Thorp bonheur

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Prince Coriolan, la suite a été posté le : 09/09/02 20:20
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Contre toute attente, je parvins à suivre ma route sans me perdre. Je perdis un peu de temps dans l'ascension du Col des Deux Chasseurs, où en dépit de la date tardive, de la neige s'était mise à tomber. On n'y voyait guère qu'à trente pas, ce qui n'était pas pour rassurer Horizon, aussi mis-je pied à terre pour avancer tout doucement en direction du sommet.
Les barbares m'avaient promis qu'une fois le col passé, j'aurais une superbe vue sur les terres des Landrites. Ce ne fut évidemment pas le cas : la superbe vue en question était noyée dans un brouillard laiteux et opaque. Je me résignai à entamer ma descente sans trop savoir à quoi ressemblait le pays où j'allais. Le seul avantage de cette situation, c'est que je ne voyais plus le corbeau à dix pas de moi, dont seul un croassement étouffé me rappelait parfois la présence.
Je finis par trouver des traces de présence humaine. Une clôture le long du chemin, le son d'une cloche au loin, les silhouettes de chèvres au poil épais sur le flanc d'un massif. J'évitai cependant de m'approcher de tout ce qui ressemblait à un village de montagne. Les relations entre les Nordiques et les barbares n'étant pas excellentes, j'avais un peu trop peur de l'accueil qui me serait réservé.
Le royaume n'était pas très étendu. Matzar, avec son port, était la seule ville importante du pays, dont les activités principales étaient la pêche et l'élevage. Un soir, alors que je bivouaquais près d'une rivière au pied des montagnes, je me rendis compte que je me souvenais très mal des cours du conseiller Hugues. La société landrite fonctionnait par clans, c'était clair dans mon esprit ; mais combien de clans y avait-il ? Impossible de m'en souvenir. Je ne savais même plus à quel clan appartenait Trybnar, l'époux d'Elna.
Je dus me résigner à poursuivre mon chemin, en marge des routes principales, en espérant que mon ignorance ne me coûterait pas trop.
Je parvins à Matzar presque sans avoir rencontré âme qui vive. Dans le petit matin, la ville était voilée d'une brume à l'odeur marine. Le palais royal la surplombait, massif édifice de pierre blanche tout en contraste avec le rocher de basalte noir sur lequel il était bâti. J'errai un peu, songeur, dans les bas quartiers qui entouraient la vieille ville fortifiée. Je n'avais jamais pensé que le château était aussi nettement séparé de sa capitale. Flerroé et Antismora ne s'étaient-elles pas développées autour des enceintes royales ?
Quand je m'arrêtai dans une auberge pour commander un repas chaud et un peu de vin, le patron me regarda de travers.
"Vous venez d'où, exactement ? Cet accent que vous avez, il rappelle celui des barbares."
Il y avait un mépris incommensurable dans le dernier mot de sa phrase, qu'il cracha plus qu'il ne prononça. Je notai intérieurement qu'il valait mieux ne pas exhiber mon tatouage tant que je ne serais pas sorti de ce royaume.
"Je suis alaurien, en fait. Si mon accent vous importune, vous m'en voyez désolé."
"Alaurien ?"
Devant son air incrédule, je lui tendis une poignée de florins pour lui prouver ma bonne foi.
"Asseyez-vous là, je vais vous chercher de la soupe."
Compte tenu de son attitude hostile, je craignais le pire. Cependant, le fumet qui s'élevait du bol qu'il me donna sans ménagement me rassura. Dans cet établissement branlant, servi par un patron fort peu aimable, je mangeai parmi les voyous de Matzar la meilleure soupe de poisson qu'il m'eût été donné de goûter.
Le ciel s'étant dégagé, je me rendis sur le port. Les dockers, pour autant que je pus en juger, évitèrent soigneusement ce cavalier au cheval presque aussi noir que le corbeau qui le suivait. J'eus donc une paix royale tandis que j'admirais le paysage. Vers le sud, on devinait au loin des crêtes montagneuses partiellement enneigées, tandis que la ville s'étalait jusqu'au pied du rocher royal qui dominait l'horizon nord. L'océan agitait tranquillement de petites vagues devant moi. Il me sembla distinguer au loin les contours d'une île, mais les brumes marines m'empêchaient de voir au-delà d'une certaine distance.
Elna, songeai-je, toi qui aimais les livres et les jeux d'intérieur, as-tu trouvé ta place dans ce pays sauvage ?
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Confutatis, Maledictis... a été posté le : 11/09/02 18:36
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Eh bien...
Voilà un travail de toute première force où je ne m'y connais pas. Je parle évidemment de tout le roman, que je viens de relire dans son intégralité. Je me suis aperçu, à ma très grande honte, que j'avais sauté sans le savoir tout un pan de l'histoire. Le passage par Pierre-Grise, ce qui fait quand même une page et demie...
Toutes mes excuses, Oph, c'est maintenant carence comblée...
Je te renouvelle toutefois mes encouragements, et surtout l'expression de toute mon admiration...
Bien à toi.
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Réponse au Sujet 'Prince Coriolan, la suite' a été posté le : 12/09/02 19:34
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La corne qui retentit soudain me fit sursauter. Il me fallut quelques instants pour comprendre qu'elle prévenait les marins de la sortie d'un navire. Je m'approchai un peu du quai pour le voir quitter le port.
Je n'avais jamais vu un bateau, quel qu'il fût, arborer des voiles aussi blanches. La forme de la voilure, d'ailleurs, ne m'était pas familière. La coque et les gréements, faits du même bois sombre, défiaient ma mémoire, laquelle ne tarda pas à jeter l'éponge et à reconnaître que je n'avais jamais rien vu de tel. L'ensemble glissait sur l'eau avec une grâce étonnante pour un navire de cette taille. Quand les marins que je voyais évoluer dans les cordages eurent ajusté les voiles, le bateau prit tranquillement de la vitesse et s'éloigna en ligne droite, jusqu'à n'être plus qu'un point blanc à l'horizon.
Détournant le regard, je me rendis compte que je n'étais pas le seul curieux. De l'autre côté du port, une foule restait massée face à la mer. Je pouvais deviner leurs murmures admiratifs d'après leurs gestes.
Perché sur une caisse en bois un peu plus loin, le corbeau se mit d'un coup à croasser furieusement, attirant l'attention sur lui. Je le regardai agiter les ailes sans comprendre.
"Qu'est-ce que tu veux ? Qu'est-ce qu'il y a ?"
C'est alors que je vis la buse qui arrivait en piqué des tours du château. Horizon partit dans un galop paniqué, et je ne pus le reprendre qu'une fois arrivé au bout du quai. J'assistai de loin à une bien étrange scène : le corbeau et la buse se faisaient face en silence, immobiles, à quinze pas de distance. Je cherchai des yeux un parchemin sur le corps du rapace, mais je n'en vis aucun, pas plus que de marque liée à la fauconnerie.
Au bout d'un interminable instant de silence, la buse reprit son envol et retourna d'où elle venait. Je la suivis des yeux. J'aperçus alors, debout dans les hautes herbes au pied de l'enceinte du château, une silhouette humaine qui semblait attendre l'oiseau.
Mon sang ne fit qu'un tour. Seule ma soeur pouvait être ainsi accompagnée par un rapace qui ne portait aucune trace de domestication.
Je fis alors ce que l'on déconseille formellement à tout cavalier normalement constitué : je lançai Horizon, un cheval non ferré, au grand galop dans les rues pavées de Matzar. Quittant la vieille ville, je pris le large chemin de terre battue qui montait jusqu'au morne sur lequel se tenait le château. J'aperçus du coin de l'oeil un garde posté sur le chemin de ronde qui faisait signe à ses camarades de ne pas me quitter des yeux, mais je l'ignorai. Je contournai la muraille et m'engageai dans le terrain herbeux et battu par les vents qui s'étendait au pied des constructions.
