Thorp bonheur

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Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 26/03/03 17:15
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"Quoi qu'il en soit, repris-je après un instant de silence, cela ne nous dit pas pour quelle raison ils nous ont épargnés."
"De toute évidence, Prince, si l'un de nous le savait, nous ne serions pas ici, prisonniers au fond d'une grotte, à échafauder des hypothèses !"
Verrine fit une grimace au garde qui nous observait, lequel répondit par un rictus méprisant.
A la lumière croissante du petit matin, nos ravisseurs semblaient de plus en plus effrayants. Leur force contrôlée, leurs visages polychromes, dégageaient quelque chose de terrible, un signal permanent de danger. Savoir que nous étions à leur merci n'avait rien de rassurant.
Pour changer de conversation, je désignai du doigt les mouchoirs noués autour des bras de la princesse.
"Je vois que vous vous coupez à chaque fois que vous faites usage de vos dons. J'espère que ce n'est pas trop douloureux..."
"Au contraire, barbare ignorant, ça fait très mal ! C'est la douleur qui fait fonctionner le sort. La douleur, et le sang."
"Curieux. La seule autre utilisatrice de Magi que je connaisse travaille avec de l'encre. A vrai dire, je n'imagine pas qu'elle puisse se faire mal."
"Les façons de ne faire qu'un avec Magi sont très diverses, Prince. Les plus grands mages le font d'instinct, sans utiliser de rituel. Mais moi, je ne suis qu'une débutante, et la technique du sang est la seule que je maîtrise un peu."
Un daïmon chargé d'un sac de toile s'arrêta devant nos geôliers. La conversation fut courte. L'un des gardes s'écarta pour le laisser nous lancer une pomme à chacun, le regarda s'en aller, et ce fut comme si rien ne s'était passé.
"S'ils espèrent nous nourrir avec ça, pestai-je, ils sont bien peu au fait de nos besoins !"
"Ce qui est important, c'est qu'ils ne nous laissent pas mourir de faim, observa Verrine. Ils ont vraiment besoin de nous vivants."
"Tout de même, ne pas savoir pourquoi, ça m'inquiète," fis-je remarquer.
L'échange s'arrêta là. J'avais l'impression de tourner en rond, et puis, nous avions autre chose à faire de nos mandibules.
Des deux pommes, il ne resta pas même un trognon.
La princesse Verrine ne parut se rendre compte que j'étais blessé qu'au moment où nos gardes nous tirèrent sans ménagement hors de la grotte. Elle voulut me parler, mais on lui fit comprendre d'un geste qu'il était plutôt dans son intérêt de se taire.
Nous fûmes confiés à deux femmes qui nous affublèrent chacun d'un collier et d'une laisse. En tant que prisonniers, nous devions nous attendre à tout, mais ce genre d'humiliation ne fut, malgré tout, pas facile à supporter. La femme aux cheveux clairs qui fixait mon épais collier de cuir me souffla au visage un air chaud, chargé de l'odeur du feu. Son visage impassible semblait maquillé de noir et d'ocre.
En fait, je crois que je fus surpris de constater que les daïmons avaient des femmes. Pourtant, ne fût-ce que pour des raisons de survie de l'espèce, il n'y avait pas de quoi s'étonner.
S'ensuivit une longue discussion entre tous les daïmons présents. Je les vis pointer du doigt vers des montagnes, appuyer des arguments de gestes énergiques, exactement comme des humains qui auraient parlé de choses importantes. Finalement, les deux femmes qui nous avaient mis en laisse se drapèrent dans des capes chaudes et quittèrent le campement, nous entraînant à leur suite.
En partant, je vis du coin de l'oeil un corbeau qui nous suivait. Pour la première fois, savoir ce sinistre charognard dans les parages me fit chaud au coeur.
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Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 08/04/03 16:02
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La marche à travers les montagnes dura toute la journée. Nos geôlières, visiblement bien plus endurantes que nous, devaient sans cesse ralentir pour se caler sur notre allure, ce qui les fit beaucoup pester. De temps en temps, elles nous faisaient passer une gourde d'eau, mais elles-mêmes ne burent presque rien de toute la journée.
Quand la nuit tomba, nous fîmes halte à l'abri d'un piton rocheux. Le repas fut servi à la va-vite : des tranches de viande froide pour les daïmons, des fruits pour nous. Pas de quoi calmer ma faim.
Les étoiles s'allumèrent une à une. Profitant de l'inattention des deux femmes, qui discutaient entre elles dans l'obscurité, je tentai de défaire mon collier pour m'enfuir. Mes doigts rencontrèrent plusieurs lanières, puis une grosse boucle de métal. Je me débattis un peu à l'aveuglette, sans résultat. Apparemment, pour manipuler le système de fixation, il fallait une force que je n'avais pas. Je laissai retomber mes mains avec un soupir de découragement. Décidément, si quelque chose devait nous sortir de ce mauvais pas, ce ne serait ni ma force, ni mon astuce.
Au beau milieu de la nuit, alors que je venais de m'assoupir, la femme aux cheveux clairs me secoua l'épaule. Ses cheveux emmêlés se découpaient curieusement sur le fond étoilé de la voûte céleste. Elle assura sa prise sur mon poignet, vérifia que j'étais bien réveillé, et me releva sans effort apparent.
Une gorgée d'eau fraîche, et la marche reprit.
A la façon dont nous étions guidés dans la nuit, sans la moindre hésitation, je supposai que les daïmons avaient une bonne vision nocturne. Elles avançaient d'un bon pas, poussant d'une main dans notre dos lorsqu'elles estimaient que nous ne marchions pas assez vite. Nous vîmes le jour se lever sans avoir fait de pause. Machinalement, je notai que nous allions vers l'est. Pourtant, je savais bien que je n'aurais aucune chance de retrouver mon chemin, même si, par miracle, nous parvenions à nous enfuir.
Quand nous atteignîmes enfin le but de notre voyage, ce devait être le milieu de l'après-midi. Verrine et moi étions trop épuisés et affamés pour ressentir autre chose que du soulagement quand des daïmons nous retirèrent nos colliers et nous firent entrer dans une tente. Je me laissai tomber sur le dos à côté de la princesse, haletant, incapable de parler. La tête me tournait un peu.
Nous nous trouvions dans un village fort semblable à n'importe quel village barbare, bien exposé au soleil, non loin d'une rivière. La seule différence était que ces tentes n'abritaient pas des humains, mais des daïmons.
Incapable de chercher à résoudre ce mystère, je m'endormis sur le sol de toile poussiéreuse.
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Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 17/04/03 11:05
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Je m'éveillai l'esprit embrumé, comme on s'éveille d'une sieste imprévue. Le sang circulait mal dans mon bras gauche. Je compris en tentant de le remuer que quelqu'un s'appuyait dessus. J'ouvris les yeux laborieusement, pour les refermer aussitôt, car ils étaient secs et légèrement douloureux.
