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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 06/03/05 13:32
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Sur l’injonction de Sook, les vêtements enchantés par elle conduisirent leurs porteurs jusqu’à la cave dont, sur son ordre, Djilel avait ouvert la trappe. Ils descendirent ainsi, abandonnant derrière eux leurs armes et leurs bagages, contraints et forcés, jusqu’à un local plutôt grand, si l’on en croyait les échos, et plutôt humide si l’on en croyait l’odeur. Pour ce qui est de la vue, ils étaient dans l’obscurité la plus totale, mais ils purent entendre sans peine l’échange entre la Sorcière Sombre et l’importun :
« De quoi y veut ?
- Bien le bonjour, joyeuse administrée ! La Compagnie Municipale des Ratiers de Baentcher est heureuse de vous présenter ses vœux pour la nouvelle année, et à cette occasion, je suis sûr que vous avez l’usage de l’un des splendides calendriers que voici.
- Pas du tout.
- Ce modèle est splendidement illustré de divers panoramas de nos belles montagnes du Portolan, ici enneignées, là en été, sur cette page nous avons la vallée de Fondcomble au coucher du soleil...
- Je ne suis pas intéressée.
- Nous avons aussi les traditionnels nains ne Guzulk’bor présentant toute une série de saynètes folkloriques, comme par exemple le partage du pain à la hache, la danse des sept haches, la fête pittoresque de la hache des haches, l’éphéméride du forgeron...
- Puisque je vous dis que je m’en...
- Sur cet autre modèle sont figurés des chats de toutes races, dans des situations souvent cocasses. Regardez comme il est mignon, celui-là, dans son panier ! Et celui-ci, ne dirait-on pas qu’il essaie d’attraper une souris ? Et bien non, c’est après une feuille qu’il en a, le coquin !
- Si vous ne partez pas tout de suite, vous allez vous prendre une boule de...
- Ou si vous préférez, il y a aussi le calendrier du nécromant, dans des tons noirs, gris et rouges. La Tour Noire de Darakhnor...
- Mais je vais vous... Oh, mais c’est pas Skrophius l’Aveugle sur son trône de souffrance ?
- En effet, c’est bien lui. Et là voici Xiomberg du Chaos menant ses légions sanglantes à l’assaut de la citadelle de Bondartchuk, lors de la Guerre des Neuf Agonies. Observez comme l’artiste a bien rendu le souffle du dragon d’ombre et la douleur des elfes empalés autour du pentagramme grâce à une polychromie subtile tout en camaïeu de tons pastels. Et sur la page suivante, un descriptif de la Chaise Infernale de Sakripong l’Ecartelé, avec tous ses accessoires, le cautériseur, l’extracteur de nerfs, la canule barbelée... »
Le fonctionnaire avait l’esprit commerçant, car il parvint à vendre son calendrier. Après cet interlude, la sorcière et son âme damnée félonne, le fielleux Djilel, descendirent jusqu’à la geôle de misère qu’occupaient nos héros, éclairés par une sinistre lanterne de fer.
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Je tendrement dans le huître, avec deux en
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 06/03/05 13:32
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Un violent coup de planche cueillit la sorcière dans le foie avant qu’elle eut posé le pied sur le sol crayeux de la cave, où elle chût en boule. L’esprit de Djilel était lent en toutes choses, sauf en matière de fuite, aussi tourna-t-il les talons avec la vivacité du lézard, mais avant qu’il ai pu atteindre le niveau du rez-de-chaussée, la poigne inflexible de Wahg-Ork se noua autour de sa cheville droite et il tomba face contre terre avant de dévaler l’escalier sur le ventre.
« Ah ah, tu trembles, créature du malin, s’exclama Belam, triomphant. Sache que je change de soutane chaque jour ! Celle que je porte aujourd’hui n’est donc pas celle que je confiais hier à ce fielleux serviteur pour qu’à mon insu, tu l’enchantes à ta façon ! Ça te la coupe hein ?
- Gnzs’h, marmonna Sook.
- Et comme tu as eu la mauvaise idée de laisser traîner des ciseaux dans ta forge alchimique, il n’a pas été bien difficile de libérer mes amis, moyennant une menue entorse aux règles de la décence dont je leur demande d’ailleurs pardon.
- Mais vous êtes tout pardonné, padre, dit Nilbor qui se couvrait comme il pouvait avec les restes de ses braies.
- Et maintenant, magicienne de malheur, prêtresse du désespoir, apprête-toi à subir le châtiment que tes épouvantables crimes t’ont valu.
- Vous êtes fous, rétorqua l’intéressée en se relevant (et on notera ici qu’elle avait la peau plus dure que sa constitution chétive ne le laissait supposer), vous êtes tous fous. Vous ne vous rendez pas compte de la situation dans laquelle vous vous trouvez.
- C’est toi qui perds la raison, compagne du démon. Allez, raconte nous dans quel dessein maléfique tu dérobais du tissus, parle sans fard et peut-être intercèderais-je auprès des autorités compétentes pour t’épargner un sort trop douloureux.
- Tu veux le savoir, curé ? Eh bien, regarde derrière toi, et prosterne-toi. »
Et le silence se fit, car tous avaient pris conscience qu’un son irritant croissait depuis plusieurs secondes, un son à la fois mat et son doux, évoquant les pas d’un loup dans la neige épaisse. Et cela enflait, et se rapprochait. Ça venait du fond de la cave, de cette région d’obscurité d’où, maintenant, émergeait une forme furtive et mouvante, trop rapide pour être celle d’un animal. Un instant c’était une silhouette colossale, on eut dit qu’elle se voûtait pour ne pas heurter le plafond, et l’instant d’après, cette même forme n’avait plus que la taille d’un enfant. Et à mesure que le monstre s’approchait, les rayons impitoyables de la lanterne de fer dévoilaient les pans voletants de sa forme hideuse, et les abominables rayures de sa matière. Une aura de puissance inflexible et de tristesse infinie émanait de cet être composite, fruit de l’accouplement contre-nature de l’industrie humaine et de la nécromancie.
« Tremblez, mortels, car voici votre cauchemar ! Lève toi, ma créature, et obéis à ton maître, lève toi et marche, GOLEM DE VELOURS CÔTELE ! »
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 05/04/05 21:25
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Chapitre 18. Le golem
Et l’inconcevable monstre mou répondit à l’appel de sa maîtresse. En un éclair froufroutant, des lambeaux de velours se tendirent vers les jambes de Mark et le happèrent dans un silence qui contrastait avec l’habituel fracas des armes. Notre héros s’agrippa à l’un des piliers de bois qui soutenaient le plancher, et parvint ainsi à résister à l’attraction de son surprenant adversaire, bien que le sort exact d’un malheureux laissé entre les griffes d’un tel golem restait dans le domaine d’un déplaisant exercice pour une imagination désœuvrée. Wahg-Ork, sans autre arme que son propre corps, vint au secours de son frère de sang et empoigna la mouvante poupée de chiffon, ou du moins, tenta de le faire, car c’est sur le vide que ses bras musculeux se refermèrent. L’instant d’après, un épais pan de tissus animé d’une force maléfique s’abattit sur sa face à plusieurs reprises, puis le fit rouler dans la poussière avec une force insoupçonnée.
