et ne viens pas te plaindre. Je suis déjà trop bon.
- Oui maître, c’est vrai que vous êtes généreux et magnanime. D’autres que vous m’auraient chargé, en plus, de laver les affaires de vos compagnons.
- En voilà une riche idée ! Héla, mes amis, vous donnerez vos frusques sales à ce coquin avant de rentrer au bercail ! Cette ville est boueuse et nous somme tout crottés... Ne fais pas cette tête d’ahuri, nigaud des alpages, ton rictus de dégoût ressemble presque à un sourire, on dirait que tu en redemandes ! Allez, lappe donc ton écuelle en silence, nous avons à parler. »
La taverne faisait l’angle de deux rues. Le restaurant avait été fort étriqué mais, comme le conta l’archer, il avait été récemment agrandi par absorption d’un concurrent mitoyen, ce qui avait permis de doubler la surface. Pourtant, et malgré l’heure, c’était bondé et ils durent s’installer au comptoir, devant la cuisine, que les hasards des travaux plaçaient maintenant au beau milieu de la salle. C’était plutôt à leur convenance, le vacarme incessant des couverts s’entrechoquant et des cuisiniers discutant les commandes du personnel de salle couvrait leurs propres conciliabules. On servait des spécialités levantines, et beaucoup de clients étaient eux-mêmes des levantins, mais le patron était un nordique grand et mince et très jeune, sans doute originaire de Khneb, qui salua Nilbor quand il le reconnut, mais brièvement, car c’était le coup de feu. L’équipe était assez réduite, mais tournait bien. Il y avait notamment une petite serveuse levantine absolument délicieuse qui faisait semblant de ne pas remarquer les attentions dont elle était l’objet de la part de Mark et Wahg-Ork.


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   Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 27/02/05 18:48
« On a perdu notre temps, dit ce dernier lorsqu’elle eut disparu de sa vue. Chez le marchand, y’avait rien.
- Exact, messire Ork, approuva Belam. Nous ne sommes guère plus avancés dans l’explication de ce mystère, et pas plus près du malandrin. Certes, nous avons gagné un peu d’or...
- On voit que vous n’avez pas l’âme de véritables détectives, dit Vertu dès qu’elle eut fini sa soupe de nouilles (qu’elle avait avalée à une vitesse surprenante).
- Que dis-tu ? Tu aurais découvert quelque chose d’intéressant ?
- Pour sûr. Mark, tu penses comme moi ?
- Je ne pense pas pouvoir suivre le cours de ta pensée, car mon cerveau a l’habitude de raisonner droit. Cependant, j’ai noté un point de quelque importance : c’étaient des voleurs minces.
- Exact, un point important, mais je parlais d’autre chose. Bon, je vous affranchis, puisque je suis visiblement la seule à me servir de ce qu’il y a entre mes oreilles. Alors d’abord, je peux affirmer que nous n’avons pas affaire à un gang, mais à un unique voleur de carpettes.
- Ah oui ?
- Et je le prouve : vous vous souvenez que j’ai bien soupesé et manipulé un coupon de velours, exactement comme ceux qui ont été volés. Evidemment je voulais savoir comment on les avait sortis, mais pas seulement ! Je voulais aussi me figurer combien un matois normalement constitué pouvait en transporter facilement. La réponse est : trois, à condition d’avoir un sac. Un portefaix costaud pourrait en manipuler plus d’un coup, mais c’est trop encombrant pour un type normal, un type capable de passer par la chatière. C’est trop long, trop épais, ça roule sur l’épaule... Notre homme s’est arrêté à trois rouleaux parce qu’il savait qu’il ne pouvait pas porter plus, il était seul.
- Ce n’est pas à notre avantage, ça, observa Nilbor. Inutile de compter sur la trahison d’un complice.
- Exact.
- C’est idiot, intervint Mark qui essayait encore de comprendre comment on pouvait manger du riz avec des baguettes. Même seul, un voleur bien organisé aurait pu dévaliser le magasin sans prendre beaucoup plus de risques. Il lui suffisait d’avoir une carriole garée derrière.
- C’était impossible, car la rue des Prêches Abstrus, sur laquelle donnait le soupirail, est trop étroite, même pour une voiture à bras. A la rigueur, un âne aurait pu y attendre son maître, mais personne n’aurait fait comme ça. Ben oui, sois logique, les ahanements auraient pu réveiller tout le quartier à l’improviste. Donc, nous avions un voleur unique, et à pied. Revenons maintenant au soupirail. Je l’ai observé depuis la ruelle, il est à peine visible, et le panneau de bois de la chatière ressemble à un volet cloué solidement de l’intérieur. La rue des Prêches Abstrus n’est qu’une soue immonde où le soleil ne brille jamais et où peu de gens circulent. Ce vol n’est donc sûrement pas celui d’un rôdeur qui aurait tenté sa chance au petit bonheur, en découvrant par hasard une ouverture. C’était un coup planifié et réfléchi, celui de quelqu’un qui a bien observé les lieux, qui a repéré le quartier et qui a choisi la boutique la plus vulnérable.
- Si tu le dis.
- Et d’ailleurs, vous avez remarqué qu’il n’a laissé aucune trace visible de son forfait, il n’a pas oublié d’outil, et il a couvert ses traces dans la ruelle, c’est quelqu’un d’intelligent et méticuleux. Personne ne l’a vu entrer ni ressortir, et personne ne l’a entendu. Ce qui est étonnant, vu que les Bensoussanael habitent juste au-dessus, et que les voisins sont sur leurs gardes !
- Tiens, c’est vrai.
- Et pourtant, malgré toute sa ruse et son habileté, qu’est-ce qu’il vole ? Un butin médiocre, trois fois rien, alors que juste à côté, sur la même étagère, il y avait des soieries vingt fois plus chères.
- Il a peut-être confondu. Dans le noir...
- Confondre de la soie avec du velours côtelé ? Il faut être sacrément distrait. Et seul un imbécile assez considérable aurait pu volontairement prendre du velours, alors que le recel de la même quantité de soie lui aurait permis d’en acheter dix fois plus. On doit donc en venir à une conclusion qui va sûrement vous choquer mais qui est la seule logique. Non, croyez-moi, aussi curieux que cela paraisse, le mobile de ce vol, ce n’est pas l’or.
- Hein ? »