La buse était posée sur un buisson épineux, non loin du bord du rocher. A quelque distance de l'oiseau se trouvaient plusieurs femmes richement vêtues qui discutaient entre elles. A mon arrivée, elles me lancèrent un regard effrayé. Même Elna n'eut pas la lueur de reconnaissance que j'espérais trouver dans ses yeux.
Je mis pied à terre, essoufflé, et restai à côté de ma monture pour ne pas effrayer ces dames davantage.
"Excusez cette arrivée peu convenable, dis-je dans mon meilleur landrite. J'ai fait un long voyage pour voir la princesse Elna."
Les autres femmes se tournèrent vers ma soeur, dont je remarquai soudain le ventre rond. J'allais me présenter dans les règles quand mon corbeau se posa au sol près de moi et se mit à arpenter les hautes herbes. Je vis certains regards passer d'un oiseau à l'autre, d'autres se détourner pendant que des lèvres balbutiaient une prière.
"Coriolan, c'est bien toi ?" demanda Elna d'une voix tremblante.
"J'en ai bien peur. Un Coriolan méchamment vêtu et couvert de poussière."
Elle s'avança un peu dans ma direction.
"Viens par ici, jeune fou. Quelle idée de t'enfuir de Flerroé ! Sais-tu que tout le monde là-bas te croit déjà mort ?"
"Ce n'est pas complètement faux. Le prince Coriolan n'existe plus, tu sais. J'ai renoncé à tout cela."
Je fis les quelques pas qui me séparaient d'elle, sans oser la toucher. Ce fut elle qui posa sur ma joue une main gantée de chevreau blanc.
"Tu as tellement changé ! Je ne pensais pas que tu forcirais des épaules comme tu l'as fait. Te voilà devenu un homme, Coriolan."
"On est un homme, à quinze ans ? fis-je en riant. En tout cas, toi, tu n'as pas changé."
"Je vois. Tu es au moins assez homme pour connaître les basses flatteries."
"Ne dis pas de bêtises, tu es toujours aussi belle !"
"Tu dois avoir un problème aux yeux, alors. En tout cas, tu commences à avoir du poil au menton. Il faudrait raser un peu tout ça."
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Réponse au Sujet 'Prince Coriolan, la suite' a été posté le : 17/09/02 19:30
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Un mouvement dans le coin de mon champ de vision me fit sursauter. Un groupe de gardes s'avançait dans notre direction. Je vis derrière eux, au niveau du grand portail qui faisait face à la mer, des renforts prêts à intervenir. Je murmurai à Elna :
"S'il te plaît, ne leur dis pas qui je suis !"
Ma pauvre soeur me lança un regard désemparé, mais se reprit très vite. Cette maîtrise de soi me rappela instantanément notre mère.
"Que se passe-t-il, chef ?" lança-t-elle d'une voix tranquille.
"Nous venons nous assurer que cet individu ne vous importune pas, princesse," répondit le chef du groupe.
"Certainement pas ! C'est un ami d'enfance, il a grandi comme moi au château de Flerroé."
Les gardes me toisèrent de la tête aux pieds d'un air incrédule. Il est clair qu'il fallait faire un certain effort mental pour imaginer un voyageur tel que moi dans un quelconque palais royal. Je n'avais pas fière allure dans mes vêtements défraîchis, et de plus, j'étais visiblement beaucoup plus jeune qu'Elna, ce qui mettait à mal la thèse de l'ami d'enfance. Leur attitude me rassura en tout cas sur un point : on ne risquait pas de me prendre pour un prince d'Alaurie ou même d'ailleurs.
"Pourriez-vous prévenir le personnel qu'il faut préparer au plus vite une chambre pour un invité ?" demanda ma soeur.
Le chef des gardes ne fut pas le seul à sursauter. Pendant qu'il courait vers l'intérieur de l'enceinte, laissant ses hommes méfiants garder un oeil sur moi, je me tournai vers elle pour l'interroger du regard.
"Puisque tu as fait tout ce chemin pour me voir, tu ne vas quand même pas dormir en ville. Tu vas rester un peu au château avec moi. Trybnar est absent pour quelques mois. Comme il est la seule personne en mesure de te reconnaître, tu pourras me raconter ton voyage le plus tranquillement du monde."
"Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée."
"N'aie pas peur, tout se passera bien."
"Elna, je pensais juste à ta réputation. Si, en l'absence de ton mari, tu invites un jeune homme inconnu avec lequel tu passes beaucoup de temps, les rumeurs iront très vite."
Pour toute réponse, elle secoua la tête dans un léger éclat de rire.
Entouré de gardes et de suivantes de la princesse, je menai Horizon à l'intérieur de l'enceinte. Aussitôt, des gamins sortirent en courant de l'écurie et me prirent des mains les rênes de ma monture, que je leur laissai à contrecoeur. La cour était plus grande et plus dépouillée que celle du château de Flerroé. Levant les yeux, je remarquai de nombreuses patrouilles sur les chemins de ronde, suggérant que la paix devait être une denrée rare dans la région. La disposition même de l'enceinte était purement stratégique : pour atteindre le grand portail face à la mer, le visiteur devait obligatoirement longer les murs et passer à portée de flèche.
Au milieu de tout cela, les bâtiments étaient massifs, et finalement pas très vastes. Elna me laissa me présenter aux habitants, ce que je fis de bonne grâce, sous le nom de Prince. Malgré mes vives protestations, l'intendante, une femme à la silhouette nerveuse et aux cheveux striés de mèches blanches, m'affecta un page pour la durée de mon séjour. Je fus donc accompagné jusqu'à ma chambre par un garçon blond d'une dizaine d'années qui m'impressionna par l'indifférence avec laquelle il accomplissait ses tâches.
Un lit, un coffre, un épais tapis, et une fenêtre avec vue sur la ville. C'était bien suffisant pour ce que j'avais à faire dans la pièce. Je notai cependant qu'il n'y avait pas de bureau. Il me faudrait trouver un autre endroit pour écrire à ma mère.
"Quel est ton nom ?" demandai-je au page pour rompre le silence.
"Olko," répondit-il d'une voix monocorde.
"C'est un joli nom. Tu sais, Olko, si tu veux, tu peux me laisser maintenant, je pense pouvoir me débrouiller tout seul."
"Mon travail est de vous assister, monsieur," fit-il d'un ton plus affirmé.
Le garçon me regardait droit dans les yeux, le regard soudain animé par un soupçon de fierté. J'avais réussi à éveiller en lui autre chose que de l'indifférence.
"Dans ce cas, si tu tiens vraiment à m'aider, arrange-toi pour que je puisse me laver. Il y a bien trop longtemps que je n'ai pas pris de bain."
Il hocha la tête gravement.
"Tu m'imaginais mal à la table de la princesse dans cet état, n'est-ce pas ?"
"En effet," dit-il avec un vague sourire juste avant de quitter la pièce.
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Réponse au Sujet 'Prince Coriolan, la suite' a été posté le : 17/09/02 19:40
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Alors, je vais sans doute me faire incendier, mais j'ai un petit hiatus à exposer... J'exagère sans doute...
Le jeune Coriolan s'échappe du palais pour rendre visite à sa grande soeur, voyage jusqu'à la frontière Alaurienne en compagnie d'une jeune femme un peu spéciale, se fait "recueillire" (presque de force) par une tribu de pseudo-barbares dont il adopte bien vite les moeurs... Et là, en deux coups de cuiller à pot, il se retrouve chez la grande soeur, sans d'autres ennuis que la recherche de son chemin... C'est un peu court en regard de ce qui a précédé, trouvé-je... Ou alors, c'est que je lis encore trop vite, désolé, ça me l'fait tout l'temps ces derniers jours...
