Thorp bonheur

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La Geste du Prince Coriolan a été posté le : 17/01/03 20:57
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C'est parti pour un nouveau sujet, toujours sur le même thème!
Avis, commentaires, suggestions, n'hésitez pas à écrire ici même. Ça donne toujours un peu de dynamisme à l'histoire, et un peu de pêche à l'auteur.
1er février 2003:
Retrouvez l'intégrale des épisodes précédents en cliquant ici!
"Alors, Prince, si vous m'expliquiez un peu votre histoire de peuple de Dawonda ?"
Je sursautai.
Depuis le matin, nous avions déjà passé un col, et nous nous dirigions vers un second, à la suite de Liandar et Béryl qui étaient les seuls à se repérer dans les bancs de brume qui dérivaient sur les hauteurs. J'avais l'impression de cheminer dans le ciel, au milieu des nuages. Sur notre gauche, quand le vent chassait les grandes ailes blanches de la brume, on distinguait le sommet du Mont Guerrero, coiffé d'un peu de neige. Les yeux perdus dans un grand banc de vide, je n'avais pas vu arriver Myndra.
"Pardonnez-moi, je ne voulais pas vous surprendre. Je suis juste très curieuse d'apprendre ce qui vous est arrivé depuis votre départ de Flerroé."
"Ça fait bientôt un an, vous savez. Il s'est passé beaucoup de choses, je ne vois pas comment je pourrais tout vous raconter."
"Alors résumez. Je n'ai pas besoin de tous les détails, je veux juste comprendre comment, de votre fuite vers Ecume-sur-le-Voile, vous en êtes arrivé à vous faire qualifier de barbare par quelqu'un qui crache ce mot plus qu'elle ne le prononce."
"Ma mère vous a raconté mon départ ?"
"Oh non, pas votre mère. Elle ne veut pas aborder ce sujet, elle tient beaucoup trop à vous laisser vivre votre vie. C'est dame Lys qui nous en a parlé. Isard la connaît bien, et vous aussi, je suppose."
"En effet. Comment va-t-elle ?"
"Elle allait bien la dernière fois que nous l'avons vue, mais il y a quelques nuits, j'ai fait un rêve qui m'a eu l'air d'un mauvais présage."
"Vous pensez qu'il lui est arrivé quelque chose ?"
"Peut-être."
Chacun de nous détourna les yeux un instant, puis je me tournai à nouveau vers Myndra.
"Arrivé à Ecume-sur-le-Voile, j'ai choisi Matzar comme nouvelle destination. J'aurais peut-être pu embarquer à bord d'un bateau, mais je n'ai pas voulu courir le risque d'être reconnu. J'ai pris la route de Pierre Grise. La chance devait être de mon côté, car je n'ai eu aucun mal à fausser compagnie au gardien de la vallée des Tombeaux.
Evidemment, cela n'a pas duré. Je ne pouvais pas espérer traverser tout le pays barbare sans rencontrer quiconque. Les hommes qui m'ont capturé m'ont confié à un Alaurien en exil, un ancien contrebandier du nom de Lierre, qui m'a fait comprendre que je n'aurais aucune chance de franchir les montagnes en plein hiver. Alors j'ai prêté allégeance à son chef, un peu à contrecoeur, mais je ne l'ai pas regretté par la suite.
Ça peut vous sembler absurde, mais je suis fier d'être devenu un barbare. C'est un peuple qui vaut mieux que ce que l'on en dit par chez nous. Ils n'ont pas de villes, n'utilisent pas l'écriture, mais leur savoir et leur art de vivre sont ceux d'un peuple civilisé. Sans compter que Dawonda est un homme hors du commun. Il m'a tout de suite accepté parmi les siens, et n'a pas hésité à m'offrir ce cheval lorsque j'ai perdu le mien. Dans mon coeur, il n'y a pas de doute, je fais vraiment partie de son peuple."
"Je vois, fit Myndra, songeuse. Vous êtes donc devenu un authentique barbare. Coriolan le Barbare, ça ne sonne pas si mal après tout."
"Non, pas Coriolan, rectifiai-je. Tout le monde m'appelle Prince."
"Vous avez définitivement changé de nom ?"
"Peut-être pas définitivement, mais ce nom m'a été donné par quelqu'un de très cher et je m'y suis attaché."
"Vous n'avez aucune intention de retourner à Flerroé, n'est-ce pas ?"
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Dernière mise à jour par : Oph le 01/02/03 11:45
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Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 22/01/03 18:59
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Attends d'avoir lu ce qui suit, et tu verras que ma vengeance met vraiment bien la victime à l'honneur!
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Ces mots me frappèrent. Pour la première fois, je compris à quel point nous étions loin de Flerroé, loin de ma ville. Même si je rebroussais chemin immédiatement, il me faudrait plusieurs semaines pour revoir les tours du château de mon enfance et les pierres érodées du Pont des Ames. J'eus soudain un terrible pincement au coeur. Bien sûr que si, je voulais retourner à Flerroé ! Un tel voyage était juste hors de question tant que le peuple d'Alaurie n'aurait pas oublié le prince Coriolan.
"Pas pour l'instant, répondis-je. Peut-être un jour, dans quelques années."
"Vous risquez d'être déçu. Quand on revient longtemps après sur les lieux de son enfance, on ne retrouve pas ses souvenirs. J'en sais quelque chose."
"Longtemps après ? Mais quel âge avez-vous ?"
Myndra rit doucement.
"Le même âge qu'Isard, voyons."
Isard. Myndra. J'aurais volontiers pensé que le premier avait deux fois l'âge de la seconde. Il me fallut quelques instants pour me souvenir que Seraël, à qui l'on donnait tout juste une petite trentaine d'années, avait en réalité un siècle de vie derrière lui. Myndra était une elfe, après tout. Ou du moins, quelque chose d'approchant.
