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Sujet : Les médiocres tribulations d'Hekares

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Kröy

Mercenaire du Chaos



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   Réponse au Sujet 'Les médiocres tribulations d'Hekares' a été posté le : 30/03/04 18:14
Une fois que Katrin fut à son tour rentrée, Serge ferma la porte en faisant bien attention à ce que l’on ne le remarque pas. C’était oublier que l’entrée pour le moins rocambolesque de Janine avait signé l’arrêt de mort de cette inoffensive planche de bois (car après tout, si l’on enlève les gonds, qui restent au passage de très bons vecteurs de lien social, une porte n’est qu’une planche de bois vaguement travaillée. Réfléchissez-y bien, vous verrez.) : elle s’écrasa dans le couloir avec fracas, devant les yeux d’une dizaine de soldats débouchant d’un angle droit quelques mètres plus loin.

- Eh, ils sont là !

Trouva utile de préciser le premier des arrivants, avant de s’élancer vers le Bas Commissariat à la… vers la petite salle. Mais notre brave trio, surtout dans sa partie adulte, avait de la ressource : au lieu de rester plantés en plein milieu de la salle, le corps d’un obèse sans attirance particulière au sol, ils avaient enfoncé l’unique fenêtre donnant sur l’extérieur (aucune ne donnait sur l’intérieur) et sauté sur le toit le plus proche.
Ce toit était en fait une petite terrasse surplombant le cinquième étage du Sur-Palais Noblial, ce qui le situait à environ quinze mètres du sol ; c’était haut. Cette terrasse n’avait pas d’utilité particulière, étant dotée d’un intérêt panoramique nul (à part bien sûr pour quiconque aimait admirer les murs de brique rose uniformes et gerbatoires), mais elle était attenante à une autre petite salle, dans laquelle deux personnes de sexe opposés semblaient s’affairer à des choses probablement très instructives, en tout cas bien plus que de remplir des fiches de paye et des certificats de scolarité. Il suffisait d’ailleurs de noter leur teint rougeâtre pour se convaincre que l’on pouvait combiner avec aisance travail et exercice sportif ô combien nécessaire par ces temps d’oisiveté regrettable qui finira bien par nuire à toutes les populations d’ici et d’ailleurs… Enfin, ils forniquaient comme des animaux en rut perpétuel depuis trois jours, quoi. Et l’alerte générale qui retentissait désormais dans tout le Castel ne semblait pas les déranger plus que ça, ou alors ils faisaient montre d’une rare indulgence.
Car oui, désormais le Castel était le fruit d’un gigantesque remue-ménage ; des bruits agressifs de chat enroué à qui on tire la queue multipliés au centuple retentissaient dans cette nuit nouvelle et qui s’annonçait particulièrement fraîche, des haut-parleurs sortis d’on ne sait quel esprit technologiste rugissaient des injonctions haineuses d’un voix suraiguë, celle du Baron bien entendu, et incitaient au meurtre collectif et lâche, et de grands canons giratoires éclairaient les surfaces rosâtres d’une lueur vive alimentée par des feux ardents. Partout, des hommes en robe verte courraient en braillant qui des directives, qui sa lassitude après une journée aussi douloureuse, qui des demandes d’orientations qui n’avaient ici pas lieu d’être.

- Wouaw. Je vais de découvertes en découvertes, moi : non seulement c’est un crétin et un lâche, mais en plus il est aussi organisé qu’un pot de fleur du chaos. Je me demande comment j’ai pu vivre ne serai-ce qu’un an avec ce parfait abruti.
- Oh, moi c’est guère plus glorieux, c’était mon pote, avant…
- Ah, il me semblait bien que vous vous connaissiez d’avant…
- Euh… On devrait pas y aller, vous croyez ?
- Oh, si, sûrement… Bon, je propose qu’on aille emprunter un de leurs machins volants pourris, dans ce petit hangar là bas : on devrait pouvoir l’atteindre par ces passerelles…
- Par contre, après, il faudra qu’on aille rejoindre des amis ; ce serait plutôt incorrect de leur poser un lapin.
- Oh, vous savez, avec un peu de moutarde et des champignons…
- Eh, y’en a qui viennent de rentrer dans la salle !
- Et ********…

La sagesse et l’expérience combinée en la personne du Serge étaient si puissantes qu’un arbre millénaire aurait paru bien puéril à ses côtés ; c’est un peu exagéré, mais comment expliquer alors le fait que Serge ne se jeta pas à travers la baie vitrée pour éviscérer chaque garde à coups du poings ? Peut-être cette phrase de Janine, remarquez.

- N’y penser même pas.
- Rooooh… Bon, alors on se dépêche, et on saute.
- Yep !

Chacun leur tour, Katrin la première et Serge à la fin, se perchèrent sur la balustrade en ivoire ou quelque chose de ce goût ceignant la terrasse inutile. En contrebas de quelques mètres, une passerelle permettait la communication entre une salle du Sur-Palais et ce qui semblait être la caserne militaire, tout aussi impressionnant bâtiment ; elle ne semblait pas encore encombrée, mais cela ne sautait tarder, aussi personne ne se pencha par-dessus les barrières pour jeter un regard admiratif à la ruelle verte de monde juste en dessous. Et il fallait croire que la chance leur souriait (ou alors que Dieu faisait plus qu’être un simple observateur Divin, mais nous nous attarderons sur ce genre de questionnements théologiques plus tard, si vous le voulez bien.), car pour l’instant personne n’avait remarqué leur présente.

- Eh ! Eh, les gars ! Ils sont sur la passerelle « Amours Involontaires » !

Si, tout compte fait. Les soldats là haut avaient investi la terrasse, après avoir vertement réprimandé les forniqueurs insouciants, et n’avaient pas mis longtemps à repérer les fuyards. Des premiers tirs commencèrent à fuser tandis que nos gais compagnons s’élançaient vers l’entrée de la caserne en haletant très fort. Bien entendu, plusieurs hommes tentèrent de leur barrer le passage, et bien entendu ils se retrouvèrent pour la plupart au sol, le visage réduit à l’état d’œuvre d’art contemporaine très suggestive et « représentant une vision très personnelle de la véracité intrinsèque du néant sidéral qui transcende nos corps pour mieux les appréhender », auraient dit de scrupuleux critiques de la profession.


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Kröy

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   Réponse au Sujet 'Les médiocres tribulations d'Hekares' a été posté le : 30/03/04 18:17
L’intérieur de la caserne ne semblait pas différer énormément de celui du Sur-Palais, pour peu que l’on remplace les bureaux administratifs par des salles d’entraînement spécialisées et de cours de théorie militaire appliquée. Seuls, les papiers peints avaient changé, pour passer d’un blanc légèrement mauve à un vert franc et caractériel. Cela restait toutefois très laid.
Bien entendu, l’intérieur était bondé de militaires chevronnés, et passablement désireux d’en découdre. Serge rusa. Car à la ruse, il était passé expert.
Il agrippa Janine par l’épaule et pointa le canon d’un fusil trouvé sur un corps, car après tout ce n’est pas ça qui avait manqué depuis le début de la course poursuite, sur sa tempe, après lui avoir chuchoté à l’oreille sa grossière stratégie. Tout le monde se figea, et on entendait partout des « Non, pas elle, n’importe qui mais pas elle ! », « Il ne lui ferait pas ça ! Pas à Janine ! », ou encore « Quelqu’un aurait vu ma montre ? », bien que cette dernière fut moins fréquente.

- Bon, bande de moules, voilà ce qu’on va faire : vous allez nous laisser passer, moi et cette jeune fille, et moi je promets de pas buter votre grognasse, compris ?
- Eh, vous y allez un peu fort, là…
- C’est parce que j’ai fais cinq ans de théâtre.

Ceci dit en aparté, bien entendu. Sinon la simili prise d’otage aurait beaucoup perdu de sa crédibilité. Le fait est que, usant de ce stratagème convenu, ils réussirent tous trois à traverser l’ensemble du quatrième étage de la caserne, laissant sur leurs traces des chuchotements de terreur et de désapprobation. Mais alors qu’ils étaient sur le point d’atteindre une fenêtre en bout de couloir, un homme qui semblait à la fois moins réfléchi, moins émotif, moins hétérosexuel et plus musclé que ses congénères s’interposa et obstrua la lente progression du groupe.

- Hé, moi j’m’en fous de c’te gourde… Eul’ Baron, il n’s à dit d’te péter la gueule, alors moi j’te pète la gueule.
- Effectivement, exposé comme ça…

Serge eut un mouvement rapide, qui, si l’on le décomposais, pourrait contenir les phases suivantes : déplacement du canon du fusil de la tempe de Janine au crâne du brave homme, pression de la gâchette, retour du canon au niveau de la tempe de Janine.