Par contre, ce que je trouve remarquable, c'est la transition toute fluide, presque imperceptible, entre les hésitations du Prince-Enfant et l'assurance croissante du Voyageur-Homme...
Comment fais-tu pour faire vieillir tes personnages, Oph ? Les miens ont tendance à rester immuables ...
Bien à toi...
MAJ postérieure à la réponse d'Oph : Tu disais réclamer des commentaires, Oph, j'essaie de te faire plaisir... Apparemment, 'y en a plus guère qui suivent ... Pas bien, ça... Quant au raccourci littéraire, ma foi, c'est un procédé qui vaut bien celui du flashback... Eldave avait un mot pour ça... Attend, ça va me revenir... Il n'est pas au dictionnaire, par contre son antonyme exact y est, c'est prolèpse... Analèpse !!! Un flashback, en littérature, ça se dit analèpse en français... Pfiou ! Merci, Eldave ! Par contre, je ne sais plus si c'est masculin ou féminin ... Je m'éloigne ? Beuh, pardon. Quoi qu'il en soit, Oph, continue à partager ce récit, et je continuerai à le lire, envers et contre tout...
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Dernière mise à jour par : nyxl le 17/09/02 20:31
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Réponse au Sujet 'Prince Coriolan, la suite' a été posté le : 17/09/02 20:24
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Il arrive parfois, dans la vie, que l'on ait des coups de chance formidables... Celui, par exemple, qui permet à Coriolan de retrouver sa soeur dans les heures qui suivent son arrivée à Matzar, alors que tout laissait présager pas mal de difficultés dans cette quête. Tant mieux pour lui, il n'aura pas cette chance-là souvent.
Il arrive aussi qu'un auteur se lasse de conter toujours des histoires de voyage, des étapes qui se répètent, et pense que dix ou quinze jours passés à traverser des montagnes dans la plus stricte monotonie ne méritent pas d'être développés trop longuement. Une demi-page, c'est très bien.
Sinon, on peut atteindre le degré de lenteur du voyage des hobbits au début du Seigneur des Anneaux, et il faut avouer que, pour moi comme pour d'autres membres de ma famille, la lecture de ce passage a été difficile à boucler!
Quant à l'évolution du personnage, bah! Je crois que je prends de l'assurance avec lui, tout simplement. Mais il n'a que quinze ans, et il lui reste du chemin à parcourir pour devenir l'homme accompli qui raconte cette histoire, un beau matin d'hiver, sur les bords du Voile... Zut, j'en dis trop, là.
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Réponse au Sujet 'Prince Coriolan, la suite' a été posté le : 17/09/02 20:37
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Bonne idée, Oph: le château d'Elna ne se trouve pas aux antipodes, et le prince n'allait pas continuer à marcher vers lui pendant dix pages (quant à la scène des retrouvailles, je la trouve vraisemblable: la ville n'a pas l'air immense, la châtelaine ne vit pas cloîtrée, et elle ne peut passer inaperçue quand elle sort de chez elle). Et puis, quelque chose me dit que c'est à la cour de Matzar que les aventures attendent à nouveau le prince Coriolan ?
(PS: j'avais posté ce message avant de lire la mise à jour de Nyxl... quelle idée, aussi, de modifier son post au lieu d'en faire un nouveau comme tout le monde Quoiqu'il en soit, je crois qu'on se complète sans se répéter, Nyxl jugeant le procédé littéraire employé et moi la vraisemblance des faits racontés, tous deux pour conclure que ça se tient, non ?)
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Dernière mise à jour par : Gerald le 17/09/02 21:23
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-------------------- Je n'irai, plus tard, ni au café perdre ma santé, ni aux courses perdre mon argent, ni au cinéma perdre mon temps à voir des films dont les héros sont des voleurs et des assassins dignes de mépris.
(Extrait d'un manuel de morale à l'usage des classes, première moitié du XXe siècle)
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Réponse au Sujet 'Prince Coriolan, la suite' a été posté le : 18/09/02 23:46
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d'habitude je pensais ne pas etre specialement fan de ce genre d'histoire et de style mais hier j'ai tout imprime et le soir j'ai commence l'histoire, et j'ai tout lu d'un trait;
je suis sous le charme, c'est irresistible, continue (et pis pour ce que tu as dis plus haut moi ca me parait bien editable quand meme)
l'episode de Matzar m'a inspire un poeme alors je me permet de le mettre (ce n'est peut etre pas comme cela que tu la voyais mais bon):
Matzar
Sur les hautes murailles de pierre usee,
Sous la neige si pale et le soleil glace,
Des gardes somnolents surveillent l'horizon
Ou la brume laisse entrevoir quelques vieux monts;
Tache sombre indecise sur fond de ciel blanc
Un noir corbeau se laisse porter par les vents
Et fait comme un etrange echo du cheval noir
Portant sur la plage son maitre plein d'espoir;
Et tandis qu'il se dirige vers son destin,
Sur la mer si claire et semblant presque sans fin
S'elance hors des on nid noir et massif de pierre
Un vaisseau magnifique, fin et altier
A l'etrange voilure blanche et immaculee
Qui bientot disparait dans la brume legere.
voila (Oph si ca t'ennuie que j'incruste ma litterature tu me le dis je le retirerais)
-------------------- penser a ne pas oublier
"Ce n’est pas l’homme qui arrête le temps, c’est le temps qui arrête l’homme." Chateaubriand
"on ne va tout de même pas s'empêcher d'être heureux sous prétexte qu'une relation finit toujours mal (et au mieux, par la mort de l'un des protagonistes)." conanounet
"If common sense were a reliable guide, we wouldn't need science in the first place." A.Gefter, New Scientist
requyem for a domina...
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Thorp bonheur

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Mais non, Requyem, c'est très sympa! a été posté le : 20/09/02 18:46
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Je parvins tant bien que mal à persuader le jeune page que je n'avais pas besoin d'un public pour prendre mon bain. Cela ne l'empêcha pas de rester à portée de voix, prêt à intervenir si je l'appelais. Tout en transférant dans l'eau chaude la poussière noirâtre des chemins qui avait collé à ma peau et à mes cheveux, je me demandai comment j'avais pu supporter cette incessante présence des serviteurs tout au long de mon enfance.
Parmi les vêtements propres qu'Olko avait tenu à porter lui-même jusque sur la chaise à côté de la baignoire, se trouvait la chemise brodée par Myosotis. En dépit de la légère asymétrie due au fait qu'il manquait quelques couleurs sur la manche droite, c'était le vêtement que j'avais le plus envie de porter. De toute façon, je ne rentrais plus dans les tenues que j'avais emportées de Flerroé. Je sortis donc de la pièce avec l'allure d'un barbare élégant, vêtu de ce qui pouvait passer pour un costume nordique.
"Qu'y a-t-il ?" demandai-je à Olko qui me regardait avec de grands yeux.
"Vous êtes... différent, monsieur."
"Etre propre et vêtu de frais, ça vous change un homme, à ce que l'on dit."
Il sourit un bien trop bref instant avant de reprendre son sérieux.
"Je dois vous mener auprès de la princesse Elna," annonça-t-il tout en se précipitant pour ramasser mes vêtements sales.
"Déjà ? N'a-t-elle pas d'autres occupations ?"
"Pas à cette heure, monsieur. Elle a requis votre compagnie pour la collation qu'elle prend en ce moment même dans ses appartements."
