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The knight in Red

-= Naheulband =-
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Réponse au Sujet 'Wocek: une histoire courte' a été posté le : 14/05/04 13:27
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Et voila: le post précédent sans les caractères halakon, et la suite tout de suite... 
Motion! Acteur! (ou l'inverse)
-Ce sont vos notes ?
-Oui. Mais c’est très personnel. Et écrit en hermétique.
-Je vois… Je vous rassure, je n’ai qu’un faible intérêt pour la magie. Je ne vous volerai pas vos travaux comme le premier évêque venu.
Wocek feuilleta le journal de Zofi. Il prit une page au hasard. Une incantation mineure, visiblement recopiée à la hâte. L’hermétique employée était relativement commune, et l’inquisiteur n’eut pas grand mal à en saisir le sens.
-Un sort de détection on dirait. Pour révéler une présence trans-naturelle. Un être éthéré ?
-Surprenant…
-Je suis inquisiteur, ne perdons pas cela de vue. Bon… Je suppose que vous n’avez rien à cacher. Mais je dois quand même parcourir vos écrits pour y chercher trace d’hérésie.
Il s’excusait presque en s’emparant du sac contenant le journal, le livre de sorts et les rouleaux de parchemins de la magicienne. La fouille de la chambre de Zofi n’avait rien donné. Soit elle n’avait rien à cacher, soit elle ne cachait rien. Peut-être les écrits recèleraient-ils des indices tendancieux, mais au font de lui, Wocek pensait que non.
-Vous cherchiez autre chose tout à l’heure ? Lorsque vous avez pris mes mains, n’est-ce pas ? Quelque chose de plus surnaturel ?
-Qu’entendez vous par là ?
-Vous êtes… Thaumaturge ?
Wocek répondit par un sourire. Cette femme était décidément très futée, en plus d’être fort belle.
-Pourquoi cela vous intéresse-il ?
-Je fais des recherches sur la thaumaturgie au sein de l’église et sur les phénomènes qui échappent à la compréhension des docteurs de la magie.
-Nous pourrions être collègues, dans un sens. Vous espérez un jour une charte de mage impérial ? Avez-vous l’ambition de travailler pour l’inquisition ?
-Non, la défense du dogme ne me préoccupe pas. Seule la science m’importe. Comprendre vous pouvoirs.
Wocek admirait le sang froid de cette femme. Sans nulle doute, elle pourrait faire une bonne hérétique, apte à soutenir la controverse devant un tribunal.
-Je loue votre franchise… Mais je ne suis pas sûr que le Shélam soit à la portée de notre compréhension. Moi-même ne détient pas la Vérité… Avez-vous entendu quelque chose cette nuit ? un bruit bizarre ?
Il changeait de sujet au plus grand désappointement de son interlocutrice. Elle semblait fascinée par la thaumaturgie. Ses yeux s’étaient éclairés de cette lueur d’avidité pour le savoir commune à tous les mages que Wocel avait rencontré. Cela pourrait lui servir.
-Je vous l’ai dis, je dormais grâce à ces somnifères que vous m’avez confisqués. Mais avant de m’endormir je crois avoir entendu mon voisin musicien massacrer quelques notes et parler à voix basse.
-A qui ?
-Sans doute tout seul… Les artistes sont des excentriques.
-Tout comme les magiciennes… Ou les inquisiteurs !
Il referma en le claquant le petit journal formé de cahiers de vélin cousus dans une couverture de cuir épais. Il y avait plus en elle que l’oeil ne pouvait le voir. Wocek avait le sentiment que cette rencontre était un peu particulière, et il priait en son fort intérieur la Sainte Sagesse du Shélam d’y voir plus clair.
-A propos, quand êtes-vous arrivée à l’auberge ?
-Avant-hier. J’ai été parmi les premiers voyageurs coincés par la neige. Un peu avant l’arrivée de Garod le Nain.
-Je vois… C’est intéressant. Il y a des questions que je devrait poser en premier lieu, cela nous éviterai des conversations inutiles.
-Je suis certaine que vous y pensiez depuis le début de mon interrogatoire.
-Touché !
Ils sourirent. Wocek était incapable de résister au charme d’une femme ayant de l’esprit.
Dans le couloir, Dietrich attendait. Il avait l’air passablement nerveux lorsque Wocek sortit de la chambre. L’inquisiteur se demanda si le bailli n’avait pas écouté aux portes.
-Vous avez beau dire, Messire, vous cherchez à m’exclure de cette affaire. Ce sont bien là les méthodes de l’inquisition et je…
-Soyez sans crainte. Si j’ai interrogé Hisamenwë seul, c’est parce qu’il est hors de votre juridiction.
-Il est hors de la votre aussi, en tant qu’Elfe du Grand Conseil.
-Je craignais qu’il n’y ai des débordements. Toujours est-il qu’il est arrivé dans l’auberge il y a deux jours. Donc, bien avant le premier meurtre. Nous vérifieront auprès de Brauer et de Garod qui est arrivé en même temps… Où est Walter Mandau ?
Dietrich sembla rassuré. Le problème se simplifiait. Un seul suspect… C’était donc un coupable. Il ne restait plus qu’à faire parler le ménestrel, pour qu’il avoue les meurtres. Le bailli fit craquer ses doigts avec un sourire mauvais.
-Il est dans sa chambre, avec Franz.
-Bon… Il me semble que vous le tenez déjà pour coupable. Vous l’avez fouillé ? Trouvé quelque chose ?
-Et puis un musicien qui joue aussi faux cache quelque chose. Mais… Non, rien trouvé.
Wocek éclata de rire. S’il avait fait brûler tous les ménestrels qui massacraient la gamme rencontrés dans sa carrière, il n’y aurait plus un arbre debout dans tout le Meckland !
Mandau n’avait pas l’air bien méchant. Il était assis sur son lit, l’air plutôt maussade. Franz avait retourné la chambre avec méthode, et fait un grand tas au milieu de la pièce avec ses possessions. Un luth, un fifre, des rouleaux de parchemins sur lesquels étaient inscrits des chants et des contes… Quelques pauvres hardes et une dague émoussée.
-Pas vraiment le genre d’arme pour égorger proprement un colporteur ou un compagnon, si c’est ce que vous pensez.
Wocek s’était saisi de l’objet, et la remarque de Franz lui sembla fondée. Il posa avec méthode son matériel d’écriture sur une pauvre table en bois blanc et l’approcha du ménestrel silencieux.
-Et bien, maître Mandau. Que dois-je consigner ? Barde ? Ménestrel ? Troubadour ?
-Artiste itinérant, Votre Seigneurie.
Sa fine moustache blonde frémissait. L’homme était manifestement plus à l’aise à faire le beau parleur auprès des filles d’auberge. Cela n’avait rien de surprenant.
-Parfait. Vous arrive-il d’aller à la messe, parfois ?
-Aussitôt que j’en ai le temps libre. La vie sur les routes de l’Empire est dure.
-Je vois. Vous semblez savoir lire et écrire… Ce qui n’est pas inhabituel dans votre profession.
Les artistes ambulants étaient mal vus par l’Eglise. Ils représentaient une portion mouvante de la société, qui ne respectait pas « l’ordre social ». Même Wocek, plutôt ouvert d’esprit, avait parfois du mal à comprendre leur style de vie. Pourtant lui aussi passait son temps sur les routes. Et puis il y avait les bouffonneries, pantalonnades, spectacles irrespectueux envers les nobles arrogants, les bourgeois rapaces et le clergé dépravé.
Avoir le droit de chanter tout haut ce que la société pensait tout bas se payait souvent de l’excommunication ou même de la réclusion arbitraire. Et de l’opprobre, toujours.
-Déjà eu des problèmes avec la justice, Messire ?
-Neige-il en hiver dans les Marches ?
-Concedo… Là encore, votre profession rend ces désagréments impossibles à éviter… Vous priez, donc. Mais en quoi croyez-vous ?
-Je crois dans le Shélam, dans la Rédemption et le Salut qui…
-Je ne vous demande pas de réciter un credo !
Wocek posa sa plume. Il se leva, et s’approcha de ce bien étrange suspect. Il était assez chétif, avait un visage harmonieux, et devait plaire aux jeunes donzelles comme la fille des Brauer, qui soupirait fort bruyamment la veille.
-En quoi croyez-vous… Au fond de votre âme ?
Mandau restait silencieux. Il contemplait Wocek avec incrédulité, ne croisant son regard que de brefs instants. Ce pouvait fort bien être un hérétique, mais il apparaissait singulièrement faible et irrésolu pour un meurtrier. Naturellement, il y avait la possibilité qu’il mente, qu’il joue la comédie. Ce qui devait être son métier.
-Votre main me semble écorchée. Puis-je ?
Sans attendre de réponse, Wocek se saisit de la main droite de Mandau. Molle et bien hésitante. Pas vraiment une main de meurtrier. Pourtant c’était bien lui.
Indiscutablement lui. Il n’y avait pas d’autre solution. Puisque la porte était ouverte, la fenêtre fermée, et que le meurtre avait eu lieu à une heure ou seul quelqu’un présent à l’étage aurait pu le commettre.
-Je… Ce sont les cordes du luth. Je perds patience, parfois.
Wocek hocha la tête. Des mains moites, un peu tremblantes. Des mains comme l’inquisiteur en touchait régulièrement. Les mains des grands hérétiques étaient rendues sèches et fermes par leur certitude dans la vérité.
-Messire Mandau, que pensez-vous du Mal ?
-Je vous demande pardon ?
-Qu’en pensez-vous ? Du Mal en tant que concept ?
