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Primus inter paresse

-= Lord of Graveyards =-
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Réponse au Sujet 'Qu'auriez-vous pu dire ?' a été posté le : 16/06/11 11:30
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[màj pour correction orthographique partielle]
Et zou ! le rituel reprend... C'est un marronnier.
Comme d'hab, je zappe les commentaires de textes (sujets n° 3), juste parce que j'ai la flemme de copier/coller...
Citation :Sujets de la série L :
- Sujet 1 : Peut-on prouver une hypothèse scientifique ?
- Sujet 2 : L’homme est-il condamné à se faire des illusions sur lui-même ?
Sujets de la série ES :
- Sujet 1 : La liberté est-elle menacée par l’égalité ?
- Sujet 2 : L’art est-il moins nécessaire que la science ?
Sujets de la série S :
- Sujet 1 : La culture dénature-t-elle l’homme ?
- Sujet 2 : Peut-on avoir raison contre les faits ?
Sujets du bac Techniques de la musique et de la danse (bac techno) :
- Sujet 1 : La maîtrise de soi dépend-elle de la connaissance de soi ?
- Sujet 2 : Ressentir l’injustice m’apprend-il ce qui est juste ?
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Bon, la cuvée contient des trucs faciles en apparence mais avec des développements assez riches.
Citation :Peut-on prouver une hypothèse scientifique
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Ça peut passer pour une question de QCM, et c'est un débat qui ne m'intéresse plus guère.
Replongeons-y !
La démarche scientifique consiste à faire des hypothèses et, autant que possible à les confirmer par la vérification expérimentale. Ou à les infirmer.
La vérification expérimentale tient lieu de preuve, jusqu'à preuve contraire, comme en droit. C'est à dire que la preuve n'est valable que dans les limites de l'expérience et dans les limites de l'expérience. Bon... où est-ce que ça peut bien nous mener, tout ça ?
La vérification expérimentale (tiens, je ne me suis jamais penché sur l'étymologie de "vérification"... c'est peut-être l'occasion). fait-elle rendre "vraie" l'hypothèse ? Plus ou moins... disons qu'elle prouve que "tout se passe comme si" l'hypothèse était confirmée.
Bon, bref, on peut avancer que la "vérité" scientifique est établie par la vérification expérimentale, mais dans des limites qu'il faut connaître et au delà desquelles l'hypothèse peut être infirmée. Autant dire que ce n'est pas une "vérité" intangible, universelle et intemporelle, et que les évolutions de nos conceptions de l'univers peuvent amener à considérer que ce qu'on tenait pour acquis n'est que l'extrapolation inexacte d'une approximation même si cette approximation donnait des résultats probants dans le champ de l'expérience vérificatrice.
La certitude, c'est que quand j'apporte une preuve expérimentale contraire, je prouve que l'hypothèse est fausse. La logique de la preuve en sciences exactes permet de se satisfaire d'exhiber un contre-exemple pour rendre l'hypothèse fausse. La "falsification" s'avère donc plus simple que la "vérification". A contrario, la vérification prend donc les allures précaires d'un élégant château de cartes... C'est comme la vie extra-terrestre : tout ce qu'on peut prouver c'est qu'on n'a pas encore de preuve qu'elle existe (à ma connaissance).
Il serait intéressant, et notamment dans le contexte actuel, d'aborder l'épistémologie avec le vocabulaire du juriste, et de décrire le mode de preuve scientifique comme l'élaboration d'une présomption réfragable, c'est à dire qui tient tant qu'on n'a pas la preuve contraire. Ça permettrait au passage de recentrer le terme "présomption" que les journalistes emploient si souvent comme des cochons (ils en font un synonyme de "suspicion" alors que c'est l'inverse). L'ouverture vers le droit peut d'ailleurs ne pas être mal vue dans un devoir de philo... Bref, la vérification expérimentale instaure une présomption scientifique de validité de l'hypothèse vérifiée, mais non une preuve intangible, permanente, définitive de sa validité.
A ce propos, au delà des sciences exactes, il faudrait ouvrir sur les sciences humaines et des sciences moins exactes, ainsi que pénétrer plus avant dans les complications qu'apportent aux modes de preuve scientifique, le voisinage des théorie relativistes ou quantiques...
Là, il est difficile de faire simple et de s'engager dans la réflexion sans de sacrées connaissances...
Citation :L’homme est-il condamné à se faire des illusions sur lui-même ?
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Hou, ben... là...
Déjà, quel est le cadre ? A quoi est-ce que ça peut bien servir de se représenter soi-même ? Peut-on y échapper ? Il me semble qu'un être humain ne le peut. En tout cas, un philosophe ne le peut pas, puisque l'acte essentiel de la philosophie est la réflexion (au sens optique ou mathématique du terme), c'est-à-dire l'observation de soi pensant. La pensée sur la pensée. Il doit y avoir un auteur à citer qui aura défini la philosophie comme ça...
Bon. Donc, quoi qu'on fasse sur ce sujet, ce sera bien de la philo. Il faut en vouloir pour faire un hors-sujet avec ça.
Après, bon, oui... comment être à la fois l'observateur et l'observé ? Comment confirmer ou infirmer ce que l'on pense être ? Comment établir une "vérité" de soi par le travail de réflexion... à la limite, si le travail de réflexion nous change, il change aussi l'observateur, ce qui pollue l'observation au fur et à mesure... Bon, bref, l’illusion... Il doit bien y avoir un éclairage étymologique de l'illusion qui permette de doctes développements... mais là, on va dire que dans les conditions de l'examen, je n'ai pas ça sous la main.
Mais bon sang ! J'y pense ! Je ne suis pas seul au monde ! Autrui, c'est bien, pour me conforter ou me corriger de mes illusions éventuelles. Je me confronte aux dehors de moi, et à mon semblable, qui, par bonheur, ne l'est pas tant que ça. Je peux donc me faire renvoyer des connaissance et des informations sur qui je suis, en tant que spécimen de l'espèce, mais aussi en tant que singularité dans cette espèce. Oui, mais bon... est-ce que ça suffit ? Est-ce que je peux dissiper ainsi toutes mes illusions ? Est-ce qu'au contraire, je ne vais pas, dans la confrontation, tenir pour vrai ce qui ne sera qu'une illusion partagée ? Tiens, voilà une bonne définition du fanatisme au passage. Hmm ? De la religion ? Heu... Skro, tu m'écoutes ? Bon, alors passons à autre chose...
Tiens, je n'ai plus beaucoup de mémoire, alors je place ici la citation de Nietzsche : « les convictions sont des ennemis de la vérité plus dangereux encore que le mensonge » ou un truc dans le genre... Donc, si la réflexion et la confrontation à autrui ne font que m'apporter des convictions sur moi-même, alors oui, je peux être condamné à me faire des illusions sur moi-même.
Mais bon... à ce stade, je reviens au cadre pratique et concret dans lequel la question se pose... A quoi ça sert de se poser la question ?
La réponse qui me vient à l'esprit, c'est que ça m'apporte de pouvoir être fidèle à moi-même. Et c'est déjà un parti pris, et c'est déjà plein d'une connotation sociale, dans la mesure où ce que je pers en étant infidèle à ce que je suis, c'est en premier lieu la considération et l'estime de ceux qui comptent sur la permanence de la représentation qu'ils ont de moi.
Me faire des illusions sur moi-même, quand bien même y serai-je condamné, me sert à instaurer cette permanence et cette confiance dans les rapports sociaux qui me constituent. Les illusions sont des prédictions auto-réalisatrices, qui finissent par faire reposer ce que je suis sur ce que je choisis d'être, et ce, en lien étroit avec ce que les autres en attendent...
Dit autrement, « nous sommes ce que nous faisons de ce que les autres font de nous ». J'ai entendu cette phrase dans la bouche d'Onfray, et je crois qu'il citait Sartre. Ce n'est pas incohérent : après tout, Sartre fait reposer l'édifice de ce que nous sommes sur quelques décisions existentielles, quelques choix fondamentaux pris dans les conditions sus-évoquées, et en recomposant autour de ces choix la matière que les autres nous ont fournie dans nos rapports sociaux.
Donc, quand bien-même me bercerais-je d'illusions sur moi-même, je peux être fidèle à ces illusions, les ériger en principe existentiel, et choisir qu'elles me définiront. Qu'il s'agisse de vérité ou d'illusion reste finalement d'une importance relative (sauf à déclencher, plus tard dans mon vécu, quelques pathologies psychologiques...).
A gros trait, voilà ce que j'aurais pu dire sur ce sujet.
Citation :La liberté est-elle menacée par l’égalité ?
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... ou l'essence du clivage droite/gauche... C'est trop facile de verser dans un sujet politique. Et/ou historique...
Il faudrait en dégager une problématique plus apolitique pour traiter le sujet en véritable philosophe... sauf à considérer que seul les faux philosophes sont apolitiques, ce que je crois intensément (mais j'y ajoute volontiers aussi les philosophes de droite ).
Et donc, il faudrait au moins définir la liberté et l'égalité en des termes qui ne soient pas immédiatement politiques. L'horreur. Rien que pour ça, c'est un sujet qui me serait piégeux.
D'autant que, si je me mets à parler comme les prophètes de Judée... J'ai deux fils. Je donne à chacun vingt talents (oui, je suis riche, et je vous ******** !). C'est l'égalité. Ils en font ce qu'ils veulent. C'est la liberté. Où est-ce que c'est incompatible ?
Tiens, au passage, ma parabole suppose qu'ils soient frères... Liberté, égalité, fraternité... Comme si c'était un tout et que le troisième terme éclairait finalement les deux premiers... J'arrête : le correcteur va me prendre pour un nationaliste obtus...
Bon, bref, il doit bien y avoir un trajet discursif pour passer de la parabole au clivage politique en passant par les philosophes, mais là, comme ça, ça ne me vient guère...
Ultime tentative : renverser les termes : La liberté menace-t-elle l'égalité ? Ah, tiens, oui, là, c'est plus facile d'un coup... Une liberté non maîtrisée, une liberté qui bafouerait celle d'autrui, une ambition démesurée qui conduirait à se goinfrer de liberté aux dépens de celles des autres, à accéder au pouvoir sans contrepartie et à seule fin d'être au dessus des lois, des coutumes et des tabous, de monopoliser le les fastes, la richesse et tout et tout, oui, c'est clairement attentatoire à l'égalité (Ca y est, je retombe dans l’ornière du politique...).
Mais bon, quelle égalité, du coup ? C'est à ma liberté que la liberté d'autrui peut porter atteinte. L'égalité, c'est me permettre d'exercer aussi la liberté avec pour seule entrave les libertés d'autrui... La liberté est individuelle, et l'égalité est une façon collective et consensuelle d'aménager les libertés pour qu'elles ne se gênent pas trop les unes les autres...
A ce stade, il faudrait quand même circonscrire le propos : ce type de pensée n'est possible que dans certaines sociétés, dotées d'une certaine organisation, reposant sur certains modes de production... ce ne sont pas des vérités universelles.
Ca suppose notamment un droit. Et un Etat. Et donc, accessoirement un Etat de Droit... Et qu'il reconnaisse des libertés publiques et qu'il les aménagent les unes par rapport aux autres. Tout ça est de la même substance. Est-ce qu'il sera forcément démocratique ? Faut voire... Je ne sui pas totalement convaincu d'être dans une démocratie, alors ça pollue l'opinion, forcément...
Mais bon, du coup, pour revenir au sujet, les libertés (ou l'usage des libertés, ou l'abus de ces libertés) menacent l'égalité de façon assez évidente l'égalité. L'inverse est moins évident, et l'égalité passe alors, selon comment on la définit, pour les alvéoles qui définissent nos espaces de libertés, à la fois pour les limiter, mais aussi pour les défendre contre les libertés des autres.
Ca me parait atteindre une problématique intéressante, mais ce ne sera probablement pas la seule... Et ça me satisfait moyennement.
Citation :L’art est-il moins nécessaire que la science ?
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La question me semble idiote à plus d'un titre.
D'abord parce qu'elle ne se pose que dans certaines sociétés, qui ont érigées aussi bien la science que l'art comme des domaines d'activités, (y consacrant des ressources sociales non productives) puis les ont isolés les uns des autres, pour finalement (surtout si ces sociétés sont confrontées à des obligations de maîtrise de leur endettement), les mettre en concurrence...