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   Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 27/02/05 18:49
Qu’un vol puisse ne pas être motivé par l’appât du gain dépassait visiblement la compréhension de nos coquins, mais Vertu s’expliqua.
« Je crois qu’ici, le but du vol n’était pas le butin, mais le vol lui-même.
- Oh oui, approuva Belam, voilà qui me rappelle des histoires que l’on m’a contées au sujet d’individus dérangés, des maniaques, des malades mentaux qui semblent de prime abord parfaitement sains, mais qui ne peuvent réprimer l’envie de s’emparer des biens d’autrui lorsque la compulsion les prend.
- Ça pourrait être une explication, et dans ce cas, on n’est pas prêt de le retrouver. Mais de tels individus sont plutôt du genre à agir par impulsion subite, à barboter ce qui tombe sous leurs doigts, pas à se glisser dans les caves en douce à la nuit tombée. Je penche plutôt vers un autre genre de voleurs occasionnels, qui déroberaient par jeu. Des étudiants par exemple.
- Des étudiants ?
- Mais oui, vous savez, c’est ce que font les jeunes gens de bonne famille quand ils n’osent pas dire à leurs parents qu’ils sont au chômage. Il y a hélas une copieuse ration de ces bons couillons à Baentcher, qui feignassent dans toutes les écoles de la ville avant d’aller s’enivrer au cabaret ou se quereller entre fraternités rivales. Je les connais bien parce que j’en ai pas mal dans ma clientèle, et ils me racontent souvent les pauvres aventures qu’ils ont ensemble lorsqu’ils y étaient incités par la stupidité de leurs camarades. Ils ont des rites de passage qu’ils s’infligent – et je crois que j’en étais un moi-même – pour se prouver leur virilité ou je ne sais quoi. Pour ça, ils sont capables d’accomplir des actes d’une stupidité confondante, comme par exemple défier un camarade d’aller accomplir un vol au nez et à la barbe de la Guilde.
- Puissamment raisonnée, madame Vertu.
- Merci mon père, vous en êtes un autre. Je pense que demain matin, on ferait bien d’aller visiter un peu les écoles et pensionnats du coin, pour faire parler quelques uns de ces bons à rien. Ça ne devrait pas être bien difficile, après trois verres de schnaps et un compliment sur leur faluche, ils vous racontent leur vie et seraient prêts à jurer que vous êtes le meilleur ami qu’ils aient jamais eu sur cette terre. »

Et donc, c’est avec la satisfaction d’avoir trouvé une piste, aussi douteuse fut-elle, que notre peu recommandable compagnie retourna dans la rue, l’haleine chargée de sauce de soja et l’estomac content. Ils se déposèrent successivement les uns chez les autres, sans oublier de charger à chaque fois le pauvre Djilel d’un baluchon supplémentaire empli de linge sale, l’abjurant de venir le rapporter propre et frais au petit matin.
S’ils avaient su...


