Ajouter le Forum à vos Favoris
- - - -
Vous êtes ici : Forum Pen Of Chaos > Horreur sur le web > Littérature fantastique - BDs, Mangas, Comics ... > Nouvelles, essais, écrits divers d'entre nous > La Geste du prince Coriolan > Réponse au Sujet 'La Geste du prince Coriolan'
Sujet : La Geste du prince Coriolan

Dernier Message - Message le plus récent
Ajouter aux favoris - Envoyer ce Sujet par E-Mail - Imprimer ce Sujet
Oph qu ourse

Thorp bonheur



-= Dungeon Keeper =-
Inscription le 27-07-01
Messages : 7409



Femme  Age : 46 ans
Lieu de résidence : l'Antre des Ours

Pourquoi vous regardez ca ?
Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'La Geste du prince Coriolan' a été posté le : 19/12/05 17:57
Mon rôle de messager me porta jusqu'à Kiandra-ville, pour délivrer une lettre au seigneur Nialroc. L'intendant vérifia longuement la note que Rosine m'avait confiée à son intention avant de consentir à porter le parchemin cacheté à son maître. On me fit patienter bien trop longtemps dans une antichambre déserte avant de me donner une réponse, si bien que je rentrai fort tard au temple. Je finis mon trajet à la nuit noire, obligé d'avancer au pas à la faible lueur de ma lanterne. Je ne pouvais pas compter sur les lunes : les deux qui étaient levées montraient à peine un fin croissant.
A mon arrivée, je ne trouvai que le silence de la nuit. On m'avait bien précisé que le message pouvait attendre le lendemain, ce qui m'arrangeait beaucoup, car je n'aurais pas voulu devoir réveiller Rosine.
Je décidai de laisser le parchemin en évidence sur la table de la cuisine. Je ne m'attendais pas à y trouver Lila, qui rêvassait agenouillée devant les braises.

"Tu ne dors pas ?" demandai-je en me débarrassant de mon message.
"Je n'avais pas sommeil. J'ai préféré t'attendre."
Elle vint poser les mains sur mon torse et respira profondément.
"J'aime cette odeur, tu sais."
"Quelle odeur ?"
"Celle des chevaux. Ces derniers temps, comme tu passes beaucoup de temps à cheval, tu en es souvent imprégné quand tu rentres le soir. Je trouve que ça te va bien."
"Venant de quelqu'un dont la religion lui interdit de monter à cheval, c'est étonnant..."
"Mais non !"
Elle posa la main sur ma bouche pour m'empêcher de l'interrompre.
"Un prêtre ne doit pas chercher à s'élever au-dessus du peuple. Or c'est une tentation fréquente chez les cavaliers, qui du fait de leur position élevée, voient le monde de plus haut. C'est uniquement pour cela que nous ne pouvons pas monter à cheval. Cela n'a rien à voir avec l'animal lui-même."
Son discours terminé, elle retira sa main et posa ses lèvres à la place.

Je l'emmenai vers le couloir en la tenant par la taille. Marquant un temps d'arrêt devant sa porte, je ne fus qu'à moitié surpris de me voir invité dans sa chambre. De toute évidence, une prêtresse de Gath pouvait sans problème avoir un mécréant dans son lit. Lila avait un physique plus ordinaire que mes précédentes partenaires. Je ne retrouvai en elle ni la fragilité de Myosotis, ni la fermeté de Yunel. Ce qui ne m'empêcha pas, un brin de maturité aidant, d'apprécier la douceur de ses courbes, accentuée par la lumière des bougies.
Nous prîmes moult précautions pour ne pas faire de bruit. Nous craignions moins de réveiller Rosine ou Zinal que de nous faire entendre si l'une ou l'autre s'éveillait par hasard. Malgré tout, à voir Lila serrer les dents et se cramponner au drap, je supposai qu'elle s'accommodait de la contrainte aussi bien que moi.

Je demeurai près d'elle dans le lit étroit, le visage perdu dans ses cheveux, enlaçant son giron de mon bras gauche. Elle caressa du bout des doigts mon tatouage ainsi exposé à ses yeux clairs.
"C'est joli, qu'est-ce que ça représente ?"
"Mon appartenance à mon peuple."
"Quel peuple ? J'avais cru comprendre que tu étais le fils d'un seigneur alaurien."
"Oui, mais j'ai prêté allégeance à un chef de clan, dans les terres du nord. Ce tatouage symbolise mon engagement irréversible."
"Décidément, tu n'as pas fini de me surprendre. Je ne pensais pas que tu avais autant voyagé."
"Oh, c'est moins loin que Matzar, la ville d'où j'ai embarqué..."
Elle sourit.
"Eh bien, maintenant, tu sais que je connais très mal la géographie du continent."
"J'imagine que tu n'en aurais guère l'usage. En tant que prêtresse de Gath, tu ne devrais pas être amenée à quitter les Roussettes."
"Tu as raison. Sauf si je renie ma foi et que je dois m'exiler."
"Autant dire que ça n'arrivera pas."
Je l'embrassai. J'étais fier de sa foi, alors même que son dieu me semblait créé de toutes pièces par les hommes à partir de manifestations chimériques. Peut-être était-ce parce que c'était ce qui la rendait forte, ce qui lui permettait de transcender sa condition de jeune fille timide et craintive.
_____

J'imagine que ce qui précède soulèvera quelques réactions du type "vous n'allez pas me faire croire qu'un gamin de seize ans est aussi romantique au pieu". Mais le fait est:
- que le prince Coriolan est très sentimental, comme vous aurez pu le remarquer si vous avez lu toute l'histoire.
- qu'il s'y est effectivement un peu pris comme un bourrin. Mais ça, il ne va pas s'en vanter!


--------------------
"Cet homme poireau est derrière toute l'affaire! Il couvre les aubergines mutantes!"
Lisez Sentaï School !
--------------------
Histoires | Amicale informelle des Vieux Pervers Libidineux | Pan Fighters
--------------------
Ex-Caribbean : la signature pirate.


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Oph qu ourse

Thorp bonheur



-= Dungeon Keeper =-
Inscription le 27-07-01
Messages : 7409



Femme  Age : 46 ans
Lieu de résidence : l'Antre des Ours

Pourquoi vous regardez ca ?
Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'La Geste du prince Coriolan' a été posté le : 19/12/05 19:23
Hop, hop, hop!
J'ai menacé Nounours des pires sévices s'il ne me réinstallait pas un scanner, et voici le résultat.

Spoiler si vous n'avez pas lu ce qui précède

(bon, en fait, c'est Nounours qui a proposé, tout ça...)


--------------------
"Cet homme poireau est derrière toute l'affaire! Il couvre les aubergines mutantes!"
Lisez Sentaï School !
--------------------
Histoires | Amicale informelle des Vieux Pervers Libidineux | Pan Fighters
--------------------
Ex-Caribbean : la signature pirate.


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Oph qu ourse

Thorp bonheur



-= Dungeon Keeper =-
Inscription le 27-07-01
Messages : 7409



Femme  Age : 46 ans
Lieu de résidence : l'Antre des Ours

Pourquoi vous regardez ca ?
Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'La Geste du prince Coriolan' a été posté le : 20/12/05 18:24
Tandis que je me rhabillais, Lila s'intéressa aux quatre lignes blanches qui barraient mon dos en diagonale. Elle m'assura qu'elles étaient très fines. Les soins de la princesse Verrine y avaient sans doute été pour quelque chose. C'est en expliquant comment j'avais reçu ces cicatrices que je me rendis compte du temps écoulé. Nous étions proches du solstice d'été, ce qui signifiait que j'étais là depuis près de six mois et que le combat contre les daïmons remontait à plus de huit mois. Et aussi que j'avais seize ans révolus, l'âge auquel, si je n'avais pas fui Flerroé, on aurait commencé à me chercher une épouse, tout en continuant à me traiter comme un enfant. Ma nouvelle vie m'avait fait mûrir très vite, et m'avait aussi convaincu que j'étais trop jeune pour me fixer.
Lila me raccompagna jusqu'à la porte de sa chambre, ce qui ne faisait que trois ou quatre pas. Après quoi un Prince fourbu mais heureux se glissa dans le couloir à pas de loup, se jeta sur son lit et s'endormit bien vite.