Dit autrement, la question est d'actualité. Elle ne se posait certainement pas dans les mêmes termes avant la décolonisation, à la cour de Louis XIV ou du temps des peintures pariétales. Je rajoute (après coup) le rappel de De Vinci, qui me semble connu tant pour son art que pour sa science. Qu'eut-il dit de la question ?
A ce propos, on pourra retrouver le sujet du forum qui traite de la généalogie de Sapiens, et où il me revient d'avoir cité les travaux d'une chercheuse Française qui indique que ce qu'on prend pour de l'art paléolithique n'en est peut-être pas : les représentations "artistiques" d'animaux sur certaines grottes pourraient être en fait la représentation figurative du ciel. Ce serait en fait un zodiaque, associant les étoiles par constellations et lisant dans ces constellations des formes animales reconnaissables et mémorisables. Art ? Religion ? Superstition ? Science ? Recherche de compréhension d'un monde d'ordre, dans les cieux, par opposition au chaos de la Terre ? Donc, philosophie ? Comment ces "premiers" hommes se sont-ils posé la question ? L'art était-il moins nécessaire que la science ? Il me semble qu'ils fusionnaient !
Il faudrait peut-être s'inspirer du marxisme pour aborder le sujet... (même si Marx n'a pas compris grand chose à l'art, si tant est qu'il faille comprendre l'art). L'art et la science partagent en effet la situation d'être des disciplines non économiquement productives. L'artiste et le savant ne naissent que lorsque la société est assez organisée pour entretenir des classes improductives et ça suppose déjà un degré de "civilisation" important (atteint néanmoins dès le néolithique selon toute probabilité, puisqu'on trouve des bijoux, des peintures, et qu'on y décèle aussi un décollage impossible sans une dose de science, dans l’habitat,la sédentarisation, le perfectionnement des outils, les pierres levées...). Mais sautons immédiatement à la société bourgeoise capitaliste post révolutionnaire, qui dessine nos schémas sociaux actuels : la mécanisation et l'agriculture industrielle permettent une société bourgeoise qui entretient les conditions du progrès par la science, et son divertissement par l'art. Je ne sais pas lequel des deux prime, mais au moins, il n'y a pas à trancher. Si la question se pose, elle est théorique et très abstraite...
Ça change d'une économie mondialisée, où l'optimisation de la production et des politiques fiscales subit une concurrence internationale, et où il faut arbitrer, dans certains cas, entre le financement public de la science et celui de l'art... Là, la question se pose en ces termes : lequel on sacrifie ?
Il est vrai que la science n’apporte plus les gains de productivité faramineux du temps de l'automatisation, du chemin de fer ou de l'électricité... et l'on ne sait plus tellement si la démocratisation rapide des produits de luxe est obtenue en utilisant les découvertes scientifiques ou en délocalisant la production dans les pays à bas coût de main-d’œuvre... Probablement un peu des deux... mais dans quelle proportions, ça....
Il est vrai aussi que le marché de l'art devient assez dément... La mondialisation est aussi l'occasion pour des fortunes colossales de se constituer, qui finalement ne trouvent à s'employer qu'en poussant la dépense artistique à la démesure. Est-ce bon pour l'art, et pour la création ?
On n'entre à peine dans le sujet puisque ce n'est qu'à ce stade que je trouve le besoin de définir l'art et de me pencher sur sa fonction sociale. Et encore.
Comme en plus, je sais d'avance que la question "à quoi sert l'art ?" admet seulement une réponse imprécise qui se situe entre "bien malin qui pourrait le dire" et "à rien, c'est pour ça qu'il est indispensable", avec une précision qui serait "de toutes les façons, l'art a vocation à échapper à sa propre définition, a fortiori quand elle est utilitariste".... tout ça pour dire que pénétrer ce débat stérile ne m'enchante guère.
Restons en là. J'aurai une mauvaise note... tant pis...
Citation :La culture dénature-t-elle l’homme ?
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Ca c'est bien... Déjà, dans "dénaturer", il y a ""nature". On est donc dans le débat classique entre nature et culture... c'est un sujet facile et bien connu, qui peut se conclure par : « ah, ben oui ! Encore heureux que la culture dé-nature... sinon à quoi ça sert que Ducroq il se décarcasse, eh, con ! »
Et là je vais faire une pause... je reviens pour les trois autres sujets :
Citation :Peut-on avoir raison contre les faits ?
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Citation :La maîtrise de soi dépend-elle de la connaissance de soi ?
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Citation :Ressentir l’injustice m’apprend-il ce qui est juste ?
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Dernière mise à jour par : Théodoric le 16/06/11 16:15
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-------------------- Jeune depuis plus longtemps que vous !

L'abus de modération est dangereux pour la santé.
Merci de jeter votre dévolu dans les réceptacles prévus à cet effet.
Restons fer-plaie !
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Toujours un peu plus loin

-= Chaos Genitor =-
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Réponse au Sujet 'Qu'auriez-vous pu dire ?' a été posté le : 16/06/11 13:11
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Sinon, la réponse de Martin Vidberg:

source
Regards,
Skro
-------------------- Ecoutez ZoC Radio, la radio du Chaos!!!
Un intégriste, c’est quelqu’un qui a des convictions que je ne partage pas. Et qui ose le dire, en plus !
Edmond Prochain
Computer games don't affect kids, I mean if Pac Man affected us as kids, we'd all be running around in darkened rooms, munching pills and listening to repetitive music.
Marcus Brigstocke
Dans le catholicisme, la pinte (de bière), la pipe et la croix peuvent faire bon ménage.
GK Chersterton
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Réponse au Sujet 'Qu'auriez-vous pu dire ?' a été posté le : 16/06/11 13:25
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Citation :Théodoric dans une contemplation à Dlul a dit:
Citation :Peut-on prouver une hypothèse scientifique
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Ca peut passer pour une question de QCM, et c'est un débat qui ne m'intéresse plus guère.
Replongeons-y !
La démarche scientifique consiste à faire des hypothèses et, autant que possible à les confirmer par la vérification expérimentale. Ou à les infirmer.
La vérification expérimentale tient lieu de preuve, jusqu'à preuve contraire, comme en droit.
C'est à dire que la preuve n'est valable que dans les limites de l'expérience et dans les limites de l'expérience. Bon... où est-ce que ça peut bien nous mener, tout ça ?
La vérification expérimentale (tiens, je ne me suis jamais penché sur l'étymologie de "vérification"... c'est peut-être l'occasion). fait-elle rendre "vraie" l'hypothèse ? Plus ou moins... disons qu'elle prouve que "tout se passe comme si" l'hypothèse était confirmée.
Bon, bref, on peut avancer que la "vérité" scientifique est établie par la vérification expérimentale, mais dans des limites qu'il faut connaître et au delà desquelles l'hypothèse peut être infirmée. Autant dire que ce n'est pas une "vérité" intangible, universelle et intemporelle, et que les évolutions de nos conceptions de l'univers peuvent amener à considérer que ce qu'on tenait pour acquis n'est que l'extrapolation inexacte d'une approximation même si cette approximation donnait des résultats probants dans le champ de l'expérience vérificatrice.
La certitude, c'est que quand j'apporte une preuve expérimentale contraire, je prouve que l'hypothèse est fausse. La logique de la preuve en sciences exactes permet de se satisfaire d'exhiber un contre-exemple pour rendre l'hypothèse fausse. la "falsification" s'avère donc plus simple que la "vérification". A contrario, la vérification prend donc les allures précaires d'un élégant château de cartes... C'est comme la vie extra-terrestre : tout ce qu'on peut prouver c'est qu'on n'a pas encore de preuve qu'elle existe (à ma connaissance).
Il serait intéressant, et notamment dans le contexte actuel, d'aborder l'épistémologie avec le vocabulaire du juriste, et de décrire le mode de preuve scientifique comme l'élaboration d'une présomption réfragable, c'est à dire qui tient tant qu'on n'a pas la preuve contraire. Ca permettrait au passage de recentrer le terme "présomption" que les journalistes emploient si souvent comme des cochons (ils en font un synonyme de "suspicion" alors que c'est l'inverse). L'ouverture vers le droit peut d'ailleurs ne pas être mal vue dans un devoir de philo... Bref, la vérification expérimentale instaure une présomption scientifique de validité de l'hypothèse vérifiée, mais non une preuve intangible, permanente, définitive de sa validité.
A ce propos, au delà des sciences exactes, il faudrait ouvrir sur les sciences humaines et des sciences moins exactes, ainsi que pénétrer plus avant dans les complications qu'apportent aux modes de preuve scientifique, le voisinage des théorie relativistes ou quantiques...
Là, il est difficile de faire simple et de s'engager dans la réflexion sans de sacrées connaissances...
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Rapidement sur le sujet (ouais, c'est un double-post, et alors?), je pense qu'il ne faut pas faire l'impasse sur les mathématiques, monde merveilleux où tout peut être prouvé (pour peu que l'on se soit mis d'accord sur les postulats - petite digression: un postulat n'est pas une hypothèse, c'est un choix qu'on fait).
Sur la question des sciences "expérimentales", je pense qu'il faut également parler de la marge d'erreur. En sciences, la seule vérité, c'est la réalité, et toute hypothèse scientifique (ou théorie) est une approximation, un modèle de cette réalité. La marge d'erreur est liée à l'imperfection humaine (d'où une belle leçon d'humilité) et au simplisme des théories (en théorie, on pourrait modéliser le réel avec une infinie précision, mais il faudrait un temps et une puissance infinie).
Bref, on peut également se poser la question de la preuve (et du doute raisonnable, et hop! on revient au vocabulaire judiciaire, mais après tout, la science est une enquête...) vs. la vérité.
Quant aux sciences humaines, je maitrise ça tellement mal que je ne les intégrerais pas au débat (si ce n'est pour appuyer le côté "modélisation imparfaite"...)
Mais pour moi, il y a une réponse tranchée au sujet: oui, aux epsilonneries près 
Regards,
Skro
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Réponse au Sujet 'Qu'auriez-vous pu dire ?' a été posté le : 16/06/11 15:46
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Reprenons...
Citation :La culture dénature-t-elle l’homme ?
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Donc oui...
"dénaturer", "nature", toussa... caractère hypothétique de la "nature" humaine, possibilité que ce soit devenu un mythe inatteignable du fait même que la culture nous constitue... Rousseau, qui nous gonfle avec cet idéal d'un retour à la nature humaine que la société corrompt et tout...
Donc, voilà, dans l'absolu, la culture ne dénature pas l'homme parce que l'homme n'a probablement pas de nature.
Par contre, la culture conditionne l'homme, qui a une condition humaine, donc. En cela, la culture permet sans aucun doute de freiner des élans humains qui, sans être nécessairement "naturels", renvoient à un vocabulaire de l'état primal : des pulsions "animales" ou "barbares"... la colère, la jalousie, la paresse, la convoitise, la vengeance... C'est un frein ou au contraire un accélérateur, qui permet de faire des soldats, des fanatiques, des ouvriers soumis, des consommateurs serviles, des fidèles, des bâtisseurs de cathédrales ou de pyramides, des artistes géniaux ou de la chair à canon... La culture peut aussi sublimer des pulsions "naturelles"... Y compris, par exemple, les pulsions sexuelles, pour en faire, par exemple, l'Amour.
La culture nous civilise (pour le meilleur et pour le pire), et il faut donc ici dire que la culture se décline aussi au pluriel. Un pluriel qu'on retrouve dans le "choc des cultures" ou le "choc des civilisations"...
La question se pose alors de savoir si certaines cultures "dénaturent" les hommes plus que d'autres. Y en a-t-il qui viennent plus que d'autres broyer les pulsions naturelles et produire des hommes "contre nature" ?
Poser la question en ces termes c'est prendre un risque énorme de hiérarchiser les cultures. Mais ne pas se la poser, c'est admettre un total relativisme culturel, qui tendrait à faire admettre de nombreuses pratiques sous prétexte qu'elles sont culturelles... Il faudrait tolérer alors l'excision, les sacrifices rituels, les superstitions, la circoncision, les scarifications tribales, des violences conjugales, sous prétexte que ceux qui les pratiquent les tirent de leur culture. Il faudrait tolérer la prééminence de certains principes religieux sur des principes républicains, par exemple, au moins pour les religions qui se prévalent de régenter au delà de la morale personnelle et de la sphère privée.
