Ajouter le Forum à vos Favoris
- - - -
Vous êtes ici : Forum Pen Of Chaos > Horreur sur le web > Littérature fantastique - BDs, Mangas, Comics ... > Nouvelles, essais, écrits divers d'entre nous > Outremonde
Sujet : 

Dernier Message - Message le plus récent
Ajouter aux favoris - Envoyer ce Sujet par E-Mail - Imprimer ce Sujet
Swan

Il suffira d'un Cygne...



-= Chaos Legions =-
Inscription le 02-04-02
Messages : 1135



Inconnu  Age : ???
Lieu de résidence :

Pourquoi vous regardez ca ?
   Outremonde a été posté le : 06/04/05 14:48
Et voilà, Swan a encore frappé ^__^
Ce monde-là me trottait dans la tête depuis un petit moment, après un passage à vide et un mal d'inspiration. Je viens juste d'écrire ce début de récit, mélangeant policier, fantastique, spirituel, parodie, glauque, horreur, psychologique, intrigues, drame, etc etc. En espérant que cela soit apprécié...
Comme d'hab', n'hésitez surtout pas à apporter vos critiques sur ce début.


***************************


« Bienvenue parmi nous.
Veuillez garder votre calme.
Vous avez été brillamment admis à demeurer dans l’Outremonde.
Veuillez garder votre calme et écouter avec attention les consignes qui suivent.
Ceci n’est pas un canular, ni une hallucination. Tout ceci est bien réel, et nous avons le regret de vous informer que vous êtes effectivement décédé. Mais la vie continue.
Ce que vous allez découvrir sera certainement très différent de l’idée que vous vous étiez faite de la mort. N’en soyez pas choqués et réjouissez-vous : la mégalopole de Lutecia est heureuse de vous accueillir en son sein, et s’occupe de tout pour que votre séjour vous soit le plus profitable possible.
A présent veuillez vous diriger vers les portes A, B et C, dans le calme, afin que nous puissions enregistrer vos informations personnelles.



« Bienvenue parmi nous.
Veuillez garder votre calme.
Vous avez été brillamment admis à demeurer dans l’Outremonde… »







***


- Jour 1 -


Ma vie s’est arrêté à 22 ans.
C’était l’automne.
C’était loin.
C’est supposé être loin, tout ça. C’est ce qu’ils nous disent tous.
C’est certainement pour cela que je me retrouve ici, dans ce qui ressemble à un appart’, à écrire avec un semblant de stylo noir, sur un semblant de cahier jauni. Peut-être que la couleur de ce papier provient d’une certaine nostalgie de ma part. Je n’en sais rien. Je devrais peut-être brûler tout ça. Ou même essayer de l’éthérer, tiens.

Quoi qu’il en soit, ce souvenir de vie me hante toujours. Ils essaient à tout instant de nous le faire oublier. Pour le bien de la communauté, ils disent. Cela fait plus de vingt ans que j’ai quitté mon monde pour m’installer dans celui-là, et pourtant ses yeux semblent encore être devant moi, comme un spectre bien vivant venu tourmenter une morte. Etrange, non ? Que les morts soient aussi affectés par leur départ que les vivants qui restent.
Thom a sûrement du refaire sa vie. Il ne m’a pas attendue, je le sais. On venait juste de se fiancer, après tout. Cela aurait du progressivement s’estomper dans ma mémoire. J’aurais du me concentrer sur moi-même, sur la quête que je suis, que nous sommes tous en devoir d’accomplir. Cesser de m’accrocher à ce que je suis, me/


Toc-toc.

Stupide bruit de phalanges sur une pseudo-porte. Jen ne prit pas la peine de soupirer. Avec soin et rapidité, elle posa son stylo, ferma son calepin et le glissa sous son matelas de mousse un peu entamé. Elle parcourut les deux mètres qui la séparaient de la porte d’entrée. Puis l’ouvrit.

- C’est gentil de prévenir de votre présence, patron, fit-elle avec une pointe de dérision lasse.

- Mais de rien, Jen, répondit l’individu en entrant dans l’appartement.

Il n’avait jamais bronché sur l’attitude parfois lunatique de Jen. Il s’était vite habitué à ce qu’il considérait comme des sautes d’humeur, qui selon lui n’avaient rien de bien méchant. Elle n’avait jamais été sarcastique au point de troubler le bon ordre de son travail.

- Un café, peut-être ? dit-elle d’une voix monotone. Avec un peu de chance, il doit m’en rester un fond…

- Non, merci, fit-il avec un léger signe de main. Au fait, ça ne te dérange pas, la fumée …?

Un geste de la tête accompagné d’un maigre sourire suffit de réponse. Orazio ne vit alors aucune gène à fumer de sa pipe, une odeur faible de plantes brûlées sortant d’un objet ouvragé et décoré de feuilles d’argent. La plupart des agents sous ses ordres se doutaient de l’origine de ce calumet que cet Orazio ne semblait jamais vouloir quitter : il l’avait certainement recréé pour son plaisir propre, après avoir du le laisser à son lieu d’origine. Le monde du Dessus. Ou le Niveau 0, comme certains aiment l’appeler. Pas très politiquement correct. Mais Orazio avait su faire ses preuves, et ce en très peu de temps.

Les pas des chaussures usées d’Orazio faisaient grincer les lattes de bois vermoulues de la pièce, elle-même plongée dans la lumière trouble de la lampe à pétrole, laissant s’étendre de grandes et longues ombres sur des murs jaunis, dépouillés et légèrement effrités.

Il enfonça sa main dans la poche gauche de son imperméable grisâtre et fatigué, tout en regardant Jen, assise en tailleur sur le petit lit vétuste. Le regard extrêmement clair de la jeune femme l’avait toujours intrigué. Comme par habitude, il s’éclaircit un peu la voix, faisant résonner ce qui lui restait de cordes vocales entre les quatre murs de l’appartement.

- J’aurais peut-être du attendre que tu viennes demain matin pour te prévenir, fit-il entre deux bouffées de pipe. Mais il y a du nouveau. Visiblement il ne s’agit plus d’un cas isolé. C’est plus qu’une simple disparition. Tu peux continuer cette affaire, ou je peux demander à quelqu’un d’autre de s’en charger.

- Il y a eu une autre victime, c’est ça ?

- Apparemment. Dans le Haut Quartier des Penseurs, cette fois-ci. On a retrouvé des traces au cinquante-troisième étage d’un de ces immeubles de verre comme il y en a dans cette partie de la ville. Mais avant que tu puisses y aller ou non, je veux savoir si tu es d’accord pour continuer cette affaire.

- Pourquoi cet avertissement ? demanda Jen, les sourcils un peu froncés.

Elle décroisa les jambes, s’appuya de ses mains sur le bord du lit, ce qui fit hausser ses épaules.

- Parce que ce n’est sûrement pas une affaire banale, répondit-il après un léger soupir. Il est possible que ces deux affaires n’aient aucun lien entre elles. Mais j’ai le sentiment… l’intuition que ce lien existe. Et que ce qui débute ici a une plus grande envergure que quelques disparitions égrenées çà et là. Ca te fera sûrement des heures sup’… Et au-delà de ça, tu n’as jamais eu de grandes affaires. Il est possible que celle-ci soit une grande affaire en devenir…

- Je sais que votre intuition ne vous trompe que rarement. D’un autre côté, je n’ai pas grand-chose à perdre.

- Ne parle pas comme ça, Jen. Tu es encore jeune, ici. Un esprit, une âme… appelle ça comme tu veux… a une importance, tu peux me croire. Que l’on soit en vie, ou non. Ne prend pas cette affaire par ennui.

- Je ne prend pas cette affaire par ennui.

- Tu t’en occupes, alors, si je comprend bien ?

Jen leva les yeux vers Orazio. La lumière de son regard fut arrachée à la pénombre par la lueur de la lampe. Elle entrouvrit les lèvres.

- Oui.


***********************

J'ai déjà une petite idée de ce qui pourrait suivre, mais rien n'est vraiment planifié. L"interêt, étant surtout de mettre des personnages en scène dans un monde qui me paraissait interessant.


Dernière mise à jour par : Swan le 14/12/05 21:07

--------------------
Les racistes, c'est comme les arabes : ça ne devrait pas exister. (Coluche)

Propriétaire et inventrice des concepts suivants : TPMG, CNAQA, JITVB
(Tout Pour Ma Gueule, Ca N'Arrive Qu'aux Autres, Jusqu'Ici Tout Va Bien)


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Gwendal

Sans qualité.



-= Chaos Legions =-
Inscription le 26-01-02
Messages : 2471



Homme  Age : 38 ans
Lieu de résidence : Rennes

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Outremonde' a été posté le : 10/04/05 15:08
J'aime énormément le style d'écriture...ca donne une imperssion de pesanteur mais de légèreté aussi enfin je vois pas trop comment dire...

vivement la suite


--------------------

Citation :
y vaut mieux ça que le contraire, hein !


© tiltizz


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Swan

Il suffira d'un Cygne...



-= Chaos Legions =-
Inscription le 02-04-02
Messages : 1135



Inconnu  Age : ???
Lieu de résidence :

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Outremonde' a été posté le : 13/04/05 18:11
Merci pour vos gentilles remarques ^__^
Je poste ici la suite.
J'écris en même temps que je construis l'histoire, ça fait longtemps que ça ne m'était pas arrivé. J'ai tout de même quelques petites idées interessantes pour la suite ainsi qu'une idée de fin assez amusante... Enfin selon les points de vue, naturellement ;)
Bonne lecture !


***************************


L’air pensif, Orazio tira de nouveau une bouffée de tabac parfumé, le regard dans le vide. Il émergea soudain de sa rêverie, adressa un sourire un peu paternel à Jen, puis sortit de sa poche un morceau de papier légèrement chiffonné, qu’il glissa sur la petite table de bois râpé.

- Voici l’adresse, Jen. Tiens-moi au courant demain soir. Et bon courage.
- Merci.

Après un signe de tête en guise d’au revoir, Orazio tourna sur lui-même, se dirigea vers la porte fermée, puis la franchit.

Quelques minutes plus tard, une jeune femme en veste sombre sortit d’un immeuble froid et délabré, pour s’enfoncer dans le brouillard continuel de la nuit.



- Au 21 rue Voltaire, s’il-vous plaît.

Elle ferma la portière de la voiture, heureuse d’avoir pu trouver un taxi aussi rapidement. Le conducteur, une casquette vissée sur la tête, était moustachu et habillé d’une redingote plutôt vieillotte, aux yeux de la jeune femme. L’automobile démarra non sans bruit, et les passants purent voir parcourir sur la route goudronnée une voiture du début du vingtième siècle, date à laquelle les premiers véhicules motorisés personnels faisaient leur apparition.

L’automobile ne roulait pas particulièrement vite, mais Jen savait que de nombreuses personnes de Lutecia portaient une certaine affection envers ce genre de véhicule, qui restait en nombre assez important dans la circulation. Les diligences à cheval étaient moins nombreuses mais coûtaient plus cher, surtout auprès d’une frange de la population assez haut-placée pour avoir de l’influence, mais pas assez pour pouvoir se passer de quelques éléments spécifiques à leur ancienne époque.

Jen avait du s’habituer à la cohabitation avec des personnes extrêmement diverses, dont les différences de culture n’étaient pas seulement géographiques ou sociales, mais temporelles. Plus qu’au Niveau 0, le Niveau –1 semblait regorgé de références au passé, marqué par des anciennes traditions et croyances, qui étaient pourtant d’actualité dans tout l’Outremonde. De cela pouvait découler nombres de désagréments, comme l’acceptation de la part de certaines personnes d’un rôle plus important pour les femmes dans le bon fonctionnement du Niveau –1.

Le conducteur de taxi ne parlait pas beaucoup, se contentant de fumer nonchalamment son cigare, comme si celui-ci pouvait véritablement lui procurer le même plaisir qu’il pouvait ressentir de son vivant. Beaucoup de semi-morts gardaient de vieilles habitudes pro-mortem, considérées la plupart du temps comme des tics ou des troubles du comportement, mais ces petits cas-là étaient si nombreux que les nombreux psychiatres, confesseurs, mages ou rationnalisateurs gouvernementaux ne pouvaient les traiter tous. Cependant, même si presque tous les citoyens avaient conscience de ces tics ou mauvaises habitudes et avaient parfois tendance à les banaliser, le gouvernement de Lutecia ne pouvait se résoudre à les considérer comme officiellement bénins.

Le paysage défilait doucement derrière les vieilles vitres de l’automobile. Il ne pleuvait jamais dans l’Outremonde. Cela manquait presque à Jen, tiens. La bonne vieille odeur de pluie sur l’herbe. Tout n’était que pierres et béton, ici. Le tout, recouvert d’une brume épaisse et sombre, dans des tons ocre et noir, qui donnait une atmosphère nocturne à n’importe quel moment, qui rendait le ciel trouble et définitivement inaccessible.

Les passants étaient peu nombreux, leur démarche était lente, presque pesante. Certains avaient le dos légèrement courbés, d’autres avaient le pas hésitant et les mains dans les poches. La plupart avaient la tête couverte, sans doute par tradition, ou peut-être par une peur stupide et inconsciente, celle de l’inconnu dissimulé par la sombre brume, cet inconnu qui les séparait du monde auquel ils appartenaient autrefois. Jen se souvint de divers bouquins proclamés scientifiques ou théologiques, traitant de cet étrange brouillard. Plusieurs théories avaient été avancées : celui-ci cacherait un soleil trop puissant pour les futurs ectoplasmes que sont les résidents d’Outremonde, ou il s’agirait d’un voile filtrant les esprits voulant revenir dans le monde des vivants. Certains attribuaient à ces sombres nuages l’origine de cette odeur âcre, lourde et insidieuse qui s’immiscait et se faisait lentement oublier dans l’atmosphère de tout l’Outremonde, tout en y restant toujours présente, comme un arrière goût doucereux à l’arrière d’un palais râpeux. Quoi qu’il en soit, cette épaisse brume semblait empêcher l’existence de toute lumière pure. Tout dans l’éclairage était trouble, indirect, froid et hésitant.

Sans qu’elle s’en rendit bien compte, le véhicule s’arrêta, les passants cessèrent de défiler, mais les pensées de Jen continuaient à se succéder dans son esprit, comme une danse lente, improvisée et pourtant maîtrisée.

- Cela vous fera…

Jen cligna des yeux à deux reprises, semblant reprendre ses esprits.

- Mademoiselle …?
- Euh… oui. Excusez-moi. Vous disiez ?…

Petit sourire soulevé d’une moustache poivre et sel, rehaussé d’une pointe d’irritation.

- Eh bien, j’aimerais repartir assez vite… Ca met un bout de temps, ces choses, à démarrer…
- Bien sûr.

Elle sortit de sa sacoche la somme demandée, qu’elle avait inconsciemment enregistrée dans sa mémoire durant sa rêverie. L’air légèrement étonné, le conducteur reçut la monnaie, et laissa partir Jen en direction de l’adresse qu’elle avait indiquée.



