Vieux Con

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Réponse au Sujet 'Errare Humanum Est...?' a été posté le : 23/01/03 19:07
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(suite et fin chapitre 13)
Le groupe de héros fut conduit à l'intérieur et put, au passage, admirer l'étendue et les particularités du navire.
La première chose qui les frappa fut qu'il régnait une chaleur d'enfer dans les coursives du bateau. Le contraste avec le dehors glacial surpris même Halonn, pourtant peu sensible à ce genre de chose.
L'architecture était typiquement Naine, longs couloirs rectilignes peu décorés, portes lourdes et massives, pas de fenêtres ou de hublots. En plus de ça, le navire était traversé par endroits d'énormes pièces métalliques énigmatiques, ainsi que de tuyauteries cuivrées.
Lelfe nota quand même la présence de touches typiquement elfiques dans certaines gravures et portes-lampe. Il repéra également des inscriptions et des rouages étranges qu'il pensait d'origine gnomique.
L'équipage était aussi bien plus important qu'ils l'avaient d'abord cru. Ils croisèrent une pléthore de Nains tous à l'air plus affairé et pressé les uns que les autres. Le capitaine qui les guidait lançait des ordres impérieux dans sa langue natale.
Ces marins n'étaient visiblement pas des combattants : ils semblaient tous trop vieux et n'avaient pas d'armes ou d'armure visible. Ysandre fit remarquer que tout compte fait, ces marins n'auraient peut être pas eu besoin de leur aide pour terrasser les assaillants barbares.
"Ne croyez pas ça." déclara le capitaine en entendant la remarque de la Paladine. "Ce sont essentiellement des techniciens, âgés et peu entraînés. Sans vous ça aurait tourné au massacre...Pour nous."
Cette dernière remarque fut accompagnée d'un coup d'oeil vers Groumpf, qui baissa la tête (encore plus bas, il avançait déjà quasiment à quatre pattes...)
Le géant avait un peu honte de s'être emporté ainsi durant le combat. Mais il avait juré de défendre Lelfe à n'importe quel prix et sa mort apparente lui avait ôté toute raison...
Finalement, le capitaine leur fit gravir un escalier massif taillé dans du bois de fer et franchir une lourde porte plombée.
Ils pénétrèrent dans une luxueuse cabine. Une grande table de banquet trônait au centre de la pièce. Visiblement c'était le mess des officiers.
Le capitaine Nain leur fit signe de s'asseoir et aussitôt un cuisinier jaillit d'une porte pour apporter moultes victuailles et rafraîchissements.
Lelfe étant pas tout à fait remis et en plus conscient de l'animosité naturelle entre les gens de sa race et celle du capitaine, laissa Ysandre et Derym racontait leurs péripéties et leurs quêtes au Nain.
"Humm...Je vois, en gros z'êtes des pèlerins messagers, non ?" demanda le capitaine. Derym hocha la tête affirmativement. "Et vous vous trimballer avec un monstre géant et un vampire ! Diable ! Quel étrange et suspect équipage..."
La méfiance naturelle du Nain reprenait le dessus. Il hésitait à croire Derym...Même s’ils leur avaient sauvé la vie et s’il y avait une Paladine avec eux...
Lelfe s'avança.
"Groumpf est un fidèle ami, garde du corps et puissant guerrier...Il est un peu...émotif et brutal, mais c'est une personne digne de confiance."
"Quant à moi, même si ma nature vous répugne, je suis ce que je suis. Je poursuis une quête divine en aidant ces aventuriers de mon mieux. Je comprends cependant que des êtres de ma nature ne soit pas les bienvenus. Ne prendrons bientôt congé..." déclara Halonn dignement.
"Holà ! Holà ! " rigola le Nain "J'suis p't'être un rien méfiant mais j'suis l'chef ici. J'dois être prudent...Mais j'voulais pas vous offenser. Vous savez, nous les Nains, on est méfiant avec les étrangers..."
Un Nain vêtu d’une toge gris-bleuté entra soudain dans la pièce. Le capitaine leva les yeux vers lui d'un air inquiet.
"Tout va bien, capitaine ! La Dame à repris conscience et n'est pas blessée ! Elle arrive et veut voir nos sauveurs."
"Bien ! Très bien ! Et les autres ?"
"Je suis heureux de vos informer que grâce à ces courageux aventuriers, nos pertes sont minimes : seul Baruk, Forghel, Kortis et Ralam sont...morts. Nous les avons traités du mieux que nous pouvons et les avons placés en chambre froide. Rien ne s'opposera à leur résurrection...Mais il ne faut point tarder et mettre le cap sur Pointefroide..."
"Humm...Faite le nécessaire. Comme d'habitude, nos hommes passent avant tout ! On ne regardera pas à la dépense..."
Le Nain s'inclina et sortit précipitamment, hurlant des ordres aux marins.
Dans son sillage, entra une nouvelle personne.
Tremblotante, une vielle elfe pénétra dans le mess et s'avança vers le capitaine. Elle était petite et mince, d'aspect fragile. Pourtant ses cheveux gris acier coupés agressivement court et ses yeux violets brillants démentaient cette fragilité.
"Ma mie ! Vous allez bien ?" s'écria le capitaine en prenant les longues mains de l'elfe. Le groupe de Derym sursauta presque en voyant ce geste incongru d'affection.
"Rassurez-vous mon cher ami, je n'ai rien...J'ai juste un peu trop forcé la dose avec ma magie et je me suis évanouie en état de Négate." expliqua la vieille femme "Et reprenez-vous donc et faites donc les présentations !"
Le Nain eut un sourire gêné à l'adresse du groupe de Derym.
"Voici Dame Aëlda Vol D'Argent, Deuxième Maitre-Capitaine de l'Espadon le fier vaisseau que vous avez contribué à sauver...C'est aussi la magicienne de bord et ma tendre épouse..."
"Et ce charmant Nain qui a oublié de se présenter est le Maitre-Capitaine Goklim Fortepierre. Au nom de tout l'équipage, je vous suis reconnaissante de nous avoir si vaillamment aidé.
Derym refit donc les présentations pour chacun et réexpliqua l'objet de sa quête.
La capitaine Elfe salua dignement chacun d'entre eux, même Halonn, sans approuver la moindre répugnance devant le colossal Groumpf ou l'inquiétant albinos vampire.
Lelfe lui fit grâce de moults compliments polis et révérences exquises, ravi de trouver ici une compatriote si raffinée et si tolérante. C'était malheureusement assez rare chez son peuple...
Le capitaine fit appeler le cuisinier et fit servir un nouveau repas. Les Nains combattants et des officiers vinrent saluer les aventuriers et les remercier chaleureusement.
L'ambiance tourna vite à la fête, bières et récits héroïques coulèrent à flot. Le combat mortel semblait oublié, chacun fêtant à sa manière le fait d'être en vie.
Un nouveau personnage retint l'attention de Derym et de ses amis. Apparemment déplacé au milieu des Nains rigolards, un jeune Gnome portant de grosses lunettes et un tablier noirci et graisseux vint s'installer près de Goklim et d'Aëlda. Grommelant, il se plaignait du retard occasionné par cette attaque et cette fête impromptue. Il ne semblait pas se soucier le moins du monde des aventuriers.
Lelfe se pencha vers Aëlda et demanda poliment qui était cet étrange personnage.
"Ah ! Laisser moi vous présentez notre dernier Maitre-Capitaine. Nous ne serions rien sans lui ! Il s'agit de Esytéreskan, le génial concepteur de ce navire. Maître Esy, ne soyez pas ainsi asocial et présentez vous correctement ! Ils ont sauvé votre création quand même."
"C'est vous qui avez conçu ce truc ! Génial !" s'écria Thiki qui jusqu'à maintenant était resté silencieuse. "Et comment un truc si lourd et avec tant de métal peut flotter ?"
Le gnome eut une moue méprisante, mais s'intéressa enfin au aventuriers.
"Un bête calcul de portance/flottaison. Très simple une fois prix en compte la densité de l'ensemble..."
"Mais j'ai remarqué la ligne de flottaison et les mats...Quelque-chose cloche..."
Les yeux du gnome parurent soudain luirent de bonheur derrière ses lunettes.
"Vous avez remarqué ! Bien, bien vous n'êtes pas si bête que vous en avez l'air..." répondit-il, vexant la jeune fille au passage.
"Eh ! J'me débrouille en bateau maintenant ! Vous n'avez pas assez de voilure pour propulser ce machin et vous semblez bien trop lourd...Comment faites vous avancer une masse pareille ?"
Le gnome était maintenant ravi et pris un air rusé. Tout le monde était suspendu à ses lèvres.
"Ehehe ! En effet...C'est que nous avons un secret ! Vous êtes sur le génial, le splendide, le merveilleux Espadon le premier et unique navire à propulsion à vapeur !"
Silence.
"Euh..à vapeur ? Comment ça ?" demanda Thiki.
"Vous avez vu les nageoires ? Elles sont en réalité mobiles et manoeuvrables par des pistons actionnés par de l'eau de mer, portée à ébullition ! des sortes de rames automatiques ! Merveilleux !"
"Mais comment produisez vous la chaleur nécessaire ? ça me parait...énorme !" questionna Thiki en griffonnant des notes sur un carnet de Lelfe. "Il faudrait des tonnes de bois alimentant en permanence d'énormes chaudières...Vous utilisez la magie ? Vous avez un dragon enfermé à fond de cale ?"
"Ah ! Géniale enfant ! Presque, presque ! Point de magie ou si peu...Nous utilisons en effet du Sang de dragon, liquide incandescent et si précieux. Placé dans des récipients métalliques immergés dans des cuves pleines d'eau de mer, quelques litres suffisent à porter à ébullition l'eau et à générer longuement la vapeur nécessaire..."
"Fascinant...Mais très coûteux comme système ! ET doit y avoir d'énormes pertes calorifiques...Ah oui ! C'est pour ça qu'il fait si chaud ici : vous utiliser la vapeur aussi pour le chauffage...Prodigieux ! Je veux voir !"
"Et au fait, pourquoi le bateau à une forme de poisson ?" demanda Derym.
"C'est mon idée. Un hommage à la Nature mise au service de l'homme...Et puis c'est plus joli comme ça !" déclara la vieille elfe magicienne en rigolant. "Et puis ce cher Goklim adore les poissons et la mer."
"De plus la forme profilée et recouverte d'écailles métalliques soigneusement lustrées par..."
"Esy, plus de détails techniques, vous ruinez la poésie de la chose..."
Le gnome se drapa dans ça dignité et entraîna Thiki, visiblement ravie, dans une discussion technique qui ne passionnait qu'eux.
"Vous formez vous aussi un équipage bien disparate, possédant un encore plus étrange navire...Puis-je m'enquérir de ce qui vous amène dans ces mers nordiques ?" demanda poliment Lelfe à sa consoeur.
"Certes...Et bien voyez vous, mon cher Goklim est un descendant d'un richissime clan Nain...Mais malgré ses airs bourrus, c'est un grand rêveur et un aventurier. Il ne se voyait pas finir mineur ou forgeron, comme ses ancêtres..."
"J'ai donc décidé de tenter ma chance. J'ai fondé une compagnie et je suis parti à la conquête de mon rêve : la mer ! Ah ! Ils se sont moqués ! Comme si les Nains n'étaient pas dignes d'être marins !" continua le capitaine.
"Et ce cher Goklim embaucha notre fort doué mais fort pauvre Esy...Avec lui, il construisit ce fantastique vaisseau. Intéressée par ce projet un peu fou, je leur offris mon aide..." poursuivit la vieille elfe avec un regard affectueux vers le Nain.
"Avec de l'argent, de la volonté et du talent, on a bâti ce navire. Rapide, et immensément grand. On a vite fait fortune avec le commerce. Nos cales transportent cinq fois plus de marchandises que les autres navires !"
"Quant à notre voyage vers ces mers glacées...Esy voulait tester le navire dans ces conditions particulières. Et le commerce actif de ces régions en développement convenait parfaitement à l'avarice naturelle des confrères de Goklim..."
"Bah, tu aimes bien voyager et découvrir de nouveaux horizons, non ?"
"Serais-tu en train de dire que tu l'as fait pour moi, charmant Maître Nain ?" dit l'elfe en faisant un clin d'oeil coquin au capitaine.
"Ah..Euh...Pas seulement ma mie..." balbutia le Nain en rougissant. "En tout cas, notre bonne fortune devint un peu trop célèbre, apparemment : ces pirates nous ont pris en embuscade et sans votre intervention..." continua le capitaine en se reprenant.
"Nous vous en remercions encore : considérer que vous êtes ici chez vous ! Quoiqu'en dise Goklim, on a l'habitude de fréquentez pas mal de gens différents. Vous êtes les bienvenus ici : on n'a pas appelé notre compagnie les Briseurs de Limites pour rien !" s'exclama la vieille magicienne.
Ils portèrent un toast à leurs nouveaux mais et même Halonn fut congratulé par les combattants : son style efficace n'était pas passé inaperçu !
"Nous ne voudrions pas déranger, surtout...Et notre route est encore fort longue" déclara Derym.
"Et où aller vous, jeune druide ?" demanda Aëlda.
"Nous nous dirigeons vers l'Empire Hira Ku. C'est à l'autre bout du monde ou presque d'après Lelfe..."
"Mais voilà qui est formidable ! Après notre escale au comptoir de Pointefroide, nous allons vers Hao Na, la Porte de l'Est et premier port du Hira Ku ! Venez donc avec nous !" déclara l'elfe.
"Voilà un heureux hasard...Je ne sais pas...Nous ne voudrions pas vous déranger..." répondit Derym.
"Ce sera un bien humble remerciement pour votre sauvetage ! Pas de discussions, vous venez avec nous ! Je vais de ce pas ordonner à mes marins d'embarquer votre bateau..." décida le capitaine Nain.
Et dans un tourbillon de Nains joyeux et insistant, le groupe d'aventurier fut quasiment contraint d'accepter l'offre.
"En plus je ne pense pas qu'on aurait eu assez de vivres pour une telle expédition...ça tombe vraiment bien !" murmura Lelfe à Derym "En plus ce bateau est superbe et bien plus spacieux que notre coque de noix..."
"C'est un signe divin !" déclarèrent simultanément Ysandre et Halonn. Ils se regardèrent un instant avant d'éclater de rire.
"On reste ? Génial ! Esy va me montrer la chaufferie !" s'écria Thiki, visiblement ravie.
"Bon puisque tout le monde est d'accord...On reste volontiers ! Milles merci !" décida Derym.
(fin du chapitre 13)
Ils ont encore rencontré des gens bizarres...La traversé sera l'occasion d'un nouveau récit sur le passé de nos héros.A vous de choisir : Thiki, Halonn, Derym ? L'albinos vampire est le choix par défaut, vu les anciennes demandes...Ma boite à PM est ouverte a toute suggestions/commentaire (ou même à même le topic...).
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Dernière mise à jour par : Le bibliothecaire le 11/02/03 14:57
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-------------------- "L'Infini ?
...Prenez la taille de mon ego et ça vous paraîtra petit..."
Aerth, récits fantastiques
...Et en plus il écrit et il blog...
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Réponse au Sujet 'Errare Humanum Est...?' a été posté le : 28/01/03 18:56
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A la demande générale...J'espère pas vous décevoir, vous qui attendez ça vaec tant d'impatience !
-Chapitre 14 : L'histoire d'Halonn : Vivre, mourir, survivre.
Après leur combat épique pour défendre l'Espadon et après les épreuves du Temple de l'Eau, le groupe d'aventuriers de Derym s'effondra pour goûter à un repos mérité.
N'ayant plus rien à faire, l'équipage de Nains reconnaissant se chargeant de tout à bord, ils dormirent toute la journée...
Ils se levèrent pour assister (enfin pas tous) au coucher du soleil sur les froides mers nordiques. Ils régalèrent les Nains du navire d'anecdotes sur leurs périlleuses aventures et promirent d'aider au mieux lors des manoeuvres du navire.
La majorité de l'équipage s'en alla pour se reposer, laissant seul les héros.
"Nous n'aurions pas dû dormir autant. Nous avons manqué à nos devoirs : nous devrions davantage les aider ! Après tout ils nous conduisent si gentiment vers notre lointaine destination." déclara Ysandre.
"En plus ce changement de rythme de vie peut perturber nos habitudes et nuire à notre santé..." renchérit Derym.
"Ah bon..." répondit Halonn, peu concerné.
"Et surtout, on s'ennuie maintenant, sans rien à faire !" fit remarquer Thiki en s'affalant sur la table du mess.
"J'ai une idée ! Pourquoi ne pas poursuivre nos récits ? ça nous distraira avant de retourner encore nous coucher !"
"Récit ?" demanda Halonn.
"Je t'en ai déjà parlé..." lui répondit Thiki "On s'raconte nos vies...Lelfe et Derym pensent que c'est indispensable à la cohésion d'un groupe tel que le nôtre. Et il prend des notes.A mon avis y va r'vendre ça, notre Barde !"
"Voilà une idée...Intéressante." dit l'albinos. "J'ignore si c'est utile, mais pourquoi pas ! Qui se charge de nous distraire ce soir ?"
"Et pourquoi pas vous, cher vampire..." déclara Ysandre, un sourire goguenard aux lèvres. "Un albinos vampire et envoyer en mission par un Dieu...Voilà qui est inhabituel et intriguant..."
"Voilà une chouette idée !" s'écria Lelfe ravis en saisissant sa plume. "C'est d'accord Halonn ? Ton mystérieux passé nous intéresse !"
Tous les regards se tournèrent vers Halonn, qui paniqua un instant. Le vampire réfléchit un instant, puis soupirant en se résignant.
"Bon, puisque tout le monde semble le vouloir...Allons-y !"
Mon passé vous intéresse ? Alors, commençons par vous parler de mes parents.A eux seul, ils mériteraient un livre ou une légende, même si dans le fracas de l'immensité de notre monde, peu se souviendront de leur nom.
Ma mère était la Shaadim de Alometh-Barath, une petite cité-état du Grand Califat de Shoulha. Pour ceux qui ne connaîtraient pas ces lointaines provinces, c'est très au Sud, dans les régions tropicales. Le climat y est aride, voire désertique. La civilisation y est établie autour de rares fleuves ou d'oasis. Là, l'agriculture est abondante à l'extrême.
La population est extrêmement religieuse ou scientifique, probablement à cause des conditions difficiles et de la beauté écrasante du désert environnant. Manque de chance pour moi, Alometh-Barath est une ville assez peu représentative de l'ouverture d'esprit et de la philosophie tolérante du Grand Califat...
Le royaume de ma mère souffrait en effet des fléaux de l'intolérance et du fanatisme le plus absurde. Ma mère régnait d'une main de fer, symbole vivant de l'autorité du Dieu Rahë.
Passons maintenant à mon père. Un mercenaire intrépide, aventurier du Grand Nord courageux mais prêt à tout pour de l'argent. Grand, fort courageux. Dur. Quand il ne travaillait pas il aimait les paysages sauvages et désolés du nord arctique, qu'il parcourait avec les tribus barbares. Ils adoraient ses gens, brutaux et violent, pour lui des "êtres parfaitement adaptés à leur milieu. Un vrai défi pour nous autres les guerriers dit civilisés !"
Malheureusement pour lui, ses exploits de mercenaire et son avidité lui avait attiré pas mal d'ennemis. Et comme par cupidité il mangeait à tous les râteliers, de nombreuses factions nordiques voulaient le voir mort.
N'étant pas un imbécile, il a fuit discrètement, le plus loin possible. Et quoi de plus éloigné du Nord sauvage que les territoires arides du Grand Califat de Shoulha...
Mais l'arrivée de cet homme musclé, aux cheveux blonds presque blancs et à l'allure vigoureuse et déterminée ne pouvait pas passer longtemps inaperçue, surtout au milieu d'une population assez petite et très brune, de cheveux comme de peau. Il avait choisit Alometh-Barath à cause de son éloignement du courant principal du Grand Califat.
En plus il respectait les guerriers saints de cette région, d'une ardeur fanatique au combat.
Il reprit son travail de mercenaire, se démarquant bien vite des aventuriers locaux à cause de son mépris pour les tabous religieux. Assassinats de prêtres, cambriolages de lieux de culte, tout était bon pour lui.
Sur ordre de la Shaadim, il fut arrêté et jugé par un tribunal de fanatiques acquis à la cause de ma mère. Il n'eut même pas l'occasion de se défendre. Il fut condamné à l'esclavage, sort traditionnel des vaincus. Un sortilège d'obéissance l'empêchait de s'enfuir trop loin.
Tout ça n'était bien sur qu'une mascarade : ma mère avait été séduite par ce puissant guerrier étranger à l'allure sauvage et virile. Elle le fit donc affecter à son palais et plus précisément à son harem. Il devient bien vite son favori par son ardeur et sa vaillance...Ma mère décida donc de l'élever au rang de concubin officiel. La situation de mon père s'améliorait ainsi : servi comme un membre de la famille royale et protégé par des amazones fanatiques, il était désormais loin de ses soucis d'aventuriers.
La Shaadim fini par tomber enceinte de lui, améliorant encore ses espérances : si son enfant était un fils, il pouvait être désigné comme héritier officiel. D'ici quelques années, lui-même accéderait ainsi à la plus haute noblesse !
Malheureusement tout ne se passa pas comme prévus...
L'accouchement fut long et laborieux. Ma mère faillit y laisser la vie, malgré la science et la magie curative de ses conseillers. Quant à l'enfant...
J'étais minuscule, faible et surtout albinos. Signe du mécontentement de Dieu. Un châtiment. Seul mon père et son incompréhension des coutumes de ce peuple (et le fait que je suis sans doute son seul héritier mâle) me sauva la vie.
Il obligea les médecins royaux à me maintenir en vie et refusa que je sois sacrifié en expiation de quelques péchés. Si ma mère n'avait pas était inconsciente et affaiblie, je serais sans doute mort et mon père m'aurait probablement rejoint.
Dès que ma mère fut remise et apprit mon état, elle entra dans une fureur noire et convoqua mon père. Il en suivit une dispute mémorable où elle l'accusa d'avoir "apporté le malheur et la punition divine sur mon peuple par son sang abâtardi d'étranger corrompu".
Peu habituer d'être traité ainsi par une femme, mon père réagit en barbare nordique : excédé, il lui balança son poing à la figure, envoyant la Shaadim, représentante vivante de Dieu, s'étalé au milieu de sa salle du trône luxueuse.
S'en suivit un instant de confusion sanglant, où mon père fut assaillit par la garde d'amazones de la souveraine. En grand guerrier, il se défendit et vainquit. Craignant pour sa propre vie, ma mère lui accorda alors sa liberté, le chassant du royaume et le menaçant de mort s'il osait reparaître devant elle.
Mon père, m'enveloppa dans des couvertures somptueuses et partit sous les huées et les jets de pierres du peuple.
Aux portes de la ville, il osa se retourner et provoqua la Shaadim avec violence.
"Tu me chasse, moi ton plus puissant guerrier, avec mon fils que tu juges faible et maudit ! Tu viens de semer les germes de ta propre destruction ! Je vais te montrer que ce qui parait faible peut devenir mortel : je ferais de notre enfant le plus féroce et puissant combattant de cette terre ! Et lui ou moi reviendrons t'arracher ce royaume pathétique !"
Et courant malgré l'épouvantable chaleur du désert, il fuit devant la population et les gardes royaux déchaînés. Pourtant ma mère, à l'âme religieuse, fut troublée par ses paroles.
Dans son esprit, le malheur était sur elle depuis ma naissance. Déjà, elle savait qu'elle ne pourrait plus jamais avoir d'autre descendant. Les Dieux allaient-ils encore la punir pour avoir laissé s'échapper cet homme et cet enfant maudit ? De nombreuses prophéties avaient la source dans le désert torride où ils venaient de s'enfoncer...
La souveraine pria ardemment pour que le désert où veillait Rahë le Dieu Solaire nous engloutisse.
Nous survécûmes pourtant. Par chance (ou par miracle, les voies des Dieux sont impénétrables...) mon père croisa une caravane au moment ou il s'écroulait, déshydraté. Il m'avait fait don de toutes ses réserves d'eau.
La caravane était composé essentiellement de pèlerins de Lathandre et de Druides. Leur unique but était d'explorer ce désert pour rechercher des endroits propices au développement de nouvelles oasis. Ils avaient pour mission de faire naître la vie dans cette étendue stérile. Ils virent dans notre venue un signe (vraiment le désert semble propice à la religion...).
Ils s'occupèrent de nous, délaissant même leur mission première. Grâce à leurs soins, je survécus malgré ma faiblesse. Leurs attentions et leurs sortilèges me permirent de me renforcer et de grandir malgré ce corps faiblard d'albinos.
Ils soignèrent notre déshydratation et les brûlures de ma peau et de mes yeux sensibles, sauvagement meurtris par le soleil.
Mon père fit étalage de ses talents et devint le protecteur-chasseur attitré de la caravane, payant par son travail le passage et les soins, même si les religieux ne lui avaient rien demandé. En fait, je pense surtout qu'il voulait servir d'exemple pour moi.
La caravane chemina lentement et j'étais en âge de marcher quand elle arriva dans des contrées plus civilisées.
Nous quittâmes les pèlerins qui repartirent aussitôt vers le désert profond, en quête de nouvelles terres à faire prospérer...
Fuyant toujours le fanatisme de Alometh-Barath, nous nous dirigeâmes vers son exact opposé : l'opulente cité de Del-Aramash, capitale glorieuse du Califat.
On l'appelait la Cité Brillante Proche du Ciel. C'était vrai.
Une multitude de majestueux minarets, tours de magie, clochetons et bulbes de cathédrales somptueuses s'élançaient à l'assaut du ciel bleu azur.
De magnifiques ponts élancés, tous finement gravés et décorés, traversaient gaillardement un majestueux fleuve qui serpentait dans la citée, assurant aux terres alentour vitalité et prospérité.
Ici point de fanatisme ou de divinité unique : c'était la patrie du libre-arbitre de la philosophie. Les religions différentes s'y mêlaient sans heurt (ou presque), chaque temple rivalisant d'audace architecturale et de décorations savantes. Il y avait de nombreux collèges et universités, réputés tant pour leur sérieux dans les sciences que pour leur enseignement des arts ou de la magie.
