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Sujet : La Geste du Prince Coriolan

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Oph qu ourse

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Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 08/11/03 19:55
Intermède graphique

Allez, juste pour le fun, voici quelques portraits de personnages, pour aller avec ceux que j'avais mis il y a quelques pages.
Vous avez le droit de rire.


Galerie de personnages

Une Myndra au style "cartoon"

Fallait bien que je la fasse un jour!


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Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 11/11/03 09:55
Verrine comprit avant moi que l'immobilité de l'elfe n'était pas un effet de style. Tout en cherchant dans nos affaires de quoi préparer un thé, elle m'expliqua à voix basse qu'il avait passé la journée à transmettre son énergie à trois chevaux, et qu'il avait besoin d'une sieste pour récupérer.
"Ce genre de sort n'est pas aussi impressionnant à voir qu'une tempête ou un feu d'artifice, mais c'est extrêmement difficile. S'il peut tenir ainsi toute une journée sur nos terres et avoir encore l'énergie d'allumer un feu, je me demande de quoi il est capable en Estorianne !"
"Si vous savez qui il est, vous devez en avoir une idée, non ?"
"Je ne connais que son nom, Prince. Je n'ai aucune idée de ses ressources."

Quand Telerian se réveilla, nous avions préparé le repas, du mieux que nous le permettait notre connaissance limitée de l'art culinaire. Je le regardai à peine s'étirer avec une grâce féline et démêler d'une main ses longs cheveux d'or. Sa façon d'être me fatiguait. Qui cherchait-il à séduire ? Verrine ? La partie de moi qui gardait la tête froide fit les gros yeux à celle qui sentait venir un pincement de jalousie.

Par chance, le repas était tout à fait comestible. J'ajoutai discrètement une bonne dose de poivre dans le bol de Telerian, mais l'elfe ne parut même pas s'en rendre compte. Bien au contraire, il nous remercia le plus chaleureusement du monde pour ce dîner. Verrine, rouge pivoine, bafouilla quelque chose d'incompréhensible en retour. Tout cela ne lui ressemblait pas. Avec la force dont elle était capable, comment pouvait-elle perdre ainsi tous ses moyens devant un beau parleur, fût-il mage ?

Je ruminai de noirs sentiments toute la soirée, indifférent aux aventures que Telerian nous contait avec un enthousiasme évident. Finalement, usé par la rancoeur, je m'endormis le premier.
Le rêve du petit matin me surprit encore fâché. D'un pas rapide, je traversai un jardin, puis m'assis sous une treille couverte de fleurs rose vif, sachant que j'attendais quelqu'un, mais incapable de dire de qui il s'agissait. Je restai là un instant, aveuglé par le soleil, à essayer de me souvenir.
"Merci de m'avoir attendue," fit une voix féminine.
Je n'avais jamais vu cette jeune femme, pas même en rêve. Sa tête était couverte d'un très léger voile argenté, ce qui ne me permettait pas de voir clairement ses traits, mais je sus d'instinct qu'elle était de sang elfique. Ses cheveux était ramenés sur ses épaules en deux tresses blond pâle, si lumineuses que je crus qu'elles avaient été arrachées au soleil. Sa robe semblait changer en permanence de couleur et de coupe, comme si elle ne savait pas à quelle réalité se rattacher.
"Que de colère ! s'étonna-t-elle. Contre qui es-tu si furieux ? Contre mon père, contre la princesse, contre le destin, contre le vent, contre toi-même ? Tout cela ne peut que te nuire. Regarde les choses plus sereinement, et elles t'apparaîtront plus nettes."
Les fleurs de la treille étaient blanches. Avaient-elles jamais été roses ?


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Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 15/11/03 19:03
Je glissai vers l'éveil presque sans m'en rendre compte. Le jour se levait à peine, mais je n'étais pas le premier à ouvrir les yeux. Telerian était déjà debout, adossé au tronc de l'arbre le plus proche, entièrement enveloppé dans sa cape. Son visage semblait moins régulier à la lumière du matin naissant, dont les ombres accentuaient le moindre relief.
"Vous arrivez à temps pour le lever du soleil," dit-il doucement, sans cesser de regarder vers l'est.
Je me levai, en prenant soin de ne pas réveiller Verrine, qui avait l'air d'une poupée sous ses couvertures. Le mage me jeta un coup d'oeil quand je fus arrivé à sa hauteur.
"Vous avez la tête de quelqu'un qui se pose des questions."
"Juste une : avez-vous une fille, sire Telerian ?"

Cette fois, il se tourna franchement vers moi, à la fois surpris et amusé.
"Une fille ? Ah non, j'ai bien quelques fils, mais pas de fille. Vous posez souvent ce genre de questions au réveil ?"
"Ça dépend de mes rêves."
Telerian sourit, au monde en général.
"Allons bon. Vos rêves vous auraient-ils dit du mal de moi ?"
"Ils m'ont juste recommandé d'être plus serein," répondis-je, vaguement vexé par sa façon de parler des esprits.
"Je me disais aussi que vous aviez l'air énervé. Heureusement pour moi, j'apprécie la cuisine épicée."
Je fus pris d'une envie soudaine d'inspecter le sol devant mes pieds.

"Ecoutez, reprit-il, si j'ai heurté vos sentiments vis-à-vis de Verrine, vous m'en voyez désolé. Vous n'avez pas à vous inquiéter, vous savez. Je mentirais si je prétendais qu'elle ne me plaît pas, mais je n'ai pas l'intention de profiter d'elle. J'ai déjà eu l'occasion de voir le mal que l'on fait en tirant profit de l'ascendant que l'on a sur une personne, et Verrine est précisément dans ce cas. Je suis flatté qu'elle m'admire autant, mais elle est trop jeune, pas encore assez lucide pour comprendre certaines choses. Une déception amoureuse pourrait complètement la briser, et je ne veux pas de ça."

Je laissai passer un petit moment, le temps de mettre mes pensées au clair.
"Donc, en fait, s'il n'y avait ce problème de jeunesse, vous auriez volontiers une aventure sans lendemain et sans vrais sentiments avec une femme quasi inconnue..."
La réponse claqua.
"Jeune homme, si je vous confie le fond de ma pensée, ce n'est pas pour être jugé à l'aune de vos quinze ans !"
"Ne le prenez pas mal..."
"C'est trop tard. Maintenant, laissez-moi apprécier cet instant en silence."
L'espace d'un instant, il m'avait semblé voir un reflet rouge dans ses yeux.


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Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 16/11/03 22:38
Le soleil déroula paresseusement ses rayons au-dessus des crêtes du relief, sous le regard attentif du mage, qui n'avait aucun mal à regarder l'astre en face. Pendant ce temps, je chauffai un petit déjeuner sur ce qui restait de notre feu. La princesse Verrine ne tarda pas à s'éveiller à son tour, et nous fûmes bientôt partis.

La deuxième journée de voyage se déroula de la même façon que la première. Nos chevaux galopaient sans fatigue apparente, et dans cette course ininterrompue, seuls les paysages différaient quelque peu. Nous étions en train de quitter les montagnes, mais le temps ne se radoucissait pas pour autant. Un vent glacial parcourait la vallée quand Telerian arrêta son cheval près d'une source.

