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LES NUITS DE BAENTCHER a été posté le : 09/11/04 22:55
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Dans la série "les logorrhées verbales bourrées d'idiotismes, d'amphigourismes et de pléonasmes de Grouïn des Tétynes", voici donc, devant vos yeux ébouriffés, the prequel to Morgoth :
LES NUITS DE BAENTCHER
Aventures belles et morales dans
Le monde merveilleux des fées,
Des elfes & des dragons
Chapitre 1. Mark
Bien qu’il put encore compter son âge sur ses doigts, en mettant cependant à contribution ceux des pieds, Mark avait déjà derrière lui une existence longue d’aventures, de bagarres et de félonies diverses, et pensait avoir vu tout ce qu’il y avait à voir sur le continent de Klisto, aussi parfois appelé Septentrion. En tant que fils cadet d’un hobereau féodal, il avait entamé son chemin sur la voie de l’épée avant d’avoir appris à ne plus salir ses couches, et son pubis ne s’ornait encore d’aucune pilosité virile lorsqu’il avait quitté sa famille et les contrées de Khneb, contraint par de tragiques circonstances. Il avait erré de steppe venteuse en colline pelée, chevauché l’aigle au poing en compagnie des barbares, commercé avec les orcs du Bouclier des Dieux, combattu à leurs côtés contre les nains des mines, détroussé moult marchands, culbuté force fermières et occis un nombre assez considérable de personnes sous des prétextes imaginatifs.
Il croyait avoir tout vu, donc, mais il changea d’opinion lorsque Baentcher étala devant lui le spectacle de ses pourpres murailles, ses tours scintillantes et sa multitude de hautes insulae aux toits de lauze noire transpercés de hautes cheminées de plomb. Il avait entendu parler de l’ancienne et glorieuse cité à de nombreuses reprises, et avait toujours considéré les propos s’y rapportant comme des exagérations de ruraux un peu arriérés, mais maintenant qu’il était au pied du mur, il ne doutait plus que la prodigieuse métropole contint bien en ses murs le million d’âmes qu’on lui avait promis, il se réjouissait donc à l’avance de toutes les richesses qu’il comptait bien s’approprier sans vergogne au détriment des bourgeois locaux, et de toutes les putains en compagnie desquelles il espérait dépenser lesdites richesses au cours de mémorables orgies.
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 09/11/04 22:57
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« Soyons prudents, maître, cette ville est le repaire des brigands les plus infâmes du Septentrion !
- Avance au lieu de dire des sornettes, couillon de la lune, ça ne peut pas être le repaire des brigands les plus infâmes du Septentrion, puisque nous n’y avons pas encore pris nos quartiers !
- Mais maître...
- Cravache donc ta mule, esclave, et en silence, ton haleine fétide indispose mes narines !
- Oui, maître. »
L’esclave de Mark s’appelait Djilel. Lorsqu’on l’apercevait pour la première fois, les mots qui vous venaient spontanément à l’esprit étaient « pouah, le vilain nabot », puis l’objectivité reprenant le pas sur le dégoût, il fallait bien se rendre à l’évidence, c’était le plus grand nabot qu’on ai jamais vu. De fait, lorsqu’il cessait d’adopter sa posture voûtée et servile qui lui était coutumière, sa stature avoisinait celle de son maître, qui était pourtant un guerrier bien bâti. Il n’était pas gros, mais il était gras, d’une épaisseur légèrement malsaine, particulièrement visible dans ses doigts courts et boudinés. Son faciès poupin pouvait dissimuler son âge à l’observateur peu attentif ; il était sans doute deux fois plus vieux que Mark, bien que lui-même ne put en juger, ignorant tout de sa naissance. Sa peau était légèrement hâlée et huileuse ainsi que ses traits ronds n’étaient ceux d’aucune ethnie connue, son poil noir et épais poussait dru, et bien qu’il se rasât régulièrement, son menton et sa lèvre avaient toujours l’aspect négligé. Sa chevelure, il l’entretenait soigneusement, toujours coupée ras à une demi-largeur de pouce d’épaisseur, on aurait dit que si une châtaigne était tombée dessus, elle s’y serait piquée. Sa mise vestimentaire se composait de haillons recouverts de fourrure grossière, de bottes puantes et rapiécées, et d’une large ceinture de cuir crevassé.
Baentcher était en paix. Il y avait des générations que les murailles cyclopéennes garnies de plaques d’acier n’avaient eu à défendre les citadins contre les condottieres de ci, les barbares de là, les orks d’un peu partout. Baentcher n’était plus la citadelle qui empêchait les sauvages du nord de déferler sur les cités civilisées du sud. Au contraire, la ville était devenue une halte bienvenue sur la longue route commerciale qui reliait les deux parties du continent, un gigantesque marché où s’échangeaient quotidiennement des richesses dépassant l’imagination, des banques recelant dans leurs coffres souterrains des quantités d’or à faire envie aux dragons, et d’ailleurs, à ce qu’on disait, certains dragons y avaient secrètement des comptes. Tant était peu vigilante la garde aux portes de Baentcher que malgré l’heure assez avancée – pour tout dire, il faisait plus nuit que jour, et l’on avait allumé les lanternes à la barbacane – les portes étaient encore ouvertes. Ils franchirent sans peur la Porte du Nord, qui était à l’est de la ville pour des raisons
A proximité de ces richesses, il y avait toutes sortes de gens cherchant à se les approprier, certains légalement, et d’autres par la ruse et l’escroquerie, et d’autres enfin comme Mark, en serrant la gorge des bourgeois jusqu’à ce qu’en dégouline une pluie de pièces d’argent. Des projets que partageaient d’ailleurs les deux personnages dissimulés dans une ruelle de la petite place sise juste derrière le pont-levis.
« Mire, fanandel, deux faisants ! Un musardeau et son torchecul ! C’est l’cornet qui va être content, pour sûr, y’a du jaune à dévisser... Fini de faire la caline à cinq boutons, on entortille ces deux béjaunes, on empalme le jonc, et ceux de la rape nous prendront enfin pour des crapins.
- De quoi tu dis ?
- C’est pas vrai, mais je t’avais pourtant dit de te mettre au patois... Bon, fais comme je dis, et ce soir, on sera riches. »
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 09/11/04 22:58
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A cette heure de la nuit, les honnêtes gens étaient chez eux, ou bien ils se pressaient d’y retourner, aussi la grand-rue quittant la place était-elle peu fréquentée. Mark ayant chevauché toute la journée et il était fort las, aussi n’eut-il aucune réaction lorsqu’un gamin dépenaillé le dépassa en trombe, émettant un cliquetis à peine perceptible.
« Arrêtez-le, au voleur, au voleur ! »
La voix juvénile et essoufflée était celle d’un jeune garçon brun et maigre, sans doute d’extraction modeste, qui courait après le malandrin. Il s’agrippa soudain aux chausses de Mark, le suppliant avec de grands yeux embués de larmes.
« Messire chevalier, arrêtez-le, je vous en conjure ! Il m’a pris tout l’argent que je destinais à l’apothicaire, sans lui, ma vieille mère ne passera point la nuit...
- Et en quoi c’est mon problème ?
- ...et si mes yeux ne me trompent pas, en vous bousculant, il en a profité pour prendre aussi votre bourse. »
Comme piqué par une guêpe, Mark porta la main à sa ceinture, et n’y trouva pas la masse rassurante de sa vieille bourse, ce qui en l’occurrence n’était pas une perte immense car il avait connu des jours meilleurs, mais quand même. Aussitôt il rugit, tira son grand cimeterre, fit se cabrer son destrier et galopa sus au voleur, à bride abattue. Virile démonstration qu’il dut interrompre cinq pas plus loin lorsqu’il s’aperçut combien tortueuses étaient certaines venelles de Baentcher dès qu’on s’écartait des grands axes, et que la nuit, lesdites venelles servaient apparemment d’entrepôt, de garage ou d’habitation à toutes sortes de gens. Furieux, il démonta et se mit à courir après un lointain bruit de cavalcade.
Puis il s’interrompit, pris d’un doute affreux.
C’est qu’à bien y réfléchir, le malandrin ne l’avait pas touché, pour autant qu’il s’en souvienne. Et même, il était passé à plusieurs pieds de lui, ce qui fait que pour lui voler sa bourse, il aurait dû être équipé d’un bras télescopique et particulièrement habile. A l’inverse, le garçon avec l’histoire d’apothicaire l’avait vigoureusement et assez longuement empoigné...