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   Réponse au Sujet 'Les médiocres tribulations d'Hekares' a été posté le : 01/04/04 20:31
Ah ! Voila encore de très bons passages. Une petite critique toutefois, si j'osais : ça traîne un peu dans le Sur-Palais.
Mais puisque ça nous permet de rire autant... C'est aisément excusable.


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Kröy

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   Réponse au Sujet 'Les médiocres tribulations d'Hekares' a été posté le : 02/04/04 18:00
Je suis tout à fait d'accord avec cette critique, et j'en suis assez contrarié, d'autant plus que je me rends compte au fur et à mesure de ma progression que les situations littéraires vont se faire d emoins en moins palpitantes ; je suis assez déçu, car avec la fin que j'ai prévu, je ne pourrais jamais développer les autres persos que Serge, le Baron, Katrin et Hekares qui sont pourtant, il me semble, plutôt intéressants pour certains... Par exemple, j'aurais bien aimé m'étaler un peu plus sur le duo Maleströnh/José... Mais bon, vu le bourbier littéraire dans lequel je me suis fourré, je doute que cela me soit possible, à moins de... A moins de faire un tome 2. C'est très ambitieux.
Comme disait un très grand instituteur polyglote : "Stakhanov, Stakhanov, gloire à tes doigts, gloire à ton chat, gloire à ton petit papa". Si, il l'a dit. Si. SI !
Bon, en tout cas je vais voir ce que je peux faire, d'autant plus qu'en ce moment je dois encore me dépatouiller avec une scène de baston... Tsss...

Kröy - Palindrome ?


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Recuicuir

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Membre Chaos Elite Troops   Réponse au Sujet 'Les médiocres tribulations d'Hekares' a été posté le : 03/04/04 21:37
ça y est j'ai fini tout ce qu'il y a au dessus, et j'adore, persos niais à souhaits, humour débile à souhait, que demander de plus!

juste une remarque, j'ai un peu l'impression que serge subit l'effet dragon ball et devient de plus en plus fort au fur et à mesure de l'histoire (m'enfin c'est peut être moi qui me plante, hein).


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penser a ne pas oublier

"Ce n’est pas l’homme qui arrête le temps, c’est le temps qui arrête l’homme." Chateaubriand

"on ne va tout de même pas s'empêcher d'être heureux sous prétexte qu'une relation finit toujours mal (et au mieux, par la mort de l'un des protagonistes)." conanounet

"If common sense were a reliable guide, we wouldn't need science in the first place." A.Gefter, New Scientist

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   Réponse au Sujet 'Les médiocres tribulations d'Hekares' a été posté le : 04/04/04 12:56
Non, il ne devient pas plus fort au fur et à mesure de l'histoire, il EST fort. Si tu lis bien, lorsqu'ils progressent dans Kaprï, il est le seul à buter du zombi. Il est aussi très intellignent, et l'intelligence rend fort. Si si. Je peux le dire, l'exament d'entrée à la Milice Préposée au Choses Peu Rationnelles est très très dur, alors c'est rien de dire que Serge n'est pas une branque. Et puis Serge ne balance pas les bras en avant en braillant des cris guerriers dans de grands éclats de lumière.
Oh, et puis l'humour n'est pas si débile que ça. Il est même très subtil, par moment... Bien sûr, ce n'est pas à moi d'en juger.
En tout, félicitations, et merci d'avoir lu ce... machin ? Ouais, machin.

Kröy - Stakhanov !


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   Réponse au Sujet 'Les médiocres tribulations d'Hekares' a été posté le : 17/04/04 21:02
Le corps du prosaïque personnage, délesté de sa tête qui le précédait désormais, bascula par la fenêtre cerclée d'or imité, et alla s'écraser avec grâce en contrebas du bâtiment, libérant çà et là des salves d'hémoglobine sirupeuse très difficile à détacher au lavage, surtout sur du vert. Le bruit d'os brisés qui s'en suivit fut apprécié à sa juste valeur par les personnes présentes sur place, qui hésitèrent à applaudir, mais préférèrent s'abstenir, jugeant pour quelque obscure raison que la situation ne prêtait pas vraiment à ce genre d'exercices. La tête avait pour sa part percuté violemment le torse d'une femme de ménage qui repassait le linge dans le bâtiment adjacent, malheureux coup du sort ; elle ne mourut pas, en tout cas pas sur le coup. Elle succombera quelques minutes plus tard des suites d'un blocage respiratoire prolongé et particulièrement douloureux, auquel ses coéquipières furent forcé d'assister, les larmes au yeux, le chaos ambiant empêchant quiconque de venir les aider. Tout ça pour la petite anecdote, bien entendu ; cette brave combattante de la cause sanitaire n'était en rien liée, par quelque façon que ce soit, avec nos héros, qui pour leur part avaient sauté.
Par la fenêtre. Ou, pour être plus exact, nous dirons que Serge avait, d'un geste toujours plus impressionnant, saisi Katrin par le col, et l'avait balancée brutalement avant de s'élancer à son tour, Janine sous son bras, tandis que les premiers tirs fusaient dans leurs dos, et ruinaient définitivement la décoration et le mobilier qui n'avaient pas besoin de ça.
C'est à exactement trente centimètres du sol que Katrin fut rattrapée par la cheville de la main ferme dont pouvait se vanter notre Serge. Il avait stoppé sa propre chute en enroulant ses jambes autour du cou d'un pauvre hère qui se penchait au balcon d'un étage inférieur pour voir de quoi la situation retournait. Lui eut les vertèbres brisées et le torse encastré dans la rambarde, mais au moins nos compagnons étaient saufs. Katrin hésita à fondre en larme, à hurler de frayeur ou encore à s'évanouir avec panache. Puis elle se lança l'audacieux défi de ne rien faire de cela. Janine était pour sa part plutôt satisfaite de sa promiscuité certaine avec le corps chaud et humide (quel corps ne le serait pas après de telles péripéties ?) de Serge, et aurait volontiers sorti son nécessaire de beauté afin de parfaire son image si elle n'avait pas été la tête à l'envers à quelques centimètres d'un sol qui quelques secondes plus tôt menaçait avec une inquiétante conviction de coller à eux trois une assez monumental baffe, de ce genre de baffe qui tuent des actrices talentueuses pour peu qu'elles soient perpétrés par d'affables chanteurs mondains.
Tout le monde se pressa de remonter sur le balcon qui était désormais décoré d'une bien belle manière par ce corps doublement fracturé, et ne resta pas bien longtemps à l'air libre. La salle attenante à la protubérance de façade servait à l'entraînement au tir sur cible mouvante (personne dans le Castel n'aimait vraiment le poulet...), mais personne ne la fréquentait à cette heure qui commençait à se faire tardive (le rouge sombre de la nuit Argantriite avait déjà investi le territoire dans son intégralité, et il était temps pour nos valeureux soldats de se livrer à des activités autrement plus spirituelles, telles que la lecture d'oeuvres littéraires, la contemplation lascive de tableaux renommés, ou le gobage de flamby. En tout cas, la salle était vide, et c'était tant mieux, parce que ce n'était pas le cas dehors.
Serge pris la parole, du ton à la fois autoritaire et désabusé auquel quiconque le côtoyait était désormais accoutumé.

- Bon, maintenant que nous sommes un peu tranquilles, puisque je doute qu'ils aient pris en compte ne serai-ce que le fait que nous soyons monté sur ce balcon, stupides qu'ils sont, je propose que nous envisagions avec un peu plus de sérieux la suite.
- J'approuve.
- Pareil.
- Bon. Vous avez un endroit où aller, vous ?
- Nan.
- Vous n'avez pas de logis ?
- Si, ce Castel.
- Pas d'amis ?
- Si, dans ce Castel.
- Pas de famille ?
- Si, dans le cimetière attenant à ce Castel.
- Ah, bordel, vous n'avez personne chez qui aller en Occitant ?
- Nan.
- Et vous allez faire comment, alors ?
- Sais pas.
- Je sens gros comme une maison qu'on va devoir vous emmener avec nous...
- Ouais, moi aussi.
- Oh, vous venez avec nous, madame Janine ?
- J'espère.
- C'est pas que ça me pose de problème, au niveau personnel... Vous êtes charmante, et ne semblez pas trop bête...
- Merci du compliment.
- L'ennui, voyez vous, c'est que nous sommes bien parti pour aller faire la peau à Flous'h, enfant illégitime de Dieu et...
- Ouais, je sais... Mais ça m'étonnerait que vous y arriviez, sans vouloir vous décourager. Il est retenu en plein milieu du Réseau Piéton Souterrain de Kaprï, et j'ai de bonnes raisons de penser que c'est infesté de belliqueux, là-bas...
- Oh, vous savez, ce genre de considérations, on a tendance à un peu les négliger, de par chez nous...
- Ah ?
- Oui oui.
- Eh bien dans ce cas, je ne vois pas ce qui m'empêche de me joindre à vous.
- Eh bien, il faudrait au moins que vous nous serviez à quelque chose, j'imagine... C'est pas comme s'il s'agissait d'une randonnée pédestre !
- Euh...
- Oh, vous voila.