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   Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 28/02/05 22:35
Chapitre 15. Lofüp

Peu de gens le savent, mais à l’origine, les universités furent créées à l’initiative d’étudiants n’ayant pas les moyens d’engager chacun un précepteur, et ayant réuni leurs fonds pour engager un maître prestigieux. Néanmoins, partout et en tous temps, cette belle utopie ne durait guère, et bien vite, les choses reprenaient leur cours naturel, à savoir que les facultés étaient dirigées par les professeurs, dans l’unique but de servir leurs intérêts. Il était déjà bien assez difficile de gérer les querelles politiques entre collèges rivaux (Baentcher comptait pas moins de cinq tours aux mages), s’il avait fallu en plus se préoccuper d’instruire les étudiants...
Il en allait ainsi de celle de Baentcher, qui avait grandi au fil des siècles, tandis que la métropole s’écartait avec dégoût des oripeaux crasseux de la barbarie pour se parer ostensiblement des attributs de la raison et de la connaissance. Une joyeuse anarchie foncière régissait l’activité de cette remarquable institution, qui avait hérité de nombre de donations aux quatre coins de la ville, toutes plus inadaptées à l’enseignement les unes que les autres. Comme les locaux étaient fort dispersés, il n’était pas rare qu’un étudiant dut traverser deux fois la ville au cours de la journée pour suivre ses cours, ce qui était, de l’avis des étudiants en question, une des principales raisons motivant l’absentéisme .
Les journées se suivent et se ressemblent, le lendemain matin, pas très longtemps avant midi en fait, nous retrouvons nos compères dans un nouveau débit de boissons, le « Singe Rédhibitoire », qui avait fait fortune en s’attirant la généreuse clientèle des étudiants. Vertu était la plus jeune du groupe, aussi fut-elle dépêchée pour tirer les vers du nez à un étudiant nommé Lofüp, choisi pour son air particulièrement niais qui se saoulait tout seul au cidre clairet, tandis que le reste de la bande, dispersé dans l’établissement, vérifiait du coin de l’œil qu’elle ne fomentait pas un sale coup dans leur dos. L’homme portait le bouc, le catogan et les tresses qui étaient à la mode chez les bohêmes Baentchériens à cette époque, mais il était déjà facile de se faire une idée du petit fonctionnaire borné qu’il deviendrait dans quelques années.