On peut y rechigner légitimement, mais ce faisant, ne le fait-on pas au nom de notre culture ? Si. Mais n'a-t-on pas quelque légitimité à leu faire par les valeurs universalistes et tolérantes dont notre culture serait porteuse ? Ben oui, c'est bien possible : il n'y a pas beaucoup de cultures qui se soient fondées sur autant d'ethnies pour finir par constituer une seule nation avec et gérer en son sein des structures familiales différentes, des pratiques différentes, des rituels, des représentations, des unités de mesure, des patois et des croyances différents... Ceci pourrait nous qualifier pour revendiquer le droit d'opposer aux cultures traditionnelles un contrat social consensuel qui les contraigne à renoncer à certaines pratiques...
Mais ce faisant, ne tombe-t-on pas dans un travers colonialiste qui, par le fait, hiérarchise les cultures ? Heu... ah... ben oui, si, maintenant que vous le dites, il y a de ça... Ca y ressemble terriblement ! Et crotte !
Et pourtant, je maintiens qu'on a quelque légitimité à refuser le principe des scarifications rituelles, de l'excision et de la circoncision (en dehors de quelques cas de prescription thérapeutique). Ça devient presque hors sujet, mais ça me semble important. A titre personnel, je fonde cette légitimité sur des principes qui, selon moi, devraient prévaloir sur toutes les croyances et même disqualifier totalement celles qui les promeuvent : l'atteinte portée au corps humain, avec circonstances aggravantes ("par personne ayant autorité" et "sur mineur de moins de 15 ans"). Je tiens ce principe pour fondamentalement compatible avec la liberté religieuse, d'ailleurs ! Libre a chacun, une fois majeure et disposant librement de son corps, de se faire tous les tatouages, piercings, circoncisions et autres mutilation qu'il souhaite. Y compris pour des motifs religieux si ça lui chante. C'est son problème. Mais on peut être intransigeant sur ce point : quand il s'agit d'un gamin, les croyances et les traditions ne légitiment aucune mutilation ! Ça commence comme ça ! ******** !
Après, il faut faire une analyse en détail des raisons qui motivent ma conviction pour savoir ce qu'elles ont de "culturelles", ce qu'elles doivent à la représentation que je me fais de la "nature" humaine pour considérer que la mutilation est "contre nature", et si c'est si compatible que je le pense avec des principes universalistes...
Finalement, il nous emmène loin, ce sujet. Trop.
Citation :Peut-on avoir raison contre les faits ?
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Bon, là aussi, c'est un des angles multiples par lequel on peut reprendre le débat sur la preuve la science, la vérité... tout ça...
Variantes : y a-t-il des faits irrationnels ? L'homme ne peut-il se bâtir des représentations si imaginaires et si abstraites qu'aucun fait ne peut les contredire ? Freud n'a-t-il pas, par un jeu d'impostures intellectuelles, créé de toutes pièces une affabulation si bien préparée que la moindre contradiction était déjà prévue par le corpus doctrinal, à tel point que le doute n'était plus permis sur la véracité de sa science (au sens où toute tentative de remise en cause était nécessairement une hérésie (antisémite en plus) et condamnée comme telle par Rudinesco et consort...) ?
J'ajoute que - nous en avons déjà débattu avec Skro - des disciplines comme la métaphysique, la théologie, mais aussi l'astrologie, le symbolisme et pas mal d'autres disciplines intellectuelles, permettent bien l'exercice de la raison, l'échange d'arguments, la confrontation d'idées, et la démonstration logique, sans pour autant avoir besoin de se fonder sur des éléments factuels. Or, si il peut y avoir raisonnement sans faits, alors, on peut bien avoir raison contre les faits... Et oui, les mathématiques conceptuelles en sont aussi un bon exemple.
Citation :La maîtrise de soi dépend-elle de la connaissance de soi ?
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Oui... apprends d'abord la maîtrise de toi, Scarabée... Quand tu pourras prendre ce cailloux, il sera temps pour toi de voir le vaste monde...
Heurm... bon...
Questions préalables sur le sujet :
1- est-ce qu'un anarchiste, par exemple, peut s'offusquer d'avoir un "maître" au point de refuser la maîtrise de soi ? Pourquoi faudrait-il être maître de soi-même, après s'être débarrassé des tyrans et des maîtres d'antan ? En quoi ma propre dictature sur moi-même serait-elle plus admissible que celle d'autrui ? En quoi l'autocensure est-elle moins condamnable que la censure ? et toute cette sorte de choses...
2- les liens de dépendance ne sont pas nécessairement des causalités. La dépendance peut être aussi réciproque. Quelle est la nature du lien de dépendance que présuppose le sujet ? Ne peut-on le remettre en cause ? le requalifier ?
Bref, qu'est-ce que la maîtrise de soi ? Ça renvoie en grande partie à la psychologie et les topiques freudiennes : le ça, le moi, les pulsions, les passions, leur sublimation, le surmoi et tout...
Sauf que la lecture d'Onfray sur l'affabulation freudienne m'aura gravement tempéré sur la validité de ces représentations...
Peut-on traiter le sujet sans utiliser les "apports" de la psychologie ? ce n'est pas certain.
Sauf peut-être à se ramener à des banalités : la maîtrise de soi, c'est la maîtrise des excès, des colères, c'est l'apprentissage de la frustration et de sa gestion. La colère, la violence, le caprice sont des manifestations communément admises de l'absence de maîtrise de soi.
Mais être "maître de soi" peut aller plus loi, et désigner aussi la maîtrise de son destin, de ses choix, de ses combats, de ses luttes, de ses engagements, de ses responsabilités, de son avenir, de sa vie...
Se connaître n'est pas qu'un préalable mais une dynamique récursive qui s'opère aussi dans l'action et dans les choix, dans les décisions qu'on prend et dans les choses qu'on expérimente, dans les paris qu'on fait et les discours qu'on tient. Mais surtout dans les faits, dans ce qu'on pratique, dans ce qu'on met en oeuvre. C'est une dialectique. C'est un mouvement qui confronte de possible et l'impossible, qui mesure l'aptitude et la résolution, qui travaille la personnalité dans l'action jusqu'à produire en temps réel, ce qu'on est dans sa permanence comme dans ses évolutions. Il y a bien dépendance et elle est réciproque...
Mais bon... sorti de ces banalités, je ne sais pas si ça *******e très loin...
Citation :Ressentir l’injustice m’apprend-il ce qui est juste ?
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Oui.
C'est vrai que, dans une première approche le sujet fait paradoxe : si je n'ai pas appris ce qui est juste, comment puis-ce ressentir l'injustice ? Un réponse négative supposerait que la connaissance du juste fut quelque chose d'inné.
Il me semble qu'en effet, le sentiment de justice ou d'injustice arrive très tôt. L'injuste primal, l'injuste infantile, c'est que j'aie des besoins et qu'ils ne soient pas satisfaits. L'injuste qui arrive après, c'est, pire encore, qu'on satisfasse les besoins de mon voisin et pas les miens. « Frère de lait ? Mon cul ! Pique-assiette, oui ! Attend que je coordonne mon système psychomoteur et tu vas voir ta gueule... Pas touche aux nénés ! Salopard ! »
Il faut à mon avis une dose bien plus massive d'acquis pour commencer à trouver injuste que deux tiers également méritants n'aient pas les mêmes avantages. Et une dose de plus encore avant que je m'aperçoive que c'est injuste aussi quand c'est moi qui spolie l'autre. L'injustice est alors aggravée par le fait que je pourrais y mettre un terme par le partage. Et l'on découvre aussi, parfois que l'injustice est pire encore et que le partage n'y fait rien : je ne peux rendre la vue à l'aveugle ni ses jambes au paralytique, ni le langage au muet... la trisomie est injuste, et l'autisme et la maladie... et je découvre que je n'y peux pas grand chose.
Je ne vois pas comment je découvrirais ce qui est juste autrement qu'en ressentant injustice, ni comment je pourrais ressentir l'injustice en dehors de la découverte de ce dont certains sont privés et alors même que cette privation m'est inconcevable. S'il ne l'illustraient pas, je l'ignorerai. J'ignorais qu'on pouvait être aveugle avant de rencontrer des aveugles ou qu'on m'explique que perdre la vue est possible (ou ne l'avoir jamais eue), et donc avant d'avoir imaginé la difficulté de vivre ainsi et d'en concevoir l'injustice.
Sous ces auspices, je ne vois pas comment le sentiment d'injustice pourrait être inné, sauf à requalifier d'injustice ma prime frustration, d'avoir faim ou froid ou d'avoir mes langes trempés... Or, la justice ne s'entend que comparativement, et par temps d'hivers, de disette ou de panne de chauffage dans la maternité (espérons que les couveuses sont sur groupe électrogène), l'inconfort qui me frustre peut avoir été partagé avec beaucoup de justice entre moi et mes compagnons d'infortune... La frustration primale n'est que le germe d'un sentiment d'injustice, et non un sentiment d'injustice par lui-même.
Bon, là, je vois bien un chemin se dessiner sur la définition du "juste", et ses rapports avec l'équitable...
Il peut donc y avoir un développement social, sociétal, politique, puisque je peux définir (c'est aussi une façon de requalifier la question) le juste au delà de "ce qui n'est pas injuste". On aura abordé la définition consensuelle de la justice par le droit et les institutions... on pourra donc parler du "juste" comme de la "justesse", c'est à dire une exacte mesure, c'est à dire comme impliquant une maîtrise des ressources, des gaspillages, une lutte contre les inégalités trop criantes et la démence de la répartition du patrimoine et des richesses dans nos contrées et quelques autres. Y compris les ressources naturelles. On pourrait donc aussi parler de développement durable et d'écologie sans sortir du sujet ou en lui apportant au moins ce complément « c'est en ressentant "l'in-justesse" (les excès, la démesure, les gaspillages) que j'apprends ce qui est juste ».
N'empêche que j'ai pu prendre le sujet par le mauvais bout, et que ça me donne le sentiment de ne l'avoir pas traité de façon satisfaisante... Tant pis... j'ai déjà mon bac, de toutes les façons...
Cordialement,
Théodoric
[MàJ] A la réflexion, le bon angle d'attaque est plus probablement dans l'un des termes du sujet que j'avais laissé de côté : le "ressenti". Et donc, d'abord, peut-on ressentir l'injustice ? Que ressent Caliméro quand il dit que c'est toujours trop injuste ? Injustice ou simple frustration ? Une part plus intéressante du sujet toucherait donc au rôle du sentiment dans la formation du jugement. Et ce n'est pas le beau rôle. Ca donne les vindictes et les lynchages, le sentiment sécuritaire... ça pollue le jugement, ça "préjuge", ça donne envie de trouver un coupable à tout prix et de le condamner sans jugement, parce qu'il "ne mérite pas un procès équitable", ce salaud. En ce qu'elle reste à l'état de sentiment, de ressenti, l'injustice n'apprend rien et surtout pas la justice. La justice nécessite qu'on pose le sentiment d'un côté, et que, se plaçant de l'autre, on en fasse la critique. C'est une mise en miroir, "en réflexion", bref, un travail de la pensée sur la pensée, donc, une philosophie. C'est dans cet effort philosophique que je peux dépasser l'injustice comme sentiment, pour approcher la justice en tant que système d'objectivation des décisions et de pesée du pour et du contre. J'avais oublié d'interroger l'un des termes du sujet, et effectivement, je tournais un peu en rond.[/Màj]
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Dernière mise à jour par : Théodoric le 20/06/12 06:20
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Réponse au Sujet 'Qu'auriez-vous pu dire ?' a été posté le : 17/06/11 10:56
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Citation :Théodoric dans une contemplation à Dlul a dit:
Citation :Peut-on avoir raison contre les faits ?
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Bon, là aussi, c'est un des angles multiples par lequel on peut reprendre le débat sur la preuve la science, la vérité... tout ça...
