Mercenaire du Chaos

-= Chaos Servants =-
Inscription le 31-12-03
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Lieu de résidence : Moldavie Suppérieure.
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Les médiocres tribulations d'Hekares a été posté le : 02/01/04 12:21
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Voila : l'on m'a conseillé de poser ici le début de mon torchon, aussi le fais-je. Paraîtrait-il qu'on me fera des remarques constructives... Tant mieux !
Chapitre 1 - De l'introduction
Il n’est guère de plus belle région, dans tout l’Argantrèss, que la lumineuse terre d’Occitant. L’Occitant ; là où tout n’est que vastes étendues d’herbe grasse et de sable fin, là où les petites rigoles d’eau si pure qu’on la croirait comestible traversent vaux paisibles et collines paradisiaques, là où les villages sont d’autant plus coquets qu’ils sont anecdotiques, l’Occitant, donc. Ses paysages avaient fait la gloire et la richesse de bien des buralistes qui en faisaient un terreau fertile à toutes sortes de cartes postales convenues, et enchantaient l’œil à ce point qu’une fois le pied posé, il était tout simplement impossible de l’en retirer sans ressentir une vive douleur à l’estomac, accompagnée de pleurs tout à fait sincères ne laissant que présager seulement les terribles regrets que sont le lot de ces malheureux n’ayant pu trouver à loger en cet idyllique panorama. Ah ! Nul doute que cette région proprement enchanteresse eut été la destination première de bien des agences de voyage du monde entier, nul doute que les stations balnéaires auraient pullulées autour des plages de sable chaud et blanc empiétant sur la Mer des dix Malédictions Pusillanimes Bleues, nul doute que le commerce Occitantais aurait dépassé en importance celui de la plupart des royaumes célèbres de tous les continents, nul doute en effet, que si les agences de voyages avait existé, l’Occitant aurait été autre chose que la région la plus reculée de tout l’Argantrèss. Mais le hasard, ainsi que pas mal d’autres facteurs dont il serait vain de faire l’étalage, voulait que les agences de voyage n’existent pas encore à cette époque. Et ainsi, cet hymne constant à l’esthétisme naturel restait aussi inconnu des étrangers qu’un artiste underground du grand public.
Il faut toutefois tenir compte du fait suivant : c’est en l’an de peu de grâce Quarante-Neuf après la Sainte Disparition de Celui Qui Mentait Souvent que se situe notre héros. Et Hekares, un adolescent âgé de seize ans, en est le héros, mine de rien. Il vivait au sommet du Mont Tendancieux, une protubérance rocheuse haute d’une centaine de mètres dont le ravissement n’était plus à démontrer. Constamment couverte d’une fine couche de neige jaune, que les habitants du crû, prosaïques, avaient pour habitude d’appeler « Neige Jaune », elle constituait un contraste très émouvant avec le rouge ocre des rochers environnants, et le vert émeraude du ciel Argantriite qui diffusait sur ces terres une lueur point trop puissante ni trop pâle. C’était une source d’émerveillement commune à tous les habitants de la région, qui ne laissaient pas de venir et revenir contempler ce mont majestueux. Il est d’ailleurs bien regrettable que les habitants des autres continents, répugnant probablement à traverser la mer des Sept Déflagrations Successives (il n’est pas trop tard pour vous annoncer que l’Occitant est en fait une île qui, selon le travail passionné de géologues surdoués, aurait la forme d’une fraise dont on aurait mordu l’extrémité), ne viennent partager ce paysage pastel qui aurait inspiré bien des peintres et des poètes… Le Mont Tendancieux, planté au plein cœur de l’Occitant profond, à l’extrême Ouest de l’île donc, se situait à bien des Foulées Déïques de Kaprï, capitale tant politique que culturelle, scientifique ou culinaire de l’Occitant. Cette cité, vaguement majestueuse, renfermait tout ce que la région avait de plus technologique, c'est-à-dire pas grand-chose à côté des cités étrangères ; mais que voulez vous, il un fait admis que l’Occitant est la région la plus reculée de tout l’Argantrèss, et il suffit de constater que les modestes chaumières de patelins comme Saint-Lavandin-les-Douze-Cailloux ou Saint-Potée-au-Choux n’ont même pas l’eau courante pour avoir une idée du niveau de dénuement dans lequel se trouvait cette terre certes bucolique au possible, mais fauchée comme le blé d’un kolkhoze sous le régime communiste.
Seul un petit village venait perturber l’harmonie parfaite de ce mont enchanteur. Et il se trouve qu’Hekares y résidait.
Profitons de cette habile transition pour décrire plus en détail cet Hekares. Il était doté d’une taille propre à impressionner quiconque ne mesurait pas deux mètres de haut, mais sa musculature pâtissait d’une proportionnalité inverse ; en vérité, il ne faisait jamais de sport, aussi ses bras étaient-ils fins tels le fil de fer, ce qui n’était pas pour le rendre plus attirant. Son visage était quelconque, parsemé d’une faible acné pas même assez voyante pour qu’on puisse le noter, et ses cheveux étaient coiffés en queue de cheval, comme c’était la mode à cette époque-ci, bien qu’en dehors de la péninsule, les cheveux longs soient de nouveaux devenus la préférence des jeunes populations. Pour dire vrai, Hekares était un adolescent parfaitement banal, tant est si bien qu’on est en droit de se demander ce qui fait de lui un héros. Mais ne nous perdons pas en basses convoitions qui ne sauraient être le fait de gens d’esprit, et poursuivons plutôt.
Hekares, comme tous les adolescents de son village (qui n’avait pas de nom), travaillait à la mine locale afin d’y acquérir un maigre argent de poche qu’il dépensait ensuite dans des vêtements dégriffés et des figurines à collectionner. Tous les jours, dès l’aube, il descendait d’un pas morne dans les boyaux de roche tortueux, pioche à la main, afin d’y extraire du diamant, qui devait ensuite servir à la production des très convoités (en tout cas dans la région) gilets de diamant, laids, étouffants, mais véritables moteurs de l’artisanat local. Il était accompagné de ses amis : Ekobën, son médiocre blondinet de meilleur ami, dont le charme incertain semblait opérer auprès des fillettes de quatorze ans, ce qui en soi était déjà assez rassurant, Artanger, petit et rondouillard, mais surtout dénué de tout forme d’intérêt, de sort que toute personne sensée s’en fût déjà débarrassée sans regrets aucuns, et Katrin, nymphe sur-maquillée dont l’aspect ne pouvait qu’évoquer la petite fille voulant en tout point imiter sa maman, muse auto proclamée de toute une génération d’ahuris, et aussi naturelle qu’un jouet en plastique manufacturé.
Allons plus loin encore dans le domaine de la précision, et signalons que notre héros se trouvait être en possession d’une mère vivante, d’un père certes moins vivant, et d’une petite sœur avec laquelle on lui prêtait une relation incestueuse assez difficilement concevable, celle-ci était âgée de deux ans. Il serait injuste d’oublier Titö, fier chien de race inconnue qui avait fait la joie d’Hekares dans sa plus tendre enfance, et qui ne la faisait plus du tout, ou alors sa conception de la joie s’exprimait exclusivement à travers de violent coups de pieds appliqués au fondement de la pauvre bête. Le village, quelconque, était doté d’une auberge, d’une forge et d’une poissonnerie, et l’hiver quand il faisait froid, de la fumée sortait des cheminées.
De là à dire que nous nous trouvons dans un contexte parfaitement banal, il n’y a qu’un pas, que le lecteur, habile et rusé, effectuera de la façon la plus naturelle possible, sourire niais à la bouche, et cheveux aux vents.
Et pourtant...
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Dernière mise à jour par : Kröy le 01/04/04 08:42
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-------------------- "Ah. Ouh. Papillon."
Jean Louis Murat, Génie de la Transcendance Musicale Sub-Consensuelle.
"Oh. Je veux dire : Oh."
Un béotien.
"Ah oui oui. Comme je vous le dis. Papillon."
Jean Louis Murat, Cavalier de l'Atypie, Anihilateur de l'Exaspération Ennuyée.
"Zapata es un indio"
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Réponse au Sujet 'Hekares, la quête de quelqu'un qui cherchait quelque chose.' a été posté le : 02/01/04 12:28
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Chapitre 2 - Du chaos, déjà...
Une journée comme une autre. Le ciel est encore rouge (c'est la couleur qu'il prend une fois la nuit tombée et ce jusqu'à l'aube) quand le petit groupe constitué par Hekares et ses amis se rend à son lieu de travail. Ils se voient, comme chaque jour, attribuer par le Contre-Contre-Maître (terme hérité de l'antiquité, puisque celui-ci était autrefois chargé de discuter les ordres du Contre Maître, qui discutait lui-même les ordres du Maître de chantier. Cette situation autrefois si compliquée et fertiles en disputes parfois meurtrières s'est aujourd'hui simplifiée, puisque seul le Contre-Contre-Maître est présent sur le terrain) une section des mines à exploiter ; il s'agit cette fois-ci d'une zone un peu à part, isolée du reste des tunnels par un rocher aménagé en raison de soi-disant émanations gazeuses dangereuses. Encore aujourd'hui, on a jamais pu prouver une telle affirmation, mais là n'est point la question. Or donc, guillerets au possible (ils viennent d'apprendre par coursier express que leur équipe de chasse au dindon - sport hérité de l'ancestrale Chasse aux Mammouths - favorite, les Serpents Grivois du Chaos Théorique Appliqué, a remporté la finale de la Coupe des Coupes voici deux mois, à savoir le temps nécessaire au dit coursier pour trouver le village et se motiver dans d'assez grandes proportions pour avoir envie d'y rentrer) , la petite troupe se met à l'ouvrage, dégageant avec demi-ferveur d'énormes blocs de diamant, se racontant diverses blagues de mauvais goût et anecdotes potaches du cru, chantant les derniers tubes à la mode (d'il y a deux mois si l'on se réfère à Kaprï) , bref, dans une ambiance bon enfant si chère aux tribus paysannes si friandes de réjouissances en tous genres. Mais soudain...
Afin de faciliter une compréhension pouvant s'avérer malaisée pour des personnes aux QI atteignant des profondeurs plus ou moins abyssales, nous allons nous focaliser l'espace de quelques instants sur un autre groupe de mineurs, plus à même de constater le chaos risquant fort de venir perturber notre récit dans les lignes à venir...
Or donc, Hervë, Gair'Harr et Poh-Loh creusaient le roc sans motivation, la mort dans l'âme. Il faut dire à leur décharge que les Gardons Pré-Ovulatoires de la Mastication Bruyante avait essuyé une défaite cuisante en finale de la Coupe des Coupes de Chasse au dindon, il y a deux mois. Quel dommage, après tant de matchs brillants. Mais il faut croire que cela n'était guère leur jour, puisque soudainement, le son produit par la magnifique pioche de Hervë (achetée il y a de ça deux jours) passa d'un traditionnel " CHTOC " à un légèrement moins traditionnel " CHTOCPLOUTCH " . Et pour cause, Hervë venait de mettre à mal le fameux dicton qui avait pour habitude de dire, avec une déconcertante poésie, " Derrière la pierre se trouve la pierre ". En retour, l'eau qui jaillit de l'orifice créé dans le mur par notre ami vint mettre à mal sa personne, lui arrachant, sans guère de pitié, la tête.
Afin de faciliter une compréhension pouvant s'avérer malaisée pour des personnes aux QI atteignant des profondeurs plus ou moins abyssales, et ce au risque de me répéter, nous nous voyons dans l'obligation de signaler que nous quittons ici les mineurs dont nous avions quelques instants plus tôt fait la rencontre. Et ainsi donc, nous retrouvons nos amis.
- Hé, Ekobën, t'entends pas comme du bruit, dehors ?
- Ah ouais.
- On dirait comme les hurlements de douleur désespérés de mineurs pris au piège par l'eau montant à travers les tunnels de la mine.
- Tu trouves ?
- On dirait pas plutôt une nuée d'insecte venant s'abattre sur les corps putréfiés d'animaux depuis trop longtemps crevés ?
- Non.
- Ah. Dommage.
- Ouais.
L'intervalle entre la fin de ce dialogue plat comme un œuf et le début de l'émergence d'une pointe de suspicion vis-à-vis de ce qui pouvait bien se passer au dehors peut s'évaluer à environ une trentaine de minutes, soit presque une demi heure. Ce laps de temps passé, une remarque d'une finesse rare quant à l'analyse de la situation émergea avec prestige et grâce entre les lèvres d'un rouge trop vif pour être naturel de la seule et unique représentante de la gent féminine au sein de la troupe :
- Euh... C'est normal d'entendre des braillements à déboiser un cerf dans une mine ?
- Je crois pas, non.
- On devrait peut-être aller voir ?
- Si cela peut te faire plaisir...
Et ainsi Hekares alla actionner le levier chargé d'activer les engrenages forts complexes (en tout cas bien trop pour avoir étés imaginés par un esprit de la région) , et le groupe sortit, pioche à la main, torche dans l'autre.
Les couloirs alambiqués étaient emprunts, en plus de l'habituelle odeur du diamant (qui ressemblait étrangement à celle de l'eau de source) , d'une puanteur cadavérique que les jeunes ne leur connaissaient pas.
- Tu vois bien que c'était pas " l'eau montant à travers les tunnels de la mine " - et là je me permet de te citer mon cher Hekares - qui a causé tout ce tintamarre, tantôt : les parois ne sont pas humides !
- Ca va, Ekobën, on peut se tromper...
- Ouais, mais quand même.
- Bon, allons voir s'il y a des gens plus à même de nous informer quant à la nature de ce chaos sonore.
- Hi hi, c'est rigolo quand tu parles bien, Hekares !
- Je sais, Artanger, je sais...
Et la petite troupe se mis à parcourir les longs boyaux rocailleux, dans une ambiance que d'aucun qualifieraient de glauque à souhait. Ils trouvèrent en chemin de nombreux cadavres étonnements réduits en lambeaux, rendant la cause de l'hécatombe encore plus complexe à déterminer. En fait, les aires où la chair était encor accolée aux os se faisaient rares sur les macchabées, et des relents putrides rappelant par certains aspects ceux dégagés par la vase desséchée émanaient des corps. Toutefois, personne ne chercha à s'attarder sur une description plus profonde de l'état des morts.
Ils marchèrent ainsi deux bonnes minutes en quête de vie, jusqu'à ce qu'ils tombent sur quelque chose ressemblant vaguement à ce qu'ils cherchaient. Le fait est que " ça " marchait (avec assurance, par compte, n'aurait peut-être pas été le qualificatif adéquat quant à la démarche de la chose) , et que " ça " ressemblait à un homme, pour ce qui était de la silhouette (l'obscurité régnante s'opposant avec la vigueur que donne l'expérience à la lumière faiblarde des torches bon marché de nos amis) .
- Holà, l'homme, auriez vous quelque information quant à... euh... Monsieur ? Pourquoi vous avancez avec une démarche agressive quoique bancale, les bras étrangement tendus dans ma direction ? Pourquoi votre regard luit-il d'une lueur rougeâtre typique d'un être particulièrement maléfique ? Pourquoi poussez vous des gémissements relativement terrifiants, voir glaçant si on oublie quelques instants la chaleur ambiante ? Pourquoi vous n'avez que très peu de peau sur vos os décomposés ? Pourquoi vous êtes un mort vivant ? Pourquoi vous essayez de me bouffer la carotide ? Pourquoi je vous plante ma pioche dans le crâne, provoquant ainsi une effusion morbide de sang probablement coagulé ?
Ce qui est bien avec les gens qui parlent trop (et Hekares en est visiblement un) , c'est qu'ils nous évitent de longues et fastidieuses descriptions. Ainsi, la tête de ce que l'on peut sans guère de risques vis-à-vis de la législation en vigueur qualifier de Chose Inqualifiable explosa, éparpillant çà et là diverses matières aux aspects diversement ragoûtants...
- Diantre...
- Ouais.
Personne ne savait quoi dire, aussi se taisait on. Soudain, faisant preuve d'une originalité propre à défrayer la chronique, Katrin poussa un cri (strident, comme il se doit dans ce genre de circonstances. Le bramement du cerf en rut n'aurait en effet peut-être pas été approprié à la situation) . Et pour cause, une chose ressemblant étrangement à celle abattue précédemment venait de lui agripper la cheville avec une vigueur que l'on ne connaît pas aux morts. Comme quoi il faut savoir briser les clichés. Ekobën, esprit acéré quand il le veut (si bien qu'on en vient à croire qu'il ne le veut pas souvent) , eut la présence d'esprit de tourner son regard vers la belle, puis de le baisser pour apercevoir le monstre semblant sur le point de commettre quelque méfait. Apres lui avoir demandé, pourtant très poliment, si il voulait bien la lâcher, et aussi si le dernier " Kaprï Potins " était sorti, il lui planta, avec toute la finesse et la prestance que demande ce genre d'exercices, son arme dans la cage thoracique. Le laid grogna, mais ne parût pas s'offusquer outre mesure. La jeune fille, elle, donnait de petits coups de pieds parfaitement inutiles au visage du bonhomme. Là encore, il ne trouva pas de matière à protestation. Il commença alors à lui mâchouiller les bottes, probablement dans le but compréhensible de lui dévorer les pieds, qu'elle avait fort joli, au passage. Toutefois, les deux coups de pioches qui vinrent simultanément lui réduire le crâne à l'état de bouillie l'en dissuadèrent, montrant un clair manque de motivation, car un véritable mort vivant n'aurait pas tenu compte d'un événement aussi peu important...
- C'est ennuyeux, tout ça.
- Ouais, quand même.
- J'ai mal à la botte...
Et sur ces bien belles paroles, empruntes d'un sens et d'une dimension émotionnelle très forts, le groupe se remis en route. Nul n'est besoin de préciser qu'ils étaient complètement perdus dans ce dédale grotesque, et il est donc parfaitement normal qu'au bout d'une heure de marche, ayant fait la rencontre de personne toutes aussi chaleureuses que celles déjà vues tantôt, ils tombent sur l'orifice qui avait causé tant de problèmes à celui qui l'avait créé.
- Tiens, celui là il a perdu sa tête.
- Marrant.
- Vous trouvez pas que ça sent encore plus mauvais ici qu'ailleurs ?
- Ouais, c'est vrai, ça pue !
- Merci pour ta fine analyse de la situation, Artanger. Je crois que l'odeur vient de ce trou, là.
- Ah ouais, doit y'avoir un truc qui pue, derrière !
- Merci, Artanger, vraiment, je me demande ce que je ferais sans ton esprit de déduction...
Hekares s'empara fermement de sa pioche et commença à élargir le ridicule orifice, bientôt accompagné par ses camarades. A ceux qui voient ici un quelconque sous-entendu d'un goût plus que douteux, je ne pourrais que proposer d'aller se faire remettre l'esprit à une place plus décente. Parce que là, ils ont l'esprit vraiment mal placé, je trouve.
Quelques minutes plus tard, la paroi se voyait percée d'une ouverture bien assez large pour laisser passer une personne, voir deux si elles n'étaient pas trop grosses. Ekobën n'était pas peu fier de la magnifique porte en bois de poutre gravée de motifs exotiques qu'il avait taillé avec une déconcertante agilité, et elle s'adaptait parfaitement aux gonds métalliques qu'il avait placé dans l'encadrure (Ekobën n'allait jamais nul part sans une dizaine de gonds. On a pas idée de l'utilité que peuvent avoir des gonds à tout instant. Vraiment. C'est fabuleux) . Aussi, quand Kristin lui demanda innocemment quel pourrait bien être l'intérêt d'une telle chose, il se contenta de lui jeter un regard froid et distant, plein de mépris, d'amertume, de haine, de violence, de sandwich aux rillettes normandes et d'ablation de testicules. Après avoir bien réfléchi en lui-même, il ôta ces deux dernières choses de ses yeux, puis continua à dévisager la jeune insolente, lui inspirant une peur alimentée par un environnement fort peu propice aux effusion de joie et d'amour.
De l'autre côté, tout semblait obscur, mais on sentait que le lieu était vaste. Très vaste, à vrai dire, si l'on se référait aux échos produits par les très inintéressantes conversation de nos héros en devenir lorsqu'ils entrèrent dans la salle. Peu à peu, la pourtant faible lueur de leurs torches bon marché aidant, les compagnons purent commencer à discerner les contours des environs. Et effectivement, ils avaient affaire à un lieu aux proportions quasi-titanesques.