Je m'éveillai tard dans la matinée, étonné qu'on m'eût laissé dormir aussi longtemps. J'avais probablement manqué la première prière, ce qui n'était pas pour plaire aux prêtresses. J'expédiai au plus vite les nécessaires ablutions pour ne pas perdre davantage de temps. Mais contrairement à ce que j'imaginais, personne ne me fit de remarque. Rosine interrompit même sa conversation avec une famille de paysans pour me remercier d'avoir porté son message. Quand je m'excusai pour ma paresse, elle sourit.
"Allons, vous êtes sans doute rentré tard dans la nuit à cause de moi, il était normal de vous laisser vous reposer !"
Rien dans son attitude ne semblait indiquer qu'elle savait ce qui s'était réellement passé au beau milieu de la nuit. Pourtant, je ne pus m'empêcher de songer qu'une femme comme elle n'était sans doute pas dupe.

Dès lors, je pris l'habitude de frapper certains soirs à la porte de Lila quand tout le monde était couché. Elle m'accueillait quand elle en avait envie, me congédiait gentiment dans le cas contraire, et jamais Zinal ou Rosine ne laissèrent entendre qu'elles s'étaient rendu compte de notre petit jeu. Parallèlement, je fus de plus en plus amené à m'éloigner du temple, appelé par les cultivateurs pour les aider aux champs. La vigueur que j'avais retrouvée lors de ma convalescence du printemps fut amplement mise à contribution.

Au plus fort de l'été, alors que je commençais à trouver cette vie simple et réglée un peu trop ennuyeuse, trois hommes vêtus de l'uniforme des prêtres débarquèrent à Kiandra-ville. J'appris leur arrivée de la bouche de Zinal, venue me chercher dans le champ où je ficelais des bottes de foin. La prêtresse ne me dit rien de plus, mais j'avais compris que l'heure était venue pour moi de dire adieu à cette île. Le Mont Divin s'était réveillé, Lila et moi devions partir au plus vite. Nous risquions même d'arriver trop tard, certaines éruptions ne durant que quelques jours. Je laissai tout en plan.
Au temple m'attendait une jeune prêtresse très nerveuse. Tous ses bagages tenaient dans un sac posé dans un coin de la cuisine, aux pieds des trois prêtres qui mangeaient du pain aux oignons.
"C'est le mécréant que nous attendions ?" demanda l'un d'eux.
"C'est bien lui, confirma Lila. Prince, nous devons partir dès que possible !"
"Pas de problème. Je prépare mes bagages. Comment fait-on pour mon cheval ?"
"Il y a de la place en cale," répondit le prêtre.
Il s'adressait au monde en général, pas spécifiquement à moi. Les paroles de Rosine avaient eu l'effet escompté.
La journée n'était pas finie que nous avions rallié la ville en chariot, chargé tant bien que mal Horizon à bord du voilier des prêtres et levé l'ancre. Je regardai s'éloigner la côte de Kiandra dans une lumière qui commençait à se teinter d'orangé. Le négociant de la maison Safran avait eu raison : cette île n'était qu'un caillou verdoyant posé au milieu des flots. J'y avais passé la moitié d'une année et je la quittais sans états d'âme. Au dessus de moi, la grand-voile était marquée du nom de Gath.


--------------------
"Cet homme poireau est derrière toute l'affaire! Il couvre les aubergines mutantes!"
Lisez Sentaï School !
--------------------
Histoires | Amicale informelle des Vieux Pervers Libidineux | Pan Fighters
--------------------
Ex-Caribbean : la signature pirate.


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Oph qu ourse

Thorp bonheur



-= Dungeon Keeper =-
Inscription le 27-07-01
Messages : 7409



Femme  Age : 46 ans
Lieu de résidence : l'Antre des Ours

Pourquoi vous regardez ca ?
Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'La Geste du prince Coriolan' a été posté le : 21/12/05 18:30
La nuit fut calme. On m'avait assigné une couchette, mais la chaleur de l'été me poussa sur le pont, où je somnolai dans les cordages après avoir parlé et bu avec les quelques marins qui composaient l'équipage. Ce navire était la propriété du culte, avais-je appris. Les prêtres d'Azion en possédaient trois au total. Les prêtresses de Kiandra, elles, ne possédaient rien ou presque.
Au matin, nous longions déjà les côtes d'Elossem. Lila vint me rejoindre sur le pont, et m'assura qu'elle voyait bien qu'il y avait quelque chose de vert entre le ciel et la mer. Je n'en regrettai pas moins de ne pouvoir lui prêter mes yeux l'espace d'un instant. Quitter Kiandra pour la première fois de sa vie et n'en garder que des images floues me semblait un cruel coup du sort.
Quand Elossem commença à s'éloigner derrière nous, ce fut au tour des mamelles de Borra d'émerger à l'horizon. Le relief de cette troisième île était plus accidenté, marqué par deux sommets principaux et creusé de quelques ravines au fond desquelles coulait l'eau douce. Nous eûmes la soirée pour admirer ce paysage au rythme du vent qui nous poussait. Puis une lune se leva, quelques étoiles, et je me résignai à aller me coucher. Nous arriverions à destination dans le courant de la matinée.

Azion n'était pas comme les trois autres Roussettes. Plus large, plus haute, l'île vivait autour de la baie de Gath par laquelle nous arrivions. Devant nous s'étalait Azion-ville, une cité portuaire qui pouvait presque rivaliser avec Ecume-sur-le-Voile ou Larrien. On distinguait des vignes et des hameaux sur les hauteurs. Au-delà, les sommets de la montagne se perdaient dans les nuées. Rien n'indiquait que quelque part sur cette île, un volcan s'était réveillé.
Le grand temple d'Azion, sis à l'ouest de la ville, disposait de son propre débarcadère. Le navire fut amarré peu avant la mi-journée. Nous retrouvâmes la terre ferme avec plaisir tandis que le voilier s'éloignait pour aller jeter l'ancre un peu plus loin, à côté de deux embarcations identiques. Horizon ne fut pas peu soulagé de pouvoir enfin sortir au grand air. Quant au corbeau, il s'empressa de se poser sur mon épaule, un geste qui acheva de me rendre antipathique aux yeux des prêtres. Tandis qu'on m'emmenait vers les écuries, Lila rejoignit un petit groupe de jeunes gens qui, comme elle, portaient la peau de mouton. Elle ne cherchait même pas à cacher son excitation. C'était un moment qu'elle attendait depuis trop longtemps.

Kiandra étant l'île la plus éloignée d'Azion, Lila était la dernière arrivée sur un total de neuf jeunes prêtres désireux de confirmer leurs voeux, et bien entendu, la seule de sexe féminin. Le groupe fut prit en charge par le Grand Prêtre d'Azion, un vieillard qui appuyait sur son bâton à pierre rouge une stature encore imposante. Je restai à l'écart pendant toute cette période. La prière collective et la bénédiction me furent interdites, ce qui ne me dérangea guère. Au contraire, j'en profitai pour promener Horizon et pour déposer discrètement une offrande aux esprits dans un coin tranquille du jardin.
Jamais je ne vis l'intérieur du grand temple d'Azion. Contrairement à ce que j'avais connu à Kiandra, les espaces de vie se trouvaient dans un bâtiment distinct, le grand édifice aux couleurs vives ne servant qu'à l'exercice du culte. Le regard des gardes qui demeuraient en permanence postés devant les grandes portes me fit comprendre que je n'avais pas le droit d'entrer. Je suppose que cette surveillance n'était pas déployée spécialement pour moi. Tous les étrangers devaient être ainsi exclus, sans doute à cause des nombreuses pierres rouges conservées dans le temple, qu'un mécréant pouvait considérer comme un trésor et se mettre en tête de dérober. Privé d'accès au bâtiment mais tenu de ne pas m'éloigner, je me retrouvai à court d'idées d'activités, et je finis par m'ennuyer ferme.

Le repas du soir vint fort à propos casser la monotonie. Les prêtres et les laïcs partageaient le même réfectoire, mais placé tout en bout de table, je ne vis Lila que de loin. Au milieu de la table furent placés de grands paniers contenant des produits de saison. Beaucoup de tomates, divers fruits d'été, des fromages, de la viande froide, quelques herbes aromatiques… Chacun pouvait piocher ce qui l'intéressait pour se constituer son propre plat. Pour quelqu'un d'affamé, c'était plus pratique que d'attendre d'être servi.
Après le repas, je fus seul à nouveau. Les candidats à la confirmation devaient prouver un par un leur vocation, puis participer tous ensemble à une veillée. Un prêtre me fit déposer mes bagages dans un dortoir, me signifia que ma présence ne serait requise que lors du départ pour le volcan, avant l'aube, puis me laissa. Je regardai les allées et venues jusqu'à m'en lasser. L'ennui, plus que la fatigue, me poussa au lit un peu plus tôt que de coutume.