Ce que j'avais vu me fit sourire. La princesse Verrine avait pris mon bras pour un oreiller. Elle dormait, les cheveux en bataille, la bouche entrouverte, une main sur mon épaule. Je n'avais rien contre ce genre d'attention, mais je devais rétablir la circulation dans mon bras. Avec mille précautions, je me dégageai et m'écartai un peu.
Mes esprits me revinrent tout doucement, au rythme du sang qui pulsait douloureusement dans mon bras. Nous étions aux mains de créatures qui pensaient comme des humains tout en ayant la force des animaux sauvages. Notre seul espoir de nous en sortir tenait à la raison, encore inconnue, pour laquelle ils nous avaient maintenus en bonne santé, au lieu de nous tuer comme de vulgaires bêtes à viande. Je m'accrochai à cet espoir avec toute la force de ma jeunesse. C'étaient sans doute des daïmons qui avaient brûlé le village dans la vallée, qui avaient massacré le couple de bergers sur les flancs du volcan, et pourtant, je voulais croire à ma chance.
Mon dos me lançait. Apparemment, ma chemise collait un peu à la blessure. J'osais à peine imaginer l'aspect des plaies.
"Ce n'est pas joli, tout ça, Prince," fit Verrine d'une voix ensommeillée.
"Que voulez-vous que j'y fasse ?" soupirai-je.
"Je pourrais peut-être vous soigner, mais il me faut..."
Je compris vite qu'il était vain d'attendre la fin de la phrase. Je me tournai vers la princesse, qui s'était assise. Je craignais de la voir se faire une nouvelle entaille pour soigner les miennes, ce dont je ne voulais pour rien au monde, mais elle fouillait une à une les poches de sa veste. Elle finit par en retirer une grappe de petites fioles en cuir souple, pas plus grandes qu'un doigt, qu'elle brandit sous mon nez.
"Voici le fruit de mes activités nocturnes, annonça-t-elle d'un ton mi-rieur, mi-amer. Ce que je fais quand je me transforme en créature maléfique."
Elle déboucha soigneusement un des récipients, répandant une odeur épicée.
"Pour la cicatrisation des barbares maladroits. Enlevez le haut et allongez-vous sur le ventre sans discuter."
J'obéis. Après tout, qu'avais-je à y perdre ?
Juste avant de me plaquer sa préparation sur le dos, la princesse se pencha à mon oreille et murmura :
"Attention, ça va faire mal."
En effet, le baume commença par piquer, puis se mit à brûler. J'avais l'impression de dégager assez de chaleur pour réchauffer la tente en plein hiver. Cependant, la douleur n'était pas pire que celle que j'avais ressentie en marchant toute la journée avec ma chemise trempée de sueur qui adhérait aux plaies. D'une certaine façon, c'était même un soulagement. Je serrai les dents, content de sentir que le remède faisait effet.
A côté de moi, la princesse se mit à renifler.
"Qu'y a-t-il ?" demandai-je.
"C'est l'odeur du baume. Je me demande si je n'ai pas confondu avec un de mes poisons."
"Comment ?"
D'un sursaut réflexe, je me retrouvai à genoux, les mains sur ses épaules.
"Vous n'avez pas fait ça..." bredouillai-je.
"Bien sûr que non ! répondit-elle en pouffant. Vous êtes toujours aussi naïf, Prince."
Je la lâchai. Un soupir de soulagement s'échappa tout seul de mes poumons.
"Et vous, princesse, vous êtes toujours aussi insupportable."
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Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 25/04/03 13:13
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Je n'eus pas d'autre choix que de remettre ma chemise maculée de sang. Tout mon corps réclamait beaucoup d'eau chaude, des vêtements propres et un bon repas. Du repos, aussi. J'eus toutes les peines du monde à faire taire les protestations de mes muscles quand je me levai pour aller vers la sortie de la tente.
J'écartai prudemment un pan de tissu pour regarder dehors.
Trois daïmons discutaient, assis autour d'un feu à quelques pas de moi. L'un d'eux gardait le regard fixé vers la tente. Quand il me vit, il se tourna vers quelqu'un ou quelque chose que je ne voyais pas, et cria un nom.
"Kal !"
Puis il reprit tranquillement sa conversation, sans me quitter des yeux pour autant.
"Qu'est-ce que c'était ?" demanda Verrine dans mon dos.
"Un garde. Il a appelé quelqu'un, je crois."
"Dans ce cas, écartez-vous de l'entrée."
La princesse me tira en arrière avec une douceur que je ne lui connaissais pas. Sans doute craignait-elle de raviver la douleur dans mon dos. Je reculai d'un pas.
Un court instant plus tard, le tissu qui faisait office de porte s'écarta d'un coup, à la limite de la rupture, pour laisser passer le visiteur. C'était la femme qui m'avait promené en laisse. Elle posa sur nous un regard indifférent, et nous fit signe de sortir. Aucun ne nous ne fit mine de vouloir lui résister.
Une fois dehors, nous fûmes dirigés à travers le village, vers une zone clôturée de hautes barrières de bois. Notre guide fit ouvrir le portail par le daïmon qui restait posté à l'entrée. Aussitôt, des dizaines de visages curieux apparurent, ou plutôt, se laissèrent deviner, dans les tentes d'appoint qui s'accumulaient dans cet espace.
Kal, appuyée sur la barrière, leur adressa une sorte de sourire méprisant. A bien la regarder, il semblait clair qu'elle n'était pas plus vieille que nous. Pas plus que Verrine ou moi-même, elle n'était pleinement entrée dans l'âge adulte.
Elle surprit mon regard, évidemment. Cela ne sembla pas lui plaire. La colère dans les yeux, elle nous poussa brutalement à l'intérieur.
"Je ne sais pas ce qu'elle vous a dit, fit la princesse une fois que le portail se fut refermé derrière nous, mais de toute évidence, ce n'était pas très gentil. Connaissant votre propension à manger des yeux tout ce qui ressemble à une jolie femme, je ne serais pas étonnée si elle estimait que vous lui avez manqué de respect."
"Je ne nie pas l'avoir un peu observée, mais pour autant que je sache, les femmes de tous les peuples apprécient que l'on s'intéresse à leur beauté..."
"Tout dépend de qui est en face, Prince. Pour elle, vous n'êtes qu'un chien, et croyez-moi, si un chien me fixait avec ces yeux-là, je lui mettrais un coup de pied."
"Vous ne m'avez jamais frappé. Dois-je en déduire que je vaux mieux qu'un chien ?"
"Imbécile !" lâcha-t-elle en secouant la tête.
