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WereWelf

The knight in Red



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   Wocek: La taverne des Brauer a été posté le : 29/04/04 16:24

Bon vous savez que je suis un grand bavard.
Je met en ligne "Dies Irae" au fur et à mesure, pour que les gens aient le temps de le lire sans qu'il sombre dans les tréfonds de la section (oui, c'est une basse méthode commerciale). Seulement, "Dies Irae", c'est deja 210 pages!... Et ce n'est pas encore terminé.
Or donc, pour ceux qui ont aimé "la morsure de la couleuvre" (110 pages), ou qui veulent juste lire quelque chose sur Wocek, mon inquisiteur un peu spécial, je me suis décidé à commencer une aventure courte, qui sera publiée en EXCLU ici (encore une basse méthode commerciale)...
Voila, c'est tout frai, ça vient de sortir, et je ne pense pas que cela fasse plus de 50-60 pages à la fin!

Je précise que je n'ai pas encore de titre: j'attends donc non seulement vos critiques constructives à mesure que le récit s'éllabore (enfin j'ai déja fait le plan et trouvé l'intrigue), mais aussi des propositions de titres (mais là c'est un peu tôt, attendez le premier cadavre)... Ah zut j'ai vendu la mèche, il y aura des morts....

Welf


-Je crois que je vais rendre mon âme au Shélam.
-Foutaises ! Ce n’est qu’une fièvre quarte. Vous serez sur pied en trois jours, prêt à chasser l’hérétique, frère !

Ortwin ne répondit pas. Il toussa, d’une toux rauque et profonde, qui remuait sa large carcasse de moine ventripotent. Wocek posa un linge humidifié sur son front brûlant, maudissant au passage les cahots qui lui avaient fait renverser le bol de tisane sur ses genoux.

-Holà ! Meckel ! Et ce relais de poste ?
-Nous y sommes presque, Votre Excellence. Mais avec cette neige, les chevaux ont du mal à trouver la route.
-Evitez de nous jeter dans une fondrière !

Le clerc principal du tribunal hocha la tête, avant d’éperonner pour rejoindre les deux cavaliers qui cheminaient en tête, cherchant la trace de la route dans l’épaisse couche de neige.

Wocek réajusta la peau de vache qu’il venait d’écarter. Le « carrosse » du tribunal de l’inquisition n’était qu’un robuste charroi aux roues pleines. Une boite à courants d’air mal calfeutrée par des tentures et des peaux de bovins, qui faisait office de litière.

Frère Ortwin, l’inquisiteur subrogé du tribunal, avait été frappé par la fièvre alors que le cortège était déjà loin du palais de l’archevêque de Berau. Auraient-ils du rebrousser chemin ? Les tempêtes de neige venaient du sud, et il y avait fort à parier que le siège archiépiscopal était déjà sous trois pieds de neige alors qu’il n’y en avait ici qu’un seul. Wocek avait décidé de continuer par la route du nord, droit sur Kirchzarten.

Ils devaient de toute façon tenir tribunal sur les terres de Petereïm, et le Graff serait bien forcé de les aider, même s’il était connu pour détester l’inquisition. Si la neige ne les bloquait pas, ils arriveraient au premier relais de poste. Là, ils pourraient attendre la fin de la tempête en sécurité, et envoyer des missives à ce « bras séculier » quelque peu renégat.

Ortwin toussa encore. Le gros chanoine avait la face rouge, ronde et luisante comme une pomme bien mure. Les yeux collés par le pu, il divaguait dans un demi délire fiévreux, avec quelques périodes de lucidité qu’il occupait à dire des bribes de prières. Wocek avait catégoriquement refusé de lui administrer l’onction du dernier sacrement. Il se voulait optimiste. Mais il était aussi très surpris par le caractère foudroyant de cette fièvre maligne.

« Au moins suis-je certain qu’il ne l’a pas attrapée en buvant une eau croupie ». Cette pensée amusa l’inquisiteur, qui se versa un verre d’hypocras. Des herbes médicinales macéraient encore dans la carafe en cristal de grand prix. Une gorgée le réchauffa. Frère Ortwin était un bon inquisiteur subrogé, qui aidait efficacement Wocek. Mais il avait un fort penchant pour les bières de carême, les vins apéritifs et les viandes en sauce.
Peut-être les mauvaises humeurs accumulées dans ses viscères hâtaient-elles la fièvre en provoquant une congestion ? Wocek était généralement contre la saignée administrée au moindre trouble, mais en l’occurrence, il devrait peut être s’y résoudre. Mais pour ne pas risquer de trancher une artère, il faudrait s’arrêter, car le charroi bougeait trop. Ou arriver à ce damné relais de poste.

Le charroi entra en trombe dans la cour, et avec lui s’engouffra le blizzard glacé. Les trois cavaliers qui s’étaient écartés suivirent près le véhicule aux armes de la Sainte Eglise. Ils portaient la broigne, le casque de cuir et d’épaisses fourrures. Cavaliers et montures étaient couverts de givre et de neige.
Le maître du relais de poste avait ouvert dans l’empressement, et il avait presque été renversé par le charroi. Ayant refermé l’huis à la hâte pour lutter contre le vent, il s’approcha avec son fils et son commis de l’énigmatique véhicule aux grandes roues de bois pleines dont la cabine avait été grossièrement recouverte de peaux de vache pour protéger les occupants du froid.

-C’est un prêtre, papa ?
-Pas un évêque. Trop peu d’équipage. C’est quelque abbé je crois. C’est curieux, il n’y a que les armes de l’Eglise sur son charroi. Pas de symbole d’ordre ou d’armes personnelles.
-Et eux ?
-Des mercenaires de l’Eglise… Je me demande ce qu’ils attendent ?

Plantés devant la cabine du charroi, les trois hommes du relais de poste étaient rapidement couverts de gros flocons de neige qui collaient à leurs vêtements. Ils grelottaient en tapant du pied, guettant un signe de vie. Une main surgit, qui écarta une peau de vache. Puis une jambe vêtue de sombre, et terminée par une longue bote en cuir souple. Un homme bondit hors du chariot. Plutôt grand, vêtu d’un grand manteau noir, les cheveux longs tombant en cascades ondulantes de part et d’autre d’un visage pale, mince et inquiétant. Il leva la paume de la main droite.

-Pax Vobiscum !
-Holà ! Mais qui êtes-vous ?

Les trois hommes reculèrent devant le sombre voyageur. Ils s’attendaient à voir descendre un clerc chenu, un abbé ventripotent ou un évêque racorni, pas un sombre corbeau chevelu. Le maître du relais de poste allait porter la main à la dague qui pendait à sa ceinture, mais il vit le pendentif que portait l’étranger. Un grand cordon d’argent incrusté d’améthystes, terminé par une Main de Paix du Shélam, avec de part et d’autre les insignes de l’inquisition.

-La bonne soirée à vous. On me nomme Wocek de Waltonie, je suis inquisiteur au service de notre Sainte Mère l’Eglise… Je suis navré de vous déranger aussi tard, mais le coadjuteur de mon tribunal d’inquisition est en proie à de violentes fièvres, et nous avons besoin d’un logement pour la nuit. La tempête de neige est trop forte… Vous devez être le maître du relais de poste, quoi que muet. Et bien ! Passerons-nous la nuit plantés là en silence ? Allons !

L’homme écarquilla les yeux, frappé de stupeur. C’était trop d’informations trop rapidement. L’inquisiteur parlait vite, un mecklandais parfait, avec un rien d’accent du nord. Il venait de Waltonie, ce qui expliquait ses cheveux longs, privilège du clergé Walton qu’on ne tonsurait pas.

-Je suis navré je… Je suis Wigand Brauer, maître du relais de poste de Hödierne. Et voici mon fils Mikel. Nous sommes au service de Votre Excellence.
-Fort bien, maître Brauer… Alors aidez nos hommes à porter le frère Ortwin céans. Meckel !

L’un des cavaliers s’avança, et quitta son casque de cuir. Un petit homme, chauve, avec de longs sourcils en bataille.

-Voici mon clerc principal. Il va s’occuper de tout. Et bien… Entrons !

Wocek n’attendit pas la réponse du maître du relais encore éberlué. Il laissa Brauer et Meckel s’expliquer, et parcouru à pas redoublés la distance qui les séparait de l’hostellerie. Une musique lancinante provenait de ce qui devait être la taverne, et quelques conversations semblaient indiquer la présence de voyageurs. Une intéressante odeur de cuisine vint à ses narines lorsqu’il empoigna le loquet pour entrer.

Il reçu une agréable bouffée d’air chaud. L’intérieur était assez propre, rustique, et les voyageurs semblaient peu nombreux. Il y avait quelques tabourets de bois blanc, des bancs coupés dans un demi tronc d’arbre, et des fûts de chêne retournés pour faire office de tables. Des salaisons pendaient au plafond, et une belle pièce de viande tournait dans la cheminée, qu’un gamin arrosait d’une marinade qui embaumait la pièce en grillant.

Lorsque l’inquisiteur entra, la musique cessa. Il remarqua un joueur de luth d’une trentaines d’années, vêtu de façon plutôt criarde. Un troubadour quelconque. Les conversations cessèrent aussi. En fait, l’essentiel du bruit semblait venir d’un Nain à l’abondante barbe rousse. Quelque mercenaire égaré loin du Khalad Kizargil sans doute, et qui conversait avec un homme vêtu pauvrement. Les autres clients semblaient plutôt solitaires, et tous détournèrent la tête pour ne pas croiser le regard de l’inquisiteur.
Wocek savait qu’il avait un aspect assez sinistre, et il jouait beaucoup sur cette impression de crainte et de malaise qu’il faisait sur les inconnus. Il entreprit machinalement d’analyser du regard la scène qui s’offrait à lui, mais du bruit dans la cour le ramena à la réalité.
La porte se rouvrit. Wocek fit volte face, et prêta main forte à Bauer, Meckel et aux palefreniers de sa suite qui rentraient Ortwin.

-Doucement ! Ce n’est pas un sac de grains ! Je veux une chambre chauffée pour lui, maître Brauer. Je vous la payerai le double prix si elle est occupée.
-Là donc, Votre Excellence. Prenez à droite ! On va le mettre dans ma chambre. J’dormirai dans une des chambres de l’hostellerie avec ma Niesenn. J’ai une cheminée dans ma chambre. Et un grand lit. Il sera bien.

L’inquisiteur approuva de la tête. L’épouse de Brauer était accourue. Il y avait un curieux mimétisme entre ces deux êtres. Même gigantisme, même blondeur ; mêmes mains démesurées. De vrais Mecklandais au regard clair. Des gens simples et accueillants. Dame Niesenn proposa de faire des tisanes pour le moine malade, et Wocek lui donna une liste d’herbes à mettre à infuser dans trois mesures de vin rouge : Sauge, romarin, bourrache, mauve et centaurée.

-Je vais voir si j’ai toutes ces herbes, Votre Excellence.
-Meckel, je crois qu’il nous en reste… Mon clerc va vous donner ce que nous avons, Madame. Et merci encore pour votre hospitalité. Le Shélam vous bénisse, braves gens !

Elle rougit, et se signa pieusement en baissant les yeux. Les Brauer étaient manifestement de ces croyants qui, comme toujours dans l’Empire, avaient une foi simple pour le Shélam. Ils honoraient l’Eglise, mais craignaient l’inquisition. Pour tout ce que l’image de cette institution colportait de violence expéditive et de sentences inexorables.
En tant que titulaire d’un tribunal d’inquisition, Wocek avait beaucoup de droits. Il pouvait se faire ouvrir les portes de ce misérable relais de poste, y dormir et manger sans payer, réquisitionnant toutes les chambres s’il le souhaitait.
Sans même avoir à dire merci.
Mais les regards sereins qu’il adressait aux Brauer et le calme de ses propos –une fois Ortwin mis au chaud- dissipèrent rapidement les craintes initiales qu’inspiraient son apparence et sa fonction. Craintes qu’encore une fois il aimait utiliser.
Il demeura quelques instants au chevet de son subrogé. Le gros moine respirait lentement, toussant parfois quelques glaires visqueuses et pleines d’humeurs jaunâtres.

-Cette fois… Vous n’y couperez pas, mon ami. Enfin pour ce qui est de couper…

Il pria l’un de ses palefreniers d’aller chercher deux bassines, l’une pleine d’eau. Et des linges propres. Il sortit un stylet tranchant comme un rasoir, et aiguisa encore la lame sur une lanière de cuir. Ainsi que lui avait enseigné son vieil ami Léonide de Baldavie, il nettoya l’avant bras avec un linge humide, et pratiqua une incision unique et propre. Le sang s’écoula lentement, noir et lourd.

- Et bien… Mais je vois là… Plus d’un repas arrosé !

