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Sujet : Qu'auriez-vous pu dire ?

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keridwen

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   Réponse au Sujet 'Qu'auriez-vous pu dire ?' a été posté le : 18/06/13 16:48
Dans le sujet interprétation connaissance, j'aurais surement parlé de dinosaures, de tableaux du moyen âge décrivant la Judée du christ, de colonisation de l'amérique latine, mais je manque un peu de contre-emploi... peut être la pierre de rosette ?

pour le langage outil, un brin de pub, un peu de poésie, un soupçon de "faisons tomber le totalitarisme par la connaissance" et en allongeant la sauce, ça devrait le faire.


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Comment avoir confiance en un truc qui saigne pendant 8 jours, et ne meurt pas ?
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*La réponse est fausse ou ailleurs


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Théodoric

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Membre Lord of Graveyards   Réponse au Sujet 'Qu'auriez-vous pu dire ?' a été posté le : 18/06/13 22:20
Citation :
keridwen dans une contemplation à Dlul a dit:


Dans le sujet interprétation connaissance, j'aurais surement parlé de dinosaures, de tableaux du moyen âge décrivant la Judée du christ, de colonisation de l'amérique latine, mais je manque un peu de contre-emploi... peut être la pierre de rosette .


Il y a plusieurs sens au verbe interpréter. Les chanteurs et les comédiens aussi interprètent une œuvre ou un rôle... La pierre de Rosette est intéressante parce que traduire d'une langue à une autre, c'est aussi une tâche qu'on confie à un interprète. Tous les sens du mot "interpréter" partagent l'idée de se faire le médiateur, l'intermédiaire, le vecteur d'une signifiaction entre une source et un ou plusieurs destinataires. C'est valable pour le traducteur, l'acteur ou le chanteur, l'oracle...

L'interprétation emporte quand même une idée de fidélité à la source, même si, dans son sens péjoratif, le terme est mis pour extrapolation, affabulation cohérente, usage de l'imagination ou de la logique, pour combler les vides de l'ignorance ou de l'incertitude. Dans le contexte du sujet, c'est cette connotation péjorative qui "fait sens", et c'est naturel qu'on pense à cette signification là, mais il ne faut évidemment pas en rester là.

On peut commencer par noter que les interprêtes fidèles à leur source ne la dénature pas nécessairement, mais y apportent quelque chose d'eux même qui aide le destinataire à accéder au sens. Ce peut être une explication, une émotion, une élucidation - du mystérieux vers l'accessible -, une transposition d'un langage obscure à un langage connu... En ce sens, l'interprétation ne palie pas un défaut de connaissance mais un défaut de compréhension, un défaut d'accessibilité. Dire cela, c'est pourtant déjà présupposer que la source peut avoir un sens, ce qui n'a rien d'évident si la source est la position des planètes, les lignes de la main, le marc de café, les entrailles d'un poulet (à moins qu'on cherche les signes de prolifération de la grippe aviaire), ou la forme des nuages (à d'autrs fins que la prévision météorologique à court terme)...

Pour aller plus loin, il faut peut-être s'intéresser au fonctionnement du cerveau, en ce qu'il consiste à produire du sens, coûte que coûte, à partir d'informations mises en relation les unes avec les autres. C'est la malédiction bayésienne du cerveau. Ça le conduit à vouloir que les choses "fassent sens" même quand il n'y a pas de lien entre elles. Ça conduit à se raconter des histoires, et parfois à les préférer au réel. Mais en même temps, ça permet de tomber aussi sur les lois de la nature, et avec un peu de rigueur et de méthode, à la découverte scientifique, aux sciences... Quelque part, cette interprétation du réel par approximations successives est la matière même de la connaissance.

Ceci étant, l'hypothèse privée de démenti ou d'invalidation peut perdurer longtemps. C'est comme ça qu'on hérite de "sciences" comme l'astrologie, l'interprétation des rêves, la chiromancie, la parapsychologie, ou de théories à base de mémoire de l'eau... Ca fait aussi des sylphes, des fées, des sirènes, des lamies, des djinns et des trolls, des lutins, des esprits, des anges gardiens, des yétis et des monstres du Loch Ness... Et des croyances, des mythes, des religions qui se démentissent l'une l'autre mais persistent malgré tout.

Il n'en reste pas moins que le cerveau est une machine à interpréter le réel, ce qui est nécessaire pour le mettre en pensée et en langage. Le processus d’interprétation commence très tôt à réception de l'information. J'avais lu un truc qui mérite d'être confirmé : La reconnaissance des images a déjà commencé dans le fond de l’œil et avant même que l’information soit transmise au cerveau... Et le cerveau-oeil ne retient que l'image du monde que des formes reconnaissable qu'il s'attend à pouvoir identifier ou qu'il a appris à identifier, ce qui n'est certaienement qu'une image partielle du monde et pas le monde lui-même. Se préoccupe-t-il seulement que l'indescriptible existe ?

En philosophie, ce type de débat est généralement lié à l'intelligibilité du monde qui ne serait accessible que par l'interprétation, l'intuition et la pensée qu'on en a (et qu'on suppose partager avec les autres). Il y a des développements kantiens que je n'ai jamais vraiment compris. Ceci dit, Dougals Adams fait l'affaire, avec sa montagne peinte en rouge qui disparaît de la vue du public, parce qu'inconcevable et incompréhensible à l'oeil et au cerveau...

Bref, la question de l'interprétation "à défaut de connaître" est mal posée puisque l'acte de connaître est déjà "en substance" une interprétation, rien que par la mise en mots, en images, en équations, en concepts d'un monde hypothétiquement réel, ou plus exactement de la frange du monde accessible à la compréhension humaine dont rien n'assure qu'elle est illimitée.

Je dois dire que ça ne m'inspire guère plus de développements, en encore moins de passion. :(



Ah, tiens... j'avais oublié celui-la : « la science se limite-t-ele à constater les faits ? »

Alors... heu... non, ben : voir ci-dessus, vu que la constatation des faits emporte déjà une forme de tri, de sélection, de filtre des faits par une interprétation, consubstantielle au constat. Même et surtout quand on objective le fait : le protocole qu'on emploie ne consiste-t-il pas à éliminer des pollutions pour faire, dans le meilleur des cas, une exprience reproductible et mesurable ? Dans cet acte d'élimination des pollutions, n'y a-t-il pas déjà en substance, d'une part le parti pris que le monde peut être connu par la science et d'autre part une éviction de la plus grande partie du réel en ce qu'il est chaos inintélligible, non reproductible et incommensurable (impossible à rapporter à une mesure) ?

[MàJ]En fait je vais trop vite... Avant de sauter sur cet élément potentiellement conclusif d'un développement, il y aurait à rappeler que la démarche scientifique se nourrit dialectiquement et heuristiquement d'un va et vient entre la projection théorique et la vérification expérimentale qui corrobore - jusqu'à preuve du contraire - ou, plus définitivement, invalide la projection. La projection théorique ne tient paut-être pas essentiellement de l'interprétation, mais assez sûrement de la concience de plusieurs interprétations possibles entre lesquelles il convient de trancher par l'expérience ou, en dehors des sciences expérimentales, tout autre procédé probant.[/MàJ]


Dernière mise à jour par : Théodoric le 20/06/13 16:10

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Membre Lord of Graveyards   Réponse au Sujet 'Qu'auriez-vous pu dire ?' a été posté le : 20/06/13 16:16
Rhôôô ! J'avais raté les sections techno. Ca a l'air facile, parce qu'il est difficile de n'avoir rien à en dire :

Citation :
Sujet n°1 : Être libre, est-ce n'obéir à aucune loi ?
Sujet n°2 : La diversité des cultures sépare-t-elle les hommes ?




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Membre Lord of Graveyards   Réponse au Sujet 'Qu'auriez-vous pu dire ?' a été posté le : 16/06/14 11:45
Les sujets en série L
- "Les oeuvres éduquent-elles notre perception ?"

- "Doit-on tout faire pour être heureux ?"

Les sujets en série S
- "L'artiste est-il maître de son oeuvre ?"

- "Vivons-nous pour être heureux ?"

Les élèves sont aussi invités à réfléchir sur un texte de Descartes, tiré de "Règles pour la direction de l'esprit".

Les sujets en série ES

- "Suffit-il d'avoir le choix pour être libre ?"

- "Pourquoi chercher à se connaître soi-même ?"

Encore une année peu folichonne, en attendant les sujets des filières techniques.


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- "Les oeuvres éduquent-elles notre perception ?"

Bon, il n'y a pas écrit "oeuvres d'art", donc, toutes les oeuvres sont concernées. Bâtir une maison ou un fauteuil sont des oeuvres aussi. Du coup, il y a deux points de vue possible sur l'oeuvre : celui de la personne qui la reçoit, la contemple, l'utilise, (ou la possède, voire, la consomme), et le point de vue de celui qui la crée, la conçoit, la réalise, la façonne.

Au passage, on peut distinguer aussi l'oeuvre, qui est le processus de conception et de réalisation, de l'ouvrage, qui est le résultat final. La distinction terminologique est de l'ordre juridique, avec les notions de maître d'oeuvre (en quelque sorte, le créateur, qui est souvent aussi le coordinateur des travaux) et de maître de l'ouvrage (le destinataire final de l'oeuvre).

Il y a donc un double sens à l'oeuvre, et le sujet peut tout aussi bien traiter du "travail" plus que de l'art, même si l'on pense plus à ce dernier. On reste dans le sujet en l'explorant sous une étiquette générique qui couvre les deux, et notamment sous l'angle de la "façon", du processus de création-production, commun à l'artiste et à l'ouvrier.