Dernière mise à jour par : Swan le 13/04/05 18:15

--------------------
Les racistes, c'est comme les arabes : ça ne devrait pas exister. (Coluche)

Propriétaire et inventrice des concepts suivants : TPMG, CNAQA, JITVB
(Tout Pour Ma Gueule, Ca N'Arrive Qu'aux Autres, Jusqu'Ici Tout Va Bien)


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Swan

Il suffira d'un Cygne...



-= Chaos Legions =-
Inscription le 02-04-02
Messages : 1135



Inconnu  Age : ???
Lieu de résidence :

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Outremonde' a été posté le : 14/05/05 16:05
Enfin, j'ai pu m'y remettre (tout en sacrifiant une p'tite séance de shopping, bouh :(). Toute contente, je suis. Je vous soumets tout ça.


**********************


Jen devait vraiment être perdue dans ses pensées pour ne pas avoir remarqué de suite l’endroit dans lequel elle se trouvait, et surtout l’atmosphère qui y régnait. Plusieurs voitures d’aspect très différents, mais en grande majorité assez recentes, étaient garées autour de l’immense immeuble, respectant un périmètre de sécurité décrit par ces vieillotes et éternelles bandes jaunes symboliques.

Deux gardes habillés de noir filtraient l’entrée du haut bâtiment, et les habitants de l’immeuble, tantôt étonnés, résignés ou affolés, rentraient plus ou moins vite à l’intérieur, en direction de leur appartement. D’autres personnes gardaient le-dit périmètre, ordonnant aux innombrables badaux curieux de passer leur chemin. Jen s’en fraya un parmi la foule circulant comme au ralenti, sortit sa petite carte holographique et la montra aux gardes, qui la dirigèrent vers ceux postés devant la porte d’entrée.

- Jen Oslo, des services de l’Ordre.
- Ah, très bien. Dépêchez-vous d’entrer, la Mémoire va bientôt cesser d’imprimer.

Le garde de l’entrée lui laissa le passage libre. Tandis qu’elle courut en direction des ascenseurs, elle put entendre résonner la voix du garde :
- Cinquante-troisième étage, mademoiselle !

Les portes automatiques de l’élevateur s’ouvraient déjà devant elle.
- Cinquante-trois, énonça-t-elle clairement.

Les portes se refermèrent et Jen sentit à peine une légère secousse lorsque la machine se mit en marche.

L’immeuble était plongé dans une lumière terne, diffuse et lacunaire. Possible que des économies d’énergie aient été faites, compte tenu de ce qui venait de se produire. Malgré la certaine hauteur de l’édifice qui laissait supposer son manque d’ancienneté, les murs étaient comme défraîchis, parcourus par endroits de fines lézardes. Tout cela était du à l’altération, assurément. Tout l’univers reconstruit par les pensées communes était comme recouvert d’un filtre altérant le monde, sans que l’on sache réellement pourquoi ; il s’agissait en tout cas d’une constante du Niveau -1.

Jen parcourut le couloir principal, se terminant par une branche en T. Elle bifurqua sur la gauche, s’enfonçant dans une obscurité plus profonde. Les zones d’ombres s’étendaient sur le sol et les murs, et des murmures furtifs résonnaient au fond du corridor.

Lorsqu’elle arriva au bout du couloir, ce fut pour voir la porte entrouverte d’un appartement, le 511, qui donnait sur une pièce où une lumière diffuse éclairait faiblement trois silhouettes, dont une accroupie, plus petite que les deux autres.

La jeune femme évita de frapper à la porte afin de ne pas rompre le processus d’enregistrement de la Mémoire. Elle poussa légèrement le battant, essayant de faire le moins de bruit possible. Deux hommes se tenaient debout. Le plus jeune, un brun vêtu d’une redingote sombre, fouillait méticuleusement quelques papiers que renfermait un secrétaire de bois vieilli, tout en veillant à ne pas rompre le champ de vision de la Mémoire. L’autre, les bras croisés, surveillait du regard une fillette accroupie. Habillé d’un blanc un peu terne et poussiéreux, il jetait parfois un rapide coup d’œil sur une sacoche de cuir râpé qui se trouvait à ses pieds.

- Tu peux t’asseoir, si tu veux, articula la voix cristalline de la petite fille.

Les gestes de l’homme à la redingote s’interrompirent comme par reflexe, et Jen put sentir une légère crispation de la part du médecin décati.

La jeune femme se pencha alors délicatement vers le visage de la fille, tout en prenant garde de ne pas troubler son regard précieux.

- Je ne voudrais perturber ta vision rare, répondit Jen d’un ton le plus doux possible.

Jen sentit deux regards se poser sur la scène dont elle faisait partie. Elle décida d’en faire abstraction.

- C’est bientôt terminé, dit la fillette, les yeux toujours rivés sur du vide. Donne-toi une chance. Une toute petite chance. Viens…

Sans un mot, Jen s’assit en tailleur à côté de la petite fille, dont les boucles dorées un peu ébourriffées contrastaient avec l’expression sérieuse et concentrée de son visage.
Un peu décontenancée, elle ne savait que faire, immobile et dans une semi-pénombre, assise dans les lieux d’une éthération. Ce que lui avait suggéré la fille n’était pas de l’ordre du possible.
Elle savait parfaitement que cette enfant qui se tenait assise à côté d’elle avait subi bien des stades d’évolution de la conscience. Bien peu étaient capables de percevoir les dernières mémoires des morts avant que ceux-ci ne soient éthérés. Ce don était terriblement précieux mais également un lourd fardeau à porter : la négation de soi-même en ses derniers instants est quelque chose de difficile à supporter en tant que spectateur impuissant.

« Donne-toi une chance… »
Cette fichue raison. C’était toujours à celle-ci que Jen se raccrochait, même si elle savait très bien que le bon sens avait de moins en moins d’importance au long de cet itinéraire mystérieux que chacun, selon les directives, avait le devoir de prendre. Encore une fois, elle essaya d’en faire abstraction.

Elle prit une grande respiration, une respiration supplémentaire et factice, avant de fixer un point dans le vide devant elle. Elle refreina tant bien que mal ses pensées, celles qui lui disaient ce qui était possible et ce qui ne l’était pas. Elle se rappela ses trop rares séances où elle tentait de méditer dans le calme relatif de sa petite chambre. Mauvaise élève, va. Elle refreina son début de culpabilité, ignora ce qui l’environnait. Il n’y avait qu’elle, et le point de vide. Et une présence calme et positive sur sa droite. Un catalyseur.

Le temps sembla se distordre, la lumière s’atténuer davantage. Elle attendit, les membres de plus en plus engourdis, l’esprit de plus en plus fatigué à force de se concentrer. Son regard s’affaiblissait autant qu’il s’ouvrait sur tout autre chose. La respiration de Jen semblait se ralentir, se comprimer, sans que cela ne l’affectât.

Puis brusquement, sans qu’elle ne s’y attende, elle crut apercevoir quelque chose. Une sorte de reflet translucide et bleuté, une lueur à la forme courbe et inachev//

- Vite ! cria une voix qu’elle ne reconnut pas, aide-moi à la tenir !

Emergeant d’une sorte d’hallucination, Jen cligna des yeux plusieurs fois, encore en proie à une confusion générale. La lumière pourtant diffuse de la pièce où elle se révéla se trouver la prit de surprise et lui éblouit les yeux, qu’elle ferma en se crispant, avant d’essayer de les rouvrir pour savoir ce qui se passait. Les bruit environnants, les voix, résonnaient dans son esprit et lui déchiraient les tympans. L’agitation soudaine dans l’appartement contrastait tellement avec l’état d’engourdissement dans lequel elle se trouvait qu’elle dut attendre au moins une minute avant de se rendre compte de ce qui se déroulait pourtant tout à côté d’elle.

Lorsqu’elle put ouvrir les yeux à nouveau, ce fut pour voir un petit corps secoué de tremblements, les paupières à demi-closes, dont les maigres poignets étaient tenus fermement par deux mains carrées et visiblement masculines.

- Qu’est-ce que… Qu’est-ce que vous faites ? prononça difficilement Jen d’une voix enrouée.

Elle fut soudainement prise d’un mal de ventre aigu, une douleur qu’elle n’avait que peu ressentie depuis sa mort. Instinctivement, elle replia son dos, les avant-bras joints contre son corps.

- On la remet en état, répondit rapidement l’homme à la redingote, qui tenait la fillette immobile.

Derrière lui, dans la pénombre, le médecin remplissait une seringue d’un liquide froid et transparent.

- Ne vous inquiétez pas, dit-il, ce sont des choses qui arrivent quelque fois. D’où ma présence.

Il s’agenouilla devant l’enfant prise de faibles soubresauts, puis lui enfonça l’aiguille dans le bras, avant d’injecter le produit médicinal. Quelques secondes plus tard, elle semblait déjà moins secouée.

- Voilà, je pense que ça devrait la calmer, dit-il. Elle va vite se rétablir. De toute façon, si elle avait été perturbée de manière plus grave, elle l’aurait manifesté avec des moyens bien plus forts. Elle n’a pas toujours eu cette apparence, vous savez. Je travaille avec elle depuis pas très longtemps, mais en tout cas depuis assez de temps pour savoir ça. Au fait, mon nom est Natan Truman. Et le votre ?

- Jen Oslo. Je suis venue pour…
- …Pour l’enquête. Oui, je me doute bien. Vous avez dû être étonnée de nous voir déjà sur place, mais comprenez bien qu’une Mémoire n’attend pas…
- Je comprend tout à fait.

Après avoir lâché la fillette redevenue immobile, l’homme à la redingote se leva, essuyant la paume de ses mains sur son pantalon anthracite.

- J’espère en tout cas que ce n’est pas cette « communion des esprits » qui l’a perturbée, dit-il d’un ton assez métallique. Vous avez pu voir quelque chose, au moins ?

Jen fronça un peu les sourcils, avant de s’appréter à répondre :
- C’est que…
- Ne soyez pas fâchée, Miss Oslo, interrompit Truman. C’est que Maître Mila est une personne très précieuse, et même si sa force d’esprit est absolument inestimable, Mister Deleforge prend son travail de garde du corps et d’enquêteur très au sérieux.
- Je vois, répondit Jen. Je ne suis pas fâchée.




--------------------
Les racistes, c'est comme les arabes : ça ne devrait pas exister. (Coluche)

Propriétaire et inventrice des concepts suivants : TPMG, CNAQA, JITVB
(Tout Pour Ma Gueule, Ca N'Arrive Qu'aux Autres, Jusqu'Ici Tout Va Bien)


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Swan

Il suffira d'un Cygne...



-= Chaos Legions =-
Inscription le 02-04-02
Messages : 1135



Inconnu  Age : ???
Lieu de résidence :

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Outremonde' a été posté le : 23/05/05 17:03
Le silence retomba peu à peu, et les trois regards étaient posés sur le corps, ou la représentation de la fillette. Marcignac s’accroupit à nouveau, et essaya de prendre le pouls de son employeuse d’un geste quasi-automatique. Ses doigts ne rencontrèrent que du vide. Il leva la tête vers le médecin et l’agent, puis se releva.

- Qu’est-ce qu’on fait ? fit Jen.
- Eh bien je suppose qu’il faut rester en attendant que Maître Mila se rétablisse, répondit le veilleur. La déplacer serait inapproprié. Au fait, je ne me suis pas présenté en personne, Mademoiselle Oslo. Je m’appelle Hector Marcignac.
- Ravie de…
- Elle reprend connaissance, coupa Turman d’une voix douce.

Les paupières de la petite fille papillonèrent doucement tandis qu’elle reprenait conscience. Hector fut le premier à s’accroupir devant elle. Jen resta debout, encore intriguée par cette expérience de méditation un peu spéciale.

- Combien de… prononça Mila d’une voix encore un peu faible. Combien de temps…
- Tout va bien, Maître, répondit Marcignac avec respect.

Il l’aida à s’asseoir, devant s’y reprendre à plusieurs fois lorsque ses mains traversèrent le corps à demi éthéré de l’enfant.

- Je suis restée longtemps inconsciente ?
- Cinq minutes au plus, répondit Jen. Est-ce que tout va bien ?
- Je…, reprit la fillette. Tu l’as vu toi aussi, n’est-ce pas ? J’ai cru à un moment que…
- Non, je suis désolée… Je n’ai pas pu… Ou peut-être, juste une lueur.

Mila lança aux deux hommes un regard un peu inquiet, avant de se tourner vers Jen.
- Cette lumière… Cette intense lumière… Elle m’a éblouie, jusqu’à en devenir insoutenable.

Pour se lever, elle s’appuya sur Marcignac avec ses mains, visiblement rematérialisées et parfaitement contrôlées par elle. L’enfant mesurait bien soixante-dix centimètres de moins que les autres occupants de la pièce ; pourtant, elle semblait dominer la situation du haut de ses un mètre vingt, sondant de son regard perçant le moindre geste de chacun.

- Pardonnez ma hâte, fit le garde du corps, mais… Est-ce que vous vous rappelez de ce que vous avez vu ?

Mila baissa les yeux, ses yeux d’un gris presque transparent, puis se tourna vers Jen.

- Je ne pourrai pas oublier, répondit-elle presque à regret. Nino… Nino Desmet s’est… a bien été éthéré. J’ai fait mon possible pour retenir tous les détails, pendant que la scène se répétait. Lors de la dernière phase de la Mémoire, il arrive que l’âme disparaisse pour de bon en produisant une certaine quantité d’énergie visible par les Veilleurs. Mais cette fois-ci… C’était bien trop fort. L’anihilation s’est faite de façon assez violente…

- Sauf votre respect, vous devriez vous reposer, suggéra Jen.
- Ca devrait aller, répondit Mila. Je crois que je vais quand même rentrer chez moi. Votre patron, Orazio je crois, te donnera mes coordonnées. Je pourrai te parler de l’enregistrement plus en détails, quand tu en auras besoin. Oh, j’oubliais, vous autres du S.O.R. devriez avoir tous les renseignements en main, y compris mon identité et mon adresse.

Mila marcha lentement vers la sortie de l’appartement, accompagnée de Marcignac, qui avait une main portée sur sa ceinture, recouverte par les plis de sa redingote noire. Natan, quant à lui, rangea son matériel dans la sacoche de cuir, où régnait un désordre assez déroutant.

Au moment de franchir le seuil, la fillette se retourna une dernière fois :
- Au fait, Jen Oslo… Merci d’avoir été avec moi. Autre chose, aussi… Avant de s’anihiler, Nino a prononcé un nom… Anna.
- Merci à vous, répondit Jen.

Bientôt, la voiture de Mila garée non loin de l’immeuble démarra pour aller au Quartier Ancien. Natan partit également rejoindre son foyer, un appartement à l’architecture début XXème. Quant à Jen, fouillant quelques papiers et autres photographies, elle ne mit pas longtemps à trouver qui était cette fameuse Anna.


***


- Jour 2 -


Comme chaque matin… Comme chaque matin, ses tympans furent déchirés par la sonnerie stridente et répétitive, et son esprit embrumé comme arraché de ses rêves pour revenir dans la froide réalité.