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Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 23/05/03 21:28
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Nous restâmes sur place un instant, incapables de décider quoi faire. Un groupe de personnes finit par émerger d'une tente. Ils étaient trois, deux hommes et une femme, guère plus âgés que nous. Ils semblaient en bonne forme physique, bien nourris, mais le reste de leur allure puait la misère : vêtements en loques, cheveux gras et emmêlés, visages sales au regard empreint de douleur et de colère.
"Par ici !" nous invita un des hommes avec un geste rapide.
Verrine n'attendit pas de traduction de ma part pour s'avancer. Elle n'avait que des notions de barbare, mais cela lui suffisait pour comprendre l'invitation.
Je lui emboîtai le pas, scrutant alternativement les trois jeunes gens en face de nous. Ils ne semblaient éprouver aucune animosité à notre égard, ce qui ne m'empêcha pas de regretter l'absence d'épée dans le fourreau qui pendait, inutile, à mon côté.
On nous fit entrer dans la tente avec des gestes hâtifs de bête traquée. L'ambiance ne sembla se détendre un peu que lorsque tout le monde fut assis sur le tapis mité, et que le pan de toile se fut refermé derrière nous.
"Vous n'êtes pas de la région," nous dit notre premier interlocuteur sans s'embarrasser de politesse.
Il était grand, brun, bien bâti, le visage dur, marqué d'une cicatrice à la tempe qui se prolongeait d'une fine mèche blanche. J'apprendrais plus tard qu'il se nommait Sennadag.
"On ne peut rien vous cacher, répondis-je avec un sourire gêné. Je viens d'une peuplade du Sud, et la personne qui m'accompagne est une Landrite."
"Est-ce qu'elle comprend ce que nous disons ?" demanda la jeune femme, une combattante finement musclée du nom de Massika, en jetant un coup d'oeil rapide vers Verrine.
Un léger changement d'attitude de la princesse me dispensa de répondre à cette question.
"Bon, bon, très bien, reprit la jeune femme avec un léger mouvement de recul, mais qu'êtes-vous venus faire dans cette région ?"
"Nous cherchons quelqu'un," répondit Verrine dans son barbare laborieux.
Il y eut un silence.
"Quelqu'un ?" s'étonna le deuxième homme, Gunjo, aux tresses noires graisseuses et aux yeux d'un étonnant vert émeraude.
De toute évidence, il voulait des précisions. Le regard appuyé de ses compagnons me fit comprendre qu'il n'était pas le seul.
"C'est le cousin de Verrine, et le mari de ma soeur. Il s'appelle Trybnar. Il est parti à la rencontre de vos chefs il y a bien trop longtemps. Son peuple et sa famille l'attendent, mais ils commencent à perdre espoir."
"Son peuple ? Votre Trybnar, c'est quelqu'un d'important ?"
"C'est l'héritier du royaume landrite."
Sennadag laissa échapper un sifflement étonné.
"Comment peut-on laisser disparaître son futur chef ?"
"Ça ne vous regarde pas !" souffla la princesse Verrine.
Mélange de Magi et de colère, une vague froide sembla balayer la tente, figeant sur place nos interlocuteurs.
"Sorcière, murmura Massika. Cette fille est une sorcière."
"Enfin une bonne nouvelle," sourit Gunjo.
La jeune femme lui lança un regard étonné. Visiblement, elle ne partageait pas cette opinion.
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Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 01/09/03 10:19
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J'en remets un petit peu pour prouver que le récit n'est pas mort, mais avec la publication de cet épisode, on a presque rattrapé l'écriture! En d'autres termes, jusqu'à ce que j'aie retrouvé un rythme de ponte normal, la publication continuera à se faire au compte-gouttes.
_____
"S'il vous plaît, repris-je en élevant un peu la voix, aidez-nous à comprendre ce que nous faisons ici, plutôt que de parler entre vous par-dessus nos têtes ! Qui êtes-vous ? Pourquoi sommes-nous tous ici ?"
Sennadag soupira.
"Nous appartenons au peuple de Kerd. Les créatures qui nous retiennent..."
"Les daïmons, intervint Verrine. C'est ainsi que les elfes les nomment."
"Merci bien. Les daïmons, donc, ont attaqué notre village il y a une cinquantaine de jours. En tant que jeunes combattants, nous avons défendu les nôtres, et nous avons été capturés. Depuis, nous vivons ici avec les autres prisonniers."
"Nous ne savons pas ce qui les motive, expliqua Massika. Ils n'ont tué que deux des nôtres dans l'attaque du village. Tous les autres combattants ont été réunis ici."
"Ils n'ont pas détruit votre village ?" demandai-je.
"Pas à notre connaissance."
Je restai silencieux un instant. Quelque chose ne collait pas.
"Nous avons pourtant passé un village entièrement brûlé, et trouvé des gens massacrés, lors de notre voyage," hasardai-je.
"Ce ne sont pas nos ravisseurs."
Gunjo était catégorique. Il secoua brièvement la tête, puis se tourna vers Sennadag comme pour lui demander de continuer l'explication.
"Personne ici ne vous parlera de massacres ou de villages détruits, reprit Sennadag. Si nous sommes retenus prisonniers, et correctement nourris, d'ailleurs, c'est que ces créatures ne cherchent pas à nous tuer, n'est-ce pas ?"
"Mais alors, qui massacre les gens, si ce ne sont pas les daïmons ?"
Il y eut un silence gêné.
Soudain, Verrine, qui observait attentivement les trois jeunes gens en face de nous, me prit vivement le bras et me força à la regarder dans les yeux.
"J'ai compris ! Ce sont bien des daïmons qui terrorisent la population, Prince. Mais pas ceux qui nous retiennent."
"Pardon ?"
"Cette terre est un champ de bataille. Les daïmons se battent entre eux."
Les renseignements supplémentaires que je parvins à arracher à Sennadag, Gunjo et Massika ne nous avancèrent guère. Ils n'avaient pas eu le temps d'avoir des contacts dignes de ce nom avec les daïmons avant d'être capturés. Tout ce que je retirai de cette partie de la conversation fut un nom à mettre sur chaque visage.
A la nuit tombée, quand les prisonniers se réunirent devant le portail pour la distribution de nourriture, je ne pus m'empêcher de remarquer que tous étaient jeunes et en bonne santé. Je savais qu'ils nous observaient, mais je ne pus à aucun moment croiser un seul regard. La fierté de ces barbares semblait perdue. Cela me troubla : j'avais l'impression de me trouver au beau milieu d'un troupeau de moutons.
Du bétail. Voilà ce que nous étions aux yeux de nos ravisseurs, voilà ce que nous devenions réellement à force d'être retenus comme des bêtes dans cet enclos.
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Advocatus Diaboli ex Machina & Orangina Rouge

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Il va pleuvoir... :D a été posté le : 12/09/03 15:18
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Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu !
Que dire ? Mais que dire ?!
