Ajouter le Forum à vos Favoris
- - - -
Vous êtes ici : Forum Pen Of Chaos > Horreur sur le web > Littérature fantastique - BDs, Mangas, Comics ... > Nouvelles, essais, écrits divers d'entre nous > Prince Coriolan, la suite > Réponse au Sujet 'Prince Coriolan, la suite'
Sujet : Prince Coriolan, la suite

Dernier Message - Message le plus récent
Ajouter aux favoris - Envoyer ce Sujet par E-Mail - Imprimer ce Sujet
CONANOUNET

Barbare anar



-= Chaos Legions =-
Inscription le 14-12-01
Messages : 4816



Homme  Age : 49 ans
Lieu de résidence : Poitiers

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Prince Coriolan, la suite' a été posté le : 14/10/02 23:58
Citation :
Hymne à Oph, conteuse du Voile


Ton approche n'est en rien caricaturale, toujours toute en nuance. Les sentiments mêlés de Coriolan sont délicieux. J'ai apprécié la parenthèse délicate du rêve du Prince...
Enfin une histoire avec des femmes, écrite par une femme, par certains côtés ton écriture me rappelle de plus en plus Marion Zimmer Bradley.


Dernière mise à jour par : CONAN le Cibéride le 15/10/02 00:01

--------------------
La révolution sera la floraison de l'humanité comme l'amour est la floraison du coeur.
Louise Michel (1830-1905)


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Oph qu ourse

Thorp bonheur



-= Dungeon Keeper =-
Inscription le 27-07-01
Messages : 7409



Femme  Age : 47 ans
Lieu de résidence : l'Antre des Ours

Pourquoi vous regardez ca ?
Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'Prince Coriolan, la suite' a été posté le : 17/10/02 17:47
Nous suivîmes au petit trot le chemin qui contournait l'enceinte, à peine gênés par les petites gouttes fines qui tombaient toujours du ciel. Je pus admirer le paysage au cours de la descente vers Matzar. Avec un peu d'imagination, on pouvait reconstituer l'évolution de la ville, depuis la première enceinte jusqu'aux faubourgs les plus récents. Nous repassâmes au pas à l'approche des premières maisons.
"Puis-je vous poser une question, princesse ?"
"Toutes les questions que vous voudrez. A moi de voir si je veux y répondre."
"Où m'emmenez-vous ?"
"A la capitainerie du port. J'ai quelqu'un à vous présenter."
"Je ne vous demanderai pas de qui il s'agit. Si vous aviez jugé utile de me le dire, ce serait déjà fait, n'est-ce pas ?"
"Exactement."
"En tout cas, pardonnez-moi si je vous offense, mais je suis étonné de voir une princesse descendre ainsi sur le port, sans autre escorte qu'un invité de quinze ans. Une telle chose serait impensable dans mon pays."
"Par ici, une princesse qui peut se défendre toute seule va où bon lui semble, en compagnie des personnes de son choix. Vous n'avez pas à vous inquiéter pour moi. Si je ne demande pas d'escorte, c'est que je n'en ai pas besoin."
"Oh, mais je n'en doute pas. J'évoquais juste une différence de protocole."

De toute évidence, Verrine et moi ne passions pas inaperçus dans les rues de Matzar. De tous les côtés, les regards se dirigeaient vers nous. Cependant, les gens restaient soigneusement à l'écart et faisaient mine de ne pas avoir remarqué notre présence, une preuve de plus que cette princesse-là n'était pas très populaire.
Le port s'ouvrit bientôt au bout de la rue. Nous suivîmes les quais au pas tranquille de nos chevaux, longeant d'innombrables bateaux de pêche de toutes tailles. Un navire de commerce, sans doute de facture alaurienne, était ancré dans la rade, un peu plus loin. Des chaloupes, une demi-douzaine environ, assuraient la navette avec la terre ferme.
Je me souvins tout à coup que le navire des elfes, à peine moins imposant, était, lui, entré dans le port. Techniquement, il n'avait décidément rien à voir avec nos bâtiments.

La princesse me fit mettre pied à terre devant la capitainerie du port, en fait un simple bâtiment de bois peint en vert, visiblement moins fréquenté que la taverne à laquelle il était accolé. Faute de barrière, j'attachai les deux chevaux à des anneaux d'amarrage. Verrine, qui n'avait prêté aucune attention à cette manoeuvre, me précéda à l'intérieur.
L'endroit était relativement sombre, mais bien ventilé. Quand la porte s'ouvrit, elle provoqua même un impressionnant coup de vent. Heureusement, toutes les cartes marines étalées sur des tables étaient maintenues en place par des galets.
"Bonjour, messieurs," dit la princesse, en habituée des lieux.
"Bonjour, princesse, répondit un marin penché sur une carte. Que désirez-vous ?"
"Je dois parler à Seraël. Savez-vous où il se trouve en ce moment ?"
L'homme réfléchit un instant.
"Sans doute à son comptoir. Il me semble qu'il avait un inventaire à faire."
"Merci bien !" fit la princesse prête à repartir.
"Dépêchez-vous si vous devez lui parler, il doit rencontrer un négociant aujourd'hui !"

Nous quittâmes la capitainerie sans un mot de plus. Je fis un geste pour reprendre les chevaux, mais Verrine me prit le bras et m'entraîna dans une rue pavée parallèle au grand quai.
"C'est bien assez près, nous pouvons y aller à pied."


--------------------
"Cet homme poireau est derrière toute l'affaire! Il couvre les aubergines mutantes!"
Lisez Sentaï School !
--------------------
Histoires | Amicale informelle des Vieux Pervers Libidineux | Pan Fighters
--------------------
Ex-Caribbean : la signature pirate.


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Oph qu ourse

Thorp bonheur



-= Dungeon Keeper =-
Inscription le 27-07-01
Messages : 7409



Femme  Age : 47 ans
Lieu de résidence : l'Antre des Ours

Pourquoi vous regardez ca ?
Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'Prince Coriolan, la suite' a été posté le : 18/10/02 17:47
En effet, deux pâtés de maisons plus loin, la princesse me fit entrer dans une grande demeure dont l'entrée, équipée d'un comptoir, était vivement éclairée par de hautes fenêtres qui donnaient sur une cour intérieure. Le maître des lieux ne tarda pas à arriver d'une salle adjacente.
Il était plutôt grand, très mince, avec dans son visage ovale une certaine grâce féminine accentuée par la souplesse et l'épaisseur de ses cheveux bruns, qu'il portait libres sur les épaules. Je ressentis une impression bizarre en le voyant, comme si quelque chose clochait dans son apparence.

"Bonjour, princesse, dit-il d'une voix mélodieuse, dans laquelle pointait un accent inconnu. Quelle bonne nouvelle me vaut l'honneur de votre présence ?"
"Bonjour, Seraël, répondit-elle avec un plaisir non dissimulé. Je voulais simplement vous présenter Prince, un invité qui restera quelque temps parmi nous et qui nous vient du royaume d'Alaurie."
"Ravi de vous connaître, monsieur," ajoutai-je, un peu gêné.
"Appelez-moi Seraël, et permettez-moi de vous appeler Prince. Ceci est une coïncidence fort curieuse. Je dois rencontrer un de vos compatriotes aujourd'hui. Vous avez sans doute vu son bateau, il vient de s'amarrer dans la rade."
"En effet, nous l'avons vu, dit Verrine. Je suppose que même la princesse du clan des Aigles n'a pas à retarder ce rendez-vous..."
"Ne vous inquiétez pas, j'ai un peu de temps devant moi. Veuillez me suivre au jardin, nous serons plus à l'aise pour discuter."

Seraël nous précéda dans la cour intérieure, qui était beaucoup plus grande que je ne l'avais pensé. On croyait entrer dans une maison de négociant, mais quelqu'un, sans doute lui, avait abattu la plus grande partie du bâtiment. Seules restaient en place les façades et une colonnade envahie par des plantes grimpantes qui, en cette saison, étaient en fleur. Au bout de la cour se trouvaient une table et quatre chaises ornées de coussins de velours, à l'abri sous une toile blanche.
"Je ne m'attendais pas à trouver un tel endroit dans cette ville, avouai-je alors que nous nous asseyions autour de la table. Vous avez fait quelque chose d'incroyable."
"Je vous remercie, Prince. Voyez-vous, je n'aime pas les lieux trop fermés. J'aime sentir le soleil ou la pluie sur ma peau, et voir les étoiles quand la nuit est claire. Quand je me suis installé ici, j'ai choisi une maison qui avait un patio, et j'ai fait démolir la plupart des bâtiments. Il me reste le bureau où je travaille, la cuisine, un petit salon et deux chambres. Ainsi, j'ai de l'air, de la lumière, et la personne qui passe tous les matins pour faire le ménage a beaucoup moins de travail."
"Si j'ai bien compris, vous vivez seul ici."
"La plupart du temps. Je gère le commerce entre cette région et celle où vit ma famille, sur l'île de Vayal-Tresiis. Quand un de nos navires est à Matzar, j'héberge toujours mes cousins pour le temps du séjour. En d'autres termes, j'avais du monde à la maison jusqu'à hier."

Boum.
Tout se mit en place dans mon esprit avec une soudaineté qui me fit l'effet d'un coup de massue en plein visage. Je me sentis tout à coup très stupide. L'homme courtois en face de moi, qui prenait un tel plaisir à me parler de sa maison, était un elfe. Les elfes n'étaient donc certainement pas des esprits, et soit les druides de Sente-aux-Cerfs commettaient un abus de langage en appelant "elfes" des esprits qu'ils vénéraient, soit on m'avait menti depuis toujours en me disant que les elfes appartenaient au monde chimérique.
Au vu des événements récents, je commençais à pencher sérieusement en faveur de la seconde option. Dame Blanche au visage si franc, pourquoi m'aviez-vous caché quelque chose d'aussi simple et important à la fois ?