Soit il feignait la bêtise, soit il était fort sot. Ou prudent. Il se grata la tête, les yeux rivés sur les genoux.
-Et bien… C’est… Mal. Que dire de plus. Je ne vois pas un grand intérêt à faire le Mal. Même si j’avoue que je ne suis pas parfait. Aussi n’ai-je pas forcement… Toujours fait le Bien.
-Pour vous, le Bien ou le Mal sont donc une question d’intérêt ?
-Non ! Non ! Je… C’est difficile. Je ne me pose pas ces questions. Il y a le Shélam, le Salut. Nous prions pour lui et… C’est bien assez pour remplir nos vies, non ?
Ses yeux exprimaient une grande crainte. Après tout, il était auditionné par un inquisiteur, et la pompe de la fonction comptait beaucoup
-Messire Mandau, avez-vous déjà entendu parlé de l’Etoile de Norvan ?
Le troubadour blêmi. Il fronça les sourcils, en hochant la tête. Manifestement, il voulait répondre « oui », mais sans tomber dans le piège tendu.
-Et bien je… Comme tout le monde. J’ai entendu des prêches contre les hérétiques et… Des sermons pour édifier les croyants.
Il leva des yeux implorants. Wocek soupira. Il sentait que ce n’était pas lui. Mais comment l’expliquer à Dietrich et Franz. Et comment se le prouver à lui-même, puisque c’était le seul suspect. Et pourquoi ce meurtre ? Comptait-il sérieusement que les soupçons se porteraient sur l’Elfe ? Et s’ils étaient complices ?
-Messire ?
Wocek sursauta. Perdu dans ses pensées, il avait laissé passer de longues secondes, avant que Dietrich ne pose la main sur son épaule.
-Messire Mandau, quand êtes-vous arrivé au relais de poste ?
-Vers le milieu de la journée, hier.
-Seul ?
-Oui.
-Je crois que c’est tout pour l’instant, Messire Mandau. Je dois vous signifier que vous êtes mis en cause pour deux affaires de meurtre relevant de la haute justice du Graff de Petereïm, ainsi que d’une affaire d’hérésie norvanienne.
Il sembla se liquéfier. Des larmes vinrent rouler le long de ses joues en feu. Il déglutit avec difficulté, et se pencha en avant. Il sorti de ses lèvres un murmure presque inaudible. Il répétait « ce n’est pas moi, ce n’est pas moi ». Wocek se pencha sur lui, et entra dans son jeu. Il murmura aussi dans on oreille.
-Il faudra alors m’en convaincre, Messire. Ou sinon on vous soumettra à la question.
-Mais je… J’ai… Je…
-Oui ? Soulagez votre conscience ? Vous souhaitez vous confesser ?
Il hocha la tête rapidement. Wocek su qu’il avait gagné. Il fit sortir Franz et Dietrich, et s’assit sur le lit au côté de Mandau. Il pleurait maintenant. De grosses larmes rondes. Wocek s’était souvent fait la réflexion que les pleurs d’un homme étaient bien plus tragiques que les pleurs d’une femme. Car le corps était d’avantage agité de violents sanglots et de hoquets. Une déliquescence plutôt qu’un chagrin.
-Je vous écoute, mon fils.
-J’ai… Passé la nuit avec la fille des Brauer. Je pense que… Qu’elle pourra s’en confesser aussi.
-Sitôt couché ? Personne ne l’a vue monter ?
-Elle était déjà en haut… Je pense qu’elle est montée pendant que vous étiez sorti. Elle m’attendait. J’ai joué un peu de luth, et puis…
Il eut un geste évasif. Wocek poussa un long soupir. Alors ? Zofi ?
(Bon la c'est la SUITE écrite le 14 mai (c'est chaud, ça sort du four! Comment? "ça fait un four? ah bin merci... )
Ortwin contemplait le cadavre. Le chanoine avait son air sérieux et compassé des mauvais jours. Wocek savait que derrière le masque du moine truculent et débauché se dissimulait un grand croyant. Un homme d’une grande sensibilité et d’une foi sans failles. Plein de compassion aussi, pour ceux de ses semblables qu’il pourrissait d’injures. Il murmurait quelque prière inaudible en apposant les huiles saintes sur le défunt pour exorciser son corps des tourments de l’hérésie.
-Alors ? A ton avis ?
-Alors ? Foutre Shélam de tachtereer ! Tu t’es encore fait ensorceler par une gourgandine ! Un battement de cils et tu laisse ton entrejambe gouverner tes actions, Wocek !
-Non… Ce n’est pas si simple. Et ne m’insulte pas en Hazurgondais, je sais que je suis une pauvre tache. Mais cette magicienne n’est pas une hérétique.
Il se força à sourire à l’insulte de son ami. Sourire était difficile devant la scène macabre. Wocek éprouvait parfois un tel découragement devant les horreurs de son métier. Tant de sang, tant de violence et de haine. Pour quel but ? Seraient-ils donc mieux traités lorsqu’ils seraient tous dans la main du Shélam ?
Non, sans doute pas. Mais le pasteur se devait à son troupeau. Au déjà de la simple défense d’un dogme ou d’une vérité qu’il savait imparfaite, l’inquisiteur savait que sa mission état double. Détruire les meurtriers, fauteurs de guerre, démonistes et autres acteurs du Mal d’une part, et protéger les innocents de la justice expéditive de ses semblables d’autre part.
-Tu te sens bien ?
-Oui… J’ai mangé trop vite… Ca va aller dès que j’aurais *******é ma bière. Les fièvres m’ont mis la tripe en débâcle.
Le chanoine avait eu un vertige, et se tenait au bois de lit. Wocek avait besoin de son ami pour l’aider à démêler cet écheveau. En dehors de nourrir des soupçons expéditifs, Dietrich n’était d’aucune aide pour l’enquête. Un dogue au service du Graff, rien de plus.
Il avait sommairement raconté à Ortwin toute l’affaire, après avoir « confessé » la fille des Brauer. Syele était un personnage intéressant du haut de ses quinze ans, et qui avait pour beaucoup contribué à son découragement. Wocek avait d’abord pensé qu’il s’agissait d’une de ces adolescentes rêveuses, facilement trompées par les beaux parleurs. Mais il n’en était rien.
-Vous êtes effrayée ?
-Pourquoi devrai-je l’être ?
-Vous devriez… Peut-être.
Wocek lui avait lancé un de ses regards noirs. Mais après un instant de recul, elle s’était ressaisie. Oui, elle couchait avec certains clients de l’auberge. Non, ses parents n’en savaient rien. Et alors ?
-Alors… Un homme a été tué cette nuit, jeune Syele. Vous ne semblez pas réaliser ce que cela représente. Cela pourrait signifier la ruine de votre famille. De vos parents.
Elle avait haussé les épaules. Ses parents ? Elle ne semblait guère les porter dans son coeur. Et son frère ? Un grand gaillard un peu niais qu’elle détestait ouvertement. Wocek s’était demandé s’il n’y avait pas quelque affaire d’inceste là-dessous. Des familles à l’apparence calmes comme la surface d’un étang se révélaient souvent être en proie aux pires tourments, qui remontaient à la surface au moindre événement inhabituel.
-Je ne finirais pas ma vie ici… Entre quatre murs crasseux d’un relais de poste minable. J’irais à Berau, à Wosswinkel ou même à Smalkadd ! J’aurais une autre vie !
-Ces clients… Je dois donc comprendre que vous…
-Evidement, ils me payent. Et bien !
Fouillant dans son tablier, elle en avait sorti un pfennig brillant. Sans doute celui lancé à Mandau par Wocek lui même. Si peu d’années, et déjà toute innocence était partie. Wocek était triste. Sa crise de découragement avait commencé dans les yeux de cette gamine qui se prostituait avec des clients de passage qui avaient le double ou le triple de son âge. Et pour le prix d’un pauvre repas dans ces villes qui la faisaient rêver. Sans que ses parents ne se doutent de quoi que ce fut… Sainte Sagesse ! Qu’il aimerait parfois connaître la paix !
-Très bien… je vois donc que l’argent vous intéresse. Je ne suis pas votre ennemi.
Il avait sorti un thaler de son aumônière. Une lourde pièce d’argent du Meckland. Les yeux de l’adolescente s’étaient allumés d’une convoitise. Sans quitter la pièce des yeux, elle avait commencé délacer son corset. Wocek prit un air navré, et posa la pièce sur la table.
-Je crois que nous nous sommes mal compris. Non, je ne suis pas de ces clercs ! Relacez votre corset ! Ce sont des questions que je veux vous poser. Je veux tout savoir sur votre soirée.
Elle sembla un peu dépitée et fit une moue boudeuse. Peut-être y prenait-elle quelque plaisir aussi. Les distractions devaient bien manquer ici, et la vie était rude. Il était difficile de faire la part des choses, et comme toujours Wocek essayait de ne pas porter un jugement trop définitif. Et puis, il faisait partie de « ces clercs » qui manquaient trop souvent au voeux de chasteté. L’abbé d’une des abbayes de l’Ordre Hospitalier des Marches lui avait même dit un jour qu’il préférait que les jeunes clercs et frères courent les filles de taverne plutôt que de devenir bougres entre eux…
-Je suis montée pendant que vous étiez tous occupés avec le corps amené par Dietrich. Je ne savais pas dans quelle chambre était Mandau, alors je les ai toutes essayées.
-Vous êtes entrée dans la chambre du courrier ?
-Elle était fermée ?
-Pardon ?