- C'est impressionnant.
- Ouais, c'est grand, quoi.
- Ouais, c'est pas petit...
- Voila.
Les parois de la grotte étaient recouvertes d'une étrange substance, sorte de mucus vaseux et spongieux parfaitement infect, probablement à l'origine de cette odeur écoeurante. Apres une analyse succincte, mais fine, des lieux, Hekares vit son regard (toutes proportions gardées, bien entendu, car voir son regard est un exercice qui reste encore aujourd'hui très difficile à accomplir sans sombrer dans les sinistres méandres de la démence) attiré par un objet de forme allongée, planté à la verticale au centre du dôme de pierre. S'en approchant, il constata avec fébrilité qu'il s'agissait d'une épée. Il n'en avait, à vrai dire, tout comme une majorité d'Occitantais d'ailleurs, jamais vu en vrai, aussi brama-t-il innocemment :
- Eh les gars, regardez ! Une épée !
- Où ça ? Où ça ?
- C'est quoi une épée ?
- Je la veux !
- Nan, toi t'est qu'une fille ! Ca c'est un truc de garçons !
- Et alors, quand tu t'habilles avec les robes de ta mère une fois tout seul, c'est pas un truc de filles ?
- Euh...
Hekares s'approcha de la lame, laissant derrière lui le puérile conflit opposant Katrin à Ekobën, puis s'en saisit. Il tira une première fois pour constater que la chose ne voulait pas sortir du sol. Au second essai toutefois, l'épée fut dans ses mains sans aucun problème. Hekares n'essaya pas même de comprendre pourquoi. Il se contenta de contempler avec extase sa nouvelle (et première) arme : composée d'un manche en os de Fennec des Grandes Plaines du Nord puis la Première à Droite (espèce terrifiante s'il en est) de forme vaguement abstraite (c'est-à-dire pas même assez abstraite pour pouvoir être qualifiée de complètement abstraite) , rappelant par certains aspects un bouc menaçants aux airs de Marlon Brando, et par d'autres une petite fille sur un balançoire avec un nœud mauve dans les cheveux et chantant un air paillard, ainsi que d'une lame étonnement longue et large, au tranchant parcouru de ciselures telles que le tout ressemblait à un énorme couteau à pain. La dite lame était parsemé d'écrits probablement très mystérieux. Ils perdirent toute fois de leur mystère lorsque Hekares trouva utile de les lire :
- Eh les gars...
- Je suis pas un gars, moi ! Qu'est-ce donc que cette misogynie prononcée à mon égard ? Ai-je commis quelqu'action pour mériter une si triste...
- Oui, voila un très intéressant point de vue, Katrin ! Et maintenant, si tu voulais bien sombrer dans le mutisme le plus total, cela me procurerait un plaisir que je ne saurais signifier par des mots. Donc, écoutez, voila qui est écrit sur mon arme :
" Toi qui vient de déterrer cette lame sacrée
Tu te dois trouver dans un Saint Merdier.
Sûrement que la bête qu'en ces lieux résidait
Par quelqu'intriguant malheur s'en est échappé.
Or ça, l'homme, brandis fièrement cette épée !
Car c'est elle - elle seule - qui vous pourra délivrer
Du sinistre chaos où vous voila impliqués
Ma lame à la main, faîtes ce que j'ai échoué
Le monstre liquide en enfer renvoyez "
Et c'est signé... Dieu.
- Qui eu cru que Dieu était un si piètre poète ?
- Moi j'ai rien compris, en tout cas...
- A vrai dire, moi non plus...
- Moi j'ai pas cherché à comprendre.
- ...
- Eh, Katrin, tu est sensée dire que tu n'a rien compris, tout comme nous !
- Mais moi j'ai compris !
- C'est vrai ?
- Eh bien... J'ai presque compris la première moitié du premier vers !
Après une discussion trop intéressante pour que je me risque à la retranscrire ici, il fût décrété que tout ceci n'était qu'une vaste plaisanterie, qu'on leur avait déjà fait, le coup des morts vivants et des crânes qui explosent, que la matière composant la lame ressemblait un peu trop à du bois, que aïe ! , que non, tout compte fait, ce n'était pas du bois, et qu'on ferait quand même bien de rentrer à la maison. Et donc, faisant preuve d'une imposante vélocité, le groupe se mis en route pour le chemin du retour. Après une demi-heure ennuyeuse passée à marcher, à donner des coups de pioches et à signaler aux farceurs que vraiment, ce genre de blagues, c'était puéril, un débat d'une importance capitale s'engagea entre Ekobën et Hekares :
- Eh, mais au fait, Hekares, pourquoi ce serait toi qui aurait l'épée, d'abord ?
- Parce que c'est moi qui l'ai trouvée.
- Ah.
- Voila.
Il n'est nul besoin de préciser que de tels échanges psycho-phyloso-metaphysiques demandent de longues années d'études. Personne dans le groupe ne les avait. Au bout de trois heures de recherches et de plaintes contre cette bande de bon vivants leur fameux coup du " cogne moi sur le crâne que je me le fasse exploser " , nos amis ( considérons les comme tels, si vous le voulez bien ) émergèrent enfin des intestins de mère nature, pour constater tout de suite que la blague était rudement bien organisée : " ils " ( Ekobën voyait déjà dans ce " ils " la band Gerharr, un camarade de classe particulièrement turbulent ) avaient transformé le coquet petit patelin en une ville livrée aux feus de l'enfer, parcourue par de nombreux figurants déguisés en créatures revenantes toutes plus criantes de vérité que les autres, chacun y allant de se petite intervention : quand on ne renversait pas une charrette pleine de vivres, on défonçait avec tendresse la porte d'une échoppe à la devanture agréable, ceci en poussant toujours des rugissements relativement effrayants. Certains poussaient le réalisme jusqu'à éviscérer les rares personnes n'ayant pas voulu participer à la mascarade ! Il est donc compréhensible que, la larme à l'œil, ému tel le tendre bambin recevant son premier hochet, Artanger applaudisse vigoureusement la magnifique prestation...
- Eh bien, c'est rudement bien fichu, leur truc !
- Attends, Ekobën, je viens d'avoir une idée assez terrifiante, là...
-------------------- "Ah. Ouh. Papillon."
Jean Louis Murat, Génie de la Transcendance Musicale Sub-Consensuelle.
"Oh. Je veux dire : Oh."
Un béotien.
"Ah oui oui. Comme je vous le dis. Papillon."
Jean Louis Murat, Cavalier de l'Atypie, Anihilateur de l'Exaspération Ennuyée.
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Réponse au Sujet 'Hekares, la quête de quelqu'un qui cherchait quelque chose.' a été posté le : 02/01/04 12:30
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Chapitre 3
De la Sainte Apparition.
- ... Et si c'était pas une blague ?
- Tu veux dire, ce serait des vrais ?
- Ben, ouais...
- ...
- ...
- ...
- Il parlait pas de Saint Merdier, Dieu ?
C'est ce moment que choisit le Ciel pour passer avec une brutalité déconcertante de son vert si charmant à un violet d'un goût désastreux, dans un grand entrelacs de nuages ayant pris de l'envergure pour l'occasion ; puis l'on passa de cet horrible mauve à un bleu tout aussi douteux ( a-t-on jamais vu un ciel bleu ? Ridicule idée que voila... ) , pour glisser tranquillement vers un gris argenté projetant en tous lieux dans rayons lumineux tout à fait charmants, pendant qu'un mystérieuse mélopée émergeait d'on ne sait trop où là haut ( Katrin se surpris même à esquisser un ravissant pas de danse sous l'œil amusé d'un Hekares friand de musiques modernes ) . Une fois tout ce grotesque remue-ménage terminé, les nuages, qui s'étaient alors regroupés de façon anormalement compacte, s'écartèrent pour laisser place à... une chose tout à fait étonnante.
Il s'agissait d'une figure de forme sphérique, aussi argentée que le ciel qui l'entourait désormais, couvertes de petites facettes carrées, semblant être la source des rayons lumineux forts amusants mais vite lassants venant écraser sur le sol innocent leur bête lumière, le tout étant suspendu à un fil doré du plus bel effet, venant agréablement contraster avec le mauvais goût certain de la scène, ledit fil étant suspendu on ne sais où dans les tréfonds mystiques et opaques du ciel. A ceux qui commencent à se poser des question : effectivement, aujourd'hui, nous appellerions ça naïvement une boule à facette, mais il se trouve qu'à l'époque, on appelait ça Dieu. Oui.
- Oh, regardez, c'est Dieu...
- Ah oui, effectivement, c'est Dieu.
- Je le voyais plus barbu...
- Et moins lumineux, aussi...
- Au risque de vous offusquer, je crains que vous ne confondiez avec le Père Noël.
- Ah oui, peut-être bien.
- C'est pas la même chose, tout de même, vous pourriez suivre tout de même...
A ce moment, Dieu, car il s'agissait bel et bien de lui, quelque peu intrigué par l'attitude de ce qui était censé être ses fidèles, pris la Sainte Parole :
- Holà, gens !
- Oui, papa Noël ?
- Vous êtes à la source d'un cataclysme de la pire espèce !
- Ah, nous on a rien fait, ne commencez pas à nous accuser, je vous prie !
- Oui, bon, vous ou d'autres, là n'est point le Saint Problème... Un monstre de la pire espèce...
- Cela fait tout de même deux fois que vous utilisez l'expression " de la pire espèce ". Pour un orateur soi-disant fameux, vous manquez quelque peu de vocabulaire...
- ... un monstre d'une espèce encore pire que vous ne pouvez l'imaginer a été libéré par quelque attristant événement. La bête, née de l'alliance contre nature entre Poss-Ë-Idonh ( dieu de tout ce qui mouille ) et... moi-même ( peu de gens savent que Dieu est homosexuel, encore aujourd'hui, ndla ) , se prénomme Floush'h. Le problème avec elle, voyez-vous, c'est qu'elle a la forme et la consistance d'un courant d'eau...
- Ah, tu vois, Ekobën !
- Pas la peine de faire ton malin...
- ... ce qui lui permet d'aller partout. Non, en vérité, le réel problème, c'est que Floush'h se nourrit des corps qu'elle submerge, sans pour autant les tuer. C'est pour cela qu'ils continuent à se déplacer, et, ayant perdu corps et âme, ils ne répondent qu'à leur plus naturel instinct.
- Manger ?
- Non, être bête et méchant.
- Diantre... Mais dîtes moi, sans vouloir vous vexer, pourquoi avoir donné des caractéristiques aussi stupides à votre progéniture ?
- Oh, à vrai dire, on a le temps de s'ennuyer en une, bientôt deux éternités. Alors c'est toujours marrant de mettre un peu le souk dans le train-train lamentable de votre vie de bouseux, à vous autres paysans...
- Moi, je veux bien, mais c'est que j'ai de la famille, dans ce patelin...
- Ah, ça c'est les risques encourus par un Héros en devenir, mon gaillard !
- Héros ? Mais je suis pas un héros, moi !
- Il y a une majuscule, à Héros.
- Ah, pardon. Il n'empêche, je crains que vous ne vous mépreniez !
- Ah, mais oui, parce qu'en fait c'est moi le Héros !
- Artanger... Tu n'est même pas crédible dans ta fausse joie...
- Le fait est que c'est toi, Hekares, qui...
- Oh ! Vous connaissez mon nom ? Je savais que ma renommée dépassait de loin les limites de ce bled pommé, mais à ce point...
- T'est bête, ou quoi ? C'est Dieu ! Il voit tout, il sait tout, il...
- Non, c'est tout simplement écrit en gros sur ta tunique, sombre crétin. Je reprends : c'est donc toi qui a trouvé cette épée, ce qui fait de toi un membre plus ou moins permanent de la très fermée Ligue Interplanétaire des Héros Officiels. Je ne te cacherais pas qu'on a en ce moment de petits problèmes au niveau gestion informatique (je savais bien qu'on aurait du passer sous Win-Sacer-Dows...) , aussi la Sainte Colombe qui aurait déjà du t'apporter ton badge d'adhérent devrait arriver dans les heures qui suivent. D'avance, merci de ta compréhension. Avec ce badge, tu pourra accéder n'importe où sur Terre sous le Saint Prétexte que tu voudra, et a chaque fois que tu accomplira de Saintes Actions, tu cumulera des Saints-Points qui te permettront d'obtenir de jolis Saints Cadeaux, tels ce magnifique Saint Sac à Dos que je porte en ce moment (Hekares remarqua qu'effectivement, cette boule à facette avait bel et bien un sac à dos. Il ne se posa pas de question quant à la stabilité et la probabilité d'une telle chose, et continua a écouter le Saint Père comme si de rien n'était.) . N'oublies pas de le faire signer par un de tes parents ou tout du moins par ton titulaire dans le cas - Tragique - ou tu n'aurais plus de parents.
- Personnellement, j'ai rien compris.
- Merci, Artanger, et maintenant, si tu allais jouer avec le monsieur tout beau, là bas ?
- D'accord !
- Bien. Reprenons : qu'a-t-elle donc de si spécial, cette épée, à part cet aspect désastreux de mauvais couteau de cuisine bas de gamme ?
- Et bien, contrairement à une grande majorité d'armes, magiques où non, celle ci te permettra de donner des coups dans l'eau sans avoir l'air ridicule.
- C'est à dire ?
- Oh, c'était juste une façon plus poétique de dire que c'est la seule arme en mesure de tuer Floush'h.
- Ah.
- Eh, Hekares, le monsieur la bas, il m'a mordu l'oreille et il m'a arraché un bras !
- Arrête de te plaindre, Artanger, veux-tu... Je suis en train de parler, tu ne vois pas ?
- Ben oui, mais c'est que c'est assez douloureux...
- Eh bien va le lui signaler, que veux tu que je te dise ! Donc, cher Dieu...
- Oh, je vous en prie, vous pouvez m'appeler Notre Très Saint Père Qui Êtes Aux Cieux, pas de chichis entre nous...
- Euh... Donc, selon vous, avec cette épée à la laideur si désolante, je vais pouvoir occire votre démoniaque progéniture ?
- Oui, c'est exactement ce que je viens de te dire, benêt. Pour ce qui est du design, je suis désolé, mais notre Saint Graphiste est en congé maladie, et c'est donc moi qui me suis occupé des Saints Plans. Mais là n'est pas la question. Si tu parviens à tuer mon petit Floush'hy, tout redeviendra normal, comme si la bête n'avait jamais existé, et tout les corps et esprits détruits au cours de l'Aventure seront rendus à leurs propriétaires, avec en plus de cela une lettre de remerciement dédicacée par toute la Team Paradise (la fameuse équipe de Nuage-Volley composée par Dieu, Saint-Pierre, et tout plein de petits anges grassouillets aux joues rouges et aux airs hilares, ndla) . Toute fois, une autre mesquinerie est à prendre en compte...
- Heka, le monsieur m'a arraché l'autre bras et un œil, je luis dis quoi ?
- Ecoute, Artanger, si tu nous interrompt tout le temps comme ça, on va jamais y arriver ! Tu n'a qu'à lui mettre des coups de pieds. Donc, quelle est donc cette fourberie dont mon me parliez tantôt, Notre Très Saint... Euh, très cher ?
- Eh bien, à force de dévorer de pauvres gens, ma bêbête change de forme selon des principes tout a fait aléatoires. N'est-ce pas bien trouvé, franchement ?
- Si. J'imagine qu'il n'est donc plus nécessaire de chercher un courant d'eau zombificateur, donc.
- Non, même, si Floush'h reste faite de matière liquide.
- A vrai dire, tant mieux, parce que courir après une flaque carnivore, vous m'avouerez que ça a quelque chose de ridicule !
- ...
- Artanger, au lieu d'agiter très bêtement les moignons comme tu le fait en ce moment, va reprendre ta tête au monsieur, et fait lui savoir que ça va mal aller s'il continue... Et arrête d'être un homme tronc, s'il te plaît, les hommes troncs m'ont toujours insupportés avec leur air arrogant et leur manie de ne pas avoir de jambe pour le simple plaisir de se différencier des autres...
- ...
- Très bien. Donc. Vers où devons nous nous rendre ?
- Kaprï me semble être un bon choix, de part le fait qu'elle soit la ville la plus proche de votre coin pommé.
- Oui, d'ailleurs je vois très bien la une des journaux de demain : " Kaprï : c'est fini " .
- Bon, allez, au boulot, bande de fainéants ! Vous avez du pain sur la planche...
- Ah, cela tombe bien, car figurez vous que j'ai ici, justement, un énorme couteau à...
- Oui, bon, ça va.
-------------------- "Ah. Ouh. Papillon."
Jean Louis Murat, Génie de la Transcendance Musicale Sub-Consensuelle.
"Oh. Je veux dire : Oh."
Un béotien.
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Réponse au Sujet 'Hekares, la quête de quelqu'un qui cherchait quelque chose.' a été posté le : 02/01/04 12:32
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Chapitre 4 : Du Départ et de l'imminence de celui-ci.
Et ainsi, après que Dieu ai consenti, dans son habituelle mansuétude, de redonner à Artanger un aspect relativement acceptable (il est bon de rappeler qu'Artanger restait doté d'un physique particulièrement ingrat, ce qui explique la présence de " relativement " devant " acceptable "), le groupe se mit en route. Il fallait toutefois que chacun allasse récupérer quelques effets personnels aux importances toutes plus discutables les unes que les autres.
Ekobën, à qui la chance et la richesse avaient permis de s'inscrire au club de tir à l'arc local, 3 ans auparavant, alla s'emparer de son magnifique arc, tout de rose peint. Le choix d'Artanger, pour sa part, se porta sur son gigantesque bâton, taillé en forme de marsouin auquel on aurait imposé le port du chapeau haut de forme, arme redoutable pour peu qu'elle soit magnée par un être compétent, ce qui était très loin d'être le cas du gaillard. Katrin, quand à elle, opta pour son Kit de maquillage " Fais Tout Comme Les Grandes Mais En Moins Bien Et En Plus Ridicule ", ainsi que son petit couteau, gagné fièrement au jeu de chamboule-tout lors de la dernière Kermesse Scolaire du village (certaines mauvaises langues prétendaient que la belle aurait corrompu la pile de boîtes de conserves en leur faisant des avances avant d'envoyer la balle). Hekares, enfin, n'eut aucune hésitation : il se rua sur son carnet de bord et son joli sac à dos, dont il faisait l'éloge auprès de ses amis depuis fort longtemps. Tellement longtemps, à vrai dire, que ledit sac à dos était maintenant d'une taille tout à fait ridicule par rapport à celle, imposante, de notre modérément majestueux héros.
On imagine aisément que chacun apprécia dans de très moyennes proportions de voir ses parents dans de si tristes apparences, mais chacune gardait à l'esprit qu'une fois la monstre liquide terrassé, ils pourraient les retrouver dans des états plus présentables. Toutefois, Ekobën, qui avait eu une virulente dispute avec sa mère quand à son avenir et son orientation (lui voulait être ostréiculteur, mais on lui rétorquait qu'on avait toujours été garde forestier dans la famille, et qu'il n'était pas question de faire entorse à la tradition), en profita pour lui exploser, avec haine, le crâne, aussi violemment et chirurgicalement précis qu'on pouvait l'être. Le jeune sot, qui avait décidément encore beaucoup à apprendre, ignorait que tout mort vivant tué une seconde fois était définitivement irrécupérable, même après la fin de l'aventure. Et vous ignoriez vous même, sans doute, que Dieu était d'un sadisme prononcé.
Une fois chacun en possession de ses biens et de quelques morsures sans importances (qu'est-ce qu'un petit doigt, de arraché nos jours ?), on se rassembla en périphérie du village, près du petit et unique sentier dévalant l'imposante montagne. Chacun prit une pose conquérante et sûre soi, face à l'horizon, défiant ainsi le monstre et la ville dont il avait sûrement pris possession, avant de se rappeler que Kaprï se situait à l'opposé, et qu'ils étaient en train de faire les malins face à St Riant la Relique, patelin plus minable encore que celui où résidaient les quatre inconscients.