"Dans ce cas, je ne veux pas la décevoir. Qui d'autre est invité ?"
"Je ne sais pas. En général, pas plus de deux ou trois personnes."
Après un crochet pour confier mes vêtements de voyage à une accorte lingère qui semblait trouver mon physique avenant, Olko me mena dans le couloir de pierre blanche le long duquel s'alignaient les appartements des membres de la famille royale. Le garde posté devant la porte d'Elna s'effaça pour nous laisser entrer.
Ma soeur était assise sur une banquette entre deux fenêtres. Elle nous fit signe de nous asseoir, sans interrompre sa discussion avec une dame plus âgée qui se tenait debout devant une table chargée de mets salés et sucrés. Toutes deux parlaient à voix basse et très vite, ce qui mit à mal ma capacité à comprendre le landrite. De toute façon, ma bonne éducation m'interdisait de tendre l'oreille pour en saisir un peu plus. Je m'assis donc bien droit sur une chaise, tandis qu'Olko restait debout auprès de moi.
Enfin la dame se retira, et Elna dit à mon page qu'il pouvait se retirer et qu'elle le ferait appeler en temps voulu. Olko s'inclina devant elle et quitta la pièce.
"Aide-moi donc à me lever, dit-elle en tendant la main. Je commence à avoir un peu de mal, ces derniers temps."
Je l'aidai à se déplacer jusqu'à la table et à s'installer sur une chaise. Elle me fit asseoir en face d'elle tout en portant à sa bouche un petit morceau de tourte à la viande.
"C'est une belle chemise que tu as là," fit-elle remarquer.
"C'est un cadeau d'une amie très chère."
"Une femme qui brode aussi bien doit être une amie précieuse, en effet. Ceci étant, maintenant que nous sommes seuls, tu vas pouvoir me raconter tout ce qui s'est passé depuis mon départ d'Alaurie, et pourquoi tu t'es enfui de Flerroé. Je t'écoute."
Je fouillai dans ma mémoire pour rassembler les nouvelles, les anecdotes et les platitudes mondaines qui avaient pu émailler ces dernières années. A ma grande surprise, Elna était déjà au courant des faits les plus importants, qui lui avaient été relatés dans diverses correspondances qu'elle entretenait avec son pays natal.
En revanche, quand je lui expliquai que c'était notre mère qui avait pris l'initiative de me faire quitter discrètement le château, elle faillit renverser sa tasse de thé.
"Maman ? Comment a-t-elle pu faire une chose pareille ?"
"En y réfléchissant bien, c'est en s'enfuyant de chez elle, quand elle était jeune fille, qu'elle est devenue ce qu'elle est..."
"Ce n'est pas ça, c'est que... Elle s'est bien gardée de me le dire. Pourquoi ce silence ? Je me suis rongé les sangs pendant des mois à ton sujet ! Il lui aurait suffi de quelques mots pour m'épargner toutes ces angoisses."
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Dernière mise à jour par : Oph le 23/09/02 18:54
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Réponse au Sujet 'Prince Coriolan, la suite' a été posté le : 24/09/02 20:16
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Elna n'en dit pas plus, mais pendant toute la suite de mon récit, elle m'écouta avec des gestes nerveux qui me laissaient supposer que sa prochaine lettre à notre mère ne serait pas des plus courtoises. Je lui racontai mon voyage le long du Voile et ma décision de me diriger vers le nord pour les voir, elle et sa fille. A ces mots, elle soupira et baissa les yeux.
"Mon pauvre Coriolan, murmura-t-elle d'une voix brisée, tu me fends le coeur. Tu as fait ce voyage pour voir une enfant qui n'était déjà plus de ce monde."
"Non..."
Je fus incapable d'en dire plus ou même de faire un geste. Comment faire comprendre à ma soeur que j'étais profondément désolé d'avoir, par pure maladresse, réveillé son chagrin ? Finalement, ce fut elle qui rompit le silence.
"Nolia est morte juste avant la naissance de Clément. Elle a succombé à une épidémie de grippe qui a emporté beaucoup d'autres enfants à l'automne dernier. Evidemment, le temps que la nouvelle parvienne à Flerroé, tu étais déjà parti."
"Mon ignorance n'excuse pas tout. Je t'ai blessée."
"Ne t'inquiète pas, fit-elle avec un sourire triste. J'ai fait mon deuil. Comme tu le vois, je vais avoir un autre enfant très bientôt, la vie continue pour moi. J'aurai toujours cette tristesse au fond du coeur, mais non, tu ne m'as pas blessée."
J'eus toutes les peines du monde à reprendre mon récit. Je lui racontai ma rencontre avec Myosotis, la façon dont chaque jour qui passait la rendait un peu moins étrange et un peu plus humaine. Elna m'écoutait avec un vague sourire, les yeux dans le lointain. Elle hocha la tête en m'entendant dire que je n'avais jamais aimé d'amour cette fille qui se pendait si souvent à mon cou. Visiblement, elle n'en était pas plus convaincue que moi.
Quand j'en vins à expliquer comment nous avions faussé compagnie au gardien de la vallée des Tombeaux, elle ouvrit de grands yeux.
"Si je comprends bien, tu as vraiment traversé les terres barbares..."
"Je n'avais pas le choix. Tu étais de l'autre côté."
"Mais voyons, tu aurais pu embarquer sur un navire, passer par la mer, cela t'aurait épargné un voyage aussi long et aussi dangereux, surtout avec une jeune fille incapable de se battre ! Que lui est-il arrivé, d'ailleurs ? Pourquoi n'est-elle pas avec toi ?"
Je soupirai.
"Elle est restée chez les barbares."
Elna se prit la tête à deux mains. C'était exactement le geste que faisait notre mère quand elle venait d'apprendre que j'avais fait une bêtise.
"Je ne suis pas certaine de bien comprendre. Je suppose que si vous aviez été capturés, tu n'aurais pas fui tout seul, en laissant Myosotis aux mains des barbares. Ce n'est pas ainsi que tu as été élevé. Rassure-moi, Coriolan, dis-moi que tu ne l'as pas abandonnée."
"D'où sors-tu des idées pareilles ? Non, en fait, nous n'avons pas été capturés. Nous avons été adoptés."
J'ouvris deux agrafes de ma chemise et dégageai mon épaule gauche, pour montrer à ma soeur le tatouage qui prouvait mon appartenance au peuple de Dawonda. A la vue du motif, Elna resta digne, mais l'expression attentive de son visage se décomposa.
"Je connais ce motif, bredouilla-t-elle. Je le connais très bien."
Elle se leva avec une certaine difficulté, compte tenu de son état, et se dirigea vers ce qui devait être la porte de sa chambre. Je la suivis, dévoré par la curiosité. Quand elle ouvrit la porte, au début, je ne vis rien qu'une chambre dont la pierre blanche et froide était rendue plus accueillante par des tentures et des boiseries. Et puis je baissai les yeux.
"Pour notre mariage, expliqua Elna, Trybnar et moi avons reçu plusieurs très beaux tapis de laine de la part des peuples barbares. Comme tu peux le constater, celui-ci porte les symboles de dix peuples. Dont le tien."
Elle pointa du pied la forme délicatement tissée de la marque de Dawonda. Je me demandai qui, au village, avait réalisé ce présent.
"Tu as raison, dis-je doucement. C'est bien mon peuple. Je suis un homme de Dawonda, maintenant."
Il y eut un instant de parfaite immobilité, comme si le temps avait été suspendu. Elna me fixait, troublée, et je tentais de lui renvoyer un regard serein, malgré la compassion que j'éprouvais. Soudain, elle se jeta dans mes bras.