"Regardez par ici !" s'écria soudain Béryl non loin de nous.
L'officier nous montrait, entre deux nuages gorgés de paresse, un pan de montagne à la forme inhabituelle. Avec un peu d'imagination, on pouvait reconnaître le profil d'un homme au sourire moqueur.
"En effet, ce rocher vaut le détour, commenta Myndra. De quoi s'agit-il ?"
"C'est Guerrero l'Orgueilleux, l'esprit de la montagne. Il y a des tas de légendes à son sujet. La principale dit que Guerrero se voulait l'égal des dieux. Dans une caverne au coeur de ces montagnes, il avait construit un petit temple dédié à son propre culte. Pour punir son orgueil, les dieux l'ont changé en volcan."
"En volcan ?" m'étonnai-je.
"Oui, c'est bien un volcan. Le Mont Guerrero n'a pas craché de lave depuis des années, mais il y a toujours des émanations de soufre à certains endroits. M'est avis qu'il rumine toujours sa colère contre les dieux."
"Et ce Guerrero, qu'était-il à l'origine ? Un homme, un elfe, un farfadet ?"
"Ah ça, l'histoire ne le dit pas," répondit Béryl, amusée.
Un banc de brume cacha de nouveau la silhouette du gardien, avant de s'effilocher. Vu depuis l'endroit où nous nous trouvions, le rocher avait vraiment l'air d'un visage humain. Ce n'était pas le fruit de l'imagination d'un esprit tordu, comme le Rocher de l'Ours à Sente-aux-Cerfs, qui ne ressemblait à un ours qu'au bout de la septième bière. Guerrero était tellement réaliste que l'on pouvait presque croire la légende.
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Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 26/01/03 10:55
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Son visage de roc noir me hanta tant et si bien que je passai la soirée à tenter de le reproduire sur un morceau de bois. Sans grand succès, il faut le dire. La sculpture n'était pas un art dans lequel j'étais très versé.
"Avec un peu de chance, expliqua Liandar en face de moi, nous rencontrerons dès demain nos premiers éleveurs nomades."
"J'espère que l'endroit où ils vivent n'est pas hanté comme les montagnes que nous venons de franchir !" s'exclama Isard.
"Rassurez-vous, répondit Béryl, nous serons sortis des montagnes hantées demain matin."
"Merci pour la précision."
L'aventurier ajusta d'un geste sec sa position en tailleur sur sa couverture, et échangea un sourire avec maître Toru.
"Comment allons-nous nous organiser pour établir le contact avec ces gens ?" s'inquiéta Myndra.
"Le plus simple est encore de dire la vérité, dit Liandar après un court instant de silence. Notre prince a disparu et nous le recherchons. Ce sont des gens simples, inutile de tourner autour du pot avec eux."
"Je veux bien, mais il leur faut une bonne raison pour nous aider, non ?"
"C'est bien là le problème, soupira l'officier. A part des promesses, nous n'avons rien à leur offrir en échange de leur aide."
"Des promesses..." répéta maître Toru, d'un ton lourd de cynisme.
"C'est bon, c'est bon, lâcha Isard. Nous avons déjà parlé de ce problème lorsque nous étions à Matzar, et si vous faisiez un effort de mémoire, vous vous souviendriez qu'à l'époque, nous avions convenu de ne surtout rien donner ou promettre."
"En effet, dis-je distraitement, sans quitter des yeux le bout de bois que je tentais de sculpter. Quelqu'un avait suggéré qu'une récompense pourrait pousser certaines personnes à nous dire n'importe quoi. C'était Béryl, je crois."
L'officier recula légèrement. Levant la tête, je constatai que j'avais sans doute commis une maladresse, car elle n'arrivait pas à soutenir les regards insistants de nos compagnons.
"D'ailleurs, vous étiez tous d'accord avec elle," ajoutai-je vivement.
Aussitôt, les uns et les autres se jetèrent des regards interrogateurs, se répondirent par des mines gênées, et le débat fut clos.
Il y eut juste un très léger rire de jeune fille, un peu à l'écart.
Cette nuit-là fut plus paisible que les précédentes. Les rêves revinrent, sans me laisser d'autre souvenir que des images fugaces, mais leur simple présence me rassura. Les esprits ne m'avaient pas totalement abandonné.
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Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 31/01/03 19:35
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Au petit matin, un son à mi-chemin entre le brame et le râle me fit ouvrir les yeux d'un coup. Autour de moi, tout le groupe avait aussi été réveillé en sursaut. Instinctivement, je cherchai Verrine. Elle émergeait à peine de sa couverture, et sa tête blonde ébouriffée ne respirait pas la culpabilité.
Les jambes de Myndra passèrent vivement entre nous deux. De nouveau, une lumière irréelle commençait à gainer son bras. Je compris le problème à peu près en même temps que la princesse : sa créature se tenait juste au bord du cercle. C'était elle qui avait lancé cet appel en direction de notre groupe.
Pendant que je m'asseyais, un peu gêné, ne sachant que faire, Verrine se précipita hors de ses couvertures et courut après Myndra. Dans un coin de mon champ de vision, Liandar banda son arc.
"Arrêtez, ça ne sert à rien !" s'écria la princesse en se plantant devant l'elfe.
"J'ai dit que je ne voulais pas voir cette chose tourner autour de nous."
La chose en question dut comprendre que les événements ne prenaient pas la bonne tournure pour elle, car elle s'enfuit vivement. Ou alors, c'était le jour qui la mettait en fuite. Le soleil ne tarderait pas à se lever.
La flèche de Liandar jaillit dans un léger sifflement. Elle manqua de peu l'animal, qui disparut dans les montagnes.
"Myndra, vous avez bien vu, protesta la princesse, cet animal était coincé hors du cercle, il ne pouvait pas nous faire de mal !"