Une main fine et moite tatonna le plancher, à la recherche de cet objet tréssautant à chaque cri mécanique et rouillé. Son index s’arrêta sur un gros bouton métallique. Stop.

Quelle idée d’avoir choisi un vieux réveil du milieu du XXe siècle pour son appartement. Mais elle n’avait trouvé aucun autre moyen pour émerger de ses rêves confus, rêves enchevêtrés dans lesquels elle finissait par s’enfonçer de plus en plus, depuis que le fil de sa vie avait été sectionné. Elle défit sa couverture molle, qui découvrit alors un semblant de corps pâle recouvert d’un débardeur d’un blanc grisâtre, et d’un short couleur cendre.
Son pied nu atteignit facilement le plancher instable, le lit vétuste étant très près du sol dépouillé. Le reste du corps suivit.

Pas le temps de se laver. Cela servait de moins en moins, de toute manière. Un peu comme déguster des caramels mous connus de sa seule enfance. Cela servait juste à alimenter une nostalgie néfaste. Néfaste pour la Haute direction.
Certains, par contre, avaient pour habitude de se confesser tous les deux jours, si ce n’était chaque jour. Une autre façon de se purifier. Une nouvelle hygiène de vie, à laquelle Jen ne comprenait pas grand-chose.

Elle se contenta de se débarbouiller devant son vieux lavabo. Le miroir, ou plutôt le morceau de miroir accroché au-dessus était tellement délabré que Jen ne pouvait y voir qu’une partie de son visage.
Mais elle ne prit même pas la peine de s’y mirer.
En deux enjambées, elle se retrouva devant la chaise en bois et osier où était déposé avec négligeance une petite pile de vêtements défaits et un peu froissés. Elle prit à la va-vite un pantalon et un débardeur sombre, les enfila rapidement et sans ménagement.
Elle ne prit pas le temps d’attacher ses cheveux bruns, entre le court et le mi-long. Elle se contenta de chausser des vieilles bottines en cuir, et de prendre sa veste sombre et son sac tout en sortant de son appartement miteux.




Dernière mise à jour par : Swan le 14/12/05 21:09

--------------------
Les racistes, c'est comme les arabes : ça ne devrait pas exister. (Coluche)

Propriétaire et inventrice des concepts suivants : TPMG, CNAQA, JITVB
(Tout Pour Ma Gueule, Ca N'Arrive Qu'aux Autres, Jusqu'Ici Tout Va Bien)


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Swan

Il suffira d'un Cygne...



-= Chaos Legions =-
Inscription le 02-04-02
Messages : 1135



Inconnu  Age : ???
Lieu de résidence :

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Outremonde' a été posté le : 21/06/05 19:32
- Demandez un numéro du Central ! Demandez un numéro du Central ! Dossier spécial : « La progression des Chimères , conséquence des immigrés ? » ! Demandez le numéro du Central !

Le garçon, éternel défunt vêtu de rouge délavé, se tenait à l’angle de la rue, continuant à clamer les gros titres. Certains s’arrêtaient pour payer l’adolescent en échange de quelques informations bien agencées. La plupart passaient leur chemin.

Le regard un peu vague, Jen se dirigea vers la station de tram, qui se trouvait deux pâtés de maison plus loin. Elle monta les escaliers, le bruit de ses bottines rejoignant le rythme continu et irrégulier des autres pas contre le métal bruni et alvéolé.
L’attente sur le quai ne fut pas longue.

Elle trouva une place assise dans le wagon à moitié rempli. Elle ne regardait pas les gens, les gens ne la regardaient pas. Les lampes réparties de façon régulière émettaient une lumière faible et incertaine. Le tout était plongé dans des tons tamisés, comme à travers un filtre terne de couleur marron-ocre. Trois stations plus tard, Jen quitta la rame.
Puis se dirigea sans attendre vers l’antenne du Service de l’Ordre.



Les lettres « S.O.R.» surplombaient l’entrée du bâtiment fait de briques sales et cramoisies. Jen franchit le seuil de la double porte de l’entrée, surmontée par l’œil soupçonneux et mécanique de deux caméras. Le carrelage que Jen foulait était fait de motifs de mauvais goût et de couleurs criardes repassées qu’elle avait vite oublié de remarquer.

Après avoir traversé le hall d’accueil, elle se dirigea vers son bureau séparé des autres par une maigre cloison symbolique. Elle déposa son sac en bandoulière au pied de la table de travail puis se dirigea vers les escaliers menant aux sous-sols, ignorant le brouhaha général auquel elle était habituée.
Le code qu’elle composa devant la porte du niveau –1 lui avait été donné dix jours plus tôt, les deux lettres et les cinq chiffres changeant toutes les deux semaines. Cela faisait un peu plus de trois mois qu’elle pouvait aller à la salle des archives sans autorisation préalable, après qu’elle eût l’occasion de briller suite à une intervention difficile concernant un réseau de trafic d’âmes.
Le bip caractéristique retentit et le voyant passa au vert. Jen appuya sur la poignée, ouvrit la porte puis la franchit.

La salle des archives et des renseignements avait toujours été pour elle un mystère. A la fois une bibliothèque regorgeant de documents papier, de dossiers et de classeurs poussiéreux répartis sur des étagères en bois ancien, et une salle asceptisée où les ordinateurs identiques s’alignaient sur des tables de métal peint en gris. Le sol était en béton, avec néanmoins des morceaux de tapis rouge sombre comme incrustés dans la matière impropre, tels des vestiges du monde du dessus n’ayant pas été complètement anéantis.
Une dizaine de personnes se trouvaient dans la pièce, la plupart consultant les ordinateurs. Jen se dirigea vers l’un de ces machines.

Elle s’installa sur une chaise peu confortable, devant laquelle se trouvait un ordinateur quelque peu dépassé pour elle, mais qui convenait parfaitement à la fonction qu’on avit donnée à celui-ci. Elle s’identifia pour se connecter au réseau, attendit quelques secondes, puis sélectionna le programme détenant les renseignements d’identité. Enfin dans la fenêtre de recherche, tapa Ruben, Anna. Elle ne trouva qu’un seul résultat.

Vrai nom : -
Nom : Ruben
Prénom : Anna
Voie : Humaine déiste (stade 3)
Date de décès : 6 mars 1920
Occupation : Responsable d’une cellule de la Maison Humaine.
Signe particulier : -
Adresse : 43, rue Gide
Notes : -

Jen nota rapidement l’adresse sur le petit carnet noir qu’elle gardait habituellement dans la poche de sa veste, puis rechercha les coordonnées de Maître Mila, qui effectivement se trouvaient aussi dans les fichiers de recenciement. Une fois tous les renseignements en main, la jeune femme se déconnecta et partit sans un bruit en direction du rez-de-chaussée, puis de la porte de sortie. Prochaine étape : la rue Gide.



Anna Ruben habitait dans un quartier influencé fin du XXe siècle, fait de pavillons calmes et relativement identiques. Un vrai petit luxe lorsque l’on considérait le manque évident de terrain que la mégalopole grignotait de jour en jour au fur et à mesure que de nouveaux résidents arrivaient. Jen dut une fois de plus prendre un taxi pour parvenir à la rue Gide. Le véhicule qu’elle emprunta était cette fois-ci une petite voiture des années 80 conduite par une femme rousse à l’âge indéterminé et au regard absent.

L’agent du S.O.R descendit du taxi après avoir payé, puis se dirigea vers la porte de celle qu’elle devait interroger. Le temps se faisait gris, et les pots de fleur vides à la fenêtre semblaient témoigner d’un certain abandon de tout maintient de vie. Ce quartier apparaissait quelque peu inhospitalier à la jeune femme. Elle qui était à présent habituée au bruit ambiant et au mouvement continuel, se trouvait comme isolée dans un quartier trop tranquille, presque silencieux.

La sonnette retentit sous son doigt, claire et ancienne à la fois.
Quelques secondes plus tard, la porte livide s’entrouvrit, retenue par une chaîne. Jen put sentir un souffle froid et hésitant derrière le battant, et une silhouette floue comme plongée dans une ombre morne.

- Bonjour… Vous êtes bien Anna Ruben ?

Un léger froncement de sourcils à peine perceptible. Le demi visage que Jen apercevait à présent derrière la chaînette brunie semblait lisse et grisâtre, son œil violet terne et soupçonneux.

- Oui, c’est moi. Qu’est-ce que vous voulez ?
La voix était douce mais ferme. Un peu impersonnelle.
- Je suis Jen Oslo, du S.O.R.. J’aimerais juste vous poser quelques questions. Ce ne sera pas long.

La jeune femme derrière la porte décrocha la chaîne et sans un mot, lui fit signe d’entrer.
L’intérieur était sobre et sans prétention. L’habitation de la jeune femme s’apparentait à une maison de banlieue aux murs blanc cassé, neutre et légèrement éteinte. Le mobilier assez simple était parfois égayé d’un objet ancien ou d’aquarelles floues.

- Je suis désolée, fit la jeune femme aux cheveux blond cendré. Je ne crois pas avoir grand-chose à vous offrir.
- Ce n’est pas grave, répondit Jen, ne vous donnez pas cette peine.
- Pourquoi êtes-vous là ?

Quelques secondes silencieuses. Jen savait à présent que l’entretien serait brut, avec tout juste une simple politesse formelle.
- Vous connaissiez Nino Varanne ? demanda l’agent du S.O.R..
- Oui. J’ai appris ce qui s’était passé. Nous faisions partie de la même Voie, et c’est ainsi que je le connaissais. Mais nos secteurs étaient différents. Nino a voulu se diriger vers l’Humanisme. Pourquoi m’interroger sur lui ?

Instinctivement, Anna se dirigea vers la cuisine. Jen la suivit. La déiste prit une éponge posée sur l’évier puis essuya machinalement la table de cuisine, tout en regardant Jen.
- Apparemment, monsier Varanne a prononcé votre nom peu avant d’être… éthéré. J’aurais pensé que…

Anna s’interrompit dans son mouvement.
- Comment le savez-vous ? demanda-t-elle d’un ton posé.
- Un rapport d’un Maître-veilleur. C’est sa Mémoire qui a parlé.

Jen essaya de voir la réaction d’Anna Ruben, mais celle-ci parut tout au plus quelque peu absente, avant de pouvoir se reprendre.



Dernière mise à jour par : Swan le 21/06/05 19:39

--------------------
Les racistes, c'est comme les arabes : ça ne devrait pas exister. (Coluche)

Propriétaire et inventrice des concepts suivants : TPMG, CNAQA, JITVB
(Tout Pour Ma Gueule, Ca N'Arrive Qu'aux Autres, Jusqu'Ici Tout Va Bien)


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Swan

Il suffira d'un Cygne...



-= Chaos Legions =-
Inscription le 02-04-02
Messages : 1135



Inconnu  Age : ???
Lieu de résidence :

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Outremonde' a été posté le : 21/07/05 20:56
- Pouvez-vous me dire où vous étiez, hier, entre, disons… 21h30 et 23h ? demanda l’agent.

- Oui. Je me trouvais dans une salle de méditation, dans les locaux de la section Humaine de L’Isle. Il s’agissait bien entendu d’une salle individuelle, donc je ne sais pas exactement qui a pu être témoin de ma présence. Néanmoins, le registre a été rempli en bonne et due forme. Vous pouvez toujours aller voir sur place pour vérifier par vous-même. Je n’ai rien à cacher.

- J’y penserai, répondit Jen d’un air distrait.
- Avez-vous d’autres questions ? Ou l’entretien est-il terminé ?

Jen sortit alors de la cuisine et se dirigea naturellement vers le hall d’entrée. Ces aquarelles bleuies semblaient la regarder, leurs fines touches de lumière représentant des vagues nocturnes. Anna suivit la jeune femme d’un pas calme et silencieux.

- J’aurais juste une dernière question à vous poser, fit l’agent du S.O.R. Je suis désolée de vous demander ça, mais… Quelles étaient vos relations exactes avec Nino Varanne ?

Cette fois-ci, Jen aurait juré avoir vu sur le visage d’Anna, durant une fraction de seconde, une moue légèrement embarrassée. Mais la déiste sembla rester stoïque malgré tout, d’une expression neutre et un peu morne.

- Nous nous connaissions parce que nous faisions partie de la même Maison, mais dans des sections différentes, je vous l’ai déjà dit. Même si l’Humanisme n’est pas ma spécialité, j’avais aidé Nino plusieurs fois dans sa progression au sein de la Maison. C’était une personne que j’appréciais, voilà tout.

- Alors comment expliquez-vous qu’il aie prononcé votre nom dans un moment aussi extrême que… l’anéantissement ?

Ce mot prononcé de la bouche de Jen parut provoquer comme une vague d’émotion amère, qu’Anna témoigna de façon terriblement discrète, laissant ses yeux clos pendant une durée anormalement longue. Peut-être une à deux secondes.

- Je ne l’explique pas, mademoiselle, répondit Anna d’un ton aussi tiède que possible. Mais il paraît que lors de ce moment, une confusion mentale peut prendre la personne… éthérée. Et lui faire rappeler quelques bribes de sa non-vie. Enfin, ce ne sont que des théories. Vous devriez voir ça avec la branche scientifique, je suppose.

- Je vois, fit Jen. Je ne vais pas vous retenir plus longtemps. Je vous remercie pour cet entretien.

Anna se dirigea alors vers la porte d’entrée, qu’elle ouvrit à l’intention de l’agent du S.O.R. Jen en franchit le seuil, après de rapides salutations de politesse. Puis se mit à marcher en direction d’un endroit un peu plus animé où elle pourrait trouver un taxi. Sur la route, dans ce quartier calme construit comme pour reconstituer une impression de sérénité pourtant impossible à retrouver dans le monde des morts, la jeune femme sortit un petit calepin dans lequel elle nota rapidement :

Anna Ruben. Son prénom a été prononcé par Nino Varanne avant qu'il soit éthéré. Ment ou cache a priori quelque chose. Impression étrange, comme de quelque chose que l’on veut étouffer. Veut se montrer sans faille, presque sans douleur. Joue sur la neutralité, cache ses émotions. Peut-être pas coupable ni complice, mais doit être impliquée dans l’affaire. Ne rechigne pas à ce qu’on vérifie son alibi.
Note : Passer à la Maison de l’Humain.


Le ciel se fit soudain plus sombre.



--------------------
Les racistes, c'est comme les arabes : ça ne devrait pas exister. (Coluche)

Propriétaire et inventrice des concepts suivants : TPMG, CNAQA, JITVB
(Tout Pour Ma Gueule, Ca N'Arrive Qu'aux Autres, Jusqu'Ici Tout Va Bien)


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Swan

Il suffira d'un Cygne...