Que peut donc apporter en retour, au producteur de l'oeuvre, ce processus de production ? Et quelle valeur "éducative" ce travail peut-il apporter à sa propre perception ? Il y a, certes, un apport sous la forme d'une expérience, d'une occasion d'améliorer sa science ou sa technique, au sens du dicton populaire "c'est en forgeant...". Mais est-ce bien une "éducation" ou plutôt de l'apprentissage, ou de l'instruction, une initiation, ou autre chose encore ? Et en quoi cette éducation concerne-t-elle la perception ?

Notons, également au passage, et sans qu'il s'agisse forcément d'éléments de réponse immédiate, des exemples, dans l'art, de choses communes et courantes (l'urinoir de Duchamp), et qui deviennent oeuvre par la seule signature de l'atiste. En l'apposant, il change la perception qu'on a de la chose parce qu'on peut y lire une intention, un projet, un acte de qualification de la chose en "oeuvre" d'art. On ferait de même en extrayant de la nature des objets bruts, dont on peut aussi changer l'essence par apposition d'une signature d'artiste ou par proclamation que ceci est une oeuvre. L'oeuvre n'est donc pas nécessairement façonnée par l'homme, mais elle est toujours qualifiée par lui, désignée, dénommée comme telle.

On retiendra surtout, à ce stade, que le terme "oeuvre" s'avère polysémique, et désigne autant, dans le langage commun, le résultat final que le processus. Dès lors, le sujet ne concerne plus le seul créateur mais également celui à qui s'adresse le résultat, celui qui le reçoit et dont la perception s'en trouverait enrichie d'une éducation.

On devra donc probablement développer deux points de vue, celui de la personne qui oeuvre, et celui du récepteur, subdivisés chacun en ce qu'il concerne soit le processus soit le résultat, et en gardant à l'esprit que l'activité "ouvrière" peut être productive ou artistique.

On trouverait le coeur du débat en s'interrogeant sur ce présupposé implicite au sujet que la perception doit être éduquée.

Une piste intéressante mais probablement fausse serait de considérer la perception sous son angle antropologique (voire paléoantropologique) et neuropsychique... On sait ainsi que le cerveau reçoit ce qu'il reconnaît. Même des nuances de couleur ne sont pas distinguées tant qu'on n'a pas de nom pour le faire. En ce sens, il y a bel et bien une éducation de la perception. Le cerveau a quelque talent dans ce domaine, par sa propension à reconnaître des formes, des bruits, des séquences... Ce talent aura pu se développer du temps que l'Homme était chasseur-cueilleur, pour repérer sa nourriture, pister un animal, trouver son chemin et reconnaître dans l'attitude de ses congénères, les attitudes hostiles des attitudes amicales. Il n'est pas exclu que ces fonctions précèdent même le langage.

Une autre piste, probablement plus structurante pour répondre au sujet, serait de défricher le sens de l'éducation par l'étymologie. L'éducation, c'est ce qui "conduit au dehors".

On pense alors à l'acquisition de connaissances qui émancipent et rendent autonome, jusqu'à ce que l'individu soit en mesure de quitter sa cellule familiale d'origine pour fonder son propre foyer. C'est toutefois une vision que l'ethnologie amène à nuancer : elle est contingentée par une vision culturelle de la famille et de l'émancipation. Des sociétés peuvent se structurer différemment, autrement qu'en un noyau parental fixe autour duquel gravitent les enfants jusqu'à ce qu'il quittent leur orbite. Une structure plus clanique, plus collective, une structure polygame ou polyandre, ou encore basée sur la coexistence de plusieurs générations au sein d'un même foyer rendrait une autre vision de l'éducation, en ce qu'elle ne conduit pas nécessairement "au dehors" de la famille.

Mais être conduit hors de soi, au sens de l'éducation, c'est aussi être conduit hors de son ignorance, hors de sa condition primale, c'est être modifié profondément et sans retour possible par ses découvertes, par ses acquis.

Ce qu'il est intéressant de remarquer, c'est que si l'éducation consiste à se conduire hors de soi, ce mouvement centrifuge présente quelques affinités avec le mouvement centripète qu'est la perception du monde. La perception serait, ainsi ce qui conduit le dehors en soi, là où l'é-ducation consisterait à se conduire (ou à être conduit) en dehors de soi. On a donc une apparente contradiction à lever, mais sa symétrie lui donne une esthétique propre à faire regarder cette piste comme élégante. Voyons où elle conduit :

Déjà, la question posée plus haut de la valeur "é-ducative" de l'oeuvre pour son propre créateur, artiste ou non, s'entend, d'une façon finalement triviale, d'un mouvement pour amener hors de soi, au delà de soi, une perception de ce qui doit être (et, plus ou moins essentiellement, la révéler à d'autres). Littéralement, l'ouvrier/artiste é-duque sa perception de ce qui doit être. Oeuvrer, c'est projeter cette perception hors de soi et donc, littéralement, l'éduquer.

La question semble plus large, mais pas nécessairement moins facile, du point de vue de celui qui reçoit l'oeuvre. Toutefois, démontrer que la perception de l'oeuvre éduque son récepteur ne suffirait pas. Il faut encore que cette "éducation" par l'oeuvre se distingue de l'éducation qu'on tire de ce qui n'est pas "oeuvre".

Or, - on l'a abordé - on s'éduque aussi par l'observation de la nature et des comportements humains, sans qu'on puisse les qualifier d'oeuvre. Sous cet angle de vue, la question oblige à déterminer ce qui apporte une plus-value "éducative" dans l'oeuvre en tant que création d'un tiers (et, pourquoi pas, sous ses deux aspects : le processus et le produit).

C'est probablement qu'il existe une perception qui permet aussi de sortir de soi à plus d'un titre, par la découverte que d'autres que soi peuvent créer. Recevoir l'eouvre permet de s'inititier au sens que porte l'oeuvre, de découvrir l'altérité d'une pensée (et accessoirement, en comprenant les techniques mises... en oeuvre). A cet égard, l'oeuvre témoigne de l'existence d'autrui, et d'un autrui agissant, créant, et communiquant par son oeuvre.

Bon c'est une approche qui part très près du texte et qui peut aller assez loin.

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Il faut croire que le bonheur et les oeuvres sont les deux fils conducteurs e tous les progammes de philo, vu qu'on les retrouve plusieurs fois chacun....


- "L'artiste est-il maître de son oeuvre ?"

Sujet intéressant et d'actualité, mais pas forcément en philo. Là, l'oeuvre est d'art. Pas d'ambiguïté.

On peut réexploiter cette notion juridique et la distinction entre le maître d'oeuvre et le maître de l'ouvrage qu'on évoquait dans le sujet précédent. La référence est, quand on la connaît, d'autant plus incontournable que deux des termes de cete expression figurent dans le sujet : maître et oeuvre.

On rappelle que le maître d'oeuvre est le plus souvent le concepteur et celui qui conduit la réalisation du projet, le cas échéant à la tête d'une équipe. L'expression date au moins, je crois, des bâtisseurs de cathédrales. Le maître d'oeuvre est celui qui conçoit les plans et organise le travail des différents corps de métiers.

Le terme de "maître" renvoie donc à la fois à la maîtrise technique, à une position hiérarchique dans la réalisation et à une paternité sur la forme finale de l'édifice. On notera qu'il s'agit de trois acceptions différentes d'un même terme : l'autorité. L'autorité renvoie à la fois à cette capacité de commandement (l'autorité qu'on exerce, la maîtrise de l'oeuvre emportant accessoirement d'être maître des ouvriers), à la reconnaissance d'une "maîtrise" technique (faire autorité), et à la paternité sur l'oeuvre (l'autorité est, étymologiquement, la qualité de l'auteur). Si l'on se satisfait d'un plan en trois partie qui ne soit pas nécessairement une thèse, une antithèse et une synthèse, on tient un base, mis ce n'est guère recommandé.

L'artiste est donc notamment maître de son oeuvre en tant qu'il en contrôle et en organise la production. Le maître de l'ouvrage, lui, est la personne à qui revient la propriété de la réalisation, celui qui en a passé commande, et celui qui en organise l'usage et l'exploitation, sous réserve des droits de l'auteur.

Il se trouve que notre système de prise en charge sociale de l'artiste est tel qu'il lui reconnaît plusieurs droits même quand son oeuvre est détenue par un autre. Il a notamment un droit de suite et de correction. Pour certaines oeuvres à diffusion massive, il y a également la question des droits d'auteur, avec ses variantes autorisées par la technologie : droit de diffusion, de reproduction... Il faudrait rappeler que ça n'a pas toujours été le cas. En tout cas, la maîtrise de l'oeuvre n'implique pas de tous temps ni en tous lieux d'en tirer une rémunération.

Les évolutions modernes amènent à s'interroger sur la profusion des oeuvres, la difficulté de faire émerger certaines qualités ou une originalité, et la standardisation des produits. La profusion est telle que le choix qu'on fait des oeuvres peut être induit par une volonté de la voire répondre à un modèle qu'on a, plus ou moins consciemment. Il faut qu'un type de film ait sa poursuite en voiture, son explosion avec compte à rebour, sa fusillade... Bref, on peut ne pas se laisser la chance d'être surpri par quelque chose qui casse les codes, rien qu'en restant attaché à un genre ou à une école particulière... En tant que membre du public, on peut rester passif et consommateur, tout en entretenant l'illusion qu'on fait une succession de choix volontaires. On a l'impression que le tube de l'été de l'an dernier diffère de celui de cette année. C'est vrai, sans doute, mais ça permet de ne connaître que la catégorie des "tubes de l'été" et d'ignorer qu'il existe d'autres catégories d'oeuvres. On s'enferme tous dans des prédilections : j'aime le jazz, mais pas le rock, le classique, mais pas le romantique, la techno mais pas le rap, un vieux heavy metal symphonique mais pas une catégorie plus ou moins voisine de hard rock... Les nuances tiennent lieu de variété mais n'apportent pas nécessairement du changement.

