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Sujet : Outremonde

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Swan

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   Réponse au Sujet 'Outremonde' a été posté le : 05/01/06 20:57
- La dernière fois qu’on s’est vus, je voulais vous parler de quelque chose. Et puis vu la situation, je me suis dit que ce n’était pas le moment de le faire.
- Je suis désolée de ne pas avoir su t’entendre, soupira Mila. A présent, je t'écoute.
- Très bien.

Hector et la fillette regardèrent l’agent du SOR se tortiller dans son siège, cherchant des yeux, avec crainte, quelque chose qu’elle ne vit pas. Puis Jen se rappela sa main, soutenue par celles de Maître Mila. Elle rassembla ses idées, puis le regard dans le vide, un peu génée, commença son récit.

- J’étais en séance de méditation. Tout se passait bien. J’ai réussi à me détacher de mon corps… Mais ça ne s’est pas passé comme prévu. Il y a eu un accident. J’ai entendu… Ressenti… Comme un cri, un cri déchirant… Presque inhumain. C’était tellement insoutenable. Je n’ai pas tout de suite réussi à réintégrer mon corps. J’ai du me débattre, de toutes mes forces… Et puis là, au dernier moment, comme un éclat rouge, qui voulait me dévorer… C’est tout ce dont je me souviens. Et puis plus tard, la nuit dernière, il y a eu ce rêve.

- Raconte-moi.

- Je faisais des recherches, comme vous me l’aviez conseillé lors de notre dernier entretien. La méditation avait déjà épuisé pas mal de mon énergie. Je me suis endormie. Je crois que… Je crois qu’on m’a emmenée sur une Zone d’Ombre, en rêve. Bien que je n’y suis jamais vraiment allée, je suis pratiquement sûre que c’était ça. Sauf que c’était différent. Et puis il y a eu cette fille, Erin… Elle fait partie des disparus de mon enquête. Je l’ai retrouvée là-bas. Elle était monstrueuse, comme pervertie par les lieux. Et, au moment où je m’y attendais le moins, cette voix… Une voix toute-puissante a empli mon esprit, et m’a dit… Attendez… Elle m’a dit : « La seule façon de contrôler les Ombres est d’être fait d’Ombre ». Puis ça a été comme si on plongeait les mains à même mon cerveau. Et toujours cette lumière rouge, insaisissable, qui me poussait presque à l’anéantissement… Mon dieu…

Elle porta lentement la main devant sa bouche, sous le choc.

- Tu peux t’arrêter là, répondit Mila. Merci, en tout cas. Je sais que ça n’a pas du être facile.

La fillette s’interrompit pour réfléchir, préoccupée. Au bout de quelques secondes, elle posa à nouveau son regard sur Jen.

- Tu as bien dit qu’on t’avait « emmenée » sur une Zone d’Ombre, c’est bien ça ?, reprit-elle.
- Oui, c’est vrai…, répondit la jeune femme, confuse. Je ne sais pas pourquoi. Vous croyez que quelqu’un m’en veuille assez pour… me transmettre ces visions ?
- La personne qui peut faire ça est dans ce cas très puissante, répondit Mila d’un air sombre. Mais c’est possible. Cela peut être aussi une solution pour… pour te dissuader de continuer ton enquête. Une sorte de moyen de pression, si on veut.
- L’assassin, peut-être ?… avança Marcignac.

Le jeune homme s’était décidé à avancer vers les deux demoiselles, à mettre son visage perturbé en pleine lumière.

- Possible, lui répondit la fillette. Ou quelqu’un en tout cas qui ne veut pas que cette enquête continue. Des choses nous sont cachées, c’est certain. S’il y a un conseil que je peux te donner Jen, c’est de te méfier des autres unités de la Haute Direction. Après tout, ils en savent peut-être plus que nous, et pour une raison ou une autre, ne veulent pas qu’on mette le doigt sur quelque chose.

- Et dire que… murmura Jen. Je veux dire… N’importe qui peut pénétrer mon esprit, comme ça ? Ca me donne froid dans le dos.

- Ne t’en fais pas, fit Mila en se levant tout d’un coup. Tu réussiras à trouver les ressources nécessaires le temps venu. Seulement, si tes visions proviennent vraiment d’une personne qui ne te veut pas du bien, et je crois que c’est le cas, cela veut dire que tu avances. Il suffit alors d’être plus rapide que l’autre.
- Mais cette fille, Erin… Et la voix, la phrase… Cette phrase était tirée d’un livre occultiste que j’avais lu peu de temps avant de m’endormir. Je suis sûre que c’est une indication, un indice. Il n’y avait donc pas que du mauvais dans ces visions.

- Peut-être, répondit Hector. La science des rêves est toujours un peu nébuleuse… Vous devriez creuser un peu de ce côté-là.

- Les Chimères, les Zones d’Ombres…, pensa Jen tout haut. Tout cela se rejoint, de toute manière.


Les réflections de chacun furent interrompus par une sonnerie mécanique provenant du fond de la pièce.

- Vous voulez que j’y réponde ?… commença Marcignac.
- Je vais le faire, fit la petite fille avant de se diriger vers le vieux téléphone.

Elle laissa alors Jen et Marcignac face à face, un peu génés l’un envers l’autre. La jeune femme semblait avoir repris ses esprits, et se dérouillait peu à peu les articulations tandis que Mila décrochait.

- Allô ? Oui… Où, dites-vous ?… Je viens.

Elle raccrocha, resta immobile plusieurs secondes, un peu perplexe, puis sembla reprendre son souffle.

- Qu’est-ce qui se passe ? demanda Hector.

Elle se tourna vers lui, une expression indéchiffrable sur son visage enfantin.

- On m’a appelée pour une affaire. Une bagarre qui vient d’avoir lieu, dans une taverne du Quartier Sud. Un éthéré, quelques blessés.
- Le Quartier populaire ? demanda l’homme d’une voix neutre.
- Exact, répondit Mila.
- Je vous accompagne, dit l’enquêteur.
- Merci, Hector.

Son regard se posa alors sur l’agent du SOR, qui semblait presque retrouvé son état normal.

- Jen… dit la fillette, songeuse.J’aimerais que tu viennes aussi avec moi.
- Je vais mieux, maintenant, répondit la jeune femme d’un air confus. Je pourrais continuer mes recherches, et…
- Ce n’est pas pour ta protection que je te l’ai demandé. J’insiste pour que tu viennes.
- Mais… pourquoi ?
- A vrai dire, je ne sais pas… Je crois juste que ce serait mieux. Une intuition, si tu veux. Et puis le SOR aura peut-être besoin d’un agent supplémentaire sur les lieux.
- Bien…, répondit simplement Jen.
- Allons-y.



Dernière mise à jour par : Swan le 24/04/07 18:47

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   Réponse au Sujet 'Outremonde' a été posté le : 17/02/06 16:53
Lorsqu’elles arrivèrent, la foule se massait déjà devant la façade de la vieille Taverne de l’If, et les voix bruyantes formaient un brouhaha de questions et autres interjections. Jen et Mila se faufilèrent comme elles le pouvaient parmi l’attroupement de « prolétaires » comme on les appelaient. Elles ne tardèrent pas à entendre des réflexions hostiles à leur égard, et surtout à l’encontre des Services de l’Ordre, de la part d’un individu hirsute aux longs cheveux broussailleux qui se tenait à l’écart des autres, des peintures couleur de craie sur sa peau sombre. Jen lança un regard dans sa direction et aperçut ses yeux noirs et profond, exprimant à la fois une grande force de caractère bouillonante et un certain respect des choses en général.