Variantes : y a-t-il des faits irrationnels ? L'homme ne peut-il se bâtir des représentations si imaginaires et si abstraites qu'aucun fait ne peut les contredire ? Freud n'a-t-il pas, par un jeu d'impostures intellectuelles, créé de toutes pièces une affabulation si bien préparée que la moindre contradiction était déjà prévue par le corpus doctrinal, à tel point que le doute n'était plus permis sur la véracité de sa science (au sens où toute tentative de remise en cause était nécessairement une hérésie (antisémite en plus) et condamnée comme telle par Rudinesco et consort...) ?
J'ajoute que - nous en avons déjà débattu avec Skro - des disciplines comme la métaphysique, la théologie, mais aussi l'astrologie, le symbolisme et pas mal d'autres disciplines intellectuelles, permettent bien l'exercice de la raison, l'échange d'arguments, la confrontation d'idées, et la démonstration logique, sans pour autant avoir besoin de se fonder sur des éléments factuels. Or, si il peut y avoir raisonnement sans faits, alors, on peut bien avoir raison contre les faits... Et oui, les mathématiques conceptuelles en sont aussi un bon exemple.
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Je modérerais le truc en disant qu'on n'a pas raison "contre les faits" dans les mathématiques conceptuelles, parce qu'il n'y a pas de faits.
Sur la métaphysique et la théologie en particulier, je partirais bien sur une partie de définition de ce qu'est un fait, justement. L'existence de Dieu ou la vie après la mort sont-elles des faits (auquel cas, il y a un camp qui a raison et un camp qui a tort objectivement, même si dans ce monde, nous ne pouvons pas dire lequel, parce que nous n'avons pas une connaissance parfaite et illimitée, et que sur ces points, nous n'avons pas accès au fait) ou considère-t-on que ce qui sort du champ de l'expérience n'est pas un fait?
Regards,
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Réponse au Sujet 'Qu'auriez-vous pu dire ?' a été posté le : 17/06/11 11:35
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Sur la métaphysique et la théologie, je maintiens mon point de vue. L'existence de Dieu ou la vie après la mort ne sont pas des faits, mais des conjectures. Si tu veux, on peut définir la conjecture comme un fait dont on n'a pas ni la preuve, ni la preuve contraire, ce qui permet de retomber en gros sur ta définition du fait, mais ça représente une différence fondamentale à mon avis.
Par contre, il faudrait reformuler le second terme de ton alternative : ce qui sort du champ de l'expérience peut parfaitement être un fait... Il me semble que la vérification expérimentale suppose des phénomènes mesurables et reproductibles.
Pour autant, un phénomène non mesurable ou - comme il en existe en histoire, par exemple, ou de ceux qui sont débattus devant les tribunaux - non reproductible, n'en reste pas moins un fait, qu'on peut établir objectivement.
Cordialement,
Théodoric
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Réponse au Sujet 'Qu'auriez-vous pu dire ?' a été posté le : 18/06/12 21:38
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Comme d'hab, je fais l'impasse sur les commentaires de textes.
Citation :Bac L
- « Que gagne-t-on en travaillant? »
- « Toute croyance est-elle contraire à la raison? »
Bac S
- Serions-nous plus libres sans l’Etat?
- Avons-nous le devoir de chercher la vérité?
Bac ES
- Travailler, est-ce seulement être utile?
- Peut-il exister des désirs naturels?
Bac techno...
- La recherche de la vérité peut-elle se passer du doute ?
- Faut-il être cultivé pour apprécier une oeuvre d’art ?
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Intéressant. Plus ou moins. Le champ des connaissances se resserre autour de la loi, de la religion, du travail et de la science, ou c'est moi ?
Citation :Que gagne-t-on en travaillant ?
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| Bon, sur le premier, on part bille en tête : On gagne un salaire. Point-barre. Manquerait plus qu'on bossât pour des prunes !
Sauf que bon, pas seulement. Et pas tous, pas toujours. Et surement pas de tout temps et en tout lieu.
En tout cas, c'est facile d'identifier un écueil majeur : arriver à prouver, en cherchant d'autres récompenses que le salaire, que l'Homme pourrait se satisfaire de ces substituts... estime de soi, reconnaissance des autres, satisfaction du travail bien fait... Et le patronat s'en pourlèche déjà les babines.
C'est qu'en effet, on peut travailler sans salaire : bénévolat, esclavagisme, entreprenariat ou commerce ou exploitation agricole ou pêcherie qui oublient d'être rentables, parfois... Et les étudiants sont bien placés pour l'illustrer, eux qui travaillent en vue d'un salaire futur et même, de plus en plus futur et hypothétique... Tout juste si on ne leur demande pas de payer pour étudier, eux qui pourraient être considérés comme travailleurs en formation et mériter ainsi une juste rémunération...
Et on a les artistes maudits et plein de gens talentueux qui "travaillent" sans "gagner leur vie". On a aussi des gens qui s'investissent sérieusement dans leurs loisirs, jusqu'à y créer de la richesse, à leur usage exclusif ou pour leurs proches (bricoleurs, créateurs, inventeurs du dimanche, cuisiniers, jardiniers, amateurs éclairés de tout poil, etc.). Sans se vautrer dans un féminisme de mauvais aloi (on présumera pour la forme que ces tâches peuvent être bien réparties), on doit aussi impérativement évoquer les tâches ménagères, et le travail parental.
A l'inverse, il y a des gens qui vivent très bien et qui "gagnent" bien leur vie, rien qu'en faisant travailler les autres ou en faisant travailler leur argent. On retombe sur des distinctions connues, qui séparent le travailleur du rentier et de l'oisif... Relevons que le travailleur, dans des représentations traditionnelle encore vivaces et véhiculées par nos contes, occupe une position sociale médiane, entre d'une part l'inactif, le nécessiteux, le mendiant qui vit de la charité des bonnes gens, et d'autre part le rentier, qui vit des revenus de son patrimoine. La réactualisation de ces figures mythiques est un chantier énorme.
Toujours est-il que le travail conserve une connotation morale qui l'assimilent à une vertu et une forme de respectabilité. Cette connotation positive n'est que superficiellement égratignée par des expressions aux saveurs d'oxymore, comme "travailleurs du sexe" et "travailleurs au noir". Ce constat invite à préciser, à ses frontières morales, le "travail" d'autres activités lucratives techniquement voisines, mais bien moins valorisées : commerçant contre traficant, contrebandier contre convoyeur, chasseur contre braconnier, bookmaker contre trader, ou les différentes acceptions possibles de l'expression "femme de chambre", notamment dans les grand hôtels new yorkais...
Tous ces exemples invitent à préciser le travail, et peut-être à en rechercher une définition plus abstraite, plus intemporelle et plus universelle... Après tout, on parle aussi de travail en physique pour mesurer l'effet d'une force, et du travail qui précède l'accouchement...
Pour changer d'angle d'approche, il n'est pas inutile de prendre un contrepried du sujet, dans un coin de la tête, histoire de garder à l'esprit tout ce qu'on perd à travailler : du temps de loisirs, de la vie de famille, de l'affection, de la socialisation amicale, du temps de jeux, de sport, de divertissement, de lecture, de recherche, de découverte...
D'où : "Le travail est une aliénation". C'est de la vente de soi ; la location de sa force de travail ; la vente de son temps, de sa capacité de produire ; C'est aussi, est peut-être avant tout, la vente de sa docilité, condition d'une paix sociale propice au commerce...
On peut bien s’appuyer sur Marx pour commencer. Comme ça date un peu, il faut en prouver l'actualité ou, à l'inverse, démontrer que les rapports ne sont plus ceux dont parlait Marx. Mondialisation, évolution des classes moyennes, évolution des secteurs tertiaires, automation et mise à distance des industries, concentration dans les pays occidentaux d'activités supposées à forte valorisation, comme le ciblage client ou la publicité, l'apposition des marques, la gestion de la renommée, la maîtrise de l'image, l'occupation des champs de communication, la "visibilité", le buzz... Tout ça va de pair aussi avec une croissance des économies parallèles et des économies non marchandes...
Dans le développement du sujet, ces considérations servent surtout à se mettre à distance de certains préjugés, à mettre en lumière des présupposés, à déceler ce en quoi la façon dont le sujet est posé s'avère inductif d'une réponse anormalement partiale et partielle. On peut avantageusement poursuivre cette mise à distance en examinant la valeur travail sous d'autres cieux, en d'autres lieux et d'autres temps. Il reste également à dégager d'autres définitions possibles, qui peuvent, avec toutes les réserves et la prudence requises, avoir des valeurs plus universelles : qu'appelle-t-on "travail", par exemple dans une société préhistorique, dans une civilisation de chasseurs-cueilleurs, dans une jungle amazonienne, dans une collectivité monastique, dans une administration (oui, oh, ça va, hein !) ?
Je garde toujours à l'esprit une forme idéalisée et rationalisée de logique sociale, une modélisation que je ne prétends pas valable ni de tous temps ni en tous lieux, mais qui peut planer comme une modélisation théorique simplifiée des rapports de production et d'enrichissement dans le groupe. Par facilité rhétorique, je transpose ce mythe dans la préhistoire, mais je pourrais tout aussi valablement prétendre que c'est comme cela que ça marche chez les martiens : une forme de pacte social implicite conduisant à s'organiser afin de produire collectivement plus de richesses avec moins d'efforts, dans le souci de partager avec équité la richesse et les efforts. Dans ce mythe, le travail, c'est un rapport à la collectivité (plus qu'une relation de subordination hiérarchique entre un ouvrier et un patron), dans une logique de production de richesses. Ce qu'on gagne, c'est d'être membre du groupe et un droit au partage équitable. Qu'est-ce que l'équité ? c'est un savant dosage entre les capacités de chacun, ses besoins, la prise en compte des aléas de lavie qui conduisent à prendre en charge la femme en couches, l'infirme, l'impotent, le malade, le handicapé, le fou, l'enfant et le vieillard, et, pourquoi pas, la famille de l'exilé, du banni ou du condamné...
Tout ça ne fait que défricher le terrain, mais ce n'est pas un terrain stérile.
Pour le reste, le sujet est assez étonnant dans le contexte du bac : tout ce passe comme si les auteurs du sujet, par delà les réponses individuelles, souhaitaient mesurer statistiquement de degré d'intégration de la "valeur travail" dans une génération par ailleurs promise au chômage de masse. La mesure de ce degré de subordination prend une saveur plus que douteuse, dans un contexte où le bbac n'a plus guère de valeur qu'anthropologique, en temps que rituel de passage à l'âge adulte, avec ses épreuves initiatiques étranges, désuètes, et dont on perd le sens...
Citation :Toute croyance est-elle contraire à la raison ?
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| Sur les rapports entre les croyances et la raison, on en a dit beaucoup les années précédentes.
On a longement débattu, déjà, sur le fait que la croyance peut s'analyser comme une construction intellectuelle bâtie sur quelques présupposés indémontrables, mais tenus pour vrais, voire, plus exactement, pour sacrés, c'est à dire pour incontestables. L'interprétation des textes, leur polysémie, leurs contradictions, leur ambiguité, leur laconisme, leur symbolisme sont autant de nuances importantes qu'il faut bien reconnaître, mais l'idée reste que ce qui est tenu comme venant de Dieu ne peut être sérieusement contesté sans hérésie ou sans s'exclure de la communauté des croyants.
Sur ces présupposés, toutefois, la raison s'exerce tout aussi consciencieusement que sur des problèmes d'échecs ou des démonstrations mathématiques. En math comme en matière de religion, la raison n'est pas contraire au fait de poser des éléments comme vrais au départ, pour raisonner dessus, ensuite.
Ceci rappelé, et pour faire que ce sujet ajoute quelque chose à nos précédentes conversations, il est peut-être intéressant de le reformuler en interrogeant le sens du terme "contraire" : que peut-on prétendre contraire à la raison ? La folie ? L'absurde ? l'illogisme ? la déraison ? la démesure ? la disproportion ? l'impulsion ? la passion ?
Est-ce qu'on explorant ce en quoi le champ des croyances recoupe ces antinômes de la raison, on ne mesurerait pas de façon originale les distances entre la croyance et la raison ?
On désigne par "folie" ce qu'on ne comprend pas, et le mystère de la foi peut être mal accessible à l'athée. D'aucun relèveront ausi combien le terme de "passion" peut faire écho à la foi chrétienne...