Quelque peu honteux, ils commencèrent à descendre le décidément très petit, mais toutefois charmant, sentier. Celui-ci se laissait emprunter avec une docilité que l'on sait rare dans le domaine du chemin, milieu rude s'il en est. Le ciel était d'un vert éclatant, signe annonciateur d'un après-midi parfaitement ensoleillé. Or, rien n'est plus décourageant qu'un soleil excessif lorsqu'il s'agit d'entreprendre une longue marche, aussi l'on commença bientôt à se plaindre (précisons que le Mont Tendancieux étant d'une hauteur considérable et d'une largeur proportionnelle, le chemin durait dans les trois heures, soit bien trop pour un simple adolescent, que l'on sait fainéant comme personne).
Artanger eu la louable initiative de chanter (bramer serait probablement un terme plus approprié, étant donné les limites vocales du jeune homme), mais le cailloux qu'il reçut à la nuque l'en dissuada bien vite. Aussi dut-on se contenter d'observer, ça et là, les lapins, colibris, renards, lapins morts vivants, colibris morts vivants, renards morts tout court et autres cadavres putréfiés que l'on rencontrait au fil du chemin.
Quand, à mi-chemin, Katrin constata avec effroi qu'elle avait oublié sa collection de pinces à linges dédicacées et demanda à ce qu'on retourne au village pour les y récupérer, elle reçut une baffe d'une telle vigueur qu'elle bascula et manqua dévaler avec lourdeur le flanc de la montagne. C'est Ekobën qui l'avait rattrapée, mais par une partie de l'anatomie féminine fort peu appropriée à ce genre d'exercices, aussi reçut-il lui aussi un soufflet, en retour de celui qu'Hekares avait juste avant exercé sur les joues enfantines et sur maquillées de la jeune demoiselle. (Diantre, qui eut cru que décrire une situation aussi lamentablement convenue demanderait des tournures de phrases aussi lourdes ?)
Mais enfin, après un effort qui se doit d'être félicité, le petit groupe (aussi appelé " groupelet " selon le Gros Larousse) se retrouva au pied du Mont. La Joie on l'imagine, tout comme une sévère envie d'aller aux toilettes, étaient au rendez-vous.
- Très bien, mes amis, nous avons franchi une première étape dans notre Sainte Quête ! Nous allons... INSTALLER UN CAMPEMENT !
- Quelle merveilleuse idée ! On pourrait se servir du kit de maquillage de l'autre grognasse pour faire les tentes, on creuserait des toilettes avec mon arc et on allumerait un grand feu de bois a l'aide de ton sac tout en jouant utilisant le bâton de l'autre abruti en guise de guitare !
- C'est vrai que pour le coup, c'est vraiment une idée stupide...
- Très bien, eh bien puisque vous êtes si malins, donnez vos idées ! On va bien voire si vous êtes assez brillants pour contredire en toute outrecuidance les ordre d'un Héros Officiel (le lecteur attentif aura remarqué que cette fois-ci, Hekares n'avait pas oublié la majuscule sur héros, et encore moins sur Officiel...).
- Eh bien, pourquoi ne pas continuer notre chemin ?
- ...
Et ainsi le groupe continua son chemin, comme l'avait très finement suggéré l'ami Ekobën, chacun était diversement ravi (Hekares, pour sa part, en était déjà à remettre en cause toute sa psychologie et son Moi intérieur, se posant des questions telles que " Qui suis-je ? " , " Où vais-je ? " ou encore " Peut on décemment pratiquer l'ablation des oreilles à un aveugle auquel on aura préalablement arraché méthodiquement les dents, la langue et la peau du bout des doigts, sans être irrémédiablement qualifié de dangereux sadique ? " ) de la situation. Artanger tenta en vain de jouer un air jazzy sur son bâton, constatant avec une aigreur compréhensible que son soi-disant ami Ekobën s'était tout bonnement payé sa tête. Et Hekares, au comble de ses méditations, se surpris à allumer une cigarette avec son sac à dos, fait d'autant plus étonnant qu'il n'avait jamais fumé, et encore plus d'autant plus étonnant que la cigarette n'existait pas à cette époque. C'est impressionnant comme les événements les plus bénins peuvent perturber un esprit rendu trop faible par de longues années passées auprès d'une mère poule trop attentionnée. Tout n'est question que d'éducation : si l'on habitue nos enfants des le plus jeune âge à une inactivité et une passivité prononcée, comment voulez vous, que, une fois adultes, ils... Mais reprenons le récit, si vous le voulez bien.
En chemin vers la ville, le groupe rencontra un mendiant. On leur pardonnera avec clémence leur étonnement (sauf à Hekares, qui en est à son second en peu de temps, ce qui est tout à fait indigne d'un Héros pas tout à fait Officiel parce qu'il n'a pas encore reçu son badge mais presque. Un très beau badge, au passage, avec plein de petits cœurs tout partout, un ravissement pour les amateurs d'art baroque, que je sais nombreux à lire ce récit) par le fait que la terre où ils se trouvaient, située déjà bien loin du Mont Tendancieux, était parfaitement déserte, aride et anti-touristique. Un sable gris recouvrait partout un sol irrégulier et désagréable au possible, l'immensité de ce néant esthétique étant parfois rompu par un buisson maigrelet et desséché, pareil au squelette décomposé d'un poisson, d'un jaune pale rappelant vaguement celui de la moisissure s'attaquant à quelque plat depuis trop longtemps avarié.
En vérité il ne faisait aucun doute que l'on se trouvait ici dans un des territoires les plus laids et inintéressant de tout l'Occitant. Ce qui venait légitimer le scepticisme de nos amis quant aux possibilités d'un quelconque don fait au brave homme. Hekares lui demanda toutefois s'ils étaient bien sur la route menant à Kaprï, et il lui fut répondu que toute les routes mènent à Kaprï. Le groupe remercia chaleureusement le pauvre, et fit mine de poursuivre son chemin, lorsque le pauvre leur demanda s'ils n'avaient pas quelque piécette pour lui.
- Ha ! Mais je vois que ton geste est intéressé, mécréant !
- Non point, Messire, c'est juste qu'ici vous êtes à la douane, et qu'il y a un droit de passage à payer, comme dans toute douane qui se respecte.
- Comment donc ! Te voilà menteur, maintenant ? Contente toi d'être pauvre, veux-tu, et laisse passer les Grandes Gens que nous sommes, et qui ont un monde à sauver, au passage...
- Mais, je vous assure que...
- Silence, maraud, où il t'en cuira ! Va donc servir le maître qui eut la sottise, un jour, de te prendre pour serviteur, et qui ne doit pas se situer bien loin ; n'as tu donc point quelque champ à cultiver ? Quelque chausse à cirer ? Allons, du vent, bougre d'homme, rejet de la société, faquin de la pire espèce, pendard des étoiles avec un cailloux dans l'oreilles, vil fourbe aux mesqui...
- Euh... T'as pas l'impression d'en faire un peu trop, là, Hekares ?
- Et toi, l'homme ? Depuis quand les écuyers sont-ils autorisés à parler ainsi à leur maître ?
- Tu devrais te calmer, Heka, tu sais bien que ça te fait de l'acidité dans le ventre, quand tu t'éner...
- Silence, courtisane ! Je n'ai pas encore besoin de tes caresses, aussi contentes toi d'être belle dans l'attente de ce soir ! Et toi, grotesque troubadour, joues moi donc quelque air propre à ravir mes oreilles !
Les trois amis du brave Hekares, rendu mégalomane par le feu de l'action, se consultèrent du regard, semblèrent tomber d'accord, et lynchèrent le gaillard, afin de le rappeler un peu à la réalité des choses, dirons nous... Ceci fait, on donna un pièce au bonhomme et l'on s'en alla.
Plus tard, c'est un marchand de glace que l'on rencontra. L'homme vendait de multiples sorbets aux parfums variés comme nul part : fraise, vanille, fraise, fraise, vanille, vanille-fraise, fraise-vanille, chocolat... Autant de senteurs et de goûts exquis qui venaient enivrer les sens rendus sensibles par la longue marche qu'ils avaient pratiqué jusque là. Hekares proposa d'utiliser son statut de Héros Officiel afin d'obtenir des réductions, mais on lui signifia que non à l'aide d'une baffe. Et l'on acheta les glaces en toute légalité. Nos jeunes amis taillèrent le bout de gras quelques temps avec le tenant de la cabane à glace, qui s'avéra être un bien sympathique personnage, puisque il alla jusqu'à accepter de leur livrer sa recette pour faire des glaces sans eau et sans réfrigérateur. Il leur dit aussi qu'il avait vu passer dans la direction de la ville, il y avait de cela quelques heures, un étrange rhinocéros, translucide comme s'il était fait d'eau (on admirera la cohérence scénaristique que l'auteur a observé tout au long de ce début de récit), mais qu'il ne l'avait pas vu car l'homme était à plat ventre derrière son comptoir, en train de soulever de petits cailloux pour faire passer le temps. Personne dans le groupelet (rappel : voir dans le Gros Larousse pour une définition précise) ne fit la relation avec la quête qu'ils étaient sensé entreprendre.
Le pauvre rencontré auparavant vint à passer par là, et demanda au vendeur s'il pouvait lui servir une bière, brune de préférence. Quand ledit vendeur lui signala qu'il ne vendait que des glaces, il insulta à tout va, traita le vendeur de fasciste, et s'en alla en maugréant, fomentant de vils complots contre l'autorité en place, et ce genre de choses. Puis le groupe pris congé, après avoir procédé à un échange d'adresses avec le gérant de la cabane.
Mis a part ces deux événement majeurs, il ne se passa rien au cours du cheminement vers Kaprï. Et c'est donc au bout d'un dizaine d'heures et cinq fois plus de foulées Déïques que nos compères arrivèrent en vue de la " capitale ".
-------------------- "Ah. Ouh. Papillon."
Jean Louis Murat, Génie de la Transcendance Musicale Sub-Consensuelle.
"Oh. Je veux dire : Oh."
Un béotien.
"Ah oui oui. Comme je vous le dis. Papillon."
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Réponse au Sujet 'Hekares, la quête de quelqu'un qui cherchait quelque chose.' a été posté le : 02/01/04 18:13
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Ah tiens oui, j'oubliais : dans les dialogues, savoir qui parle n'a AUCUN intêrêt, cela forme tout simplement un tout, lui aussi sans intêrêt d'ailleurs, puisque vous aurez compris que les personnages ne brillent en rien par leur éloquence et leur grandeur d'esprit. En tout cas merci à toi, l'homme. La suite est déjà écrite mais repose en semi-paix chez mon père.
Kröy - Content.
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Réponse au Sujet 'Hekares, la quête de quelqu'un qui cherchait quelque chose.' a été posté le : 03/01/04 21:24
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Citation :Message de Grouïn des Tétynes
Ah ah ah ! Que c'est con, mais que c'est con... Il y a des moments où c'est juste un peu con, mais il y a aussi des passages de Grande Connerie. Félicitations, c'est très con.
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Si c'est pas ironique, alors je suis complètement honoré, sachant que ce message provient du Héros qui écrivit Kalon... Et merci à toi, Kherianth, si, là encore, tu ne te fous pas de ma gueule, jamais on aurait pu me faire un si grand compliment...
Bon, maintenant, ça va être une autre paire de manche, réussir à faire une suite qui ressemble au début... Bon, des que je rentre chez moi, je balance le chapitre suivant qui est déjà tapé, en principe...
Merci, je vous aime !
Kröy - Un homme heureux
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Réponse au Sujet 'Hekares, la quête de quelqu'un qui cherchait quelque chose.' a été posté le : 04/01/04 19:14
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Citation :Au fait, j'ai déjà dit que j'adorais?
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Non. Merci. Non, pas non merci, mais merci. Bon, here's the suite... En esperant ne pas vous décevoir :
Chapitre 5 – De Kaprï, c’est pas encore fini mais ça ne saurait tarder si l’on ne presse pas le pas…
Kaprï était là, dans toute son ancestrale splendeur et sa candide grandiloquence, étendant avec insolence ses hautes tours de bois, de chaux et de pierre au dessus des hectares de néant qui composaient la plaine Occitantaise. Même de très loin, nos amis imaginaient avec forces suppositions les labyrinthiques rues constamment encombrées de charrues aux conducteurs rudes et de fringants poneys aux regards acerbes, les échoppes aux marchandise aussi variées que le spectre des couleurs (et Dieu sait si le spectre des couleurs est varié), les senteurs tantôt entêtantes, tantôt enivrantes, et tantôt écoeurantes qui parcouraient avec finesse les étendues civilisatrices de la grand-ville, et, bien entendu, toutes les merveilles de technologie que renfermait Kaprï, de la tour Géaime, d’où l’on observait diverses choses, aux canons à vapeur compressée protégeant de toute menace les murailles de la ville, en passant par les musées à la gloire de choses très intéressantes et le réseau piétonnier souterrain qui permettait le dégorgement des rues de la ville lors des heures de pointes…
Tout cela ; oui, ils se l’imaginaient rêveusement, si rêveusement, à vrai dire, qu’ils oubliaient complètement que Kaprï avait plus que probablement été réduite à l’état de ville fantôme suite au passage d’un monstre particulièrement monstrueux. C’est Hekares qui, alors que tout le monde était plongé dans une profonde réflexion quant à leurs futurs achats et débauches, fit une remarque d’une subtilité que l’on avait eu tendance à discréditer quelque peu ces dernières lignes…
- Prudence, compagnons, l’ennemi est tapi en cette ville, et notre Sainte Mission est toujours de le défaire !
- Euh… Qu’entends tu par « mission » , Heka ?
- …
- Aaaah, oui c’est bon, je vois.
- …
- …
- Je ne te le fais pas dire.
- Moi non plus.
Ceci dit, Hekares proposa une approche toute faite de tactique et de discrétion : il s’agissait de déguiser le groupe en une gigantesque boule à hamster, dans laquelle Artanger jouerait le rôle cours Florentesque du hamster, et qui devait rouler jusqu’à l’entrée de la ville, où les gardes, voyant en cette aberration quelque déïque présent, ouvriraient avec respect les lourds et imposants battants des portes fermant l’unique entrée de la Cité, le tout sous une ovation quasi-générale (il restera toujours quelques anarchistes aigris pour vous pourrir les plus festifs évènements…) . Avec un peu de chance, même, on leur offrirait des cadeaux.
Il fut sobrement décrété que non. Et on donna un coup de pied à Hekares, pour appuyer le cuisant refus voté à la majorité absolue. Et puis aussi une petite claque sur sa joue. L’intéressé apprécia modérément, mais ne le fit pas remarquer, par peur de faire plaisir à ses opposants. Puis la troupe suivit l’unique chemin, joliment fleuri au passage, qui menait à la ville. A ses portes, deux hommes attendaient, splendidement bêtes. Ils étaient tous deux affublés de tuniques et de collants d’un noir imparfait, signe d’une utilisation inexpérimentée de la lessive, et d’une cagoule surmontée d’un heaume tout aussi noir que le reste. A leurs côtés pendaient çà une arbalète de précision (arme prestigieuse) et là une rapière (arme moins prestigieuse, mais tout de même) , et leur badge noir indiquait, en lettres d’un noir terrifiant : MPCPR.
Aucun doute n’était permis : ces deux hommes aux airs peu amènes appartenaient à la mythique Milice Préposée aux Choses Peu Rationnelles, dont le nom ne laisse guère de place aux réflexions métaphysiques. Etant donné qu’une créature liquéfiée transformant sur son passage toute forme vivante en forme moins vivante, mais pas assez pour être morte, peut être considérée comme « Peu Rationnelle » , là présence des deux stupides était tout à fait justifiée, d’autant plus que la MPCPDTR, Milice Préposée aux Choses Pas du Tout Rationnelles, était en ce moment immobilisée par une épidémie de gastro-entérite aigu. Un des deux hommes, qui arborait sur son épaule une fleur de lilas mauve, ce qui faisait de lui le supérieur du second qui, lui, était simplement épaulé par un canard en plastique jaune, signe évident qu’il n’était qu’un débutant, s’approcha d’un pas aussi gracile qu’un boiteux peut l’avoir.
- Bien le bonjour, messieurs dames. Je suis le Lieutenant Supérieur Attesté Serge Aid’Ubonthabak, de la quatrième Division Oblique, troisième Section, quinzième Régiment, douzième Bataillon, puis la Seconde à Droite après le Feu.
L’homme parlait avec la voix lente et posée de celui qui vient du Sud et qui n’a été muté que depuis quelques mois.
- Je suis au regret de vous apprendre que, sauf circonstance exceptionnelle, et j’en doute lorsque je vois vos visages tristement juvéniles, il vous est impossible de pénétrer en ces lieux.
- Ca alors ? Et pourquoi donc, mon brave ?
Hekares se rendit compte environs 30 secondes après la fin de sa phrase du ridicule de celle-ci, en jetant un œil niais au dessus des murailles de Kaprï : en effet, un fumée opaque, à l’odeur de mort, s’échappait avec terreur de la ville qui, vraisemblablement, avait subi quelques dégâts. Aussi pensa-t-il que mmmmh… C’est étrange tout ça. Il posa ensuite sur le dénommé Serge un regard stupide, tout en arborant un sourire aimable, avant de mettre sa main dans sa poche. Il pu constater que sa Carte de Héros Officiel© n’y était pas, ce qui paraissait logique, quelque part. Il en fut assez gêné, d’autant plus que ses méprisables amis le montraient du doigt avec dédain.
Mais, le hasard et l’aridité imaginaire du scénariste étant ce qu’ils sont, c’est à ce tragique instant que le ciel prit des couleurs déjà prises auparavant dans des conditions autrement plus solennelles, lors de leur expresse rencontre avec Dieu. Et, apparaissant avec une grâce semi féline, une colombe au plumage ébahissant de splendeur céleste et de candide blancheur émergea d’une masse de nuages, poussant d’attendrissants petits piaillements que même les âmes les plus rudes auraient eu du mal à dénigrer. Le plumeux animal portait en son bec un morceau de carton qu’Hekares reconnut aisément, malgré l’altitude où se tenait encore l’oiseau, ceci avec une joie qu’il ne fit aucun effort pour contenir.
- Hé, regardez ! Regardez ! C’est ma carte ! Ouais ! Regardez ! C’est ma carte de Héros Officiel© ! Vous avez vu ? Hé ! C’est trop bien ! Hé !
Le pauvre garçonnet ressemblait maintenant quelque peu à une énorme cocote-minute sur le point d’imploser, ce qui n’était définitivement pas beau à voir. Toutefois, personne ne fut assez méchant pour le lui signaler.
Quand la bête arriva, tête haute, à portée de main d’Hekares, celui-ci lui arracha du bec l’objet de sa convoitise, avec une telle violence, à vrai dire, que le dit bec partie avec la carte. De fait, la tête, privée de tout moyen de communiquer, se contenta de saigner très fort, avant de se précipiter, furieuse, et accompagnée du reste du corps d’ailleurs, vers le second garde. L’objet sanguinolent parfaitement identifié percuta le crâne du malheureux qui explosa dans une gerbe de sang et de cervelle. Son corps s’affala lourdement par terre.
- Euh… Désolé.
- …
Le Lieutenant Supérieur Attesté Serge avait pris une teinte verdâtre qui se mariait avec bonheur (comme dans un grande majorité de mariage, d’ailleurs) avec le bleu azuré et mélancolique de ses grands yeux de jeune cabri téméraire prêt à affronter les nombreux dangers de l’ancestrale forêt accompagné de tous ses amis. C’est en tout cas ce que pensa Hekares. Puis l’homme, apparemment sensible malgré le relatif avancement apparent de son âge qui laissait penser à une certaine expérience (à vrai dire, il avait effectivement beaucoup d’expérience, mais il se trouvait que la jeune personne qui venait de mourir atrocement sous ses yeux était son fils, ce qui explique son léger mécontement) , rendit à mère nature le repas qu’il avait pris gaillardement quelques heures plus tôt (un esprit bête dira que l’homme vomit violemment à ses pieds) . Personne ne se proposa pour lui essuyer la bouche. Lorsque l’homme se fut remis de ses émotions et qu’on eut débité son compagnon (et donc son fils, mais personne ne le savait et ne le saura jamais à part Serge lui-même) en morceaux épars destinés à âpater les monstruosités qui infestaient très probablement la ville d’un pas lourd et nonchalant, Hekares prit la parole d’un ton qui se voulait solennel, mais qui ne l’était pas pour autant.