Le Quartier populaire faisait partie des endroits où le SOR n’aimait pas trop traîner. Certains parlaient de pseudo-guetto à propos de cette zone, dont les frontières étaient parfois délimitées par des grillages peu accueillants. Dans ce lieu insolite gravitaient une population hétéroclite, composée de parias, de chevaliers Moyen-âgeux à l’honneur déchu, de bons-vivants qui déniaient leur mort, d’animistes et de chamans sans Voie officielle. Un réservoir de révolte que l’on essayait de contenir en coupant ses occupants du reste de la Métropole, en empêchant leurs idées subversives de proliférer.

Franchement, Jen ne voyait même pas pourquoi on les avait appelés pour cette affaire. Des éthérations, des coups de folie… n’étaient pas rares en ces lieux. Simplement, la raison pour laquelle le SOR avait été sollicité, c’était que la Taverne étaient située près des limites du Quartier-sud et qu’apparemment, la méthode d’éthération avait été plutôt brutale. Mais de là à employer tant de moyens…

Elles arrivèrent enfin au niveau de l’entrée de l’auberge, filtrée par quelques hommes de main. Elles purent voir que les vitres de l’établissement étaient brisées, et que de maigres cordons de police encadraient les ouvertures. Toutes deux s’approchèrent d’un des gardes, montrèrent leur carte de fonction respective, puis pénétrèrent sur les lieux du sinistre.

La salle de la Taverne de l’If, boisée et rustique, était saccagée. De lourdes tables de chêne renversées, des débris de verre éparpillés ainsi que des traces de sang témoignaient de ce qui avait pu se passer une vingtaine de minutes auparavant. Certains clients étaient restés sur place, encore sous le choc. Une femme, en tailleur à carreaux, gémissait et pleurait doucement, assise sur une chaise de bois dans un coin de la pièce.
Elle répétait sans cesse, entre deux sanglots, la même litanie :

- Ce forcené l’a éthéré… Ce forcené l’a éthéré… Ce forcené l’a éthéré…

Deux hommes, des scientifiques du SOR, prenaient des daguéréotypes des lieux et étudiaient les traces laissées par le drame.
Mais ce qui interpela Jen, ce fut surtout la silhouette un peu enrobée d’un individu accroupi, cherchant des traces sur le plancher. Elle s’en approcha, avant de l’appeler :

- Orazio ? fit-elle étonnée.

L’homme se leva puis se tourna vers elle, un regard dénué de toute expression. La jeune femme ne s’était pas trompée : c’était bien son patron qui s’occupait de l’affaire.

- Jen, fit-il, et un léger sourire s’esquissa sur sur visage. Ca me fait plaisir de te voir. Mais… Que fais-tu ici ?
- Je… C’est Mila qui…
- C’est moi qui l’ai amenée ici, coupa la fillette qui était comme apparue dans le dos de Jen.

La jeune femme la regarda d’un air un peu surpris.

- Bonsoir monsieur Perroni, continua Mila. J’ai été appelée pour cette affaire, et justement j’étais en discussion avec mademoiselle Oslo. J’ai pensé que le fait qu’elle m’accompagne pourrait être utile…
- Il n’y a aucun problème à cela, répondit Orazio. Jen, tu peux commencer à interroger les clients si tu veux.
- Que s’est-t-il passé ici ? demanda la jeune femme.
- Une affaire de bagarre. Le principal coupable a été retrouvé ici, dans un état proche de la catatonie. Il a été emmené par les services spécialisés.

Ce n’était donc pas une bagarre normale motivée par des motifs rationnels. Elle avait dûe être provoquée par un accès de folie…

Après un rapide signe de tête, Mila se retira. Jen put la voir du coin de l’œil demander quelque chose à un des scientifiques adjoints au SOR. Elle décida de se concentrer sur son travail et de laisser la fillette faire le sien.

- Qui gère cette taverne ? demanda la jeune femme à Orazio.
- Un certain André, répondit-il. Un Moyen-âgeux un peu à la marge, mais assez respecté dans le quartier. J’allais justement lui poser quelques questions. Tu viens avec moi ?
- Bien sûr.


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   Réponse au Sujet 'Outremonde' a été posté le : 20/02/06 14:18
Accoudé derrière le comptoir de bois massif, l’air un peu hagard, le patron de la Taverne étonnait par son contraste entre sa forte corpulence, son épaisse barbe noire, et le trouble qui agitait son regard et les traits de son visage rond.

- Monsieur André ? commença Orazio.
- Lui-même, répondit-il de sa voix grave soutenue par un accent que Jen n’aurait su définir avec exactitude.
- Je suis Orazio Perroni, responsable du SOR de L’Isle 4e district. Et voici Jen Oslo, agent du SOR. Nous avons quelques questions à vous poser.
- Je vous écoute…, fit-il, essuyant de façon automatique son comptoir avec un vieux chiffon.

Drôle de geste lorsqu’on voit l’état de dévastation de la salle…

- Pouvez-vous me dire ce que vous avez vu durant cet… accident ? demanda Orazio.

- C’est simple. Esteban est venu ici. Il vient souvent. Un habitué. Il s’est installé à sa table, a commandé son bock. Et puis j’sais pas, tout son corps a été secoué, comme par un éclair. Il a commencé à crier. Et puis il s’est levé, comme fou. On aura dit un désespéré. Il l’était, je crois. Il avait mal. Il a commencé à renverser tables et chaises. Il avait l’air de s’battre contre je n’sais quoi… Un truc invisible. Il agitait les bras en hurlant. Y avait même des larmes. Des larmes de sang qui coulaient de ses yeux. Un client a voulu s’interposer. Alors c’est là que… Il l’a…

Le tavernier baissa le regard, puis s’approcha davantage des deux agents, pour leur parler moins fort.

- … Il l’a regardé avec de la colère et de la peur dans les yeux, reprit-il, perturbé. En poussant un long cri. Et il l’a terrassé. Il l’a éthéré. En quoi, trente secondes. Les autres clients étaient paralysés, certains se sont enfuis. Et puis après ça, Esteban s’est calmé. Il n’a plus dit un mot, et s’est recroquevillé dans un coin. Il regardait dans le vague, comme ça. Personne bien sûr n’osait lui parlait. Mais à mon avis ça n’aurait pas fait une grande différence. Il n’y avait plus rien dans ses yeux. Son esprit était éteint, comme une bougie qu’on a brûlé trop vite.

Ce récit résonnait dans la tête de Jen comme autant de petites épingles acérées. Elle imaginait cet homme qu’elle n’avait jamais vu, combattre des choses invisibles comme sous la force de quelque chose de bien plus puissant que lui…

- Monsieur André, j’aurais une question… Est-ce par hasard, cet Esteban aurait prononcer des mots, ou encore des noms ?

Le tavernier, un peu confus, se gratta la tête.