Vertu prit le parti de rester à l’écart et, mettant à profit sa dextérité supérieure, d’expédier des projectiles improvisés – fioles, tabouret, creuset, boulets de charbon prélevés dans un seau jouxtant un athanor – à la face de l’abomination, qui n’avait en fait pas de face, ni aucune surface fixe visible, ni aucun point faible discernable. Finalement, supposant son adversaire combustible, elle s’empara de la lanterne de Sook qui était tombée à terre, et la projeta aux pieds du monstre. L’huile inflammable jaillit soudain en une vaste flaque, et l’espace d’un instant, la rusée voleuse crut avoir triomphé. Mais si quelques flammèches embrasèrent bien certains pans duveteux, elles furent bien vite étouffées dans le tourbillon généré par le maelström textile, qui s’éloigna toutefois de la zone incendiée.
Les flammes éclairaient maintenant la scène de cauchemar d’une lumière chaotique, rajoutant à l’horreur de la situation. Comment, par quelles erreurs, en étaient-ils venus à se retrouver nus et désarmés au moment d’affronter une abomination suintée par une magie démoniaque ? Telles étaient les questions que Belam se posait à l’instant d’entrer en scène. Brandissant avec détermination les trois anneaux de Myrna, symbole de son culte, le saint homme récita alors les mots que son vieux maître lui avait enseigné pour combattre le mal, l’ancien rituel de bannissement. Mais le vieux maître en question était déjà un peu gâteux à l’époque, et il avait oublié d’indiquer à son disciple que ce rituel marchait ne marchait guère que dans le cas des morts-vivants. Et le golem n’était pas un mort-vivant, ce qui explique que le rituel eut autant d’effet qu’un jet de crotte de mouche sur un éléphant de guerre.
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 05/04/05 21:25
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Sook s’était glissée dans un coin derrière l’escalier, protégée par sa créature, et commençait maintenant à marmonner quelque conjuration de son crû propre à achever le combat de prompte et violente façon. Vertu, s’apprêtait à remonter – accordons lui le bénéfice du doute et supposons qu’elle allait chercher les armes de ses compagnons – quand ses chevilles furent happées par des mains puissantes, humides et glacées. Elle porta son regard affolé, et s’aperçut que la boue de la cave s’était maintenant animée en une hideuse parodie de vie, obéissant à un puissant sortilège. Allait-elle finir ainsi, offerte en holocauste à la violence d’un monstre dépourvu de raison, dans l’obscurité d’un souterrain puant la moisissure ? Déjà, des membres semblables rampaient vers ses camarades, pris entre deux périls mortels.
Mais de toutes les armes qu’un combattant peut apprendre à manier, on dit que l’expérience est la plus utile en toutes circonstances. Voyant que la situation se retournait à son désavantage, les instincts de vieux soldat de Nilbor lui avaient soufflé de se dissimuler dans l’ombre complice, en attendant que son heure vienne. Ainsi, tandis que ses compagnons ferraillaient avec la dernière énergie mais sans grand résultat, ils s’était faufilé sans attirer l’attention du golem, et profitant de la mauvaise vue de la magicienne, s’était glissé derrière elle, armé d’une longue mais robuste chute de tissus vigoureusement torsadée par ses soins. Son attaque fut si rapide que malgré sa vivacité d’esprit, la rousse sorcière ne comprit ce qui lui arrivait que lorsque le garrot se referma autour de son cou menu et que la voix cassée de l’archer chuchota à son oreille :
« Rappelle tes chiens, vilaine, ou je te brise la nuque. »
Elle n’hésita pas. Elle pouvait sentir à la vigueur de son adversaire qu’il avait bien assez de force pour mettre sa menace à exécution. D’un geste, elle abjura le golem de retourner à l’inactivité et les mains de boue retournèrent à la terre.
« Bravo, Nilbor, applaudit Vertu tout en se décrottant. C’est une belle prise.
- Alors, on fait moins le malin maintenant ! S’exclama Mark, qui tentait de retrouver les lambeaux de ses chausses afin d’en couvrir sa virilité.
- On en fait quoi ? Demanda Wahg-Ork qui tenait Djilel, assommé, sous son bras. Le ton amusé de sa voix indiquait qu’il avait quelques idées sur la question.
- On pourrait la fouetter un peu avant... vous savez...
- Ou lui griller les pieds, elle doit avoir un magot.
- Holà, mes preux amis, comme vous allez bien vite en besogne ! Vous ne pouvez pas la tuer comme ça, de sang froid.
- Ben pourquoi ? Demanda l’ork.
- Myrna, dans sa grande sagesse, ne promeut-elle pas le pardon et le rachat de ses fautes ? Il faut d’abord qu’elle confesse ses pêchés. Après on pourra la tuer.
- Ah, OK, si c’est religieux, respect.
- Eh, n’oubliez pas qu’on doit la rapporter à la guilde. Après tout, on est là pour ça.
- Mouf miuouf !
- Quoi encore ? Arrête avec tes sortilèges, on doit te ramener vivante, mais rien ne dit qu’on doit te ramener en un morceau. Si tu tiens à ta langue fourchue, garde la dans ta gueule de vipère.
- Je crois qu’elle veut dire quelque chose.
- OK, mais un seul mot alors. Qu’un deuxième sorte de ta gorge, et le troisième sera « gargl ».
-Theraknoar. » dit-elle.
Il faut croire que Sook était éloquente, car d’un seul mot, elle parvint à captiver l’attention de son auditoire.
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 05/04/05 21:26
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Après l’avoir dûment ficelée, on lui permit de parler de ce qu’elle savait.
« On t’écoute.
- Bien, alors je vais vous raconter une histoire, dites-moi si je me trompe. Il était une fois un groupe de gland... de merce... d’aventuriers intrépides qui avait décidé, un beau soir, de se faire un peu de tourisme dans le Labyrinthe de Theraknoar, pour y dérober un quelconque pendentif... ne faites pas cette tête, c’est votre larbin qui m’a tout expliqué. Or donc, nos aventuriers ignoraient, hélas pour eux, que le dédale était habité par deux puissants gardiens.
- Deux ? S’étonna Nilbor.
- Eh oui, deux. Car contrairement aux rumeurs que répandent complaisamment les prêtres de Hima à destination des imbéciles crédules, ce ne sont pas les rebus des dons faits par les fidèles qui sont entreposés dans Theraknoar, mais au contraire, parmi tout un bric-a-brac effectivement sans valeur, quelques unes des reliques les plus puissantes qui soient tombées entre les mains du clergé. Un tel trésor justifie une garde rapprochée et incorruptible.
- Effectivement, c’est logique.
- L’un des gardiens était un golem de bronze, un redoutable obstacle qui ne connaît ni douleur ni compassion, et que nulle arme ne peut entamer si elle n’est enchantée.
- On a vu ça, approuva Mark.
- Mais le deuxième gardien est plus terrible encore, c’est un fracasseur. Il s’agit d’une rare créature invoquée d’un plan distant de l’existence. Il est capable de briser toute matière, nul guerrier ne peut affronter son pouvoir de disruption.
- On a vu ça aussi.
- C’est curieux que vous soyez encore en vie, vous ne m’aviez pas semblé tellement... bref... tant que les deux gardiens sont de ce monde, il vous sera impossible de tirer quoique ce soit de ce foutu labyrinthe.
- Malédiction. Nous avons bien détruit le golem de bronze, mais reste ce fracasseur...
- A moins bien sûr de connaître le truc.
- Le truc ?
- Eh oui, le plan pour défaire le fracasseur. Eh vous croyiez quoi, que je m’intéresse à ce labyrinthe pour l’architecture néo-gothique et le bon air qu’il exhale ? Moi aussi, j’ai quelque chose à y prendre.