- Très bien, nous allons maintenant pénétrer dans la maléfique enceinte de Kaprï la grande. Aussi vais-je vous demander d’être très attentif à ce que je vais vous dire.
- …
- En fait, j’attends un « oui, chef ! »
- …
- Bien. Alors : Kaprï fut fondée en l’an 463 avant la Sainte Disparition de Celui qui Mentait Souvent, sur les bases d’un campement de fortune établi par la tribu des Andouites, qui avait été chassée par l’armée royale de Trinos la Grande Buse pour avoir soi-disant accueilli un membre de l’Ordre du Grand Casque Noir. C’est d’ailleurs depuis ce temps…
- Excuse moi de t’interrompre, mon cher Hekares, mais... Pourrais tu nous informer de l’intérêt de ce que tu est en train de nous dire pour notre très Sainte Mission ?
- Oh, absolument aucun, si ce n’est que tant que vous ne m’aurez pas dit « oui, chef » , je continuerais à vous balancer ces inepties, qui, au passage, sont totalement fausses, car inventées à l’instant.
- Ah, il faut toutefois noter que vous avec dit vrai sur un point.
- Et lequel, je vous prie ?
- Cette ville fut effectivement fondée.
- A vrai dire, je m’en doute quelque peu, cher Lieutenant Supérieur Attesté, car, dans le cas contraire, cette ville n’aurait certes pas été sous mes yeux, que j’ai fort beaux, par ailleurs, et toute modestie gardée.
- Si fait, jeune homme, mais je ne faisait que constater.
- Et vous constatâtes fort justement, l’ami ! Et maintenant, mes chers compagnons, entrons ! Serge (vous permettez que je vous appelle Serge ?) , serez vous des notre dans le palpitant périple qui nous attends ?
- C'est-à-dire que j’avais prévu de faire une partie de bilboquet, mais je ne me rappelle plus à quelle heure, et quand bien même l’aurai-je su, je n’ai pas de montre. D’ailleurs, elle n’existe même pas, c’est dire mon handicap. Aussi décidé-je de me joindre à votre riante compagnie. Par contre, évitez de m’appeler Serge.
On notera qu’à ce moment, la compagnie n’avait rien de très riante, si l’on en croit les airs de famille en deuil d’un grand père dont l’immense fortune aura été gracieusement versée à une quelconque organisation caritative qu’arboraient nos amis.
- Très bien, allons-y, alors !
Et ils y allèrent.
-------------------- "Ah. Ouh. Papillon."
Jean Louis Murat, Génie de la Transcendance Musicale Sub-Consensuelle.
"Oh. Je veux dire : Oh."
Un béotien.
"Ah oui oui. Comme je vous le dis. Papillon."
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Réponse au Sujet 'Hekares, la quête de quelqu'un qui cherchait quelque chose.' a été posté le : 14/01/04 19:24
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Bon, eh bien je vais supposer qu'il y aura eu au moins un ahuri pour lire le chapitre précédent, donc voila la suite, que j'ai enfin eu le temps de redopier. A ce même ahuri, je le dis : la suite est écrite, ne reste plus qu'à la corriger. Voila. Cher ahuri, merci.
Chapitre 6 - Du début du Commencement
Des l’ouverture mécanisée des lourds battants formant l’immense porte donnant sur l’intérieur de l’imposante muraille entourant Kaprï la Grande, une odeur épouvantable, mêlant avec une non-subtilité flagrante la ferraille oxydée, le mauvais bois flambant et le corps moisi brûlé à l’excès, vint agacer prodigieusement les délicates narines de nos jeunes et fringants compagnons. Ils se demandèrent, à juste titre, pourquoi elle ne les avait pas atteintes plus tôt, étant donné que les murailles ne formaient pas un dôme au dessus de la ville, ce qui eut été, au choix, ridicule ou précurseur, ou les deux, l’un n’excluant pas l’autre, mais ils ne s’attardèrent pas très longtemps sur la question, en hommes de peu d’érudition qu’ils étaient.
Ils adoptèrent tous des poses sensées être proches de celles de ces fameux militaires Vestotentiens (c'est-à-dire habitant sur la côte du continent Geonasque, situé à l’extrême nord de l’île de l’Occitant, par delà la mer des Dix Déflagrations Pusillanimes Bleues, redoutée pour ses récifs taillés à l’effigie des différents personnages de la Bible Orthodoxe.), les terribles Jih-Haï. En vérité, ils semblaient plus se livrer à une involontaire parodie qu’à autre chose. Seul, le Supérieur Attesté Serge Aid’Ubonthabak, ayant fermé la porte derrière lui (il espérait que l’épouvantail qu’il avait confectionné pour le remplacer suffirait à dissuader les téméraires d’entrer dans la fournaise urbaine, sans guère de conviction toutefois, ne connaissant que trop bien l’attitude aventureuse et regardez-moi-iste des jeunes de son époque…), avançait d’un pas lent et posé, portant un regard quelque peu étonné à ses nouveaux compagnons d’infortune. N’ayant que moyennement confiance en cette bande d’incapables, et on peut certes le comprendre, il sortit son arbalète de précision, un modèle Kasketa flambant neuf, édition spéciale designée à la base pour le Prince Havat’ de Nomipanquie du Sud, mais qui fût commercialisée dans le monde entier lorsque le dit Prince fût éviscéré par un jeune grizzly mâle qui avait confondu le nobliau avec un tronc, et qui tenta donc de se faire les griffes dessus, en jeune fou qu’il était. Le fait est que l’arme était dotée d’une maniabilité lui conférant une totale flexibilité vis à vis de toutes les situations de combat, et d’un chargeur multiple à cadence augmentée monté sur un python à triple axe doublement synchrone, permettant l’expulsion simultanée de la charnière bi-carcérale en si majeur dans l’artère centrale à défaillance occasionnelle péri-matérialisée ; bien entendu, je ne me livre aucunement à une quelconque publicité à l’égard de cette arme exceptionnelle, mais y’a pas à cracher dans le potage, c’est de la bonne. Puis l’homme alla rejoindre les jeunes benêts afin de discuter quelque peu…
Ceux-ci étaient toutefois bien trop occupés à autre chose pour pouvoir entretenir une quelconque conversation avec le sympathique roturier : ils étaient en ce moment même en train de se rendre compte que tout ce que l’on leur avait décrit avec moult effets oratoires convaincants comme étant terrassant de beauté et de technologie était devant eux, mais dans un état quelque peu éloigné de celui qu’ils se figuraient. Tout n’était que feu, sang et chaos, cris pleurs et chants grégoriens braillés au loin par quelques fanatiques d’une religion inconnue qui déclaraient un peu trop tard la fin imminente de notre monde. Plus une échoppe, plus un monument ne ressemblait à quoi que ce soit, sinon à quelque chose qui ne ressemblait à rien. C’est dire si les quatre amis furent puissamment déçus (on entendit Ekobën maugréer entre ses dents jaunes car hygiéniquement négligées que l’on ne l’y reprendrait plus à se faire posséder par ces fichues brochures touristiques dont le petit office du tourisme de son village regorgeait). Mais ils surent faire fi de leurs aigreurs et consentirent avec un rare professionnalisme à parler avec l’homme en noir qui les accompagnait.
- Dites moi, brave homme… Avez-vous idée de où nous pourrions trouver la vilaine bête que nous sommes sensés défaire ?
- Et vous, avec vous la moindre idée de ce qu’est le sens de la rhétorique ? Vous ne trompez personne avec votre langage néo-féodal ressemblant plus à de la parodie qu’à autre chose. Alors cessez l’usage de vos hideuses tournures de phrase et soyez un brin naturel, gamin. Surtout quand on entend votre stupide accent de campagnard arriéré reclus dans sa crasse stupidité…
- Mais…
- Pour répondre à votre question, les derniers renseignements que j’ai reçu…
- Pourquoi vous dites que je fais des phrases laides ?
- … tendent à prouver que le monstre se situerait…
- J’y mets pourtant tout mon cœur !
- Dites, ça vous dérangerait de me laisser parler 30 secondes ? Ne vous apprennent-ils donc pas les bonnes manières, à l’école ? Ah, j’oubliais que vous n’êtes qu’un campagnard…
- Et vous croyez qu’elles sont belles vos phrases ? En plus, c’est même pas vrai que je suis à l’école parce que je suis au lycée, pas vrai Ekobën ?
- Oui, c’est vrai.
- Tiens, dans ton groin, espèce d’éviscérateur d’huîtres mourantes des suites d’un cancer aggravé non traité dans un centre médical digne de ce nom !
- …
Est il vraiment besoin de préciser qu’à ce moment de l’histoire, le bien mal tombé Lieutenant Supérieur Attesté Serge arborait un air parfaitement scandalisé face à l’ampleur totalement démesurée de la stupidité qui émanait de la jeune personne qui lui faisait face ? Non, probablement pas. Aussi ne le ferons nous pas, afin d’épargner au lecteur, impatient et fébrile dans l’attente des prochaines palpitantes tribulations qui s’annoncent d’ores et déjà étant donnée la nature fort chaotique du contexte présent, la lecture d’inutiles lignes que celui-ci parcourrait de toutes façon d’un air désintéressé et de façon tout à fait anecdotique, ce qui, vous me l’avouerez, serait un comble quand on connaît le goût qui est celui de l’auteur pour les histoires à la fois courtes et intenses, au style clair et direct, épuré de toute longueur et de toute ambiguïté, comme l’a d’ailleurs déjà prouvé le début de ce récit (oui, ce n’est que le début…), ce qui ne laisse présager qu’une suite de qualité, au risque de se livrer à une autosatisfaction assez proche de la plus totale immodestie, sans pour autant que cela soit une vérité (que l’auteur soit immodeste, je veux dire) (suivez un peu, s’il vous plait, sinon on va jamais y arriver).
- Bien. Donc : comme je vous le disais tantôt, le monstre que vous poursuivez, et que je suis forcé de poursuivre par la même occasion, s’est très probablement terré dans le RPS (Réseau Piéton Souterrain) …
- Le quoi ?
- Le RPS (Réseau Piéton Souterrain).
- Hein ? Je ne comprends rien à ce que vous dites, vous ne pouvez pas enlever les parenthèses ?
- Ah ********, excuse-moi, c’est un réflexe. Je voulais dire le Réseau Piéton Souterrain (RPS)
- Ah bah voila, tout de suite, on se comprend mieux ! Et qu’est-ce qui vous fait penser ça ?
- Eh bien c’est de là que sont sortis les derniers zombis, selon mes sources.
- Ah, vous appelez ça des zombis, vous ?
- Oui.
- C’est drôle, nous on est plus « morts-vivants ». Comme quoi…
- Comme quoi ?
- Et si on y allait ?
- Ola, jeune homme ! Du calme ! Nous devons tout d’abord rejoindre le poste avancé établi par mes supérieurs dans le grand immeuble que vous voyez là bas (il pointait du doigt une gigantesque tout de pierre s’élevant au dessus de la cité, à l’autre bout de celle-ci ; c’était un des seuls bâtiments à ne pas encore être en feu) afin d’y prendre matériel et informations.
- Ah. Oui, c’est sûrement une très bonne idée. En fait, c’est ce que j’allais dire, mais vous m’avez coupé la parole.
- Désolé.
Katrin poussa alors, avec une soudaineté si soudaine qu’elle fit tressaillir tout le monde dans des proportions inconcevables, un cri extrêmement strident comme des millions de jeunes filles dans le monde savent les pousser ; l’originalité n’était donc pas au rendez vous, et en plus elle nous avait déjà fait le coup. Toutefois, cette violence sonore était ici fondée, puisque elle était ni plus ni moins sur le point de se faire arracher la carotide par une monstruosité que personne n’avait vu ni entendu arriver, trop absorbés par le passionnante discussion qui avait eu court quelques lignes plus haut que le groupe était. La réaction de Serge fut immédiate : alors que les autres en étaient encore à se demander quel animal était assez énorme pour produire un barrissement aussi atrocement suraigu, il pointa de son arme le crâne du monstre et pressa la détente d’un doigt agile et malicieux, pour autant qu’un doigt puisse être malicieux, ce qui reste à vérifier. Le carreau partit à une vitesse parfaitement impressionnante et alla se ficher entre les deux yeux de la pauvre créature, qui l’avait bien mérité, quand même. Elle mugit encore plus fort que Katrin qui n’avait pas cessé de brailler, et s’affala au sol sans élégance.
- Pour votre gouverne : c’est la tête qu’il faut viser.
- Pff… Je le savais, frimeur, va !
- Ah, mais alors c’était Katrin, qui criait ?
- Oui.
- Aaaah…
La dite Katrin, pour sa part, après avoir mis cinq minutes à se remettre de ses émotions (à remettre son brushing en place, donc), sauta au cou de celui qui l’avait sauvée, et lui minauda une phrase aussi plate que sa poitrine :
- Mon héros ! Vous m’avez sauvé !
- Oui, je suis heureux que vous l’ayez constaté.
Et c’est sur cette réplique emprunte de noblesse et de sagesse ancestrale que Serge repoussa la jeune fille d’un bras protecteur, et se mis en route, sachant pertinemment que les autres le suivraient comme une bande de jeunes chiots. Il avait pertinemment raison.
Au fur et à mesure que la troupe avançait dans les artères enfumés de la ville, ils rencontraient un nombre toujours plus impressionnant de créatures qui avaient autrefois été humaines. Chacun s’en débarrassait de la manière qu’il pouvait : Serge tirait carreau sur carreau avec une dextérité déconcertante, Hekares s’exerçait maladroitement au tranchage de tête sur cible mouvante et non consentante, Ekobën faisait indirectement une publicité exécrable au club de tir à l’arc qu’il avait pour habitude de fréquenter, Artanger fuyait, et Katrin hurlait. Les pauvres monstres, qui n’avaient, au bout du compte, rien demandé au monde, étaient encore vêtus de leurs vêtements, réduits à l’état de lambeaux, ce qui était très inesthétique, comme le signala avec malice le tatillon Ekobën :
- C’est très inesthétique.
- Tu trouves ?
- Oui, définitivement.
Plus grave, certains gardaient à la main les objets qu’ils tenaient lorsqu’ils se firent semi dévorer par la liquide horreur qui désormais trônait sous terre. Ainsi, le groupe dut parfois se confronter à des laids maniant (avec autant de dextérité qu’un blanquette de veau, certes) bâtons, gourdes, fers à repasser ou encore rênes de cheval (avec même, à l’occasion, le cheval au bout), ce qui s’avérait parfois assez douloureux. Ainsi, Ekobën apprécia modérément d’être battu à coups de hochet par un jeune bambin zombifié, et Hekares encore moins le caisson de pommes avariées et pourries qu’il reçut à la figure.
Un moment, alors que le groupe passait dans une ruelle assez étroite et particulièrement obscure, ils entendirent les pleurs ô combiens émouvants d’un jeune enfant, ou d’une jeune enfante, mais ça se dit pas, le bruit ambiant ne permettant pas de spécifier ce dernier point. L’on se concerta du regard, puis Serge explosa d’un carreau le crâne du pas-tout-à-fait-mort-pas-tout-à-fait-vivant-non-plus (j’aime beaucoup ce groupe nominal. En fait, je suis assez fan de tout ce qui ressemble de près ou de loin à un groupe. Nominal. Oh et puis ********.) qui barrait avec laideur l’entrée du pierreux bâtiment d’où provenaient les braillements puérils, afin que tout le monde puisse rentrer.
- Et tout le monde, on a dit ! Compris, vous deux ? Allez, Artanger, sort de cette poubelle ! Et toi, Katrin, ton camouflage en réverbère aurait presque pu être crédible, si seulement tu n’étais pas aussi grosse. Alors viens !
- Mais… Je suis pas grosse !
- Je sais, mais c’était juste pour t’embêter.
- Ah. C’est pas très gentil.
- Bon, vous venez, oui ?
Et nos compagnons de se glisser donc au sein de l’édifice poisseux, dont la façade décrépie faisait au moins autant envie que le cadavre décomposé d’un hippopotame mâle mort de vieillesse sur un tas de tomates gâtées. Tout le monde avait l’oreille aux aguets et la main en visière, et était sur ses gardes plus que possible. Une odeur de vieux navet au miel parvenait aux jusque aux nez variablement retroussés de nos compagnons, qui tentèrent, mais en vain, de se le boucher (le nez) en retenant leur respiration.
Ils se trouvaient dans ce qui semblait être le hall d’un immeuble modérément important, de style plus roman que gothique, quoique, allez savoir, et, comme déjà dit plus haut, assez prodigieusement laid.
- J’ai localisé les cris de l’enfant, ou de l’enfante, mais ça se dit pas, quand on était dehors : c’est au treizième étage, le dernier donc.
- Ca alors, vous êtes vraiment trrrès intelligent, monsieur Serge.
- Evitez de me caresser le bras comme ça s’il vous plait, mademoiselle…
- Euh… Pardon.
- Allez, montons !
- Non !
- Comment ça, non ?
- Comment ? Ah non, ce n’est pas à vous que je parlais, Mr Serge, c’est juste que Artanger me demandait si je pouvais lui prêter mon arc afin qu’il s’en fasse un collier, mais j’ai peut qu’il le casse.
- …
Le Lieutenant Supérieur Attesté posa alors le pied sur la première marche de l’escalier à la forme circulaire, spiralique diront certains, mais je ne les saluerais pas parce que je suis à peu près certain que c’est eux qui m’ont volé mon casse croûte vendredi dernier. Je vous aurais, bande de pourris. Il pointait son arbalète droit devant lui afin de pouvoir pallier à tout impératif ; il pu ainsi constater un détail quelque peu ennuyeux, surtout étant données les circonstances actuelles : il n’avait plus de carreaux.
Le nigaud avait voulu faire son malin en tirant de ci de là, mais avait au final réussi à écouler tout son stock de munitions, qu’il avait pourtant renouvelé la veille dans une boutique militaire du boulevard St Martin le Typhus, réputé pour être prospère en armes peu chères et de bonne qualité.
Il évita de signifier à ses compagnons ce léger désagrément, et fit comme si de rien n’était ; c'est-à-dire qu’il pointait devant lui une arbalète au chargeur désespérément vide, dans le fol espoir de ne pas se couvrir de ridicule. En vain.
- Eh, monsieur, c’est pas pour dire, mais y’a plus de munitions, dans votre machin, là…
- Euh… Mais si, sot, c’est juste qu’elles sont invisibles, afin de mieux surprendre l’ennemi ! Toutes les ruses sont bonnes pour défaire l’adversité, même les plus fourbes ! Ha ha ! (rire gêné)
- Ben oui, Hekares, réfléchit deux secondes : tu crois vraiment qu’un homme aussi intelligent (et si beau) (et si fort) que Mr Serge oublierait de charger son arme ? Pff, t’es vraiment trop bête !
- Ha ha ! (rire gêné, mais à un degré au dessus sur l’échelle du gênage) Cette gamine a raison, mon garçon ! Tu crois vraiment que…
- Oui, bon, ça va.
Mais ça n’allait pas. Sans l’arbalète de Mr Serge, le groupe était livré en pâture à tout un tas de gens que l’on pourrait très certainement qualifier de belliqueux, et ce n’était pas la minable rapière et l’incertain maniement que le militaire avait de celle-ci qui allait arranger les choses : il fallait au plus vite se rendre dans une armurerie (ceci est le quart d’heure tragique et solennel du récit. Merci de prendre les dispositions qui s’imposent dans ce genre de situations.)
Mais pour l’heure, il s’agissait avant tout de trouver le jeune Kapréen qui avait, de ses cris rauques et désemparés, captivé l’ouïe de nos jeunes et moins jeunes compagnons. Serge continua donc de grimper l’escalier, les autres sur ses talons.
Il faisait lourd et chaud dans l’obscurité moite de la cage d’escalier. Ils marchaient parfois dans une flaque de quelque poisseux liquide, et ne voulaient en rien savoir quelle en était la constitution. Bizarrement, ils ne rencontrèrent aucun cadavre, qu’il soit mobile ou inerte, ce qui devait sûrement signifier que Flous’h n’avait pas pénétré dans ce bâtiment. Mais pourquoi, je vous le demande. Non, ne me répondez pas, vous casseriez le suspense. Ceci était certes étonnant, mais pas déplaisant pour autant : après tout, une petite pause ne ferait de mal à personne ; et on en était à planifier un pique-nique dans le cadre ô combien bucolique de cette cage d’escalier pastorale lorsque les cris de l’enfant, ou de l’enfante, mais ça se dit pas, redoublèrent d’intensité. Serge revint à la raison, posa le pain qu’il était en train de couper en deux, et se mis à courir vers le dernier étage. Hekares le suivait de près, rêvant d’un merveilleux sandwich jambon mayonnaise. Les autres, eux, cherchaient une nappe.