--------------------
"Cet homme poireau est derrière toute l'affaire! Il couvre les aubergines mutantes!"
Lisez Sentaï School !
--------------------
Histoires | Amicale informelle des Vieux Pervers Libidineux | Pan Fighters
--------------------
Ex-Caribbean : la signature pirate.


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Oph qu ourse

Thorp bonheur



-= Dungeon Keeper =-
Inscription le 27-07-01
Messages : 7409



Femme  Age : 46 ans
Lieu de résidence : l'Antre des Ours

Pourquoi vous regardez ca ?
Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'La Geste du prince Coriolan' a été posté le : 23/12/05 21:39
Ce fut Lila qui vint m'éveiller. J'eus la surprise de sentir ses lèvres effleurer les miennes, alors que nous étions une dizaine dans ce dortoir. En ouvrant les yeux, je compris pourquoi elle s'était permis ce geste : il faisait encore nuit.
"Il est temps d'y aller, Prince," murmura-t-elle.
Je la suivis à l'extérieur. Le ciel avait commencé à s'éclairer à l'est, mais l'essentiel de la lumière venait de la lanterne tenue par un prêtre au bâton orné d'une pierre rouge. Les autres jeunes n'attendaient que nous pour prendre la route. Il y avait sans doute encore une bonne heure avant l'aube, et une autre avant le lever du soleil.
Nous fûmes répartis entre deux voitures tirées par des mulets qui nous menèrent au petit trot le long de la route du sud. Les jeunes prêtres ne tardèrent pas à dodeliner de la tête. Ils n'avaient sans doute guère dormi. Malgré sa nervosité, Lila finit par somnoler sur mon épaule, me laissant le soin de tenir son bâton à sa place. Le cocher n'étant pas bavard, je me retrouvai seul dans la pénombre. Je fus le premier passager à distinguer le rougeoiement dans le ciel, derrière la montagne.

Les autres s'éveillèrent avec le jour. La lumière du soleil éclipsait quelque peu celle de l'éruption, mais nous ne tardâmes pas à voir un point rouge vif à l'horizon. Au fur et à mesure que nous nous en approchions, la chose apparut et disparut au gré du relief, gagnant en précision à chaque fois. Il s'agissait en fait d'une rivière de lave, parsemée de petits incendies. Le sang de Gath, fluide lourd et incandescent, faisait flamber tout ce qu'il touchait.
Les voitures finirent par s'arrêter à la sortie d'un village. Les quelques habitants qui n'étaient pas aux champs sortirent de chez eux pour encourager les jeunes prêtres. Sans se soucier de savoir qui j'étais, ils me donnèrent une gourde d'eau fraîche, comme à tous les autres.

"A partir de maintenant, c'est à vous de trouver la foi, expliqua le Pierre Rouge. Plusieurs de vos aînés vous attendent le long de la blessure divine. Entre ici et là-bas, vous marcherez seuls, seuls avec Gath. Cela vous donnera l'occasion de réfléchir à votre volonté de Le servir. Si vous ne vous en sentez pas la force, vous avez le droit de renoncer. Personne ne vous en tiendra rigueur. Je vous demanderai, dans la mesure du possible, d'essayer de vous séparer, afin que chacun d'entre vous trouve son propre chemin. Arrivés près de la coulée, descendez la montagne jusqu'à trouver un prêtre. Vous pourrez alors confirmer votre voeu et gagner le droit de porter la peau de loup. Que Gath soit avec vous !"
Alors que les premiers s'engageaient le long de la route, l'homme me prit à part.
"Jeune homme, je vous rappelle brièvement le but de votre présence. Vous êtes là pour aider votre prêtresse d'un point de vue purement pratique. Vous devez l'empêcher de tomber, mais pas la guider vers Gath. N'interférez pas avec sa foi, c'est compris ?"
"Compris," répondis-je en hochant la tête.
Je m'éloignai à mon tour, mécontent du ton sur lequel ce prêtre s'était adressé à moi. Mais quand Lila me prit la main, je n'eus plus qu'une idée en tête : la mener sans encombre jusqu'au succès.

Dans un premier temps, nous marchâmes le long de la route, le bleu de la mer scintillant au loin sur notre droite. Aux vignes succédèrent les oliveraies, aux oliveraies les prés où paissaient chèvres et moutons. Puis ce fut la végétation sauvage. Entre deux arbres rendus secs par l'été, on distinguait la fumée des incendies. Les autres prêtres avaient déjà quitté la route. Plus d'une fois je proposai à Lila de nous engager nous aussi dans la végétation, mais elle refusa. Elle voulait sans doute marcher aussi longtemps que possible sur un sol régulier. Je suivis les instructions du prêtre en ne cherchant pas à la contredire. Un linge posé sur sa tête pour se protéger des rayons du soleil, elle avançait d'un bon pas, concentrée sur sa tâche. Seule l'entrée dans le pays brûlé lui fit marquer un temps d'arrêt.


--------------------
"Cet homme poireau est derrière toute l'affaire! Il couvre les aubergines mutantes!"
Lisez Sentaï School !
--------------------
Histoires | Amicale informelle des Vieux Pervers Libidineux | Pan Fighters
--------------------
Ex-Caribbean : la signature pirate.


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Oph qu ourse

Thorp bonheur



-= Dungeon Keeper =-
Inscription le 27-07-01
Messages : 7409



Femme  Age : 46 ans
Lieu de résidence : l'Antre des Ours

Pourquoi vous regardez ca ?
Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'La Geste du prince Coriolan' a été posté le : 26/12/05 18:59
La transition était pour le moins abrupte. En traversant une simple ravine, on passait d'une végétation un peu sèche en cette saison mais que l'on devinait luxuriante en période de pluie, à une roche noire tout juste parsemée de quelques buissons. Devant ce paysage désolé, Lila hésita un instant.
"Nous sommes en pays brûlé, murmura-t-elle. La terre des bannis. Est-ce que tu vois un sentier qui monte ?"
"Oui, il quitte la route un peu plus loin devant nous."
"Alors nous allons le prendre."
Le sentier était à peine une trace. Sans les marques blanches qui le bordaient de loin en loin, j'ignore si j'aurais pu le suivre jusqu'au bout. Le terrain était de plus en plus irrégulier. Lila trébucha plusieurs fois avant de se résoudre à s'accrocher à mon bras. Je songeai que les chaussures de l'uniforme de prêtre n'étaient décidément pas adaptées à ce genre d'exercice. Même avec une bonne vue, ainsi chaussé, on risquait à tout moment de se tordre la cheville.

Le sentier finit par aboutir à un groupe de trois maisons, assez semblables aux cabanes de bergers que j'avais vues en pays barbare. Les seuls mouvements perceptibles étaient ceux du linge étendu entre deux murs, qui flottait dans la brise. Je demandai à Lila ce qu'étaient ces étranges constructions.
"Des maisons de bannis, répondit-elle. Pour certains crimes, on peut être condamné à vivre en pays brûlé jusqu'à la fin de ses jours."
"Mais... Il n'y a pas d'eau ici, presque pas de végétation... De quoi vivent ces gens ?"
"Je n'en sais rien. J'imagine que le sentier ne va pas plus loin..."
"Apparemment non, je ne vois plus les marques blanches."
"Alors nous allons marcher le plus droit possible, en direction des fumées. Je compte sur toi, Prince."
"A ton service."

A partir de ce point, l'ascension devint vraiment difficile. Je distinguai au loin la silhouette claire d'un autre jeune prêtre sur le fond noir du paysage, mais je n'en parlai pas à Lila. De toute façon, il était illusoire de vouloir le suivre à cette distance. J'étais bien trop occupé à chercher des yeux une trajectoire praticable dans ce champ de rochers. On se croyait au commencement du monde, dans le chaos qui avait précédé l'arrivée des esprits. L'homme n'avait pas sa place dans ce lieu sauvage et quasi sans vie.
Lila ne lâchait pas mon bras, mettait ses pas dans les miens, utilisait son bâton comme point d'appui supplémentaire. Elle perdait malgré tout bien trop souvent l'équilibre. Plus d'une fois je la redressai de justesse. Tout ceci nous fatiguait beaucoup, et nous fîmes plusieurs courtes haltes pour nous reposer, boire un peu, manger quelques fruits.
L'heure avançait. Nos ombres commencèrent à s'allonger, mais la roche noire chauffée par le soleil était toujours brûlante. Aucun de nous n'eut l'idée de s'en plaindre. Ce serait sans doute bien pire au bord de la coulée.