La démesure et la dispoportion existent en religion, et ça nous donne probablement les plus grandes et les plus belles des créations : des pyramides aux cathédrales, et la musique de Bach, entre autre.
Folie, déraison et absurde se mesurent aussi aux martyrs, aux sacrifices, mais également à l'arbitraire de certaines règles, de certains interdits... Dans une vision extérieure de la religion, tous les comportements exigés ne semblent pas nécessairement participer à rendre le monde meilleur. C'est une vision un peu utilitariste de la religion, mais au nom de laquelle l'athée lui-même pourrait comprendre les règles dont les finalités ouvertes sont le partage, l'amour, le pardon, le respect d'autrui, l'entraide, la charité...
Il y a peut-être une utilité à la croyance en en ce qu'elle organise et pacifie certains rapports humains. Mais à quel prix ? et avec quelles différences d'une religion à l'autre ? Et pour une règle qu'on peut comprendre, combien que l'entremetteur vers le dieu nous impose sans raison ?
"Sans raison" : Nous revoilà bien dans le sujet ! La religion n'explique pas tout. Elle impose beaucoup, en demandant qu'on fasse confiance, qu'on garde la foi, qu'on se plie aux rites sans en savoir la raison, et en sachant que l'explication nous dépasse peut-être. C'est ce rapport de subordination et de dépendance à un intercesseur plus ou moins crédible qui reste incompatible, il me semble, avec la posture du libre penseur, et a fortiori d'un athée libertaire.
Au moins, ces pistes ont le mérite d'être moins rebattues que celles qu'on a explorées les années précédentes, même si elles ramènent au même vortex.
Citation :« Serions-nous plus libres sans l’Etat? »
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Dans une première approche, simpliste, l'Etat est une force publique coercitive, qui édicte des lois, lesquelles comportent plus d'interdits que de permissions. L'Etat est donc une source de contraintes, qui frustrent nécessairement de l'usage radical de libertés absolues.
Dans une seconde approche, immédiate, l'usage radical par autrui de ses propres libertés a tôt fait d'empièter sur les miennes. Il faut une règle pour articuler ma liberté et celles des autres. Il faut que cette règle soit légitime pour que tous l'admettent. Ceci dit, il faut aussi, le cas échéant, une force publique pour en assurer le respect ; c'est dire si l'admission par tous de la règle commune est finalement assez imparfaite.
La force publique s'incarne, depuis, en gros, deux ou trois siècles, en un Etat-Nation, avec de nombreuses spécificités locales et historiques, et dont les archétypes sont principalement europénes. C'est dire si le champ historique et géographique du sujet est restreint, et plus encore si l'on ne reconnait à !'Etat de légitimité que démocratique. Le piège serait donc de poser pour universelles les pièces de nos raisonnements.
Rien n'interdit, cependant, de chercher à élargir ce champ. Il faut de toutes les façons, annoncer tôt ou tard que ce champ est peu généralisable. Cette précaution prise, derrière ces aspects juridiques et institutionnels, une approche libertaire et universaliste peut toujours être tentée.
L'angle d'attaque que je privilégierais maintenant, c'est de hurler que la liberté prime, de toutes les façons, sur le droit. Le droit est bien le produit d'un Etat, qui se légitime en garantissant que les libertés n'empiètent pas les unes sur les autres. Ce sont des libertés organisées. Mais justement, ce sont des libertés bridées. Le droit, ce n'est que ce qu'un juge peut accorder, avec l'appui de la force publique pour faire respecter la décision.
Le droit, c'est des barbelés dans la prairie, c'est, pour retracer une phase historique de l'Histoire, la victoire du sédentaire sur le nomade, et la délimitation incidente des territoires. C'est aussi, assez consubstantiellement, un aspect de la propriété : s'opposer à un usage, par d'autres, de ce qui vous "appartient", délimiter, notamment, les terres arables des pâturages...
La liberté, elle, préexiste, prévaut, et ne doit rien à personne. C'est l'énergie brute et naturelle du nomade, libre et sans possession propre, mais ouvert à un usage partagé et raisonnable des ressources. La liberté préexiste au droit. On réclame des droits, mais on n'a pas à réclamer des libertés : on les a sans les recevoir de personne. Les devoir à quelqu'un, ce serait déjà ne plus en avoir.
En prendre consscience, c'est se savoir libre en toutes circonstances et donc, que l'Etat existe ou non, qu'il joue son rôle ou pas, qu'il soit dévoyé par le populisme ou corrompu par ceux qui paiement les campagnes, qu'on soit, même, en régime démocratique ou en autocratie. C'est même, suprème paradoxe, rester libre dans la subordination volontaire à une règle légitime.
Ceci posé, il reste à savoir si l'Etat peut apporter quelque chose à la Liberté. On peut comprendre que des lois justes permettent effectivement d'optimiser l'usage de la liberté en en limitant l'usage à ce qui ne prive pas les autres de libertés. Tout ceci reste théorique dans la mesure où la densification humaine s'accompagne aussi d'une densification législative. Les milieux urbains ne sont pas les grandes étendues rurales, et la cohabitation avec de plus en plus de voisins crée autant de frottements qu'on se sent de plus en plus l'obligation de réglementer dans l'espoir de les atténuer. On tend à remplacer la turbulence par le mouvement laminaire, et la loi parait un moyen approprié pour ce faire.
Pourtant, cette densification légale a ses excès, ses abus, ces dérapages, ses outrepassements majeurs, par exemple sous la forme des lois populistes et sécuritaires, ou exagérément répressives, quand ce ne sont pas des lois scélérates, ségrégationnistes ou attentatoires aux libertés.
On peut donner une couleur philosophique à ce débat, mais c'est avant tout un débat politique et citoyen (ce qui n'est pas contradictoire, d'ailleurs).
On peut aussi donner un développement supplémentaire au sujet en considérant que la liberté n'est pas nécessairement naturelle, ni théorique, ni absolue, sachant qu'elle n'est tout cela que tant qu'on n'en fait pas usage. Bon, j'ai consicence d'être sybilin : je veux dire que la Liberté, avec une majuscule, c'est très abstrait, et c'est droit au libre choix. Faire un choix, est-ce faire usage de sa liberté ou se priver de la liberté de choix ? Que serait une liberté qui resterrait théorique et ne ferait pas de choix pour se préserver ? Ce serait idiot. La liberté est dont aussi une réalité concrète et pragmatique, indissociable de l'engagement, de la responsabilité, et du maintien de certaines résolution contre l'adversité. La dissidence, la résistance, l'opposition et quelques autres formes de combat ciitoyens illustrent assez bien la contradiction entre certaines formes d'états et les libertés. L'actualité en donne maintes illustrations, dont on peut retrouver des ancêtres dans les dictatures staliniennes, les juntes, les théocraties obscurantistes...
Il faut se garder, toutefois, d'en faire une analyse manichéenne, ce que le format de la copie du bac peut quand même contredire rapidement.
Là où cela ouvre le sujet, c'est de se dire que la liberté se construit dans la contradiction, qu'elle est le résultat d'une conquète, d'une lutte contre ses préjugés, ses ignorances, ses paresses aussi. L'Etat fournit-il une oppoisition aux libertés ou, au contraire, ne tend-il pas un tuteur autour duquel elles peuvent croître, se déployer, s'ériger et s'épanouir ? J'aime assez les perspectives de cette vision idyllique, pour autant qu'on n'en soit pas dupe, et qu'on exige alors de l'Etat qu'il fixe moins de barrière que de balises.
Citation :Avons-nous le devoir de chercher la vérité ?
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Tant qu'on ne confond pas "vérité" et "certitude", ça va. Si on reconnait à la vérité de n'être pas absolue, immémoriale, invariable, intangible, alors on peut accumuler des vérités successives, dans un mouvement et avec des méthodologies qui permettent d'espérer un progrès, une connaissance en évolution, et donc, qui suppose une "recherche". On pose incidemment - et il faut s'en méfier aussitôt - un présupposé rationaliste et scientifique. La "vérité" qu'on prend en compte en l'associant au terme de "recherche", est déjà connotée d'objectivation un poil scientiste. Il y a d'autres acceptions possibles. Gardons ça en mémoire dans un coin.
Il reste à interroger le troisième terme du sujet : le "devoir". Se "faire uin devoir" de rechercher la vérité, c'est décaler le débat sur les terrains de la morale et de la vertu. et donc, vers quelque chose de plus sociétal.
On n'identifie pas toutes les sociétés par le devoir qu'elles se font de "rechercher" la vérité. Encore que ça puisse se discuter : une société monastique comme les tibétains recherche aussi une vérité par la poursuite d'un idéal spirituel. Les sociétés Salafistes aussi, par certains aspects, recherchent une vérité par le retour à un radicalisme islamiste et la subordination aveugle et confiante en les prescriptions de la charia...
Ca fait donc un joli sujet d'actualité, volontiers polémique, et pourtant d'une grande richesse.
Citation :Travailler, est-ce seulement être utile ?
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Encore un sujet sur le travail. C'est une obsession ? N'est-ce pas un peu cuel vis-à-vis de tant de futurs chômeurs ?
Le sujet n'est pourtant pas libellé exactement de la même manière.
Pour changer, je propose que le terme "Seulement" soit interrogé dans sa polysémie. La question peut aussi bien se reformuler en "le travail est utile mais n'est-il pas plus que ça ?" que en "est-ce que au moins le travail sert à quelque chose ?". Nos dogmes économiques nous disent que tout travail doit avoir son utilité, que le "présentéisme" n'existe pas, et que si des gens, à commencer par un employeur, acceptent de verser un salaire, c'est bien qu'il y a une utilité en contrepartie. En même temps, on a l'intuition que des ordres contradictoires peuvent s'enchaîner et que "faire et défaire, c'est toujours travailler"... On sent confusément que l'utilité n'est pas toujours récompensée à sa mesure. En ces temps de crise et de croissance insuffisante pour assurer la prospérité de tous et le maintien des acquis, on peut relever des inutilités fort injustement sur-rémunérées, comme des utillités injustement sous-récompensées. Dire que le sport et le show-biz en sont l'illustration c'est révéler de nouveaux présupposés sur les différences possibles entre une utilité économique et une utilité sociétale, humaniste, historique...
Citation :Peut-il exister des désirs naturels ?
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Je vais avoir du mal à rentrer dans le sujet, je sens.
D'abord, un désir n'est-il pas, par essence, quelque chose de naturel ? Qu'est-ce qui serait artificiel et construit dans le faire de désirer une satisfaction ? Faut-il distinguer le désir, présenté dans le sujet comme artificiel par défaut, d'autres états d'âme comme l'envie, le besoin, le souhait ?
A l'inverse, je peux constater que des désirs peuvent être induits, orintés, canalisés, conditionnés, notamment par la publicité(du moins semble-t-elle s'y efforcer, quoi qu'on sous-estime peut-être beaucoup l'intelligence du récepteur), la culture, une civilisation, des choix personnels, mais de là à considérer que le désir artificiel serait une telle règle que la question du désir naturel se poserait en termes d'exception, voilà qui est assez déstablilisant.
Et curieusement, pourtant, on retrouve bien, dans le message publicitaire lui-même, archétype du désir artificiellement construit, l'appel constant à écouter sa nature, à laisser naturellement les envies s'exprimer, à ne pas mettre une barrière raisonnée (donc artificielle ?), entre le sentiment ou la sensation de manque, ou l'envie, ou la jalousie, et la pulsion d'achat. Comme si c'était dans l'appel à notre "nature" que résidait l'artifice le plus puissant. Bref, plus on le croit naturelle, plus il est artificiel ! Abîmes insondables...
Ce paradoxe invite à se demander si un désir "artificiel" n'est pas finalmement plus satisfaisant que l'écoute de nos pulsions naturelles. Après tout, une simple velléité stérile suffit rarement au passage à l'acte et à la satisfaction... Au contraire, on peut mettre le désir en projet, le projet en oeuvre et l'oeuvre en produit. Toute cette série de transformations artificielles aboutissent à la satisfaction avec bien plus de certitude et d'efficacité que le simple formulation de voeux après avoir frotté une lampe à huile.