"Je commence à être fatigué, annonça-t-il. Mais rassurez-vous, vous n'aurez que peu de route à faire demain."
"Vous ? s'étonna Verrine. Ne venez-vous pas avec nous, sire Telerian ?"
L'elfe secoua la tête.
"Je ne peux pas. J'ai beaucoup de choses à faire."
"Qu'avez-vous donc de si important que vous ne puissiez pas faire encore un peu de chemin avec nous ?"
"Je dois retourner à Vayal-Tresiis, pour rendre compte de ma mission auprès des mages. J'ai déjà pris du retard en vous raccompagnant jusqu'ici, je ne peux pas me permettre de laisser mon bateau partir sans moi."
La princesse détourna les yeux, mais ce geste ne suffit pas à cacher sa déception. Telerian, de son côté, déroula sa couverture avec un soupir.
"J'aurais préféré ne pas avoir à vous faire de la peine, mais la vie d'un mage n'est pas aussi plaisante qu'elle en a l'air au premier abord."
Verrine se mordit les lèvres. De toute la soirée, pas une fois elle ne posa les yeux sur notre libérateur.

Un nouveau rêve. De la glace à perte de vue sous un ciel presque blanc. Je n'existais pas dans cette scène, dont je n'étais que le témoin effacé. Seule, au milieu de cette étendue, avançait Myndra Ysengrin. J'étais vaguement conscient que cette Myndra-là n'était pas celle que je connaissais : ses vêtements étaient plus amples, plus colorés, avec de riches broderies dont les motifs rappelaient les symboles magiques de Laï. Son regard semblait plus mûr. Et elle avait deux ombres.
Un voile couleur lilas brouilla ma vision et un parfum poudré envahit mes narines.
"Il est trop tôt, jeune prince," murmura-t-on à mon oreille.
Et une force douce mais inflexible me poussa hors du rêve.

Cette fois, j'étais le premier debout. La nuit commençait à peine à s'éclaircir à l'est. La façon dont mon rêve s'était achevé me laissait un arrière-goût amer. Je ne doutai pas un instant que j'avais eu une vision importante, et que quelqu'un avait estimé que je n'en étais pas digne. Mais qui ? Les esprits m'avaient toujours fait confiance, ils m'avaient protégé, montré des événements à venir, confié Myosotis... Au nom de quoi estimaient-ils qu'il était trop tôt ? Et depuis quand avaient-ils la notion du temps ?


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Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 17/11/03 18:50
Une marche dans l'air glacial me calma un peu, mais je décidai de parler à Telerian dès qu'il se réveillerait.
Une fois levé, l'elfe écouta mon récit, puis demanda à lire directement mon souvenir. Je le laissai poser la main sur ma tête avec une certaine appréhension. En fait, la lecture était totalement indolore. Je ne me rendis compte de rien. Et je ne compris que plus tard que Telerian avait vu par la même occasion ma véritable identité.

"Ce parfum... Il me rappelle les témoignages des gens qui ont vu la fée Violetta."
"Violetta ? Si loin de Flerroé ? Comment est-ce possible ?"
"Voyons, jeune homme, dans le monde des rêves, les notions de temps et d'espace n'ont pas lieu d'être ! Et les pouvoirs de Violetta sont mal connus, mais apparemment immenses."
"D'accord, je vous crois. Mais pourquoi m'a-t-elle soustrait à cette vision ? Pourquoi a-t-elle dit qu'il était trop tôt ?"
"Vous comprenez mal, je crois. Je suis prêt à parier que cette image de Myndra se rapportait à un avenir lointain. Il est possible que d'ici là, vous ne soyez même plus de ce monde. Vous n'aviez donc rien à gagner à finir votre rêve."
Telerian porta soudain la main à son front.
"J'ai besoin de manger quelque chose," dit-il d'un air gêné.
Nous préparâmes le petit déjeuner, juste à temps pour restaurer la princesse, qui, comme à son habitude, s'était accordé un peu plus de sommeil que nous.

La levée du camp se fit presque en silence. De toute évidence, la nuit n'avait pas apaisé la rancoeur de Verrine. Je songeai, amer, que le mage n'avait pas besoin de partager la couche d'une femme pour lui meurtrir le coeur.
Quand le moment de la séparation fut venu, Telerian nous indiqua la direction à suivre pour retrouver nos compagnons.
"Et si nous nous perdons ?" protesta la princesse.
"Vous ne vous perdrez pas. Votre ami à plumes trouvera le chemin pour vous."
Verrine jeta au corbeau un regard en coin qui en disait long sur le peu d'affection qu'elle lui portait.
"S'il vous plaît, faites la route avec nous ! Ce n'est pas si loin, vous l'avez dit vous-même !"
"Verrine du clan des Aigles, soupira le mage, ne rendez pas les choses plus compliquées qu'elles ne le sont déjà."

Il prit ses épaules sans prévenir et déposa un baiser sur son front. La princesse resta figée sur place un instant. Je m'attendais au pire, mais elle se détendit et fit un pas vers son cheval, une trace de sourire sur le visage.
"Apaisement, expliqua l'elfe à voix basse. Je déteste avoir recours à ce genre de sort."
"Je suppose que je n'ai plus qu'à vous souhaiter un bon voyage..."
"Moi de même. Profitez bien de votre don, vous êtes singulièrement proche des esprits. Cela dit, ce n'est pas si étonnant, quand on connaît votre mère..."
Ce fut mon tour de rester interdit.

"Prince Coriolan, princesse Verrine, bon courage pour la suite de votre mission, et bon retour parmi les vôtres !" lança Telerian en se mettant en selle.
Il déploya soigneusement sa cape sur la croupe du cheval, arrangea sa coiffure, nous adressa un dernier clin d'oeil, partit au petit galop en direction du sud-ouest, et il ne resta plus que nous.
"Allons-y !" fut tout ce que je trouvai à dire.


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Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 21/11/03 15:52
La princesse était plus lucide que je ne l'avais cru au premier abord, juste étonnamment calme. Tandis que nous chevauchions à la suite du corbeau, elle ne tenta même pas de parler de Telerian. De nouveau, notre mission passait avant tout. Verrine s'inquiéta du sort de nos compagnons, avoua sa crainte de ne pas retrouver Trybnar vivant, parla plus que de raison, comme pour oublier l'elfe aux cheveux d'or.

En milieu de journée, ce fut le groupe qui nous trouva.
Alors que nous ne voyions rien venir, et que nous commencions à douter des qualités de guide du corbeau, un inconnu bondit en croupe derrière Verrine. La princesse faillit hurler, mais se reprit en reconnaissant la fine main turquoise qui lui faisait signe de se taire. Sans relever la capuche de son vêtement, Myndra nous ordonna à voix basse d'aller dans le bosquet que l'on voyait sur notre gauche, et d'y mettre pied à terre.
Quand nous fûmes à couvert, la jeune femme nous serra tous les deux dans ses bras.
"Quel bonheur de vous retrouver ! Je n'espérais même plus vous revoir un jour. Laissez donc les chevaux ici, je vais vous amener jusqu'au camp."