--------------------
"Cet homme poireau est derrière toute l'affaire! Il couvre les aubergines mutantes!"
Lisez Sentaï School !
--------------------
Histoires | Amicale informelle des Vieux Pervers Libidineux | Pan Fighters
--------------------
Ex-Caribbean : la signature pirate.


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Oph qu ourse

Thorp bonheur



-= Dungeon Keeper =-
Inscription le 27-07-01
Messages : 7409



Femme  Age : 47 ans
Lieu de résidence : l'Antre des Ours

Pourquoi vous regardez ca ?
Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'Prince Coriolan, la suite' a été posté le : 22/10/02 21:04
"Qu'avez-vous, Prince ? Vous semblez soucieux."
La voix douce de Verrine me fit sursauter. Sur le visage qu'elle tournait vers moi, cependant, je voyais très bien qu'elle savait ce qui me tourmentait. Il me sembla même qu'elle faisait de son mieux pour réprimer un petit sourire.
"Voulez-vous que je vous apporte quelque chose à boire ?" demanda Seraël.
"S'il vous plaît."
Pendant que le négociant s'éloignait, je me penchai vers la princesse pour chuchoter :
"Pourquoi ne m'avez-vous pas dit que vous m'ameniez chez un elfe ?"
"Vous êtes assez intelligent pour comprendre ces choses-là par vous-même, répondit-elle dans un murmure. Auriez-vous préféré que je vous dise 'Je vous présente mon ami Seraël, c'est un elfe' ? Cela aurait été un manque de respect flagrant envers lui."
"Vous m'auriez au moins épargné le choc que je viens d'avoir."

Seraël revint avec un pichet et trois tasses de fine porcelaine. La première remplie fut posée devant moi. Je regardai un instant le liquide ambré, humai son arôme sucré.
"C'est fait avec des plantes de chez moi, expliqua le négociant. C'est doux comme du miel, et à ma connaissance, il n'y a aucune drogue dans cette boisson."
"Je vous remercie," répondis-je poliment.
Il avait raison. Je ne sentis aucune trace d'alcool ou d'arrière-goût suspect dans cette boisson dont le goût rappelait celui du miel, tout en ayant des arômes différents. Ce goût sucré, et la gentillesse de notre hôte, eurent le meilleur des effets sur mon moral. Je m'enhardis un peu.
"Seraël, je vais peut-être vous sembler affreusement ignorant, mais puisque je n'ai jamais eu l'occasion de poser cette question à un elfe, je vais vous la poser, à vous. Y a-t-il des membres de votre peuple au royaume d'Alaurie ?"
"Curieuse question," fit remarquer le négociant.
"Prince a toujours cru que les elfes étaient des créatures éthérées, expliqua Verrine. C'est pour cela qu'il veut éclaircir un peu les choses."

"Dans ce cas, je vais commencer par le début. Il fut un temps où Magi était très présente sur ce continent. A cette époque, le peuple des elfes était assez nombreux dans ces contrées, et même dans ce qui est devenu la Visolie. Et puis, pour une raison que j'ignore, Magi s'est retrouvée concentrée autour des terres d'Estorianne et de Vayal-Tresiis, et quelque peu drainée des autres continents.
Ce phénomène a été particulièrement prononcé dans cette région. On soupçonne que la forêt interdite qui sépare l'Ioline des Terres d'Ergor, et qui constitue un important point répulsif pour Magi, a joué un rôle majeur dans cette histoire. Or les elfes sont, d'une façon générale, de grands utilisateurs de Magi. Dans leur immense majorité, nos ancêtres se sont donc regroupés à Vayal-Tresiis.
Cependant, quelques-uns sont restés. La cité de la Sylve est la seule vraie ville elfique qui existe encore, mais on trouve des elfes dans la majorité des ports, à Chazelat, ainsi que dans le quartier des artisans, à Trefyn."
"Vous voulez dire que la dentelle et l'ébénisterie de Trefyn..."
"Sont l'oeuvre d'artisans elfes, exactement. Ils cachent leur véritable nature depuis la terrible persécution orchestrée par Visol, mais ils sont là. A vrai dire, le nom même de la ville de Trefyn est un mot elfique."
"Une persécution ? C'est étrange, j'ai étudié l'histoire auprès de conseillers du roi Marc, j'ai lu des archives du monastère de Willa, et je n'ai jamais rien lu à ce sujet."
"Je crois tout simplement que les hommes ne sont pas fiers de cet épisode de leur histoire, qui a fini de faire fuir les elfes du royaume. Et quand on a honte de quelque chose, quoi de mieux que de le faire disparaître des archives ?"


--------------------
"Cet homme poireau est derrière toute l'affaire! Il couvre les aubergines mutantes!"
Lisez Sentaï School !
--------------------
Histoires | Amicale informelle des Vieux Pervers Libidineux | Pan Fighters
--------------------
Ex-Caribbean : la signature pirate.


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Oph qu ourse

Thorp bonheur



-= Dungeon Keeper =-
Inscription le 27-07-01
Messages : 7409



Femme  Age : 47 ans
Lieu de résidence : l'Antre des Ours

Pourquoi vous regardez ca ?
Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'Prince Coriolan, la suite' a été posté le : 23/10/02 19:27
Seraël me sourit. Visiblement, il était assez sage pour ne pas me tenir pour responsable des actes de barbarie perpétrés par mes ancêtres. Il n'en restait pas moins qu'à cet instant précis, moi non plus, descendant du roi qui avait ordonné le massacre, je n'étais pas fier.
"Quoi qu'il en soit, après la réunion de tout à l'heure, les produits et les marins de Vayal-Tresiis feront sans doute très bientôt leur retour officiel dans votre beau pays. Comme vous le voyez, il n'est jamais trop tard."
"Je suppose qu'il est inutile que je vous présente mes excuses au nom de mon peuple..."
"En effet. Vous n'avez rien à vous reprocher, vous n'y étiez pas, que je sache. Moi non plus, d'ailleurs."

"Même si ça vous semble absurde, je suis quand même très gêné, finis-je par articuler. J'ai l'impression d'avoir une part de responsabilité dans ce chapitre de l'histoire de mon pays, ne serait-ce que pour l'avoir si longtemps ignoré."
"Oubliez tout cela, Prince. Ce sont des sentiments inutiles, qui ne peuvent que vous ronger. Il faut accepter le passé, car c'est sur lui que nous bâtissons l'avenir."
"Vous m'étonnez, Seraël. N'importe quel être humain qui me raconterait que les miens ont jadis persécuté les siens aurait au moins un peu de rancoeur."
"J'ai vécu plus longtemps que n'importe quel être humain, vous savez. Nous autres elfes vivons au moins quatre fois plus longtemps que vous. En un siècle, j'ai appris à prendre du recul par rapport aux événements."
"Un siècle ? m'étonnai-je. Décidément, moi qui ignorais jusqu'à hier l'existence même de votre peuple, j'ai encore bien des choses à apprendre !"

Seraël regarda Verrine, qui lui rendit son sourire. Après avoir tenté en vain de garder son sérieux, il éclata de rire, et ce mouvement me permit de voir pour la première fois la curieuse forme de ses oreilles, allongées vers l'arrière. Malgré l'étonnement, le rire était contagieux. Tout comme la princesse nordique, je ne pus m'empêcher de pouffer un peu.

"Je vois qu'il va falloir écrire un petit guide pour vos compatriotes, Prince, reprit le négociant dès qu'il fut en mesure de parler. Pardonnez mon hilarité, mais j'ai l'habitude de traiter avec des gens qui connaissent mon peuple. Oui, j'ai un siècle de vie derrière moi, et si rien ne me terrasse avant mes vieux jours, j'en vivrai sans doute deux ou trois autres."
"Quelle chance !" soupirai-je.
"Les humains nous envient en général cette longévité, mais elle n'a pas que des avantages. Nos dirigeants, en particulier, restent en place bien plus longtemps, ce qui peut freiner notre évolution sociale. Mais j'avoue que je n'échangerais pas ma place contre la vôtre."
Il se tourna ensuite vers Verrine, l'air un peu plus sérieux.
"Je vous reconnais bien là, princesse. Vous amenez quelqu'un sans le prévenir, et vous vous régalez ensuite devant le choc des cultures. Voilà une bien puérile attitude."
"Vous dites vous-même que les humains sont d'éternels adolescents," répondit-elle.
"Ce n'est pas une excuse."
Seraël se pencha vers moi avec un air de faux conspirateur.
"Méfiez-vous de cette jeune personne, dit-il en souriant. N'étant pas très émotive elle-même, elle adore provoquer des émotions violentes chez les autres. Un jour, quelqu'un aura le coeur qui lâche à cause de cette vilaine manie, et elle sera bien attrapée. Vous n'êtes pas cardiaque, au moins ?"
"Seraël, voyons..." protesta la princesse amusée.
"Je ne suis pas cardiaque, rassurez-vous," répondis-je.
"Alors faites en sorte de ne pas le devenir."


--------------------
"Cet homme poireau est derrière toute l'affaire! Il couvre les aubergines mutantes!"
Lisez Sentaï School !
--------------------
Histoires | Amicale informelle des Vieux Pervers Libidineux | Pan Fighters
--------------------
Ex-Caribbean : la signature pirate.


      Retour en haut de la page IP Cachée  
CONANOUNET

Barbare anar



-= Chaos Legions =-
Inscription le 14-12-01
Messages : 4816



Homme  Age : 49 ans
Lieu de résidence : Poitiers

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Prince Coriolan, la suite' a été posté le : 23/10/02 22:37
Ce petit post n'aura pas d'autre utilité que de te féliciter, une fois de plus, et te dire que je suis un lecteur fidèle... c'est sincère, ça ne mange pas de pain, et ça fait toujours plaisir.
Tes personnages sont vrais, et touchants. L'action est distillée au rythme de rencontres très riches.
Au risque de paraître lèche, ce pour quoi je n'aurai d'ailleurs aucun intérêt, je considère ta nouvelle très pro, et ne peux que t'inciter à témoigner de ton talent certain auprès de maisons spécialisées.
Bref je me rerépète, je sais, mais Coriolan, c'est vraiment chouette :7


--------------------
La révolution sera la floraison de l'humanité comme l'amour est la floraison du coeur.
Louise Michel (1830-1905)


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Oph qu ourse

Thorp bonheur



-= Dungeon Keeper =-
Inscription le 27-07-01
Messages : 7409



Femme  Age : 47 ans
Lieu de résidence : l'Antre des Ours

Pourquoi vous regardez ca ?
Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'Prince Coriolan, la suite' a été posté le : 24/10/02 17:54
Hmmmh... Je finis d'écrire le truc et on en reparle après, OK?
Je n'ai que très peu d'avance sur les épisodes que je mets en ligne, en fait.