Quand on a mis presque 2 ans à enfin lire cette prose! 
Ne comprenez pas par là que j'ai trouvé ça si soporifique qu'il m'a fallu autant de temps mais tout simplement que le temps n'est pas extensible à toutes les lectures que l'on voudrait avoir.
Ma très chère Oph,
Laisse-moi te dire que ce que tu réalises là est tout à fait remarquable et digne d'éloges.
Alors, mes remarques.
Tout d'abord, je fus très étonné que la toute première scène "d'action" (car le début est un peu trop mou à mon goût) fut une scène de cul ! 
Génial ! 
Il y a tout de même quelque chose qui me gêne dans ce monde, c'est la maturité des jeunes. Certes, ils vivent à une époque et dans des conditions de vie qui font grandir plus vite mais j'avoue que les jeunes gens y sont un peu trop matures pour leur âge à mon goût. Je ne pense pas que le fait que Coriolan eut 3 ou 5 ans de plus eût vraiment modifié l'histoire, non ?
Cependant, je chicane et cela reste un avis strictement personnel.
La nature omniprésente mais extrêmement diffuse et cachée de la magie est splendidement rendue. On sent à chaque page que ce monde est féerique mais qu'il n'est pas donné au commun des mortels de le connaître véritablement et que seuls les érudits appréhendent ce qui est vraiment.
J'ai beaucoup apprécié la découverte des femmes et de la sexualité avec Myosotis ainsi que la renonciation réelle au rang de prince d'Alaurie par le rite du tatouage de Dawonda (on sent que la fugue est vraiment terminée et qu'une autre vie commence).
Enfin, mon petit clin d'œil, même s'il me fait plaisir, choque un peu au milieu de tous ces noms nordiques.
Quoique je pense que les deux phrases décrivant le peuple vivant sur ces collines s'appliquent quelque peu à moi… 
Enfin bon, en un mot comme en cent, mais plus en trois : Toute mes félicitations !
Continue maman ours ! 
-------------------- Neitsabes, râleur par principe si ce n'est par défaut.
Sans jamais être incohérents, sachons cultiver les contradictions et la dualité. (Les Béruriers Noirs).
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Cachée
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Chaos Legions

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Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 14/09/03 16:01
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Hum hum...
J'interviens, peu de temps après Neitsabes, dans des dipositions similaires. Ayant moi aussi terminé cette saga d'apparence volumineuse, et qui pourtant donne toujours l'impression de n'en être qu'à son commencement, je m'en félicite au plus haut point, et n'oublie pas bien sûr de féliciter plus encore Oph pour ce travail de grande qualité.
Beaucoup d 'éloges ont déjà été faites, je ne les répéterai pas mais en ajouterai un autre : la grande homogénéité du récit à travers ses rebondissements successifs. Aucune des différentes étapes, telles que la fugue, le séjour chez les barabres où auprès de sa soeur, ne semble en rupture avec le reste, et pourtant chacun continu à faire évoluer l'intrigue et à introduire des éléments tout à fait nouveau, ce qui fait que le récit se renouvelle sans cesse, et qu'à la centième page, on a toujours l'impression d e n'avoir pas terminé le premier chapitre.
Bref, tu trouveras désormais en moi un pleureur de plus à guetter la suite...
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Cachée
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Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 15/10/03 22:19
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Le boulot reprend, et l'écriture avec lui. Je ne pourrais pas faire de la littérature mon métier même si je le voulais, mes amis... La seule chose qui me fait écrire, c'est de procrastiner sur mon travail!
_____
Verrine et moi trouvâmes de la place pour dormir dans une tente déjà occupée par quelques jeunes gens qui ne nous adressèrent pour ainsi dire jamais la parole. De toute façon, nous passions nos journées avec Sennadag et ses amis, les seuls occupants du camp dont les yeux brûlaient encore de fierté. Pour surmonter l'ennui ambiant, nous nous efforcions de trouver un moyen de nous échapper.
Au début, Gunjo espérait beaucoup de notre arrivée parmi eux, à cause des pouvoirs de la princesse. Il déchanta bien vite en apprenant à quel point sa maîtrise de Magi était en fait limitée. Je crois qu'il n'était pas plus enthousiaste que moi à l'idée de voir une jeune fille se mutiler pour des résultats somme toute assez dérisoires.
Les semaines se succédèrent donc dans la plus grande monotonie. Après avoir évité de justesse une lance de daïmon, mon corbeau avait disparu de notre vue, et avec lui, mon seul espoir de faire passer un message à quelqu'un. Mon unique réconfort me venait de mes rêves, chauds et colorés comme jamais. D'une nuit à l'autre, je voyais les gens que j'aimais, les uns après les autres, vivant leur vie sous un ciel sans nuages, et me confiant qu'ils ne doutaient pas que je reviendrais un jour, que ce n'était qu'une question de temps. La pensée que ces rêves m'étaient sans doute envoyés par les esprits me soutint, alors même que la princesse Verrine commençait à perdre l'assurance que je lui avais toujours connue.
"Je n'en peux plus," lâcha un soir Massika près du feu qui nous réchauffait. L'hiver arrivait, il faisait déjà froid dans le camp.
"Que comptes-tu faire ?" demanda Sennadag, soucieux.
"Forcer la sortie et quitter cet endroit, avant de me transformer en mouton comme les autres ! Je ne veux pas passer l'hiver ici, dans cet enclos pour les bêtes, avec la nourriture infecte et l'eau rationnée !"
"Massika, intervint Verrine, nous nous sommes tous battus contre les daïmons. Nous avons tous pu voir qu'ils étaient beaucoup plus forts que nous. Même en y allant ensemble, nous n'avons aucune chance."
"Ça m'est égal. Plutôt la mort que la captivité !"
La jeune femme planta dans le sol le bâton qu'elle tenait, et s'éloigna. Gunjo s'excusa d'un geste et partit en courant à sa suite.
Lors du long silence gêné qui s'ensuivit, je cherchai à sonder le regard de Sennadag, puis celui de Verrine, sans trop parvenir à déterminer ce qu'ils pensaient.
"Que comptez-vous faire ? finis-je par demander. Massika n'a pas complètement tort, nous allons tous devenir fous si nous restons enfermés."
Le barbare réfléchit un instant.
"Gunjo devrait réussir à calmer Massika pour ce soir. Mais cette nuit, tous les deux, essayez d'en savoir plus. Toi, Verrine, avec ta magie, et toi, Prince, avec tes visions."
Je hochai la tête sans trop savoir s'il avait raison de me faire confiance. Depuis que j'avais raconté mes rêves aux autres, en leur expliquant l'importance qu'ils avaient pour moi, ils avaient tendance à me prendre pour une sorte de voyant. Je crois qu'ils étaient prêts à se raccrocher à n'importe quel espoir.