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   Réponse au Sujet 'Les médiocres tribulations d'Hekares' a été posté le : 17/04/04 21:04
Le ton mortellement neutre et dénué de toute trace d'émotion autre que la plus profonde lassitude ne put que glacer le sang de Serge, qui en conservait un bien piteux souvenir, et en particulier celui de menaces qui sonnaient comme une condamnation à mort. C'était Gédéon.

- Je dois être super intelligent, parce que je suis le seul à rester dans cette foutue caserne. Tous dehors en train de vous chercher. Sont cons. Ou alors, ça doit être ça : c'est moi qui suis intelligent.
- Oh, je n'en doute pas une seconde.
- Bon, maintenant on ressasse : je crois que j't'avais fais une petite recommandation, à toi, le travelo. Du style, si j'entends encore parler de toi, je t'explose la tronche.
- Oh, vous êtes sûr ?
- Ouais. Or, c'est embêtant comme cas de conscience, parce que figure toi que pas plus tard qu'à l'instant, j'ai entendu parler de toi.
- Non ? C'est impossible, je suis pourtant pas du genre à me faire remarquer...
- Ouais, bah moi je suis du genre à pourrir les petits ********ux dans ton genre. Cocasse, hein ?
- Plutôt, oui... Ouch !

Un premier coup, violent, avait atteint notre Serge au visage ; si violent, pour tout dire, que le petit malin avait reculé sur plusieurs mètres, titubant, sonné, et les pieds un peu plus sur terre désormais. Bien entendu, Katrin n'avait pu s'empêcher de pousser l'habituel cri de stupeur de circonstance, mais Janine, moins portée sur l'étiquette féminine, s'était précipité en avant pour tenter d'empêcher une nouvelle altercation, qui après tout ne ferai que retarder leur fuite ; et celle-ci ne pouvait en rien souffrir ce genre de contretemps.

- Allons, allons, Gédéon, sois sympathique, veux-tu, laisse-nous passer...
- Ben... Vous êtes pas une otage, vous ?
- Qui t'a dit ça ?
- Je sais pas...
- En tout cas, on t'a mal renseigné. Désolée.
- Mais du coup, je peux vous flanquer mon point dans la tronche, alors ?
- Je serais-toi, j'éviterais ; des maux de crânes assez violents pourraient en être les effets secondaires.

Ce n'était pas Janine qui avait eu l'outrecuidance d'énoncer une telle réplique, mais Serge, qui avait usé de la diversion pour se saisir d'une arme traînant dans un coin ; c'était un fusil, bien entendu. Il avait retrouvé toute sa superbe, et était désormais en position de force, car Gédéon, apparemment lui aussi très attaché à son amour propre, avait voulu régler cette situation de la simple puissance symbolique de ses poings vengeurs - bien qu'en l'occurrence ils n'aient pas grand-chose à venger.
Bien sûr, dans une situation parfaitement normale, un long dialogue dans lequel seraient exposés les griefs de chaque parti aurait été de mise, prononcé de voix rauques et mystérieuses, dans une ambiance lourde de menaces sourdes et de haine intériorisée.
Mais Serge était pressé.
Une fois Gédéon au sol, baignant dans une marre de son propre sang (entendez par là qu'il avait été lavé la veille), le trio enjamba le corps et sortit de la salle.
...
Je vous l'accorde, c'est une conclusion très brutale, d'ailleurs je m'excuse d'ores et déjà face aux Syndicats de Défense de la Noble Conclusion, mais je suis très pressé. Et ce lieu commence à devenir très ennuyeux. Ne trouvez pas ? Si.
Dehors, personne n'attendait, aussi étrange que cela put paraître ; et pour cause : un niais avait cru reconnaître le groupe quelque part en dehors du Castel, et tout le monde l'y avait suivi, alors qu'en vérité il ne s'agissait que d'un honnête paysan qui emmenait ses deux filles dans les proches bois afin de les y violer en toute impunité. Peut-on être sot.
C'est donc avec une déconcertante facilité que nos trois amis purent se rendre, sous les précises invectives de dame Janine, jusqu'à l'entrepôt où étaient à juste titre entreposés les différents prototypes de véhicules déjà exposés plus haut. A peine quelques retardataires chanceux leur tinrent tête quelques secondes, l'espace d'une pression de détente en tout et pour tout. La porte du bâtiment n'était pas fermée, personne ne le gardait : voila bien s'il le fallait encore démontrer une parfaite démonstration de l'incompétence organisationnelle du tout Castel.


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   Réponse au Sujet 'Les médiocres tribulations d'Hekares' a été posté le : 19/04/04 18:46
- Oh, je suis déjà venue ici tout à l'heure.
- Ah oui ?
- Tout à fait.
- Bien. Janine... Vous permettez que je vous appelle Janine ?
- Non, appelez moi plutôt Tranche de Pâté, ce sera très bien.
- Tranche de... Bon, si vous y tenez. Alors...
- Mais je plaisante, enfin !
- Ouf, je me disais, qui peut bien aimer le pâté, encore de nos jours ?
- Eh, veuillez modérer votre langage, s'il vous plaît ! J'ai moi-même de très bons amis qui aiment le pâté, et croyez bien qu'ils ne s'en cachent pas pour autant !
- Euh... Vous avez de drôles d'amis, alors... Bon, alors lequel de ces machins nous conseillez vous ?
- Ah ben j'en sais trop rien, je m'y connais moyen en aéronautique, vous savez...
- En Boléroquoi ?
- Ravel ? Quelqu'un a dit Ravel ?
- Non.
- En Aéronautique ; c'est une science, je crois, en tout cas ça s'en rapproche. Celle-ci consiste, mais je peux me tromper, à trouver la façon la plus rapide, la plus majestueuse et la plus onéreuse d'atteindre des destinations qui la plupart du temps n'ont qu'un intérêt parfaitement nul.
- C'est un peu comme la prise de drogue, en fait.
- Un peu.
- Et ce serait cette chose qui régirait les mécaniques pérégrinations de ces choses qui sans doute auraient été impressionnantes si elles n'avaient pas été recouvertes d'une épaisse couche de poussière grisâtre qui, bien au contraire de ce genre de poussières qui offrent un visage de sagesse et de noble ancienneté, semble poisseuse et puante ?
- Oui da.
- Et donc, vous n'y connaissez rien.
- C'est cela même.
- Katrin, par le plus grand des hasards...
- Oui ?
- Non, laisse tomber, tu peux continuer à lire ton bouquin...
- Bon, alors on fait comment ?
- Ben maintenant que j'y pense, le gros truc que j'ai réussi à faire écraser dans les parages était un peu similaire à ces bidules en plastique et en ferraille... Je dois pouvoir réussir à me dépatouiller...
- Espérons.

Ce problème étant réglé, plus ou moins, Serge s'intéressa à Katrin, qui lisait dans son coin.

- C'est quoi, ce que tu lis ?
- Ca s'appelle le Manuel d'Irrationalisme Appliqué. C'est très bien écrit.
- Et ce gant ? Tu ne l'avais pas, à Kaprï, je me trompe ?
- Nan, je l'ai emprunté à Adam. C'est un Irrationnalisateur, je crois. J'espère qu'il m'en voudra pas trop...
- Oh, non, il est pas rancunier, l'Adam.
- Ah si si, je peux confirmer, et...
- Non non. Bon, lequel on choisit, alors ?
- J'aime bien celui-là, personnellement...
- " Crache le Feu " ? C'est grotesque. Mais bon, si tu y tiens... Allez, va pour le Crache le Feu !

Janine alla ouvrir le fin panneau de métal qui obstruait tout professionnellement la sortie du hangar, avant d'aller rejoindre Serge et Katrin, le premier s'affairant à faire démarrer la bête, la seconde se contentant de s'installer avec une féline bonhomie.


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"Oh. Je veux dire : Oh."
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   Réponse au Sujet 'Les médiocres tribulations d'Hekares' a été posté le : 19/04/04 18:49
- Ca marche comment, ce machin ?
- Oh, par un simple procédé de combustion instantanée réalisée à l'aide d'un ensemble de poudre et de gaz plus ou moins... ben, combustibles ; enfin rien de très combusti... euh, compliqué.
- Oui, mais ces trucs, là, gaz et poudres, ils sont dedans ?
- Probablement pas.
- Et comment sommes nous censé décoller, alors ?
- En battant très fort des bras et en y croyant très fort.
- ...
- Bon, d'accord, je n'en ai aucune idée...
- Eh, regardez ce que j'ai trouvé à " Combustion ", dans mon Manuel d'Irrationalisme Appliqué, qui est définitivement très bien ! " Combustion Légère à Surpuissante de l'Irrationnel sans Préparation Chimique Préalable ", ça à l'air pas mal !
- Oh, oui, ça à l'air très bien. Et comment ça marche ?
- Ben, attendez...