"Coriolan, mon petit frère, sanglota-t-elle, j'ai eu si peur pour toi !"
"Allons, allons, tout va bien, Elna. Calme-toi."
Je la serrai contre moi en priant très fort pour que la princesse ne fût pas surprise dans les bras d'un inconnu. Au milieu de ses larmes, elle tenta de m'expliquer mille choses, mais ses phrases étaient trop décousues. Je n'avais pas besoin de cela, toutefois, pour comprendre que ma pauvre soeur avait eu beaucoup d'émotions en très peu de temps, et qu'elle avait besoin de pleurer pour être en paix avec elle-même.
"Ne t'inquiète pas, murmurai-je après avoir déposé un baiser sur ses cheveux blonds. Je vais rester avec toi, au moins jusqu'à ce que ton enfant naisse. Tu n'auras plus à te faire du souci pour moi."
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Réponse au Sujet 'Prince Coriolan, la suite' a été posté le : 26/09/02 17:32
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La princesse Elna libéra son jeune invité plus tôt que de coutume. Tout en me raccompagnant à ma chambre, Olko m'expliqua qu'il était plutôt dans ses habitudes de faire venir d'autres personnes pour enrichir la conversation, et de refaire le monde pendant des heures. Je lui répondis que j'avais trouvé la princesse très fatiguée, et qu'elle m'avait sans doute renvoyé pour pouvoir s'allonger un peu. Compte tenu de sa grossesse et de ses émotions, c'était sans doute réellement ce qu'elle avait fait.
Dans le courant de l'après-midi, je m'assis au coin d'une table dans un salon pour rédiger une missive pour ma mère. Mon page, ravi de se sentir utile, m'avait trouvé très rapidement un endroit tranquille et de quoi écrire. Sous son regard perçant, je couchai sur un bout de parchemin quelques lignes indiquant que je me trouvais à Matzar, que j'allais bien, mais qu'Elna était fatiguée.
Tout en préparant un petit rouleau pour mon corbeau, j'eus un affreux doute : et si Olko lisait ma langue ? Devinerait-il ma véritable identité ? En ferait-il part à quelqu'un ? Je me forçai à hausser les épaules et à ne rien changer à mon comportement, tout en me demandant ce que je ferais si quelqu'un me reconnaissait.
"Dis-moi, Olko, où peut-on trouver la buse de la princesse Elna ?"
La question sembla étonner le garçon.
"Vous voulez voir la buse ? Je vais vous emmener."
Je le suivis à travers la cour jusqu'à un coin, derrière les écuries, où deux palefreniers étaient occupés à panser des chevaux. Les animaux avaient sans doute porté des messagers pressés, car ils avaient abondamment transpiré sous leur selle, et la marque de la sangle était bordée d'une légère écume. Sur le muret qui séparait cet endroit de l'enceinte extérieure, la buse d'Elna se lissait tranquillement les plumes. Je m'approchai d'elle à pas lents, ignorant les mises en garde du jeune page.
"Et l'autre, le charognard, dis-je entre mes dents, où se cache-t-il ?"
Comme en réponse à mon appel, je vis le corbeau arriver en piqué depuis le chemin de ronde. Il se posa non loin de moi, me fixant de ses yeux curieux. Malgré le dégoût que m'inspirait le menu quotidien de cet oiseau, je ne pus m'empêcher d'admirer les nuances de son plumage. Le noir avait décidément son charme.
"Allez, viens par ici, je dois te confier un message."
Le corbeau progressa par petits bonds sur le mur jusqu'à ma hauteur. Il me laissa fixer mon rouleau de parchemin avec une indifférence tranquille, en habitué de ce genre d'opération. Ce devait être un messager confirmé.
"C'est bon, tu peux y aller. Retourne à Flerroé, le corbeau ! Retourne voir ta maîtresse !"
L'animal me regarda un instant avec un semblant d'hésitation, puis il déploya ses grandes ailes noires et prit son envol. Je le regardai disparaître derrière les tours blanches du château. J'aurais bien aimé, moi aussi, pouvoir rentrer à tire-d'aile à Flerroé.
Je finis par rejoindre Olko, qui fixait sur moi des yeux ronds.
"Excuse-moi, lui dis-je, tu ne pouvais pas savoir, tu n'étais pas là lorsque je suis arrivé. Comme tu le vois, moi aussi, j'ai un oiseau. Il est juste un peu moins sympathique que celui de la princesse."
"Je croyais que ce pouvoir était lié à la famille royale d'Alaurie," murmura-t-il.
"Ce n'est pas tout à fait exact. La reine Mésange, la mère de la princesse Elna, commande aux oiseaux, et c'est elle qui décide de les lier à certaines personnes. Mais ce pouvoir n'est pas héréditaire."
Le garçon se tut et parut réfléchir un instant.
"Mais alors, reprit-il, pourquoi la reine vous a-t-elle donné un oiseau ?"
Je me frottai la joue, perplexe. Ce petit était décidément trop malin.
"Pour que je puisse lui donner des nouvelles de sa fille. Ce que je viens de faire."
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Réponse au Sujet 'Prince Coriolan, la suite' a été posté le : 30/09/02 19:45
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Peu avant le repas du soir, Elna apparut dans la salle à manger au bras d'un homme âgé qu'il me sembla reconnaître. Dès leur entrée, les discussions dans la salle baissèrent d'un ton, et les regards se tournèrent plus volontiers vers eux. Ma soeur me chercha des yeux dans la salle, et vint vers moi dès qu'elle m'eut repéré. Tout sourire, elle me prit par le bras et se tourna vers l'homme qui l'accompagnait, que je réussis à reconnaître comme étant le roi Abelf, le père de Trybnar.
"Sire, voici mon ami Prince, qui m'a fait la surprise de venir me voir depuis Flerroé."
"C'est un charmant jeune homme. Vous avez fait un long voyage, dites-moi. Vous devez beaucoup aimer la princesse Elna."
"En effet, c'est une amie très chère, répondis-je. Et puis, ce voyage m'a permis de découvrir votre beau pays, que je ne connaissais pas."
"Découvrez-le tout à loisir, jeune homme. Notre royaume n'est pas aussi vaste que le vôtre, vous pourriez presque l'arpenter dans la journée et revenir au château le soir. Quoi qu'il en soit, je vous invite à rester quelque temps parmi nous. Après un aussi long voyage, il serait inconvenant de vous renvoyer chez vous aussi vite."
"Je vous remercie pour votre hospitalité, sire."
Je m'inclinai bien bas à la façon des courtisans. Le roi et sa bru se dirigèrent tranquillement vers leurs places au bout de la table, et s'assirent les premiers.
Il y avait un petit carton au nom de Prince non loin de la place d'Elna, que je pouvais voir du coin de l'oeil. J'étais par ailleurs fort bien entouré, puisque deux princesses nordiques aussi belles et blondes qu'on les imaginait dans mon pays natal se disputaient mes faveurs à ma droite et à ma gauche. Je me demandai un instant si tout cela n'était pas fait exprès pour me faire perdre la tête.
"Vous faites moins peur une fois débarrassé de toute cette poussière," fit remarquer une des suivantes de ma soeur, assise en face de moi.
"Je vous remercie, mais je ne me savais pas si effrayant."
"Rassurez-vous, vous êtes charmant," susurra la princesse sur ma droite.
"Je pense que ce sont les circonstances de votre arrivée qui ont effrayé ces dames, ajouta un homme aux allures de guerrier. Vous avez mis toute la garde en alerte, vous savez."
"Vous m'en voyez navré. Il me semblait avoir reconnu la princesse Elna de loin, et j'ai voulu en avoir le coeur net."