-= Chaos Legions =-
Inscription le 02-04-02
Messages : 1135



Inconnu  Age : ???
Lieu de résidence :

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Outremonde' a été posté le : 02/08/05 18:58
Le parc. Il n’y en avait que trop peu dans la mégalopole. Celui-ci était surélevé, au sommet d’un immeuble gris. Il était entouré d’autres tours de béton un peu plus hautes, le terrain étant comme encadré par plusieurs murs massifs parsemés de fenêtres troubles. Il y avait comme une étrange nostalgie en ces lieux. Comme si l’existence même de cet endroit relevait de l’absurde. Un parc, alors que la place manquait de plus en plus à Lutecia, ainsi que dans toutes les mégalopoles d’Outremonde. De maigres jeux pour enfants comme en voie de disparition. Les pensées, les souvenirs communs de ces balançoires vacillaient quelques fois lorsque le crépuscule devenait nuit. Et les enfants devenaient rares eux aussi. Peu traversaient la fine membrane qui séparait le monde du Dessus de celui des morts. Peu de ces jeunes âmes, étrangement, ne supportaient leur séjour dans l’Outremonde.

C’était là que Jen s’était installée, assise sur un vieux banc. Dans ce lieu un peu fantomatique, plongé dans une grisaille morne, les contours de ce décor comme estompés par une fine brume. Le ciel, ou ce qui le recouvrait, avait pris une teinte entre l’ocre et le violet terne. Et quelques silhouettes tout aussi irréelles se dessinaient sur les pelouses artificielles, sur les deux ou trois autres bancs, et parfois sur les bascules de l’aire enfantine. Il y avait l’air d’avoir un semblant de vie, ici. Un semblant, seulement.
La seule raison pour laquelle Jen se rendait parfois dans ce parc qui paraissait caché des rues engorgées de la ville n’était pas le besoin de retrouver une sensation de vie ou de nature retrouvée. Elle y venait surtout pour réfléchir en paix, dans ce lieu inquiétant et dérisoire, loin de son appartement miteux et de ses quatre murs parfois étouffants.

Son carnet de notes était rempli d’une écriture fine et rapide, un peu désordonnée aussi. Jen le relut plusieurs fois, en soupirant de temps en temps. Elle n’avait jamais douté de l’intuition d’Orazio, mais ces deux disparitions auraient tout aussi pu n’avoir aucun lien entre elles.

Le premier anéantissement s’était produit trois jours plus tôt, dans l’atelier de Monsieur Do. Le vieil homme s’était établi dans l’Outremonde depuis plus de trois siècles. Il avait beaucoup voyagé. Beaucoup appris. Il a su, comme peu de monde l’auraient osé, traverser les frontières mortelles existant entre les nombreuses mégalopoles du monde. Lutecia était sa demeure depuis environ cinquante ans. Il fut effondré lorsqu’Erin, sa disciple, fut éthérée de façon étrange et brutale. La jeune femme, morte à un âge à peine plus avancé que celui de Jen lors de son trépas, vivait chez Monsieur Do, qui l’instruisait et lui enseignait l’art de la lutherie et celui du violon depuis une vingtaine d’années. Erin, désorientée après son décès, fut fort reconnaissante envers un vieil homme qui enfin semblait connaître les secrets de la mutation de l’art, depuis le monde du Dessus jusqu’à celui des morts.

L’éthération est un art subtil, mortel et interdit. La disparition pure et simple d’une personne implique un travail dangereux et tout en finesse, s’appuyant le plus souvent sur une progression dans le temps, comme le tissage lent et méticuleux d’une toile d’araignée. Jen en connaissait le principe. L’application, quant à elle, restait totalement taboue et entourée de mystère.

Erin avait disparu alors qu’elle menait une non-vie sans aucune perturbation apparente. Elle pratiquait le violon durant de nombreuses heures chaque jour. C’était, selon elle, ce pourquoi elle existait. Elle progressait grâce aux conseils précieux de Monsieur Do, elle vivait grâce à ce Maître qui la faisait grandir. Ils étaient tous deux dans l’atelier lorsque l’éthération se produisit. Erin apparemment se tenait près de la fenêtre tout en s’entraînant, tandis que le vieux virtuose se trouvait dans une pièce voisine. D’après lui, il fut interpelé par un arrêt brusque de la musique, suivit d’un fracas dissonnant et d’un cri étouffé. Il se précipita alors vers la pièce où se trouvait Erin, et après avoir eu un étourdissement léger, il trouva un violon brisé et quelques éclats de bois éparpillés sur le sol, puis sentit comme un courant froid et nauséeux à l’endroit même où se trouvait auparavant sa chère élève.

La disparition s’était faite de façon très rapide et brutale, et c’était cela qui avait attiré l’attention du Service de l’Ordre.

Monsieur Do ne cachait pas son immense douleur et paraissait vouloir aider de tout cœur le SOR dans leur enquête. Aucun témoin apparent. La ruelle était calme, plongée dans l’obscurité voilée de la nuit. Le vieux virtuose semblait littéralement effondré, presque trop au goût de Jen. Comme s’il avait été son père, en quelque sorte. Elle avait comme oublié ces effusions de sentiments depuis qu’elle était au Niveau –1. L’attachement était une chose qui n’était pas interdite, mais plutôt mal vue.

« Et si c’était la même chose pour Anna Ruben ? Cela expliquerait son attitude étrange… »

Quant au mode d’éthération, cela était plus que préoccupant. Mais elle n’avait pour l’instant aucune information qui lui permettrait de savoir comment éthérer une personne de façon si brusque. Il allait falloir en parler à Maître Mila. Elle avait peut-être réussi à voir quelque chose, ou savait quelque chose à propos de ce processus inquiétant.

Mais en attendant, Jen avait un alibi à vérifier. Elle se mit en tête de passer faire un tour du côté de la Maison de l’Humain, afin de savoir peut-être ce que cachait Anna Ruben.


--------------------
Les racistes, c'est comme les arabes : ça ne devrait pas exister. (Coluche)

Propriétaire et inventrice des concepts suivants : TPMG, CNAQA, JITVB
(Tout Pour Ma Gueule, Ca N'Arrive Qu'aux Autres, Jusqu'Ici Tout Va Bien)


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Swan

Il suffira d'un Cygne...



-= Chaos Legions =-
Inscription le 02-04-02
Messages : 1135



Inconnu  Age : ???
Lieu de résidence :

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Outremonde' a été posté le : 14/08/05 18:12
- Carte d’identité et de service, madame.
- Mademoiselle, corrigea Jen.
- C’est cela madame, fit distraitement la femme du personnel d’accueil derrière son guichet de plexiglas.

Il était inutile de soupirer. A chaque fois que Jen devait remplir des formalités administratives en compagnie d’une de ses connaissances, celle-ci s’étonnait toujours de l’attitude de la jeune femme, essayant sans cesse, et avec un certain désarroi, d’humaniser un peu les personnes constituant les rouages de l’administration. Pour la plupart, ce genre de tentative dérisoire était comme un coup d’épée dans l’eau. Tant pis, pensait Jen. Il faut toujours essayer.

Elle sortit sa carte du S.O.R et la glissa sur la surface prévue à cet effet, puis attendit qu’on vérifie tout cela. Les murs blancs du hall d’entrée étaient éclairés par une lumière forte, pâle et asceptisée. Tout ce que Jen avait visité dans la Maison de l’Humain était d’un blanc immaculé, comme celui d’un laboratoire. Une influence due aux scientifiques, certainement. Cela en tout cas contrastait avec l’éclairage trouble des rues, mais n’était pas moins inquiétant et en quelque sorte… Déshumanisé.

Jen avait depuis longtemps compris à quel point la Maison de l’Art et celle de l’Humain ne pouvaient se rejoindre, tant leur quête était opposée. De nombreux artistes cherchaient un moyen de retrouver la Couleur et d’en créer de nouvelles…

- Tout est en règle. Vous pouvez y aller. Les salles individuelles de méditation sont au quatrième étage. N’oubliez pas les règles de bienséance.
- Bien entendu, répondit Jen en reprenant sa carte. Je vous remercie.

Elle se dirigea sans plus attendre vers les ascenseurs et attendit que l’un d’eux se libérât. La plupart des personnes se trouvant dans le hall semblaient faire abstraction des petites caméras placées en haut des murs, ou encore des quatre agents de Voie présent sur le lieux, habillés d’un costume blanc. L’un d’entre eux était plutôt massif, le crâne rasé, la mine parfaitement impassible. Il sourcilla légèrement lorsque Jen s’attarda à jeter un coup d’œil dans sa direction.

Le déclenchement d’une lumière verte suivi d’un tintement significatif indiquèrent qu’un des ascenseurs était prêt. Les portes coulissantes s’ouvrirent et Jen, ainsi que cinq autre personnes, entrèrent dans la cabine. L’une d’entre elles, une jeune femme en tailleur strict, sortit au deuxième. Quelques instants plus tard l’agent du S.O.R arriva au quatrième étage et traversa le seuil de l’élevateur.

Elle se trouva alors dans un petit hall très calme, plus intimiste que l’entrée de la Maison. Elle se serait crue dans un hôtel ; les murs pâles étaient recouverts comme de ta*******eries translucides, comme un peu estompées par le temps et l’oubli, ce qui donnait un effet surnaturel à la pièce. N’était-ce pas réellement un hôtel en lieu et place de cet immeuble, dans le monde des vivants ? Jen essaya de se souvenir. Oui, peut-être que c’était le cas. Un immense hôtel, assurément, qui dans le Niveau –1 avait subi quelques métamorphoses de taille.

Un petit homme sans âge vêtu d’un costume noir élimé se trouvait là, assis derrière un bureau de bois qui semblait anachronique par rapport à l’aspect asceptisé du reste de la Maison. Il écrivait quelque chose sur ce qui ressemblait à du papier jauni, à l’aide d’une plume archaique dont il trempait régulièrement l’extrémité dans un petit pot d’encre noire.

Jen s’avança doucement vers l’individu, presque avec timidité, et se risqua à le déranger.

- Excusez-moi, monsieur…

Il leva la tête, le plume toujours à la main. Ses yeux étaient d’un gris métallique, ce qui tranchait avec sa bonhommie apparente.
- En quoi puis-je vous aider, mademoiselle ?

Sa voix était plus sèche qu’elle ne l’aurait pensé ; les syllabes sortaient de sa gorge grêle comme des petits cailloux irréguliers.

- Je suis Jen Oslo, des Services de l’Ordre, fit-elle en montrant sa carte. Puis-je savoir votre nom ?
- Je m’appelle Nestor Berthelot.
- Très bien, monsieur Berthelot. On m’a dit que c’était ici qu’on trouvait les salles individuelles de méditation…
- C’est exact. Sur votre droite, tout le couloir dessert ces salles.
- Est-il possible de jeter un œil sur les registres de présence ? Qui s’en occupe ?
- C’est moi, répondit le petit homme. Je m’occupe de noter le tout par écrit, puis de transférer les éléments sur informatique. Et je ne vois pas d’inconvénient à ce que vous consultiez le registre. Vous le voulez à quelle date ?
- J’aimerais vérifier qui était dans ces salles hier soir, répondit Jen.

Là-dessus, l’individu sortit d’un des tiroirs un cahier à la couverture noire en cuir usé et aux dimensions quelque peu imposantes, l’ouvrit à l’endroit où le signet de tissu bordeaux avait été laissé, puis le tendit en direction de la jeune femme, qui le saisit des deux mains.

- Vous permettez… fit Jen, avant de poser une partie du livre sur le rebord du bureau.
Son regard parcourut les lignes d’écriture calligraphique et se posa rapidement sur ce qui était recherché.

- Anna Ruben a prit sa séance de méditation à 21 heures… Vous souvenez-vous l’avoir vue hier soir ?
- Mmh… Madame Ruben vient très régulièrement en séance de méditation, répondit l’homme. Oui, je me souviens de son passage ici hier. C’est une personne qui ne passe pas inaperçue, certainement pas au sein de la Maison, en tout cas.
- Pourquoi dites-vous cela ? demanda Jen , intriguée.
- En bien, vous le savez sûrement, mais Anna Ruben a un rôle important dans la communauté déiste, mais son aura dépasse les frontières de cette section. Elle a toujours beaucoup de projets et donne toute son âme pour la recherche, vous savez, percer les mystères de l’Outremonde et de la décantation… C’est une personne très volontaire, et nombre d’entre nous pensons qu’avec un peu de temps elle parviendra à son but. Elle est vraiment brillante.

Cette réponse surprit Jen quelque peu. Elle savait que malgré son air un peu rigide, Anna avait une importance non négligeable dans la Maison Humaine. Mais la description de son interlocuteur ne correspondait pas vraiment à ce qu’elle avait vu chez la déiste quelques dizaines de minutes auparavant. L’agent préféra ne pas montrer son étonnement, et continua ses questions comme si de rien n’était.

- Et avez-vous, je ne sais pas, remarqué quelque chose de particulier ce soir-là ?
- Euh… Oui. Ce n’est certainement pas grand-chose. Madame Ruben a certes pris sa séance de méditation, comme d’habitude. Mais elle est partie cinq minutes plus tôt.
- Vers quelle heure ?
- Aux alentours de onze heures moins cinq. J’ai tout de même noté sa présence comme à une séance complète.
- Et… Avez-vous une idée de la raison de ce départ avancé ?
- Je ne saurais dire exactement. Je dirais peut-être qu’elle s’est interrompue en cours de méditation, ce qui est plutôt rare pour une personne maîtrisant aussi bien cet art. Mais je ne suis sûr de rien. Tout ce que je sais, c’est qu’elle avait l’air plutôt préoccupée quand elle est sortie du couloir, même si elle tentait de ne pas le montrer.

Anna avait donc bien quelque chose à cacher. Mais elle ne pouvait être la coupable directe de l’éthération de Nino Varanne. A moins qu’elle puisse anéantir des âmes à distance, ce qui est un acte que l’on n’a jamais pu vérifier concernant qui que ce soit.

- Merci beaucoup, monsieur, fit Jen en rendant le registre. Vous m’avez été d’une grande aide.
- Et pour Madame Ruben ?…
- Ne vous inquiétez pas, répondit la jeune femme. Une enquête est en cours, il est vrai. Mais soyez assuré que nous ne ferons pas de conclusions hâtives. Je vais devoir y aller à présent. Si vous vous souvenez de quelque chose d’autre, n’hésitez pas à appeler le bureau de S.O.R en demandant Jen Oslo.
- Très bien mademoiselle. Au revoir.
- Au revoir.

Jen adressa un dernier regard bienveillant au petit homme, puis fit volte face puis attendit l’ascenseur. Trois minutes plus tard elle était au rez-de-chaussée, traversant le seuil de l’entrée afin de se retrouver dans la rue bruyante et mouvementée.


--------------------
Les racistes, c'est comme les arabes : ça ne devrait pas exister. (Coluche)

Propriétaire et inventrice des concepts suivants : TPMG, CNAQA, JITVB
(Tout Pour Ma Gueule, Ca N'Arrive Qu'aux Autres, Jusqu'Ici Tout Va Bien)


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Swan

Il suffira d'un Cygne...



-= Chaos Legions =-
Inscription le 02-04-02
Messages : 1135



Inconnu  Age : ???
Lieu de résidence :

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Outremonde' a été posté le : 17/08/05 17:38
Trois minutes plus tard elle était au rez-de-chaussée, traversant le seuil de l’entrée afin de se retrouver dans la rue bruyante et mouvementée. Lorsqu’elle entendit une sonnerie familière un peu étouffée provenant de sa sacoche noire. Elle en sortit un petit objet sombre et luisant, qu’elle porta à son oreille.