« Reviens ici, enfant de putain ! » rugit le puissant guerrier en surgissant de la ruelle, bousculant Djilel qui tentait d’y entrer. Il revint dans la grand-rue juste à temps pour voir la silhouette longiligne sauter par-dessus trois tonneaux d’un bond leste, celui d’un acrobate entraîné, et disparaître dans une venelle diamétralement opposée. Tel un taureau furieux, il chargea bille en tête, bien décidé à ne pas laisser impuni cet affront intolérable fait à la noblesse de Khneb. D’un bond vigoureux, il dépassa à son tour l’obstacle tonnelier et prit le maraud en chasse. Parbleu, voici un sport qui lui plaisait ! Une courre sans chien ni cheval, ni aucun artifice entre lui et cette proie qu’on disait la meilleure du monde : l’homme. Qu’il galope donc tout son saoul, il finirait bien par s’essouffler, par trébucher, par se cogner quelque part, et là, Marken-Willnar Von Drakenströhm se ferait une joie de servir le gibier à sa façon !
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 09/11/04 22:58
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Le gredin tourna main gauche, manquant de glisser sur les pavés convexes qu’une ondée printanière avait détrempé tantôt, et se rattrapa avec une adresse remarquable. Il se dirigea à toutes jambes vers la muraille, transformée en insondable trou d’obscurité par la nuit tombée. Mark le suivit de trop près pour qu’il puisse disparaître dans un interminable escalier de bois surmonté d’un toit oblique. L’un après l’autre, séparés par deux battements de cœur, ils gravirent les marches quatre à quatre, puis débouchèrent sur le chemin de ronde, une longue galerie couverte éclairée de loin en loin par des flambeaux bon marché, et sur les planches grinçantes de laquelle ils poursuivirent leur course effrénée. Mark savourait la terreur qui transpirait dans les gestes de sa proie, les subtiles hésitations que seul un habile chasseur pouvait deviner. Et soudain, la proie bondit de côté au travers d’une large fenêtre qui donnait vers l’intérieur de la ville. La muraille faisait au moins vingt pas de haut, l’insensé avait-il cédé au désespoir et préféré la mort à son juste châtiment ?
Le fracas d’un choc minéral informa Mark que son homme n’était pas fou, mais au contraire, tirait pleinement parti de sa connaissance du terrain. Car un peu plus d’un étage en contrebas, séparée de la courtine par une dizaine de pas, se trouvait le toit transpercé de moult cheminées d’un haut bâtiment, sur lequel notre forban avait chu, ma foi, pas trop mal, si l’on considère que la manœuvre avait été nocturne et à l’aveuglette. Avant même qu’il ne se relève, Mark se résolut à l’imiter, et put ainsi pousser plus avant la poursuite. Par la malpeste, mais ce gaillard connaissait donc les toits comme sa langue connaissait l’arrière de ses dents ! Voilà que sans perdre de temps, il avait coulé sa svelte silhouette dans une étroite lucarne, et poursuivait sa fuite à l’intérieur du bâtiment. Des complices l’y attendaient-ils ? Notre impétueux héros ne se posa même pas la question, et parvint, à force de contorsions, à faire suivre le même chemin à sa grande carcasse musculeuse.
Dans la cacophonie qui suivit sa chute sur le parquet pourri de la soupente couverte de poussière et de crottes de volatiles, l’oreille aiguisée de Mark perçut un chuintement familier, celui d’un fil d’acier fendant l’air, guidé par une main résolue. Il s’écarta vivement, la dague de son ennemi ne fit que le frôler. Un halètement frustré, un réflexe, Mark à son tour tira l’épée, balaya largement l’espace autour de lui sans toutefois mordre dans rien. A pas de loups, le pendard avait rompu l’engagement avant même qu’il ne commence, et s’était glissé dans une trappe d’où tintaient les lointains accords d’une musique qui en ces lieux semblait irréelle. Notre héros ivre de sang se releva et poursuivit sans tarder sa chasse parmi les ténèbres, seulement guidé par son ouie et son instinct. A l’étage inférieur, un corridor étroit bordé de deux rangées de portes closes serpentait entre les piliers porteurs du bâtiment, ce qui ne facilitait pas la progression dans le noir. Mark résolut de progresser en crabe, l’épée vers traînant à l’arrière, ce qui n’était pas très prudent, mais permettait une avancée plus rapide en évitant que le long fer ne se bloque entre deux poutres. Et maintenant, voici que le coquin obliquait dans une cage d’escalier !
Il ne s’agissait pas d’un de ces nobles escaliers que des commanditaires fortunés solicitaient à des architecte prétentieux, qui en confiaient alors la réalisation à des virtuoses de l’albâtre ou des maîtres-ébénistes. C’était un escalier sans âme ni ornement, un simple puits rectangulaire où deux volées de marches en sens contraire vous conduisaient d’un étage à l’autre, avec une halte à mi-chemin pour faire demi-tour. Le voleur avait pour sa part une façon expéditive de faire demi-tour, s’agrippant à la rambarde, il sautait comme un cabri en une volte gracieuse qui lui faisait gagner quelques pouces sur son adversaire, qui pour sa part, se contenta de descendre les marches quatre à quatre. A l’étage du dessous, ils croisèrent un couple d’âge moyen qui montait en sens inverse, effaré, une chandelle à la main, et ce rai de lumière permit à notre héros de mesurer la distance qui le séparait de l’autre. Ils descendirent encore d’un étage, et d’un autre, et à chaque niveau, ils se rapprochaient d’une source de chaleur, de bruit et de lumière.
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 09/11/04 22:59
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Finalement, Mark eut la surprise de déboucher sur une assez large passerelle surplombant la salle d’une auberge animée, dont la clientèle de modeste extraction semblait principalement composée de marchands ambulants et de paysans venus en ville vendre qui sa récolte, qui son bétail. L’établissement, mais c’est de peu d’importance pour la suite du récit, était à l’enseigne du « Singe du Nord ». Le chapardeur n’eut pas le temps de se fondre dans la foule comme il en avait eu le projet, sans se soucier des habitués qu’il bousculait ni du désordre qu’il semait, l’implacable chevalier Khnebite poursuivit sa chasse, sautant directement de la passerelle sur une table proche de la sortie pour couper la route du brigand. En un clin d’œil, le leste malfaiteur changea ses plans et courut vers l’arrière-salle, sautant par-dessus une table, effaçant un gros négociant, et usant de son agilité pour gagner quelques secondes dans ce lieu encombré qui handicapait son poursuivant. L’aspect terrible et courroucé de Mark, ainsi que son large cimeterre à la mode méridionale, suffisaient pour écarter de son chemin le gros des convives, aussi perdit-il moins de temps que l’autre ne l’escomptait. Contrairement à ce que Mark avait soupçonné, il n’y avait pas de porte à l’arrière de l’auberge, l’acrobate trouva une issue en se projetant hardiment au-travers d’une fenêtre que fermait un lourd rideau de velours, lequel le protégea fort opportunément des éclats de verre qui sans cela l’auraient cruellement mis à mal. Une cabriole, et l’admirable filou se remit sur ses pieds, l’épuisement commençait toutefois à faire trembler ses jambes.
Ils étaient maintenant dans une cour intérieure, ayant un puits central où le matin, les femmes de chambre allaient battre le linge, et ayant une issue vers la rue par le truchement d’un large porche. Mais tandis que le poursuivant franchissait à son tour la fenêtre brisée, il vit que contre toute attente, le malandrin se dirigeait vers l’autre extrémité de la cour, où la lumière mourante d’une lanterne dévoilait une sinistre et inamovible grille de fer. Etait-il fou ? Mark en doutait fortement, ayant eu largement le loisir de jauger l’habileté de son adversaire. Etait-ce un piège ? Avait-il des complices dissimulés dans l’ombre ? Non point, et bientôt le stratagème se dévoila : l’homme était si mince et si souple qu’en se mettant de côté, en expirant à fond et en comprimant quelques cartilages, il parvint à se glisser de justesse entre deux barreaux, avant que Mark ne s’y agrippe et les secoue comme un fou furieux en jurant de la pire des façons. Se voyant sauvé, le voleur se crut autorisé à faire quelques mots d’esprit, tout en haletant.