--------------------
"Cet homme poireau est derrière toute l'affaire! Il couvre les aubergines mutantes!"
Lisez Sentaï School !
--------------------
Histoires | Amicale informelle des Vieux Pervers Libidineux | Pan Fighters
--------------------
Ex-Caribbean : la signature pirate.


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Oph qu ourse

Thorp bonheur



-= Dungeon Keeper =-
Inscription le 27-07-01
Messages : 7409



Femme  Age : 47 ans
Lieu de résidence : l'Antre des Ours

Pourquoi vous regardez ca ?
Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'Prince Coriolan, la suite' a été posté le : 03/11/02 19:16
Un court instant après la fin de sa phrase, notre hôte se leva et tendit la main vers Verrine.
"Votre compagnie est toujours fort plaisante, princesse, mais je dois vous raccompagner. Mon rendez-vous est dangereusement proche et je ne suis pas prêt."
Je finis ma tasse à la hâte. La princesse, qui s'était levée sans se presser, ne me précéda que d'un pas dans l'entrée de la maison. Avant de nous raccompagner à la porte, Seraël passa dans une pièce adjacente, dont il revint avec deux petits pains à l'odeur épicée. Il m'expliqua qu'il les avait faits tôt le matin, avec un mélange de farines dont sa tante avait la spécialité. A son comportement, je crus comprendre que Verrine en était particulièrement friande.

En sortant de la maison, nous vîmes arriver au bout de la rue l'archétype du négociant alaurien, embonpoint naissant, richesse manifeste et garde du corps. Le regard de la princesse glissa sur lui comme sur un vulgaire caillou. Elle lui tourna le dos le plus naturellement du monde, et prit le chemin qui menait vers le bord de mer. Je fis un pas pour la suivre, mais une pensée m'immobilisa. J'avais soudain l'impression d'être un animal de compagnie.
"Que se passe-t-il, Prince ?" demanda-t-elle lorsqu'elle se rendit compte que j'étais resté sur place.
"Je me demandais où nous allions," répondis-je.
"Au bord de l'eau, face au large. Je n'ai malheureusement rien de plus à vous proposer."
"Dans ce cas, je vous suis, aimable princesse."

Je m'assis auprès de Verrine sur l'escalier qui menait au grand quai du port, non loin d'une rangée de caisses mangées par le vent marin. Une légère brise soulevait ses cheveux, déroulant les volutes que leur avait imprimées le fer à friser. Elle se tourna vers la mer, dont les vaguelettes reflétaient la teinte grise et triste du ciel.
"Alors, que pensez-vous de Seraël ?" demanda-t-elle, au monde en général.
"C'est un personnage très attachant, courtois et plein de bon sens. Et certainement pas un esprit."
"Oh non, certainement pas ! Je vais vous faire une confidence, Prince. Rares sont les gens vraiment chers à mon coeur, mais Seraël est l'un d'eux."
Elle mordit dans son petit pain.
"J'aime trop sa cuisine, poursuivit-elle, la bouche pleine. Ce doit être ma grande faiblesse."
"Il n'y a pas que sa cuisine. Cet homme respire la sérénité. Quoi qu'il en soit, je me demande ce que l'on risque, à écouter les confidences de la princesse Verrine."
"Rien de plus que ce que vous allez subir en ayant accepté de m'accompagner ce matin. Le mal est déjà fait. Que voulez-vous, en tant qu'utilisatrice de Magi, je suis comme votre reine Mésange, quelqu'un de craint et de vaguement marginal. Comme si j'étais capable de nuire à mon peuple, avec le peu que je sais faire. Les gens sont ridicules."

Nous restâmes sur le port le temps de manger les petits pains de Seraël, dont la douceur relevée d'une pointe d'épices indiquait un grand savoir-faire culinaire. Le retour de la pluie finit par nous convaincre que le mieux était encore de rentrer. Nous retrouvâmes les chevaux tels que nous les avions laissés, indifférents à la pluie qui tombait, Horizon très occupé à retourner toutes les pierres pour trouver des brins d'herbe. Tel un courtisan bien élevé, j'aidai la princesse à remonter en selle.
"Je comptais vous montrer quelques curiosités de la campagne environnante, soupira-t-elle pendant que je réajustais la sangle de ma monture, mais il semble que le temps ne s'y prête pas aujourd'hui."
"Il fera peut-être beau demain," suggérai-je.
"Qu'il fasse beau ou pas, demain, je rentre chez mon père."


--------------------
"Cet homme poireau est derrière toute l'affaire! Il couvre les aubergines mutantes!"
Lisez Sentaï School !
--------------------
Histoires | Amicale informelle des Vieux Pervers Libidineux | Pan Fighters
--------------------
Ex-Caribbean : la signature pirate.


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Oph qu ourse

Thorp bonheur



-= Dungeon Keeper =-
Inscription le 27-07-01
Messages : 7409



Femme  Age : 47 ans
Lieu de résidence : l'Antre des Ours

Pourquoi vous regardez ca ?
Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'Prince Coriolan, la suite' a été posté le : 03/11/02 19:18
Je m'arrêtai net.
"Oh... Je pensais que vous viviez ici, vous semblez si bien connaître la ville !"
"Je passe la moitié de mon temps à Matzar, car je suis en âge d'être mariée, et les époux potentiels sont plus nombreux ici que dans la maison des Aigles. Cela ne me dispense pas de retourner chez mon père de temps en temps."
"En âge d'être mariée ? Mais quel âge avez-vous donc ?"
"Quinze ans. Comme vous, si je ne m'abuse."
"A Flerroé, vous auriez encore un ou deux ans devant vous, avant de devoir prendre époux."
"Ici aussi, mais les mariages sont décidés à l'avance, comme chez vous, je suppose. De toute façon, si vous vous inquiétez pour moi, n'oubliez pas qu'Isandra est l'aînée, et qu'elle n'a pas encore fini de faire le tri entre ses prétendants. Pour moi, devoir trouver un époux n'est encore qu'un prétexte pour vivre dans une ville animée."
"Je comprends, fis-je en hochant la tête. Quand pourrons-nous envisager cette promenade ?"
"Je n'ai pas fixé de date pour mon retour. Cela dépendra beaucoup de mon père. Mais le roi Abelf vous a invité à rester, alors vous resterez, n'est-ce pas ?"

La princesse Verrine se détourna pour me faire comprendre que la conversation était finie, et fit avancer sa monture le long du quai. Quelque chose en moi voulut lui faire savoir que je méritais un peu plus d'égards, étant d'un rang au moins aussi élevé que le sien... Mais non, j'avais renoncé à tout cela pour devenir un barbare. Je n'étais plus un prince, ni même un noble. Une princesse du clan des Aigles pouvait me marcher sur le ventre avec des chaussures à clous si elle le souhaitait. Je la suivis tout en passant une main nerveuse sur mon épaule, là où mon appartenance au peuple de Dawonda était écrite à l'encre noire.

A peine rentré au château, je fus informé par un Olko très sérieux que la princesse Elna souhaitait me parler.
Je la trouvai à la salle d'armes, assistant au milieu de ses suivantes à un cours de combat au bâton donné par un homme au teint très mat et au crâne rasé. Les jeunes gens à qui il enseignait ses techniques étaient visiblement impressionnés par sa maîtrise. Je ne tardai pas à l'être moi aussi, tant le bâton de cet homme semblait faire partie de lui.
"Te voilà donc, dit ma soeur en me voyant arriver. Comment fut cette promenade ?"
"Ecourtée par le mauvais temps," répondis-je en m'asseyant sur le tapis à ses pieds.
"Quel dommage ! Tu avais un bon guide pour découvrir les environs. Verrine est instruite et vive d'esprit, et je crois qu'elle connaît mieux la région que ses cousins nés ici."

L'homme au crâne rasé releva avec un sourire l'élève qu'il venait de déséquilibrer d'un mouvement terriblement précis.
"Dis-moi, Elna, repris-je à voix basse, sais-tu pourquoi la population de Matzar a l'air de craindre la princesse ?"
"Raisons stupides, soupira-t-elle. Verrine avait une grand-tante que l'on disait sorcière, et qui s'est beaucoup occupée d'elle quand elle était petite. La réputation de cette femme a déteint sur elle. De plus, c'est une jeune fille assez froide dans l'ensemble. Je crois que beaucoup de gens prennent son attitude pour du mépris."
"J'avoue que j'ai parfois eu l'impression qu'elle me prenait pour son chien."
"Vraiment ? Et comment as-tu réagi ?"
"Je n'ai rien dit, essentiellement parce que l'impression disparaissait aussitôt."
"C'est bien. Tu sais, Verrine est terriblement seule, par moments. C'est moi qui ai fait le plan de table, hier soir, au grand dam de l'intendante qui ne voulait pas t'asseoir entre deux princesses d'aussi haut rang. Je voulais que vous puissiez parler. Etant donné que vous avez le même âge, j'espérais que vous parviendriez à vous entendre."
"Nous nous entendons bien. Ne t'inquiète pas."


--------------------
"Cet homme poireau est derrière toute l'affaire! Il couvre les aubergines mutantes!"
Lisez Sentaï School !
--------------------
Histoires | Amicale informelle des Vieux Pervers Libidineux | Pan Fighters
--------------------
Ex-Caribbean : la signature pirate.