Il mima pour lui-même ces pompeux docteurs en médecine, mires, physiciens et charlatans qui aiment lire dans les saignées toutes les maladies de la terre, pour vendre leurs laxatifs aux bourgeois craintifs. Si seulement Léonide était là… Le prieur de Saint Stanislas était non seulement fort versé en thérapies, mais doué en outre de pouvoirs thaumaturges. C’était un authentique guérisseur, qui aurait mis Otrwin debout en trois prières… Cela dit, il l’aurait quand même saigné pour le purger de ses excès de table.

-Là ! Je crois que c’est assez… Peste ! Vous feriez un bon cochon d’abattoir, mon ami ! Quel boudin nous en tirerions !

Ils aimaient plaisanter joyeusement en temps normal, mais cette fois Ortwin ne répondit pas. Le chanoine d’ordinaire jovial et graveleux s’était endormi, toujours en proie à une forte fièvre. Wocek néttoya la plaie encore une fois, et noua un linge propre autour du bras. Il recouvrit le malade avec plusieurs couvertures demandées aux Brauer, et sortit.

-Meckel ? Pouvez-vous rester auprès de lui ?
-Certes, Votre Excellence a besoin de repos.
-J’ai surtout besoin d’une bonne bière et d’un repas chaud… Je vous ferai porter à manger. Et je sais que les palefreniers viendront jouer aux dés avec vous… Tachez de le pas réveiller Ortwin.

Le vieux clerc feignit de s’offusquer, et remercia Wocek d’un sourire. L’inquisiteur fit quelques pas en direction de la grande salle. Il aimait ce tribunal. Il fonctionnait bien. Ortwin était plus sage que bien des inquisiteurs, et dissimulait sous le masque de la bonhomie une grande sagesse et un intellect brillant. Et Meckel était un clerc remarquable.

A eux trois, il avaient découvert bien des affaires d’hérésies depuis un an. Mais surtout, ils avaient prouvé l’innocence de bien des accusés. Wocek tirait plus de gloire de ceux qu’il avait sauvés des tourments de la torture que des quelques hérétiques ou démonistes qu’il avait envoyés sur le bûcher ou occis de sa main. La vie et la mort… Tout ceci faisait partie de son sacerdoce.

-Votre Excellence, j’ai fait bouillir trois mesures de vin additionnées des herbes que vous m’avez données.
-Très bien, Dame Niesenn. Vous donnerez à Meckel deux mesures de ce vin qu’il administrera à Ortwin.
-Et la troisième ?
-Elle est pour moi !

Il éternua.

... To be continued dès que je peux parce que hein bon...


Dernière mise à jour par : Welf le 29/06/04 21:42

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   Réponse au Sujet 'Wocek: une histoire courte' a été posté le : 29/04/04 16:34
Et bien j'en profite ici pour en dire ce que j'en pense de ton oeuvre, c'est de la m...

Merveille, de la pure merveille.
Mais je suis sans doutes partial.


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   Réponse au Sujet 'Wocek: une histoire courte' a été posté le : 29/04/04 16:42
Merci, merci Jean Seb... Tu es président de la section "forum" du fan club de Wocek, donc tu n'es pas forcement objectif en effet :D

Dommage que Indy soit si mince, je l'aurai bien vu dans le rôle du chanoine Ortwin (même malade)... Chat-noine en plus c'est... Ahem. Et puis cela n'éxclu pas une certaine perversité

Welf, CSPC :dem3, si tout va bien la suite demain... B)


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   Réponse au Sujet 'Wocek: une histoire courte' a été posté le : 29/04/04 18:39
Oui, bien sur..; je crains de savoir à quel personnage tu m'assimilerai.

Mais Président du Fan club.. j'en demande pas tant, c'est trop d'honneur.


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   Réponse au Sujet 'Wocek: une histoire courte' a été posté le : 30/04/04 12:50
Tout de suite... Bin la suite!

Wocek se planta à la porte de la grande salle, appuyé contre un montant du chambranle. Le couloir qui menait aux appartements des aubergistes était sombre, et il pu contempler quelques instants la pièce commune sans qu’on ne le remarque.
Les quelques voyageurs semblaient former un parfait échantillon de la population de l’Empire du Shélam.

Au comptoir, le Nain à la barbe rousse conversait toujours bruyamment avec l’homme aux habits crottés. Il devait s’agir d’un ouvrier agricole ou d’un manouvrier, coincé là par la tempête. Wocek compris rapidement que le Nain ne cherchait qu’un auditeur silencieux qui veuille bien l’écouter parler de ses « exploits » en l’échange d’une bière. Ce genre de fier-à-bras était monnaie courante, surtout chez les mercenaires, et encore plus chez les Nains.

Le troubadour avait repris sa chanson. Un lai larmoyant sur une belle qui s’en était allée. Son unique auditoire se composait d’une jeune servante qui devait être la fille des Brauer, et qui semblait autant transportée par le chant mièvre que par la fine moustache blonde du barde aux notes approximatives et à l’accent hazurgondais.

Deux autres voyageurs se tenaient plus à l’écart. Dans un coin de la pièce, un homme portant une livrée aux armes d’une compagnie de banque et de commerce soupait en silence, le nez dans son écuelle de bois fumante. Il devait s’agir d’un chevaucheur qui portait lettres de change et courrier d’un établissement de banque à un autre. Protégés par les chartes et les décrets, ils montaient les meilleurs chevaux, étaient bons combattants, et ne craignaient guère qu’un coup d’arbalète.

Le dernier voyageur attira d’avantage l’attention de l’inquisiteur. Il devait s’agir d’un Elfe. Il sirotait tranquillement un verre de vin rouge, en fronçant les sourcils à chaque fausse note du barde. Il portait une grande cape verte dont la coule lui cachait en grande partie le visage. Chose qui n’était pas inhabituelle chez les Elfes, qui préféraient généralement voir sans être vus. Son vêtement était celui d’un noble du Grand Conseil Elfique. Apparemment blond, les cheveux tirés en arrière, le regard clair, il avait remarqué l’inquisiteur, qui hocha la tête en guise de salut.

-'Quel Undome ! Les Elfes sont rares, au sud du Meckland
-Aaye. ‘Quel Undome. En effet. Et les hommes qui parlent notre langue le sont plus encore.
-Saesa omentien lle.
-Je suis aussi heureux de vous rencontrer, encore que j’ignore votre nom. Mais je vous en prie… Parlons la langue des Mecks.

Wocek avait toujours eu une affinité morale et intellectuelle avec le monde Elfique. La Waltonie était l’Etat humain qui avait la plus longue frontière avec le Grand Conseil, et l’avancée inexorable des colons humains vers les terres douces et fertiles du Nord posait de nombreux problèmes. En outre, la Waltonie jouait parfois les médiateurs de bons offices dans les interminables guerres civiles qui déchiraient le Grand Conseil, et dont la subtilité politique avait des ressorts mystiques qui échappaient aux humains.

Dès son plus jeune age, Wocek avait côtoyé des Elfes, et il appréciait leur intellect et leur finesse. Il avait aussi commis de nombreux pêchers à la face du Shélam avec des femmes Elfes, pour lesquelles il avait un certain penchant.

-Je suis Jagelon Miklos Wocek, inquisiteur.

Son interlocuteur fronça un sourcil. Wocek ne donnait que rarement ses prénoms, mais en l’occurrence il voulait faire preuve de politesse. L’Elfe demeura dans le vague quelques instants, avant de croiser à nouveau son regard pour s’en détourner aussitôt et replonger ses yeux dans sa coupe de cristal. Il semblait éprouver un rien de crainte. Curieux, et ce d’autant plus que des chartes datant de la fondation de l’inquisition protégeaient les ressortissants du Grand Conseil de toute poursuite.

Les Elfes vénéraient le Shélam bien avant les hommes, et le prophète Grimoald avait reçu la Grande Révélation sur leurs terres, avant de partir libérer les Hommes de leurs anciens dieux. Mais leur vision de la religion était aux antipodes de celle des Hommes, et le livre saint qui leur était consacré, le « Livre des Premiers », était de loin le plus énigmatique des 14 livres sacrés de la théologie de l’Eglise Shéladime. On ne pouvait pourtant les attaquer pour hérésie. Le prophète avait toujours été clair dans ses enseignements, il y a près de trois mille ans. Aucun Homme ne pouvait poursuivre l’un des « Premiers », un Elfe, pour ses convictions religieuses.

-Hisamenwë, fils de Sranyatar. De la ligue de Nùrallin, en la Cité de Arellinwe.

Ce fut au tour de Wocek de froncer un sourcil. Il avait renoncé depuis longtemps à comprendre la subtilité des descendances, des ligues et des cités elfiques. Arellinwe était une immense cité, située loin au nord-est de la Waltonie. Il lui semblait qu’elle était encore dans le Parti Elvawyn, mais il préféra ne pas parler politique.
D’abord parce qu’il pouvait fort bien se tromper et proférer ainsi une insulte, et ensuite parce qu’il pouvait aussi s’agir d’un exilé. Il se contenta de s’incliner légèrement pour marquer sa déférence.

-Peut-être voulez-vous partager une coupe de vin, Votre Excellence ?
-Vous êtes fort aimable, et je ne veux pas abuser de votre temps. Mais l’offre est généreuse, et le Shélam bénit vos paroles. Avez-vous dîné ?

L’Elfe fit oui de la tête. Wocek était content de se distraire avec un peu de subtilité elfique.
Il avait passé les dernières années dans le sud du Meckland et dans l’Altmark, et avait appris à aimer les soirées bien arrosées à la bière blonde, passées à éructer des chants paillards ou guerriers en compagnie des Nains et des habitants des Marches. Mais depuis qu’il avait été nommé inquisiteur titulaire, il s’efforçait de moins fréquenter les tavernes et les ribaudes. De ne plus succomber à ses errements de jeunesse.

Brauer entra, et avec lui un peu de blizzard et quelques flocons de neige. Le géant bonhomme avait logé les palefreniers dans la grange à bestiaux, et avait pourvu à leur nourriture. L’odeur devait y être inconvenante, mais chevaux et porcs leur tiendraient chaud. Il avisa l’inquisiteur, assis en compagnie de l’Elfe, sans rien à boire ni manger. De sa voix de stentor, il apostropha la gamine plantée devant le troubadour.

-Hé bien ! Syele ! Ma fille ! Qu’attends-tu pour servir Son Excellence ? Qu’il t’excommunie pour tes pêchers ? Ce serait justement mérité !

La gamine devait avoir quatorze ou quinze ans, et son regard était passablement effronté. Avec un bustier fort serré et un ruban de velours dans les cheveux, elle devait déjà faire tourner les têtes des jeunes voyageurs et des paysans qui passaient par la taverne de son père. Mais face à Wocek, elle baissa les yeux avec une peur non feinte. Il la trouva fort jolie, quoi que trop jeune pour lui, et entrepris donc de jouer la comédie et un beau sermon.

-Fort bien, jeune fille. Sachez que les appâts de la chair sont danger mortels pour votre âme. Ecoutez votre père en tout, car il me semble un homme sage, et qui craint avec justesse la colère du Shélam. Et en attendant qu’il soit l’heure de vos prières du soir… Vous pouvez m’apporter un morceau de cette viande qui embaume la cheminée ainsi que quelques légumes. Et deux coupes de cet excellent vin. Puis vous pourrez aller prier, car vous en avez grand besoin.

Elle leva le visage, tentant de lancer une oeillade hautaine avec un petit soupir. Ce devait être sa façon de remettre en place les jeunes hommes simples qui lui faisaient la cour. Mais Wocek lui lança un regard sombre et froid comme la mort, qui la fit reculer d’un pas. Elle baissa les yeux, et parti à grandes enjambées vers la cuisine. Wocek adressa un clin d’oeil amusé à Brauer qui avait observé la scène les bras croisés, et qui manifestement commençait à apprécier cet inquisiteur un peu particulier. Le visage du tavernier se fendit d’un large sourire, et il retourna derrière le comptoir, servir au Nain une bière qu’il réclamait à corps et à cris.

- Par le Shélam, que ce troubadour chante faux. Iëla lie, thaur nyello.

Hisamenwë ne répondit pas, se contentant d’un hochement de tête. Il était doublement curieux qu’un Elfe ne soit pas enclin à engager la conversation dans sa propre langue, et qu’il ne soit pas le premier à critiquer un chant humain. Wocek pensa qu’il s’agissait peut être d’un original… Au reste, sa voix était étrangement rauque. Peut être un demi-elfe travesti. Ou un mauvais chanteur (car il s’en trouvait, même parmi les Elfes du Grand Conseil).

- Et qu’est-ce qui vous amène dans ces contrées, Votre Excellence ? Quelque affaire de sorcellerie démoniaque ?

Curieux aussi qu’il s’intéresse au sacerdoce de Wocek plus qu’à une chanson. C’était là une chose bien terre à terre pour une conversation elfique de fin de soirée. C’était peut-être un espion du Grand Conseil. Une partie du travail de Wocek le conduisait à porter des soupçons sur tout le monde. Même s’il avait suffisamment de bon sens et d’honnêteté intellectuelle pour ne pas tomber dans les penchants paranoïaques de certains de ses collègues.