Je me levai à mon tour, et gagnai un coin de l'enclos où j'étais sûr de ne pas être dérangé. Deux lunes pâles baignaient le camp d'une lueur glacée. Ignorant les frissons, j'entamai ma prière aux esprits.
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Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 24/10/03 15:27
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Avec la nuit vint un rêve différent de ceux que je faisais d'habitude. Je me trouvais dans une plaine aride, par un jour aussi sombre qu'une nuit, où de noirs nuages bouchaient l'horizon. Assis dans la poussière, j'assistais au combat que se livraient en plein ciel deux dragons noirs. L'un avait les yeux fous, et se déplaçait avec une grande rapidité, répandant une fine brume de sang sur son passage. L'autre, plus grand, plus calme, l'affrontait sans haine. Une voix venue de nulle part me dit que ce dragon-là me protégeait de son congénère, qui, lui, cherchait à me dévorer.
Je pris soudain conscience de la présence d'un objet dans ma main. Une petite fiole de verre, dans laquelle se trouvait une minuscule pépite d'or. J'ouvris délicatement le flacon, et il en jaillit une lumière qui monta au ciel et déchira un pan de nuage. Un éclair surgit alors de la trouée, et le dragon fou s'écroula, proprement foudroyé.
Je glissai vers l'éveil avec la certitude qu'il allait se passer quelque chose le jour même.
Ouvrir un oeil fut une torture, tant mes paupières semblaient lourdes. Pourtant, je me sentais bien réveillé. Je vis tout de suite que Verrine n'était pas sur sa couche. Décidé à aller lui parler, je me drapai dans ma couverture et sortis.
Le ciel nocturne avait à peine commencé à pâlir. Soufflant des nuages de vapeur blanche, je fis le tour du camp. La princesse était assise au beau milieu de l'enclos, les yeux clos, les mains jointes, des mots inaudibles coulant à flots de ses lèvres desséchées. J'attendis en silence la fin de son invocation. Je savais à quel point être interrompue dans ses rituels pouvait la mettre en colère.
Enfin, elle ouvrit les yeux et lança les mains en avant, libérant un flot d'énergie qui effleura ma tête. A la faible lueur des lunes, ses paumes me parurent noires. Elle avait réussi à se faire saigner.
"Alors, Prince, demanda-t-elle quand le calme fut revenu en elle, vos rêves de cette nuit vous ont-ils éclairé ?"
"Je crois. Il va se passer quelque chose d'important aujourd'hui."
"C'est ce qu'il m'a semblé voir aussi. Je pense que Massika a ressenti la même chose, toute méfiante qu'elle soit vis-à-vis de la sorcellerie. C'est pour cela qu'elle disait hier soir qu'il était temps d'en finir."
"J'avoue que j'ai plus de mal que vous à comprendre son attitude. En tout cas, ce que je viens de voir précise ce que j'ai vu en rêve."
"Expliquez-moi."
"Dans mon rêve, j'avais dans la main une fiole de verre qui appelait un éclair en envoyant un rayon lumineux vers le ciel. Je me lève, et je vous trouve en train de projeter un rayon d'énergie. Maintenant, j'attends l'éclair."
"Je n'ai pas projeté de rayon, j'ai juste évacué l'énergie que j'avais emmagasinée pour ma divination. Magi retourne à Magi. Pour changer de sujet, ce que j'ai vu, c'est un daïmon ligoté avec une corde dorée, qui se faisait exécuter par un autre daïmon."
"Une guerre fratricide ? Pour moi, c'étaient des dragons, mais nos visions se recoupent."
"Alors espérons juste que nous ne sommes pas deux imbéciles qui font la même erreur."
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Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 26/10/03 22:21
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J'aidai la princesse à se relever, d'une manière qui lui permit de bien remarquer le regard critique que je portais sur ses mains.
"Je n'aime pas ça, vous le savez. Vous devriez trouver une autre façon de faire."
"Pour des raisons qui vous étonneront peut-être, je n'ai pas pu étudier récemment, alors je m'en tiens à ce que je sais faire. Des objections ?"
"Non, bien sûr que non, c'est vous la princesse, quelle que soit l'utilité d'un tel titre entre les murs de ce camp..."
Ma remarque la fit sourire.
"Dire que c'est un fils de roi qui me parle ainsi !" soupira-t-elle.
Pendant que j'observais le ciel pour tenter de deviner l'heure qu'il était, elle approcha ses mains l'une de l'autre et prononça deux syllabes dans une langue qui devait être de l'elfique. La lueur qui éclaira un instant ses paumes attira mon attention.
"Voilà, c'est guéri !" annonça-t-elle en essuyant le sang sur sa cape déjà maculée de taches.
"Vous n'aviez jamais fait ça auparavant," m'étonnai-je.
"J'ai pris l'habitude de n'utiliser Magi que lorsque cela était vraiment nécessaire. C'est très fatigant, vous savez. Mais vous aviez l'air tellement contrarié que j'ai voulu faire un geste."
Je pris ses épaules d'un geste théâtral.
"Vous, aimable ? Esprit trompeur, quitte le corps de la princesse Verrine !"
La jeune fille éclata de rire, mais ce geste suffit à la déséquilibrer, et elle fit un pas mal assuré en arrière.
"Quand je vous disais que c'était très fatigant... Voilà que je ne tiens plus sur mes jambes !"
"Je vais vous raccompagner."
Je passai un bras autour de la taille de Verrine et la ramenai à la tente, le coeur presque léger. Nos visions concordaient, nous allions enfin retrouver la liberté.
La nuit se termina dans les brumes d'un sommeil sans rêves.
Nous fûmes tirés du lit au petit matin par des daïmons à l'oeil soupçonneux. Mal réveillé, je ne compris pas pourquoi certains nous rassemblaient au milieu du camp pendant que d'autres fouillaient les tentes. J'appris par la suite qu'ils avaient deux raisons de se méfier : la décharge d'énergie magique de la nuit les avait mis sur le qui-vive, et leur ennemi approchait.
Dans mon état, il me fallut du temps pour remarquer le visage plein de rage de Massika, qui avait pris un coup après avoir tenté de résister à nos geôliers. Je parvins à m'approcher d'elle et à lui parler de mon rêve, mais elle se contenta de hausser les épaules. Autant elle prenait au sérieux les talents de Verrine, autant mes rêves n'étaient pour elle qu'un ramassis de superstitions. En tant que prêtresse guerrière, elle puisait son énergie dans une foi puissante qui ne tolérait pas mes croyances.
Un cri rompit le silence. Un daïmon perché sur le haut de la clôture avait donné l'alerte.
Levant les yeux, je reconnus Kal, dont le regard me fit promptement baisser la tête. Elle était plus méprisante que jamais, et en même temps, sérieusement inquiète. Je la vis du coin de l'oeil sauter à terre, à l'extérieur de notre camp.