J'aborde néanmoins ces développements avec la sensation d'avoir culturellement trop de distance avec la formulation du sujet, et avec la certitude, pourtant qu'en ramenant le sujet dans le champ de mes réflexions, je risquerais le hors sujet...
Il faudra que j'y revienne un jour... ça m'intrigue.
[MàJ]Bon, on me souffle que les "désirs" sont l'élément d'une opposition duale traditionnelle en philo, en ce qu'ils s'opposent aux besoins. Ok, c'est un cours que j'ai dû sécher... ou ma mémoire se vide peu à peu. En plus, pourquoi l'opposé aux besoins, et pas aux aspirations, aux ambitions, au vouloir, aux souhaits, aux envies, aux goûts, aux penchants, aux préférences, aux inclinaisons, aux concupicences, aux ciens de traineau et aux pianos mécaniques ? [/MàJ]
Citation :La recherche de la vérité peut-elle se passer du doute ?
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Il me semble qu'on a encore affaire à un sujet rebattu.
Je vais essayer de l'ouvrir à ce qui ne m'est pas spontané :
S'agissant de vérités "scientifiques" ou apparentées, le doute est une saine vertu heuristique. S'agissant, peut-être, d'une vérité mystique ou spirituelle, il n'y a guère que Krishnamurti pour ériger le doute en nécessité. La plupart des textes sacrés font au contraire l'apologie d'une confiance aveugle, y compris contre les faits, contre les tentations, contre les évidences, contre les démentis, les incrédulités et les découragements. Et l'on peut peut-être avancer que chaque artiste est à la recherche de sa propre vérité subjective et fondatrice, une vérité existentielle fixant un cap à maintenir malgré les doutes. je suppose que pour incarner l'artiste que l'on a décidé d'être, il faut savoir à un moment donné faire fi des doutes et faire primer son propre projet sur les risques d'erreurs, se convaincre, gagner en assurance, solidifier ses choix et poursuivre coûte que coûte dans la voie qu'on s'est tracé...
On peut donc admettre que la recherche de certaines vérités oblige à avorter de tout doute, à s'interdire de douter, à censurer tout soupçon.... là où la recherche d'une connaissance scientifique aurait plutôt tendance à cultiver le doute.
Je ne suis pas certain que ça aboutisse à une ossature assez solide pour dire autre chose que des banalités.
Citation :Faut-il être cultivé pour apprécier une oeuvre d’art ?
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Plus le temps passe et plus j'en suis persuadé. Je vois passer trop de modes, trop d'artistes autoproclamés, trop d'arrogants pêteux qui se piquent d'avoir du génie pour croire plus longtemps que l'art puisse être populaire. Le divertissement peut l'être, mais il me semble que l'art ne l'est pas. Les lois gagnent indiscutablement à être démocratiques. L'art ne se démocratise pas : il se dévoie ou se vulgarise, c'est tout. Il y a quelque chose d'irrésistiblement élitiste dans l'art. Historiquement, l'artiste est d'abord quelqu'un qui maîtrise sa technique. L'artiste finit par signer ses oeuvres et faire connaître ainsi qu'il maîtrise son art. Avec le progrès la maîtrise ne suffit plus et l'on se prend à inventer aussi des techniques. Dans ces inventions, l'art se codifie, et l'artiste est celui qui invente un code, surprend par la manière, le traitement d'un sujet, le choix du support, l'originalité d'un style, une créativité, une inventivité, une spécialité distinctive.
La culture de masse, issue des amours improbables entre la massification des supports et la massification des fan-clubs, fait que l'artiste devient surtout connu pour sa célébrité, sans qu'il soit besoin de se pencher sur les qualités instrinsèques de sa technique ou de mesurer sa créativité autrement que par la quantité de peau que révèlent les choristes et les épileptiques qui soubressautent spasmodiquement, derrière lui, sur le son d'une boîte à rythmes. L'indigence des scénarii et les incohérences des histoires que le cinéma de masse nous assène participe du même constat : la qualité est rare et confidentielle. Elle reste hors de portée du consommateur passif. Elle est élitiste.
Ce qui me semble juste, ce constat fait, serait de facilité l'accès à la culture, et notamment de briser les freins économiques, culturels et sociaux, afin que chacun, quelque soit son parcours, puisse avoir le choix de se forger une culture et d'apprécier l'art. Que l'art soit élitiste est une chose, mais ça ne l'autorise pas à devenir le marqueur social exclusif d'une minorité fermée. On a connu, je crois, récemment, un apparent renouvellement des élites, sans que les nouvelles ne brillent ni par leurs valeurs ni par leur goût. Juger l'art à la seule aune du prix somptuaire qu'on débourse pour l'acquérir n'est qu'une autre façon de ne pas prendre le temps de comprendre et d'admirer l'oeuvre et le travail de l'artiste. Comme tout placement spéculatif, on ne se sent pas obligé de comprendre pourquoi ça a de la valeur du moment que cette valeur augmente. La généralisation d'uen telle bétise tuerait l'art aussi surement que sa massification.
Aussi bien, la survie d'une aristocratie artistique passe bien par le recrutement et la formation des créateurs talentueux et des amateurs les plus éclairés, toutes couches de la société confondues, et certainement pas par la reproduction consanguine d'un entre-soi mondain. Il est cependant difficile de lutter contre cette propension à ne pas fréquenter les musées quand bien même ceux-ci seraient gratuits.
Je n'ai pas de solution et ce sujet me laisse bien amer, désappointé aussi de paraître prendre le contrepied de mes convictions plutôt gauchistes... Je ne ressens pourtant pas d'incohérence profonde dans cette prise de parti. Je les verrai peut être mieux chez les autres 
[MàJ]J'y reviens parce que ça me turlupine...
On peut se demander jusqu'à quel point l'art reflète un état de la société. Posons comme hypothèse que l'art a pour constante une forme de recherche d'excellence. C'est la notion d'excellence qui varie d'une société à l'autre et dans le temps. Si l'artiste ne fait pas partie de l'élite d'une société, même en l'absence de toute économie de la rareté, le produit de son art se fait naturellement offrande aux puissants. Dans ce jeu, le "prince" a quelque intérêt à participer en ce qu'il attirera autour de lui des artistes propres à assurer son rayonnement et la marque de sa puissance. Pour ce prince, réunir autour de soi les objets qui viennent de loin les animaux exotiques, les curiosité de la nature, les palais impressionnants, les étoffes les plus précieuses, les femmes les plus belles, les courtisans les plus distingués, les scientifiques les plus éminents, les artistes les plus talentueux et leurs oeuvres les plus belles témoigne de ce même étalage de puissance qui motive encore actuellement, sous d'autres formes, la possession d'un yacht, d'un Falcon, d'une rollex, d'une voiture de sport, d'une villa avec piscine sur la riviera, d'une cour de top models...
D'où vient, dans cette course à l'excellence d'apparat, que l'implant mammaire ait remplacé des hémisphères plus cérébrales et la figure du savant ou de l'artiste ?
C'est toute une relecture de l'évolution historique récente à laquelle il faudrait se livrer depuis l'époque Baroque. A la réflexion, il se passe aussi des choses, avant, en occident, à une époque où l'artiste consentait à rester dans l'anonymat, où l'oeuvre vallait en tant que telle et non pour une signature qu'on n'y apposait d'ailleurs pas, et où l'offrande de l'art s'adressait moins à un prince qu'à une collectivité de paroissien ou peut-être directement à Dieu par l'entremise des églises.
Sans remonter si loin, je souhaite revenir sur la figure double du savant et de l'artiste. Il s'agit dans les deux cas d'attirer à soi le talent, ce qui procède de la même logique que de s'associer l'explorateur, le stratège, le géomètre, l'architecte, l'ingénieur, le cuisinier, chacun, dans son corps de métier, sélectionné pour son excellence. On peut noter que, dans cette recherche de l'excellence, l'origine, la richese et la classe sociale sont accessoires, même si l'accession à l'excellence du Nième fils du laboureur de province reste assez hypothétique. Elle reste théoriquement possible et c'est aussi ce pourquoi le système peut tenir.
L'artiste et le savant sont peut-être, dans cette multitude, les boûts extrêmes d'une même chaine. Dans cette logique, l'artiste incarne, je l'ai déjà évoqué, la maîtrise d'une technique poussée si loin qu'elle peut en perdre son utilitarisme immédiat. Peu importe d'ailleurs que le résultat ou l'effet soit une recherche de beauté, un réalisme du rendu, l'expression d'un sentiment, l'inspiration mystique, ou le sentiment suscité de peur, d'admiration, d'horreur, l'important est sans doute, à une époque, la prouesse technique, la maîtrise des contraintes, le "métier", le dépassement des possibles et du vulgaire, bref, l'excellence.
L'espression de l'Art est consubstantiel à l'état de la société : hriérarchique et centralisatrice, expansionniste, conquérante, progressiste, s'urbanisant progressivement, et liée de façon croissante à une valeur travail. Sauf que cette vlaueur-travail s'organise encore en métiers, en apprentissage de techniques, en savoir-faire, en acquisition d'expérience, en expérimentation et en découverte, et incidemment en en secrets de fabrication... Toutes ces choses font que les métiers ne sont pas interchangeables. L'excellence acquise sur un métier donne la valeur à l'homme et sa place dans la société, quand elle ne se transmet pas de père en fils. On s'identifie par un savoir faire, on se fait reconnaître par son talent, son expérience, voire, par la façon dont on fait progresser les techniques.
L'artiste est une façon de sublimer et de "modéliser" un "professionnalisme" si important, dans la société de l'éapoque, qu'il en devient parfois dynastique...
Il serait intéressant de mettre en parallèle l'évolution du professionnalisme et de l'excellence artistique. Les techniques ont la réputation d'évoluer tellement vite que l'acquisition d'un savoir faire est secondaire. Réciproquement, les outils nouveaux emportent avec eux des préoccupations ergonomiques et conviviales telles qu'ils sont utilisables par un néophyte, pourvu qu'il lise le mode d'emploi ou qu'il visionne un didacticiel. Du coup, on peut changer de métier plusieurs fois dans sa vie, et même de branche. Le savoir faire se dévalorise, en contrepartie de quoi le savoir initial, la formation polyvalente, le niveau d'études se renforce. Mais ce n'est peut-être que temporaire...
Ces mouvements de fond se traduisent par des modifications plus directes, plus visibles et plus triviales : la nécessité de représenter le réel change évidemment de sens quand le réel peut être capturé avec plus de précision par une photographie, un film, un hologramme, voire une création virtuelle. L'art pictural se trouve d'autres champs d'exercice de son exellence, par exemple, que de portraiturer les puissants avec un "réalisme" aussi flatteur que possible... L'érection de statues à la gloire des personnes méritantes dont on souligne l'exemplarité perd de son sens mais trouve à se remplacer dans le reportage de propagande ou l'exposition médiatique sous une forme ou une autre... jusqu'au buzz encore actuel.
Mais par delà les influences en retour d'une technique vulgarisée sur la nécessité, pour l'artiste, de trouver d'autres champs de recherche et d'expression, c'est bien à une étude sociologique et historique de la notion d'excellence qu'il faudrait se livrer.
Que peut-on encore appeler "excellence" dans un monde de plus en plus ergonomique et où les avancées technologiques repoussent sans cesse les limites des possibles ? Dans quels domaines l'excellence n'a-t-elle pas été ringardisée par une forme de démocratisation de la culture, une accessibilité des techniques, une disponibilité des méthodes ?
Né de certaines formes, sublimées par la disparition de l'utilté immédiate, d'excellence artisanale, pouvait-il rester une apologie de l'excellence alors que, parallèlement, l'artisanat se disolvait dans des techniques industrielles tout en s'exportant dans des pays à faible coût de main d'oeuvre ? Face à la perfection de ce que l'industrie produit, on reconnait surtout l'artisanat à ses défauts et ses imperfections.
