Basement Cat

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Tranches de Vie. a été posté le : 15/06/04 10:56
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Ceci est un peu un exercice de style. Rien de bien folichon : le fond est on ne peut plus banal. Mais il me prend parfois des lubies, au détour d'une rêverie...
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En attendant l'occasion...
Eloïse et Alexandre, comme chaque week-end depuis qu'elle s'était fait larguer par son ex, partageaient un repas aux chandelles. Une semaine, ils se voyaient chez elle, la suivante chez lui, et ils alternaient ainsi. Ils étaient amis de longue date et travaillaient dans la même société, elle en tant que comptable, lui en tant qu'informaticien. Ils se connaissaient depuis l'université et étaient l'un pour l'autre le meilleur des confidents...
Une fois encore, ils avaient fait la vaisselle ensemble. Une fois encore, elle avait fait son commentaire habituel, comme quoi il avait beaucoup de ces qualités "qui font un bon mari". Cette fois, cependant, il n'avait pas souri. Il l'avait regardée longtemps, la mettant légèrement mal à l'aise...
"Eloïse, je voudrais te parler. Retournons nous asseoir dans le salon, s'il te plaît..."
"Holà, tu es bien sérieux..."
Elle le suivit néanmoins et s'assit en face de lui. Sur la table basse en verre, il posa une minuscule boîte verte et la poussa dans sa direction.
"Je... J'ai du mal à trouver les mots. Pourtant, Dieu sait si j'ai répété ce que je veux te dire, dans ma tête..."
"Eh bien ? Toi qui as toujours eu facile pour parler..."
Il lui fit un pauvre sourire.
"Allons, Lex, tu ne me fais pas confiance ?"
Alexandre prit une inspiration. Et il se lâcha.
"Eloïse, tu ne l'as probablement pas remarqué, mais je suis terriblement timide quand je sois parler de mes propres sentiments. Timide au point d'avoir laissé passer cinq occasions de te parler. La première fois quand Greg est parti après avoir appris que tu étais enceinte. Puis après Seb, puis après Al, puis après Sonk, puis après Yves. Chaque fois je me suis donné une excuse pour attendre, attendre que tu te remettes de ta déconfiture, mais chaque fois, tu as rencontré le suivant. Ca n'est guère étonnant. Ce que je veux dire, Eloïse, c'est que tu es une femme formidable. Tu as tout pour toi, l'esprit, la force de caractère, la beauté, l'indépendance, la grâce. Tu peux être ce que tu veux être sans effort apparent, tu charmes, tu séduis sans y penser. Et moi, tout ça, je le sais depuis l'université. Je t'aime depuis cette époque, Eloïse, et je ne peux plus supporter que des connards sans aucune sensibilité continuent de bousiller ta vie. Je t'aime et je voudrais t'offrir un peu de bonheur..."
"Waw... A combien de filles as-tu sorti ça ?"
Alexandre, déjà peu coloré, pâlit.
"Eloïse... Ca fait treize ans qu'on se connaît, m'as-tu déjà vu entretenir une seule relation sérieuse et durable ? M'as-tu même déjà vu courir les filles ?"
"Je sais que tu aimes les femmes, mais c'est vrai que je ne t'ai jamais vu de petite amie..."
"Parce que c'est toi. Toi seule. J'ai attendu plus de deux mois après que David t'a laissée tomber. Je voulais pas te brusquer, et je ne le veux toujours pas. Je peux comprendre que ça te semble soudain, mais s'il te plaît, prends la peine d'y penser..."
"Mais pourquoi n'en as-tu jamais parlé ? Pourquoi me l'avoir caché ? Tu es mon meilleur ami, un confident, un super garçon que j'adore, mais je ne t'ai jamais considéré comme un homme..."
Il se leva brusquement.
"Si je n'ai jamais parlé jusque maintenant, c'est que j'avais peur que tu réagisses comme tu viens de le faire. Excuse-moi de t'avoir dérangée, Eloïse. Merci pour le soufflé, c'était délicieux. Tu feras la bise à ta fille pour moi, je ne vous embêterai plus."
Elle secoua la tête, tentant de trouver quelque chose à dire, mais il avait quitté la maison quand elle releva les yeux. Eloïse poussa un long soupir. La boîte. Il avait oublié la boîte. Elle la prit et l'ouvrit, découvrant le solitaire monté sur une bague en or...
"Eloïse, ma fille, tu viens de dire quelques conneries..."
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Dernière mise à jour par : nyxl le 18/06/04 14:24
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Réponse au Sujet 'Tranches de Vie.' a été posté le : 15/06/04 10:57
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Il n'avait pas répondu au téléphone. Ni au fixe, à son domicile, ni à son portable. Le lundi, quand elle arriva au bureau, elle tenta de le contacter par les communications internes, en vain. Quand elle profita d'une pause pour se rendre au service informatique, on lui apprit qu'Alexandre avait obtenu sa mutation dans une autre division de la société, implantée ailleurs.
"Une nouvelle activité de la boîte, et Alex s'est proposé pour renforcer l'équipe informatique chargée de l'informatisation, là-bas."
"Si vite ?"
"Il avait l'air motivé, en tout cas, et la DRH n'a pas vu d'objection. On devrait avoir un stagiaire en formation dans les semaines qui viennent, mais le boulot est calme ici, on peut assurer sans lui."
"Ah..."
"Bah, son e-mail ne change pas, tu peux le contacter comme ça, en attendant qu'on connaisse les nouveaux numéros de téléphone..."
"Okay, merci les gars..."
Bien entendu, aucune réponse aux courriels, tout au long de la semaine...
Le moral d'Eloïse dégringola de quelques échelons et, si son travail ne s'en ressentit guère, à la maison, sa fille Sylvie, du haut de ses douze ans, ne fut pas dupe...
"Maman, qu'est-ce que tu as ?"
"Rien de spécial, ma puce, pourquoi ?"
"Je suis pas bête, tu sais, je vois bien que tu as un problème. T'as l'air ailleurs depuis lundi soir, et tu as recommencé à te ronger les ongles..."
Eloïse sourit. Comme elle était fine, sa fille. Comme elle observait les choses et les gens. Elle regardait sa mère du coin des yeux...
"...Et en plus, Alex n'a pas appelé, cette semaine. Et il n'a pas répondu quand tu as essayé de lui téléphoner..."
"Tu as raison..."
"Tu t'es disputée avec lui ?"
"Pas exactement, j'ai juste dit des choses qui l'ont blessé, sans doute."
"C'est malin..."
"Je me sens moche, Sylvie."
Les épaules d'Eloïse s'affaissèrent. Sylvie vint s'asseoir près d'elle et lui passa un bras autour des épaules.
"Qu'est-ce que tu comptes faire demain soir ?"
"Je ne sais pas. Il n'a absolument pas réagi à mes messages, et je suis morte d'inquiétude."
"Bah, il t'aime trop. Il doit sûrement bouder un peu, puis ça ira mieux. Je fais ça aussi quand on me dit quelque chose que j'aime pas."
"Je l'espère, ma puce."
"Demain, tu fais comme d'habitude. Tu te fais belle, et tu vas chez lui, comme tu fais toutes les deux semaines. Mamy aime bien s'occuper de moi, donc tu t'inquiètes pas pour ça. Faut que tu te remettes bien avec lui, moi aussi je l'aime bien, Alex."
Et le lendemain, vendredi, au soir...
"...Ah, misère, mais cette robe fait trop sérieux !"
"Si si, M'man, il adore le noir, et il adore tes jambes."
"Au moins, des bas, un peu de maquillage ?"
"Non, il n'aime pas trop les femmes maquillées, il trouve que ça lui fait drôle quand il leur parle..."
"Mais dis donc, tu es bien informée ! Comment sais-tu tout ça ?"
"Ben, il me l'a dit... Tu sais, quand on a passé cette semaine à la mer, il y a deux ans ? On a beaucoup parlé..."
"Aaaaah... Je comprends mieux pourquoi tu as abandonné ta trousse..."
Sylvie rougit légèrement. Le carillon, à l'entrée, sauva la jeune fille d'une question taquine de sa mère. Mamy ex machina.
"Bonsoir, Eloïse !"
"Bonsoir, Maman, merci d'être venue..."