-Pas vraiment. Mais on a signalé bon nombre d’hérésies manichéennes par ici. Il semble que certains barons du Meckland soient oublieux des dogmes, et soient un peu trop enclins à protéger des hérétiques.

Hisamenwë resta figé, sans la moindre expression. Son visage, toujours couvert par la coule verte, était difficile à distinguer. Il semblait fort beau, quoi qu’un peu triste. Wocek réalisa que sa présence était finalement assez inconvenante, et il allait se lever lorsque la jeune Syele apporta deux coupes de vin sur un plateau de bois.

La cloche reliée au grand portail par une longue corde tinta soudain. Quelqu’un était dehors, qui sonnait comme un possédé. Brauer, occupé à essuyer des pintes en étain, fit signe à son fils d’aller voir. Mikel, en bougonnant, revêtit un grand manteau noir, et sortit sous la neige. Wocek se demanda qui pouvait ainsi braver la neige pour voyager de nuit sur les routes du Meckland. Mais après tout, il l’avait bien fait.

Les portes se rouvrirent bientôt. Deux hommes rentrèrent. Plutôt grands, ils portaient de longs manteaux couverts de neige et de givre, qu’ils laissèrent choir en tas près de la porte. Ils portaient des hauberts de mailles, recouverts d’une livrée que Wocek reconnu être aux armes du Graff de Petereïm. Armés d’épées longues rangées dans des fourreaux de grand prix, ils avaient aux pieds des bottes en cuir souple aux éperons dorés.

-Brauer ! Sert nous deux bières ! Et un quartier de viande ! Car nous avons fait rude besogne ce soir !
-Allons, Dietrich ! C’est pas une heure à débarquer chez moi ! Le Graff ne veut plus de toi au château ?
-Ah j’aimerais y être, au château ! A besogner donzelle ! Mais on a pas pu y revenir à temps, à cause de ce crétin de Franz !

Il donna une rude bourrade à son compagnon d’armes. Dietrich était balafré, et avait le verbe haut et le geste large. Un combattant professionnel, manifestement. Sûr de lui, arrogant, et qui devait détenir une petite parcelle d’autorité au nom du Graff. Officier à charge, ou peut être même chevalier banneret.

-On a trouvé un cadavre ! Sur la route ! Un pauvre homme tout nu que les loups commençaient à flairer… Et ce bon croyant dans le Shélam… Que la peste t’emporte, Franz ! Voilà t’y pas qu’il le ramasse sur son canasson !

Dietrich fit claquer ses deux mains gantées de cuir noir sur le comptoir et fit claquer sa langue pour exprimer sa soir. Il s’empara d’une chope d’étain débordante de mousse que lui tendit Brauer, qu’il entreprit de vider d’une rasade, inondant sa livrée de bière blonde. Il attira les rires du Nain, qui oublia bien vite son auditeur misérable pour se tourner vers les soldats.

-Et tu as amené ce drôle ici ? Dans mon relais de poste ? Ca porte malheur !
-Par la malpeste, il ne porte plus rien le pauvre ! Zac’ ! D’un coup net on lui a tranché la gorge !
-S’il est mort, je pense qu’il a besoin d’un prêtre.

Wocek s’était approché à pas lents dans le dos des soldats. Le silence tomba sur la taverne. Dietrich, surpris, manqua de s’étouffer en réprimant un rôt. Wocek vit son visage auparavant jovial se rembrunir. Mais le soldat avait du en voir d’autres. Il prit une forte inspiration, et se rengorgea comme un pigeon reproducteur.

-Bon ! Vous devez être Son Excellence l’inquisiteur que nous attendions. L’Archevêque de Berau a avisé le Graff de votre venue. Et bien… Nous vous conduirons demain au château. Si la neige n’est pas trop épaisse. Sinon… Nous resterons ici à vider quelques choppes avec l’ami Brauer !

Il se retourna vers l’aubergiste, et lui fit signe de remplir sa chope derechef. Mais Wocek posa une lourde main sur l’épaule de Dietrich, qui se retourna, l’air agacé. Il tenta d’impressionner l’inquisiteur du regard, mais se ravisa en se disant qu’il allait peut être un peu loin.

-Je suis navré d’insister. Je suis prêtre, et je dois voir le mort.
-Il est trop tard pour les sacrements, pas vrai ? Il attendra bien le curé de la paroisse qui fera l’inhumation… Votre Excellence ne va pas sortir dans le froid !
-Messire, je ne vous le demanderais pas deux fois : où est ce corps ?

Wocek était plutôt bien bâti. Il écarta le pan de sa robe d’inquisiteur. Au côté de son surcot pendant son épée sacerdotale. Dietrich grogna. Un inquisiteur, c’était une trop forte partie. Wocek sentit qu’il y avait autre chose qu’un simple rejet de l’inquisition. Après tout, Dietrich et Franz étaient des hommes du Graff, et devaient partager certaines de ses opinions. Mais il trouva étrange qu’ils ne se soient pas empressés au contraire de l’envoyer se geler dehors sous la neige.

-Dietrich, ne fais pas ta mauvaise tête ! Il est dans la resserre, Votre Excellence. Nous allons vous accompagner.

Franz était manifestement plus conciliant. Ou plus diplomate. Plus malin peut être. Ils
sortirent. Le tapis de neige dans la cour était de plus en plus épais, atteignant presque deux pieds. Ils progressent avec difficulté jusqu’à l’appentis de bois de l’autre côté de la cour. Arrivés dans la resserre, Wocek distingua une forme claire posée sur le sol. Dietrich parvint à allumer une torche avec son briquet d’amadou, et Wocek compris que le corps avait été soigneusement emballé dans des linges.

-Il était dans cet état ?
-Non. Il était nu. Sans aucune possession. La gorge tranchée… Cet imbécile de Franz a jugé bon de l’emballer dans un drap qu’il avait acheté la veille. Il est bon pour la fosse commune, ton drap, l’ami !
-Et tu voulais le laisser aux loups ? C’est malin !
-Et alors ! Ils faut bien qu’ils mangent ! Bon… Faites votre besogne, Votre Excellence ! Et rentrons !
-Je dois examiner le corps.
-Pourquoi ?

Wocek s’emporta. Il posa encore sa main sur l’épaule de Dietrich, et s’approcha à quelques centimètres du visage rougeâtre qui empestait le bière.

-Parce que vous mentez, Messire Dietrich. Et parce que vous manifestez un peu trop d’empressement dans cette affaire.

Le soldat grogna, et haussa les épaules. Il venait de céder, manifestement.

-De toutes façons… Cela ne change rien. Faites donc, si cela vous amuse !

Wocek, accroupi, écarta les linges qui entouraient la tête du mort. Il avait du être tué récemment, car le linge était taché de sang. En voyant la tête, il se releva d’un bond, et fit trois pas en arrière. Non pas qu’il eu peur du visage crispé dans une dernière expression de douleur. Mais sur son front, on avait scarifié dans la chair de la victime la marque de la confrérie hérétique des manichéens de l’étoile de Norvan.




1) La suite lundi si je peux

2) Jean Seb, je parlais de la présidence du club des fans de Wocek sur le forum. La présicence du club général est prise par une amie prénommée Diane, que je te présenterai peut être un jour (oui en plus je crois qu'elle est libre :D)





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   Réponse au Sujet 'Wocek: une histoire courte' a été posté le : 30/04/04 15:54
Pas de problèmes, une tache de plus pour le Judicateur alors. (Faudra que je mette tous mes titres un jours, mieux que les galons sud-américains sur un uniforme :D)

Ceci dit, tout y est: le style, l'ambiance... C'est vraiment bien écrit, mais en mêm temps, c'est quelqu'un d'incapable de romancer une histoire qui dit ça. Celà dit, j'ai hâte de lire la suite.

(Et je n'ai rien contre rencontrer Diane, si tu veux bien me la présenter :D)


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   Réponse au Sujet 'Wocek: une histoire courte' a été posté le : 03/05/04 01:13
Bon, j'allais arriver pour dire 'Trop bien!!!! Je veux la suite!!!', mais la suite est déjà en ligne...
Donc, feedback sur le 1/: très bien, sympa, on attend de voir ce qui va se passer
feedback sur le 2/: pour demain
Si tu postes le 3/ cette nuit, ce sera encore mieux, comme ça, je n'aurai pas à demander la suite...

Regards,
Skro, dont la lecture de Wocek a été la seule occupation ordinatesque du WE... Il a plutôt explosé tous les records de durée de conversation téléphonique intercontinentale, en fait, ce WE...

PS: Si tu as un poste de responsable propagande du fan-club Wocek, je le veux bien...
Skro, éternel responsable comm'/propagande/désinformation... On finirait par croire qu'il aime ça...


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   Réponse au Sujet 'Wocek: une histoire courte' a été posté le : 03/05/04 20:42


Bon voila: on y retourne




Wocek resta debout quelques instants, les bras croisés, regardant le cadavre. Dietrich et Franz étaient dans son dos, immobiles et silencieux eux aussi.

- Et bien il semble que vous ayez tenté de soustraire à un tribunal de l’Eglise des preuves dans une affaire d’hérésie. Le droit Canon est très clair à ce sujet.
Il se retourna, et fixa Dietrich du regard le plus noir qu’il pu. Sa main, posée mollement sur le pommeau de son épée, se crispa soudain.
- Vous êtes donc complice d’hérésie. Fautor haeriticorum. Et la peine encourue est la même que si vous étiez hérétique vous-même… Mais je n’en ferai rien.

Dietrich hésitait. Cela se sentait. La tension dans la pièce était palpable. Wocek pensa que le soldat pouvait très bien avoir un geste inconsidéré. Tenter de le tuer, et de maquiller le crime. Mais il y avait trop de témoins… L’affaire était sérieuse. Dietrich demeura silencieux. L’inquisiteur compris qu’il avait peut-être mal jugé ce soldat aux manières frustres. Un homme qui est capable de demeurer silencieux malgré la colère n’est pas un sôt.

-Je n’en ferai rien, car je ne vous crois pas hérétique. Vous avez sans doute cherché à garder cette affaire pour le tribunal du Graff, votre maître. Je me trompe ?
-Nous pouvons très bien résoudre ces affaires sans vous. Ces hérétiques… Fils de chiens… Il cracha en direction du cadavre. Ils sont monnaie courante, ici ! Mais mon maître est un bon croyant, qui assiste aux messes et fait l’aumône. Nous ne voulons pas des corbeaux de l’inquisition pour rendre la justice à notre place.
-Votre place ? Oui. Je vois. Vous avez sans doute une charge de justice ?
-Je suis bailli.
- Et bien, Messire bailli, je vous propose de résoudre cette affaire ensemble. La main dans la main.

Wocek fit un pas vers Dietrich, et tendit sa main à serrer. Le bailli hésita. Il regarda le cadavre, tourna la tête vers Franz puis fixa l’inquisiteur dans le fond des yeux.

-Et les hérétiques seront livrés à la justice du Graff ?
-Nous sommes sur ses terres. Il est le bras séculier. Ils répondront de leurs crimes devant mon tribunal, et je m’engage à y faire siéger le Graff comme magistrat s’il le souhaite.

Dietrich grogna. Wocek ne bougeait pas, gardant la main tendue. Le bailli crispa la mâchoire et fit un pas en avant. Il tendit finalement la main à son tour, et serra celle de l’inquisiteur.

-Bon ! Mais que la malpeste vous étouffe si les sbires de l’inquisition cherchent à rouler le Graff !
-Le Shélam m’en est témoin et… Cochon qui s’en dédit.

Wocek donna une claque sur l’épaule de Dietrich, et mima une bénédiction avec un sourire en coin. Le bailli fut forcé de sourire en soupirant. C’était là un bien étrange magistrat de l’Eglise.

-Bien. Voyons ce malheureux de plus près.

Wocek se pencha vers le cadavre, et ouvrit les linges.

-A propos, comment savez-vous que nous ne sommes pas les meurtriers ?

Le nommé Franz parlait peu, mais ses mots sonnaient assez juste. Il devait être l’assesseur de Dietrich. Un quelconque sergent qui vivait dans l’ombre de son bouillant supérieur, mais qui était loin d’être aussi sot que bien des gens d’armes.

-Et bien… D’abord, pourquoi emporter le cadavre ? Les loups auraient fait la besogne. Ensuite, il est manifestement mort depuis ce matin au moins. Je pense que l’on peut vérifier votre emploi du temps. Où étiez-vous ce matin.
-Au moulin du père Schönebeck, puis par les champs jusqu’au hameau de Zräu, où nous avons vidé quelques chopes.
-Cela ne me dit rien mais… Je pense que des gens vous ont vus. Regardez la blessure à la gorge. Elle a commencé à changer de couleur. La neige a protégé le corps, mais les morsures des loups que l’on voit sur le bras, le torse et la jambe gauche ne sont pas de la même couleur.