- Ah, c’est drôle que vous le demandiez, ma bonne dame. Justement, il poussait des jurons et d’autres trucs incompréhensibles. Mais pas seulement. Y avait aussi un nom qu’il répétait tout le temps. Attendez que je me souvienne… Anton. Oui, c’est ça. Il criait le nom d’Anton.

Etrange. Etrange comme cette situation avait un goût de déjà-vu pour Jen. Elle avait quelque chose comme sur le bout de la langue. Elle ne savait quoi. Elle voulait poser une question, mais ne savait plus laquelle. A la place elle en posa une autre.

- Orazio, que sait-on de cet Esteban ?
- J’ai fait des recherches rapides, répondit-il devant le tavernier. Apparemment, Monsieur Esteban Drainant faisait partie de la Voie Universelle. C’était quelqu’un de brillant. Certains disent qu’il était même sur le point de trouver de nouvelles techniques de méditation transcendentale. Aucun antécédent.



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   Réponse au Sujet 'Outremonde' a été posté le : 23/02/06 18:53
Le téléphone d’Orazio se mit tout d’un coup à sonner.

- Excusez-moi… (il décrocha). Orazio Perroni. … Oui ? … Où ça, vous dites ?… Quoi ? … Non, ce n’est pas grave. J’arrive le plus vite possible.

Il raccrocha, l’air préoccupé. Il se tourna vers l’agent du SOR, puis adressa à André un maigre « Si vous voulez bien nous excuser… », avant de s’éloigner avec Jen dans un coin vide de la pièce.

- Qu’est-ce qui se passe ? murmura la jeune femme.
- Un appel venant du Quartier Ouest. Quelqu’un a été éthéré dans un de ces immeubles en verre. Et de façon très brutale. Un Maître-veilleur a déjà été appelé.
- Et… ?
- … Et la victime s’appelle… Anton Verenzio.

Cette phrase eut pour effet de couper le souffle de Jen… si toutefois elle en avait encore un. Elle commençait à comprendre, à assembler les pièces, même si tout cela restait encore confus. Ce n’était pas un hasard si ces deux affaires semblaient liées. Ce n’était pas un hasard si Mila l’avait amenée ici. Par un étrange concours de circonstances, Esteban semblait être le seul… témoin de l’éthération de cet Anton. Et cela l’a rendu fou de rage et de douleur, au point qu’il aie déversé cette souffrance sur un innocent.

- Il n’y a qu’une seule chose capable de faire ça… murmura Jen pour elle-même.
- Comment ? fit son patron intrigué.
- Rien. Je viens de me rendre compte de quelque chose.

Seule une Chimère a pu éthérer aussi brutalement Anton et réduire le seul « témoin » de la scène à la démence la plus sordide. Brusquement les pièces du puzzle s’assemblaient… Restait encore à éclaircir plusieurs points. Restait à savoir pourquoi Esteban avait pu voir une telle chose. Et pour cela une seule solution possible…

- Orazio, dit-elle d’une voix plus angoissée qu’elle ne l’aurait cru, où ont-ils emmené Esteban ?
- Tu veux l’interroger ?
- Oui. C’est primordial. Ca a à voir avec mon affaire. C’est sûrement la clé.
- Alors dans ce cas dépêche-toi. Ils l’ont emmené à l’Hôpital Martin. Tout près de la frontière Est. Tu as peut-être le temps de les rattraper. Mais une fois qu’il sera là-bas, il sera trop tard. Pars tout de suite si tu veux te donner une chance.

Les propos étaient lourds de sens… L’Hôpital Martin, près de la frontière… La Frontière… Tout se rejoignait, finalement. Ils allaient enfermer Esteban dans ce lieu de silence et de terreur, à deux pas de ces terres ténébreuses qu’elle n’avait vues autrement que dans ses cauchemars. Et sa parole sera retirée. A jamais.

- Très bien. J’y vais. Merci Orazio.

D’un pas rapide, elle se dirigea vers la sortie.

- Attend ! résonna une voix aigue derrière elle.

Elle se retourna. Mila.

- Où vas-tu ? demanda-t-elle.
- Retrouver Esteban. Je ne sais pas comment vous l’expliquer, mais il est mêlé à mon affaire. Il faut que je fasse vite.

- Je comprend. Sois prudente, Jen. J’ai essayé de visualiser la Mémoire de l’éthération qu’a fait Esteban Drainant. Sa victime était déjà en pleine angoisse, il n’a fait que déclencher le processus. Mais Esteban… Je l’ai vu aussi sur la Mémoire, c’est un phénomène plutôt rare. Tu dois faire attention. C’est comme s’il n’avait pas été tout à fait là. Et toute cette rage, toute cette douleur… C’était presque plus insupportable que la Mémoire de la victime elle-même. Alors, je t’en prie, sois prudente… Et reste la plus éloignée des Zones d’Ombre.

- Merci Maître Mila. Je ferai attention. Mais je dois faire très vite. Je vous tiendrai au courant quand je rentrerai si vous le voulez. Il faut que je parte, maintenant.

Alors Jen fit volte-face et franchit la porte fracassée de la Taverne. La foule était à présent moins nombreuse, les cordons de police toujours là. Sur le chemin menant à la sortie du Quartier Sud, elle croisa Hector Marcignac, qui apparemment eut plus de mal que prévu à garer la voiture noire pas très loin des « grillages de sécurité ». Elle ne lui adressa pas un mot. Elle s’efforçait juste de ne pas pleurer.

Elle allait de son plein gré vers les Zones d’Ombre.


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   Réponse au Sujet 'Outremonde' a été posté le : 01/06/06 13:01
Les mains crispées sur le volant, Jen voyait peu à peu le paysage se détériorer autour d‘elle, à travers le pare-brise. Les grattes-ciels monumentaux du centre-ville aux couleurs et aux lumières criardes étaient derrière elle depuis une demie-heure. Les lumières et les grandes structures se faisaient progressivement plus rares. Peu à peu, elle s’éloignait de cet univers plein de mouvement et de vanité qu’elle connaissait depuis longtemps. Elle s’approchait de la Périphérie, tout doucement. Elle traversait des quartiers entiers, parfois dominés par le désespoir de vivre, parfois parsemés de petits commerces à taille relativement humaine. Mais cela, elle l’avait oublié depuis qu’elle vivait à L’Isle. Ces foyers-là seraient bientôt consommés et « normalisés » comme tous les autres, au fur et à mesure que les âmes se déverseront ici-bas. Lorsque la place manquera, encore et encore. Ou lorsque les Zones d’Ombre grignoteront davantage de terrain.

N’y pensons plus. Avançons. Jen en aurait pour une bonne partie de la nuit, à traverser quartiers et districts, jusqu’à la Frontière. Et elle devait se dépêcher. Elle espérait, un peu vainement, que son voyage ne fût pas inutile. Qu’elle pourrait obtenir un entretien avec ce mystérieux Esteban. Et trouver des réponses. Toujours des réponses.

Cela faisait un temps qu’elle n’avait pas conduit de voiture. Elle se revoyait une heure plus tôt, se précipitant chez un loueur, quémandant un modèle plutôt récent, datant des années 2000 ou 2010, sur présentation de sa carte du SOR. Comme quoi son boulot pouvait ouvrir des portes. En l’occurrence ici, des portières d’automobile.