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 09/11/04 23:00
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« Eh bien, bourgeois, sois donc bon joueur ! Ce langage ne te rendra pas ta bourse.
- Je te bastonnerai, ordure, crois moi, tu ne seras pas prêt d’oublier le châtiment que je t’infligerai, dès que j’aurai mis la main sur toi !
- Mais oui, mais oui.
- Approche-toi seulement un peu, pourriture !
- Je ne pense pas que ce serait très prudent. Eh, que fais-tu, tu crois vraiment pouvoir écarter ces barreaux à la force des bras ? »
Le puissant guerrier avait en effet épuisé toutes les alternatives raisonnables, mais ne pouvant se résoudre à la défaite, ne pouvant supporter de finir grosjean comme devant, il avait laissé sa fureur prendre le dessus, en choisissant une option déraisonnable, à savoir tenter de forcer l’acier des barreaux, contre toute logique. Il est rare que ce genre de chose marche.
Un craquement de rouille humide informa notre voleur stupéfait qu’il était temps de reprendre le chemin de la fuite, tandis qu’un sourire crispé se peignait sur le visage congestionné de Mark, qui finissait d’écarter de son passage le barreau le plus faible. Lorsqu’il traversa l’obstacle, riant du bon tour qu’il venait de jouer à son filou, il sut que la traque touchait à sa fin. Un voleur des villes, quelle que soit sa dextérité, ne pouvait crapahuter aussi longtemps sans s’affaiblir, alors que lui, robuste gaillard élevé pour la guerre et entraîné depuis son enfance à porter l’armure, jouissait encore d’un souffle presque intact. En économisant ses forces, il reprit la course dans une venelle parallèle à la grand-rue, une voie obscure qui servait plus de dépotoir que d’axe de circulation, et qu’occupaient quelques miséreux abrités sous des baraques en planches, des tentes de fortune, des barriques... Le maraud, sentant l’affaire mal engagée, se résolut à une dernière extrémité : il prit la bourse cachée dans son pourpoint, en craqua prestement le lacet et en versa ostensiblement le contenu dans la ruelle tout en continuant à fuir éperdument.
Mais c’était peine perdue, car Mark avait senti le goût du sang, et en outre, il savait pertinemment que le contenu de sa bourse valait moins que la satisfaction d’infliger à ce vaurien une belle correction. Il vit du coin de l’œil le voleur se précipiter dans un mince bâtiment à deux étages qui avait encore son toit, et c’était la seule raison pour laquelle on ne la qualifiait pas encore de ruine. Jadis sans doute, l’endroit avait abrité l’industrie d’une honnête famille, mais il y avait longtemps que les meubles avaient disparu, et que les rats avaient chassé les habitants. Il l’y suivit, redoutant un coup fourré, mais le coquin n’était plus de force à tendre des embuscades.
Il se contenta de grimper à un escalier, espérant sans doute trouver le chemin des toits, propice, dit-on, à sa profession, c’est pour ça qu’on les appelle les monte-en-l’air. Las, la chance l’abandonna à cet instant, car l’escalier était rongé par les champignons, et ne pouvait plus supporter le poids d’un homme en fuite. Aussitôt, Mark se jeta sur sa proie encore sonnée, et la plaqua contre une cheminée de pierre, avant de dénouer son aiguillette.
« Alors, messire pickpocket, on fait moins le malin ! Tiens, je t’avais promis une bastonnade, mais tu ne te doutes sûrement pas du genre de bâton qui va te châtier. Eh oui, tu as bien compris ! Montre moi ta croupe, voleur... »
Et à l’appui de sa menace, il déchira sans ménagement le pourpoint de sa victime terrorisée.
« Mais... Parbleu, une fille ! »
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La stupeur lui fit desserrer un sa prise l’espace d’une demi-seconde. Un relâchement compréhensible mais mal venu, car aussitôt, il expérimenta douloureusement l’inconvénient d’être à portée du genou d’une personne non-consentante quand on a le pantalon baissé. Il glapit comme un lapin en rut, mais la douleur lui était trop familière pour qu’il la laisse prendre le pas sur ses instincts de combattant : avant que l’arsouille n’ai eu le temps de porter la main à sa dague, il lui avait décoché un violent crochet du droit, qui la sécha sans bavure. Alors, il put s’asseoir quelques minutes, jurer, gémir et prendre soin de ses gonades meurtries.
Notre héros n’était certes pas du genre à abuser d’une femme sans défense. Car il préférait abuser des femmes qui se défendent. En outre, pour les raisons ci-dessus explicitées, il lui faudrait un bon moment avant de recouvrer l’intégrité ses moyens, aussi, lorsque la douleur redevint supportable, il se contenta de ligoter soigneusement la jeune voleuse, de la jeter sur son épaule et de la mener jusqu’à son équipage, où Djilel attendait.
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Chapitre 2. Elnantel
Pour ceux qui se demandent comment un elfe tel qu’Elnantel Finnileas a pu devenir Sénéchal de la Guilde des Lames Nocturnes*, la saynette suivante vous en apportera une explication.
Voici quelques années, alors qu’Elnantel venait de surclasser ses rivaux au cours d’une longue série de règlements de comptes, il décida de réunir les chefs de clans voleurs et assassins au cours d’un banquet intime, entre professionnels du même monde, dans une salle discrète d’une auberge très réputée de Baentcher, histoire de briser la glace. Il y avait là le très vieux maître-escroc Sfax Azurewing, l’opulent Boss Grosmarteau, déjà un peu pris de boisson, qui courtisait grossièrement Dame Antonella, maquerelle supérieure de la Guilde des Courtisane, Thoresh de Valmor, le Grand Tire-Laine, Dagobaï Baï-baï le prince des mendiants, et quelques autres hauts personnages de l’époque.
Tout le monde faisait des efforts pour donner l’impression de se réjouir, et il y avait quelques raison à ça, car après une longue période de troubles, de chaos et de mauvaises affaires pour la truanderie de Baentcher, l’avènement d’Elnantel à la Sombre Sénéchaussée marquait le retour au calme.
Tout le monde faisait des efforts, sauf Gorgone Harryhausen, chef d’un redoutable clan d’assassins qui opérait dans les bas quartiers. Elle interrompit soudain les agapes en tapant du poing sur la table, ce en quoi Elnantel, la mine toujours amène, s’enquit :
« Eh bien Gorgone, que se passe-t-il ?
- Ah, ces beuveries sont ridicules !
- En quoi ?
- Tais-toi donc, idiote, tu nous fais honte ! lui cria Boss Grosmarteau.
- Laissez-la parler, voyons. Quelque chose te tracasse ?
- Oui, quelque chose me tracasse. Et je suis la seule à oser le dire. Non mais regardez vous, à vous empiffrer, à boire, à vous amuser, pendant que vos pères se retournent dans leurs tombes !
- Et pourquoi se retournent-ils dans leurs tombes, s’il te plait ?
- Ce conseil est décadent, c’est devenu un lupanar. Nos aïeux qui l’ont fondé jadis avaient de nobles idéaux, vous les trahissez de la plus ignoble des façon. Allez-y, vautrez-vous dans la boue, vous êtes indignes de votre charge si vous décidez de suivre les ordres d’une vermine d’elfe infirme ! »
C’est fou ce qu’Elnantel pouvait se déplacer vite sur une table encombrée de vaisselle. Avant que quiconque n’ai eu le temps de réagir, il y eut le cinglement métallique d’une lame sortant du fourreau, puis un autre, plus bref encore. Les convives avaient à peine commencé à assimiler l’horreur de la situation que l’elfe prenait par les cheveux la tête de la contestatrice et la brandissait bien haut. Puis il prononça ces paroles :
« En tant que chef, je vous encourage, de temps en temps, et toujours de façon respectueuse, à questionner ma logique. Si vous n’êtes pas convaincus par mes plans d’action, alors dites le ! Je vous le promets ici et maintenant, aucun sujet ne sera jamais tabou. A part bien sûr le sujet dont nous venons de discuter. Le prix à payer pour commenter mes origines elfiques de manière négative est : je collecte votre putain de tête, juste comme cette putain de méduse. Alors s’il y a ici un enfant de salaud qui a quelque chose à dire, c’est maintenant ! »
Mais personne n’avait rien à dire. Et personne ne dirait jamais plus rien du tout. Elnantel vit les mines grises, terrifiées et immobiles de ses invités. Puis il regarda la tête de Gorgone Harryhausen – juste l’arrière de la tête. Puis, l’air navré, soupira :
« Eh ********... »
* Notez que cette introduction est un procédé purement rhétorique, et je suis bien conscient que peu de lecteurs se posent la question, vu que c’est la première fois que je cite ce personnage.