Nos gourdes d'eau finirent par se tarir. La rivière ardente était de nouveau visible, mais elle me semblait terriblement lointaine. Alors que nous avancions difficilement, pas à pas, j'eus l'impression que le terme du voyage n'approchait pas. L'épuisement nous touchait déjà du doigt. Poser le pied, trouver un appui stable, pousser pour élever le poids du corps encore de quelques pouces, tout cela n'était plus un enchaînement de gestes simples, mais un combat permanent. Lila trébuchait de plus en plus. Je vis en pensée le moment où je n'aurais plus la force de la retenir.
Nous y arriverions. C'était évident. Malgré nos gorges sèches, malgré la fatigue qui pesait sur nos épaules, notre but était en vue et nous y parviendrions quel qu'en fût le prix. Mais on m'avait chargé de veiller à ce que Lila ne fût pas blessée en chemin, et je doutais à présent de ma capacité à accomplir mon devoir.


Dernière mise à jour par : Oph qu ourse le 28/12/05 14:58

--------------------
"Cet homme poireau est derrière toute l'affaire! Il couvre les aubergines mutantes!"
Lisez Sentaï School !
--------------------
Histoires | Amicale informelle des Vieux Pervers Libidineux | Pan Fighters
--------------------
Ex-Caribbean : la signature pirate.


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Oph qu ourse

Thorp bonheur



-= Dungeon Keeper =-
Inscription le 27-07-01
Messages : 7409



Femme  Age : 46 ans
Lieu de résidence : l'Antre des Ours

Pourquoi vous regardez ca ?
Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'La Geste du prince Coriolan' a été posté le : 28/12/05 14:58
Peu à peu, l'ambiance changea. Je commençai à distinguer les petites flammes qui s'élevaient de loin en loin au coeur même de la coulée. Des cendres volaient autour de nous dans des tourbillons d'air chaud. A mi-distance entre nous et la rivière de lave se tenait un prêtre, assis dans l'ombre dérisoire d'un buisson épineux. Il ne daigna lever les yeux de sa lecture que lorsque nous fûmes parvenus à quelques pas de lui.
"Ah, voici notre petite prêtresse, fit-il en glissant le livre dans sa besace. Etes-vous prête à confirmer auprès de Gath Lui-même votre volonté de Le servir tout au long de votre vie ?"
"Plus que jamais," confirma Lila.
"Très bien. Je vous laisse reprendre votre souffle un instant. J'ai aussi de l'eau, bien qu'elle ne soit plus fraîche depuis longtemps."
Il tendit une gourde à la jeune fille, qui me la fit passer après s'être servie. Je savais que ce geste était un peu un défi lancé au prêtre. Pour lui, je ne comptais pas. Je n'étais qu'un accessoire, et les accessoires n'avaient pas besoin de se désaltérer.

Lorsque Lila fut menée jusqu'à la coulée, je la suivis à distance. Là où nous nous trouvions, la roche était lisse, il n'y avait pas de quoi trébucher. Mon rôle s'arrêtait là. J'écoutai néanmoins les recommandations du prêtre, même si elles ne s'adressaient clairement pas à moi.
"Prenez une grande inspiration avant d'aller plonger votre bâton dans le sang de Gath. L'air est brûlant, il est plus prudent de retenir sa respiration pendant le mouvement. D'autre part, si vous souhaitez vous concentrer un peu avant de vous lancer, surtout ne restez pas sur place. Le sol est extrêmement chaud, il faut marcher en permanence."
En guise de démonstration, il déboucha sa gourde et versa un peu d'eau à terre. Un panache de vapeur s'éleva aussitôt. La roche n'avait pas eu le temps de se mouiller.
"Vous avez encore de la marche à faire. Evitez de vous brûler les pieds."
"Je n'en ai pas l'intention."

Lila s'arrêta à proximité de la coulée. Il ne lui restait que quelques pas à faire avant d'en atteindre le bord. Je ne pus m'empêcher de noter à quel point la rivière de lave semblait calme. Malgré l'insoutenable chaleur qui déformait toute ma perception du paysage, elle suivait son cours, tranquille, une couche plus pâteuse formant des motifs sombres à sa surface.
Sans cesser de marcher sur place, la prêtresse éleva son bâton à deux mains, droit devant elle, et parla d'une voix forte que je ne lui connaissais pas.
"Ô Gath, ma présence ici atteste de ma volonté de demeurer dans Ton clergé et d'oeuvrer pour Ta gloire jusqu'au bout de cette vie. Daigne m'accorder par Ton sang l'honneur de pouvoir accomplir cette tâche !"
Elle avança d'un pas vif. Disparut à moitié dans les volutes d'air brûlant. Plongea fort brièvement l'extrémité de son bâton dans la lave, crevant la couche pâteuse et faisant s'élever une flamme.
Puis elle recula, se tourna vers le prêtre. Qui hocha la tête. Le sourire aux lèvres, la jeune fille leva les yeux vers la roche qui se solidifiait au bout de son bâton en une masse irrégulière, en dégageant un peu de vapeur et de fumée. Un morceau se détacha, finit de durcir pendant sa chute, et se brisa en heurtant le sol.
La Lila qui me reprit le bras était définitivement prêtresse de Gath. Personne ne pouvait plus la soustraire à sa vocation, et surtout pas son père.

"Il ne vous reste plus qu'à descendre le long de la coulée, expliqua le prêtre. Restez à une distance suffisante pour ne pas trop souffrir de la chaleur. Vous êtes attendue sur la route au pied de la montagne. On vous remettra votre peau de loup en échange de ceci."
L'homme avait tiré de sa besace une petite broche en or marquée du nom de Gath. Lila approcha l'objet tout près de ses yeux, comme pour l'admirer un instant. Puis elle le rangea soigneusement dans son propre sac.
"Prince, je crains d'avoir encore besoin de toi pour cette dernière étape."
"Ne crains rien, je suis là. Je n'attends que le signal du départ."
"Alors allons-y !"
Main dans la main, nous quittâmes le prêtre qui avait repris sa lecture. Une descente, c'était tout ce qu'il me restait avant la fin de ma mission auprès de Lila. Après ce que nous venions de vivre ensemble, je me mis à regretter de ne pouvoir profiter plus longtemps de sa présence et de sa douceur.


--------------------
"Cet homme poireau est derrière toute l'affaire! Il couvre les aubergines mutantes!"
Lisez Sentaï School !
--------------------
Histoires | Amicale informelle des Vieux Pervers Libidineux | Pan Fighters
--------------------
Ex-Caribbean : la signature pirate.


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Oph qu ourse

Thorp bonheur



-= Dungeon Keeper =-
Inscription le 27-07-01
Messages : 7409



Femme  Age : 46 ans
Lieu de résidence : l'Antre des Ours

Pourquoi vous regardez ca ?
Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'La Geste du prince Coriolan' a été posté le : 02/01/06 18:56
Contrairement à ce que j'avais pensé, il n'était guère plus facile de descendre une montagne que de la gravir. Fatigués comme nous étions, nous avions bien du mal à gérer le passage d'un rocher à l'autre. Souvent le poids du corps portait trop vite, le pied glissait, et il fallait vite se reprendre pour ne pas se faire mal. Lila manqua plusieurs fois de perdre son bâton si chèrement orné. Le chemin fut plus court et la progression plus rapide que lors de l'ascension, mais ce fut lors de cette étape que nous nous écorchâmes sur les pierres. Par bonheur, aucun de nous ne se blessa sérieusement.

Face à nous, le soleil commençait à s'abîmer dans l'océan lorsque nous arrivâmes en vue de notre dernière destination commune. Les deux voitures qui nous avaient menés jusqu'au pied du volcan en avaient rejoint deux autres. Les animaux, dételés, se reposaient, le nez dans des musettes. Les cochers discutaient à l'écart. Les jeunes prêtres qui avaient accompagné Lila étaient déjà présents sur place, accompagnés du Pierre Rouge. Tous portaient la peau de loup.
Plus loin sur notre gauche, l'avant de la coulée engloutissait tout doucement les derniers rochers qui surplombaient la route. Bientôt il n'y aurait plus aucun moyen de passer de l'autre côté. Je regardai avancer cette gigantesque langue noire et rouge. Je voulais bien croire qu'il y avait quelque chose de divin dans ce phénomène. Face au volcan, l'humain était fort peu de chose.