"Mmh, Sylvie a laissé entendre que c'était vital, au téléphone..."
"Sylvie aime bien en rajouter."
"Apparemment, c'est sérieux, tu as sorti le grand jeu, dis-moi..."
"Ah non, tu ne vas pas t'y mettre aussi ? Il est juste question de me réconcilier avec mon meilleur ami !"
Mamy embrassa Sylvie avec effusion, sans manifester la moindre compréhension. Eloïse soupira en saisissant les deux bouteilles de Rosé d'Anjou. Au moment de partir, sa fille l'embrassa à son tour, et lui glissa à l'oreille...
"Maman, tu sais, moi j'aimerais bien un papa comme Alex..."
Eloïse lutta pour ne pas montrer ses émotions. Mais quand elle referma la portière de sa voiture, elle posa les mains sur le volant et le front sur les mains. Sa respiration se fit saccadée, alors qu'elle tentait de contenir un sanglot nerveux...
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Réponse au Sujet 'Tranches de Vie.' a été posté le : 15/06/04 10:58
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Deux coups de sonnettes. Alexandre quitta son "home cinema" et le fou-rire occasionné par la énième réplique stéréotypée de ce film de science-fiction dont il avait acquis le DVD. Son sourire se crispa quand il ouvrit la porte.
"Bonsoir, Lex. C'est mon tour de venir, cette semaine, tu n'as pas oublié ?"
Oh que non, il n'avait pas oublié. Après un moment de silence embarrassant, il s'effaça pour la laisser entrer.
"Sylvie m'a conseillé cette tenue, tu aimes ?"
"Désolé, je n'ai pas fait attention."
Il lui posa une main sur la joue, caressant sa pommette du bout du pouce. Un geste qu'il n'avait jamais fait.
"Je vois surtout que tu as pleuré..."
"Oh... Le rhume des foins..."
"Bien sûr."
Eloïse était en parfaite santé. Pas d'allergie connue à ce jour, rien. Silence embarrassé, deuxième.
"C'est à cause de moi, n'est-ce pas ?"
"Ah, tiens, tu n'as pas répondu à un seul de mes messages, toute cette semaine. C'est quoi cette histoire de mutation ?"
"Une envie de changer d'horizon."
"Comme ça ?"
"En d'autres termes, un irrépressible besoin de bouder. J'avais besoin de m'éloigner, Eloïse, pour encaisser ce que tu m'as dit vendredi dernier..."
"Ecoute, je ne pensais pas ce que j'ai dit..."
"Je peux te démontrer mathématiquement que l'influx nerveux traverse ton cerveau plus rapidement que l'onde sonore qui naît dans tes poumons traverse l'air pour aboutir dans mes oreilles..."
"Mets ça sur le compte de la pleine lune, alors..."
"C'est dans une semaine..."
"Lex, t'es trop prosaïque ! J'avais mes règles, et quand j'ai mes règles, je réfléchis mal..."
Silence embarrassé, troisième. Eloïse n'était jamais aussi "prosaïque" avec lui.
"Euh... Bon, on peut mettre les bouteilles au congélateur pour les refroidir ? Et commander une pizza ?"
Acquiescement silencieux. Elle téléphona à une pizzeria locale pendant qu'il mettait le Rosé au frais. Elle le rejoignit dans la cuisine et s'appuya contre la porte du réfrigérateur, qu'il contemplait en silence.
"Lex, écoute, j'ai commis trois gaffes, vendredi dernier - non, laisse-moi finir. La première gaffe, quand tu m'as fait ta... déclaration, c'est d'avoir demandé à combien de femmes tu avais fait ce numéro. J'aurais dû me douter que c'était inutilement blessant. C'est vrai, tu es un garçon sensible et discret, et c'est en grande partie pour ça que je t'apprécie autant. J'aurais pas dû dire ça, c'était mesquin, et je n'ai aucune raison d'être mesquine avec toi. La deuxième gaffe, c'est quand j'ai dit que je ne te considérais pas comme un homme... Ce que je voulais dire par là, c'est que je n'avais jamais envisagé que tu puisses être plus qu'un ami pour moi. Je ne voulais pas te blesser, Lex, je t'assure..."
"Et la troisième gaffe ?"
"Ne pas t'avoir couru aux fesses pour te retenir et te dire tout ça immédiatement. C'est pas sympa de ne pas m'en avoir laissé l'occasion, cette semaine."
Alexandre ferma les yeux, pressa le pouce et l'index de la main gauche sur ses paupières, ferma le poing et le pressa sur ses lèvres. Puis il retourna dans le salon, suivie d'une Eloïse qui n'en menait pas large.
"Alexandre ! S'il te plaît... Depuis que je te connais, je... Enfin, tu es un homme merveilleux, tu es intelligent, attentionné, discret, constant, sensible, marrant, fidèle à tes amis et à tes principes, honnête, gentil... Je pourrais faire l'article pendant quelques minutes comme ça. Je l'ai toujours su, Lex, mais on dirait que cette semaine sans avoir de tes nouvelles me l'a fait réaliser. Tu es sans doute ce qui se rapproche le plus de l'âme soeur pour moi, c'est incontestable et... Et... Je n'ai jamais compris pourquoi tu étais toujours tout seul. Qu'il n'y avait pas une femme dans ta vie. Et vendredi dernier, quand tu m'as dit que... Enfin, j'ai réagi comme une conne, j'aurais dû me taire. Mais j'y ai réfléchi, je te le jure. Et crois-moi, ça me touche profondément, que tu... Que tu m'aimes..."
Quelle tristesse dans ses yeux ! Eloïse se mordit les lèvres. Lui aussi, il était sur le point de pleurer : ses yeux étaient tout embués.
"...Ecoute, ton amitié m'est trop précieuse, Lex, aussi précieuse que l'amour de ma fille. Je ne voudrais pas perdre ton estime à cause d'un peu d'humour déplacé. Je ne prétends pas t'aimer comme toi tu m'aimes, mais... Je t'adore, tu sais, et c'est important que tu le saches, que tu n'en doutes pas. Laisse-moi une chance de me faire pardonner, Lex, laisse-moi une chance de voir si je peux... Si je peux t'aimer comme tu le mérites..."
"C'est bon, il n'y a rien à pardonner."
Sur son visage, la fatigue de celui qui a retenu ses larmes au prix d'un gros effort de volonté, et un sourire très doux.
"Comme je le disais, j'avais un irrépressible besoin de bouder, maintenant c'est fini."
Il lui prit les mains et se pencha pour presser ses lèvres sur les paumes de son amie. Puis son sourire s'accentua, et ses yeux brillèrent.
"Comment en vouloir à une si jolie femme qui vient vous trouver aussi délicieusement vêtue ? Je ne suis qu'un faible mâle, après tout..."
Eloïse eut un rire nerveux. Puis elle se rua dans ses bras, l'enlaçant avec force, enfouissant son visage au creux de son épaule.
"Lex, je ne veux pas te perdre... Tu es le seul homme qui a toujours compté dans ma vie..."
"Relax, Eloïse. Je suis trop encombrant pour qu'on m'égare si facilement."
"Oh, encore prosaïque..."
Il la berça un moment, caressant doucement son dos et ses épaules. Si agréable...
"Lex, c'était quand, la dernière fois que tu m'as serrée dans tes bras ?"
"A la remise des diplômes, à l'unif'. C'était aussi spontané que maintenant : l'annonce de ton grade t'avait fait bondir de joie. Tu avais un léger parfum de vanille, et tes cheveux te tombaient jusqu'aux omoplates..."
"Tu t'en souviens avec cette précision ?"
"Plus encore : ton soutien-gorge devait te faire souffrir le martyre..."
"Comment peux-tu dire ça ???"
"J'ai senti que l'agraffe était abîmée, à travers le tissu de ton chemisier..."
"Oh ! Je me souviens, je m'en suis débarrassé tout de suite en rentrant à l'appartement, pour le plus grand bonheur de Greg et... Désolée..."
"Non, ce n'est rien. Je me trompe ou celui-ci est bien en dentelle ?"
"Lex ! Enfin... C'est bon d'être dans tes bras. On devrait s'enlacer plus souvent..."
"Ah mais je ne demande pas mieux..."