J'étais fasciné par cet étalage de couleurs somptueuses et par la diversité des peuples et des cultures qui se fondaient harmonieusement dans la capitale.
Mais ce monde de lumière et de faste n'était pas vraiment pour nous...
Mon père, mercenaire professionnel et aventuriers expérimenté, repéra vite ce qu'il cherchait : une auberge à l'air un rien suspecte.
Nous y établîmes notre domicile. Il s'agissait en fait du quartier général de la Guilde des Voleurs locale. C'était aussi le repaire des aventuriers locaux ou en visite.
Apparemment, mon père avait passé un marché avec les dirigeants locaux de la pègre. En échange d'argent et d'un hébergement convenable, il allait les servir de son mieux.
C'est ainsi que mon père devint le tueur attitré de la Guilde. Bien sûr, il ne faisait pas que ça : il lui arrivait fréquemment de se liguer avec d'autres aventuriers pour partir en exploration ou pour des missions bien différentes.
Pendant qu'il travaillait, j'étais confié à la garde de ceux qui restaient à l'auberge.
Je me liais bien vite d'amitié avec tous les voleurs et mécréant du lieu. Chacun me considéré comme une sorte de mascotte, un réprouvé parmi les réprouvés. J'étais couvé par des prêtres rebelles, d'adorables catins voilées, des bardes un rien pickpockets et des monte-en-l'air qui aimaient se vanter de leurs exploits...
Avec l'argent gagné par mon père, je reçus quantité de soins coûteux et bizarres par de grands spécialistes. Je devais m'astreindre à des régimes complexes et à des exercices physiques ressemblant à des tortures.
Mais je finis par grandir et surmonter mes handicaps. J'étais grand et maigre et j'avais l'air assez étrange avec ma peau blanche, mes yeux violets et mes cheveux longs et presque blancs. Je devins l'une des attractions de l'auberge, intégrant pendant mon temps libre une troupe de Bardes distrayant (et soulageant discrètement de leurs bourses) les clients.
C'est là que l'on constata l'un de mes talents : j'étais dès l'enfance extrêmement agile et même ambidextre ! Mon spectacle de jonglages eut un vrai succès, même auprès des professionnels. Par contre j'étais nul en vol à la tire : mon apparence si particulière n'encourageait pas à la discrétion...
Je reçus aussi une éducation d'un autre genre : mon père avait de grand projet (de vengeance...) pour moi, aussi je reçut l'éducation d'un noble. Des professeurs enfarinés et précieux m'apprirent tout des arts, de la philosophie et de la rhétorique. J'étais pas trop doué, mais mon père m'encourageait avec passion, m'assurant qu'un noble destin m'attendait.
Par contre j'étais d'une nullité sans borne dans les arts magiques et les religions omniprésentes dans ce pays m'écoeuraient un peu.
Quand je fut un adolescent, mon père décida que j'étais assez âgé pour apprendre le maniement des armes.
Il m'obligea (moi qui vivait plutôt librement en intellectuel) à porter en permanence une armure pour m'endurcir et forger mes muscles. Même si ma frêle constitution me fit alors sévèrement souffrir, je pus, grâce à cette torture, me renforcer et développer ma musculature.
Pour le combat, j'optais pour deux cimeterres, représentatif de l'équipement local, développant mon talent d'ambidextre pour l'adapter au maniement simultané des deux lames courbes.
Mes danses d'acier frénétique faisait rire mon père, adepte de l'épée à deux mains et de la masse de guerre. Il était la force, la précision et la mesure de l'expérience. J'étais la folie furieuse de la jeunesse et la rapidité.
Les membres de la Guilde, prévenants (pour flatter mon père ? Ou au contraire pour l'insulter de façon voilée ?) m'aidèrent à parfaire mon style de combat, me transformant peu à peu en redoutable bretteur. Visiblement, le chef de la Guilde entendait faire de moi le successeur de mon père. J'approuvais en souriant doucement : nous savions qu'un destin plus grand nous attendait tous les deux.
(à suivre...)
Tiens une idée m'a traversé l'esprit : et si je mettais toute mon oeuvre sous la forme d'un fichier .doc à télécharger, histoire que certaine puisse tout lire à tête reposé (bien sûr je ne mettrais que ce qui a déjà étais corrigé par Le Bib'...)
Qu'en pensez-vous : idée inutile ou indispensable ?
--MAJ--
Pour Nyxl : Argg !! Mea culpa ! Moi qui pensait au contraire m'être amélioré (je faisais bien gaffe à écrire correctement oeil,malgré et autres cité par Le Bib'...)
ça doit être la fatigue dû à mes exams...Je ferais gaffe désormais !
Sinon, aussi bizarre que ça paraisse, je n'ai pas de dictionnaire ! C'est parfois rageant d'ailleurs (quand je veux utiliser un mots dont je n'ai pas la moindre idée de l'othographe...).Faudra que j'investisse (mais on est en fin de mois, aprés y'a le ski,et ...) ou que j'arrête d'écrire au labo entre deux remplissages de feuilles excel !
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Dernière mise à jour par : Le bibliothecaire le 11/02/03 16:40
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Réponse au Sujet 'Errare Humanum Est...?' a été posté le : 28/01/03 19:14
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C'est, ma foi, une riche idée que de proposer un fichier unique téléchargeable et lisible par tous.
J'en profite pour réitérer une remarque : ne vous reposez pas sur le Bibliothécaire, il faut absolument que vous preniez en main votre orthographe ! Je me permets d'insister, parce que j'ai l'impression, ces derniers chapitres, que vous prenez de plus en plus de "libertés" avec la langue française...
N'oubliez pas qu'un dictionnaire est le premier outil de tout écrivain qui se respecte, et de nombreuses erreurs lexicales (tant pour l'orthographe que pour le sens) auraient pu être évitées de la sorte !!!
Sur ce, je vous laisse ...
-------------------- Considérez-moi comme un rejeton du chat de Schrödinger. Ou alors un lointain cousin du démon de Maxwell...
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"Coupez Bruxelles dans le sens nord-sud, donnez la partie ouest au Royaume-Uni et la partie est aux Allemands. Ainsi, vous mettrez tout le monde sur un pied d'égalité, car toutes les parties râlerons avec la même intensité."
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Réponse au Sujet 'Errare Humanum Est...?' a été posté le : 29/01/03 18:02
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(suite chapitre 14)
N'allez pas croire tout de même à une enfance idyllique. J'étais mieux loti que certains mais c'était tout de même une existence dure. Mon éducation était fortement astreignante et pénible : je devais me perfectionner en tout, afin de pouvoir sans peine me frayer un chemin dans la noblesse qui m'attendait. Les heures d'études étaient longues et pénibles, sous le joug de maîtres cruels et exigeants.
Je n'étais pas un génie et devais faire des efforts constants. La punition et l'humiliation guettaient la moindre faute.
Comme tous les enfants et les adolescents, j'aurais préféré jouer dehors avec des amis de mon âge plutôt que rester enfermé à étudier.
De plus, l'entraînement physique exigé par mon père me réduisait souvent à l'état de véritable loque, mon physique ne pouvant suivre les demandes exigeantes du puissant guerrier. C'était aussi une éducation dangereuse : je ne comptais pas à l'époque les cicatrices et meurtrissures qui me couvraient après chaque entraînement.
Je devais tout accepter en silence et revenir frais et en forme pour la séance suivante. A la moindre velléité de révolte c'était la punition(souvent physique, humiliante et cruelle) et l'obligation de fournir encore plus d'efforts.
Mes régimes et traitements pour permettre à mon corps faible d'albinos de survivre était eux aussi pénibles et épuisants. Certains traitements me laissaient à demi-mort mais rien ne devait m'empêcher de suivre mes autres enseignements. C'était une vie dure mais j'encaissais tout, comptant sur la promesse d'un avenir meilleur et du destin sans pareil qui m'attendait.
Mon père pouvait aussi autant être un mentor exceptionnel qu'une menace abjecte.
C'était un rude mercenaire, mais aussi un assassin sanguinaire et sans état d'âme. C'était aussi presque un barbare et il aimait s'enivrer avec des amis. Je ne saurais dire combien de raclées il m'infligea suite à des débordements alcooliques.
Je fus battu quand j'étais trop lent à apprendre, pas assez vif au combat, quand il rentrait d'une mission qui avait mal tourné ou même simplement pour se défouler...
J'admirais, aimais et haïssais mon père en même temps. Sans lui, je saurais mort. Sans lui, je n'étais rien. Sans lui ma vie aurait pu m'appartenir...
Mais j'endurais tout et apprenais au maximum : confiant, je savais qu'un fabuleux destin et qu'une sombre vengeance nous attendait. Après cela, la gloire !
Bien sur, rien ne se passa comme prévu.
J'étais devenu un jeune homme, trop grand, maigre et bizarre pour être qualifié de séduisant, mais fort habile à l'épée. Ma silhouette en armure finement ajustée, deux cimeterres en bandoulière, imposait désormais le respect même chez ceux qui ne connaissaient pas mon ascendance.
La Guilde des Voleurs le remarqua, bien évidemment. Ils me confièrent quelques missions pour prouver ma compétence et ma loyauté. De l'escorte (de monte-en l'air) ou du racket. Quelques assassinats simples (j'étais trop repérable et pas assez expérimenté pour devenir un assassin officiel...)
Ces expéditions illégales avaient, pour moi, surtout l'avantage de m'éloigner de mon père et de ses exigences. Elles me prouvaient que je pouvais vivre seul si je le désirais, même si pour cela je devais m'associer à la pègre...
Je rentrais ainsi une fois à l'auberge nous abritant, joyeux d'avoir une fois de plus rempli mon contrat. Je ne pensais qu'à une chose : faire la fête avec mes amis brigands et peut être même m'offrir une prostituée sur mon propre salaire (élevé au milieu de matamores vantards et de dames à la petite vertu, je savais déjà tout des choses du sexe. J'avais même reçu divers cours sur cet aspect des relations humaines...Oui, mon père ne laissait rien au hasard, un vrai perfectionniste !) .
Je pénétrais dans l'auberge, qui curieusement était bien silencieuse ce soir là. Je m'apprêtais à me vanter de mes exploits de la nuit, quand une foule de regards tristes et gênés m'arrêta.
"Que se passe-t-il mes amis ? Pourquoi ces têtes d'enterrements ? " m'écriais-je, encore grisé par mes récents succès.
Curieusement mes paroles renfrognèrent encore plus mes malandrins d'amis. Ils avaient l'air horriblement gênés et aucun ne me répondit, préférant détourner le regard des mes yeux violets inquisiteurs.
Le responsable local de la Guilde s'avança péniblement. Il balbutia un instant avant de se reprendre.
"C'est votre père..." commença-t-il d'une petite voix traînante.
"Quoi ? Qu'est-ce qu'il a encore fait, ce vieux soûlard ?" demandais-je, stupidement. L'ambiance aurait dû me mettre la puce à l'oreille.
"Eh bien...sa dernière mission...Ne s'est pas déroulée comme prévu...Vous êtes au courant des récents durcissements du régime, la lutte contre l'insécurité, la corruption et tout ça..."
"Oui, oui et alors ? Au fait mon ami, au fait ! Quelle bourde le vieux à encore fait ?" le pressais-je. L'hystérie me gagnait peu à peu : une froide pensée avait commencé à germer dans mon cerveau.
"Il a échoué...Et...Il est mort...Désolé mon petit..."
Je restais silencieux un moment, anéantit par le choc.
Je savais qu'il pratiquait un métier à haut risque, mais ce géant m'avait toujours parut immortel, inaltérable, inébranlable et invincible. Je l'avais affronté sans jamais le blesser, ni même l'effleurer. Il avait parcouru Aërth du Nord au Sud, le plus souvent seul et à la pointe de l'épée. Il avait affronté moults dangers et situations périlleuse et s'en était toujours sorti.
Je l'avais déjà vu blessé ou amoché. Il avait ses cicatrices, mais jamais je n'aurais pu imaginer qu'il pourrait un jour mourir.
"Co...Comment est-ce arrivé ?" demandais-je après un long moment.
"Il devait assassiner un noble conseiller du AlShaa. Un homme important qui pesait dans la décision de renforcer les pouvoirs de l'armée et de la Justice. Un incorruptible. Il est mort. Mais on a été trahi : ton père fut vendu par des associés mesquins voulant entrer ainsi dans la noblesse... Il fut conduit dans un piége où l'attendait lames fourbes et magie noire...Il a combattu vaillamment mais finit par tomber sous le nombre..."
"Je vois...Et ceux qui l'ont bassement trahi ? Pourriez-vous..."
"Rassure-toi, mon garçon ! Pour nous aussi ce sont des traîtres visqueux. Le Grand Maître a déjà dépêché des assassins pour venger la mort de ton père. Leurs têtes te seront rapportées et elles seront enterrées avec la dépouille de ton père."
"Bien. Je vois que la Guilde s'occupe de ses serviteurs..." dis-je en m'inclinant dignement. "Transmettez mes remerciements au Grand Maître et assurez le de ma totale loyauté envers notre cause..."
Je me retirais dans mes quartiers, m'isolant pour pleurer. J'avais menti au conseiller de la Guilde : je n'étais pas vraiment loyal à tout prix à leur cause...
Seul la vengeance m'obsédait. Mais les traîtres avait déjà été punis de mort : que pouvais-je faire de plus, moi un novice ?
Restait une seule chose, qui n'avait rien à voir avec la Guilde : je devais réaliser ce destin grandiose dont rêvait mon père ! Je devais m'emparer du trône d'Alometh-Barath et en chasser mon intolérante de mère !
Un sourire naquit entre mes sanglots : il était temps de revendiquer ce qui me revenait de plein droit ! Et j'allais avoir besoin de toute l'aide de la Guilde. Et d'autres sources aussi malhonnêtes...
(à suivre...)
L'histoire avance plus vite que je le croyais...Elle sera sans doute moins longue que celles des autres (à moins que l'inspiration me frappe subitement).
Comme toujours, vous êtes encouragés à faire des commentaires...
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Dernière mise à jour par : Le bibliothecaire le 11/02/03 16:59
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-------------------- "L'Infini ?
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Réponse au Sujet 'Errare Humanum Est...?' a été posté le : 30/01/03 18:17
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(suite chapitre 14...Eh oui, déjà ! Pas beaucoup de boulot et beaucoup de temps d'attentes aujourd'hui...)
Quelques jours plus tard j'avais arrêté mon plan : dans huit mois, douze jours, quinze heures et six minutes je devais me trouver sur les terres de ma mère avec une armée assez impressionnante pour renverser le pouvoir en place.
Pourquoi tant de précision me diriez-vous ? Parce je comptais essentiellement sur un effet de surprise frappant.
En effet, les astronomes du Califat avaient depuis fort longtemps annoncé une éclipse solaire totale prévue justement pour ce jour là.
Or le royaume de ma mère était l'un des plus arriérés et des plus religieux de cette région. Et le dieu (unique) et tutélaire d'Alometh-Barath était Rahë, un dieu solaire.
C'était en outre à cause de son clergé et de ses superstitions que j'avais failli être sacrifié et que je dus mon salut qu'à l'exil de mon père.
J'allais revenir comme un fléau divin pour les châtier, apportant le courroux de Rahë sur cette population abjecte, intolérante et crédule.
Mais pour réaliser ce plan audacieux, il me manquait encore une armée...
Je pris tout d'abord contact avec les amis de feu mon père. Des aventuriers, le plus souvent sans foi, ni loi. Mais quelques-uns écoutèrent mon histoire et voulurent bien m'aider à venger ce fier guerrier. Respectant l'honneur et appréciant les défis virils, ils décidèrent de se joindre à ma croisade.
D'autres étaient de vraies têtes brûlées, prêt à tout pour de l'action et du sang. Enrôlés aussi.
Enfin, ils y avaient pour finir des individus bassement matérialistes. Je parvins à en tenter certains par des promesses de récompenses sonnantes et trébuchantes une fois ma royauté établie.
Bien sûr, une poignée d'aventuriers, même hardis et compétents, ne pouvaient suffire à faire tomber un royaume. Il me fallait d'autres soutiens.
Je réalisais moults contrats pour la Guilde, certains particulièrement sordides et dangereux. Mon but était d'amasser au plus vite une grande quantité d'argent, tout en me faisant bien voir des responsables de la Guilde.
Ceci eut un autre bénéfice : celui d'accroître singulièrement mes compétences en combat...
Je sollicitais humblement un entretien, avec les responsables de la Guilde des Voleurs. Mes états de service plus qu'honorables me permirent de rencontrer les chefs de la pègre locale. Je leurs exposais mon cas et mes ambitions. Je leurs fis aussi moultes promesses de développement dans mon futur royaume.
Bien avant d'avoir vu par moi-même ce pays, je l'ai ainsi déjà vendu...
Le fanatisme religieux et ses règles de vie strictes n'ont jamais fait bon ménage avec les activités criminelles. Mon nouveau royaume serait une future plaque tournante de nombreux trafics et activités illicites, une porte ouverte vers les autres royaumes "conservateurs"...
Ils finirent par se ranger à mes arguments et par consentir à financer une partie de la campagne. Ils me fourniraient aussi un soutien en éclaireurs, assassins et autres traitres/infiltrateurs professionnels.
Déjà, ils envoyèrent une délégation de Bardes déguisés en prophètes, histoire de semer un peu la zizanie et faire courir des rumeurs de punitions célestes et de fin du monde. Ils avaient en outre pour mission d'éliminer discrètement astronomes et sages érudits...
J'avais déjà un groupe de choc pour les missions délicates et un groupe d'éclaireurs.
Il me manquait autre chose : une bonne meute de barbares assoiffés de sang et de pillage...
Je partis donc seul dans le désert. Ce fut épouvantable, mon corps d'albinos souffrant comme jamais. Je me déplaçais principalement de nuit, mais la traversée était tout de même périlleuse et épuisante.
Mon but était de trouver et convaincre une tribu de nomades Ys'Fers. Des sauvages, vivant dans le désert en agressant les caravanes, en pillant les villages et en chassant dans les rares oasis inexplorées. Des guerriers magnifiques, merveilleusement adaptés à leur environnement. Mon père les aurait adorés...Et j'espérais qu'eux aussi seraient sensibles à mon histoire.
Bien évidemment, ce fut eux qui me trouvèrent en premier.
Jaillissant des sables au coucher du soleil, ils m'encerclèrent à s'apprêtèrent à me tuer.
Instantanément, j'abaissais ma capuche qui me protégeait et laissais tomber mes cimeterres. Je me tins bien droit et profitais de l'instant de flottement créer par la vue de mon visage d'albinos maudit pour crier mon désir de paix.
Cette fois là, la chance fut avec moi : le shaman de la troupe s'interposa entre les guerriers du désert et moi.
La nuit précédente, il avait eut la vision d'une guerre sainte, où un chef de guerre sauvage appelé Thul'Korniss Ad Nisar, le Scorpion Blanc à Deux Dards, conduirait sa tribu à la gloire éternelle.
J'ignore si un Dieu facétieux c'était penché sur mon cas ou s'il s'agissait d'une coïncidence, mais cette prophétie me sauva la vie.
Avec déférence, je fus conduis au campement temporaire des sauvages, où je pus exposer mon cas.
Soutenus par le shaman et par la promesse de pillage et de combats sanglants, les nomades acceptèrent de se joindre à mon armée. Mais tous n'étaient pas ravis. Le chef en particulier...Je sapais son autorité et promettais d'offrir à son peuple plus qu'il n'avait pu apporter lui-même.
Il me défia donc, prétendant vérifier la prophétie : après tout, un étranger maudit ne pouvait pas être le chef annoncé !
Fatigué par le voyage et contre un professionnel natif du désert dans son environnement familier, et en plus encouragé par ces fidèles, je ne pensais pas avoir une chance dans un combat légal. Mais j'avais des atouts secrets dans ma manche...
Je fis appel à tous mes talents durement acquis auprès de mon père et de la Guilde, virevoltant, fientant et esquivant les coups du cimeterre géant du chef tribal. Ceci fit bien rire les guerriers sauvages. J'entendis forces quolibets et insultes visant ma virilité et mon sens du combat. Je n’en avais cure, j'avais depuis longtemps l'habitude d'être insulté pour mon physique.
J'encaissais les coups brutaux grâce à ma cotte de maille (épaisse et bien ajustée) et grâce à ma volonté de survivre : c'était mon principal atout contre ces gens, habitué à combattre vite et par surprise et surtout sans armure.
En sang suite à des estocs particulièrement vicieux, je me sentis presque perdu. Je pris alors un risque fou : je laissais s'abattre le cimeterre, laissant l'armure encaisser le coup puissant. Je gémis de douleur mais je parvins enfin à toucher mon adversaire comme je le désirais. Une simple éraflure et il se mit bien vite hors de portée, alors que je tombais à genoux sous l'effet de son coup.
Il s'avança, méfiant mais prêt à me donner le coup de grâce. Je tentais péniblement de me relever sous les huées. Mon sourire arrêta le chef du désert. Puis il commença à s'inquiéter quand une vague de faiblesse l'envahit. Il fit encore un pas avant de s'écrouler dans d'atroces convulsions. Il mourut avant que je finisse de me redresser.
Le cimeterre à la pointe empoisonnée offert par la Guilde avait fait sa sinistre besogne...
J'adressais un sourire de requin aux barbares du désert ébahis.
"Je suis Thul'Korniss Ad Nisar ! Mon poison a vaincu ce félon qui refusait la gloire que j'allais apporter à votre peuple ! Alors, êtes-vous avec ou contre moi ?"
Ils restèrent bouche bée devant ma tirade. Je savais que je prenais un risque fou : le poison était en effet fort mal vu dans les duels virils pour l'honneur.
La chance fut encore avec moi et le shaman, cherchant sans nul doute à augmenter son prestige en vérifiant sa prophétie, m'acclama.
Il déclara que ma façon, traîtresse, de me battre était un signe supplémentaire. Il était évident que le Scorpion se servirait autant de ses pinces que de son dard !
La tribu finit par se rallier ainsi à ma cause et ma venue parmi eux fut l'occasion de nombreuses et bruyantes réjouissances. Heureusement que j'avais emporté mes traitements pour mon corps affaibli !
Pour prouver à tous ma bonne fois, je conduisis la tribu vers quelques assauts sur des caravanes, triomphant à chaque fois (je connaissais fort bien les habitudes des marchands et de leurs gardes du corps).Mon prestige en fut encore renforcé.
Je passais ensuite quelques mois dans le désert sauvage, pour convaincre un maximum de tribus, fidèlement accompagné par le shaman et quelques guerriers des sables dévoués. Je finis par être à la tête d'une force de frappe sauvage et impressionnante.
Finalement, j'ordonnais à mes fidèles de partir en direction de Alometh-Barath et d'attendre mon signal pour la bataille finale.
Ils avaient aussi d'autres instructions : couper les lignes de communications du royaume avec le reste du califat et rendre le commerce avec les alliés de ma mère dangereux. Le tout sans éveiller les soupçons et en cachant au mieux leur nombre.
La Guilde me fournit du ravitaillement pour mes troupes, afin de ne pas attirer l'attention par des pillages inopportuns.
Je regagnais ensuite la capitale, confiant en mes guerriers. J'avais mon armée.
Il me restait plus que quelques détails à régler : il me fallait quelque chose pour neutraliser l'arsenal magique et mystique du royaume de ma mère.
Malgré sa position très ouverte sur la magie, la cité de Del-Aramash méprisait quand même certains sorciers. La nécromancie était en particulier très mal vue, le culte des ancêtres et le respect des morts étant l'un des fondements de la philosophie du Grand Califat.
Je me rendis donc, grâce aux précieuses indications de mes maîtres de la Guilde, dans de sombres repaires où se terraient les rares nécromanciens. Je leur offris ma collaboration et leur promis un royaume où ils seraient libres de pratiquer leur art en toute tranquillité...
Je vendis même les corps de ceux qui tomberaient dans les futurs combats. Ceci convainquit pas mal de ces magiciens persécutés. Une troupe de sorciers noirs me prêta allégeance. Ils m'indiquèrent même ou trouver d'autres sinistres alliés, futur résident de mon royaume.
Démonistes, membres de cultes étranges et sacrificiels, créatures venues d'ailleurs, démons insoumis, loups-garous, vampires...Je leur promis à tous une vie meilleure dans un royaume tolérant enfin une part de ténèbres.
Je me rendis aussi auprès de cultes quasi-secrets dédiés à des divinités maléfiques, répugnantes ou simplement peu connues. Là encore, je promis gloire, richesses et reconnaissance officielle.
Je me retrouvais donc à la tête d'une escouade de magiciens sombres, de prêtres ténébreux et de créatures occultes et dangereuses...Ma force de frappe magique ! Le royaume de ma mère allait tomber dans de sinistres cauchemars !
Une surprise m'attendait en rentrant à l'auberge de la Guilde. De colossaux guerriers à la peau noire m'attendaient, vêtus de somptueuses parures et de peau de bête. Mais le plus impressionnant restait leurs arcs gigantesques et finement ouvragés.
Des Ooshall ! J'avais entendu parler de ce peuple mystérieux qui vivait au coeur d'une jungle sauvage, plus loin encore dans le Sud. On racontait qu'ils étaient de féroces combattants, de merveilleux chasseurs et d'habiles bâtisseurs...Mais le plus étonnant était une légende qui disait qu'ils disposaient de terrifiants guerriers saints, dont les arcs rivalisaient, voire dépassaient même ceux des Elfes !
Et j'avais ces archers légendaires en face de moi ! ils étaient même venus spécialement pour me parler.
Les Ooshall avaient un marché à me proposer : depuis longtemps il rêvait d'une extension commerciale avec le Grand Califat. Mais leurs terres étaient bien lointaines pour un commerce profitable. Ce qui leur fallait c'était une riche colonie où s'implanter durablement.
De là, ils pourraient établir une tête de pont commerciale et traiter avec le Califat...
Bien que je suspectais aussi des projets plus militaires derrière cet exposé, je négociais avec eux.
En échange des terres agricoles les plus riches, au Sud du royaume de bientôt feu ma mère, ils me prêtaient une légion d'archers d'élites. Je conclus cet accord sans regret, hypothéquant encore un peu plus mon futur royaume.