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Oph qu ourse

Thorp bonheur



-= Dungeon Keeper =-
Inscription le 27-07-01
Messages : 7409



Femme  Age : 47 ans
Lieu de résidence : l'Antre des Ours

Pourquoi vous regardez ca ?
Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'Prince Coriolan, la suite' a été posté le : 03/11/02 19:19
Le cours se termina par un salut martial du maître, joliment répété par ses élèves. L'homme jeta un regard bienveillant vers les personnes qui avaient assisté à la leçon, puis se retira sans dire un mot.
J'accompagnai ma soeur et ses suivantes dans un petit jardin fleuri encore détrempé par l'averse qui venait de se terminer.
"Ce maître d'armes est impressionnant, dis-je pour relancer la conversation. Ce n'est pas un Nordique, n'est-ce pas ?"
"Non, bien entendu. Il est arrivé de nulle part, un peu comme toi. J'ai cru comprendre qu'il avait été banni de son pays, mais comme il commence tout juste à parler quelques mots de landrite, je n'en sais pas plus. Il a été engagé comme maître d'armes à cause de son exceptionnelle maîtrise en combat à mains nues et au bâton. Si tu veux suivre ses cours, je peux en faire la demande auprès du roi."
"Je n'y avais même pas pensé. Si tu veux bien faire cela pour moi, je serai ravi d'apprendre de nouvelles techniques."
Elna hocha la tête d'un air pensif.
"Le petit frère que j'ai connu n'aimait pas tellement l'escrime," soupira-t-elle tout bas.

Dès le lendemain, je fus donc admis au nombre des élèves de maître Toru. Quand un assistant de la salle d'armes vint m'annoncer la nouvelle, je songeai que, pour accéder aussi vite à ma requête, le roi Abelf devait énormément apprécier sa bru. D'un autre côté, qui pouvait bien ne pas apprécier Elna ?
Au cours des jours qui suivirent, j'appris à me familiariser avec une arme que je n'avais guère pratiquée, à l'intégrer dans la perception de mon corps dans l'espace. La façon d'aborder l'apprentissage qu'avait maître Toru n'avait rien à voir avec tout ce que j'avais pu faire jusqu'alors. Je fus un peu perdu au début, mais j'avais encore l'âge de m'adapter, et une réelle envie d'apprendre.
Les cours de combat au bâton me permirent d'occuper une partie de mes journées, comblant le vide créé par l'absence de la jolie princesse blonde qui m'avait servi de guide. Je n'assistai pas au départ de Verrine. J'eus seulement l'occasion de constater, le soir venu, qu'elle et sa soeur Isandra n'étaient plus dans la salle à manger.

Au fur et à mesure que j'apprivoisais le bâton, ma soeur aînée était de plus en plus fatiguée. De toute évidence, la naissance était dangereusement proche. J'en vins à me demander où était parti le prince Trybnar, pour ne pas revenir à l'approche de la naissance de son héritier. Le soir même, je posai négligemment la question à table.
"Vous l'ignoriez ? s'étonna une noble dame en face de moi. J'ai peine à imaginer que nul n'ait cru bon de vous le dire jusqu'à présent. Voyez-vous, le prince est parti dans l'espoir fou de négocier des accords commerciaux avec les barbares du Nord. Nous ignorons quand il doit revenir, mais j'avoue que s'il n'est pas là au moment de la naissance de son enfant, j'aurai des doutes à son sujet."
"Je connais assez mal les peuplades barbares. Les peuples du Nord sont-ils très différents des peuples du Sud ?"
"Bien entendu, jeune homme, répondit un autre convive. Nous avons quelques liens avec les barbares du Sud. Ce sont des gens stupides et primitifs, mais plus ou moins fréquentables, au contraire de ceux du Nord, qui ne sont que des brutes assoiffées de sang."

Je baissai la tête à la hâte, de façon à ne fusiller du regard que mes deux tranches de rôti. Stupides et primitifs. Même la garnison de Pierre Grise, pourtant entraînée à haïr l'ennemi potentiel, ne devait pas dire de telles choses de mon peuple. En revanche, les soldats alauriens considéraient volontiers les barbares "du Sud" comme des guerriers n'ayant que le combat en tête. Je décidai que les propos de ce monsieur sur les barbares "du Nord" relevaient exactement du même préjugé.


--------------------
"Cet homme poireau est derrière toute l'affaire! Il couvre les aubergines mutantes!"
Lisez Sentaï School !
--------------------
Histoires | Amicale informelle des Vieux Pervers Libidineux | Pan Fighters
--------------------
Ex-Caribbean : la signature pirate.


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Oph qu ourse

Thorp bonheur



-= Dungeon Keeper =-
Inscription le 27-07-01
Messages : 7409



Femme  Age : 47 ans
Lieu de résidence : l'Antre des Ours

Pourquoi vous regardez ca ?
Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'Prince Coriolan, la suite' a été posté le : 07/11/02 18:57
Un matin, la princesse Elna me fit savoir qu'elle descendrait en ville un peu plus tard dans la journée, et qu'elle désirait ma compagnie. A ma connaissance, c'était la première fois qu'elle quittait le château depuis mon arrivée. Je transmis mon accord à la petite servante avec mon plus beau sourire. Une promenade avec ma soeur ne pouvait être qu'un moment formidable !
Je fus déçu, évidemment.
Elna s'installa dans un petit attelage découvert avec une servante et deux dames de la cour, me laissant chevaucher non loin avec quelques nobles. Un groupe de gardes assurait notre protection, et la buse tournoyait au loin. Je restai sombre tout au long du chemin, fort marri de devoir faire mon deuil de la grande conversation enjouée dont j'avais rêvé.

Le convoi prit le chemin d'un faubourg que je n'avais encore jamais visité. L'attelage s'arrêta devant une maison isolée des autres. Aussitôt, deux hommes se précipitèrent pour offrir leur bras à la princesse, qui se leva avec difficulté, mais non sans une certaine grâce. De toute évidence, Elna était en représentation. Je comprenais fort bien la nécessité de ces oeuvres de charité et de relations publiques, mais pourquoi m'impliquer là-dedans ?
De toutes les rues environnantes, des gens commençaient à affluer. Les gardes se chargèrent tranquillement de les maintenir à distance, tandis que les suivantes d'Elna distribuaient des biscuits aux enfants. J'avais une furieuse envie d'aller voir ailleurs.

Une dame assez âgée sortit de la maison à grands pas, et tomba nez à nez avec le groupe de nobles. Aussitôt la princesse s'avança vers elle avec un grand sourire.
"Bonjour, Joldara ! Pardonnez-moi si je vous interromps dans vos occupations, mais j'ai des choses à vous donner."
"Je suis désolée, princesse, répondit la femme d'un ton vaguement nerveux. J'ai été appelée pour un accouchement difficile et j'ai bien peu de temps à vous consacrer."
"Je comprends. Puis-je tout de même vous confier des présents pour les enfants que vous mettez au monde ?"
"Bien entendu, princesse. Je vois trop de mères ôter le châle qui les réchauffe pour vêtir leurs enfants."
De toute évidence, la sage-femme avait l'habitude de recevoir des dons du château. Elle reçut avec un sourire le grand sac de toile qu'on lui tendait, et regarda brièvement à l'intérieur. Après un ultime remerciement, elle passa entre deux gardes et disparut dans la foule.

Une fois que ma soeur fut remontée sur son siège, je m'approchai d'elle, l'air aussi calme que possible malgré mon énervement.
"Elna, puis-je te demander pourquoi tu as requis ma présence ? Je déteste les représentations publiques comme celle-ci."
Elle me lança un regard triste.
"Je suis désolée. C'était peut-être égoïste de ma part, mais je voulais que tu sois là. En temps normal, je fais mes tournées avec Trybnar. Lui absent, tu es la personne la plus proche sur laquelle je puisse compter. Certaines choses sont moins pénibles quand on les fait avec des gens que l'on aime."
"Ton époux te manque beaucoup, n'est-ce pas ?"
Elle baissa la tête et passa la main sur son ventre. Devant son air attristé, je sentis que j'avais posé une question stupide. La chose n'était pourtant pas si évidente de mon point de vue, puisque ma soeur avait épousé Trybnar sans le connaître.

Nous rendîmes des visites semblables à trois autres sages-femmes, heureusement moins pressées que la première, ce qui permit à la princesse de passer un peu de temps à discuter avec elles. A la fin de la dernière entrevue, je trouvai Elna tendue et la sage-femme soucieuse. De quoi avaient-elles bien pu parler, dans cette maison basse aux murs couverts de plantes grimpantes au feuillage sombre ? Sans doute de l'enfant à naître, de l'imminence de sa naissance et de l'absence de son père.
Tout de même, ma soeur semblait un peu trop pâle. Quand je lui demandai si tout allait bien, toutefois, elle hocha la tête avec un visage qui disait clairement "arrête de poser des questions indiscrètes", aussi n'insistai-je pas.


--------------------
"Cet homme poireau est derrière toute l'affaire! Il couvre les aubergines mutantes!"
Lisez Sentaï School !
--------------------
Histoires | Amicale informelle des Vieux Pervers Libidineux | Pan Fighters
--------------------
Ex-Caribbean : la signature pirate.


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Oph qu ourse

Thorp bonheur



-= Dungeon Keeper =-
Inscription le 27-07-01
Messages : 7409



Femme  Age : 47 ans
Lieu de résidence : l'Antre des Ours

Pourquoi vous regardez ca ?
Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'Prince Coriolan, la suite' a été posté le : 08/11/02 22:15
L'attelage s'engagea ensuite sur les pavés du centre historique de Matzar. Quand finirait donc cette mascarade ? Je suivis le groupe jusqu'au grand quai du port, animé par son activité habituelle. Des dockers circulaient dans tous les sens, chargés de lourdes caisses. Au milieu du quai, élégamment vêtu de velours et de dentelle, se trouvait Seraël, très occupé à noter dans un carnet ce qui devait être l'inventaire d'une livraison. A notre arrivée, il rangea son matériel d'écriture dans un sac qu'il portait en bandoulière, et se dirigea vers nous.
"Princesse Elna, quel plaisir de vous voir ! s'exclama-t-il. Vos visites se faisaient si rares récemment que nous nous interrogions sur votre état de santé."
"Nous ?" s'étonna la princesse.
"Les négociants et les marins. Toute la ville attend avec impatience la naissance de votre enfant, vous le savez."