Et le conformisme du fan, que rend possible une consommation de masse et la profusion des opeuvres, rétroagit sur l'auteur lui-même :

Par exemple, en littérature, l'artiste lui-même sait qu'il ne peut être reçu du public qu'en sacrifiant à certaines règles, certaines modes, certaines normes... Sur la forme, déjà : Qu'en est-il de l'usage des adverbes, des adjectifs ? Quelle chance a-t-il d'être lu s'il nourrit une compulsion pour les structures syntaxiques alambiquées, les énumérations, les propositions subordonnées imbriquées, les fleurs rhétoriques un peu fanées ? Ne doit-il pas sacrifier ses propres élans et conformer son style à ce qu'il sait recevable par le public auquel il s'adresse, et accessoirement le comité de lecture de l'éditeur à qui il adresse son manuscrit ? Et une fois toutes ses compromissions ajoutées les unes aux autres, se reconnaît-il encore dans le produit fini, avec ses coupes, ses incohérences, ses anachronismes, ses rallonges, ses conventions ou convenances et ses codes de genre ?

On disait de Vivaldi qu'il avait composé un nombre impressionnant de fois le même concerto, tant ils se ressemblent les uns les autres. L'omniprésenes des codes, la dictature des comités de lecture et la volonté des financiers de minimiser les risques d'échec commercial, les presions des publicitaires afin non seulement qu'il y ait un maximum de spectateurs devant l'écran, mais qu'en plus, ils aient le "cerveau disponible" au moment voulu, etc., amènent une standardisation des produits du même accabit que pour L'Antonio des quatrte saisons. Il suffit d'avoir vu un film catastrophe pour les avoir tous vu. De même les films à monstres, les films à zombies, les films d'horreur, etc. Rares sont ceux qui s'écartent du modèle. Certes, les fans de chaque genre savent y découvrir les nuances "qui changent tout", mais pour le profane, c'est bonnet blanc et blanc bonnet.

Bon, mais tout cela ne fait pas forcément un sujet de philo. C'est peut-être qu'on a mis la loupe sur un aspect très ciblé de la problématique : la perte de maîtrise de l'auteur sur le processus de production de son oeuvre.

Les questions philosophiques peuvent ne pas être épuisées ni en amont ni en aval :
- en amont, il y a le mystère de l'inspiration, que les artistes ne maîtrisent pas nécessairement.
- en aval, il y a la nécessaire dépossession de l'artiste sur son oeuvre, lorsqu'il la remet, selon sa nature, au maître de l'ouvrage, au public, à l'acheteur, à l'éditeur, et le fait qu'il ne maîtrise notamment pas la façon dont l'oeuvre sera reçue, comprise, interprétée, utilisée, détournée...

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J'observe aussi une propension à traiter du "bonheur". J'ai trop à en dire pour ne pas savoir tout ce qu'il y a de banal dans ce que j'en pense. Du coup, ce sont des sujets qu'il me tente peu de développer.


Dernière mise à jour par : Théodoric le 17/06/14 15:49

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   Réponse au Sujet 'Qu'auriez-vous pu dire ?' a été posté le : 17/06/14 09:30
Oui, les sujets sur le bonheur sont des sujets-pièges... il faut se méfier des lieux-communs, là !

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Théodoric

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Membre Lord of Graveyards   Réponse au Sujet 'Qu'auriez-vous pu dire ?' a été posté le : 17/06/14 11:17
C'est d'autant plus piégeux que les deux sujets se ressemblent, que le correcteur le sait et qu'il pourrait ne pas pardonner pas à un élève d'avoir traité par mégarde le sujet d'une façon qui répondrait au sujet de l'autre filière, alors même qu'il ignore comment celui-ci était libellé !

- "Doit-on tout faire pour être heureux ?"
- "Vivons-nous pour être heureux ?"

Franchement, ça tient du traquenard.

On identifie assez bien que le premier peut déboucher sur la Morale : qu'y a-t-il qu'on ne doivent pas faire, même si le bonheur est en perspective ? Peut-on être heureux aux dépends d'autrui ? en privant le autres de bonheur ? En monopolisant ou en détournant les instruments du bonheur collectif à son plus grand profit ? (bref, en étant un sale capitaliste amoral ?). On peut tout aussi bien déboucher sur le droit, sous l'angle des règles que la collectivité se donne pour interdire certaines formes de recherche du bonheur et les sanctionner (on peut s'en réjouir, et, si l'on est un grofacho, réclamer un durcissement desdites lois... ou constater que la plupart des gens n'ont pas besoin des lois pour rester dans le rang, et que les autres sont rarement arrêtés par les lois quand ils ont décidé de sortir du rang, quand on est un vilain crypto-anarcho-libertaire hédoniste).

Comparativement, la formulation de l'autre sujet pousse à le tordre beaucoup lpus pour en sortir quelque chose. Vivre, c'est être mortel. La vie a un terme, une fin. Peut-on faire du bonheur une fin, alors que la fin de la vie est difficilement assimilable à une épreuve heureuse ? La vie est une histoire qui finit mal, et l'on trouvera bien un philosophe pour l'avoir affirmé en ces termes. Evidemment, il y a toujours la vie des martyrs et leur extase dans le supplice ultime, le regard de cette grosse tapette de saint Sébastien, pénétré de toute part et mourant dans une félicité extatique quasi orgasmique... Je dis ça, je dis rien... Tout ça parce qu'il s'imagine accéder à la vie éternelle, alors que son cadavre pourrira comme les autres (Martyr, c'est pourrir un peu...).

Au passage, les sujet des filières technologiques :

* Les échanges sont-ils toujours intéressés ?

* Une vérité peut-elle être définitive ?



Dernière mise à jour par : Théodoric le 17/06/14 11:21

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   Réponse au Sujet 'Qu'auriez-vous pu dire ?' a été posté le : 17/06/14 22:33
Citation :

- "Doit-on tout faire pour être heureux ?"
- "Vivons-nous pour être heureux ?"


J'ai immédiatement songé à une citation d'un philosophe bien connu

Déjà, définir ce qu'est "être heureux" n'est pas si simple que ça (comme je suis désormais vieux&con, c'est avoir de l'argent pour moi, tout en étant vaguement vivant).
Le "tout faire" est à mon sens déjà pas mal orienté et conduit en effet vers la morale et l'éthique (je vois mal affirmé qu'il est logique de sacrifier tous et n'importe quoi/qui pour son bonheur personnel. N'oublions pas qu'il est plus logique de visé une orientation humaniste/gauchisante pour obtenir une bonne note, la probabilité d'avoir un correcteur de cette tendance étant plus forte).

Citation :

- "Suffit-il d'avoir le choix pour être libre ?"


Bonjour !
Aujourd'hui au menu, peste ou choléra ? UMP ou FN ?

Citation :

- "Les oeuvres éduquent-elles notre perception ?"


Probablement un des plus intéressant à mon avis. Cela implique de définir ce qu'est un oeuvre (ils sous entendent culturelle, mais bon), la perception et l'éducation (avec la question : peut-on éduquer sans formater).

Citation :

- "Pourquoi chercher à se connaître soi-même ?"


Étant un égotiste autocentrée, cette question n'a pas lieu d’être : je ne cherche pas à me connaitre, je suis et me connait (et je suis un beau salopard à l'esprit tordu).

Citation :

- "L'artiste est-il maître de son oeuvre ?"


Sujet qui pourrait être intéressant, mais qui peut si facilement dériver (comme l'a dit Théodoric) vers le légalisme.
Je n'arrive pas à avoir de vision claire sur ce sujet (la bière et le manque de caféine n'aidant pas), c'est limite du cas par cas en fonction des "oeuvres".

Citation :

* Les échanges sont-ils toujours intéressés ?


Comme on reçoit quelque-chose en retour, c'est difficile de prétendre le contraire. Sinon, ce serait un don. Et encore, on reçoit quelque-chose en échange d'un don (autosatisfaction de bien agir, réduction d'impots, satisfaction de l'égo).

Citation :

* Une vérité peut-elle être définitive ?


Il convient de définir ce qu'on entend par "une vérité" (ce qui sous-entend qu'il peut y en avoir plusieurs, à opposer à "la Vérité"). Et par "définitive", car "That is not dead which can eternal lie, and with strange aeons even death may die").
J'aurais plutôt vu ce sujet en filière scientifique (l'histoire est pavée de "vérité" remises en cause).


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...Prenez la taille de mon ego et ça vous paraîtra petit..."

Aerth, récits fantastiques
...Et en plus il écrit et il blog...


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   Réponse au Sujet 'Qu'auriez-vous pu dire ?' a été posté le : 02/08/14 11:15
A very informative site need to know basically , can you please help me choosing stuff !!


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Théodoric

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Membre Lord of Graveyards   Réponse au Sujet 'Qu'auriez-vous pu dire ?' a été posté le : 18/06/15 23:03
J'aime bien certains sujets de cette année

Série L :

Sujet 1 - Respecter tout être vivant, est-ce un devoir moral ?


Il me parait peu utile de se perdre dans des développements sur la hiérarchie du vivant qu'on établit plus ou moins d'instinct. Le légume est vivant et certaines recherches récentes estiment que le minéral le serait aussi à un certain niveau. Les animaux eux-mêmes ne sont pas égaux selon qu'ils ont des yeux, des vertèbres, une expression faciale... Et que dire de ces choses au limite du vivant : les bactéries, les virus, les prions... On peut aussi évoquer, comme une piste incertaine, le paradoxe du Pandaren de World of Warcraft, monde où il y a désormais plus de joueurs qui incarne un panda que de panda en vie sur Terre. Le vivant n'est pas seul à attirer de la sympathie : l'artifice qui le singe, et notamment le robot, accède aussi à un "respect". On peut s'égarer plus loin, du côté aussi de ces choses qu'on finit par respecter plus que le vivant ou l'être vivant : les statues ou les livres, dont la défense semble parfois mobiliser plus que la protection d'humains... les idées, les concepts, la "culture", la "civilisation" qui s'autoproclame menacée quand elle renifle un bouc émissaire... la Sécurité, la Foi, la Nation, le Drapeau et toutes ces choses pour lesquelles on accepterait de tuer...