-Oui, le loquet était mis. J’ai essayé d’ouvrir, mais c’était fermé. Et ce matin… je l’ai trouvée ouverte en sortant de chez Mandau.
Elle avait blêmi. Le souvenir du cadavre lui tira lune larme. Wocek posa la main sur sa joue, mais l’adolescente répondit à ce contact innocent par un regard de défis. Elle avait du beaucoup souffrir pour en arriver là... La suite de l'intérrogatoire confirma ce que craignait Wocek: Mandau était innocent. Ou alors Syele était une complice aussi soudaine que remarquable.
Ortwin avait terminé la cérémonie d’exorcisme. Wocek se faisait les cent pas dans la pièce, en tentant de rassembler les indices. Mais il arrivait à seulement à des impasses.
-Au fait, as-tu tu envie d’elle ?
-Qui ça ? La fille des Brauer ?
-Mais non, je sais que tu n’es pas intéressé par les enfants comme un vulgaire moine ! Non… L’Elfe ! Mon ami, si je ne te connaissais pas, je dirais que tu as du penchant pour les damoiseaux elfiques !
Le gras chanoine éclata de rire, et envoya une rude bourrade dans le dos du maigre inquisiteur Walton. Pour ceux qui entendirent le rire gras, en bas dans l’auberge, c’était bien incongru. Deux clercs exorcisant un cadavre souillé par l’hérésie, et qui riaient comme larrons.
-Oui, elle est fort belle. Et troublante. Et j’aime même son prénom. Zofi.
-Oui, je sais, « Sophia ». La Sainte Sagesse que prie ton ordre Walton te fait parfois défaut, alors tu la vois dans les plus belles créatures du Shélam !
-Et toi plutôt dans « in vino veritas », mais passons. A ton avis, la jeune Syele ?
-Je ne pense pas qu’elle te mente. Enfin cela t’a coûté un thaler. Quand je pense que les autres inquisiteurs font avouer avec des tisonniers rougis !
-Nous l’avons fait, souviens toi… Trop souvent à mon goût d’ailleurs. Bon, résumons: Zofi van Haskeim est arrivée trop tôt dans l’auberge pour pouvoir commettre le premier meurtre. Et Walter Mandau ne peut pas avoir commis le second meurtre. Donc ?
Ortwin se gratta la tête. En plus d’être un grand croyant et un grand buveur, le robuste moine avait un intellect assez logique. Il soupira.
-Encore fiévreux ?
-Oui, un peu. Mais je te défends de me saigner, foutriquet ! Bon je pense que nous avons plusieurs possibilités. Soit ils sont complices, soit l’un d’eux à un complice, soit il y a un autre assassin non identifié. Il se peut que la magicienne ait tué le courrier, mais qu’un de ses complices, peut-être Mandau, se soit chargé de l’inconnu.
-Concedo… Mais il y a un autre problème : la porte du courrier était fermée de l’intérieur juste avant l’assassinat. Et les « amants » n’ont rien entendu.
-Je ne te crois pas très attentif non plus dans ces cas là. Si un ange du Shélam affûtait son épée sur le bois du lit pendant que tu travaille de la tienne, tu ne l’entendrait sûrement pas !
Wocek opina silencieusement. Ortwin était un confesseur compréhensif, car il n’était pas exempt de défauts. C’était Wocek qui l’avait imposé comme son subrogé, alors qu’il était discrédité par son penchant pour l’alcool et la bonne chair. Tous deux avaient la foi, et tous deux péchaient à la face du Shélam… Ils doutaient beaucoup, se repentaient sincèrement et tentaient de trouver la Vérité partout où ils le pouvaient. Même au fond d’une chope.
-Et pour la porte, frêre ?
-Là, je ne sais pas. Mais il y a une autre hypothèse. Même si tu n’es guère prompt à l’envisager. Nous avons un hérétique, et une magicienne !
-Une force surnaturelle ? une intervention magique ? Je ne crois pas.
-Pourquoi ? Parce que tu n’as rien senti ?
-Oui.
-Tes pouvoirs sont donc si infaillibles ? N’oublie pas que tu ne les contrôle que très imparfaitement.
Wocek connaissait ses limites. Ortwin l’avait beaucoup aidé, surtout dans les périodes qui suivaient un déchaînement de la puissance du Shélam. La première fois qu’il avait vaincu un démon avec l’aide de ses pouvoirs thaumaturges, Wocek avait cru y laisser la vie, tant son corps avait souffert dans sa chair pour toute la puissance mystique canalisée.
Le chanoine n’avait pas de tels pouvoirs, mais il connaissait bien la question. De nombreux moines de son ancienne abbaye avaient été bénits par le Shélam, et il savait à la fois soulager les souffrances et apprendre aux élus à canaliser leurs énergies. En tant qu’inquisiteur, Ortwin savait les mots cachés, les signes de l’inquisition et certaines incantations qui empruntaient à la fois à la magie et à la mobilisation des pouvoirs thaumaturges. Mais la seule occasion pour laquelle Wocek l’avait sérieusement vu user de magie, ce fut pour sauver la fermentation d’une cuve de bière mise en péril.
Un personnage étrange, à plus d’un titre. Lors de leur rencontre, son abbaye avait été décimée par des forces démoniaques. Mais Ortwin avait combattu un démon sans broncher. Sans une goutte de sueur ni un frémissement de peur. Même Wocek n’avait pas toujours cette inébranlable certitude dans le Shélam.
-Bon, si tu ne ressens rien… Tachons de te faire confiance, jeune paltoquet ! Non d’un pet de cardinal, que cette affaire est un joyeux bordel sans nom ! Et ce platte kaas de bailli à tête de cul lépreux n’est pas là pour nous aider !
-C’est un officier de justice, rien de plus. Ni bon ni mauvais, au fond… Alors, comment le meurtrier est entré ?
-Par la porte ! Le volet était fermé !
-Partons du principe qu’il n’y a qu’un seul meurtrier. Postulat premier. Ce n’est donc ni Mandau, ni Zofi. Et si quelqu’un était monté ou descendu, on l’aura vu. Alors ?
-Alors c’est un passe muraille.
-Ou un monte en l’air.
Wocek rouvrit les volets. Pourquoi le parquet et la jonchée avaient ils été mouillés sous la fenêtre ? Et pourquoi le panneau de corne n’avait pas été replacé ? Curieux, de la part d’un homme frileux.
-Dietrich pense qu’il a eu envie d’un peu d’air frai. Et toi ?
-Qu’il a une face de fistule purulente et l’intelligence d’une oie !
-C’est un peu mon avis. Bon. Donc, mettons que le meurtrier soit entré par la fenêtre. Comment as-il refermé ?
-Et comment est-il monté ?
Wocek ne pensait pas que c’était bien difficile. La façade du relais de poste était en colombages, et les poutres faisaient saillie en de nombreux endroits. N’importe quel voleur pouvait passer par là. Mais refermer…
-La barre est huilée et coulisse comme une vieille ribaude sur un vit d'âne. Il doit être possible de refermer de l’extérieur, non ? Bien sûr, en ouvrant la neige rentre, et il est impossible de replacer le panneau de corne.
L’inquisiteur était un peu dubitatif, mais l’explication tombait à pic. Ortwin se leva difficilement du gros coffre sur lequel il reposait sa carcasse. Encore fiévreux, il avait les yeux hagards et le visage fort pale. De longues marbrures bleutées parcouraient ses joues d’ordinaire roses et charnues.
-Bon. Ouvre les volets en partie. Voilà. Cela doit pouvoir se faire dehors sur la corniche, si notre homme est débrouillard. Là, la barre est bien huilée. Si tu la coince… Hop, elle retombe.
La barre retomba piteusement loin du loquet. Mais les volets n’étaient pas coincés. Ortwin refit un essai. Il entrouvrit les volets en plaçant la barre en biais contre le bois. Puis il tira vers lui un des volets, comme si on le poussait du dehors. La barre tourna sur son axe, et vint se loger dans le loquet, bien proprement. Le chanoine claqua des doigts, avec un sourire triomphateur.
-Milliard de Foutre Shélam ! Tu me dois une bière, jeune buse !
-Un instant… Et pour ouvrir ?
Le chanoine resta songeur quelques instants devant les volets fermés. Puis il sorti de son aumônière un petit couteau qu’il utilisait pour décacheter le vin et gratter les parchemins. La lame mince s’insérait entre les deux volets.
-Là ! Un petit coup sec d’un revers de poignet et hop ! La barre s’en retourne contre le mur. Alors, ma bière ?
Pour le panneau de corne, c’était facile. Rien ne le tenait sur le cadre de la fenêtre. Il suffisait de le pousser. Mais le replacer de dehors était impossible. Tout s’éclairait donc. Wocek ressentit à la foi beaucoup de gratitude, et un brin de désolation pour ne pas y avoir pensé.
-Si tu ne trempe pas tes génitoires dedans devant tout le monde… Je te l’accorde bien facilement. D’autant que la bière de maître Brauer est fort goutue. Mais si j’approuve ta démonstration, elle ne nous arrange pas vraiment. Car tous ceux des domestiques qui dormaient dans la grange deviennent suspects !
Et voila... Je suis content d'avoir semé le trouble dans les belles théories des théoriciens du crime...
Au sujet de la remarque de Skro sur le muscat, ça me fait très plaisir, car c'est toujours l'état d'esprit dans lequel j'écris. J'ai pas l'intention ni les capacités de produire du Pétrusse 54 ou du Saint Estèphe 75. Simplement un petit vin sympa pour passer le temps entre copaings... voila voila
injures du chat-noine certifiées "Indy"... 