Dietrich toussa bruyamment en détournant la tête. Sa bière bue trop rapidement devait s’agiter dans son estomac vide, et Wocek espéra en secret que le bailli pourrait vomir ses tripes, ce qui serait fort humiliant. C’était une pensée bien peu charitable pour un croyant, mais enfin.

-Première question : le connaissez-vous ?
-Non. Un voyageur solitaire sans doute. Franz ?
-Quelque pèlerin, manouvrier ou colporteur.
-Je pense pour la dernière solution, Messires. Voyez ses mains. Plutôt fines, les ongles propres. Cette main présente des cals. Peut-être l’écriture ou autre chose.
-Un compagnon ? Un artisan ?
-Nous ne le saurons jamais. Aucun effet personnel… Aucune marque distinctive sur le corps… Puisse le Shélam l’accueillir dans le Salut des Innocents.

Ils répondirent en se signant rapidement. Après tout, ce devaient être de braves rustauds. A cheval sur leurs prérogatives et leurs droits, comme tous les officiers détenteurs d’un petit pouvoir.

- Franz, seriez-vous assez aimable pour aller demander mon clerc principal. Meckel viendra avec des huiles saintes et du matériel d’écriture. Je dois pratiquer certains rites d’exorcisme de l’hérésie. Et noter quelques détails.
-Maintenant, Messire bailli, le mobile. Crapuleux ? Hérésie ?
-On a pu lui dérober ses effets, et dissimuler le crime. Tout le monde sait qu’un tribunal de l’inquisition doit siéger sur les terres du Graff.
-Embrouiller les pistes ? Oui, peut-être. Mais cette étoile est tracée… Disons d’une « certaine façon ». Je ne veux pas vous encombrer de détails, mais c’est très probant.

Wocek demeura de longues minutes à examiner le corps tout en pratiquant les onctions purificatrices avec les huiles bénites. Dietrich était là, debout, tenant toujours la torche qui brillait faiblement. Il faisait froid, et le blizzard parfois sifflait entre les planches disjointes de la resserre. L’inquisiteur murmurait rapidement les paroles des prières apprises il y a tant et tant d’années. Membre de l’ordre Walton de la Sainte Sagesse, il oscillait de la langue sacrée au Walton, et au Mecklandais. Il prenait des notes aussi, et auscultait la dépouille. Pauvre homme. Les hommes du Graff avaient surtout essayé de dissimuler l’affaire pour mener leur propre enquête. Il est peu probable qu’ils auraient fait venir un prêtre. Personne qui puisse reconnaître l’étoile de Norvan. Il aurait été jeté dans une fosse commune, avec une poignée de chaux.

-Bien. Rentrons. Si demain nous pouvons quitter ce relais de poste, nous irons au château du Graff, et je lui présentera mes lettres de créance. Nous avons fait ce qu’il y avait lieu de faire pour ce soir. Merci, Messire Dietrich.

Le bailli hocha la tête, avec un regard encore dur. Il n’appréciait toujours pas que l’on vienne chasser sur ses terres, mais l’inquisiteur lui était « supportable ». Quittant la resserre, ils virent une forme bouger sur la neige, près de la grande porte de la taverne.

-Un oiseau ? Sur la neige ?
-La torche nous aveugle. Jetez-la dans la neige.

Ils s’approchèrent, et entendirent un sifflement qui perçait le brouillard. Ce qu’ils avaient pris dans l’obscurité pour un oiseau était une tête hirsute.

-Et bien, Messire Nain. Vous prenez le frai ?
-Je *******e ma bière. Garod fils de Hisgerd ne vas pas aux poulaines où *******ent les Humains et les Elfes.
-Et bien Jagelon Miklos Wocek n’en a cure, et vous souhaite la bonne soirée !
Ils entrèrent, laissant cet étrange personnage uriner à loisir.
Hisamenwë n’était plus là. L’Elfe avait terminé son verre, et était sans doute parti dormir. La pièce s’était vidée. Franz prenait une bière en parlant avec Brauer, et Dietrich alla les rejoindre. Wocek ne voulait pas s’imposer, et son repas l’attendait toujours dans un coin de la pièce. Il alla simplement demander une pinte de bière à Brauer, qui parut surpris.

-Je sais, je bois plus que de convenance pour un homme de ma charge. Allons ! Cela m’aide à réfléchir. Les autres voyageurs sont allés dormir ?
-Oui, et je vais en faire autant. Le courrier est monté sitôt sa chambre chauffée. Il a demandé deux braseros !
-Les chevaucheurs passent leur vie dans le froid, par monts et vaux. Il est normal qu’ils aspirent à un peu de confort.

Brauer ricana. Il tendit la chope à Wocek, et posa deux assiettes fumantes devant les soldats affamés.

-Il n’y a plus que le Nain et ce pauvre troubadour qui s’échine sur ses cordes.
La musique du luth cessa. Visiblement le musicien ambulant avait entendu la remarque désagréable de Brauer. Il se leva du tabouret placé devant la grande cheminée, et mis son luth en bandoulière.
-Sachez que j’ai joué à la cour de l’Ober Graff de Burghausen, et à travers toute l’Hazurgondie et la Baldavie dans les plus grandes demeures nobles. Mais je suis joueur de rebec et de viole, et m’essaye au luth depuis fort peu… J’en ai encore les doigts meurtris. Mais bientôt, bientôt je seras également connu dans tout le Meckland.

Brauer répondit par un hochement de tête approbateur assorti d’un sourire plein de sarcasmes. Wocek fut plus généreux. Il fouilla sans son aumônière, et en sortit un pfennig qu’il lança au barde.

-Le Shélam vous bénisse, Votre Excellence. On me nomme Walter Mandau, et je suis à votre service.

Il fit une révérence du plus bel effet. Le drôle portait des vêtements criards et mal ajustés, et la somme de ses possessions devait tenir dans sa besace. Pourtant, il devait avoir assez d’argent pour s’offrir une chambre dans l’hostellerie, et pas dans la grange infestée de vermine où dormaient palefreniers et soudars, de l’autre côté de la cour.

-Je vous souhaite la bonne nuit, mes beaux seigneurs.

Il monta cérémonieusement les escaliers, dans l’indifférence générale. Wocek s’éclipsa
pour prendre des nouvelles de Ortwin. Le gros moine ronflait comme un Nain ivre, et son visage semblait plus serein. Wocek le bénit au front, et laissa des consignes à Meckel pour le cas ou il se réveillerai.

-Vous veillerez seul ?
-Oui, votre excellence. Toute votre suite est allé ronfler sa bière. Je crois les avoir trop plumés aux dés.
-Bon. Je vous en sais gré. Je suis pour ma part un peu décalé, je crois que je vais aller dîner, puis je vous relèverai une heures ou deux. Vous pourrez somnoler.

Le rôt de Wocek était froid. Il se rapprocha de la cheminée, et entrepris de faire réchauffer des petits bouts de viande qu’il piquait à la pointe de sa dague. Garod le Nain était rentré, et il avait trouvé avec les deux soldats de nouvelles victimes de conversation. Dietrich avait le verbe facile, et il était peu regardant sur qui payait sa bière. Ils s’entendirent rapidement comme larrons, et bien qu’ils furent les derniers clients, le volume sonore de l’auberge ne diminuait pas.

Wocek aimait cette ambiance de taverne. La bière de Brauer était excellente, comme on pouvait l’attendre d’un homme portant un tel nom. Légère, moussant peu, elle avait un bon goût simple de houblon, et une belle couleur dorée. Un peu semblable à la Köslchbeer que l’on buvait à Premnitz dans l’est du Meckland, vers l’Östwalie. Peut-être Brauer en était-il originaire ?

L’inquisiteur étendit ses jambes, et tenta de faire le point. Ortwin lui manquait. Il aimait raisonner à haute voix, exposant des idées à la controverse. Seul, il se perdait dans ses pensées.

Cet Elfe était étrange. Comme s’il avait quelque chose à cacher. Les Elfes hérétiques étaient rares. L’hérésie était une affaire d’Humains, car le dogme écrit était aussi une affaire d’Humains. Sans dogme écrit pour vénérer le Shélam, les Elfes ne risquaient pas de s’en éloigner… Et ne témoignaient jamais un grand intérêt à la vision humaine de la religion. Alors quoi ? Un espion ? Un trafiquant ? Il y avait dans son accent et ses attitudes quelque chose qui interpellait l’intuition de Wocek. Son intuition ou…Ses pouvoirs. Il pria la Sainte Sagesse de l’éclairer.

Wocek faisait partie des rares clercs que la Sainte Eglise reconnaissait comme Thaumaturge. Il était le canal de la puissance du Shélam, qui parfois s’exprimait par lui. Touché par la Grâce à vingt-cinq ans, il avait d’abord été simple spectateur de ces manifestations s’accroissaient d’année en année. D’autres thaumaturges, clercs mais aussi laïcs menant une vie pieuse lui avaient appris à en user. Ce qui déroutait ou attirait la méfiance de l’Inquisition, qui surveillait de près les thaumaturges, c’était que Wocek était bien éloignés de canons de la Saint Eglise. Souvent débauché, fréquentant tavernes et bordels, rebelle à l’autorité, il était tout, sauf un saint. Mais son engagement pour l’Inquisition était sans faille, et son efficacité reconnue.

Il posa la chope. Une autre bière ? Oui, messire Brauer. Avec joie. Elle est excellente. La conversation lui sembla flotter hors de sa tête, comme dans un songe. Il était ailleurs. Tandis que Brauer vantait l’intérêt pour les petits brasseurs de l’ordonnance prise en 181 par le Lieutenant Général de l’Empire Phildeberg III concernant la pureté de la Bière, l’esprit de Wocek partit dans d’autres lieux.




Merci à Indy pour ses bons tuyaux sur la bière...

Merci aux fans fans

le post de ce soir aurait du être plus long et mieux relu, mais là je papote avec une bière, Jean Seb et Indy alors... hein bon :r les choses sérieuses d'abord



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   Réponse au Sujet 'Wocek: une histoire courte' a été posté le : 03/05/04 21:37
Quel est le con qui a dit plus c'est long, plus c'est bon.

Court, efficace, on ne se perd pas entre les lignes, l'action n'est pas décousue...
En même temps je ne suis pas un pro, mais j'aime beaucoup, c'est le principal.


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   Réponse au Sujet 'Wocek: une histoire courte' a été posté le : 04/05/04 01:30
Moi, je m'excuse de ne pas avoir lu le Wocek de ce WE, mais une fois de plus, c'est la faute aux belges (et à leur manie de donner des jours fériés à tout va...) et aux compagnies de télécommunications australiennes qui font des cartes où on peut appeler l'Europe à super pas cher (et aussi un peu à moi qui ait préféré installer Baldur's gate 2 sur mon ordi plutôt que de lire la prose de Welf)

Bref, je bats ma couple, je me flagelle avec des eucalyptus fraichement coupés, je vais me rependre...
Et je récupère le 3/ pour lire et commenter tout d'un coup...

Regards,
Skro, qui pourra sûrement faire bientôt le con avec Welf et les autres sur MSN (oui, il a peut-être trouvé un plan pour passer par dessus l'inertie de son coloc', et donc avoir Internet dans son chez-lui...)


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   Réponse au Sujet 'Wocek: une histoire (assez) courte' a été posté le : 04/05/04 16:18


Et voila la suite... En fait c'est la fin du post d'hier soir, parasitée par l'apéro...




Ainsi donc, les idées manichéennes qui semblaient se propager dans les terres du Graff de Petereïm étaient liées à des Norvaniens. Cette puissance secte, née en Elentéar à la chute du dernier Empereur avait été farouchement combattue par l'inquisition dès son origine. Puissants à Mélondre, fief mouvant de la couronne d'Elentéar, les Norvaniens diffusaient des idées simples et dangereuses, sur l'existence de deux principes rivaux et complémentaires, le Bien et le Mal.

Le Shélam n'étant ni bon ni mauvais mais offrant simplement le Salut par la Foi et le Dogme, c'était là une hérésie majeure, qui avait la "qualité" d'être facilement assimilable par les couches inférieures de la population, loin des déviances rhétoriques complexes sur tel ou tel point de théologie. Et cette "vénération du Mal" servait aussi d'alibi aux exactions des riches et des puissants, entraînés malgré eux dans des actions condamnant leurs âmes à la damnation éternelle.

Mais les Norvaniens avaient été vaincus. Leurs bastides ruinées et leurs dirigeants brûlés. Un des rares cas ou le Meckland et l'Elentéar avaient mis de côté leurs querelles, sous la houlette de l'Inquisition. Ils s'étaient dispersés dans tout l'Empire, reparaissant ça et là...