Pendant tout le trajet, l’esprit de la jeune femme oscilla entre une inquiétude extrême et des pensées échappatoires sans grand sens logique. La route qui la menait à l’Enfer qu’elle avait entraperçu devenait de plus en plus morne, de plus en plus sombre et dévastée. Les phares à la lumière blafarde éclairaient une nuit toujours plus noire, un chemin qui semblait sans début ni fin.
Quelques fois, l’angoisse fut plus forte que tout. A plusieurs reprises, Jen dût essuyer du revers de la main une larme ou deux.




- Y a quelqu’un ? lança Orazio dans le vide, à tout hasard.

La pénombre dans laquelle était plongé le couloir menant à l’appartement de verre devenait oppressante. Mais ce silence et cette solitude apparente achevaient de le rendre inquiet, à l’affut. La nuit était à présent complètement tombée.
Seules les lumières des grattes-ciels agressifs au loin se reflétaient à travers les vitres de l’immeuble.

D’un geste rapide, Orazio se saisit de son appareil de communication de fonction, puis composa des coordonnées.

- Ici Orazio Perroni, au 117 boulevard Millarca, Quartier Ouest. Préparez-vous à ramener des renforts. Il faut sécuriser le périmètre. Terminé.

Ne trouvant pas l’interrupteur de luminosité, il actionna sa lampe-torche qui balaya les surfaces lisses du corridor.
Mon dieu. Il se serait cru au début de sa carrière. Seul, sur le terrain. Et personne pour le soutenir…

Après une dizaine de pas, il se retrouva enfin devant la porte recherchée. Il n’eut pas besoin de la crocheter : elle était entrouverte…
Orazio rangea son com, puis récupéra son arme, au cas où.
D’un mouvement à la fois délicat et ferme, il poussa le battant.
La lumière de sa lampe-torche, après quelques va et vient, se posa sur une silhouette allongée sur le sol, inanimée.

- Mon dieu…
Il se précipita vers la jeune femme aux cheveux roux et instinctivement, prit son pouls.
Son corps était encore composé de matière solide. Alors, calmant progressivement sa respiration, il prit la main fine et délicate du Maître-Veilleur entre les siennes.
Puis, tout doucement, il ferma les yeux, s’efforçant de se concentrer. Toujours les yeux clos, répétant les mêmes paroles chuchotées, il sentit peu à peu un fragment de sa force vitale se déverser dans l’anima de l’inconnue évanouie.



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   Réponse au Sujet 'Outremonde' a été posté le : 20/06/06 00:24
Les panneaux eux-mêmes se faisaient plus rares, mais Jen avait réussi à trouver son chemin. Elle se rapprochait peu à peu du bâtiment qu’elle cherchait ; elle l’apercevait se dressant dans la nuit de son oppressante présence. En réalité l’hôpital était composé de plusieurs constructions, dont la principale ressemblait à une sorte de manoir déshumanisé, d’un blanc-gris délavé et terni. On aurait dit un croisement irrationnel entre un manoir du dix-neuvième siècle et un immense bâtiment rectangulaire très froid et bétonné, ressemblant un peu à un bunker ou encore à une œuvre stallinienne.
Jen frissonna à la vue de ce tableau étrange et peu accueillant. Les secrets de la Périphérie n’étaient pas toujours réjouissants…

Après s’être garée sur un terrain vague à côté de l’établissement, elle éteignit ses phares, prit ses affaires avec elle et descendit de sa voiture noire. Elle ne savait au juste à quoi s’attendre.

La première chose qui la frappa en sortant de son automobile, fut le ciel. Celui-ci était comme coupé en deux. Au-dessus d’elle, toujours cette brume continuelle, et cette atmosphère qui oscillait entre le violet terne et une couleur qui se rapprochait d’un kaki sombre. Mais au loin, le ciel, l’air même, semblait différent, comme solide. Des colonnes d’obscurité opaque s’élevaient depuis le sol jusqu’à l’infini. L’horizon noirâtre qu’elle apercevait oppressait son cœur comme autant de promesses sordides.

L’Hôpital de Sainte-Croix était entouré de hautes grilles rongées par la rouille, dont l’extrémité se terminait par des pointes tordues. Un interphone métallique et des caméras placées un peu partout autour du bâtiment et incrustées dans les murs constituaient l’accueil de l’établissement. Respirant un grand coup plus par reflexe inconscient que par réelle efficacité, Jen s’avança vers l’entrée. Tout en rassemblant ses idées pour convaincre le personnel de la laisser pénétrer l’hôpital, elle appuya sur le bouton du microphone et attendit quelques secondes, avant qu’une voix grésillante plutôt sèche lui demande la raison de sa venue.

- Je m’appelle Jen Oslo, et je suis mandatée par Orazio Perroni, responsable du S.O.R. de L’Isle 4e district. Je suis venue pour m’entretenir avec un témoin. Je ne vous dérangerai pas longtemps.

A nouveau quelques secondes avant que la radio n’émette un autre grésillement.

- Je suis désolée mais le règlement est clair, répondit la voix. Un patient qui entre dans l’établissement ne peut avoir de contact avec l’extérieur que sous certaines conditions très strictes.

Jen ne put s’empêcher de soupirer. Elle détestait ce genre de barrières artificielles et bureaucratiques qu’elle rencontrait de plus en plus souvent.

- Ecoutez, vous avez reçu dans les dernières vingt-quatre heures un patient du nom d’Esteban Drainant. C’est lui et lui seul que je veux rencontrer. J’aurais voulu m’entretenir avec lui avant que celui-ci ne soit pris en charge par les services psychiatriques, mais on ne m’en a pas laissé le temps. Je suis venue ici aussi vite que j’ai pu.

- Vraiment, vous n’avez pas de chance mademoiselle. Le règlement dit que tout contact avec l’extérieur est impossible pour le patient dans les deux mois qui suivent le début du traitement. Lorsque notre service prend en charge un sujet, nous prenons soin à ce qu’il ne sorte pas de nos services avant qu’il ne soit réellement et totalement purifié.

Jen relâcha le bouton de l’interphone, avant de pousser un juron.
Elle leva la tête vers la caméra qui, de haut, la fixait de son œil mécanique. Elle sortit de sa poche sa carte de service, munie d’un hologramme représentatif, qu’elle brandit face à l’appareil de surveillance. Puis se retourna à nouveau vers la boite de métal.

- Je ne suis pas là pour faire une guerre de services, mais je ne pense pas qu’un responsable du S.O.R. serait ravi d’apprendre qu’on a refusé qu’une enquête importante avance, simplement pour une question d’une prise en charge qui a commencé il y a trois heures tout au plus, lâcha-t-elle en contenant son agacement.
- Mais…
- Quinze minutes, coupa Jen. C’est tout ce que je vous demande. Après… Après, Esteban sera à vous, au sein de votre service.

Son cœur se serra alors même qu’elle se rendait compte de ce qu’elle venait de dire. Elle serait peut-être la dernière personne à le voir tel qu’il est, avant qu’ils en fassent… Une autre personne. Avant qu’ils ne lui lavent l’esprit dans ces lieux fermés et secrets qu’aucun n’aimait approcher. Où donc l’avait menée cette enquête ? Comment avait-elle pu penser uniquement aux buts de son travail, à savoir extirper des informations à une personne avant que celle-ci ne se perde ?
Mais avant même que Jen ne put continuer ses reflexions, celles-ci furent interrompues par un long bip grésillant lui aussi, signe que la grille s’était dévérouillée pour la laisser entrer.