Cette fois, tout était prêt ! Je donnais finalement le signal du départ.
Mon armée hétéroclite s'achemina peu à peu (pour pas se faire remarquer) jusqu'à une oasis du territoire d'Alometh-Barath. Elle avait au préalable été pacifiée par les éclaireurs de la Guilde et mes guerriers barbares du désert.
Il ne restait plus qu'à attendre l'éclipse...
(à suivre...)
Ben tiens, moi qui pensait que ça irait vite pour cette partie...Finalement, c'est bien partis pour être aussi long que les autres chapitres !
Comme d'hab, vous êtes cordialement inviter à commenter...
Y'a un passage qui me titille un peu : l'épisode dans le désert ne fait-il pas trop "Dune" ? J'aurais pas du relire l'Empereur-Dieu y'a une semaine...Bah, tant pis !
J'ai aussi essayias de faire un peu plus gaffe à l'orthographe, ai-je réussis (je suis sûr qu'il en reste plein,mais...)
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Dernière mise à jour par : Le bibliothecaire le 11/02/03 17:28
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Réponse au Sujet 'Errare Humanum Est...?' a été posté le : 01/02/03 20:28
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(suite et fin chapitre 14)
Nos espions de la Guilde nous rejoignîmes peu avant le début de l'assaut. Ils confirmèrent la disparition des rares érudits et sages connaissant l'existence de l'éclipse. Une atmosphère de peur s'était répandue sur la capitale du royaume suite aux rumeurs apocalyptiques de nos faux prophètes. Tout se déroulait comme prévu.
Dès que le soleil commença à se voiler, je donnais le signal de l'assaut. Nous avions moins de vingt minutes pour mettre la ville principale du royaume à genoux.
Mes hommes jaillirent du désert, hurlant et vociférant tels des démons issus des plus sombres prophéties.
J'étais en première ligne, en armure noire richement décorée, deux cimeterres ensanglantés aux poings, monté sur un démon ignoble invoqué par mes ténébreux alliés. D'habiles sortilèges me rendaient encore plus impressionnant que je l'étais, enflammant mon regard de haine brute et me conférant une aura flamboyante de vengeance.
Les défenseurs furent pris de panique en nous voyant surgir du néant. Mes magiciens noirs jetèrent aussitôt des sorts de Terreur et de Confusion, tout en créant de gigantesques illusions me représentant. Elles affirmaient au peuple terrifié le déplaisir divin de Rahë et annonçaient le châtiment.
Ce fut une indescriptible panique. La plupart des soldats de ma mère, des hommes simples et profondément religieux, tombant à genoux pour prier afin de sauver leur âme.
Afin de briser encore plus la moindre velléité de résistance, des membres de la Guilde et des aventuriers mercenaires infiltrés assassinèrent l'état-major des défenseurs. Ensuite ils se chargèrent de semer la désinformation et la panique dans les lignes ennemies. L'armée du royaume se retrouva paralysée, personne ne sachant que faire ou n'osant donner d'ordres sans en avoir reçu l'autorisation.
Les guerriers d'élites, les vétérans et les amazones de ma mère, moins dupes, réagirent tant bien que mal et tentèrent de nous opposer une résistance farouche.
Les prêtres de Rahë tentaient d'exhorter la soldatesque au calme et lancer sortilèges sur sortilèges contre nous. Leur but était double : se défendre, bien sûr, mais aussi prouver à tous que leur Dieu ne les avait pas abandonnés.
J'ordonnais à mes magiciens et mes prêtres obscurs de balayer cette menace. La population ne devait pas reprendre confiance.
Ils engagèrent des duels magiques d'une infâme cruauté, utilisant des sorts terribles sans tenir compte des dégâts parmi nos troupes ou la population civile.
Le royaume de ma mère et son intolérance montra l'une de ses faiblesses : avec sa religion unique et son dégoût pour la magie autre que divine, il manquait cruellement de lanceurs de sorts diversifiés...Mon conglomérat de prêtres fous et de sorciers qui ne reculaient devant rien finit par balayer les défenses magiques du royaume, répandant un peu plus la terreur chez les défenseurs.
Mes archers d'élite Noirs eurent tôt fait de balayer les remparts de ses maigres défenseurs. Une fois ceux-ci tombés, mes guerriers sauvages du désert se déversèrent dans la cité terrorisée, brûlant, tuant et détruisant tout sur leur passage. Des créatures des ténèbres ralliées à ma cause se chargèrent d'épouvanter un peu plus la population.
Les amazones gardant le palais laissèrent alors tomber la défense de la ville pour protéger le palais de la Shaadim.
Elles offrirent une héroïque résistance, mais il était trop tard : mon armée s'était introduite en ville sans rencontrer de grande résistance.
Elles finirent toutes massacrées par mes barbares fanatiques ou sous les sortilèges de mes nécromants.
Escorté par une poignée de fidèles aventuriers amis de mon père et par de redoutables magiciens, je traversais le palais mis à feu et à sang.
Vainqueur, je m'introduisit dans la salle du trône. Ma mère, entourée de sa garde d'élite et des Hauts-Prêtres de Rahë, se tenait dans un champ de force dorée, prête pour une ultime confrontation.
Elle eut un moment de terreur et de révulsion en me reconnaissant. Ma garde d'honneur envahit la pièce, menaçant les derniers survivants. Je m'adressais alors à ceux qui protégeaient la reine derrière le champ de force.
"Je suis Halonn, fils de Nurm Dosark et de cette royale catin ! Je viens reprendre mon trône tel que mon père l'avait déclaré avant que vous ne le chassiez honteusement ! Le déplaisir de Rahë est sur vous ! Capitulez et laissez nous disposer de la reine, ma mère !"
Il y eut un instant de flottement, puis les amazones se rapprochèrent de la souveraine, leur maîtresse sacrée. Visiblement, elles n'allaient pas se rendre comme ça...Tant pis, ce serait un massacre de plus. Les yeux de ma mère flamboyaient de rage et de peur mêlées...
Soudain, la lumière dorée protégeant la matriarche s'évanouit. Le Grand Prêtre de Rahë s'écarta ostensiblement de la souveraine et de ses gardes.
"Jeune conquérant, je me joins à vous. La reine est perdue et c'est sans nul doute la volonté de Rahë. Notre cruauté n'a entraîné que plus de cruauté. Je me rends donc à vous, mon nouveau seigneur. Je n'ai qu'une chose à demander : faites cesser toutes attaques et laisser la vie sauve à mon peuple..."
Je souris et fit un geste. Aussitôt, mes magiciens déchaînèrent des sortilèges terribles contre les amazones protégeant ma mère. Elles s'écroulèrent avant d'avoir eut le temps de réagir, laissant la souveraine seule, conformément à mes ordres.
Le Grand Prêtre hoqueta d'horreur et se tourna vers moi pour protester. Vivement, je lui plantais mes cimeterres dans le torse.
"Je n'avais rien promis..." murmurais-je alors à l'oreille du vieillard agonisant.
Je m'avançais alors vers ma mère, enfin à l'aube de mon destin glorieux depuis si longtemps désiré.
Elle se redressa dignement, le sceptre royal de sa charge à la main, prête à affronter la mort. Elle me maudit quand je levas mes armes pour la décapiter.
Il y eut une explosion de joie quant sa tête heurta le sol dans un bruit écoeurant. Nous avions gagné...
Voilà, c'était fait. La capitale abattue, les provinces environnantes seraient pacifiées sans mal...
J'étais désormais le Roi. J'allais enfin réaliser mon rêve et celui de mon père.
Et je ne ressentais rien.
Pas de sensation de triomphe glorieux. Pas de joie. Ni même de remords ou autres. Rien que le vide et cette étrange question : et maintenant ?
Je m'assis sur le trône comme un automate, au milieu des vivats de mes alliés.
Ou était cette illumination, cette libération, ce destin si glorieux ? J'avais tout accompli des volontés de mon père : que me restait-il à faire maintenant ? Quel serait désormais le but de mon existence ?
Pendant toute la réorganisation du royaume conquis, je restais perdus dans mes pensées.
Par pur automatisme je signais délégation de pouvoirs, contrats, lois et promesses. Je laissais les villes sous ma nouvelle responsabilité se faire piller par les barbares du désert et mes autres alliés. Ce fut un pogrom sans nom.
Je finis cependant par émerger de ma rêverie, terrifié : maintenant, il fallait que je vive et décide par moi-même, que j'accomplisse quelque chose...Ou non.
Je décidais, pour commencer, de prendre en mains ce royaume.
J'en changeais d'abord le nom en Al-Ithyl, ce qui signifie, "retour de la lumière après l'ombre". Je modifiais les étendards et blasons, représentant le Soleil tutélaire, par les deux Lunes et l'Ombre.
Je renvoyais les guerriers sauvages à leur désert, sauf pour ceux qui désiraient rester, et je mis la population brimée au travail. Une nouvelle ère commençait.
Je m'assurais de rétribuer convenablement la Guilde des Voleurs et mes autres alliés. La quasi-totalité du trésor royal y passa.
Je tins également toutes mes promesses, cédant des terres fertiles aux Ooshall.
J'obligeais la population à abattre les Temples opulents de Rahë et à faire une place même aux cultes les plus sombres. Il y eut pas mal de convertis : après tout Rahë les avait pour ainsi dire bel et bien abandonnés.
Je plaçais les amis de mon père à des postes de confiance dans mon gouvernement. Bien sûr je les anoblis au passage.
Je donnais aussi l'asile et la nationalité locale aux créatures et magiciens noirs qui m'avaient soutenu.
Pour finir j'écrivis une lettre au Alshaa, lui assurant mon allégeance. Je lui expliquais que ma mère, véritable tyran, avait été reversée par un soulèvement populaire. Je lui affirmais que j'allais remettre de l'ordre dans ce royaume intolérant et en faire une patrie pour les arts, la science et la religion libre. Bien sûr je joins à la missive un don des derniers trésors royaux, en signe de bonne volonté...
La Guilde m'aida une fois de plus, en falsifiant des rapports et en présentant des documents en faveur de ma version des faits. Elle me proposa d'envoyer un conseiller, afin de m'aguerrir en temps que dirigeant...Et probablement pour surveiller leurs investissements. J'acceptais néanmoins.
Bien sûr, il m'apparaît maintenant que j'ai fait tout ça uniquement pour prouver ma différence avec ma mère.
La population souffrait tout autant (voir plus) sous mon règne éclairé que sous le sien...
Une fois fait cela, je me rendis compte que je n'avais aucun projet d'avenir, aucune ambition pour mon royaume ou pour moi-même. Que pouvait-il me rester à accomplir ?
Sans réponse, je décidais de profiter au maximum de la vie et de ma position sociale...
Je fis donc venir moults baladins, artistes, cuisiniers et fêtard des quatre coins du monde.
Comme annoncé, mon royaume devint un havre pour les artistes incompris, pour les religieux persécutés et pour les réprouvés. J'en fis une joyeuse et décadente fête.
J'autorisais par édit royal les plus effroyables débauches, les perversions les plus répugnantes devinrent légales, voire même encouragées. Le royaume sombra dans la décadence.
Carpe Diem devint la devise affichée du royaume et je sombrais avec délectation dans les plaisirs les plus osés. J'étais quasiment saoul en permanence et toujours entourés de jeunes demoiselles (et damoiseaux...) court vêtus et peu farouches.
J'enchaînais orgie sur orgie, me piquais de théâtre, concerts et représentations magiques coûteuses. Rien n'était trop grand, trop somptueux ou trop cher ! Je goûtais même aux plaisirs défendus des drogues exotiques et des sacrifices rituels de quelques bizarres sectes.
Là encore, il m'apparaît maintenant que je faisais tout ça pour m'opposer encore et encore à l'image de ma mère, jugée responsable de tout...Mais cet état de débauche sans nom avait un autre avantage : il m'empêchait de penser au lendemain...
C'est dans cette atmosphère de gaie décadence qu'il arriva une nuit. Le conseiller de la Guilde.
Sa vue me fit un choc. Dieu qu'il était beau !
Grand, l'air noble, la peau pâle, presque comme la mienne, de longs cheveux noir et bouclé, un corps mince et délicatement musclé. Et un regard bleu limpide et pénétrant.
Je chassais immédiatement mes sycophantes et mes partenaires d'orgie pour lui accorder une entrevue.
J'étais soudain dessaoulé et un peu honteux : qu'allait penser la Guilde de mon laisser aller ?
Il me rassura en riant : loin d'être choqué, il me dit qu'il appréciait lui aussi les plaisirs de la vie. Et que l'atmosphère de fête décadente ne déplaisait pas non plus aux Maîtres de la Guilde.
Ils pouvaient en effet sans mal écouler diverses substances illégales et organiser des trafics.
Il me conseilla fidèlement aux cours des années qui suivirent. Grâce à lui j'équilibrais le budget royal, mis à mal par mes promesses et par mes excès.
J'édictais quelques lois rendant illégales certaines substances ou actions : uniquement dans le but de faire croître les profits de la Guilde. L'attrait de ce qui est illégal...
Grâce à son aide, mon royaume devint assez agréable. Une fois habitué aux cultes bizarres et à la tolérance des pires choses, c'était somme toute un endroit sympathique.
L'art s'y développa sans contrainte (ainsi que les arcannes magiques).Les cultes et l'immigration de reprouvés puissants et de créatures étranges m'apporta une bonne source de revenus via des impôts ciblés.
La population s'était apparemment faite à son sort. Ces gens religieux étaient de hardis travailleurs, et le royaume finit par se remettre de la guerre.
Bref, tout allait pour le mieux.
J'avais aussi trouvé un sens à ma vie : je servais Kyriann, l'émissaire de la Guilde.
Nous étions amants. Je n'avais pas abandonné complètement mes luxueuses soirées et mes orgies. Il me montra comme j'étais ignorant de la décadence et me fit découvrir des plaisirs insoupçonnés.
J'ai tôt fait de découvrir l'un de ses secrets : il était un vampire !
Après un instant de dégoût, j'ouvris mon esprit et mon coeur à la créature de la nuit.
Loin d'être un monstre, c'était un vrai gentleman, noble, érudit, charmeur et amateur d'art et de bonne chère.
Il fut mon précepteur dans de nombreux domaines. Il compris dans le meurtre.
Il faisait en effet partis d'un culte de Bhaal, Seigneur des assassins, dont il était membre de l'élite.
Il tuait artistiquement, transformant l'acte de mort en chef-d’oeuvre sensuel. Il aimait lire la peur et le désespoir dans les yeux surpris de ces victimes. Il me l'enseigna également.
Toujours tuer de face. La lâcheté était pour les médiocres pas pour les artistes talentueux ! Pas de boucherie inutile ou d'acharnement barbare. Seule la cible désignée devait être touchée et un tableau macabre et beau pouvait être composé sans effusions inutiles de sang et de viscères.
Je devins son disciple, trouvant dans la Mort un sens à ma vie.
On aurait pu croire qu'il me manipulait, qu'il dirigeait en fait le royaume pour lui ou pour la Guilde.
En fait pas vraiment : il ne discutait jamais mes décisions, respectait mes opinions et me donnait seulement des conseils quand je le sollicitais. Il laissait tomber des remarques ironiques quand je commettais des erreurs, mais jamais il ne tenta de m'imposer sa volonté.
Je le suivais par amour et par respect pour son intelligence. Il était lui aussi sincèrement amoureux de moi et attaché à mon bien être.
C'est lui aussi qui tenta de m'avertir quand les choses commencèrent à se gâter...
Je venais de fêtais mes trente-huit ans, avec encore plus de faste et de débauche que tous les autres anniversaires royaux, quand il me fit part d'une rumeur qui l'inquiétait.
D'après lui, il courait dans le royaume de sales histoires sur ma sexualité. On s'inquiétait aussi de l'absence criante d'un héritier royal.
J'en ris, évidemment, car c'était assez fondé. J'entretenais un harem pour la forme, m'amusant parfois avec ces femmes délicieuses, mais mon amour pour lui était trop grand pour que je le partage.
Il insista tout de même. Il proposa lui-même de s'écarter un moment, le temps que je prenne femme et que j'ai un héritier...
J'étais un peu saoul et je lui fis alors une scène mémorable : ne m'aimait-il donc plus ? Avait-il un amant à rejoindre pour vouloir ainsi me fuir ?
De toute mon autorité royale, je lui ordonnais de rester. Il accepta à contrecoeur, m'enjoignant toujours de produire un enfant. Je me mis encore plus en colère et le chassais vers ses quartiers.
Je convoquais immédiatement mes spadassins et mes espions. J'ordonnais la traque de ceux qui bafouaient mon nom et la tolérance de mon royaume : ici, chacun était libre de sa sexualité.
Sur mes ordres emplis de colère, ils purgèrent par le fer et les flammes toute trace d'opposition séditieuse dans ma capitale.
Le matin, je me réveillais pour contempler les morts et les autodafés...La population qui avait presque appris à m'aimer me lancer de lourd regard.
Rempli de honte, je gagnais les appartements de mon vampire d'amant. Il me consola et m'indiqua la meilleure méthode pour rattraper les massacres que j'avais trop rapidement ordonnés.
Mais le mal était fait : je passais pour un tyran hypocrite, qui prônait la liberté et la tolérance tout en tuant et censurant ce qui lui déplaisait...
Pour la première fois de ma vie, je remis en cause tous mes actes.
Pour me hisser jusqu'à ce trône, j'avais commis les pires exactions, broyant un peuple, une culture, tuant une multitude et manipulant sans conscience un nombre incalculable de personnes. J'avais commis bien pire que ma mère la tyran, bien pire que mon père le mercenaire sans foi ni lois.
Et pour quoi ? Je ne le savais même pas...Si. Ma satisfaction personnelle peut-être ? Dans ce cas, pourquoi n'étais-je même pas heureux ?
Je sombrais dans la dépression, laissant mon royaume à l'abandon.
Kyriann m'aida peu à peu à remonter la pente. Son attention se concentra uniquement sur ma personne, au détriment du royaume.
Je finis par sortir de mon état de loque grâce à ses soins attentifs.
Malheureusement il était trop tard pour mon royaume.
Mes conseillers, si fidèles en apparence, s'étaient taillés la part du lion dans mon administration durant ma maladie.
Le peuple me considérait comme mourant ou négligeable. Le pouvoir était passé dans les mains des riches et des nobles.
Les militaires, me jugeant trop faible, avaient pris eux aussi des mesures pour se rendre plus indépendants de la royauté. Mon armée m'abandonnait.
Au mieux j'étais désormais un monarque d'apparat. Au pire, un obstacle à éliminer.
Kyriann était de plus en plus nerveux. Il s'installa avec moi, dans ma chambre royale. Pas par amour : il venait juste d'échapper à un attentat contre sa personne. On avait honteusement profité de son sommeil diurne pour tenter de l'assassiner.
Je tentais tant bien que mal de réagir. Je pris des décisions violentes et lançais une chasse aux sorcières dans mon propre gouvernement corrompu.
Un soir où je rentrais épuisé d'une séance houleuse avec les représentants de la noblesse, Kyriann s'approcha de mon et me bascula sur mon lit.
"Je crains pour ta vie, mon amour..." me susurra-t-il à l'oreille. "Je pense que nous devrions fuir..."
"Ridicule ! Mes agents auront tôt fait d'éliminer ceux qui me jugent hâtivement fini !" me récriais-je dans un sursaut de fierté. "En plus j'ai décidé de suivre tes conseils : je prendrais bientôt femmes et pondrais l'héritier royal que le peuple exige...Tu n'es pas fâché au moins ?"
"Non, bien sûr..." soupira tristement mon vampire d'amant. "Mais, il y a quelque chose que je dois te dire...J’ai fait examiner ta semence par le médecin royal...Tu..Tu es stérile, mon ami..."
"QUOI !! Mais...Comment ?"
"Il pense que cela est dû à ton état d'albinos...Ou alors aux divers traitements qui t'ont permis de survivre...Je l'ai immédiatement exécuté, mais j'ignore à qui ce médecin a pu donner cette information avant de m'en faire part..."
Je restais un moment sans voix devant ce nouveau coup du destin.
Ainsi ma lignée, que j'imaginais depuis peu longue, prospère et dynastique; s'éteindrait avec moi. J'avais l'impression d'être une sorte d'échec, d'erreur, une aberration de la Nature.
Voilà donc comment allait finir le sang de ma famille ? Par un rejeton dégénéré ?
J'avais l'impression d'entendre ma mère se moquer de moi et de ma virilité. Mon père aussi m'aurait sans doute méprisé. Pour lui, un homme sans fils n'est pas un homme...
Je soupirais longuement : au moins cette triste histoire s'arrêterait avec moi ! Mais je me sentais quand même déçu.
Kyriann se remit à parler doucement une fois mon chagrin calmé.
"Mon amour...Ce n'est point si grave ! Tu n'as jamais vraiment aimé les enfants et les responsabilités familiales... Tant que toi, tu es en vie et heureux, c'est tout ce qui compte !"
"Je sais, je sais...Pourtant, comme beaucoup je me suis imaginé avec une descendance qui transmettrait mon souvenir..."
"Un besoin d'immortalité, peut-être ? Si j'osais.."
"Qui y'a t'il Kyriann ? A quoi penses tu avec cet air songeur ?"
"As-tu oublié qui je suis ? Je suis un Vampire ! Pourquoi ne pas accepté l'Étreinte et me rejoindre ? Deviens une créature de la nuit et vie avec moi pour toujours ! s'écria mon amour.
Sonné, j'hésitais un instant. Puis je pesais le pour et le contre.
Renoncer au soleil ? Pas de problème, il m'a toujours meurtri la peau ! Me nourrir du sang de mes semblables ? J'ai toujours tué pour améliorer ma vie ! Un peu plus ou un peu moins...Et la plupart des hommes sont de toute façon des mécréants inutiles, alors...
"J'accepte. Fais de moi un Immortel. Ensuite, j'irai m'abreuver du sang de ceux qui désirent mon royaume !"
Il sourit doucement et planta ses crocs au creux de ma gorge.
Ce n'était pas la première fois, je l'avais déjà autorisé à se nourrir de moi. La sensation était curieusement agréable, un abandon total, un sentiment de douceur mêlé à la vulnérabilité. Et un rien de froideur et une curieuse excitation aux portes de la mort.
Il se trancha les veines d'un poignet et m'abreuva de son sang maudit tout en aspirant ma vie.
Le goût salé et métallique du sang disparu soudain alors que mon corps s'affaiblissait. Entre mes lèvres bleuies, il se changea en divin nectar, source chaude et abondante de vie. Ceci réchauffait mon coeur, mon corps, mon âme, m'amenant au bord de l'extase.
Kyriann partageait ce même sentiment. A la cérémonie de l'échange, il ajouta de délicates caresses et de tendres baisers. Je goûtais sur ses lèvres le goût délicieux de mon propre sang. Nous jouîmes ensemble de l’Étreinte mortelle. Comment avais-je pu me passer de ça avant ?
Soudain mon coeur s'arrêta. J'étais mort, transporté de désir et pourtant je vivais encore. Mes sens étaient décuplés et je me sentais plus fort que jamais. Je sentais chaque nuance, chaque texture et mon attention atteignait un niveau jamais égalé.
Puis, le sang de mon amant se transforma sous ma langue avide : il devint froid, mauvais, sans couleur et sans vie. Un sang mort. Je m'évanouis.
Je restais ainsi jusqu'à la nuit suivante, Kyriann me veillant et s'occupant de tout.
Dès que je fus réveillé, vampire-enfant affaibli et affamé, il fit venir une servante. Je me jetais sur la pauvre fille épouvantée et but avec extase son fluide vital. La sensation de plaisir divin était de retour.
Kyriann m'expliqua les règles : seul le sang de mortels pouvait me maintenir en vie. Il était d'ailleurs délectable et facile à obtenir. Il me permettait de soigner vite mes blessures. J'étais un non-mort.
Mon amant m'emmena chasser durant la nuit, m'indiquant les esseulés à qui s'en prendre, les repaires potentiels et les dangers qui rodaient dans les ombres. J'apprenais vite.
Malheureusement j'étais pas le seul : j'étais encore grisé par ma transformation, jeune et impétueux devant mes nouveaux pouvoirs.
J'avais oublié que j'étais une personnalité en vue et très surveillée. Bientôt d'étranges rumeurs se propagèrent dans le royaume.
Cette fois c'était la fin.
Heureusement Kyriann était malin et expérimenté. Il vit venir le danger, mais presque trop tard.
La rébellion éclata durant une journée magnifique. Galvanisé par les prêtres de Rahë sortant brusquement de l'anonymat, le peuple se rebella. Il était aussi guidé par des militaires et des hommes de confiance qui désiraient plus de pouvoir personnel.
Les magiciens et prêtres dévoués à ma cause nous abandonnèrent, ne voulant pas se retrouver accusés de complicité. Des troupes du Grand Califat, opportunément informées de ma nature de vampire débauché, prirent la cité d'assaut.
La résistance fut balayée par le peuple en colère. Mes gardes royaux et mes rares alliés furent massacrés.
Kyriann défendit avec frénésie l'accès à ma chambre royale. Il résista seul et longuement. Ils le vainquirent en utilisant des miroirs pour faire entrer la lumière solaire au coeur du palais...
Je ne sus rien de tout ça avant longtemps.
Sentant venir le danger, mon amant avait profité du soleil diurne pour déménager le cercueil où je me reposais.
Utilisant ses contacts, il m'avait secrètement expédié au loin...
Ensuite, il était resté, donnant l'illusion de garder ma chambre. Sa diversion et sa mort avaient suffisamment ralenti les assaillants pour qu'ils ne puissent jamais me retrouver...
Il m'expliquait tout ça, y compris son sacrifice, dans une lettre poignante que je trouvais à mon réveil.
Il m'enjoignait à vivre, à oublier et à me souvenir de lui. Il me léguait ses possessions, ses listes de contacts et d'endroits sûr. Avec ça, je pourrais survivre et décidais que faire de mon destin.
Je pleurais abondamment, enrageais, criais et même tuais pour oublier. Je songeais au suicide.
Finalement, je décidais de rester en vie. Pour que son sacrifice ne soit pas vain.