- Jen Oslo, fit-elle d’un ton neutre tout en activant son téléphone.
- Ah enfin, j’ai réussi à t’avoir, dit une voix grésillant légèrement à l’autre bout de la ligne.

Elle ne put s’empêcher de sourire.
- Salut Jimmy.

Jimmy. Une connaissance de longue date. Ils avaient fait ensemble leur formation préparatoire à la Maison Universelle. C’était un jeune homme à l’aspect efflanqué et peu sûr de lui, à l’esprit débrouillard et étourdi, mais surtout digne de confiance.

- Ecoute, reprit-il, je voulais juste te dire… Mais je ne te dérange pas, au moins ?

Elle luttait contre le bruit environnant qui recouvrait la voix de Jimmy et certainement la sienne propre, en utilisant une de ses mains pour couvrir son oreille. La circulation était dense dans le quartier.

- Je suis en enquête en ce moment, répondit-elle en élevant la voix. Je viens juste de finir une petite inspection. Qu’est-ce qui se passe ?
- T’inquiète pas, rien de grave. C’est juste que tu risques de te faire tirer les oreilles si tu ne rappliques pas vite fait à la Maison. Ca va bientôt faire trois jours…
- ********, souffla-t-elle.
- On ne te demande pas grand-chose… Une heure et demie, deux heures maximum. Je sais que tu aimes faire ton boulot, mais ton boulot c’est aussi de pointer régulièrement à la salle de méditation. Ca devrait pas être une corvée, en principe. Faut te détendre un peu, de temps en temps.

Paradoxalement, c’était à la Maison Universelle qu’elle avait été repérée et recrutée en tant qu’agent. A présent, on lui reprochait d’accorder trop d’importance à son travail et pas assez à ce qu’ils appelaient le « developpement personnel ». Ce que Jen n’aimait pas, c’était leur conception de ce terme. En cela, elle ne voyait qu’un moyen de s’oublier soi-même, dans un semblant de progression spirituelle beaucoup trop encadrée à son goût.

- C’est ce que tu me dis tout le temps, soupira-t-elle avec un léger sourire.
- Et je n’ai pas tort.
- C’est vrai. Bon, je prend un tram et j’arrive.
- Parfait, répondit-il. Heureusement que je suis là, quand même. Tu aurais pu avoir des em********s avec tout ça.
- Je sais. Merci. A tout à l’heure.

Elle raccrocha.
Un klaxon de voiture résonna de façon stridente au bout de la rue. Jen y fit à peine attention.
Son enquête allait être coupée par une séance de méditation qu’elle aurait pu tout aussi bien faire chez elle. Cette officialisation du spirituel l’agaçait quelque peu.
Une fois de plus, elle se demanda pourquoi elle travaillait le plus souvent en solo. Le S.O.R manquait peut-être de moyens. Mais la raison n’était pas vraiment là. Depuis sa mort, Jen s’était peu à peu refermée sur elle-même. La structure gigantesque du nouveau monde où elle s’était trouvée l’avait poussée à ne faire confiance qu’à ses intuitions. De plus, la politique de Lutecia ne favorisait pas vraiment l’attachement. On faisait en sorte de l’éviter, au contraire.

Une moto traversa la route à toute vitesse, manquant de peu d’écraser la jeune femme, qui sortit alors de sa rêverie. Elle aurait pu se faire… Ethérer. Ou pas. A vrai dire, elle n’en savait rien. Elle continua à parcourir le passage piéton comme si de rien n’était.
Cette séance de méditation lui prendrait le reste de la journée.



--------------------
Les racistes, c'est comme les arabes : ça ne devrait pas exister. (Coluche)

Propriétaire et inventrice des concepts suivants : TPMG, CNAQA, JITVB
(Tout Pour Ma Gueule, Ca N'Arrive Qu'aux Autres, Jusqu'Ici Tout Va Bien)


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Swan

Il suffira d'un Cygne...



-= Chaos Legions =-
Inscription le 02-04-02
Messages : 1135



Inconnu  Age : ???
Lieu de résidence :

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Outremonde' a été posté le : 26/08/05 10:22
Le signal sonore s’activa et les portes automatiques se refermèrent. Jen se trouvait à présent sur le quai, à l’arrêt habituel. L’après-midi touchait à sa fin. Regarder le paysage à la fois sombre et criard de la ville à travers les vitres du tram la mettait toujours dans une sorte de torpeur paisible qu’elle égayait par deux clignements d’œil. Ses jambes semblaient s’activer d’elles-mêmes et trouver la sortie de la station surélevée qui la mènerait devant les marches de la Maison Universelle.

Cette Voie possédait la plus grande base de la ville, certainement parce que l’Universelle était la Maison la plus généraliste, celle qui comptait le plus d’adeptes, et surtout celle qui était la plus liée à la Haute Direction, qui s’occupait particulièrement de l’accueil et de l’éducation primale des nouveaux arrivants. Il fallait avant tout éviter toute déviance et imprimer dans chaque esprit les enjeux de leur séjour en Outremonde.

Jen n’avait jamais quitté la Voie Universelle car elle n’avait jamais trouvé la révélation qui lui aurait indiqué un autre chemin. Elle préférait laisser le champ libre aux diverses découvertes qu’elle pourrait éventuellement faire, et donc garder l’esprit ouvert sur toute chose.
A moins que ce choix ne se soit fait tout simplement par défaut.

Ces pensées dérangeantes la traversaient lorsqu’elle montait les marches du grand bâtiment et en franchissait les portes. L’intérieur était plutôt sobre et moderne, et semblait avoir été créé spécialement pour la Voie Universelle. Rien que cet aspect montrait le nombre de moyens affiliés à la Maison : même si les constructeurs métaphysiques étaient plutôt nombreux, le fait de bâtir une structure entièrement nouvelle, et non dérivée du Niveau 0, demandait beaucoup d’énergie et de concentration.

Jen passa dans le hall sans problème, après un rapide contrôle à l’entrée. Là, plusieurs tables étaient installées, entourées de fauteuils et de chaises. L’affluence n’était pas encore très importante à cette heure-là de la journée. Parmi les personnes assises autour des tables de verre, elle aperçut Jimmy lui faire un rapide signe de la main. Elle s’approcha alors de lui, se frayant un chemin parmi les sièges, puis s’installa en face de son ami.

- Alors, prête à faire ton devoir, miss ? lança-t-il avec un geste rapide évoquant inconsciemment la prise d’une cigarette.
- Comme toujours, répondit Jen, un peu ironique. Mais je dois dire que je manque déjà de temps pour l’entrainement au tir. Tu sais qu’ici-bas, cette discipline est infiniment plus difficile que le simple fait de viser puis d’appuyer sur la gachette.

Jimmy leva un sourcil tout en souriant.

- C’est drôle, fit-il un peu rêveur. L’espace d’un instant, j’allais te demander si tu voulais boire quelque chose.
- Ouais, dit-elle en baissant les yeux. Les habitudes… Même après presque trente ans. C’aurait été sympa de se connaître avant.

Elle avait dit cela en murmurant, comme à regret. Ce genre de remarque, de nostalgie de la vie, était normalement considéré comme néfaste, même si c’était relativement courant et plus ou moins toléré. Mais Jen se reprit très vite et frappa des mains comme pour couper court à ses pensées.

- Enfin, je crois que nous n’avons pas de temps à perdre, continua-t-elle. Tu as quelque chose à faire ici ?
- Je vais prendre une séance en même temps que toi. Comme ça on se retrouvera à la sortie.
- Parfait. Alors allons-y.


--------------------
Les racistes, c'est comme les arabes : ça ne devrait pas exister. (Coluche)

Propriétaire et inventrice des concepts suivants : TPMG, CNAQA, JITVB
(Tout Pour Ma Gueule, Ca N'Arrive Qu'aux Autres, Jusqu'Ici Tout Va Bien)


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Swan

Il suffira d'un Cygne...



-= Chaos Legions =-
Inscription le 02-04-02
Messages : 1135



Inconnu  Age : ???
Lieu de résidence :

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Outremonde' a été posté le : 27/09/05 21:33
Ils se levèrent puis allèrent en direction des ascenseurs. Les salles de méditation se trouvaient du sixième au huitième étage. Ils choisirent le sixième. Les murs avaient été « peints » en bleu nuit, pour paraît-il favoriser l’intériorisation. Malgré le gigantisme des lieux, les constructeurs avaient réussi à restituer une atmosphère presque intimiste au hall qui donnait sur les salles dépouillées et insonorisées. Un bureau bleu aux formes courbes et futuristes se trouvait là, derrière une vitre quasi invisible mais bien réelle. Les lumières n’étaient ni trop froides ni trop tamisées, mais la femme rousse qui se trouvait derrière le guichet était éclairée de façon plus intense, certainement pour lui faciliter le travail de recensement. Comme l’indiquait le règlement, Jen et Jimmy lui donnèrent leur carte de membre de la Maison, puis se dirigèrent vers le couloir de droite, là où se trouvaient les salles collectives.

Devant l’une des portes se trouvait un petit groupe composé de trois individus, qui attendait l’heure de la prochaine séance. En effet, il était plutôt incongru de s’immiscer dans une salle déjà occupée, car cela pourrait perturber la méditation en cours.
Jen et son compagnon décidèrent de patienter devant la porte avec les trois autres personnes.

L’attente ne fut pas longue : ils purent accéder à la salle à peine deux minutes plus tard. La porte bleue donnait sur une pièce nue qui faisait penser à un petit gymnase. Le sol était recouvert de tapis fermes de couleur nuit. Les murs étaient gris et abruptes, et aucune fenêtre ne les perçait. Tous enlevèrent leurs chaussures, puis s’installèrent sur les tapis épais qui ressemblaient à ceux utilisés par les amateurs d’art martiaux. Jen s’assis en tailleur, à côté de Jimmy, qui lui fit un léger clin d’œil avant de plonger dans la méditation. La jeune femme attendit que le gong habituel retentisse pour à son tour fermer les yeux.

Elle se concentra d’abord sur sa respiration. Elle savait quelle était la marche à suivre. On la lui avait apprise dès ses cours les plus élémentaires. Elle chassa ces bribes de souvenir. Elle s’efforça de ne plus réfléchir. De repousser ses pensées parasites qui venaient à elle sans contrôle, d’un mouvement spirituel similaire à celui qu’on ferait pour enlever une toile d’araignée d’un vieux meuble. Elle épura peu à peu son esprit. Sa respiration semblait se ralentir. Le temps s’était comme arrêté. Ou peut-être distordu. Elle ne savait plus. Elle ne se posait plus de questions.
Elle n’était nulle part et pourtant semblait pouvoir aller où elle le voulait. Son âme paraissait voguer dans les airs, se fondre dans la matière, être emportée par le courant.

Le vent caressa son visage. Elle n’avait plus de visage. Ce n’était plus du vent. C’était autre chose. Elle n’arrivait pas à le distinguer… Une onde ? Un son ! Très faible… Une infime partie d’elle s’étonna de percevoir ces choses. On aurait dit un rêve. Mais elle ne dormait pas.

Un bourdonnement à ses oreilles… Mais seul son esprit pouvait l’entendre. Quelque chose d’organique ? Une voix… Ca n’avait pas l’air humain. Les bribes se faisaient plus fortes… En crescendo… Cela l’emplissait d’une terreur confuse. Et plus ce son prenait de l’ampleur, plus elle avait cette certitude : il s’agissait un cri… Un cri mêlé d’horreur et de souffrance. Que lui arrivait-elle ? Elle voulait regagner son corps, tout de suite ! Il lui semblait comme se débattre intérieurement, mais elle était trop faible. Se réveiller ! Ce cri et ces émotions qui la submergeaient étaient trop puissants… Et ces yeux, ces yeux qui paraissaient surgir de l’obscurité, ces yeux rouges lui dévoraient le visage… Elle ne pouvait pas… Le gouffre…



Elle ne put ouvrir les yeux pendant quelques secondes. Mais elle était revenue. Sa respiration était irrégulière et bruyante. Son corps était en sueur, encore engourdi par son immobilité. Elle essaya de bouger une de ses mains. Elle sentit les doigts fins s’agiter et se replier. Elle était revenue. Tout doucement, elle ouvrit les yeux. La salle était toujours plongée dans une lumière tamisée et chaleureuse. Le moindre de ses mouvements paraissait résonner avec une plus grande force dans le silence absolu de la pièce. Elle jeta un coup d’œil à côté d’elle. Jimmy semblait toujours concentré sur lui-même, une expression un peu tendue sur le visage. Son regard se leva alors vers l’horloge murale. Elle avait passé plus d’une heure et demie à méditer. Il lui restait encore vingt minutes avant la fin de la séance. Elle ne savait qu’en faire.

Elle se sentait vidée de toute force, et pourtant dans les profondeurs, une sonnette d’alarme avait retenti. Elle devait faire vite, oui, mais faire quoi ? Une fois qu’elle serait partie en trombe de cette pièce, que ferait-elle ? A quel endroit irait-elle se précipiter ? Ces pensées confuses et cette impression d’impuissance la paralysaient presque.
Elle n’avait jamais eu de vision durant ses méditations, auparavant. Mais était-ce une vision ? Jen n’en était pas sûre. Elle avait plutôt le sentiment, l’intuition que tout cela était bien réel. Que c’était adressé à elle. Comme un message. Un avertissement, peut-être ?

Qu’importe. Pour l’instant, sa priorité était de sortir de ces lieux. Les murs semblaient tout d’un coup plus oppressants, prêts à la broyer. Il fallait qu’elle sorte, qu’elle prenne l’air. Une réaction tout à fait humaine. Sauf qu’à présent, elle avait de moins en moins besoin de respirer.
Une impulsion soudaine la poussa à se lever et prendre ses affaires dans le coin de la pièce, sans vraiment faire attention à ses membres anquillosés par l’inertie du corps en méditation. Essayant de contrôler sa précipitation en faisant le moins de bruit possible, elle sortit de la salle en fermant la porte doucement, puis enfila ses chaussures à la va-vite.

D’un pas rapide et presque trop assuré, elle se dirigea vers l’accueil au bout du couloir, et passa devant le bureau bleu sans même faire attention à la personne qui se tenait derrière la vitre.
Elle s’apprétait à franchir le seuil de l’accueil et à rejoindre l’ascenseur lorsqu’elle entendit une voix l’interpeler :

- Mademoiselle ! Mademoiselle ! Vous ne pouvez pas partir comme ça !

Jen fit volte face. Il s’agissait de la femme rousse, d’aspect plutôt jeune, en tailleur violet sans âge. L’expression de son visage ne comportait aucune animosité. Juste une légère inquiétude, lissée par de la politesse professionnelle.

- Vous avez oublié votre carte, fit-elle en lui tendant son bien.
- Merci, fit Jen d’une voix plus fluette qu’elle ne l’aurait crue.

Sur ce, elle saisit ce qu’elle avit ommis et s’en alla sans un mot, descendant un à un les étages de l’immeuble, entre les parois d’un ascenseur devenu soudainement trop lent.