Lila me lâcha la main. Pour les derniers pas, elle n'avait plus besoin de moi. Ereintée mais sûre d'elle, elle présenta ses respects au Pierre Rouge et lui tendit la broche en or qui prouvait qu'elle avait surmonté l'épreuve finale en présence d'un prêtre confirmé. L'homme sourit.
"Nous n'avons plus qu'à vous choisir une peau de loup. Comme vous êtes la dernière arrivée, vous aurez moins de choix, mais je suis certain que nous en trouverons une qui vous conviendra."
La jeune prêtresse ôta la peau de mouton dont elle s'était couverte jusqu'à présent. Le dos de sa tunique était trempé de sueur. Je pris soudain conscience du fait qu'elle avait porté pendant toute cette journée un vêtement bien plus chaud que les miens, sans jamais s'en plaindre. Elle secoua un peu ses cheveux, sans doute pour profiter de la relative fraîcheur de la fin d'après-midi avant de porter à nouveau une fourrure. Puis elle plongea la main dans les peaux entassées à l'arrière d'une des voitures. Son geste me fit songer à Myosotis, qui devinait en touchant une peau comment était mort l'animal.
Mais Lila n'avait pas ce pouvoir. Elle se contenta de prendre une fourrure au hasard et d'en ceindre son épaule gauche. Le Pierre Rouge utilisa la broche qu'elle avait rapportée pour fixer la peau de loup sur sa tunique. A ma grande surprise, il n'y eut pas un mot de plus, aucune forme de cérémonie. Mon amie rejoignit ses compagnons, qui semblèrent heureux de l'accueillir. Eux aussi s'étaient sans doute attachés à elle.

Je m'éloignai de quelques pas pendant que les uns et les autres discutaient en petits groupes. Le mécréant que j'étais ne s'attendait pas à être admis parmi les fidèles. Le soleil acheva de disparaître sous les flots dans un dernier flamboiement. Pourtant, personne ne bougeait ni ne donnait le signal du départ. Je m'assis sur un rocher, content de pouvoir au moins me reposer un peu.
Il faisait presque nuit sur le Mont Divin lorsqu'un groupe d'une quinzaine de prêtres arriva de la montagne. Je reconnus celui qui avait fait passer l'épreuve à Lila. Ces hommes, qui avaient passé la journée répartis le long de la coulée de lave, étaient ceux que nous attendions. Après avoir échangé quelques mots avec eux, le Pierre Rouge fit monter tout le monde en voiture. Chevaux et mulets furent à nouveau attelés, et nous partîmes à la lueur de la première lune.
Nous avions quelques provisions à notre disposition, mais nous étions trop fatigués pour avoir beaucoup d'appétit. Je tordis la tête pour regarder le ruban incandescent qui s'éloignait. Quand il eut disparu derrière nous, je me fis la réflexion que la route était longue jusqu'au temple, et je me laissai doucement glisser dans le sommeil. Mon dernier souvenir de cette éprouvante journée est la douceur d'une peau de loup sous mes doigts. Je ne peux qu'espérer qu'il s'agissait de celle de Lila.


Dernière mise à jour par : Oph qu ourse le 04/01/06 20:05

--------------------
"Cet homme poireau est derrière toute l'affaire! Il couvre les aubergines mutantes!"
Lisez Sentaï School !
--------------------
Histoires | Amicale informelle des Vieux Pervers Libidineux | Pan Fighters
--------------------
Ex-Caribbean : la signature pirate.


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Oph qu ourse

Thorp bonheur



-= Dungeon Keeper =-
Inscription le 27-07-01
Messages : 7409



Femme  Age : 46 ans
Lieu de résidence : l'Antre des Ours

Pourquoi vous regardez ca ?
Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'La Geste du prince Coriolan' a été posté le : 04/01/06 20:06
Au beau milieu de la nuit, je fus réveillé, mené jusqu'au dortoir du temple, et laissé sur un lit où je me rendormis sans autre forme de procès.
Le matin m'éveilla sans autre incident, mais à peine avais-je émergé du monde des esprits qu'une sensation prit possession de moi : chaleur. Mon visage était brûlant. Toute une journée passée à marcher sur un flanc de montagne sans ombre m'avait laissé plus de traces que je ne l'avais cru au premier abord. Je me levai aussi vite que je le pus et partis à la recherche d'eau fraîche à me passer sur le visage.
Quel idiot je faisais ! Lila avait porté un linge sur la tête pendant toute l'ascension. Pourquoi n'en avais-je pas fait autant ? Qu'avais-je donc à prouver ?
Je trouvai une citerne d'eau de pluie, dans laquelle je plongeai les mains afin de m'asperger. Malheureusement, la fraîcheur de l'eau n'apaisait pas longtemps le feu qui brûlait ma peau. Le simple contact d'une boucle de cheveux mouillés sur mon front m'était difficilement supportable. J'avais déjà été brûlé par le soleil, mais jamais aussi sérieusement.

"Quelque chose ne va pas ?"
Je me retournai. Un prêtre inconnu, la vingtaine. Je l'avais sans doute vu l'avant-veille au repas, mais je ne me souvenais pas de lui. Lui, en revanche, me reconnut tout de suite.
"Vous êtes le garçon qui accompagnait la prêtresse de Kiandra. Suivez-moi au dispensaire, je vais m'occuper de vos brûlures."
"Merci beaucoup."
Je le suivis à travers le domaine, impressionné par le contraste entre ce temple et celui où j'avais séjourné pendant sept mois. En dépit de l'absence d'enceinte fortifiée, au milieu de toutes ces dépendances, j'avais plus l'impression de me trouver au château de Flerroé que dans un temple de Gath. Le dispensaire se trouvait dans un bâtiment à part, derrière la salle des célébrations.

Le prêtre me fit entrer dans une petite salle aux murs couverts d'étagères. Il hésita devant une rangée de pots en terre cuite, en choisit un et me fit asseoir pour me soigner. Tout en appliquant sa mixture par petites touches, il crut bon de m'expliquer ce qu'il faisait.
"Nous ne connaissons qu'un remède contre les brûlures du soleil : un baume gras, à appliquer de nombreuses fois tout au long de la journée et de la nuit, jusqu'à ce que la douleur cesse. Dans votre état, vous allez perdre une couche de peau."
"Je m'en doutais."
"Je vais vous donner un pot. Vous devriez pouvoir appliquer vous-même le baume sans problème. Dès que la peau tire ou brûle, jusqu'à ce qu'elle pèle, et encore matin et soir pendant quelques jours pour protéger votre nouvelle peau."
"Si vous voulez."

Je me sentais très fatigué. De toute évidence, je n'avais pas dormi tout mon content. Le prêtre prit mon bras à travers le tissu léger de ma chemise.
"Vous avez un peu de fièvre, je crois. Je vais vous préparer une décoction."
Je haïssais ces remèdes à base d'écorces amères, mais je reconnaissais leur efficacité. J'avalai donc sans protester la triste boisson que l'on me donna.
"Merci de vous occuper de moi. J'ai l'impression que c'est la première fois que quelqu'un d'ici me traite comme un être humain."
Le prêtre sourit.
"Ça me semble naturel de soigner quelqu'un qui souffre. Surtout des brûlures récoltées en aidant une prêtresse à accomplir ce à quoi aspirait sa foi. Vous avez donné de vous-même pour la gloire de Gath. Au nom du culte, je vous en remercie."
"Lila est forte. Sa réussite vient d'elle, pas de moi."
"Vous êtes trop modeste."
"Au fait, quand repart-elle pour Kiandra ?"
"Je ne sais pas. Sans doute pas avant ce soir. Je pensais que vous partiriez avec elle..."
"Non, je dois rentrer chez moi sur le continent."
"Vous êtes alaurien ?"
Je faillis répondre que je ne l'étais plus, mais je me contentai de hocher la tête. Je n'avais pas envie de parler de mon peuple à un inconnu.


--------------------
"Cet homme poireau est derrière toute l'affaire! Il couvre les aubergines mutantes!"
Lisez Sentaï School !
--------------------
Histoires | Amicale informelle des Vieux Pervers Libidineux | Pan Fighters
--------------------
Ex-Caribbean : la signature pirate.