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   Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 28/02/05 22:36
« C’est exactement qu’est-ce que je te dis ! La faluche est une noble et ancienne tradition qui remonte à la nuit des temps.
- C’est ce curieux béret que tu appelles une faluche ? Alors tous ces symboles ont une signification ?
- Mais oui, exactement, chacune de ces symboles est significante. Par exemple ces trois amphores, ici, me confèrent le titre enviable de taste-bibine de première catégorie. Je l’ai gagnée dans une cuite mémoriable.
- Sans blague ? Et ces cordons multicolores ?
- L’un est aux couleurs de ma ville d’origine, qui est Galleda, l’autre est aux couleurs de ma ville d’études, qui est donc Baentcher. Et gare à qui arborise une faluche d’une autre ville à Baentcher ! Il se fera bastonner à grands coups de bâtons par les confrères.
- Noble tradition, en effet. Et cette clé ici, c’est quoi ?
- Ah ça j’en suis très fier, c’est le grade de Cénobite de la Forteresse de Solitude.
- De quoi s’agit-il ?
- Il est conféré par la Fratrie Falucharde à tout compagnon ayant passé une nuit en cellule. En fait, avec deux camarades, j’avais tenté de dérober la plaque émaillante qui indique la Rue des Orfraies...
- Celle qui est en face de l’hôtel de la milice ?
- Précisément. Si nous avions réussi, nous serions devenus d’Authentiques Deleste-Cognes, ce qui nous aurait permis d’arboriser la cagoule noire et le bâton. Mais on s’est fait pris. Ici tu vois la Queue d’Or, qui s’obtient...
- Superbe. Mais revenons aux Deleste-Cognes, ce doit être bien difficile d’en faire partie, non ?
- Oh oui, mais c’est très prestigieux. On n’a rien sans rien.
- Et c’est dangereux, aussi, non ? Si j’ai bien compris, il faut dérober quelque chose.
- Pour sûr, c’est dangereux. La preuve, je me suis fait subtiliser par la milice.
- Oui, mais il y a pire. Imagine que tu ne sois pas tombé sur la milice, mais sur la Guilde des Lames Nocturnes. Ils auraient pu t’égorger et te pendre par les pieds...
- Mais non voyons. On vole que des trucs symboliques, des luminaires publics, la porte d’un amphi, des trucs comme ça. Généralement on les rend après les avoir exposés quelques semaines dans la salle des trophées. Pas toujours dans le même état qu’on l’a trouvé, note bien, mais on le rend. On a jamais eu de problème avec les voleurs, jamais.
- Pourtant, j’ai entendu dire qu’il y avait un groupe qui volait du tissus en ce moment, du velours pour être précis, si la guilde les serre, les pauvres...
- Ah bon ? Ah, les voleurs de carpettes ! Non, ça m’étonnerait que c’est des étudiants. Il faudrait être débile pour voler du tissus, et un étudiant, c’est forcément intelligent. La preuve, moi !
- Ah ? Mais alors ce serait qui ?
- Va savoir. Un fétichiste, un apprenti-voleur qui veut se faire la main, quel intérêt ? Bon, je parle, je parle, mais j’ai pas fini à t’expliquer ma faluche. Alors ce groin, c’est pour dire que je suis Nudiéquiporcin, c’est à dire que j’ai réussi à chevaucher un cochon nu comme un ver dans les rues de la ville. Hein que ça t’épate ? Tu aimerais bien me voir faire ?
- Un autre jour. Donc, tu crois...
- Et ça, c’est le blason du collège de lettres modernes, car je suis étudiant en lettres modernes.
- HEIN ? Euh, pardon, je veux dire, pour en revenir au voleur de carpettes, tu dis que ce n’est pas un étudiant qui a volé les négociants.
- C’est ce que je crois, et y’en a plein qui croivent comme moi. Je vois pas quel étudiant ferait un truc pareil, ou à moins d’un étudiant en magie.
- Pourquoi un étudiant en magie ?
- Eux des fois, y volent des vrais larcins, mais c’est pas pour la faluche, c’est pour leurs expériences. Eux, la Guilde les embête pas trop non plus parce que d’une, c’est des magiciens, et deux, c’est tous des fils à papa bourrés de fric.
- S’ils sont bourrés de fric, pourquoi voler, ils pourraient acheter ?
- Je sais pas. Y sont bizarres...
- Moi je sais. »


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   Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 28/02/05 22:36
Durant tout le reste de la conversation, Lofüp fit des efforts désespérés pour attirer de nouveau l’attention de Vertu sur ses histoires de faluche, mais sans succès. Finalement, Mark l’invita à boire pour le faire taire, et c’est là qu’il sort de notre histoire. L’individu qui prétendait savoir était lui aussi un étudiant, nettement plus jeune que le précédent, mais portant déjà une moustache, taillée du reste avec une netteté peu commune chez cette gent ordinairement guère soignée. Sous sa faluche bien garnie, sa chevelure sombre et épaisse contrastait avec le grain livide de sa peau. Ses mains fines étaient encore celles d’un enfant, pas encore celles d’un homme.
« Tu es qui toi ?
- Orlando Villader, et toi ?
- Vertu Lancyent, enchantée. Tu bois quelque chose ?
- Non merci, on a tendance à faire et à dire des choses stupides quand on est saoul.
- Tu dis savoir pourquoi des magiciens voleraient des tissus.
- Ouais. Et en écoutant votre conversation, il m’est même venu une idée sur la personne qui se cache derrière le voleur de carpettes.
- Toi, tu le saurais, alors que les meilleurs limiers de la ville sont sur l’affaire ? Ah je comprends, tu me fais marcher. Tu n’es qu’un plaisantin.
- Si c’est ce que tu crois. Patron, l’addition...
- Eh, minute, dis toujours ce que tu sais, ça m’intéresse.
- Je te donnerais bien ma version, jeune dame, mais vois-tu, j’aurais peur que ça ne vienne entre de mauvaises oreilles. Le Code de la Faluche m’interdit de dénoncer un camarade, c’est ainsi. Qui me dit que tu n’es pas une oreille de la Guilde ? Non, j’ai des scrupules, j’ai déjà trop parlé, allez, salut... »
Orlando se leva et fit mine de se diriger vers la porte, Wahg-Ork se leva à ce moment, lui barrant le passage d’une manière qu’on aurait juré être fortuite. Il lui lança un regard peu amène, de fort haut car Orlando était tout petit. Vertu lui toqua sur l’épaule et lorsqu’il fut retourné, lui montra cinq askenis au fond de sa paume.
« Avec ça, tes scrupules disparaîtraient ?
- J’ai dit scrupules ? Je voulais dire pustules, j’ai des pustules ! Puisque vous êtes sympathiques et éloquents, je vais vous dire ce que je sais, et je vais faire mieux, je vais vous conduire. »