--------------------
Les racistes, c'est comme les arabes : ça ne devrait pas exister. (Coluche)

Propriétaire et inventrice des concepts suivants : TPMG, CNAQA, JITVB
(Tout Pour Ma Gueule, Ca N'Arrive Qu'aux Autres, Jusqu'Ici Tout Va Bien)


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Swan

Il suffira d'un Cygne...



-= Chaos Legions =-
Inscription le 02-04-02
Messages : 1135



Inconnu  Age : ???
Lieu de résidence :

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Outremonde' a été posté le : 20/10/05 13:03
La seconde chance n’existe pas.



Les lettres lumineuses s’étalaient, gigantesques, sur la façade entière d’un immeuble, vouée uniquement à diffuser les messages gouvernementaux. Ce genre de procédé pour fixer les pensées officielles au sein des esprits était de plus en plus répandu dans certains quartiers, même si cela était quelques fois contesté.

Jen n’avait rien trouvé de mieux que d’errer dans la mégalopole, traversant différentes zones, se perdant dans les avenues ou les ruelles sombres de la ville qui plongeait peu à peu dans l’obscurité du soir. Elle ne savait à qui confier ce qu’elle avait vu. Elle ignorait d’ailleurs s’il fallait qu’elle dise quoi que ce soit. Elle avait été face à un phénomène qu’elle ne comprenait pas, et son esprit ressentait encore l’echo de la confusion, de l’horreur insidieuse de la vision rougoyante. Marcher était pour elle sa seule façon d’évacuer trop de tension, mais elle avait conscience que cette fuite, cette fois-ci, ne servait pas à grand chose. Cela ne lui procurait plus cette sérénité qu’elle ressentait de son vivant après avoir parcouru quelques kilomètres le long des chaussées.

Les rues se désemplissaient peu à peu, et sous l’effet de la nuit tombante, les gens semblaient raser les murs et se faire ombres. Jen remarqua sur son chemin un jeune homme aux cheveux bruns à la longueur indéterminée, assis sur le sol, essayant frénétiquement de dessiner une image abstraite avec des crayons aux couleurs trop ternies. Elle le voyait marmonner quelque chose entre ses dents. Il maudissait le manque de teintes vives en ces lieux amers.

Ils échangèrent un regard silencieux. Puis Jen continua sa route.

Elle se trouvait dans des quartiers vides, à la frontière des banlieues. De grands immeubles branlants dressaient leur façade de briques cramoisies, leurs petites fenêtres encadrées de rouille faisant office d’yeux multiples et enfoncés.
Jen savait qu’il y existait un trafic de rêves éveillés, et que certaines âmes, même les plus respectées, trainaient parfois par là, à la recherche d’une sensation perdue. Maint charlatans ou travailleurs égarés s’installaient dans des caves ou au fond d’un couloir sombre, promettant d’apporter matière à ce qui s’était atténué, de reconstituer les émois du contact charnel, pour de trop courtes minutes. Certains parlaient même d’un petit groupe d’alchimistes qui faisait circuler nombre de pilules et autres breuvages pour faire renaître ces perceptions laissées au monde des Vivants.
Il s’agissait manifestement d’un gros dossier. Trop gros, bien entendu, pour être traité d’emblée par le SOR. On relèguerait ce problème de fond à plus tard, beaucoup plus tard. Jusqu’à l’oubli.

La jeune femme ne s’inquiétait pas particulièrement pour sa sécurité en ces lieux. Elle savait que si elle laissait toutes ces petites affaires tranquilles, elle n’aurait pas de problèmes. Les voleurs étaient à présent considérés comme défaillants mentaux, les possessions étant devenues de plus en plus obsolètes en Outremonde. Une des rares valeurs à laquelle on accordait encore de l’importance, était la place, le terrain. Car le fait que les morts s’entassent ici-bas, génération après génération, constituerait bientôt un problème de poids. Et pour cette histoire de décantation des âmes par le renoncement, cela faisait partie de la propagande de Lutecia, elle en était persuadée.

Les agresseurs, il en existait encore, bien sûr. Ils agissaient de façon violente comme pour se sentir vivre. Mais ce n’était que peine perdue : ils se rendaient vite compte de l’impuissance du physique contre les âmes en progression, et de leur propre impuissance lorsqu’ils s’apercevaient soudainement que leur poing pouvaient traverser des murs.
Tout cela faisait partie d’un monde révolu.
Non, décidément, le véritable danger venait de ceux qui pouvait contrôler leur esprit… pour avoir prise sur celui des autres. Or ceux-ci pouvaient venir de partout.
Quant aux trafics… C’était encore une autre histoire.

Elle s’arrêta net dans sa marche lorsque son téléphone sonna. Elle décrocha.

- Oui ? fit-elle d’une voix éteinte.
- Mademoiselle Oslo ? C’est Mila.

Un soupir silencieux de soulagement.
« Merci. »

- Est-ce que tu peux venir chez moi, le plus vite possible ? reprit la petite fille.
- Oui, qu’est-ce qui se passe ?
- Je préfère t’en parler chez moi. Tu veux bien venir ? Je t’y attend.
- Très bien. J’arrive.

Elle éteignit son appareil, et fit demi-tour. Les taxis passaient rarement par là. Il lui fallut marcher un peu avant d’en trouver un. Elle se réjouit d’avoir pris l’adresse du Maître-veilleur auparavant. Elle n’aurait donc pas à passer à l’office pour la récupérer.



--------------------
Les racistes, c'est comme les arabes : ça ne devrait pas exister. (Coluche)

Propriétaire et inventrice des concepts suivants : TPMG, CNAQA, JITVB
(Tout Pour Ma Gueule, Ca N'Arrive Qu'aux Autres, Jusqu'Ici Tout Va Bien)


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Swan

Il suffira d'un Cygne...



-= Chaos Legions =-
Inscription le 02-04-02
Messages : 1135



Inconnu  Age : ???
Lieu de résidence :

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Outremonde' a été posté le : 31/10/05 15:17
Maître Mila habitait, comme quantité de citoyens privilégiés, dans le vieux quartier. Les maisons ouvragées, dotées d’un certain charme baroque, contrastaient avec les zones alentours, composées d’immenses batiments de verre mangeant le ciel brumeux. Jen se fit déposer près de la place des Arts, afin de profiter un peu du paysage. Il y avait une sorte de nostalgie en ces lieux, mais aussi une fierté empoussiérée et inutilement luxueuse, rejetant les influences extérieures qui essayaient de rogner peu à peu du terrain sur cet havre tourné vers le passé.

Jen ne put s’empêcher de s’arrêter un instant devant le grand opéra qui imposait sa présence mystérieuse dans la nuit fraîchement tombée. Les hautes fenêtres recouvertes de rideaux lourds, les enluminures et les figures d’ange sculptées à même la pierre captivèrent la jeune femme durant quelques secondes suspendues.
Puis elle fut bousculée par un homme enrobé, enveloppé dans une longue cape anthracite.

- Pardon, marmonna l’inconnu sans même lui adresser un regard.
Il partit de son côté et Jen, qui avait repris ses esprits, jugea bon d’aller s’entretenir sans plus tarder avec le Maître-veilleur.

Le chemin à parcourir ne fut pas très long. Mila habitait quelques rues plus loin, dans une allée qui donnait sur une avenue principale. Les maisons ne faisaient pas plus de cinq étages, et chacune semblait avoir sa personnalité, son âme propre. C’était cela, Jen en avait le sentiment, qui donnait toute la valeur à ce quartier noble et vain. Ce sanctuaire fragile était assez peu fréquenté durant la nuit, mais après quelques minutes, un élément interpela la jeune femme : elle aperçut, parfois sur des balcons, parfois dans certains coins de rue, des hommes habillés de noir, une cagoule sur le crâne, regardant fixement tout ce qui passait.

« Des milices privées… »

Jen fit semblant de ne pas les apercevoir. Elle se dit qu’elle n’avait pas eu trop de mal à pénétrer le Quartier Ancien, finalement, et que le contrôle aurait pu se faire plus rude.
Au bout de deux minutes, elle atteignit la rue Sartre, étroite et peu éclairée, et en foula les vieux pavés polis par l’usure. Les rares lampadaires suspendus aux façades diffusaient une lumière tremblotante, contrastant avec les éclats de la place des Arts. Jen trouva le numéro 23, une maison haute de trois étages faite de pierres brunes et de fenêtres en croisillons. D’un geste fébrile, elle appuya sur la sonette qu’elle entendit aussitôt retentir derrière la porte d’entrée en bois noir. La jeune femme n’eut pas beaucoup à attendre avant qu’un homme à l’allure familière ne lui ouvrât.

- Monsieur Marcignac, fit-elle avec un léger sourire.
- Mademoiselle Oslo. Maître Mila vous attend. Entrez, je vous prie.

Jen obtempéra, tandis que le garde du corps jeta un coup d’œil attentif vers l’extérieur avant de refermer la porte.

Une odeur de bois verni atteignit ses narines. La jeune femme se retrouvait dans un couloir dont le carrelage était fait de motifs géométriques vieillots. Un escalier massif montait à l’étage, englouti dans l’obscurité. L’intérieur était plongé dans un chatoiement tamisé, créé par les bougies qui apparemment constituaient la seule source de lumière de l’entrée.

- Maître Mila se trouve dans le salon, ajouta Hector Marcignac. Au fond du couloir à droite. Je ne serai pas très loin.
- Merci.

Jen, seule, s’avançait le long du corridor tandis qu’elle sentit le garde du corps se retirer vers une pièce qu’elle ne vit pas. Elle arriva devant une porte vitrée, entrouverte.

- Entre, n’aie pas peur, fit une voix d’enfant derrière le battant.

La jeune femme s’exécuta. Et pénétra dans une pièce à l’atmosphère confinée, éclairée par de simples lampes à pétrole dont une disposée à côté du fauteuil pourpre dans lequel était juchée la petite fille.

Jen garda le silence quelques secondes, fixant Mila d’un regard interrogateur. Celle-ci était habillée d’une robe bleue nuit, agrémentée de fine dentelle sombre. Ses cheveux blonds étaient attachés par un ruban de satin noir

- Assied-toi, s’il-te-plait.

Elle prit place sur un petit canapé, assorti au vieux fauteuil du XIXe siècle.



--------------------
Les racistes, c'est comme les arabes : ça ne devrait pas exister. (Coluche)

Propriétaire et inventrice des concepts suivants : TPMG, CNAQA, JITVB
(Tout Pour Ma Gueule, Ca N'Arrive Qu'aux Autres, Jusqu'Ici Tout Va Bien)


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Swan

Il suffira d'un Cygne...



-= Chaos Legions =-
Inscription le 02-04-02
Messages : 1135



Inconnu  Age : ???
Lieu de résidence :

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Outremonde' a été posté le : 05/11/05 19:38
- Je suis désolée de t’avoir fait venir chez moi, mais je n’avais pas trop le choix, commença le Maître-veilleur. Au moins, je suis sûre que personne ne nous écoute ici.

- Justement, j’aurais voulu vous parler de quelque chose… entama Jen, le ventre noué par le souvenir de sa vision.

- Bien sûr. Mais pour le moment il faut que tu m’écoutes. Cela t’éclairera sûrement. Ou bien le contraire. Cela dépend du point de vue auquel on se place. Malheureusement, nous n’avons pas beaucoup de temps.

- Je vous écoute, répondit la jeune femme, la main droite légèrement crispée contre l’accoudoir.

- Voilà. J’ai bien réfléchi à ce que j’avais mémorisé hier soir, dans l’appartement 511. Malgré la douleur qu’elle m’infligeait, j’ai vu et revu cette image dans mon esprit, afin de savoir ce qu’elle cachait. J’ai préféré te dire avant tout le monde de quoi il s’agissait, avant qu’ils ne s’emparent de l’affaire.

L’agent du SOR fronça les sourcils, tandis qu’une idée qui lui semblait saugrenue lui vint en tête.
- Est-ce si grave que ça pour que les Services Spéciaux puissent être impliqués ? lança-t-elle, étonnée.

Le regard clair et navré de la fillette confirma ce que Jen craignait.

- D’accord… souffla la jeune femme.

- Cette intense lumière que j’ai vue ce soir-là, ce n’était pas normal, reprit la fillette. Il n’existe pas beaucoup de causes pour lesquelles elle se déclenche aux yeux des Veilleurs. Après de multiples visions à partir de la disparition de Nino Varanne, je n’ai pu en conclure qu’une seule chose. Si la disparition s’est faite de façon si violente, c’est que… elle s’est faite par l’action de Chimères.

- Quoi ? Mais… Mais vous savez bien que…

- Oui, c’est impossible. En principe, elles ne peuvent passer la frontière qui sépare les Zones d’Ombres des Métropoles. Je ne peux pas expliquer comment une ou plusieurs Chimères ont pu venir jusqu’ici. Mais si c’est le cas, alors il s’agit d’une affaire d’Etat.

- ********… soupira Jen pour elle-même.

Elle était tombée sur un os, et un gros. Elle ne savait pas par où commencer, et ignorait même si elle était de taille à affronter un problème aussi inquiétant. Les Chimères… Elle n’en avait jamais vu, fort heureusement. Peu ressortent sains d’esprit après avoir rencontré une de ces créatures spirituelles qui rodent dans les no man’s land que constituent les Zones d’Ombres.

- Que… Que voulez-vous que je fasse contre ça ? fit Jen en se levant. Tout cela risque de me dépasser bientôt, alors pourquoi ne pas laisser cette affaire à…

- A la Haute Direction ? Au Services Spéciaux ? Peut-être. Mais si j’ai voulu te parler de ça avant toute autre personne, c’est que je suis persuadée que tu résoudras cette enquête bien mieux que ces gens-là. Eux… Eux se contenteront de dissimuler. Mais cette affaire est trop importante pour la laisser ainsi. Il ne se passera pas plus de vingt-quatre heures avant qu’ils ne soient au courant. Alors je te suggère de te dépêcher d’ici là.

- Très bien… murmura la jeune femme, encore sonnée par la nouvelle.

- Au fait, tu avais quelque chose à me dire…

- Rien de très important, comparé à ce que je viens d’apprendre, répondit-t-elle avec une pointe de regret. Juste une méditation qui a mal tourné.

- Ne sous-estime pas ton intuition, rappela Mila. Si tu en éprouves le besoin, tu pourras toujours m’appeler.

- Merci. Je ferai de mon mieux. Je ne vais pas tarder à y aller, maintenant. J’ai pas mal de boulot, je crois. Vous ne savez absolument pas comment une Chimère aurait pu atteindre la Métropole ?

- Non, malheureusement. Mais il serait bon de creuser par là.

- C’est ce que je pensais. Merci pour les informations. Je vous préviens quand il y a du neuf. Je garderai tout ça pour moi, jusqu’à ce que la situation change.

- Très bien. A bientôt, Jen. Tu sais où se trouve la sortie.

Après un bref signe de tête, Jen se retourna, traversa le couloir d’entrée à grande enjambées, et sortit en claquant la porte, sans même avoir aperçu le visage intrigué d’Hector Marcignac à travers l’entrebaillement d’une antichambre donnant sur le corridor.