L'abri du groupe avait été construit à l'abri d'un amas de monticules rocheux, partiellement creusé dans le sol, et largement dissimulé par la végétation. On pouvait passer à quelques pas sans le voir. A l'intérieur, Isard et Toru parlaient à voix basse quand Myndra nous fit entrer.
"Devinez qui j'ai trouvé sur la route !" fit-elle d'un air jovial.
L'accolade d'Isard fut au moins aussi chaleureuse que celle de sa compagne. Maître Toru, quant à lui, se contenta d'un large sourire.
"Ah, les jeunes, se réjouit l'aventurier, j'ai bien fait de ne pas vous croire morts ! Racontez-moi donc ce qui vous est arrivé."

Il ne nous fallut pas bien longtemps pour résumer notre séjour aux mains des daïmons et notre rapide voyage avec Telerian Rai d'Or. A l'évocation du mage, Isard et Myndra échangèrent un regard. Une question et une réponse passèrent silencieusement au-dessus de nos têtes.
"C'est à croire qu'il a un don pour tirer les gens des situations les plus désespérées, dit la jeune femme. Pourquoi ne vous a-t-il pas accompagnés jusqu'ici ?"
"Il a dit qu'il avait un bateau à prendre, des comptes à rendre aux autres mages, et il est parti comme une flèche," répondit la princesse.
Isard sourit.
"Aider les autres et partir en courant. C'est peut-être son destin."
"D'après les elfes, il s'attarde volontiers pour une jolie femme," fit remarquer Myndra.
"Parce que Lys n'était pas une jolie femme ?"
"Pas assez... féminine à son goût," répondit l'elfe avec un geste au niveau de sa poitrine.


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Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 24/11/03 18:20
"Où sont Liandar et Béryl ?" interrompis-je.
Je n'étais pas vraiment intéressé par leurs souvenirs de jeunesse, même si le nom de Lys m'avait mis la puce à l'oreille.
"En patrouille de surveillance, répondit Isard. Nous devrions retrouver Trybnar dans les jours à venir."
Pendant que nous attendions les secours dans notre camp de prisonniers, les autres avaient continué à interroger la population, et avaient fini par retrouver la trace de l'époux d'Elna. Le prince et son escorte, disait-on, avaient été capturés et vendus à des marchands nomades comme esclaves. La caravane devait passer prochainement dans le village du peuple de Himgal, près duquel nous campions.

Le plan d'Isard était simple : soit les marchands nous laissaient racheter, sinon tout le groupe, au moins Trybnar, soit nous lancions une attaque pour le délivrer. Mais les officiers du groupe étaient mal à l'aise à l'idée de devoir peut-être laisser leurs camarades soldats aux mains des barbares.
"Et pourquoi se dissimuler, au lieu d'aller directement voir les gens du village ?"
"Nous avons été mis en garde contre eux, ils n'aiment pas les étrangers. Sauf éventuellement sous forme d'esclaves."
Cette affirmation me laissa songeur. Je comprenais pourquoi ils appliquaient le principe de précaution, mais il me semblait que la mise en garde qu'ils avaient reçue n'avait rien d'une parole divine.
"Attendez, s'ils traitent avec les marchands nomades, ils doivent bien avoir des relations avec d'autres peuples barbares, non ?"
Isard se gratta la tête. Il ne voyait pas où je voulais en venir. En revanche, je vis brûler derrière lui deux yeux violets en amande. Le "non" de Myndra était presque audible. De son côté, Verrine fit un geste qui signifiait clairement "vous êtes fou !"

Je sentis que si je précisais mes intentions, on ne me laisserait pas partir. Je laissai donc passer la journée sans insister. Liandar et Béryl revinrent, Isard et Myndra prirent le relais. Comme les autres, les officiers manifestèrent à leur façon leur joie de nous revoir.
"J'avais gardé votre arme, me confia Liandar en fouillant dans un sac. Je désespérais de vous la rendre un jour."
Quand il me tendit mon épée, ce fut une vague de souvenirs que je pris en main. Je restai un instant à chercher les lettres de mon nom perdues dans les motifs de la garde. Un nom dont j'avais voulu me débarrasser, et qui me poursuivait. Jusqu'où devais-je aller pour ne pas être reconnu ?

Vers la fin de l'après-midi, je transférai les sacoches de selle du cheval que j'avais monté vers le harnachement d'Horizon. Liandar me regarda faire, vaguement curieux. Quand je me mis en selle, il m'indiqua la direction du village, en me recommandant de ne surtout pas emmener mon cheval par là. Je hochai la tête.
"Compris !" lançai-je en partant au pas dans la direction opposée.
Monter de nouveau mon cheval était un vrai plaisir. Horizon n'avait pas changé, toujours aussi vif malgré son allure massive. Avec sa fourrure d'hiver, il semblait deux fois plus lourd. Je ne résistai pas au plaisir d'un plein galop sous les arbres, suivi par le corbeau qui rappelait sa présence en croassant de loin en loin.
Par un savant arc de cercle, je finis par prendre la direction du village, la peur au ventre, mais l'esprit clair. Si ce peuple s'avérait hostile, au moins, j'étais le seul du groupe à pouvoir revendiquer une chance de survie raisonnable.


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Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 26/11/03 18:45
Soudain, un piéton surgit de derrière un rocher, m'obligeant à m'arrêter net. C'était Isard.
"Où croyez-vous aller, Prince ? C'est le village, par là !"
"Je sais. Faites-moi confiance. J'ai une protection que vous n'avez pas."
"Oubliez le corbeau, Prince ! Il ne vous protègera pas contre tout un peuple."
"Il ne s'agit pas du corbeau..."
Je soupirai. Il allait falloir dire la vérité.
"Isard, je suis un barbare."
L'aventurier marqua un temps d'arrêt, abasourdi. J'en profitai pour relancer Horizon au galop. J'entendis Isard protester derrière moi, mais j'étais déjà parti dans une course qui avait tout d'une fuite en avant.

Il ne me fallut pas longtemps pour arriver en vue du village. Quand je l'aperçus, mon coeur fit un bond. Là où je pensais trouver des tentes, il y avait des installations en dur, de vraies petites maisons de bois qui me firent douter de mes hypothèses. Quels rapports des barbares sédentaires pouvaient-ils bien avoir avec des barbares migrants ?
Je fis ralentir Horizon, qui atteignit au pas les portes du village. Aussitôt, je vis une dizaine d'armes diverses se pointer vers moi.

"Qui êtes-vous, et que venez-vous faire ici ?" fit un des gardes d'une voix bourrue.
"Prince, du peuple de Dawonda. Je voulais vous annoncer que la menace qui pesait sur les montagnes n'est plus."
"Dawonda ? Connais pas."
"Et puis, on se fiche bien qu'il y ait une menace sur les montagnes !"
Je me mordis les lèvres. L'échange s'engageait mal.
"Tant pis, informez-en au moins Himgal," dis-je en faisant mine de tourner bride.
"Non, vous allez lui parler vous-même, reprit le chef des gardes. Descendez de ce cheval et donnez-moi votre épée."
Pendant qu'il parlait, deux de ses hommes avaient saisi les rênes d'Horizon. Il ne me restait plus qu'à obéir.