La suite... Houla plus tard que ça
Welf, CSPC 
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Dernière mise à jour par : Welf le 14/05/04 13:29
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Cachée
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Réponse au Sujet 'Wocek: une histoire courte' a été posté le : 17/05/04 20:01
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Trève de pitreries forumesques, voici le retour de mon inquisiteur préféré
L’ambiance dans la salle commune était sinistre. Dietrich et Franz surveillaient d’un oeil mauvais les voyageurs et leurs hôtes. Garod le Nain sommeillait à demi près de la cheminée, attablé devant une dizaine de pintes vides. Ni « Hisamenwë » ni Walter Mandau n’étaient plus suspects, aussi Wocek commanda-il qu’on ne les surveille plus…. « Officiellement ».
Il gardait un doute, et préférait maintenir tout le monde dans le relais de poste. Et puis le ciel était toujours bas, gris, et des flocons virevoltaient dans la brise glacée. Pas question de reprendre la route avant le lendemain.
Wocek se tourna vers le comptoir. Le fils Brauer mettait en perce un tonneau de bière, sans avoir l’air préoccupé par les évènements récents.
-Mikel ? C’est bien votre nom ? Je dois vous dire deux mots en privé.
Wocek fut très directif envers le fils Brauer. Le grand gaillard aux oreilles décollées ne lui inspirait qu’une confiance limitée. Certes, il était resté toute la nuit en bas à servir les clients noctambules. Mais l’inquisiteur avait envie de bousculer un peu la famille Brauer.
-J’ai déjà dis à Err Dietrich ce que je savais. Je suis resté à leur servir de la bière, du pain et des chaircuiteries. A Garod, Franz et Dietrich lui-même.
-Je vois… Vous êtes donc allé en cuisine, parfois ?
-Une seule foi. Je sais leurs habitudes. Ils passent toujours la nuit à boire et manger… Et payent mal.
Il renifla bruyamment, et se moucha d’un revers de manche déjà douteuse. A vingt ans passés, il arborait déjà la couperose de son père. Il devait passer ses journées à boire.
-Quels sont vos rapports avec votre soeur ?
-C’est ma soeur, c’est tout !
Il était sur la défensive. Cela se sentait. Il ne restait plus qu’à le bousculer un peu. Wocek prenait presque plaisir à mener cette besogne. Sans aucun rapport à priori ni avec l’affaire ni avec sa charge d’inquisiteur… Mais cela faisait partie des choses qu’il « devait » faire.
-Depuis quand la violez-vous ? Un an ? Deux ans ? Trois ?
-Mais qu’est-ce que ? Qu’est-ce cette petite ********* a….
L’inquisiteur se jeta sur lui. Le jeune gaillard était bien battit, mais la vitesse et la surprise en eurent raison. Le saisissant par le col, il l’avait projeté en arrière. Mikel, à demi ivre à en juger par l’odeur se sa bouche pâteuse, trébucha sur un banc et s’effondra. Wocek le releva, avec dans les yeux un regard bien mauvais.
-Alors ? Tu t’ennuyer parfois ? Pas d’autres filles ? Ou quand tu es ivre ?
-Non je… C’est elle ! C’est elle qui a commencé ! Elle provoque tout le monde ! C’est une…
Il n’eut pas le temps de finir sa phrase. Wocek, le tenant toujours par le col, lui administra une claque qui valait bien des coups de poing. Puis il le releva et le plaqua contre le mur.
-Et ton père ? Il la viole, lui aussi ?
-Non ! Il ne sait rien ! Il… Me tuerai si….
Wocek relâcha l’étreinte de sa main droite, qui descendit jusqu’au pommeau de son épée. Mikel, sans doute par peur, tenta de le repousser. L’inquisiteur sorti l’arme de son fourreau, et en un éclair l’estoc pointa sur la gorge du jeune ivrogne.
-Par mes fonctions et en vertu de tes crimes, je pourrais te faire brûler vif, après t’avoir livré aux tourmenteurs. Ou simplement te dénoncer à ton père, qui te briserai sans doute le dos à coups de poings. Alors écoute bien, Mikel Brauer. Tu vas jurer sur ton âme, sur la Sainte Main du Shélam et sur ta vie que jamais plus tu ne commettra un tel pécher. Jamais !
Le dernier mot de Wocek résonna dans l’auberge. Mais Ortwin se tenait dans la porte de l’antichambre, et distrayait les oreilles curieuses avec un chant paillard où il était question de moines et d’abbés. Bien étrange image de l’inquisition, qui avait au moins le mérite de faire rire à gorge déployée Garod et Dietrich.
-Je le jure…
-Et maintenant, sache bien ceci. Sitôt que je m’en serai allé, tu auras envie de recommencer. Cette envie prendra au fond de tes entrailles. Et tu penseras « il est loin, où est le risque » ?
Wocek prit sa Main de Paix qui pendait à son cou, et la plaça dans la main de Mikel, qu’il sera de la sienne. Il murmura quelques mots à peine audibles. La main se mit à chauffer, de plus en plus fort. Mikel tordit le visage de douleur. Wocek ne relâchait pas son étreinte, et tenait l’estoc de son arme toujours appuyée sur son arme. Une odeur désagréable de viande grillée se fit sentir, tandis que Mikel hurlait. Wocek ouvrit la main. Mikel, horrifié, contempla sa paume. Intacte.
-Tel est le pouvoir du Shélam.
Ce n’était qu’une petite invocation mineure. Une babiole illusoire apprise dans sa jeunesse. Mais cela faisait son effet sur les esprits faibles. La Sainte Sagesse lui pardonnerait de l’attribuer à la toute puissance du Shélam pour l’édification des pécheurs. Il avait tourné la tête et rengainé son épée. Comme il allait sortir, l’inquisiteur marqua un temps d’arrêt, et fit volte face.
- Oh… J’oubliai !
Wocek envoya un coup de genou dans les génitoires du pécheur. Il tomba au sol, le visage crispé par la douleur.
-Ego te absolvo a peccatis tuis …
Planté dans la porte séparant la grande salle de l’antichambre, Ortwin achevait son chant.
Kyrie, kyrie, dans la chambre de nos abbés,
On n'y baise, on n'y baise, que des femmes de qualité
Mais nous autres, pauvres apôtres,
Pauvres moines, tripaillons de moines,
Sacré nom d’Shélam de religieux !
Nous ne baisons que des cons vérolés
Kyrie Shélam Dominum nostrum. Kyrie Eleison.
Dame Brauer était en cuisine, à se boucher les oreilles. Dans la grande salle, les hommes se réjouissaient en chantant avec Ortwin, buvant en oubliant la mort, l’inquisition ou la tristesse de ce jour d’hiver. Lorsque Wocek sorti et les entendit chanter, il reçu un peu de cet optimisme paillard et simple, qui lui était tant nécessaire pour affronter la dureté de son sacerdoce.
Wocek avait faim. Il partagea avec Ortwin, Meckel et Dietrich un repas simple, fait de veau froid, de fromage à pâte cuite et de soupe de choux rouges du Meckland au lard fumé. Le tout accompagné de pain noir de seigle broyé et bien arrosé par la bière de maître Brauer. Wocek aimait que le « tribunal » délibère autour d’une table. Et dans le calme.
La chambre des Brauer était devenue un lieu sacré de l’inquisition où les idées venaient spontanément, entre une chope et une remarque du chanoine.
-Foutre Shélam ! Avec tout ce chou, la journée va être musicale et bien chauffée sous ma soutane !
-Si tu as trop chaud, tu te rafraîchira les génitoires avec de la bière, frère !
-Jeune paltoquet… C’est toi qui ferai bien parfois de courir nu dans la neige. Cela te préserverai des appâts de la lubricité avec toutes ces créatures infernales pleines de fesses et de seins !
-Je ne sais jamais auquel me vouer, tu le sais bien. Bon… Meckel, Dietrich… Il faudra préparer l’interrogatoire de tous ceux qui étaient dans la grange. Nous aurons besoin e vous pour consigner les minutes.
Le vieux clerc chenu leva la tête de sa soupe. Il s’efforça de dissimuler un sourire en se mordant les joues. Après avoir dégluti une bouchée de pain qui faillit l’étouffer, il rassembla ses esprits.
-Votre Excellence, je ne crois pas que cela soit indispensable.
-Foutrecouille, qui te demande de penser, Meckel ? tu es clerc, et pas branleur de dindon !
-C’est que… J’en ai parlé avec nos gens, et personne n’est sorti de la grange cette nuit.
Wocek, qui se taillait un bon morceau de veau en gelée de la pointe de sa dague, leva un sourcil interrogateur. Dietrich fut plus rapide à la question. Sans prendre le temps d’avaler le morceau de viande qu’il mâchonnait bruyamment, il éructa « comment ça personne », puis renifla bruyamment.
-Et bien.. Votre Excellence se souvient des problèmes que nous avons eu au relais de Marwienz. Quand des brigands ont attaqué le relais et presque volé votre charroi. Depuis lors, j’ai demandé aux hommes de se relayer pour que toujours au moins l’un d’eux soit éveillé. En outre, à l’heure que vous m’avez indiqué, il semble qu’ils jouaient encore aux dés dans le bas de la grange. Je sais que c’est péché, mais…
-Vérole de moine ! C’est péché quand tu me vole mon or avec tes dés pipés, Meckel ! Wocek, qu’en pense-tu ?
L’inquisiteur commençait à se décourager. Qui donc pouvait bien avoir commis ces meurtre ? Et l’inconnu dans la resserre. Qui était-il ? Ses pouvoirs le trompaient-ils ? Une force maléfique était-elle à l’oeuvre ?