"Fragiles créatures, la guerre est à nos portes, alors gardez un profil bas pendant que nous nous battons pour vos pauvres têtes !" avais-je lu dans ses yeux.
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Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 27/10/03 19:47
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On entendit une voix faire un rapide discours, auquel tous les daïmons du village répondirent par un cri de guerre. Ceux qui nous gardaient semblaient bouillir, accompagner en pensée leurs camarades qui s'élançaient vers l'ennemi. Parmi les prisonniers, la tension avait pris le pas sur la surprise. Que se passait-il dehors ? Contre qui se battaient nos geôliers ? Qui avait l'avantage ? Les bruits qui nous parvenaient ne nous aidaient pas à le deviner.
Certains semblaient espérer que l'ennemi était en fait un allié venu nous délivrer. Je voulus parler, dire que c'était probablement tout le contraire, mais Verrine me prit le bras et me fit signe de me taire. Elle avait peur, elle aussi.
Je vis soudain ses yeux s'affoler, chercher du regard une chose que les gens normaux ne voyaient pas.
"Magi ! souffla-t-elle. Quelqu'un draine Magi !"
Quelques gestes nerveux du côté des daïmons confirmèrent qu'ils avaient senti la même chose que la princesse, mais même en me concentrant, je ne parvins pas à percevoir les variations d'énergie. Dans le camp, personne d'autre ne bougea.
Un instant plus tard, le niveau sonore de la bataille baissa nettement. Humains comme daïmons échangèrent des regards inquiets. Isolés dans notre cage de bois, nous ignorions que l'arrivée d'un nouveau protagoniste venait de changer toute la donne. A peine plus avancé que les autres, je ne pouvais qu'espérer qu'il s'agissait de l'éclair de mon rêve.
"Il est très puissant," marmonna Verrine d'une voix blanche, les yeux fermés pour mieux se concentrer sur les flux de Magi.
"Qui aide-t-il ?" demandai-je.
"Aucune idée."
La jeune fille ouvrit les yeux avec une grimace.
"Mais j'espère qu'il est dans notre camp. Sinon, nous sommes tous morts."
On entendit revenir les combattants, dans un silence qui indiquait que l'ambiance n'était pas très détendue. Il y eut une discussion entre la voix qui avait harangué les autres avant le combat et une autre, inconnue, qui parlait la langue des daïmons avec un accent familier.
Verrine me poussa du coude.
"Prince ! Connaissez-vous cette voix ?"
"Pas du tout. Dois-je comprendre que je devrais la connaître ?"
"Non, je posais la question parce qu'il a le même accent que vous."
"Le même accent ? Vous en êtes sûre ?"
"Certaine."
Je restai interdit. J'avais du mal à croire qu'un utilisateur de Magi très puissant pouvait être originaire d'Alaurie.
La conversation semblait houleuse. Les deux protagonistes élevaient souvent la voix, et on entendait parfois un daïmon protester. Impossible de savoir de quoi il relevait : en un mois, je n'avais pas appris un seul mot de cette langue si différente de celles que je parlais. Mais nos geôliers semblaient eux aussi assez mécontents.
Finalement, l'inconnu eut le dernier mot. Des daïmons ouvrirent le portail en traînant les pieds, pour laisser entrer l'éclair de mon rêve, la corde de la vision de Verrine, bref, notre libérateur.
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Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 29/10/03 19:48
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C'était un elfe de taille moyenne pour sa race, dont chaque pas semblait étudié pour imprimer un mouvement majestueux à sa longue cape grise. Ce qui me frappa, en le voyant, ne fut ni son visage marqué d'un sourire satisfait, ni son attitude empreinte de confiance en soi, mais sa couleur de cheveux. La queue de cheval qui flottait en mèches lisses jusqu'au niveau de ses hanches semblait faite de fils d'or. Qualifier cet homme de blond pouvait presque passer pour une insulte.
La plupart des prisonniers tombèrent immédiatement sous le charme de ce curieux personnage au sourire contagieux. Pour ma part, j'étais partagé entre l'envie de lui faire confiance et la peur de tomber dans un nouveau piège.
L'inconnu se dirigea tranquillement vers la princesse Verrine, qui leva vers lui un visage soupçonneux.
"Je suppose que vous êtes la personne qui a lancé une divination cette nuit," dit-il en barbare avec un accent qui, effectivement, ressemblait au mien.
"Je suis la personne qui a lancé une divination cette nuit, répéta la jeune fille d'un air méfiant. Et vous, qui êtes-vous ?"
"Moi ? Je suis Telerian Rai d'Or."
La princesse ouvrit des yeux ronds. Elle avait déjà entendu ce nom-là.
"Je vous remercie, ajouta l'elfe, car je vous cherchais depuis un certain temps déjà, et votre utilisation de Magi m'a aidé à localiser ce camp."
"J'en suis flattée..." bredouilla-t-elle.
Pendant que le nouveau venu expliquait à l'ensemble des prisonniers qu'il avait réussi à convaincre les daïmons de nous libérer, Verrine vint me parler à l'oreille.
"Je n'en crois pas mes yeux ! Telerian Rai d'Or est un des dix plus grands mages de notre époque ! Je ne pensais pas le rencontrer un jour, et encore moins lui être utile !"
Il y avait plus d'animation dans sa voix que jamais il n'y en avait eu au cours des mois que nous avions passés ensemble. Après une longue détention dans des conditions qui avaient lourdement entamé son moral de princesse, elle était en train de réaliser un de ses rêves les plus fous. Je réprimai une envie de me moquer gentiment d'elle. Après tout, elle était encore capable de me faire ravaler mes rires.
Nous quittâmes le camp à la suite du mage, sans trop comprendre ce qui nous arrivait. Autour de nous, les daïmons fixaient sur Telerian un regard plein de haine. Je me demandai pourquoi, avant de me souvenir que les elfes étaient traditionnellement leurs ennemis. Cela n'expliquait pas tout, mais c'était sans doute un élément de réponse.
Alors que nous nous éloignions dans la montagne, je remarquai que le village était en train d'être démonté. Je décidai de demander des explications à Telerian dans ma langue maternelle, afin de vérifier si c'était bien un compatriote.
_____
Dans la série "les anecdotes dont tout le monde se fout":
A l'époque où j'ai créé le personnage de Telerian, ce qui doit bien remonter à 1997, je ne connaissais pas du tout le mot "Teleri"! C'est en lisant le Silmarillion que je me suis dit qu'on allait encore croire que j'avais repompé mes idées sur quelqu'un d'autre [1], mais comme j'aimais mon personnage, et que son nom lui allait bien, je ne l'ai pas changé.
Au fait, le "-rian" se prononce comme dans "Florian Bruneau" et pas comme "Dorian Gray"...