--------------------
Les racistes, c'est comme les arabes : ça ne devrait pas exister. (Coluche)

Propriétaire et inventrice des concepts suivants : TPMG, CNAQA, JITVB
(Tout Pour Ma Gueule, Ca N'Arrive Qu'aux Autres, Jusqu'Ici Tout Va Bien)


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Swan

Il suffira d'un Cygne...



-= Chaos Legions =-
Inscription le 02-04-02
Messages : 1135



Inconnu  Age : ???
Lieu de résidence :

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Outremonde' a été posté le : 10/12/05 15:05
La bibliothèque du Centre. Pas la plus chaleureuse de la Métropole, mais elle avait l’avantage d’être ouverte de nuit et de ne faire partie d’aucune Maison. Un peu de neutralité pour des recherches policières, c’était tout ce que Jen recherchait.

Une Chimère en pleine ville… Les Chimères, sources de toutes les angoisses… Jen en avait entendu parler, par chuchotements, peu après son arrivée en Outremonde. Elle pensait au début qu’il s’agissait d’histoires à faire peur, inventées afin de contenir la population de Lutecia à l’intérieur des terres habitables. Elle se doutait aussi que ces histoires étaient inspirées par une réalité bien plus inquiétante et étrange.
Il était tant à présent de tirer les choses au clair.

Elle pénétra dans le hall froid de la bibliothèque, tout en carrelage et en haut plafond. Les pas de la jeune femme résonnaient de façon glaciale entre les murs impersonnels du bâtiment.
Il se faisait tard. Presque minuit. Elle laissait les ténèbres derrière elle pour s’engouffrer dans l’atmosphère silencieuse de la salle de lecture. Le bibliothécaire, affublé d’un costume marron trop grand pour lui, la regarda à peine, trop occupé à remplir des registres.

Jen franchit une porte en verre sur sa gauche et entra dans la salle consacrée aux sciences. Pour découvrir le mystère lié au Chimères, elle devrait lire des ouvrages de tous bords, afin d’avoir une vision objective de ce qui l’attendait.

Elle parcourait les rayons un à un, espérant trouver des livres généralistes et d’autres plus pointus, mais également plus contestables. Elle dut avoir recours à une petite lampe de poche qu’elle emportait toujours dans son sac, en raison de l’obscurité de la grande pièce. En effet, seules les tables de travail en bois verni étaient éclairées par de faibles lumières incolores. La salle entière se faisait jeu d’ombres et de mouvements diffus.

Pendant une vingtaine de minutes, elle parcourut les différents rayons, prenant parfois au passage un ouvrage qui l’inspirait parmi les rangées. Elle se sentait englobée par le silence, à la fois réconfortant et intimidant, tandis qu’elle ajoutait peu à peu à sa pile des livres supplémentaires. Elle en avait à présent cinq ou six. Cela suffisait pour commencer, pour défricher le terrain.
Jen repéra une petite table et s’y installa. Elle déposa ses livres à gauche de la surface de bois, et éteignit sa lampe de poche, car elle n’en avait plus besoin : elle était à présent éclairée indirectement par une froide lumière terne projetée sur le bureau.

La jeune femme entreprit d’ouvrir le premier écrit, une encyclopédie qui datait d’une trentaine d’années. Il fallait bien commencer par quelque chose. Une fois arrivée dans l’index, elle s’arrêta net : elle n’avait pas remarqué, loin en face d’elle, le visage simiesque d’un vieillard assis comme elle à une table de travail à l’autre bout de la pièce, les rides creusées par les ombres générées par la lampe de bureau qui éclairait son faciès par en-dessous. Les longs cheveux blancs et filasses penchés sur un manuscrit, il adressa à la jeune femme un rapide regard qu’elle eut du mal à déchiffrer. Elle s’apprêta à réagir, lui rendre son regard ; mais le vieil homme se replongea immédiatement dans son ouvrage.
Lui vint soudainement cette réflexion, que bien peu étaient les personnes faisant des recherches à cette heure-ci dans une bibliothèque non affiliée, et qu’il devait exister de bonnes raisons pour qu’elles le fassent. Etrange. Comme si ce vieillard et elle étaient tenus sous le sceau du secret, sans connaître le secret de l’autre.

Elle reprit ses esprits et sa lecture, puis trouva enfin la bonne page.

« Ni esprits ni créatures physiques, les Chimères, parfois appelées Spectres, semblent être des « projections spirituelles », bien que de nombreuses théories existent sur la nature même de ces Spectres. Ces créatures, ou plutôt créations, ont la faculté de revêtir n’importe quelle forme, le plus souvent monstrueuse et toujours immatérielle et translucide. Elles n’ont pas l’air d’avoir une conscience propre ou une intelligence semblable à celle de l’être humain mais se meuvent et se transforment selon les ondes psychiques émises par les hommes qui ont le malheur de les croiser.
Si les Chimères n’ont pas de conscience, elles ont néanmoins pour capacité de provoquer un choc psychique extrêmement violent à quiconque, en revêtant pour chaque humain qu’il croise l’apparence de ses craintes les plus secrètes. Créatures d’angoisse et de folie, les Spectres sont parfois appelés ainsi car selon certaines Ecoles, notamment celle des scientifiques, ils sont juste la projection des angoisses profondes que les morts rejettent une fois qu’ils échouent en Outremonde. Cela pourrait expliquer la puissance étourdissante et sans cesse grimpante des Chimères, au fur et à mesure que les morts se deversent dans ce monde. »

- Encyclopédie générale, 2001.



--------------------
Les racistes, c'est comme les arabes : ça ne devrait pas exister. (Coluche)

Propriétaire et inventrice des concepts suivants : TPMG, CNAQA, JITVB
(Tout Pour Ma Gueule, Ca N'Arrive Qu'aux Autres, Jusqu'Ici Tout Va Bien)


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Swan

Il suffira d'un Cygne...



-= Chaos Legions =-
Inscription le 02-04-02
Messages : 1135



Inconnu  Age : ???
Lieu de résidence :

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Outremonde' a été posté le : 13/12/05 14:45
Le reste n’avait pas trop d’importance. Elle nota quelques éléments dans son carnet, puis s’empara du second livre de la pile. Celui-ci était plus ancien, et n’avait apparemment pas été ouvert depuis longtemps.



« Les Chimères sont les angoisses et la culpabilité dont nous nous dépouillons lorsque nous entrons dans le monde des Morts. On a pu remarquer que lors des années 1940, les ravages des massacres et les traumatismes des morts affluents ont donné un souffle nouveau aux créatures formées par nos propres craintes et fautes. Leur influence a décuplé. Les Zones d’Ombre ont gagné davantage de terrain, grignotant peu à peu les terres habitables. Et cela continue aujourd’hui. Le Purgatoire s’étend irrémédiablement, comme pour nous rappeler notre imperfection. Au fur et à mesure que les morts s’entassent en ce monde, nous sommes rattrapés par nos propres peurs, par nos Ombres. Jusqu’à ce que les Ombres nous engloutissent pour le siècle des siècles. »
- Extrait d’un obscur ouvrage chrétien, 1977 .

Un vieux débat que celui-ci. Jen en entendait parfois parler dans les médias, ou autour d’elle. Ce qu’elle venait de lire était une position envisagée par pas mal de gens. La conclusion donnée par le livre, par compte, était selon elle une variante religieuse de ce que de plus en plus pensaient. Quand bien même ces propos étaient vrais, que pourrait-on faire ? Il n’y a aucun moyen de refouler de nouveaux arrivants. Impossible d’empêcher la mort de qui que ce soit.

En lisant cet extrait, elle n’avait que ravivé dans son esprit le souvenir des craintes qu’elle percevait parfois en Métropole. Rien de nouveau.
Elle s’attarda alors sur un petit ouvrage recouvert de tissu couleur violine légèrement effiloché. Ce livre l’avait intriguée, alors qu’elle se promenait dans les rayons de livres occultistes. Elle l’ouvrit en première page, à la Table des matières. Il sentait la cendre. Après quelques secondes de reflexion, elle s’arrêta à la page 33.

« Il est impossible de dissocier Zones d’Ombre et Chimères. Les Spectres sont les Zones d’Ombre, les Zones d’Ombre sont les Spectres. Créés à partir de notre propre matière, ils nous amènent à nier notre propre matière. Fou est celui qui veut les invoquer, car nul ne peut les dompter. Rares sont ceux qui peuvent dompter leur propre terreur. »
- Manuel occultiste vulgarisé, 1986.

La jeune femme se surprit à bailler, plus par reflexe que par réelle réaction physiologique. C’était son esprit qui était à la dérive. La journée avait été longue, et son accident en salle de méditation ne faisait rien pour faciliter sa concentration. Mais elle ne pouvait se reposer. Pas maintenant. Le temps lui était compté.
Alors qu’elle lisait la suite de l’article en diagonale, elle tomba sur la phrase suivante :

« La seule façon de contrôler les Ombres est d’être fait d’Ombre. »
- Manuel occultiste vulgarisé, 1986.

A cette lecture, Jen fronça un peu les sourcils. Au travers de ses pensées embrumées, elle ne comprit pas toutes les implications de cette formule, mais l’inscrivit en toute hâte sur son carnet. Elle ne savait pas quelle heure il était, mais il devait se faire déjà tard. Jen avait l’impression d’être dans un lieu à la fois confiné et abandonné, tellement son impression de solitude grandissait au fur et à mesure que le temps avançait.
Luttant contre son épuisement et son découragement face à un travail qui lui semblait presque impossible, elle se saisit d’un autre ouvrage, un carnet à la reliure à moitié déchirée.

« 12/11/1955. Le patient Duaumont est décédé cette nuit, victime d’une crise d’épilepsie aigue. Il ne nous reste aujourd’hui plus qu’un seul sujet. Une seule personne à notre connaissance qui ne s’est pas annihilée spontanément face à une Chimère. Nul doute que la crise des années 1940 a laissé de profondes séquelles sur les Zones d’Ombre et leur dangerosité. »
- Essai de médecine, 1963.

Ainsi passa la nuit. Rangeant et sortant continuellement de nouveaux livres dans les rangées alignées comme des murs, s’installant toujours plus chargée à son bureau, lisant des billets d’humeur et autres définitions, prenant des notes de moins en moins lisibles, Jen sentait que plus elle tentait d’avancer, plus elle s’enlisait. Les livres commençaient à lui tomber des mains lorsqu’elle faisait la navette entre les rayons et sa petite table, et s’entassaient de plus en plus à côté d’elle, vides de tout contenu qui pourrait l’aider à y voir plus clair.

Il lui manquait clairement des notions d’hébreu ancien pour certains ouvrages obscurs de la Cabbale. Les conseils d’alchimistes morts ne lui serviraient à rien non plus.
Peu à peu, elle se rendait compte que même des écrits destinés aux enfants ne seraient plus aptes à être compris par son esprit mal en point. Sa vision se fit plus trouble… Elle ne vit plus le vieillard…

Elle sombra dans le sommeil.



Dernière mise à jour par : Swan le 14/12/05 21:05

--------------------
Les racistes, c'est comme les arabes : ça ne devrait pas exister. (Coluche)

Propriétaire et inventrice des concepts suivants : TPMG, CNAQA, JITVB
(Tout Pour Ma Gueule, Ca N'Arrive Qu'aux Autres, Jusqu'Ici Tout Va Bien)


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Swan

Il suffira d'un Cygne...



-= Chaos Legions =-
Inscription le 02-04-02
Messages : 1135



Inconnu  Age : ???
Lieu de résidence :

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Outremonde' a été posté le : 14/12/05 15:00
Elle se sentait comme flotter et tomber à la fois. Son corps était devenu ductile, insensible à la pesanteur, mais davantage à… à quoi, d’ailleurs ? Confusion.

Elle se retrouva tout d’un coup, pieds nus sur un sol couleur de granit. Son visage était frappé par des vents emplis de poussière charboneuse. Elle devait presque tout le temps fermer les yeux. Qu’importe, finalement : il y faisait presque aussi noir que dans une pièce plongée dans l’obscurité totale. Un immense fracas la fit sursauter ainsi qu’une lumière violente qui disparut tout aussi brutalement. Elle leva la tête vers le ciel : celui-ci, d’un noir impénétrable, semblait d’une hauteur infinie. Plus élevé que tous les ciels du monde des Vivants. Sans aucune brume que ce soit. Noir. Secoué d’éclairs monstrueux, ponctuels et saccadés. On aurait dit que du ciel ténébreux descendaient des colonnes d’ombre tout aussi denses, recouvrant la totalité du paysage désolé qui s’étendait devant les yeux de Jen.

Ses sens furent interpelés par un son étrange, qu’elle ne reconnut pas au début. Elle était irrémédiablement attirée par ces ondes comme venues d’un autre univers. Marchant comme une somnambule, la voute plantaire brûlée à chaque pas, ignorant la douleur, elle avança vers l’origine de cette mélodie. Car il s’agissait bien d’une musique… Un air solitaire et discordant, mélancolique et éthéré. Elle ne sentit pas tout de suite les larmes qui coulaient sur son visage. Elle ne comprit pas tout de suite à qui appartenait cette chevelure brune comme accrochée à ce qui ressemblait à une poupée blafarde. Mais non. Il s’agissait d’une femme.
Elle ne l’avait encore jamais vu, cet être squeletique exprimant sa souffrance profonde. Mais plus elle se rapprochait d’elle, plus elle devinait ce que signifiait cette mélodie. Tant de regrets. Tant d’angoisse viscérale. Et puis… Et puis ce violon. Elle pleurait aussi, la jeune femme livide recouverte de cendres.

« Erin… »
En ce simple mot, Jen avait eu l’impression à la fois de prononcer plusieurs phrases et de s’être tue. Mais peu importe. La violoniste décharnée continuait de jouer telle une automate. Ses yeux verts avaient l’air comme gonflés artificiellement, comme deux bubons sortant légèrement de leurs orbites. La tête baissée, elle paraissait intouchable, traversée par une maladie pervertie qui détruisait tout ce qu’il y avait de beau.

Quelque chose de froid frôla l’épaule de Jen. Quelque chose de liquide. La jeune femme baissa les yeux : c’était une goutte d’une substance noire et huileuse. D’autres gouttes ne tardèrent pas à venir, constituant une pluie démoniaque recouvrant peu à peu tout d’une lymphe noirâtre qui gangrénait la chair de la jeune femme.
Le visage devenu masque ruisselant de larmes et de substance sombre et luisante, Jen se rapprocha davantage d’Erin l’informe torturée, Erin qui continuait sans cesse sa mélodie discordante, et lui dit quelque chose qu’elle oublia instantanément.

C’est alors que soudain, la musique s’arrêta et le visage poupin de la violoniste se redressa violemment sur son cou cassant. Ses yeux avaient changé. Son regard… Son regard… Rouge. Erin, ou ce qui lui ressemblait, ouvrit la bouche. Rien n’en sortit. Elle sembla faire plusieurs essais, ouvrant et fermant sa machoire à des rythmes irréguliers, sans qu’aucun son ne put être prononcé. Son visage et ses cheveux emmêlés étaient presque entièrement recouverts de pluie démentielle et poisseuse. On aurait dit une marionette défaillante.