"Quelle idiote je fais. Et toi, tu en remets une couche."
"Heh. J'ai gaspillé cinq chances de t'avouer mes sentiments. J'ai un peu foiré sur la sixième. Espérons que tu feras mieux que moi sur la septième..."
"Je vais essayer. Promis. Sept, c'est un chiffre d'abondance, non ?"
Sonnerie.
"Sûrement ! D'ailleurs voilà la pizza."
Elle le laissa aller avec réticence. Mais elle riait.
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Réponse au Sujet 'Tranches de Vie.' a été posté le : 15/06/04 11:01
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La première bouteille de Rosé était à moitié vide, la pizza dévorée depuis longtemps et la vaisselle fraîchement rangée dans l'armoire. Eloïse sortit l'écrin de cuir vert de son sac à main. Alexandre voulut la repousser quand elle le lui glissa dans les mains...
"Non, Eloïse, garde-la..."
"Je voudrais que tu me l'offres à nouveau, quand je serai sûre..."
"Mais... C'est peu de chose, tu sais. Et puis, moi je le suis, sûr."
"D'accord, mais passe-la toi-même à mon doigt..."
Il s'exécuta avec bonne volonté, en quelques gestes fluides. La bague était parfaitement ajustée aux mains d'Eloïse...
Ils passèrent le reste de la soirée à regarder ce film de science-fiction aux dialogues tellement stéréotypés que c'en était comique. Serrés l'un contre l'autre dans le divan, ils partagèrent quelques éclats de rire, vidèrent la première bouteille de Rosé, ainsi que la deuxième. D'ordinaire, elle tenait l'alcool bien mieux que lui, mais cette fois, elle s'endormit sans prévenir...
Doucement, il la souleva dans ses bras et l'emmena dans sa chambre, où il l'étendit sur le lit. Il lui ôta ses souliers et, après avoir poussé un long soupir, la déshabilla entièrement. Il la couvrit de la couette, et l'embrassa sur la joue, avant de poser sa robe, soigneusement pliée, et ses sous-vêtements, sur une chaise. Puis il s'éclipsa.
Le lendemain...
Eloïse apparut dans la cuisine, enveloppée dans une serviette de bain, encore un peu fraîche d'une douche de bon aloi. Alexandre achevait de vider un poëlon dans l'évier, dispersant la vapeur d'eau d'un mouvement du bras. Il l'accueillit avec un grand sourire.
"Bonjour, Eloïse. Bien dormi ?"
"Comme une masse. Je me suis permis d'utiliser ta salle de bains..."
"Et j'ai loupé ça..."
"Oh, ne me dis pas que tu ne t'es pas rincé l'oeil, hier soir, après m'avoir déshabillée..."
"Tu es toujours aussi belle, mon amie... Ca t'ennuie ?"
"Non, pas du tout. Je préfère m'endormir toute nue dans ton lit qu'habillée au volant..."
"C'est en effet meilleur pour la santé. Surtout après avoir bu autant..."
"Moui. Oh mince, il faut que je prévienne Maman !"
"C'est fait. J'ai téléphoné chez toi après avoir été chercher le pain..."
"Oh... Merci..."
Il brandit deux oeufs encore fumant...
"Oeufs à la coque, pain frais et beurre salé pour les mouillettes. Thé ou café ?"
"Un jus de fruit, tu as ça en réserve ? Pas besoin de caféine un samedi matin..."
"Pas de problème..."
"Tu es un ange... Je pense à un truc... Où as-tu dormi ?"
"Dans un fauteuil, au salon."
"Ah... Qu'est-ce que Maman a dit ?"
"Rien de spécial. Elle ne s'inquiète pas outre mesure, Sylvie lui a dit où tu étais dès hier soir..."
Eloïse rougit. Mais Alexandre ne lui laissa pas le temps d'être embarrassée. Il la fit asseoir devant son petit-déjeuner préféré. Même ça, il y avait pensé. Oeufs à la coque et mouillettes...
"Tu penses vraiment à tout..."
"J'ai une excellente mémoire, Eloïse. Surtout quand tu es concernée..."
"Oui, je m'en rends seulement compte. Je veux dire, j'en prends seulement conscience... Tu te souviens, à l'université ? La première fois que tu m'as vue nue ?"
"Et comment... Ces fameuses chambres d'étudiant avec salle de bain et cuisine communes..."
"Je sortais de la douche, et tu étais dans le hall, à attendre une de tes camarades de fac'..."
"Une fille de l'étage inférieur m'avait laissé entrer pour ne pas que je sois trempé par la pluie..."
"Quelle surprise pour nous deux... Tu sais ce qui m'a plu chez toi ?"
"La voix un peu rauque à cause de la gorge soudainement sèche ?"
"Mais non ! Quoi que... Non, tes yeux étaient fixés sur mon visage et n'ont pas dévié. Même quand on a bavardé ainsi pendant quelques instants. C'était de la timidité, déjà ?"
"Simple bon sens : si je t'avais toisée d'un oeil concupiscent, tu aurais été te rhabiller sans traîner..."
Elle rit, entre deux bouchées.
"...Tandis que là, notre amitié est née..."
"...Toute nue..."
"Oh, arrête de te faire passer pour un obsédé. Tu n'as même pas abusé de la situation, hier soir."
"Mmh, je suis ton ami, ça implique un minimum de respect. Ca ne me viendrait pas à l'esprit d'abuser..."
"Bien sûr... Alexandre ?"
"Oui ?"
"La semaine prochaine, tu pourras dormir à la maison."
"Ah ?"
"Mon lit est à deux personnes, tu n'auras pas à dormir dans un fauteuil..."
Il rougit, puis un léger sourire apparut au coin de ses lèvres.
"...Et je serai bien éveillée quand tu me déshabilleras..."
_____________________________
Voilà une première variation, un stéréotype de "happy end" comme je les affectionne - je suis un indécrottable optimiste.
Critiques et commentaires bienvenus. Fruits & légumes de lancer également, pour autant qu'ils soient frais (et pas transgéniques).
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Vieux Con

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Réponse au Sujet 'Tranches de Vie.' a été posté le : 15/06/04 17:50
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J'ai lu aussi.
Agréable et frais et comme dit Oph, ça se lit tout seul, c'est du Nyxl.
Et plus, même si je ne suis pas non plus fan de romantisme (quoi, on peut deviner ?), ça allait pile avec ma cure actuelle de shojo manga...
Mais je dois avouer que ça manque de...sel. Il n'y a pas de rebondissement.
Connaissant le cuddlemaster, la fin est fort prévisible. Dommage.
Sinon, j'en rajoute sur Oph (euh...la formulation est...euh...) : ce récit est irréel et complétement impossible dans la vrai vie. Dans la vrai vie c'est "Désolé, je préfère qu'on reste ami..."
Puis ensuite l'amitié se dégrade ("Je n'aime pas comme tu me regarde...", "Je ne te pensais pas comme ça...").
Enfin, aprés y'a inimité, colère, suicide et...Quoi ? Je vois la vie en noir ? Mais c'est beau, le noir...
Donc, prend donc un citron, Nyxl.
Et qu'est-ce que tu as contre les légumes transgèniques, hein ?
Mais comme toujours, j'ai hâte de voir la suite, car si j'ai bien compris, y'a des suites...
-------------------- "L'Infini ?
...Prenez la taille de mon ego et ça vous paraîtra petit..."
Aerth, récits fantastiques
...Et en plus il écrit et il blog...
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Basement Cat

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Réponse au Sujet 'Tranches de Vie.' a été posté le : 15/06/04 19:12
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Citation :Message de Oph qu ourse
[...]
Pour le fond...
Dire que ce n'est pas ma tasse de thé relève d'un record d'euphémisme. Je n'aime pas les historiettes romantiques, avec ou sans happy end. Ça manque cruellement de narrativium, et puis, les sentiments ne fonctionnent pas comme ça. La vie n'est pas comme ça.[...]
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Ne généralisons pas. A quelques effets de style près (exagérations diverses et substitution soigneuse des prénoms), c'est une histoire vraie. Un cas probablement très particulier, mais une histoire vraie.
Citation :Message de MageGaHell, tiré hors de son contexte sans le moindre scrupule
Mais je dois avouer que ça manque de...sel. Il n'y a pas de rebondissement.