-Bon… Tu m’en réponds ? Jorge, Gunter et Johannes sont restés éveillés ?
-A tour de rôle, oui. Ce sont de bons soldats.
-Nous les entendront. Ils devront jurer sur les écritures… S’il le font, je pense que l’on peut les croire. Ortwin ?
-Bah ! Ce sont de fieffés soudars vérolés… Mais je pense que oui. Ils ne nous mentiraient pas.
Dietrich rit dans sa barbe. Il fit à voix basse une remarque qui se voulait désobligeante pour les sbires de l’inquisition, mais Ortwin lui renvoya quelques insultes bien senties qui déstabilisèrent le bailli, peu habitué à se faire tancer de la sorte par un moine inquisiteur.
Wocek savait qu’il pouvait faire confiance à ses hommes. Il n’avait qu’une petite escorte armée, et les traitait bien. Leur salaire leur était versé à temps, et ils avaient généralement droit à une excellente nourriture. Wocek nota mentalement qu’il devrait interroger au moins le compagnon de beuverie de Garod avant l’arrivée de Dietrich et Franz, car lui au moins avait traversé la cour pour se rendre à la grange vers l’heure de l’assassinat.
-Hisamenwë ? Puis-je vous dire un mot en privé ?
Zofi leva les yeux de son livre. Wocek ne lui avait laissé qu’un petit recueil de poésies elfiques qu’il connaissait bien. Le visage toujours couvert par une coule verte, elle tourna la tête vers le maigre inquisiteur aux longs cheveux noirs. Sans un mot, elle se leva et le suivit dehors. Tous les regards se tournèrent vers eux, par curiosité, colère ou dédain, selon les personnes. Ils firent quelques pas dans la neige, le long de l’auberge, là ou la neige n’était pas trop épaisse.
-Je suis navré de vous arracher à votre lecture mais… J’aurais besoin d’un service. Rien ne vous force à accepter, il s’agirait d’examiner les cadavres.
Elle s’arrêta net, et se tourna vers lui. Il ne vit pas ses yeux, mais il perçu un hochement de tête approbateur.
-Allons ! Ce ne sera pas long. Je voudrais votre avis sur une éventuelle magie à l’oeuvre.
-Vous souhaitez encore me tester ? Tous les soupçons ne sont pas éteints ? Ou est-ce un moyen de confondre l’hérétique que vous pensez voir en moi ?
Il posa la gauche sur sa Main de Paix, et leva lentement la main droite.
-Je requiert votre aide au nom de la Sainte Inquisition, en votre qualité de Doctor es Arcanis. Sans aucune autre arrière pensée.
Elle ne répondit pas, mais se tourna vers la resserre.
-Vous y avez fait porter le deuxième cadavre ? J’aimerais avoir mes livres et parchemins.
-Je vais appeler Meckel.
Wocek releva le drap qui couvrait le corps de l’inconnu. Le corps était froid et rigide, et malgré le froid glacial qui régnait dans la resserre on sentait déjà une légère odeur de nécrose et de pourriture.
Zofi avait ôté sa coule. Son visage étant troublant dans son aspect androgyne, mais Wocek ne pouvait s’empêcher d’y chercher les indices de la féminité. Elle s’en était sans nul doute rendue compte, mais cela ne semblait pas la gêner d’avoir pour admirateur un inquisiteur.
-Bien… Je serais heureux en outre d’avoir une démonstration de vos pouvoirs.
-En doutez vous donc ? De mon côté, j’aimerais en savoir plus sur votre thaumaturgie.
-Je pensais bien que vous acceptiez un peu trop aisément… Bon, que voulez-vous savoir ?
Elle sortit son petit recueil de notes, et prit un fusain très fin. Il faisait froid, et ses doigts graciles s’engourdissaient rapidement.
-Combien de temps ?
-Environ trois ans. J’en ai trente je pense. Je ne suis pas certain de ma date de naissance.
-Vous êtes plutôt jeune pour un inquisiteur.
-Et vous pour un docteur de l’université de Feiburg… Oui, mes supérieurs hésitent constamment entre me maintenir en poste ou me brûler pour hérésie… Ceci de moi à vous, naturellement.
Elle sourit. Personnage hors normes que cette femme. Qu’en penser ? Wocek avait des idées assez claires sur son physique, et il se mordait parfois la langue en priant la Sainte Sagesse pour ne pas lui faire une proposition outrageusement cavalière. Peut-être que le chanoine avait raison. Courir nu dans la neige ? Ou s’administrer une bonne saignée ? Elle était belle, vraiment. Et d’une intelligence pénétrante.
Elle lui posa des dizaines de questions sur ses pouvoirs thaumaturges. Fréquence ses crises, degré de contrôle, interaction avec la volonté, type d’action pouvant être invoquées… Ses relations avec l’Eglise aussi.
-Je pense que mes pouvoirs empêchent mes supérieurs de mettre un terme à ma carrière.
-On dit que la plupart des thaumaturges sont en rupture avec le dogme. Et pourtant leur pouvoir vient bien du Shélam… Pensez-vous que l’Eglise soit dans l’erreur ?
-Ces propos n’engagent que vous, et je pourrai vous arrêter pour hérésie… Mais vous avez raison. Je pense que le dogme tel que nous le connaissons est éloigné de la Vérité de la parole du Prophète et de la Lumière du Shélam.
-Et pourtant, vous le défendez.
-Je défend la Vérité avant tout. Et je sais aussi que les Homme sont les plus maléfiques créatures de ce monde. Une loi doit les unir, et la Sainte Eglise est un des derniers ciments qui préserve un peu de paix dans nos sociétés depuis la chute de l’Empire.
Elle hocha la tête en signe d’approbation. Approuvait-elle ses propos ? Les universitaires de Freiburg étaient notoirement anticléricaux. Ils rejetaient le pouvoir temporel de l’Eglise, et les limitations qu’elle mettait au développement des sciences et des savoirs. Et les magiciens étaient de ceux qui comptaient parmi les plus acharnés contestataires.
- Et vous-même ? Que pensez-vous de l’Eglise ?
- Vous m’attirez sur un terrain glissant… Qu’en penser ? Elle sert le Shélam, et le Shélam est la Vérité. Je n’en doute pas. Pour autant, aucun homme n’est infaillible.
Zofi referma son petit livre de notes, et rangea son fusain. Elle fit un pas vers Wocek, et se trouva très près de son visage. Suffisamment pour que l’inquisiteur sente son parfum et son souffle tiède. Elle plongea ses yeux dans les siens. Wocek fut envahi par un sentiment étrange.
Il se demanda s’il n’y avait pas quelque magie, et il inspira lentement en invoquant la protection de la Sainte Sagesse. Mais le sentiment s’amplifia. Peut-être un simple bien être. Le plaisir d’échanger un regard avec une femme qu’il considérait comme son égal, et qui pourrait beaucoup lui apprendre. Sur le monde, mais aussi sur lui-même. Si elle connaissait bien le problème de la thaumaturgie, elle pourrait l’aider à canaliser les pouvoirs que le Shélam avait mis en lui.
-Je ne suis pas une hérétique. Ni de Norvan, ni des Trente Trois, ni de la Chandelle de la Rédemption, ni des Taggarites, ni d’aucun de ces cultes. Ni démoniste, ni nécromancienne. Je vous en fais le serment.
Elle tendit la main. Wocek la prit. Un frisson passa. Il sentit qu’il se penchait vers elle. Un souffle d’air frai entra dans la resserre. Une rafale de vent. Il toussa, se recula et se ressaisi.
-Bon… Je crois que j’ai tenu ma promesse. A vous. Que pensez-vous de ces trépassés ? OEuvre de la magie ?
Elle s’était ressaisie également. Quelque chose avait faillit se passer. Etait-elle déçue ? Il l’était dans une partie de son esprit. « Sainte Sagesse, pourquoi avoir mis tant d’appâts dans les femmes et si peu de force dans ton serviteur pour y résister ? »
Grâce soit rendue au plus haut du Shélam à Indy et à la Guilde Polytech pour la chanson des moines (éxtrait, on trouve les paroles sur http://www.guildepolytech.be/)
Voila voila... J'espère que vous tiendrez jusqu'au prochain épisode, parce que demain je vais bosser en Suisse, donc plus de Wocek avant jeudi... En plus j'ai récupérré Medieval Total War, c'est jamais une bonne idée pour le temps libre...
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Réponse au Sujet 'Wocek: une histoire courte' a été posté le : 18/05/04 00:04
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Bon, comme d'habitude, un épisode de retard, et je tiens à dire que je ne reviens pas sur mon coupable...
la fenêtre, j'y avais pensé, et l'alibi de la fille tient à peine debout.... Il l'a payée pour sa partie de gaudrioles et jambes en l'air, il peut aussi l'avoir payée pour qu'elle se taise. Ou menacée, ou plein d'autre choses... Et puis, il y a le syndrome de Stockholm, etc...
Note: une ou deux fautes, dont un Wocel, et un problème dans les jonctions entre les différents bouts du feuilleton (si le docteur ne Mabuse)... mais rien de dramatique
Regards,
Skro, qui trouve que c'est toujours aussi bon
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Un intégriste, c’est quelqu’un qui a des convictions que je ne partage pas. Et qui ose le dire, en plus !
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Réponse au Sujet 'Wocek: une histoire courte' a été posté le : 19/05/04 21:54
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héhé! On entre dans la dernière ligne droite à ce qu'on dirait!
tout de suite...