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c|o c|o (°°) c|o c|o
Je tendrement dans le huître, avec deux en
plus, et dedans je le. Ordure et mou, l'chaussette
vermine jaune petit sachet de arbre.

(Excusez-moi, je suis dyssyntaxique)


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   Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 01/03/05 22:33
Chapitre 16. Orlando

Bien qu’il fut étudiant, Orlando était un individu parfaitement raisonnable, et dès qu’ils se furent mis en route, il raconta bien volontiers toute l’histoire.
« Il arrive parfois que des vols inexpliqués aient lieu, des vols souvent audacieux qui concernent de objets incongrus, et dont le butin ne semble pas justifier les risques. Et surtout, on ne retrouve jamais les auteurs de ces forfaits, qui semblent disparaître dans la nuit comme s’ils avaient le don d’invisibilité. Et pour cause, c’est généralement le cas, car ces voleurs sont des sorciers. Et pourquoi volent-ils, allez-vous me demander ?
- J’allais le demander.
- Eh bien, sachez que pour leurs travaux, les mages ont besoin de ce qu’ils appellent des composants matériels. Ça peut être du sang de chauve-souris, des yeux de tritons ou un edelweiss cueilli la nuit de Walpurgis sur les flancs de la Montagne-du-Destin par une vierge hémophile habillée de plumes de canard, mais ça peut être aussi quelques chose de plus prosaïque, tel qu’une brique de terre cuite, un balais à chiottes, une roue de chariot, un doberman femelle, un sous-bock de taverne, enfin, vous voyez le genre.
- Ou du velours.
- Ou du velours, en effet. Il y a trois mois de ça, j’étais apprenti chez une puissante magicienne du nom de Séléné Sniterc qui, pour les besoins de ses recherches, m’avait envoyé chercher diverses bricoles en ville. En particulier, elle m’avait fait acheter, tenez-vous bien, pas moins de trente rouleaux de velours. Vous vous rendez compte, trente rouleaux à trimballer depuis la rue de Clairie jusqu’aux Lavandières ! Oui, parce que son atelier est aux Lavandières, c’est là qu’on va. Donc, je fais son sale boulot, et sans un merci ni rien, elle s’enferme dans son laboratoire et se met à je ne sais quelle tâche. Deux heures plus tard, elle ressort en sueur, les cheveux défaits, se met à me crier que je suis un incapable, un bon à rien, et me congédie sans autre forme de procès. Et c’est là que s’achevèrent mes études de sorcellerie. Non mais vous vous rendez compte ?
- C’est bien triste, mais...
- Et depuis cette date, j’erre de taverne en auberge, en quête d’un maître à servir. Mais c’est bien difficile dans une ville comme Baentcher où traînent dix étudiants pour un maître compétent.
- Je compatis tout à fait...
- Ce qui fait que vos askenis sont les bienvenus, je ne vous le cache pas.
- Mais quel rapport avec notre histoire ?
- Eh bien, en entendant distraitement ce que vous racontiez avec l’autre imbécile, j’ai fait le rapprochement entre ma magicienne et les voleur de carpettes. C’est clair, à mon avis, il s’agit d’une seule et même personne.
- Mais pourquoi voler ce qu’elle a les moyens d’acheter ?
- Je vous que vous n’êtes pas de l’Art. Sachez que ces composants matériels dont je vous ai parlés tout à l’heure servent à s’attirer les faveurs des puissances surnaturelles que l’on invoque par la magie. Imaginez que vous vouliez invoquer un esprit bénéfique pour une raison quelconque, et qu’il faille pour cela une branche de gui. Il n’y a pas besoin d’être un très fort sorcier pour comprendre que pour la cueillette, il vaut mieux un druide à l’âme pure qui montera lui-même en haut de l’arbre et cueillera le truc de la main droite avec une serpette consacrée tout en marmonnant des prières. C’est plus efficace, vous voyez.
- Je vois.