- Et ce plan, tu vas nous l’expliquer, de gré ou de force.
- Pitié, j’ai peur... C’est à dire que me tuer ne vous avancera à rien, bougres d’andouilles, j’ai besoin d’utiliser la magie, et il faut être en bon état pour pratiquer l’Art. Alors soit vous êtes dans le coup avec moi, soit vous êtes dans la ******** tous seuls.
Les paroles de la sorcière n’étaient pas dénuées de bon sens, et si ses promesses étaient sincères, c’était le meilleur plan qu’ils avaient pour récupérer l’objet de leur quête. Toutefois, un détail tracassait Nilbor.
« Il y a quand même un point qu’il faudrait éclaircir tout de suite : il n’y a qu’une seule amulette, et nous comptons bien nous en emparer.
- La belle affaire, faites, faites, ce que j’en ai à foutre ! Vous croyez que c’est le seul trésor de Theraknoar ? Moi, je cherche le masque de Guzulkat, alors le reste, vous le prenez, vous le laissez, vous le mangez, vous vous l’insérez, je m’en tape. »
Ces fortes paroles marquèrent l’entrée de Sook dans cette peu recommandable coterie.
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 06/04/05 18:47
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Chapitre 19. Le Festival
La fin de la journée fut studieuse. Tout d’abord, il fallut recoudre ses vêtements pour ceux qui n’en avaient plus. Puis ils retournèrent à la Guilde des Lames Nocturnes pour faire un rapport à Marît Joryl. Celui-ci se fit donc expliquer par Vertu qu’ils avaient démasqué le voleur de carpettes.
« Tout ceci est le fruit d’une jeunesse désoeuvrée en manque de repères dans une société déshumanisée qui les rejette. Voici ce que nous avons découvert : certains fils de notables de Baentcher sont des maniaques sexuels adeptes du velours côtelé, ils en étaient fous et forniquaient dans les peluches jusqu’à en perdre haleine.
- Pardon ?
- Ils en font grande consommation dans leurs soirées « très privées », si vous voyez ce que je veux dire, mais bien sûr, ils ne peuvent pas se fournir au grand jour.
- Pourquoi ça ?
- On finirait par découvrir leurs ignobles penchants, voyons. Dans une ville comme la notre, les gens jasent vite.
- Sûrement.
- Donc, ayant découvert les pratiques de ces pervers, une dame d’un certain âge vivant dans les Lavandières, Séléné Sniterc, avait organisé un réseau de vauriens visant à dérober du tissus pour le revendre, à prix d’or, à ces dégénérés. Mais investigations dans la rue de Clairie nous ont permis de remonter la piste de ces malfrats.
- Remarquable.
- Donc, nous découvrons la tanière de Séléné Sniterc. Mais allions-nous la dénoncer à la légère ? Nous ne voulions pas risquer de faire perdre son temps à la guilde, aussi avons-nous résolu de chercher des preuves de ses larcins en fouillant sa demeure, profitant du fait qu’elle était sortie. Et c’est avec consternation que nous découvrîmes des lots de velours volé dans les entrepôts de cette gourgandine ! C’était donc bien elle. Malheureusement, nous allions courir ici quand elle est rentrée chez elle et nous a surpris. Nous avons bien tenté de la maîtriser, mais elle était très agitée, et de plus fragile en raison de son grand âge. Elle est morte de saisissement.
- Tiens donc.
- Voilà, il ne vous reste plus qu’à aller vérifier tout ça.
- Et c’est tout ce que vous avez à me raconter, ces histoires de velouromanes ?
- Ben... ah, jeunesse décadente et chevelue, quelle honte et quelle opprobre tu jettes à la face de tes glorieux ancêtres. Tout ça c’est la faute aux socialistes, avec les trente-cinq heures, y’a plus d’morale.
- Ouais. Bon. Admettons. Bienvenue à la guilde, Vertu Lancyent. »
Il n’avait évidemment pas cru un traître mot de ce qu’elle lui avait raconté, mais tout ce qu’il lui fallait, c’était un coupable et un châtiment pour maintenir la discipline. Mieux valait ne pas trop entrer dans les détails. Les nettoyeurs des Lames Nocturnes passeraient bientôt dans les Lavandières pour effacer toute trace de ce commerce, en prenant soin de bien se faire voir et reconnaître des habitants du coin, afin que personne n’oublie le sort des ennemis de la guilde. Tout était pour le mieux.
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 06/04/05 18:48
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Ceci étant, ils allèrent grailler un morceau à la salle des fêtes de la guilde. Elnantel se flattait d’être un esthète et depuis qu’il avait pris les rênes de cette ancienne institution, il avait entrepris d’en redorer le blason en faisant la promotion des beaux arts et des lettres. Pour être tout à fait honnête, c’était moyennement un succès, car il était bien compréhensible que la clientèle des beaux salons et des dîners en ville ne se presse pas dans un lieu normalement destiné à fomenter des crimes et délits. En revanche, une foule de jeunes bohêmes traînait dans les lieux, critiquant untel de la manière la plus insultante, encensant un autre qui de prime abord faisait exactement la même chose que le premier, s’enivrant et parlant haut avec de grands moulinets de la main. Et outre les manifestations culturelles dont il était le cadre, le siège de la guilde avait l’immense vertu aux yeux de tous ces fainéants, issus pour la plupart des bonnes familles de la guilde, de faire enrager leurs parents. Ces considérations sociologiques passaient largement au-dessus de la tête des anciens de la guilde, qui se demandaient ce qui pouvait pousser leur chef à tolérer dans l’enceinte vénérable de leur quartier général la visite de tant de profiteurs irrespectueux et bruyants.
En l’occurrence, cette semaine là, les Lames Nocturnes étaient le cadre du troisième Festival Ombrin du Spectacle Vivant. Le théâtre était bien rempli, car la soirée était parrainée par Albin de Comte-Spongieux, un philosophe très en cour et qui avait beaucoup d’amis et d’obligés. A l’opposé de la scène, un vieux voleur que la perte d’une main avait rendu inapte à la pratique de son métier gagnait sa vie en vendant des hot dogs et des frites. C’est autour de son échoppe que nos affreux reprirent l'ourdissement de leur plan scélérat.
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« Bon, résuma Nilbor, maintenant qu’on en a fini avec ces histoires de carpettes, on va pouvoir retourner au labyrinthe de...
- Chut... intervint Vertu. Malheureux, as-tu oublié où tu te trouvais ? Les murs ont des oreilles, ici.
- Oui, tu as raison. Donc, on peut retourner là où c’était prévu initialement. Donc, Sook, tu te fais forte de triompher du gardien ?
- Les yeux fermés et une main dans le dos.
- Parfait. Alors quand ?
- Pour moi, je pense qu’il faut y aller prudemment, répondit la sorcière. Parce que si vous voulez mon avis, vos escapades de l’autre nuit ont dû laisser pas mal de trace, alors normalement, ils sont sur leurs gardes, les gardes. Vous avez pété le golem vous m’avez dit ?
- Euh...
- C’est du propre. C’est le genre de chose qu’on peut difficilement éviter de remarquer. Si ça se fait, ils ont embauché trois douzaines de gros bras, on n’est pas sortis de l’auberge.