Et après l'industrie, vient l'informatique... en quoi l'artiste peut-il rivaliser d'excellence avec les produits de l'imagination numérisée ? En strates successives, les arts se sont succedés : peinture et sculpture survivent à une couche de photographie et de créations numériques qui, cependant, occupent de cruciales part de marché. Le conte, devenu rapidement théâtre ou opéra, s'enterre lentement sous les couches successives des formes nouvelles : télévision, cinéma, représentations tridimentionnelles... jusque dans ses formes dématérialisées, virtuelles, interactives, que sont, par exemple les MMORPG... Le chant, la danse, la musique s'égarent dans des formes curieuses d'excellence, où l'attirail technologique dispense d'avoir à exceller dans la maîtrise de l'instrument, où aligner trois accords suffit, où la voix n'a plus à porter loin ni longtemps, ni même à être précise et intelligible : les micros, amplificateurs, vocoder, synthétiseurs, suivies maintenant de toutes les techniques de retouches numériques ont atteint profondément les directions de recherche de l'excellence.
La diffusion massives des oeuvres dématérialisées, et leur duplication à l'infini ont rompu avec toute idée même de rareté. L'excellence se mesure maintenant à une popularité immédiate, à une accessibilité la plus accrocheuse possible, et c'est finalement dans la vulgarité, au sens radical du terme, que ce trouve la recherche de l'excellence : on attend de l'artiste qu'il griffone sur un coin de table des mélodies simples et des textes dont on se fiche de la métrique, des rimes et encore plus du sens, pourvu que les droits soient accessibles et que le succès soit mondial. Les rouages de ce succès restent totalement mystérieux, et les recettes des excellences passées semblent assez impuissantes à les établir. La mystérieuse et très aléatoire lotterie du buzz tient lieu, donc, d'arbitre du goût et de gardien de l'excellence. Tout ce qu'on peut dire, si l'exigence est restée la même, c'est que l'excellence a bien changé de sens.
Admettons, donc, que l'art existe encore sous des formes nouvelles assez différentes (nécessairement différentes et probablement contradictoires) de celles du passé. Il n'était pas nécessairement donné auprofane de reconnaître l'art dans toute son excellence. La collectivité des amateurs, plus ou moins éclairés, pouvait se hiérarchiser dans sa consicence du chemin restant à chacun à parcourir pour égaler, peut-être, les artistes les meilleurs. Cette conscience hiérarchique, assez élitaire dans son essence, est probablmeent un des rouages majeurs sous-jacent à la notion de culture. Est cultivé celui qui sait identifier et reconnaître l'excellence.
Or, l'excellence est aussi soluble dans le bobo que dans le bling-bling. Comme je le disais avant la MàJ, une certaine bourgeoisie a peut-être disparue, qui alliait bon goût, art de vivre et une certaine discrétion. Ou alors elle a fait de sacré progrès en discrétion. Elle s'est effacée derrière des nouveaux riches décomplexés, assez dominateurs pour tirer parti des opportunités pendant que d'autres sont encore à chercher comment les comprendre. Comme ils peuvent s'enrichir en spéculant sur des produits que seuls les spécialistes peuvent comprendre (et encore), il peuvent aussi bien spéculer sur l'art sans y déceler une quelconque once d'excellence, faisant confiance, dans tous les cas, en le "marché" pour valider ou invalider des intuitions (les rendant, pour la plupat, autoréalisatrices, du moins tant que ça marche... ).
En bonne logique libérale, dispensé d'un obligation d'excellence supplantée par l'obligation de faire buzz, on ne voit pas pourquoi les artistes s'échineraient encore à tirer la qualité vers le haut. Un Odieux Connard en apporte la preuve hebdomadaire en relevant les incohérences scénaristiques et de mise en scène dans la production cinématographique de masse. Encore un domaine où l'excellence a du changer de forme.
Tout ça pour dire que soit il faut une sacré culture pour savoir débusquer l'excellence sous ses formes nouvelles, soit la culture est devenue parfaitement superflue pour apprécier une oeuvre d'art, si tant est que des oeuvres de divertissement puissent encore revendiquer ce nom.
Histoire de ne pas noircir le tableau et de suggérer que, finalement, l'excellence en tant que dépassement de soi reste une entreprise bien présente dans nos civilisations, on constatera que la professionnalisation du sport en fait certainement, et malgré la massification de sa diffusion, le nouveau lieu privilégié de l'exaltation de l'excellence, de l'exemplarité, du goût de la maîtrise du geste, de la recherche de la perfection technique, au service d'une appréciation hiérarchisée des talents, des efforts et des mérites.
Si tel est bien le cas, alors l'excellence aura bien définitivement changé de forme. En tout cas, dans ces "arts" sportifs, on reconnaitra qu'il faut, pour l'apprécier, un minimum de culture... physique.
[/MàJ]
Cordialement,
Théodoric
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Dernière mise à jour par : Théodoric le 20/06/12 17:08
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Merci de jeter votre dévolu dans les réceptacles prévus à cet effet.
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Réponse au Sujet 'Qu'auriez-vous pu dire ?' a été posté le : 17/06/13 11:31
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Nouvelle fournée, nouveaux sujets:
• Série L (littéraire), coefficient 7
- Le langage n’est-il qu’un outil?
- La science se limite-t-elle à constater les faits?
- Expliquer un texte de René Descartes extrait de «Lettre à Elisabeth»
• Série S (scientifique), coefficient 3
- Peut-on agir moralement sans s’intéresser à la politique?
- Le travail permet-il de prendre conscience de soi?
- Expliquer un texte de Henri Bergson extrait de «La pensée et le mouvant».
• Série ES (économique et social), coefficient 4
- Que devons-nous à l’Etat?
- Interprète-t-on à défaut de connaître?
- Expliquer un texte d’Anselme extrait «De la concorde»
(je n'ai pas les textes à expliquer).
Avant d'envisager de réfléchir aux sujets en eux-mêmes, je tiens à dire que je suis toujours dépité de voir que les sujets qui permettraient aux élèves des différentes filières de faire un minimum d'introspection ne leur sont jamais refilés.
Ainsi le sujet de L sur la science est à mon sens une question essentielle... pour un élève de sensibilité scientifique (et ça n'est pas la première année que je trouve les sujets en décalage avec la section, alors ce coup-ci je pousse une gueulante).
[more soon si j'ai le courage]
Regards,
Skro
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Un intégriste, c’est quelqu’un qui a des convictions que je ne partage pas. Et qui ose le dire, en plus !
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Réponse au Sujet 'Qu'auriez-vous pu dire ?' a été posté le : 18/06/13 10:40
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Citation :Théodoric dans une contemplation à Dlul a dit:
Cuvée très moyenne...
Il y a un sujet qui prête à discussion à la fois profonde, citoyenne et un peu d'actualité, c'est celui de la série ES : Que devons-nous à l’Etat ?
La question est à lire, évidemment, à l'infinitif. Aussitôt apparaît la dichotomie entre le devoir... et le droit. Or, l'Etat est habituellement dit "de droit". Ca permet d'être très vite dans le cœur du sujet.
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C'est marrant parce que justement, j'aurais attaqué le sujet par l'autre bout (i.e. "que devons-nous à l'Etat?" dans le sens "que nous apporte-t-il?"). Avec une réflexion sur le rôle de l'Etat (et son positionnement vis-à-vis de l'individu et réciproquement).
Et comme sujet profond, citoyen et un peu d'actualité quand même, celui de la série S:
Peut-on agir moralement sans s’intéresser à la politique?
n'est pas mal non plus de mon point de vue. Avec une réflexion sur le for interne, le for externe, et bien entendu la tarte à la crème Antigone vs Créon...
Regards,
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Réponse au Sujet 'Qu'auriez-vous pu dire ?' a été posté le : 18/06/13 15:32
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Plutôt d'accord avec toi, Keri.
Le sujet "Peut-on agir moralement sans s’intéresser à la politique ?" est méchamment casse-gueule, justement parce qu'on peut en rester à l'actualité, ou le comprendre à la Machiavel : « peut-on agir moralement en politique ? », avec une réponse évidente, qui est que les affaires du Prince n'ont à se préoccuper que d'être efficaces. Le respect de la morale n'en est pas totalement absent, mais le plus souvent, sa présence est cosmétique et son utilité rhétorique et propagandiste.
Il faut avoir de sacrés définitions conceptuelles très référencées pour ne pas se perdre dans des méandres de définitions-redéfinitions. Bref, je pense que c'est plus un sujet d'érudition que de réflexion.
Un premier constat, un peu stérile, s'occupera du genre du mot politique. Mais qu'il s'agisse du politique ou de la politique, cela reste à comprendre comme les affaires de la cité, dites aussi res publica... mais ça oriente déjà le sujet sur la compréhension qu'on en peut avoir dans un occident qui se pique de post-modernité. On s'apesentirait tout aussi vainement sur le verbe "intéresser", à comprendre aussi dans son potentiel de profit personnel. Littéralement, s'intéresser à la politique, c'est en tirer un profit personnel. Bien sûr, on a la possibilité intéressante de rebondir sur Adam Smith, et sa conception libérale d'une conjonction entre l'intérêt personnel et le bien commun : la recherche personnelle du profit dans une société interagissante doit mécaniquement conduire celui qui cherche à maximiser son profit à chercher à satisfaire les besoins de ses voisins, de sorte qu'une société qui laisse les gens s'enrichir en toute liberté peut obtenir la satisfaction du bien commun plus sûrement que celui qui l'impose autoritairement... Mais c'est incidemment dire qu'il n'y a qu'une façon de faire de la politique, qui serait d'être libéral...
Il faut, tôt ou tard, et avec plus de matière, définir ce que c'est qu'agir moralement, et replacer le débat dans l'histoire. La morale a été d'abord indissociablement liée à la fois à l'intime (la conscience morale) et à la vie publique. Il y a eu quelque part un schisme, probablement laic, qui renvoie ce qui est intime - la conscience, avec la croyance, la foi et les opinions - à la sphère privée et ce qui relève de la vie publique à une simple sanction des comportements, c'est-à-dire d'une éthique.
Penser moralement, décider moralement, c'est bien une démarche personnelle et privée, qui laisse l'individu face à sa conscience. Agir, par contre, c'est interagir, dans la plupart des cas. Cela sort un peu du champ strictement individuel. C'est déjà empiéter dans le comportement, dans l'éthique. C'est s'exposer au jugement d'autrui, aussi. Juger un comportement, c'est assez simple, puisque ça ne suppose pas de s'ériger en censeur de la pensée qui produit le comportement. Ce jugement là reste dans le domaine de l'éthique. Mais le jugement moral, lui, s'érige en contrôleur de la décision, de la consciecne, des motivations, de la pureté des intentions. Il y a en effet un type de jugement qui, au delà de l'appréciation "cela se fait" ou "cela ne se fait pas", dirait "c'est mal" ou "c'est bien". Agir moralement, est-ce que ce serait agir de sorte que les personnes qui portent un jugement moral qualifient l'action de "bien" ?
Dans une graduation entre l'intime et le collectif, on est là sur une ligne de partage des eaux. On n'est peut-être pas encore dans la cité, mais on est déjà dans le dual. Est-ce que le politique y intervient déjà ? ce n'est guère évident. Sans donner dans un relativisme culturel à l'anglo-saxonne, la morale est plurielle et contingente. Telle société, telle morale. On peut ainsi trouver des cultures, et notamment des théocraties, où le bien est si nettement défini et l'autorité si puissamment habilité à régenter les consciences que la question ne se pose plus vraiment. Etre moral, c'est être politique. Les régimes qui promeuvent un "ordre moral" sont de ce type aussi.
Sans dérouler toutes les controverses qui tissent le thème de la morale, je retiens comme but à atteindre dans une démonstration philosophique, que la conciliation entre la morale et la politique n'est pas à rechercher dans la "moralisation" de la vie politique mais dans une culture raisonnée du bien commun et de l'intérêt général, seule capable à mon sens de faire admettre à tous qu'une loi peut servir l'intérêt général quand bien même choquerait-elle les partisans d'une certaine morale. Une bonne loi est une loi qui s'explique. Encore faut-il, pour pouvoir l'expliquer, que les gens soient en attente d'explications plutôt que flagorneries populistes. Encore faut-il aussi qu'il leur reste une particule de rationalité. Quand quelques démocrates eux-mêmes commencent à calculer qu'une frange croissante de la lumpen-populace se passe très bien de réflexion tant qu'elle tient des slogans accessibles avec 12 de QI, il y a de quoi frémir.