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   Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 01/03/05 22:34
- De même, s’il vous faut une dague pour un sortilège maléfique, c’est pas interdit de la plonger avant dans le cœur d’un nourrisson, ou un truc de ce genre. Bon, ben pour votre velours c’est pareil : la magicienne en question a sans doute des visées maléfiques, voyant que le tissus acquis légalement ne fonctionnait pas, elle a donc décidé de se procurer son velours par le vol, probablement en commettant elle-même son délit., car c’est plus efficace de payer de sa personne.
- C’est pas super maléfique de chourer trois coupons de tissus chez un grossiste.
- Probablement que ses visées ne sont pas super maléfiques non plus. Mais un peu quand même.
- Au fait, elle est puissante comme sorcière, Séléné Sniterc ?
- Tout est relatif.
- Je veux dire, par rapport à nous.
- Ah, oui, je vois. Eh bien comme vous avez pour vous le nombre et l’effet de surprise, et que vous n’avez pas l’air d’être des débutants, je suppose que vous avez toutes les chances de votre côté.
- Des pièges magiques ?
- Aucun. Elle disait tout le temps que ça ne servait à rien parce que personne ne cambriole un magicien, et qu’en plus la plupart des sorciers mouraient sottement d’avoir oublié leurs propres pièges.
- C’est vrai qu’ils sont parfois distraits.
- Holà, une minute, dit alors Nilbor, c’est quoi cette histoire d’attaque ? Notre mission est de retrouver le voleur de carpettes, pas de combattre une magicienne. On doit faire notre rapport, et c’est tout.
- Il a raison, approuva Belam.
- Quel manque d’ambition, quelle pusillanimité ! Le Morceau de Bravoure est une épreuve qui mesure l’habileté de l’aspirant-voleur, sa loyauté et son obéissance. Mais elle mesure aussi son esprit d’initiative et son bon sens ! Imagine que nous trouvions la magicienne avec par-devers elle les preuves de son forfait, nous devrions donc, selon toi, courir trouver Marît Joryl. Mais si jamais elle nous détecte, et se fait la malle ? Ou pire, si elle reste chez elle mais en dissimulant les rouleaux ? On aurait l’air fins !
- C’est vrai, il y a un risque, mais l’autre option est risquée elle aussi. D’après Lofüp, la Guilde des Lames Nocturnes ne s’intéresse pas aux larcins commis par des sorciers, pour d’évidentes raisons de prudence. Si nous retournons auprès d’Elnantel avec le cadavre d’une sorcière sur les bras, qui dit que nous n’allons pas lui causer des tracas politiques avec la guilde des mages ? Je ne connais rien de toutes ces affaires souterraines et toi non plus.
- Holà holà, intervint Belam, quelle est cette histoire de meurtre dont vous débattez si légèrement ? Il n’était pas question d’assassinat à l’origine. Ecoutez, on pourrait se tirer de tout ceci sans violence excessive en suivant une conduite plus conforme à la morale. Voilà ce que l’on pourrait faire : on ne la tue pas, mais on l’assomme...
- Peuh, pleutre ! Commenta l’ork.
- ...on la ficelle, on la met dans un sac et on la conduit rapidement à la guilde. Là, les dirigeants de la Guilde sauront qu’en faire. S’il y a des complications possibles, il suffira de la ramener chez elle dans le même équipage, elle croira avoir eu affaire à une quelconque bande de marauds et tout sera pour le mieux. »
Le plan de Belam semblait raisonnable, aussi reçut-il l’assentiment général, tout juste tempéré par les objections de Wahg-Ork, qui traita ses compagnons de noms en « ette ».