Katrin se mit à l'ouvrage, trop fière d'avoir enfin acquis une compétence que ses pairs ne maîtrisaient pas. Afin de réaliser l'effet voulu, il fallait tout d'abord donner les propriétés physiques d'un explosif puissant au liquide (Katrin en avait subtilisé un plein flacon lors de sa fuite) ; heureusement, elles étaient toutes listées, car Katrin n'avait pour ainsi dire jamais suivi le moindre cours de Physique Chimie au cours de sa scolarité. Il fallait ensuite donner une contenance au produit afin qu'il ne s'étale pas inélégamment dans le fond du moteur ; Katrin était très loin d'avoir le niveau requis aux improvisations esthétiques, aussi se contenta-t-elle de suivre l'exemple donné, et d'offrir à l'Irrationnel un aspect de poudre noire tout à fait banale. Ceci fait, il fallait donner au tout un temps d'activation, car il aurait été malvenu de le voir s'enflammer sur la main certain gantée mais pas moins délicate de notre belle Katrin ; on opta pour un compte à rebours de trois minutes.

- Trois minutes, on a trois minutes pour amener le Crache le Feu devant la sortie du hangar !
- OK, ce sera fait.

Ce fut fait en deux. Mais alors, un problème relativement crucial se posa : il n'y avait que deux places.

- Ben oui, logique, une pour le conducteur et une pour le co-pilote.
- Et vous pouviez pas le dire plus tôt ?
- Bah, on va bien pouvoir s'arranger.

Il fallut bien, effectivement ; on réussi à caser Janine entre les jambes de Katrin, à qui la place faisait déjà défaut. Mais le contexte présent ne permettait pas la moindre plainte quant au confort de tel ou tel siège.
Mais quand-même, ça faisait très mal.

- Plus que vingt secondes !
- Dix-neuf !
- Dix-huit !
- Dix-sept !
- Bon, vos gueules !
- N'importe quoi, après dix-sept, c'est seize !
- La ferme !
- Quatorze !
- Eh, on en était à seize !
- Oui, mais plus de deux secondes ont passées entre...
- Dix !
- Oh, tu me laisses finir ma phrase, oui ?
- Je sais pas. Huit.
- Sept.
- Pffff...
- Non, pas pfff...
- Chut !
- Et après un ?
- Boum !
- Qui a dit Boum !
- Lui.
- Lui ?
- Lui.


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   Réponse au Sujet 'Les médiocres tribulations d'Hekares' a été posté le : 19/04/04 18:51
Chapitre 11 - De gaies retrouvailles, et de chapitres trop longs.

- Bon, c'est juste là.

Le groupe, placé sous les ordres avisés de la belle Mélyne, avait parcouru les rues obscures de Kaprï, baignées d'une rouge chaleur, recouvertes de cadavres difformes, d'un pas régulier et sûr de soi, car la confiance était là, il fallait bien le dire. Après tout, plus on est de fous (oh, et même de sensés, vous savez...), moins on a de problèmes de prostates instantanés ; et pour le coup, ils étaient nombreux, les fous, et plus nombreux encore, les sensés. Hekares et son couteau à pain disproportionné, Ekobën et son arc peint de rose, Hamely et sa parfaite inutilité, Druaut et son mètre quatre-vingt dix-neuf (et accessoirement son arbalète de précision), José et son esprit pragmatique, Maleströnh et son absence totale d'émotions autre que l'ennui le plus profond, Ekelienne et ses outils pour le moins indispensables, et enfin Maylorii, et sa maternal-atituuuude indéniable. Ils avaient l'air fiers.
Ils avaient l'air bête, oui.

- C'est juste là quoi ?
- Le marchand de chaussure, crétin.
- Ah, bah ça tombe bien, fig...
- Je te conseilles, en toute amitié, car oui, tu es mon ami, José, je te conseilles de fermer cordialement ta gueule. Vraiment.
- Oh. Bien.
- Alors, l'entrée est juste derrière cet immeuble ? Et il y a du monde pour la garder ?

Mélyne pencha silencieusement sa tête par delà l'angle de l'immeuble rénové devant lequel la troupe s'était arrêtée.

- J'en compte dix-huit, et un petit malin perché sur le toit d'un immeuble en face.
- Ca fait beaucoup, quand même.
- Mais naaan, allez, viens gamin, nous...
- José ?
- Oui ?
- J'ai cru avoir dis quelque chose. Mais peut-être me trompes-je ?
- Non. Pas du tout. C'est même tout le contraire.
- Je pourrais commencer par m'occuper de celui en hauteur, vous ne croyez pas ?
- Ca te ferais plaisir, hein ?
- Absolument pas. C'est tout à fait professionnel.
- Allez, va, fais-toi plaisir...

Le trait de Maleströnh fila dans la nuit, parut trancher l'obscurité rougeoyante en deux, avant de se ficher dans la gorge de sa cibles ; celle buvait un café au rebord d'une fenêtre d'un immeuble voisin, et se trouvait être sensé donner l'alarme en cas de danger. Il fallait croire que c'était raté.

- Bien. Bravo pour cette énième démonstration de technique arbalestrière, bien que j'ai dans l'esprit que l'on eût pu s'en passer. Mais merci quand même.
- Tout le plaisir est pour moi...
- Bon, ça ne nous avance pas vraiment, et, sans vouloir être défaitiste, je vois mal comment nous allons faire, malgré notre nombre, pour passer à travers ça.
- Il faudrait élaborer un plan.
- Tiens, quelle bonne idée, un plan... Je dois avouer que je n'y aurais pas pensé !
- Peut-être qu'ils seront impressionnés par mon statut de Héros Officiel ; vous savez, j'ai là un très beau badge qui indique que...
- Oh non, je ne pense pas que ce soit VRAIMENT une bonne idée.
- Ca avait au moins le mérite d'en être une, d'idée.
- Certes.

(Il existe chez certains écrivains dont la prime qualité est d'être talentueux cette peur indomptable, omniprésente, terrifiante : la peur du Dialogue Creux. Il faut croire que le présent auteur n'est pas un auteur talentueux.)

- Il faut croire, ouais...
- Hein ?
- Non, rien. Bon, quelqu'un a quelque chose d'intelligent à proposer, là, maintenant, tout de suite ?
- On pourrait... Se transformer en huîtres géantes du chaos, afin d'attirer leur attention, puis s'envoler très haut, leur lâcher de petites bombes à fragmentation sur la tête, et creuser un tunnel pour rejoindre un autre tunnel qui lui même rejoins le Réseau Piéton Souterrain ? Par exemple ?
- Par exemple.
- Rooh, si t'es pas contente, tu n'as qu'a en proposer, toi, des plans !
- Ah oui ?
- Ouais.
- D'accord...
- ...
- Mhhh...
- ...
- ...
- J'attends.
- Chut !
- ...
- ...
- Eh, regardez !


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   Réponse au Sujet 'Les médiocres tribulations d'Hekares' a été posté le : 20/04/04 20:19
Dans le ciel rougeâtre, une forme effilée s'approchait dangereusement de l'emplacement qu'occupait la troupe. Ce n'était pas un météorite ; les météorites ont le bon goût de dispenser une lueur mystérieuse et agréable à l'œil, et de ne pas émettre des sons tels que " Aaaaah, comment on arrête ce truc ", ou " Je crois que c'est eux, là bas ". Et puis, les météorites, après tout, qu'est-ce que c'est ? Un morceau d'étoile à qui il vient la vague idée que, rien que pour déconner, il pourrait se laisser tomber tendrement sur une planète rigolote afin d'y creuser un petit trou qui vantera, toute une existence durant, la génie qui caractérise ses idées. Alors qu'en fait, plein d'autres petits bouts d'étoiles l'ont déjà fait auparavant sans se vanter plus que ça.
Or, aux dernières nouvelles, il n'y avait toujours pas d'étoiles dans l'espace plus ou moins sidéral bordant l'Argantrèss.
Donc, non, ce n'était pas un météorite. Non, pas un lave-linge automatique non plus. C'était le prestigieux Crache le Feu. Et à son bord, trois incompétents.

- Qu'est-ce que ça peut bien être ?
- Je sais pas, un lave-linge automatique ?
- En tout cas, ça vient droit sur nous...
- Non, moi je trouve que ça va droit sur eux, plutôt...

Dit Hekares avec satisfaction ; après tout, poser des phrases dîtes Marteau, c'est à dire de celles lourdes de sens qui inspirent à chaque fois qu'on les prononce une infinie sagesse et un respect éternel, poser ce genre de phrases, disais-je, ne lui était pas un exercice coutumier. Il y eut l'effet escompté.