Wocek était perplexe. Le cadavre était-il celui d'un hérétique sacrifié à quelque sombre rite ? Ou plus probablement une innocente victime ? Il serait bien étonnant que Hisamenwë fut l'hérétique. Ou même Dietrich et Franz. Rien ne permettait de penser qu'un hérétique soit présent dans l'auberge, d'ailleurs. C'était un pressentiment bien normal à la vue du cadavre, mais sans aucune raison logique pour le soutenir. Il faudrait se hâter au château du Graff, quitte à laisser Ortwin se remettre doucement chez les Brauer.

Il se faisait tard. Dietrich ne semblait pas pressé de finir son repas, et Brauer annonça qu'il allait dormir. Laissant Mikel s'occuper des clients, il monta pesamment les escaliers trop étroits pour lui vers une chambre située au-dessus de la grande salle. Rejoint par sa femme, les deux aubergistes firent grincer les planches disjointes du plancher, entraînant une pluie de sable jusque dans la chope de l'inquisiteur. Quelques rires gras cinglèrent, en provenance du comptoir.

- S'il s'avise de la chevaucher, l'auberge n'y survivra pas! Peste! Je ne voudrais pas être à la place de la dame !
- Dietrich... Dietrich...

Franz soupira. Il avait remarqué le regard mauvais du jeune Mikel, qui ne semblait pas goûter ces moqueries de clients noctambules. Garod le Nain était dans de meilleures dispositions concernant l'humour. Trop de bières absorbées et une certaine propension à la grivoiserie l'incitèrent à surenchérir. Ils partirent dans un concours de propos d'une affligeante vulgarité.

"Que la Sainte Sagesse épargne leurs âmes... Malgré tout !" Wocek repensait à cet Elfe, et à ce cadavre. Deux questions bien distinctes selon lui. Du reste, il commençait à articuler ses soupçons concernant le premier problème. Les effets sédatifs du houblon commençaient à se faire sentir, s'ajoutant à la fatigue de la journée. La bière de Brauer était légère, mais l'inquisiteur n'était pas en état de résister à la somnolence. Cela rendait ses pensées toujours plus confuses.

La journée du lendemain serait sans doute éprouvante, surtout si elle se terminait par une confrontation avec le Graff. Guntbald von Petereïm était typique de ces grands féodaux mecklandais qui se considéraient comme des princes souverains sur leurs terres. L'autorité du Grand Duc à Wosswinkel était avant tout théorique. En dehors de l'hommage lige et de quelques taxes et chartes ayant Force de Loi dans tout le Meckland, les grands barons étaient largement indépendants.

Wocek avait eu vent des rapports sur le vieux Guntbald. Il n'était sans doute pas hérétique, mais il faisait partie de ceux qui considéraient que la religion était une affaire d'Etat, et qui refusaient ou limitaient l'autorité universelle du Conclave et de son bras armé, l'Inquisition. Si les grands seigneurs ne pouvaient plus nommer les évêques à travers des synodes fantoches, ils gardaient encore une grande autorité sur des clercs séculiers souvent bien éloignés des canons de la vertu, et qui gravitaient dans leur clientèle comme de simple vassaux.

Et puis il y avait sa grande bravoure au combat, maintes fois éprouvée en guerre privée ou d'Etat. Et son caractère réputé changeant et agressif, comme beaucoup de barons aux humeurs chargées par les excès de table et de boisson. Circonvenir un tel homme ne serait pas la moindre des taches, et il pouvait fort bien se montrer moins arrangeant qu'un simple bailli dans une auberge. Même face à des Norvaniens.

Il jouait distraitement avec son sceau d'Inquisiteur. Une si petite babiole. Elle lui donnait pourtant un grand pouvoir. Celui de requérir le bras séculier d'autres seigneurs par exemple. De délivrer un prêtre du secret de la confession, ou un vassal de l'hommage à son suzerain. Le pouvoir de la cire et du parchemin. La plume plus forte que l'épée.

Un courant d'air glacé siffla dans la pièce. Garod fils de Hisgerd était ressorti pour uriner. Au moins le bruit de sa conversation avec les deux soldats du Graff ne résonnerait plus pendant quelques instants. Wocek écarquilla les yeux. Il s'était assoupi un instant, et le courant d'air lui fit du bien. Il décida de rejoindre Otrwin, ce qui permettrait à Meckel de dormir un peu.



Bon voila... Etant au bureau, la suite ne sera peut être pas là avant jeudi... J'avais promis de faire court... shame shame shame on me


Welf, CSPC :dem3, live from Switzerland (no mooses included) :D





Dernière mise à jour par : Welf le 11/05/04 04:23

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   Réponse au Sujet 'Wocek: une histoire courte' a été posté le : 05/05/04 05:24
Lu le deux...
Toujours très bien...
Viens de graber 3 et 4, compte-rendu plus circonstancié demain...

Regards,
Skro, pas super prolixe, aujourd'hui...


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   Réponse au Sujet 'Wocek: une histoire courte' a été posté le : 05/05/04 13:15
Une seule phrase vivement la suite.
Merci cela m'occupe quand je n'ai rien à faire au labo


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Skro

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   Réponse au Sujet 'Wocek: une histoire courte' a été posté le : 07/05/04 01:30
Que dire d'éminement constructif, si ce n'est que jusqu'ici, c'est très bien ,on est bien tenu en haleine, et on piaffe en attendant la suite?
Pas grand-chose, en fait...

Maintenant, une suggestion et une question:
- pour le titre, un truc à base d'étoile, ça ne peut pas le faire? (je ne sais pas à quel point les Norvaniens seront importants dans le récit...)
- Brauer, comme nom du tavernier, c'était au hasard, ou tu avais déjà planifié ta description de la bière?

Regards,
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Un intégriste, c’est quelqu’un qui a des convictions que je ne partage pas. Et qui ose le dire, en plus !
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WereWelf

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   Réponse au Sujet 'Wocek: une histoire courte' a été posté le : 09/05/04 21:33


C'est reparti!

Pour répondre à Skro:
- on vera pour l'Etoile
- effectivement, je savais en lui donnant son nom que Brauer brassait une fort bonne bière :D Mais encore merci à Indy pour ses bon tuyaux

Ce soir, 6 pages en pature à vos apétits demesurés...

Moteur... ACTION!



DEUXIEME JOUR

Wocek avait peu dormi. Ortwin avait eu le sommeil agité des fiévreux. Il toussait beaucoup, et délirait en d’incompréhensibles prières teintées de sa vulgarité coutumière. L’inquisiteur s’étira, faisant craquer ses articulations. Le fauteuil près de la cheminée de Brauer était dur et étroit. Il avait le dos rompu.

Meckel dormait du sommeil du juste, sur une paillasse posée près du lit où Ortwin reposait, avec enfin sur le visage une expression apaisée. Wocek toucha son front. Il était encore tiède, mais la fièvre était tombée. Il remercia le Shélam en tâtant le pouls de son subrogé, car il constata qu’il était revenu à un rythme presque normal.


« Le Bien et le Mal, la Vie et la Mort, la Joie et les Peines viennent du Shélam. En le Shélam seul trouveras-tu la sagesse, l’instruction et le Salut. Par ta foi et par les lois réveillées par le Prophète. Le don du Shélam demeure dans les Justes, et Sa Lumière se répand sur le monde pour et par les croyants. L’erreur et le doute, le mal et la souffrance ont été créés avec les pécheurs, les incroyants et les païens. Celui qui a reçu la révélation et se complait de le mal ou l’erreur ne connaîtra pas le Salut ».

Wocek referma le Saint Livre. Il demeura à genoux, tourné vers le Nord, les yeux clos. Il venait se lire un passage du livre de la Sainte Sagesse, comme chaque matin pour dire sa messe. C’était bien manichéen, finalement. Les Norvaniens dans leurs erreurs avaient beaucoup de points communs avec le dogme. Wocek était toujours surpris et un peu effrayé par la minceur de la ligne qui séparait le dogme de l’hérésie.

Il n’était pas très bon clerc. Il n’arrivait jamais à suivre la liturgie qu’il enseignait pourtant aux prêtes incultes ou déviants. Non pas qu’il fut hérétique, mais il était simplement distrait par ses prières « réfléchies » et sa concentration mystique. Lorsqu’il état seul face à sa conscience, il ne pouvait pas suivre un rituel. Car dans ces moments il ressentait en lui une communion étroite et directe avec le Shélam.

« Sainte Sagesse, donne moi la force et guide moi vers la Vérité »…

Las, il se passa la main sur le visage. Il aurait besoin de se raser, et peut-être même de prendre un bain. Il se devait d’être présentable pour affronter le Graff.
Des bruits de vaisselle résonnèrent jusque dans la chambre. L’auberge s’éveillait. Il sortit sans bruit, et renifla une intéressante odeur de cuisine dans le couloir. Sans doute des oeufs, et du pain frais. Le jour se levait tard au coeur de l’hiver, et il faisait encore nuit noire. Il se soulagea aux poulaines à l’intérieur de l’auberge, et se fit la réflexion qu’elles étaient plutôt propres. Pourquoi Garod le Nain ne voulait-il pas les utiliser ?
Encore une bizarrerie de sa race.

Il jeta un coup d’oeil à la bougie des heures en arrivant dans la grande salle. Réprimant un bâillement, il fit un rapide salut de la tête à Brauer, qui s’activait déjà derrière son comptoir. Il constata que ledit Garod était déjà attablé, devant une assiette fumante de lard et d’oeufs brouillés. Il y avait de quoi nourrir trois hommes en pleine santé.

-La bonne journée à vous, maître Garod, fils de Hisgerd.

Le Nain grogna, et se força à déglutir la bouchée qu’il marchait bruyamment.

-Bonjour, Messire Inquisiteur. Vous êtes matinal !
-Et vous-même.
-Pas couché… Pas besoin de dormir tous les jours… La bière me tiens réveillé, héhé !

Il tapota son ventre rebondit d’une main grasse et couverte de bagues en or et en argent. Le bougre était sale, crasseux même. Il empestait l’alcool et la nourriture rancie. Une « hache à louer » sans doute. Un mercenaire, comme on en trouvait beaucoup dans le sud du Meckland ou les Marches. Bijoux ostentatoires, surcot taché et terni, armure d’écailles, hache au côté... Il fit un sourire à Wocek, découvrant des dents gâtées. D’un geste de la main, il invita l’inquisiteur à s’asseoir à sa table. On ne refuse pas l’hospitalité d’un Nain. Même lorsqu’elle ne lui coûte rien.
L’inquisiteur demanda à Brauer de lui apporter une assiette plus petite, et deux bières.

-Je dors moins qu’eux en tous cas. Ils ne tiennent pas la bière.

Il désigna le coin de la pièce. Wocek remarqua que Dietrich et Franz dormaient chacun sur une paillasse, enroulés dans leurs grands manteaux noirs. Ils avaient du boire jusque tard dans la nuit avec le mercenaire à la barbe rousse, avant de rouler sur le plancher.

-C’est une belle arme. Vous ne la quittez jamais ?
-C’est mon épée sacerdotale. Et votre hache ? Mercenaire ?
-Je me suis battu pour le Grand Duc des Marches… Même si les habitants du Mittlemark n’aiment guère les Nains. On dit que le Graff de Petereïm recrute des combattants.
-Je vois… Jamais envie de revenir au Khalad Khizargil ?
-Bah ! Depuis que Haerum a unifié les clans sous le Shélam…

Il fit un geste dédaigneux de sa main couverte de bijoux. Il n’était certes pas païen, mais ne semblait pas non plus être un croyant forcené. Haerum Sigun avait unifié les clans, et fondé en 142 le puissant Etat du Khalad Khizargil, il y a presque cent cinquante ans. Des Nains qui croyaient au Shélam, qui ne passaient plus leur temps à se battre et cultivaient leurs champs au lieu de se terrer dans leurs mines. Wocek y avait voyagé, et avait pu constater à quel point la nature même des Nains changeait avec la prospérité, la paix, la lumière du Shélam et les soins de l’Etat.
Il n’y avait pas de fatalité à vivre dans la crasse, la guerre, en ne voyant jamais la lumière du jour. Haerum Sigun était sans conteste un élu, un prophète pour son peuple. Mais pour un mercenaire il n’y a pas grand intérêt à promouvoir la paix et le travail des champs. Garod éructa bruyamment.

Wocek allait tremper ses lèvres dans la chope de bière que Brauer venait de poser devant lui lorsqu’un cri féminin résonna dans l’auberge. Cela venait de l’étage. D’un bond, il se leva et se rua sur l’escalier. L’inquisiteur eut le pressentiment que cela était sérieux.

Il trouva la fille des Brauer assise dans le couloir. Elle sanglotait sans pouvoir articuler un mot. Il se pencha vers elle, et prit sa main. Son coeur battait à tout rompre, et son jeune visage était déformé par une expression de terreur.

-Cela va aller. Je suis là. Le Shélam veille sur toi.