Un épisode de la petite maison dans la prairie
...


SSsCccCcChHhHhhhaaaAAzZzaaaaAAaaAAMmMMMMMmmMm
et meeerde 
J'déconne grand Tzeench! PAs la peine de me changer en huître!
AKZION!!!
-Il n’y a rien.
-Du tout ? Vous êtes sure ?
-Je suis désolée. Oui, tout à fait sure. Je ne peux pas toujours identifier un jeteur de sorts s’il ne fait rien. Mais une fois la magie lancée on en ressent les perturbations plusieurs jours après.
-Ne soyez pas navrée. Si vous aviez été incapable de vous prononcer je serais resté dans le doute. C’est à moi de trouver la Vérité à travers votre réponse.
Zofi était restée plus d’une heure dans l’obscurité glacée de la resserre, à lancer des incantations, à examiner les corps, à tenter de ressentir une trace d’action magique. Il n’y avait rien. Rien qui fut décelable.
Naturellement, il restait la possibilité qu’elle soit incapable d’identifier une force qui dépassait ses pouvoirs. Mais Wocek lui faisait confiance. Bien que jeune, elle semblait compétente. Il ne saisissait que peu de mots dans ses incantations, mais le peu qu’il comprenait lui semblait cohérent.
-Une soupe chaude nous fera du bien… Messire Hissamenwë.
-Certes… Et pour ces malheureux ?
-Je ne sais pas. Nous avons bénit les corps, ils seront portés en terre dès que possible. Leur assassin est toujours ici.
Zofi semblait éprouvée par les rituels. Des cernes s’étaient creusées sous ses yeux, et son visage avait blanchi. Ou était-ce le froid ? Wocek passa une main lasse sur son visage. Sa barbe de trois jours le grattait déjà. Il faudrait qu’il se rase.
-Il est impossible de savoir ce qu’on a dérobé au premier mort, mais le deuxième ? Quelque chose manque-il dans sa chambre ?
-Non, je ne crois pas. Et c’est bien le problème. S’il s’agissait d’un vol ordinaire, on aurait dérobé son or, ou ses billets à ordre. Tout est en place… En même temps, vu les circonstances, le meurtrier ne devait pas s’attendre à pouvoir emporter impunément quelque chose.
Wocek pensait tout haut. Zofi l’aidait à réfléchir. D’abord par ses réflexions, ensuite par sa simple présence stimulante. Trop même. Parfois en la regardant il prenait subitement chaud et sentait le sang qui lui battait les joues.
-Ce n’est pas un simple voleur. C’est un hérétique. Cela complique les choses.
-Pourquoi de tels meurtres ? Alors que nous sommes bloqués ici et que vous êtes là ? Un inquisiteur… C’est effrayant pour un hérétique.
-Difficile à dire. Pour me narguer, sans doute. Parfois les hérétiques sont arrogants avec l’inquisition. Ils se jètent même souvent dans nos filets. Certains pensent même nous convaincre, nous rallier à leurs hérésies. Mais notre assassin est plus malin… Et plus bête à la foi.
-Certains se livrent vraiment d’eux-mêmes ?
-Oui. Il me suffit alors de sceller une simple ordonnance de jugement et…
Il claqua des doigts, et resta un moment le nez en l’air. Zofi fut intriguée. Fronçant les sourcils, la magicienne tendit une main devant le visage de l’inquisiteur pour voir s’il était en catalepsie. Il prit la main tendue par réflexe, et paru se réveiller d’un étrange songe.
-Avez-vous un sceau, Dame Zofi… Frau Doctor ?
-Oui, naturellement, tout comme vous !
-Ah ! Fort bien ! Mais pas cet homme ! Je ne l’ai pas trouvé. Pourtant…
Il prit les mains du cadavre du courrier. Il devait avoir encore une trace. Oui. Là, sur le majeur de la main droite. Un anneau de peau plus lisse et plus douce. La nécrose des chairs n’avait pas masqué ce détail.
-Un petit sceau ? Vous êtes sur ? Sur le majeur ?
-Certain. Les courriers ont toujours un sceau pour prouver leur appartenance à leur compagnie de commerce. Certains ont leur propre sceau, qu’ils portent au petit doigt… Pas notre mort, apparemment.
Wocek ausculta chaque main. Il fit de même avec l’autre mort. Non, pas de traces de sceau.
-Donc, le premier mort n’était pas un courrier. On peut exclure l’élimination systématique de courriers d’une certaine compagnie. J’y avais pensé, mais je manquais de preuves. Ces callosités à la main droite me font plutôt penser à un compagnon ou un artisan.
Zofi prit quelques notes. Cela surprit Wocek. Il demanda pourquoi, et la réponse le fit éclater de rire.
-Une « révélation thaumaturge » ? Vous pensez que le Shélam m’a révélé ce détail ? Et bien… C’est en même temps très flatteur pour ma Foi et très peu pour mon intelligence… Je vous laisse juge néanmoins. Pour moi, seul le résultat compte.
Il sortit en trombe de la resserre, en hurlant le nom de son clerc principal. La cour était calme, et l’épais tapis de neige crissait toujours sous ses pieds. Zofi le suivit, carnet en main. Elle usait de lui comme d’un cobaye. Il le savait, mais n’en avait cure.
-Votre Excellence ?
-Meckel ! Je veux que l’on retourne l’auberge de fond en comble. Et aussi la grange.
Faites vider leur poches à tous les clients. Je veux que l’on me retrouve un sceau. Un sceau de compagnie de commerce. C’est le mobile, je crois, du second meurtre.
Le vieux clerc ne chercha pas à comprendre. Il rentra en trombe dans l’auberge, où un tohu-bohu régna bientôt, ponctué des jurons de Dietrich et Ortwin.
-Vous pensez qu’ils le trouveront ?
-Franchement ? Je serais presque déçu. Non… Mais en cherchant ainsi, en brassant de l’air, j’espère que notre meurtrier va s’inquiéter, et peut-être commettre une erreur.
-Puis-je rentrer ?
Il fit oui de la tête, et s’inclina cérémonieusement. Zofi réalisa soudain qu’elle n’avait pas remis sa coule. Meckel était au courant naturellement, mais elle rougit soudain comme si elle avait été surprise nue. Wocek remarqua ce trouble, et lui fit un sourire rassurant, plaçant son index sur les lèvres douces et froides de la jeune femme.
-Soyez sans crainte… Allez prendre quelque chose pour vous réchauffer. Je dois rester dehors à réfléchir. Encore merci.
Il se sentit encore porté vers elle. Il aurait voulu la prendre dans ses bras, l’embrasser même. Cette fois, elle fit volte face sans plus attendre. Le froid ? Ou simplement plus envie de passer du temps avec cet étrange inquisiteur ? Avait-elle appris ce qu’elle voulait savoir ? Wocek leva les bras au ciel, en haussant les épaules. « Qu’y puis-je, Sainte Sagesse du Shélam ? »
Baissant les yeux, il s’approcha de la façade. Un mince espace était libre de neige au pied de l’auberge. Un sentier boueux qu’empruntaient les Brauer et les clients pour aller et venir jusqu’à la grange et aux tas de bois. Wocek entreprit d’examiner la façade, sans trop savoir ce qu’il cherchait.
-Et bien, jeune foutriquet ! En la voyant rentrer seule, j’ai cru qu’elle t’avait occis ! Ou vidé les génitoires !
-Non. Et je ne courrai pas non plus dans la neige pour faire pénitence, frère ! Mon corps est resté pur…. Tu ne devrais pas sortir, tu vas faire remonter la fièvre.
-Foutre d’âne à cette vérole de fièvre ! Et ton âme ? Toujours aussi noire qu’un corbeau de gibet ?! Que cherche-tu ?
-Si l’assassin est passé par l’extérieur, il a peut-être laissé des traces. Grappin, corde… Je ne sais pas…
Ortwin émit un grognement d’approbation, et cracha dans la neige. Même dans l’air glacé de l’hiver, le chanoine sentait la bière à trois pas. Ce qui n’avait rien d’exceptionnel après le déjeuner. A vrai dire, cela n’avait jamais rien d’exceptionnel.
-Et dans cette neige, autant chercher un pucelage de vierge dans un bordel Baldave ! il y a longtemps que tout est recouvert !
-Oui. Et ici trop de traces mêlées dans la boue. Non… Ici, regarde.
Le chanoine approcha sa docte bedaine de la façade en colombages. Wocek avait trouvé une succession de petites traces rondes dans le bois. Comme des griffes, mais un peu étranges.
-Des griffes ! Sainte pute du Shélam, ton assassin est une bête ? Un lycanthrope ?
-Non… On dirait que ces traces de griffes ont été faites à l’envers… Peut-être un outil. Un outil avec lequel le voleur s’est aidé à grimper. Il est très agile en tous cas. C’est haut !
-Ou très fort !
-On dirait qu’il n’y a pas de trace de dague dans les poutres saillantes. Tout à la force du poignet et de cet « instrument ».
- Alors c’est un fort gros branleur ! Baste ! Rentrons, mes nobles couilles sont en train de se racornir dans le froid !
-Je croyais que la soupe aux choux de midi te réchauffait ?
Le chanoine répondit par un pet puant. Wocek doubla le pas pour entrer rapidement et fuir l’odeur. Des bruits de pas résonnaient partout à l’étage. Dietrich, Meckel et les gens d’arme de Wocek fouillaient sans finesse aucune à la recherche de l’anneau sigillaire.