On me fit patienter devant la maison du chef, surveillé par un quarteron de gardes qui me dépassaient tous d'une tête. La nuit tombait déjà quand une vieille servante ouvrit la porte et nous fit signe d'entrer.
Himgal, un grand blond déjà plus tout jeune. nous attendait, debout dans un coin de la pièce principale. A notre arrivée, il s'assit dans un fauteuil de bois aux curieuses découpes, et demanda à ses hommes de lui exposer la situation.
"Ce gamin est arrivé tout seul sur son cheval. Il prétend qu'il est du peuple de..."
Le garde se tourna vers moi.
"Dawonda," soupirai-je.
"Voilà, du peuple de Dawonda, et il a parlé d'une menace dans les montagnes. Comme il ne nous semblait pas clair, nous avons pensé qu'il fallait te l'amener."

Himgal fronça les sourcils.
"Dawonda... Ça ne me dit rien. Ouvrez-lui sa chemise."
Je n'attendis pas les gardes pour délacer mon col et dégager mon tatouage. Le chef observa le motif en silence.
"Ce n'est pas un peuple de la région, dit-il finalement. D'où venez-vous ?"
"Le peuple de Dawonda est un de ceux qui vivent le plus au sud, près des terres du Do où règnent les Ombres."
"Si loin ? On ne peut pas vraiment dire que vous soyez des nôtres."
Il sembla réfléchir un instant.
"C'est bon, laissez-moi avec lui. Il est désarmé, il n'a pas l'air très fort, je ne pense pas qu'il puisse me faire beaucoup de mal."
Les gardes ne tentèrent même pas de protester. Ils me laissèrent seul avec leur chef.


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"En temps normal, reprit Himgal quand nous fûmes seuls, je vous renverrais d'où vous venez et j'ordonnerais à mes hommes de tirer à vue si vous tentiez de revenir par ici. Mais j'ai cru comprendre que vous aviez des informations importantes, alors parlez-moi de la menace dans les montagnes. Vite."
Le ton était autoritaire, sans appel.
Avec un soupir, je racontai les cadavres déchiquetés, les jeunes gens enfermés, les créatures à l'origine de tous ces problèmes, leur combat final et leur départ de la région. Je ne mentionnai ni l'intervention de Telerian, ni mon rôle exact dans l'histoire. J'expliquai juste que tous les prisonniers avaient été libérés, sains et saufs.

Himgal laissa passer un instant. Je le sentais incrédule.
"D'ici quelques jours, d'autres que moi vous confirmeront tout cela," ajoutai-je.
"Bon, ça suffit. Vous n'avez pas fait tout ce voyage pour me raconter des âneries, alors dites-moi ce que vous faites ici."
"Je voyage. Votre village n'est qu'une étape sur mon chemin."
Il fronça les sourcils.
"Certainement pas, Prince du peuple de Dawonda. Je n'ai aucune raison de vous faire confiance. Vous allez rester ici jusqu'à l'arrivée de gens mieux informés, qui me diront ce qui s'est réellement passé dans les montagnes. Si vous m'avez menti, je vous assure que vous sentirez la mort venir."

Je compris à quel point le chef était plus fort que moi quand il me prit par l'épaule, ouvrit la porte et m'envoya valser au milieu des gardes, sans me laisser l'occasion de me dégager.
"Débrouillez-vous comme vous voulez, mais assurez-vous qu'il ne quitte pas le village !"
La porte claqua.
Les quatre géants échangèrent quelques mots pour savoir ce qu'ils allaient faire de moi. La solution retenue consista à me prendre tous mes vêtements chauds et à m'enfermer dans une pièce de la maison commune. Si je parvenais à me débarrasser du garde devant ma porte, je ne passerais pas le mur d'enceinte. Et si par miracle je le passais quand même, on me retrouverait gelé un peu plus loin.
Ce fut une longue nuit. Il faisait moins froid qu'à l'extérieur, mais tout de même assez pour hacher mon sommeil et me faire grelotter une bonne partie de la nuit. Je dormis un peu quand la fatigue fut la plus forte, mais je ne pus rien tirer de mes rêves, absurdes et sans rapport avec la situation.

"Hé, le nouveau ! fit le garde au matin. Himgal dit qu'il faut t'occuper, alors viens t'occuper dehors !"
Il me traîna à l'extérieur sans me rendre ma veste ni ma cape. L'herbe luisait encore de givre. Je ne pus rien faire pour retenir frissons et claquements de dents. J'essayai de penser à autre chose, mais le froid envahissait toutes les autres sensations, faisant même taire mon ventre qui criait famine.
Un garçon de mon âge, guère plus grand que moi et pas plus vêtu, m'attendait sur la place du village avec un rictus moqueur.
"Elles sont belles, les peuplades du sud ! Vous avez oublié de vous endurcir, on dirait. Viens donc te battre, ça va te réchauffer !"
"Quoi, sans armes ?" articulai-je en maîtrisant à grand-peine ma mâchoire tremblante.
"Bien sûr, sans armes ! Je ne veux pas te tuer, juste te tester ! Allez, viens !"


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Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 05/12/03 18:40
Je sautillai sur place, dans un effort vain pour me réchauffer. Le garçon s'approcha jusqu'à me faire face, à deux pas de distance. Le premier coup de poing partit tranquillement, comme au ralenti, mais à la façon dont tout le corps participait au mouvement, il était clair que mon adversaire maîtrisait tout ce qu'il faisait. J'esquivai comme je pus les coups qu'il me portait, sans avoir le temps d'essayer de répliquer.
Un coup de pied me cueillit au niveau de l'estomac, mais le garçon coupa immédiatement son élan, décidé à ne pas me mettre trop vite au tapis. Je restai plié en deux un court instant, puis je tentai une contre-attaque désordonnée qu'il évita sans trop de difficultés. Tout en esquivant un coup de poing qui visait sa mâchoire, il me poussa vers l'avant, me forçant à mettre une main à terre pour rétablir mon équilibre.
Je pensais avoir le temps de souffler un peu, mais son pied vint faucher ma jambe arrière. Un réflexe miraculeux me permit de la ramener sous moi avant de tomber, et de me redresser par une roulade. C'était un mouvement que j'avais un peu pratiqué avec maître Toru.

Le garçon revint se placer en face de moi. Il était toujours aussi calme.
"C'est bon, tu es dégelé ? Alors on continue !"
Cette fois, il avança plus vite, enchaînant les coups de poing à une vitesse telle que je ne pouvais que reculer. Quand je parvins à détourner ses poings, il changea de tactique et entama un mouvement qui, je le savais, allait aboutir à un beau coup de pied. Je plongeai au sol pour l'éviter, et tentai de profiter de mon élan pour pousser sa jambe d'appui. Je crus bien avoir réussi, mais il rétablit son équilibre très rapidement. En fin de compte, tout ce que mon geste m'avait apporté fut un pied dans la figure.

Un mouvement réflexe m'avait évité de me faire casser le nez, mais je roulai quand même sur le sol, les deux mains sur le visage, des vagues de douleur partant dans toutes les directions. Il fallut un croassement furieux pour me faire ouvrir les yeux. Je constatai à travers le rideau de douleur que, si mon adversaire savait très bien se battre contre un humain, il avait plus de mal à repousser les attaques d'un corbeau. Il comprit vite que la seule chose à faire était de se protéger le visage.