Seraël s'avança jusqu'à la voiture, et exécuta devant Elna une révérence compliquée.
"Quoi qu'il en soit, nous avons bien reçu votre commande, rassurez-vous. C'est pour cela que vous êtes venue, n'est-ce pas ?"
"On ne peut rien vous cacher, Seraël."
Le négociant fit un geste en direction d'un point du quai où s'amoncelaient fûts et tonneaux de tailles variées.
"Tout est là. Dès que j'aurai fini d'inventorier ce qui est à vous et ce qui ne l'est pas, je ferai monter vos marchandises au château."
"Ah, Seraël, soupira Elna, parfois je me demande ce que nous ferions sans vous."
"Si vous voulez bien attendre un peu, princesse, je vais chercher quelque chose que le responsable du convoi m'a remis à votre intention."
Il se tourna vers moi.
"Vous, Prince, voudriez-vous m'accompagner chez moi ? Ainsi, nous pourrons parler un peu de votre séjour parmi nous."
"Avec plaisir."

Je fis un geste pour mettre pied à terre, mais le négociant m'arrêta.
"Vous pouvez venir avec votre monture, ne craignez rien, je marche vite."
Je m'éloignai donc du groupe au pas vif de mon cheval, les longues jambes de Seraël à hauteur de mes bottes. Dès que nous fûmes hors de portée, l'elfe me jeta un regard soucieux.
"Votre princesse n'est pas bien, l'avez-vous remarqué ?"
"Je la trouve pâle, en effet, mais elle m'a dit que tout allait bien."
"La princesse Elna dit toujours que tout va bien. Même quand elle venait de perdre sa fille et qu'elle passait nous voir à la capitainerie, folle de chagrin, les yeux gonflés par les larmes, elle jurait qu'il n'y avait pas de problème."
Nous tournâmes dans la petite rue qui menait vers l'entrée de sa maison. Seraël entra rapidement chez lui, ressortit presque aussitôt avec une petite boîte tendue de velours bleu, et reprit le chemin en sens inverse.
"Bref, Prince, je pense que la princesse est en train de faire un malaise, mais qu'elle cherche tellement à faire bonne figure qu'elle serait prête à mettre en péril sa santé et celle de l'enfant qu'elle porte."
"Vous me faites peur, Seraël. Pensez-vous vraiment qu'il pourrait lui arriver quelque chose de grave ?"
"Rassurez-vous, Prince. Je ne suis pas plus son sujet que son compatriote, et s'il le faut, je suis prêt à lui désobéir pour la protéger."


--------------------
"Cet homme poireau est derrière toute l'affaire! Il couvre les aubergines mutantes!"
Lisez Sentaï School !
--------------------
Histoires | Amicale informelle des Vieux Pervers Libidineux | Pan Fighters
--------------------
Ex-Caribbean : la signature pirate.


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Oph qu ourse

Thorp bonheur



-= Dungeon Keeper =-
Inscription le 27-07-01
Messages : 7409



Femme  Age : 47 ans
Lieu de résidence : l'Antre des Ours

Pourquoi vous regardez ca ?
Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'Prince Coriolan, la suite' a été posté le : 12/11/02 20:53
De retour auprès d'Elna, nous vîmes tout de suite que nous n'étions plus les seuls à nous être aperçus qu'elle se sentait mal. Sa servante et ses suivantes étaient penchées vers elles, lui demandant ce qui n'allait pas, tandis que les hommes se tenaient prêts à intervenir, le visage soucieux. Elle, malgré une pâleur inhumaine, secouait la tête, répétant que ce n'était qu'un malaise et qu'elle irait mieux dans un instant.
Seraël confia à la servante l'écrin qu'il tenait en main, et effleura doucement la joue de ma soeur.
"Princesse Elna, je vous en prie, soyez raisonnable. Ce n'est pas un petit malaise qui draine ainsi le sang de tout votre visage. Dites-moi ce qui ne va pas."
L'elfe n'eut pas d'autre réponse que l'éclat d'une larme dans les yeux de la jeune femme. Avec une infinie délicatesse, il posa la main sur son ventre et compta à voix basse.
"Laissez, Seraël, je vais rentrer au château," protesta Elna.
"Je ne vous laisserai pas rentrer au château, répondit-il froidement et sans appel. Vous allez venir chez moi."

Une telle autorité, venant d'un simple marchand, ne pouvait qu'engendrer colère et révolte de la part de l'entourage de la princesse. C'était culturellement inévitable.
"Comment pouvez-vous parler ainsi à l'épouse du prince héritier ?" s'offusqua la servante.
"Si vous aviez eu des enfants, expliqua calmement Seraël, vous sauriez ce qui arrive à votre princesse. Avec de la chance, ses contractions cesseront d'ici peu, sinon, elles se poursuivront jusqu'à la naissance de son enfant. Dans tous les cas, il faut qu'elle se repose au calme. Les cahots de la route sont dangereux pour elle."
"Qu'en savez-vous ? Vous n'êtes qu'un homme !"
"Je ne répondrai pas à cette insulte."
Malgré le ton posé, le visage du négociant fit reculer la servante. Si un regard avait pu tuer, elle aurait été morte. Le cocher jeta un oeil en arrière et comprit où était son intérêt.

Seraël fit transporter la princesse Elna dans sa chambre d'amis. Avec les gestes précis d'un homme qui avait déjà assisté des femmes dans de telles situations, il l'installa sur le lit au milieu d'une pile de coussins, et lui apporta à boire.
"Vous n'êtes pas raisonnable, princesse, dit-il doucement, assis sur le bord du lit. C'est votre deuxième enfant, vous saviez à quoi vous en tenir. Pourquoi risquer de vous faire du mal ?"
"Je suis horriblement gênée. Je ne voulais pas déranger quelqu'un en ville, quitte à souffrir lors du voyage."
"Ne dites pas cela. Dans ma culture, rien n'est plus précieux qu'une naissance, et même une reine doit penser à son enfant avant tout."
"Nous autres humains sommes plus féconds..." soupira-t-elle.
"A quoi bon être plus féconds si vous perdez tous vos enfants ? Je vais vous laisser vous reposer, maintenant, princesse. Prévenez-moi quand vous saurez si c'est une fausse alerte ou la vraie naissance, voulez-vous ?"

J'étais à la cuisine avec d'autres hommes quand Seraël descendit nous prévenir que la princesse allait vraiment accoucher. Aussitôt les gardes désignèrent le groupe qui devait partir chercher la sage-femme et le médecin royal. Les hommes de la cour, estimant que leur place n'était pas dans cette maison, décidèrent de les accompagner. Seul, je voulus rester. Si le père de l'enfant n'était pas là, son oncle se devait d'être à proximité.

Au bout d'un moment, alors que le négociant elfe triait du linge, une des suivantes arriva en courant.
"La princesse dit que l'enfant se présente beaucoup plus vite que la petite Nolia ! La sage-femme n'aura peut-être pas le temps d'arriver !"
"A l'heure qu'il est, les troupes doivent à peine sortir de la ville !" s'inquiéta Seraël.
"Attendez ! m'exclamai-je. Il reste la buse de la princesse. Si vous pouvez écrire un message pour la sage-femme, j'essaierai de l'utiliser pour le transmettre."
"La buse ? Mais, mon pauvre Prince, vous n'y pensez pas ! Cet animal ne s'approche de personne, sauf pour attaquer ceux qui en veulent à la princesse !"
"Laissez-moi au moins essayer."


--------------------
"Cet homme poireau est derrière toute l'affaire! Il couvre les aubergines mutantes!"
Lisez Sentaï School !
--------------------
Histoires | Amicale informelle des Vieux Pervers Libidineux | Pan Fighters
--------------------
Ex-Caribbean : la signature pirate.


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Nyxl

Basement Cat



-= Chaos Lieutenant =-
Inscription le 25-03-02
Messages : 2821



Homme  Age : 47 ans
Lieu de résidence : Brüsel Caput Mundi

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Prince Coriolan, la suite' a été posté le : 12/11/02 21:01
Ah ah ! Voilà qui s'annonce très intéressant !

Coriolan aurait-il finalement le "Don des Fauconniers" ?

*Murmure par-devers lui "c'est d'ailleurs le seul profil de rôdeur intéressant, dans le manuel des rangers de la 2e édition d'AD&D, et d'ailleurs, je vais me replonger dedans de suite et..."*

Et bien à toi !


--------------------

Considérez-moi comme un rejeton du chat de Schrödinger. Ou alors un lointain cousin du démon de Maxwell...
---
"Coupez Bruxelles dans le sens nord-sud, donnez la partie ouest au Royaume-Uni et la partie est aux Allemands. Ainsi, vous mettrez tout le monde sur un pied d'égalité, car toutes les parties râlerons avec la même intensité."

      Retour en haut de la page IP Cachée  
Oph qu ourse

Thorp bonheur



-= Dungeon Keeper =-
Inscription le 27-07-01
Messages : 7409



Femme  Age : 47 ans
Lieu de résidence : l'Antre des Ours

Pourquoi vous regardez ca ?
Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'Prince Coriolan, la suite' a été posté le : 14/11/02 20:16
Un instant plus tard, je courais jusqu'au quai, serrant dans ma main un petit rouleau de parchemin dont je n'avais même pas lu le contenu. La buse volait à basse altitude au-dessus des toits. Je grimpai sur une pile de caisses et fis de grands gestes pour attirer son attention.
"Je t'en prie, la buse, murmurai-je dans ma langue natale, viens me voir. Reconnais en moi le fils de la reine Mésange, celle à qui tu dois obéissance et loyauté. Reconnais en moi le frère de la princesse Elna, celle que tu dois protéger. Nous avons besoin de toi, je t'en prie, fais un effort !"
Rejetant la tête en arrière, je hurlai :
"Viens ici !"