- Eh, mais tout n’est pas perdu, fit Belam avec enthousiasme. D’après mes renseignements, le... l’endroit dont nous parlons n’est fréquenté que de loin en loin par le personnel d’entretien, et reçoit peu de visiteurs. Il est possible, pas certain mais possible, que personne ne soit allé là-bas depuis deux jours. Auquel cas on retrouver les lieux en l’état. Hein ?
- Tiens, c’est pas con ça. Mais comment on saura si l’endroit est sûr ou si un régiment de sicaires de Nyshra nous attend avec des poignards empoisonnés longs comme ça ?
- Je suppose qu’en traînant un peu dans le quartier, on saura à quoi s’en tenir, pas vrai ?
- Ben... dans ce cas, il faut se presser d’aller voir.
- Une minute, dit Mark, je veux voir la fin spectacle. »
Ils attendirent donc que s’achève « Viol de printemps », interprété par la compagnie des Ballets Broos (sur une chorégraphie de Maurice Béjaune), et eurent même le loisir d’assister à l’intégralité de la représentation d’Hamlet par les Troubadours Orks de Guzulkat (qui ne dura que trois minutes et se solda par six décès). Puis, ils se mirent en route pour le donjon.
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Chapitre 20. L’heure des fourbes
La nuit était déjà bien avancée lorsqu’ils retournèrent dans le quartier du Temple. Comme Nilbor et Sook purent s’en apercevoir en y passant nonchalamment (c’est surtout Nilbor qui s’aperçut, l’autre n’y voyant pas clair plus loin que le bout de ses chausses), la ruelle jouxtant le temple était aussi calme qu’à l’accoutumée, et le neveu indigne était toujours fidèle au poste, tout fier dans sa belle redingote de serge écru toute neuve. Mark et Belam, suivis de Djilel (qui avait pris quelques volées bien méritées, le scélérat), furent envoyés aux nouvelles dans l’hostellerie de Hima construite juste au-dessus du labyrinthe, grimés en pèlerins, mais ils ne décelèrent dans l’assistance pas plus d’assassin ou gros bras qu’à l’accoutumée. Enfin, Vertu et Wahg-Ork furent envoyés aux nouvelles dans la taverne miteuse au coin de la rue, le « Singe Amphibien », partant du principe raisonnable que si des gens d’armes avaient été engagés récemment dans le quartier, au moins l’un d’entre eux avait dû fréquenter un débit de boisson, s’y enivrer et parler plus que de raison. Mais là encore, ils firent chou blanc.
Sans doute auraient-ils été mieux inspirés de laisser traîner une oreille du côté de la ruelle, où aucun indiscret ne se trouva pour tirer parti de la conversation suivante :
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 12/04/05 21:46
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« D’après ce que j’en ai vu, tu as l’air d’une rude magicienne, pas vrai ?
- Sans vouloir me vanter, c’est plutôt vrai.
- C’est quoi ta spécialité ?
- Nécromancie et magie de bataille. Pourquoi cette question ?
- Rien, juste pour savoir avec qui je me bats. C’est important dans notre situation, non ?
- Sûrement.
- Dans mon jeune temps, j’ai eu parfois l’occasion d’apprécier tout le parti qu’on pouvait tirer d’avoir un sorcier dans son camp, à condition que ce soit un sorcier compétent connaissant des choses utiles. Mais je crois savoir que tes domaines de compétence sont particulièrement utiles, félicitations.
- Y’a pas d’mal. J’ai choisi ça par goût. J’aime assez tuer les gens.
- Pas trop de scrupules, hein ? Et pas mal d’ambition, je suppose.
- Tu as vu juste, archer, j’espère bien tirer parti de toutes les opportunités pour m’élever.
- Tu as sans doute besoin de ton masque de Guldukat pour quelque plan démoniaque visant à invoquer je ne sais quel démon qui te permettra de régner sur le monde...
- Guzulkat. Non, j’ai juste un client qui est prêt à m’en donner un bon prix, en toute discrétion. Ce qu’il en fera, je m’en tape, en fait. Je ne suis pas un de ces nécromanciens tarés qui montent des plans à la con pour régner sur des légions de crétins terrifiés, et qui se bourrent de bave de triton et de *********ries alchimiques pour devenir des demi-dieux. Je laisse ça aux autres.
- Tu n’as pas envie de devenir une demi-déesse ?
- Quelle pauvre ambition, pourquoi demi ? Et puis franchement, se donner tant de peine pour se retrouver à la tête de millions de nigauds, quel intérêt ?
- Ah tiens.
- Ben oui, un bon sac d’or, voilà tout ce dont j’ai besoin. Tout le pouvoir du monde est là et pas ailleurs. J’ai bien réfléchi à tout ça et j’en suis venue à cette conclusion. Tiens, imagine que je me mette en tête de m’approprier un artefact quelconque, une cape d’invisibilité pour fixer les idées. Bon alors je cours par monts et par vaux, je galope à m’en tanner le cul, je marche à m’en user les orteils, je me fais courser par les trolls, les elfes sylvains, les nains des glaciers et les pictetés à poil ras, j’attrape toutes sortes de pestes dans des marais tellement pourris qu’ils n’ont pas de nom, je bouffe des rats et des sangsues, je me fais trahir douze fois par mes compagnons, et au final, j’y gagne quoi ? Dans le meilleur des cas, mais ça n’arrive pas souvent, ma quête est couronnée de succès et je me retrouve propriétaire d’une cape d’invisibilité, wah ! Ce qui me fait une belle jambe car à tous les coups, mon prochain adversaire sera un vieux maître d’arts martiaux aveugle mais super balèze, ou alors un monstre qui verra dans le plan astral, ou bien un minotaure a l’odorat et à l’ouie si développés que ma cape ne me cachera pas plus que le bambou ne cache le gros cul du chat qui se planque derrière. Mais si j’ai du bon or bien jaune, alors là, tout est possible ! Avant de partir à l’aventure, rien de plus facile que d’acheter une potion ou un parchemin adapté à la circonstance, selon l’ennemi que l’on compte affronter. Ah évidemment, c’est moins prestigieux que le Saint-Bâton de Tartempion, l’Orbe Poilue des Lutins Asthmatiques ou les Bottes Fabuleuses de Zygomatos le Facétieux, mais c’est plus efficace.
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Je tendrement dans le huître, avec deux en
plus, et dedans je le. Ordure et mou, l'chaussette
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 12/04/05 21:47
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- Tu m’as l’air d’avoir une opinion bien tranchée sur la question.
- Tu m’étonnes. Et en prime, on attire moins les envieux ! Tiens, pense au pauvre gars qui possède une tête de méduse. A priori, tu te dis qu’on ne doit pas venir l’em********r souvent, parce que c’est assez redoutable comme truc, une tête de méduse. Mais réfléchis un peu à ce que pensent les voleurs qui entendent parler d’un tel homme. C’est qu’il y a des malhonnêtes gens dans ce bas monde, et tout de suite, dans les estaminets, les lazarets et les coupe-gorges de la région, se répand la rumeur que le preux chevalier Duglandal possède une tête de méduse, ce qui, pour la petite histoire, se négocie dans les quinze-vingt mille. De quoi faire gamberger, pas vrai ? Et aussitôt, tu as cinq, dix, vingt groupes de pillards dans notre genre qui se montent, chacun avec LA idée géniale qui permet de ne pas finir en porte-manteau. Et bien sûr, la plupart se font blatter, mais il y en a toujours un qui finit par réussir.
- Je n’avais jamais considéré la question sous cet angle.