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« C’est cette maison ?
- Je sais pas, j’ai mauvaise vue, répondit Orlando. Y’a un étage avec un balcon ? Balustrade défoncée ?
- Exact.
- Des illustrations vulgaires peintes sur les murs ?
- En effet.
- Alors c’est là. »
La partie nord-ouest des Lavandières était le plus navrant exemple d’abandon urbain qu’on puisse trouver. La plupart des bâtiments n’avaient plus de toit, beaucoup n’étaient déjà plus que murets défoncés entre lesquels les gens du coin cultivaient des choux et des navets. Beaucoup d’or avait coulé jadis dans ces rues, mais le temps en avait effacé quasiment toute trace. Les villes ne meurent pas facilement, et longtemps après que les dieux de la fortune aient déserté un lieu, il s’accroche toujours une population de pauvres hères qui ne semblent vivre que des rêves d’une gloire révolue, errant parmi les ruines, glanant les leur provende parmi les vestiges pourrissants d’une richesse abolie. Mais tout a une fin, et un jour, même eux finissent par disparaître, ne laissant que le vent siffler parmi les pierres pour chanter des trépassés les rires et les tourments.
A moins d’un miracle immobilier, cet endroit n’allait pas tarder à en arriver à ce stade, aussi était-il peu probable qu’un voisin dénonce les allées et venues louches de nos compères autour de la tanière la magicienne. Sans doute avait-elle choisi ce gîte ignoble pour son isolement, dans le but de fomenter en paix ses plans mortifères, mais cet isolement allait jouer contre elle maintenant.
Ils étaient cachés sous le porche de ce qui avait été un auberge, et c’est de là qu’Orlando leur décrivit l’intérieur. Vertu partit en reconnaissance, et fit discrètement le tour du bâtiment en jetant des coups d’œil par les fenêtres. Puis elle revint.
« J’ai l’impression qu’elle est assoupie devant la cheminée, elle a dû s’endormir en lisant.
- Trop facile...
- En effet, ça lui arrivait souvent, se souvint Orlando.
- Mais le plus intéressant, c’est que j’ai bien cru voir des rouleaux d’étoffe dans un coin de la pièce ! On a trouvé, c’est génial.
- Je vous l’avais bien dit.
- Nilbor, toi qui as fait la guerre, quelle serait la meilleure tactique dans un cas comme celui-là ?
- Attaque frontale. Si on est bien coordonnés, on peut la neutraliser avant même qu’elle ne se réveille. Mais il faudrait qu’on porte des cagoules pour ne pas être reconnus par la suite, si d’aventure nous devions la libérer.
- Très juste.
- Je devrais rester en arrière alors, dit Orlando. Car elle pourrait reconnaître ma silhouette, et remonter jusqu’à vous.
- Tout à fait, approuva Nilbor avec reconnaissance. D’ailleurs, tu as fait ta part du contrat, merci de ta collaboration.
- Ce fut un plaisir.
- Bon, alors voilà le plan : on fait deux groupes qui monteront la rue en sens inverse et se rejoindront devant la maison, on s’approche nonchalamment de la porte, Wahg-Ork la fait sauter on entre tous deux les premiers pour l’agripper et la bâillonner, Vertu, Mark et Belam entreront ensuite et refermeront la porte pour que les voisins ne s’inquiètent pas. Si c’est bien fait, il n’y aura pas de témoin. »


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Wlam !
Les deux compères masqués sautèrent sur la vieille dame qui n’eut pas même le temps d’esquisser un geste avant de se retrouver plaquée à terre, une main d’ork sur la bouche. Trois autres entrèrent en coup de vent et fermèrent derrière eux, ne laissant que la lumière filtrant par les trous des rideaux pourris.
« Vite, la corde !
- Le baillon !
- Le sac !
- Ah ********, elle a claqué...
- Quoi ? Mais ça va pas, sauvages ! Regardez ce que vous avez foutu...
- Eh, c’est pas ma faute ! Je savais pas que c’était une vieille. Et puis elle est trop grosse, elle s’est fait mal en tombant, j’y suis pour rien.
- Comment je vais dire ça... Attendez, je vais voir si son pouls... »
Sous l’effet de l’adrénaline, le cerveau de Vertu se mit en marche à une vitesse surprenante. La peau de la vieillarde était glacée, la mort remontait à des heures, au moins. De son vivant, cette femme avait sans doute été trop raide pour se glisser dans une chatière, et beaucoup trop épaisse surtout. Son visage buriné par une vie de travail manuel, ces mains épaisses et calleuses, ses membres noueux n’étaient pas ceux d’une sorcière, mais d’une pauvresse comme on en trouvait à la pelle dans le quartier.
Et elle mit enfin le doigt sur le point qui l’irritait depuis deux heures, elle se souvint de ce qu’il y avait de familier et troublant chez Orlando, elle se souvint qu’elle avait déjà vu ce corps chétif et ce visage de fouine myope. Il était dans la boutique d’articles religieux, le soir où ils étaient allés piller le labyrinthe de Theraknoar...
Quelque chose avait bougé derrière eux, la porte s’était rouverte. D’un geste d’une grande pureté, la voleuse se retourna tout en tirant de sa veste une dague de jet. Mais son bras fut arrêté. Orlando était là, avec sur sa face un sourire mauvais, la main tendue vers eux. Et elle se rendit compte avec horreur qu’elle ne pouvait plus faire un mouvement. Ses muscles répondaient toujours, ses tendons se bandaient sous l’effort, mais c’étaient ses vêtements qui étaient devenus plus durs que la pierre et enserraient ses membres dans un étau implacable. Et ses compagnons étaient dans la même situation.
Orlando considéra alors la situation, fit signe à Djilel de refermer la porte, et dès que ce fut fait, ôta avec amphase sa moustache postiche et sa perruque, dévoilant une chevelure courte, désordonnée et cramoisie, avant de laisser éclater un rire maléfique et inextinguible auquel se mêla les braiments idiots du traître Djilel.