L'effet concret de ma tirade fut que tous les dockers se tournèrent vers moi. Quelques-uns me dirent d'une voix rude que j'avais intérêt à descendre vite fait. Voyant que je n'obéissais pas, ils passèrent à l'action.
Il fallut quatre hommes pour me forcer à reprendre contact avec les pavés, que je heurtai assez violemment. Heureusement, je ne pris pas de coup à la tête. Je fus juste emmené sans ménagement jusqu'au bout du quai.
"Voilà, et restes-y !"
Laissé là, sous les nuages qui ressemblaient à des piles d'assiettes, je vis tout à coup que la buse était posée sur un tonneau non loin de moi, me fixant d'un regard curieux qui n'était pas sans rappeler celui de mon corbeau. Je sursautai et me relevai, frottant mes articulations douloureuses.
"Heureux de voir que tu as compris ce que tu devais faire, dis-je en lui tendant le parchemin, qu'elle prit entre ses serres. Maintenant, va au château, vite !"
L'oiseau mit un peu de temps à voir ce que je lui montrais, mais quand il prit son vol, ce fut pour rejoindre l'édifice à tire-d'aile, avant même que les cavaliers fussent visibles sur le rocher qui s'avançait au pied des constructions.

De retour dans la maison de Seraël, je fus accueilli par un son qui fit s'affoler mon coeur. Ma soeur criait. Pas très fort, pas en permanence, mais je devinais sa douleur. J'avais fait tout ce que je pouvais pour l'aider, et malgré cela, Elna avait mal. Je restai figé au pied de l'escalier, meurtri par mon impuissance.
La servante, qui passait avec une bassine d'eau, s'arrêta net en me voyant pleurer.
"Vous êtes drôlement sensible, pour un homme, dit-elle doucement. La princesse Elna doit vraiment être une amie très proche."
Je hochai la tête.
"Nous avons grandi ensemble. Elle est comme une soeur pour moi."
"Ne craignez rien, tout va bien se passer."
La jeune fille me lança un regard encourageant et monta l'escalier avec son fardeau.

Le temps qui suivit entre cet instant et l'arrivée du médecin et de la sage-femme sembla s'étirer à l'infini. Je restai dans l'entrée, à faire les cent pas comme un loup en cage, rongé tant par l'envie d'aider que par la certitude que les femmes ne me laisseraient pas faire. Et puis, une crainte sourde m'étreignait le coeur. On ne m'avait jamais expliqué comment se déroulait une naissance, aussi ignorais-je tout de ce qui se passait à l'étage. C'était cette incertitude, plus que tout, qui me faisait peur.
J'entendis vaguement les gardes restés dans la cuisine rire à l'idée que j'étais plus nerveux que si l'enfant avait été le mien. Ils n'avaient pas tort. Chez les barbares, le futur père qui le désirait pouvait au moins rester aux côtés de sa femme pour la soutenir.

Enfin un attelage s'arrêta à grand fracas devant la maison du négociant. Un garde ouvrit la porte pour laisser passer une femme chargée d'un paquet enveloppé dans un tissu blanc, un page qui traînait deux sacs visiblement fort lourds, et un homme grisonnant qui avait comme un air de famille avec Seraël. Je proposai de les mener à l'étage, ce qu'ils acceptèrent gravement. Tout en m'engouffrant dans l'escalier, j'entendis une deuxième voiture arriver dans la rue. Allait-on déplacer toute la cour pour assister à la naissance ?


--------------------
"Cet homme poireau est derrière toute l'affaire! Il couvre les aubergines mutantes!"
Lisez Sentaï School !
--------------------
Histoires | Amicale informelle des Vieux Pervers Libidineux | Pan Fighters
--------------------
Ex-Caribbean : la signature pirate.


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Oph qu ourse

Thorp bonheur



-= Dungeon Keeper =-
Inscription le 27-07-01
Messages : 7409



Femme  Age : 47 ans
Lieu de résidence : l'Antre des Ours

Pourquoi vous regardez ca ?
Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'Prince Coriolan, la suite' a été posté le : 17/11/02 15:56
La sage-femme entra immédiatement dans la chambre et alla parler à ma soeur. Le médecin, lui, resta un peu dans le couloir, attendant la sortie de Seraël. Les deux hommes eurent une brève conversation dans une langue rapide et mélodieuse, après quoi le négociant posa la main sur mon épaule et m'emmena vers le rez-de-chaussée.
"Notre rôle s'arrête là, jeune homme, dit-il tranquillement. La princesse est entourée par des gens compétents qui la connaissent bien. Nous n'avons plus qu'à attendre."

Dans l'entrée se tenait une dame assez âgée, très pâle et visiblement fatiguée, entourée de suivantes. Je ne la reconnus pas, mais Seraël s'inclina devant elle, ce qui n'était pas dans ses habitudes. D'un mouvement réflexe, je l'imitai.
"Vous pouvez vous relever, messieurs, dit-elle, vaguement agacée. Je suppose que ma bru est à l'étage..."
"Je peux vous y mener, dame Florise," proposa le négociant.
"Je vous suis."
Seraël remonta donc l'escalier, suivi de la reine, qui avait visiblement quelques difficultés à gravir les marches. Rien d'étonnant à cela. Je ne savais pas grand-chose au sujet de dame Florise, si ce n'est que son état de santé lui imposait un repos absolu. La présence de la reine devait donc être un impératif, pour transporter ainsi une dame malade jusque sur les lieux de la naissance.

De retour en bas, Seraël prit son rôle d'hôte très à coeur. Il installa les gardes et les serviteurs du mieux qu'il put dans les quelques pièces du rez-de-chaussée, et leur fournit de quoi boire et manger pendant que le travail se poursuivait. Il leva un sourcil surpris quand je lui demandai si je pouvais l'aider.
"Un ami de la princesse qui veut servir des serviteurs ? Vous êtes bien étonnant, Prince."
"Mon attitude n'est pas plus étonnante que celle d'un riche marchand qui, n'ayant pas de personnel de maison, servirait lui-même à boire à des cochers," répondis-je.
"Très bien. Si vous y tenez, vous pouvez toujours aller chercher des verres dans le buffet de l'entrée. Je crois que nous en aurons besoin."
J'aidai ainsi de mon mieux, tâchant d'oublier ce qui se passait au-dessus de ma tête. Je parvins même à m'intéresser à une conversation. Tout en parlant chevaux avec les cochers, j'avais l'impression de revivre. Aucune des personnes qui m'entouraient ne me demandait d'avoir une attitude noble, ou d'être un exemple pour quiconque. Je pouvais être moi-même, tout simplement.

Et puis il y eut les pleurs. L'enfant était là.
L'émotion et l'instinct me firent courir vers l'escalier et monter les marches quatre à quatre, pour me retrouver devant une porte fermée, à attendre qu'on m'ouvrît, pendant que d'autres personnes me suivaient à pas plus mesurés.
"C'est un garçon !" fit la sage-femme de l'autre côté de la porte.
"Félicitations, princesse," ajouta le médecin.
Seraël, arrivé à ma hauteur, remua la main devant mes yeux pour attirer mon attention.
"Vous savez, Prince, j'ai vu des pères moins impatients que vous. On ne vous laissera pas entrer maintenant, il y a encore la délivrance, et cela peut prendre du temps."
"Peu importe. J'attendrai. Je veux voir cet enfant."

Bien trop longtemps après à mon goût, la porte s'ouvrit enfin sur un oncle qui ne se retint de courir qu'à cause du regard perçant de la reine Florise. Une douzaine de femmes entouraient Elna, qui, le dos soutenu par une pile de coussins, tenait son bébé dans ses bras. Le petit visage endormi semblait perdu au milieu d'un nuage de dentelle blanche. Je m'approchai tout doucement de ma grande soeur, en prenant soin de rester à distance protocolaire.
"En de telles circonstances, je ne peux que te féliciter, mais j'aimerais faire tellement plus !"
"Tu es présent, mon ami, répondit-elle. C'est déjà beaucoup."

Quelques courtisans firent à leur tour les compliments de circonstance, se réjouissant de voir naître un nouvel héritier pour le royaume, mais regrettant l'absence du prince Trybnar. Leur manque de tact me heurta. Ne voyaient-ils pas que la princesse était au bord des larmes dès qu'ils prononçaient le nom de son époux ? Quand finiraient-ils de remuer le couteau dans la plaie en lui rappelant tous les jours qu'elle était seule ?


--------------------
"Cet homme poireau est derrière toute l'affaire! Il couvre les aubergines mutantes!"
Lisez Sentaï School !
--------------------
Histoires | Amicale informelle des Vieux Pervers Libidineux | Pan Fighters
--------------------
Ex-Caribbean : la signature pirate.


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Oph qu ourse

Thorp bonheur



-= Dungeon Keeper =-
Inscription le 27-07-01
Messages : 7409



Femme  Age : 47 ans
Lieu de résidence : l'Antre des Ours

Pourquoi vous regardez ca ?
Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'Prince Coriolan, la suite' a été posté le : 22/11/02 20:19
La princesse Elna resta chez le négociant Seraël jusqu'au lendemain. Comme elle était entourée en permanence de suivantes et de serviteurs, je n'eus pas l'occasion d'avoir une vraie conversation avec elle. Je sentais cependant que la présence de cet enfant la rassérénait quelque peu. Elle était fatiguée, encore tourmentée par les douleurs de la naissance, mais elle avait reconstitué un semblant de famille.
Une voiture couverte ramena la princesse et son bébé au château, en présence de toute la cour réunie. Cela ne faisait pas autant de monde qu'à Flerroé, mais je trouvai tout de même la foule impressionnante. Visiblement, je ne fus pas le seul : dès sa descente de voiture, le petit prince se mit à hurler.
D'abord gênée, l'assistance se reprit dès que la princesse eut emmené son fils à l'intérieur. Au moins, ce petit avait de la vigueur, disait-on.