- Oh, mais ce gamin a raison, il fonce droit sur l'entrée du Réseau Piéton Souterrain ! Ca c'est un plan !
- Quel plan ?
- Eh bien, on attends ce machin s'écrase, et on profite du bordel occasionné pour leur en foutre plein la tronche !
- Oh, c'est exposé siiiii poétiquement que je ne peux qu'approuver... Vraiment, José, que ne vous êtes vous consacré à la plume plutôt qu'à l'épée ?
- La hache, m'dame Mélyne, la hache...
- Bon, eh bien puisque rien de mieux ne semble se présenter, et que cette chose semble à tout prix vouloir s'écraser ici, on va faire comme ça. Ekelienne, tu t'occuperas d'Hamely, je ne tiens pas trop...
- Dans ce cas, je reste ici aussi.
- Hmm... Bien, alors Ekelienne, tu t'occuperas d'Hamely Et de Maylorii, José se fera, je n'en doute pas, un plaisir de partir à l'avant...
- Dans ce cas, le gamin viens avec moi.
- Hmm... L'insubordination, ça vous parle ?
- Pas plus que ça, non.
- OK. Alors José ET Hekares iront taillader à l'avant, et puis nous, eh bien... pfff... On les couvre, je vois pas quoi d'autre...

Mélyne, dont la haute fonction semblait faire montre de ses premières limites, vit d'un œil morne un engin très étrange s'approcher à une vitesse inconcevable de la rue du Bord de Mer Fleuri. A son bord, Serge n'avait pas l'air d'accorder beaucoup de crédit à l'adage qui voulait que " Quiconque utilise la corbeille à pain, sait comment qu'on utilise la corbeille à pain " (oui, c'est un adage très ancien, un adage de ces temps reculés où le couteau à pain venait à peine d'être maîtrisé par l'humanité, et où, l'Innovation continuant son bonhomme de chemin sur la route de l'Inutilité, la corbeille faisait timidement son apparition) ; Katrin et Janine, pour leur part, étaient en proie à la plus grande et la plus incontrôlable panique, et elles avaient beau se serrer très fort dans les bras de l'autre, elles tremblaient comme le slip étendu dans le jardin un soir de tempête thermonucléaire.


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Etait aussi remarquable une impressionnante traînée de feu pas franchement naturel à l'arrière du véhicule, dû à un mauvais dosage que l'on expliquera par un manque d'expérience certain, mais regrettable. Pas de doute, ça attendait le moindre prétexte pour faire boum.
Aussi, dans un esprit de conservation tout humain, Serge hurla, alors que le Crache le Feu était à quelques mètres du sol.

- Sautez !

Il s'exécuta avec style, et roula sur le sol dallé avant de se relever, les bras écarté avec une gymnique prestance, face à un bon nombre d'hommes dont il partageait pour l'instant la garde robe (il n'avait pas trouvé le temps d'ôter cette robe d'un vert immonde). A son grand désarroi, aucune ovation ne vint célébrer cet exploit, pas même les éructations assourdissante d'un quelconque speaker.
Ce fut plus difficile et certes moins esthétique du côté féminin de l'équipage : les deux femmes partageant le même poste exigu, il fallut se dépêtrer dans l'empressement, et Janine, qui fut la première à sauter, se pris les jambes dans celles de la jeune fille, ratant ainsi complètement sa sortie ; elle atterrit sur le crâne. Heureusement, le vaisseau n'était alors qu'à un mètre ou deux du sol, et le suivais désormais parallèlement, fonçant droit sur les hommes du garde du Baron qui commençait à peine à paniquer. Elle trouva tout de même assez de logique pour sombrer dans l'inconscience, car c'est ainsi qu'une femme de bonne éducation doit faire. " S'évanouir est un art de vivre ", disait Platon, lorsqu'il ne jouait pas à cache-cache avec ses amis philosophes.
Katrin, enfin, ferma les yeux et se laissa basculer par dessus bord en poussant un petit cri. Un petit cri, parce que le Crache le Feu venait de toucher le sol, et sa chute ne dura qu'un centième de seconde. Sinon, il aurait bien duré plus longtemps, mais là, non. Elle se réceptionna sur le dos, et roula sans grâce sur plusieurs mètres. Avant même qu'elle n'ai pu se relever, une déflagration conséquente retentissait, et deux hommes vêtus de noir se ruaient dans sa direction. Elle hésita à elle aussi s'évanouir, car après tout c'était très chic de s'évanouir même en l'absence de choc, mais se ravisa ; c'était fini, ces âneries, le temps n'était plus au badinage. Elle avait la ferme intention d'imposer dès maintenant son nouvel état d'esprit, et c'est un sourire méchant au lèvres qu'elle se leva complètement, le gant pointé fermement vers l'avant.
La scène relevait, déjà, du véritable carnage : l'explosion du Crache le Feu (le bien nommé) avait été pour le moins violente, et plusieurs soldats peu dégourdis n'avaient pu se soustraire à ses flammes vengeresses ; ils occupaient désormais des lieux épars de la rue, répandant çà une jambe, là un bras, là encore un ventricule. De plus, des projectiles enflammés issus du véhicules, comme des morceaux de la coque ou des parties de l'ingénieux moteur caché en son sein, avaient atteint les fenêtres d'appartements voisins, provoquant de nouveaux incendies là où d'autres avaient à peine cessé ; des cris, enfin, survenaient de toutes parts.
Hekares suivait avec peine le pas pesant mais rapide du redoutable José. Il lui avait expliqué, lors de leur longue marche dans Kaprï, l'importance du cri de guerre dans le conflit armé. Du coup, il avait bien réfléchi, afin d'en élaborer un correct. Ce fut tout d'abord " Prends garde, personnage malfaisant, je m'en vais t'occire sur le champ du la lame vengeresse qu'en mes mains j'étreint ". José avait trouvé ça un petit peu trop long et pas à proprement parler agressif, ce qui était tout de même la fonction première de ce type d'exclamations. Il s'était alors fixé sur quelque chose d'autre...

- Que leurs tripes soient rôties par les flammes de l'enfer !

C'était en net progrès. José délivra le sien, plutôt satisfait des efforts de son jeune élève.

- Bouffe-leur les couilles !

Cet ultime démonstration de son sens du vers effectuée, il leva haut sa hache et trancha une première tête.


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Serge tirait l'esthéticienne de son cœur (oui, il s'était lui aussi amouraché de Janine depuis sa première baffe, mais pour rien au monde il ne l'aurait laissé paraître. Enfin, pas pour l'instant.) par sous les bras derrière l'immeuble qui servait d'abri à Mélyne et aux autre pleutres. Il la posa contre un mur, et la laissa au bons soins d'Ekelienne, qui dut à contrecœur cesser de jouer à la corde à sauter avec Hamely et Maylorii. Puis il tapota l'épaule de Mélyne, qui était pour l'heure très concentrée sur une foule de bonhommes en vert qu'elle arrosait d'une pluie de carreaux.

- Ah, Serge.
- Salut Mé. Paraît qu'c'est toi qu'as l'commandement ?
- Ouais.
- J'peux faire quelque chose ?
- Nan, j'pense que ça ira...
- Bien.

Mélyne retourna à ses occupations, qui consistait toujours à planter un maximum de petits trucs pointus dans les machins verts qui courent là bas sans toucher les deux seuls crétins à utiliser encore de nos jours des armes de corps à corps. Ah, et aussi la jeune fille plutôt mignonne qui fait des trucs bizarres avec ses mains tout en tenant un gros bouquin dans l'autre. Le jeu se compliquait.
Druaut se retourna.

- Ah, Sergent Attesté Serge. Alors, sympa, chez le Baron ?
- Boârf, la déco est un peu crade, mais c'est sympa, ça se laisse habiter...
- Ah bon. Eh bien, j'y retourne, hein !

Serge ne trouva pas utile de signaler son arrivée à Ekobën, puisque celle-ci ne semblait susciter chez ses pairs qu'une euphorie limité. Il retourna auprès de Janine, qui commençait à peine à se réveiller.
Ekelienne lui avait concocté une boisson, qui en vérité ne consistait qu'en de l'eau mêlée à une pincée de sucre, mais qui faisait toujours effet dans ce genre de situations. L'esthéticienne la bu faiblement, comme il convenait de faire lorsque l'on sort des méandres obscures du sommeil forcé. Puis elle jeta un regard vague, signe convenu encore du post-coma, sur le visage fermé de Serge qui s'était agenouillé en face d'elle.

- Vous allez bien ?
- Ouuuiiii...

Répondit-elle d'une voix chevrotante, puisque c'est ainsi que... Oui, vous avez compris.
Soudain ! Un trait rapide comme la chute des cheveux se matérialisa dans l'air et vint se ficher juste au dessus de l'épaule de Janine.

- ********, un sniper !