"Peu importe, intervint Liandar. Ces créatures sont dangereuses. Nous ne pouvons pas nous permettre d'avoir pitié."
"Comprenez-nous, princesse," ajouta Béryl plus doucement.
"Je comprends simplement que vous êtes enfermés dans des idées reçues. On vous dit qu'il faut craindre les animaux de ces montagnes, alors vous les craignez, comme des paysans superstitieux. On vous a dit aussi qu'il fallait craindre les sirènes, n'est-ce pas ?"
"Princesse, calmez-vous ! s'exclama Isard en avançant à grands pas vers la jeune fille. Ce n'est pas en traitant les autres d'imbéciles que vous allez régler quoi que ce soit. Quand on se fait réveiller par un animal aussi monstrueux, on pense à se défendre avant de se poser la moindre question, c'est normal."
Il posa la main sur la joue de Myndra, qui avait viré au parme.
"Tout va bien, ma chérie ?"
Pour toute réponse, la jeune femme se serra contre lui, en prenant soin de ne pas le toucher de sa main lumineuse. Isard lui embrassa doucement le front.
Un soleil encore invisible teintait d'or et de cuivre les sommets des montagnes au-dessus de nous. C'était le genre de moment suspendu où l'on ne souhaitait qu'une chose : rester sur place, immobile et silencieux, pour s'imprégner de la magie de l'instant. Les yeux perdus dans les teintes irréelles du ciel, je déplorai le sort qui m'avait fait assister à ce spectacle au milieu d'une aussi détestable ambiance.
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Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 04/02/03 21:44
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Nous levâmes le camp plus tôt que de coutume. La princesse Verrine resta silencieuse tandis que je l'aidais à charger ses bagages et à monter en selle. De toute évidence, elle ne décolérait pas. Alors que je détachais Horizon, je remarquai le visage inquiet de Myndra.
"Quelque chose ne va pas ?"
"Un mauvais pressentiment, Prince. J'espère que ce n'est rien de grave."
Je hochai la tête avec ce que j'avais de mieux en matière de sourire encourageant, puis je grimpai en selle pour rejoindre Liandar et maître Toru qui s'éloignaient déjà.
"Terlem est un grand homme, bougonna l'officier comme pour lui-même, mais j'ai de plus en plus de mal à supporter sa fille."
"Pensez à autre chose," suggéra le maître d'armes tranquillement.
"Croyez bien que j'essaie, maître Toru."
"Dites-moi, Liandar, dis-je pour changer de conversation, ces sirènes qu'il faut craindre, s'agit-il des créatures marines dont parlent nos légendes ?"
"Je ne connais pas vos légendes, Prince, mais les sirènes sont en effet des créatures de la mer, qui vivent au large et ne s'approchent jamais des côtes. A ce qu'en disent les marins, elles apprécient la chair humaine. Quand un homme disparaît en mer, il y a toujours quelqu'un pour présumer qu'il a été dévoré par les sirènes."
"En effet, on est loin des histoires que me racontait ma mère quand j'étais enfant. Les sirènes de mes légendes gardent des trésors fabuleux et chantent pour les morts. Elles sont aussi incroyablement belles."
"Vous savez, la beauté n'empêche pas la cruauté," répondit Liandar.
Je me retournai brièvement. Derrière moi, sur un cheval alezan au front orné d'une étoile blanche, se trouvait une jeune fille au visage harmonieux et à la silhouette élancée. Ses cheveux blonds, qui avaient repris leur texture lisse depuis notre départ, volaient dans la brise. Pourtant, nulle chaleur n'émanait d'elle. La beauté n'empêchait rien. La beauté n'avait jamais rien empêché.
Nous ne tardâmes pas à retrouver un sentier qui descendait vers un terrain un peu moins tourmenté, couvert d'une végétation chétive clairement adaptée à un climat difficile. Malgré une aube prometteuse, le temps n'était pas au beau. Une humidité tenace s'incrustait obstinément dans nos vêtements, s'accrochait aux cheveux et aux barbes, apaisant quelque peu les brûlures du soleil des montagnes.
Enfin, Liandar aperçut au loin une vague trace de fumée, dont l'origine n'était pas bien visible à cause de la brume qui collait au relief.
"Une hutte, tu crois ?" hasarda Béryl.
"Probablement une simple tente. Je ne vois pas un berger s'installer durablement aussi haut sur l'ubac. Il n'y aurait rien à manger pour ses bêtes."
"Mais alors, que ferait-il ici, tout court ?" demanda Isard.
"Le seul moyen de le savoir, c'est d'aller lui parler."
Nos chevaux eurent bien du mal à franchir l'espace rocailleux qui nous séparait de cette présence humaine. Il nous fallut mettre pied à terre et avancer avec précaution. Pendant cette étape, Myndra confia les rênes de sa monture à Isard, et enfila tout en marchant une cape de laine dont la grande capuche couvrait assez bien son visage. Elle déplaça également les couteaux accrochés à sa ceinture, de façon à les cacher sous les plis du tissu.
Aucun de nous n'avait ainsi dissimulé ses armes quand nous arrivâmes à proximité de la tente. C'était un campement de fortune établi sur une terre parsemée de plus de scories que de brins d'herbe. Avec l'humidité, le petit feu de bois faisait plus de fumée que de flamme. Il semblait d'ailleurs près de s'éteindre.
"Attendez-nous ici," nous dit Béryl à voix basse.
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Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 12/02/03 19:51
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Le frère et la soeur avancèrent ensemble vers la tente.
"Il y a quelqu'un ?" demanda Liandar dans une langue quasi identique au barbare que je connaissais.
Sans un mot, Béryl lui saisit le bras et lui montra des traces sur le sol. D'où nous étions, nous ne pouvions pas les voir, mais je sentis à l'attitude des deux officiers que quelque chose n'allait pas. Tous deux tirèrent l'épée et avancèrent à pas de loup.