Elle poussa alors le lourd battant et traversa la cour parsemée de cailloux grisâtres et de poussière. La hauteur de l’imposant bâtiment semblait l’engloutir au fur et à mesure qu’elle avançait vers la grande porte de bois surmontée de barreaux. Les rares fenêtres de l’établissement étaient elles aussi recouvertes de barreaux. Il y avait quelque chose de monstrueux et de claustrophobique dans cet édifice qui donnait le frisson à quiconque s’en approchait.

Alors qu’elle avait presque atteint la porte, Jen sursauta lorsque celle-ci s’entrouvrit dans un grincement écrasant. Une silhouette en sortit : il s’agissait d’une femme habillée d’un blanc terne, un corps et un visage sans âges et les cheveux clairsemés tirés en arrière. Elle l’invita à entrer. Jen s’exécuta, non sans un sentiment de malaise de plus en plus intense.



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Nyxl

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   Réponse au Sujet 'Outremonde' a été posté le : 28/01/07 23:23
Bien, outre le texte pour le PLC 2006, ceci constitue, Swan, ton récit le plus récent au moment où je me fends de ce commentaire.

C'est très certainement ton texte le plus abouti, le plus mûr. Je ne suis pas friand des histoires policières, en temps normal. Mais le contexte, ici, ne l'est pas. Il y a toute une série d'éléments qui perturbent le canevas classique, à commencer par le fait qu'il s'agit de l'Outremonde, avec ses codes, ses règles.

Sans vouloir trop me répandre, je dirai que j'ai trouvé l'intrigue captivante et que mon imagination est en train d'explorer quelques pistes laissées en suspens, les connexions restées ouvertes, etc.

Envisages-tu de poursuivre ce récit ?


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Swan

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   Réponse au Sujet 'Outremonde' a été posté le : 29/01/07 19:18
Coucou Nyxl,
Merci beaucoup pour ton commentaire/dépoussiérage... Donc oui, je trouve que ce texte doit être ce que j'ai fait de plus abouti et celui dont l'univers a été le plus pensé. Moi non plus les polars c'est pas vraiment mon truc (d'ailleurs j'en lis jamais), mais le but était plus d'exposer l'univers que de faire une enquête "classique".

Sinon oui j'ai repris recemment le récit, j'en ai réécrit toute une partie (depuis le réveil de Melvina Casparian) car je trouvais que la première version (celle que vous avez lue) était mauvaise.
Une suite et une fin sont prévues, sinon ^__^


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   Réponse au Sujet 'Outremonde' a été posté le : 28/02/07 01:45
Voilà une version 2.0 des dernières pages qye vous avez lues (et qui ont donc été effacées de ce sujet du forum). J'envoie donc cette seconde version avant de vous livrer la "vraie" suite :)

***

Orazio frissonna. Il faisait froid dans cet appartement. Seul, à transmettre de son énergie à cette jeune femme inerte, il ressentait de la fatigue. De la lassitude peut-être.
Mais il devait se concentrer. Il continua à chuchoter ces paroles qu’on lui avait apprises des années auparavant.

Possible que cette langueur qu’il ressentait provenait de son transfert de force vitale… De réalité, devrait-on dire.
Il commença à trembler. Une pensée confuse vint à lui, il se demanda quand les renforts allaient arriver. Mais il chassa cette question de son esprit. Il arrivait presque à sentir un semblant de vie dans la main qu’il tenait entre les siennes…

Il sursauta lorsqu’elle ouvrit les yeux. Ses iris verts d’eau étaient froids, intrigants. Elle cligna plusieurs fois des paupières, regardant Orazio d’un air étonné, puis se redressa.

- Qui… êtes-vous ? souffla-t-elle.

Elle voulut s’asseoir mais ses forces lâchèrent, et l’italien la soutint d’un bras sous le dos pour éviter qu’elle ne touche le sol à nouveau.

- Doucement Maître, vous êtes encore sous le choc, murmura Orazio.

Elle posa sur lui un regard confus, tout en se massant le crâne. Ses longs cheveux roux étaient en bataille. Il voyait bien qu’elle essayait de garder un air digne malgré sa situation de faiblesse.
Il y avait comme une barrière entre eux. Plus forte que les barrières sociales ou temporelles. Elle semblait être tout simplement sur un autre plan que beaucoup d’autres. C’était peut-être cela qui créait parfois cette impression d’incompréhension auprès des personnes qu’elle croisait.

- Vous… Vous êtes bien Maître Casparian, je ne me trompe pas ? demanda l’enquêteur.
- Oui. Melvina Casparian. Et vous êtes…
- Orazio Perroni, Responsable du SOR de L’Isle 4e district.
- Merci d’être venu. Aidez-moi à me relever, je vous prie…

Il s’exécuta sans un mot. Elle était à présent assise à même le sol, et lui accroupi auprès d’elle.

- Que s’est-il passé ? osa demanda Orazio.

Durant un court instant, elle fronça les sourcils et ses traits se durcirent. Les lumières de la ville qui traversaient la paroi de verre de l’immeuble se reflétaient sur le teint livide de son visage lisse. Les ombres qui se dessinaient ne semblaient pas cohérentes.

- Je me rappelle… évoqua-t-elle d’une voix grave. J’ai été appelée ici après qu’un voisin ait entendu des cris. Je devais vérifier s’il s’était passé quelque chose de sérieux, alors que le SOR était aussi appelé dans le même temps… Je suis donc venue, j’étais seule, et… Je me souviens juste de la lumière. L’énergie que dégageait l’éthération était considérable. J’ai été aveuglée… Irradiée… Puis quand j’ai repris connaissance, j’étais avec vous.

Lentement et avec soin, elle s’appuya sur ses mains et se mit peu à peu debout. Orazio nota la grâce avec laquelle la jeune femme exécutait ses gestes. Une maîtrise de soi caractéristique des Maîtres-Veilleurs, et des Elevés spirituels en général. Il ne put s’empêcher de contempler tout cela en Melvina, qui semblait regarder dans le vide, tout près des murs de verre.

- Il se trouvait là, continua-t-elle. Anton Verenzio. J’ai entendu ses cris… J’ai ressenti sa terreur.

La main de la jeune femme parcourut l’air, esquissant une forme invisible. L’italien ne put s’empêcher de ressentir un immense respect envers Maître Casparian, qui dégageait une sorte d’aura de sagesse peu commune.

- Il n’était pas seul. Il y avait d’autres présences… Il y avait des chuchottements qui résonnaient, là, dans l’obscurité… Quelque chose de monstrueux.

Elle se tourna alors vers Orazio, et sembla le voir véritablement pour la première fois, émergeant de ses pensées.