Le sujet parle d'être vivant, mais on peut aussi évoquer le "vivant" dans son ensemble, ce qui renvoie aussi à une éthique du vivant, incluant les embryons, les mourants incurables en souffrance, les cellules souches, et des manipulations du vivant pour corriger des défaut, apporter de prétendues améliorations, sélectionner... épurer ? On peut également parler de ce qui semble un scandale : la brevetabilité du vivant, la merchandisation d'un processus techno-biologique "naturel". On croise vite une approche morale de ce qui est "contre nature"...

Ces développements amènent (mais il y a des voies plus directes) à interroger le sujet sur les valeurs "morales", et notamment le "devoir moral" et le "respect". On peut aussi disserter sur les différents sens du terme "respect", qu'on emploie aussi dans l'expression "tenir en respect", c'est à dire inspirer la crainte ou la méfiance...

C'est en tant qu'un sujet de juriste, que le sujet semble le plus intéressant, vu l'évolution récente du "droit" de l'animal. Le sujet me tient à coeur : On tombe à peu près d'accord pour trouver très dérangeant la souffrance gratuite infligée par un être humain à un animal. A l'analyse, ce qui dérange, ce n'est pas la souffrance de l'animal lui-même : il reçoit parfois de bien pire sévices dans la nature accidentellement ou de la part des prédateurs, voire de ses congénères, et sauf à s'ériger en moralisateur de la vie sauvage, on doit bien l'accepter. Ce qui choque bien plus, c'est qu'un humain l'inflige, et, pire encore, en tire plaisir ou avantage. Dans le respect qu'on attend qu'un humain ressente pour un être vivant, il y a surtout l'horreur qu'il nous inspire quand il en manque. Il me semble que cette problématique reste centrale. L'animal ne peut être sujet de droit. Il n'a pas de droit, quoi que les bien pensants puissent en dire. Être sujet de droit suppose une aptitude à saisir le juge. Le juriste peut le faire, et l'homme se faire assister du juriste, mais l'animal n'est pas équipé pour faire valoir ses droits en justice, quand bien même les textes lui ouvrirait cette possibilité. Le langage me semble un prérequis évident, et, tant qu'à faire, une conscience morale aussi. Ce n'est pas dévaloriser l'animal que de reconnaître qu'il n'est pas en mesure de saisir la logique d'une action en justice, d'une décision légitime, d'une condamnation, du juste concours de la force publique pour l'appliquer, et de la citoyenneté qui fait participer le peuple à l'élaboration des lois. Ce constat est d'ailleurs inutile pour trouver à l'homme des devoirs envers l'être vivant et, au delà, envers "le vivant". Dit autrement, si l'homme seul est sujet de droit, ce n'est pas nécessairement une façon de lui reconnaître une place primordiale ou prépondérante dans la nature, ou au sein du vivant, ou dans "la création", mais juste parce que le droit juste une création de l'homme pour l'homme. L'animal y a sa place en tant que bien, en tant que "meuble" (parce que ce n'est pas un immeuble), mais pas en tant que sujet. A la limite, on peut opposer le droit qui dépend d'un juge, et la liberté, qu'on a par naissance, "par nature"... Dire cela, c'est aussi reconnaître que l'animal peut être "libre", au sens où il peut avoir une place dans la nature en dehors des activités humaines, et que ce serait bien de préserver et de sanctuariser cette liberté, mais qu'il a autant besoin de "droit" que d'un téléphone portable dernier modèle. La encore, ça n'exclut en rien qu'on se sente, vis à vis du vivant, des devoirs et des responsabilités.



Sujet 2 - Suis-je ce que mon passé a fait de moi ?
Sartre trouverait ça un peut court, qui disait que l'on est "ce que l'on fait de ce que les autres font de soi". Le sujet a de nombreuses dimensions : par "passé", entend-on l'histoire personnelle ? Et alors commence-t-elle avec nos premiers souvenirs ou contient-elle ce qu'on découvre après de sa conception et de sa gestation ? Ce qu'on est renvoie-t-il aussi à la génétique, les tares, les atavismes, l'hérédité dont nous sommes porteurs ? Et de là, est-on aussi porteur de l'histoire familiale ? de l'histoire du clan, de la tribu ? du peuple ? de la culture ? de la civilisation ? de la classe sociale ? "Mon" passé est tout le passé que je m'approprie, et il peut remonter aux premières formes de vie... Mais en même temps cette appropriation du passé suppose qu'on soit instruit du passé. L'amnésique doit être ré-instruit de son propre passé comme l'instruction nous charge d'un passé collectif qui peut précéder notre naissance.
Est-ce que mon passé me fait ? c'est le second présupposé du sujet. Ce passé, que le me l'approprie par mémoire acquise ou pour l'avoir vécu semble me programmer et j'y trouve souvent les sources explicatives des décisions que je prends. Est-ce une prédestination ? La troisième série de questions qui en découle est ce que je suis de plus ou de moins que mon passé, et les réponses sont claires : je suis aussi mon présent et mon futur, et, l'écoulement du temps aidant, je me constitue au jour le jour, mais aussi par le choix et le projet. Aussi, par les objectifs que je me fixe, les projets que je me choisis, le devenir que j'envisage et les moyens que je me donne pour l'atteindre, je suis aussi ce que mon futur fait de moi, et c'est justement un moyen de faire mentir les prédestinations apparentes.



Sujet 3 - explication de texte : Tocqueville extrait de De la démocratie en Amérique - 1840

Série ES : Economique

Sujet 1 - La conscience de l’individu n’est-elle que le reflet de la société à laquelle il appartient ?

Les termes sont savoureux à définir et à articuler... Y compris le verbe appartenir, qui renvoie à l'appartenance ethnique et culturelle, et donc à des aspects "identitaires".

Une nuance à ne pas rater peut fournir à elle seule, une partie importante (et peut-être la dernière, conclusive) : Le sujet met en miroir non pas l'individu, mais sa seule conscience. C'est une belle piste :

En première approche, on pense à la conscience de tout individu, et ça renvoie autant à l'aptitude à la réflexion qu'à, par exemple, la morale, les valeurs...

Ce qui met la puce à l'oreille, c'est que la conscience et l'individu semblent s’identifier l'un à l'autre. En restant sur la première approche, on aurait répondu au sujet "l'individu n'est-il que le reflet..." ou "la conscience n'est-elle que le reflet...". Mais on peut aussi lire "conscience d'être un individu". Or, il n'est pas certain que l'homme soit naturellement conscient d'être individu au sens ou il aurait une liberté propre, indépendante de la liberté de son groupe, une vie propre intellectuellement séparable de la vie de groupe, une identité personnelle, séparable de l'identité de groupe, et en tant que tel, des sentiments, des passions, des pulsions dictées par autre chose que l'intérêt du groupe... On peut penser que l'homme s'est longtemps représenté comme membre d'un groupe, et en son sein par sa fonction, mais pas nécessairement en tant qu'un individu. Cette représentation rend le sacrifice personnel plus aisé et la délinquance littéralement impensable. Tel serait le cas, encore, de quelques peuplades qu'on qualifie de "primitives" pour avoir évolué différemment, ou peut-être régressé... Le juriste dirait qu'il n'y a pas de droit écrit. L'ethnologue lui répond que le droit est écrit à même la chair, lors de cérémonies rituelles, de scarifications, de rites de passage, qui forgent une telle unité du groupe que la conscience individuelle n'aurait pas la place de s'épanouir, ni même d'exister autrement qu'à l'état larvaire ou vestigial.

Dans nos sociétés, on n'aurait d'attestation de la naissance de l'individu que par la littérature et le roman. Le premier de la série, continue jusqu'à nous, d'écrits qui en attestent serait l'histoire d’Éloïse et d'Abélard. Début douzième siècle. A l'échelle de l'humanité, c'est très récent.

C'est une summa divisio : toutes les sociétés ne permettent pas la conscience de l'individu. Il n'est pas certain, d'ailleurs, que cette permissivité des sociétés occidentales soit irréversible.

Les sectes ou les intégrismes, les dogmatismes, les totalitarismes qui entendent régenter la vie privée et investir la pensée elle-même ont cette tendance à haïr l'individualisme.

Je replace souvent cette conversation que j'ai eue il y a maintenant 20 ans, avec un jeune musulman, qui avait toutes les peines du monde à comprendre en quoi, en tant qu'Arabe d'ethnie, il pouvait être libre de n'être pas musulman. Je ne prétends certainement pas que cette culture dissout l'individu, mais il y est des ilôts de libertés qu'il ne peut s'approprier. Il est probable que nos avons les nôtres.




Sujet 2 - L’artiste donne-t-il quelque chose à comprendre?
Sujet 3 - explication de texte de Spinoza extrait du Traité théologico-politique - 1670

Série S : Scientifique

Sujet 1 - La politique échappe-t-elle à l’exigence de vérité ?
Sujet 2 - Une œuvre d’art a-t-elle toujours un sens ?
Sujet 3 - explication de texte de Cicéron extrait de De la divination - 1er siècle avant JC

Séries du Bac Technologique

Sujet 1 - La culture fait-elle l’homme ?
Sujet 2 - Peut-on être heureux sans être libre ?
Sujet 3 - explication de texte de HUME, Enquête sur l’entendement humain (1748)


Dernière mise à jour par : Théodoric le 27/06/15 21:16

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   Réponse au Sujet 'Qu'auriez-vous pu dire ?' a été posté le : 15/06/16 17:08
Pour couper l'herbe sous le pied de notre cher Théo, voici ce qu'il fallait répondre aux différents sujets de cette année.