Liandar écarta brusquement le pan de tissu qui fermait l'entrée de la tente.
Il le lâcha presque aussitôt, blanc comme un linge.
Béryl se tourna vers nous, le visage décomposé, l'éclat cristallin de ses yeux accentué par les larmes qui déjà débordaient sur ses joues.
Il fallut un bon moment aux officiers pour être en mesure de nous expliquer ce qu'ils avaient vu à l'intérieur.
"Un homme et une femme, résuma Liandar, dont le regard ne décollait pas du sol devant ses pieds. Du moins, ce qu'il en restait. Je crois qu'ils ont été massacrés tôt ce matin. Et ce ne sont pas des animaux sauvages qui ont fait ça. Il y a un acharnement terrible, toute une mise en scène, qui ne peut être que l'oeuvre d'un humain. Ou assimilé," corrigea-t-il après un bref coup d'oeil vers Myndra.
Isard s'était un peu éloigné, pour inspecter les traces dans le campement.
"Je ne suis pas un expert, dit-il en s'asseyant sur une grosse pierre, alors j'hésite entre beaucoup de monde et beaucoup d'allées et venues. En tout cas, ce couple avait des chèvres, et elles ont été emmenées. Leurs traces partent toutes dans la même direction."
"Mais qui a bien pu faire ça ? s'étonna Verrine. Tuer des gens pour voler leurs bêtes, soit, mais pas besoin de repeindre les murs par la même occasion !"
"C'est ce que tout le monde se dit, princesse," répondit Béryl.
"Avec un peu plus de tact dans la formulation," corrigea Myndra.
Liandar flatta nerveusement l'encolure de son cheval, penché en avant, le nez dans les crins, les yeux clos.
"Il n'empêche que tout ceci n'est pas normal," marmonna-t-il.
"Quoi donc ?" demanda Isard.
"Que faisaient ces gens ici avec leur troupeau ? Nous sommes encore au-dessus des derniers alpages, sur l'ubac, qui plus est. Même des chèvres doivent avoir du mal à se nourrir à cette altitude. Il y a quelque chose d'illogique dans cette situation."
"Ils fuyaient," intervint maître Toru.
"Pardon ?"
"La fuite. C'est la seule explication."
"Je veux bien, admit Béryl, mais ce sont des barbares des montagnes. Même les bergers savent se battre, par ici. Alors, que pouvaient-ils bien fuir ?"
Le silence alourdit encore la brume autour de nous. Les regards se croisèrent sans trouver de réponse à la question qui venait de naître dans tous les esprits : vers quoi étions-nous en train de nous diriger ?
"Quoi qu'il en soit, reprit Isard, nous n'avons plus rien à faire ici. A part peut-être mettre le feu à cette tente, faute de pouvoir donner une sépulture décente à ce qui reste de ces pauvres gens. Occupons-nous de ça, et partons."
Chacun opina gravement. Liandar enflamma le tissu de la tente et entonna un court chant funèbre ; puis il reprit la tête de notre groupe en direction des alpages où, nous l'espérions, nous trouverions autre chose que des morts en piteux état.
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Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 14/02/03 19:10
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Attends un peu, mon bon barbare, la baston n'est pas pour tout de suite!
Et l'ennemi sera redoutable... Gniark!
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Accablés par notre macabre découverte, nous fîmes l'essentiel du chemin en silence. Mes pensées tournaient en rond : je n'arrivais même pas à me représenter mentalement un fou furieux massacrant un couple de bergers au point de rendre malades deux gardes rompus aux horreurs des combats. Il devait me manquer une certaine dose de perversité.
Alors que le jour baissait, le son lointain d'une cloche me fit sursauter.
"Qu'est-ce que c'était ?"
"Un bouc ou un bélier, quelque part dans les alpages."
Liandar se gratta l'arête du nez.
"Cette fois, j'espère que le propriétaire du troupeau est vivant."
Nous avançâmes en direction de la cloche, qui sonnait de temps en temps comme pour nous guider quand nous doutions de la route à suivre. J'ignore combien de temps il nous fallut pour retrouver ce troupeau invisible. Dans mes souvenirs, ce morceau du parcours s'étire à l'infini, peuplé de doutes et d'interrogations. Je suppose qu'en fait, il fut relativement court.
Le troupeau comptait, en plus du bélier, une vingtaine de brebis. Nous trouvâmes les bêtes au détour d'un accident du relief, étonnés de ne pas les avoir vues de plus loin.
Aussitôt, un gros chien au poil épais se précipita dans notre direction. A mi-chemin entre le troupeau et nous, il s'immobilisa et se mit à aboyer furieusement. Comme nous ne faisions pas mine d'avancer, il en resta là, attendant l'intervention de son maître.
Celui-ci arriva d'un pas fatigué, coiffé d'un chapeau de paille, équipé d'un lourd bâton sur lequel il était évident qu'il n'avait pas besoin de s'appuyer. Il cria quelques mots à son chien, qui revint vers lui sans nous quitter des yeux.
Quand le berger nous vit, un choc ébranla tout son corps. Il se mit à reculer aussi vite que le relief le lui permettait, sans doute trop effrayé pour oser nous tourner le dos. Des paroles saccadées s'échappaient de sa gorge pendant qu'il tentait de s'éloigner.
"Ne me faites pas de mal... Je vous en prie... Laissez-moi tranquille... Allez-vous-en..."
Nous échangeâmes des regards étonnés. Même ceux d'entre nous qui n'avaient aucune notion de la langue barbare avaient très bien compris de quoi il retournait, et personne ne savait pourquoi notre présence faisait un tel effet à ce pauvre homme.
"Arrêtez ! lança Liandar. Nous ne faisons que passer... Ecoutez-moi, bon sang !"