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Je traduis : "ça manque de sexe. Il n'y a pas de rebondissement sur le matelas." J'ai bon ?
Citation :Message de MageGaHell
Mais comme toujours, j'ai hâte de voir la suite, car si j'ai bien compris, y'a des suites...
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D'autres rêveries en fermentation. Wî. Toujours sur le thème de l'amitié. La prochaine sera nettement moins marrante, si je la couche sur "papier".
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Cachée
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Troll du Chaos

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Réponse au Sujet 'Tranches de Vie.' a été posté le : 15/06/04 19:46
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moi je tiens à nuancer leurs propos, aux rabats joies .
moi j'adore cette histoire, d'abord, comme ils l'ont dit, elle est légère, facile à lire.
Ensuite, je trouve que tu retranscris bien les émotions, on s'y croirait.
Ensuite, ils disent ça se passe pas comme ça en vrai...
déjà, si, ça doit arriver, et puis, même, est-il interdit d'espèrer ? de rêver ?
non, j'aime bien, ça fait espérer, ça change de ces nouvelles noires, sombres et déprimantes (ce qui est bien aussi, seulement de temps en temps, espérer fait du bien)
Bref, vivement la suite, surtout si elles sont différentes, tu verras, tu rendras tout le monde content.
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Dixit Eo

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Réponse au Sujet 'Tranches de Vie.' a été posté le : 18/06/04 14:07
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Globalement: Waaaah. Comme d'hab, j'éprouve toujours du plaisir à lire du Nyxl.
Points positifs:
Les sentiments. Ils ont beau sembler faux, ils sont là. Et bien que certains passages, dans la forme, me semblent un peu vite et expédiés, dans le fond, il y a toujours ces sentiments qui sont exprimés et qui passent. C'est propre à tes écrits, Nyxl, c'est ce que j'aime dans ceux ci, donc, c'est un point positif.
Le happy end. Bah ouais, j'aime bien les happy end.. je suis fort extrème dans mes gouts pour les fins... soit c'est "ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants", soit c'est "et après avoir rédigé son testament, il vendit son âme au diable et le désespoir s'empara de lui.".. bref, là, ça me plait.
Point négatif: Ca a beau etre une histoire vrai, c'est si rare de voir des choses comme ça dans la vrai vie... les choses semblent si parfaites.. si... artificielles... Si tu as réellement des rapports avec cette personne, Nyxl, accroches-toi, car elle est unique ! Le nombre de rapports amicaux qui se dégradent à cause de situations comme celle là... le nombre de réactions, pardonnables, qui se font dans une optique tout à fait différente de celle énoncée ici.... le fameux "on reste amis", le fameux "J'aimais justement, chez toi, le fait de ne pas me sentir convoitée", et toutes ces répliques qui sont une généralité (et ton texte explique bien que les exceptions existent...), qui sont, encore une fois, excusables, car.. humaines....
La personne réagis réellement bien, prise au dépourvus... Ca ne semble pas "crédible", même si c'est une histoire vrai.. comme beaucoup d'histoires vraies, vas-tu me dire.
Autre petit point négatif, mais un détail, celui là, que j'ai déjà mentionné, c'est certaines formulations dans les dialogues. Le rythme semble parfois court, et ce, inutilement.
Enfin bon.... là, je pinaille. J'espère que mes propos ne seront pas mal vus, je deviens de plus en plus critique avec le temps, car j'estime de plus en plus que si on me demande mon avis sur une expression, c'est qu'on recherche un regard totalement objectif et dénué de compliments gratuits. D'autant plus lorsque la personne qui demande des avis est une personne que je respecte et que j'apprécie.
Pour terminer, je répèterais donc ce que j'ai écris en premier, afin que l'idée globale de mon message soit mise en évidence:
C'est du Nyxl, j'aime.
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Dernière mise à jour par : Bique_Ant le 18/06/04 14:12
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-------------------- Paris a ça de commun avec les petits villages de la campagne profonde que ce sont les deux seuls endroits où on peut y trouver des individus foncièrement agressifs, stupides, associaux de nature, se croyants intelligents et n'étant pas conscient de la vie qui existe hors de leur commune. (Dixit Eo)
--------------------
Zien Nith, le plus grand des Hasards ! (Dixit Eo)
--------------------
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Vis fidei + In actis honor (et vive Gropaf ! (Dixit Eo))
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Dix-Itéo : La signature. (Dixit Eo)
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Réponse au Sujet 'Tranches de Vie.' a été posté le : 19/07/04 18:21
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Tranche de vie suivante : du X-Men.
Eh oui. Certains d'entre vous savent déjà que j'adore cette série de chez Marvel. Certains savent aussi que j'ai été à fond dans la transposition sur grand écran par Bryan Synger. Et que je trouve Mystique WouAouW. Chacun ses fétiches, n'est-ce pas ?
Voici une tranche de vie de Mystique, supposément après les événements du deuxième opus cinématographique.
Bien entendu, tous les personnages évoqués sont fictifs, toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé serait pure coïncidence. Et non, je ne cherche pas à tirer profit de ce petit récit. C'est une fanfic d'un genre traditionnel, susceptible de faire plus de pub que de tort aux ayant droits. Marvel, Fox, enjoy.
-------------------- Considérez-moi comme un rejeton du chat de Schrödinger. Ou alors un lointain cousin du démon de Maxwell...
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"Coupez Bruxelles dans le sens nord-sud, donnez la partie ouest au Royaume-Uni et la partie est aux Allemands. Ainsi, vous mettrez tout le monde sur un pied d'égalité, car toutes les parties râlerons avec la même intensité."
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Réponse au Sujet 'Tranches de Vie.' a été posté le : 19/07/04 18:23
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Au-delà des apparences.
Dorian alla ouvrir la porte quand on sonna à l'entrée, un billet de cinq dollars à la main. Le livreur de pizzas lui adressa un sourire parfaitement commercial, avant de lui décocher un uppercut digne des plus grandes stars de la boxe...
Le faux livreur enjamba le corps inanimé et s'aventura dans la maison. Il y eut un bruit étrange, comme si on étirait une bande de caoutchouc, alors que l'intrus "fondait". Mystique darda ses yeux d'ambre dorée dans toutes les directions. Quelques instants plus tard, elle était devant l'ordinateur de Dorian et fouillait son disque dur à la recherche des données...
Devant la porte d'entrée, l'autre se releva, se massant le menton. Ce n'était pas une petite nature, et il avait appris à encaisser au fil des années. C'était un homme de trente-cinq ans, bâti comme un de ces baroudeurs que l'on ne voit plus guère que dans les films d'action. Il n'était pas particulièrement massif, mais son t-shirt et son jeans étaient suffisamment moulants pour révéler une musculature soigneusement entretenue. Ses cheveux noirs, taillés en brosse, étaient parsemés de fils blancs et ses yeux sombres avaient un éclat vif que sa brève agression n'avait pas éteint. Son nez un peu cassé dénotait d'ailleurs qu'il avait dû subir pas mal de coups...
Dorian trouva tout de suite le vrai livreur de pizza, "endormi" à l'arrière de sa maison et affalé contre son scooter. Il le traîna doucement jusque sous le porche. Puis il lui tapota la joue. Le gros bonhomme émit un son indistinct en revenant à lui...
"Ca va, m'sieur ? J'vous ai trouvé ici. Vous avez dû trébucher sur la marche et vous heurter le menton en tombant."
"Mrgnf... Me souviens de rien..."
"Ca va aller ? Vous voulez un verre de cognac pour vous remettre ?"
"Oh non ! Pas en service... *******, je vais être en retard ! Quelle heure... Ouf, seulement cinq minutes... La pizza..."
"La pizza n'a rien, rassurez-vous. Vous êtes sûr que vous ne voulez pas un verre ?"
"Certain, je vais y aller..."
"Hey, prenez quand même l'argent !"
Dorian lui tendit le billet, que l'autre empocha sans traîner avant de grimper sur son scooter et de démarrer en trombe. L'homme eut un sourire.
"...Et gardez la monnaie."