En son honneur, je rejoignis temporairement la Guilde et le culte de Bhaal.
Je devins un tueur. Efficace, baroque et mortel. Je quittais le Califat, remontant vers le Nord au cours de décennie.
Dans chaque ville, je recommençais le même cycle : devenir le tueur de la pègre et me nourrir. Vivre en hédoniste avec ce que je gagnais. Partir avant d'être menacé.
Je devins célèbre dans le milieu, mais là encore je ne trouvais pas de consolation ou de repos. On ne peut donner un sens à sa vie uniquement en semant la mort...
Je partis donc vers le Nord pour méditer, suivant à rebours le voyage de mon père qui l'avait conduit vers un si étrange destin.
Je vécus un moment de meurtre et de sang. Je me lassais encore. Même l'état de vampire me pesait désormais : tuer, toujours tuer pour vivre ! A quoi bon ?
Et pourtant, je continuais, cherchant une réponse, un sens à ma vie.
Finalement, j'arrivais à Everwhite et m'y installais. Je rejoignit le culte de Zielchès, L'Oeil du Ciel, histoire de voir si je ne pourrais pas racheter mon âme.
Peut-être qu'en sauvant ou lieu de détruire, j'allais me repentir et accéder à une vie meilleure ? Peut-être serais-je libéré de la malédiction du sang ?
Il m'arrive même à présent de maudire Kyriann de son Don maudit. Pourtant...Sans lui, je n'aurais pas vécu, je n'aurais pas accomplit tout ça et je n'aurais jamais eu l'occasion de me racheter de tout ce que j'ai commis par pur égoïsme...
Puis je vous ai rencontré et ma mission divine a commencé. Peut-être la dernière, mon rachat final...
Et curieusement plus je passe de temps avec vous, plus mon coeur immobile se réchauffe. J'ai repris confiance et espoir dans la vie et pour ça, je vous remercie...
Le vampire albinos se tut, baissant la tête et plongé dans les souvenirs qu'avait fait naître son histoire.
Derym sourit et posa une main amicale sur le vampire qui se redressa, surpris.
"Halonn, moi aussi je suis content de t'avoir rencontré...Ta vie, ta mort et ta...euh...non-mort, m'a profondément touché. Je suis convaincu qu'il reste de l'espoir, pour toi comme pour nous tous. Ne perd pas courage : quels que soient tes péchés, ils peuvent être pardonnés. Tu as déjà mon pardon."
"Moi de même !" déclara joyeusement Lelfe "Une bien belle et triste histoire. Mais cesse de faire cette tête d'enterrement. Ah ! désolé ! Regarde plutôt vers l'avant que vers le passé ! En tout cas, bienvenue à bord !"
"Et n'aie crainte : ton état ne nous a pas dérangé jusqu'ici, non ? T'es un membre du groupe, OK !" s'écria Thiki en donnant une tape amicale au vampire.
"Groumpf d'accord. Puis Halonn bien se battre : protégera Derym, non ? ça être bien, non ? Donc toi être heureux !"
Ysandre se leva brusquement.
"Tu nous as menti : tu avais dit que tu avais était vampirisé contre ta volonté en portant secours à des aventuriers." dit-elle d'une voix glaciale.
Halonn baissa la tête de honte.
"Je le reconnais...C'est que...Je voulais tellement que vous me fassiez confiance malgré mon état ! Je suis désolé, je voulais vraiment avoir votre confiance...Ce n'était pas très malin..."
La Paladine le regarda longuement et Halonn frissonna : avait-elle le pouvoir de lire en lui ? Son amulette devrait le protéger...Curieusement, il n'aimait pas mentir à cette jeune femme.
"Bon. Puisque tu l'avoues...Sache que le mensonge est l'apanage du Mal et des lâches ! Renonce à cette vie et repend toi ! Un peu de courage et marche désormais dans le droit chemin ! Car la prochaine fois..." s'écria la Paladine en tapotant son symbole sacré.
Les autres éclatèrent de rires devant la tirade professée d'un ton tellement sérieux par la Paladine. Même Ysandre fini par sourire et par dédier un regard d'encouragement à l'albinos. Halonn acquiesça d'un hochement de tête décidé.
"Bien. Le chemin de la rédemption et long mais glorieux. Tache de t'en souvenir et de vivre pour servir les autres. Tu en as les capacités.A toi maintenant de choisir !"
Sous ces remarques de confiance, le guerrier vampire sourit et se redressa, heureux pour la première fois depuis longtemps. Ces gens étaient formidables et tolérants !
Puis une pensée noire et insidieuse lui glaça le coeur...Comme ça faisait mal de leur avoir menti !
(fin chapitre 14)
L'inspiration à couler à flot aujourd'hui.J'ai fini l'histoire et ça donne un long post à ce que je vois (week-end : changement de moniteur,j'peux plus bien jaugé...)
--MAJ-->Oui en effet ça fait trés long en format forum...Désolé !
Par contre j'ai eut pas mal de probléme "mécanique" au cours de l'écriture : une fuates de frappe/d'othorgraphe par mot ou presque.J'ai corrigé la plupart mais ma connaissant il en reste plein...
Comme d'hab j'attends vos commentaire ! Avez-vous aimé mon vampire albinos ?
--MAJ-->Tiens, une question pour Nyxl ou autre : Halonn est il "Ricien" ? Je n'ai pas assez lu de ses histoires pour juger...
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Dernière mise à jour par : Le bibliothecaire le 11/02/03 18:57
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...Prenez la taille de mon ego et ça vous paraîtra petit..."
Aerth, récits fantastiques
...Et en plus il écrit et il blog...
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Réponse au Sujet 'Er a été posté le : 04/02/03 16:55
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-Chapitre 15 : Saïyuki, fragments de voyage.
Après avoir écouté l'histoire d'Halonn, le groupe d'aventuriers alla se coucher un moment. Seul le vampire resta éveillé, plongé dans ses pensées suite à cette débauche de souvenirs...
Le lendemain, Ysandre se leva à l'aube, bien décidé à profiter d'une bonne journée bien active au service de son prochain. Elle fit ses prières et rituels destinés à honorer son Dieu et à commencer une saine journée de travail.
Malheureusement pour elle, l'équipage de l'Espadon ne semblait pas avoir le moins du monde besoin de son aide...
Dépitée, la Paladine se rendit sur le pont, bien décidée à s'entraîner au combat tout en admirant le lever du soleil sur la mer glaciale. Quelle ne fut pas sa surprise de découvrir que quelqu'un l'avait précédée en cette heure matinale.
Lelfe se tenait debout, face au soleil levant. Pourtant il n'était pas connu pour ses levers aux aurores, étant plutôt du genre grâce matinée et fainéantise...
Ysandre allait l'interpeller quand quelque chose l'arrêta : Lelfe ne portait pas un de ses étranges accoutrements habituels ! Au contraire, il portait une robe formelle de cérémonie, blanche et or.
Ysandre fut tellement surprise par l'habit sérieux et le visage concentré de Lelfe qu'elle s'arrêta. Son ami ne l'avait pas vu et murmurait d'étranges paroles d'un rituel inconnu. Sans savoir pourquoi, Ysandre se cacha pour pouvoir l'observer tranquillement.
"Pourquoi je fais ça ?" pensa la jeune fille en rougissant "La curiosité est un vilain défaut...Mais je ne voudrais pas le déranger...Peuh ! Quelle excuse minable, j'ai honte..."
Elle allait se redresser et saluer son compagnon, le rituel étant à l'évidence terminé et sans effet apparent, quand Lelfe ôta soudain le haut de sa robe en soupirant. Ysandre replongea aussitôt derrière sa cachette, le visage cramoisi.
Lelfe caressa doucement la mince cicatrice qui barrait son torse, dernier souvenir qui s'effaçait du combat contre le chef des pirates. Il frissonna, de froid et de peur rétrospective.
"Alors, tu t'inquiètes ?" demanda une voix douce et inconnue.
"Seigneur Lathandre !?! " s'écria Lelfe en sursautant. "Vous...vous êtes venu en personne ! Si je m'attendais à..."
"Quoi ? Ai-je bien entendu ?" pensa Ysandre, choquée, en se redressant.
A coté de Lelfe torse nu se tenait maintenant une majestueuse silhouette brillante qui admirait le lever du soleil.
Il s'agissait d'un elfe très grand, à la longue chevelure dorée flamboyante sous le levant. Il portait une toge blanche et or somptueuse et une épée de flamme battait tranquillement son flanc.
Le plus surprenant était son aspect semi-transparent et une incroyable aura de puissance et de sérénité.
Ysandre resta bouche bée devant la divine apparition.
"J'avais du temps libre. Et j'ai senti ta détresse : il est rare que tu fasses le rituel de communion dans les formes..." rigola le Dieu du Renouveau. "Et puis ta mère s'inquiète, et tu sais comme elle m'est précieuse..."
"Humm...En tout cas, merci. Comment va-t-elle, au fait ?" répondit Lelfe.
"Très bien. Sa grossesse avance : tu auras bientôt une petite soeur ! Elle aimerait d'ailleurs te revoir, à cette occasion..."
"Ne me dîtes pas qu'elle vous a envoyé me dire ça !?!"
"Non, non, je suis venu pour savoir ce qui te tracasse tant."
"Ca s'est reproduit...J'ai encore une fois échappé à la mort sans savoir pourquoi ! A moins que Derym soit beaucoup plus puissant qu'il n'y parait...Mais j'en doute. ça va faire la troisième fois que je ressuscite ou que j'échappe à une mort certaine...Sans savoir pourquoi !"
"Quatre fois. Tu étais trop jeune pour t'en souvenir mais tu es un jour tombé sur le crâne du haut d'un grand arbre...ET tu t'en es sorti : en deux jours tu n'en portais plus trace..."
"Ah ! ça confirme donc une de mes hypothèses ! J'ai toujours pensé que c'était l'amulette de maman qui me protégeait...Mais je ne la porte que depuis que je suis parti à l'aventure ! Ce n'est donc pas ça ? Pardon, mon seigneur, mais est-ce vous qui me maintenez ainsi en vie ?"
"Désolé, je n'ai rien à y voir. Je t'aime bien et tu fais presque parti de la famille mais je ne peux m'autoriser de telles interventions dans la vie des mortels. Je pensais moi aussi que ta mère ou GaHell y étais pour quelque chose. A eux deux, ils sont assez puissants pour ça et pour que ça m'échappe...Je n'ai donc pas de vraie réponse à t'apporter."
"Et vous ne pensez pas que ça pourrait venir de moi...Que je serais une sorte de monstre ? Une sorte de phénix ou de fantôme..."
"Je crois pas !" s'exclama le Dieu du Levant. "Ou alors tu le caches bien ! Par contre, vu ton ascendance il n'est pas étonnant que tu développes certains pouvoirs spéciaux...En plus, j'ignore le but du programme génétique de ton ex-employeur et ce qu'il espère obtenir avec ça...Ce genre de truc m'échappe complètement, tu sais !"
"Humm...En tout cas, merci. Je n'ai pas mes réponses, mais ça m'a fait plaisir de parler avec vous..."
"De rien. Désolé de n'avoir pas de divine révélation à t'apporter." plaisanta l'apparition scintillante "Tu sembles avoir repris du poil de la bête. Je vais donc te laisser...Pense quand même à ta famille de temps en temps ! Sinon ta mère va m'enguirlander..."
Et sur un geste amical, l'image du Dieu s'effaça, laissant Lelfe souriant et un rien rêveur.A quoi bon s'inquiéter pour ça : après tout, il était bien mieux vivant que mort ! Pourquoi s'en plaindre...
Ysandre resta un moment, pâle et abasourdi par cette conversation.
Lelfe conversait avec son Dieu ! Et comme s'ils étaient deux bons amis, de vieilles connaissances !
"Bon sang, mais qui est ce type !?!" pensa la Paladine au comble de la stupéfaction.
Ysandre s'arma de courage avant de se redresser. Elle s'avança vers Lelfe qui contemplait rêveusement le paysage. La Paladine fit un maximum de bruit pour indiquer son approche, tirant le Barde de ses pensées. Il se tourna nonchalamment vers la Paladine et la salua d'un sourire.
"Salut Ysandre ! Bien matinale...Remarque c'est normal : les Paladins ne sont pas du genre flemmard !"
La jeune femme ne savait que lui dire. Devait-elle confesser l'avoir espionné ? Elle décida de ne rien en faire...Pour l'instant !
"Bonjour Lelfe. Toi aussi tu es bien matinal. Un souci ?"
"Non, non...J'aime les levers de soleil, c'est tout...Et j'avais à réfléchir un peu seul. Tu sais, je ne suis pas toujours aussi fainéant que j'en ai l'air ! Et toi, que fais tu ici de si bonne heure ?"
"Je...Je venais m'entraîner un peu. Histoire de pas rouillée sur ce bateau où on s'occupe de tout pour nous." répondit la Paladine. Après tout ce n'était pas un mensonge. Juste une petite omission...
"On le fait ensemble ? Seul...Tous les deux ? Il faut bien qu'on s'amuse un peu..." demanda d'un air faussement innocent Lelfe.
"Oui, pourquoi pas..." commença la Paladine, un rien mal à l'aise devant le ton doucereux du Barde.
Elle fut interrompue par Thiki qui éclata de rire derrière son dos. Lelfe sourit : il avait vu approcher la jeune fille.
"T'es vraiment impayable, toi ! Je m'incline devant Vous, Ô Maître en sous-entendus." ricana l'adolescente après s'être reprise.
"Qu'est-ce qu'il a fait ? Qu'est-ce qu'il y avait de si drôle ?" demanda la Paladine, persuadée d'être le dindon d'une farce qu'elle ne voyait même pas.
"Ah...Ces Paladins..." soupira Thiki avant de rire en coeur avec Lelfe.
La jeune fille finit par expliquer à l'oreille de la Paladine, les connotations sexuelles de son dernier dialogue avec le Barde charmeur.
La Paladine rougit violemment et s'apprêta à corriger l'outrecuidant et rigolard personnage quand la dernière phrase murmurée de Thiki l'arrêta.
"Je crois qu'il a fait ça pour te punir gentiment de ton indiscrétion..."
Sur un clin d'oeil, Lelfe et la voleuse se retirèrent pour déjeuner, laissant la Paladine pâle et choquée. Peu après elle éclata de rire : la voilà bien punie !
Elle se jura désormais d'être honnête avec son ami.
(à suivre...)
Pour ce chapitre, les morceaux risque d'être plus court, représentant ce qui ce passe de temps en temps au cours du long voyage de nos héros...Commentez !
---MAJ---
Ce morceau de chapitre a jonglé entre le bloc note iMac et Windows...Il peut s'être produit pas mal d'erreur de mise en pages, désolé...J'ai par exemple dû retaper tout les "é","è" et les "à" et autres caractére spéciaux...
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Réponse au Sujet 'Errare Humanum Est...?' a été posté le : 05/02/03 17:51
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(suite chapitre 15...)
Toujours à bord de l'Espadon, Derym et ses amis profitaient pour une fois du soleil sur le pont.
Le navire ayant atteint des latitudes un peu plus clémentes, les aventuriers étaient sortis admirer la mer parsemée d'icebergs de plus en plus rares et de plus en plus petits. Puis ça leur permettait de se détendre loin de la fournaise de l'intérieur du bateau et ce sans gêner les manoeuvres de l'équipage.
Le temps était splendide, bien qu'encore très froid. D'énormes nuages blancs cotonneux dérivaient paresseusement dans le ciel d'un bleu intense, contrastant avec la mer glaciale et verdâtre. Le soleil donnait au tableau des couleurs crues et apportait plus de lumière vive que de chaleur.
Ysandre et Lelfe rivalisaient d'assauts frénétiques contre Groumpf, entraînement difficile mais efficace. Seule la Paladine arrivait quelque temps à contenir le géant, Lelfe lui servant de façon tacite de diversion.
Derym méditait dans un coin, le regard perdu dans le paysage somptueux de cet après-midi. Plus loin Thiki jouait (ou étudiait ? ) avec un ensemble complexe de sextants, boussoles, longue-vues et autres instruments nautiques...
Soudain, un étrange équipage arriva avec fracas.
Dame Aëlda, magicienne et seconde capitaine du navire sortit sur le pont, précédée par trois Nains qui portaient délicatement une fragile et mystérieuse structure de voiles, tissus et filins.
Suivait enfin le capitaine Goklim, un lourd manteau sur les épaules, tricorne ornée fièrement vissé sur le crâne et une énorme pipe à herbe dans la bouche. Il portait un chevalet et une boîte à peinture. Deux autres Nains arrivèrent, portant la lourde chaise du capitaine et une fort longue canne à pêche.
"Que ce passe t'il capitaine ?" demanda Derym.
"Oh, rien de grave mon ami ! Disons que tout marche sans problème et qu'on a nous aussi eu envie de profiter du beau temps. Enfin, surtout elle..." répondit le Nain et désignant sa femme.
C'est à ce moment que le jeune homme remarqua la tenue de la magicienne elfe.
Elle portait une tenue extrêmement moulante, lisse et argenté, d'un tissu si fin qu'on aurait dit une seconde peau d'argent liquide.
Bien évidement, ceci ne cachait en rien les harmonieuses courbes parfaitement conservées de l'elfe.
Derym rougit et détourna le regard, ce qui fit éclater de rire Thiki qui s'était approchée.
"Et que va-t-elle faire ?" demanda Derym au capitaine pour masquer son trouble. La vénérable magicienne s'affairant autour de l'étrange amas de toiles et de bois fin transporté par l'équipage.
"Vous savez, ma marotte, c'est la mer !" répondit le Nain et s'installant confortablement dans sa chaise, canne à pêche dans une main, pinceau dans l'autre. "Elle, c'est le ciel. Elle va donc voler un peu..."
"Quoi !?!" s'écrièrent ensemble Derym et Thiki.
"Voler. Dans ce truc...Elle appelle ça un aéroplane ou un truc du style. Le gnome l'a aidée à fabriquer ça...Et ça marche !"
Tout le groupe d'aventurier se rassembla pour voir la magicienne monter son étrange appareil.
Il s'agissait d'un ensemble de voiles fines, de traverses de bois et de cordages minuscules soutenant de petites attaches sur lequel l'elfe s'harnacha solidement.
"ça a l'air fantastique ! Faut vraiment que je vois ça !" s'écria Lelfe ébahi. "Et ça vole vraiment ?"
"Logiquement...Oui, ça peut marcher..." murmura Thiki en griffonnant croquis et calculs dans un carnet en détaillant l'appareillage. "Fascinant..."
"Et pourquoi ne pas simplement faire appel à la magie ?" demanda Ysandre, toujours logique.
La magicienne se tourna vers eux et leur sourit.
"Parce que c'est moins drôle ! Sentir le vent pour se déplacer, se mouvoir par une idéale coordination du corps et de l'esprit...Y'a rien de plus fascinant ! Et puis songez un peu aux risques de la magie : et si on m'attaquait en l'air ? Et si j'entrais par mégarde dans une zone de mortemagie ?"
"Inutile de leurs donner toutes les explications que tu m'as servies pour me rassurer, ma douce. Dis leur simplement la vérité : tu aimes ça car c'est plus excitant..." coupa le capitaine en rigolant.
La vieille elfe sourit et fit un signe aux Nains qui l'entouraient : elle était prête !
L'aéroplane était monté sur un chariot à roulettes que les puissants marins propulsèrent violemment le long du grand pont du navire. Pendant la course, la magicienne actionnait diverses tirettes et cordages pour faire prendre l'air à ses ailes...Du moins c'est ce que tenta d'expliquer Thiki aux autres.
Ils suivirent la course effrénée avec enthousiasme et un rien d'appréhension.
Soudain, sur un signe de leur capitaine, les Nains pilèrent, bloquant le chariot juste avant l'extrémité du pont. L'aéroplane fut brutalement propulsé par-dessus bord, plongeant vers la mer.
Tous retinrent leur souffle en voyant disparaître l'aéroplane. Puis ce fut d'intenses soupirs de soulagement mêlés à de bruyantes acclamations de joie et des applaudissements nourris quant l'appareil réapparut, fonçant vers l'azur avec grâce et souplesse.
"C'est merveilleux !" s'exclama Ysandre "J'aimerais bien essayer aussi..."
"T'es trop lourde...Aïe !! Qu'est-ce que j'ai dis !?" s'exclama Thiki. La Paladine venait de lui pincer méchamment le coude.
"Ahaha !" rigola Lelfe tout en suivant des yeux les évolutions aériennes de l'appareil. "Ne te vexe pas, mais je crois qu'elle à raison...Désolé Ysandre, mais tu es trop grande et trop...musclée pour une construction si fragile..."
"Dites tout de suite que je ne suis qu'une brute !" ronchonna Ysandre. Mais c'était malheureusement vrai...A coté de la frêle magicienne elfe, elle avait l'air d'une géante maladroite et épaisse...La jeune fille soupira. Tant pis.
"Dit moi Thiki, tu penses que certains d'entre nous pourraient essayer ça ?" demanda Derym, intéressé. "Ceci me semble à la fois une expérience fascinante et un bon présage pour nous qui allons vers le Temple de l'Air..."
"Toujours boulot-boulot, hein ? Laisse moi réfléchir...Moi, sûrement, j'dois pas peser bien lourd et j'suis plus p'tite...Lelfe, peut être : même s'il est musclé, il n'est pas très grand et semble fort léger, comme ceux de sa race. Mais faut qu'il vire tout son barda habituel !"
"Et encore faut-il que la Dame nous donne sa permission : je n'ai aucune idée de la façon dont on pilote cet engin !" ajouta Lelfe.
"Depuis quand ce genre de détails t'arrête ?" murmura Thiki en faisant un clin d'oeil narquois au Barde "A moins que tu aies peur ?" rajouta-t-elle en haussant la voix.
"Peur ? Moi ? Jamais !"
"En tout cas ne faites rien d'inconsidéré..." conclut Derym avec un regard mortellement sérieux.
Aëlda fendait l'azur avec ravissement. Il faisait à nouveau assez chaud pour qu'elle s'adonne à sa passion. La manoeuvrabilité avait été encore améliorée. Il faudrait quelle félicite son ingénieur-gnome adoré...
Elle fit quelques passages autour et au-dessus du navire, saluant négligemment l'équipage et les aventuriers qui lui répondaient par de grand geste d'encouragement et des vivats.
Pour leur faire plaisir et taquiner son bon mari, l'elfe fit quelques figures d'acrobatie aérienne qui ravirent les spectateurs et glacèrent d'effrois le maître Nain.
Elle plongea vers l'océan, se gavant de vitesse et d'air salin et frais. Elle pouvait même voir quelques bancs de poissons fuir en désordre devant son ombre inhabituelle. Elle respira les embruns glacés et vivifiants avant de reprendre de l'altitude. Tournoyant autour du bateau, elle écoutait le vent chanter dans la voilure et dans les cordages de ses ailes de toile.
Souriant en écoutant la mélopée, elle virevolta autour d'un iceberg fondant et se craquelant doucement. Le contraste entre la glace blanche, resplendissante sous le soleil de cette magnifique journée, et la mer verte, profonde et mystérieuse, ravit l'âme poétique de l'elfe. Elle comprenait parfaitement la fascination de son mari pour ces étendues d'eau merveilleusement diverses.
Levant la tête, elle contempla les nuages d'une glaciale blancheur flottant paresseusement dans le ciel d'un bleu profond.
"Moi aussi, j'ai mes icebergs, mes titans splendides du ciel." pensa l'elfe.
Toujours souriante, elle inclina son aéroplane pour prendre de l'altitude : elle au moins pouvait plonger dans ces masses cotonneuses ! Pas sans risque, mais... C'était ainsi plus excitant !
Le navire n'était plus à présent qu'une maquette sous elle, un jouet. Cela l'amusa un instant, elle qui connaissait parfaitement l'ouvrage colossal qu'il avait fallut pour créer le magnifique navire.
Elle atteignit enfin le nuage et y pénétra sans appréhensions. C'était froid et humide et un rien étrange, mais cela lui procura un vif plaisir. La visibilité était fort réduite mais ça ne la dérangea pas, elle était trop occupée à suivre les étranges circonvolutions internes du nuage.
Elle plongea avec ravissement dans l'étrange substance ouatée, se gorgeant de l'air humide, froid et pur.
Elle savait qu'elle ne devait pas trop s'attarder ici au milieu de ces blanches colonnades duveteuses : le nuage avait une douce mais trompeuse apparence. Le givre et l'humidité allaient trop alourdir les voiles, provoquant une terrible et incontrôlable chute.
Pourtant elle décida d'y rester un maximum. De toute façon, il lui restait sa magie, au cas où...Même si elle s'était jurée de ne pas en faire usage durant les séances de son égoïste plaisir coupable au coeur des cieux...
Elle allait sortir des doux tourbillons internes du nuage, quand un mouvement suspect l'intrigua : autre chose volait non lui d'elle ! Quelque chose de gros !
Elle s'approcha lentement, suivant des mouvements fluides dans les traînées blanchâtres du nuage. Elle ne faisait que deviner une forme puissante, animée d'une volonté propre : pas un phénomène naturel.
Elle finit par atteindre une trouée, un espace où le nuage s'ouvrait doucement, révélant par intermittence la mer splendide en bas.
Et dans cet espace se tenait un jeune dragon blanc.
Le choc de voir ce titan des airs aux écailles de perle nacrée et délicate, la surprit tellement quelle ne remarqua même pas que la bête était nantie d'un étrange cavalier qui scrutait le navire en contrebas.
Sans même réfléchir, elle s'approcha pour mieux admirer le seigneur des airs. Il semblait si parfaitement adapté à ce paysage de nacre, trônant tel un prince blanc dans son château dans le ciel...
Puis la raison et la peur lui revinrent. Que faisait ici, si loin des terres, une créature aussi dangereuse ? D'habitude les dragons ne sortaient pas volontiers de leurs antres et de leurs territoires...
C'est alors qu'elle remarque le cavalier qui chevauchait le wyrm des glaces. Il était grand, très grand, nanti de longs cheveux d'or et portant une lourde armure blanc bleu pâle, elle-même en écailles de dragons. Un casque lui aussi taillé dans un crâne de dragon lui cachait le visage. Elle devina deux yeux brûlants, couleur bleu acier. Il portait également une longue lance à la pointe gigantesque, apparemment taillée dans un cristal, si ce n'est dans un diamant...