Il repoussa Ekelienne et Janine sur le côté et les enjoignit d'aller retrouver Maylorii et la petite Hamely, qui jouaient dans le hall d'un immeuble. Le tireur était embusqué dans un immeuble qui faisait face à celui dont se servait le groupe pour s'abriter et couvrir Hekares et son maître à penser. Le fourbe était donc admirablement bien placé pour descendre un à un ceux-là même qui jouaient à la chasse au canard avec ses petits camarades.
Un second trait transperça l'air pollué séparant les deux immeubles, qui manqua de peux la tête de Serge. Plutôt contrarié qu'on ne lui laisse pas le premier mot, celui-ci pointa le canon de son arme vers la petite fenêtre haute perchée. Il pressa sur la détente, et constata que le feu permettant la déflagration s'était éteint. De dépit, il projeta le fusil vers son adversaire, qui ajustait un troisième tir.
Le hasard passa par là, et trouva dans cette situation matière à faire sa propre promotion : l'arme retomba dans une poubelle enflammée, embrasant ainsi la poudra contenue par son canon. La déflagration propulsa avec violence l'objet en direction de la fenêtre, où le veule personnage ajustait un troisième tir, qui aurait probablement été meurtrier, si une crosse en bois de mauvaise qualité ne lui avait percuté la mâchoire, lui séparant ainsi le visage (qu'il avait fort laid, au passage) en deux parties bien distinctes, et répandant sur les murs de la petite chambre de bonne qui lui avait servi d'abri une giclée de sang longiligne du plus bel effet, car contrastant à merveille avec le jaune du papier peint.
Le hasard eut un sourire satisfait, déposa sa carte sur le sol encrassé de la rue, et s'en alla d'un pas bonhomme.


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Serge fut lui même assez satisfait, et ne manqua pas de le faire savoir à… personne en particulier : il posa dans un geste héroïquement provocateur ses poings sur ses côtes, et arbora un sourire mystérieux. Puis il jugea qu’il n’était pas nécessaire de rester comme ça très longtemps. De ce fait, il s’en retourna auprès des jeunes femmes qui s’étaient, selon tout logique, réfugiée dans un proche immeuble, mais qui en fait jouaient à cache-cache.

- Ce n’est pas une attitude digne de jeunes femmes de ce rang.

Pensa Serge.
Katrin, elle, en était à la phase cinq de la manipulation initiée quelques minutes plus tôt, et dont tout effet de surprise avait disparu. Normal, puisqu’elle s’attaquait ici à un gros morceau, en tout cas bien trop gros pour elle.
La Quintessence Flagellatrice des Sept-Cent Paléontologues Aigris. Le nom lui avait paru amusant, et son effet pour le moins dévastateur. Seulement, si elle avait tourné les pages suivantes, écrites en tout petit petit (oh, du Times New Roman taille six grand max.), elle aurait pu constater qu’il s’agissait de la passe la plus longue de tout l’ouvrage, qu’elle nécessitait des connaissances physiques relevant de l’ingénierie, qu’elle émettait sur le corps de vibrations malsaines pouvant provoquer le cancer voir la pulvérisation instantanée de certains organes plus ou moins vitaux, qu’elle était très déconseillé aux femmes enceintes et aux puéricultrices (elle n’était bien heureusement rien de cela), qu’il était rare de s’en sortir vivant sans beaucoup de chance, qu’il était interdit aux enfants de moins de 12 ans ( - 12, indiquait très symboliquement une petite pastille accolée à la préparation de la dite passe), et que de toute façon, la pratiquer avant d’avoir atteint le statut de Maître Irrationaliste Confirmé relevait de suicide pur et simple.
Mais, justement, elle ne les avait pas tournées, les autres pages. Et de toute façon, elle s’en foutait royalement, notre Katrin, car aucun sacrifice n’est vain quand il s’agit de prouver à ceux qui, durant des années, vous ont pris pour une incapable (à juste titre, certes), que vous êtes en fait… eh bien, tout à fait capable.
Hekares, lui, apprenait le métier, et tailladait sévère. Oh, bien sûr, il était encore très loin de mériter le qualificatif de bon combattant ; pas même de combattant, à bien y réfléchir. Mais l’enthousiasme dont il faisait preuve lorsqu’il courrait avec force ridicule derrière les soldats en fuite car littéralement morts de rire, l’épée tournoyant quelques centimètres au dessus de sa tête, poussant des cris qui auraient eu bien du mal à effrayer un chaton avec un petit nœud rouge sur la tête, ne pouvait que démontrer une Détermination qui, plus tard, laisserait place à la Compétence. José le regardait, amusé. Puis ouvrait un crâne. Puis le regardait encore, de nouveau amusé. C’était vraiment très drôle.
Bien entendu, la discrétion n’ayant été que très moyennement de mise au cours de cette… oui, tuerie, n’ayons pas peur des mots, de nouveaux soldats sortaient des tunnels du RPS, arborant des visages fermés comme il convenait de le faire lorsque l’on arrivait sur un champ de bataille, mais il fallait croire qu’ils étaient à des années lumières de pouvoir luter contre la stupide ténacité (à moins que ce ne soit la tenace stupidité) de José, qui avait une fâcheuse tendance à refuser toute blessure autre que causée par ses soins.
Bientôt, enfin, le flot des hommes en robes vertes vomi par les cavités sub-aglomératives (bien sûr que ce mot existe : je l’ai vu pas plus tard qu’hier dans mon abécédaire) s’étouffa ; et c’est ce moment que choisit Katrin pour perturber les lois fondamentales de la Logique des Choses, en concluant une manipulation Irrationaliste de niveau K (les passes du Manuel d’Irrationalisme Appliqué s’échelonnant de A à K, avec tout un système extrêmement compliqué et passablement inutile de – et de +, et même de virgules cinq).


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Je pense maintenant être dans la possibilité d’exposer à vos yeux comme qui dirait ébahis la teneur de cette complexe manipulation cristo-liquide (aucun rapport avec Jésus) : élaborée par un professeur d’Université localisée en Uku, dont le nom, Alphonse Midais, n’évoque pas grand chose à part le mouvement circulaire de deux grandes ailes de toiles brassant l’air à défaut d’autre choses dans le but évident de se faire remarquer, la Quintessence Flagellatrice des Sept-Cent Paléontologues Aigris consistait en une gigantesque bourrasque de vent, au dessus de tout ce qu’un monde aura pu connaître en matière de ventilation MÊME en période de Big Bang, dont l’air était essentiellement constitué de chaleur écrasante, d’odeur de renfermé et d’acide chlorhydrique. C’est ce qui expliquait les impensables compétences chimico-physique en principe requises pour l’élaboration d’un tel machin. Katrin, elle, ne savait rien de tout ça, et s’était contentée de « bouger les doigts comme c’est écrit », selon ses propres mots.
Car en vérité, peut-on véritablement considérer comme compliquée un simple emmêlement de doigts vaguement organisé ? Non. Cessons là toute sacralisation de tel ou tel exercice ; rien n’est infaisable à l’homme, sinon tout ce qui relève de la paléontologie (parce que la paléontologie, c’est quand même super compliqué). Oui ! n’importe qui peut peindre une vague impression de soleil levant, oui ! n’importe quel crétin sans verve peut rédiger les piteuses tribulations d’attardés orphelins et de prostituées vertueuses, et je suis moi-même assez sur que je me dé********rais pas trop mal avec une tourneuse-fraiseuse.
Mais quand même, gloire aux paléontologues.
Le liquide bleuâtre et inconsistant, ainsi changé en une furieuse déflagration venteuse, s’échappa de la paume adolescente qu’était celle de Katrin, et se précipita avec brusquerie en direction de l’entrée Rotule Clinquante, d’où, je rappelle, plus personne n’avait l’intention de sortir.
En d’autres termes : la jeune fille venait de réaliser une des manipulations les plus complexes depuis la découverte de l’Irrationnel par Kah’Ioü Beharne Aise pour un résultait parfaitement, irrémédiablement, implacablement nul. Elle haussa les épaules, et s’en retourna auprès du groupe, auquel s’étaient joins Hekares et José, tous deux ravis.
L’ambiance était celle de gaies retrouvailles, on se donnait de grandes claques dans le dos, on se faisait la bise, on se disait qu’on avait grandi depuis le dernière fois alors qu’on s’était séparé quelques heures plus tôt, on riait, on était sur le point de chanter, c’était très gai. Serge avait présenté Janine à l’ensemble de la compagnie, alors que déjà, certaines affinités féminines c’étaient créées, tant on sait la fascination qu’éprouve une majeure partie des femmes pour ces héroïnes de la bio-cosmétique, ces combattantes de la ride rebelle, ces cavalières du saint tube de mascara.

- Mais vous avez pas ramené Katrin, monsieur Serge ? Et elle, là, qui c’est ? Elle est super jolie…
- Cherche.
- …
- …
- …
- …
- Oh, ********, me dis pas que…
- Attends, tu veux dire que…
- Katrin !
- Belle !
- Katrin !
- Belle !
- Katrin !
- Beeeeelle !
- Ouais, bon ça va, j’vais rougir…


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   Réponse au Sujet 'Les médiocres tribulations d'Hekares' a été posté le : 28/04/04 19:51
Hekares s’élança, les bras écartés, vers celle qui, quelques heures plus tôt, lui inspirait encore répugnance et dégoût, et l’enserra avec vigueur.