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 13/11/04 23:32
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Chapitre 3. Vertu
C’était une dague d’assassin, avec un pied de lame mince et mieux aiguisée que la plupart des instruments de chirurgie. Avant que vous ayez senti sa morsure, avant que vous ayez compris que votre cœur se vidait à grands flots de sang, elle et votre meurtrier étaient déjà loin. Un examinateur peu attentif aurait pris pour de banales ébréchures les deux fines encoches proches de la pointe. Il s’agissait en fait des issues de deux minuscules canaux forés avec une infinie patience et une mèche très fine par un horloger qui arrondissait ses fins de mois avec des travaux peu recommandables. La garde était plus large que ne le nécessitait la seule fonction d’empêcher une main moite de s’entailler sur le fil de la lame, on pouvait à la rigueur se servir de cette arme pour parer le coup d’un ennemi. Le pommeau de forme sphérique équilibrait fort bien l’objet, le rendant propre au lancer, mais pouvait aussi servir à appuyer un coup de la main gauche afin de transpercer une protection. Mais un petit mécanisme ingénieux faisait tout l’intérêt de l’arme : lorsqu’on dévissait le pommeau d’un quart de tour, sa calotte supérieure se désolidarisait du reste, de telle sorte qu’il était possible de l’enfoncer d’un demi-pouce environ. Ce faisant, on pressait sur une petite outre en vessie de tortue reliée aux deux canaux susdécrits, ce qui permettait d’injecter jusqu’au bout de la lame une certaine quantité du liquide dont on avait pu prendre soin de remplir l’outre en question.
Cet objet était de loin la possession la plus remarquable de l’habile voleuse, que Mark avait amené avec lui jusqu’à l’ « Hostellerie du Singe Infatué », endroit médiocre mais discret, et dont les chambres individuelles étaient à portée de ses finances. Il avait envoyé Djilel coucher dans l’écurie sous prétexte de garder les montures, aussi étaient-ils seuls tous deux.
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Je tendrement dans le huître, avec deux en
plus, et dedans je le. Ordure et mou, l'chaussette
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 13/11/04 23:33
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« Eh, friponne, cesse de feindre le sommeil, je sais que tu es éveillée ! Sache que tu es captive d’un fils de Khneb au sang noble, et si tu attends que je te laisse une ouverture, c’est en vain.
- Je ne feignais pas le sommeil, messire chevalier, je récupérais autant que je le pouvais. C’est fatiguant pour une frêle jeune fille de courir sur les toits.
- Personne ne te forçait à me voler ma bourse.
- Personne sauf la faim, messire. Croyez-vous qu’on vole par plaisir ? La misère conduit à des extrémités peu glorieuses dont je rougis de honte, hélas, et je ne suis que la malheureuse victime de circonstances qui...
- Oui oui, ben, garde ton baratin pour tes couillons habituels. Je ne suis pas un quelconque béjaune, figure-toi.
- Ah, ça explique que tu m’ai rattrapée. J’aurais dû me rendre compte, à ton allure et ta prestance, que tu étais de la rape. Pour sûr, avec ta force et ton esprit combatif, tu as dû rincer plus d’un boulin. Ah, j’ai été bien brave, j’aurais dû mordre rien qu’à mirer que tu n’étais ni un nain, ni un bidou. Faut être sansan pour essayer d’empalmer un musardeau dans ton genre, et si...
- La flatterie ne marche pas trop bien non plus.
- Décidément... »
Elle se redressa sur le lit et se tint aussi dignement que ses liens le lui permettaient. Elle devait être terrifiée, comme tout être humain doté de raison placé dans la même situation, mais le dissimulait remarquablement bien. Sans doute avait-elle déjà connu pire.
« Mais si tu m’as laissée en vie, c’est sûrement qu’il y a une raison.
- Ne t’ai-je pas promis de te donner le bâton à ma façon ?
- Ah, c’est donc ça ! Oh mon dieu, l’abominable individu, il en veut à ma vertu... Non, pitié, messire chevalier, n’abusez point de l’innocence d’une délicate jouvencelle, ne prenez point ce précieux trésor que je réserve à mon bien-aimé... Ah ah ah ah ah, tu es trop drôle.
- Qu’est-ce qui est donc si drôle dans la posture qui est la tienne ?
- Tu n’es pas très habile à juger les gens, on dirait. Sache donc que ce que tu veux prendre de force, je le vends tous les soirs et bien volontiers à des plus laids et des plus sales que toi. Tu veux connaître mes tarifs, pour savoir de combien tu vas me voler ? Ah ah, et en si je ne me trompe pas, ça ne fera pas une grosse somme, car ton instrument ne doit plus être en état de faire grand mal.
- Garce ! Alors tu fais la putain ! Je te croyais voleuse...
- Certains diraient que la frontière est assez floue. Si tu veux tout savoir, j’ambitionne de devenir voleuse, mais les places sont chères à la guilde, surtout pour une femme. Alors oui, je putasse, et je t’em********.
- Ça n’a pas l’air de t’enchanter.
- Ce n’est pas le genre de chose qu’on fait par vocation. Quoique, j’en connais quelques unes...
- C’est pourtant un métier comme un autre. J’ai connu des catins fort sympathiques, plus estimables que beaucoup de ces femmes qu’on dit honnêtes. Et puis, c’est une profession qui permet de s’élever quelque peu, de fréquenter les riches et les puissants, les grands noms, les artistes, ceux qui comptent... Certaines jouissent d’une grande considération, de revenus énormes, de belles propriétés payées par de riches amants, de bijoux, de toilettes, des parfums et des onguents...
- Oui, je vois de quoi tu parles, les cocottes... Mais ça, c’est pour les filles de bonne famille ayant quelques revers de fortune, des greluches avec une éducation soignée, si possible un nom prestigieux. Tout ce que peut espérer une enfant de paysan comme moi, c’est de finir maquerelle dans un bordel à soldats. Et puis soyons honnêtes, je ne suis pas un prix de beauté. »
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La gourgandine était sévère. Elle n’avait pas les formes rondes et les traits lisses de la beauté classique, mais son large visage avait du caractère, et il y avait dans les prunelles de ses yeux sombres une lueur de dissimulation et de calcul, du genre de celle qui attire certains hommes. Son port orgueilleux et sa haute stature devaient aussi lui valoir quelque succès dans son métier. Bien sûr, elle n’avait pas la clientèle des barbares amateurs de larges croupes et de lourdes mamelles, mais il est néanmoins bien des personnes pour trouver quelque attrait à un corps souple, mince et musclé, ainsi qu’à une courte chevelure à la garçonne.
« Et donc, si tu m’as dérobé ma bourse, c’est pour faire valoir tes talents auprès de la guilde des voleurs.
- Exactement. Cela dit, la suite des événements m’a montré que j’étais encore bien loin de pouvoir en faire partie. C’est vrai, j’aurais dû le voir tout de suite, tu n’as aucun argent, un véritable voleur ne s’y serait pas trompé. Dans la pénombre, j’ai cru voir un noble fortuné, mais tu n’es pas plus riche que moi, sans doute moins. Laisse-moi deviner, tu es venu t’engager dans une armée quelconque...
- Moi ? Marcher au pas dans un tercio miteux, sous les ordres d’un plus con que moi ? Subir punitions, vexations et engueulades sans espoir de rendre la pareille ? Remettre ma vie entre les mains de compagnons que je méprise ? Risquer la mort pour enrichir un roi que je n’aurai jamais l’honneur de croiser ? Tout ça pour trois sous, deux médailles et une amputation ? Ah non, certainement pas, de tout ça je laisse volontiers ma part à d’autres.
- Alors quoi ?
- Je suis venu en quête d’activités plus lucratives. Le vol, l’assassinat, peu importe, c’est l’occasion qui fait le larron. Qu’on me donne un bourgeois à saigner, et je saurai faire mes preuves.