- Et puis l’or permet d’acheter toutes sortes d’autres choses utiles, que ne permettent pas ces breloques stupides. Tiens, essaie un peu d’échanger un Anneau de Sept Souhaits contre un renseignement, un privilège ou la protection d’un puissant baron, pour voir. Non, je te le dis, de toutes les magies de l’univers, c’est celle de l’or qui est de loin la plus utile.
- Tout ça m’a l’air frappé au coin du bon sens. Donc en fait, c’est le goût du lucre qui motive tes petites combines.
- Exactement, du lucre. Une vague parente à moi m’a demandé d’aller chercher ce masque contre un beau paquet de pognon, c’est tout ce qui m’importe.
- Donc, pas de scrupules, et beaucoup d’amour pour l’or. C’est bon à savoir.
- Dis-donc, qui es-tu pour me juger ?
- Ah mais pardon, mais je ne te juge pas, Sook, car ce portrait que je viens de faire, je le connais bien, car c’est aussi le mien, je le confesse.
- Ah ? Dans ce cas, pardonne ma méprise, je t’avais cru honnête homme.
- Ah, tu m’insultes. Non, je suis comme toi, en quête de richesses et prêt à bien des choses pour les obtenir, bien des besognes viles et obscures propres à révulser l’âme des braves gens.
- Bien des choses ? En général, quand on est dans ces dispositions d’esprit, on ne s’en vante pas à un tiers. A moins que ce ne soit un complice.
- Comme c’est agréable de travailler avec des gens qui vous comprennent rapidement sans qu’il soit besoin de s’épancher en interminables explications...
- Tu l’as dit, compère. Alors disons, à moi le masque, à toi le pendentif, et on se partage à 60/60 tout ce qu’on trouvera sur les cadavres des autres ?
- Voici qui me semble être une base de négociation acceptable. »
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 12/04/05 21:47
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Pouah ! Ami lecteur, voilons nous la face devant ces abjects calculs et ces manigances meurtrières, et éloignons nous de ces tristes personnages. Allons plutôt élever notre âme en un lieu plus propice à l’épanouissement spirituel, à savoir l’hostellerie de Hima, où Mark et Belam, suivis de leur moyennement fidèle Djilel, s’étaient attablés à la recherche (vaine, donc) d’un indice. D’un geste bourru, Mark prétexta quelque bruit barbare émis par son serviteur pour le congédier rudement.
« File, hors de ma vue et loin de mes narines, grotesque étron de babouin, va donc visiter les écuries ! »
Sans se faire prier, l’esclave disparut aussitôt.
« Vous êtes bien rude avec lui !
- Mon père, je voulais juste l’éloigner un peu. Vous savez comme moi quelle confiance on peut lui témoigner, et je dois vous parler de toute urgence d’une affaire qui n’a pas besoin d’autres auditeurs que vous et moi.
- Ah ? C’était donc un subterfuge ? Je vous écoute, mon fils...
- Vous devez tout d’abord savoir que je suis un homme violent, hélas, hors la loi dans maint contrées et redouté dans maint autres. Depuis mon plus jeune âge, j’ai porté l’épée et le bouclier sur toutes les routes du Nord, et je n’y ai pas semé que la paix, la joie et l’amour, vous vous en doutez. Vous connaissez la vie, ce n’est pas ce genre de métier qui vous mène droit au paradis. Mais pour être homme d’armes, je n’en suis pas moins doté d’un sens religieux. Et c’est pourquoi je me dois de vous mettre en garde.
- Diable !
- Messire prêtre, le respect que j’ai pour la religion me pousse à vous le dire : vous n’avez pas choisi vos hommes de la façon la plus judicieuse. Vous avez déjà pu le constater la dernière fois que nous sommes allé en ce lieu où nous nous apprêtons à retourner, ceux que vous avez engagés pour vous soutenir dans votre noble quête, ceux-là ne sont que de vils assassins. Ils n’ont rien de commun avec vous, ni je crois avec moi, qui suis resté, dans le fond, et malgré les vicissitudes de la vie, un brave homme. Non, ce sont des brutes, des pillards abominables.
- Vous croyez ?
- Je me borne à constater. Vous voici déjà complice de la dégradation d’un sanctuaire et de la destruction d’une effigie sacrée.
- Il est vrai, mais une effigie de Nyshra.
- Tout de même. Et voyez comme déjà, ils vous ont traîné, vous, un homme de Dieu, dans ce sanctuaire blasphématoire, ce repaire d’apostats qu’est la Guilde des Voleurs. Il y a deux jours, auriez-vous seulement pensé vous retrouver dans ce lieu de perdition ?
- J’avoue que non.
- Passe encore qu’on vous fasse fréquenter les putains et les mercenaires, voici maintenant que nous embauchons sans coup férir une sorcière. Que savons-nous d’elle ? Son seul titre de gloire est d’avoir tué une vieille, dont le crime avait sans doute été de passer par là au mauvais moment.
- Vous avez sans doute raison de m’ouvrir les yeux, je me suis laissé entraîner par les événements.
- Si cela peut apaiser votre conscience, sachez que la faute n’est pas votre et que vous avez été le jouet de coquins habitués à ces manipulations ! C’est qu’ils sont rusés, ces malandrins des villes, oh oui ! Ils sont habiles à vous détourner, pas après pas, du chemin que vous vouliez suivre. J’ai été victime, en mon temps, de pendards de cette sorte, sans doute l’ignorent-ils et me croient-ils aveugles à leurs manigances. C’est là leur erreur.
- Croyez-vous que le Malin les guide ?
- Ce n’est pas à exclure, même si je doute que les puissances d’En-Bas daignent s’avilir en agissant par le truchement de si méprisables agents. Comptons nos forces, je vous prie. Nous sommes dans cette coterie deux hommes de bien. Je connais Wahg-Ork depuis longtemps, il a les manières un peu rustique de son peuple, mais il m’est attaché par une amitié indéfectible et suit un code de l’honneur bien à lui, nous sommes donc trois. Djilel ne compte pas, reste donc face à nous Nilbor, Vertu et Sook. Les forces sont équilibrées.
- Vous croyez que nous allons vers une confrontation ?
- Je crains que ce ne soit inévitable, mon père. Et lorsque les masques tomberont, il faudra frapper sans hésiter.
- Je vois ce que vous voulez dire. Après tout, notre quête est juste. Oui, vous avez raison, il faudra frapper avec la force et la confiance que donne la foi.
- Et puis si possible, tant qu’on y est, il faudrait aussi frapper les premiers. »
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 12/04/05 21:47
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Peut-être aurons-nous plus de chance dans la petite taverne du « Singe Amphibien » où Wahg-Ork et Vertu dissertaient, accoudés au comptoir ? Le bâtiment qui abritait ce lieu de perdition était étroit mais s’enfonçait profondément dans le pâté de maison, de telle sorte que le rade était tout en longueur, le comptoir à l’entrée, sans doute pour dissuader les indélicats tentés par la grivèlerie. La patronne était une collègue de Vertu qui avait abandonné la carrière quelques années avant la naissance de celle-ci. Avec ses économies et celles d’un de ses clients dont elle avait fait son mari, et dont aujourd’hui elle était veuve, elle avait monté cette petite affaire, qui ne payait pas de mine, ni grand chose d’autre d’ailleurs. Bien que l’âge et l’alcool l’eussent empâtée, elle avait encore une vigueur plus que suffisante pour soulever n’importe quel soûlaud qui aurait tapé l’incruste après l’heure de fermeture et pour lui exposer sa théorie sur le vol plané et l’atterrissage sur piste en pavé. Il régnait une certaine solidarité dans la sororité des putains, surtout chez celles qui s’étaient retirées, et la cabaretière fut ravie de confirmer à notre enquêtrice - contre un paiement sous forme de ragots sur les derniers scandales qui agitaient la société des filles de joie - qu’elle n’avait pas noté d’activité inhabituelle dans le quartier. Bref, les deux aventuriers eurent tout loisir d’entamer une petite discussion.