"Je crois qu'il n'est pas en état de comprendre ce que tu lui dis," soupira Béryl.
"De deux choses l'une, intervint Isard. Soit nous abandonnons définitivement l'idée de lui parler, soit nous le rattrapons maintenant !"
Myndra le regarda un instant, puis, sans rien dire, lança sa monture au petit trot sur l'herbe humide. Je lui emboîtai le pas, suivi du reste du groupe.
Le berger paniqua en nous voyant faire. Il se retourna enfin, et détala comme un lièvre, si tant est que le lièvre en question sache hurler tout en courant. Il nous fallut passer au galop pour parvenir à sa hauteur. Les moutons, pris de panique, s'éparpillèrent dans tous les sens, malgré les efforts du chien pour les rassembler.
Se voyant encerclé, l'homme s'arrêta. Ses yeux brillaient de l'éclat des larmes qui les envahissaient. Je connaissais ce visage-là : c'était celui de quelqu'un qui n'a plus d'espoir, mais qui compte bien vendre chèrement sa peau.
"S'il vous plaît, calmez-vous, lui dit Béryl. Nous n'avons aucune idée de ce qui vous effraie, et aucun lien avec vos ennemis."
"Vous ne m'aurez pas !" hurla l'homme avant de se précipiter vers Myndra, son bâton de berger brandi comme un gourdin géant.
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Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 17/02/03 21:29
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S'il voulait forcer le passage, il avait choisi la mauvaise personne.
D'un bond souple, l'elfe se mit debout sur sa selle, puis s'élança pour atterrir devant les sabots de son cheval, qui sursauta et s'éloigna un peu. Dans l'intervalle, elle avait évité le coup du berger, pourtant fort leste, et maintenait son bâton à deux mains pour l'empêcher de frapper à nouveau.
L'homme n'osait plus rien dire, plus rien faire. La capuche était retombée, dégageant le visage et les cheveux de Myndra, dont il n'arrivait pas à détacher ses yeux.
"Quelle sorte de créature êtes-vous ?" murmura-t-il.
La jeune femme, qui n'avait rien compris, ne cilla même pas.
Le berger lâcha son bâton et s'effondra à genoux. J'avais l'impression désagréable d'avoir déjà vu cette scène.
Isard et maître Toru se penchèrent vers lui pour le relever. Je ne m'étais même pas rendu compte qu'ils étaient descendus de cheval.
L'homme les regarda un instant, hébété. De quoi endormir la vigilance de n'importe qui.
Nous vîmes la lame de son couteau en même temps, mais seul maître Toru fut assez rapide pour lui arracher l'objet des mains avant qu'il ait eu le temps de se trancher la gorge. Le maître d'armes jeta un coup d'oeil méprisant sur le couteau avant de le lancer au loin.
"La mort ne soulage personne !" gronda-t-il avant de reprendre son calme habituel.
Liandar traduisit pour le berger, dont les jambes flageolaient.
Il fallut aider le pauvre homme à s'asseoir, lui tendre une flasque d'eau-de-vie, attendre la fin de ses tremblements incontrôlés. Quand on lui demanda ce qu'il craignait, il secoua la tête violemment et refusa de répondre.
Les officiers lui dirent le nom de chaque membre du groupe. Cela sembla le rassurer un peu.
"Que faites-vous ici ?" osa-t-il demander.
"Nous cherchons l'héritier de notre peuple, répondit Liandar. Son épouse et son père ne l'ont pas vu depuis plusieurs mois. Ils nous ont envoyés à sa recherche."
"Votre héritier était par ici ?"
"Il est parti vers ces terres avec quelques guerriers. Il s'appelle Trybnar. Ce nom vous dit-il quelque chose ?"
"Pas du tout. Mais vu ce qui se passe par là..."
Il indiqua l'aval d'un coup de menton.
"Je crains que votre Trybnar ne soit mort."
La princesse Verrine s'agenouilla en face du berger. Son regard le fit reculer d'un pouce.
"Liandar, dites à cet homme que mon cousin est habile, intelligent, et pas du genre à tomber dans le premier traquenard venu."
Le garde s'exécuta avec un soupir.
"Vous ne savez pas de quoi vous parlez, répondit le berger. Ils sont terribles, ils sont... Non, je ne peux pas vous le dire."
"Vous êtes un couard," fit Verrine en barbare, avec un terrible accent nordique.
Elle se releva et tourna les talons, pleine de mépris.
Le berger sembla secoué par cette attitude. Quelque part au fond de lui, sa fierté devait secouer le lourd manteau de la peur. Il se releva et nous proposa de l'accompagner chez lui.
"La nuit va tomber," ajouta-t-il comme pour justifier l'invitation.
Nous l'aidâmes à rassembler ses bêtes et à les ramener à l'enclos où elles passeraient la nuit.
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Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 19/02/03 18:35
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Quand nous eûmes fini, le ciel se faisait déjà bien sombre. Seuls les nuages nous empêchaient de voir la première lune de la nuit. Le berger habitait une tente élaborée du type de celle où j'avais vécu l'hiver précédent. Il y en avait deux autres à proximité. Liandar demanda à notre hôte si des gens y vivaient.
"Bien entendu, répondit-il. Deux familles."
Difficile de le croire. Aucune lumière, aucun bruit, aucun signe de vie ne nous parvenait. J'étais prêt à jurer que ces tentes étaient vides.
"Vous allez devoir vous serrer un peu, annonça le berger une fois à l'intérieur, mais c'est toujours mieux que de dormir dehors, n'est-ce pas ?"
Le sol recouvert d'épais tapis de laine était en effet plus accueillant que la terre humide. Nous déposâmes nos affaires dans le fond de la tente et entreprîmes d'aider notre hôte à préparer la soupe du soir.
Mes compagnons ouvrirent de grands yeux en constatant que je savais cuisiner. Ce n'était certes pas une qualification courante chez les nobles de mon âge.