- Houlà, fais gaffe, fanandel ! »
Un fanandel, c’était un compagnon d’aventure. Le fait qu’elle emploie ce terme en disait déjà long sur les intentions de notre voleuse, mais Mark la laissa poursuivre sans intervenir.
« Tu n’as pas l’air de connaître les règles ici, et c’est un problème. Plus d’un est venu à Baentcher dans le même but, et n’a pas survécu à sa première nuit. Il est fréquent qu’on retrouve des étrangers pendus par les pieds aux merlons de la muraille nord, saignés comme des gorets, et je t’épargne certains détails.
- Ah oui ?
- Sais-tu seulement ce qu’est un grimpart ? Je vois que non, eh bien, c’est un employé d’une guilde, chargé d’enquêter sur les activités de professionnels non-affiliés. Il y en a chez les cordonniers, les charpentiers, les carriers et toutes les autres corporations, et ceux qui se font prendre à pratiquer au noir sont roués de coups et chassés de la ville. Les guildes des voleurs et des assassins en emploient aussi, mais la peine est un peu différente, tu l’imagines.
- Je l’ignorais. Il faut donc une sorte de permis pour exercer ?
- Il faut soit être membre, soit disposer d’un accord écrit, qui bien sûr se monnaye. Si tu ne sais même pas ça, je ne donne pas cher de ta peau. Eh mais, j’y songe soudain... »
Mark n’était pas dupe, ça faisait sans doute un bon moment qu’elle y songeait.
« Tu vas me proposer une association ? Mes muscles contre ta connaissance du terrain ?
- Eh bien, quelque chose dans ce goût là.
- J’avoue que l’idée m’avait un peu traversé l’esprit. Mais pourquoi accepterai-je ?
- Il est difficile de prospérer quand on ne connaît personne dans une ville. Et puis, tu as malencontreusement perdu ta bourse, je crois, et je me sens un peu responsable.
- UN PEU ?
- Aussi, je me propose de t’aider à te renflouer. N’est-ce pas juste ?
- Quelle prévenance. J’imagine que tu as déjà des idées de coups lucratifs ?
- Exactement, des coups où on n’est pas trop de deux. Allez, détache-moi, et je t’en dirai plus. »
Mark ne se fit pas prier pour trancher les liens de sa captive, les arguments de la voleuse se rapprochant assez des conclusions auxquelles il était venu tout seul quelques heures plus tôt. Toutefois, il se garda bien de lui rendre son arme.
« Associés ?
- Associés. Je suis Marken-Willnar Von Drakenströhm.
- Vertu Lancyent, à ton service. En toutes affaires de confiance, tu peux compter sur moi.
- Et réciproquement, amie, à la vie à la mort.
- Cochon qui s’en dédit.
- Un pour tous, tous pour un...
- Et toutes ces choses qu’on dit dans ces circonstances... »
Bien sûr, ni l’un ni l’autre n’étaient du genre à accorder la moindre importance à ce genre de serments, qu’ils échangèrent donc par pure civilité. En fait, elle songeait déjà aux procédés conduisant à planter sa dague entre les omoplates de l’autre à la première occasion. Mark lui-même n’espérait pas que ce pacte dure plus de trois jours, et avait bien l’intention de s’amuser d’elle avant de lui trancher la gorge. Aucun des deux n’imaginait que vingt ans plus tard, ils ferrailleraient encore de conserve contre leurs ennemis communs.
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Chapitre 4. Nilbor
Vertu s’en retourna dormir un peu dans la modeste soupente qu’elle partageait avec Alysse, sa collègue et camarade. Elle ne se leva relativement tôt dans la matinée, en tout cas plus tôt qu’il n’est de coutume pour les personnes qui gagnent leur vie la nuit. Puis elle s’apprêta pour une journée qui s’annonçait longue et qui, si tout se passait comme prévu, serait la première de sa nouvelle vie. Après un brin de toilette, elle se vêtit d’amples braies gris sombre à la mode chez les gens du peuple qui ont autre chose à faire de leur or qu’à le dépenser en vêtements, d’une chemise de lin blanc surmontée d’une tunique noire, de gants de cuir souple à peine usés que lui avaient offerts un amant voleur voici plusieurs semaines, d’une sombre cape qui dans une autre vie avait été un rideau de velours, comme en témoignait encore les broderies très usées qui en ourlaient le pourtour, retenue à son cou par une fibule d’argent représentant une tête de troll. Elle ajusta ses chaussons marrons, du genre que l’on appelait ici des « pattes-de-chat », et qui n’étaient ni plus ni moins que des sacs de cuir retenus mis à la forme du pied par des lacets. Elle s’agenouilla devant une plinthe particulière qu’elle désolidarisa du mur, et sortit de sa cachette un large ceinturon à deux rangées d’œilletons de cuivre, qu’elle serra fort autour de sa taille. Trois fourreaux y étaient fixés, un à gauche pour sa dague qu’elle avait dû laisser à Mark, un autre à gauche dans lequel elle glissa une arme ressemblant à un très petit glaive, ou à un très grand couteau de boucher, et un dernier au côté droit, un peu vers l’arrière, plus long, dans lequel elle planta une splendide rapière à large coquille ajourée, une arme qu’elle avait volée de ses propres mains à un jeune escrimeur de bonne famille qu’elle avait soigneusement saoulé pour cela, et elle en était très fière. Elle se fit ensuite un raccord de maquillage, soulignant de noir ses sourcils, ses lèvres de rose orangé légèrement glossy.
Elle se mira dans le piteux rectangle de bronze poli qui leur servait de miroir, et prit des poses. De face, de profil, de l’autre profil. Les mains sur les hanches, riant d’un ennemi à terre. Dissimulée sous sa cape fermée. Brandissant son coutelas d’un air menaçant. Prenant un air lointain et mystérieux. Triomphant d’un dragon après un épique combat de deux heures. Poignardant un compagnon dans le dos. Plaisantant avec la reine des elfes tout en lui soutirant ses bijoux. Se faisant sacrer Impératrice d’Occident. Et toutes ces sortes de situations de la vie courante.
Enfin, elle déposa un baiser sur le front de la douce Alysse encore endormie, qui devrait maintenant apprendre à se débrouiller toute seule, rassembla ses économies, qui faisaient une petite somme tout de même, et sortit dans l’air encore frais du matin.
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 21/11/04 19:14
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Si vous demandez quel est le meilleur maître de la région pour ce qui est d’apprendre le maniement de l’arc, les gens du commun comme les amateurs vous répondront qu’il doit s’agir du prévôt Anfalbert, qui tient une salle à l’enseigne des deux têtes de chien, dans les prés du Valbranchay. C’est un bel établissement composé d’une grande bâtisse de bois à deux étages, un peu dans le style d’une grange, pour les leçons d’hiver, jouxtant un champ long de cent-cinquante brasses et terminé par un talus, cinq bottes de paille et une prodigieuse quantité de tiges de flèches sortant de terre. S’y ajoutent des commodités pour les chevaux et les voitures, une élégante buvette et une boutique de fournitures de qualité. En toutes saisons, les lieux sont fréquentés par des groupes d’amis, d’aimables gentilshommes et de bons bourgeois se défient en joutes courtoises devant leurs compagnes et fréquentations, intéressant souvent leurs parties de quelques pièces d’or.
Si vous demandez au prévôt Anfalbert qui est le meilleur maître de la région pour ce qui est d’apprendre le maniement de l’arc, il vous répondra bien sûr que c’est lui, mais si jamais vous trouvez un moyen de vous assurer de sa sincérité, il vous adressera à Nilbor Demi-Elfe. Son surnom ne lui venait pas d’une quelconque ascendance parmi cette race de fainéants à oreilles pointues qui pullulent dans les forêts de l’ouest, mais de son habileté à l’arc court. Son art, il ne l’avait pas appris par chez un maître d’arme maniéré ni dans un manuel pour jeunes gens de bon goût, mais à la dure, dans un régiment d’archers mercenaires des cités Balnaises. Les hasards de la vie l’avaient ensuite amené à vider quelques carquois dans des donjons, des bois hantés, des contrées hostiles, sur le ponts de navires de guerre et au cours de rixes sanglantes au cours desquelles il avait loué son bras et son œil à tel ou tel parti de coquin. Au bout de plusieurs années, ayant connu toutes les joies de la vie aventureuse et tiré un peu de profit de ses expéditions, il était venu s’établir à Baentcher, car il ne s’y connaissait pas d’ennemis.