Enfin, les deux hommes arrivèrent sur le pallier du treizième étage, pantelants. La porte de laquelle provenaient les hurlements (car c’en était, assurément) était grande ouverte. De fait, les deux gaillards entrèrent, les figures fermes et rudes, pareilles à celles de ces brave trappeurs canadiens qui doivent vivre la nature et tous ses caprices au jour le jour (et qui ne se lavent que très rarement, aussi), armes pointées vers l’avant (Serge s’était enfin décidé à sortir sa rapière, mais gardait l’arbalète dans l’autre ; il ne tenait définitivement pour rien au monde à ce que l’on se moquât de lui).
Ils suivirent un couloir qui aboutissait…
Sur une véritable scène de cauchemar (de l’Art d’Utiliser le Retour à la Ligne). Dans une salle, qui pouvait être le salon (tout comme elle pouvait être une salle de bain, d’ailleurs ; qui peut savoir, avec ces architectures à la fois modernes et audacieuses. A vrai dire, cela aurait même pu être les toilettes, s’il y avait eu une cuvette à l’intérieur, et surtout si les toilettes avaient existé à cette époque), une masse grouillante de monstres tous plus abominables les uns que les autres, et au moins aussi laids que ceux déjà rencontrés auparavant, encombraient inutilement la totalité de l’espace ; ils semblaient tous convoiter du regard un même objet, que nos amis ne pouvaient voir.
- Que faire ?
- Qu’en sais-je ?
- Ben je sais pas, moi, vous êtes sensé être le « pro », ici !
- Je suis sensé rien du tout, c’est toi, gamin, le « Héros Officiel »
- Avez une preuve de ce que vous avancez ?
- Oui, ce badge d’une déconcertante laideur, qui orne stupidement votre bête poitrine, et dont vous semblez tirer quelque autosatisfaction sans guère de raison apparente, en atteste sans équivoque.
- Bah, quelqu’un l’aura placé là sans que je fasse attention…
Mais Serge, las, était déjà parti, l’arme tournoyant au dessus de sa tête, poussant un cri propre à éborgner le plus sourd des muets, les yeux convulsés par la haine et la rage, de la bave coulant sans prestige d’un coin de sa bouche. Il n’était pas content. Quand à dire pourquoi, il s’agit d’un tout autre problème.
Faisant preuve de réflexes rappelant par leur vivacité le tigre farouche, Hekares ne se laissa pas abattre par l’inintérêt total que lui portait l’homme, et s’élança à son tour, la gigantesque épée dont il était équipée tendue droit devant, à bout de bras.
Serge ouvrit les festivités en abattant sèchement la piètre lame de sa rapière de mauvaise qualité au niveau du cou du premier monstre qui se présenta à lui (bien que l’expression fut quelque peu éloignée de la vérité, étant donné que le dit monstre tournait le dos au Lieutenant Supérieur Attesté, toujours intéressé par le mystérieux objet qu’il était). Le sang ne fit preuve d’aucune originalité, et gicla de la façon la plus banale qu’il se puisse ; à peine était il un peu coagulé. Pendant ce temps, l’énorme lame d’Hekares embrochait assez violemment un second mort-vivant. Les stupides horreurs ne semblaient toutefois toujours pas leur accorder quelque importance que ce soit, ce qui avait quelque chose de frustrant. Hekares ne manqua pas de leur faire savoir, d’une vigoureuse décapitation.
Serge, pour sa part, habitué à ce genre de manque de fair-play, se contentait désormais de couper, le plus posément du monde, ci un bras, là une jambe, là encore une tête, et le tout dans une effusion sanguinolente qu’une femme de ménage n’aurait pu que désapprouver virulemment. Ils purent s’en donner à cœur joie sans que personne parmi les parodies humaines qui peuplaient la salle ne trouve que quoi que ce soit à redire. Et ainsi, après quelques minutes de boucherie, plus une de ces grotesques personnages ne tenait debout.
Enfin, ils purent voir ce qui était la source de l’admiration béate et bornée des désormais totalement macchabées : un enfant. Ou plutôt, une enfante, mais ça se dit pas.
L’esprit vif et acéré de Serge fit immédiatement le rapprochement entre les pleurs entendus au dehors et le jeune bambin en larme qui trônait devant ses yeux. Cinq minutes plus tard, Hekares fit le même rapprochement.
-------------------- "Ah. Ouh. Papillon."
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Réponse au Sujet 'Hekares, la quête de quelqu'un qui cherchait quelque chose.' a été posté le : 19/01/04 20:51
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Bon, toujours pas de commentaires, mais je vais continuer à espérer que quelqu'un, dans sa grande mansuétude, continue à lire cet amas de stupidités qui commence tout de même à prendre une dirrection. Si si. En plus, de nouveaux personages, dans ces deux chapitres pas complètements corrigés, mais que voulez-vous, n'est pas Stakanov qui veut. Et encore moins qui veut pas, comme disait un très bon ami à moi.
Chapitre 7
De et dix qui nous font douze francs, voila madame.
Outre le fait qu’elle était couverte de larmes, on pouvait dire de la fillette que :
1. Elle était « mimi tout plein » (terme technique pour « adorable, appréciable à l’œil et incitant au « pouti pouti » », le « pouti pouti » étant lui-même un terme technique désignant l’action de chatouiller un jeune enfant sans aucunes intentions autres que la manifestation de son admiration et de sa sympathie. Le viol n’est donc pas compris dans le « pouti pouti »). En effet, elle avait de grand yeux bleus particulièrement niais, des nattes blondes qui contrastaient délicieusement avec se jupette rose et ses sandales jaunes, et devait avoir au plus six ans.
2. Rien, en fait, le 1. suffisait amplement tout compte fait.
3. Ecoutez, si le 2. ne servait à rien, vous imaginez bien que le 3. n’a guère plus d’intérêt.
4. Zut !
5. …
Serge aimait beaucoup les enfants Il lui était même arrivé d’en avoir. Mais ceux-ci étaient morts à la naissance (tout comme leur mère, par ailleurs, qui se trouvait être la fiancée du dit Serge, comme le monde est petit) pour de sombres raisons de conditions sanitaires non vérifiées. De fait, il ne s’en était jamais occupé.
Le fait est en tout cas qu’il fut subjugué par l’innocence et la beauté infantile qui émanaient de cet être improbable, et il se rua sur la gamine afin de l’enserrer de ses grands bras vigoureux. Hekares, pour sa part, regardait la scène d’un air neutre et blasé qu’aurait pu aborder un quelconque bovidé en période de grève à la SNCF. La petite fille sembla apprécier l’étreinte, et son visage passa progressivement de la tristesse la plus sinistre à la joie la plus sincère, ou alors c’est qu’elle était une excellente comédienne.
C’est alors seulement que Serge entama un dialogue, de cette catégorie de dialogues totalement convenus mais qui hélas s’imposent toujours dans ces situations dramatiques :
- Dis moi, comment tu t’appelles ?
- Hamely.
- Hamely ? Tu sais que c’est un très joli prénom, ça ?
- Oui, ma maman elle me l’a déjà dit.
- C’est vrai ça ? Et c’est qui, ta maman ? Tu peux me la montrer, s’il te plait ?
- Ben… Ca doit être elle, là…
La jeune fille montrait de son petit doigt boudiné un des cadavres pourris qui traînait au sol.
- Aaaaah… Mais dis moi, qu’est-ce que tu fais ici ?
- Ben j’étais en train de me laver les mains avec ma maman…
(Il semblerait apparemment que c’était bien la salle de bain. Voila au moins un mystère d’éclairci.)
- … quand un grand lapin transparent est entré avec un air vilain dans la cuisine…
(Ah non, en fait…)
- …, et puis il s’est jeté sur maman, et après il l’a mangée, mais pas complètement, et après elle m’a regardé fixement, mais elle me faisait peur parce qu’elle avait presque plus de peau, et puis après papa il est entré, et puis il m’a regardé fixement, comme maman, et puis après y’a les voisins qu’ont tapé à la porte, mais comme papa, qui avait plus de peau non plus, il est pas allé leur ouvrir, eh ben ils ont cassé la porte, et puis après ils sont venus dans la salle de bain…
(Bon, faudrait savoir !)
- … et ils m’ont regardé fixement, un peu comme papa et maman, d’ailleurs, et puis après…
- Oui, merci Hamely, ne parle pas trop, ça a du être véritablement douloureux pour toi… Mais ce lapin, il ne t’a rien fait, à toi ?
- Ah bah si, il m’a fait coucou de la main. Et puis après il est parti.
Il y avait là matière à réflexion : pourquoi Flous’h n’avait pas utilisé son incroyable potentiel destructeur à l’encontre de la fillette, alors qu’il l’avait fait pour tous les autres habitants de l’immeuble comme de Kaprï ? Serge n’en savait rien, mais il ordonna à Hamely de grimper sur son dos, provoquant ainsi la folle jalousie d’Hekares, qui lui aussi aurait bien aimé être porté par le viril soldat. Puis ils rejoignirent les autres, après avoir vidé le garde à manger de l’appartement.
Quand ils furent dans le hall, ils trouvèrent Ekobën et Artanger allongés le plus stupidement qu’il se puisse sur une nappe à carreaux rouges posée à même le sol sur le pallier de l’étage en dessous.
- Qu’est-ce que vous faites ?
- On attend que Katrin revienne, elle est allée chercher du bois pour faire un feu.
- Mais c’est qui, elle ?
- Moi, c’est Hamely !
- Bonjour, Hamely, tu sais que c’est un très joli prénom ça ?
- Oui, elle le sait, sa mère lui a déjà dit.
- Ah.
Serge, qui jusque là parlait sur le mode « banalités sans intérêts », eu soudain un choc : comme pouvait on être à ce point stupide pour aller chercher du bois dans une grande ville, en feu qui plus est ?
- Mais… Comment peut on être à ce point stupide pour aller chercher du bois dans une grande ville en feu, en feu qui plus est ?
Oui, c’est ce que je viens de dire.
- Ben j’en sais rien, moi, mais vous inquiétez pas : apparemment, elle a trouvé un type pour l’aider.
- Pardon ?
- Je disais qu’elle a trouvé un type pour l’aider.
- Quel type ?
- Un gars qui est entré au rez-de-chaussée, qui a vu Katrin, et qui l’a prise par le bras. Ils devaient se connaître, parce que sinon, je la connais, elle aurait jamais laissé faire ça.
- Ouais. Mais là, d’un autre côté, il lui a pas trop laissé le choix, vu comment il l’a vite traînée dehors…
- Je suis sur que c’est un de ses anciens petits amis…
- Tu crois ?
- J’en suis sûr… En fait, je crois qu’il avait un peu la tête de Dorian.
- Dorian Rik’Attr ? Celui qui arrêtait pas de martyriser Hekares en sixième ?
- Oui, voila.
- Mais comment c’est possible ? Il est mort il y a 3 ans !
- Ah ouais, ********, c’est lui qui a attrapé le sida, non ?
- Si ! D’ailleurs, tu crois qu’il l’a refilé à Katrin ?
- Ben j’espère autant pas…
- Pourquoi ?
- C’est pas tes affaires !
- Aaah ! Il a fait l’amour avec Katrin ! La honte !
- Ouais, bon, ça va…
- Ouuuuuuh !
Bien entendu, Serge et Hekares (et par voie de conséquence Hamely, qui était toujours sur les épaules du premier) avaient déjà dévalé les escaliers, et sortaient de l’immeuble, pantelants. Mais c’était déjà trop tard : Katrin avait été enlevée…
- Ah, ******** !
- Non mais dites donc !
- Bon, retournons voir ces deux ahuris.
Et ils retournèrent voir ces deux abrutis.
- Mais comment pouvez vous donc être aussi stupides ?! Votre amie a été enlevée devant vos yeux, et vous n’avez même pas réagi !
- Eh, oh, on peut pas tout faire, hein !
- Ouais, on était déjà assez occupé à attendre Katrin comme ça !
- Tiens, d’ailleurs, ça fait longtemps qu’elle est partie, qu’est-ce qu’elle peut bien être en train de faire ?
- Ouais, c’est vrai, ça ?
- …
Serge songeait très sérieusement à la certes discutable mais néanmoins très efficace méthode dite du suicide. Mais il se rebiffa : il n’y avait pas de temps à perdre (or, le suicide en est une, de perte de temps).
- A quoi ressemblait l’homme qui a tiré votre amie par la manche ?
- Un peu à Dorian Rik’Atrr, son ancien petit…
Le violent uppercut que reçut Ekobën sous le menton l’envoya s’étaler sur les marches crasseuses de l’escalier, en contrebas du palier où la nappe avait été installée.
- Comment était-il habillé, bordel de ******** ?!
On notera que lorsque Serge en venait à s’énerver, il perdait de son flegme, et la largeur de son vocabulaire avait tendance à rétrécir quelque peu.
- Aïe.
- Euh, moi je l’ai vu aussi, je peux vous dire !
- Alors ?
- Eh bien, je crois qu’il avait une grande robe verte foncée, mais ses bottes ressortaient quand même en dessous. Et il avait les manches retroussées, des gants énormes, et il tenait dans sa main (celle qui ne tenait pas Katrin) un objet assez bizarre, allongé, avec un manche en bois et un tube en fer au bout.
(Pour le bien de l’histoire, il a été décrété qu’Artanger disposait temporairement de la capacité « œil de lynx ». Nous en somme tout à fait désolé, et mettons fin dans l’instant à cette totale improbabilité scénaristique, puisqu’en réalité, je vous le dis, Artanger était myope)
- C’est ce qu’il est convenu d’appeler un fusil, jeune sot.
- Eh, monsieur Serge !
- Oui, Hamely ?
- Le monsieur comme il a dit, le gros bonhomme, il ressemble un peu à un monsieur qui était venu un jour chez moi, et que mes parents ils étaient partis, et que le monsieur il m’a dit que si je venais avec lui sans faire de bruit, il me donnerait des bonbons.
- Et tu l’as suivi ?
- Ben, j’aurai bien aimé, parce que moi j’aime bien les bonbons, mais mon papa il est arrivé courrant, et puis il lui a cassé la tête avec une casserole, c’était rigolo, y’avait du sang partout, hi hi hi.
- Et le bâton avec un bout en fer (le fusil, donc) que le monsieur en vert avait, il en a fait quoi ton papa ?
- Ben, il me l’a donné !
- Et… Tu l’as encore ?
- Oui, c’est rigolo comme jouet, mais l’autre jour papa il m’a grondée parce que j’ai fait PAN ! sur le plombier, et il avait du sang partout, c’était rigolo, hi hi hi. Alors papa il m’a pris mon jouet, et il l’a caché dans sa chambre, mais heureusement je l’ai retrouvé, pendant qu’ils se faisaient des bisous tous nus dans la salle de bain avec maman, c’était rigolo, hi hi hi.
- Je décèle chez cet enfant une personnalité perturbée… Il faudra songer à l’emmener voir un pédopsychiatre, un de ces jours…
- Tiens, cela tombe bien, j’ai justement un très bon ami pédopsychiatre, il devrait pouvoir s’occuper sans peine de son cas ; il est compétent.
- C’est quoi, un pédopsychiatre ?
Voila bien un vaste sujet de dissertation philosophique, source d’argumentations toutes plus subtiles les unes que les autres : « qu’est-ce qu’un pédopsychiatre ? ». Telle fut la réponse, mûrement réfléchie bien sûr, d’Ekobën à la question posée par Artanger :
- Tss, ce que tu peux être bête, alors… Un pédopsychiatre, c’est comme les Psychiatres Fantastiques, mais pour les pieds.
- Ah, je me disais bien que j’avais déjà entendu ça quelque part… Mais alors, ça n’a aucun rapport avec la plongée sous-marine ?
- Non.
- C’est étrange, j’ai toujours fait un rapprochement dans ma tête entre la pédopsychiatrie et la plongée sous-marine…
- Oui, enfin, c’est pas pour dire, mais la plongée sous-marine, ça n’existe pas encore.
- Parce que tu crois que le fusil, ça existe ?
- J’ai jamais dit que ça existait.
- Moi non plus.
- Alors arrête de faire ton malin.
- Ouais, bah c’est toi qu’avait qu’à pas commencer.
Pendant ce rude débat philosophique, Serge l’Atterré, ainsi qu’il s’était autoproclamé, avait eu le temps de remonter dans l’appartement d’Hamely, celle-ci sur son dos, de récupérer le fusil, qui marchait à poudre (« Trop d’anachronisme tue l’anachronisme », disait Robespierre lors de soirées mondaines par trop arrosées.), et qui en était encore relativement bien chargé, et de redescendre avec l’air le plus neutre qu’il pouvait arborer. Hekares, lui, mangeait.
Serge pris alors la parole, d’un ton qui se voulait solennel, et qui, ma foi, l’était, solennel.
- Bien. Que je vous explique. Le type en vert que vous vîtes tantôt, sombres crétins ignares et sans la moindre once de culture politico-mondaine que vous êtes, se trouve faire partie de la garde élitique du Baron de la Franche Colombe Musquée, un aristocrate pédant dont le manoir se situe à la périphérie d’Avrande-sur-Pilloti, une bourgade placide située à quarante Foulées Déïques de Kaprï environs. Tout le monde, à part vous apparemment, mais que voulez vous, c’est pas de votre faute, vous êtes cons, tout le monde donc, sait que le dit Baron apprécie particulièrement tout ce qui touche de près à la Religion et à la Magie, même si tout le monde sait que la Magie, ça n’existe pas, ça n’existe pas.
- Ah bon ? Ben ********, alors…
- Je sais aussi, pour ma part, et ce de source relativement sûre, que cela fait maintenant trois ans qu’il recherche ce qui serait la réincarnation de la progéniture originelle née des ébats entre Dieu et Poss-e-Hidon.
- Floush’h ?
- Non, lui n’est apparemment que leur second enfant. La petite histoire veut que lorsque Dieu et son divin amant eurent un premier enfant, personne au Panthéon n’accepta cette union, de sorte que Dieu fut forcé à détruire le fruit de son amour afin de ne pas alimenter les potins qui conduiraient irrémédiablement à une révolution et un changement de pouvoir. Toutefois, empli d’une compréhensible tristesse, il décida de réincarner son enfant dans la peau d’un humain. Si ce que vous m’avez rapporté de votre inintéressante discussion avec Notre Très Saint Père Qui Êtes Aux Cieux est vrai, il semblerait qu’il ait eu un second enfant, et dans ce cas les autres dieux du panthéon ne sont pas au courant. Il a commis une bourde en vous confiant ce secret, croyez moi… Il du l’enfermer dans cette mine du Mont Tendancieux, afin que cela ne se sache pas…
- Tiens, c’est marrant, je connais quelqu’un qui habite là bas…
- Oui, c’est moi.
- …
Serge pleurait intérieurement. C’est tout juste s’il ne suçait pas son pouce.
- Bon, voila ce que je pense : Hamely doit être la réincarnation de la progéniture originelle. Cela expliquerait bien des choses.
- Ouais.
- Je pense aussi que le Baron, qui essaie depuis trois longues années de capturer la petiote, mais qui était constamment mis à mal par ses parents qui devaient être au courant, par quelque moyen que ce soit, de la spécificité de leur enfant…
- Vous croyez que ça existe, vous, des écoles spécialisées pour réincarnations de progéniture divine ?
- Oui, sûrement. Après tout, il y a bien des écoles pour pédopsychiatres, je ne vois pas pourquoi il n’y aurait pas d’écoles spécialisées pour réincarnations de progéniture divine.
- Ca c’est bien vrai.
- J’aimerais tellement être pédopsychiatre…
- Et moi, j’aimerais bien finir la phrase que j’avais commencée, s’il vous plait.
- Mais je vous en prie.
- Bien. Donc, le Baron a du profiter du chaos ambiant pour dépêcher sa garde d’élite afin d’enfin se saisir d’Hamely ; mais il aura donné à ses hommes une description trop succincte, et, ceux-ci n’étant pas réputés pour leur intelligence, ils l’auront confondue avec Katrin, qui cherchait du bois, donc.