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Oph qu ourse

Thorp bonheur



-= Dungeon Keeper =-
Inscription le 27-07-01
Messages : 7409



Femme  Age : 46 ans
Lieu de résidence : l'Antre des Ours

Pourquoi vous regardez ca ?
Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'La Geste du prince Coriolan' a été posté le : 05/01/06 18:37
Avant de prendre congé, je demandai où se trouvait le comptoir de la maison Safran. Le prêtre me répondit qu'il était sans doute avec les autres maisons de commerce, le long du port. Il me remit ensuite une petite réserve de baume et réitéra ses conseils.
Sur le chemin de l'écurie où j'allais récupérer Horizon, je rencontrai Lila. Son visage était un peu rouge, mais il n'y avait là rien de comparable avec les dégâts qu'avait subis le mien.
"Bonjour, Prince ! Où vas-tu d'un si bon pas ?"
"Je descends sur le port pour trouver l'armateur qui doit me renvoyer chez moi."
"Je vois."
Elle fronça les sourcils, les yeux dans le vague.
"Ecoute, juste après la prière, je serai libre de mes mouvements pour quelques heures, et j'ai envie de passer du temps avec toi. Puis-je t'accompagner en ville ? La prière ne sera pas longue, tu le sais bien."
Sachant qu'elle s'en irait probablement le jour même, je ne pouvais pas lui refuser cette faveur.

En fin de matinée, ce fut donc à pied et accompagné d'une prêtresse de Gath que je descendis en ville. Suivant le quartier, les murs des maisons étaient soit d'un blanc que le soleil rendait aveuglant, soit peints de tons pastels, le plus souvent rosés. J'imaginai que ces touches de couleurs devaient être jolies à voir depuis les hameaux perchés sur la montagne.
Nous descendîmes la rue pavée qui menait au quartier commerçant. Certains passants souriaient spontanément à Lila, d'autres baissaient les yeux en la croisant. La jeune fille ne semblait rien remarquer. Une main dans la mienne, l'autre tenant son bâton de prêtre, elle regardait autour d'elle, probablement sans rien voir que des lumières vives et des taches de couleurs. Lorsque nous arrivâmes près du port, cependant, ce fut elle qui décida de s'adresser au premier commerçant que nous croisâmes.
"Bonjour, Gath veille sur vous ! Nous cherchons le comptoir d'un armateur alaurien... Prince ?"
"La maison Safran."
Le marchand fit un geste vague de la main.
"Un peu plus loin par là, à deux rues. Ils ont une grande enseigne, vous devriez les trouver sans difficulté."
"Merci bien. Gath vous le rendra."

Comme nous l'avait annoncé le marchand, une grande enseigne de fer forgé battait entre deux perches au-dessus de la porte. Les mots Maison et Safran encadraient un écu que j'avais déjà vu ornant la poupe du Roi Tristan. Le chef d'azur orné d'un diamant d'argent indiquait que la maison était sous la protection du seigneur de Terre-Bleue. Le reste du blason ne m'intéressait pas. J'entrai.
Un clerc assis à un pupitre leva un regard courroucé, mais se ravisa en voyant Lila.
"Bonjour, jeunes gens. Que fait donc une prêtresse dans notre établissement ?"
"J'accompagne un ami."
L'homme me scruta d'un air soupçonneux, mais la jeune fille reprit :
"Voilà six mois, vous avez récupéré sur Kiandra l'équipage d'un de vos navires, qui avait sombré près de nos côtes. Nous n'avons pas laissé partir ce jeune homme parce qu'il était blessé, mais nous nous sommes engagées à l'amener jusqu'ici, le temps venu. Voilà, c'est lui, et c'est aujourd'hui."
"Vous êtes le garçon du Roi Tristan ? Attendez, je vais chercher monsieur Rameau."
Il passa dans une autre pièce, sans se douter que je luttais contre un sourire en coin. Le garçon du Roi Tristan. Jolie périphrase pour désigner son petit-fils.
Je serrai la main de Lila dans la mienne, un peu angoissé. Heureusement, l'attente ne dura pas longtemps. On ne faisait pas patienter un prêtre de Gath.


--------------------
"Cet homme poireau est derrière toute l'affaire! Il couvre les aubergines mutantes!"
Lisez Sentaï School !
--------------------
Histoires | Amicale informelle des Vieux Pervers Libidineux | Pan Fighters
--------------------
Ex-Caribbean : la signature pirate.


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Oph qu ourse

Thorp bonheur



-= Dungeon Keeper =-
Inscription le 27-07-01
Messages : 7409



Femme  Age : 46 ans
Lieu de résidence : l'Antre des Ours

Pourquoi vous regardez ca ?
Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'La Geste du prince Coriolan' a été posté le : 06/01/06 18:23
Rameau Laiton-Safran était de ces hommes qui ajoutent un nom d'ancêtre à leur nom de père pour indiquer leur parenté avec le fondateur de la compagnie qu'ils administrent. Il avait la carrure, la prestance et la voix calme mais forte qui convenaient à son rang de riche bourgeois. Ses cheveux retenus par un large ruban de velours noir indiquaient un deuil récent, mais nous n'étions pas venus pour parler de sa famille.
Le directeur du comptoir d'Azion nous fit asseoir dans un salon, apparemment perturbé dans son emploi du temps, mais au fond de lui, ravi d'y échapper.
"Ah, Prince Corbeau, notre jeune passager ! Quelle joie de vous savoir sain et sauf !"
Je respirai un grand coup pour encaisser le nom qu'il venait de me donner. C'était une idée d'Elna. Personne d'autre ne pouvait m'avoir inventé un tel nom de père.
"Mes jours n'étaient pas en danger, vous savez. Etre sur pied au bout de quelques mois, cela n'a rien d'un miracle."
"Bien entendu, bien entendu. Nous avons informé le prince Trybnar de ce qui vous est arrivé, et il s'est déclaré soulagé de vous savoir en vie. Je vous remettrai tout à l'heure un message personnel de sa part."
"Merci bien, mais venons-en à ce qui m'amène. Je dois terminer ma traversée."

L'homme resta désorienté un instant. J'avais mis fin à l'échange de banalités un peu trop vite à son goût. Devant son hésitation, je me rendis compte que je supportais beaucoup moins les mondanités qu'avant. Si je devais revenir à une vie de cour, comment le vivrais-je ?
Mon interlocuteur se leva et alla chercher un grand livre.
"Bien. Votre destination était Larrien, si je ne m'abuse. Le fait est qu'aucun de nos navires ne doit se rendre à Larrien avant le mois prochain."
"Ecume-sur-le-Voile me conviendrait tout aussi bien."
"Nous n'avons pas de comptoir à Ecume-sur-le-Voile."
Il feuilleta son livre, mais j'avais l'impression qu'il savait ce qu'il allait y trouver.
"Villalunes, trop loin. Matzar, vous en venez. Attendez un peu... L'Eclat d'Or est attendu prochainement en baie de Gath. Il restera deux jours, puis il repartira vers Port-Visol. C'est un peu loin de Flerroé, mais avec un bon cheval, vous serez quand même chez vous plus vite que si vous attendez le bateau de Larrien."

Je fermai les yeux pour mieux me remémorer les cartes et les temps de parcours. Il fallait une dizaine de jours pour relier Port-Visol à Larrien. De là, une douzaine de jours pour rallier Pierre Grise, deux pour atteindre les quartiers d'hiver de mon peuple, et encore une quinzaine pour arriver aux quartiers d'été, en priant pour ne pas se perdre en route. Je n'avais fait le voyage qu'une fois, et je n'avais pas cherché à mémoriser le chemin. Pour prendre moins de risques, il était plus simple de retrouver l'emplacement d'hiver du village et d'attendre sur place le retour du peuple de Dawonda. Ou encore de trouver un navire se rendant à Matzar, pour passer à nouveau le Col des Deux Chasseurs et retourner parmi les miens avant leur migration d'automne.