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Réponse au Sujet 'Tranches de Vie.' a été posté le : 19/07/04 18:25
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Mystique grimaça. Il n'y avait rien, sur cet ordinateur, en dehors du système d'exploitation et des logiciels utilitaires classiques. Il n'y avait même pas les photos de cul qu'on trouvait généralement sur les ordinateurs des célibataires au long cours...
"Hey, Miss, un bout de pizza, ça te tente ? Elle a été un peu secouée, mais elle est intacte. Jambon, champignons, fromage. Pas folichon, mais c'est tout ce que mon estomac peut encaisser pour le moment..."
La Mutante fit pivoter le siège et fit face à l'homme qu'elle pensait avoir envoyé au paradis des boxeurs. La première chose qui la frappa, c'était l'absence de dégoût ou de frayeur dans son regard. Il l'observait avec beaucoup d'intérêt. Mystique était une grande femme, à la silhouette athlétique et aux cheveux roux taillés courts. Mais ce qui choquait réellement, c'était sa peau bleue, un peu écailleuse.
"Hell, mais tu es... à poil !"
"Ca te dérange ?"
Sa voix était étrange, comme réverbérée par son propre appareil vocal. Elle posa nonchalamment les bras sur les accoudoirs, laissant pendre ses mains. D'un mouvement très sensuel, elle croisa les jambes et balança doucement son pied en suspension. Dorian eut un sourire en coin et recula d'un pas.
"Doucement. Je connais ce truc. J'ai pas envie de me manger un flying-kick après avoir goûté à tes phalanges. Et je ne cherche pas à te causer des ennuis."
"Je sais que tu as des documents qui m'intéresse."
"Et moi je suis prêt à te les donner. Bon alors, pour la pizza, tu veux ou tu veux pas ?"
Quelques instants plus tard, ils étaient attablés à la cuisine, devant la pizza qui avait fait un bref séjour au micro-ondes. La Mutante examinait son hôte avec curiosité...
"Qui es-tu ? Et pourquoi t'intéresses-tu à moi ?"
"Doucement. Une question à la fois. Je m'appelle Dorian Gray."
"Comme dans le roman ?"
"Ouais, comme dans le roman. C'est marrant, y'a pas une personne sur deux qui lit régulièrement, aux States, et y'en a pas la moitié de ceux-là qui ont lu ce truc. Je suis journaliste d'investigation."
"Je crois que je commence à comprendre."
"Pas vraiment, attends."
Il posa sur la table une enveloppe en plastique qui contenait un DVD fraîchement gravé. Le regard de Mystique s'embrasa.
"Il y a quelques mois, le Sénateur Kelly faisait des pieds et des mains pour faire passer une loi sur le fichage des Mutants. Quand je dis faire des pieds et des mains, on peut dire qu'il remuait comme un beau diable. J'ai été journaliste de guerre avant de revenir au pays. J'ai visité des pays où on pouvait pas moufter de peur que le régime en place ne vous écrase et ne vous fasse disparaître. Les arguments de Kelly sonnaient malsains et me rappelaient des trucs que j'aurais préféré ne jamais entendre à cette époque. C'est pour ça que je me suis intéressé de près à ce personnage..."
Dorian fit une pause, le temps de mordre quelques fois dans son quartier de pizza, et de boire une gorgée d'eau.
"Mmh... Si tu veux autre chose que de l'eau, y'a des sodas et des jus de fruits au frigo, sers-toi."
Plus pour se donner une contenance que par réelle envie, Mystique inspecta les boissons avant d'opter pour un jus de pommes.
"Sur le DVD, y'a un répertoire avec des photos et des vidéos amateurs que j'ai rachetées bien cher. Toutes montrent la même plage de la côte est, avec un Mutant à moitié liquide qui sort de l'eau et qui s'avance sur le sable. On voit ses contours qui se raffermissent et c'est Kelly, à poil, complètement désorienté, alors qu'il avait disparu depuis une semaine. On le voit faucher un survêt' et se casser sans rien dire. Les supports originaux sont dans un sac, dans ma chambre. Je te les donnerai aussi quand tu repartiras."
La Mutante se rassit. Cette fois, c'était très clair.
"Après l'épisode de la place, Kelly disparaît à nouveau. Puis il réapparaît, peu après l'attentat raté de Liberty Island et l'arrestation de Lencherr. Cette fois, Kelly a renoncé à son os et prêche vigoureusement contre cette foutue liste de Mutants, alors que l'affaire Lencherr aurait dû le conforter dans ses idées fascistes. Tu me suis ? Moi ça m'a intrigué, et j'ai décidé de faire mon job. J'ai commencé à épier sa maison, à Washington. Sans résultat, au début, y'avait des essaims de journalistes qui faisaient le siège de sa bicoque, et il ne se montrait plus que rarement. Puis le Président a fait son allocution à la télé, très étrange aussi, à propos de ce "péril mutant" qui n'était dû qu'à la frousse des Humains normaux. Moi j'ai continué à guetter, dans l'ombre, jour et nuit. Puis j'ai pris une photo où on voit Kelly qui parle dans son portable, avec des yeux dorés..."
Pas difficile de deviner le reste. Mystique n'avait jamais pensé qu'on pouvait l'espionner avec autant de conscience professionnelle. Dorian était parvenu à la photographier, à la résidence de feu Kelly, avec suffisamment de précision pour démontrer que le Sénateur était en fait une Mutante métamorphe.
"Pourquoi tu n'as prévenu personne ?"
"J'sais pas trop. La curiosité, sans doute. Et puis, je ne pouvais pas me présenter comme ça avec mes photos dans un commissariat de police. Et puis, je devais espérer que tu me repères, quelque part au fond de moi."
"Vraiment ? C'est un jeu dangereux."
"Ca c'est mon problème."
"Mais qu'est-ce que tu attends de moi ? J'imagine que ces documents, tu ne me les donneras pas gratuitement. Tu veux de l'argent ?"
Au lieu de répondre, Dorian lui resservit un quartier de pizza. Quel type étrange...
"Je ne te fais pas peur, Dorian ?"
"Si, bien sûr. Tu dois certainement penser à la manière dont tu vas me tordre le cou quand tu sauras tout ce que tu veux savoir. Mais ça c'était prévisible, et c'est un risque que j'ai choisi de courir. Tu sais, Miss, j'ai vu pas mal d'horreurs quand j'étais journaliste de guerre. J'ai fait l'Irak de G.W.Bush, j'ai vu un confrère se faire ratiboiser par un tank américain "par accident", j'ai vu des attentats suicides, j'ai vu des malades mentaux démolir avec méthode les efforts de paix entrepris au Moyen-Orient jusqu'à ce que ça pète pour de bon entre Israël et le reste du monde. J'ai suivi l'évolution de cette affaire de près et il m'est arrivé de m'en mêler une fois, ce qui m'a valu d'être renvoyé au pays. J'te l'dis, j'ai vu bien des *********ries, sur Terre. Et toi t'en fais pas partie."
Mystique sursauta. Elle s'attendait vaguement à un truc du genre "toi t'es la pire". Mais pas à ça. Dans son âme aigrie, quelque chose s'alluma. Elle plissa les yeux, ce qui lui donna l'air d'un prédateur.
"Tu... ne me trouves pas... repoussante ?"
"Come on... Les tigres sont différents des lions, les gorilles sont différents des orang-outangs, les Mutants sont différents des homo sapiens sapiens, et alors ?"
"Ils se battront entre eux si on les met en présence."
"Bah... Le pire, c'est que je ne peux même pas te dire le contraire."
Il contempla sa pizza d'un air morne. Quand il releva la tête et la regarda, une grande tristesse dans les yeux.
"Toi t'es pas repoussante, t'es extraordinaire. C'est quoi ton nom, Miss ?"
"On m'appelle Mystique."
"Mystique ? C'est ton nom de scène, pas vrai ? Et ton vrai nom ?"
"Ca ne te regarde pas."
"Okay, okay, je m'en contenterai."
"Qu'entends-tu par extraordinaire ?"
"Tu vas sûrement me coller une étiquette de détraqué sexuel, mais tant pis. Mystique, t'es la femme la plus belle que j'ai jamais vue."
La Mutante écarquilla les yeux, ce qui accentua leur éclat un instant. Pas possible. Elle éclata de rire, rejetant la tête en arrière. Elle se reprit.