- Oui.
- Dans la cage d’escalier.
- Voila.
- Mon dieu… Bon, alors maintenant, voila ce que je propose : tout d’abord, nous allons ranger cette nappe en évitant de mettre des miettes partout, car après tout nous sommes des gens civilisés.
- Oui.
- Puis nous irons, après nous être lavé les mains, au point de ralliement établi par mes supérieurs, comme je l’avais déjà annoncé.
- Oui.
- S’il vous plait, arrêtez de dire oui…
- D’accord.
- Bon, une fois là-bas, nous formerons deux groupes.
- D’accord.
- L’un, composé d’Hekares, d’Ekobën et d’un homme quelconque que nous trouverons bien là bas, se rendra dans le RPS, comme nous l’avions prévu à la base.
- D’accord. Mais… Aïe ! Arrêtez, pas l’oreille, ça fait mal !
- L’autre, composé d’Hamely, d’Artanger et de moi-même, se rendra au manoir afin de récupérer Katrin. Si le Baron a su profiter de la situation, il y a de fortes chances pour qu’il ai un rapport avec cette mascarade stupide, aussi les informations que nous recueillerons là-bas nous serons peut-être d’une grande aide. Et maintenant, pas de discussions : allons-y !
- Attendez, j’aimerais soulever un point crucial et terriblement délicat : qui va se voir attribuer la garde de la nappe ?
- C’est moi qui la prends !
- Non, c’est moi !
- Et pourquoi ?
- C’est moi qui ai choisit le motif !
- Et moi le tissu !
- Eh bien, prend le tissu, je garde mes motifs !
(Désolé)
- Maintenant que ce point est réglé, pouvons-nous y aller, messieurs ?
- Oui. Juste : vous avez des ciseaux ?
- Non, bien entendu, car sinon je vous les aurait déjà plantés dans le globe oculaire depuis bien longtemps, petit chanceux.
Et c’est d’un pas quelque peu enjoué, car emprunt de la satisfaction d’avoir traumatisé le stupide Artanger, que Serge ouvrit la marche. Le fait de porter sur ses épaules la réincarnation de l’enfant divin d’une boule à facette géante ne semblait pas le déranger outre mesure, ce qui est une belle preuve de sang froid et de fierté contenue (car en vérité, il était très fier, le Serge. Peut-être même que demain, il serait dans le journal. Oh, oui, ce serait tellement bien). Les autres, magistralement bêtes, le suivirent d’un pas certes moins enjoué, mais sans non plus que l’on puisse la qualifier de morne, car après tout, ne dit-on pas « M’ornes pas, je vais aller me laver » ? Dans la ville, le chaos ambiant semblait avoir diminué quelque peu, ce qui signifiait, soit que les monstruosités avaient finit par toutes se dévorer les unes les autres, soit que c’était l’heure de goûter. Hekares regarda sa montre, et constata avec une moue déconfite qu’elle n’avait toujours pas été inventée, alors que le fusil, lui, oui. C’est vraiment dégueulasse, pensa-t-il d’ailleurs, mais pas trop fort, car l’écrivain avait oublié d’être sourd.
Lorsque un monstre à la laideur quelconque sortit de la poubelle réservée au 10, rue du Jeune Cabri Pusillanime, Serge s’essaya avec un certain bonheur à l’exercice de sa nouvelle arme (il avait déjà laissé son arbalète loin derrière lui, prétextant que les carreaux n’étaient pas assez invisibles pour lui). Il se munit d’un allumette (…), embrasa la poudre déposée là où elle devait être déposée, et appuya sur la gâchette, libérant par là une gigantesque décharge de plomb qui vint s’écraser à une vitesse relativement impressionnante sur le visage décomposé du triste sire qui s’avançait maintenant vers la groupe d’une démarche bancale. Nos amis eurent juste le temps de remarquer les morceaux de laitue et de viande pourrie collés au dit visage, indiquant que le monstre avait été surpris en train de tenter de se nourrir… Trente centièmes de seconde plus tard, le crâne explosait violemment, éparpillant bouts de cervelles et giclées sanguinolentes sur un mur voisin. Le monstre n’eut guère d’autres solutions que de mourir le plus bêtement qu’il soit (bien entendu, cela reste assez relatif, on a la mort que l’on peut, après tout…).
Heureux, le Lieutenant Supérieur Attesté eut un étrange réflexe, celui de souffler la fumée qui émanait du canon, prenant alors un air sombre et mélancolique, évoquant aussi bien le fierté du geste bien fait que les vastes landes dévastées du Grand Nord Népérien aux arbres charnus et aux buissons ardents. On notera au passage la prouesse linguistique réalisée ici par l’auteur, qui évoquait plus haut, très sur de lui, de « vastes landes dévastées ». Or, la science prouve que si elle sont dévastées, elle ne peuvent être vastes (puisqu’elles sont dévastées, désolé d’avoir à me répéter, mais voulez vous, vous n’aviez qu’a pas être bêtes.). Enfin. La troupe se remis en marche, voila bien le principal.
Le ciel, pour sa part, commençait à passer au rouge, sans pour autant être plus orange que ça. Malgré le nombre considérable de feux allumés accidentellement par les écervelées créatures qui peuplaient désormais la ville, il commençait à se répandre dans les rues un air frisquet qui avait quelque chose d’effrayant.
- Brr.
Se surpris même à dire le brave Artanger.
- Mr Serge, j’ai froid.
- Ah oui ?
- Oui.
- C’est stupide, Hamely, tu aurais du te couvrir avant de partir.
Hekares, qui était loin d’être sot lorsque l’on parlait d’enfants, car après tout il possédait une petite sœur en état de marche qu’il avait réussi à faire fonctionner parfaitement jusque là, Hekares, donc, chuchota à l’oreille du rude soldat qui pour sa part semblait décidément plus doué dans l’art ô combien noble du bilboquet que dans l’entretien d’un marmot :
- Dans ce genre de situations, si vous voulez vous attirer la franche sympathie de l’animal, vous êtes sensé lui prêter votre veste.
- C'est-à-dire qu’il fait froid…
- Taratata.
- Eh bien alors…
Et Serge posa lourdement Hamely au sol, à la suite de quoi il eut tout le loisir de constater qu’il n’avait pas de veste. A défaut, il ôta l’armure de cuir noir qui recouvrait son admirable polo en laine noire, afin de la placer sur la fillette. Bien entendu, c’était grotesque : le col du lourd habit arrivait au front de la pauvrette, qui ressemblait du coup plus à un homme tronc décapité qu’à autre chose. Or tout le monde sait que les hommes tronc sont, après les hommes branche, les êtres les plus détestables de toute civilisation. Mais personne n’y trouva rien à redire, aussi reprit-on la route en direction de là où l’on devait aller.
-------------------- "Ah. Ouh. Papillon."
Jean Louis Murat, Génie de la Transcendance Musicale Sub-Consensuelle.
"Oh. Je veux dire : Oh."
Un béotien.
"Ah oui oui. Comme je vous le dis. Papillon."
Jean Louis Murat, Cavalier de l'Atypie, Anihilateur de l'Exaspération Ennuyée.
"Zapata es un indio"
ChiAss-Co et Associés
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Cachée
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Mercenaire du Chaos

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Réponse au Sujet 'Hekares, la quête de quelqu'un qui cherchait quelque chose.' a été posté le : 19/01/04 20:53
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Chapitre 8
Du drame, car il en faut.
La rue Saint-Mauribald-les-Petits-Anges-Bleus, qui se voulait être un hommage, non seulement à Saint Mauribald qui fut l’inventeur du civet de lapin à la sauce Bourguignonne, mais aussi aux petits anges bleus, qui étaient des anges, et qui étaient bleus, la rue Saint-Mauribald-les-Petits-Anges-Bleus donc, était une rue tout à fait quelconque. Seulement, il se trouve que nos compagnons étaient en train de l’emprunter lorsque, provenant de quelque hauteur, une voix à la fois martialement virile et émotionnellement vide se fit entendre.
- Hola, gens, qui va là ?
- Calme, mon bon, je suis le Lieutenant Supérieur Attesté Serge Aid’Ubonthabak. J’ai été détaché pour la garde de la porte Nord-ouest de la cité. J’ai ici de jeunes personnes qui sont sensées…
- Oui, bon, je m’en fous, moi, je voulais juste savoir qui vous étiez.
- Eh bien vous le savez.
Voyez comme on savait faire observer la discipline, en ces temps ancestraux.
- Très bien, alors j’imagine que je vais devoir vous accompagner jusqu’au Poste Avancé « Purification et Damnation pour Kaprï la Grande » ?
- Ah, vous lui avez donné un nom ?
- Ben faut bien, si vous saviez ce qu’on peut s’ennuyer, là bas, depuis que plus aucun zombi ne sort du RPS…
- Si vous le dites…
La mystérieuse voix se décida enfin à se matérialiser sur le toit d’un bâtiment de taille très modeste qui, si l’on en croyait l’inscription de lettres d’or oxydé qui avait été appliquée sur sa façade, était une école élémentaire pour jeunes filles. L’homme était apparemment couché, afin de mieux surprendre l’ennemi (si toutefois ennemi il y avait, ce qui n’était pas à proprement parler le cas), et il fallu attendre qu’il se hisse sur ses genoux rendus gourds par un certain temps d’inactivité pour que l’on puisse le détailler avec plus d’attention : il était affublé de la même façon que Serge, mais arborait sur son épaule une réplique miniature de Klaus Fr’Hansoä, un chanteur populaire et charismatique de l’époque ; ceci signifiait qu’il était d’un degré seulement sous les ordres de notre ami. Grand et peu agile, il mit un certain temps à descendre l’échelle qui avait latéralement été placée contre l’école par ses soins. Il avait à son dos une énorme arbalète, que Serge reconnut de suite pour une arme à tirs multiples, extrêmement pratique au combat rapprochée. Enfin, l’homme vint se poster devant lui, et consenti à saluer, bien qu’il parut évident qu’il n’y mettait absolument aucune conviction.
- Sous-lieutenant Druaut Lädendurh’, de la douzième Division Vacillante, seconde Section, vingtième Régiment, cent trente-septième Bataillon, puis la Troisième après le Boulevard Saint Charles. A vos ordres, on va dire…
- Oui, on va dire… On va dire aussi que je vais vous mettre mon pied au cul si vous continuez à arborer cet air je-m’en-foutiste face à un supérieur. Et maintenant, accompagnez moi jusqu’au Poste avancé.
- Bien, bien… Pffff…
L’inintéressé se dirigea alors à l’arrière de l’école, dans une petite cour de récréation au sol marqué à la craie de jeux infantiles et charmants. Là, il décrocha un cheval de la poutre que les professeurs de gymnastique utilisaient pour leurs cours avisés ; la bête avait le regard vif, inquisiteur, et qui ne prêtait pas à la gauloiserie, ce qui était bien dommage étant donné l’impressionnante paire de… Tout compte fait, c’est sans importance. Druaut monta dessus sans dextérité aucune, poussant un râle de douleur, car ses jambes étaient encore envahies par les fourmis, mais surtout car il n’avait jamais été un très grand sportif. Nos compagnons, pour leur part, trouvère cet acte très impoli, car l’homme ne leur avait même pas proposé son moyen de transport.
Mais celui-ci ne s’excusa pas pour autant, et se mis en route, faisant marcher son bourricot d’un pas mou et lent qui lui correspondait très bien. Les autres suivaient, n’ayant pas grand-chose d’autre à faire. Et ainsi, ils avancèrent durant quelques minutes, quand tout à coup, si soudainement que personne ne pu réagir, une déflagration tout proche se fit entendre. Ils étaient alors en train de croiser la rue Petit Vase la Potiche Mauve depuis le boulevard Métastase Stellaire, sans se soucier le moins du monde de la circulation et des priorités, la totalité des véhicules étant immobilisés en plein milieu de la chaussée.
Une charge de plomb vint déchirer le flanc de Sarbacane (c’était le nom qu’avait donné Druaut à sa monture), qui hennit de façon fort similaire à celle qu’avait Katrin de pousser des hurlements stridents et infondés, avant de s’écrouler lourdement sur le côté. Son cavalier, ayant les pieds accrochés aux lanières de cuir pendant latéralement à la bête, ne pus que la suivre dans son mouvement, et se fracassa le crâne par terre, tout en voyant sa jambe écrasée par le poids de l’équestre animal.
Serge fut le plus prompt à réagir : il courut derrière un carrosse vide de conducteur, entraînant dans sa course Hekares et Ekobën, restés plantés là, incapable de réagir à une telle surprise. Artanger était, bien hélas pour lui, resté quelque peu en arrière, aussi Serge ne pus rien pour lui lorsqu’une seconde décharge retentit, et que les multiples projectiles vinrent percuter le bas de son épaule droite : son bras fut tout simplement arraché, et alla s’écraser dans une poubelle avoisinante. Le pauvre garçon arborait un visage assez déconfit, déçu dirait-on, mais ne le garda pas bien longtemps, puisqu’il ferma les yeux avant de s’affaler au sol sans même pousser de cri de douleur (performance assez rare dans ce genre de circonstances).
Hamely, pour sa part, avait manqué choir lorsque sa monture à elle, c'est-à-dire Serge, s’était précipité à l’abri, fonçant tête penchée. Heureusement elle n’en fit rien, mais le militaire lui demanda tout de même de descendre de ses épaules, car il risquait de devoir se livrer à un virulent débat sur le thème « mérites-tu plus que moi de périr dans d’atroces souffrances » avec les deux personnes, peut être plus, qui leur avait jouer ce double mauvais tour. La fillette eut beau protester, elle n’eut d’autre choix que poser ses frêles petons sur le sol poussiéreux de la ville en proie à un froid de plus en plus important. Ceci fait, Serge risqua un œil à travers la fenêtre du carrosse, celle-ci donnant droit devant lui, sur le carrefour entre les deux voies routières. Là, deux hommes trop vêtus de longues robes vertes, trop armés de fusils et portant trop l’écusson des armes de la famille de la Franche Colombe Musquée pour que notre ami ne les reconnaisse pas, s’approchaient du cadavre du cheval. L’un venait de l’angle droit du carrefour, tandis que l’autre était probablement dissimulé derrière un panneau réservé à l’affichage électoral, situé juste à la droite du boulevard qui continuait tout droit. Cela peut paraître compliqué, mais le principal est de savoir que nos deux blessés avaient étés assaillis de la façon la plus fourbe possible.
Le rouge du ciel virait de plus en plus au foncé, et le vent soulevait des nuages de poussière assez denses, c’est ce qui explique que les hommes en vert ne semblèrent pas remarquer que quatre autres personnes étaient dissimulées derrière le véhicule. Et c’était tant mieux. L’un des sous-fifres du baron, après s’être baissé sur le corps de Druaut, adressa la parole à son compagnon qui scrutait la rue d’où venaient nos amis, et dans laquelle était situé le carrosse, qui prenait la moitié de la voie car il était placé de façon latérale.
- Mph. Encore un gars de la MPCPR… On va jamais la trouver, cette gamine…
- Ouais.
- Déjà que le boss était pas content qu’on lui ramène une radasse sur-maquillée, si en plus on est pas fichu de retrouver la vraie réincarnation avec le temps supplémentaire qu’il nous a offert, il va nous en vouloir à mort.
- Ouais.
- Bon, va voir le corps de l’autre, il a peut-être du pognon, et aucun extra n’est à négliger.
- Ouais.
- Et arrête de dire ouais.
- Ouais, ouais…
Serge avait entendu la conversation, pour la bonne et simple raison qu’il avait de très bonnes oreilles, état de fait dont ne peut pas se targuer le commun des mortels. Or, pour se rendre au niveau du corps d’Artanger, il était obligatoire de passer à côté du carrosse. Il chuchota donc un plan élaboré dans le plus grand empressement aux oreilles de ses compagnons.
- Bien, je vais faire très vite. Lorsque l’homme sera à notre niveau, Hekares va se ruer sur lui et l’éliminer grâce à son épée. Dans le même instant, moi et Ekobën briserons les fenêtres du véhicule, afin de pouvoir tirer sur l’autre type.
- Bien !
- Bien !
- Et moi, je fais quoi ?
- Toi, tu peux nous chanter un chanson.
- D’accord ! C’était un petit sapin-pin-pin, qui avait de jolies branches-anches-anches !
- Mais… Pas maintenant, idiote !
Mais c’était trop tard : l’innocente comptine d’Hamely fut braillée si fort qu’elle fut sûrement entendue dans une majeure partie du quartier ; aussi, le benêt qui allait juste passer à leurs côtés n’eut aucun mal à la percevoir, et il eut assez d’intelligence pour prendre conscience que non, ce n’était pas sa botte qui chantait, car il avait la conviction que celle-ci était en fait un homme. De fait, il fit glisser d’un geste brusque la magnifique lame qui pendait à son côté hors de son fourreau. Il s’agissait d’une arme longue et fine, qui semblait particulièrement maniable, et dont le manche avait la particularité de briller dans le noir, ce qui reste un atout majeur en cas de panne d’électricité. Puis l’homme porta son regard dans la direction d’où provenait l’enfantin cantique, et bondit de façon à surprendre les quatre infortunés.
L’autre, pour sa part, n’était pas plus sourd que son coéquipier, aussi fut il aussi prompt à réagir. Contrairement à ce dernier, il préféra détacher son fusil, similaire à celui que Serge avait dans les mains, qui était astucieusement accroché à son sac à dos grâce à un habile système de crochets. Ainsi armé, le rusé guerrier épaula, visa le carrosse, et tira. Bien entendu, il avait oublié d’allumer la poudre à canon contenue dans le réservoir de son arme. C’est donc en parfait ridicule qu’il dut courir derrière un tonneau de bois afin de ne pas se voir doté d’un nombre d’orifices plus important que la décence le voudrait.
Ne perdant pas une miette de temps, Serge lança l’exécution de son plan machiavélique d’un claquement de doigts professionnel. Hekares eut tout juste assez de dextérité et de force pour parer le coup que le nigaud en vert lui portait déjà, mais il savait trop bien qu’il ne ferait pas le poids très longtemps avec sa piètre maîtrise du duel, et ce malgré la considérable estime de lui qu’il avait réussi à forger au fil du temps. Aussi usa-t-il d’une fourberie de la pire espèce : alors que les lames étaient collées l’une à l’autre dans un puissant brase de fer, il décocha un vigoureux coup de pied dans les parties génitales de son opposant, qui ne put s’empêcher de souffrir très fort. Mais l’homme, à défaut d’être le contraire d’un con, était le contraire d’une tapette, et trouva la vélocité nécessaire pour esquiver ce qu’Hekares voyait déjà comme un coup fatal, en pivotant sur lui-même afin de se déporter sur sa gauche. Là, il imprima un vif mouvement latéral à sa lame, qui aurait du trancher notre pauvre héros en deux, si celui-ci n’avait pas bondi en arrière. Il était assez fier de sa manœuvre, et en tira une vigueur toute nouvelle, qu’il concentra dans un coup droit et puissant en direction de l’autre, qui commençait tout de même à avoir assez mal aux testicules. Cette fois, malgré la célérité dont il avait fait preuve auparavant, il dut se rendre à l’évidence : il était percé. Il jeta un œil quelque peu désemparé, voire déçu, au gigantesque couteau à pain qui lui traversait le ventre, se dit qu’il était véritablement très laid, ce couteau à pain, se demanda qui pouvait bien l’avoir designé, avant de mourir, n’ayant plus grand-chose à penser de toute façon. Bien entendu, Hekares fut particulièrement heureux, puisque c’était ni plus ni moins la première fois qu’il tuait quelqu’un, ce qui est, convenons-en, une source d’adrénaline inaltérable.