"Ne vous excusez pas, reprit la suivante. La princesse s'ennuie beaucoup depuis que son mari est parti. Revoir un vieil ami ne peut lui faire que du bien."
Je laissai un peu les conversations se poursuivre autour de moi, écoutant distraitement sans en dire plus. Le plat qui nous avait été servi, à base de poisson grillé et de fromage, suffisait à m'occuper. J'avais néanmoins l'impression que plus le repas avançait, plus les princesses qui m'entouraient se penchaient vers moi, ce qui n'était pas pratique pour manger. Je m'efforçai de les ignorer, malgré la petite voix dans ma tête qui tentait désespérément de me dire à quel point j'avais de la chance.
Une bribe de conversation attira soudain mon attention.
"Je ne me lasserai jamais de ces bateaux, avec leurs voiles si blanches. De vraies merveilles de technique !"
"Excusez-moi, demandai-je, vous parlez bien du navire qui a quitté le port ce matin ?"
"Bien entendu."
"Pardonnez mon ignorance, mais pourriez-vous me dire de quel pays il provenait ? Je n'en ai jamais vu sur ma terre natale."
Ma voisine de gauche rit doucement.
"Quelle est donc cette terre où l'on ne connaît pas les nefs elfiques ?"
"Nefs elfiques ? répétai-je, incrédule. Les elfes, sur des bateaux ?"
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Réponse au Sujet 'Prince Coriolan, la suite' a été posté le : 02/10/02 18:36
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Je n'y comprenais plus rien. En Alaurie, j'avais appris que les elfes étaient ni plus ni moins que des esprits d'apparence humaine, comparable aux fées, que l'on apercevait parfois dans la province de la Sylve. Comment imaginer des esprits de la forêt aux commandes d'un navire ? Cela me dépassait complètement.
"Bien entendu, sur des bateaux, répondit un autre convive. Sans bateau, comment pourraient-ils franchir l'océan qui sépare leur pays du nôtre et commercer avec nous ?"
"On dit même qu'ils bâtissent leurs cités sur la mer," ajouta ma voisine de droite.
"Là d'où je viens, tentai-je d'expliquer, on considère les elfes comme des créatures sylvaines. N'importe quel Alaurien fera la même tête que moi si vous lui parlez d'elfes marins."
"Pour ma part, c'est un peu le contraire, avoua la suivante d'Elna. J'ai du mal à imaginer des personnes aussi raffinées au beau milieu d'une forêt."
"Pourtant, les druides de Sente-aux-Cerfs pourraient vous parler des elfes de la Sylve."
Surprenant du coin de l'oeil un regard interrogateur, j'ajoutai :
"C'est la plus grande forêt du royaume. Elle couvre la moitié de la province du même nom, et s'étend également sur deux pays voisins."
"Impressionnant. Et vous dites qu'on y trouve des elfes..."
"Exactement. Nos druides les vénèrent comme ils vénèrent les autres esprits. Les rumeurs les plus folles courent parfois à leur sujet. On parle notamment d'une mystérieuse cité où seuls les initiés peuvent pénétrer."
"Et vous, quel est votre avis à ce sujet ?"
Je réfléchis un instant, le nez dans mon assiette. Toutes mes certitudes étaient en train de voler en éclats. Lors de mes saisons d'apprentissage avec la druidesse Blanche, j'avais remarqué qu'elle éludait toutes mes questions sur les elfes, et à présent, je commençais à soupçonner que l'ordre des druides avait en fait un secret à préserver. Difficile, dans ces conditions, de résumer mes pensées en quelques phrases.
"Jusqu'à présent, je pensais que les elfes étaient d'essence chimérique. Ils ne pouvaient donc pas avoir de résidence permanente dans notre plan, et la cité devait être quelque chose de purement spirituel. Mais si ce sont des êtres faits comme nous, et s'ils sont capables de concevoir de si beaux navires, alors je veux bien croire qu'ils ont aussi érigé des constructions au milieu de la Sylve."
"Comme il parle bien !" s'extasia la princesse à ma droite.
Les yeux d'un chat, le corps d'une fée, et l'intelligence d'une endive. Décidément, cette fille n'était pas pour moi. Je bougeai de façon à l'empêcher de s'allonger sur moi, ce qui eut pour conséquence directe de me rapprocher de la seconde princesse.
Tout en me débattant pour conserver une certaine lucidité, je compris au cours de la suite du dîner que les visites des nefs elfiques n'étaient pas chose courante, ce qui expliquait l'ampleur du mouvement de foule lorsque le navire avait quitté le port. En fait, je devais beaucoup à ce bateau, car Elna était elle aussi sortie sur le rocher pour le voir partir, alors même que son état lui imposait beaucoup de repos et qu'elle ne sortait que rarement de l'enceinte du château. Je ne pus que remercier les esprits pour cet incroyable concours de circonstances.
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Réponse au Sujet 'Prince Coriolan, la suite' a été posté le : 05/10/02 11:19
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Après une fort sympathique salade de fruits à l'hydromel, les convives commencèrent à se retirer. De toute évidence, ceux qui restaient avaient l'intention de boire. Compte tenu de ma fatigue, je décidai de m'abstenir, ne fût-ce que pour ne pas faire honte à ma soeur. Je me levai donc et rejoignis mon page dans la salle d'à côté, où il jouait aux dominos avec des gamins de son âge.
"Je voudrais te demander un service, lui dis-je doucement. Le soir, je prie avant d'aller me coucher, et pour cela, j'ai besoin d'un endroit calme, d'où je puisse voir la mer et les étoiles. Est-ce que tu pourrais me trouver ça ?"
Olko hocha gravement la tête et me fit signe de le suivre.
Je montai à sa suite une série d'escaliers, jusqu'à une terrasse qui dominait l'enceinte extérieure. Sa vocation défensive était marquée par la présence de trois archères, mais pour l'heure, dans le calme de cette nuit de paix, il s'agissait surtout d'un très joli point de vue sur la côte nordique. Comme je l'avais demandé, on voyait bien le ciel et la mer.
"Cet endroit est très apprécié des habitants du château, expliqua le garçon. Vous ne serez pas forcément seul longtemps, mais vous aurez quand même un peu de calme."
"C'est parfait," répondis-je.
"Puis-je me retirer, monsieur ?"
"Sans problème. A tout à l'heure, et merci beaucoup."
Une fois seul, je fermai les yeux et me plongeai dans l'ambiance sonore. On entendait divers échos de conversation, des allées et venues dans la cour en contrebas, et parfois, le pas d'un cheval ou l'aboiement d'un chien. J'imaginai le sourire approbateur de la druidesse Blanche devant un tel cadre. "En marge de notre monde, ainsi sont les esprits. Ainsi devons-nous être pour nous rapprocher d'eux."
Je m'assis en tailleur sur les pierres blanches de la terrasse, les yeux tournés vers l'horizon, et entamai ma prière.
Plusieurs personnes passèrent sur la terrasse, mais elles m'évitèrent aussi soigneusement que je les ignorai. L'endroit était, de toute façon, suffisamment vaste pour tout le monde. J'exprimai tranquillement mille remerciements et autant de voeux pour moi-même et pour mes proches. Elna, surtout, était au centre de ma prière. Je demandai pour elle tout le bonheur du monde, quitte à sacrifier un peu du mien pour cela. Je voulais voir son visage éclairé par autre chose qu'un sourire triste.
Après ma prière, je restai un instant immobile sous les étoiles. C'est alors que je pris conscience d'une présence derrière moi. Jetant un coup d'oeil curieux par-dessus mon épaule, je vis une silhouette assise contre le mur, le visage tourné vers moi.
"Bonsoir," lançai-je.