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 12/04/05 21:48
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« Mais pourquoi tu l’appelles Tue-son-père ?
- Ben, parce qu’il a tué son père.
- Hein ? Au sens psychanalytique, j’espère ?
- Si psychanalytique ça veut dire à coup de hache, alors oui.
- Raconte moi ça, ça m’intéresse.
- Oh, y’a trop rien à dire. Y’avait un château. Son père était le baron. Sa mère est morte quand il était petit, Mark était le seul fils. Il avait pas dix ans à l’époque quand son père a marié la fille d’un autre châtelain. Un autre fils est né. Mark a été déshérité. Il a rien dit, le soir même, il a quitté le château. Il est allé trouver les orks de la tribu des Chiens Noirs, c’était ma tribu ! Ah, c’était une belle horde. On vivait dans la forêt, pas loin, on terrorisait les paysans du coin. Mark est venu dans le bois, il était tout petit à l’époque, Mark, pas le bois, et il est allé trouver Daboz, notre chef. Il s’est avancé comme ça, au milieu du camp, on n’avait jamais vu un homme faire comme ça, encore moins un petit. Alors il a dit, d’une voix forte pour que tous l’entendent, qu’il vendait son château à la tribu. Il a dit qu’il voulait faire partie de la tribu, et qu’il ne voulait plus rien avoir à faire avec sa famille. Et il a tout dit. Il a dit où étaient les tours et où étaient les chausse-trappes, où étaient les tireurs et les meurtrières. Il a aussi dit où était le souterrain qui menait au puits dans la cour, le souterrain qu’on a tous pris deux nuits plus tard. Comme des rats on a rampé, mais ça valait la peine. On a surgi dans le château, comme la foudre ! On a étranglé les sentinelles par derrière, on s’est abattus sur eux quand ils étaient endormis, on les a tués ! Ah, c’était un beau pillage... Daboz était fort et décidé à l’époque, par la suite il a décliné.
- Seigneur !
- Attends, tu sais pas le mieux ! Mark, il était venu avec nous. Evidemment, on voulait le tuer après tout ça, mais on l’a vu monter au donjon, avec une hache d’ork. Je le revois encore comme si c’était hier, l’incendie commençait à prendre un peu partout, et ça éclairait sa peau et ses cheveux dans la nuit. C’était comme si la lumière venait de l’intérieur de lui, comme si la force de Gnursh le Ravageur était en lui. Il grimpait à l’escalier quand la porte s’est ouverte, la marâtre est sortie, affolée, parce que le feu avait pris dedans. Alors, il l’a tuée d’un coup de hache bien net dans la poitrine. Et comme elle avait le bébé dans les bras, il est tombé, alors Mark l’a ramassé, et il l’a étranglé de ses mains, comme je te dis.
- Horreur !
- Et puis, il est allé dans la cour, où son père se battait contre deux guerriers de mon peuple. Il lui a sauté dessus depuis les remparts, sans craindre de se casser une patte ! Ah ah ah, c’était marrant, t’aurais vu la gueule du vieux avec la hache de son fils en travers du crâne ! Qu’est-ce qu’on a bien rigolé ! Après ça, toute la tribu l’a adopté, il l’avait bien mérité.
- Alors ça, ça m’épate. Je n’avais pas compris qu’il était... Oh là là...
- Ouais, c’est un vrai mec, Mark. Bien couillu, il est comme ça. Après on a eu plein d’autres aventures avec lui, et puis il s’est fâché avec Daboz, je sais pas pourquoi, alors il est parti un matin.
- Donc, c’est un bon ami à toi, Mark.
- Ah ouais, on peut dire.
- Puisque tu le connais mieux que moi, tu penses qu’on peut lui faire confiance ?
- Oh ouais, comme à un frère.
- Comme à un frère... »
Vertu finit sa chope.
« Je ne me rappelle plus, tu m’as dit qu’il lui avait fait quoi, à son frère, Mark ? »
La face obtuse et rougeaude de l’ork se tendit sous l’effort de réflexion. Bien sûr, il se souvenait de l’histoire qu’il venait de raconter, mais il avait aussi compris qu’il y avait dans la phrase de Vertu un sens caché. Elle l’aida un peu.
« Fais quand même gaffe, rouquin. Pas mal de gens – moi je suis différente – pensent que les orks sont bêtes. Moi, je sais bien que c’est stupide de vouloir rouler un ork, que ça ne rapporte jamais rien, mais je crois que Mark serait du genre à essayer. Après tout, c’est quasiment un traître de naissance, tu viens de me le raconter toi-même.
- Fais attention à ce que tu dis, Mark, c’est comme mon fr...
- Oui, eh bien, ouvre tout de même un œil. Ça ne coûte pas cher, et c’est toujours utile, hein ? »
Wahg-Ork retourna à son hydromel, pensif. Oui, cette fille trop maigre avait eu raison de lui rappeler qu’on ne pouvait pas se fier à un humain. Il resterait sur ses gardes.
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 21/04/05 21:58
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Chapitre 21. Le gardien
La luisance argentine de la lune opalescente nimbait de silence bleuté le bas-quartier du Temple Noir lorsque ces trois groupes de pieux défenseurs de la veuve et de l’orphelin se retrouvèrent, après avoir mené les palabres indiscrètement rapportés ci-dessus, à proximité de la boutique du neveu à flanelles. Nilbor entra seul, fit mine d’observer la marchandise, puit adressa un signe discret au commerçant. Ce dernier accepta une nouvelle fois de ne rien voir ni entendre moyennant une petite compensation qui ferait bientôt la joie de maître Zoken, honorable tailleur de la rue Portefouette. Nota-t-il seulement que les ombres furtives étaient plus nombreuses à se glisser dans le soupirail que la dernière fois ? Comprit-il que les divers personnages qui s’étaient succédés chez lui deux nuits plus tôt ne formaient plus qu’un groupe vaguement uni ? Sans doute pas, tant les centres d’intérêt de ce très corruptible commerçant étaient éloignés des affaires d’or et de sang, mais c’est de peu d’importance pour la suite du récit.
Sans mot dire, les aventuriers retournèrent sur leurs pas, l’œil, l’oreille et le nez attentifs à tout signe qui pourrait dévoiler un traquenard. La porte dérobée était dans l’état même où ils l’avaient laissée, et le couloir oblique avait un aspect parfaitement familier. Lorsqu’ils parvinrent dans le Labyrinthe de Theraknoar, il leur sembla qu’ils en l’avaient quitté que quelques secondes plus tôt. Les traces de leurs luttes désespérées, de leurs fuites et de leurs trahisons étaient encore visibles partout, en une peu glorieuse mise en garde. Peu désireux d’avancer en première ligne, Mark se tourna vers la sorcière.
« Bon, Sook, voyons ce que tu sais faire.