La salle de Nilbor ne ressemblait en rien à celle d’Anfalbert, déjà, elle était souterraine, aménagée dans une carrière de mauvais calcaire située sous une colline que la ville avait depuis longtemps intégré à ses bas quartiers. Des flambeaux l’éclairaient assez chichement, mais comme disait le maître des lieux, « la cible et le bout de ta flèche, c’est tout ce que tu as besoin de voir ». La clientèle aussi était un peu différente. C’étaient essentiellement des forbans, des criminels et des voleurs, qui faisaient semblant d’être d’honnêtes citoyens pour quelques heures, mais aussi des agents du guet qui faisaient semblant de ne pas les reconnaître, des soldats, quelques amateurs attirés par la sombre réputation du maître, des gens du quartier venus ici par hasard parce que c’était plus près de chez eux, et qui côtoyaient à leur grande surprise des créatures étonnantes, nains, orks, trolls, gobelins, et même une méduse – une autre. Nilbor n’était pas difficile sur le choix de ses élèves, il prenait tous ceux qui payaient (les tarifs n’étant pas plus abordables que ceux de son concurrent) et supportaient son caractère.
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 21/11/04 19:15
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« Oui mais quand même, une méduse...
- Tiens, mais c’est Vertu ! Depuis quand tu te lèves avant midi ?
- J’ai une affaire à te proposer... C’est vraiment une méduse, hein ?
- Arrête de la regarder comme ça, tu vas finir en porte-manteau.
- Qu’est-ce qu’elle fait là ?
- Eh bien tu vois, elle prend des cours. Enfin, des cours, c’est un bien grand mot, je n’ai pas grand chose à lui apprendre, il suffit de la regarder. Belle assise hein ? Et le mouvement du poignet, tu as vu ? Tu ferais bien de t’en inspirer, tu tiens la corde comme si c’était une lampe à huile. Elle vient ici juste pour passer le temps.
- Ah ? Ça a des passe-temps, les méduses ? Mais d’où elle sort ?
- D’après les bruits qui courent, c’est des mages maladroits du Laboratoire de Haute Théurgie qui ont eu un problème avec leur réacteur de machinchouette, là, dans la tour-aux-mages de la rue Arsène Cyclotron. En désespoir de cause, ils ont invoqué la méduse pour qu’elle arrête leur zinzolin avant qu’il fasse sauter tout le quartier. Et depuis, on dirait qu’elle se plait bien à Baentcher, alors elle s’incruste.
- Ah ? Ça peut transformer les réacteurs en pierre, les méduses ?
- Non, mais elle est ingénieur en haute théurgie appliquée.
- Comment, ça a des métiers, les méduses ?
- Sûrement, en tout cas, elle paye, c’est tout ce que je lui demande. A propos de payer, ma douce amie, sommes-nous à jour de nos cotisations ? Je ne le crois pas.
- Oui, ben ça attendra quelques jours, car comme dit le poète, « la lune est impropice aux tendres sentiments ».
- Ah, c’est vrai, mais le sage oriental n’a-t-il pas dit « quand le fleuve rouge est en crue, emprunte le chemin boueux » ?
- Tu connais mes tarifs. Enfin bon bref, je ne suis pas venue te faire une propale. Tu es toujours partant pour le coup dont tu m’avais parlé il y a deux semaines ? Je crois que j’ai trouvé le pigeon. »
Nilbor lissa sa moustache, s’appliquant à ne pas paraître trop intéressé. Physiquement, il portait beau, c’était un homme mince et grand, dont le poil grisonnant et les traits prématurément vieillis lui faisaient volontiers attribuer un âge d’un demi-siècle, alors qu’il aurait fallu en retirer dix ans pour être dans le vrai. Il portait toujours une grande cape rouge, un informe chapeau à large bord orné d’une grande plume, et s’habillait en toutes circonstances de frusques de grand prix mais soigneusement usées, pour donner l’impression d’un homme d’armes désargenté et prêt à tout pour quelques piécettes. Il prenait grand soin de sa personne, s’entraînait avec assiduité et cultivait ses dons pour l’arc avec le plus grand sérieux. Son affaire marchait bien, mais comme souvent les hommes ayant trouvé une situation assise après une vie d’action, il s’ennuyait. Il ne fut donc point difficile pour Vertu de convaincre son maître d’armes d’abandonner affaires, femme et enfants pour la suivre dans quelque périlleuse entourloupe.
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 27/11/04 23:35
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Chapitre 5. Wahg-Ork
Mark se leva de bonne heure lui aussi, bien que la souillon lui eut donné rendez-vous vers midi. Il avait simplement trop hâte de découvrir Baentcher et ses vices pour rester au lit comme un poltron ! Eh oui, il était de cette race d’hommes à la nature bouillante que le danger appelait bien plus fort que les autres, il éprouvait un ardent désir de confronter ses muscles à un fort adversaire et son esprit aux fourberies de ses semblables. Ah, que cette ville s’annonçait donc prometteuse, une nuit était passée, et déjà l’aventure le trouvait ! Pourvu que cette petite catin ne lui pose pas un lapin...
Vertu, quel drôle de nom... Ah, c’est qu’elle avait du chien, la petite putain. Mais il la dresserait, c’est sûr. Il rêvait déjà à ce moment qui viendrait bientôt où, dans les yeux marrons de cette roulure, il lirait la terreur et la compréhension tardive, tandis qu’il serrerait son joli cou blanc tout en la besognant sans ménagement. A cette pensée, son entrejambe se rappela douloureusement à son bon souvenir. Oui, décidément, il prendrait bien du plaisir à lui donner sa leçon de chant. Elle apprendra bientôt qui est Marken-Willnar Von Drakenströhm, ils l’apprendraient tous !
Tout à ses rêves romantiques, il pressa le pas, Djilel tentant de le suivre en se dandinant de façon grotesque, tirant les montures par les rênes, comme il en avait l’habitude. Mark était peu accoutumé au tumulte des grandes villes et aux règles subtiles qui y régissent la circulation des piétons, des cavaliers, des carrioles et des portefaix, mais la cité de Baentcher accueillait en ses murs nombre d’étrangers, de barbares et de campagnards comme lui, aussi les indigènes ne se formalisèrent point trop de rentrer en permanence dans ce rustre mal dégrossi qui s’arrêtait devant chaque échoppe, dévisageait chaque mendiant, traversait en dehors des clous et ne laissait point la file de gauche aux gens pressés lorsqu’il gravissait un escalier public. Il faudrait des livres entiers pour décrire les charmes toujours renouvelés des rues de Baentcher, dont l’architecture réservait au voyageur toutes sortes de surprises cocasses. Pour autant qu’on sache, aucune n’offrait de perspective dégagée. Certaines étaient plus larges que des places de village, d’autres si étroites qu’elles semblaient n’être qu’à l’usage des chats. Certaines bifurquaient de façon si abrupte qu’un usager distrait avait vite fait de cogner contre un bâtiment surgi de nulle part. Beaucoup de voies étaient couvertes, sans qu’on puisse dire s’il s’agissait de tunnels creusés volontairement dans la roche pour percer une colline ou si les étages supérieurs des maisons avoisinantes s’étaient simplement rejoints en cours de construction. En certains endroits, l’étroitesse de la chaussée avait imposé l’usage d’une solution ingénieuse aux problèmes de circulation, à savoir la construction d’une seconde chaussée constituée d’un plancher en pin grinçant, surélevée par des poutres de bois ou des piles de pierre. D’autres passerelles construites de la même façon reliaient entre eux des bâtiments qu’on estimait devoir relier entre eux, ou permettaient la traversée de rues particulièrement fréquentées.
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 27/11/04 23:35
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Si des urbanistes s’étaient jamais penchés sur l’organisation de Baentcher, il faut croire qu’ils avaient tous renoncé en cours de route. Il y avait à cela une raison parfaitement rationnelle : les urbanistes sont des gens notoirement dénués d’imagination, pour qui leur métier consiste à détruire un maximum d’habitations afin de creuser à la place de belles lignes droites se coupant à angle droit lorsqu’elles arrivent sur des places bien carrées. Or la ville était, l’hiver, livrée à des vents particulièrement froids et violents en raison de sa situation géographique particulière, que l’idée d’y tracer de larges avenues rectilignes n’y était guère populaire. L’autre raison à cet enchevêtrement anarchique était que dans la longue histoire de la ville, il s’était rarement trouvé un dirigeant disposant d’assez de pouvoir pour imposer à ses citoyens d’abandonner à tout jamais la demeure où reposaient les cendres de leurs ancêtres pour que l’on puisse construire à la place de beaux immeubles bourgeois dans lesquels ils n’auraient jamais les moyens de loger.