Dès que je fus en état d'intervenir, je rappelai l'oiseau, qui s'acharnait sur les bras du garçon et avait déjà bien entaillé la chemise et la chair. Les quelques personnes présentes sur la place le regardèrent, médusées, tandis qu'il se posait au sol à côté de moi. Je restai assis en tailleur dans l'herbe gelée, lissant d'une main les plumes du corbeau, et regardant tour à tour chacun des spectateurs jusqu'à leur faire baisser les yeux.
"Il intervient dès qu'il me croit en danger," expliquai-je à mon adversaire.
Le pauvre garçon, si sûr de lui un instant plus tôt, n'osait même plus s'approcher. Il échangea un regard avec le garde, un regard qui disait "ça ne devait pas se passer comme ça !"
"Tu ne vaux rien au corps-à-corps, mais je vois que tu n'as pas besoin de savoir te battre," conclut-il avant de s'en aller.


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Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 26/12/03 17:17
Profitant du répit, je vérifiai du bout des doigts que je n'avais rien de grave. L'arête du nez était intacte, la pommette semblait normale et aucune dent n'était déchaussée. En revanche, mon nez saignait, mes lèvres commençaient à enfler, et j'aurais probablement un hématome avant la fin de la matinée. Je me relevai sans trop savoir ce que j'allais faire ensuite. Les gens autour de moi vaquaient de nouveau à leurs occupations, feignant de ne pas savoir que j'étais là. Seul le garde me rendit mon regard. Lui non plus ne savait pas quoi faire de moi.

Une femme entre deux âges interrompit ce grand moment de solitude. Elle se présenta comme la mère du garçon contre lequel je m'étais battu, et me fis taire quand je voulus lui présenter mes excuses.
"C'est lui qui a voulu se battre," coupa-t-elle.
Pour me prouver qu'elle ne m'en voulait pas, elle m'invita à manger quelque chose chez elle. Je la sentis soulagée lorsqu'elle constata que le corbeau ne nous suivait pas dans la maison. De toute évidence, l'attaque de l'oiseau avait fait une forte impression à tout le village. Si cela pouvait m'aider à négocier la liberté de Trybnar, ce serait une formidable opportunité. Sans compter que je n'avais aucune envie de vivre à nouveau en captivité.

Une fois à table, je dévorai à la mesure de mon appétit. La maîtresse de maison me regarda faire avec méfiance, sans essayer d'engager le conversation. De toute évidence, si elle m'avait offert ce repas, ce n'était pas parce que je lui étais sympathique. Elle pensait peut-être que j'étais protégé par quelque divinité qu'il valait mieux ne pas courroucer.

On me ramena mes vêtements chauds, et on me laissa errer à ma guise dans le village toute la journée, une semi-liberté appréciable sur le plan physique, mais qui ne me libérait pas de mes angoisses. Pour tromper l'ennui, je visitai le village, et je retrouvai Horizon à l'aise dans une écurie. Il avait sans doute passé une meilleure nuit que moi. Je lui dis à l'oreille que nous étions coincés sur place pour quelque temps. Cela ne sembla pas le perturber.

Au coucher du soleil, une caravane entra dans le village. Je regardai les nouveaux arrivants s'installer sur la place, dans l'espoir de reconnaître Trybnar. On me renvoya bien des regards intrigués ou hostiles, mais pas un visage ne me parut familier.
La vieille servante d'Himgal finit par venir me chercher. Je rejoignis dans la maison du chef celui qui devait être à la tête du groupe de marchands, un homme au long manteau orné de fourrure. Himgal nous fit asseoir et nous servit du jambon en signe de bienvenue.

"Traenos, je te demande d'écouter le récit de ce jeune homme et de me dire s'il est vrai. Prince, racontez-nous ce qui s'est passé dans les montagnes."
De nouveau, je racontai l'histoire des daïmons, de leur conflit qui avait fait tant de victimes parmi les humains, et du camp où ils avaient retenus tant de jeunes gens en otages. Traenos écoutait avec un sourire qui semblait tenir à mon accent plus qu'à mon récit.


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Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 07/01/04 18:25
"Alors ?" demanda Himgal quand j'eus terminé.
"Alors, tout ce qu'a dit le gamin est vrai, mais il manque une précision importante. La fin de cette histoire est liée à l'intervention d'un homme qui est d'ores et déjà en train d'entrer dans la légende. Apparemment, un magicien venu d'une île lointaine. Tal... Tel..."
"Telerian Rai d'Or," complétai-je machinalement.
"Vous le saviez ? s'étonna Himgal. Pourquoi ne pas m'en avoir parlé ?"
"Parce que pour moi, ce qui compte, c'est que les daïmons étaient là pour se débarrasser de ceux des leurs qui posaient problème, et qu'une fois leur mission terminée, ils sont repartis. Qu'ils aient été aidés dans leur entreprise par un beau parleur maître en jeté de cape n'est qu'un détail."
Traenos toussa un peu.
"Un détail, comme vous y allez ! S'il n'avait pas été là, des dizaines de jeunes gens seraient encore aux mains de ces monstres !"
"Je sais. J'étais dans le camp de prisonniers."

Il y eut un silence, qu'Himgal rompit assez rapidement.
"Décidément, Prince, avec vous, on n'est jamais à court de surprises ! D'abord on vient me dire que vous êtes un élu d'Aedwin, puis il s'avère que vous étiez au coeur de la crise dans les montagnes, et non pas un simple témoin comme vous le laissiez entendre hier soir. Que nous annoncerez-vous ensuite ?"
"Que je ne sais pas qui est Aedwin, par exemple."
Himgal éclata de rire.
"Aedwin est le dieu du vent, et on dit qu'il envoie un corbeau protéger ceux qu'il choisit pour le représenter. Je n'y croyais pas, jusqu'à ce qu'on m'annonce qu'un corbeau vous avait défendu contre mon neveu ce matin."
"Ah, c'est votre neveu ? Désolé."
"Il en a vu d'autres. Mais vous, profitez bien de la faveur d'Aedwin, le vent finit toujours par tourner."

Himgal m'annonça qu'il me rendait ma liberté, mais je lui demandai l'autorisation de passer la nuit sur place avant de repartir. Comme il faisait déjà presque nuit, le chef ne me demanda même pas la raison de cette requête. Il accepta en échange de ma promesse de partir au matin et de ne pas revenir. Cette dernière exigence m'attrista un peu. Apparemment, la faveur du dieu Aedwin et ma discrétion au cours de la journée n'avaient pas suffi à m'attirer les bonnes grâces des gens du village.

Comme je m'y attendais, le repas du soir fut pris en commun, en l'honneur des marchands. En tant qu'étranger, je n'eus pas de siège pour manger avec les autres, mais on me laissa le droit de prendre ce que je voulais sur la table. Je me retrouvai donc appuyé contre un mur de la salle commune, une cuisse de poulet à la main, à observer les serviteurs qui allaient et venaient avec des pains et des pichets. Ceux-ci me jetèrent en retour des regards appuyés qui m'intriguèrent au début. Je finis par me souvenir que le côté droit de mon visage avait viré au violet, et que c'était probablement ce qui attirait leur attention.
Quand je fus certain que Trybnar ne se trouvait pas dans la salle, je sortis de la maison commune. Isard avait affirmé que le prince était aux mains des marchands. Il devait bien être quelque part.