Serge et Ekobën, pour leur part, n’en avaient pas fini. Le tireur adverse avait enfin mis le feu aux poudres, et tirait en direction du carrosse de puissantes rafales de plomb, disloquant celui-ci petit à petit, le véhicule étant en bois. Bien qu’il fut plutôt bon dans le noble art du tir à distance, l’obscurité ambiante l’empêchait de pouvoir ajuster une décharge en plein dans la fenêtre, derrière laquelle se trouvaient, je le rappelle, nos deux lurons. Ceux-ci, eux même, avaient bien du mal à ajuster le petit tonneau de bois et de fer, posé là parmi quelques autres sans que l’on sache pourquoi (pour sur que quelque marchand affairé les auras laissées là le temps d’aller boire un coup dans une proche taverne… En fait, je crois bien qu’on s’en fout. De toute manière, cela aurait très bien pu être, en lieu et place de ces tonneaux, des caisses, des armoires ou encore des hommes troncs, voir des pédopsychiatres), et que le fourbe prenait pour abri. Toutefois, après quelques minutes de farouche autant qu’infertile combat, une flèche miraculeusement ajustée d’Ekobën vint perforer sa clavicule, dans une effusion d’hémoglobine très banale. Le sous-fifre du baron, se sachant perdu, fouilla dans une des nombreuses poches que l’intérieur de sa robe recelait, et en sortit un sifflet. Il aurait très bien pu jongler avec, mais il opta pour une utilisation plus classique de l’objet, puisqu’il pris une grande respiration, et souffla un grand coup. Le bruit terrassa tout le monde, tant il était strident et puissant à la fois. Celui là même qui l’avait utilisé hurla effroyablement fort. Et pour cause. Ses tympans venaient d’imploser, et un sang noirâtre coulait de ses oreilles, le long de ses lobes. Il s’écroula encore plus qu’il ne l’était auparavant, raide mort.
- C’est une vieille technique samouraï, ça ? Je veux dire, se suicider au lieu d’être tué par l’ennemi ?
- J’ai bien peur que non, mon jeune ami.
- Ah, alors c’était sûrement un mélomane, qui voulait une dernière fois dans sa vie entendre…
- Non.
- Ah bon ? Eh bien alors je ne vois pas.
- Cherche.
- …
- …
- …
- Allez, vas-y, je suis sur que tu peux y arriver.
- …
- Tssss…
- Ah ! Mince, je crois que j’ai compris ! Il a alerté ses amis, c’est ça ?
Serge poussa alors un hurlement de joie, un grand bravo adressé à son coéquipier qui devenait décidément de plus en plus intelligent. Il pris dans ses bras, et lui dis à l’oreille que « un jour, tu sera grand, mon fils », les larmes aux yeux, et ce sous les yeux quelque peu intrigués d’Hamely qui n’avait pas bougée depuis le début du combat, et qui avait mal aux oreilles. Toutefois, Ekobën se résolut à casser cette ambiance chaleureuse et emprunte d’une rare émotion, en rappelant ses amis à la raison.
- Euh… Je voudrais pas avoir l’air d’un rabat-joie, vous me connaissez, mais y’aurait comme qui dirait Artanger qui est au sol, là…
- Pardon, je me suis égaré. Son pouls bat-il encore ?
- Ah, ********, on dirait que non… Il est mort !
- C’est-à-dire qu’il y a une tradition qui veut quel l’on prenne le pouls soit au niveau de la carotide, soit au niveau du poignet, mais en aucun cas au niveau des cheveux.
- Ah bon ? J’aurais pourtant juré… Ah ben tiens, vous avez raison, y’a un truc qui bouge au niveau de son poignet !
- Bien… Mais il est gravement blessé, il nous faut trouver quelqu’un de compétent pour le soigner, et ce au plus vite. C’est pourquoi il nous faut nous remettre en route immédiatement.
- Et Druaut ? Il est mort ?
- Non non, je ne suis pas mort, je ne faisais que simuler.
Dit l’intéressé en s’extirpant de sous la carcasse de sa monture.
- Il en faut bien plus pour éliminer un gars de la MPCPR. Mais ils m’ont buté Sarbacane, les enfants de salaud… Tiens, je crois qu’on ferait tout de même mieux de fouiller rapidement leurs cadavres avant de partir.
- OK, je m’en occupe. Mais je vous rappelle que c’est moi le chef, ici.
- Ouais, ouais…
Ils s’apprêtaient donc à chercher des indices confirmant la thèse de Serge quant à la présence des hommes du Baron de la Franche Colombe Musquée en ces lieux sur leurs cadavres, lorsque ils se rendirent compte qu’ils étaient tout simplement encerclés par une dizaine de ces hommes en vert. Ceux-ci s’étaient positionnés dans le plus grand silence, et avaient profité de l’obscurité ambiante pour prendre nos amis par surprise. Un des mécréants, qui était doté d’une casquette de satin vert le différenciant de ses compagnons, s’approcha en direction de Serge et Druaut, qui étaient au niveau de la carcasse de Sarbacane. Puis il le va la main vers le ciel dans un salut des plus martiaux, avant d’engager la conversation sur un ton qui excluait assurément le badinage que l’on sait si cher aux concierges de tous les horizons.
- Vous avez la fille ?
- Ca se pourrait…Mais n’espérez même pas mettre la main dessus.
- Ah bon.
- Oui.
- Vous avez conscience, tout de même, que vous êtes complètement encerclés, là ?
- Oui.
- Bien…
- Eh Mr Serge ! De quelle fille il parle le vilain monsieur ?
- Mais… Chut, Hamely !
- LA VOILA ! EMPAREZ VOUS D’ELLE !
- Ouais, ça va, pas la peine d’utiliser des majuscules comme ça…
Serge se rua en direction d’Hamely, toujours assise derrière la carrosse, et la précipita sur ses épaules, alors que les premières balles de plomb commençaient déjà à fuser. Druaut, à défaut de pouvoir le couvrir, se contenta d’éventrer d’un vif estoc celui qui semblait être le supérieur, avant de lui subtiliser sa casquette, qu’il trouvait à son goût.
Hekares, que la mise à mort qu’il avait effectué plusieurs minutes plus tôt avait rendu hardi, poussa un cri qui n’avait aucun but précis, d’autant plus qu’il muait encore un peu de la voix, ce qui portait plus à rire que ne terrifiait. Il se précipita vers deux soldats qui se tenaient dans le boulevard Métastase Stellaire, effectuant d’amples moulinets, un peu maladroits tout de même, mais l’effet restait saisissant, et n’aurait pas fait tâche dans un film hollywoodien à grand budget. Il frappa celui de gauche avec autant de force qu’il pouvait, mais celui-ci para en dernier recours avec le manche de son fusil, qui se vit sectionné en deux, au grand désarroi de son possesseur qui venait d’en faire l’acquisition. Puis Hekares donna un vigoureux coup d’épaule au malheureux désarmé afin de l’écarter, et d’avoir ainsi le champ livre pour offrir au second l’infime honneur de rentrer dans « le Clan des Coupés en Deux ou Plus Petits Morceaux ». Mais celui-ci avait oublié d’être lent, et déjà pointait son arme à feu en direction de l’estomac de notre bon héros. Il s’apprêtait à presser la détente, quand une flèche se planta dans un grand bruit sec et sinistre au beau milieu de sa cuisse droite. Déconcerté, il baissa le regard juste à temps pour observer un gigantesque couteau à pain le sectionnant en deux parties bien distinctes.
Bien entendu, c’est Ekobën qui avait tiré. Il était fier : cela faisait deux fois qu’il réussissait à démontrer que ses dons d’archer n’avaient rien de risibles, et il commençait, tout comme Hekares, à développer une certaine fierté martiale qui est à la base de bien des dictatures couronnées de succès. Il était resté près d’Artanger inconscient, non pas dans le but de le défendre, car après tout sa vision de l’amitié excluait ce genre de sentiments loyaux, mais tout simplement parce qu’il avait eu la flemme d’aller ailleurs. Apres ce geste héroïques, Hekares acheva celui qu’il avait bousculé juste avant, et les deux compagnons se choisirent d’autres cibles, heureux.
Serge tentait maintenant de s’échapper afin de mettre Hamely en sécurité dans quelque immeuble déserté ou dans quelque boutique mise à sac. Il était désormais couvert par Druaut, qui avait sorti l’immense arbalète à tirs multiples qui pendait auparavant à son dos, et qui tirait carreau sur carreau avec une vitesse proprement hallucinante. L’arme utilisait une grande bande de cuir sur laquelle étaient fixés les munitions, et qui défilaient dans le chargeur à mesure que le soldat émérite tournait une petite manivelle située sur le bas de la machine de guerre. Elle vibrait violemment au fur et à mesure que les tirs partaient, ce qui rendait ceux-ci particulièrement imprécis, mais Druaut semblait maîtriser son sujet, et abattit ainsi maints hommes en verts. Mais pas assez pour que, alors qu’il allait prendre la rue Petit Vase la Potiche Mauve sur la droite, Serge ne reçoive une décharge de plomb brûlant dans la cuisse. Il hurla, trébucha, et Hamely culbuta par-dessus sa tête, allant s’assommer sur le sol goudronné de la rue. Serge hurla à Druaut de venir récupérer la petite, en ces mots, certes évocateurs :
- Druaut, viens récupérer la petite !
Vous voyez ?
- Bien monsieur !
- Barrez vous tous jusqu’au Poste Avancé, je vais les retenir !
- Ouais, c’est un peu facile, quand même, je trouve, de s’attribuer le beau rôle… Moi aussi j’aurais pu me prendre une décharge dans la jambe, et alors c’est moi qui aurait balancé cette réplique !
- Ta gueule ! Cassez vous tous, c’est moi qui reste !
- Ouais, bon, d’accord…
Et le grand dadais pris la frêle fillette dans ses bras, avant de la poser sur ses épaules de manière assez bancale, avant de se remettre à tirer à tout va. Puis il fit signe aux deux autres restés au niveau d’Artanger de se saisir de son corps, et de se ramener le plus vite possible. Ce n’était pas une tâche facile, car le bonhomme avait l’outrecuidance d’allier à sa laideur naturelle un embonpoint l’étant beaucoup moins, fruit de repas improvisés en des heures anarchiquement choisies, et très modérément équilibrés. Mais, alliant leurs efforts, les deux gaillards purent soulever leur ami, et se mirent à courir de concert vers la direction que leur avait indiqué Druaut, qui déjà avait entamé sa course, trois soldats à ses trousses. Serge, lui, s’était relevé, et visait les trois importuns avant qu’ils ne soient trop loin : il put en abattre deux, ce qui est un score honorable, dont il se félicita en se serrant la main à lui-même. Ses amis étaient en sécurité, cela ne faisait plus aucun doute, car le dernier homme en vert à leurs trousses, ne semblait guère doué pour l’athlétisme. C’est donc un sourire satisfait aux lèvres qu’il jeta son arme au sol, et leva les mains : il se rendait.
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Jean Louis Murat, Génie de la Transcendance Musicale Sub-Consensuelle.
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Réponse au Sujet 'Hekares, la quête de quelqu'un qui cherchait quelque chose.' a été posté le : 21/01/04 14:32
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Bon, je viens de me rendre compte que les 3 derniers chapitres forment comme un gros bloc extrêmement déconcertant, alors, hop, je vias les refaire, mais petits patés plus abordables, en tout cas j'espère. Voila. Je vous aime. Et non, c'est pas du flood. Non non. Ola, pas de ça. Non non non.
Chapitre 6 - Du début du Commencement
Des l’ouverture mécanisée des lourds battants formant l’immense porte donnant sur l’intérieur de l’imposante muraille entourant Kaprï la Grande, une odeur épouvantable, mêlant avec une non-subtilité flagrante la ferraille oxydée, le mauvais bois flambant et le corps moisi brûlé à l’excès, vint agacer prodigieusement les délicates narines de nos jeunes et fringants compagnons. Ils se demandèrent, à juste titre, pourquoi elle ne les avait pas atteintes plus tôt, étant donné que les murailles ne formaient pas un dôme au dessus de la ville, ce qui eut été, au choix, ridicule ou précurseur, ou les deux, l’un n’excluant pas l’autre, mais ils ne s’attardèrent pas très longtemps sur la question, en hommes de peu d’érudition qu’ils étaient.
Ils adoptèrent tous des poses sensées être proches de celles de ces fameux militaires Vestotentiens (c'est-à-dire habitant sur la côte du continent Geonasque, situé à l’extrême nord de l’île de l’Occitant, par delà la mer des Dix Déflagrations Pusillanimes Bleues, redoutée pour ses récifs taillés à l’effigie des différents personnages de la Bible Orthodoxe.), les terribles Jih-Haï. En vérité, ils semblaient plus se livrer à une involontaire parodie qu’à autre chose. Seul, le Supérieur Attesté Serge Aid’Ubonthabak, ayant fermé la porte derrière lui (il espérait que l’épouvantail qu’il avait confectionné pour le remplacer suffirait à dissuader les téméraires d’entrer dans la fournaise urbaine, sans guère de conviction toutefois, ne connaissant que trop bien l’attitude aventureuse et regardez-moi-iste des jeunes de son époque…), avançait d’un pas lent et posé, portant un regard quelque peu étonné à ses nouveaux compagnons d’infortune. N’ayant que moyennement confiance en cette bande d’incapables, et on peut certes le comprendre, il sortit son arbalète de précision, un modèle Kasketa flambant neuf, édition spéciale designée à la base pour le Prince Havat’ de Nomipanquie du Sud, mais qui fût commercialisée dans le monde entier lorsque le dit Prince fût éviscéré par un jeune grizzly mâle qui avait confondu le nobliau avec un tronc, et qui tenta donc de se faire les griffes dessus, en jeune fou qu’il était. Le fait est que l’arme était dotée d’une maniabilité lui conférant une totale flexibilité vis à vis de toutes les situations de combat, et d’un chargeur multiple à cadence augmentée monté sur un python à triple axe doublement synchrone, permettant l’expulsion simultanée de la charnière bi-carcérale en si majeur dans l’artère centrale à défaillance occasionnelle péri-matérialisée ; bien entendu, je ne me livre aucunement à une quelconque publicité à l’égard de cette arme exceptionnelle, mais y’a pas à cracher dans le potage, c’est de la bonne. Puis l’homme alla rejoindre les jeunes benêts afin de discuter quelque peu…
Ceux-ci étaient toutefois bien trop occupés à autre chose pour pouvoir entretenir une quelconque conversation avec le sympathique roturier : ils étaient en ce moment même en train de se rendre compte que tout ce que l’on leur avait décrit avec moult effets oratoires convaincants comme étant terrassant de beauté et de technologie était devant eux, mais dans un état quelque peu éloigné de celui qu’ils se figuraient. Tout n’était que feu, sang et chaos, cris pleurs et chants grégoriens braillés au loin par quelques fanatiques d’une religion inconnue qui déclaraient un peu trop tard la fin imminente de notre monde. Plus une échoppe, plus un monument ne ressemblait à quoi que ce soit, sinon à quelque chose qui ne ressemblait à rien. C’est dire si les quatre amis furent puissamment déçus (on entendit Ekobën maugréer entre ses dents jaunes car hygiéniquement négligées que l’on ne l’y reprendrait plus à se faire posséder par ces fichues brochures touristiques dont le petit office du tourisme de son village regorgeait). Mais ils surent faire fi de leurs aigreurs et consentirent avec un rare professionnalisme à parler avec l’homme en noir qui les accompagnait.
- Dites moi, brave homme… Avez-vous idée de où nous pourrions trouver la vilaine bête que nous sommes sensés défaire ?
- Et vous, avec vous la moindre idée de ce qu’est le sens de la rhétorique ? Vous ne trompez personne avec votre langage néo-féodal ressemblant plus à de la parodie qu’à autre chose. Alors cessez l’usage de vos hideuses tournures de phrase et soyez un brin naturel, gamin. Surtout quand on entend votre stupide accent de campagnard arriéré reclus dans sa crasse stupidité…
- Mais…
- Pour répondre à votre question, les derniers renseignements que j’ai reçu…
- Pourquoi vous dites que je fais des phrases laides ?
- … tendent à prouver que le monstre se situerait…
- J’y mets pourtant tout mon cœur !
- Dites, ça vous dérangerait de me laisser parler 30 secondes ? Ne vous apprennent-ils donc pas les bonnes manières, à l’école ? Ah, j’oubliais que vous n’êtes qu’un campagnard…
- Et vous croyez qu’elles sont belles vos phrases ? En plus, c’est même pas vrai que je suis à l’école parce que je suis au lycée, pas vrai Ekobën ?
- Oui, c’est vrai.
- Tiens, dans ton groin, espèce d’éviscérateur d’huîtres mourantes des suites d’un cancer aggravé non traité dans un centre médical digne de ce nom !
- …
Est il vraiment besoin de préciser qu’à ce moment de l’histoire, le bien mal tombé Lieutenant Supérieur Attesté Serge arborait un air parfaitement scandalisé face à l’ampleur totalement démesurée de la stupidité qui émanait de la jeune personne qui lui faisait face ? Non, probablement pas. Aussi ne le ferons nous pas, afin d’épargner au lecteur, impatient et fébrile dans l’attente des prochaines palpitantes tribulations qui s’annoncent d’ores et déjà étant donnée la nature fort chaotique du contexte présent, la lecture d’inutiles lignes que celui-ci parcourrait de toutes façon d’un air désintéressé et de façon tout à fait anecdotique, ce qui, vous me l’avouerez, serait un comble quand on connaît le goût qui est celui de l’auteur pour les histoires à la fois courtes et intenses, au style clair et direct, épuré de toute longueur et de toute ambiguïté, comme l’a d’ailleurs déjà prouvé le début de ce récit (oui, ce n’est que le début…), ce qui ne laisse présager qu’une suite de qualité, au risque de se livrer à une autosatisfaction assez proche de la plus totale immodestie, sans pour autant que cela soit une vérité (que l’auteur soit immodeste, je veux dire) (suivez un peu, s’il vous plait, sinon on va jamais y arriver).
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Réponse au Sujet 'Hekares, la quête de quelqu'un qui cherchait quelque chose.' a été posté le : 21/01/04 14:36
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- Bien. Donc : comme je vous le disais tantôt, le monstre que vous poursuivez, et que je suis forcé de poursuivre par la même occasion, s’est très probablement terré dans le RPS (Réseau Piéton Souterrain) …
- Le quoi ?
- Le RPS (Réseau Piéton Souterrain).
- Hein ? Je ne comprends rien à ce que vous dites, vous ne pouvez pas enlever les parenthèses ?
- Ah ********, excuse-moi, c’est un réflexe. Je voulais dire le Réseau Piéton Souterrain (RPS)
- Ah bah voila, tout de suite, on se comprend mieux ! Et qu’est-ce qui vous fait penser ça ?
- Eh bien c’est de là que sont sortis les derniers zombis, selon mes sources.
- Ah, vous appelez ça des zombis, vous ?
- Oui.
- C’est drôle, nous on est plus « morts-vivants ». Comme quoi…
- Comme quoi ?
- Et si on y allait ?
- Ola, jeune homme ! Du calme ! Nous devons tout d’abord rejoindre le poste avancé établi par mes supérieurs dans le grand immeuble que vous voyez là bas (il pointait du doigt une gigantesque tout de pierre s’élevant au dessus de la cité, à l’autre bout de celle-ci ; c’était un des seuls bâtiments à ne pas encore être en feu) afin d’y prendre matériel et informations.
- Ah. Oui, c’est sûrement une très bonne idée. En fait, c’est ce que j’allais dire, mais vous m’avez coupé la parole.
- Désolé.
Katrin poussa alors, avec une soudaineté si soudaine qu’elle fit tressaillir tout le monde dans des proportions inconcevables, un cri extrêmement strident comme des millions de jeunes filles dans le monde savent les pousser ; l’originalité n’était donc pas au rendez vous, et en plus elle nous avait déjà fait le coup. Toutefois, cette violence sonore était ici fondée, puisque elle était ni plus ni moins sur le point de se faire arracher la carotide par une monstruosité que personne n’avait vu ni entendu arriver, trop absorbés par le passionnante discussion qui avait eu court quelques lignes plus haut que le groupe était. La réaction de Serge fut immédiate : alors que les autres en étaient encore à se demander quel animal était assez énorme pour produire un barrissement aussi atrocement suraigu, il pointa de son arme le crâne du monstre et pressa la détente d’un doigt agile et malicieux, pour autant qu’un doigt puisse être malicieux, ce qui reste à vérifier. Le carreau partit à une vitesse parfaitement impressionnante et alla se ficher entre les deux yeux de la pauvre créature, qui l’avait bien mérité, quand même. Elle mugit encore plus fort que Katrin qui n’avait pas cessé de brailler, et s’affala au sol sans élégance.