Réponses


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"How much wood would a woodchuck chuck if a woodchuck could chuck wood ?

- A woodchuck would chuck all the wood that the woodchuck would chuck if a woodchuck could chuck wood."
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   Réponse au Sujet 'Qu'auriez-vous pu dire ?' a été posté le : 15/06/16 17:14
Citation :
Vik Leroy dans une contemplation à Dlul a dit:


Pour couper l'herbe sous le pied de notre cher Théo, voici ce qu'il fallait répondre aux différents sujets de cette année.

Réponses


Je suis très amusée, car pour la première fois depuis que je fréquente ce forum (ouuuuh, a long time ago !), j'y étais, je surveillais le bac de philo. J'ai pensé à vous en ouvrant les enveloppes des sujets. ;)


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Membre Lord of Graveyards   Réponse au Sujet 'Qu'auriez-vous pu dire ?' a été posté le : 16/06/16 16:58
Excellent ! :D

Et merci, Vik, pour l'humour du lien.

Ceci dit, notre exercice annuel n'a rien d'un corrigé, et surtout pas "officiel", mais juste le prétexte à décrasser un peu les neurones en reliant les sujets, l'actualité et nos représentations chaotiques du monde (ou nos représentation d'un monde chaotique si vous préférez).

J'aime bien les sujets du moment, mais je n'aurais pas aimé être en L :
Sujet 1 - Nos convictions morales sont-elles fondées sur l’expérience ?
Ne pas partir bille en tête sur la morale, sans avoir remarqué qu'on cause de "conviction". Peut-on fonder une conviction sur l'expérience ? Une expérience peut-elle, en dehors des sciences, renverser une conviction ? Est-ce que le fait qu'elle soit "morale" change la nature de la conviction ou ses rapports à l'expérience ?

Sur l'élaboration de la morale, me vient à l'esprit l'expérience menée avec un groupe de singes, au sein duquel on avait installé un escabeau avec un banane dessus. Le singe qui saisissait la banane condamnait les autres à une décharge électrique désagréable. Le groupe comprit rapidement qu'il fallait, préventivement, interdire l'accès à la banane. On changea les singes un par un et l'interdit se transmit au sein du groupe. Il fut conservé quand le groupe fut totalement renouvelé, alors même qu'aucun n'avait l'expérience directe des raison de la règle et des conséquences de sa violation.

Une règle sociale, fondée initialement sur l'expérience, peut donc se transmettre et intégrer les comportements pour s'imposer à des personnes qui ne l'ont jamais expérimentée, mais qui la trouveront naturelle et morale.

Combien de règles appliquons nous "naturellement" sans les savoir utiles par expérience ? Est-ce que ce n'est pas exactement le propre de la morale que de nous faire savoir ce qui est "mal" tout en nous dispensant d'en faire personnellement l'expérience ?

Il y a des bases et je crois atteindre un coeur possible du sujet en indiquant à quel point la morale est de la même substance que les tabous, les superstitions, des rituels, des moeurs, des us, des habitudes collectives.

Ca ne présage pas de leur bienfondé, et le fait qu'on ait perdu l'explication de certaines habitudes ou de certaines façons de penser n'indique pas que c'est forcément un tort de les perpétuer.

Idéalement, il s'agirait néanmoins de les repasser au crible de la raison, sans nécessairement les expérimenter, mais au moins en se projetant dans leur remise en question.

On pourrait même redonner un sens à l'expression surannée "morale républicaine", en ce que si seul est "immoral" ce que la loi condamne, alors le processus d'élaboration de la loi semble précisément remettre en débat et en questions les règles au fur et à mesure qu'elle les édicte. Ce crible de la discussion, en principe raisonnée, semble pertinent, par exemple, pour opposer collectivement l'expérience réussie de couples homosexuels aux "morales" rétrogrades des homophobes guindés.

Ce n'est qu'une amorce, mais il y a matière.

Cordialement,
Théodoric.


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Membre Lord of Graveyards   Réponse au Sujet 'Qu'auriez-vous pu dire ?' a été posté le : 15/06/17 11:55
Revoilà le marronnier, pour témoigner que la terre reste fertile ici et qu'il y pousse encore quelque herbe folle.


Les sujets en SÉRIE L :

Sujet 1 : Suffit-il d'observer pour connaître ?

Un sujet qu'on pourrait traiter en épistémologie, en neurosciences... Étonnant de trouver ça en L. Quoi que... Justement, la littérature et les sciences humaines et sociales laissent place à d'autres observations que celle des phénomènes, et notamment la transmission livresque ou orale de savoirs. Certes, il s'agit d'observer les pages d'un livre ou d'observer un silence respectueux lorsque s'exprime le "maître", mais la démarche intellectuelle est-elle encore celle du scientifique qui observe pour comprendre ?

Voilà une seconde piste, soulevée par la réexpression du sujet : observe-t-on pour connaître ou pour comprendre ? naître avec ou prendre avec, quelles différences ? L'angle étymologique, douteux, peut ne rien apporter. L'approche par les sciences cognitives peut, à l'inverse, ramener trop vite à l'épistémologie... Le cerveau, par construction, par vocation, structure ce qu'il observe et corrige la structure par les observations itératives, dans un élan irrépressible et irrésistible. Et ça marche aussi bien pour l'observation des phénomènes naturels, des interactions sociales, du langage (corporel, gestuel, des expressions faciales, écrites, etc.). L'intervention d'autres sens, gustatifs, olfactifs, tactiles ou auditifs, ne change pas fondamentalement la donne dans une approche systémique : la sollicitation par les sens crée du sens.

Après, ou consubstantiellement, le même mécanisme permet la confrontation des connaissance, l'échange, la controverse, l'interprétation, la transmission... et le passage éventuel, si on retient que la nuance a un sens, de la connaissance à la compréhension ou au savoir.

Ça m'a l'air un sujet piégeux, qui peut vite tourner en boucle ou tomber à côté si l'on n'adopte pas les définitions et les nuances académiquement reconnues.. Pas le sujet où je me risquerais...

Sujet 2 : Tout ce que j'ai le droit de faire est-il juste ?

Oh, un sujet juridique, donc sur la morale et le droit. "Juste"... justesse, justice, équité, le "bien", le "bon", l'axe horizontal des alignements à Donjons et Dragons... ... "Droit", renvoyant, évidemment à l'axe vertical de la loyauté/traitrise... :D Sujet trop facile pour les vieux rôlistes...

et mon dada s'y intègre : la dépendance à une autorité qui fait regarder le "droit" comme une servitude, par opposition à la "liberté" qui ne dépend d'aucune autorité, quoi qu'elle cherche à entretenir l'illusion du contraire.

Et puis le développement attendu sur l'éthique, l’euthanasie, la résistance à l'oppression, et un héroïsme certain, consistant à faire ce qui est juste même et surtout quand le droit, la religion ou les tabous l'interdisent, révolution anarcho-bolchéviste incluse évidemment.

J'aime bien...


Les sujets en SÉRIE ES :

Sujet 1 : La raison peut-elle rendre raison de tout ?

"rendre raison" au sens de rendre compte, de rapporter, de faire témoignage. Alors que la première occurrence fait référence à une approche rationnelle, un acte de raisonnement...

La perche tendue par l'itération consiste évidemment à rechercher dans les contraires si l'on peut boucler la boucle : la raison peut-elle rendre compte de la déraison, de l'irrationnel, du non-rationalisable, et notamment de l'horreur, de la folie, de la passion, de la croyance, de l'inhumanité ?

... de l'autisme ?

Et puis les scientifiques auraient également des atouts passionnants à explorer à travers les principes résolument contrintuitifs du monde quantique, y compris dans la causalité et la temporalité... histoire de larguer totalement le correcteur... :)


Sujet 2 : Une œuvre d'art est-elle nécessairement belle ?

Foutrecul ! les sujets sur l'art me paraissent insupportables de mondanité convenue. Préoccupations petites-bourgeoises et envieuses de gros cons de suiveurs de modes qui ont peur de se faire avoir sur le putain de marché de l'art et de passer pour des cons dans les salons. L'art digne de ma reconnaissance n'est "nécessairement" que "signifiant". Sachant que le sens ne réside pas nécessairement dans l’œuvre. La Charogne de Beaudelaire, pour ceux que ça touche. La Fontaine de Duchamps. Le poisson rouge dans un mixeur branché. Le Radeau de la Méduse. Sacré Graal des Monty Python. Brassens, Juliette. Mon cul.

Les sujets en SÉRIE S :

Sujet 1 : Défendre ses droits, est-ce défendre ses intérêts ?

Sujet d'actualité... Juridique... Voire, judiciaire pour Fillon et quelques autres...

Je ferais porter le débat sur l'ambiguïté du possessif "ses" dans les deux occurrences, en tirant parti du fait qu'on peut défendre "les droits" voir, "le droit" sans préciser de qui, alors qu'on défend nécessairement les intérêts de quelqu'un.
Et puis on peut défendre ses droits seul, devant un tribunal et derrière un bon avocat, mais aussi est surtout dans les manifestations, les grèves, les pétitions, les mouvements collectifs, les révolutions et les insurrections.
Quant à la défense des intérêts, on pense rapidement aux intérêts de classe.
Le rapport intérêts/droits individuels/collectifs me semble une bonne introduction (sans vaseline, parfois, hélas). C'est bien un sujet facile à traiter en marxiste... avec le développement attendu sur la légitimité démocratique à la Durkheim, et ses détournements actuels.

Sujet 2 : Peut-on se libérer de sa culture ?