[1] J'ai souvent des idées qui me semblent sympa, jusqu'au jour où je tombe sur le dernier roman de tel ou tel auteur, et où je vois qu'il y a des similitudes troublantes.
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Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 29/10/03 20:32
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Et le traffic de drogue, il aura lieu pendant le prochain épisode ?
Non parce que j'essaye de suivre, moi...
En attendant, c'est riche en rebondissement, je commence à être assez impressionné devant l'ampleur des perspectivees qui s'ouvrent au récit, entre le frère disparu, la guerre des daïmons, les elfes et le reste...
Continue, autant que faire se peu !
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Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 01/11/03 13:02
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Le trafic de drogue, c'est en marge, et Coriolan n'est pas impliqué... 
_____
Ma phrase lui tira un large sourire.
"Si je m'attendais à entendre parler alaurien par ici ! Vous aussi, vous avez des choses à m'expliquer, jeune homme. Quoi qu'il en soit, la mission des daïmons est terminée, alors ils lèvent le camp. Ils vont enfin rentrer chez eux."
"Et quelle était cette mission ?"
"Arrêter un petit groupe des leurs qui s'était mis à massacrer des humains. Les daïmons ne vous tiennent pas particulièrement en haute estime, mais ils pensent que vous êtes une espèce intéressante. C'est pour préserver la diversité de la faune qu'ils ont, comment dire... prélevé des sujets jeunes et sains, pour le cas où ils n'intercepteraient pas le groupe dissident assez vite. Ils espéraient que vous vous reproduiriez en captivité."
Devant ma mine horrifiée, il ajouta :
"Les daïmons ne sont pas originaires de ce monde. Ils ont une façon de raisonner qui peut nous sembler étrange, stupide ou révoltante, mais ils n'en changeront pas."
"Et vous, que venez-vous faire dans cette histoire ?"
"Toute incursion de daïmons à la surface intrigue les mages. On m'a envoyé pour enquêter. Quand j'ai compris le problème, j'ai rabattu les dissidents vers les autres, qui les ont exécutés selon leurs lois. En échange de mon aide, j'ai obtenu votre libération."
"Pourquoi ? Ne nous auraient-ils pas relâchés de toute façon ?"
"Sachant qu'il n'y avait plus de menace pour la population en général, je doute fort que vous soyez tous revenus vivants."
"Ils nous auraient tués ?" m'étranglai-je.
"Fumés et mangés, j'en ai bien peur. Je comprends que vous soyez choqué."
Je détournai la tête un instant. Savoir à quoi j'avais échappé me mettait terriblement mal à l'aise. Quand je me rendis compte que nombre de jeunes femmes autour de nous dévoraient l'elfe des yeux, j'éclatai d'un rire nerveux. La matinée était à peine entamée, et j'en avais déjà trop vu pour la journée.
Telerian posa une main sur mon épaule, d'un geste à la fois plein de sollicitude et assez ample pour faire flotter sa cape un instant.
"Vous êtes tous vivants, c'est ce qui compte. Mais j'aimerais bien savoir pourquoi j'ai trouvé un alaurien et une sorcière nordique dans ces montagnes isolées."
"Un mage tel que vous ne peut-il pas deviner ce genre de choses ?"
L'elfe me sourit, et adressa une discrète oeillade à une jeune fille derrière nous.
"Je préfère demander les choses aux gens plutôt que d'aller les chercher dans leur tête. C'est plus poli. Et puis, vous n'imaginez pas les horreurs que l'on peut trouver dans certains esprits."
Je lui expliquai aussi succinctement que possible que Verrine et moi étions venus en terre barbare avec un groupe d'autres personnes, à la recherche du prince Trybnar. Intrigué, il me demanda qui était à l'origine de cette expédition. Quand je répondis qu'il s'agissait de la reine Mésange, son visage s'éclaira.
"Cela explique la présence du volatile qui m'a averti qu'il y avait un camp de prisonniers !" s'exclama-t-il.
"Noir, sinistre, et trop intelligent pour être honnête ?"
"Redoutable, même. Je n'ai pas pu lire dans son esprit."
Il y eut un instant de silence.
"Il nous attend au village où je vous emmène, reprit l'elfe. Nous y serons ce soir."
Je n'osai pas l'admettre devant lui, mais savoir que je reverrais le corbeau le jour même me fit chaud au coeur.
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Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 03/11/03 20:00
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Nous atteignîmes les portes du village au coucher du soleil. Les habitants, qui avaient passé la journée à préparer notre arrivée, firent de chacun de nous un être présentable avant de nous offrir un copieux repas. Telerian fut assailli toute la soirée par des gens qui le remerciaient pour son action héroïque. A la façon dont il sourit poliment à tous, un verre de dimid à la main, il était clair qu'il avait l'habitude de ce genre de situation.
Je pense qu'il ne dormit pas seul cette nuit-là, mais je ne saurais dire qui lui tint compagnie. Sans doute une des jeunes femmes qu'il venait de sauver. A part Massika, qui respectait scrupuleusement son voeu de chasteté malgré son évidente affection pour Gunjo, et Verrine, qui dormit à deux pas de moi, toutes étaient prêtes à le suivre jusqu'au bout de la nuit.
Au matin, en sortant de la tente, mon premier réflexe fut de chercher des yeux le corbeau.
Il était à quelques pas, perché sur un piquet, des restes peu appétissants éparpillés autour de lui. Les villageois lui avaient gardé les têtes des animaux qu'ils nous avaient servis. La veille, il avait gardé ses distances, mais cette fois, il se dirigea vers moi d'un pas tranquille, presque paresseux. Je m'agenouillai pour lui caresser la tête.
"Tu ne vas peut-être pas me croire, mais je suis bien content de te revoir."
De nouveau, cette curieuse impression qu'il comprenait tout ce que je disais. J'ignorais quelle était la nature exacte de la relation entre ma mère et ses oiseaux, mais chez celui-ci, il y avait plus que la simple loyauté d'un animal familier.
"Bien dormi ?" fit une voix derrière moi.
Telerian me salua d'une main en se frottant les yeux de l'autre, visiblement à peine réveillé. Ses cheveux flottaient librement dans le vent, principalement devant son visage. Il s'empressa d'ailleurs de les attacher.
"Bien mieux qu'au cours de ce dernier mois, en tout cas."
"Je vois que c'est à vous que Mésange a attaché cet animal. J'ai déjà croisé quelques-uns de ses oiseaux, mais celui-ci est le plus impressionnant de tous. Il dégage une aura comparable à celle du familier d'un très grand mage."
"Vous avez un familier ?"
L'elfe haussa les épaules.
"Je suis trop inconstant. J'aurais envie d'en changer trop souvent."
Il faillit ajouter quelque chose, mais il s'interrompit et se tourna, tout sourire, vers la princesse Verrine qui venait de se lever.