"Décidément, vous êtes plein de surprises, Prince," dit un Isard jovial.
"On dirait que vous avez fait ça toute votre vie," ajouta Verrine, l'oeil moqueur.
"On ne peut pas toujours se faire servir," répondis-je tranquillement.
Le berger sourit. Il ne devait pas comprendre la teneur de la conversation, mais il me sembla sur le moment qu'il me trouvait sympathique.
Après une soirée peu fertile, notre hôte refusant de nous dire ce qui se passait dans ces contrées, la nuit fut calme. Pour une fois, les bruits des montagnes hantées ne troublèrent pas mon sommeil. Je pense au contraire que la cloche du bélier avait un effet apaisant. Je dormis paisiblement, rêvant que j'admirais depuis une haute falaise un paysage verdoyant dont les rivières se jetaient dans une mer d'un bleu parfait.
Et puis, on me secoua l'épaule.
Maître Toru se tenait près de moi. Son visage n'était guère plus expressif qu'à l'accoutumée, mais on le sentait plutôt énervé. Le temps de me remettre les yeux en face des trous, et j'avais compris pourquoi.
Le berger était reparti avec son troupeau, sans attendre notre réveil.
Une fois que tout le monde fut debout, le premier réflexe fut de vérifier qu'il ne nous avait rien volé. Nous fûmes vite rassurés à ce sujet : chaque paquet était tel que nous l'avions laissé. Cependant, nous restions en alerte. Nous avions du mal à penser que le berger avait pu partir ainsi sans avoir une bonne raison de le faire.
Certains étaient d'avis de partir à sa recherche, mais Isard trancha.
"Cet homme est mort de peur, nous n'avons rien à gagner à le retrouver. Il ne nous a rien pris, c'est déjà ça. Nous en apprendrons plus en poursuivant notre route qu'en perdant du temps à chercher quelqu'un qui ne nous dira rien."
Béryl ferma les yeux un court instant, comme pour mieux réfléchir.
"En selle !" dit-elle finalement.
Au cours de la journée, plus nous descendions vers la vallée, et plus nous avions l'impression que quelque chose n'allait pas. Les alpages où nos officiers s'attendaient le plus à trouver des gens étaient déserts. Nous vîmes bien, au loin, quelques habitations, mais elles semblaient vides de tout occupant. Le soir, au bivouac, nous finîmes par supposer qu'il y avait bel et bien des habitants, mais qu'ils se claquemuraient chez eux. Je tentai d'imaginer mon village dans la même situation. Pour effrayer des gens de la trempe de Laï et de Dawonda, le péril devait être bien grand. Ou alors, les gens de leur trempe étaient déjà morts, et c'était pour cela que les autres se terraient.
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Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 24/02/03 13:33
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Cette nuit-là, nous organisâmes à nouveau des tours de garde. Personne n'osait l'avouer, mais la peur commençait à nous gagner. Aller au-devant d'un danger dont on ne sait rien, voilà bien l'une des peurs les plus sournoises qui soient. Heureusement, il n'y eut aucun incident au cours de la nuit.
C'est le lendemain que nous commençâmes à prendre la mesure de ce qui nous attendait.
Le fond de la vallée était proche, nous entendions non loin le murmure de la rivière. Soudain, sans prévenir, nous tombâmes sur les ruines d'un village.
Cela peut sembler anodin, mais le choc fut réel.
Le village avait été brûlé, sans doute une dizaine de jours auparavant. De timides brins d'herbe refaisaient tout juste surface entre les poutres noircies. Cependant, compte tenu de l'éparpillement des débris, il semblait clair que tout avait été démonté au préalable. Une démolition méthodique de toutes les constructions.
Si l'on n'avait pas la présence d'esprit de détourner le regard, on finissait par distinguer un certain nombre de morceaux de corps calcinés. Je supposai que, pour la plupart, ils étaient humains.
"Ce n'est pas logique, marmonna Liandar. On dirait que certains bâtiments ont été démontés pendant l'incendie."
"Je crois qu'avec ce que nous avons vu récemment, ironisa Verrine, la logique devient une idée un peu floue."
"Peut-être, admit Myndra. Mais dans notre situation, c'est tout ce qui nous reste."
Le raisonnement logique était vite fait. En admettant que les vandales étaient restés sur les lieux de leur saccage pendant l'incendie, cela voulait dire qu'ils étaient capables de résister à la chaleur des flammes. Selon toute probabilité, ils n'étaient pas humains.
"Pensez-vous qu'un utilisateur de Magi puisse se protéger du feu ?" hasardai-je.
La princesse Verrine secoua la tête.
"Quelqu'un qui utiliserait ce genre de sort dans la région ne pourrait être qu'un grand mage. Or, des grands mages qui se livrent à ce genre de pillage, ça me semble impossible. Ces gens-là ont d'autres moyens de terroriser la population."
"Mais encore ?" demanda Isard.
"Semer la peste et la désolation, mais avec des lumières colorées et des bruits de tonnerre, pour bien faire comprendre aux gens que c'est un mage qui les opprime, et pas un vulgaire bandit. Pour que leur nom soit murmuré avec terreur."
"Je vois, sourit Myndra. Les mages aiment bien signer leur travail, en somme."
"Exactement."
Nous décidâmes de poursuivre notre route, sans trop savoir pourquoi. Ce que nous venions de voir semblait plutôt nous indiquer qu'il était fort peu probable que le prince Trybnar fût encore en vie. Cependant, au-delà de la terreur sourde qui nous étreignait, il y avait quelque chose de plus profond : le besoin de comprendre ce qui hantait cette terre. La curiosité qui pousse parfois les gens à mettre leur bon sens de côté et à aller de l'avant.