- Ca me revient maintenant… Il n’y avait pas qu’une seule présence à part celle d’Anton… Il y avait une ombre, là… Une troisième personne. Mais je ne l’ai ressenti que d’une façon infime. C’était comme si elle avait été projetée ici, et qu’elle ne devait pas être là… J’ai été envahie par une vague de douleur, un vif sentiment d’impuissance… On m’a arraché… le cœur…

Elle fut prise d’un étourdissement soudain et dut s’appuyer contre le mur de plexiglas. Orazio se précipita vers la jeune femme, pour l’aider et la soutenir. Il voyait l’expression de détresse sur le visage de Melvina au fur et à mesure que les souvenirs revenaient à l’esprit du Maître-Veilleur. La gorge de l’italien se serra à cette vue. Une femme si spirituellement élevée, prise par une telle douleur…

- Je vous en prie, Maître Casparian… Vous devez vous ménager. Vous venez à peine de sortir d’un malaise…

Sur ce, la jeune femme rousse tourna la tête vers Orazio en hurlant d’une voix nerveuse :

- Vous ne comprenez pas !

Elle marqua une pause, se rendant compte de son état déstabilisé. Elle tremblait encore légèrement, et son regard vert transperça celui d’Orazio. Lorsqu’elle reprit la parole, ce fut sur un ton calme et triste.

- Veuillez m’excuser pour mon emportement… C’est que… Il y a tellement d’ondes dans cette pièce. Tout y est chaotique… Ce qui m’intrigue vraiment, c’est cette troisième présence… J’ai l’impression que cette personne pouvait voir ce qui se passait, mais les deux autres, Anton et puis… et puis cette chose monstrueuse… Eux ne la voyaient pas.

Orazio relâcha la jeune femme après s’être assuré qu’elle se sentait mieux. Puis il sortit machinalement sa pipe de la poche de sa veste. Il en parcourut les motifs du bout des doigts, comme pour stimuler sa réflexion.
Puis, d’un air un peu hésitant, il s’adressa à nouveau au Maître-Veilleur.

- Et… hasarda-t-il. Le nom d’Esteban Drainant… Cela vous dit quelque chose ?



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   Réponse au Sujet 'Outremonde' a été posté le : 04/03/07 13:41
tres bonne histoire l'intrigue est intéressante et les conditions spéciales et rêgles de l'outremonde qui ne sont pas definit (du moin pour moi) mais que l'on découvre au fur et a mesure en font une histoire passionante

le style est fluide et le CL varié, c'est un plaisir de lire cette histoire

J'espere lire une suite, ce serait dommage de ne pas continuer


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   Réponse au Sujet 'Outremonde' a été posté le : 04/03/07 23:03
Nb : Attention, vu que ce texte est sujet à moultes relectures fastidieuses, ce que je poste ici est susceptible d'être modifié et de ne pas être la version finale du récit...
Bonne lecture à vous !

***

Assise sur cette chaise d’acier vissée au sol, dans cette pièce de béton sans fenêtre truffée de caméras de surveillance, Jen attendait. Elle regardait l’homme qui se tenait en face d’elle. Assis lui aussi. Une tenue blanche réglementaire. Le tissu se faisait un peu grisonnant. Les menottes par lesquelles il était attaché à sa chaise étaient cachées par les manches de son habit et par la table métallique qui séparait l’enquêtrice et l’interné.

Pour une fois, Jen n’était pas mécontente de se trouver dans le monde des morts. Elle imaginait ce que serait une salle d’interrogatoire là-haut, dans un hôpital tel que celui-ci. Ca sentirait la *******e à plein nez.
Mais un hôpital aussi lugubre ne devait se trouver qu’ici. Battu par les vents et la poussière du désert qui avançait inexorablement et déplaçait peu à peu la Frontière mouvante.

Esteban Drainant ne disait mot. Son regard morne consistait en deux gouffres vides de toute expression. La pièce était glaciale.
Penchée devant cet homme anéanti, Jen attendait.

- Esteban… Pour la dernière fois, je vous en prie, répondez-moi. Je ne suis pas venue ici pour vous juger. Mais je suis là pour comprendre. Aidez-moi à comprendre ce qui s’est passé…

Rien à faire. Jen avait beau eu retourné la chose dans tous les sens, l’interné restait immobile. Elle ne le sentait même pas respirer. Il se contentait d’être là, tout en étant ailleurs. Il ne réagissait tout simplement pas.
Elle devait le faire sortir de sa catatonie. Quitte à le déstabiliser un peu plus… Jen décida de tenter le tout pour le tout. Même si elle n’était pas sûre de la piste sur laquelle elle s’engageait…

- Je vous en prie… Qu’avez-vous vu ? Qu’avez-vous vu lorsque… lorsqu’Anton a été détruit ?

Esteban cligna des yeux, et Jen en sursauta. Les pupilles semblaient moins dilatées lorsque les paupières se relevèrent.
L’agent du SOR frissonna quand elle perçut un gémissement sourd. Une sorte de bruit à moitié humain, coincé entre les parois d’une gorge trop serrée.
Cela dura près de trente secondes. Trente secondes durant lesquelles Jen observa, avec fascination et dégoût, l’interné essayer de se dégager de son mutisme. Il ouvrait la bouche à plusieurs reprises, mais rien d’intelligible n’en sortait. Un soudain éclair de lucidité et d’horreur traversa la jeune femme, lorsqu’elle se rappela l’image d’une Erin au visage ravagé, qui essayait de lui parler dans le songe de la nuit précédente. Cauchemar qu’elle avait pourtant essayé d’oublier…

- … An…ton…

Electrisée par ces syllabes enfin prononcées, Jen se pencha davantage vers son interlocuteur, essayant d’en recueillir chaque bribe de parole. Mais tout ce qu’elle voyait pour l’instant, était un changement dans le regard de l’homme. De l’ébêtement, de la paralysie, il passait à la douleur. Une larme solitaire roula sur sa joue droite.
Il semblait enfermé entre d’épais murs de silence. Elle le sentait partir à nouveau.

- Non, non, Esteban ! cria-t-elle affolée. Revenez ! Revenez vers moi… Par pitié… Faites-le pour lui… Faites-le pour Anton… Je dois empêcher que ça ne recommence…

Elle fronça les sourcils lorsqu’elle s’aperçut avec surprise que sa main avait atteint le bras de l’interné. Que sans s’en rendre compte, elle s’était levée dans sa précipitation, s’était penchée vers Drainant au-dessus de la table et avait placé son visage juste en face du sien. Juste en face de ses yeux vides.

Il baissa à nouveau les paupières, plus lentement cette fois, puis les releva.

- J… J-J’ai vu… murmura-t-il en claquant des dents.

Jen n’osa pas bouger. Encore tremblante et tendue, elle regardait l’homme se débattre avec lui-même. Elle se rendait compte à présent à quel point elle s’était plongée dans cette affaire, et se demandait à quelle profondeur cela allait s’arrêter.

- J’ai vu… reprit-il en regardant Jen distinctement. J’ai vu… Anton.

En prononçant cette phrase, une foule de souvenirs et de sensations sembla le submerger à nouveau. Son visage se creusa, se déforma sous le coup de la souffrance. Des sanglots se formèrent dans sa gorge. Quelques larmes se déversèrent sur ses joues.

- J’ai… vu… Anton, souffla-t-il en se laissant aller à ses pleurs.

Ses yeux se fermèrent et ses épaules tréssautaient au rythme des spasmes de douleur.

- Il était… là… devant moi… Non… J’étais avec lui. Il…

Il releva les paupières et regarda Jen d’un air effondré.