Sujet de société à traiter en philosophe... On voit immédiatement le caractère polémique du sujet, rapporté au "choc des culture". Philosophiquement, il peut ne s'agir que de savoir si l'on peut poser à taire les bagage culturels ou si l'on est condamné à les porter toujours avec soi. Je dédramatiserai immédiatement et préventivement le côté négatif de cet aspect en disant que la culture à des propriétés d'autosustentation, et que plus on a de bagage, moins il pèse.

Partant, c'est bien en se cultivant qu'on se libère de la culture, parce qu'on la diversifie, qu'on multiplie les éclairages, etc. On recommandera ainsi la lecture des philosophes arabes, des penseurs étrangers, des essayistes extérieurs à nos champs de compétence habituels, des non conformistes et des "économistes atterrés". Avec BFM et les pages saumon du figaro, c'est plus dur.


SÉRIE TECHNO :

Sujet 1 : Y a-t-il un mauvais usage de la raison ?

Non. Il y en a plusieurs.

les ratiocinations vaticanes témoignent que la controverse théologique constitue aussi un usage de la raison, et que le sexe des anges ou l'âme des femmes sont des questions qui se prêtent à l'usage d la pensée, autant qu'à sa mise en forme sous l'apparence du raisonnement. De même, le scientisme a ses excès. De même, le fascisme fut technophile. De même la théorie colonialiste de la hiérarchie naturelle des espèces fut-elle présentée comme une science. Et le libéralisme lui-même, dont je me plais à rappeler qu'il ne fut théorisé et formalisé que pour justifier qu'on canonnât les ports chinois, comme juste rétorsion aux infâmes barrières douanières que l'empereur entendait ériger pour y endiguer le déferlement de l'opium, aimablement échangé contre de la soie par les marchands occidentaux.

Il s'agirait de proposer une reconstruction des bienfaits de la raison... Il doit bien en exister un usage positif. A défaut de pouvoir l'exhiber, on peut toujours examiner ce qui n'est pas raison, et voir que le résultat ne vaut guère mieux : Intuition ? elle dit que la Terre est plate. Croyance ? Elle peut affirmer que la souffrance est rédemptrice ! Pensée magique ? Elle constitue un refus du monde, du réel, un hochet dérisoire pour échapper, par exemple, à la certitude de la mort... La tradition, le retour au passé, la "bienfaisante nature" avec laquelle se réconcilier ? On donne alors dans un passéisme conservatisme, voire réactionnaire, de ceux qui justifient les jougs et les servages par des "ordres naturels".

Voilà ! Deux parties pleines de nihilisme et une troisième à construire qui dirait que la raison, c'est quand même ce qu'il y a de mieux pour raisonner...

Ouais...

Pff...




Sujet 2 : Pour trouver le bonheur, faut-il le rechercher ?

pas d'inspiration, là, d'un coup.


Dernière mise à jour par : Théodoric le 15/06/17 16:45

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Membre Lord of Graveyards   Réponse au Sujet 'Qu'auriez-vous pu dire ?' a été posté le : 18/06/18 10:30
Je serais curieux de savoir si l'exercice que je pratique ici depuis un bail, maintenant, dessine ma constance, mon inconstance ou la déchéance progressive de mes facultés d'analyses, le racornissement lent de ma pensée ou sa concentration sur l'essentiel... Peut-être aussi est-ce que ça témoigne que j'épouse l'évolution des idées du temps, des pensées du moment, des courants qui nous imprègnent et nous imbibent à notre insu, à mesure que nos médias et réseaux nous en gavent et nous y confinent...

J'aurais aimé dire "imperturbable, je persiste", mais beaucoup de choses me perturbent quand même. Ma pensée du moment, en tout cas, c'est que si je crois de plus en plus le monde, je crois de moins en moins ceux qui en parlent, ce qui le résument, ceux qui le réduisent à règles, ceux qui l'appauvrissent par le discours, puisque se dessine en filigrane tout discours ne fait qu'appauvrir le réel.

Nul doute que la cuvées 2018 me donnera l'occasion de placer ça...

Zou !

Les sujets en série S (coefficient 3) :

Sujet 1 : Le désir est-il la marque de notre imperfection ?

Sujet 2 : Éprouver l'injustice, est-ce nécessaire pour savoir ce qui est juste ?

Sujet 3 : (explication de texte)

Les sujets en série ES (coefficient 4) :

Sujet 1 : Toute vérité est-elle définitive ?

Sujet 2 : Peut-on être insensible à l'art ?

Sujet 3 : Explication d'un texte d’Émile Durkheim (1912)

Les sujets en série L :

Sujet 1 : La culture nous rend-elle plus humain ?

Sujet 2 : Peut-on renoncer à la vérité ?

Sujet 3 : Explication d'un texte d’Arthur Schopenhauer

Les sujets en série technologique (coefficient 2) :

Sujet 1 : L'expérience peut-elle être trompeuse ?

Sujet 2 : Peut-on maîtriser le développement technique ?

Sujet 3 : Explication dirigée d'un texte de Montesquieu.



Ok... on va bien trouver de choses à dire à chaque fois !




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Membre Lord of Graveyards   Réponse au Sujet 'Qu'auriez-vous pu dire ?' a été posté le : 18/06/18 11:35
Série S, Sujet 1 : Le désir est-il la marque de notre imperfection ?

Vlan ! Pourquoi devrions-nous être parfaits ? Quel est le con qui veux nous y forcer ? Est-ce qu'on n'a pas une vie à vivre plutôt que d'atteindre une perfection ? Et quel est le psycho/sociopathe macronnien qui voudrait d'une perfection sans désir ?

La question même enferme le débat dans le rapport à une norme, figurée ici par la "perfection". L'opposition se fait avec le "désir", en tant qu'une caractéristique du vivant, du vécu.

A la lecture même du sujet je sens s'empuantir l'atmosphère de toutes les morales, les religions, les normes, les standards, les canalisation et redirections de nos désirs...

Mes désirs ? La paix, la convivialité, l'amitié, l'amour, l'entraide, la curiosité pour ce qui est nouveau, l'intérêt pour ce qui stimule la créativité, l'envie de comprendre, le plaisir de se donner en spectacle sur scène avec et pour des amis... (on parle bien des désirs, c'est à dire une fois les besoins comblés : se loger, avoir le coco plein, etc...).

La "perfection" ? Il faudrait faire un tri entre ses désirs ? On en aurait d'impurs ?

Oh, j'en vois bien de malsains (mais, évidemment, chez les autres) : Convoitise, domination, asservissement, musellement, censure, protection sécuritaire, volonté de profit, rage d'avoir avec autrui des relations et des échanges déséquilibrés, avec la volonté systématique d'en sortir gagnant comme on met un adversaire à terre ou comme on presse un citron jusqu'à la dernière goutte...

J'en vois d'autres, de ces désirs "impurs" dans ceux qu'on veut nous implanter : la possession de tel objet "dernier cri", l'adhésion à la mode, l’acquisition de tout l'imaginaire qu'on nous vend en accessoire d'un parfum, d'une voiture, d'un lave-linge connecté... "d'une armoire à cuillère, d'un évier en fer, d'une tourniquette pour faire la vinaigrette", etc.

Ce qui pue dans ce sujet, c'est bien que des philosophes ont inventé toute une chaine de syllogismes ascendants pour justifier que le désir c'est mal. La perfection n'étant pas de ce monde, il y aurait un état idéal, et un idéal à atteindre, où l'on serait sans désir, c'est à dire comblé. Comme il est facile de vendre un tel discours à ceux qui souffrent, à ceux qui ont du mal-être, aux miséreux, aux esseulés et aux orphelins, pour leur faire miroiter une utopie de perfection, d'ataraxie et de contentement constant. On entend ces discours dans la bouche de gourous, ecclésiastes divers et de vendeurs de voitures à crédit... Bolloré, Ben Laden, même combat !

- Et la volonté d'atteindre ton "divin", ce n 'est pas un "désir" ?
- ah, mais non, mon petit : c'est une "aspiration" !
- ah ouais ! Ben tiens ! c'est bien foutu, hein ?
- tu souffres du désir parce que tu es en manque. Tu es incomplet ! tu iras mieux quand tu auras satisfait ton désir. Signe là !


Bon, OK, je ne dis pas que Fourniret et quelques malades du même tonneau ont des désirs bien propres, mais je les tiens pour ultra-minoritaires.

Bien sûr qu'on a des désirs. Bien sûr qu'ils ne sont pas a priori le témoignage d'une imperfection, sinon par référence à un fantasme malsain de perfection. Bien sûr qu'ils sont un moteur pour l'action, un élément de la faculté de se projeter, un guide pour la découverte, un stimulant pour l'effort aussi bien que pour se révolter contre l'injustice et l'exploitation... Ah, ben voilà pourquoi Bolloré voudrait bien abolir le désir imparfait (celui du syndicaliste ou du révolutionnaire) par opposition aux aspirations louables, sans doute, c'est-à dire la consommation compulsive de ce qui sort de ses usines...

Le problème de ce sujet, c'est que soit on récite son cours sans se poser de question, ce qui n'est pas philosopher, soit on se pose la question de l'absurdité de la "perfection" et des portes qu'elle ouvre aux gourous de tous poils (notamment le fameux loup-gourou, donc) pour nous faire gober leurs salades. Du coup, ça rend le sujet si inépuisable qu'un correcteur mal luné peut vite crier au hors sujet.


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Membre Lord of Graveyards   Réponse au Sujet 'Qu'auriez-vous pu dire ?' a été posté le : 18/06/18 12:06
Série S, sujet 2 : Éprouver l'injustice, est-ce nécessaire pour savoir ce qui est juste ?