"C'est en me disant une telle platitude que tu penses racheter ta vie ?"
"Même pas. J'avais envie de te le dire."
"Tu n'es pas un détraqué, Dorian. Mais tu es fou, ça oui."
Il lui sourit, amusé. Elle saisit le DVD et l'agita sous son nez.
"Je vais regarder ce qu'il y a là-dessus. Tu permets que j'utilise encore ton ordinateur ?"
"Fais comme chez toi..."
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Réponse au Sujet 'Tranches de Vie.' a été posté le : 19/07/04 18:27
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La Mutante était soufflée par la masse d'images accumulée sur ce DVD. Elle se demandait comment le FBI n'était pas débarqué en force chez le Sénateur Kelly, à voir les photos innombrables de la propriété où on la voyait à mi-métamorphose...
Tiens, ce répertoire "babe". Clic.
Le répertoire contenait une centaine d'images, identifiées non plus par des dates, mais par des titres évocateurs comme "sunset", "looking at the stars" ou "distance". Elle activa le navigateur d'images et parcourut le catalogue. Au bout de quelques instants, elle porta une main à sa bouche, incapable d'en croire ses yeux. Ce n'étaient que portraits d'elle. Et de splendides portraits. Là, elle regardait par la fenêtre, le coude appuyé contre le montant, et on pouvait voir le reflet du soleil couchant dans la vitre. Ici, elle était installée au vélux du grenier, la tête reposant sur ses bras croisés, les yeux levés vers le ciel nocturne. Et le reste de la galerie était à l'avenant. Dorian avait capturé dans ces photos l'essence de sa personnalité...
"Tu es seule, pas vrai ?"
Elle se retourna, retroussant les lèvres en un rictus d'ivoire immaculé. Il était appuyé dans l'encadrement de la porte du bureau, et il la regardait. Elle eut un frission. Etait-ce de la compassion, qu'elle lisait dans ces yeux-là ? Non... Plutôt une forme de complicité.
"Viens avec moi. Je vais te donner le sac avec les pellicules et les cartouches-mémoires."
Mystique le suivit sans rien dire. Quand elle entra dans sa chambre, et qu'elle vit le cadre au-dessus du lit, elle ne put retenir un cri. Le plus beau des portraits. Là, sous verre.
"C'est génial ce qu'on peut faire avec une bonne imprimante A2, pas vrai ? Tu vois, Mystique, tu as raison, je suis un peu fou. Pour moi, c'est devenu une obsession. Mais ça, c'est le seul portrait que je me suis permis d'imprimer."
Il s'agenouilla près du lit et en extirpa une sacoche de photographe avant de la lui tendre.
"Voilà, tout est dedans, tu peux vérifier et fouiller la maison si ça te chante, y'a rien d'autre que ça et le DVD."
"Je te crois. Et je crois que toi aussi tu es seul, Dorian."
"Ouais. Depuis fort longtemps."
"Mais que veux-tu de moi ?"
"Rien de spécial. Peut-être te connaître un peu mieux qu'au travers de ces photos..."
Mystique croisa les bras doucement. Pour la première fois depuis bien longtemps, elle se sentait vulnérable. Elle s'entendit parler, comme si c'était une autre qui s'exprimait...
"Qu'aimerais-tu savoir ?"
"Tu ne portes jamais de vêtements ?"
"Non, ma peau ne les supporte pas. Je les simule quand je me métamorphose. Tu préfères que je..."
"Non, non, c'est très bien. Moi ça ne me dérange pas..."
"Touche-moi."
"Pardon ?"
"Touche ma peau."
Dorian rougit, mais il s'approcha. Lentement, il leva une main et lui effleura la joue. Puis il s'enhardit et lui caressa les épaules.
"Tu... Ta peau... En te regardant, on croirait du latex ou une matière caoutchouteuse. Mais ta peau est douce... Comme de la soie. On dirait que tu es fragile... Mais tu es forte, pas vrai ?"
Elle ferma un instant les yeux et se concentra. Quand elle les rouvrit, le visage du journaliste avait pris une teinte rosée du plus bel effet. Elle avait simplement résorbé les peaux qui dissimulaient encore ses attraits féminins.
"Maintenant, je suis vraiment à poil. Ca te plaît ?"
Il déglutit avec peine. Avant qu'il ne réponde, elle se colla contre lui et lui passa les bras autour du cou.
"Je pourrais être toutes les femmes que tu veux. Es-tu sûr que c'est moi que..."
"Toi seule. Pas une apparence. Toi."
Elle frémit un peu quand il posa les mains sur son dos.
"Comme de la soie... Même là où on dirait des écailles, ta peau est comme de la soie..."
"Tu comprends pourquoi je ne supporte pas les vêtements ? Ca m'irrite..."
Mystique posa sa bouche sur celle de Dorian. Le photographe ferma les yeux. La Mutante écarta les lèvres et passa la langue, l'invitant à un baiser plus passionné, qu'il accepta. Elle le repoussa contre le bord du lit, le faisant basculer sur le matelas et se laissant tomber sur lui.
"Mmf... Enlève tes vêtements, ceux-là aussi irritent ma peau..."
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Réponse au Sujet 'Tranches de Vie.' a été posté le : 19/07/04 18:29
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Mystique se sentait bien. Cela faisait si longtemps qu'elle ne s'était plus sentie comme une femme. Dorian dormait comme un ange, tout contre elle. Jamais, jamais, jamais un homme ne lui avait fait l'amour sous son apparence véritable. Elle s'était résignée à vivre dans un monde où les mâles ne la considéreraient jamais qu'avec répugnance ou, au mieux, avec indifférence. Même les Mutants qu'elle connaissait ne l'approchaient que parce qu'il le fallait ou pour l'attaquer...
Mais lui...
Comment était-ce possible ? Un simple Humain l'avait découverte, l'avait approchée telle qu'elle était, sans manifester de dégoût et, plus important, sans en ressentir. Les choses qu'il lui avait faites, aucun homme sain d'esprit n'aurait pu le faire en la trouvant dégoûtante. Et elle revenait sur son premier jugement, il n'était pas fou. Il ne l'avait pas touchée comme un fou le ferait. Non, c'était autre chose. Oh, il était sincère quand il disait la trouver belle - et ça lui faisait plus de bien qu'elle ne l'avouerait jamais. Mais il y avait autre chose...
Il ouvrit les yeux et la regarda. Pas de changement dans ses prunelles, la même passion, la même admiration. Que c'était *bon* de sentir un tel regard !
"Je peux mourir en paix, Mystique, maintenant que je t'ai connue."
"Tu cites la Bible, maintenant ?"
"Non. Tu as été merveilleuse."
Allait-il cesser avec ses louanges ?
"Tu vas déjà t'en aller ?"
"Peut-être."
"Alors tu vas me tuer..."
"Non. Pas tout de suite. Rendors-toi, Dorian. On en reparlera."
Elle se pelotonna contre lui et ferma les yeux.
Quand Dorian se réveilla, au petit matin, elle était repartie. Il soupira. Puis il vit la sacoche, toujours là où elle était tombée la veille. Et le petit mot glissé sous le verre du portrait, au-dessus du lit, qui disait "je reviendrai chercher les documents". Le journaliste se coula à la place qu'elle avait occupée cette nuit, cherchant dans les draps un reste de son odeur musquée...
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Réponse au Sujet 'Tranches de Vie.' a été posté le : 19/07/04 18:31
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Une semaine passa et Dorian n'eut plus aucune nouvelle de Mystique. Il commença à croire qu'elle l'avait simplement abandonné à lui-même. Il reprit son train-train quotidien fait de lectures, de coups de fil aux agences de presse pour rester au courant des besoins des médias, de courses au supermarché...
Il ne travaillait plus beaucoup, sa santé ne lui permettait pas de faire de longs déplacements. Les névralgies qui l'accablaient pouvaient survenir n'importe où, n'importe quand. Comme ce soir où il sortait de chez l'épicier. Il avait à peine posé son sac à l'arrière de sa voiture qu'une violente pointe de douleur lui vrilla le crâne. Il s'était effondré sur le siège du conducteur, pressant les mains sur ses tempes et priant pour que ça passe.
Ca passait toujours. Mais les crises étaient de plus en plus violentes...