- Tout d’abord, il faut faire apparaître le fracasseur. C’est un monstre originaire du plan astral, aussi peut-il se rendre matériel ou immatériel à volonté, selon ce qui l’arrange. D’après ce qu’on m’en a dit, et qui colle avec votre récit, il est tenu prisonnier dans ce lieu par un sortilège de cage, alors il faudra que vous alliez l’agacer, là bas, et que vous le rameniez ici, où on est en sécurité.
- Et pourquoi tu n’y vas pas toi-même ?
- Parce que c’est vous les bourrins, moi je combats avec mon intelligence. En plus il faut que je prépare mon petit sortilège.
- Tu es sûre que ça marchera, ton truc miracle ?
- Mais oui, mais oui... »
Elle se défit alors de son gros sac à dos, dont elle dénoua le nœud avant d’en répandre à terre le contenu grouillant et frémissant, qui se déploya rapidement dans la pièce en une soyeuse reptation. Avec horreur, ses compagnons reconnurent alors l’abominable golem de velours côtelé ! Mais que comptait-elle donc en faire ?
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« Allez, pschitt... Je vous ai dit d’aller agacer le fracasseur, il vous faut une invitation écrite ?
- Mais comment on fait pour se protéger de son rayon disrupteur ? Demanda Mark.
- J’en sais rien moi, trouve une idée. Par exemple, tu évites de te foutre devant, eh, con. Allez, au baston, bande de lavettes ! »
Hormis donc Sook, ainsi que Belam qui avait besoin d’être en vie pour soigner les blessés, tous partirent dans le couloir obscur, le cœur lourd, les armes bien inutilement brandies et l’œil aux aguets. Selon toute vraisemblance, la créature avait besoin de s’incarner dans notre plan pour frapper, et de ce fait, elle deviendrait visible, toutefois, ils savaient aussi qu’elle ne produisait aucune espèce de bruit avant de projeter l’épouvantable cacophonie qui la caractérisait. Ils progressèrent donc en un petit groupe soudé, chacun balayant scrupuleusement du regard une partie de l’environnement. Sinistre présage de calamités futures, ils butèrent sur les restes distordus et épars de la grande statue de bronze qui leur avait donné tant de peine, mais que le fracasseur avait brisée sans aucune difficulté.
Mais dans la poussière, Mark remarqua un reflet familier. Il se pencha, et balaya l’ordure de la main, découvrant un rubis gros comme un ongle d’index. Il se souvint alors que la statue de Nyshra avait les yeux faits de cette matière, des yeux au nombre de trois, un détail théologique qui revêtait cette nuit là une importance particulière. En silence, il montra sa trouvaille à ses compagnons (ils l’avaient vu, sans quoi bien sûr, il aurait gardé ça pour lui). Le groupe s’arrêta donc, anxieux, encadrant le nordique qui continuait ses recherche. Normalement, les deux autres prunelles avaient dû choir non loin. De fait, il en trouva une seconde à deux pas, ainsi qu’une perle noire d’un pouce de diamètre dont seule dépassait la calotte sommitale. Qu’était-ce ? Peut-être le cœur magique du défunt golem de bronze, une pierre mystique chargée de pouvoir dont Sook pourrait sans doute donner une description précise, ainsi qu’une estimation monétaire. Oui, c’était bien une perle magique, lourde, froide et dure. Il suffisait de sentir dans sa main le crépitement de puissance pour s’en convaincre. Dans la paume de Mark, l’orbe se nimba d’un halo bleu opalescent, tout d’abord épais de moins d’un millimètre, mais qui enfla rapidement jusqu’à englober toute la main du guerrier, sans qu’il en éprouve la moindre gêne. Quelle était donc cette diablerie ? Mais quelles étaient maintenant ces veines qui sortaient de son bras ? Non, pas de son bras, ça venait de la sphère bleue, et ça grandissait, c’était...
Un saisissement sans nom étreignit l’âme de Mark à l’instant où il comprit ce qu’il avait dans la main, et un mugissement affolé surgit de ses lèvres tremblantes. Ses compagnons se retournèrent et furent eux aussi pétrifiés d’horreur en voyant leur ami au corps-à-corps avec le fracasseur qu’ils redoutaient tant, à si courte distance que s’il n’avait été intangible, ils auraient pu le toucher rien qu’en tendant le bras. Ils eurent un mouvement de recul, Mark tenta de lancer la sphère noire, mais déjà elle s’était dématérialisée, et les tentacules pourpres fouettaient l’air silencieusement.
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 21/04/05 21:59
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Djilel montra vaillamment l’exemple à suivre en tournant les talons et filant comme un dératé vers l’entrée. Aucun des autres membres de la coterie n’était assez idiot pour tenter quoique ce soit contre la créature, aussi imitèrent-ils le serviteur d’un bel ensemble. Vertu avait pris imprudemment la tête du groupe, aussi se retrouva-t-elle à l’arrière-garde lors de la retraite, ce qui explique qu’elle fut la plus sonnée lorsque résonna le cri qui tue, l’attaque tant crainte du fracasseur. Elle sentit ses os vibrer, les viscères de son abdomen se retourner, ses artères se vriller tandis que son sang y refluait à contresens. Mais dans sa fuite, elle s’était déjà suffisamment éloignée de l’être astral pour ne plus être dans la zone létale, et au milieu de l’océan de douleur dans lequel se dissolvait sa conscience, elle découvrit une île solide, une inébranlable montagne d’obsidienne surgie des profondeurs les plus obscures de son âme tortueuse, et qui formait en vérité l’essence même de son être. Tel était sa volonté de survivre, qui la poussa à continuer la fuite, par tous les moyens, vers le havre salvateur. Elle se retourna. La chose était là, à quelques pas, flottant avec nonchalance. Vertu comprit que malgré ses efforts, elle se faisait rattraper. L’orbe bleue l’avait perçue et la traquait, elle, avec obstination. Elle pouvait sentir tout le poids de la maléfique volonté de nuire dirigée contre sa personne, une volonté étrangère à toute notion de bien et de mal, un esprit destructeur affranchi de toute moralité. Dans un bref accès de délire, Vertu se prit à admirer la pureté de son ennemi. Il était si près, maintenant, qu’elle pouvait discerner la petite perle noire, qui palpitait au cœur de l’orbe bleue. Elle s’écorcha la main sur un morceau de métal qui traînait à terre, et aussitôt l’empoigna pour le projeter sur son ennemi en un geste d’autodéfense dérisoire. Il était trop lourd pour ses forces déclinantes, le projectile se perdit dans la forêt de tentacules sans causer aucun mal.
Vertu ne comptait pas trop sur les élans chevaleresques de ses compagnons hommes pressés de sauver une jeune fille en détresse, aussi se résigna-t-elle. D’après ce qu’elle avait vu, la mort procurée par le fracasseur était brève, et ne pouvait pas être plus douloureuse que ce qu’elle endurait. Et de fait, si aucun mâle ne montra la virile stupidité de celui qui se sacrifie pour une dame, c’est de Sook que vint le salut. Il y avait un moment qu’elle chantonnait de sa voix aigrelette un air entêtant et syncopé dont la signification précise était perdue depuis la nuit des temps, et tandis que son chant enflait, une lumière actinique emplissait le couloir d’une clarté crue qui dispersa un instant les ombres accrochées aux bas-reliefs et les fantasmes morbides nés de l’imagination des aventuriers. Puis, l’éruption lumineuse disparut.