Trois jours plus tard, alors que je rentrais d'une promenade dans les collines avec Horizon, je vis arriver un groupe de cavaliers, à la tête duquel chevauchait un homme d'une quarantaine d'années, solidement bâti, qui portait un casque orné d'un aigle d'argent. Derrière lui, au milieu d'une rangée d'hommes, se trouvaient les princesses Isandra et Verrine, ainsi que leur mère, que je reconnus instantanément tant ses filles lui ressemblaient. Trois garçons d'âges rapprochés, dans le groupe, devaient être leurs petits frères.

Nous arrivâmes aux écuries en même temps, provoquant une surcharge de travail chez les palefreniers, qui, pendant quelque temps, ne surent plus où donner de la tête. La panique du moment me permit de parler un peu aux représentants du clan des Aigles.
"Mes hommages, princesses, dis-je aux deux soeurs dans une révérence. Vous revoir à Matzar est un plaisir pour moi."
"Je suis flattée, balbutia Isandra en rougissant. Nous venons voir le jeune prince."
"Père, expliqua Verrine, ce jeune homme est un cousin de la princesse Elna. Il séjourne parmi nous depuis quelque temps, sur l'invitation du roi."
"Je comprends mieux pourquoi il a les manières de la cour de Flerroé. Quel est votre nom ?"
"Prince," répondis-je.
Le père parut réfléchir un peu.
"Ce nom ne me dit rien. Voyez-vous, j'ai accompagné Trybnar, quand il est allé dans votre pays rencontrer sa future épouse. Mais peut-être n'y étiez-vous pas..."
Un souvenir me revint avec la force d'un coup sur la tête. Elna et Trybnar, côte à côte, debout à la poupe du navire qui s'éloignait inexorablement d'Ecume-sur-le-Voile. Harmonie toute pâle dans un coin de mon champ de vision. Sa main qui broyait la mienne.
"Non, sire. Je n'étais pas à la cour à cette époque."

L'homme éclata de rire, puis se reprit, sans doute influencé par le regard assassin de son épouse.
"Sire ? Voyons, Prince, dans ce pays, on appelle les chefs de clan par leur nom ! Veuillez m'appeler Terlem, à l'avenir, sans aucune formule de majesté. Et n'ayez pas l'air si gêné, ce n'est pas une erreur bien grave. Je ne peux pas m'empêcher de rire quand on m'appelle autrement que par mon nom, c'est tout."
Je hochai la tête.
"J'essaierai de m'en souvenir."

Le soir même, je retrouvai ma place à table, entre Verrine et Isandra.
"Pourquoi me parliez-vous de méchantes rumeurs ? demandai-je tout bas à la première. Je n'ai jamais rien constaté de curieux dans le comportement des gens, aussi bien en ville qu'au château."
"N'est-il pas normal que l'on cache devant vous ce qui se dit dans votre dos ? Mais ne craignez rien, dans le pire des cas, je vous ai ensorcelé à votre insu. Vous n'êtes pas encore mon complice, vous ne participez pas à mes crimes."
"Tu as dit crimes ?" interrompit Isandra.
"Oui, ma soeur, je parlais de la curiosité, qui, à être une bien vilaine chose, n'est pas un crime pour autant !"
Je cachai précipitamment mon sourire derrière ma main, tandis qu'Isandra baissait la tête et s'intéressait à une autre conversation.


--------------------
"Cet homme poireau est derrière toute l'affaire! Il couvre les aubergines mutantes!"
Lisez Sentaï School !
--------------------
Histoires | Amicale informelle des Vieux Pervers Libidineux | Pan Fighters
--------------------
Ex-Caribbean : la signature pirate.


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Oph qu ourse

Thorp bonheur



-= Dungeon Keeper =-
Inscription le 27-07-01
Messages : 7409



Femme  Age : 47 ans
Lieu de résidence : l'Antre des Ours

Pourquoi vous regardez ca ?
Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'Prince Coriolan, la suite' a été posté le : 25/11/02 20:45
Dès le lendemain, ma vie reprit un cours digne de mon ancienne condition de prince. Protocole, maniement des armes et bienheureuse insouciance faisaient l'essentiel de mon quotidien.
Après quelques jours essentiellement consacrés aux hommages et aux cérémonies, la princesse Verrine parvint à m'inviter à faire avec elle une longue sortie équestre dans la campagne environnante. Tout au long du chemin, le jeune prince qui venait de naître fut notre sujet de conversation principal.
Tandis que nous cheminions au pas dans les ruines d'un village abandonné, peu à peu reconquis par la forêt, j'appris ainsi que l'enfant ne recevrait pas de nom tant que son père ne serait pas revenu, ou déclaré mort. En réponse à une question inquiète de ma part, Verrine indiqua que, dans le cas de Trybnar, si son absence se prolongeait, il serait considéré comme mort au bout de cinq ans. Cinq ans ? Cela me semblait énorme, et j'avais du mal à concevoir l'idée d'un enfant grandissant sans nom.
La princesse haussa les épaules. Cette coutume, qui faisait partie intégrante de sa culture, ne la choquait pas. Elle-même n'avait été baptisée qu'à l'âge de six mois, car son père était en voyage diplomatique à Vayal-Tresiis au moment de sa naissance. Je tentai en vain de lui faire comprendre que pour moi, entre six mois et cinq ans, il y avait un monde.

Malgré cette incompréhension, je passai une excellente journée. Je compris à quel point la princesse était un bon guide : elle me fit voir de très jolis villages, d'antiques pierres gravées qui me rappelèrent les monuments funéraires de la vallée des Tombeaux, mais surtout, perdus au milieu de collines boisées, des témoins de ce qui ressemblait fort à un ancien culte des esprits.

Au milieu d'un petit bois dont les arbres relativement chétifs donnaient de l'ombre sans trop enténébrer la vue, Verrine mit pied à terre au bord d'une clairière, et m'enjoignit d'un signe de tête d'en faire autant. Elle me tendit négligemment les rênes de sa monture, sans même regarder dans ma direction pour vérifier que je les prenais.
"Cet endroit était sacré, il y a bien longtemps, expliqua-t-elle. Je pense que cela date du temps où les elfes peuplaient encore cette région, même si je n'ai jamais pu en obtenir la confirmation. Quoi qu'il en soit, encore aujourd'hui, la sagesse populaire recommande de toujours baisser les yeux lorsqu'on traverse la clairière, et surtout, de ne pas marcher sur la pierre centrale."
La clairière n'avait en elle-même rien d'extraordinaire. De forme irrégulière, pas très grande, elle était envahie par les hautes herbes. Ce qui en faisait tout l'intérêt était un double cercle de pierres, composé d'un cercle extérieur de pierres levées et d'un cercle intérieur de pierres couchées. Ce dernier motif m'était familier. Je m'avançai jusqu'à l'intérieur du cercle, les chevaux derrière moi.
La pierre centrale, celle que nul ne devait fouler, était grossièrement taillée en forme de cercle et érodée par des siècles d'intempéries. Je m'agenouillai pour l'examiner de plus près. Je ne vis rien au début, puis je me rendis compte que, par endroits, il restait de vagues irrégularités. Cette pierre avait sans doute, très longtemps auparavant, été recouverte de gravures.

"Ne la touchez pas !" s'exclama Verrine quand je fis mine de tendre la main.
"Princesse, je vénère les esprits comme personne. Toucher la pierre est pour moi une marque de respect. Je ne foule pas cette pierre, je veux juste un contact."
"Prince !" protesta-t-elle.
J'effleurai la pierre du bout des doigts, les yeux fermés pour une meilleure communion avec les esprits.
Aussitôt, une douleur terrible envahit mon bras. Mon impression fut que quelque chose, de l'intérieur de la pierre, me frappait très fort pour me faire partir. Mon cri de douleur fut court mais tonitruant. En un instant, je vidai tout l'air que contenaient mes poumons, et je tombai sur le dos, cherchant de la main gauche ma main droite blessée.
Le visage quasi impassible de la princesse s'incrusta bientôt sur le fond bleu du ciel. D'un coup d'oeil, je constatai qu'elle retenait sous son pied les rênes des deux chevaux. De toute façon, ni l'un ni l'autre n'en avaient besoin. Ils avaient sursauté quand j'avais crié, mais ne semblaient pas vraiment affectés.


--------------------
"Cet homme poireau est derrière toute l'affaire! Il couvre les aubergines mutantes!"
Lisez Sentaï School !
--------------------
Histoires | Amicale informelle des Vieux Pervers Libidineux | Pan Fighters
--------------------
Ex-Caribbean : la signature pirate.


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Oph qu ourse

Thorp bonheur



-= Dungeon Keeper =-
Inscription le 27-07-01
Messages : 7409



Femme  Age : 47 ans
Lieu de résidence : l'Antre des Ours

Pourquoi vous regardez ca ?
Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'Prince Coriolan, la suite' a été posté le : 28/11/02 20:03
Le nez d'Horizon chatouillant mon ventre me fit plus d'effet. Je me redressai d'un bond pour me retrouver assis dans l'herbe, à regarder ma main et à constater qu'il n'y avait aucune blessure externe. Verrine s'assit non loin de moi. Ce que je pouvais deviner de ses émotions n'allait pas au-delà d'un léger énervement.
"Vous aurez sans doute mal jusqu'à la fin de la journée, mais pas au-delà, expliqua-t-elle. Je suis venue ici un certain nombre de fois, et quand je dis qu'il ne faut pas toucher la pierre, je sais pourquoi."
"Je n'avais pas compris qu'il s'agissait d'un ordre," grimaçai-je en frottant ma main.
"Un impératif venant de moi est toujours un ordre, Prince. Vous n'avez pas à passer outre."
"Bien, princesse. J'en prends bonne note. Mais puisque vous connaissez le phénomène, vous pourrez peut-être m'expliquer ce qui vient de se passer..."
"Je n'en sais rien. Il y a une grosse dose d'énergie ici, d'une nature qui m'est totalement étrangère. Tout ce que je sais, c'est qu'à l'intérieur du cercle, Magi est quasi absente, et donc, tout phénomène magique est fortement inhibé."