Puis tout d’un coup, une voix froide et métallique comme sortie de nulle part résonna dans la partie la plus intime de l’esprit de Jen, qui ne put retenir le flot inoui qui pénétrait dans ses pensées.

« La seule façon de contrôler les Ombres est d’être fait d’Ombre. »

Son esprit éclata en mille morceaux, irradié par cette lueur rouge…


Dernière mise à jour par : Swan le 14/12/05 21:34

--------------------
Les racistes, c'est comme les arabes : ça ne devrait pas exister. (Coluche)

Propriétaire et inventrice des concepts suivants : TPMG, CNAQA, JITVB
(Tout Pour Ma Gueule, Ca N'Arrive Qu'aux Autres, Jusqu'Ici Tout Va Bien)


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Swan

Il suffira d'un Cygne...



-= Chaos Legions =-
Inscription le 02-04-02
Messages : 1135



Inconnu  Age : ???
Lieu de résidence :

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Outremonde' a été posté le : 24/12/05 03:49
Elle hurla. Longtemps. De toute son âme.

Dans son égarement, elle ne comprit plus où elle était. Ni même ce qu’elle était. Elle jeta plusieurs coups d’œil terrifiés autour d’elle, prête à voir surgir n’importe quoi. Mais tout ce qu’elle voyait était une image confuse et aveuglante, aveuglante car trop imprégnée de lumière. Il faisait jour. Et même le plus petit chatoiement fade provenant des fenêtres lointaines agressait son regard. Son visage lui faisait mal. Son corps la tiraillait. Elle toucha ses joues avec les paumes de ses mains. Aucune cicatrice apparente. Aucune corrosion de cette… de quoi déjà ? Seule une voix, une voix inhumaine retentissait dans son esprit. Ainsi que cette… ces yeux… Non.

Jen ferma les yeux. Il fallait qu’elle se reprenne. Elle avait une mission. Mais pour l’instant, ses pensées étaient si perturbées qu’elle avait presque oublié ce qu’elle faisait là. Assise à un bureau, des livres renversés par terre.

Elle n’aperçut pas tout de suite les regards effrayés, inquiets ou méprisants des quelques personnes matinales qui se trouvaient avec elle dans la grande salle de lecture. Un homme d’aspect sextagénaire, l’air un peu géné, s’approcha d’elle et lui demanda si elle allait bien. Elle répondit en bredouillant, comme si sa voix était devenue plus… éthérée.

Il l’aida à ramasser ses livres puis les déposa sur la table, sans poser aucune question sur l’aspect hétéroclite de ces écrits. Jen demeurait quasiment paralysée, incapable de faire le moindre geste. Une sorte de bourdonnement résonnait dans ses oreilles. Tout en elle était figé et engourdi. Lorsque l’inconnu eut fini de ramasser ses ouvrages, elle le remercia en bafouillant un vague merci.

Elle voulait sortir de là. Elle ne se sentait plus à sa place. Les expressions parfois appuyées des gens autour d’elle lui donnaient la nausée. Elle aurait bien voulu témoigner plus de reconnaissance envers celui qui l’avait aidée. Mais elle était trop secouée pour faire quoi que ce soit. Lentement, par des gestes fantomatiques, elle rassembla ses affaires. Avec difficulté, elle réussit à se lever en s’appuyant sur sa table de travail.
D’un pas vacillant, elle se dirigea vers la sortie de la bibliothèque, vers la terne lumière du jour, sans jeter un regard sur les autres lecteurs, qui l’observaient avec crainte.

Une fois arrivée chez elle, par des moyens qu’elle avait oubliés, elle ne se sentait toujours en phase avec le monde. Elle s’étendit sur son matelas, son esprit comme mort. Puis se plongea dans un sommeil morne.




- Jour 3 -


La petite aiguille du réveil se déplaça vers le chiffre quatre. Jen fut comme secouée par un frisson, lorsqu’elle se réveilla. Le bruit sourd de la circulation, vingt-cinq étages plus bas, remontait jusque dans sa chambre. Il faisait plutôt chaud, un peu étouffant.
Pendant une durée indéfinie, Jen resta ainsi, allongée sur le dos, vide de toute pensée. Elle se contentait de contempler les murs jaunis et fissurés de son appartement. Le temps paraissait s’étirer irrégulièrement, et tout se réduisait à la respiration enfiévrée de la jeune femme et aux angles du plafond bas qui semblaient se rapprocher ou s’éloigner d’elle au fur et à mesure de ses battements de cœur.
Puis tout d’un coup, une sonnette d’alarme résonna dans son esprit. Il s’agissait plus d’un reflexe vital que d’une pensée formulée. D’une façon ou d’une autre, il fallait qu’elle réagisse. Elle ne pouvait pas rester là. Au lieu de se redresser sur son matelas, chose qu’elle croyait impossible à réaliser tant elle se sentait affaiblie, elle se roula sur le côté, pour finalement tomber de son matelas et percuter le plancher branlant. Le choc de son épaule contre le sol la surprit, et acheva de l’éveiller au monde extérieur. Ainsi elle avait encore un corps solide, matériel. Elle était encore de ce monde.
Jen s’appuya sur ses mains pour se relever, et à force d’efforts, parvint enfin à se mettre debout.

Elle s’aperçut qu’elle était étrangement en sueur, une réaction physiologique de plus en plus rare dans ce monde désincarné. Lentement, comme un petit enfant aux gestes pleins de précaution, elle se changea et enfila une tenue plus sombre. Elle se sentait un peu fiévreuse, et avait un arrière goût amer au fond du palais.
Après avoir rassemblé ses affaires qu’elle mit dans son sac, elle quitta la petite chambre sans un bruit, puis la ferma à clé.

Il n’y avait qu’une seule personne qui pourrait l’aider.




Dernière mise à jour par : Swan le 24/12/05 03:51

--------------------
Les racistes, c'est comme les arabes : ça ne devrait pas exister. (Coluche)

Propriétaire et inventrice des concepts suivants : TPMG, CNAQA, JITVB
(Tout Pour Ma Gueule, Ca N'Arrive Qu'aux Autres, Jusqu'Ici Tout Va Bien)


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Swan

Il suffira d'un Cygne...



-= Chaos Legions =-
Inscription le 02-04-02
Messages : 1135



Inconnu  Age : ???
Lieu de résidence :

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Outremonde' a été posté le : 30/12/05 01:28
Elle aurait bien voulu qu’il pleuve. Qu’il tombe des gouttes d’eau pure sur toute la ville, qui ruisselleraient sur chaque être et chaque toit de la Métropole. L’élément de l’eau lui manquait. Mais la brume était toujours là, masquant le reste du ciel et ternissant les couleurs.

Jen réussit à se trainer jusqu’à la place la plus proche, et attendit quelques minutes, exténuée.

Un taxi ne tarda pas à venir, et la jeune femme, soulagée, put monter à l’intérieur. Il s’agissait d’une auto des années quatre-vingt, conduite par un chauffeur noir moustachu qui ne posa pas de questions quant au piteux état de sa cliente.

- Amenez-moi à la rue Sartre dans le vieux quartier, s’il-vous plait, souffla-t-elle.
Elle ne dit plus un seul mot pendant le reste du trajet.




Lorsqu’elle arriva devant la porte de Mila, elle était presque en pleurs. Elle se sentait salie, maladee. Un peu honteuse, elle rassembla ce qui lui restait de courage pour appuyer sur la sonette. Ce fut Hector Marcignac qu’elle retrouva derrière la porte.
Elle aperçut son regard étonné, un peu préoccupé.

- … Mademoiselle Oslo ?… Est-ce que vous allez bien ?
- Je… Je dois voir Maître Mila.
Hector frotta son menton mal rasé du dos de la main, l’air dubitatif.
- Elle n’est pas là, répondit-il. Elle doit bientôt revenir. Entrez.

Il la laissa passer devant lui, avant de refermer la porte. Jen jeta un coup d’œil vers la grande horloge à balancier de l’entrée : il était passé cinq heures.
- Je peux vous amener dans le salon, en attendant qu’elle vienne, si vous voulez.
- Oui… bredouilla la jeune femme, l’esprit un peu ailleurs.

Elle le suivit sans un mot jusqu’à ce qu’elle pénètra dans la pièce. Il s’agissait de la salle où elle avait été reçue la veille par Maître Mila. L’atmosphère y était toute autre : les lourds rideaux pourpres aux motifs discrets étaient ouverts, laissant passer à travers les vitres une douce lumière bleutée. Dans l’obscurité de la nuit précédente, elle n’avait pas remarqué la quantité de bibelots et d’objets précieux qui ornaient le salon. Elle remarqua en particulier une grande fiole en cristal sculpté déposée sur un buffet de bois sombre.

- Asseyez-vous, fit Marcignac. Vous voulez peut-être un verre d’eau ? Vous semblez bien pâle…
- Non, merci. Je vais attendre ici. Merci de me recevoir.
- Si vous avez besoin de moi, je suis dans le bureau au début du couloir.

Il sortit de la pièce. Quelques secondes plus tard, elle entendit une porte au loin se fermer.

Pendant près de deux heures, les yeux grands ouverts, elle resta immobile, telle une poupée disloquée déposée négligeament au milieu d’un fauteuil de cuir.



Le claquement de la porte d’entrée ne la fit pas réagir. Les pas délicats qui résonnèrent dans le couloir n’urent pas plus d’effet. Jen entendait, au loin, des bribes de voix, sans que cela ne l’affecte de quelque façon que ce soit. Elle était à présent déconnectée du monde extérieur.

Mila venait juste de revenir chez elle, après une séance de méditation fort productive. Hector Marcignac l’accueillit, et pendant que la fillette défaisait son manteau, il lui expliqua la situation.

- Je ne voyais pas d’autre solution…, murmurait-il. C’est comme si elle était atteinte de maladie, mais on sait bien que les seules maladies ici sont d’ordre psychique. Elle tenait à vous voir.
- Tu as bien fait, Hector, répondit Mila un peu perplexe. Je vais voir ce qu’elle a. J’aimerais que tu restes dans la pièce avec moi.
- Très bien.

Tous deux se dirigèrent vers le fond du couloir. Mila poussa la porte vitrée et eut comme un frisson lorsque ses yeux se posèrent sur un tableau troublant. Là, tronant sur son fauteuil pourpre, un être qui ressemblait à une statue de cire se tenait, les deux mains agrippées sur les accoudoirs, le teint livide, les yeux grand ouverts d’un bleu glacial. Lentement, Maître Mila s’approcha de la jeune femme immobile. Au fur et à mesure qu’elle avançait, elle distinguait des détails qu’elle n’avait pas aperçus auparavant sur cette personne. Des gouttes de sueur, chose étonnante, perlaient sur ses tempes, et un léger tremblement, presque imperceptible, la secouait de façon régulière.

- Elle doit être en état de choc, dit la fillette à l’homme qui se tenait derrière elle.
- Si je peux faire quoi que ce soit… avança Hector.
- Je vais tenter quelque chose.

Alors Mila pris la main gauche de Jen entre les siennes, puis ferma les yeux durant plusieurs secondes. La pièce était à présent plongée dans le silence complet, tandis que la petite fille mettait en œuvre toute sa concentration.

- Réveille-toi… murmura-elle d’une voix étrange.

Il se passa quatre ou cinq secondes, suspendues dans l’air ambiant, durant lesquelles Hector Marcignac observait sans un bruit la scène avec fascination et inquiétude. Alors une minucule décharge secoua le corps de Jen, au visage toujours inexpressif. Un souffle se fit entendre, venant de la jeune femme. Une larme solitaire coula de son œil droite. Puis elle cligna enfin des yeux.

- Calme-toi, Jen, fit la voix de Mila, un peu affaiblie. Tu es en sécurité. Tout va bien.
- Et vous, maître Mila ? intervint Marcignac, suivant son intuition. Vous sentez-vous bien ?…

Mila se retourna alors vers son garde du corps et celui en qui elle avait fait confiance depuis plusieurs décennies. Elle déglutit péniblement, et l’espace d’un instant, Hector put apercevoir, non sans émotion, des traits plus adultes se dessiner sur le visage angélique de Mila, puis s’estomper tout aussi subitement.

- Oui, Hector. Il n’y a pas à s’inquiéter. Ce que j’ai fait à Jen… Une simple transmission d’énergie. Elle en avait bien plus besoin que moi.

Marcignac acquiesca de la tête. Un faible gémissement se fit entendre.

- Mila… Maître Mila… souffla Jen, encore sous le choc.
- Je suis là, répondit la fillette.

La jeune femme leva péniblement la main droite, qu’elle porta à son visage. Elle fut comme étonnée d’y trouver quelques larmes. Elle jeta un regard un peu effrayé vers l’ombre qui se trouvait derrière celle qui lui avait transmis la force de sortir de… Elle ne savait plus. Elle reconnut enfin l’homme qui l’observait silencieusement. Marcignac.

- Je suis désolée, réussit-elle à dire. Je suis désolée.
- Ce n’est rien, répondit la petite fille. Tu étais en état de choc.

Peu à peu, la peau de Jen devenait moins pâle. Ses traits se firent moins tirés, peu à peu plus… en vie.
- Qu’est-ce qui m’est arrivé ?

Mila n’avait toujours pas retiré ses mains de celle de Jen. Comme si la jeune femme avait encore besoin d’elle pour marcher dans son propre esprit. Mila prenait une voix douce, compréhensive.

- Il arrive des fois que, lorsqu’on a vécu quelque chose de particulièrement violent, cela se traduise par des symptômes de maladies tout à fait physiques. Comme dans le monde des Vivants. Sauf que là, c’est juste ton esprit qui exprime son malaise par ce moyen-là. Jen… Que s’est-il passé pour tu aies été comme ça ?

La jeune femme ferma les yeux, perdue. En se replongeant dans ses souvenirs, elle était terrorisée à l’idée de les revivre à nouveau. De ne plus pouvoir s’en sortir.

- Il faut que tu m’aides à rester ici. Je… J’ai peur de m’y perdre, tu comprends ?
- … Oui. Tu ne seras pas prisonnière, Jen. Mais si tu veux que je t’aides, tu dois en parler.
- D ‘accord.

Elle prit une grande inspiration. Comme si cela avait de l’importance. Puis elle commença.



Dernière mise à jour par : Swan le 30/12/05 01:43

--------------------
Les racistes, c'est comme les arabes : ça ne devrait pas exister. (Coluche)

Propriétaire et inventrice des concepts suivants : TPMG, CNAQA, JITVB
(Tout Pour Ma Gueule, Ca N'Arrive Qu'aux Autres, Jusqu'Ici Tout Va Bien)


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Ajouter aux favoris - Envoyer ce Sujet par E-Mail - Imprimer ce Sujet
Dernier Message - Message le plus récent
Pages: [ 1 ] 2

Open Bulletin Board 1.X.X © 2002 Prolix Media Group. Tous droits réservés.
Version française, modules et design par Greggus - enhancement par Frater