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Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 09/01/04 18:33
Il y avait du monde sur la place du village, des marchands qui parlaient déjà avec d'éventuels acheteurs, des serviteurs qui s'affairaient et des villageois qui les aidaient ou se contentaient de les regarder. J'offris mes bras à une servante âgée qui transportait un coffre assez lourd.
"Vous êtes bien aimable," dit-elle en reprenant son souffle.
"C'est tout naturel."
La servante me fit signe de la suivre vers la maison commune.
"Pourriez-vous m'aider ? demandai-je alors que nous marchions. Je voudrais savoir si vous connaissez un homme nommé Trybnar."
Aucune réaction. Je suivis la femme jusqu'à une chambre que deux autres servantes étaient en train d'aménager, sans doute pour Traenos. Je déposai mon fardeau là où on me l'indiqua.
"S'il vous plaît !" insistai-je.

La femme sembla hésiter. Puis elle ferma la porte et m'attira dans un coin de la pièce.
"Je n'ai pas le droit de vous répondre, pas plus que vous n'avez le droit de demander."
"Ecoutez, c'est important ! Trybnar est père d'un petit garçon depuis quelques mois, je dois au moins lui annoncer la nouvelle !"
La servante ferma les yeux.
"Allez voir en cuisine. Mais je ne vous ai rien dit. S'il vous plaît."
"Merci infiniment. Merci de n'avoir rien dit."
Je pris ses mains dans les miennes, les embrassai, et filai dans le couloir.

Avec les allées et venues incessantes, il m'était difficile de voir ce qui se passait en cuisine. Je décidai de trouver un plateau vide à ramener, pour entrer dans la pièce sans avoir l'air d'un mauvais espion. Avec tout ce qu'il y avait sur la table du repas, je n'avais que l'embarras du choix. J'empilai quelques plateaux de bois qui avaient contenu de la viande, et me mêlai aux gens qui faisaient la navette entre la salle commune et la cuisine.

Une fois sur place, je déposai mes plateaux avec les autres, sous l'oeil curieux des serviteurs et des villageois. Alors que j'observais ceux qui s'affairaient autour de moi, une cuisinière me donna un nouveau plat, ce qui me contraignit à retourner à la salle commune, à déposer les mets devant Himgal et Traenos, puis à revenir avec une paire de pichets vides. Cette fois, je n'attirai plus la même attention. Je pus faire le tour de la cuisine sans être alpagué par des gens pressés.

Trybnar était bien là, mais je faillis ne pas le reconnaître. Je n'avais de lui qu'un souvenir un peu flou, celui d'un prince qui tenait fièrement ma soeur aînée par la taille. L'homme que je trouvai dans cette cuisine était un serviteur vêtu de toile grossière, qui découpait un gigot pour les barbares avec lesquels il avait voulu traiter. Heureusement, sa silhouette et son visage n'avaient pas trop changé.

J'allai chercher des fruits un peu plus loin et revins les disposer en décoration sur le plateau que le prince chargeait de viande. Il leva les yeux vers moi, ne me reconnut pas. Mais j'avais eu le temps de voir, à son regard et à ses gestes, qu'il n'avait pas renoncé à sa fierté.


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Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 13/01/04 18:48
"Prince Trybnar, dis-je en landrite, je suis venu vous sortir de là."
Il me jeta un de ces regards qui aimeraient bien pouvoir tuer.
"Qui êtes-vous, et d'où sortez-vous ?"
"On m'appelle Prince. Je suis ici au nom du roi Abelf."
"Un gamin au visage tuméfié. C'est tout ce que mon père a trouvé pour me venir en aide ?"
Je secouai la tête.
"Il a également envoyé les officiers Liandar et Béryl, ainsi que le maître d'armes Toru. Isard Sollertis et Myndra Ysengrin sont venus au nom de la reine Mésange, et votre cousine Verrine au nom du clan des Aigles. Tous ces gens sont aux portes du village, prêts à intervenir pour vous libérer."
Trybnar regarda dans le vague un moment. Quand il se tourna vers moi, ses yeux brillaient un peu trop.
"C'est bon pour la décoration. Allez porter ce plateau en salle et revenez me voir."

A mon retour au fond de la cuisine, le prince avait commencé à garnir un deuxième plateau. Je repris ma tâche et ma position à ses côtés.
"Pensez-vous qu'il soit possible de vous racheter à Traenos ?"
"Moi seul ? C'est envisageable, mais il y a une dizaine d'hommes de mon escorte parmi les serviteurs, et je ne veux pas les laisser ici."
"C'est ce que nous craignions. N'y a-t-il aucun moyen de convaincre Traenos de vous laisser tous partir ?"
"Vous êtes un rêveur, jeune homme. Qui se séparerait d'un coup de ses dix serviteurs les plus robustes ?"
"Moi. Mais je n'ai jamais eu l'âme d'un chef."
Le sourire de Trybnar, même fugace, était bien celui du prince de mes souvenirs.

Il nous apparut bientôt que le seul moyen de libérer tout le monde était une évacuation de nuit. Nous étions trop peu nombreux pour espérer reprendre de force dix prisonniers à Traenos, surtout au milieu d'un village dont les habitants n'étaient pas nos alliés.
Je promis à Trybnar de revenir la nuit suivante avec mes compagnons. Je n'avais aucune idée de la façon dont nous entrerions dans le village, mais je décidai que le signal serait donné par le corbeau.
"Je vais vous laisser, mais je tiens quand même à vous dire que vous avez un fils magnifique, et que votre épouse vous attend avec impatience."
"Elna... Comment va-t-elle ?"
"Bien, prince Trybnar. Mais son sourire perd son éclat de jour en jour. Vous lui manquez."
"Pas plus qu'elle ne me manque, j'en ai peur."
Il respira un grand coup, avec la grimace d'un homme qui retient ses larmes.
"Allez-y, Prince. Servez ce plat, et évitez de revenir, on pourrait remarquer votre manège."


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Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 16/01/04 19:10
Une fois le gigot servi, je m'éclipsai en direction de la caravane des marchands. J'avais besoin de m'asseoir un peu, de regarder les étoiles, de retrouver un semblant de communion avec les esprits. Je m'installai sous un arbre, le dos bien appuyé contre le tronc, pour prier un peu, si les mots me venaient.
L'inspiration n'eut pas le temps de venir. Quelqu'un m'avait suivi, une femme en jupe rouge qui me fit signe de ne pas bouger en s'installant face à moi. Dans la pénombre et dans cette tenue, je ne la reconnus pas tout de suite. Pourtant, c'était bien Béryl.

L'officier tendit vaguement la main vers mon visage.
"A l'instant, j'ai vu que vous portiez des traces de coups. Qu'est-ce qui vous est arrivé ?"
"On a voulu tester mes capacités au combat, mais j'étais un peu rouillé."
"Vous n'avez pas dû faire bonne impression !"
"Au début, non, et puis le corbeau m'a défendu. Les gens d'ici ont cru à une faveur divine et ils ont changé d'avis à mon sujet."
"Tant mieux pour vous ! Avez-vous vu Trybnar ?"
"Oui, à l'instant. Il va bien."
Je lui répétai ce que m'avait dit le prince, qu'ils étaient une dizaine à travailler au service de Traenos, qu'ils étaient sains et saufs, mais que leur maître ne voudrait pas se séparer d'une telle main-d'oeuvre.