- Il disparaissait. Sous mes yeux. Il hurlait de terreur, et mon cœur… Mon cœur se serrait tellement… Mais je ne pouvais rien faire, rien du tout.

La jeune femme, tout doucement, s’assit à nouveau sur la chaise métallique, en face d’Esteban. Le corps de Jen était devenu comme engourdi. Elle essayait d’imaginer ce que cela pouvait être, de sentir quelqu’un de proche disparaître devant soi…

- Esteban… Avez-vous vu autre chose ? Quelque chose qui pourrait m’aider à savoir ce qui s’est passé ?

Lentement, il hocha la tête. Il semblait s’être calmé. Pour le moment.

- Il y avait quelqu’un d’autre… Une femme, dans l’ombre… Elle chuchotait quelque chose. Elle… Elle répétait des choses que je ne comprenais pas… Mais Anton, lui… Anton ne la voyait pas. Moi, je la voyais.

Une femme, en projection psychique, en même temps qu’Esteban ? Etrange. Ces pouvoirs ne sont détenus que par des personnes assez Elevées. Jen se demanda pour la énième fois dans quoi elle s’était engagée en prenant cette enquête à son compte.

- A quoi ressemblait-elle ? Pouvez-vous me décrire cette personne ?

La seule réponse qu’elle entendit fut un cliquetis de métal qui lui glaça l’échine. Elle se rendit compte que ce bruit provenait des mains de l’interné. Ou plus exactement, de son poignet droit encerclé par des menottes. En forçant un peu, Esteban parvint à tendre sa main jusque ses genoux.
Instantanément, elle comprit où il voulait en venir. En fouillant dans son sac en bandoulière, elle fut soulagée d’y trouver un stylo ainsi qu’une feuille de papier vierge un peu chiffonnée.

Elle se leva et s’approcha de l’homme, voulant lui donner ce qu’elle avait entre ses doigts. Il secoua la tête.

- Ce n’est pas la peine, Mademoiselle Oslo.

Puis d’un léger signe, il désigna la table devant lui. Interloquée, Jen posa le matériel sur la surface d’acier.

Tout ceci n’était pas tellement réglementaire, et elle le savait bien. Un simple stylo pouvait devenir une arme en ce monde, et elle priait intérieurement qu’Esteban saurait contenir sa détresse et sa colère. Après tout, il avait réussi à achever un homme d’un simple regard… Elle devait faire confiance en ses capacités de psychologie afin de le calmer en cas de problème. Or cela faisait longtemps qu’elle n’avait rien appris de théorique là-dessus.

Mais à peine eut-elle le temps de se faire ces réflexions que des traits nacquirent sur le papier, de façon frénétique et déterminée. Fascinée, Jen observait l’interné regarder la feuille et le stylo avec une concentration extrême. Sous ses yeux, la pointe déposait l’encre sur le papier, sans que personne ne touchât l’objet. Celui-ci bougeait seul, se mouvant dans les airs sous les ordres mentaux et silencieux d’Esteban.

Peu à peu, et de façon rapide, une forme se distingua des traits dessinés. Un visage fin, un peu creusé, prit forme. Un regard à la fois perçant et terni, qu’on devinait gris. De longs cheveux en bataille. Une expression neutre, un aspect sans âge.
Mais ce fut lorsque la pointe du stylo s’arrêta sur le front que Jen fut médusée. Sans pouvoir rien faire, elle fut sidérée alors qu’elle voyait se dessiner clairement le symbole sur le front du portrait. Un signe qu’elle connaissait bien. Que tous, au sein toutes les Mégalopoles, connaissaient.

Affolée, elle voulut arracher le papier de la table, de peur que les caméras ne découvrent ce qu’il en était. Mais elle entendit une plainte d’Esteban lorsqu’elle se leva soudainement et se précipita pour le faire. Peu importe. Maître Mila avait bien dit qu’il ne lui restait que peu de temps avant que les Services Spéciaux ne s’emparent de l’affaire… Et les Services Spéciaux étaient partout.

Mais Esteban ne se laissait pas faire. La feuille restait comme aimantée à la table. Alors Jen se pencha sur le dessin, essayant d’obstruer le regard inquisiteur des caméras de surveillance. Dès que le symbole eût pris forme dans tous ses détails sur le portrait, Jen prit le papier qu’elle plia dans la hâte et remit au fond de son sac. Toujours debout, elle posa son regard sur l’interné, qui sembla émerger de ce qui avait ressemblé à une sorte de transe.
Il lui rendit son regard, dont elle ne comprit pas tellement l’expression. Elle se contenta de hocher la tête.

L’esprit de Jen était encore en pleine confusion. Ce qu’elle venait de voir donnait une toute autre dimension à l’enquête qu’elle menait. Le symbole sur le front du portrait, elle le connaissait ; il s’agissait du signe des Sentinelles. Les Sentinelles, chargées de la défense des Mégalopoles, de la Civilisation et de leurs Frontières… Ces guerriers spirituels, habitués aux garnisons les plus rudes, disposent d’un code propre qui les protége, qui dissocie leur Fratrie du reste de la société. Et chacun d’entre eux portent ce symbole sur le front, signe de leur appartenance. Que venait donc faire une Sentinelle dans cette affaire d’éthérations violentes ?

Mais elle ne pouvait pas s’attarder sur ces pensées pour l’instant. Il ne lui restait plus beaucoup de temps en tête à tête avec son témoin peu ordinaire… Déjà un infirmier toquait à la porte de la salle bétonnée pour la presser de sortir de la pièce, comme pour couper court à cet interrogatoire en dehors de toute considération de temps. Et pourtant, il fallait faire vite…


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   Réponse au Sujet 'Outremonde' a été posté le : 24/04/07 18:46
- Esteban ! s’écria Melvina Casparian, faisant sursauter l’italien.

Elle avait saisi le bras d’Orazio avec une force surprenante, presque désespérée.
Il commença à prendre peur. Le regard un peu fou de la jeune femme faisait des allées et venues entre un recoin de la pièce et le visage de l’homme.
Il n’osa plus rien dire. Son souffle, s’il en avait eu encore un, l’aurait empêché de prononcer la moindre parole. Maître Casparian était devenue instable. Elle était mue d’une telle énergie… Il savait que la moindre erreur qu’il ferait pourrait lui coûter l’existence. Il sentait à présent comme un anneau de métal lui enserrer le bras.
Mais il ne pouvait détacher son regard de l’expression illuminée de Melvina.

- Esteban ! répéta-t-elle frénétiquement. C’est… C’est son…




Il y avait toujours quelque chose que Jen ne comprenait pas dans cette situation.

- Esteban… dit-elle en hésitant. J’aurais une dernière question à vous poser.

Il se contenta de hocher la tête, ses yeux redevenant de plus en plus inexpressifs… A peine le portrait achevé que déjà Jen commençait à la perdre.

- Qui était Anton Verenzio pour vous ? lâcha-t-elle.

Elle n’eut pas le temps de réfléchir au sens de sa question car l’interné la coupa presque, la faisant sursauter.

- Il était tout ! cria-t-il d’une voix forte, pour se calmer ensuite. Il était moi. Nous n’étions qu’un ! Qu’une seule âme !

Elle se laissa pénétrer par ces paroles emplies de désespoir. Elle ferma les yeux.