- Pour votre gouverne : c’est la tête qu’il faut viser.
- Pff… Je le savais, frimeur, va !
- Ah, mais alors c’était Katrin, qui criait ?
- Oui.
- Aaaah…
La dite Katrin, pour sa part, après avoir mis cinq minutes à se remettre de ses émotions (à remettre son brushing en place, donc), sauta au cou de celui qui l’avait sauvée, et lui minauda une phrase aussi plate que sa poitrine :
- Mon héros ! Vous m’avez sauvé !
- Oui, je suis heureux que vous l’ayez constaté.
Et c’est sur cette réplique emprunte de noblesse et de sagesse ancestrale que Serge repoussa la jeune fille d’un bras protecteur, et se mis en route, sachant pertinemment que les autres le suivraient comme une bande de jeunes chiots. Il avait pertinemment raison.
Au fur et à mesure que la troupe avançait dans les artères enfumés de la ville, ils rencontraient un nombre toujours plus impressionnant de créatures qui avaient autrefois été humaines. Chacun s’en débarrassait de la manière qu’il pouvait : Serge tirait carreau sur carreau avec une dextérité déconcertante, Hekares s’exerçait maladroitement au tranchage de tête sur cible mouvante et non consentante, Ekobën faisait indirectement une publicité exécrable au club de tir à l’arc qu’il avait pour habitude de fréquenter, Artanger fuyait, et Katrin hurlait. Les pauvres monstres, qui n’avaient, au bout du compte, rien demandé au monde, étaient encore vêtus de leurs vêtements, réduits à l’état de lambeaux, ce qui était très inesthétique, comme le signala avec malice le tatillon Ekobën :
- C’est très inesthétique.
- Tu trouves ?
- Oui, définitivement.
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Réponse au Sujet 'Hekares, la quête de quelqu'un qui cherchait quelque chose.' a été posté le : 21/01/04 14:46
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Plus grave, certains gardaient à la main les objets qu’ils tenaient lorsqu’ils se firent semi dévorer par la liquide horreur qui désormais trônait sous terre. Ainsi, le groupe dut parfois se confronter à des laids maniant (avec autant de dextérité qu’un blanquette de veau, certes) bâtons, gourdes, fers à repasser ou encore rênes de cheval (avec même, à l’occasion, le cheval au bout), ce qui s’avérait parfois assez douloureux. Ainsi, Ekobën apprécia modérément d’être battu à coups de hochet par un jeune bambin zombifié, et Hekares encore moins le caisson de pommes avariées et pourries qu’il reçut à la figure.
Un moment, alors que le groupe passait dans une ruelle assez étroite et particulièrement obscure, ils entendirent les pleurs ô combiens émouvants d’un jeune enfant, ou d’une jeune enfante, mais ça se dit pas, le bruit ambiant ne permettant pas de spécifier ce dernier point. L’on se concerta du regard, puis Serge explosa d’un carreau le crâne du pas-tout-à-fait-mort-pas-tout-à-fait-vivant-non-plus (j’aime beaucoup ce groupe nominal. En fait, je suis assez fan de tout ce qui ressemble de près ou de loin à un groupe. Nominal. Oh et puis ********.) qui barrait avec laideur l’entrée du pierreux bâtiment d’où provenaient les braillements puérils, afin que tout le monde puisse rentrer.
- Et tout le monde, on a dit ! Compris, vous deux ? Allez, Artanger, sort de cette poubelle ! Et toi, Katrin, ton camouflage en réverbère aurait presque pu être crédible, si seulement tu n’étais pas aussi grosse. Alors viens !
- Mais… Je suis pas grosse !
- Je sais, mais c’était juste pour t’embêter.
- Ah. C’est pas très gentil.
- Bon, vous venez, oui ?
Et nos compagnons de se glisser donc au sein de l’édifice poisseux, dont la façade décrépie faisait au moins autant envie que le cadavre décomposé d’un hippopotame mâle mort de vieillesse sur un tas de tomates gâtées. Tout le monde avait l’oreille aux aguets et la main en visière, et était sur ses gardes plus que possible. Une odeur de vieux navet au miel parvenait aux jusque aux nez variablement retroussés de nos compagnons, qui tentèrent, mais en vain, de se le boucher (le nez) en retenant leur respiration.
Ils se trouvaient dans ce qui semblait être le hall d’un immeuble modérément important, de style plus roman que gothique, quoique, allez savoir, et, comme déjà dit plus haut, assez prodigieusement laid.
- J’ai localisé les cris de l’enfant, ou de l’enfante, mais ça se dit pas, quand on était dehors : c’est au treizième étage, le dernier donc.
- Ca alors, vous êtes vraiment trrrès intelligent, monsieur Serge.
- Evitez de me caresser le bras comme ça s’il vous plait, mademoiselle…
- Euh… Pardon.
- Allez, montons !
- Non !
- Comment ça, non ?
- Comment ? Ah non, ce n’est pas à vous que je parlais, Mr Serge, c’est juste que Artanger me demandait si je pouvais lui prêter mon arc afin qu’il s’en fasse un collier, mais j’ai peut qu’il le casse.
- …
Le Lieutenant Supérieur Attesté posa alors le pied sur la première marche de l’escalier à la forme circulaire, spiralique diront certains, mais je ne les saluerais pas parce que je suis à peu près certain que c’est eux qui m’ont volé mon casse croûte vendredi dernier. Je vous aurais, bande de pourris. Il pointait son arbalète droit devant lui afin de pouvoir pallier à tout impératif ; il pu ainsi constater un détail quelque peu ennuyeux, surtout étant données les circonstances actuelles : il n’avait plus de carreaux.
Le nigaud avait voulu faire son malin en tirant de ci de là, mais avait au final réussi à écouler tout son stock de munitions, qu’il avait pourtant renouvelé la veille dans une boutique militaire du boulevard St Martin le Typhus, réputé pour être prospère en armes peu chères et de bonne qualité.
Il évita de signifier à ses compagnons ce léger désagrément, et fit comme si de rien n’était ; c'est-à-dire qu’il pointait devant lui une arbalète au chargeur désespérément vide, dans le fol espoir de ne pas se couvrir de ridicule. En vain.
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Jean Louis Murat, Génie de la Transcendance Musicale Sub-Consensuelle.
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Réponse au Sujet 'Hekares, la quête de quelqu'un qui cherchait quelque chose.' a été posté le : 21/01/04 14:52
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Bon, je ferais sûrement ça pour les deux autres... Mais bon, je doute que ça change grand chose. Voila.
- Eh, monsieur, c’est pas pour dire, mais y’a plus de munitions, dans votre machin, là…
- Euh… Mais si, sot, c’est juste qu’elles sont invisibles, afin de mieux surprendre l’ennemi ! Toutes les ruses sont bonnes pour défaire l’adversité, même les plus fourbes ! Ha ha ! (rire gêné)
- Ben oui, Hekares, réfléchit deux secondes : tu crois vraiment qu’un homme aussi intelligent (et si beau) (et si fort) que Mr Serge oublierait de charger son arme ? Pff, t’es vraiment trop bête !
- Ha ha ! (rire gêné, mais à un degré au dessus sur l’échelle du gênage) Cette gamine a raison, mon garçon ! Tu crois vraiment que…
- Oui, bon, ça va.
Mais ça n’allait pas. Sans l’arbalète de Mr Serge, le groupe était livré en pâture à tout un tas de gens que l’on pourrait très certainement qualifier de belliqueux, et ce n’était pas la minable rapière et l’incertain maniement que le militaire avait de celle-ci qui allait arranger les choses : il fallait au plus vite se rendre dans une armurerie (ceci est le quart d’heure tragique et solennel du récit. Merci de prendre les dispositions qui s’imposent dans ce genre de situations.)
Mais pour l’heure, il s’agissait avant tout de trouver le jeune Kapréen qui avait, de ses cris rauques et désemparés, captivé l’ouïe de nos jeunes et moins jeunes compagnons. Serge continua donc de grimper l’escalier, les autres sur ses talons.
Il faisait lourd et chaud dans l’obscurité moite de la cage d’escalier. Ils marchaient parfois dans une flaque de quelque poisseux liquide, et ne voulaient en rien savoir quelle en était la constitution. Bizarrement, ils ne rencontrèrent aucun cadavre, qu’il soit mobile ou inerte, ce qui devait sûrement signifier que Flous’h n’avait pas pénétré dans ce bâtiment. Mais pourquoi, je vous le demande. Non, ne me répondez pas, vous casseriez le suspense. Ceci était certes étonnant, mais pas déplaisant pour autant : après tout, une petite pause ne ferait de mal à personne ; et on en était à planifier un pique-nique dans le cadre ô combien bucolique de cette cage d’escalier pastorale lorsque les cris de l’enfant, ou de l’enfante, mais ça se dit pas, redoublèrent d’intensité. Serge revint à la raison, posa le pain qu’il était en train de couper en deux, et se mis à courir vers le dernier étage. Hekares le suivait de près, rêvant d’un merveilleux sandwich jambon mayonnaise. Les autres, eux, cherchaient une nappe.
Enfin, les deux hommes arrivèrent sur le pallier du treizième étage, pantelants. La porte de laquelle provenaient les hurlements (car c’en était, assurément) était grande ouverte. De fait, les deux gaillards entrèrent, les figures fermes et rudes, pareilles à celles de ces brave trappeurs canadiens qui doivent vivre la nature et tous ses caprices au jour le jour (et qui ne se lavent que très rarement, aussi), armes pointées vers l’avant (Serge s’était enfin décidé à sortir sa rapière, mais gardait l’arbalète dans l’autre ; il ne tenait définitivement pour rien au monde à ce que l’on se moquât de lui).
Ils suivirent un couloir qui aboutissait…
Sur une véritable scène de cauchemar (de l’Art d’Utiliser le Retour à la Ligne). Dans une salle, qui pouvait être le salon (tout comme elle pouvait être une salle de bain, d’ailleurs ; qui peut savoir, avec ces architectures à la fois modernes et audacieuses. A vrai dire, cela aurait même pu être les toilettes, s’il y avait eu une cuvette à l’intérieur, et surtout si les toilettes avaient existé à cette époque), une masse grouillante de monstres tous plus abominables les uns que les autres, et au moins aussi laids que ceux déjà rencontrés auparavant, encombraient inutilement la totalité de l’espace ; ils semblaient tous convoiter du regard un même objet, que nos amis ne pouvaient voir.
- Que faire ?
- Qu’en sais-je ?
- Ben je sais pas, moi, vous êtes sensé être le « pro », ici !
- Je suis sensé rien du tout, c’est toi, gamin, le « Héros Officiel »
- Avez une preuve de ce que vous avancez ?
- Oui, ce badge d’une déconcertante laideur, qui orne stupidement votre bête poitrine, et dont vous semblez tirer quelque autosatisfaction sans guère de raison apparente, en atteste sans équivoque.
- Bah, quelqu’un l’aura placé là sans que je fasse attention…
Mais Serge, las, était déjà parti, l’arme tournoyant au dessus de sa tête, poussant un cri propre à éborgner le plus sourd des muets, les yeux convulsés par la haine et la rage, de la bave coulant sans prestige d’un coin de sa bouche. Il n’était pas content. Quand à dire pourquoi, il s’agit d’un tout autre problème.
Faisant preuve de réflexes rappelant par leur vivacité le tigre farouche, Hekares ne se laissa pas abattre par l’inintérêt total que lui portait l’homme, et s’élança à son tour, la gigantesque épée dont il était équipée tendue droit devant, à bout de bras.
Serge ouvrit les festivités en abattant sèchement la piètre lame de sa rapière de mauvaise qualité au niveau du cou du premier monstre qui se présenta à lui (bien que l’expression fut quelque peu éloignée de la vérité, étant donné que le dit monstre tournait le dos au Lieutenant Supérieur Attesté, toujours intéressé par le mystérieux objet qu’il était). Le sang ne fit preuve d’aucune originalité, et gicla de la façon la plus banale qu’il se puisse ; à peine était il un peu coagulé. Pendant ce temps, l’énorme lame d’Hekares embrochait assez violemment un second mort-vivant. Les stupides horreurs ne semblaient toutefois toujours pas leur accorder quelque importance que ce soit, ce qui avait quelque chose de frustrant. Hekares ne manqua pas de leur faire savoir, d’une vigoureuse décapitation.
Serge, pour sa part, habitué à ce genre de manque de fair-play, se contentait désormais de couper, le plus posément du monde, ci un bras, là une jambe, là encore une tête, et le tout dans une effusion sanguinolente qu’une femme de ménage n’aurait pu que désapprouver virulemment. Ils purent s’en donner à cœur joie sans que personne parmi les parodies humaines qui peuplaient la salle ne trouve que quoi que ce soit à redire. Et ainsi, après quelques minutes de boucherie, plus une de ces grotesques personnages ne tenait debout.
Enfin, ils purent voir ce qui était la source de l’admiration béate et bornée des désormais totalement macchabées : un enfant. Ou plutôt, une enfante, mais ça se dit pas.
L’esprit vif et acéré de Serge fit immédiatement le rapprochement entre les pleurs entendus au dehors et le jeune bambin en larme qui trônait devant ses yeux. Cinq minutes plus tard, Hekares fit le même rapprochement.
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Réponse au Sujet 'Hekares, la quête de quelqu'un qui cherchait quelque chose.' a été posté le : 22/01/04 13:50
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Episode 7 - De et dix qui nous font douze francs, voila madame !
Outre le fait qu’elle était couverte de larmes, on pouvait dire de la fillette que :
1. Elle était « mimi tout plein » (terme technique pour « adorable, appréciable à l’œil et incitant au « pouti pouti » », le « pouti pouti » étant lui-même un terme technique désignant l’action de chatouiller un jeune enfant sans aucunes intentions autres que la manifestation de son admiration et de sa sympathie. Le viol n’est donc pas compris dans le « pouti pouti »). En effet, elle avait de grand yeux bleus particulièrement niais, des nattes blondes qui contrastaient délicieusement avec se jupette rose et ses sandales jaunes, et devait avoir au plus six ans.
2. Rien, en fait, le 1. suffisait amplement tout compte fait.
3. Ecoutez, si le 2. ne servait à rien, vous imaginez bien que le 3. n’a guère plus d’intérêt.
4. Zut !
5. …
Serge aimait beaucoup les enfants Il lui était même arrivé d’en avoir. Mais ceux-ci étaient morts à la naissance (tout comme leur mère, par ailleurs, qui se trouvait être la fiancée du dit Serge, comme le monde est petit) pour de sombres raisons de conditions sanitaires non vérifiées. De fait, il ne s’en était jamais occupé.
Le fait est en tout cas qu’il fut subjugué par l’innocence et la beauté infantile qui émanaient de cet être improbable, et il se rua sur la gamine afin de l’enserrer de ses grands bras vigoureux. Hekares, pour sa part, regardait la scène d’un air neutre et blasé qu’aurait pu aborder un quelconque bovidé en période de grève à la SNCF. La petite fille sembla apprécier l’étreinte, et son visage passa progressivement de la tristesse la plus sinistre à la joie la plus sincère, ou alors c’est qu’elle était une excellente comédienne.
C’est alors seulement que Serge entama un dialogue, de cette catégorie de dialogues totalement convenus mais qui hélas s’imposent toujours dans ces situations dramatiques :
- Dis moi, comment tu t’appelles ?
- Hamely.
- Hamely ? Tu sais que c’est un très joli prénom, ça ?
- Oui, ma maman elle me l’a déjà dit.
- C’est vrai ça ? Et c’est qui, ta maman ? Tu peux me la montrer, s’il te plait ?
- Ben… Ca doit être elle, là…
La jeune fille montrait de son petit doigt boudiné un des cadavres pourris qui traînait au sol.
- Aaaaah… Mais dis moi, qu’est-ce que tu fais ici ?
- Ben j’étais en train de me laver les mains avec ma maman…
(Il semblerait apparemment que c’était bien la salle de bain. Voila au moins un mystère d’éclairci.)
- … quand un grand lapin transparent est entré avec un air vilain dans la cuisine…
(Ah non, en fait…)
- …, et puis il s’est jeté sur maman, et après il l’a mangée, mais pas complètement, et après elle m’a regardé fixement, mais elle me faisait peur parce qu’elle avait presque plus de peau, et puis après papa il est entré, et puis il m’a regardé fixement, comme maman, et puis après y’a les voisins qu’ont tapé à la porte, mais comme papa, qui avait plus de peau non plus, il est pas allé leur ouvrir, eh ben ils ont cassé la porte, et puis après ils sont venus dans la salle de bain…
(Bon, faudrait savoir !)
- … et ils m’ont regardé fixement, un peu comme papa et maman, d’ailleurs, et puis après…
- Oui, merci Hamely, ne parle pas trop, ça a du être véritablement douloureux pour toi… Mais ce lapin, il ne t’a rien fait, à toi ?
- Ah bah si, il m’a fait coucou de la main. Et puis après il est parti.
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Dernière mise à jour par : Kröy le 22/01/04 18:47
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Réponse au Sujet 'Hekares, la quête de quelqu'un qui cherchait quelque chose.' a été posté le : 22/01/04 13:53
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Il y avait là matière à réflexion : pourquoi Flous’h n’avait pas utilisé son incroyable potentiel destructeur à l’encontre de la fillette, alors qu’il l’avait fait pour tous les autres habitants de l’immeuble comme de Kaprï ? Serge n’en savait rien, mais il ordonna à Hamely de grimper sur son dos, provoquant ainsi la folle jalousie d’Hekares, qui lui aussi aurait bien aimé être porté par le viril soldat. Puis ils rejoignirent les autres, après avoir vidé le garde à manger de l’appartement.
Quand ils furent dans le hall, ils trouvèrent Ekobën et Artanger allongés le plus stupidement qu’il se puisse sur une nappe à carreaux rouges posée à même le sol sur le pallier de l’étage en dessous.
- Qu’est-ce que vous faites ?
- On attend que Katrin revienne, elle est allée chercher du bois pour faire un feu.
- Mais c’est qui, elle ?
- Moi, c’est Hamely !
- Bonjour, Hamely, tu sais que c’est un très joli prénom ça ?
- Oui, elle le sait, sa mère lui a déjà dit.
- Ah.
Serge, qui jusque là parlait sur le mode « banalités sans intérêts », eu soudain un choc : comme pouvait on être à ce point stupide pour aller chercher du bois dans une grande ville, en feu qui plus est ?
- Mais… Comment peut on être à ce point stupide pour aller chercher du bois dans une grande ville en feu, en feu qui plus est ?
Oui, c’est ce que je viens de dire.
- Ben j’en sais rien, moi, mais vous inquiétez pas : apparemment, elle a trouvé un type pour l’aider.
- Pardon ?
- Je disais qu’elle a trouvé un type pour l’aider.
- Quel type ?
- Un gars qui est entré au rez-de-chaussée, qui a vu Katrin, et qui l’a prise par le bras. Ils devaient se connaître, parce que sinon, je la connais, elle aurait jamais laissé faire ça.
- Ouais. Mais là, d’un autre côté, il lui a pas trop laissé le choix, vu comment il l’a vite traînée dehors…
- Je suis sur que c’est un de ses anciens petits amis…
- Tu crois ?
- J’en suis sûr… En fait, je crois qu’il avait un peu la tête de Dorian.
- Dorian Rik’Attr ? Celui qui arrêtait pas de martyriser Hekares en sixième ?
- Oui, voila.
- Mais comment c’est possible ? Il est mort il y a 3 ans !
- Ah ouais, ********, c’est lui qui a attrapé le sida, non ?
- Si ! D’ailleurs, tu crois qu’il l’a refilé à Katrin ?
- Ben j’espère autant pas…
- Pourquoi ?
- C’est pas tes affaires !
- Aaah ! Il a fait l’amour avec Katrin ! La honte !
- Ouais, bon, ça va…
- Ouuuuuuh !
Bien entendu, Serge et Hekares (et par voie de conséquence Hamely, qui était toujours sur les épaules du premier) avaient déjà dévalé les escaliers, et sortaient de l’immeuble, pantelants. Mais c’était déjà trop tard : Katrin avait été enlevée…
- Ah, ******** !
- Non mais dites donc !
- Bon, retournons voir ces deux ahuris.
Et ils retournèrent voir ces deux abrutis.
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Dernière mise à jour par : Kröy le 22/01/04 18:49
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