Le cavalier était aussi impressionnant que la monture ! Et il incantait !
La magicienne elfe se maudit de s'être laisser distraire par le spectacle.
Elle plongea au coeur des brumes nuageuses environnantes, tentant d'échapper au sort...
"An-Memnos !" termina une voix glaciale et impérieuse.
Un courant magique violet entoura un instant la magicienne qui cria de souffrance, sentant un dard mental glacé et inexorable lui fouiller le cerveau. Elle s'évanouit.
Aëlda s'éveilla douloureusement, sentant le sifflement insistant et menaçant du vent glacial. Elle tombait !
Jurant, elle poussa les commandes et les cordages de secours de son aéroplane, gonflant les voiles de frein et déployant les ailes à fond pour ralentir sa chute. Son piquet fou pris heureusement fin avant l'impact avec les eaux d'un froid mortel.
De justesse, elle redressa l'appareil, fonçant à pleine vitesse vers l'Espadon malgré des voilures en piteux état.
Elle se posa en urgence d'une manière fort peu élégante, manquant au passage de se briser les jambes dans l'atterrissage.
Elle ne s'était pas extraite des toiles entremêlées que déjà son mari et les aventuriers amicaux se précipitaient en hurlant.
"Pas de mal, ne vous en faites pas..." dit-elle en se relevant en grimaçant. "Mais mon bel aéroplane va avoir besoin d'une sérieuse révision..."
"Ma mie ! Ne me refaites jamais plus une peur pareille ! Mon vieux coeur ! Je vous interdis formellement de recommencer ces acrobaties aériennes si périlleuses !"
Elle lui lança un regard où se mêlait courroux et amour.
"Je ferais ce qu'il me plait, mon cher ! Qui êtes vous pour vouloir limiter ma liberté ? Et vous osez vous prétendre Briseur de Limites ? Je suis indemne, non ?"
"Pardon, mon aimée...Mais je ne peux me résoudre à vous perdre...J'étais si inquiet...Vous pourrez continuer, bien sûr, si vous le souhaitez...Mais tacher de prendre moins de risques, je vous pris ! Faites le au moins pour ma santé mentale !" répondit le capitaine en balbutiant.
"Que s'est-il passé là haut ?" demanda Derym.
"Je ne sais pas...Je pense que je suis restée trop longtemps dans le nuage. Le givre a dû alourdir et modifier la voilure, provocant mon plongeon forcé. J'ai dû m'évanouir un instant sous le choc de la plongée et du froid...Heureusement je me suis réveillée à temps et j'ai pu redresser..."
La magicienne se tût un instant, frissonnant d'appréhension résiduelle et...d'une indéfinissable autre chose qui lui échappait...
Quelques instants plus tard elle haussa les épaules et inspecta l'appareil. Les dégâts étaient plus minimes qu'elle ne l'aurait cru : quelques pièces tordues et peu de voiles déchirées...Aisément réparable.
Elle donna aussitôt des ordres impérieux aux marins qui s'empressèrent de la satisfaire. Elle devait vite remettre l'appareil en état de marche : la si belle journée commençait à peine !
De plus, Thiki et Lelfe, peu refroidis par l'accident, mouraient d'envie d'essayer ce nouveau et excitant mode de locomotion...
Haut dans les airs, en partie caché par les nuages colossaux, le cavalier du dragon contemplait le navire en contrebas. Il suivait les déplacements maladroits mais hardis de Lelfe aux commandes de l'aéroplane à nouveau opérationnel.
Cet appareil et cette magicienne l'avaient surpris .Et nul ne devait se douter de sa présence.
Il contempla encore un moment les voltiges de Lelfe, en souriant doucement.
"Trop jeune. Si inexpérimenté...ça ne vaudrait pas le coup...Laissons-le grandir encore un peu..." pensait le chevaucheur de dragon.
D'un mouvement vif de sa lance, il ordonna à sa puissante monture de faire volte-face, retournant en silence vers le Nord sauvage et glacial, son domaine incontesté.
"Qui sait. Il pourrait faire un jour un adversaire valable..." murmura-t-il après un dernier regard perçant en direction du navire.
(à suivre...)
--MAJ--
La diatribe du MageGaHell : Maudit soit les iMac (avec des claviers sans "[") ! Maudits soit Word et les caractéres spéciaux ! Maudits soit ma propension à mettre tout le temps des "..." ! J'ai du tout corriger à la main...
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Dernière mise à jour par : Le bibliothecaire le 12/02/03 14:35
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Réponse au Sujet 'Errare Humanum Est...?' a été posté le : 06/02/03 19:05
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(suite et fin chapitre 15)
"Fantastique ! Inoubliable ! Grandiose ! Et d'une utilité sans borne..." railla Thiki.
"Ahah ! Bel effort en tout cas...Mais c'est vrai que c'est pas très...glorieux." renchérit Lelfe.
"Quoiqu'en été, s'il fait chaud..." ajouta Thiki, toujours en s'esclaffant.
"Oh, ça va vous deux ! Il a fait des efforts, non ? c'est déjà un signe encourageant qu'il commence à maîtriser ses nouveaux pouvoirs..." coupa Ysandre pour consoler Derym.
Le jeune homme était attablé devant un verre d'eau posé sur la table du mess. Sous les yeux ébahis (ou sceptiques...) de ses amis, il venait de transformer l'eau du gobelet en glace dure.
L'apprenti Druide s'entraînait en effet depuis des jours pour comprendre et maîtriser la pierre élémentale fichée dans son corps.
Grâce à elle et grâce à un long et pénible entraînement, il pouvait maintenant congeler et décongeler un petit volume d'eau à volonté.
Malgré les railleries devant l'absurdité et les limitations de ce nouveau pouvoir, le jeune homme repris un peu confiance en lui.
Depuis le début de la traversée, il doutait en effet de ses compétences...Il ne se sentait pas digne d'avoir été choisi par son vieux Maître pour cette étrange équipée. Il se sentait trop jeune, trop faible, pas assez expérimenté et entraîné. Pourtant, il avait eu accès à l'un des trésors les plus secrets de son ordre...
La peur de ne pas se montrer à la hauteur l'avait jusqu'à présent hanté chaque jour.
Mais aujourd'hui, il avait enfin obtenu un signe encourageant ! Finalement, il pourrait par de longs et constants efforts se montrer digne du choix risqué de son Maître !
Le jeune homme sourit à Ysandre qui le soutenait depuis le début dans ses efforts par des remarques encourageantes empreintes de gentillesse. Pour la Paladine, tout devait passer par le travail et les efforts.
"Rien n'est vraiment impossible si on l'affronte avec courage et détermination !" disait-elle au Druide. Comme il aurait aimé être aussi déterminé et sûr de lui !
La jeune fille sermonnait à présent Lelfe et Thiki sur leur moquerie, dérivant sur un pamphlet sur le respect du travail, des efforts et d'autrui...Derym resta amusé un instant : il était quasiment sûr que les remarques narquoises dont il venait juste d'être la cible n'avaient pas d'autre but que de taquiner la Paladine, si prompte à s'enflammer...
C'était tout à fait du genre de Lelfe, donnant par là même une leçon à la Paladine, retournant son sermon sur la tolérance contre elle. Et Thiki le suivrait sans doute : elle idolâtrait presque le Barde et partageait avec lui un étrange sens de l'humour...
Toujours concentré sur ses congélations-décongélations, le Druide écoutait d'une oreille distraite les autres argumenter. Tiens, il ne s'était pas trompé...Lelfe moralisait maintenant sur le droit à la libre expression et à la satire comique. Ysandre avait du mal à suivre son exposé alambiqué et ses arguments tordus. Thiki buvait les paroles habiles du Barde.
"Il ne faut jamais argumenter avec un Barde..." pensa Derym, amusé. "Après tout, ces gens vivent de leur bagout et de leurs talents d'orateur…"
Le visage déconfit de la Paladine chagrina le druide un instant. Il soupira : ces deux là aimaient vraiment trop faire tourner en bourrique Ysandre et ses convictions (il est vrai un rien étriqué et irréalistes) de Paladine. Devait-il intervenir et calmer le débat ?
Au moment ou il allait intervenir, Lelfe lui fit un clin d'oeil avant de sourire à Ysandre et d'avouer qu'il la faisait marcher : en fait, il était d'accord pour soutenir Derym dans ses efforts...Ysandre secoua la tête, ne sachant plus trop ou elle en était. Thiki se désintéressa de la conversation.
La porte menant au pont s'ouvrit à ce moment là : Groumpf et Halonn revenaient de leur désormais traditionnel entraînement nocturne au combat...
Le géant était en nage et il alla immédiatement se verser un seau d'eau sur le corps (Thiki ayant fait une remarque sur l'exquis plaisir de dîner en compagnie d'un guerrier barbare sentant le fauve).
Halonn se laissa tomber dans un fauteuil en soupirant. Pour lui, c'était une façon sportive de commencer la journée...
"Il est vraiment si fort que ça ?" demanda Derym devant la figure défaite de l'albinos. Pour lui, d'après le peu qu'il en avait vu, Halonn et Groumpf se valaient en combat.
"Incroyablement...Malgré son apparence, ce n'est pas un simple lourdaud baraqué...C'est un vrai Maître d'arme, un combattant professionnel. Rapide et souple malgré sa carrure, il est en plus effroyablement fort et endurant. Sans mes ruses et mes pouvoirs mystiques, il me surclasserait complètement..."
Le géant revint s'asseoir et commença à engloutir le repas à présent servi. Après avoir dévoré une quantité monstrueuse de victuailles, il commenta lui aussi l'affrontement de ce soir.
"Halonn très fort aussi ! Anguille...Presque insaisissable ! Très rapide et dangereux avec deux lames ! Bon adversaire : tient longtemps contre Groumpf...Jusqu'à être touché ! Ah ! Ah !"
Le vampire sourit devant ces compliments. Il regarda manger les autres avec une pointe d'envie : ça avait l'air savoureux...Mais pour lui, les plaisirs de la table étaient perdus à jamais...Bah ! Il avait déjà mené une longue vie de sybarite décadent ! Il vivrait sur ses souvenirs...
Ces réflexions sur son état et le silence autour de la table pendant que les aventuriers faisaient un sort aux vivres, amenèrent les pensées du vampire albinos à la véritable et sombre raison de ses combats acharnés contre Groumpf.
En fait, la réserve de sang frais, conservée dans des fioles magiques de son Ordre, était quasiment épuisée. Déjà il se restreignait. Déjà il sentait la faim et le manque croître furieusement en lui. Pourtant, il ne voulait surtout pas s'en prendre aux aventuriers. Il les respectait désormais bien trop pour ça...Et malheurs à lui s'il arrivait quelque chose à Derym !
Quant à se nourrir sur l'équipage...Les Nains étaient tolérants mais son sort ne ferait aucun doute s'il s'en prenait à l'un d'entre eux...Il n'aurait aucune chance !
Alors, pour se défouler et calmer la frénésie qui montait en lui, il se donnait à fond contre Groumpf chaque soir. Et chaque soir, il constatait que ses attaques étaient plus violentes et vicieuses, lui faisant prendre des risques quasiment à son insu. Il désirait tout en le redoutant voir le sang du colosse...
Heureusement, le géant était un féroce guerrier et ne se laissait pas faire ! Pourtant, Halonn savait qu'un jour lui ou Groumpf serait sérieusement blessé...Le géant survivrait-il à son irrépressible besoin de sang ? Et lui, survivrait-il à la furie berserk du guerrier s'il le mettait en colère ?
Le vampire se résolut à désormais espacer ces entraînements. Autant ne prendre aucun risque. Il se défoulerait autrement, quitte à se tuer à la tache en aidant sur le navire.
"Le capitaine a dit si on arrive bientôt à cette île perdue ?" demanda l'albinos.
"Non, mais d'après la carte, y'en a encore pour un moment..." répondit Thiki, la bouche pleine.
"Pas le pied marin ? Mal de mer ?" rigola Lelfe.
"Non, bien sûr...Mais j'aimerais me détendre un peu hors du navire. Je préfère la terre ferme, c'est tout..." mentit le vampire.
Intérieurement, l'albinos gémit : la situation allait bientôt devenir critique...
Quelques nuits plus tard, Halonn était au bord de la panique et de la folie.
Il avait complètement asséché ses réserves et tournait dans le navire tel un lion en cage. Il évitait au maximum de croiser du monde et surtout le groupe de Derym. Et il n'y eut vite plus un seul rat vivant dans le bateau.
Au coeur des nuits obscures, il sortait en cachette sur le pont pour courir comme un fou au clair des lunes. Il espérait que le froid et l'exercice lui ferait oublier sa faim. Peine perdue, il devenait de plus en plus frénétique, comme un animal en chasse. Il s'était même déjà involontairement métamorphosé en loup sanguinaire, l'un de ses pouvoirs de vampire qu'il ne maîtrisait pas bien...
Heureusement personne n'avait assisté à la métamorphose et, seul sur le pont, il n'avait pu agresser personne.
A son corps défendant, ses pas l'avait conduit cette nuit une fois de plus devant la porte de la cabine ou dormaient Ysandre et Thiki. Les deux aventurières exerçaient sur lui un attrait indicible et interdit. Son esprit fiévreux ne cessait de lui souffler des plans démoniaques pour l'inciter à s'abreuver du sang chaud des deux demoiselles.
Après tout, il ne devait protéger que Derym...Une insomnie, un accident, une disparition sur cette mer glaciale...
Non ! A quoi pensait-il ? Remarque...Il n'était pas obligé de les tuer...Il assouvirait son sinistre besoin en douceur, discrètement...Elles ne remarqueraient sûrement rien...Il devrait se rationner...N'en prendre qu'un petit peu...Délicatement...
"Halonn ? T'fais quoi d'vant not'porte ? Visite nocturne, vieux pervers ?" dit la voix ensommeillée de Thiki derrière son dos.
Et voilà...Il était resté suffisamment longtemps pour qu'on le remarque ! Obnubilé par le désir de sang, il n'avait même vu que la gamine était aux toilettes...
Le vampire se redressa, prêt à frapper. Thiki recula d'instinct, sentant qu'il y avait quelque chose d'anormal avec le guerrier albinos.
Halonn hésita : tuer l'adolescente et boire jusqu'à l'extase ? Mais comment se débarrasser du corps ?
Thiki compris le problème en voyant les crocs luisants et le regard à moitié fou d'Halonn.
"Je vois...T'as soif, non ? Plus de réserve ?"
Le vampire albinos hocha lentement la tête. Si elle criait maintenant...Pourtant, il ne sentait ni peur ni révulsion dans la voix de la jeune fille.
"Fais pas ses yeux là...Tu me ferais presque peur." déclara la voleuse. "Pourquoi tu ne l'as pas dit, tout simplement ?"
"Je...Vous ne comprendriez pas...Je ne veux pas...Que vous me détestiez...Et vous ne pouvez pas m'aider..."
"Mais si ! Idiot !" répondit Thiki en relevant la manche de sa chemise de nuit. "Je sais ce qu'être esclave signifie et je n'ai pas peur de la douleur...ET j'suis pas une sainte-nitouche comme certaines...Je suis ton amie ! Vas-y sert toi donc...vas-y mollo quand même, j'tiens à ma peau !"
Le vampire tomba à genoux devant l'adolescente. S'il avait pu pleurer, il l'aurait fait. Jamais personne ne lui avait fait une si généreuse proposition !
Hoquetant et balbutiant des remerciements, il prit le poignet délicat de la jeune fille et y enfonça ses crocs avides.
C'était douloureux. Mais Thiki sentait vite une froideur envahir la blessure : visiblement, les crocs du prédateur nocturne devaient contenir un anesthésiant quelconque...
Le plus désagréable était la sensation d'être vidée...Le tout accompagné par de petits mais horribles bruits de succions en provenance du vampire affamé.
Thiki se sentit rapidement faiblir : elle fit signe à Halonn d'arrêter. Elle dut insister et frapper le vampire. Halonn finit par se redresser, le sang coulant en minuscule filet sur ses joues blanches. Thiki frissonna, de faiblesse et de peur.
"Depuis combien de temps il est comme ça ?" se demandait-elle "Il aurait put devenir dangereux et nous tuer tous si je ne l'avais pas nourri !"
Elle sentait la tête lui tourner, conséquence probable de la saignée. Halonn ne semblait pas encore repu, même si son regard était désormais bien moins diabolique.
Le vampire la remercia d'une voix rauque, s'excusant encore et encore de sa faiblesse, de sa malédiction.
Il allait soigner la blessure sacrificielle de Thiki par sa magie cléricale quand la porte de la chambre s'ouvrit.
"C'est pas fini ce bru..." commença Ysandre à demi-reveillée.
Elle se figea devant la scène : Thiki chancelante, Halonn lui emprisonnant un bras couvert de sang. Et avec une blessure caractéristique.
Immédiatement elle saisit son épée qui n'était jamais bien loin, prête à châtier l'impie personnage qui maltraitait l'adolescente !
"Halonn ! Sale traître !"
"NON ! " cria Thiki "J'étais volontaire !"
"QUOI ! Tu t'es donnée à cette créature du Mal ! Quel sortilège maudit cette pourriture a-t-il utilisé ? N'aie crainte, sa mort le dissipera !"
Thiki eut juste la force de s'interposer entre le vampire et la Paladine. Elle raconta précipitamment toute l'affaire à son amie.
Halonn, empressé de prouver sa bonne volonté, lança un sort pour refermer la blessure de la jeune fille. Ensuite, il se mit à genoux devant la Paladine, avouant ses sombres pulsions de prédateur. Il jouait le tout pour le tout.
Ysandre reposa doucement son épée, hébété par l'histoire d'Halonn et de Thiki.
"Halonn, vous êtes un faible, une créature des Ténèbres...Mais à la demande de cette enfant, je consens à vous épargner..." déclara finalement la Paladine "Votre esprit corrompu et faible ne peut apparemment lutter contre vos pulsions démoniaques. Même si je désapprouve cela, je ne vous en tiendrais pas rigueur pour cette fois."
"Merci, Noble Paladine. J'essaie de me racheter chaque jour de ma malédiction, mais elle est ma punition et mon fardeau...Thiki m'a aidé au-delà du possible. Je vais essayer de contrôler mes sombres instincts..."
"Elle n'aurait pas dû faire ça !" gronda la Paladine. "Même pour nous protéger de toi et de tes pulsions répugnantes ! Si...Si quelqu'un doit se sacrifier pour que tu vives et pour protéger les autres, c'est moi !"
Halonn n'en cru pas ses oreilles : la Paladine lui proposait de...
"Pardon !?!"
"Prends donc mon sang aussi ! Je vois bien ton regard vicieux briller d'envie !"
"Mais...Mais, pourquoi ?" demanda le vampire d'une voix émue.
"C'est mon rôle de protéger et de servir ! J'espère aussi t'enseigner la générosité, Halonn...Et je souhaite que tu vives et nous accompagnes en compagnon et non en traître lâche ! Tu dois parvenir à la rédemption ! D'ici là, je t'aiderais..."
Halonn était complètement abasourdi par le comportement inattendu de la Paladine. Il fit une profonde révérence à la demoiselle et lui donna un délicat baisemain, ce qui fit rougir la Paladine.
Enfin, il planta tendrement ses crocs dans l'avant-bras offert de la jeune femme, se gorgeant du sang offert.
La Paladine se montra digne devant l'épreuve. Son visage ne trahit en rien son trouble et son dégoût devant cet acte contre-nature. Enfin, elle se sentit épuisé, à la limite de l'évanouissement. Elle allait faire un signe à Halonn mais l'albinos s'était déjà écarté et psalmodiait un sortilège curatif pour refermer la plaie.
"Cela suffira ?" demanda la Paladine affaiblie.
"Oui, amplement ! Le sang d'une vierge est particulièrement nourrissant et je pourrais sans pei..."
<SBAAFFF>
"Pas de commentaire déplacé ! Filez dans votre cabine, monstre ! Il nous faut dormir, nous autres humains ! Et évitez à l'avenir de me venir roder autour de ma chambre..." coupa la Paladine après avoir vertement appliqué sa main dans la figure de l'albinos.
"Bien sûr, milady. Je me retire...Merci..."
La Paladine et Thiki rentrèrent dans leur cabine, vérifiant qu'Halonn s'était calmement éloigné. Par plus de sécurité, Ysandre verrouilla la porte. Puis une pensée frappa son esprit épuisé.
"...Il a dit le sang d'une vierge...Et je suis...Thiki !!"
"Ouais...Quoi, encore ?" marmonna la voleuse qui s'était déjà recouché...
"Tu es...Tu n'es pas..plus..."
"?? De quoi tu causes ? J'suis crevé là...On en r'parle d'main..."
(fin chapitre 15...)
L'humeur du MageGaHell : ce morceau fut un calvaire à écrire ! J'ai dû sans arrêt changer de PC (et de Mac...Maudits soit les Mac!) pour cause de boulot...J'ai même dû me l'envoyer par mail.Bien sûr, à chaque fois, des caractéres spéciaux et des sauts de ligne impromptut venait anéantir mes efforts...
En plus j'suis crevé, mon taux de caféine est bas et j'le sens plein de fautes, celui-là (et mes yeux me piques,et mon dos me fait mal,et j'ai l'air d'un p'tit vieux à me plaindre...)
Mes tréves de bavardages inutiles et passons à la suite !
D'ailleurs que voule-vous pour la suite : la suite de l'histoire (ravitaillement sur une île...) ou un pt'it aperçut de "ce que font les autres pendant ce temps là ?"
Un peu de background (je pensais à expliquer les Dieux et réligions du coins...) à la place ? Ou bien un résumé rapide de l'histoire et des principaux protagonistes ?
Commentez et suggérez !
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Dernière mise à jour par : Le bibliothecaire le 12/02/03 15:59
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...Prenez la taille de mon ego et ça vous paraîtra petit..."
Aerth, récits fantastiques
...Et en plus il écrit et il blog...
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Réponse au Sujet 'Errare Humanum Est...?' a été posté le : 13/02/03 20:16
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Et c'est reparti !
-Chapitre 16 : Instinct et Raison.
Assis sur un trône d'os humains, dans une salle obscure d'un château gothique d'un noir inquiétant, se tenait une silhouette formée apparemment que d'ombre et de lames dissimulées. Bhaal, Dieu du Meurtre et des Assassins méditait.
Il avait presque déclaré officiellement son opposition à ses anciens alliés, le Dieu des Morts et le Dieu des Voleurs. Devait-il porter l'Affaire devant le Conseil Divin ? Devait-il au moins en révéler certaines parties à divers Dieux du Bien ?
La prudence, son honneur et surtout son orgueil le lui déconseillaient...
Tapi dans l'ombre même de son royaume, ses sbires n'attendaient qu'une faiblesse pour tenter de prendre sa place. Le Dieu des Voleurs et le Dieu des Morts aussi.
L'entité soupira. Que pouvait-il faire à présent, ses anciens alliés le surveillaient de près.
Soudain, il sentit une présence qui s'insinuait discrètement vers lui.
Une sourde colère monta en lui. On osait l'attaquer dans son domaine ! Le croyait il fini juste parce qu'une de ses créatures avait manqué un assassinat ?
Instantanément, il se fondit dans l'ombre et dégaina une courte lame empoisonnée. Même un Dieu Majeur souffrirait horriblement s'il se faisait ne serait-ce qu'égratigner par cette arme.
Il joua à cache-cache un moment avec l'intrus, parcourant son sombre domaine rempli des âmes méphitiques d'assassins aux abois. Nul d'entre eux ne les vit passer au coeur de la nuit éternelle. L'intrus était doué, mais pas assez.
Bhaal l'entraîna dans une ruelle sordide (ici, elles l'étaient presque toutes...) avant de disparaître au coeur de l'obscurité. Le Dieu décela une mince silhouette qui se coulait lentement d'ombre en ombre, prudente, chasseresse.
Il bondit et frappa en un éclair avec son arme maudite la cible de dos. Avec une vivacité étonnante, inhumaine, l'étranger para tant bien que mal. Pourtant, il savait qu'il était fini : Bhaal allait sans tarder ajuster son coup.
"Paix mon frère ! Je ne suis ici qu'en ami !" s'écria l'intrus.
Le Dieu du Meurtre finit par reconnaître un confrère, un vassal même : Kyravel, Dieu Drow des Traîtres, des Assassins et des Voleurs.
Il était rare que plusieurs Dieux partagent la même sphère d'influence, mais les Drows étaient un peuple si renfermé et si isolé qu'ils n'avaient que peu de connaissances des divinités de l'Extérieur. Et leur Foi était assez forte pour avoir générer une divinité qui ressemblait tant à Bhaal...Enfin, presque.
Pas étonnant qu'il ait pu pénétrer ainsi dans le sanctuaire de Bhaal.
L'intrus, tout souriant, écarta les bras pour montrer qu'il n'avait pas d'armes (enfin, pas d'armes visibles...).Il avait choisit l'apparence d'un jeune et beau Drow aux yeux noirs. Bhaal se tint quand même prêt à tout. Il n'avait aucune confiance dans ce sourire. Aucune.
"Que viens-tu faire ici ?" déclara froidement Bhaal. "Tu es loin de tes cavernes et de tes citées obscures..."
"Disons que je...cherche des alliés."
"Toi ! Dieu de la Traîtrise, Maître des manipulations et des mensonges ! Ne me fait pas rire !"
"Pas de sarcasmes, je suis sérieux." répondit l'autre divinité. "Mais allons en parler dans un endroit plus sûr...Ton palais par exemple. Il y a trop d'ombres qui rodent par ici, même pour moi..."
Intrigué, Bhaal ouvrit un portail magique pour gagner la salle la plus secrète de son antre.
Les deux puissances maléfiques s'y installèrent confortablement, chacun craignant une fourberie de la part de l'autre. Rien ne se produisit et ils reprirent leur conversation.
"Alors, pourquoi envahis-tu mon domaine ?" demanda Bhaal.
Le Dieu Drow sembla se perdre un instant dans ses pensées. Il soupira.
"J'ai un vent de l'affaire Derym. Mes espions sont très efficaces."