Béryl hocha la tête quand je conclus que je pensais devoir retourner les chercher en secret la nuit suivante.
"Je vais voir ce qu'en pensent les autres, dit-elle en se relevant, mais je pense qu'ils seront d'accord avec vous. Rejoignez-nous au camp dès que vous le pourrez."
"Attendez ! Dites-moi au moins comment vous êtes entrée..."
"Avec la fête, la surveillance s'est beaucoup relâchée, vous savez. Une personne isolée passe facilement inaperçue, surtout si c'est une femme. Myndra ayant un problème de couleur, et la princesse Verrine ayant déjà pris trop de risques pour quelqu'un de son rang, c'est moi qui suis venue. Maintenant, je dois partir avant que les gardes aient fini de cuver."
"D'accord. Je quitterai le village tôt demain matin. Est-il possible que quelqu'un m'attende pour me raccompagner au camp ?"
"Nous verrons ça, Prince. Après la façon dont vous nous avez faussé compagnie, je ne sais pas si vous le méritez."
Sur ces mots, elle s'éloigna, le pas décidé de l'officier pointant sous la jupe rouge.

Après avoir longuement remercié les esprits pour leur aide, je rejoignis la maison commune, non sans laisser sous l'arbre une poignée de fruits, en guise d'offrande. Je retrouvai la petite pièce où l'on avait entreposé mes affaires, m'enroulai dans ma cape et tâchai de trouver le sommeil. Malgré le bruit ambiant, je m'endormis avant la fin de la fête.


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Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 20/01/04 19:02
Le jour n'était pas encore levé quand un garde m'éveilla d'un "Debout !" qui me résonna douloureusement dans la tête. Quand j'eus retrouvé un semblant de lucidité, il me précéda jusqu'aux écuries à travers un village luisant de givre. Le ciel commençait à s'éclaircir à l'est. Il n'était pas si tôt que le prétendait mon corps fatigué.
J'eus le plaisir de panser Horizon et de le préparer au départ, des activités qui m'avaient beaucoup manqué durant ma détention chez les daïmons. Je fus ensuite raccompagné aux portes du village, et les gardes ne consentirent à me rendre mon épée que quand je fus sorti de l'enceinte et remonté en selle. Un cri de mon corbeau, qui se lissait les plumes sur un mur, les fit sursauter. Alors que je m'éloignais au pas dans les premières lueurs de l'aube, je sentis les regards accrochés à ma cape, impatients de la voir disparaître derrière la végétation.

Je faillis bien ne pas voir la silhouette en gris appuyée contre un arbre. Lorsque le corbeau se posa à ses pieds, nous étions pratiquement à sa hauteur. Je m'arrêtai, essayant de reconnaître la personne dans la pénombre.
"J'ai bien cru que vous alliez passer devant moi sans me voir," dit la silhouette avec la voix d'Isard.
"Heureusement, je n'étais pas seul. Merci d'être venu."
"Ce n'est pas moi qu'il faut remercier, c'est Verrine. Elle a insisté pour que quelqu'un aille vous chercher."
"Si j'avais su qu'un jour Verrine s'inquièterait pour moi..."
Isard me fit signe de le suivre. Je quittai le chemin et parcourus la forêt à sa suite.

Au bout d'un long moment, ce fut lui qui rompit le silence.
"Ce que vous m'avez dit au moment d'aller au village, que vous étiez un barbare, je n'en ai pas parlé aux autres. Seulement à Myndra."
"Et qu'a-t-elle dit ?"
"Qu'elle le savait déjà, qu'elle en avait discuté avec vous. Elle m'a aussi dit qui vous étiez vraiment."
Il passa la main dans ses cheveux toujours en bataille.
"Je ne sais pas si je dois m'énerver contre moi-même pour ne pas vous avoir reconnu, ou contre vous et votre mère pour avoir plongé votre entourage dans une telle inquiétude. Vous êtes parti depuis plus d'un an, maintenant, et plus personne ne croit à votre retour. A l'époque où Myndra et moi étions à Flerroé pour voir la reine Mésange, le roi Marc portait le deuil ! Pouvez-vous imaginer ce que ressent un père qui croit avoir perdu son fils ?"

Les paroles d'Isard concordaient curieusement avec la vision que j'avais eue au printemps. Une culpabilité terrible m'empêcha de respirer pendant un moment. Ainsi, je comptais plus pour mon père que je ne l'avais cru. Ainsi, il était bel et bien rongé par le chagrin. Il me fallut un peu de temps pour reprendre le contrôle de mes émotions.
"Isard, je voudrais vous demander quelque chose. Quand vous serez de retour à Flerroé, pouvez-vous faire en sorte que mon père apprenne que je suis vivant ?"
"Il risque de se mettre dans une colère terrible..."
"Je sais, mais ce n'est pas grave. Peu importe qu'il m'en veuille, pourvu qu'il ne me croie pas reparti avec les esprits."


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Je crois que vous pouvez remercier Théodoric sur ce coup-là, car sans lui, vous n'auriez pas cet épisode aujourd'hui!
Et si vous n'aimez pas la Geste, vous avez le droit de le maudire, mais qu'est-ce que vous faites ici, d'abord?!?

_____

Le silence retomba entre nous de tout son poids. Quand je mis pied à terre devant le camp, nous n'avions pas échangé un mot de plus.

Nous passâmes la journée à préparer la libération du prince Trybnar. Je commençai par résumer mon séjour dans le village devant les autres, détaillant tel ou tel point suivant les questions qu'ils me posaient. Puis Verrine sortit sa grappe de gourdes pendant que nos aînés cherchaient à élaborer des stratégies.
"Je vais finir par manquer de baume cicatrisant, vous savez," fit-elle en soignant la partie douloureuse de mon visage.
"Que voulez-vous, je suis tout simplement mauvais !"
"Mais non, vous manquez juste de confiance. Et de technique."

Je ne pus m'empêcher de songer qu'elle avait beaucoup changé. Partager le quotidien d'un camp de prisonniers l'avait rendue moins hautaine, presque sympathique. Sans nul doute, elle me considérait toujours comme un imbécile, mais elle me le faisait moins sentir. Je n'avais plus l'impression de côtoyer une créature de glace.

Quand le soir tomba, nous nous préparâmes en silence à une opération furtive. Le corbeau n'alla pas dormir comme il le faisait généralement à cette heure. Il resta auprès de moi, attentif, pendant que je lui expliquais qu'il devait trouver les esclaves et les prévenir de notre présence. Myndra, la plus agile d'entre nous, s'infiltrerait dans le camp pour libérer Trybnar et ses hommes. La princesse Verrine affûta ses poignards, prête à créer une illusion lumineuse qui détournerait l'attention des gardes. Si malgré tout il fallait combattre, le prince serait évacué à cheval et nous couvririons sa retraite.

A la nuit noire, nous prîmes le chemin du village, menant nos chevaux à travers la forêt. La marche fut aussi lourde que silencieuse. Chacun de nous savait qu'il risquait de ne jamais revoir la lumière du jour.