Il toucha son front et ferma les yeux. Il récita une courte prière de bénédiction. Un souffle apaisant passa sur la jeune fille. Elle écarquilla les yeux, comme si elle s’éveillait d’un mauvais songe. Wocek lui fit un sourire et caressa sa joue. Le bras maigre et blanc de la jeune Syele se leva lentement, désignant la porte située en face d’elle. Une des chambres de l’auberge. Sa bouche s’ouvrit lentement.

- Je devais le réveiller, je… J’ai frappé mais ça n’a pas répondu… C’était ouvert… Je…

Elle éclata en sanglots, se cachant le visage dans les mains. L’inquisiteur se releva, et tira l’épée. Brauer gravissait lourdement les escaliers, qui grinçaient de plus belle. Par la porte entrebâillée, Wocek jeta un oeil dans la chambre. Il comprit bien vite la raison de ce cri et de cette peur. Sur le lit reposait un corps, complètement mutilé. Il était allongé sur des draps trempés de sang, et la faible lumière que diffusait la veilleuse de la lampe à huile au dessus du lit rendait la scène encore plus macabre et effrayante.
Il entra.

Personne apparemment. Brauer arriva essoufflé, et ne pu que se signer lorsqu’il entra derrière l’inquisiteur. Wocek ouvrit la grande armoire, jeta un oeil sous le lit… Pas âme qui vive.

-Tout ira bien. Réveillez Dietrich, et dîtes à votre femme de s’occuper de votre fille. Elle a été choquée, mais elle va bien. Une tisane et un peu de repos suffiront.
-Mais comment ? Mais qui ?
-Le chevaucheur je crois. Celui qui portait les armes d’une compagnie de banque et de commerce. Rassurez-vous, je prends l’affaire en main. Et maintenant, allez !

Wocek leva la main en signe de bénédiction. Il s’efforça de sourire à Brauer, manifestement aussi choqué que sa fille par la vision d’horreur. L’inquisiteur referma la porte, rengaina son épée et commença à se livrer à un examen minutieux de la pièce. Des cris résonnèrent en bas. Manifestement les deux officiers du Graff n’avaient pas apprécié d’être réveillés en sursaut. Comme Wocek s’y attendait, les escaliers résonnèrent bientôt de pas rapides. La porte vola sous un coup enragé. Dietrich apparu, l’arme à la main.

-Rien ne sert de vous pressez, Messire bailli. Il est mort, et pouvait attendre que vous ayez déjeuné. La bonne journée à vous aussi, Messire Franz.
- Que la malpeste vous étouffe, curé ! Qu’est-ce encore que cette abomination ?
-Il semble que l’hérétique soit dans cette auberge.

L’inquisiteur se tourna lentement vers le lit ou gisait le malheureux. Il s’en approcha, et désigna du doigt le front déjà pale et froid. On y avait scarifié l’étoile de Norvan.

-Avant toute chose, je veux que l’on s’assure que personne ne sorte de cette auberge. Vous m’en répondez ! Et allez réveiller mes gens d’arme dans la grange. Et tous les domestiques. Que personne ne passe le portail ou les murs de Messire Brauer. Dîtes-lui qu’il serait également tenu pour responsable de toute évasion.

Le ton de Wocek était dirigiste, et ne permettait aucune objection. Mais il s’attendait à une rébellion de la part de Dietrich. A sa grande surprise, le bailli approuva de la tête, et se tourna vers Franz en claquant des doigts.

-Vas-y. Je reste avec Sa Sainteté pour fouiller la chambre, pour pas qu’il tache sa robe.
Wocek attendit que Franz ait descendu les escaliers, puis il s’avança vers Dietrich, qu’il poussa du bout de la main.
-Vous ne m’aimez pas. Et c’est fort réciproque. Nous devons collaborer, soit ! Et je souhaite que cela se passe au mieux. Mais une seule nouvelle insulte à mon rang, mon ordre ou à la Sainte Eglise. Un seul blasphème, et je vous fait arrêter, juger et condamner pour apostasie !
-Pour quoi ?
-Les tourmenteurs de l’inquisition prendraient le temps de vous l’expliquer avec des tisonniers rougis.

Il brillait à ce moment dans les yeux de Wocek une flamme de détermination qui fit reculer Dietrich. Le bailli sentit un frisson parcourir son échine. Sur qui était-il tombé ? Cet homme était bien différent des moines chenus qui chassaient d’ordinaire l’hérétique, et qui étaient aussi fanatiques que stupides.

-Allons ! Fini de bavarder. Qu’en pensez-vous ?
-Et bien… Un courrier de compagnie de banque, cela transporte des fonds, des lettres de change. Les hérétiques sont poursuivis et se cachent. Ils ne crachent pas sur un peu d’or, ou sur un billet portant un bon sceau. Ou peut-être le courrier connaissait-il l’hérétique.

Wocek approuva de la tête Dietrich était tout sauf bête, et cela rendait son anticléricalisme goguenard encore plus exaspérant. Ils trouvèrent des fontes de selle dans le coffre au pied du lit. L’une d’elle contenait une boite de fer, fermée à clef. Elle était gravée aux armes de la Compagnie de Banque et de Commerce de Do Luca. Sur le devant, deux serrures. Le courrier ne portait qu’une clef au cou. L’autre devait se trouver dans les mains du destinataire de la boite

-Curieux. Le meurtrier ne l’a pas forcée, ni emportée.
-Elle est peut-être piégée ? Vous devriez essayer de l’ouvrir.
-Nous verrons cela plus tard. Je n’aime pas me faire empoisonner de bon matin, Messire Bailli… Je vais ouvrir la fenêtre, nous y verrons plus clair.

Wocek fit quelques pas en direction du vantail, toujours clos. Il s’arrêta lorsqu’il vit que le panneau de bois aux carreaux de corne qui obstruait en principe la fenêtre était par terre. On l’avait ôté pour fermer les volets, mais pas replacé.

-Curieux, ne trouvez-vous pas ? Voilà un homme frileux qui demande deux braseros, mais qui ne referme pas le panneau de sa fenêtre.

Dietrich haussa les épaules. « Il a peut-être eu trop chaud dans la nuit » fut la seule réponse qui lui vint à l’esprit. Wocek remarqua des traces humides sur le plancher, sous la fenêtre.

-Bizarre, en effet.

Wocek leva la barre de fer qui retenait les volets fermés. Elle ne grinçait pas. L’hostellerie du relais de poste était propre et bien entretenue, Brauer devait être un peu maniaque. C’était rare et plutôt agréable pour les clients.

La faible lumière de l’aube naissante entra dans la pièce. Dehors, le morne paysage mekclandais était blanc de neige à perte de vue. Il ne neigeait plus, mais le ciel restait gris, triste et froid. Dans la cour, des cris partaient de ça de là. Le réveil était plutôt brutal, et les domestiques qui sortaient de la grange se frayaient avec difficulté un chemin à travers l’épaisse couche de neige.

-Bon, je pense que le meurtrier est bien entré par la porte. Il ne faut pas toujours chercher des solutions compliquées !

Dietrich ne pouvait qu’approuver de la tête. Le bailli fit quelques pas en direction de la fenêtre, et se pencha sur la jonchée de paille qui recouvrait le plancher. La paille était sale à cet endroit, mais cela n’avait rien de choquant. Dietrich ramassa quelques brins tachés de sang, qu’il écrasa entre ses doigts d’un air dubitatif.

-Pas beaucoup de traces de lutte dans la pièce. Je pense qu’il connaissait son meurtrier. Il a du lui ouvrir, et l’autre lui a réglé son compte par surprise. Puis ce fumier l’a charcuté sur le lit.

Il cracha dans la jonchée. Wocek haussa les sourcils et entreprit d’examiner le cadavre après s’être signé. Il ferma les yeux du malheureux, et récita une courte prière. Dietich tapait du pied, impatient. Wocek lui lança un regard noir auquel le bailli répondit par un soupir. Pendant que l’inquisiteur examinait chaque blessure, Dietrich rassembla toute la paille de la pièce près du lit, pour éponger le sang.

-Quelle pièce, en dessous ?
-Les cuisines je crois, Messire inquisiteur.
-Alors le plafond doit être chaulé. Cela explique que le sang n’a pas perlé à travers le plancher.
-Je crois que Brauer pourra changer son parquet. Alors ? Que concluez-vous ? Il est mort d’un rhume de cerveau ?
-Très amusant. Je pense qu’on lui a planté un stylet dans la gorge, juste ici.

Wocek désigna un point sous le larynx, une petite blessure noircie, fine et large comme une lame de couteau d’office. Cela expliquait que le malheureux n’ai pas crié.

-Ensuite ? il a du faire du bruit en tombant !
-Pas forcement. Si le meurtrier a agit avec assez de hâte, il a pu le jeter sur le lit. Le malheureux devait se tenir la gorge, et être terrifié. Il lui a planté le stylet dans le coeur avec une grande force. Cela n’a pas été long. Ensuite…

Il désigna sans un mot le ventre du malheureux, que l’on avait ouvert pour en sortir les intestins. C’était une vision repoussante, mais Dietrich avait encore réussi à se contrôler en entrant dans la pièce. Wocek n’aurait décidément pas le loisir de le voir vomir.

-Quelle heure ? En pleine nuit quand tout le monde dormait ?
-Justement, non. D’abord la coagulation est déjà très avancée. Ensuite, il est habillé. Enfin presque. Regardez son pied gauche.

Il manquait une botte au cadavre. Une seule. Il était torse nu, mais portait encore ses braies lacées. Et une botte au pied droit. Il devait être en train de se dévêtir lorsqu’il avait été frappé.

-Mise en scène ?
-Je ne pense pas. Il y aurait d’avantage de traces de sang dans la pièce. Non, je pense que c’est arrivé à une heure ou nous étions en bas, éveillés. Cela simplifie les données du problème, Messire Dietrich. Et cela nous innocente tous les deux.

Dietrich regarda Wocek avec un air un peu incrédule. Il avait donc été soupçonné. Lui-même n’avait même pas pensé à soupçonner l’inquisiteur. Il se fit la réflexion qu’il avait peut-être affaire à un dangereux hérétique meurtrier, un imposteur.

-Allons ! Ne soyez pas effrayé. Simplement, qui était couché à ces heures ? Disons… Le gentilhomme Elfe, le ménestrel et les Brauer.

Dietrich approuva. Si le meurtre avait bien eu lieu tôt dans la nuit, personne d’autre ne pouvait être monté à l’étage sans qu’on ne l’ai remarqué.

-Mikel ?
-Je ne crois pas l’avoir vu monter. Mais nous avons descendu pas mal de bières… Et puis non ! Je connais les Brauers depuis des années !
-Vous seriez surpris de savoir qui sont parfois les hérétiques. Nous avons cutume de dire dans l’inquisition « si ce n’est toi, c’est donc ton frère ».

Dietrich se retint de faire une remarque désagréable. Oui, en effet, il semblait clair qu’il n’y avait pas plus de quatre suspects.

-Mais je pense que nous pouvons innocenter les Brauer. Je vois mal comment ils auraient pu se lever sans attirer l’attention. Souvenez-vous du bruit qu’ils firent en allant dormir. En outre, je ne pense pas qu’ils auraient pu assassiner un voyageur à l’autre bout du comté, tôt dans la journée.

Dietrich fut manifestement soulagé. Ce devaient être de vieilles connaissances, et le bailli n’avait pas envie de se découvrir des amis hérétiques. Ils demeurèrent en silence quelques instants, à rassembler leurs pensées. Finalement, le soldat du Graff tira l’épée, et de dirigea vers la porte.

-Une chose est sure avec vos deux suspects, Messire Inquisiteur.
-Laquelle ?
-Ils ont le sommeil lourd. Aucun ne semble réveillé. Priez pour que tous les deux soient en vie !

Wocek frissonna. Il n’avait même pas eu le bon sens de vérifier si tout le monde dans l’auberge était bien en vie. Saint Sagesse, qu’il était parfois sot !



Et voila... That's all, Folks...

Needless to say: To be continued.......... dès que j'ai le temps! :D

maintenant, ouvrez le feu roulant de la critique. Et balancez vos théories halakon sur les meurtriers éventuels, ça me fait toujours bien marrer (le scénario de 'histoire est déja écrit, donc aucune influence possible sur le fond, sorry. Pour ce qui est "hors trame" je suis très ouvert par contre).



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   Réponse au Sujet 'Wocek: une histoire courte' a été posté le : 10/05/04 21:09


Sitôt dit, sitôt cuit... J'empile les cadavres et les pages avec la même régularité. J'étais parti avec l'idée d'écrire 30 pages... Et bien nous y voila. Et je viens à peine de commencer l'enquète... Tssss....





Dietrich tambourina à l’une des deux portes closes du couloir. Wocek fit de même avec la seconde.

-Ouvrez ! Au nom de la Sainte Eglise !
-Un instant, voulez-vous ?
-Ah ! C’est vous Hisamenwë ! ‘Quel re ! Ouvrez je vous prie ! Mani naa lle umien?
-Un instant !