Compte tenu de la faible profondeur de la rivière, nous n'eûmes pas besoin de chercher un gué. Nous commençâmes à remonter vers le col suivant, en alerte, sursautant à chaque cri d'animal, à chaque branche brisée. Cet état de vigilance perpétuelle était épuisant, aussi fîmes-nous halte un peu plus tôt que d'habitude.
Autour de nous, la vallée était calme. On distinguait dans le ciel quelques oiseaux de proie qui profitaient de la tombée du jour pour chasser. Etait-il possible que nous ne fussions entourés que de cadavres et de rescapés morts de peur ?
Comment pouvait-on imaginer, devant ce paysage de montagne, que quelque chose de terrible nous menaçait ?
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Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 28/02/03 23:36
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Cette nuit-là, je montai la garde en même temps que maître Toru. J'appréciais ces moments avec le maître d'armes, car je pouvais profiter de la nuit pour travailler tranquillement ma technique du bâton et bénéficier de ses conseils. J'espérais bien continuer à progresser dans cette discipline.
Je constatai à un moment que la princesse ne dormait pas. Elle me regardait m'exercer depuis l'abri de sa couverture, avec sur le visage ce qui, chez elle, se rapprochait le plus d'un sourire. Je fis mine de ne pas l'avoir remarquée.
Après avoir vidé ma vessie un peu plus loin, je revenais vers le campement quand un mouvement attira mon regard. Je tournai vivement la tête. Plus rien. Je hâtai le pas, scrutant les ténèbres sans rien voir. Maître Toru, qui devait avoir senti quelque chose lui aussi, s'était levé, aux aguets.
Soudain, ils attaquèrent.
Dans la pénombre, je distinguai des silhouettes humaines. Ils étaient grands, d'allure puissante, vêtus de costumes qui me rappelaient certaines parures rituelles que j'avais vues lors de mon séjour chez les barbares. Cependant, quelque chose ne collait pas. Leur odeur, leur odeur était celle du feu.
A peine avais-je tiré l'épée qu'ils étaient déjà sur moi. Trois ou quatre de ces hommes m'attaquèrent de front, sans paraître se soucier de ma lame. Pris au dépourvu, je tranchai dans le vide, sans parvenir à les atteindre. Quelque chose me lacéra le dos, m'arrachant un cri de douleur.
Soudain, une voix me fit sursauter.
Mes assaillants reculèrent d'un pas.
Lorsque j'osai jeter un coup d'oeil en arrière, je vis la princesse Verrine, debout derrière moi, un poignard dans chaque main. Un sang qui paraissait noir coulait le long de ses avant-bras tailladés et gouttait de ses poings. Les yeux fixés sur un point invisible, droit devant elle, la jeune fille psalmodiait une incantation. Je ne tardai pas à sentir l'énergie qui émanait d'elle par vagues. Une énergie froide, puissante comme la marée.
Pour la première fois, Verrine démontrait toute la force de Magi, et nos ennemis semblaient la craindre terriblement.
Ignorant la douleur dans mon dos, j'attaquai l'homme le plus proche de moi. Celui-ci répliqua à l'aide de griffes qui semblaient taillées dans de l'os. Ces curieuses armes devaient être fort efficaces, puisqu'il parvint à parer tous mes coups. Cependant, il n'osait pas avancer vers moi. Il y avait apparemment un espace autour de la princesse dans lequel il ne voulait pas entrer.
Je finis par placer un coup de taille dans son bras gauche, l'entamant jusqu'à l'os. Il fit une horrible grimace, mais eut la présence d'esprit de tenter de me frapper de son bras droit, dans l'intervalle de temps qu'il me fallait pour dégager ma lame.
Heureusement, je parvins à esquiver ce coup, qui avait largement de quoi me mettre hors d'état de combattre.
C'est alors que d'autres assaillants arrivèrent en renfort. En un instant, ils se répartirent entre les groupes de combattants, et le nombre de mes adversaires se trouva doublé. Je n'avais pas appris à faire face à une demi-douzaine d'hommes aussi forts, mais la voix de Verrine derrière moi me donnait du courage. Je parvins à transpercer un torse avant de me faire violemment jeter à terre. Je tentai de me relever, mais deux mains me plaquèrent fermement au sol, appuyant douloureusement sur ma blessure, tandis qu'une autre jetait mon épée loin de moi.
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Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 07/03/03 12:50
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Je coupe mes épisodes en fonction de leur longueur avant tout!
...
Bon, j'essaie aussi, dans la mesure du possible, de laisser un peu de suspense à la fin, sinon, quel serait l'intérêt? Vos p'tites têtes frustrées, gniark!
Ahem.
Pardon.
_____
Je n'eus pas le temps de prévenir Verrine qu'un autre ennemi arrivait derrière elle. Tout en se maintenant à distance respectueuse, il l'assomma proprement d'un coup de gourdin derrière la tête. La princesse tomba en avant dans l'herbe. Personne ne fit le moindre geste pour l'empêcher de heurter le sol.
Soudain, un cri dissonant se fit entendre au loin. Nos assaillants sursautèrent. Contrairement à moi, ils n'avaient pas pu reconnaître la créature de Verrine, mais ils avaient compris qu'il n'était pas dans leur intérêt de rester sur place. L'un d'eux me prit vivement sous son bras, et il décampa, suivi de tous ses camarades. En me contorsionnant, je parvins à distinguer Isard, Myndra, Liandar, Béryl et maître Toru qui nous regardaient partir, hagards, couverts de sang. Malgré ma triste situation, les voir tous debout me réconforta un peu. Des quelques corps qui gisaient dans l'herbe se dégageait un peu de vapeur.