- Katrin, tu m’as tellement manqué !

C’était faux. Mais c’est fou comme les gens peuvent vous avoir manqué lorsqu’ils passent du stade d’idiote dont les pores de la peau respire la poudre synthétique en permanence à celui de véritable incarnation de la fraîche beauté et juvénile.

- Oh. Moi aussi, un peu. Dis-donc, tu cocotte, mon gars…
- Katrin, veux-tu m’épouser ?
- Oh, la ferme, tu dis n’importe quoi…

Mais pour le coup, elle rougissait. Et pas qu’un peu : elle aurait beau avoir enduit sa peau de pêche de n’importe crème industrielle puante et blanchâtre qu’on l’aurait sans doute remarqué tout à fait aisément.
Ekobën regardait les deux adolescent avec une pointe de jalousie, mais il s’en foutait complètement, après tout c’est pas d’elle qu’il est amoureux, c’est de Maylorii, parce que Maylorii c’est la plus jolie, et en plus elle est gentille, et comme elle est plus vieille, et ben elle a plus d’expérience, et les femmes qu’ont de l’expérience, c’est mieux, et elle c’est pas une frimeuse comme Katrin, et puis…

- Oh, Ekobën, tu pourrais dire bonjour !
- Ah, ouais. Salut.
- Katrin, veux-tu…
- Mais arrête !

Serge présenta Katrin à ses collègues, auprès desquels elle récolta une multitude de compliments qui ne furent pas pour atténuer le teint pivoine de son épiderme. Puis il s’enquit des objectifs, bien qu’il en ait une vague idée étant donnée leur proximité à l’entrée du Réseau Piéton Souterrain.

- On est pas un peu nombreux, tout de même ?
- Ah, j’ai essayé de les résonner ; à la base, on était sensé être six, tu vois, mais tu comprends, il y en a qui se sont senti obligé de jouer les défenseurs de l’orphelin, et d’autres les défenseurs de la veuve…

Mélyne jeta un regard cruel successivement sur Maylorii, qui éprouva un soudain intérêt pour la texture maronâtre de ses bottes, puis sur Ekobën, qui n’avait jamais eu une si intense quinte de toux, sûrement toute cette pollution, on sait pas quel air on respire dans ces grandes villes… Non ?
Mélyne jugea tout de même nécessaire d’énoncer un petit discours de motivation à ce qui était bel et bien ses troupes, et elle pris la parole de ce ton haut et puissant que savent emprunter les chefs militaires et les mères de famille, bien qu’à la vérité elle n’appartint qu’à une seule de ces catégories.

- Hum hum. Camarades ! C’est ici que se scelle notre destin, ici que des années de bons et loyaux services au… euh… service de la logique vont aboutir pour… Arrêtez de me regardez comme ça, vous trois, je parle à mes hommes !
- Ah, pardon.
- Bon. Euh… Ah, oui : pour nous… Dieu, que cette phrase est laide… Ah, hem. Nous allons, je n’en doute pas, au devant de grands dangers ; certains des nôtres y perdront même la vie, car l’ennemi est fourbe, et son idéologie nauséabonde. Nous savons tous que nous allons devoir combattre l’enfant d’un Dieu, protégé par les hommes du pire tyran que notre Argantrèss ai jamais connu ; en tout cas, il est sûrement très bien placé dans le top 10. Mais laisserons impunies de telles exactions commises sur des populations civiles ? Voyez tous ces corps putréfié répandus sur le sol : ils furent d’honnêtes ouvriers, de braves pères de famille, de sympathiques pédophiles, et voyez comme on les a poussé à s’entre-tuer, constatez avec tristesse comme on les a réduis à leur simple statut animale ; c’est pitié que de les regarder, eux qui furent nos pairs : laisserons nous une telle atteinte à la condition humaine impunie ?
- Oh, non, je ne pense pas…

Mélyne fusilla Druaut du regard ; soudain, il trouva beaucoup de chose à observer sur le dos de sa main, et entama une inspection minutieuse de chaque parcelle de sa peau.


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   Réponse au Sujet 'Les médiocres tribulations d'Hekares' a été posté le : 28/04/04 19:53
- Alors on va rentrer là dedans, on va écraser ce monstre, et on va s’occuper de ce Baron. Parce que c’est pas parce qu’il est plein aux as qu’il a le droit de faire des trucs pareils, non mais !
- Ouais, tout a fait d’accord !

Apparemment, ce petit discours avait eu l’effet escompté.
Il est bon de préciser que Serge avait rapporté à Mélyne ses conclusions quant au rôle du Baron de la Franche Colombe Musquée ; car oui, il en avait eu. Il avait déduit de ce que lui avait raconté Katrin et des diverses connaissances en Baronologie dont il se targuait d’être le détenteur qu’Adam, avide de pas mal de choses dont le pouvoir, avait réalisé des études théologiques assez poussées pour apprendre tout des descendances divines et des ragots du même acabit, que la plupart des sous-Dieux ignoraient eux-mêmes pour la bonne et simple raison qu’ils avaient des centaines de choses autrement plus intéressantes à quoi penser. Le fol chercheur, qui pour sa part n’avait que ça à faire de ses journées, avait enfin mis à jour un secret vaguement intéressant : l’existence de Floush’h, apparemment ignorée de tous, que Dieu tenait caché dans un des coins les plus perdus de tout l’Argantrèss. Fort de cette découverte digne d’un journal à scandale, Adam de la Franche Colombe Musquée avait du marchander avec Dieu lui-même, et le résultat de ces négociations qui avaient du être pour le moins houleuses se trouvait désormais sous les yeux des quelques être vivants qui vivotaient dans Kaprï : une catastrophe passible de la Cour Argantriite de Justice Plus ou Moins Démocratique.
Et donc, Serge avait fait part de ces habiles déductions à sa supérieure. Voilà. C’est dit.
Mélyne, après avoir dispensé quelques dernières directives et vérifié le matériel de ses troupes (on avait fait don de l’arbalète d’Ekelienne à Serge, à qui elle serait sûrement infiniment plus utile), fit un geste de main compliqué mais gracieux, et pénétra la première dans l’enfer suburbain.
Serge fermait la marche, la main dans celle, douce, chaude et étrangement complaisante, de Janine…


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   Réponse au Sujet 'Les médiocres tribulations d'Hekares' a été posté le : 28/04/04 19:56
Chapitre 12 - De l’enfer suburbain.

En l’an vingt-cinq après la Sainte Disparition de Celui qui Mentait Souvent, les hautes instances juridiques de Kaprï – oui, le maire et deux-trois adjoints – se résolurent enfin à prendre en compte le phénomène d’exode rurale qui touchait l’Occitant : les rues de la mégalopole se remplissaient au fur et à mesure que les ruraux en avaient ras le béret de leurs conditions de vie certes « typiques » et « pittoresques », mais pas moins minables en comparaison au luxe des HLVM (Habitations à Loyers Vaguement Modérés) où l’on avait l’eau courante et bientôt sûrement l’électricité. Durant les années vingt, donc, Kaprï dut faire face à un afflux démagogique hors du commun, ce qui n’était pas sans influer sur les conditions de circulation au sein de la ville. Le principe de trottoir n’étant jamais apparu à l’esprit presque vivace des autorités, on se trouvait dans des situations où le code de la route affectait aussi bien les piétons que les véhicules tractés. Et ainsi, quiconque n’avait pas de moyen de locomotion se devait de respecter les limites de vitesses, mais aussi les obligations de vitesse minimale ; or, très peu de femmes enceintes et de grand-mères en plein cœur de cancers variés réussissaient à atteindre les trente Foulées Déïques à l’heure imposées par la législation. Cet état de fait fut source de nombreux incidents, parfois sans gravité. Parfois.
C’est en fait lorsque le taux de mortalité excéda du double celui de natalité que l’on décida qu’il fallait palier à ce désagrément pour le moins majeur. Il y eut de nombreux projets, tous plus crétins les uns que les autres, tels que populariser le patin à roulettes, offrir à tout piéton une armure de béton armé, murer les sorties des immeubles, autoriser la circulation des véhicules et des piétons selon une alternance hebdomadaire, ou encore raser la ville pour construire un gigantesque parc à thème. Ce dernier avait emporté l’adhésion générale tant l’hécatombe commençait à agacer l’administration, lorsqu’un petit malin dont le nom ne restera certainement pas gravé dans l’histoire, et qui se trouvait être architecte/ostréiculteur (formation double très populaire chez les jeunes populations Occitantaises), exposa un projet qu’il fallait bien reconnaître comme très ingénieux à une assemblée reconnaissante.
C’était très simple : l’Occitant étant réputé pour posséder le sol le plus agréable à percer de toute la galaxie, il suffirait de creuser des galeries sous Kaprï pour y fourrer tous ces « culs-terreux de régressistes pas foutus de s’acheter une putain de caisse à l’ère de la technologie », pour reprendre les mots savants de Daniel Ennaih-Laighârs’ond, Maire de la ville à l’époque. Le jeune génie avait établi un quadrillage à partir de cadastres et de statistiques démographiques, et ainsi imaginé une répartition d’entrées particulièrement ingénieux qui garantissait des taux de mortalités sur le trajet reliant les habitations aux dîtes entrées quasiment nuls. Il fut promulgué Ingénieur Officiel Préposé à l’Architecture et à l’Ostréiculture, et on n’entendit plus jamais parler de lui. Le projet, lui, remporta un franc succès auprès de la population, qui relevait plutôt, même, du soulagement le plus total.
Concrètement, le Réseau Piéton Souterrain, anciennement Souterrain pour Piéton sous forme de Réseau, consistait en de longs couloirs aux murs imbriqués de mosaïques blanches, couverts de publicités vantant les mérites de produits aussi variés que des revues culturelles ou des pièces de théâtre à vocation franchement gaudriolarde. La luminosité y était assuré par de petite lanternes dont la vocation première semblait être de rendre encore plus blancs les quatre murs déjà très blancs entre lesquels les usagers circulaient. Bien entendu, des panneaux indicateurs indiqu… précisaient régulièrement la destination de tel ou tel couloir à telle ou telle embouchure, selon un système assez complexe de lettres et de couleurs. Des musiciens à la notoriété souvent voisine du zéro, pour ne pas dire négative, offraient aux oreilles distraites des passants une musique populiste par dessus laquelle de braves ivrognes en mal de fonds de bouteilles braillaient leur désespoir ou les derniers tubes à la mode. A certains carrefours, on trouvait de véritables micro-centres commerciaux, où il était possible de s’offrir des revues de qualité, des sandwichs emballés dans des serviettes et des vêtements du dernier chic. Bien sûr, une telle débauche de services n’était pas gratuite, et l’utilisation de ce réseau souterrain nécessitait l’achat de tickets aux tarifs variables que des hommes en armes parcourant les tunnels d’un pas morne se faisaient un plaisir de contrôler. Mais les prix restaient toutefois très raisonnables, si bien que les trois-quarts de la population pouvait se payer le luxe de « marcher sous la terre ».