La voix était pleine de stress. Wocek hésita une seconde. On entendait des bruits dans la chambre. Et des pas pressés. L’Elfe cherchait-il à dissimuler quelque chose ? Il remarqua que Dietrich s’était fait ouvrir par Mandau le ménestrel, apparemment ensommeillé et interloqué. Il recula de l’autre côté du couloir, prit appui sur le mur, et se jeta sur la porte, épaule en avant.

-Attendez ! Non !

Il reprit son élan. Le simple loquet de la porte céda, et l’inquisiteur pénétra dans la pièce en titubant sur son élan. Point d’Elfe dans la chambre, mais une jeune femme au corps presque nu. Elle se couvrait la poitrine d’un drap, et reculait, terrorisée, dans l’angle opposé de la pièce.
-Allons ! C’était donc cela ! Une imposture ! Je vous trouvais bien peu enclin à parler l’Elfique, « Messire » Hisamenwë !

Il claqua la porte derrière lui. Passé l’instant de stupeur, il la trouva fort belle. Il n’avait pas vu son visage la veille, toujours dissimulé par sa coule. Ses traits étaient fins, mais ses oreilles aussi rondes que chez n’importe quel Humain. Son corps semblait assez mince sous le drap, et d’une grande pâleur. Ses cheveux blonds se déroulaient en longues cascades ondoyantes de chaque côté de son visage. Wocek prit quelque plaisir à contempler cette harmonie sensuelle. Il s’égara une seconde dans des attrais bien peu compatibles avec la dignité de sa condition, mais la vision des cadavres mutilés s’imposa très vite à lui.

-Et bien je crois que vous avez de nombreuses choses à m’expliquer, "Madame".

Elle s’était recroquevillée sur le sol, et pleurait. Il pouvait s’agir d’une ruse. Il se pouvait très bien que l’hérétique meurtrier soit une femme. Et peut-être une dangereuse sorcière. Encore qu’il ne ressentait pas de « présence » surnaturelle dans la pièce. Les pouvoirs ne Wocek ne se réveillaient que lorsqu’il était confronté à quelque chose qui allait au delà du monde matériel. Et ils semblaient bien silencieux.
Il fit quelques pas vers la jeune femme, prenant au passage sur le lit une tunique et des braies.

-Habillez-vous ! Mais je ne vous ferai pas la grâce de sortir ou de me retourner. Il y a eu un horrible meurtre cette nuit dans l’auberge. Une affaire d’hérésie. Et vous êtes suspecte. Doublement dois-je dire !

Elle leva des yeux pleins de larmes. Wocek n’y décela que terreur et incompréhension. Son premier mouvement aurait été de croire à son innocence d’un seul regard. Mais le jeune inquisiteur avait appris à ses dépends à se méfier de son attirance spontanée pour le sexe faible. Et ce même s’il y succombait régulièrement.

-N’oubliez pas que je suis prêtre. Et inquisiteur. Allons ! Pas de fausse pudeur ! Nous sommes tous nus et égaux sous la lumière du Shélam !

Il tenta de conserver un visage dur et un regard froid, malgré sa compassion spontanée ou son attirance (tout aussi spontanée) pour cette femme. Quelle était la raison de sa terreur ? L’arrivée inopinée de Wocek n’expliquait pas tout. Et pourquoi cette imposture ? Elle devait avoir un secret, quelque chose de terrible à cacher.

Elle prit une profonde inspiration, et sécha ses larmes d’un revers de bras. Wocek fut surpris de constater à quel point son regard changea en l’espace d’un instant. Elle se remit debout, et lui lança un regard de défit en laissant choir le drap qui couvrait sa nudité.

Belle, elle l’était sans nulle doute. Ses formes étaient harmonieuses, plaisantes au regard. Même pour un simple esthète, c’était une vision qui invitait à la contemplation.

-Tous les mêmes, au fond. Chanoines trop gars, évêques dépravés, cardinaux libidineux… Et même les très austères inquisiteurs qui font subir aux innocents mille tourments ! Tous les mêmes!

Son regard crachait la haine, et Wocek se trouva bien incrédule. Elle saisit la tunique et l’enfila prestement. L’inquisiteur jeta un oeil à la chambre pendant qu’elle laçait ses braies. Il était moins intéressé par son apparence physique, maintenant qu’elle remettait ses habits Elfiques.

Un haubert de fines mailles reposait sur un dossier de chaise, sur lequel était pendu un fourreau contenant une épée longue et courbe, typique du Grand Conseil Elfique. L’ouvrage très travaillé du pommeau semblait authentique. Il y avait également des fontes de selles, d’où dépassaient des parchemins et même la reliure d’un livre. Manifestement, cette voyageuse n’était pas n’importe qui.
On frappa à la porte. C’était Dietrich qui demandait si tout allait bien.

-Très bien ! Je viendrai dans quelques instants ! Descendez avec Mandau et surveillez-le bien !

La jeune femme était à présent décente, et arrangeait ses cheveux en tresse derrière sa tête avec une surprenante dextérité.

-Je répondrai à vos questions. Je tiens à dire que je ne suis ni hérétique, ni meurtrière. Me laisserez-vous revêtir mon déguisement, ou dois-je endurer l’humiliation publique?

Wocek trouvait cet aplomb soudain un peu perturbant. Avait-elle joué le chagrin pour tenter d’amadouer l’inquisiteur ? C’était probable. Il hésita un peu. Après tout, cela ne changerait rien.

-A votre guise. Mais faites vite.

Elle sortit d’un petit sac de cuir un miroir en métal, et une petite boite de bois. Wocek était sur le qui vive. S’il tenait les bras croisés en signe de nonchalance, sa main était posée sur le pommeau de son épée. Du coffret elle sortit deux oreilles pastiches, assez longues, et de petites fioles de verre. Cela dura plus longtemps qu’il ne l’aurait souhaité, mais il était fasciné par une telle adresse. Puis elle se maquilla rapidement.

En se relevant, elle fit face à l’inquisiteur qui resta bouche bée. Ses traits étaient devenus sinon masculins, au moins assez androgynes, et ses oreilles semblaient tout à fait elfiques, à demi dissimulés par quelques mèches savamment disposées. Bien sur, il savait que c’était une imposture, et cherchait les défauts. Mais pour quiconque ignorait le déguisement, il était indécelable.

-Puis-je avoir au moins votre vrai nom ? Ou au moins celui que vous daignerez me donner.
-Zofi.
-C’est tout ? Pas un nom ? Pas un titre ?
-Pourquoi faire ?
-Je vois… Continuons cette conversation en bas si vous le voulez bien.

Elle n’avait pas le choix, mais il avait retrouvé un peu de courtoisie. Cette femme l’intriguait. C’était une intellectuelle. Elle était riche, mystérieuse, et semblait voyager beaucoup. C’était un parfait suspect pour une affaire d’hérésie. Mais il n’arrivait pas sérieusement à envisager l’hypothèse. Elle était trop belle, sans doute. Son désir devait encore parasiter son jugement. « Sainte Sagesse », pensa-il, « donne moi la force d’y voir clair ».

-Venez, Dame Zofi. Ou devrais-je dire Messire Hisamenwë… Votre accent elfique n’est pas mauvais. Mais votre vocabulaire très limité. Je me trompe ?
-Je n’ai jamais croisé beaucoup d’Elfes du Grand Conseil de ce côté de la Mer Bordière. Dans ces cas on me prend pour un demi-elfe. Voilà tout. Je n’ai aucun goût pour la langue elfique.
-En avez-vous pour les oeufs brouillés ? Je n’ai pas déjeuné.

Lorsqu’il ouvrit la porte, une bordée d’injures monta par les escaliers.

-Par les poils des couilles du Grand Pontife, je n’ai besoin de personne pour marcher !

L’interjection avait été prononcée avec la voix ronde et tonnante d’un chanoine d’Hazurgondie. Wocek reconnu frère Ortwin dans une de ses colères. Il fut à la foi content de l’entendre jurer à nouveau, et inquiet de le savoir debout. Avant de descendre, Wocek s’assura que la mystérieuse « Zofi » n’emportait pas d’arme. En la suivant dans les escaliers, il eut une pensée pour le malheureux qui gisait dans l’autre chambre. Il enverrait Ortwin procéder aux premières prières pour son âme s’il était en état.

-Wocek ! Les Princes Démons me batafiollent ! Qu’est-ce qui se trame dans cette auberge ? On occis les clients ? On bafoue la Sainte Lumière du Shélam ?
-Allons ! Tu devrais être au lit, frère ! Tu rendais ton âme au Shélam, hier !
-Peste ! Il n’en a pas voulu ! J’étais bon pour entrer dans le Saint des Saints, mais j’ai été renvoyé : je dois veiller sur un pécheur invétéré. Un grand maigre de foutriquet Walton !

Wocek rit de bon coeur, sous les regards hallucinés. Seul Garod le Nain semblait partager la jovialité des deux ecclésiastiques. On l’entendit crier « voilà un moine plaisant, qu’on lui verse une bière à mon compte ». Stupéfiant. Un Nain offrant une bière. Ortwin avait encore les traits creusés, mais bonne mine, grand appétit et forte soif.

-Un drôle s’est amusé à me saigner comme un pourceau ! Je lui en ferai voir, à sa prochaine colique.
-Sans doute. Bon, pendant que tu déjeune, frère, je vais converser dans la chambre des Brauer avec cet estimable Elfe. Et je vous entendrai après, Messire Mandau.

Le barde se leva pour faire une révérence. La patte de Dietrich se posa lourdement sur son épaule, et il compris qu’il valait mieux éviter de trop s’extérioriser.
Wocek le contempla brièvement. Lui non plus n’avait pas une allure de coupable. Il semblait inoffensif. Le regard un peu perdu, un sourire au coin de la lèvre sans trop savoir pourquoi, les cheveux en bataille… L’inquisiteur suggéra que tout ceux qui s’en sentaient l’appétit déjeunent.

L’auberge bourdonnait à présent comme une ruche. Les hommes de la suite de l’inquisiteur et les commis et garçons de ferme de Brauer étaient réveillés. Il y avait d’autres manouvriers et colporteurs comme celui avec qui conversait Garod la veille. Sans doute surpris par la neige, ils avaient fait halte au relais de poste plutôt que de passer la nuit à la belle étoile comme à leur habitude. Wocek était soulagé de ne pas avoir à enquêter au milieu de ces anonymes tous plus ou moins terrifiés par la seule vue d’un inquisiteur.

L’affaire était simple, et se résumait très probablement à un choix entre deux suspects. Il entendrait Brauer par principe, ne serait-ce que pour savoir ce qu’il avait pu entendre ou voir pendant la nuit ou durant la journée précédente.
Il entra dans la chambre des Brauer avec Zofi. Meckel s’était levé, et dans la pièce planaient encore de désagréables odeurs nocturnes issues des humeurs fiévreuses de Ortwin. En ouvrant les volets pour faire de l’air, Wocek se fit la réflexion que cette affaire était même trop simple.

Un hérétique tue un voyageur, certes. Surpris par la neige, il s’abrite dans un relais de poste. Rien de bien original. Or, un inquisiteur arrive à l’improviste. Tout devrait l’inciter à se faire discret, mais voilà qu’il commet un autre meurtre. A une heure ou le nombre de suspects se compte sur les doigts d’une main. Et apparemment il ne vole rien. C’est là un comportement bien étrange !

Niesenn rentra derrière eux, portant un plateau avec deux écuelles fumantes, deux chopes de petite bière et quelques pains au lait. En posant le plateau, la femme de Brauer jeta un mauvais regard en coin à « l’Elfe », mêlé de peur et de répulsion. Le soupçon à l’encontre du non-Humain était facile, et d’autant plus que le nombre des suspects était réduit.

-Je vous remercie, Dame Niesenn… Bien… Prenez place, je vous en prie.

Wocek fouilla dans une de ses sacoches restée pendue au lit où avait dormi Ortwin. Il sorti un morceau de vélin et un nécessaire d’écriture. Il commença à passer ne pierre ponce sur le vélin tout en engageant la conversation.

-Allons ! Il faudra me dire bien plus qu’un prénom de quatre lettres, si vous voulez vous éviter les tourmenteurs de l’inquisition. Un crime grave a été commis ici. Nonobstant le meurtre qui relève de la Haute Justice du Graff, il y a utilisation de symbole hérétique, avec mutilation d’un croyant. C’est suffisant pour vous envoyer sinon au bûcher, au moins à la salle de torture et au cachot.

-Homo liber lex salvia, Messire Inquisiteur. La loi sauve l’homme libre.

-Par le Shélam ! Une juriste ! Bon… Disons que je peux vous inculper de meurtre et d’utilisation de symbole hérétique. Je suis inquisiteur titulaire, et frère Ortwin est mon coadjuteur. J’ai dans l’auberge deux officiers du Graff qui, assermentés, pourront servir d’assesseurs. Je puis vous juger et vous condamner avant qu’aient sonné vêpres. En vertu des Chartes Impériales, des Edits du Grand Conclave, des Ordonnances de l’Ordo Inquisitorem Maximus… Je continue ?