Je fus jeté avec la princesse au fond d'une petite grotte dont les deux gardes étaient plus dissuasifs que n'importe quelle grille. Nos ravisseurs, une quinzaine, vivaient dans l'abri sous roche sur lequel donnait l'entrée de la grotte. Malgré le temps encore très doux à cette époque de l'année, je remarquai qu'ils portaient tous des vêtements de fourrure, et qu'ils se serraient autour de deux grands feux sur lesquels rôtissaient des animaux de la montagne. Ils discutaient entre eux dans une langue inconnue, dont les accents métalliques me semblèrent parfaitement imprononçables.
Oubliant l'idée saugrenue de parlementer avec eux, je décidai de m'occuper de la princesse. Je l'installai à peu près confortablement sur le tapis miteux et entrepris de nettoyer ses bras ensanglantés. Un chiffon et de l'eau tirée d'une cruche, ce n'était pas les baumes apaisants de Laï, mais c'était mieux que rien. Par miracle, je parvins à dénicher dans mes poches deux mouchoirs propres que je nouai autour des plaies.
C'était tout ce que je pouvais faire. A son réveil, Verrine aurait très mal à la tête, mais je n'y pouvais rien.
La jeune fille reprit conscience à l'aube. Elle ouvrit les yeux à moitié, voulut tourner la tête, mais interrompit son mouvement avec une grimace de douleur. J'approchai la cruche d'eau tandis qu'elle tâtait la grosse bosse à l'arrière de son crâne.
"Si vous pensez que de l'eau fraîche peut vous faire du bien, j'en ai ici," murmurai-je.
La princesse acquiesça, non de la tête, mais d'un geste appuyé des paupières. Je lui tendis un linge humide qu'elle plaqua sur sa bosse.
"Pourquoi sommes-nous ici ?" demanda-t-elle à voix basse.
"Je n'en sais rien. Ces gens parlent une langue que je ne comprends pas. Jusqu'à présent, personne n'a essayé de me parler."
Verrine garda le silence un long moment. Sans lâcher le bout de tissu qui soulageait sa tête douloureuse, elle se redressa tout doucement jusqu'à s'asseoir à côté de moi. Remarquant ses bras bandés, elle me lança un regard étonné. Je répondis par un petit sourire.
"Il fallait bien que je trouve quelque chose à faire," expliquai-je.
Mais la princesse s'était déjà désintéressée de moi. Elle regardait attentivement nos ravisseurs, dont l'apparence devenait plus nette avec le jour qui se levait.
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Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 21/03/03 12:32
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Quand je la sentis se serrer contre moi, je compris que quelque chose n'allait pas.
"Que se passe-t-il ?" demandai-je.
"Je crois que ce sont des daïmons !" souffla-t-elle.
Pour moi qui n'avais jamais entendu le mot, cela n'avait pas grand sens et je le lui dis. Elle laissa échapper un petit soupir d'impatience.
"Des créatures qui nous ressemblent, mais dont la force est incomparable. Pour eux, nous ne sommes que des animaux comme les autres. Vous voyez le bouquetin embroché sur leur feu ? Ce soir, ce sera peut-être un humain. Ils ne font pas la différence."
"Vous êtes sérieuse ?"
"Prince, pensez-vous que je puisse plaisanter dans des moments pareils ? Ce que je ne comprends pas, c'est qu'ils ne sont pas censés vivre dans cette partie du monde."
En les regardant à la lumière du jour, je compris en effet que nous n'avions pas affaire à des êtres humains. La couleur de leur peau n'était pas uniforme, ce qui m'avait fait croire qu'ils portaient des peintures de guerre. Sous les vêtements chauds, les silhouettes semblaient curieusement déformées. Quand un de nos ravisseurs enleva sa veste pour aller se reposer plus loin, je vis les excroissances osseuses qui saillaient de son dos musclé comme les pattes d'une araignée monstrueuse. Quant aux griffes qui m'avaient si douloureusement lacéré, ce n'étaient pas des armes, et elles n'étaient pas non plus en os. C'étaient de véritables griffes, dont ces créatures étaient naturellement équipées.
"Princesse, vous qui semblez connaître bien des choses qui m'échappent, d'où viennent ces daïmons ?" demandai-je tout bas.
"Ils sont mentionnés dans les archives des elfes comme des créatures de l'aube du monde qui furent jadis les ennemis de leurs ancêtres. Je ne sais pas si vous imaginez ce que cela peut vouloir dire en termes de temps."
"Je pense que si. Plusieurs milliers d'années, tout au moins."
Elle hocha doucement la tête.
"Les daïmons vivent dans des lieux reculés, des endroits où il fait chaud. Ils ne se mêlent pas des affaires des hommes, pas plus que nous ne nous mêlons des affaires des buffles ou des chevaux sauvages."
"S'ils ne nous voient que comme du gibier, c'est normal."
"Justement, reprit Verrine, un peu agacée, si ces archives sont fiables, que font-ils ici ? Le climat n'est pas assez chaud pour eux, il n'y a qu'à voir la façon dont ils s'habillent ! Et si nous servons de réserve de viande, ils auraient pu nous tuer, nous débiter en quartiers et nous transporter sous forme fumée ou salée. C'est beaucoup moins contraignant que de devoir subvenir à nos besoins."
Elle frotta ses paupières de sa main libre, sans doute pour calmer la douleur. Après un coup comme celui qu'elle avait reçu, la lumière devait lui faire mal aux yeux.
"Vous savez, lui dis-je, ce qui a précipité la fuite des daïmons, c'est l'arrivée de cet animal que vous aviez amadoué dans les montagnes hantées. Dès qu'ils l'ont entendu, ils sont partis en courant."
Elle eut un sourire amer.
"Alors il est venu. Trop tard, mais il est venu."
"Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi ils ont fui, alors qu'ils ne l'avaient jamais vu."
"Ça ne m'étonne pas. Ce familier n'est pas vraiment un animal, c'est une créature de Magi. Or, d'après les elfes, Magi et les daïmons ne font pas bon ménage."
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