Tout ça pour dire qu’après quelques tours et détours, notre héros en était venu à la conclusion que l’endroit n’était pas propice à la promenade des équidés. Dans un recoin de sa vieille selle, une déchirure connue de lui seul, il avait pris soin de dissimuler quatre pièces d’or, qui constituaient son dernier argent depuis que Vertu lui avait pris sa bourse et que son contenu avait fait la joie du peuple interlope de la Rue de l’Ecrevisse. Il en utilisa une partie pour mettre son cheval et sa mule en pension dans une écurie du coin. Une fois l’affaire faite, il lui restait deux askenis dans la main. Fidèle à sa philosophie, il décida de les employer utilement dans une taverne, où il pourrait boire, jouer et se quereller à loisir avec les indigènes. Les tavernes ne manquaient pas à Baentcher, mais il ne s’agissait pas d’entrer dans la première venue. Mark et son moyennement fidèle Djilel tournèrent donc un bon moment dans les rues, parmi les honnêtes mères de famille faisant leur marché et les servantes portant le linge sur leurs têtes, pour trouver ce qui les intéressait. Et après trois quarts d’heures, leurs efforts furent récompensés lorsque finalement, ils dénichèrent « le Singe Pieux ».
De l’extérieur, rien ne distinguait cet établissement d’un atelier d’artisan ou d’un immeuble d’habitation, car il n’y avait pas d’enseigne visible de la rue, et les fenêtres du rez-de-chaussée en étaient obstruées de lourds pans de tissus bleu épais, sur lesquels étaient peints des glyphes abscons - Mark apprit plus tard que ces rideaux provenaient de maisons de plaisir du lointain orient que le père du propriétaire avait visité dans son jeune temps, et que les signes peints au plomb étaient les blasons de courtisanes tombées dans l’oubli et la misère depuis longtemps. Ce qui mit la puce à l’oreille de notre joyeux pendard, c’était la musique qui en émanait, le genre d’air paresseux qu’un gratteur de cordes sans trop de talent produit après avoir tiré trop d’heures d’un labeur mal payé. Détail encourageant, il y avait sous le porche un grand bonhomme très barbu et moustachu, fumant la pipe avec application, habillé d’un lourd tablier de cuir laissant voir ses muscles épais. Sur son crâne était fixée solidement par des sangles une calotte de fer qui n’était pas du luxe, car elle avait pris quelques coups. Il s’appuyait avec nonchalance et ostentation sur une massue de trois pieds de long. C’était tout à fait le genre de gusse à s’appeler Gurg, Krag ou Brok, et à accueillir avec un humour relatif les plaisanteries du genre « Eh, on fait la paix, Brok ? ». Mark s’avança sous le porche, salua le videur d’un viril coup de menton et entra dans la cour, dans un coin de laquelle s’amoncelait un assez gros tas de vaisselle brisée, de tabourets aux membres fracassés et tables fendues en deux. Il poussa la porte.
L’atmosphère moite du « Singe Pieux » contrastait avec l’air sec et encore frais du matin. A son arrivée, quelques visages inamicaux se tournèrent vers lui, souvent ornés de cicatrices ou pourvus d’yeux en nombre insuffisant. Puis chacun retourna à sa chope lorsqu’il se fut assuré que Mark n’arborait aucun des signes distinctifs d’un représentant de l’autorité. Certains jouaient aux dés, d’autres aux cartes, d’autres aux échecs, d’autres aux trois en même temps, ce qui présageait de rudes empoignades à propos des règles de déplacement du cavalier quand on tire un double-six. Il n’y avait guère de lumière, quelques lanternes aux verres enfumés de crasse et à la flamme tressaillante jetaient des feux rougeâtres sur les catogans crasseux des habitués du lieu, qui ne tenaient pas plus que ça à être identifiables par des témoins éventuels. Le bar était vide, mais lorsqu’il fit mine de s’en approcher, un quadragénaire brun et guère sympathique se leva d’une table pour l’aborder.
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Je tendrement dans le huître, avec deux en
plus, et dedans je le. Ordure et mou, l'chaussette
vermine jaune petit sachet de arbre.
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 27/11/04 23:36
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« Y veut quoi, l’étranger ?
- Une mousse. Et pas la *******e d’âne que tu sers aux béjaunes. Et une écuelle d’eau pour le larbin.
- Vous êtes trop bon, mon maître...
- Toi ta gueule. Tiens, mon brave, une de ces pièces d’un alliage douteux de cuivre, de laiton et de je ne sais quelle substance répugnante, que l’on qualifie d’or dans cette ville de dégénérés.
- Comme il plaira à notre bon sire ! », répondit le commerçant d’un ton grinçant, tout en puisant dans un tonnelet pour remplir une chope douteuse. Puis sans plus de civilités, il prit les consommations et s’approcha de la musique. Le musicien devait avoir bien du talent, car il arrivait à tirer des notes intelligibles de sa viole pendant que son esprit vagabondait dans des sphères intellectuelles bien différentes, loin, bien loin de ce rade miteux. Le balancement lancinant du crincrin guidait les mouvements d’une pauvre fille qui se déshabillait sur la scène. Une gamine rousse, pas très grande, un peu grasse, une croupe épaisse, le regard pitoyable qu’il surprit à plusieurs reprises indiqua qu’elle ne devait pas être en ville depuis bien longtemps. Chaque année il en arrivait de pleins wagons, des filles de la campagne comme elle, venues à Baentcher en quête de fortune, de gloire et d’un mari avec une bonne situation. La plupart finissaient comme ça, à se dandiner les fesses à l’air pour attirer un client dans sa chambre. En d’autres circonstances, Mark lui aurait fait sa fête, mais là, il se faisait un point d’honneur de se réserver pour une autre.
« Tue-Son-Père !
- Petit-Feu ! »
Baentcher était une cité tolérante, qui acceptait au sein de ses murailles toutes sortes de races, y compris des orks. Le spécimen qui venait d’apostropher Mark (alors qu’il en était à sa troisième chope) était venu avec trois copains à lui, qui n’étaient pas de sa tribu cependant, comme en témoignaient les colifichets semés d’os et de plumes qui pendaient à leurs mollets. Sa peau était d’un brun rouge, ses yeux noirs comme ceux d’un cochon, dont il avait d’ailleurs le groin, et il prenait grand soin des tresses de sa chevelure et de sa barbe, rouges comme le coucher du soleil vu depuis Baentcher, qui était une métropole plutôt polluée. L’ork s’avança, les bras largement écartés, la gueule grande ouverte sur ses crocs jaunâtres. Mark se leva d’un bond et vint à sa rencontre. Présageant un intéressant combat, les habitués levèrent un sourcil, mais les deux humanoïdes se contentèrent de se donner une rude accolade.
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 27/11/04 23:37
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« Wahg-Ork, misérable avorton, tu es toujours vivant ? Eructa l’aventurier dans la langue orque la plus impure et la plus naturelle.
- Tête blanche toujours pas pendu ?
- Eh non, la mauvaise graine a la vie dure. Eh, débile (il s’adressait à Djilel), va chercher une chaise pour mon frère de sang, le redoutable Wahg-Ork Brisetibia !
- Oui maître, fit le grouillot en se demandant comment son maître pouvait être à tu et à toi avec une telle brute.
- Mais et toi mon vieux, tu t’en es tiré ? J’ai entendu dire que la tribu des Chiens Noirs avait disparu...
- Disparu, c’est vrai. Après toi parti, chef Daboz Chie-le-Fer devenu stupide. Attaqué villes trop fortes. Les chevaliers, trop nombreux. Tribu tuée, les vivants, partis avec les Corbeaux Sanglants, ou les Ours des Neiges. Moi parti seul. Long voyage. La neige, les loups. Ici, c’est la bonne ville.
- Ah oui ? Tu fais quoi pour vivre ?
- Dans un magasin. Je suis devant l’entrée. Je croise les bras d’un air terrible. Pour effrayer les voleurs. Pas fatiguant. On gagne un peu d’or comme ça.