J'ai entendu Dupont-Morretti, récemment, je ne sais plus à quel propos. Le journaliste manichéen comme c'est courant, tentait de le prendre en défaut sur la défense des droits d'un "salaud" en diffusant l'interview d'un proche de la victime. Je pense aussi à l'actualité de Bertrand Cantat, et les commentaires imbéciles qu'on a pu entendre ici ou là sur le fait qu'on ne devrait pas laisser un chanteur comme ça s'exprimer après ce qu'il a fait, comme si acheter une place de spectacle revenait à approuver son crime.

Dupont Moretti a réagi admirablement, en affirmant que, de tous ses détracteurs, les familles des victimes étaient évidemment les seules fondées à ne jamais être satisfaites de la décision de justice qui sera finalement rendue. C'était riche de sous-entendus précieux et pertinents. On peut éprouver de la douleur, et une douleur inextinguible quand on est soi-même victime d'une injkustice irréparable. Et le fait même qu'elle soit irréparable rend toute réparation dérisoire. C'est sûr que Trintignant peut en vouloir "à mort" à Cantat et que même en infligeant lui-même au chanteur le supplice de la roue ou de l’écartèlement, il continuera à souffrir.

Sans même prétendre qu'il s'agirait de vengeance, il ne s'agit probablement pas de la seule "justice". Dans "justice", il y a "juste", c'est à dire l'idée d'une mesure. La douleur des victimes et de leur proches est toujours démesurée. Certains pays, et notamment les USA, scindent bien les deux fonctions civile et pénale de la justice, au moins dans la forme des procès, en séparant la réparation aux victimes et la sanction de la violation de la loi. Ça ne veut pas dire que ce système n'aboutit pas finalement aux mêmes travers que le nôtre..

Dans un tel système, peut-être que Cantat aurait fait moins de prison, mais qu'il aurait été endetté à vie par le dédommagement. Nul ne se plaindrait plus de la notoriété retrouvée de Cantat, puisque l'argent de ses concerts irait à Trintignant ! On pourrait même être fier d'y aller et du coup, la sanction pénale vaudrait exactement ce qu'elle n'aurait jamais dû cesser de valoir : une dette qu'on peut éteindre et qu'on a payé une fois pour toute et intégralement quand on sort de prison.

L'injustice est violente, totale, brutale, manichéenne, qu'on en soit auteur ou victime. La justice est mesure. On le sait depuis la loi du talion, qui déjà, s'entend comme une invitation à la mesure : un oeil pour un oeil et pas plus. On le sait aussi depuis le code Hammourabi et toutes les traces antiques de décisions de justice : il s'agit de donner la juste peine et pas plus, avec tout ce que la peine peut avoir de punitif, mais aussi de préventif et de dissuasif.

Bien sûr que la peine de mort fera irruption dans le débat, probablement pour se réjouir de sa disparition. On peut avec a propos étudier sous l'angle philosophique les propositions intelligentes de Taubira concernant l'idiotie des peines carcérales qui ont fait la preuve de leur inefficacité depuis longtemps, mais qu’on maintient pour complaire à la foule vindicative.

Bref, un axe essentiel du sujet peut s'articuler sur une idée : c'est à la collectivité posée et réfléchie d'établir les mesures des peines, et certainement pas aux victimes elles-mêmes, non plus qu'aux foules vindicatives qui hurlent à la sévérité, non plus qu'aux excités du bocal qui s'en font le chantre pour instaurer des peines plancher et durcir des conditions de détention dans des conditions de promiscuité, de vétusté et d'hygiène qui font toujours regarder la France comme auteur de traitements inhumains et dégradants.

Je n'ai peut-être qu'une des trois parties voire la seule introduction, mais je m'en contente aujourd'hui, là, tout de suite, avant d'aller manger. Dans un devoir complet, il y aurait à développer peut-être, le commentaire du terme "éprouver" en tant qu'il recouvre à la fois l'idée de ressentir et celle de mettre à l'épreuve, au sens d'une vérification expérimentale. C'est peut-être ça le pont vers Taubira.



Dernière mise à jour par : Théodoric le 18/06/18 12:50

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Membre Lord of Graveyards   Réponse au Sujet 'Qu'auriez-vous pu dire ?' a été posté le : 18/06/18 13:43
Série ES, sujet 1 : Toute vérité est-elle définitive ?

Parmi plein de directions possibles j'en retiens deux comme point de départ :
- la dimension épistémologique, la méthode scientifique mettant la vérité à l'épreuve de la réfutation...
- la dimension historico/mémorielle (oh que cette association va m'attirer de foudres !), avec le débat sur la vérité officielle, la pénalisation de la controverse quand elle porte révisionnisme, et dernièrement, la "notion" trumpiennne de "faits alternatifs"...

Le "vrai" de la science ne l'est que "jusqu'à preuve du contraire".
A peine plus souple, le "vrai" du juge teint aussi à ce qui est suffisamment établi et non sérieusement contredit. Il l'est à un instant donné, en l'état actuel de l'instruction.

On peut comparer au "vrai" de la religion, admis comme tel par la foi qu'on prête à un texte, au fait qu'on le reconnaisse comme sacré et, du coup, intangible, et le fait qu'on finisse par plier le monde à la compréhension du texte plutôt que retoucher le texte quand le réel lui apporte un démenti.

Abordé du point de vue des sciences cognitives, la question philosophique trouve une réponse dans le théorème de Bayes, où chaque observation concordante renforce la probabilité d'une affirmation quand l’observation contraire en réduit la probabilité.

La vérité se distingue sur ce point de la probabilité en ce qu'il suffit d'un démenti pour la pulvériser.

La force potentielle de la démarche scientifique tient en ce qu'une vérité, à la supposer découverte, énoncée et soumise à réfutation, ne la rencontrera jamais. on aura juste tenu pour provisoirement vraie, une proposition qui le serait définitivement à notre insu. Rien de bien grave, en somme.

Est-ce que j'introduis ici mes préoccupations du moment sur la diversité foisonnante du réel qui fait passer toute théorie, l’énoncé de toute règle, l'affirmation de tout constat et toute mise en mots même du réel, pour une généralisation nécessairement réductrice et abusive ? MMmmm. Ouais... je pourrais. Ou pas.


Dernière mise à jour par : Théodoric le 18/06/18 14:56

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Membre Lord of Graveyards   Réponse au Sujet 'Qu'auriez-vous pu dire ?' a été posté le : 18/06/18 14:55
Série ES, sujet 2 : Peut-on être insensible à l'art ?

Est-ce que je suis sensible à l'art, personnellement ? A la musique, oui. A la danse, vachement moins, mais je me suis laissé surprendre à être fasciné par un spectacle de Sidi Larbi Cherkaoui. En peinture, je comprends parfaitement l'insensibilité de certains à l'art contemporain et la réaction consternée des premiers contemplateurs de Picasso.

L'essentiel des débats sur l'art date de la réception controversée de Picasso, Duchamp et Warhol. Si l'art a su renouveler sa production depuis, est-ce que la philosophie a continué à s'en saisir pour renouveler ses questions ? J'ai un gros doute.

Il me semble qu'au contraire, les pensées contemporaines tendent plutôt à remonter le courant pour contester la qualification d’œuvre d'art, au sens où nous l'entendons, à des réalisation du passé qui pouvaient fort bien répondre à 'autres motifs et d'autres fins : hommages religieux, commémorations héroiques, vertus éducatives ou moralisatrices...

Au néolithique, est-ce l'amour du beau qui pousse une personne à se parer de produits du travail collectif de nombreux congénères pour l'avoir élaboré, qu'il s'agisse de hache en pierre polie ou de vêtements faits de milliers de coquillages délicatement percés ? A partir de quand est-ce un signe de richesse ? A parti de quelle quantité de travail est-ce un signe de respect d'une communauté entière ? A partir de quand est-ce un signe de domination régionale ? Et pire encore : l'art a-t-il réellement perdu cette fonction sociale démonstrative et hiérarchisante ?

Est-ce être insensible à l'art que d'être sensible à ça ?

Des pyramides à l'Opéra Garnier, l'architecture a-t-elle jamais eu d'autres fonctions que d'affirmer le rang social de ceux qui y sont admis, et d'écraser et humilier les autres en leur faisant sentir la place mineure où ils résident ?

Et ce qui vaut pour le temps vaut aussi dans l'espace : ce que nous tenons pour l'art précolombien ou les arts "premiers", sont-ils des œuvres faites pour qu'on leur réserve le même accueil qu'à un Rodin ? Ou est-ce aussi illégitime que la collecte et l'exposition de vase canope égyptiens, qui n'avaient pas vocation à finir dans nos musées, ou des coiffes indiennes, des sculptures rituelles ou des motifs aborigènes à des fins de ventes textiles ?

Il n'y a peut-être pas de façon humaniste d'évaluer la légitimité d'une appropriation culturelle, fut-ce sans dépossession de la culture d'origine, mais une façon savoureuse de le faire serait de replacer l’œuvre en question dans le contexte du ridicule absolu des croyances et des superstitions qui accompagnaient le rituel de son usage social... je parle bien sûr du rituel du défilé de mode où des péteux et pétasses mondains s'extasient des "audaces" des créateurs, en contemplant comment chez des anorexiques qui portent plus de maquillage que de chair, les coups de talons violents sur le sol se répercutent pauvrement sur une absence de poitrine.

ce qu'on peut dire, c'est qu'il n'y a pas que l’œuvre d'art qui témoigne de l'époque : la qualification même d’œuvre d'art et la fonction sociale qu'on lui reconnait sont aussi bien datées et connotées. Au sein même de la société, il se peut que les différences de conceptions sur ce point soient de puissants marqueurs de classe ou de caste... et guère plus.