J'éditerai ce message pour donner mes impressions premières sur les autres sujets, à moins que quelqu'un d'autre ne les aborde... Je mettrai alors mes éléments de réflexion à la suite.
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- Concernant le langage en tant qu'outil :
Une bonne entrée en matière est de rappeler que le langage, comme l'outil, sont considérés comme le propre de l'homme (et, bon, oui, du corbeau, aussi)...
Il serait intéressant, déjà, de savoir pourquoi le sujet envisage l'outil comme une qualification possiblement réductrice pour le langage. L'outil implique une action sur le monde, une ingéniosité, un prolongement de soi pour obtenir un effet voulu... Qu'est-ce qui dépasse l'outil ?
[/MàJ] Bon, mon aversion pour l'art en tant que thème philosophique a peut être joué dans une prééminence de "outil".
"Outil" et "utile" ont la même racine, si bien que certains philosophes sont prompts à considérer que la condition même d'outil devrait définir une « utilité », comme la condition d'homme est l'humanité. Il n'y aurait pas d'outil "inutile", et par conséquent, démonter que le langage connaît des emplois intiles suffirait à démonter que le langage dépasse l'outil...
J'avoue être peu convaincu : L'utilité se définit "à l'usage" et il n'y a pas d'usage inutile du langage... Le babillage du nourrisson ? Un usage expérimental et heuristique. Le jeu de mot ? Une utilité ludique, divertissante, et de plaisir. La politesse et les mondanités ? Un usage social, à la fois pour entretenir une vie collective pacifiée et, dans la plupart des sociétés, se positionner socialement tout en mesurant le positionnement des autres. Dire que le langage civilise les relations sociale, c'est lui reconnaître plus qu'une utilité mérginale : c'est fonder la légitimité même sinon de son origine, du moins de sa pérennité. La poésie ? En tant que la poésie est la science expérimentale d'un langage en évolution, elle participe à cette évolution et à son progrès (là où le SMS participe plutôt à une régression, mais c'est un avis personnel). Comme la recherche scientifique, ce n'est pas parce qu'il n'y a pas une utilité immédiate qu'il y a inutilité...
Bref, l'ouverture sur le thème de l'Art est, pour ma part, le genre de considérations où l'antithèse annule la thèse sans aboutir vraiment à une synthèse. Pour du remplissage c'est bien, mais sinon, bof.[/MàJ]
Une façon humoristique de faire boucler le sujet sur lui-même, ou au moins une partie, serait de partir de l'idée que l'outil est un prolongement de soi, mais pas soi... alors que le langage constitue la matière de soi, de la conscience de soi. L'outil est un moyen d'action sur le monde, mais n'est pas le monde... alors que le langage permet la représentation du monde avec un degré de fiabilité telle qu'il permet de verbaliser projeter le résultat d'une action, d'anticiper des conscéquences, de conceptualiser une image du monde, de la partager et de l'obectiver par l'expérience et l'échange... ça va loin.
Jusqu'où est-ce que ça ne va pas ? La limite est peut-être celle du performatif, des prédictions autoréalisatrices... mais c'est une question de culture, de contexte, de croyances, aussi : il reste des pans entiers de notre histoire et des cultures entières sous d'autres lattitudes, où il y a confusion entre la carte et le territoire, entre le mot et la chose... On n'évoque pas un malheur de peur de le voir advenir. On pratiques certains rituels comme si l'expression de la pensée verbalisée allait produire un résultat et un effet sur le monde. Ou on prie. La logique est la même qu'avec les poupées vaudou, comme si l'action sur la représentation de la chose allait avoir un effet sur la chose représentée. Nos sociétés rationalistes laïques ne sont pas exemptes de telles conventions. Le rituel de la condamnation en justice est de cet ordre, encore, où la reconnaissance publique de la culpabilité d'un individu permet à la société de réclamer une sanction, et, celle-ci purgée, de réintégrer le criminel ou le délinquant dans la norme. La déclaration fait la situation. Le mot "coupable" rend effectivement condamnable quelqu'un qui, quoi qu'il ait commis, était jusqu'alors présumé innocent. Le caractère performatif perdure encore dans les statuts, les nominations, les promotions publiques, et, sans polémique aucune, lorsque l'officier d'Etat civil fait naître une institution en prononçant un mariage. Tel est encore le pouvoir du verbe, même pour qui n'y trouve aucune démiurgie.
Je parlais de boucler le sujet sur lui-même, ou au moins ce développement : on peut constater que si l'outil ne constitue pas l'homme, à l'inverse du langage, ce n'est peut-être qu'un état historique passager, sur le point de prendre fin : les prothèses, les nanotechnologiques, l'interfaçage homme-machine de plus en plus sophistiqué font que l'Homme 2.0 est sur le point de naître, avec ses technologies embarquées ou immédiatement disponibles, ses aides électroniques permanentes à la décision, son remplacement possible et quasi intégral pièce par pièce, ses greffes, ses clonages, ses manipulations génétiques, son amélioration par les médicaments, les drogues, le dopage, les stimulants...
De plus en plus, l'homme intériorise ses prolongements artificiels, étrangers, biologiques, chimiques, mécaniques, informatiques, qui le complètent et l'améliorent. On se découvre des intestins pensants, et il faudra un jour s'intéresser aux cinq cent mille milliards de bactérie que notre corps abrite et le rôle qu'elles peuvent jouer y compris sur nos humeurs, nos pensées, nos sentiments, nos impressions, certaines de nos addictions... (certaines sont suspectes d'être responsables de certaines formes d'autisme. Lesquelles ? Heu... une aiguille dans une botte de foin est évidemment plus simple à trouver). Mon nom est légion, quoi... Bref, on peut faire éclater assez vite et assez facilement l'idée que chacun est un individu bien séparé de ses outils. Et si tous ces artifices nous constituent, si la définition de l'outil intègre nos prothèses, nos réseaux sociaux et l'étalage de pensées qui nous survivront sur les meilleurs fora, alors il n'y a plus de raison de considérer que le langage et plus qu'un outil au seul motif qu'il nous constitue...
Je n'ai peut-être bouclé qu'une partie, mais elle peut plaire.
[MàJ]D'autres aspects qui peuvent faire l'objet de développements seraient, par exemple, de cibler la vocation du langage dans une optique de communication. Qu'est le langage en dehors de cette vocation communicatrice ? Or, on parle bien d'outils de communication. On peut broder sur l'évolution de la communication dans l'histoire récente : On communiquait quelque chose à quelqu'un... puis, avec les mass media, on ne se préoccupait plus que de communiquer des choses, en se souciant de moins en moins d'être reçu par quelqu'un, n'ayant de lui qu'un retour collective et différé. La post-modernité se caractérise selon moi par l'avènement du "communiquant", et le verbe "communiquer" se passe désormais de complément d'objet qu'il soit direct ou indirect. Je communique. Voilà. Et ça me suffit. Est-ce que j'ai quelque chose à dire ? Y a-t-il quelqu'un qui me reçoive ? Qu'importe... Nan mais allô, quoi...
Bref, le langage comme outil, certes, mais un outil devenu sans destination particuilère...[/MàJ]
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- Sur le travail comme permettant la conscience de soi...
Je peux rappeler que pour les marxistes, le travail est une aliénation. Bien sûr, le terme aliénation est à comprendre au delà de son sens psychiatrique, sachant notamment qu'en droit, on parle aussi d'aliénation à propos d'une vente de son patrimoine. Sans développer le sujet, il me fournit une occasion de réhabiliter Pierre Bergé pour l'une de ses déclaration qui a été scandaleusement incomprise parce qu'inexpliquée et interprétée par des incultes. Il avait affirmé sans rire, à propos de la gestation pour autrui, que le procédé n'était guère plus scandaleux que de louer sa force de travail. Là encore, il faut avoir un peu de culture marxisante : ce n'est pas la GPA qui est excusable, mais la contrainte du travail salarié qui est inexcusable ! Dans une société "idéale", il n'y a pas une classe sociale de possédants qui vit (confortablement) des rentes et des revenus de son capital, sans produire elle-même de la richesse, mais une classe unique de travailleurs, collectivement propriétaire de l'outil de production, et qui partage le travail et la richesse avec plus d'équité. Selon cette logique, que Marx ne présente pas comme un idéal mais comme l'évolution mécanique et inévitable de la société, le travail est une participation à une création collective de richesse et non plus une aliénation. Au contraire, être contraint de se vendre, c'est à dire de louer sa force de travail contre un salaire est vécu par les marxistes comme une inévitable soumission à l'ordre bourgeois des propriétaires nantis et rentiers ("qui ne se sont donné la peine que de naître"), c'est aussi "aliénant" que de vendre ses biens de famille pour se loger et se nourrir. Si vertueux soit le valeureux travailleur producteur de richesse (et qui dépasse les objectifs du plan) la comparaison infâmante, dans le vocabulaire marxiste, s'établit entre le salarié contraint de vendre sa sueur pour vivre et la prostituée qui vend son corps. Et déjà, la comparaison n'est pas là pour excuser le proxénétisme, mais bien pour condamner le "patron" en tant qu'il est proriétaire de l'outil de production. La saillie de Bergé rappelait à qui voulait l'entendre (et surtout le comprendre - ils étaient moins nombreux) que s'indigner de la GPA n'avait de valeur que si l'on n'oubliait pas de s'indignait aussi de la condition de la prostituée et du prolétaire salarié.
C'est le genre de mise au point préalable qui peut modifier tellement la compréhension du sujet qu'elle laisse l'impression d'en avoir traité la moitié, non ?
- Sur ce que nous devons à l'Etat, oui, je comprends bien la tentation de lire le sujet comme tu le fais, Skro, mais ça pousse à faire un sujet historique ou constitutionnaliste, impliquant la naissance de l'Etat-Nation, les vicissitudes de l'Etat de droit, de l'Etat providence, de l'Etat-stratège et tout ça... On peut en faire une partie voire une introduction, mais jouer sur les sens multiples de "ce qu'on doit" me semble plus riche :
Ce qu'on "doit, c'est la contrepartie de ce qu'on reçoit, donc des droits qui constituent une sorte de créance sur l'Etat. Et cette créance, dans un état de droit et un pays de "droits de l'homme", est exigible par le seul fait de la naissance et de la vie, qui nous fait égaux en droits et en privilèges. Donc, a priori, sans contrepartie. Et pourtant, ce que l'on "doit" soulève aussi la question des devoirs. Les sociétés d'ordre moral ne manquent jamais de souligner que la contrepartie des droits réside dans les devoirs. Ce n'est pas un hasard si l'assemblée bourgeoise qui destitue Robespierre et revient sur bon nombre de conquêtes révolutionnaires proclame une déclaration des "droits et devoirs" de l'homme et du citoyen en 1795. Les devoirs sont d'être bon citoyen, ce qui ne se conçoit que d'un bon père, d'un bon frère, d'un bon fils, d'un bon époux... et qui légitime incidemment un suffrage censitaire.
Les contreparties qui restent depuis l'abolition du service militaire sont de se conformer à la loi (mais il y a inflation légale, ce qui pose problème...) et de payer ses impôts, mais il ne suffisent plus... Aborder la dette qu'on a envers l'Etat ne se conçoit pas non plus sans évoquer le (faux) problème contemporain de la dette... publique.
Alors d'accord, la question des rapports entre l'individu et la collectivité, celle des garanties et des droits (et l'occasion de replacer ma distinction entre droits et libertés) sont intéressantes, mais elles posent tôt ou tard la question d'un contrat social "synallagmatique", c'est à dire faisant peser des oblibations équilibrées sur chacune des parties au contrat... comprendre le sujet sous le seul angle de ce qu'apporte l'Etat me semble rater l'essentiel. Ceci dit, il y a des développements anarchistes et libertaires à y apporter qui risquent de ne plus laisser beaucoup de temps à la question des "devoirs".
Oh, ben finalement, il ne me reste qu'un sujet à examiner, en plus de tous les autres à re-creuser...
Cordialement,
Théodoric
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Dernière mise à jour par : Théodoric le 20/06/13 15:53
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-------------------- Jeune depuis plus longtemps que vous !

L'abus de modération est dangereux pour la santé.
Merci de jeter votre dévolu dans les réceptacles prévus à cet effet.
Restons fer-plaie !
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Cachée
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