Bhaal se raidit. Ceci ne concernait en rien la divinité Drow. Il n'avait même pas encore pris de décision définitive. Le Dieu des Meurtriers se prépara à occire promptement cet encombrant visiteur.
"Je te rassure : ça ne me plait pas davantage qu'à toi..." continua le Dieu des Traîtres, ignorant l'aura d'indicible menace émanant de son confrère.
"Ceci ne te concerne en rien. Tes disciples n'ont rien à craindre."
"Je sais que tu tentes de d'opposer à ce plan...J'ai des informations pour toi. On sait tous ce que veut le Dieu des morts : des âmes, toujours plus d'âmes. Je me doute du prix qu'ils t'ont proposé : le plus grand assassinat de tous les temps et le plaisir de traquer des Dieux Majeurs affaiblis..."
"Tu me parais fort bien renseigné...Trop peut-être..."
"Attends la fin avant de m'occire, ça va te plaire..." poursuivit le Dieu Drow "A ton avis, que veut obtenir Mask, le Dieu des Voleurs ? D'autres domaines d'influence ? oui, sans doute, comme nous tous...Mais on lui a proposé autre chose : mes fidèles !"
"QUOI !?!"
"Je me meurs mon ami...Apparemment, le clergé de Loth poursuit et capture mes fidèles. Rien d'inhabituel...Si ce n'était l'obstination et l'efficacité soudaine de ces manoeuvres. Mes fidèles sont emprisonnés et expulsés vers la surface, hors de ma portée. Et comme par hasard, des prêtres du Dieu des Voleurs accueillent les exilés traumatisés...Ils les convertissent peu à peu, m'affaiblissant un peu chaque jour !"
"Humm...C'est troublant mais pas illégal, non ? Quel rapport avec Derym ?"
"A ton avis, qui fournit puissance, argent, foyer et qui m'empêche de contacter mes fidèles ? Qui les traque malgré nos protections, les meilleures au monde ? J'ai identifié des agents du Renouveau et je sais que l'inconnu nommé Ezéchiel trafique en coulisse. Il faut plusieurs Dieux, dont Loth, pour bloquer ainsi la communication avec mes prêtres !"
"Loth et le Renouveau ? Une alliance avec les elfes blancs ? Je n'étais pas au courant...Visiblement l'affaire Derym se répand curieusement..."
"On ne peut laisser faire ça ! c'est contre notre éthique professionnelle !"
"Je suis d'accord. J'ai toujours préféré un assassinat superbement exécuté à un massacre sans nom. Mais quelle aide pourrais-je obtenir de toi, qui te dis moribond ? Et contre quoi ?" déclara Bhaal après une pause de réflexion.
"Nous devons monter une contre-alliance et détruire Derym. Tu as déjà essayé, mais tes anciens alliés te surveillent. Moi aussi, d'ailleurs, Loth ne me lâchera pas avant de m'avoir exterminé. Mais j'ai un plan..."
"Qui est ? Pour le moment, je te suis...Mais ne parle pas d'impliquer dans cette histoire des Dieux du Bien, de la Loi ou de la Balance. On risque l'anéantissement."
"Il existe d'autres divinités. D'autres personnalités qui n'apprécieraient pas le Plan Derym...Quelqu'un d'égoïste et violent...De pas très futé, pour être plus facilement manipulable. Et qui dispose de nombreux adeptes qui aiment traquer et exécuter un gibier dangereux..."
La lumière se fit alors dans l'esprit de Bhaal ! Pourquoi n'y avait-il pas pensé seul ? C'était risqué mais...
"Roklev ! Le Dieu Orc des Chasseurs ! Bien sûr...Mais peut-on avoir confiance dans un primitif violent comme lui ?"
"Nous partageons tous un goût pour le sang...Et la traque...Je pense qu'on pourra le convaincre !" termina Kyravel dans un sourire effrayant.
Pendant ce temps...
L'Espadon finit par arriver en vue d'une île sombre battus par les flots et les vents glacials.
L'île de Pointefroide était un vaste conglomérat de noirs rocs basaltiques érodés par les embruns, à la limite des eaux arctiques. Une toundra pelée couvrait les rares zones plus ou moins plates de l'île, assurant un maigre pâturage à quelques troupeaux.
L'intérêt de ce tas de rocher au milieu de nul part était justement sa position géographique. Loin et prêt de tout, c'était le seul port bien abrité entre l'extrême Nord de l'Empire Hira et la lointaine côte arctique d'Everwhite et des ports de pêches du Nord.
Et ce n'était pas tout : l'île regorgeait littéralement de sources chaudes et de minéraux d'origine volcanique.
La terre, bien que battue par le vent froid et chargé de sel, pouvait être cultivée ou servir pour faire paître des bêtes. L'eau autour des pylônes de basaltes encerclant une anse portuaire abritée regorgeait de poissons comestibles.
C'était un endroit idéal pour ravitailler les marins naviguant sur les océans inhospitaliers du grand Nord. Poissons, céréales et viandes fraîches étaient convoités par les équipages des navires, agrémentés bien sûr d'une spécialité locale d'eau de vie...
Pointefroide permettait aussi de faire faire de nombreuses réparations aux navires qui bravaient vaillamment les flots. La proximité du volcanisme permettait le développement d'une industrie de la forge assez impressionnante pour un endroit aussi isolé. La demande principale était bien évidemment les armes.
L'île permettait (moyennant finance, bien sûr) de stocker aussi des marchandises dans de grandes grottes-entrepôts creusées dans les falaises.
Enfin, Pointefroide n'appartenait vraiment à personne, aucun gouvernement ou groupuscule ne voulant s'aliéner les autres forces en présence qui utilisaient l'île. Elle jouissait donc d'un statut à part, en faisant un havre pour les mercenaires et les aventuriers et pour d'autres personnes plus ou moins scrupuleuses.
Ajoutons à cela marchands blasés et intermédiaires ne voulant pas s'établir sur les continents (les impôts mon bon ami...), les brigands vivant cachés, des natifs de l'île, des prêtres de diverses confessions et d'autres aventuriers, on obtient un mélange hétéroclite propice au commerce...
Derym se trouvait à l'avant du bateau, contemplant avec ravissement la terre qui s'approchait doucement. Il admira les colonnes hexagonales de basalte noir qui parsemaient le pourtour de l'île. Thiki se fit un plaisir de lui décrire dans les menus détails les phénomènes physico-chimiques ayant donné naissance aux formations.
Le druide n'y prêta pas attention : pour lui c'était joli, point.
Après des semaines de mers, parfois dans des conditions éprouvantes, le jeune homme était ravi d'apercevoir enfin un peu de terre ferme. Il détailla l'île, écoutant d'une oreille distraite les commentaires économiques et culturels de Lelfe. Il se gorgea d'embruns salins et froids, mêlés à la senteur de centaines de forges et de foyers divers illuminant la petite cité portuaire nichée au coeur protégé de l'île.
Il avait hâte d'y être. Lelfe aussi, visiblement : il ne tenait pas en place, gênant presque les marins au travail. Derym finit par lui ordonner de rester tranquille. Il s'excusa et obéit...Un moment. Ensuite, il se mit à jouer sauvagement de la harpe, accompagnant sa mélopée joyeuse d'un chant plein d'entrain.
Derym secoua la tête, renonçant à contrôler la bonne humeur exubérante du Barde. Après tout, pourquoi pas ? Lui aussi se sentait le coeur en fête à l'idée de poser pied à terre. Et c'était contagieux : même la douce Ysandre et le sauvage Groumpf regardaient le port comme si c'était la terre promise. Et comme pour copier Lelfe, Thiki ne tenait plus en place.
Le navire finit par accoster sur l'île malgré les efforts gênants de Lelfe qui tenait au moins à encourager l'équipage...C'était plutôt amusant et agréable à écouter, jusqu'à la Ballade d'Herath Dul, qui glorifie le siège d'une capitale naine...Ce fut très apprécié par l'équipage et Lelfe fut le premier à débarquer, enfin à plonger !
Derym et les autres donnèrent un coup de main pour décharger les marchandises pendant que Lelfe se séchait sous les rires moqueurs.
Enfin, tous les aventuriers débarquèrent dans le plus grand désordre. Sauf Halonn, bien sûr : il faisait encore grand jour !
Ils flânèrent un moment parmi les échoppes fort diverses du front de mer. Derym s'extasia encore une fois sur la diversité des types humains rencontrés. Comme pour illustrer le récit d'Halonn, d'étranges guerriers et des marchands à la peau noire, vêtus de moultes fourrures d'origines inconnues faisaient commerce avec de grands blonds nordiques. Tout était à vendre ou à acheter. Les gens faisaient la fête sans pudeur et les vendeurs se livraient à une amusante débauche de vindictes attractives, s'insultant entre eux avec bonhomie.
Lelfe était aux anges : il adorait ce genre d'endroit, l'ambiance des villes-frontières. Ysandre avait l'air moins ravie, guettant le danger dans cette foule improbable d'agités et de semi-hors-la-loi.
Derym lui aussi était ravi : non seulement il pouvait fouler la terre de ses pieds nus (il avait ôté ses bottes fourrées dès que le temps était devenu un peu plus clément et il avait repris ses habitudes...) mais il respirait le parfum de l'aventure dans ce lieu bigarré.
Thiki chinait, s'extasiant devant les merveilles exotiques des vendeurs. Groumpf fermait la marche, imposant garde du corps, assurant la tranquillité du groupe.
Lelfe et Ysandre commencèrent à se disputer : le Barde voulant faire la tournée des bars et autres lieux de débauche, la Paladine insistant pour visiter temples et autres curiosités intellectuelles de la région...
"Et bien, on a qu'à se séparer !"
"Tu es fou ! T'as jeté un oeil à la racaille rassemblée ! y'a que des pirates et des barbares !" s'écria la Paladine, outrée
"Mais non, mais non, y'a aussi des marchands...Voire même quelques nobles Paladins, sait on jamais ! D'ailleurs y'a une règle tacite ici : pas de violence ! Du moins, pas visiblement...C'est mauvais pour le commerce sinon..."
"Un peu de tolérance, damoiselle Paladine...ne juge pas ces gens trop vite ! L'idée de me balader seule un moment me plait !" coupa Thiki. "Vivre toujours au coté des mêmes personnes, ça devient presque lassant !"
"Derym ! Raisonne les donc un peu ! C'est dangereux et nous avons des ennemis à nos trousses..."
"Tu penses ?" répondit le Druide "Je crois qu'ils nous ont lâché maintenant...Et puis, moi aussi j'aimerais visiter cette cité à mon rythme. J'ai décidé de faire désormais plus confiance à mon instinct...Libre à ceux qui le veulent de me suivre !"
"Alors, puisque le chef le dit..." termina Lelfe en riant.
Entraînant Groumpf avec lui, comme toujours, il s'éloigna en direction d'auberges et tavernes à l'air très animé, sous le regard furieux de la Paladine.
Thiki s'éclipsa juste avant que la jeune femme lui propose de lui servir de chaperon. La jeune voleuse doutait que la Paladine lui laisse visiter tous les endroits qu'elle avait en tête...
Ysandre se retrouva seule avec Derym qui souriait doucement. Vaincue par le nombre, elle soupira.
"J'espère seulement qu'ils ne vont pas faire trop de bêtises, ni s'attirer trop d'ennuis..." marmonna-t-elle, vexée (ou réaliste ?).
"Ne t'en fait, tout ira bien ! Et puis la ville ne me semble pas très étendue : on pourra vite les retrouver..."
"Oh ça oui ! Il suffira de suivre les catastrophes ! "ricana méchamment la jeune femme. "Je vais au temple. Tu viens avec moi ?"
"Je t'accompagne juste : je tiens à visiter cet endroit. Et puis, même si j'apprécie ta religion, je serais déplacé dans un Temple de la Justice..."
"En tout cas, sois prudent...Et n'hésite pas à venir me chercher en cas d'ennuis." déclara doucement la jeune femme inquiète.
"Je suis un grand garçon maintenant, Ysandre." répondit le Druide, un rien vexé par l'attitude protectrice de la Paladine "Je sais me défendre et je commence à me faire à cette vie d'aventure !"
( à suivre...)
J'ai mis longtemps à écrire celui-là, même s'il doit encore regorger de fautes...Pardon ! Et merci au Bibliothécaire pour sa magistrale correction des passages précédent et pour les conseils !
Comme d'hab, vous êtes cordialement inviter à me faire part de vos commentaire et impressions...
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Dernière mise à jour par : Le bibliothecaire le 18/02/03 13:05
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Réponse au Sujet 'Errare Humanum Est...?' a été posté le : 15/02/03 19:36
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(suite chapitre 16)
Ysandre pénétra dans la chapelle dédiée à Tür d'un pas décidé, toujours énervée par l'inconscience de ses amis.
Chapelle était déjà un bien grand mot. Tür n'était visiblement pas la divinité préférée des gens du cru... Pas étonnant vu le nombre de racailles, pirates et aventuriers suspects qu'avait vu traîner sur le port la jeune femme. Elle soupira et se dirigea vers l'autel minuscule abrité par la peu glorieuse construction.
La Paladine s'agenouilla et pria son Dieu. Calmée par l'atmosphère du lieu saint, elle se repentit de sa colère et même de ses jugements hâtifs. Après tout, les gens d'ici n'étaient sûrement pas tous des pillards ou des barbares... Elle dédia quand même une prière à la sécurité de ses coéquipiers.
Soudain, une cavalcade se fit entendre dans l'entrée. Elle se redressa vivement, prête à défendre le sanctuaire.
Un jeune homme en tenue de novice franchit précipitamment l'entrée et alla littéralement s'écraser à ses pieds.
"Votre Sainteté ! Pardonnez-moi ! Je m'étais absenté ! Pardonnez-moi !"
"Euh...Qui êtes-vous ? Et de quoi parlez-vous ?" demanda Ysandre, rougissante, tandis que l'arrivant lui embrassait les pieds avec forces génuflexions.
"Que Votre Grâce me pardonne ! Je suis Urfel, novice de première année de Tür... Je vous remercie, Vous et le Saint Ordre d'avoir si rapidement répondu à nos prières !"
"...Je crois que vous me confondez avec quelqu'un d'autre, Urfel..."
"Comment !?!" s'écria le jeune homme "Vous n'êtes point le Saint Inquisiteur que j'ai fait mander ?"
"Désolé de vous décevoir, mais je ne suis qu'une humble Paladine errante qui passait par hasard dans cet endroit... Eh ! Un moment ! Vous avez mandé un Inquisiteur ? Ce n'est pas du ressort d'un novice, sans vous offenser..."
"C'est justement le problème ma Dame... Notre culte n'est pas très étendu ici...Et le Grand Prêtre Kolsyv est mort ! Assassiné !"
"Que dites-vous !?! Voilà qui est fort grave ! Il faut prévenir le Saint Siège à Türnold ! Et les autorités locales !"
"Je l'ai fait, ma Dame..." déclara l'apprenti en se relevant. "Malheureusement, il n'y a point vraiment ici d'autorité locale...Seuls nous autres essayons de maintenir un semblant d'ordre et de paix ici. Les autres s'en fichent, tant que rien ne vient menacer leurs affaires commerciales..."
"Et quelle a été la réponse du Saint Siège ?" demanda Ysandre. "Visiblement, votre inquisiteur n'est pas encore là... Quand se sont déroulés les faits ?"
"Il y a plus d'un mois maintenant !" répondit l'apprenti en gémissant. "Il est de notoriété publique que notre branche de l'Ordre n'est pas la plus importante mais j'aurais espéré un peu plus de sollicitude... Au moins une réponse. Et en plus le Lieutenant Calever vient de disparaître !"
"Le lieutenant Calever ?"
"Notre unique Paladin. Nous étions trois fidèles de Tür sur cette île : le Grand Prêtre Kolsyv, le Paladin-Lieutenant Calever et moi... Je me sens si abandonné..."
"Gardez espoir, mon ami ! Tür n'abandonne pas ses serviteurs : les renforts vont sûrement venir sous peu !" déclara Ysandre pour remonter le moral au novice.
"Oui...Oui ! Gloire à Tür !" s'écria soudain le jeune homme en se redressant vivement. Il saisit Ysandre, surprise, par les épaules. "C'est évident ! Votre venue est un signe ! La réponse à mes questions ! Noble Paladine, accepteriez-vous d'enquêter sur ce vil crime ?"
"Quoi ! Mais je ne suis pas habilitée à faire ce genre de chose..."
"Mais si, mais si ! Votre venue est une réponse divine ! En tant que seul représentant du clergé, je peux faire de vous un Inquisiteur à ma demande ! Loué soit Tür pour votre venue..."
Ysandre eut beau insister, le novice tenait absolument à voir en elle un sauveur divin.
Le plus dérangeant c'est qu'elle-même ne savait pas si Tür n'avait pas prédestiné cette rencontre... Que devait-elle faire ?
La Paladine finit par céder aux suppliques du jeune prêtre. Elle se chargerait de l'enquête...Ou du moins elle essaierait !
Cette expérience devrait lui être profitable pour son futur. Et puis, enquêter sur un meurtre dans une ville si petite ne devrait pas être hors de sa portée...
Elle suivit Urfel dans le bureau du Grand Prêtre, qui se révéla être aussi une bibliothèque, une chambre et une cuisine. Vraiment, le culte de Tür n'était pas très développé ici.
L'histoire du novice était assez simple.
Il y a un mois, il était arrivé comme prévu à la Chapelle pour débuter ses corvées et son étude. Le Grand prêtre était absent, chose plutôt rare mais pas forcément inhabituelle.
Il l'attendit donc en nettoyant la Chapelle. Mais le Grand Prêtre ne parut pas d'avantage au repas et pour la messe de l'après-midi, à la grande surprise du lieutenant Calever qui était venu rejoindre Urfel pour l'office.
Le Paladin finit par s'inquiéter de cette absence prolongée. Il se rendit en ville pour chercher le Grand Prêtre, laissant le novice se charger des rituels. En interrogeant les gens, il apprit qu'un corps sanglant avait était retrouvé dans une ruelle ce matin.
Calever courut au Temple du Dieu du Commerce, seul endroit où les corps pouvaient être conservés, en vue d'une identification et d'une éventuelle résurrection.
Là, il identifia le malheureux Grand Prêtre... Son corps était affreusement mutilé, broyé et brûlé. Seule une marque de brûlure sur le torse, celle du médaillon sacré de Tür qui avait visiblement été porté au rouge, avait permis au Paladin de reconnaître son Grand Prêtre...
Une résurrection d'un corps en si piteux état était difficile, voire impossible. De plus le clergé de Tür sur l'île n'était pas assez riche pour une telle dépense. La mort dans l'âme, Calever ramena le corps pour qu'il subisse les derniers sacrements de son ordre.
Lui et Urfel avaient enterré le vieil homme derrière la Chapelle et avaient immédiatement envoyé un messager rapide, à grands frais, vers le continent.
Mais aucune nouvelle n'était revenue et le Paladin décida de commencer son enquête seul, malgré les injonctions de patience d'Urfel.
Mais cela faisait deux jours que le lieutenant n'assistait plus aux offices et Urfel craignait qu'il ne lui soit arrivé malheur à lui aussi. Il avait posé quelques questions sur le port, sans résultats. De nature renfermée, voire timide, le jeune prêtre se destinait plus aux études livresques qu'à l'action sur le terrain...
Ysandre lui posa les questions d'usages préconisées par le Manuel de Formation des Paladins de Tür aux Enquêtes Criminelles.
Non, le Grand Prêtre n'avait pas d'ennemis connus. Pas de maîtresses. Pas de dettes. Non, Calever non plus. Oui, ils se connaissaient depuis longtemps et s'appréciaient. Pas de dispute récente. Ni de vieille rancoeur d'ailleurs...
La seule réponse qu'obtint Ysandre était que le vieil homme "avait l'air surmené et parfois en colère contre quelque chose".
Finalement ça ne s'annoncé pas si simple que ça...
Ysandre se dirigea vers la cité à pas décidés : il lui fallait enquêter avec raison et méthode.
Sa logique, sa détermination et sa foi en Tür lui permettraient sans nul doute de résoudre cette énigme !
Lelfe revint s'attabler avec Groumpf, portant deux nouvelles chopes de bières. Il avait l'air pensif.
"Y'a quoi ?" demanda Groumpf en s'emparant de la chope. Il connaissait bien les attitudes de son compagnon.
"Un truc bizarre...De rumeurs étranges et...Un prix excessif."
"Ah ?" murmura le géant, assez peu intéressé. Mais Lelfe avait besoin d'un interlocuteur : il réfléchissait mieux en parlant, ça ralentissait ses idées débridées !
"Curieusement pour un port de commerce, le prix des boissons est plutôt élevé... Curieux avec tous ces soiffards de marins et toutes ces cargaisons d'alcool venues du monde entier. Plus surprenant encore : l'eau douce est vendue à un prix exorbitant ! Bien plus que les vins !"
"Et alors ?" déclara Groumpf en vidant sa chope d'un coup. "Pas besoin d'eau : bonne bière !"
"Oui, mais réfléchit un instant..." répondit Lelfe, espérant peut être un miracle. "L'une des principales raisons du développement de cet îlot perdu, est la possibilité pour les navires de se ravitailler en eau douce ! Impossible de manoeuvrer un bateau avec un équipage de marins ivres !"
"Eh ! Pas bête Lelfe ! Mais pourquoi gens pas aller chercher eau sur... gros tas de glace qui flotte ?" dit Groumpf, avec pour une fois une pointe d'intelligence. Lelfe sourit.
"Nous sommes un peu trop au Sud pour les icebergs... En plus c'est une manoeuvre risquée que de s'en approcher ! Mais y'a des fous qui le font. Et pour survivre, ils vendent la glace récoltée ici ! Mais ça n'explique pas pourquoi les prix sont si élevés..."
Groumpf sourit à son ami. Il connaissait ce regard.
"Tu vas chercher, non ?" ricana le colosse. "Toi trop aimer mystères ! J'viens, comme d'hab' !"
Lelfe se laissa aller sur ça chaise en souriant à son tour. Il adorait un peu trop l'aventure. Mais ceci l'intriguait. Et en plus ça pimenterait un peu leur escale.
Il entendait déjà Ysandre lui faire la morale...
"On y va ?" demanda-t-il après avoir bu sa bière. "J'ai des questions à poser un peu partout..."
Groumpf se leva et ils partirent déambuler sur le port à la recherche de personnes à questionner.
Lelfe faisait confiance à son charme inné et à son bagout pour délier les langues les plus revêches... Et si ça ne suffisait pas, la simple vision de Groumpf quand il prenait l'air menaçant devrait permettre de décider les récalcitrants.
"En avant et en chasse !" s'écria Lelfe, joyeux. "Mon instinct infaillible devrait vite nous mener au coeur du problème..."
Groumpf hocha la tête et le suivit. Le géant aussi aimait l'action et l'aventure.
(à suivre...)
Morceau de chapitre plus court que les précédents. Débauche de DVD nuit à la productivité littéraire...
Sinon, un détail : le chapitre 16 est l'un des rares que je fais en impro totale ! D'habitude j'ai au moins un trame, une idée du début/cheminement/fin.Là non ! Je me demande où tout cela va conduire...
N'hésitez pas à commenter (notamment : voyez-vous une différence avec le "style" habituel ?).
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Dernière mise à jour par : Le bibliothecaire le 18/02/03 13:11
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Réponse au Sujet 'Errare Humanum Est...?' a été posté le : 15/02/03 20:22
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Citation :Message de MageGaHell
Ysandre lui posa les questions d'usages préconisées par le Manuel de Formation des Paladins de Tür aux Enquêtes Criminelles.
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Mort de rire ! 
Selon le Manuel Complet du Paladin, référence F2147, manuel des joueurs et supplément aux règles d'AD&D², le profil d'Inquisiteur (chapitre 4, p61) est un paladin qui "voue sa vie à la traque et la destruction de toute magie maléfique". En plus des traits requis pour être paladin (haut charisme, sagesse et force), l'Inquisiteur se doit d'être plus intelligent que le commun des mortels ! J'ai l'impression que ça n'est pas gagné pour Ysandre ! Ahum, pardon. Ceci dit, l'Inquisiteur peut détecter et dissiper des effets magiques d'origine maléfique, et est immunisé à la plupart des illusions et maladies. En revanche, il ne peut pratiquer d'exorcisme, d'apposition des mains, ni jeter de sortilège clérical... 
Citation :N'hésitez pas à commenter (notamment : voyez-vous une différence avec le "style" habituel ?).
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Effectivement, il y a une différence : phrases de dialogues plus courtes, plus rapides. On sent que vous ne vous embarrassez pas de fioritures -> l'impro a du bon, de ce point de vue ...
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Dernière mise à jour par : nyxl le 15/02/03 20:30
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-------------------- Considérez-moi comme un rejeton du chat de Schrödinger. Ou alors un lointain cousin du démon de Maxwell...
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"Coupez Bruxelles dans le sens nord-sud, donnez la partie ouest au Royaume-Uni et la partie est aux Allemands. Ainsi, vous mettrez tout le monde sur un pied d'égalité, car toutes les parties râlerons avec la même intensité."
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Réponse au Sujet 'Errare Humanum Est...?' a été posté le : 15/02/03 22:37
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Nyxl s'amuse :
Tant mieux alors !
Citation :En plus des traits requis pour être paladin (haut charisme, sagesse et force), l'Inquisiteur se doit d'être plus intelligent que le commun des mortels ! J'ai l'impression que ça n'est pas gagné pour Ysandre ! Ahum, pardon.
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Non, pas la peine de t'excuser...C'est vrai ! Bien que volontaire, déterminer et assez logique,elle n'est pas l'intellectuelle du groupe...Est-ce un point commun à tout les Paladins ? "Mon" Loïc Demonsbane de BG2 allié sagesse,charisme et intelligence (et pée à deux mains !).
Comme tu l'a remarqué, Ysandre n'y arrivera pas seule? Je compte lui adjoindre quelqu'un pour l'aider...Ce ne devrait pas être trop dur de deviner : il suffit de regarder le titre et de savoir que ce n'est Lelfe...Mais laissons plané le mystére (surtout que j'ai pas décidé encore ! Sinon ce ne serait plus de l'impro !).