- Je vous en prie, Mademoiselle Oslo… Aidez-moi à partir d’ici. Je veux disparaître. Sans Anton je ne suis rien… Je ne suis rien du tout.

Toujours les yeux clos, Jen put sentir des larmes chaudes couler sur ses joues. La douleur avec laquelle elle devait vivre chaque jour… La séparation… Tout cela remontait à cet instant même…

- Vous étiez des âmes-sœurs… dit-elle doucement. Vous étiez tous des âmes-sœurs…
- Aidez-moi… Ne me laissez pas là.

D’un revers de main, Jen effaça les traces de sa propre souffrance. Mais lorsqu’elle rouvrit les yeux, ceux-ci étaient rougis et encore humides.

- Je ne peux rien faire pour vous, Esteban… Mais vous connaissez les hôpitaux comme celui-ci aussi bien que moi. Vous savez ce qu’ils vont faire de vous.
- Oui… Oui, répondit-il, d’un ton serein. Et alors, je disparaîtrai.

Elle se mordit la lèvre inférieure pour ne pas craquer à nouveau. Elle frissonna quand elle entendit encore l’infirmier frapper à la porte, de façon plus insistante cette fois.

- Les quinze minutes sont largement écoulées, fit une voix étouffée derrière le battant.

Jen jeta un dernier coup d’œil à Esteban. L’interné restait à présent immobile sur sa chaise, le regard morne. Il avait replongé.

- Adieu Esteban, murmura la jeune femme avant d’ouvrir la porte de sortie.

Alors qu’elle se dirigeait vers le hall d’entrée de l’hôpital de Sainte-Croix, Jen ne se retourna même pas, répondant par monosyllabes aux employés de l’établissement qui cherchaient à savoir si tout s’était bien passé. D’un pas égal et un peu somnambule, elle franchit le seuil du bâtiment puis traversa la cour pour se diriger vers la voiture. Elle savait qu’elle était la dernière personne qui avait pu échanger des mots avec l’interné, qui sans doute était déjà transféré vers une chambre insonorisée pour ne plus en ressortir.

Ainsi se terminait le chemin d’Esteban Drainant, éminent Chercheur de la Voie Universelle et sur le point de découvrir une nouvelle méthode révolutionnaire de méditation transcendantale.




La route était encore plus noire qu’à l’aller, chose que Jen croyait pourtant impossible. Mais la jeune femme se focalisait à peine sur le tracé. Elle était trop plongée dans ses pensées, à ressasser à la fois les éléments de son enquête et les manques de sa propre vie.

Les yeux d’Esteban n’avaient été qu’un miroir. Elle se reconnaissait en lui, en sa souffrance. La séparation, elle la connaissait, elle la vivait chaque jour, essayant de l’occulter tant que possible.
Dans le monde des vivants, il est courant de dire que les morts veillent sur les leurs. Mais tout ceci n’est qu’un tissu de mensonge. Lorsque cette vérité frappa Jen de plein fouet, une boule de colère remonta en elle. Mensonges.
La séparation de la jeune femme d’avec son fiancé avait été brutale. Totale. Jen aurait dû l’oublier, oublier Thom, mais n’avait jamais pu le faire. Pas entièrement. Elle traînait depuis sa nostalgie avec elle, tout en occupant son esprit à mener des enquêtes.

Et voilà qu’une de ces affaires la renvoyait au point de départ. A la douleur qu’elle avait ressenti lorsqu’elle avait atterri dans le Grand Terminal, lors de son premier jour en Outremonde…

Mais il fallait qu’elle se reprenne, qu’elle reprenne le fil de l’histoire… Qu’elle assemble les éléments en sa possession. Elle se força à se reconcentrer.

Anton Verenzio et Esteban Drainant étaient deux âmes-sœurs, dont l’une avait été arrachée à l’autre. L’image d’Anna Ruben traversa soudainement les pensées de Jen. A chaque éthération, il y avait une autre personne à interroger, dont chaque réaction différait selon les cas. Et si Anna et Monsieur Do ainsi que les victimes correspondantes se superposaient à Drainant et Verenzio ? C’était l’idée qui l’avait traversée furtivement, dans la salle de l’hôpital…
Ainsi Jen enquêtait sur des couples d’âmes-sœurs détruits pour une raison encore inconnue. Et dire que la jeune femme croyait que ce concept n’était que folklore…

L’agent du SOR appuya brutalement sur l’accélérateur. Curieux. D’habitude elle ne conduisait pas comme ça. Mais elle était fatiguée… Si fatiguée. Elle roulait sur une route engloutie par l’obscurité et n’y voyait pratiquement rien… Mais elle devait continuer son raisonnement.

Anna Ruben était celle qui avait le mieux caché son désarroi. Son attitude étrange et renfermée dissimulait en fait une véritable peine. Mais l’attachement entre les êtres étant seulement toléré, elle pensait peut-être qu’il était mieux de ne pas révéler la relation qu’elle entretenait avec Nino Varanne. Quant à Monsieur Do… Son désespoir était explicite ; il s’était montré effondré après la disparition d’Erin, sa disciple.

Etait-ce là le seul but de ces éthérations ? Briser un lien fort entre deux âmes, de la pire façon qui soit ? Jen essayait de trouver autre chose. Un élément tout d’un coup l’interpella. En comparant Anna Ruben, Monsieur Do et Esteban Drainant, elle se rendit compte que tous trois étaient plus ou moins reconnus pour être assez élevés spirituellement, chacun dans leur domaine. Jen se demanda si l’unique but de ces atrocités était d’atteindre ces personnalités fortes.

Une secousse fit bouger la voiture. La route n’était pas en si bon état, et les pneux avaient dû souffrir un peu. Jen s’aperçut à quel point elle était épuisée. Elle conduisait de manière un peu automatique, comme si elle n’était pas vraiment là. Abrutie par la fatigue, prise d’un mal de tête soudain, elle réalisa que sa vision se troublait peu à peu, que ses yeux se fermaient de plus en plus souvent. Elle se sentait tellement vide…

Elle savait pourtant qu’elle devait se ressaisir, arriver au centre du SOR le plus vite possible. Le portrait qui se trouvait dans son sac était sa seule piste ; l’enquêtrice devait trouver qui était cette Sentinelle. Mais plus elle roulait sur ce chemin obscur, plus son esprit entrait dans un mélange d’images confuses et entremêlées.


Il se passa encore un temps indéterminé pendant lequel elle parcourut cette route déserte. Ses paupières se refermaient à intervalles rapprochés, mais son épuisement se révélait plus moral que physique. Ses membres étaient tendus et engourdis, comme pour traduire cette fatigue mentale qu’elle ressentait avec de plus en plus de pesanteur.
La lumière des phares qui tranchait la noirceur du décor finissait par donner mal aux yeux de la jeune femme. Une migraine s’était immiscée dans son cerveau il y avait de ça une demi-heure… Sans qu’elle ne s’en rende bien compte, sa vision commença à se troubler. Elle n’avait plus l’énergie pour comprendre ce qui lui arrivait.

A bout de forces, elle sombra dans les ténèbres.



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Les racistes, c'est comme les arabes : ça ne devrait pas exister. (Coluche)

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(Tout Pour Ma Gueule, Ca N'Arrive Qu'aux Autres, Jusqu'Ici Tout Va Bien)


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