La personne se leva et s'étira avant de venir se rasseoir à côté de moi. C'était la princesse qui s'était tenue sur ma gauche durant tout le dîner. J'eus un léger mouvement de recul, de crainte de la voir s'étendre à nouveau sur moi. Mais elle resta bien droite, les bras autour des genoux, le regard perdu dans le lointain.
"J'espère que je n'ai pas interrompu votre prière," dit-elle doucement.
"Non, j'avais terminé."
"Pardonnez mon indiscrétion. Je suis venue prendre l'air, et je suis restée pour vous écouter. J'aime beaucoup le son de votre langue, même si je n'en comprends pas un mot."
"Il n'y a pas de mal à cela," répondis-je en souriant.
Il y eut un silence.
"C'est amusant, reprit la princesse, je n'imaginais pas en vous voyant que vous aviez cette ferveur religieuse."
"Il s'est passé beaucoup de choses durant mon voyage jusqu'ici. Plus d'une fois, des divinités se sont manifestées à moi. Alors je ne sais pas si l'on peut toujours parler de foi dans ces conditions. Je n'ai plus besoin de croire aux esprits, je les ai vus."
"Je vais vous paraître terriblement curieuse, mais je ne connais rien à votre religion. Les esprits dont vous parlez, de quelle nature sont-ils ? Sont-ils liés à des objets, à des lieux, à des êtres vivants ? En quoi influent-ils sur votre vie ?"
"C'est amusant, je n'imaginais pas en vous voyant que vous me poseriez des questions sur ma religion."
La princesse sourit. Elle avait tout de suite compris que je l'avais paraphrasée.
"Je ressemble tellement à ma soeur Isandra qu'après avoir parlé avec elle, vous avez présumé que j'étais aussi superficielle qu'elle, n'est-ce pas ?"
"Isandra ?"
"Elle était assise à votre droite, et moi à votre gauche. Elle a un an de plus que moi, et, je vous le concède, elle ne brille pas par son esprit. Cela ne l'empêchera pas, sans doute, de trouver un bon parti. C'est la fille aînée du chef du clan des Aigles, après tout."
"Et vous, qui êtes-vous ?"
"Je me nomme Verrine. En toute logique, je suis la fille cadette du chef du clan des Aigles. Si vous voulez me situer dans la famille, ma mère est la plus jeune soeur du roi Abelf. Je suis donc la cousine par alliance de votre princesse."
"Ma princesse ? Dame Elna est votre princesse, maintenant, plus la nôtre. Si, comme je le pense, sa soeur Harmonie a quitté Flerroé, il n'y a qu'une princesse au royaume d'Alaurie, et c'est Olivine, l'épouse du prince Adrien."
"Elna est toujours un peu votre princesse. Si ce n'était pas le cas, vous n'auriez pas fait tout ce voyage pour la retrouver. D'ailleurs, je vous trouve un air de famille. Vous avez un lien de parenté avec elle, n'est-ce pas ?"
"Oh, vous savez, je suppose que c'est un peu pareil dans ce royaume, tous les nobles de la cour sont plus ou moins apparentés. Je suis un cousin éloigné de la princesse, mais comme je ne me suis jamais intéressé aux généalogies, je ne saurais vous dire quel est notre lien exact de parenté."
"Je comprends," fit-elle en hochant la tête.
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Réponse au Sujet 'Prince Coriolan, la suite' a été posté le : 07/10/02 19:29
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"Donc, princesse Verrine, repris-je après un bref silence, vous vous intéressez à ma religion, et vous voulez savoir quels sont les esprits que je vénère."
"Exactement, courtisan Prince."
"Je ne sais pas vraiment par quel bout commencer, car c'est une religion qui ne s'appuie sur aucune mythologie. Or, à chaque fois que l'on m'a parlé d'une autre religion, le premier point abordé était toujours un mythe fondateur. Là, je suis bien embêté, nous n'avons pas de dieux, et pas d'histoires à raconter."
"J'ai connu, dans des coins reculés de ce pays, des croyances tout à fait semblables, Prince. Rassurez-vous, je ne suis pas encore perdue."
C'est alors que je me décidai à me lancer dans un résumé de tout ce que j'avais appris sur les esprits en quinze ans de vie.
"Nous croyons que le monde a été créé par les esprits. Non pas pour nous, comme dans la plupart des religions, mais bel et bien pour eux-mêmes. Ce monde existe par et pour eux. Leur volonté nous anime et modèle notre existence. Et là, je ne parle pas seulement des citoyens de mon royaume, ni même de l'humanité, mais bien de tout ce qui est, de tout ce qui vit sur cette terre. C'est pourquoi nous avons un profond respect pour la vie en général.
Cependant, ce monde qu'ils ont créé, les esprits n'y vivent pas vraiment, ils appartiennent à un autre plan de la réalité. D'une certaine façon, nous sommes aussi irréels pour eux qu'ils le sont pour nous. En fait, les deux mondes ne sont pas régis par les mêmes règles. Nous avons une parcelle de révélation du leur dans nos rêves. Vous avez sans doute remarqué à quel point nos rêves ont leur logique propre, qui dépasse notre entendement..."
Elle acquiesça, les yeux brillants.
"Tout cela crée une situation assez ambiguë. Chacun de nous prie pour être favorisé par les esprits, mais en même temps, nous craignons leur influence. La reine Mésange d'Alaurie, par exemple, est une personne favorisée par les esprits depuis sa naissance. Où qu'elle aille, c'est comme si un gardien invisible se déplaçait avec elle pour la protéger. Mais les pouvoirs dont elle bénéficie ont aussi leur revers, puisque les gens la craignent.
D'un autre côté, j'ai rencontré plusieurs personnes qui étaient touchées par les esprits. Pour ces gens-là, c'est plus une malédiction qu'autre chose, car une partie d'eux-mêmes vit dans le monde chimérique et les rend incapables de vivre normalement dans le nôtre. Pour le commun des mortels, ils sont juste fous, mais les esprits parlent souvent à travers eux.
Ceci dit, cela n'a rien d'irréversible. J'ai une amie qui, lorsque je l'ai rencontrée, parlait aux esprits à voix haute. Aujourd'hui, elle s'est très bien intégrée dans un village, et elle étudie pour devenir guérisseuse."
"Si j'ai bien compris, ces esprits dont vous parlez ne sont donc ni bons, ni mauvais, mais quelque part entre les deux..."
"Je crois qu'ils sont au-delà de tout ça. On a tendance à considérer que certains sont maléfiques et d'autres bénéfiques, mais je pense qu'ils agissent seulement en fonction de leurs envies, qui vont parfois dans le sens des nôtres, et parfois à leur encontre. Cependant, on dit que le premier d'entre eux, que l'on appelle le Dieu Silencieux, le Seigneur des Rêves, ou encore le Grand Gardien, est là pour les empêcher d'abîmer notre monde. Il sait que les siens ont besoin de notre énergie pour maintenir leur existence."
Je vis passer du coin de l'oeil trois personnes qui discutaient à voix basse. L'une d'elles se tourna brièvement vers nous, sans doute étonnée par la teneur de la conversation.
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Réponse au Sujet 'Prince Coriolan, la suite' a été posté le : 11/10/02 18:11
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"Le culte est régi par l'ordre des druides de Sente-aux-Cerfs, une petite ville de la Sylve, construite en lisière de la grande forêt. Il y a des druides dans tout le pays, mais la religion est l'affaire de tous. De toute façon, il n'y a pas de grande fête religieuse. Compte tenu de la nature des esprits, leur rendre hommage périodiquement n'aurait aucun sens. On fête quand même l'équinoxe de printemps un peu partout dans le royaume, mais c'est essentiellement un symbole pour les hommes.