L’espace d’un instant, ils crurent que Sook avait failli à sa tâche, mais la canine de la sorcière découverte par son sourire mauvais les informa que ce n’était pas le cas. Alors ils regardèrent mieux le fracasseur, et ils comprirent. Jusqu’à présent, cette bête d’un autre monde avait toujours gardé une prudente transparence vaporeuse qui la protégeait des coups de ses adversaire, mais à présent, ils la voyaient solide, toujours translucide, mais nette et bien distincte. Frappée de stupeur, la chose resta un instant à fouetter l’air de ses tentacules qui, ce faisant, produisirent du bruit, pour la première fois.
« Va ! » Ordonna alors la sorcière à son golem, qui se mit en marche. Les golems ne connaissent que l’obéissance. Aussi étranger à l’idée de peur que le babiroussa moyen peut l’être des objections de Trotsky à la dialectique marxiste-léniniste, il se porta à l’attaque de l’être étrange, qui accepta le défi. Le cri du fracasseur surgit à nouveau de la boule, mais l’attaque se perdit dans les plis et replis dont était constitué le golem.
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Je tendrement dans le huître, avec deux en
plus, et dedans je le. Ordure et mou, l'chaussette
vermine jaune petit sachet de arbre.
(Excusez-moi, je suis dyssyntaxique)
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 21/04/05 22:00
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« Et alors là vous allez être épatés, parce que c’est là toute l’idée. Le velours côtelé, ça absorbe super bien le bruit, alors il peut rien lui faire. Allez-y, dites le, je suis géniale.
- Ouais, t’est géniale, concéda Mark. Et maintenant, on fait quoi ?
- Rien. On attend ici et on compte les points. Le golem va défonceman le fracasseur, que j’ai rendu matériel exprès pour, et quand il aura fini, on pourra finir le boulot. Hein, y’en a là dedans ?
- Oui, sans doute. Mais supposons un instant, c’est une hypothèse d’école hein, supposons que le fracasseur soit non seulement balèze avec son cri qui tue, mais aussi au corps à corps. Par exemple avec ses tentacules là ?
- Oh, ça se saurait. Note, c’est des bestioles pas très bien connue. J’ai juste trouvé quelques notes au bas d’un bouquin de térato...
- Non mais je dis ça, c’est que ton golem, il est en train de se faire blatter gentiment.
- Hein ?
- Tu vois pas, y’a des pans entiers de velours côtelé qui volent de partout...
- Je t’ai dit, j’y vois pas à trois pas.
- Note, le golem lui met aussi sa mère à l’autre. C’est le cinquième tentacule qu’il lui arrache. Mais l’un dans l’autre, je parie sur le fracasseur.
- Houlà, c’était pas prévu ça
- Et si bouboule gagne, tu as des sorts en réserve ?
- Euh, oui, dit-elle en se félicitant d’avoir préparé un sortilège de « téléportation d’une seule personne dans une planque peinard en laissant les autres patauger dans leur ******** ».
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 21/04/05 22:00
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Et soudain, la flagellation pourpre eut raison des derniers pans de velours côtelé, dilacérés et projetés épars dans une gerbe de poussière textile. Ah, on pouvait dire qu’il s’était battu jusqu’au dernier fil, le brave golem de Sook, car il avait bien entamé son adversaire, auquel il ne restait que quatre tentacules accrochés, dont un pas très vaillant. Mais il ne semblait pas faire de doute, dans l’esprit du monstre, que ce serait largement suffisant pour triompher des intrus qui avaient osé le défier sur son territoire.
« Mais tirez donc, s’écria Sook, tirez tant qu’il est matériel ! »
D’un geste qu’assuraient des années de pratique, Nilbor encocha une flèche et tira dans la foulée, et son trait transperça la boule irisée presque de part en part, restant fichée dans la matière gélatineuse, sans que cela semble gêner le moins du monde la progression du monstre. Une autre flèche jaillit, qui se piqua dans le tentacule blessé, l’emportant au loin. Autant dire un coup pour rien. Voyant que ses attaques ne conduisaient à rien, en tout cas pas avant que le monstre ne soit sur eux, il ordonna d’une voix d’officier :
« On décroche les gars, on décroche ! »
Il y eut un mouvement de recul dans la troupe, qui s’arrêta bientôt, stupéfaite. Surgie de nulle part, Vertu se tenait droite comme un if, seule, à deux pas du monstre, l’arc tendu au maximum. L’énergie mortelle se cristallisa à toute vitesse dans la sphère bleutée. La flèche fut la première à partir. Tirée à bout portant, elle traversa la gelée azurée d’outre-monde avec une telle force que la pointe acérée fendit en deux moitiés presque égales la perle noire. L’instant d’après, la masse avait perdu toute consistance et s’abattait sur le sol avec un bruit flasque. Ils s’approchèrent, en silence, tandis que l’archère faisait de son mieux pour ranger son matériel sans trembler. Tous remarquèrent que sur son visage, les derniers vestiges de l’enfance venaient de s’effacer, pour laisser la place à une maturité soudaine. Bien qu’elle fut la benjamine de la coterie, elle venait de s’attirer la considération durable de ses collègues, ce que Nilbor salua ainsi :
« Tu tiens toujours ton arc comme une poêle à frire. »
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 23/04/05 22:03
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Chapitre 22. Le Putain de Coffre
C’était un coffre de taille moyenne, disons qu’on aurait pu y ranger quelques paires de chaussures pas trop extravagantes ou un de ces gros livres de cérémonie que les prêtres aiment bien ranger dans leurs tabernacles et déposer à l’occasion sur des lutrins d’acajou ouvragé pour en lire quelques passages d’un air docte. Il était deux fois plus long que large, et trois fois plus large qu’épais, tout bardé de fer. Deux poignées robustes en équipaient les côtés, permettant un transport aisé par deux personnes au cas où on l’aurait rempli de quelque chose de très lourd. En l’occurrence, ce n’était pas le cas. Le contenu brinqueballait et rendait à peu près le même son que si on y avait rangé une flûte en roseau et quelques rouleaux de partitions. Ah, et puis il avait quand même une particularité étonnante, ce coffre, une particularité qui n’apparaissait pas forcément au premier examen.
Il n’y avait aucune serrure, aucun verrou, aucune trace de charnière.
Etait-ce le chef d’œuvre de quelque facétieux compagnon ferronnier ?
« Tu es sûre que c’est là ? Demanda Nilbor.
- Affirmatif, opina Sook. La Boîte Hermétique de Delgrano. C’est là que le clergé de Hima a décidé de ranger les plus précieuses de ses reliques. Qui irait y chercher ? Regardez, elle ne paye pas de mine, personne ne combattrait les deux gardiens pour ça, n’est-ce pas ? Et pourtant, ce que nous convoitons est dedans.
- Comment le sais-tu ?
- Mon commanditaire me l’avait précisé.
- Ton commanditaire qui est...
- Quelqu’un qui préfère rester discret, et je t’assure que si tu avais la moindre idée de qui c’est, tu éviterais de poser des questions à son sujet.
- Ton fameux masque est peut-être là dedans, mais l’amulette ?
- Vu qu’on a fouillé le labyrinthe de fond en combles et qu’elle n’est nulle part, je suppose qu’elle est aussi dans la boîte. Après tout, si ce que vous m’avez dit est vrai, c’est une relique de valeur, elle aussi.
- On l’ouvre comment ?
- La bonne question n’est pas comment, mais où. Je propose qu’on remonte et qu’on avise à tête reposée, autour d’une bonne mousse, par exemple. »
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