Dernière mise à jour par : Kröy le 28/04/04 20:03

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Il n’y avait plus rien de tout ça lorsque Mélyne passa sous le panneau « Rotule Clinquante ». Il y avait d’autres choses… Des odeurs, par exemples. Des odeurs qui évoquaient, en vrac, des corps putréfiés, des lieux exigus n’ayant pas connu le moindre courrant d’air en plusieurs années, et des personnes n’ayant du déodorant qu’un usage aléatoire. Et aussi… Du silence. Beaucoup de silence. Sans sombrer dans l’excès, toutefois : il y avait bien deux-trois gouttes d’une eau qu’on imaginait croupie qui émettait à espaces réguliers des petits « plitch » tout à fait anodins. Mais il restait tout de même une énorme part de silence. En fait, ce silence qui laisse deviner des complots ourdis sous le manteau et d’imminents coups d’Etat. Enfin, il y avait pas mal d’obscurité. Là, pareil : pas une obscurité du type « je suis l’obscurité, vous y voyez rien et c’est bien fait pour vous » ; non, plutôt une obscurité du genre « eh, vous avez vu, on voit pas grand-chose, hein ! Faut dire, il y aurait une lampe dans les environs, ce serait tout de suite mieux, mais là, faudra se contenter de moi, désolé ». Ah, si, il y a une grande différence.

- Je pense qu’une lampe pourrait s’avérer utile.
- Ah tu crois ça ?
- Oui. On n’y voit rien.
- Oh.

Convaincu du bien fondé d’une telle argumentation, Druaut tendit à sa supérieure ce qui pouvait s’apparenter à une lampe : ça avait une anse, un bocal et une bougie qui brûle à l’intérieur.

- Où as-tu trouvé ça ?
- Dans ma poche.
- Ah, bien sûr. Hm.

Mélyne s’empara de l’objet en faisant tout pour ne pas penser à des choses de l’ordre de la logique spatiale ; oui, celle qui voulait qu’il soit strictement impossible de sortir une lampe allumée de sa poche, vous savez… Puis elle s’avança dans l’obscurité nauséabonde du RPS, le visage impassible, suivie de sa troupe imbécile. Il n’était plus l’heure de se livrer à la comédie : il convenait d’arborer des airs fermés et sombres, comme seuls de véritables sauveurs de l’humanité, même dans une moindre mesure, savent s’en fabriquer. Du coup, l’imbécillité de la troupe susmentionnée ne transparaissait pas forcément au premier abord, tant on aurait crû les douze compagnons en route pour l’enterrement d’un proche qui brillait par tout sauf le portefeuille.
Ca allait d’abord tout droit ; normal, c’était un couloir droit. Sans doute que, s’il s’était agi d’un couloir courbé, ça serait allé à gauche, ou à droite. Là, ça allait tout droit. Plusieurs affiches légèrement souillées par l’affront des jours et de l’absence totale d’hygiène qui régissait ces lieux tentaient malgré le peu de lumière ambiant d’inciter le chaland à l’achat du tout dernier « Vision Interactionnelle », qui, si l’on en jugeait par la couverture, traitait de femmes dénudées, de scandales proprement scandaleux, de femmes dénudées, de célébrités en vogue, de femmes dénudées, de paradis fiscaux, et peut-être même de femmes nues. D’autres, de meilleur goût quand au choix des couleurs mais pas moins détériorées, conseillaient de façon tout à fait désintéressée, à qui de droit, de se rendre au Palais des Arts et des Aigries Cultures afin d’y admirer le talent de la troupe des Galants Iguanes qui jouait la mythique « Eviscération Mutuelle et Haine Inassouvie », dans un cadre agréable et intimiste où les véritables détenteurs de la culture sauront apprécier la finesse du jeu et la subtilité des dialogues… et tout ce genre de choses. De toute façon, personne n’y prêtait attention : on était bien trop occupé à avoir des soupçons et à redouter le pire pour penser à autre chose.
Soudain, ça ne faisait plus qu’aller tout droit ; ça pouvait aller, au choix : à droite, à gauche, à devant, à derrière, mais pas à en haut, et encore moins à en bas. Le sol était bien trop dur pour ça. Et personne n’avait eut encore la riche idée d’imaginer un prototype de tractopelle.

- Eh bien, où allons nous ?
- Que veux-tu que j’en sache, crétin ? J’aurais du prévoir ça… Mince…
- C’est embêtant. Je veux dire : c’est embêtant.
- C’est vaste, ici. C’est pas comme si on pouvait y aller au petit bonheur la chance.
- Ouais, ça c’est bien vrai. Au petit bonheur la chance. Peux pas.
- Moi j’irais là, moi.

Tout le monde se tourna lentement, afin de satisfaire au procédé cinématographique de mise lorsque quelqu’un vient de dire quelque chose de très important, ou de très con, vers Hamely, perchée sur les épaules de Maylorii, puisque Serge n’avait pas trouvé utile de la réclamer ; sûrement qu’il avait les mains occupées. Non ? La fillette pointait du doigt la voie partant vers la droite.

- Et pourquoi ça, je te prie ?
- C’est là bas. Si.
- Oh, pense-tu…
- Là bas.
- Attendez…

Serge avait lâché, à contrecoeur, nous l’imaginons bien, la main de sa… camarade, et pris la parole avec ce ton solennel qu’il lui arrivait d’utiliser, lorsqu’il était de bonne humeur.

- Je vous rappelle que si nos hypothèses se voient justifiées – et je vois pas pourquoi elles ne le seraient pas -, Hamely est la réincarnation de l’enfant Originel de Dieu.
- Je ne vois pas ce que ça change à notre affaire. Ca reste une gamine.
- De toute façon, est-ce que quelqu’un à la moindre idée de la direction à prendre ?
- Oh… Eh bien…
- Euh…
- Peut-être que…
- Non, je ne pense pas.
- Alors que nous coûte de suivre ses…

Serge s’interrompit dans son ébauche de discours, qu’il avait prévu de conclure par une situation sur la nature essentiellement véridique des paroles émises par la gente infantile, car les regards qui pesaient sur lui étaient passés de l’agacement gêné à la franche terreur.
Quelque chose de froid et mou lui saisit l’épaule. Ca respirait bizarrement. Ca ne sentait pas bon. Ce n’avait probablement pas l’intention de discuter culture. Serge, quand bien même l’aurait il souhaité, n’aurait pu tolérer un tel manque de savoir vivre.


Oui, je persiste. A ce niveau, ça s'appelle du masochisme. J'en suis désolé.


Dernière mise à jour par : Kröy le 28/04/04 20:00

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