"Le cercle extérieur ou le cercle intérieur ?"
La princesse eut un regard étonné.
"Le cercle extérieur, pourquoi ?"
"Parce que la disposition du cercle intérieur me rappelle fortement quelque chose que j'ai déjà vu. Un cercle des Guerriers, si vous connaissez les coutumes des barbares du Sud."
Elle hocha la tête.
"Je pense aussi que le cercle intérieur est un cercle des Guerriers, plus récent que les autres pierres. D'ailleurs, si vous observez bien, les pierres couchées sont moins profondément enfoncées dans le sol. Il doit y avoir une différence de quelques siècles. Cela dit, vous m'étonnez. Je ne pensais pas que vous connaissiez la culture des peuples barbares."
"Des gens qui aiment aussi profondément leurs chevaux ne pouvaient que m'intéresser," répondis-je en caressant la peau tendre des naseaux d'Horizon.
Le léger rire ironique de la princesse ne put que me convaincre qu'elle ne me croyait qu'à moitié.

J'eus toutes les peines du monde à me remettre en selle après cet épisode. Tout mon bras me faisait terriblement mal, si bien que je dus me résigner à tenir les rênes d'une seule main. Je gardai les dents serrées tout au long du chemin du retour.
Le soir même, Terlem me fit savoir qu'il désirait me voir participer à une partie de chasse qu'il organisait quelques jours plus tard. Sur la foi des paroles de Verrine, j'estimai que d'ici là, mon bras ne me ferait plus mal. Avec un enthousiasme qui tranchait avec son habituelle indifférence, Olko se chargea d'informer le chef de clan que j'acceptais son invitation.

En fait, je continuai à souffrir toute la journée du lendemain. Je me gardai bien d'en parler à quiconque, à part à maître Toru, à qui je dis simplement que je m'étais fait mal et que je préférais ne pas participer à la séance du jour. J'ignore ce qu'il comprit de mes paroles, mais il prit mon bras et exerça des pressions sur certains points, ce qui me soulagea un peu. Puis, me fixant de son regard noir à la fois perçant et lointain, il me dit "demain", et se détourna pour se consacrer à ses autres élèves.
Malgré toutes mes prières, jamais mes rêves ne m'apportèrent la réponse à mes questions. Je ne sus jamais quelle force mystérieuse m'avait frappé dans ce cercle de pierres. En revanche, au cours des nuits qui suivirent, je vis de façon récurrente Myosotis parée de rubans, allongée au milieu d'un champ de fleurs aux pétales du même bleu violacé que ses yeux.

La partie de chasse, au bout du compte, était avant tout un prétexte pour permettre à Terlem de parler librement avec moi. Pendant que la plupart des participants chevauchaient à la suite de la meute, nous restâmes un peu en retrait, à deviser. Le chef du clan des Aigles voulut savoir qui j'étais, pourquoi je me trouvais à Matzar, ce que je pensais du pays. Je m'inventai une filiation à la hâte en espérant qu'il ne chercherait jamais à la vérifier, et répondis de mon mieux aux autres questions.
Il me fallut quelque temps pour comprendre où il voulait en venir. Ayant constaté que je fréquentais beaucoup sa fille cadette, Terlem pensait que je voulais l'épouser. Cette petite conversation n'avait d'autre but que de confirmer que j'étais un prétendant acceptable pour la princesse.
Ce qui m'effrayait le plus, c'était que je semblais lui convenir. Comment faire comprendre à cet homme, avec le plus de tact possible, que j'aimais beaucoup sa fille, mais qu'une telle alliance n'avait jamais été dans mes intentions ?


--------------------
"Cet homme poireau est derrière toute l'affaire! Il couvre les aubergines mutantes!"
Lisez Sentaï School !
--------------------
Histoires | Amicale informelle des Vieux Pervers Libidineux | Pan Fighters
--------------------
Ex-Caribbean : la signature pirate.


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Oph qu ourse

Thorp bonheur



-= Dungeon Keeper =-
Inscription le 27-07-01
Messages : 7409



Femme  Age : 47 ans
Lieu de résidence : l'Antre des Ours

Pourquoi vous regardez ca ?
Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'Prince Coriolan, la suite' a été posté le : 02/12/02 19:44
Le clan des Aigles quitta Matzar deux jours plus tard, mais le mal était fait. Dans mes rêves, Verrine avait remplacé Myosotis, et les fleurs se fanaient nuit après nuit. Ma vie commençait à me peser, à ressembler à tout ce que j'avais voulu fuir un an plus tôt. L'été avança tout doucement, clair et lourd. Chaque jour, je repoussais au lendemain l'annonce à Elna de mon intention de repartir. Comment pouvais-je la laisser seule à nouveau ? Si encore Trybnar était de retour, je pourrais repartir...
Le corbeau revint, porteur d'un message de ma mère qui disait simplement qu'elle était heureuse de savoir que ses enfants allaient bien. Elle me recommandait aussi de ne pas rester trop longtemps à la cour de Matzar, où l'on risquait de me reconnaître. De nouvelles de mon pays natal, de ma famille, point. La lettre me laissa quelque peu sur ma faim : quelque part au fond de moi, j'avais espéré mieux.

Un beau jour, ce fut le roi Abelf en personne qui me convoqua.
Je me rendis dans son bureau le coeur serré, persuadé qu'il allait m'offrir la main de Verrine sur un plateau qu'il serait de mauvais ton de refuser. Olko, aussi intimidé que moi, me laissa à l'entrée avec un petit sourire d'encouragement.
La première chose qui me frappa en entrant fut que le vieil homme n'était pas seul. Outre le serviteur qui l'accompagnait souvent, trois autres personnes se tenaient autour de la table : maître Toru, un homme d'une cinquantaine d'années aux allures d'aventurier, et une femme voilée des pieds à la tête.
"Merci d'être venu, Prince, dit le roi. Je vous en prie, asseyez-vous."
Je pris un siège, les mains moites.
"Isard Sollertis est un de vos compatriotes. Il est venu me proposer d'aller mener une enquête en territoire barbare pour retrouver le prince Trybnar."
"Un mercenaire ?" m'étonnai-je.
"Pas vraiment, expliqua l'homme. Ma femme et moi sommes des proches du roi Marc et de la reine Mésange."
"Je comprends que vous soyez étonné, reprit la femme voilée, d'une voix jeune et fraîche qui tranchait avec son apparence. Nous ne fréquentons pas la cour de Flerroé. Pour autant, pouvions-nous refuser quand la reine a envoyé un messager pour nous demander de ramener l'époux bien-aimé de sa fille ?"
"Ils ont produit des documents qui prouvent leur bonne foi," ajouta le roi Abelf.

Je m'assis au fond de mon siège, sceptique. Je ne connaissais pas ces gens-là, et j'avais du mal à les imaginer liés à ma mère. Pour autant, le nom de l'homme ne m'était pas totalement inconnu. Je l'avais certainement entendu quelque part, au cours de mon enfance. Mais qui était-il, cet Isard, avec son allure nonchalante et sa femme invisible ?
"Sire, pouvez-vous m'indiquer les raisons de cette réunion ?"
Le roi sourit.
"Voyez-vous, Prince, je ne peux pas refuser les services de ces gens, surtout s'ils sont payés par Flerroé. Cependant, je me dois de leur fournir des accompagnateurs compétents. C'est pourquoi je réquisitionne deux officiers de la garde, ainsi que maître Toru, qui a demandé à ce que vous soyez également du voyage."
"Moi ? Pourquoi moi ?" demandai-je au maître d'armes.
"Meilleur élève," répondit-il, laconique.

J'ignorais, et j'ignore toujours, sur quels critères maître Toru se basait pour décider que j'étais son meilleur élève, moi qui ne progressais pas plus vite que les autres, et qui n'étais ni plus fort, ni plus endurant. Compte tenu de sa faible maîtrise de la langue des Nordiques, il était inutile de lui demander de s'expliquer.
"Si vous le dites... Avant de donner mon avis, j'aimerais en savoir plus sur l'organisation de l'expédition, si c'est possible."
"Bien entendu, répondit le roi. Maître Isard, nous vous écoutons."
"Mon idée est très simple, en fait. Puisque nous disposons du plan de route qu'avait préparé le prince Trybnar, nous allons le suivre, et une fois sur place, mener l'enquête pour savoir où il a été aperçu pour la dernière fois. A partir de là, nous aviserons."
"A vous entendre, on croirait que c'est d'une simplicité enfantine. Comment comptez-vous obtenir ces informations ?"
"D'après ce que j'ai compris, les officiers qui nous accompagneront connaissent la langue des barbares du Nord, ce qui leur permettra de parler avec les populations locales."
"Par rapport aux barbares du Sud, la langue est-elle très différente ?" demandai-je.
"Bien au contraire, peu de choses les séparent, dit le roi. Un accent et quelques spécificités locales."
J'en pris bonne note. Au moins, si les officiers tentaient de nous rouler ou de nous cacher quelque chose, je serais en mesure de m'en rendre compte.


--------------------
"Cet homme poireau est derrière toute l'affaire! Il couvre les aubergines mutantes!"
Lisez Sentaï School !
--------------------
Histoires | Amicale informelle des Vieux Pervers Libidineux | Pan Fighters
--------------------
Ex-Caribbean : la signature pirate.


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Ajouter aux favoris - Envoyer ce Sujet par E-Mail - Imprimer ce Sujet
Dernier Message - Message le plus récent
Pages: 1 [ 2 ] 3 4

Open Bulletin Board 1.X.X © 2002 Prolix Media Group. Tous droits réservés.
Version française, modules et design par Greggus - enhancement par Frater