"Bonsoir, Mister Gray. Je peux avoir un autographe ?"
Il tourna la tête. Quelqu'un présentait un exemplaire de son livre de photos "Mid-East Conflict, Horror inside, Error outside" au carreau de sa portière. Une blonde formidable, aux grands yeux bleus... Non... De grands yeux dorés.
"Toi !"
"Tu m'offres un lift, Dorian ?"
"Vas-y, monte ! Bon sang, tu m'as manqué..."
Elle fit le tour de la voiture et s'installa à côté de lui. Les vitres étant teintées, elle put reprendre son apparence normale sans craindre qu'on la repère.
"Ca va, Dorian ? J'ai vu que tu étais accablé..."
"Des migraines chroniques. Rien de bien agréable, mais ça finit par passer."
"Tu es sûr ?"
"Certain, merci de t'inquiéter... Où est-ce que j't'emmène, Beauté ?"
"Chez toi."
"C'est parti !"
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Réponse au Sujet 'Tranches de Vie.' a été posté le : 19/07/04 18:32
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"C'est marrant, il n'y a que des aliments frais, chez toi, aucune boisson alcoolisée, rien de gras ou de trop sucré. Tu es au régime ?"
"Mon spaghetti à la bolognaise ne te plaisait pas ?"
"C'était délicieux... Tu cuisines toujours toi-même ?"
"Autant que je le peux. C'est vrai qu'un bon vin rouge serait agréable avec ce genre de repas... Mais j'ai juste une seule bouteille de cognac pour les urgences..."
"Tu as des problèmes de santé ?"
"Je fais juste attention à ce que je mange et ce que je bois. Les States sont la patrie de la malbouffe, on n'est jamais trop prudent. Le cholestérol et l'alcool sont plus dangereux que tous les Mutants de la planète réunis. Les chiffres sont là, quoi qu'en disent les groupuscules racistes."
Mystique lui fit un sourire de carnassière.
"Mais JE suis dangereuse, ne l'oublie pas, Dorian."
"Je ne l'oublie pas, et j'aime ça. J'ai vécu dangereusement toute ma vie, je crois que j'ai besoin de ça, quelque part."
"J'ai vu ça, oui. Je me suis renseignée..."
"Je m'en doutais. J'aurais fait de même."
"Donc tu ne m'en veux pas ?"
"Je t'approuve."
Il lui prit une main et y posa ses lèvres. La Mutante lui caressa la joue en retour.
"J'ai lu que ton père était mort en prison... Qu'as-tu ressenti ?"
"Un grand soulagement. Je ne lui ai jamais pardonné..."
"Ta mère te manque ?"
"Parfois, oui. Et avant que tu ne poses la question suivante : non, tu n'es pas un substitut maternel. Tu ne lui ressembles pas du tout, elle avait les cheveux noirs et était plus ronde que toi."
Mystique éclata de rire. Il était intéressant et amusant, ce Dorian. Et il prenait les choses avec un cynisme léger qui la faisait sourire. C'est vrai qu'il avait vécu dangereusement. Son père, violent au point de battre sa mère à mort, avait été jugé pour meurtre au premier degré et condamné à la perpétuité. Il avait passé son enfance dans un orphelinat pas très réputé pour son catholicisme. Devenu journaliste, il s'était passionné pour les grands conflits du monde, cherchant peut-être dans les guerres le pourquoi de la violence banalisée. Il avait interrompu sa carrière à la suite du conflit israélo-palestinien qui avait suivi la guerre en Irak. Il avait publié quelques livres-reportages sur le Moyen-Orient, depuis, mais c'était tout...
"Dis-moi, Dorian... Tu te dis journaliste d'investigation, mais tu ne choisis pas n'importe quel sujet, pas vrai ?"
"Exact."
"Le Ku Klux Klan, les néo-nazis, les réminiscences de l'anti-sémitisme, la flambée anti-islamique..."
"Sans oublier la haine irraisonnée contre les Mutants..."
"Tu choisis toujours des sujets axés sur la haine de groupes bien précis. Pourquoi ?"
"Oh, je ne sais pas vraiment. Je crois que la haine me fait tout simplement horreur, et que j'ai envie de communiquer cette horreur aux gens, pour les éduquer un peu..."
La Mutante sourit.
"Ma mère était juive. Ses grands-parents avaient survécu de justesse aux camps de la mort. Les histoires qu'elle m'a transmises m'ont donné le goût de l'indignation face à ce genre de choses."
"Ah bon ? Mais toi, tu n'es pas un Juif..."
"Je ne pratique pas le judaïsme, non."
"Et tu n'es pas circoncis."
"Eh non. Et je ne m'en plaindrai pas."
"Moi non plus..."
Mystique se surprit à penser à Eric Lencherr, son mentor et ami. Lui aussi avait été touché par l'horreur nazie. Il portait encore au bras ce tatouage infâme qui avait motivé la lutte de sa vie. Dorian lui ressemblait un peu. Sauf qu'il n'était pas Magnéto. Il n'avait pas les pouvoirs formidables du Maître des champs magnétiques. Mais il luttait à sa façon contre les injustices. Pacifiquement, par les textes et les images. Magnéto, lui, avait renoncé à ce moyen depuis longtemps, ayant jugé que seule la violence permettait d'éduquer les masses inertes et imbéciles...
"Mystique ? Tu vas bien ?"
"Mmh ? Oui, pardon..."
"Tu étais bien lointaine, tout à coup."
"Oh, un vieux souvenir qui remonte à la surface."
Elle se leva et le saisit par le col, l'entraînant vers la chambre sans ménagement.
"Hey, doucement !"
"Tututut, j'ai envie de toi, ça n'est pas négociable."
"Et moi qui avais prévu de donner mon corps à la science... Il n'en restera rien si je te laisse m'user..."
"Tu peux m'appeler 'science' si ça te fait fantasmer..."
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Réponse au Sujet 'Tranches de Vie.' a été posté le : 19/07/04 18:35
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Elle but une gorgée de son verre d'eau, tout en quittant la cuisine. Ses pieds nus ne faisaient aucun bruit sur le carrelage du hall d'entrée. Mystique n'avait pas envie de repartir en catimini, cette fois. Elle examinait les meubles en détail, cherchant la patte de Dorian dans leur agencement ou dans leur origine. Intime. C'était le mot qui lui venait à l'esprit. Tient, cette enveloppe de papier kraft, sous le téléphone. Elle posa le verre sur la commode et examina l'envoi. Il venait d'une clinique proche. Elle en tira plusieurs clichés. Des radiographies d'un crâne. Ses mains se mirent à trembler en réalisant de quoi il s'agissait...
Dorian se réveilla, secoué par une épaule.
"Mmh..."
"Depuis combien de temps sais-tu ?"
"De quoi ?"
"Ca."
Elle lui montra les radiographies de son crâne, où l'on voyait la tache noire de sa tumeur cérébrale. Son visage se ferma.
"Dorian, depuis quand ?"
"Depuis que j'espionne la résidence Kelly à Washington... *******, j'aurais dû virer l'enveloppe en rentrant..."
"Et me cacher tout ça ? Pourquoi ?"
Il ne répondit pas. D'ailleurs, elle s'en chargea elle-même.
"C'est ça, toutes les allusions... Ton régime, tes migraines, comme quoi tu peux mourir en paix ou que tu veux léguer ton corps à la science... C'est pour ça que tu as pris le risque d'être avec moi, malgré le danger que je représente ? Parce que tu n'as pas peur de mourir, après tout, puisque tu es déjà condamné ?"
"Oui, d'une certaine manière..."
"C'est pour ça que tu m'as presque demandé de te tuer, le premier soir ?"
Pas de réponse.
"C'est injuste ! Pourquoi moi ?"
"Parce que tu étais la meilleure occasion... Je ne veux pas mourir en légume, Mystique."
"Et moi... Tu t'es demandé ce que je voulais ?"
"Au début, je croyais que tu prendrais tes documents et que tu me descendrais rapidement..."
"Et les portraits, les trucs que tu m'as dits ? C'était du vent ?"
"Ca n'était pas prévu... Je te le jure, ça n'était pas prévu. C'est venu par hasard... Vraiment..."
"Je ne veux pas que tu meures, Dorian..."