Citation :Ceci dit, l'Inquisiteur peut détecter et dissiper des effets magiques d'origine maléfique, et est immunisé à la plupart des illusions et maladies. En revanche, il ne peut pratiquer d'exorcisme, d'apposition des mains, ni jeter de sortilège clérical...
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ça c'est dans ADD2.Mes Paladins sont un peu différents : restons simple et évitons les sous-classes !
Dans mon mond,e les Inquisiteurs (de Tür) sont des Paladins tout ce qu'il y a de plus normaux.Sauf qu'ils ont pour unique but de traquer les criminels et de résoudres des enquêtes (pas forcement de meutres, ce sont aussi de remarquables comptables et de bon diplomates).Les Paladins Errants, comme Ysandre, sont assez opposés : plus "martiaux", plus aventureux.Traquer le Mal et l'abattre dans son antre, protéger contre les aggressions...
Citation :Effectivement, il y a une différence : phrases de dialogues plus courtes, plus rapides. On sent que vous ne vous embarrassez pas de fioritures -> l'impro a du bon, de ce point de vue ...
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Et je n'avais même pas fait attention...
Sinon, pas de fioritures est assez caratéristique de mon "style" je trouve : pas de description qui s'étale (juste le minimum), pas de dialogue qui s'éternise.Beaucoup d'action.Et oui, je suis un bourrin...
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Réponse au Sujet 'Errare Humanum Est...?' a été posté le : 18/02/03 14:34
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(suite chapitre 16)
Ysandre commençait à désespérer. Son enquête n'avançait pas malgré les interrogatoires. Et les fouilles.
Curieusement les gens se renfrognaient immédiatement à son approche et semblaient réticents à lui parler. Visiblement l'autorité de Tür n'était pas très appréciée dans le coin...
En plus la plupart de ceux qu'elle avait interrogés se fichaient éperdument de la mort du Grand Prêtre de Tür. Certains ne le connaissaient même pas. Pire : certains ne connaissaient même pas cette religion !
Et elle qui pensait que cette affaire serait vite réglée dans cette petite ville.
La Paladine déambulait dans la rue marchande, espérant croiser quelqu'un qui connaissait le lieutenant disparu, voire même, si Tür l'entendait, le lieutenant Calever lui-même.
Toujours pareil : personne ne l'avait vu, personne ne le connaissait. Un tel refus de coopération indignait la jeune femme.
"Eh ! Ysandre !" lui cria soudaine une voix joyeuse.
La Paladine se retourna et découvrit Thiki, allongé à demi-nue sur la table de travail d'un artisan tatoueur. La gamine venait juste de se faire tatouer deux ailes noires stylisées dans le dos. Ysandre en lâcha son épée, choquée.
"THIKI ! Au nom du ciel qu'as-tu encore fais ! Et cette tenue ! En public ! C'est indécent..." s'écria la Paladine, outrée.
"Curieusement, je savais que tu allais dire ça...Relax, c'est qu'un tatouage ! Une décoration banale..."
"Mais tu vas garder ça toute ta vie ! Inconsciente ! Et pour l'amour de Tür, rhabille-toi ! Une jeune fille ne doit pas se dépoitrailler ainsi dans la rue !"
"Ne soit pas si vieux jeu...Et d'ailleurs, l’œuvre est récente, ça pique. Je me rhabillerais quand la douleur sera passée...Tiens d'ailleurs, tu pourrais utiliser tes dons divins pour me soulager plus vite ?"
Grommelant et sachant qu'elle ne pourrait convaincre la gamine obstinée, Ysandre s'approcha et appliqua ses mains sur la peau de l'adolescente, lui insufflant la bénédiction de Tür. La Paladine avait honte d'utiliser ses dons ainsi, mais elle ne pouvait décemment pas laissé son amie ainsi dénudée à la vue de tous !
Thiki prit un malin plaisir à humilier un peu plus la Paladine en poussant d'obscènes petits gémissements de plaisir durant le traitement curatif magique. Ysandre vira au pivoine et vêtit promptement la gamine dès la fin du traitement, malgré les protestations douloureuses de Thiki.
La magie divine n'avait pas fait disparaître le tatouage. Tant pis.
"J'aurais du davantage te surveiller...C'est ma faute. Une jeune fille laissée à elle-même dans un endroit pareil, les tentations...C'est ma faute..." gémissait la Paladine.
"Tu n'en fais pas un peu trop là ? Je fais ce que je veux après tout ! Je ne suis pas si jeune...Arrête de déprimer pour si peu !"
Mais la Paladine continua de se morfondre, grommelant qu'en plus de son enquête, elle allait devoir s'occuper de Thiki.
"Une enquête ?" demanda la jeune fille, peu ravie d'avoir la Paladine comme chaperonne. "Sur quoi ?"
Ysandre finit par tout lui raconter sur le meurtre du Grand Prêtre du culte local de Tür et sur la disparition du Lieutenant-Paladin. Les yeux de Thiki s'allumèrent, brillants d'excitation.
"Un mystère ! Et moi qui pensais que ta compagnie allait être ennuyeuse ! Voilà une distraction toute trouvée !"
"Ce n'est pas un jeu, petite ! C'est une enquête de meurtre très sérieuse...Et je me suis sûrement engagée un peu vite. C'était mon devoir. Pourtant Tür ne me montre pas encore la lumière malgré mes prières et je n'avance pas. La honte et la disgrâce m'attendent maintenant..."
"Pas de défaitisme ! Les Paladins sont censés être courageux et affronter vaillamment l'adversité, non ? Ne t'inquiète pas, j'vais te filer un coup de main ! Tu sais, les coups tordus, ça me connaît !" déclara Thiki, tout excitée.
Le moral de la Paladine remonta, les propos de son amie rallumant la flamme vacillante de sa Foi et de son honneur. Et malgré elle, elle devait reconnaître que l'aide de Thiki serait précieuse : la gamine était drôlement futée malgré son manque de respect et d'éthique !
Sans plus attendre, elle donna tous les détails de l'affaire à la jeune voleuse.
Derym déambulait seul dans la cité portuaire, admirant une fois encore l'ingéniosité de l'homme face à la férocité de la Nature de cet endroit battu par les vents froids et les flots.
La majorité de la ville était construite avec du bois d'épave, provenant de générations de navires qui s'étaient échoués sur les récifs basaltiques. D'après les conversations des habitants, il y avait aussi un petit bois au Sud dans l'intérieur de l'île. Un essai d'implantation par des Druides et des Lathandristes de passage...Derym se promit de le visiter.
Pour l'instant, il admirait les forges, profondément enfoncées dans une falaise de roche volcanique noire. Là, des Nains affairés utilisaient intelligemment un affleurement de lave pour produire des lames et des outils d'une qualité exceptionnelle. Plus profond, il y avait une source d'eau chaude et potable, sévèrement gardée par des disciples du Dieu du Commerce (Derym commençait à reconnaître les vêtements ornés de ce culte omniprésent).
Derym décida ensuite de retourner sur le port à fin de se restaurer. Il déjeuna sur le front de mer et fit par la même occasion sa première rencontre avec la culture de l'Empire Hira Ku. Le cuisinier du restaurant qu'il avait choisit était en effet un émigré à la peau jaunâtre. Il servit à Derym des spécialités de son pays, à base de poisson cru et d'une céréale blanchâtre. Il répondit tant bien que mal aux questions du jeune Druide, sans s'offenser. Malgré tout la conversation tourna vite court, faute de langue et de vocabulaire commun.
Le jeune homme poursuivit ses déambulations au hasard dans les ruelles marchandes, faisant cependant attention à sa bourse. Les leçons de Lelfe avaient été profitables et le Druide amusé évita quelques mains aventureuses de garnements des rues.
Flânant au hasard, il finit par revenir sur ses pas et aperçut Lelfe et Groumpf près de l'Espadon. Ils étaient en grande conversation avec le capitaine qui paraissait assez énervé. Le Druide héla ses amis et s'approcha.
"Ne vous inquiétez pas, capitaine ! J'enquête déjà sur ce problème : attendez et faites-moi confiance..." termina Lelfe.
"Que se passe-t-il ?" demanda Derym en arrivant "Rien de grave, j'espère ?"
"rien de bien méchant..." commença Lelfe.
"QUOI !" hurla le capitaine Nain. "Mais c'est scandaleux ! Le prix de cette eau va nous ruiner !"
"N'exagérons rien." déclara Lelfe. Il se tourna vers Derym et son air interrogateur. "Le prix de l'eau douce, nécessaire au ravitaillement de tous les navires, à depuis deux mois, fait un bond spectaculaire. J'enquête là-dessus. Mon instinct me souffle qu'une telle flambée des prix si soudaine est fort louche..."
"Tu ne vas pas t'attirer des ennuis au moins ?" demanda Derym, avec un ton qui ressemblait fort à celui d'Ysandre.
"Mais non, mais non. J'ai promis au capitaine de découvrir le pourquoi d'une telle augmentation et si possible de nous obtenir de l'eau potable à prix raisonnable."
"Tu ne t'avances pas un peu, là ?"
"Mais non. Nous sommes des aventuriers, non ? Résoudre ce genre de mystères nous échoit ! D'ailleurs...En temps que Druide, tu peux nous être utile ! Viendrais tu enquêter avec nous ?"
"Ma foi, pourquoi pas...Mais je te préviens : je ne ferais rien d'illégal !"
"D'accord, d'accord..."
Lelfe les entraîna à l'écart pour faire tranquillement le point sur ce que lui et Groumpf avaient appris.
D'après les rumeurs, la montée indécente des prix avait commencé il y a deux mois. En effet, l'île avait deux sources principales d'eau potable.
L'une jaillissait naturellement dans les entrailles des mines. La source appartenait aux prêtres du Dieu du Commerce depuis une éternité. Ils savaient que cela représentait une denrée vitale et monnayable à souhait.
L'autre source était magique : elle jaillissait dans le Temple de Naquërym, la Déesse des Océans. C'était l'un des nombreux services (payants) offert par le Temple.
Malheureusement les principales prêtresses responsables de ce culte avaient disparu en mer lors d'une cérémonie pourtant habituelle.
Lelfe jugeait cela fort étrange, d'autant plus que les messagers envoyés vers le continent n'étaient toujours pas rentrés et qu'aucun remplaçant n'avait été envoyé...
Sans la concurrence de la source de Naquërym, les Prêtres du Commerce, si avides, avaient pu monter outrageusement les prix de la denrée vitale...Lelfe pensait, sans preuve, à un complot.
Mais les prêtres se défendaient : ils proclamaient qu'ils ne faisaient que suivre la loi de l'offre et de la demande. De plus, la raréfaction de la quantité d'eau les obligeait à faire un tri dans leurs clients : ils avaient choisit de servir les plus riches...
"J'ai vu la source." déclara Derym. "Elle est très gardée, sûrement pour empêcher les vols...Mais vu son débit, il y a largement de quoi fournir tout le monde !"
"Tiens, tiens..." murmura Lelfe. "ça se confirme."
Thiki insista pour obtenir une entrevue avec les prêtres du Dieu du Commerce qui s'étaient occupé du corps.
Elle se fit décrire l'état du mort avec forces détails écoeurants. Suivant les indications des prêtres, elle dessina moults schéma et dessins d'horreurs.
Ysandre était muette de stupéfaction : la gamine posait des questions d'anatomie précises et était d'une efficacité redoutable, ne ménageant aucun des témoins. Elle se faisait répéter chaque mot et notait tout. La Paladine était impressionnée par le sens aigu de l'observation de son amie.
Sur les instructions de Thiki, elle jouait ce que l'adolescente appelait "le méchant inquisiteur". Peu aimable, forte de son autorité, sûre d'elle. Pointilleuse et menaçante. Le bras armé de la Justice. Ses remarques, pourtant dictées par Thiki, étaient fortes et tranchantes, menaçantes parfois.
Thiki se réservait le rôle de l"inquisiteur compréhensif". Aimable, souriante, babillant avec plaisir en compagnie des témoins, calmant Ysandre au besoin. Elle faisait répéter doucement les informations mais en fait, c'était elle qui conduisait l'interrogatoire, manipulant les pauvres prêtres.
Elles apprirent ainsi que le corps sanguinolent et atrocement brûlé avait été découvert par un novice, non loin du temple. Il gisait depuis quelques temps dans une ruelle peu fréquentée qui servait de raccourci aux fidèles pressés...
Elles allèrent voir l'endroit. Sale, sombre et étroit. Un coupe-gorge typique. Le novice, frissonnant, leur montra l'endroit où le corps gisait. Thiki s'agenouilla et montra les traces de sang séché qui couvraient le sol terreux et les murs des bâtiments proches. Elle fouilla les tonneaux, caisses et tas de débris qui encombraient l'endroit sordide. Elle examina longuement la chaussé de terre durcie, marmonnant dans sa barbe.
Thiki fit remarquer à la Paladine qu'il y avait des traces brunâtres de sang tout le long de l'allée. Pourtant il ne semblait pas qu'il y ait eut lutte...
Le regard brillant, Thiki se tourna vers le Ysandre. D'un geste, elle congédia le novice.
"Tu ne remarque rien ?" demanda l'adolescente.
"Non, pas vraiment : pas de traces de pas ni d'arme abandonnée par le meurtrier..."
"Exact, mais ce n'est pas tout ! Souvient toi de l'état du corps : la plupart des blessures décrites ont dû être faites par des armes contondantes, broyant chair et os. Le corps a dû être lacéré ensuite, ce qui expliquerait les faibles traces de sang...Mais il y a mieux : les brûlures !"
"Oui, et alors ? On aura sans doute voulu incinérer maladroitement le corps...Ou alors...Le tueur est magicien ! Bravo Thiki !"
"Peut-être, peut-être...Mais c'est pas tout : regarde cet endroit. Tonneaux, caisses vides et ...bâtiments en bois ! Vois-tu une seule trace de brûlure ici ?"
La Paladine était sidéré : il n'y avait absolument aucune trace d'un feu quelconque ! et elle n'avait même pas vu ce détail ! Heureusement que Thiki était là ! Tout ceci impliquait...
"Le corps a été transporté ici pour faire croire à une agression de bandit." déclara Ysandre.
"Sûrement !" approuva Thiki. "Mais ce n'est pas tout : ce type était Grand Prêtre, non ? J'connais pas trop la magie de votre ordre, mais même dans un bled comme celui là, un Grand Prêtre devrait pouvoir résister à une banale attaque par les flammes, non ?"
"C'est vrai...Mais ça nous avance à quoi ?"
"L'assassin ou les assassins devaient donc disposer d'un pouvoir magique supérieur à celui du Grand Prêtre. Ou le frapper par surprise. Et dans ce cas, comment ? Je suppose que même des naïfs comme vos religieux doivent prendre des précautions quand ils se baladent dans une ville comme celle là, non ?"
"Oui, oui...Il existe de nombreux rituels permettant de se protéger d'une agression physique ou magique..."
"Soyons un peu logique : un combat magique contre le Grand Prêtre, surtout à coup d'explosions, de colonnes de feu ou de boules de feu, ça se serait vu, non ? Même dans une attaque surprise où il n'aurait pas riposté."
"Et il a riposté !" déclara soudain Ysandre ! Son médaillon, normalement quasi-inaltérable, avait fondu et s'était incrusté dans sa chair ! Comme s'il avait drainé trop de puissance divine !"
"Ah ! Voilà l'information qui me manquait..." répondit Thiki. "On peut donc supposer logiquement que le Grand Prêtre a été assassiné au cours d'un combat, où il y a eu échange d'attaques magiques et physiques. Et cela dans un endroit discret, grand et en pierre...
"En pierre ?"
"Eh oui...Sinon, le feu aurait été visible, voire se serait communiqué à la lande ou à la ville ! Je paris également que le Grand Prêtre connaissait son assassin..."
"Pourquoi ?"
"Il n'a prévenu personne de son départ et n'a pas pris de précautions particulières..."
Ysandre était abasourdie par les progrès fulgurants de l'enquête. Elle se sentait aussi un peu honteuse de n'avoir pas su voir tout ce qu'avait aisément découvert Thiki...
"Il me manque encore une chose...J'ai bien un coupable en tête, mais il nous manque le mobile : qui a intérêt à faire disparaître un prêtre de Tür ? Et où est donc passé le lieutenant Calever ?" poursuivit l'adolescente futée.
"A qui penses-tu ?" demanda Ysandre.
La jeune voleuse lui fit part de ses suppositions. La Paladine blêmit.
Cette affaire sentait maintenant le roussis...Un complot était à l'oeuvre ici.
(à suivre...)
Alors que pensez vous de l'évolutions des enquêtes. Difficile exercice que d'improviser une énigme policière mais je commence à avoir quelques idées de là où je vais...
J'ignore pourquoi, mais je le sens long, ce chapitre qui n'était censé n'être qu'un interlude...
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Dernière mise à jour par : Le bibliothecaire le 25/02/03 12:24
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Réponse au Sujet 'Errare Humanum Est...?' a été posté le : 19/02/03 16:50
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(suite chapitre 16)
Derym et Lelfe venaient de terminer l'interrogatoire des jeunes prêtresses de Naquërym.
Elles étaient visiblement surchargées : leur culte était très en vogue auprès de marins et de tous ceux qui vivaient de la mer et elles devaient se débrouiller sans leurs supérieures.
En plus du tarissement de la source divine, habituellement maintenue en permanence par la Foi de leur Grande Prêtresse, les services les plus puissants du Temple commençaient à manquer cruellement. Soins, bénédictions, protections contre les tempêtes et résurrections ne pouvaient être réalisés que par les plus puissants de l'Ordre. Malheureusement, aucun remplaçant n'était arrivé du continent...
Pour l'instant, ces services fort demandés (pour preuve, les Nains morts au combat de l'équipage l'Espadon attendaient encore leur résurrection) n'étaient plus assurés que grâce aux rares parchemins de sorts sacrés en réserve...Lelfe se promis d'aller vérifier le prix de ces services chez les autres cultes : il s'attendait à une autre augmentation.
D'après les novices de Naquërym, les hautes-prêtresses étaient parties en mer pour un rituel fort classique, afin d'honorer leur Déesse lors d'une pleine lune et d'une grande marée. Elles n'étaient jamais revenues.
On avait retrouvé des débris de leur embarcation sacrée flottant au large. Beaucoup avaient souri de la situation ironique : celles qui se disaient maîtresses de la mer avaient péries noyées. L'explication officielle était que les prêtresses avaient déplu à leur divinité, entraînant un châtiment divin.
Ni Lelfe, ni Derym n'y croyait. Naquërym était connue pour être colérique et vindicative, souvent changeante et instable, mais il aurait vraiment fallut une faute gravissime de toutes les hautes prêtresses pour susciter pareil châtiment.
Renseignements pris, aucune novice ne se souvenait de blasphèmes, hérésies ou autres crimes contre la divinité. De plus, les prêtresses restantes, même de bas rang, avaient encore la faveur de leur Déesse. Au contraire même : leurs sorts divins n'avaient jamais donné d'aussi bons résultats...
"Comme si Naquërym, voulaient nous dire quelque-chose...Comme si elle les soutenait dans l'épreuve sans oser envoyer un message plus clair..." murmura Lelfe.
"Pourquoi cela ?"
"Pour nous mettre sur la voie : si Naquërym n'intervient pas directement, c'est qu'une autre divinité puissante risque de contrecarrer ses plans...Tu vois à qui je pense ?"
Derym était loin d'être idiot et même si sa connaissance de panthéons n'égalait pas celle de Lelfe, il se tourna immédiatement vers le plus beau et plus grand Temple de la ville : le Temple du Dieu du Commerce.
"Tu crois que..."
"J'en suis presque certain. Mais je n'ai aucune preuve pour l'instant. Ce n'est parce qu'ils profitent du crime que ce sont eux les coupables...Pourtant mon intuition me dit que c'est bien eux. Ou au moins l'un d'entre eux..."
"Et comment comptes-tu avoir des preuves ?"
"On va se séparer un moment : toi, tu vas prendre la mer. Fais-toi conduire par les prêtresses de Naquërym sur les lieux du drame. Avec ta connexion avec l'élément aqueux, je suis sûr que tu peux y apprendre plein de chose !"
"D'accord, je vais faire de mon mieux, mais toi ?"
"Je vais poursuivre mes interrogatoires..." répondit Lelfe d'un air rusé.
Lelfe regarda Derym partir suivant ses instructions. Il ne voulait pas impliquer le jeune Druide dans la suite du programme.
Il avait en tête de persuasions musclée et des perquisitions illégales.
Suite à une rumeur entendue dans une auberge proche du Temple, Lelfe laissa Groumpf un moment et retourna au Temple de Naquërym.
Là, il invita une jeune novice à se confier à lui, usant de ses charmes et de son fameux bagout...Conquise par sa beauté et son audace, la jeune femme lui avoua négligemment qu'une des Hautes Prêtresses disparues entretenait une liaison coupable avec un soldat d'un autre culte...
Il ne fallut pas longtemps à l'entreprenant aventurier pour arracher le nom de cet amant à sa compagne : Calever. Il était Paladin d'un culte local.
Après quelques investigations supplémentaires, Lelfe découvrit que Calever servait Tür. Et qu'il avait disparu.
D'après les rumeurs, un Inquisiteur fraîchement débarqué posait des questions sur la disparition de Calever et du Grand Prêtre de Tür. Quelques chopines habilement distribuées apprirent à Lelfe le meurtre du Grand Prêtre de Tür.
La coïncidence le troubla et ses convictions s'affermirent : pour lui, les Prêtresses de Naquërym et les servants de Tür avaient été éliminés par la même personne.
Il soupçonnait les prêtres du Dieu du Commerce d'avoir éliminé les Hautes Prêtresses afin d'avoir le monopole de l'eau...Les servants de Tür, justiciers dans l'âme, devaient avoir appris quelque chose et le meurtrier les avait éliminés...
Mais là encore il manquait de preuves concrètes.
Lelfe songea un instant à aller trouver l'Inquisiteur de Tür. Il y renonça : il ne se sentait pas très à l'aise avec ces gens là, trop à cheval sur les règlements pour lui...En plus, il voulait résoudre lui-même ce mystère ! Pas question de mâcher le travail à un Paladin !
Il lui fallait établir une connexion entre les Prêtresses de Naquërym et les prêtres avides du Dieu du Commerce.
Soudain, une idée le frappa : pour s'être aisément débarrassé des Hautes Prêtresses, dans leur élément qui plus est, il fallait être sacrement puissant ! Il se maudit : la vérité crevait les yeux !
Une visite rapide au Temple du Dieu du Commerce avec comme prétexte la négociation du prix (qui curieusement avait augmenté) de la résurrection de l'équipage de l'Espadon lui permit de rencontrer le Grand Prêtre. C'était un vieil homme grassouillet mais à la carrure impressionnante. Sa chair opulente, n'était pas ridicule ou signe de laisser aller, au contraire : elle rendait encore plus imposant le puissant personnage.
Ayant appris le nom complet du terrible personnage, Lelfe se rendit sur les quais. Comme il s'en doutait, sur une île aussi fréquentée, on notait scrupuleusement les bateaux entrant et sortant du port.
Lelfe récupéra Groumpf et en s'aidant de la carrure menaçante du géant, il obtint un accès aux registres maritimes de la Guilde des Marins.
La date et l'heure du départ des Prêtresses de Naquërym y figuraient en bonne place. Bien évidemment, il n'y avait pas d'autres entrées durant cette période...L'oeil exercé du Barde sembla déceler une supercherie : le registre avait-il était trafiqué ? En tout cas la page ne semblait pas avoir été trafiquée...Du moins en apparence.
L'intuition de Lelfe lui soufflait que portant elle l'était : tous ses sens de voleur rusé étaient en éveil. Un examen minutieux ne lui apprit rien de plus. Pourtant l'impression était là...
Une idée lui vint : tournant la page, il arracha discrètement celle du dessous.
Il alla ensuite chercher un morceau de charbon, il crayonna la page. Lelfe sourit. Heureusement celui qui avait remplit le registre avait appuyé fort ! La trace devenait visible : d'après elle, un certain Dorfel, Haut Prêtre du Dieu du Commerce, avait emprunté une embarcation à un convoi de passage le même jour que les servantes de Naquërym...
Information qui avait bien évidemment disparu de la page originale...
Mais qui était donc chargé de noter ces informations ? Etait-il complice ?
Lelfe n'eut guère de mal pour obtenir ces détails : la plupart du temps, c'était les marins de la Guilde qui remplissaient ce journal. Mais avec les va-et-vient constants et les nécessités du port, ils avaient fréquemment recours à une aide extérieure pour ces paperasses administratives...Ils faisaient donc appel quelqu'un d'instruit, qui savait écrire et donc la loyauté était sans faille : quoi de mieux qu'un Paladin de Tür ! Surtout que le pauvre homme n'avait pas grand chose à faire vu la faible étendue de son culte !
Avec l'aide des muscles impressionnants de Groumpf, il se fit ouvrir le registre des horaires gardes assignés aux écritures. Et le nom du lieutenant Calever y figurait en bonne place.
Tout était maintenant parfaitement clair dans l'esprit du Barde : Dorfel avait emprunté une embarcation pour éliminer les prêtresses. Ensuite, il s'était débrouillé pour effacer les traces de son passage, ce qui n'était guère difficile, vu la facilité avec laquelle Lelfe avait eut accès au registre.
Calever était cependant un homme méticuleux et consciencieux. Il avait du remarquer quelque chose...Sans doute s'en était-il ouvert à son Grand Prêtre...
(à suivre...)
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...Prenez la taille de mon ego et ça vous paraîtra petit..."
Aerth, récits fantastiques
...Et en plus il écrit et il blog...
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Cachée
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Vieux Con

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Réponse au Sujet 'Errare Humanum Est...?' a été posté le : 21/02/03 19:08
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(suite et fin chapitre 16)
Ysandre et Thiki venaient de terminer une nouvelle inspection. Elles avaient décidé (enfin surtout Thiki) de visiter tous les rares bâtiments de pierre de la cité, à la recherche du véritable lieu du meurtre.
Elles n'avaient rien trouvé dans les forges. Les traces de brûlé abondaient, mais pas la moindre tache de sang...De plus, le vieux Grand Prêtre de Tür se serait aisément fait remarquer au milieu de la population locale, de robustes Nains forgerons qui se relayaient nuits et jours.