Comme nous ne pouvons pas prétendre connaître tous les esprits, nos prières vont en général vers le monde chimérique dans son ensemble. Cependant, à certains endroits, là où un esprit s'est manifesté en particulier, on lui voue un culte semblable à celui d'un dieu. L'exemple qui me vient à l'esprit est le culte de Violetta, à Flerroé. Lorsqu'un enfant naît dans notre capitale, on ne le présente pas aux esprits, on le présente à Violetta. On parle d'elle comme d'une fée, mais on la révère comme une déesse, et la fontaine des Trois Sentiers est considérée comme un lieu sacré par le peuple de Flerroé. Tout ceci, bien entendu, ne plaît pas aux druides, qui savent qu'un esprit n'est pas un dieu et n'a pas à être considéré comme tel."
La princesse Verrine soupira.
"Décidément, même dans votre religion qui me semble si passionnante, il faut que le clergé méprise les croyances des pauvres gens... Et pourtant, les dieux ne sont rien d'autre que ceux en qui on veut bien croire. Si votre fée Violetta s'est fait la place d'une déesse dans le coeur des gens, c'est que, d'une façon ou d'une autre, elle a mérité ce culte."
"Ah, mais les druides n'essaient pas de détruire cette croyance ! J'ai simplement eu maintes fois l'occasion de parler avec une druidesse, et elle se méfiait de Violetta. Elle se demandait s'il s'agissait réellement d'un esprit, ou bien d'une personne qui aurait accédé à de grands pouvoirs et qui se serait mis en tête de devenir une déesse."
"Vous voulez dire, une sorte de mage ?"
Verrine émit un son qui ressemblait à un rire poli.
"Je ne pense pas qu'un utilisateur de Magi pourrait tromper son monde au point de se faire passer pour une divinité. Pas ici. Magi n'est pas assez présente sur ce continent."
Sans me laisser le temps de lui demander d'où lui venaient de telles connaissances, elle se leva et fit un pas vers la porte.
"Cette conversation était très intéressante, et je trouve votre religion formidable, mais j'ai trop froid pour rester ici. Que diriez-vous de m'accompagner en ville demain matin ?"
"Ce serait avec plaisir, répondis-je, mais j'hésite à laisser la princesse Elna..."
Elle mit les poings sur ses hanches dans un grand geste théâtral.
"La princesse vit ici depuis trois ans, vous savez. Elle est capable de s'occuper d'elle-même. De plus, si vous restez avec elle, vous risquez de vous ennuyer, à moins de pouvoir l'aider à broder des chaussons. Elle ne sort guère du château, ces derniers temps."
"Dans ce cas, si vous tenez tellement à ce que je vous accompagne, je le ferai, princesse."
"Je préfère ça. J'enverrai quelqu'un vous chercher, tâchez de vous lever tôt !"
Après cette belle démonstration d'autorité, la princesse Verrine me lança une dernière oeillade depuis l'encadrement de la porte, puis s'engouffra dans l'escalier, dans un tourbillon de mèches blondes frisées au fer.
Je quittai la terrasse à mon tour, après un dernier regard vers la troisième lune qui se levait sur la montagne. Olko me ramena à ma chambre, et une fois seul dans la pénombre, je n'eus aucun mal à m'endormir. Je me souviens vaguement d'avoir rêvé de Myosotis à la fin de la nuit, mais cela n'a rien d'étonnant. Je la vois toujours dans mes rêves, parfois.
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Réponse au Sujet 'Prince Coriolan, la suite' a été posté le : 14/10/02 21:16
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Au matin, une petite pluie fine accueillit mon réveil. Je restai quelque temps à la fenêtre, admirant la ville de Matzar plongée dans un léger voile de brume. En dépit de ce temps peu agréable, il y avait de l'activité sur le port, comme la veille.
Ma rêverie fut interrompue par quelqu'un qui frappait à la porte.
"Bonjour, monsieur, fit Olko dès que j'eus ouvert. La princesse Verrine vous fait savoir qu'elle descendra bientôt en ville. Elle vous attendra devant les écuries."
Le page referma soigneusement la porte derrière lui.
"Désirez-vous que je vous aide ? Ou voulez-vous que je vous dise ce que le peuple pense de la princesse ?"
"Peut-être un peu des deux. Raconte-moi donc ces rumeurs..."
Olko s'assit sur le coffre, l'air soucieux.
"On dit que la princesse Verrine n'est pas une créature humaine. Des gens l'ont vue se transformer en chouette la nuit."
"Les oiseaux, j'en fais mon affaire," répondis-je en souriant.
"Attendez ! La femme de chambre qui entretient ses appartements pourra vous dire qu'elle y entrepose mille potions et onguents, et qu'elle refuse que quiconque y touche, même pour les dépoussiérer. Il paraît qu'elle les fabrique la nuit, dans une cave secrète, et qu'il s'agit de poisons terrifiants !"
"Comme c'est charmant ! Merci de m'avoir prévenu, je me garderai bien d'avaler tout ce qu'elle me proposera. Cependant, je ne pense pas que chevaucher à ses côtés soit une activité particulièrement dangereuse."
"Non, mais je voulais vous mettre en garde."
"C'est fait, et je t'en remercie. Maintenant, je crois que je vais descendre, avec mon épée, on ne sait jamais."
Tandis que je parcourais un escalier et quelques couloirs, Olko sur mes talons, je songeai à notre conversation de la veille. La princesse Verrine semblait très versée dans le spirituel, et avait, de mon point de vue en tout cas, des connaissances assez solides sur Magi. Dans ces conditions, apprendre qu'elle fabriquait des potions comparables à celles de la magicienne Laï n'était pas vraiment une surprise. Mais comment s'était-elle fait une aussi détestable réputation ?
La princesse arriva devant les écuries à peu près en même temps que moi. La voyant, un jeune palefrenier se précipita à l'intérieur et ressortit avec un beau cheval alezan dont la robe courte et brillante soulignait la musculature. Pendant qu'il aidait la princesse à monter en selle, j'entrai dans l'écurie, ignorant les paroles de mon page, qui disait qu'un invité devait rester à l'extérieur.
Comme à Flerroé, les chevaux des invités étaient près de la porte de devant. Je ne tardai pas à repérer la silhouette massive d'Horizon, qu'un tout jeune gamin tentait en vain de seller.
"Bonjour, jeune homme, fis-je aimablement. Besoin d'aide ?"
"Non, monsieur, ça ira," répondit le garçon.
Pendant qu'il continuait à s'escrimer sur la sangle, je passai de l'autre côté de l'étalon et lui donnai un léger coup de genou dans le ventre, tout en tapant gentiment sur sa croupe.
"Ça suffit, Horizon, tu as bien amusé la galerie, mais il faut y aller !" lui dis-je.
Aussitôt le cheval dégonfla un peu le ventre, suffisamment pour que le garçon pût enfin le sangler correctement. Je laissai le palefrenier mener ma monture dans la cour, après quoi je grimpai en selle et rejoignis la princesse.
"Vous voilà donc, Prince, me dit-elle alors que nous avancions au pas vers le grand portail. Vous a-t-on prévenu des dangers que vous courez si vous me fréquentez ?"
"Je risque principalement de souffrir de méchantes rumeurs, à ce qu'il me semble."
"Vous avez tout compris."
Verrine me lança un sourire complice, qui fit très vite place à une expression plus neutre. Elle salua très poliment les gardes en poste à l'entrée, et les informa que nous devions rentrer dans l'après-midi. Alors que nous passions devant eux, je surpris un murmure accompagné d'un regard furtif dans ma direction. Les rumeurs étaient déjà en marche.
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