L'aveu les choqua tous les deux. La Mutante se détourna. Elle venait d'admettre qu'elle pouvait s'attacher à quelqu'un, à un Humain. Dorian la prit par la taille et l'attira contre lui, dans le lit.
"Je te demande pardon, Mystique. J'aurais voulu faire ça proprement. Mais quand j'ai commencé à te photographier, ces jours-là, quand je t'ai vue rêver à la fenêtre, quand j'ai vu que tu ressemblais plus à une prisonnière qu'à une tueuse, eh bien... Ca a craqué, en dedans. Je crois que j'suis amoureux de toi, et je me sens dégueulasse."
"C'est injuste. Je ne te tuerai pas."
"C'est bien fait pour ma pomme."
Elle se retourna, pour lui faire face, et posa les mains sur son visage. Le seul qui l'aimait comme elle était...
"Comment peux-tu être amoureux de moi ? Tu ne sais pas qui je suis ! Je suis une tueuse, j'ai du sang sur les mains, et je suis en guerre contre les Humains..."
"Je sais que tu es seule et malheureuse. Ca aussi c'est une injustice."
"Conneries !"
Elle lui martela l'épaule, sans force, en répétant ce mot "conneries". Ils finirent par s'enlacer avec passion.
"Qu'est-ce qu'on va faire, maintenant ?"
"Sais pas. On peut se passer de toi, dans le monde, Mystique ?"
"Sans doute, je ne sais pas, pourquoi ?"
"Le neurologue m'a dit qu'il me restait trois mois à vivre. Ce qui veut dire deux mois à tout casser. Accepterais-tu de passer un mois avec moi ? Une espèce de lune de miel... Je voudrais te montrer des paysages que j'aime, te faire l'amour dans des endroits fantastiques... Je voudrais consacrer un peu du temps qu'il me reste à te rendre heureuse..."
"C'est... D'accord. Je dois juste envoyer un courriel... Dorian... Bon sang... Le seul mec qui me rende un peu foi en l'Humanité et il va me claquer dans les mains sans que j'y sois pour quelque chose..."
Dorian reçut une larme sur le coin de la bouche. Il se lécha les lèvres et eut un pauvre sourire.
"Tes larmes sont salées, Mystique. Comme les miennes."
Il commença à l'embrasser sur tout le corps, s'arrêtant brusquement en découvrant trois petites marques parallèles sous la poitrine...
"Tiens, ces cicatrices... Comment les as-tu eues ?"
"Un Mutant qui ne voulait pas me rendre heureuse. Oublie ça et continue de m'embrasser. J'enverrai mon courrier électronique plus tard."
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Réponse au Sujet 'Tranches de Vie.' a été posté le : 19/07/04 18:38
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La robe de satin blanc lui allait bien. Très bien, même, elle était surprise du résultat. Evidemment, la mère de Dorian était plus petite qu'elle. Ce qui veut dire que le vêtement remontait plutôt haut sur ses cuisses, mais ça n'était pas déplaisant. Et avec le regard du journaliste comme point de référence, elle trouvait agréable le contraste entre sa peau bleue et le tissu blanc, si léger qu'elle le sentait à peine. Seules les bretelles se faisaient un peu plus sentir, mais rien d'insupportable.
"Pourquoi ce cadeau ?"
"Parce que j'ai envie de faire des photos, encore. Et je veux que tu te sentes comme une femme normale. C'est pas parce que tu es Mutante que tu n'as pas le droit de vivre au grand air et de porter des vêtements qui mettent ta beauté en valeur, ce genre de choses..."
"Je te plais, comme ça ?"
"Enormément."
"Vivre au grand air... C'est le rêve de tout Mutant, tu sais... Je ne peux tout de même pas me montrer comme ça..."
"Les endroits où je vais t'emmener sont déserts, ma belle."
Ce fut un road trip mémorable, et Mystique se sentit vivre comme jamais. Traverser un désert en voiture, à toute vitesse. Faire l'amour dans une forêt à l'écart de toute voie de communication. Escalader les Rocheuses pour admirer le paysage en contre bas. Explorer le Grand Canyon. Se perdre dans les lagunes de Floride. Manger chinois ou français dans un de ces restaurants discrets, à New York, où les Mutants sont les bienvenus. Faire toutes ces choses à visage découvert, sans se sentir inquiétée...
Dorian était dans un état de grâce. Aucune névralgie ne vint souiller d'angoisse leur lune de miel. Les trois premières semaines, il prit des centaines de photos d'elle, quelques dizaines d'eux deux. La quatrième, elle lui confisqua l'appareil et commença à le photographier, à son tour. Il joua le jeu, ne voulant pas lui refuser l'occasion de garder quelque chose de lui. Elle sourit, elle rit en un mois plus qu'en toute une vie...
Mais elle disparut, le lendemain de leur retour chez Dorian. Elle emporta les documents qui avaient provoqué leur rencontre et la robe de satin blanc...
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Réponse au Sujet 'Tranches de Vie.' a été posté le : 19/07/04 18:39
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De temps en temps, le bip des appareils de monitoring brisait le silence. Dorian fixait le plafond, incapable de regarder ailleurs. La tumeur avait attaqué ses centres moteurs, et il était cloué dans son lit depuis deux semaines. Il avait refusé qu'on le mette sous morphine, disant qu'il attendait la visite de quelqu'un...
Des voix. L'infirmière de garde...
"...une rousse au bronzage impressionnant..."
"J'ai fait une teinture, hier..."
"Vous pouvez rester autant que vous le souhaitez... Dans un cas comme le sien... La présence d'un proche..."
"Je comprends, merci... Je voudrais rester seule un moment avec lui..."
"Bien sûr."
Un visage d'ange blond qui apparut dans son champ de vision. Quand la porte se fut refermée, le visage se fondit et redevint celui de Mystique.
"La belle rousse au bronzage impressionnant, hein ?"
"Tu es... venue..."
"Merci de m'avoir attendue, Dorian."
"C'est... normal."
Elle se pencha pour l'embrasser.
"Tu as mis... la robe..."
"Oui, bien sûr. Je voulais te faire plaisir. Comment ça se présente ?"
"Il suffit... de débrancher... l'appareil... Rapide."
La Mutante lui prit la main et la pressa sur son visage. Elle cilla plusieurs fois, incapable de contenir ses larmes...
"Excuse-moi, Dorian... Je suis là, je reste près de toi, mais ne me demande pas de ne pas pleurer..."
"Ca va... aller..."
"Il y a tant de chose que je voulais te dire... Tout ce qu'on a fait à deux, pendant ce mois... J'ai réellement été heureuse près de toi. J'ai adoré ça. C'était bon de pouvoir être moi-même près de quelqu'un qui ne me jugeait pas, malgré ce que je suis, malgré ce que j'ai fait..."
"Génial... Content."
"Dorian..."
Elle se pencha à nouveau et lui murmura "je t'aime" à l'oreille. Il ferma les yeux et sourit. Ca il pouvait faire, encore. Et quand il sentit les lèvres de la Mutante caresser les siennes, il versa deux larmes.
"Appelle... L'infirmière. Pas traîner..."
Le visage bleu redevint l'ange blond. Mystique appela l'infirmière, qui alla chercher un docteur et un avocat. Dorian les prit à témoin et demanda à être débranché. Quand il fut avéré que, malgré son état de santé critique, il était encore sain d'esprit, l'avocat acquiesça, et le docteur lui remit la commande. Le journaliste mobilisa ses dernières forces pour presser le bouton. Les voyants s'éteignirent, et tous se retirèrent, sauf Mystique, qui reprit son aspect naturel.
"Je reste là, mon amour."
"Mys...tique..."
"Oui, Dorian ?"
"Dis-moi... ton vrai nom... please..."
La Mutante se pencha et murmura quelque chose pour ses seules oreilles. Il sourit à nouveau, et la regarda.
"Très... beau nom... Aime... beaucoup..."
Elle lui tint la main et le contempla jusqu'au bout. Jusqu'à ce que le regard de Dorian ne fixe plus que l'infini. Avec beaucoup de douceur, elle lui ferma les yeux. Terrassée par le chagrin, elle faillit oublier de reprendre sa forme d'emprunt avant de prévenir l'infirmière que tout était fini...
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