Tous les suspects étaient dans la salle commune, sous l’oeil scrutateur de Franz, toujours silencieux. L’adjoint du bailli était assis dans un coin de la pièce, bras croisés, seul. Zofi relisait ses notes dans un autre coin de la pièce, Garod buvait comme toujours. Mandau avait reprit le luth devant la cheminée. Wocek constata que le ménestrel jouait encore plus faux que la veille. Le stress, sans doute. Il s’approcha, et eut une idée. Ou était-ce une révélation ?
-Votre main, Messire Mandau ?
-Plait-il ?
-Vous êtes bien écorché… Avez-vous tenté de grimper quelque part ?
-Non, ce sont les cordes du luth, je vous l’ai déjà dit. Des ampoules.
Cela semblait plausible. Sa main droite présentait bien des ampoules, pas des traces d’écorchure. L’effort de l’escalade de la façade, bref mais violent, avait pu blesser le meurtrier, mais il ne devait pas avoir laissé d’ampoules. Wocek soupira en entendant le ménestrel reprendre son air massacré.
-On peut aller *******er au moins, Votre Excellence ?
-Oui, Garod fils de Hisgerd. Je vous ai déjà dit n’en avoir cure.
Le Nain sortit en claudiquant de l’auberge. Une sorte de barrique boitillante qui passait ses journées à boire et *******er. C’était une bien morne vie que celle de mercenaire en temps de paix.
Wocek demanda une bière à Brauer, et s’enferma dans la chambre prêtée par l’aubergiste. Au moins, le bruit discordant du luth ne s’y faisait pas entendre. C’était vraiment pire que la veille. Comme si l’instrument lui-même s’était mis en tête de jouer faux.
L’inquisiteur prit une gorgée de l’excellent breuvage. Voilà qui l’aiderait à faire le point. Laissant Ortwin s’occuper de la fouille, il rassembla ce qu’il savait.
Deux meurtres. Premier mort inconnu, tué la veille en début de matinée. Qui était-ce ? Mystère. Quelque colporteur ou compagnon sans doute. Puis un autre meurtre, cette nuit. Un courrier d’une compagnie de commerce, porteur de messages, de billets à ordre et d’or.
Le premier mort avait été dépouillé de toutes ses affaires. Le second seulement d’un anneau sigillaire. Les deux morts n’avaient sans doute aucun rapport l’un avec l’autre, mais cela n’était pas certain non plus. Le courrier connaissait-il le défunt ? Pouvait-il être l’assassin, même ? Wocek envisagea l’hypothèse d’un règlement de comptes entre hérétiques.
En fait, il y avait bien trop de possibilités. Autant ne pas chercher à élucider ce premier meurtre. S’il trouvait le coupable du deuxième, il aurait partie gagné.
Mais qui ? Mandau était arrivé après le premier meurtre à l’auberge. Il avait passé la nuit avec la jeune Syele. Pouvait-elle mentir ? Ou avoir été subornée ? Peu probable. Et puis Zofi avait entendu Mandau parler et jouer du luth. Elle était arrivée quant à elle en même temps que Garod le Nain, bien avant le premier meurtre. Deux innocents.
Le problème n’avait pas de solution apparente. Il fallait quelqu’un qui se soit trouvé dehors pour gravir la façade. Or, personne n’avait quitté la grange. Et ceux qui buvaient en bas se surveillaient les uns les autres. Brauer ? Cette tonne aurait fait du bruit en se levant. Et Wocek ne le voyait pas sortir par la fenêtre de sa chambre pour aller occire le courrier. Le maître du relais de poste était trop large et gras pour un tel exercice. Sa femme aussi d’ailleurs.
Et la jeune Syele ? Peut-être ? Après tout, il ne fallait jamais exclure un suspect à la légère. C’était elle qui avait remarqué que la porte du courrier était fermée. Elle pouvait mentir. Sur son seul témoignage reposaient l’innocence de Mandau et la théorie de l’assassin entrant par la fenêtre, puis ouvrant ensuite la porte pour faire croire qu’il était entré par le couloir.
Et si la jeune fille des Brauer avait proposé également ses charmes au courrier ? Elle avait pu le tuer suite à un refus. Elle était jeune, certes. Mais elle semblait déterminée. Avait-elle demandé à l’homme de l’emmener loin d’ici ? En même temps, pourquoi avoir mutilé ainsi le cadavre ?
Wocek se perdait en conjectures, et ses postulats de départ n’étaient jamais assurés. Pourtant, il sentit que d’avoir repensé à toute l’affaire lui permettrait d’y voir plus clair.
Le reste de la journée passa plutôt calmement. Les recherches ne donnèrent rien. Ni dans la taverne, ni dans la grange. Ni dans les cuisines, ni dans les remises. Nulle part. Toutes les chambres furent retournées plusieurs fois. Finalement, le soir venu, Wocek envoya tous les voyageurs dans leurs chambres, avec défense d’en sortir. Franz et Dietrich se relayeraient pour monter la garde dans le couloir.
-Peste, Messire Inquisiteur, toujours pour nous les sales besognes !
-Je suis navré, Méssire Dietrich. Soyez assuré que je ne vous oublierai pas lorsque je parlerai de toute cette affaire au Graff.
L’officier monta les escaliers en grognant. Il avait pris avec lui de quoi manger et boire, et s’installa au bout du couloir, ce qui lui permettrait de surveiller toutes les portes.
-Alors, Mille scrofules d’évêque vérolé ! Toujours rien ?
-Non… je ne comprends pas comment prendre ce problème.
-Bah ! Nous aurions meilleur compte de faire arrêter tout le monde. Nous les emmènerons sous charroi fermé jusqu’aux donjons du Graff, et là… il suffira de leur montrer les outils de la torture pour qu’ils se mettent tous à chanter. La magicienne gironde, la putain en herbes, la grosse, son cornard de mari, leur grand couillon de fils, ce nabot puant et ce massacreur de notes. Tous au cachot !
-Tu as peut-être raison !
Wocek avait répondu sur le ton de la plaisanterie, en se demandant si Ortwin était sérieux. Mais que faire ? Sitôt le ciel assez dégagé ils pourraient reprendre la route. Il fallait bien se décider à prévenir quelqu’un. Il enverrait un de ses hommes d’arme en courrier demain. Et garderait les voyageurs un jour encore au relais de Brauer.
-Bien sûr que j’ai raison, tachtereer ! Laisse moi le temps d’aller *******er et je scelle tes mandats !
Wocek allait répondre par une injure, mais son sourire demeura figé sur son visage.
-*******er tu dis ?
-Foutre oui ! Je vais aller inonder les poulaines du père Brauer. J’en ai au moins pour…
-Ortwin, tu es un génie !
Sans laisser au chanoine le temps d’éructer une réponse, Wocek sortit en trombe de la chambre.
-Dietrich ! Dietrich !
Il entendit des pas à l’étage. Le bailli pointa sa tête du haut des escaliers.
-Assurez-vous que personne ne sorte !
-Vous avez trouvé quelque chose, votre Sainteté ?
-Peut-être. Faites bonne garde, Sénéchal d’opérette ! Que toutes les portes demeurent fermées ! Je vais dehors vérifier quelque chose.
Dietrich remonta, et hurla dans le couloir que tous devaient rester dans leurs chambres. Ordre de la Sainte Inquisition ! Wocek prit une lampe à huile, et demanda à Franz de l’accompagner. En chemin, il lui posa plusieurs questions sur la veille. Les réponses du soldat le confortèrent dans ses soupçons. En entrant dans la resserre, il examina le front des deux cadavres avec soin.
-Ah ! Très bien… Je n’y avait pas vraiment prêté garde, mais je crois que cela vaut la peine. Et bien, Franz, qu’en pensez-vous ? De ces symboles ?
-Ce sont deux étoiles de Norvan. Le symbole des hérétiques.
-C’est tout ?
-Et bien… Je ne sais pas. Oui, à ce qu’il me semble. Nous les avons déjà regardées en détail. Pourtant…
Wocek jubilait. Pour une fois, sa théorie semblait tenir debout. Plusieurs choses lui étaient soudain revenues à l’esprit, qui semblaient s’emboîter.
-Continuez. Que voyez-vous ?
-C’est idiot… Et ignoble en fait. On dirait que le trait de cette étoile est moins… Assuré que l’autre, moins régulier.
-Bravo ! L’étoile est moins parfaite. Comme si celui qui l’a tracé n’en avait pas l’habitude. C’est très bien. Maintenant allons retrouver Dietrich. Et gardez la main sur votre arme !
Wocek fit une rapide bénédiction des corps. Il ouvrit la porte de la resserre, et eut le sentiment d’avoir oublié quelque chose dedans. Il tourna légèrement la tête, et entendit un sifflement sec suivit d’un claquement mat. Il vit Franz qui se jetait sur lui pour le faire tomber dans la neige.
-Lâchez la lampe ! On nous tire dessus ! De l’auberge !
Un carreau d’arbalète venait de se ficher dans le bois de la porte. Si Wocek n’avait pas tourné la tête à cet instant, il aurait été tué net par le projectile bien ajusté. Ce sentiment d’avoir oublié quelque chose…
Ils rampèrent à l’abri dans la neige glacée, jusque derrière la resserre. Franz hurla « Dietrich », puis se tourna vers Wocek.
-C’est lui ? Dîtes moi que ce n’est pas lui ! Nous avions confisqué l’arbalète à Garod le Nain et Dietrich l’avait avec lui !
-Non ! Ce n’est pas Dietrich. Allons ! Il faut faire quelque chose. Ortwin ! Meckel !