Est-il de bon ton de trouver Burenne ringard ? Faut-il se choquer d'un plug-in en guise d'arbre de Noël ? Votre interlocuteur, entraîné à cet effet, peut vous situer dans l'échelle sociale aux réponses et arguments que vous développerez. Est-ce moins ridicule que d'espérer que la réunions de certains objets attirera les bonnes grâces des Esprits ? Pas sûr. En tout cas, je tiens le rituel chamanique pour moins nocif que le brassage d'affaires en marge des défilés de mode ou d'un festival du film à Cannes. Ne serait-ce que pour l'environnement.

Et comme d'habitude, j'ai du mal à parler d'art sans me soulager de mon fiel à l'encontre du divertissement industriel qui prétend en tenir lieu actuellement.

Et encore, peut-être l'irrévérence blasphématoire gratuite (mais médiatique) constitue-t-elle une alternative au divertissement de masse, à moins qu'il ne s'agisse que d'un repositionnement ponctuel ou d'une "niche" commerciale spécifique. C'est devenu une forme recherchée de sensibilité à l'art que l'indignation, la révulsion, et le procès en hérésie ou en blasphème.

Plus exactement, c'est peut-être le temps du blasphème qui se propose de succéder aux temps (bénis) des hérésies. Je m'explique : Le "progrès" artistique s'étant longtemps nourri de controverses entre les anciens et les modernes (la bataille d'Hernani, par exemple) sous formes de procès en hérésie, c'est maintenant la confrontation au blasphème qu'il semble rechercher. Ma génération pouvait espérer l'intérêt de ces conneries totalement révolu. Ça pose vraiment la question du "progrès" en art.

Dans tous les cas, on voit bien une dimension provocatrice comme constante de l'art. Est-ce que ça tient à l'art ? Est-ce que ça ne tient pas plus à la revendication d'un statut social d'artiste et à la nécessiter de casser l'existant pour exister à son tour ? L'art n'existe-t-il que parce qu'il désacralise ? Ici et maintenant, c'est possible.

En tout cas, il tire de cette désacralisation une vocation assez subversive que certains tiennent encore pour son essence. A ça, en tout cas, je suis sensible.




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Membre Lord of Graveyards   Réponse au Sujet 'Qu'auriez-vous pu dire ?' a été posté le : 18/06/18 15:29
série L, sujet 1 : La culture nous rend-elle plus humain ?

Un sujet qui tient essentiellement à la définition de ses termes. Donc approche classique : définir la culture, l'humain, et surtout le verbe rendre, qui signifie vomir. Non, je déconne.

La culture, c'est d'abord un élément caractéristique de l'espèce humaine, à défaut d'être distinctif : la faculté de former le cerveau en l'informant et d'acquérir des comportements par l'observation et la reproduction, au lieu qu'ils soient juste dictés par des pulsions et des réactions instinctives. si ce n'est pas l'acquis par opposition à l'inné, c'est au moins les dimensions sociales et comportementales, linguistiques incluses de cet acquis. J'oppose moins la nature à la culture, parce que je tiens la nature humaine comme tellement fertile à la culture qu'elle y pousserait malgré tout, même si l'expression faciale des congénères se limitait à des émoticons.

La culture c'est aussi ce qui divise l'humanité en différentes civilisations, et même, au sein d'une civilisation, un marqueur de caste ou de classe sociale. Je ne sais pas si, au sein d'une "civilisation", les plus cultivés sont les plus "humains", mais je sais que l'Humanité en tant qu'elle est une unité égarée sur une petite planète périphérique qu'elle s'emploie consciencieusement à rendre invivable, se ridiculise à la morceler en nations rivales et belliqueuses, pour des motifs d'incompréhension réciproque, d'intérêts divergents, de religion ou de couleur de peau. Ben voilà : la réponse est dans l'introduction du paragraphe : cette "culture" divise. elle rend moins humain si l'humain se définit comme une unité... mais qui la définit encore ainsi ?

Bon, c'est pareil au sein de "notre" culture, où finalement les gens qui briguent la culture briguent surtout le pouvoir qui va avec, la faculté de se faire connaître et reconnaître dans tel ou tel milieu, de l'intégrer, d'en faire partie... Même si la "culture générale" ne fait plus partie des épreuves des concours d'entrée dans la fonction publique, elle aura longtemps servi aux commis de l’État de critère de cooptation dans un même milieu, dans une même mouvance de pensée, etc.

A ce stade, la réponse qui se dessine, totalement contre-intuitive, c'est un gros refus bien puant du rôle civilisationnel et humanisant de la culture. Et là, ça pue grave.

Non, parce que on a déjà vu des civilisations sombrer pour moins que ça, les unes mettant leurs intellectuels au goulag, les autres, en application d'un petit livre rouge, pratiquant l'ostracisme, l'humiliation voire l'épuration de masse, d'autres encore déversant des flots d'inculture crasse pour noyer les pensées dissidentes, aux beaux temps du Maccarthysme et autres pratiques de listes noires... On parle aussi du nazisme ? du Francisme ? du Fascisme ? Tous caractérisés par la volonté de faire taire la dissidence et, par essence, la culture qui y donne accès. On parle de Bolloré, encore un coup, et sa censure des guignols ? Pareil.

Les réseaux sociaux ont rendu cette petite planète encore plus petite, mais pas au bénéfice d'une humanité réunie. Au contraire, le morcellement groupusculaire se poursuit avec la possibilité nouvelle de ne plus rencontrer que des gens d'accord avec soi et capables de s'indigner en même temps des mêmes choses, surtout si ça vient d'un autre groupuscule hérétique.

L'unité de l'espèce humaine ne dépend plus de la culture, mais de la contemplation béate de millionnaires qui tapent dans des ballons. Rassemblés enfin ? Ça dépend de l'équipe que tu supportes !


Dernière mise à jour par : Théodoric le 18/06/18 15:42

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Membre Lord of Graveyards   Réponse au Sujet 'Qu'auriez-vous pu dire ?' a été posté le : 18/06/18 16:29
Série L, sujet 2 : peut-on renoncer à la vérité ?

On peut faire la liste des actionnaires principaux du CAC 40 et des lauréats des dernières promotions de l'ENA pour, sans même aller chercher des chefs d'état étrangers qui ne manquent littéralement pas de toupet, ont renoncé à la vérité comme le cadet de leur souci. S'il y a quelque chose à laquelle ils n'ont pas renoncé, ce n'est pas la vérité mais l'absolue nécessité de paraître vrai, leur crédibilité, leur capacité à inspirer confiance, à se mouvoir dans le milieu aquatique du mensonge sans rider la frêle surface du vraisemblable. C'est une technique. Ils la maîtrisent en tout point.

Bien sûr qu'on peut renoncer à la vérité, et ceux-la s'entendent à merveille pour l'aménager à leur goût.

Les complotistes et autres platistes constituent également un adorable exemple de personnes qui alimentent leur identité social d''une recherche systématique de la vérité à l'endroit où n'importe qui aurait renoncé à la trouver, et à la déduire de bases erronées.

Y a-t-il seulement une vérité qui puisse faire consensus, ou n'y a-t-il que des convictions, toutes également respectables tant qu'on ne défend pas la conviction contraire ?

Les exemples ne manquent pas non plus de sommités qui truquent et trichent, falsifient leur résultats pour obtenir les honneurs, les places, les subventions... A commencer par l'inventeur de la psychanalyse, tiens ! Et Edison qui pille Tesla, et tant d'autres ! Quelqu'un se pose encore la question de savoir si l'on peut renoncer à la vérité ?

Vas-y aussi de ton couplet contre le front national : des gens qui, sauf à être cons volontairement ou assez bêtes pour se convaincre de leurs propres mensonges, nourrissent leur arrivisme de contre-vérités, de réalités arrangées, de crétineries tenues pour vraies par les seuls paresseux du bulbe ! Tu as besoin d'autres exemples que ces empapaoutés ?

S'il est contraire à la vérité que de mentir, il l'est autant de croire aux mensonges. L'homme s'est créé tant de divinités... à supposer que l'une d'elles soit la bonne, vous imaginez le nombre de croyants qui ont été dans l'erreur ? Et pour avoir cru qui donc, sinon un menteur qui se prétendait détenteur de la vérité, prophète ou fils d'un dieu, voire dieu lui-même... ? Il n'a pas renoncé à la vérité celui qui la sacrifie allégrement pour croire une histoire du monde plutôt que le monde lui-même, celui qui tient le livre saint pour plus véritable que le réel lui-même ?

Renoncer à la vérité ? Mais on voit ça quotidiennement. Des coachs et des psychologues nous enseignent même que c'est une méthode de défense indispensable : le déni face au deuil, face au traumatisme, face à la douleur ou au souvenir insupportable. On s'en rend amnésique de renoncer à la vérité, mais c'est parce que la vérité peut faire mal et être insupportable.

La question n'est plus depuis longtemps "peut-on renoncer à la vérité" mais "de quelle minorité en voie de disparition attend-on encore qu'il défende la vérité ?". Le scientifique ? Le médecin ? Le juge ? Le notaire ? Oh, vous pouvez ajouter le curé, hein, pour ce que j'en pense...

J'entends "le journaliste" ? Ne me faites par rire. Le Lanceur d'alertes ? Ah, ben oui, tiens, parlons-en... un statut vaguement protecteur à peine esquissé par la loi qu'on peut déjà le condamner pour atteinte au secret de l'entreprise et bientôt pour propagation de fausses nouvelles ! Merveilleux ! On a à peine ouvert la serrure qu'on a déjà muré la porte !

A supposer qu'à titre personnel, je souhaite vraiment ne pas renoncer à la vérité, les éléments pour l'atteindre deviennent de plus en plus suspects, partiaux, incertains et viciés. Je cherche toujours à me faire une opinion sur les vaccins, et les hurlements que je déclenche, en le disant, chez les adversaires comme chez les partisans ne tiennent pas lieu d'arguments convaincants. Voilà un bel exemple de vérité à laquelle, dans ma haine du mensonge et de la tromperie, j'ai préféré renoncer.


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