"Vous êtes bien silencieux," observa Rameau Laiton-Safran.
"Je réfléchissais. Mais vous avez raison. Si vous m'emmenez à Port-Visol, je serai rentré chez moi un peu plus tôt."
"Dans ce cas, je vais vous inscrire au registre des passagers. Avez-vous des bagages ?"
"A part mon cheval, fort peu de choses. Tout ce que je ne pouvais pas porter s'est abîmé en mer."
"Oui, bien entendu. Pardonnez ma bêtise."
L'armateur se leva à nouveau et sortit de la pièce. Nous l'entendîmes ordonner à son clerc d'ajouter Prince Corbeau et son cheval à l'inventaire de départ de l'Eclat d'Or. Puis il revint, avec un petit geste d'excuse polie qui me sembla s'adresser uniquement à Lila. Il me recommanda de passer au comptoir tous les jours pour prendre des nouvelles de mon navire et nous raccompagna jusqu'à la rue avec un sourire satisfait. C'était fini, j'allais pouvoir rentrer chez moi. Il ne me restait plus qu'à profiter de cette dernière journée avec Lila.


Dernière mise à jour par : Oph qu ourse le 10/01/06 19:00

--------------------
"Cet homme poireau est derrière toute l'affaire! Il couvre les aubergines mutantes!"
Lisez Sentaï School !
--------------------
Histoires | Amicale informelle des Vieux Pervers Libidineux | Pan Fighters
--------------------
Ex-Caribbean : la signature pirate.


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Oph qu ourse

Thorp bonheur



-= Dungeon Keeper =-
Inscription le 27-07-01
Messages : 7409



Femme  Age : 46 ans
Lieu de résidence : l'Antre des Ours

Pourquoi vous regardez ca ?
Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'La Geste du prince Coriolan' a été posté le : 10/01/06 18:59
Dans la rue, le soleil me rappela douloureusement l'état de mon visage. Je pris le baume du prêtre dans mon sac et entrepris d'en étaler une nouvelle couche sur ma peau.
"C'est contre les brûlures ?"
"Oui, Lila."
"Pourrais-tu m'en mettre un peu ? Je crois que moi aussi, j'ai pris trop de soleil."
J'appliquai avec soin un peu de baume sur son nez, son front et ses pommettes. Sous des paupières closes, ses yeux clairs n'attiraient pas l'attention, et son visage pouvait sembler banal. Un peu plus rond que ne le voulaient les codes de la beauté, marqué par le soleil de taches de rousseur transparentes au niveau du nez, il n'en était pas moins très régulier. C'était un visage que je n'avais pas l'intention d'oublier. Je déposai discrètement un baiser sur ses lèvres.
"Quelqu'un pourrait nous voir !" protesta-t-elle sans grande conviction.
Prenant mon air le plus sombre, je l'emmenai sans un mot à travers la ville, sur le chemin du retour. A aucun moment elle ne se rendit compte que je m'éloignais un peu des rues les plus fréquentées. Avisant une ruelle étroite et déserte, je m'y engageai.
"Voilà, ici, personne ne nous verra, grondai-je en la serrant contre moi. Puisque je ne peux même pas risquer de t'embrasser en public."
C'était plus qu'une envie. J'avais besoin de la tenir dans mes bras, de la couvrir de baisers, avant de la laisser rentrer chez elle auréolée de sa nouvelle condition. Lila portait la peau de loup, mais elle était encore pour quelques heures la fille à la peau douce qui brisait ma solitude mieux que ne le pouvaient mes sombres compagnons. Elle me rendit mes baisers avec moins de flamme que d'habitude. Elle avait commencé à prendre ses distances.

"Prince, n'oublie pas le message que tu as reçu..." dit-elle lorsque je me fus un peu calmé.
Je baissai les yeux vers l'étui de bois ouvragé que j'avais passé à ma ceinture.
"Ce n'est pas urgent."
"S'il te plaît. Je préfère que tu l'ouvres maintenant. Tu sais bien que je ne pourrai pas le lire par-dessus ton épaule."
Je cédai avec un soupir. Je n'avais pas envie de la contrarier. L'étui contenait deux petits feuillets pliés l'un dans l'autre et scellés. Le sceau n'était pas celui du prince Trybnar.
"Elna," soupirai-je.
"Pardon ?"
"C'est une lettre de ma soeur."
Je brisai le sceau et lus rapidement la missive. Les nouvelles n'étaient pas de première fraîcheur, elles dataient du début du printemps.

Elna disait dans un premier temps qu'on l'avait informée de l'accident, qu'on me savait en vie, mais blessé. Qu'elle s'inquiétait pour moi, qu'elle se sentait coupable de m'avoir laissé repartir aussi vite par le premier navire. Elle précisait qu'elle venait d'envoyer sa buse prévenir notre mère.
Puis elle me donnait quelques nouvelles de Matzar et du royaume. Prayach était en parfaite santé. Elle trouvait qu'il me ressemblait un peu et espérait qu'il aurait un jour l'occasion de rencontrer l'oncle qui lui avait ramené son père. En revanche, la reine Florise était morte durant l'hiver. Le roi Abelf en était très affecté, elle craignait le pire pour lui. Il m'avait pourtant semblé lors de mon séjour qu'il était accoutumé à régner en l'absence de son épouse, retirée du monde depuis des années à cause de sa maladie.
Les princesses Isandra et Verrine étaient de retour à Matzar. La première était sur le point d'épouser l'héritier du clan des Ours. La seconde, amaigrie par sa mauvaise grippe, avait perdu sa légendaire arrogance. Ma soeur s'en étonnait ouvertement. Elle ne pouvait pas savoir que Verrine avait passé un mois dans un camp de prisonniers.
Pour conclure, Elna me conseillait de me fixer quelque part, estimant qu'à mon âge, il était trop dangereux de voyager seul.
Je refermai la lettre en haussant les épaules.
"Rien de grave ?" s'enquit Lila.
"Tout va bien. Ma grande soeur s'inquiète pour moi, comme d'habitude. Elle s'est toujours inquiétée pour tout le monde."
"Quand tu en auras le temps, envoie-lui un message pour la rassurer. C'est important."
"Bien, prêtresse."


--------------------
"Cet homme poireau est derrière toute l'affaire! Il couvre les aubergines mutantes!"
Lisez Sentaï School !
--------------------
Histoires | Amicale informelle des Vieux Pervers Libidineux | Pan Fighters
--------------------
Ex-Caribbean : la signature pirate.


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Oph qu ourse

Thorp bonheur



-= Dungeon Keeper =-
Inscription le 27-07-01
Messages : 7409



Femme  Age : 46 ans
Lieu de résidence : l'Antre des Ours

Pourquoi vous regardez ca ?
Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'La Geste du prince Coriolan' a été posté le : 12/01/06 18:52
De retour au temple, je m'assurai qu'en vertu du devoir d'hospitalité, je pouvais occuper mon lit jusqu'à mon départ de l'île. Le prêtre qui me renseigna parut étonné de mon inquiétude. Pour lui, accueillir les étrangers allait de soi. Le dortoir du temple n'avait pas été bâti pour demeurer vide.
Ainsi rassuré, je fis une longue promenade avec Horizon et le corbeau pendant que Lila et ses camarades prenaient part à une dernière cérémonie tous ensemble. A mon retour, la jeune fille avait fini de préparer son sac. Je lui servis une dernière fois de guide sur le chemin qui menait à la mer. La marche fut brève et silencieuse. J'avais beau retourner le problème dans tous les sens, je ne savais pas quoi lui dire. Tout ce qui me venait n'était que platitudes de cour, et Lila n'avait cure de ces choses.
Son bateau n'attendait qu'elle. Les trois prêtres d'Azion qui devaient la raccompagner jusqu'au grand temple de Kiandra étaient déjà montés à bord. Un seul aurait suffi, n'eût été la règle qui stipulait que si le voyage durait plus d'une journée, les prêtres devaient se déplacer au moins par groupe de trois.