L'autre bâtiment suspect était une grande tour habité par un mage.
Celui-ci se révéla curieusement charmant et affable et les fit visiter sans se faire prier. Il vivait seul, en reclus, méditant sur un projet magique auquel les deux jeunes femmes ne comprirent rien, malgré l'exposé insistant du personnage. Il ne recevait pas souvent de visites et encore moins de femme ! Ce fut une épreuve que de se dépêtrer de l'attentionné personnage.
"Bon, il reste plus que le Temple du Dieu du Commerce." maugréa Ysandre.
C'était là que Thiki pensait trouver le coupable. D'après elle, ce devrait être une personne de haut rang.
Malheureusement, elle ne purent pas visiter tout le Temple, les prêtres n'appréciant pas leurs fouilles et leurs sous-entendus. Thiki pensait qu'ils n'aimaient pas nom plus devoir céder à l'autorité d'une religion autre que la leur qu'il considérait en plus comme inférieure.
Usant de son influence de Paladine, Ysandre obtint néanmoins l'autorisation de visiter le Temple. La persécution religieuse était un crime très grave (d'autant plus qu'un fidèle puissant du Dieu dénigré pouvait soudain lancer sur vous les foudres déchaînées de sa divinité...).
Elles purent donc fouiller le Temple et les chambres de novices et des prêtres. Seule la chambre du Grand Prêtre, sa retraite sacrée, et son bureau était interdit. Thiki sourit. Elle comprenait pour la chambre, saints des saints, endroit de méditation du chef suprême du culte. Mais pourquoi interdire l'accès au bureau, lieu public par essence ?
Sa conviction se renforça lorsque les gardes, visiblement réticents, n'acceptèrent pas le traditionnel pot-de-vin qu'elle leur proposa. Curieux pour des membres du culte du Dieu du Commerce, passant pour les plus corruptibles des religieux...
Pendant qu'Ysandre interrogeait les suspects (elle était maintenant rodée), la jeune voleuse s'éclipsa discrètement. Rodant parmi les ombres, elle s'introduisit dans la zone administrative du Temple.
Profitant de l'inattention des prêtres, distraits par le remus-ménage, elle fouilla dans les bureaux, tiroirs et dossiers à la recherche d'une preuve, d'un indice.
Et elle trouva enfin quelque-chose d'intéressant.
Apparemment, le Grand Prêtre avait récemment fait changer son mobilier. Deux fois. Et il avait fait venir des menuisiers et décorateurs de passage !
Elle obtint aussi l'adresse de l'entrepôt où avaient été conduits les anciens meubles du Grand Prêtre Dorfel...
La voleuse revint discrètement vers Ysandre. Dorfel supervisait lui-même les interrogatoires. Il était tout sucre, tout miel, encore plus que le mage prévenant de la tour. Son obséquiosité fit se hérisser Thiki : elle avait déjà vu son ancien Maître se comportait ainsi devant les questions de l'autorité.
Elle fit signe à Ysandre de vite terminer.
Une fois dehors, elle expliqua ses découvertes à la Paladine, passant sous silence diverses effractions et le vol des documents. Malgré son sens ardent de la Justice, son amie n'approuverait pas ses efficaces initiatives...
L'entrepôt qu'elles visitèrent se révéla surprenant. Loin d'être un dépôt d'antiquités et de meubles usagés, c'était un sordide lieu de stockage de bois de chauffage.
L'unique employé, visiblement à demi retardé mental et d'une rare incompétence, ne leur fut d'aucun secours. Il était incapable de se rappeler la provenance précise des tas de bois.
Heureusement, Thiki était futée : connaissant le goût pour l'opulence de ces religieux, elle se dirigea illico vers un tas de débris de bois précieux. Qui irait brûler ce genre de bois poli et vernissé ?
Les deux enquêtrices farfouillèrent un moment dans les débris. Ca s'assemblait : il s'agissait bien de meubles prestigieux qui avaient été broyés. Certains portaient la trace de profondes brûlures. La culpabilité de Dorfel, Haut-Prêtre du Dieu du Commerce, semblait de plus en plus évidente.
Thiki aperçut alors les restes d'un grand bureau. Curieusement quasi-intact, il était fort étrangement cloué.
Frissonnant par intuition, Thiki défonça la lourde construction de bois d'un coup de pied rageur. Ce qu'elle découvrit ne fut pas une grande surprise.
Ysandre sursauta et verdit : par l'ouverture jaillissait la main d'un cadavre. Prenant son courage à deux mains, elle aida sa jeune amie à dégager le corps.
La Paladine reconnut difficilement le pauvre lieutenant Calever. Il portait lui aussi les traces de nombreux coups, essentiellement causés par une arme contondante. Lui aussi avait été atrocement brûlé, bien plus que le Grand Prêtre...Il portait lui aussi un médaillon sacré de Tür complètement calciné.
"On a la preuve maintenant...On fait quoi ?" demanda Thiki.
"J'hésite encore...C'est vrai que nous avons beaucoup d'indices, mais.."
"Quoi encore ! ça ne te suffit pas ? Tu veux des aveux signer en présences de deux témoins ou quoi ?" s'emporta l'adolescente.
"Je sais, Dorfel est coupable, j'en suis convaincue...Pourtant, il va nous falloir un dossier solide pour l'accuser. Le pouvoir ici est divisé entre les religieux, la Guilde des Marins et les Libres-Commerçants...Et Dorfel est le chef de la religion la plus implantée ici. Et les marchands le suivront..."
"Tu penses donc qu'on doit abandonner ? Qu'il est intouchable et qu'il ne pourra jamais être accusé et condamné ? Pff...On devrait régler ça avec un couteau, ça poserait pas de problème..."
"THIKI !!" s'écria la Paladine indignée. "L'assassinat est un CRIME !"
"Je plaisantais...Presque. Vu ce qu'il a fait, c'est la mort qui l'attend, non ?"
"Oui, mais ce n'est pas à nous d'exécuter la sentence. Et pas sans un procès équitable..."
"Hmmm...c'est décidément bien compliqué de servir la Loi et la Justice ! Pas très efficace ce système..." conclut Thiki dubitative. "Et on fait quoi maintenant ?"
"On rentre faire, notre rapport au Temple de Tür. Et la nuit ne va pas tarder à tomber, il faut songer à manger et dormir...Une rude journée va nous attendre demain !"
Ysandre et Thiki eurent la surprise de découvrir l'immense Groumpf qui attendait à l'entrée du petit Temple de Tür. Il les salua amicalement et grogna que Lelfe était à l'intérieur. Lui n'était pas rentré : l'endroit était trop petit et le novice qui les avait accueillit semblait inoffensif...
Haussant les épaules, les deux jeunes femmes entrèrent. Que venait faire l'insouciant, l'irrévérencieux Barde dans un Temple de Tür ?
"Et c'est pourquoi je pense que votre Grand Prêtre a été assassiné par Dorfel, Haut-Prélat du Dieu du Commerce afin d'obtenir le monopole de la distribution d'eau potable aux navires marchands..."
"QUOI !!" s'écrièrent ensemble Thiki et Ysandre en entendant les explications de Lelfe. Il venait sous leurs yeux de résumer, non, de clarifier même, leur enquête !
"Ah ! Bonsoir mesdemoiselles ! Vous tombez à pics, surtout toi, Ysandre." déclara calmement Lelfe. "Tu n'aurais pas vu un Inquisiteur de Tür ? J'ai plein d'informations qui lui seraient utiles."
La Paladine inspira profondément pour se calmer. Que venait faire Lelfe dans cette histoire ? Et bon sang, comment savait-il tout ça !?!
"C'est moi, l'Inquisiteur de Tür...Du moins, pour cette enquête..." commença la jeune femme.
"C'est vrai ?" coupa Lelfe. "Quelle chance ! Moi qui m'attendais à un vieillard pompeux, rigide et à cheval sur le règlement..."
"Elle est à cheval sur le règlement..." glissa sournoisement Thiki.
"Mais alors...On travaille sur la même enquête ?" termina Lelfe, surpris.
La Paladine hocha la tête, affirmative. Elle se retenait pour pas secouer Lelfe de toutes ses forces et lui faire cracher ses informations.
Captant le regard de la jeune fille, le Barde déballa son histoire et raconta son enquête sur l'augmentation soudaine du prix du baril d'eau potable. Il leur fit part de toutes ses démarches et de tous ses soupçons et montra ses preuves.
Ysandre enchaîna en racontant sa propre investigation sur le meurtre ou plutôt les meurtres. Tout concordait.
Thiki souriait à l'écoute de cette récapitulation. Les talents d'enquêteur de Lelfe étaient impressionnants ! Sous son manque de sérieux se cachait une vive intelligence et un sens des initiatives très important.
"Tu nous fournis la dernière pièce." déclara Thiki "Il me manquait le mobile..."
"Tu l'aurais su tôt au tard." répondit Lelfe, bon joueur. "Que fait-on maintenant ? On a assez de preuves à nous tous, non ? En plus Derym m'a dit qu'il en avait d'autres..."
"Ah bon ? Et où est-il ?" demanda la Paladine, espérant que le Druide ne s'était pas mis en tête de se confronter seul au prêtre assassin.
"Il est resté avec les prêtresses-apprenties de Naquërym. Apparemment, il a trouvé des indices et des preuves là où leurs chefs ont été décimés...Il organise quelque-chose en vue de l'accusation : on aura besoin du soutien de ce clergé pour déstabiliser le Haut-Prêtre du Dieu du Commerce..."
"Bien, on fait ça demain alors ?"
"Non, Derym veut que ça se passe ce soir. Il a déjà prévenu la Guilde des Marins et les Libres-Marchands."
"Pourquoi ce soir ? J'suis crevé, on a marché et on s'est démener toute la journée..." maugréa Thiki.
"J'en sais rien, mais c'est lui le chef. Il a un plan, faisons-lui confiance..."
Sous les rayons ambrés du couchant, il se dirigèrent vers la place de la cité, vers le rendez-vous avec les représentants et témoins de la Guilde des Marins et des Libres-Marchands.
L'affaire était grave et Ysandre dut faire appel à toute l'autorité de son statut d'Inquisiteur (honoraire) de Tür pour leur faire prendre les accusions au sérieux. En plus Lelfe et Thiki assénaient preuves et raisonnements d'une voix convaincante et d'une froide logique.
Finalement les représentants locaux furent enfin convaincus quand une messagère du Temple de la Déesse des Mers vint soutenir les enquêteurs.
La nuit tomba pendant qu'ils discutaient. Loin d'eux, sur le port, une forme vive jaillit littéralement de l'Espadon. Chasseresse, inquisitrice, elle était dangereuse et se mouvait avec grâce dans les ombres. Assoiffée.
Sur la place, la prêtresse novice les pressait d'aller porter une accusation officielle sans attendre, avant que le félon ne maquille les preuves (les enquêteurs n'ayant pas été fort discrets durant leurs investigations...) ou ne tente quelque acte infâme pour les réduire au silence.
Ils se mirent en branle vers le Temple du Dieu du commerce, quasi-désert à cette heure.
Ysandre à leur tête, était resplendissante sous les lumières dorées illuminant le Temple. Il franchirent hardiment les portes intérieures du Temple, vers le sanctuaire du Haut-Prêtre Dorfel. Leur procession fut rejoint par une autre : Derym, escorté par cinq prêtresses de Naquërym.
Il avait l'air mortellement sérieux. Et il s'était changé : il portait à présent les habits cléricaux du culte de la Déesse des Mers. Cela étonna Lelfe : une brusque conversion ? Peu probable...
Mais le plus impressionnant était le crâne humain que portait le jeune Druide entre les mains, comme une sainte relique.
C'était d'ailleurs le cas, constata Thiki, toujours logique : l'os avait était poli doucement par les flots. C'était un miracle qu'il ne fut pas déjà réduit en poussière. Il devait s'agir du crâne d'une des Hautes-Prêtresse de Naquërym assassinées en mer ! D'ailleurs, il portait la marque sombre d'un carreau d'arbalète en plein front...
Avec des gestes impérieux, Ysandre chassa novices et prêtres assurant la garde de nuit. Inutile de faire un scandale public maintenant ou de fournir un appui au Haut-Prêtre Dorfel.
La suite envahit le bureau de celui-ci, sans se faire annoncer.
"Que signifie cette bruyante et violente intrusion ! Et à cette heure indue !" déclara Dorfel, incisif. Il avait été surpris en plein "compte" des recettes de la journée.
Ysandre s'avança, ses insignes de Paladine brillant. Elle était l'Autorité incarnée.
"Seigneur Dorfel, Haut-Prêtre du Dieu du Commerce, vous êtes en état d'arrestation..." déclama la jeune femme d'une voix forte.
"Quoi !?! Comment osez-vous !..." coupa le Haut-Prêtre, rouge de colère.
"Vous êtes accusé du meurtre des quatre Hautes-Prêtresses de Naquërym, ci-nommées Natal'Shia, Perl Naya, Ilisan Rëa et Cinell Dasho. Vous êtes également accusé du meurtre du Grand Prêtre de Tür, dans l'exercice de ses fonctions ainsi que du Lieutenant-Paladin de Tür Calever Moonshan, lui aussi dans l'exercice de ses fonctions."
"Hérésie ! Je ne suis pour rien dans..."
"En sus, vous êtes également accusé d'avoir commis ces meurtres dans l'unique but d'asseoir votre monopole sur l'exploitation d'une denrée vitale : l'eau potable et en vue d'établir un quasi-monopole sur les services fournis par les Temples. De plus, vu la nature cléricale de vos victimes supposées, vous êtes également accusé du crime impardonnable de persécution religieuse !"
Le Haut-Prêtre blêmit : la dernière accusation était terrifiante. Il tenta de se reprendre.
"Vos accusations sont tout bonnement insensées ! Mes avocats et mes conseillers vont tailler ces médisances en pièce ! Et je vous ferais condamner pour outrage !"
"Nous disposons de preuves formelles et de témoignages de nos enquêteurs délégués. De plus ma parole en temps qu'Inquisitrice de Tür ne saurait être mise en doute !" rugit Ysandre.
"Vous n'êtes qu'une suppléante ! Une étrangère ! Ici, c'est moi qui fait la Loi !"
"Tiens, vous saviez qu'elle n'était qu'une suppléante ?" remarqua Thiki. "Vous espionniez ?"
Un lourd silence s'en suivit.
Le Grand Prêtre aurait encore put s'en sortir, inventer une excuse et engager un long procès qu'il aurait gagné par la corruption. Mais un tintement sinistre suivit d'un grésillement mit fin à ses espérances.
Le médaillon sacré du Haut-Prêtre venait de se détaché de sa chaîne et de s'abattre sur le sol où il se consuma avec une fumée de mauvaise augure.
"Votre Dieu vous abandonne !" déclara Derym, froidement. "Il aime les gens hardis et débrouillards mais ne veut pas se compromettre avec de vils assassins !"
"Rendez-vous maintenant, cela ne sert plus à rien..." déclara Ysandre en s'avançant.
L'ex-Haut-Prêtre se tassa sur lui-même et commença à ricaner, probablement hystérique. Ysandre s'avança, une paire de fers au poing.
"N'approchez pas !" souffla haineusement le prêtre en se redressant, vif comme un serpent. "Mon Dieu m'abandonne ? Il finira bien par reconnaître ma valeur ! J'ai fait tout ça pour lui !"
"Inutile de résister, Monseigneur." s'obstina Ysandre.
"Arrière misérable !"
D'un geste, il sortit de son ample toge un sceptre orné d'une pierre jaune scintillante. Un bâton de sorcellerie !
"Comme vous le voyez, j'ai encore de la ressource ! Vous allez tous périr !"
Le prélat déchu prononça un mot de pouvoir. Aussitôt une vague d'énergie blanchâtre déferla sur les aventuriers, les jetant à terre loin du prêtre fou ricanant. Sous rire s'éteignit : Derym et son escorte de prêtresses n'avaient absolument pas bougé. La puissance du sceptre avait pourtant envoyé Groumpf et Ysandre s'étaler les quatre fers en l'air !
Derym sourit tristement, comme pour conseiller à l'assassin une reddition plus honorable. Le meurtrier dément grogna sa hargne : les prêtresses avaient entamé un rituel ensemble !
Groumpf fut moins diplomate : le géant jaillit, épée au poing, avant même que les autres se soient relevés. Dorfel dégaina aussi un fléau d'arme, arme qui avait déjà bien versé le sang d'innocents.
Le coup titanesque de Groumpf fut arrêter par un bouclier violet semi-translucide qui se déploya sur l'ordre du prêtre. Conçu normalement pour la défense, son arme recelait de terribles pouvoirs...Profitant de la surprise, le prêtre porta un coup de fléau à Groumpf. L'acier mordit cruellement la chair. Une magie puissante congela aussitôt le bras blessé de Groumpf, l'obligeant à une retraite temporaire.
Ysandre s'élança à son tour : elle avait remarqué que le bouclier magique ne protégeait plus le meurtrier quand il levait son arme pour attaquer. La Paladine fut trop lente et son coup fut stoppé par la magie réactivé en urgence par le Haut-Prêtre déchu. Elle se maudit intérieurement : elle aurait dut prendre l'arme enchantée de Lelfe avant d'entrer dans le Temple !
Lelfe incanta, espérant que la magie pourrait traverser le bouclier lumineux. Une flèche de flamme fonça sur le clerc maudit. Il fit un geste, levant sa main désarmée. Une bague ornée d'une améthyste rutilante brilla, matérialisant un bouclier rond de magie bleuté crépitante. Le sort s'y écrasa, sans effet.
Lelfe jura : ce traître associait plusieurs objets magiques très puissants. Trop. C'était mortellement dangereux ! S'il les différentes magies interagissaient...Il risquait de perdre tout contrôle et d'entraîner la fin de tous !
Le Barde jeta son épée enchantée à Ysandre qui se mit en position, prête à frapper. Groumpf, qui avait déjà récupéré, s'avança lui aussi malgré ses blessures, prenant le prêtre félon en tenaille. Lelfe était prêt à incanter un autre sortilège à la moindre erreur du prélat...
La situation était bloquée : le meurtrier était isolé derrière ses boucliers magiques, pour le moment infranchissables. Il ne pouvait par contre pas attaquer non plus : il lui aurait fallut désactiver l'une de ses protections, occasion que n'aurait pas manqué l'un des héros.
Soudain, une sensation fraîche et humide envahit les belligérants. Les prêtresses de Naquërym et Derym venaient de terminer leur rituel. Des vagues éthérés, blanches-bleutées, de magie circulaient entre les prêtresses novices, chacune à la pointe du pentagramme centré sur Derym qu'elles formaient.
"Mais Derym ne peut pas participer à un rituel de Naquërym !" hurla Ysandre en voyant le déferlement de magie.
"Regarde !" dit Lelfe en pointant son doigt vers l'épaule de Derym. On devinait sous la toge du jeune Druide, la présence du Saphir de L'Eau, qui illuminait le corps du jeune homme par une aura bleue glacée. "Elles se servent de lui comme Focaliseur pour renforcer les pouvoirs de leur déesse ! Celle-ci est une divinité très lié à l'élément Eau et Derym est un vrai canal vers le Plan de l'Eau ! Elle peuvent entrer en communion avec lui et y puiser de l'énergie !"
L'ex-Haut-Prêtre frissonna devant la manifestation de puissance brute émanant du rituel. Puis il sourit : il se croyait à l'abri derrières ses boucliers...Après tout, même avec l'aide de ce jeune Druide, les prêtresses n'étaient que des novices. A elles cinq elles ne valaient même pas tout à fait une Grande Prêtresse ! Et il en avait déjà terrassé plusieurs...
Puis il croisa le regard de Derym, un regard lourd de reproche, un regard à la fois dur, accusateur et triste. Le jeune Druide leva alors le crâne poli qu'il portait.
Toute la magie du rituel s'y engouffra dans une cascade rugissante blanc-bleu. Le crâne disparut, happé par la tornade de puissance. Une silhouette apparut.
Le félon, hoqueta : "Un élémental d'Eau ? C'est tout ! Quel gaspillage de puiss..."
La forme prit alors l'apparence d'une femme d'allure royale. Vieille mais au regard perçant. Bien qu'uniquement constituée d'eau, elle restait imposante, forçant le respect. Le prêtre déchu était paralysé : il venait de reconnaître l'une de ses victimes, la Matriarche des Hautes-Prêtresses de Naquërym !
Le fantôme aqueux traversa lentement le cercle formé par les novices épuisées, se dirigeant vers le Haut-Prêtre. Son regard était de glace, déterminé. Elle était le châtiment de Naquërym, la vengeance formé de flot écumant, réclamant le sang pour ses soeurs mortes par traîtrise et félonie.
Tout le monde était bouche bée devant l'apparition et nul n'attaqua, même quand le Haut-Prêtre maudit lança des sorts destructeurs sur l'apparition vengeresse. Sans effet.
Le prélat déchu recula, pleurant, gémissant de peur. Il réactiva ses défenses magiques, espérant tenir à l'écart la créature. Celle-ci s'arrêta juste devant les barrières chatoyantes. Puis elle y plongea !
Emportant le prêtre dément dans une tornade d'eau et de magie, l'esprit s'attaqua aux objets magiques du félon, altérant leur essence même, la surchargeant de sa propre énergie magique. Lelfe et Derym crièrent en même temps : il fallait se mettre à couvert !
Les objets magiques explosèrent, arrachant des lambeaux de chair au meurtrier.
Quand les flammes et les brumes magiques se dispersèrent, tous purent contempler l'horrible spectacle. Le prêtre renégat avait perdu un bras. Son torse était horriblement noircit par les flammes dévorantes. Sa main restante était horriblement brisée. Pour finir, il saignait par de multiples plaies.
Pourtant Dorfel était encore vivant. A la surprise de tous, il hurla puis s'enfuit ! Personne n'eut le temps de réagir : ce traître avait vraiment la peau dure !
Gagnant un passage secret, le prélat qui riait comme un possédé fit un geste obscène en direction des aventuriers : il allait réussir à s'enfuir.
Le passage dérobé se referma juste à temps : même Ysandre sous l'effet de la Hâte conféré par l'épée elfique enchantée, n'arriva pas à l'arrêter. Il était libre.
Groumpf et Lelfe tentèrent d'ouvrir le passage. L'un par la force, l'autre en utilisant ses talents de monte-en-l'air. Rien à faire, l'entrée était bien scellée de l'intérieur.
"Oh non ! Il ne peut pas s'enfuir maintenant ! Pas après tous ces efforts !" gémit Thiki.
A coté d'elle, Derym eut un sourire froid et dur. Voilà qui était inhabituel pour le jeune Druide.
"Ne t'inquiète pas. J'avais prévu cette éventualité." déclara le Druide d'une voix à la fois triste et froide. "Je ne peux laisser s'échapper quelqu'un qui prive les autres d'une ressource vitale comme l'eau. Mère Nature nous fournit gracieusement de quoi vivre. Elle est généreuse. Je ne laisserais pas de tels dons souillés par le comportement cupide de certain ! Le châtiment sera à la mesure du crime..."
Thiki et les autres ne comprirent pas sur l'instant. Puis des cris et des sanglots s'élevèrent derrière le passage secret.
"Nooonnn !!! Pitié ! Laissez moi ! Nooo...Je peux vous payer ! Lâchez moi ! Vade Retr..."
Le silence revint. Derym soupira.
"Je regrette que cela ait fini ainsi. Mais c'était nécessaire..." déclara le jeune Druide.
"Que lui est il arrivé ?" demanda Ysandre, un rien apeuré et surprise par le ton dur du si calme Derym.
"Il a rencontré quelqu'un de vraiment assoiffé..." répondit Derym dans un sourire féroce. Pourtant les yeux du Druide étaient emplis de larmes. Certaines décisions étaient si difficiles et il n'aimait pas se sentir responsable de la mort de ses semblables...
La porte secrète se déverrouilla soudain. Halonn parut, pourtant le cadavre désormais desséché du prêtre assassin.
"J'ai ordonné à Halonn de trouver les issues cachées du Temple et de s'y embusquer. Si le meurtrier fuyait...Il était libre d'en faire ce qu'il voulait." déclara le Druide.
"Et le mal a été puni par le mal..." murmura Lelfe.
"Désolé..." dit Halonn. "Je ne pas put me contrôler. Savez-vous que j'entendais ce type depuis cette cache ? C'est une pourriture. Il est mort comme une pourriture. Désolé de n'avoir pu te le ramener, Ysandre...Mais de toute façon, ici ou au tribunal, c'était la mort qui l'attendait..."
"...Oui, c'est vrai. Je te remercie, Halonn. Toi aussi, Derym. sans vous, il nous aurait échappé et les âmes des morts n'auraient pas connu le repos. Le châtiment est venu...Pas comme je l'espérais, mais..." finit par dire la Paladine. Elle haussa les épaules "Les voix de la Justice sont parfois impénétrables."
Peu à peu, les représentants, encore sous le choc, se retirèrent : il devait préparer le peuple et les fidèles du Dieu du Commerce à la nouvelle. La distribution efficace de l'eau allait pouvoir reprendre. Ils remercièrent chaleureusement les aventuriers. Une fête traditionnelle aller être organisé en toute hâte en leur honneur.
Lelfe se sentait gagné par un irrésistible sourire alors qu'il contemplait le Temple du Dieu du Commerce.
"Qui y'a-t-il de si drôle ?" demanda Thiki.
"Tu sais, ce prêtre déchu vient d'apprendre une chose fort banale...Et si appropriée pour son culte !"
"Quoi ?"
Lelfe prit une pose très sérieuse et déclara d'une voix lourde d'autorité et de sagesse ancienne :
"Le crime ne paie pas !"
(fin chapitre 16)
Voilà, j'ai tout fini d'un coup. J'suis crevée...Ca me semble de plus regorger de fautes d'orthographe à la primo-correction. J'en ai corrigé un maximum, mais il doit en rester plein...
Sinon, que penser vous de cette "enquête" improvisé ? Vos commentaires sont toujours les bienvenues !
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Dernière mise à jour par : Le bibliothecaire le 25/02/03 18:56
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