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Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 06/11/03 18:43
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L'aisance avec laquelle Telerian passa de l'alaurien au landrite était étonnante pour quelqu'un qui avait encore des petits yeux.
"Bonjour, mademoiselle ! s'exclama-t-il. J'espérais justement vous parler ce matin. Nous avons des choses à voir ensemble."
"De si bon matin ? Ça doit être important. Je vous écoute."
La princesse croisa les bras, pendue aux lèvres du mage pendant qu'il s'expliquait.
"Les barbares que j'ai libérés hier retrouveront sans problème le chemin de leurs villages d'origine, mais vous, vous êtes loin de chez vous, et séparés de votre groupe. Je vous propose donc de vous ramener auprès d'eux. Je vois que l'idée vous intéresse... Très bien. Mais pour les localiser, j'ai besoin d'aller chercher leurs images dans votre tête, et c'est quelque chose que je ne ferai pas sans votre accord."
"Si c'est pour m'aider, sire Telerian, vous aurez toujours mon accord !"
"Merci bien. Hum... C'est joli, mais essayez plutôt de visualiser vos compagnons..."
Après quelques instants de concentration, un Telerian aux anges s'assit en tailleur par terre et posa les mains de part et d'autre de son corps. Verrine le regarda faire, fascinée. L'elfe avait ce don rare qui distinguait les grands mages, de faire appel à ses pouvoirs sans provoquer les turbulences d'énergie qui me permettaient de sentir que quelqu'un utilisait Magi. Il faisait aussi tout cela sans effort apparent, alors que Laï comme Verrine tombaient littéralement de fatigue après avoir lancé un sort.
"Je vois où ils sont ! déclara-t-il assez rapidement. Ils campent au nord d'ici. Deux ou trois jours de voyage devraient nous suffire pour les retrouver."
"Quand comptez-vous partir ?" m'enquis-je.
"Le plus tôt possible, si cela vous convient."
Evidemment, cela nous convenait. Nous étions pressés de retrouver nos compagnons, de les rassurer, de savoir ce qu'ils avaient appris au cours de leur enquête, et je crois que Verrine avait envie de passer du temps avec Telerian.
Les barbares nous dotèrent de copieuses provisions et nous souhaitèrent bonne chance. C'était tout ce dont nous avions besoin.
A la sortie du village, trois chevaux nous attendaient. Telerian nous expliqua qu'il les avait trouvés, errant dans la montagne, et qu'il avait gagné leur confiance en leur parlant dans la langue des elfes. Pour moi, ce n'était pas une information très importante, mais Verrine buvait littéralement chacune de ses paroles. Elle était fascinée.
Aidées par les pouvoirs du mage, nos montures avalèrent le terrain sans avoir besoin de se reposer. Nous ne fîmes que de courtes pauses au cours de la journée, pour manger ou pour nous dégourdir les jambes. De toute ma vie, jamais je n'avais voyagé aussi vite. Tout cela avait quelque chose de grisant.
Lorsque nous nous fîmes halte pour la nuit, notre guide avoua sa fatigue. Aussitôt, Verrine proposa d'aller chercher de l'eau et lui recommanda de se reposer. Telerian accepta de bonne grâce, et s'allongea sur une couverture du même lainage gris que sa cape.
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Réponse au Sujet 'La Geste du Prince Coriolan' a été posté le : 08/11/03 12:36
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Quand la jeune fille fut partie avec un seau en cuivre, il me parla, sans ouvrir les yeux.
"J'ai vu dans l'esprit de votre amie que vous voyagez avec la charmante Myndra Ysengrin. Toujours aussi courageuse et volontaire, j'espère..."
"J'en ai bien eu l'impression. Vous la connaissez depuis longtemps ?"
"Une vingtaine d'années. Ne vous méprenez pas, ce n'est pas une amie, ni même une bonne connaissance, mais elle est de ces gens que l'on n'oublie pas."
"Sans aucun doute."
J'hésitai. Telerian ne laissa pas au silence le temps de s'installer.
"Si vous vous demandez si je sais ce qu'elle est, la réponse est non. J'ai mon idée à ce sujet, mais je n'en suis pas sûr. Myndra elle-même ne le savait pas, quand je l'ai rencontrée."
"Elle doit le savoir, maintenant. Elle nous a dit que son existence même était un blasphème."
"Alors ce doit être ce que je pense."
Telerian se redressa sur un coude, et posa sur moi des yeux aux iris changeants qui obligèrent les miens à soutenir son regard, sans pouvoir m'en dégager.
"Myndra est sans doute issue d'une union interdite. Celle d'un elfe et d'une sirène."
"Une sirène ? Comment peut-on..."
Je n'osai pas terminer ma question, mais l'elfe avait très bien compris où je voulais en venir.
"Les sirènes ne sont pas des poissons, jeune homme. Ce sont des mammifères, comme vous et moi. D'après les archives, l'union d'une sirène et d'un elfe est fertile, mais elle est considérée par le peuple de la mer comme un crime passible de mort pour les deux partenaires."
Myndra avait dit que ses parents étaient morts à sa naissance. Dans ma naïveté, je me demandai quel peuple pouvait bien exécuter des gens qui n'avaient fait que s'aimer. Je devais apprendre par la suite que ce n'était hélas pas si rare.
"C'est une confidence que je vous fais, jeune homme, dit-il doucement. Je compte sur vous pour garder pour vous ce que je viens de vous dire."
Je hochai la tête. Le regard de Telerian libéra enfin le mien, et je pus me détourner un peu tandis qu'il reprenait sa position allongée.
Verrine revenait avec de l'eau. Je passai à un sujet plus général, même si, pour ce que j'en savais, la princesse ne comprenait pas notre langue.
"Rai d'Or, ce n'est pas votre nom de père, n'est-ce pas ?"
"En effet. Mon nom de père est Kyr'Tresen. Rai d'Or est un surnom qui se transmet dans la famille, avec la couleur de cheveux."
De nouveau, le passage sans pause d'une langue à l'autre.
"Merci bien, mademoiselle, vous êtes aussi efficace que jolie ! lança le mage, les yeux clos. Au fait, je ne vous ai même pas demandé votre nom..."
"Verrine."
"Verrine, la sorcière nordique. Vous êtes promise à de grandes choses, vous savez."
"Qu'est-ce qui vous fait croire ça ?"
"Rien de précis, mais peut-être accorderez-vous quelque crédit à l'intuition d'un mage..."
Telerian ouvrit un oeil et le referma aussitôt. L'effet était celui d'un clin d'oeil à l'envers. Puis il tendit la main vers un amas de branches mortes, qui prit feu, et il s'endormit.
-------------------- "Cet homme poireau est derrière toute l'affaire! Il couvre les aubergines mutantes!"
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