Une Myndra vêtue de couleurs sombres s'élança à l'assaut du mur d'enceinte dès qu'Isard, qui observait les mouvements des gardes depuis les frondaisons, lui eut donné le signal de départ. Simultanément, j'envoyai le corbeau chercher le prince Trybnar.
L'elfe disparut bien vite de notre vue. Je n'avais pourtant cru voir aucune prise exploitable dans les fortifications de bois.
Commença alors l'attente, insupportable. Liandar et Béryl, prêts à lancer des cordes depuis la fourche de deux arbres solides. Isard, toujours perché, qui faisait le guet. Verrine, protégée par maître Toru, qui attendait le signal pour commencer son rituel. Et moi, à mi-chemin entre les deux groupes qui ne se voyaient pas entre eux, attendant avec une sourde inquiétude de faire la liaison.


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Membre Dungeon Keeper   Evasion a été posté le : 27/04/04 16:26
Les sentinelles étaient peu nombreuses, silhouettes isolées faisant parfois une ronde, restant le plus souvent au niveau de l'entrée du village. Nous avions un avantage : pour les gardes, le danger venait de l'extérieur. Aucun ne s'attendait à voir bouger quelque chose dans l'enceinte même du village.

Et puis le corbeau revint.
Isard me fit signe, je relayai l'information à Verrine, et le sang jaillit.
Magi afflua en vagues vers la princesse, qui psalmodiait quelque chose d'inaudible, sauf peut-être pour son protecteur. L'illusion prit corps, tout d'abord comme une aurore boréale, puis comme une véritable pluie de lumière, au niveau des portes du village.
On entendit un juron, des bruits de course en direction du phénomène.
Liandar et Béryl lancèrent leurs cordes par-dessus les fortifications, et commencèrent à faire passer les esclaves, Trybnar le premier.

Je compris que tout n'allait pas pour le mieux quand Isard prit son arc. Trybnar avait à peine posé le pied par terre, et deux de ses hommes étaient en train de passer du bon côté du mur. J'entendis des cris étouffés et vis un éclair de lumière. Isard décocha une flèche, quelque part à l'intérieur de l'enceinte. Devais-je courir aider les prisonniers, ou bien rester sur place pour jouer mon rôle d'intermédiaire ?
Non, je ne pouvais pas me déplacer. Je ne voulais pas quitter du regard la princesse Verrine. Je sentais que mon devoir était d'intervenir s'il lui arrivait quelque chose.

Les hommes passèrent la barrière un à un, mais une flèche finit par toucher Isard, qui, sous le coup de la douleur, fit tomber son arc du haut de l'arbre. Il portait en guise de protection une couche de cuir épais et une couche matelassée, qui lui avaient probablement sauvé la vie, mais il risquait de ne pas être en mesure de descendre seul de son perchoir.
J'allais m'élancer pour l'aider quand les portes du village s'ouvrirent. Les gardes devaient vouloir nous arrêter pour mieux reprendre leurs prisonniers. Maître Toru s'empressa de pousser Verrine dans un buisson, lui-même restant légèrement visible pour qui savait scruter la pénombre. Malgré sa virtuosité, il ne pourrait pas faire face à une douzaine de gardes en colère. Je devais combattre à ses côtés.

Je mis tout mon coeur dans cette brève course. Je volais au secours d'une jolie fille au lieu d'aider un allié blessé, mais sur le moment, cela me semblait être la meilleure chose à faire. Quand je retrouvai maître Toru, les gardes de Himgal ne l'avaient pas encore repéré. Verrine, épuisée, mit fin à son rituel, et la lumière s'évanouit, nous plongeant dans des ténèbres un peu plus profondes encore.


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Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 28/04/04 18:01
"Allumez des torches !" cria quelqu'un.

Je posai la main sur la garde de mon épée, prêt à passer par le fil de ma lame le premier garde qui nous verrait. Maître Toru attira mon attention en posant une main sur mon épaule. De l'autre, il me montrait quelque chose qu'il tenait à la main, sans doute une arme de jet. Puis il me fit signe d'attendre.
Nous plongeâmes à couvert quand un garde passa les portes avec une torche. D'autres gardes allumèrent les leurs à sa flamme, et entamèrent un tour de l'enceinte qui les ferait passer tout près de nous.
Dans son buisson, Verrine ne bougeait plus, vaincue par la fatigue, ou peut-être par la peur. Je tendis une main pour serrer la sienne. Elle était glacée.

"Courage !" murmurai-je aussi bas que possible.

On entendit au loin des chevaux qui partaient au galop. Le prince Trybnar était évacué suivant notre plan d'urgence. Plusieurs gardes se mirent à courir. Omnubilés par ce qui se passait hors de leur vue, ils passèrent devant nous sans nous repérer.
Si nous restions immobiles, nous avions de bonnes chances de ne pas être trouvés, mais c'était mettre nos compagnons en grand danger. J'échangeai avec maître Toru un regard qui ne laissait aucune place au doute. Nous devions intervenir.

Le maître d'armes se redressa légèrement, et lança une à une, très rapidement, petites lames et étoiles de métal. Les gardes touchés eurent un sursaut, un cri de douleur, et tout le groupe fit demi-tour. Nous avions maintenant face à nous huit hommes grands, forts et armés. Les épées furent tirées avec une synchronisation parfaite, dans un bruit de métal qui annonçait que certains ne se relèveraient pas. Du coin de l'oeil, je vis l'arme de maître Toru. Jusqu'à présent, je l'avais toujours vu combattre au bâton, tout en sachant qu'il avait un sabre. Cette fois, il l'avait dégainé. A la lueur des torches, sa lame très affûtée brillait plus que toutes les nôtres, mais sa finesse pouvait aussi être un handicap. Je supposai qu'il ne pouvait pas se permettre une collision avec une épée normale.

L'instant suspendu fut de courte durée. Deux gardes se ruèrent sur lui. Sans se départir de son calme, il entama une série de mouvements fluides qui lui permirent d'éviter leurs lames. Un pas en arrière. Personne n'avait été blessé lors du premier assaut.
Au second, l'un des gardes commit l'erreur de me tourner le dos. Je bondis hors des fourrés, et de toutes mes forces, je plongeai ma lame là où devait se trouver son coeur. L'autre marqua un temps d'arrêt en le voyant s'effondrer, ce qui permit à maître Toru de lui trancher la tête.
Et l'enfer fut sur nous.
Les six gardes restants avancèrent sans hésiter, alors même que ma lame était prise dans le corps du mourant. Je dus poser le pied sur son dos pour la dégager, et pris par mon élan, je fis deux pas en arrière. Les gardes étaient déjà à ma hauteur.


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Gerald

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   Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 28/04/04 20:32
Et c'est là que Verrine lance le tourbillon de Waahahum:div4heuh:mo8 :div4
Sans rire maintenant: c'est un peu plus "scénario de donjon" (pour ce que j'en connais) que les épisodes précédents, mais la façon de raconter et la présence de ces personnages auxquels on s'est attachés font toute la différence:7:7:7


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Je n'irai, plus tard, ni au café perdre ma santé, ni aux courses perdre mon argent, ni au cinéma perdre mon temps à voir des films dont les héros sont des voleurs et des assassins dignes de mépris.
(Extrait d'un manuel de morale à l'usage des classes, première moitié du XXe siècle)

Karolinus sum.


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