- Ah, oui, belle planque. C’est vrai, on ne peut pas passer toute sa vie à se battre.
- Mais je veux pas faire ça tout le temps. J’attends. Un jour, il y aura de la bagarre. Du sang, de l’or et des filles. Et j’en serai ! Avec ma hache !
- Excellent, je vois que tu es dans les mêmes dispositions d’esprit que je t’avais connu jadis. Moi aussi, je suis venu ici chercher l’aventure, et je crois que j’ai déjà trouvé.
- Tu as la chance avec toi, tu as toujours eu !
- Et je crois même que tu pourrais en être, si tu le veux.
- Murf ? Parle.
- Tu es intrigué hein ? Comme je le suis moi même. En fait, je ne sais pas grand chose, j’ai juste rendez-vous à midi avec un contact. Elle ne m’a pas dit grand chose, mais c’est sûrement dangereux, lucratif et pas très moral...
- Une fille ?
- Oui, une fille.
- Une fille pour toi ?
- Une fille pour moi, mais quand j’en aurais fini avec elle, je te la laisserai, si tu en veux encore.
- Eh eh eh eh eh ! Et où on va la voir ?
- On doit se retrouver près du cadran solaire de la ville. Mais vois-tu, c’est quelqu’un à qui je ne fais pas du tout confiance. Je ne sais pas pourquoi, mais je soupçonne que son plan n’est qu’un piège dont je serais la victime. J’ai décidé d’être plus malin qu’elle et de garder un atout dans ma manche, tu vois.
- Ouais, je vois un peu.
- Il me faudrait un gars costaud en couverture, un gars sur qui je puisse compter. Un bon pisteur qui nous suivrait à bonne distance, et qui viendrait me filer un coup de main si jamais c’est une entourloupe. Ce qui semble probable car à ce qu’on dit, les gens qui peuplent cette ville sont sans parole ni honneur, et c’est une bien triste chose.
- Et si y’a pas d’entourloupe ?
- On se partage le butin et on tue la greluche. »
Les yeux de l’ork se plissèrent, et il partit d’un grand rire.
« Ton plan, y m’plait bien, Tue-Son-Père ! »
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 27/11/04 23:37
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Le surnom de « Petit-Feu » qui collait à Wahg-Ork Brisetibia ne se rapportait pas à manière dont il tuait ses ennemis, mais à son apparence physique. Feu car il était roux, et petit parce qu’il était de faible stature, en effet, il dépassait à peine les deux mètres pour cent-quarante kilos. Toutefois, dans la société des orks, ce freluquet avait toujours compensé sa corpulence avortonne par des qualités qui faisaient sa renommée : sa ruse, sa sagesse et son érudition. Parmi les siens, il avait la réputation d’un Ulysse, d’un Machiavel, d’un Arsène Lupin des orks ! Pour preuve de sa sagesse, on contait souvent une fameuse anecdote comme quoi un jour qu’il commandait un petit détachement, et découvrant face à lui un parti adverse dix fois supérieur en nombre, il n’avait pas attaqué bille en tête sous prétexte que « ouais, nous on est les meilleurs, ouais », mais s’était replié sans faire de bruit pour appeler des renforts. Ses connaissances étaient légendaires, d’ailleurs, certains orks prétendaient qu’un jour, on l’avait vu lire.
Mais il ne s’agit probablement là que de coquecigrues inspirées par la boisson.
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Réponse au Sujet 'LES NUITS DE BAENTCHER' a été posté le : 19/12/04 20:07
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Chapitre 6. Belam
Le quartier du Belvédère était sans doute le plus coquet de la ville. Il devait son nom à une large colline, le Belvédère donc, qui descendait en pente douce jusqu'à l'immense retenue d'eau qui, à l'intérieur même de Baentcher, formait un lac navigable. Depuis les villas cossues bâties en terrasses sur les flancs de l'élévations, les eaux pures et glacées du fleuve Xno, tout juste sorti des entrailles du Portolan, luisaient à la belle saison d'un éclat opalescent propre à émouvoir les poètes et les agents immobiliers . Néanmoins, malgré le prix du mètre carré, la municipalité avait conservé au sommet du monticule l'ancien pré communal, datant du temps où le Belvédère n'était qu'un faubourg, et qui formait maintenant un jardin public, une agréable promenade pour les familles, une halte bienvenue pour les oiseaux. En revanche, ce n'était plus un lieu de travail habituel pour les astronomes de l'Académie des Sciences, qui avaient abandonné l'antique observatoire, dépassé par le progrès technique.
Voici moins de deux siècles en effet, dans une cité balnaisse qui tolérait ce genre d'excentriques, le grand Kubonal avait inventé une collection impressionnante d'ustensiles absurdes tels que le beurre à couper les fils, le garde-tétine, la triflette à brenicle, la double gampe de chaise, le renifle-poireaux octogonal à gyration inversée, le smyélodon bacthacéphale, le prototype du rotostéganokinéticoscope, l'écrouisseur à chat, le mécanosphère stroboscopique, le praxinoscope multipoilu à rouet, le stylophone pélagique, le sémiographe polycristallin diurne, l'ostéobélinomètre limite-basse, l'orchite ourlienne, une variété d'acier mou, la colle glissante, l'huile abrasive, l'engrenage fixe, plusieurs accessoires d'hygiène intime pour crustacés des grands fonds et, totalement par hasard, la lunette astronomique . Tout en condamnant à l'oubli les tours d'observation, gnomons géants et autres cercles de dévers concentriques, la généralisation de la lunette avait mis en évidence l'utilité qu'il y a de procéder aux observations du ciel dans des endroits éloignés des lumières nocturnes et à l'atmosphère exempte de pollutions, exigences auxquelles Baentcher ne satisfaisait pas, c'était le moins qu'on puisse dire. Le grand cratère hémisphérique de marbre creusé de tranchées, que les passants ignorants qualifiaient de cadran solaire, avait en fait servi à relever précisément les coordonnées des étoiles à l'époque où ce genre de chose se faisait à l'œil nu. Aujourd'hui, il était encore débroussaillé de loin en loin par l'université, mais servait surtout de lieu de rendez-vous galants.
Mais ce n'était point l'amour courtois qui poussait Mark à visiter ce lieu. Lorsqu'il y arriva, toujours flanqué de son très peu brave Djilel, il constata d'une part que Vertu était venue, et d'autre part que les parages grouillaient de badauds, ce qui était une bonne nouvelle car il craignait une trahison. Elle avait amené deux hommes en renfort. L'un semblait être un vieux soldat, un de ces traîne-rapières à l'œil torve et à l'épée vite tirée, il s'agissait de Nilbor, que je crois vous avoir déjà décrit. L'autre avait une apparence plus inattendue. C'était un gentleman élancé au visage franc et carré, auquel on aurait donné trente ans comme cinquante, déjà marqué par quelques rides d'expression, doté de grands yeux clairs et magnétiques, et dont la chevelure prématurément blanche n'ôtait rien, au contraire, à la considération qu'il s'attirait de la part de la gent féminine. En outre, c'était un prêtre de Myrna, ou en tout cas quelqu'un qui en portait l'habit, une soutane noire bordée de pourpre, agrémentée d'une calotte de velours en guise de couvre-chef.
Le culte de Myrna imprimait profondément sa marque dans tout le Klisto, et l'on priait la déesse muette jusqu'aux cités portuaires de l'autre côté de la mer Kaltienne, mais il n'y avait jamais eu dans l'interminable histoire de cette religion une quelconque autorité centrale, ni aucun livre saint pour en définir précisément les usages, les croyances licites, les rites prescrits, les prières obligatoires en telle circonstance, ni rien de ce genre. En fait, les Myrnéens n'avaient jamais été qu'une multitude de sectes plus ou moins unies dans l'adoration commune d'une idole de la nature, de la fertilité et de la prospérité, sans bouche, mais avec une surprenante collection de nichons. Cette bienveillante déité était réputée pour accorder sa protection à quiconque lui faisait offrande, ce qui lui attirait la sympathie de gens de toutes conditions, et il était rare qu'un aventurier parte en quête, qu'un soldat s'engage, qu'un marin prenne la mer, qu'un marchand fasse une grosse affaire ou qu'une jeune fille se marie sans avoir déversé une quelconque obole au temple local, même si par ailleurs, on était d'une autre religion.
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