Arrivé sur le navire, je fis une pause avant de retourner à terre. Je préférais dire au revoir de près.
"Cette fois, c'est la fin, je vais te laisser partir..."
"Allons, Prince, tu parles comme si j'allais au-devant de quelque chose de terrible ! Tu sais bien que ce n'est pas le cas."
"Je sais. Je suis juste un peu triste. Quel mal y a-t-il à ça ?"
Elle haussa les épaules en souriant.
"Ce n'est pas un adieu. Rien ne t'empêche de revenir nous voir à Kiandra un jour. Tu seras toujours le bienvenu après ce que tu as fait pour nous."
"Merci."
Je pris ses mains dans les miennes et les portai doucement à mes lèvres.
"Au revoir, Lila. Prends soin de toi."
Puis je laissai filer. En dégageant ses mains, la jeune prêtresse caressa mon visage. Un geste rapide, imperceptible pour les personnes alentour, mais parfaitement volontaire.
"Au revoir, Prince. Bon retour parmi les tiens."
Un pas en arrière en forme de révérence, et j'osai enfin me retourner. Alors que je quittais le navire, je vis du coin de l'oeil mon corbeau se poser sur le bastingage et quémander une caresse. Même pour moi qui savais que cet oiseau n'avait rien d'ordinaire, c'était une scène fort curieuse. Mais Lila ne se posa pas de questions. Elle lissa les plumes noires le plus naturellement du monde.
Je restai sur le débarcadère jusqu'à ce que les amarres fussent larguées, puis je m'en allai. Je n'avais pas envie de rester plus longtemps à regarder la mer. Ma mémoire contenait déjà trop de visions des gens que j'aimais s'éloignant au rythme du vent ou des coups de rame, et c'étaient des images qui revenaient régulièrement dans mes cauchemars. Lila n'avait rien à faire dans cette triste collection.

De nouveau, j'étais seul en terre étrangère. Dans le silence du dortoir, je ne pouvais ignorer le sentiment de vide qui me déchirait le coeur. Je me levai pourtant au matin avec de toutes autres pensées : l'impatience de quitter l'archipel, mêlée à l'angoisse de retourner dans mon pays natal. Si je ne trouvais pas de navire pouvant m'emmener de Port-Visol jusqu'à Matzar, je devrais traverser l'Alaurie. Il ne s'était écoulé que deux ans depuis ma fuite. Savoir que les gens susceptibles de me reconnaître avaient sans doute accepté l'idée de ma mort ne suffisait pas à me rassurer.
J'allai faire une prière discrète sur la plage, aussi loin que possible du regard des prêtres. Les trois bateaux du culte étaient partis ramener les jeunes promus sur leurs îles respectives. Celui de Borra serait sans doute bientôt de retour. Il ne fallait pas plus d'une journée et une nuit pour faire le trajet dans les deux sens.
Je laissai la brise marine porter, avec une légère fraîcheur, le son de mes mots jusqu'aux oreilles des esprits. Bientôt, je pourrais à nouveau me confier à eux sans me cacher.


--------------------
"Cet homme poireau est derrière toute l'affaire! Il couvre les aubergines mutantes!"
Lisez Sentaï School !
--------------------
Histoires | Amicale informelle des Vieux Pervers Libidineux | Pan Fighters
--------------------
Ex-Caribbean : la signature pirate.


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Oph qu ourse

Thorp bonheur



-= Dungeon Keeper =-
Inscription le 27-07-01
Messages : 7409



Femme  Age : 46 ans
Lieu de résidence : l'Antre des Ours

Pourquoi vous regardez ca ?
Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'La Geste du prince Coriolan' a été posté le : 13/01/06 18:21
Aucun nouveau navire marchand ne mouillait en baie de Gath. J'avais sans doute encore quelques jours devant moi. Du temps, une épée en piteux état, et l'or du roi Abelf encore intact dans sa bourse. La suite venait d'elle-même. Je passai une bonne partie de la journée à retrouver le forgeron qui équipait la garde du seigneur local. Comme je m'y attendais, sa forge se trouvait dans l'enceinte du palais. Heureusement, il lui arrivait de travailler pour des personnes extérieures. Son maître, le seigneur Tolomé, recevant souvent des hôtes de marque venus du continent, il avait l'habitude de voir passer des étrangers.
Appelé au portail par les gardes qui refusaient de me laisser entrer, l'homme fit une grimace en tirant mon épée du fourreau.
"C'est bête, c'est bête, c'est bête... Abîmer un beau travail comme celui-ci ! Je ne sais pas si je pourrai vous la ravoir à l'identique."
"Faites de votre mieux. De toute façon, je ne suis pas un combattant professionnel."
"Je sais ce que c'est. On porte une épée en espérant ne pas avoir à s'en servir. Rassurez-vous, je ne suis pas très occupé en ce moment, je vais pouvoir prendre soin de cette arme. Tout le soin qu'elle mérite."
A la façon dont il la tenait, on sentait qu'il avait un vrai respect pour cette épée. Les fioritures de la garde n'étaient là que pour rappeler ma condition de prince. La lame, elle, était simple, pratique, mortelle.

Aussi désoeuvré que désarmé, j'errai pendant plusieurs jours, tantôt à travers la ville, tantôt sur les pentes du relief tourmenté d'Azion. Horizon semblait ravi d'arpenter les chemins qui serpentaient d'un village à l'autre. De mon côté, je découvris depuis les hauteurs une vue magnifique sur la baie de Gath. Son seul défaut était de s'ouvrir presque droit vers le nord, ce qui la privait un peu vite de lumière quand venait le soir.

Je récupérai mon épée le lendemain de l'arrivée de l'Eclat d'Or, et donc la veille de mon départ. Le forgeron avait fait un excellent travail. De nouveau, je sentais mon arme bien en main, naturellement équilibrée comme un prolongement de mon corps. Elle avait été faite pour moi. Pour un moi plus petit et plus frêle, encore un enfant, mais avais-je besoin d'une épée de géant pour me défendre sur les routes ?
Je payai grassement le forgeron et descendis en ville. Le conseil de Lila m'était revenu en mémoire. Je devais rassurer Elna sur mon sort.
Dans une boutique sombre des rues commerçantes du port, je trouvai ce que je cherchais : un nécessaire d'écriture de voyage. Pris d'un besoin de confier mes secrets à quelque chose à défaut de pouvoir les confier à quelqu'un, j'achetai également un épais carnet, de ceux qu'utilisent les capitaines de la marine marchande pour tenir leur journal de bord. Au cours de mes années de voyage, j'ai noirci plusieurs de ces carnets avec des notes, des descriptions, des croquis. Je les emporterai avec moi quand je repartirai.

Sur la première page du premier carnet se trouve le brouillon de la lettre que j'écrivis le soir même, dans le réfectoire désert, alors qu'un violent orage s'abattait sur l'île. J'y expliquais que j'avais été accueilli par des clercs de Kiandra qui avaient fort bien soigné ma blessure à la jambe, et que maintenant que j'étais rétabli, j'allais retrouver le peuple de Dawonda. Je promettais également de repasser par Matzar un jour futur.
Je scellai le message tant bien que mal, le mis à l'abri dans l'étui qui avait contenu la lettre de ma soeur, et le confiai à Rameau Laiton-Safran pour le prince Trybnar.
"Et ceci pour dédommager la personne qui montera au château," ajoutai-je en déposant sur la table deux couronnes d'or à l'effigie du roi Abelf.

A bord de l'Eclat d'Or, lorsque je ne prenais l'air sur le pont ni ne rassurais Horizon dans sa stalle, je passai le plus clair de mon temps à noter tout ce que ma mémoire avait retenu de mon périple. J'ignorais encore que j'aurais besoin de cela pour rédiger mon histoire. J'avais juste peur d'oublier des choses que personne ne pourrait me rappeler. J'écrivis mon départ de Flerroé, ma fuite vers le nord, Myosotis, Laï, Dawonda, Matzar, Prayach, Verrine et le camp des daïmons, Telerian, maître Toru, le retour triomphal du prince Trybnar, et ce qui était le plus frais dans ma mémoire : l'histoire des enfants de Gath. Je glissai entre les feuillets des souvenirs plus concrets, comme les lettres de ma mère et d'Elna, la carte de Lierre, la fleur de Lila. Le simple fait de tout écrire raviva mes souvenirs, si bien que j'arrivai fort pensif en vue de Port-Visol.


FIN DE LA QUATRIEME PARTIE

Statistiques du fichier .rtf :
637089 caractères
112697 mots
190 pages

Note additionnelle :
Ceci était mon 5900ème message.


Dernière mise à jour par : Oph qu ourse le 13/01/06 18:23

--------------------
"Cet homme poireau est derrière toute l'affaire! Il couvre les aubergines mutantes!"
Lisez Sentaï School !
--------------------
Histoires | Amicale informelle des Vieux Pervers Libidineux | Pan Fighters
--------------------
Ex-Caribbean : la signature pirate.


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Ajouter aux favoris - Envoyer ce Sujet par E-Mail - Imprimer ce Sujet
Dernier Message - Message le plus récent
Pages: 1 2 [ 3 ]

Open Bulletin Board 1.X.X © 2002 Prolix Media Group. Tous droits réservés.
Version française, modules et design par Greggus - enhancement par Frater