Mon dieu, mais de quel esprit démoniaque nos héros malchanceux sont-ils devenus le jouet impuissant ?


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   Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 06/03/05 13:31
Chapitre 17. Sook

Djilel prouva son abominable félonie en obéissant à l’ordre de sa nouvelle maîtresse, qui lui fit désarmer ses anciens compagnons. Il souligna son triomphe en chuchotant des insultes à l’oreille de ses victimes, car il était aussi impitoyable envers les faibles qu’il était servile envers les puissants. L’avortonne pour sa part se pavanait maintenant sous les regards rageurs de ses captifs impuissants.
« Alors comme ça, vous espériez échapper à la Sorcière Sombre ! Pauvres mortels, tremblez car tel est mon pouvoir, vous n’êtes que des pantins, de la poussière balayée par le vent de ma toute-puissance...
- Eh, on est de ce côté.
- Ah, pardon. Je disais quoi déjà ? Ah oui, le monologue mégalo. Hum hum. « Ô, destin cruel, voici qu’enfin sonnent les cors de mon triomphe, voici que j’ai ma revanche ! Dieux inconstants, je vous maudis, je crache à vos faces hiératiques mon mépris souverain et ma rage éternelle ! Démons des enfers, astiquez fourches et fourbissez fouets, le grand combat s’annonce, je ne vous ferai aucun quartier ! Et vous, princes de ce monde, jetez à bas vos sceptres et vos couronnes, vos manteaux d’hermine et vos pourpres de majesté, rampez dans les bauges des plus humbles de vos serviteurs ou pour les plus hardis, osez vous prosterner devant moi, car sur cette terre vieille de trop de bassesses, voici que s’annonce l’âge de Sook ! »
- L’âge de quoi ? Demanda Mark.
- De Sook. C’est moi, c’est mon nom. « Entendez ce frisson parcourir les astres glacés, c’est mon nom que l’on chuchote, et bientôt... »
- Ah parce qu’il y en a aussi pour les étoiles ?
- Tant que j’y étais... C’est pas mal hein ? J’ai écrit ça quand j’étais petite, un jour que je me faisais chier... Et comme c’est pas le genre de choses qu’on a l’occasion de ressortir souvent...
- Sans doute. Et maintenant, qu’est-ce que tu comptes faire ?
- Traditionnellement, après le monologue, je suis sensée vous tuer de male mort, en vous navrant d’horrifiante façon.
- Attends, je ne comprends pas, qui c’est la vieille, en haut ?
- Quelqu’un de trop curieux. C’est un comportement à risque dans mon entourage.
- Quelle abomination ! S’insurgea Belam.
- Bah, chacun son destin. Moi je fais dans la sorcière maléfique.
- Mais quel rapport avec les rouleaux de velours que tu as dérobés ? Car c’est toi, le voleur de carpettes, avoue !
- Je vous le concède, c’est un titre peu glorieux, mais c’est bien moi.
- Et ça sert à quoi ?
- Pourquoi je vous le dirais ?
- Parce que traditionnellement, après le monologue mégalo, le méchant doit exposer son plan de façon narcissique aux héros captifs. C’est la coutume.
- Très juste. Eh bien voilà, il y a trois ans de cela, par-delà la Mer des Cyclopes, dans l’Île des... Oui, que veux-tu, Djilel ?
- La porte madame Sook, quelqu’un frappe.
- J’ai entendu. Envoie-le au diable.
- Il insiste, et il porte un uniforme. Ainsi qu’une grande besace au contenu mal défini, je crois que c’est des parchemins.
- Bon, j’y vais. Et vous, allez à la cave ! »


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