Il marqua un temps d’arrêt. Elle plongea sa cuiller de bois dans les oeufs brouillés aux lard, et en prit délicatement une bouchée du bout de ses fines lèvres. Elle se donnait le temps de la réflexion avant de parler. Fort bien. Wocek souffla sur le vélin, l’épousseta de la main, tailla rapidement une plume et commença à écrire.

-Je devrais avoir mon clerc principal avec moi pour consigner les minutes. Ce n’est pas un vice de procédure, simplement une convenance que je vous accorde, compte tenu du caractère « particulier » de votre situation… Commençons par le commencement. Votre nom ?

-Zofi. Zofi van Haskeim. Je suis protégée par la Cité Libre de Freiburg, et Docteur de son Université.

Elle sortit d’une poche de sa tunique un petit parchemin plié en quatre qu’elle tendit à Wocek. Il soupira en le prenant. Un professeur d’université ? Une femme ? Déguisée en Elfe ? C’était là une bien étrange rencontre !

Il déplia le document, qui portait le sceau pentagonal de Freiburg, ainsi que le sceau de l’Université. Le troisième sceau le fit hésiter quelques instants.

-Curieux, on dirait celui d’une Escolae Magicam.
-C’en est un !

Le caractère mystérieux du personnage, sa capacité à travestir ses émotions, son mépris affiché pour ses semblables. Oui, c’était bien une magicienne.

-Je vois. Mais ce document ne vous place en aucun cas au dessus des lois…

Un Etat dans l’Etat… Dans l’Etat. Freiburg était une Cité Libre du Meckland. Une république quasiment indépendante. L’ancienne « Kaiserburg » s’était libérée pendant les longues guerres civiles qui avaient déchiré l’Empire. Pendant des décennies, les bourgeois s’étaient battus pour contrer l’influence du Grand Duc. Sans jamais céder non plus à l’appel de la Ligue de Smaalkadd, qui regroupait les cités « renégates ».

Car Freiburg n’était pas une ville marchande comme une autre, préoccupée par la franchise de son commerce. C’était une cité mère de la culture et des arts, qui abritait la plus grande université de l’Empire. Et c’était aussi le siège de plusieurs des très rares Escolae Magicam. Les écoles où s’apprenaient les arcanes de la magie, telles qu’elles étaient réglementées par les Chartes Impériales et le Droit Canon. Toutes les instances liées à l’Université jouissaient de scandaleux privilèges impériaux d’immunité à presque toutes les justices hautes et basses.

Mais rien ne les protégeait ni de la Justice du Lieutenant Général de l’Empire héritier des dernières bribes du pouvoir temporel de l’Empereur, ni de l’Inquisition détentrice des pouvoirs spirituels de la fonction impériale perdue.

-Vous comprendrez que je sois méfiante. L’opposition entre le clergé et les mages est séculaire.
-Certes. Mais je ne suis pas ici pour une chasse aux sorcières. D’autres que moi s’en sont préoccupés en d’autres temps. Et je ne suis pas de ces clercs qui pourchassent les détenteurs de pouvoirs surnaturels par principe. Je ne m’intéresse qu’à l’hérésie et à la racine du mal.
-Certain de vos vérités, Messire Inquisiteur ? Jamais de doute ?
-Dans la foi, jamais. Dans les lois des hommes… Souvent.

Elle fut surprise par la réponse, et lui fit une esquisse de sourire malicieux.

-Et vous vous déguisez en Elfe pour… Eviter les questions et passer inaperçu.
-C’est un peu près ça. Beaucoup de gens n’aiment pas les mages. Et encore moins les femmes qui manient les sorts. Surtout dans ces régions campagnardes arriérées. Alors qu’un Elfe attire des regards curieux, sans plus.
-Quel meilleur moyen de passer inaperçu que d’attirer l’attention ? Oui, bien sur. Bon. Et au sujet de… Vos croyances ?

Elle éclata de rire. Positivement. Elle posa les deux mains sur le rebord de la table. L’inquisiteur n’éprouvait ni malaise ni crainte face à elle. Soit ses pouvoirs thaumaturges s’étaient endormis, soit elle ne représentait aucune menace. Et son rire était cristallin et plaisant. Et sa gorge fort jolie.

-Et bien, Messire inquisiteur ? Vous voici bien songeur. Si je n’étais pas confiante dans la formation des serviteurs de l’Ordo Maximus Inquisitorem, je dirais que vous avez du goût pour les femmes.
-Vous permettez ? C’est moi qui suspecte, et vous qui êtes suspectée, "Err Doctor". Alors ?
-Alors… Ai-je le choix ? Oui, je crois dans le Shélam, dans sa lumière et sa seule Vérité…
-Vous n’êtes pas très convaincue. Bon… Epargnons-nous l’ordalie. Vous m’avez semblé très agressive à l’encontre des clercs à l’instant. « Tous les mêmes » ? C’est bien là un propos d’hérétique.
-Et comment devait réagir une honnête femme en voyant un homme enfoncer sa porte ?

Elle avait de la répartie, et ne baissait jamais les yeux. Habitué à affronter des hérétiques dissimulés dans les campagnes reculées ou parmi les bourgeois fuyants, Wocek était décontenancé. Il devait s’adapter.

-Avez-vous entendu quelque chose cette nuit ?
-Non. Je prends des somnifères pour dormir. J’ai besoin de repos et je n’ai cure des bruits nocturnes dans un relais de poste.

Tous les mages étaient les mêmes. Egoïstes puits de savoir préoccupés par leurs études, et complètement détachés du monde qui les entourait. Il pourrait neiger en plein été, ils le remarqueraient à peine. Il se fit en lui-même la réflexion « tous les mêmes ». Puis y songea : son comportement à l’encontre de cette profession était-il différent de celui de Zofi ? Non. Alors… Pourquoi la qualifier d’hérétique pour cela ?

Au reste, les clercs séculiers étaient nombreux à être dépravés. Evêques apostats, chanoines corrompus se comportant en barons… Seuls les puissantes abbayes des ordres séculiers présentaient encore une pureté dans le dogme et la foi. Les cardinaux du Conclave en étaient pour la plupart issus. Et les inquisiteurs. Avec pour contrepartie un certain fanatisme et un éloignement des affaires temporelles les plus « triviales ». Mais la lutte contre les hérésies déstabilisatrices de la Vraie Foi et de la Paix de l’Eglise était à ce prix.

-Que connaissez-vous de la Confrérie de l’Etoile de Norvan ?
-Voilà une belle question. Je ne puis feindre de l’ignorer, mais si j’en sais trop, me voilà hérétique !

Wocek approuva de la tête. Il griffonna quelques mots rapidement, et la rassura. Il tiendrait compte de son statu de docteur d’université, et se doutait qu’elle ne devait pas être ignorante en la matière.

- Je sais…Ce que j’ai pu en lire. Ce sont des hérétiques manichéens… Populaires dans le nord de l’Elentéar et à Mélondre. Persécutés pendant les Guerres de l’Empire. Massacrés et presque tous vaincus. Plutôt dangereux, sous des apparences de réformateurs sympathiques et populistes. Ils resurgissent parfois à la faveur d’un mouvement manichéens. Ou « on » les fait ressurgir comme souvent, pour mettre un nom sur une hérésie locale.

Il approuva de la tête. Aucun détail sortant des connaissances générales, et elle égratignait les méthodes de l’inquisition au passage. Si elle était l’hérétique, ce serait difficile de la démasquer.

-Pourquoi les Norvaniens? Ils sont donc impliqués ?
- Ah… Voilà une belle question ! Soit vous êtes innocente pour la poser, soit très futée. Car personne jusqu’à présent ne pouvait vous avoir parlé de Norvan. Oui. C’est bien leur symbole qui a été utilisé.

Elle ne manifesta aucune émotion, se contentant de prendre une gorgée de petite bière. Son teint ne rosissait pas, ses yeux ne cillaient pas. Elle se maîtrisait bien, ou alors n’avait rien à cacher.

-Puis-je examiner vos mains ?

Elle les tendit sans répondre. Il les prit dans les siennes. Il ressentit quelque chose mais il savait que cela n’avait rien de mystique. Toujours cette même sensation agréable lorsqu’il touchait une jolie femme. « Sainte Sagesse, pourquoi la chair est-elle si faible » ? Il n’y avait rien de particulier. Il examina de près les ongles. Les mains étaient fines, propres, les doigts longs et graciles. Le majeur de la main droite présentait une callosité caractéristique. Elle devait écrire beaucoup, ce qui n’avait rien de surprenant.

-Que cherchez-vous ? A part l’étreinte d’une main féminine ?

Il leva la tête, et plongea le regard dans ses grands yeux verts. Il sourit, et retira ses mains.

-Du sang séché sous les ongles. Mais je n’en vois pas. Je vais devoir fouiller votre chambre. Nous poursuivrons plus tard.
-C’est tout ?
-L’avez-vous tué ?
-Non !
-Etes-vous une hérétique ?
-Non ! Je vous l’ai dis… Vos méthodes sont bien étranges !
-Je suis libre des mes méthodes, comme tout inquisiteur titulaire. Allons ! Mangeons !

Il prit une cuiller d’oeufs brouillés, puis mordit avidement dans un pain au lait. Il n’avait presque rien noté hormis le nom de Zofi, sa condition et trois mots sur son caractère. Devrait-il se résoudre à lui faire subir la question ? Elle ne devait pas être du genre à céder. Même sous la torture. Et elle pouvait aussi se révéler une adversaire puissante.

Restait le barde.




Bon voila. 6 pages pour vous faire patienter, et sans doute rien avant jeudi ou vendredi. Bonnes lectures, bonne chasse aux coquilles et incohérences (en PM pour pas ruiner l'histoire) et bonnes remarques stylistiques (sur le forum)...

Welf, CSPC :dem3 qui prend gout à la "feuilletonisation"...

Vade et vale in pacem...





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   Réponse au Sujet 'Wocek: une histoire courte' a été posté le : 11/05/04 00:35
Bon, comme à mon habitude, j'ai un épisode de retard, mais bon...

Je voulais dire que ça faisait déjà plus de 20 pages (en times 12)... Ceci dit, ça se lit comme on boit un petit muscat bien frais, i.e. ça passe tout seul (oui, le muscat aussi, ça passe tout seul...)
Sinon, mon vote pour le meurtrier ira au ménestrel.
Pourquoi?
1/ un ménéstrel qui chante faux, ce n'est pas un ménestrel
2/ quelle meilleure couverture qu'un ménestrel?
3/ dans [ur=http://www.encyclobd.com/biblio/album.html?id=27888]L'Ombre de Saïno[/url] (excellentissime BD de la série Thierry de Royaumont, de P.Forget et J.Quimper, rééditée aux Editione du triomphe), le coupable, c'est le ménestrel... Oups, ceci était un peu un spoiler... Ceci dit, lisez le tome suivant, qui est la suite, et vous apprendrez plein d'autres trucs...

Regards,
Skro, qui va lire le chapitre suivant ce soir...



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   Réponse au Sujet 'Wocek: une histoire courte' a été posté le : 11/05/04 21:43
Je n'ai pas d'épisode de retard, et pinaise... qu'est ce que c'est bien... à tel point que je n'essayer pas de faire germer en mon esprit l'idée de savoir qui est le coupable, je me réserve la surprise!

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   Réponse au Sujet 'Wocek: une histoire courte' a été posté le : 12/05/04 01:13
Voila, lu l'épisode suivant, et c'est toujours aussi bon...
Je maintiens encore mon ménestrel, dans le rôle du coupable... Jusqu'à ce qu'on aie droit à son interrogatoire.

Euh, Welf, tu ne nous fais pas le coup de zombification, j'espère (le coup du premier mort qui se relève pour aller tuer le deuxième...)

Regards,
Skro, encore un peu traumatisé par From dusk 'til dawn


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   Réponse au Sujet 'Wocek: une histoire courte' a été posté le : 13/05/04 20:14


Tada!!!

Voila un bout de la suite. Comme je file au pub, la relecture a été écourtée par l'envie de Guinness... J'espère que mes gentils lécteurs ne m'en voudront pas trop... :D
(oui Jean seb je boirai une bière à ta santé)...

Moteur... Akzion!



Edit 2: bon finalement je vire tout, et je replace le texte relu (avec la suite) dans le post suivant :D

Elle est pas belle la vie?



La suite... Houla week end chargé en bringues, JDR et autres...
La suite... Quand yen aura une!

Mais vite, parce que moi aussi je commence à être pressé de voir la suite (c'est un comble)


EDIT: la looose j'ai oublié de remplacer le c à accent de Wocek et le oe de oeuf. Bon... No souçaille, je ferons ça domaini matino... Vers 13h quand j'émergerai... :D

Prozit!


Dernière mise à jour par : Welf le 14/05/04 12:42

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