L’inquisiteur hurla à gorge déployée. Autant pour appeler à l’aide que pour chasser son stress. Il tremblait, et ce n’était pas le seul fait du froid. Il avait frôlé la mort, et la miséricorde du Shélam l’avait sauvé. Sans y songer, il agrippa sa Main de Paix pectorale, et pensa simplement « merci ». Il fallait que la Justice passe. Elle serait terrible.
Des cris résonnèrent enfin dans la cour. Meckel était sorti avec une lanterne. Wocek pensa soudain que son clerc pourrait fort bien se faire tuer. Et ils n’avaient pas vu d’où exactement était parti le coup.
Wocek se leva d’un bond. Il se signa, tira son épée, et se rua vers la grange. Rien ne se passa. L’assassin avait renoncé devant l’agitation. L’inquisiteur, suivi de près par Franz, contourna la cour en hurlant à son clerc de se mettre à l’abri. Essoufflé, il s’effondra sur un tabouret, sous le regard éberlué d’Ortwin. Le contrecoup de la peur, le choc thermique et la course aussi courte que rapide avaient retourné son estomac. Il manqua de vomir.
-Et bien, foutriquet ! Tu as vu un démon d’Arbaroth ou de Zalparé ?
-Rien de tout cela… J’ai juste manqué de me faire trouer le cuir. Le Shélam m’a sauvé.
-Bon… Je vois. Tu sais qui c’est ?
-Oui, je crois.
-Montons !
Le changement sur le visage du chanoine avait été notable. Plus une injure, plus de longues phrases. Il n’avait pas d’arme, mais pris la hachette qui servait à tailler le petit bois pour la cheminée. Sur le visage d’Ortwin on ne lisait plus qu’une farouche détermination. Il passa devant, d’autorité. Avec une agilité surprenante pour son embonpoint, le moine gravit les escaliers. On entendit ses pas lourds résonner dans le couloir comme il courrait à l’autre bout. Wocek le suivi de près. Au bout de l’étroit passage, sous la fenêtre qui donnait sur la cour, gisait un corps sans vie. Dietrich était mort, un couteau de cuisine planté bien droit dans le front. Un coup de maître.
-Tu n’avais pas demandé de confisquer les armes ?
-Cette damnée auberge regorge de couteaux. Franz… N’approchez pas !
Le jeune soldat avait le visage défait. La vue de son compagnon mort le fit blêmir. Il demeura silencieux, déglutissant à grand peine. Il refoulait cris de rage et larmes de colère. Derrière eux, une porte s’ouvrit.
-Et bien ? Que ce passe-il ?
-Restez dans votre chambre, Zofi… Attendez ! Avez-vous entendu quelque chose ?
-Des cris… C’est tout. Des pas dans le couloir un peu avant. J’ai pensé que c’était lui qui faisait sa ronde.
Zofi s’était approchée du cadavre. Elle le contemplait froidement, sans émotion particulière. Elle promena son regard sur les trois hommes, pour s’arrêter sur Franz.
-Nous savons tous que c’était un bon bailli. J’ai appris à ne pas juger les gens d’après l’image qu’ils donnent d’eux-mêmes.
Elle posa la main sur son épaule. Wocek soupçonna quelque magie de manipulation des esprits, car le jeune soldat hocha la tête et sembla retrouver des couleurs. Ou peut-être la magicienne travestie avait-elle du charisme ? Wocek se demanda si elle avait usé de magie sur lui. Le contact du sang poisseux de Dietrich brisa ses errances de l’esprit.
-Allons ! Franz ? Où est la chambre de Garod ?
Le jeune soldat désigna une porte avec une interrogation dans le regard. Wocek et Ortwin échangèrent un regard, et le chanoine fit un signe de la tête. Il se leva, et telle un sanglier en charge il défonça la porte de sa bedaine. Ils tombèrent sur un Garod surpris, allongé sur sa paillasse.
-Foutre ! Messire moine c’est pas des façons ! J’ai encore de la bière, mais… Holà ! Votre Excellence ! Tout ce tintamarre !
Wocek traversa la pièce en deux en enjambées, et posa la pointe de sa lame sur la gorge du Nain.
-Faites voir vos mains crasseuses, Garod fils de « le Shélam sait qui » !
Le changement d’attitude chez Garod fut spectaculaire. Son visage se fit menaçant, et son bras droit descendit comme pour prendre quelque chose sous sa paillasse. Wocek appuya l’estoc de son épée. Une larme de sang perla, tirant au Nain une grimace de douleur.
-Je ne vous le conseille pas.
-Bah ! Vous avez compris de toute façon !
Garod retourna sa main gauche. Il avait une bague sur laquelle était sertie une pièce d’or. Il la jeta sur le sol. Wocek baissa les yeux pour regarder où elle était tombée.
En un éclair, Garod roula sur la paillasse, empoignant la hache dissimulée sous son lit. Il esquiva la hachette d’Ortwin, lancée avec plus de force que ce précision. Wocek allait tenter une attaque lorsqu’un claquement sec se fit entendre.
Garod émit un « oh ! » exprimant plus de surprise que de douleur. Il tomba le nez en avant sur la paillasse, un carreau d’arbalète planté dans le front. Franz tenait l’arme de ses mains rouges du sang de Dietrich. Des larmes roulaient sur ses joues en feu.
-Franz ! Vous n’auriez pas du le tuer ! Tant de questions sans réponse !
-C’était un salaud et un meurtrier ! Cela ne vous suffit pas !
-Ce n’était pas lui qui avait tué le premier homme ! Ce n’était pas un hérétique ! Juste un bandit de grand chemin assez malin.
Wocek était à la foi soulagé et navré. Il ramassa la bague. Garod était habile, car il avait serti sur le sceau une pièce d’or, comme cela se faisait parfois sur des bagues normales. Beaucoup de Nains avaient de ces compétences, et il semblait particulièrement apprécier les bagues. Ainsi dissimulée dans ses mains crasseuses au milieu de sa joaillerie clinquante, le sceau passait inaperçu.
-Et bien ! comment as-tu deviné, jeune paltoquet cavaleur ?
-Il sortait beaucoup pour *******er, hier soir. Et presque plus aujourd’hui. J’ai d’abord pensé qu’il souffrait d’incontinence comme toi…
-Le Shélam te vérole !
-Bref… Je pense qu’il s’est éclipsé au moment favorable. Il a gravi la façade… Franz dit qu’il est sorti plusieurs minutes, et est revenu apparemment soulagé en clamant que cela faisait du bien de…
-Déféquer.
Zofi avait choisi un verbe moins vulgaire que le reste de la conversation. La suite était facile. Il avait ouvert les volets, surpris le courrier en train de se dévêtir et l’avait tué d’un coup de stylet. L’arme devait être quelque part dans la neige, dehors. On la retrouverai au printemps. Les traces sur les poutres étaient simplement celles de ses bagues, que Wocek avait pris pour des griffes inversées.
-Mais l’étoile ? Foutre Shélam ! L’étoile ?
-Et bien… Dietrich parlait trop. C’était là un de ses plus graves défauts en fin de compte.
Franz m’a dit qu’il avait longuement parlé du premier mort avec Garod.
Le jeune soldat approuva de la tête. Oui, le bailli avait trop parlé. Il avait expliqué la scarification du cadavre au Nain. Ce dernier connaissait le symbole et avait trouvé commode de mettre en scène le meurtre de façon la plus horrible, afin de faire peser les soupçons sur le premier meurtrier.
Comme il ne pouvait lui-même avoir commis le premier meurtre et que « Hissamenwë » et tous les Brauer lui servaient d’alibi… La suite était facile.
Wocek avait terminé sa démonstration. Il remit l’épée au fourreau, et eut un geste évasif.
-Franz ? Je sais que cela ne vous sera pas d’une grande consolation, mais je demanderai que vous soit confiée la charge de Dietrich. Je vous signerai un billet de l’inquisition.
Le jeune soldat sécha ses larmes d’un revers de manche. Toujours aussi laconique, il se contenta de quelques mots.
-Merci… Mais mon Seigneur ne tient pas l’Inquisition en grand estime.
-Foutrecouille ! Autant dire alors que ce jeune paltoquet nous a mis des bâtons dans les roues ! Le vieux Graff lui donnera sûrement trois manses de terre et un cheval pour la peine !
Zofi se racla la gorge. Elle ne paraissait nullement rassurée. « Et l’autre assassin » ? Demanda-elle d’une voix sèche. Wocek haussa les épaules en signe d’impuissance.
-Loin, j’imagine. Et sans rapport avec cette auberge. Nous verrons cela quand nous serons chez le Graff. Nous accompagnerez-vous chez lui, « Frau Doctor ? »
-Fraulein, s’il plait à Votre Excellence.
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- Hé! Raoul! T'a oublié le mot "faim"
- Non non... j'ai pas la dale, et c'est pas fini!!!
- QUOI???

Welf, CSPC
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Dernière mise à jour par : Welf le 19/05/04 22:36
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Réponse au Sujet 'Wocek: une histoire courte' a été posté le : 19/05/04 22:29
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Bon alors voila! La fin est la!
Comme dirait Peponne, laissons la parole... Aux actes!
Dans l’auberge régnait une sorte de paix retrouvée. Wocek avait renouvelé son explication devant Mandau, la famille Brauer, les domestiques et gens d’arme. Le corps du Nain et celui de Dietrich furent portés avec les autres dans la resserre.
Certes, l’ambiance était morose. Et un peu particulière aussi, car Zofi avait décidé d’abandonner son déguisement. Stupéfaction générale et regards masculins intéressés suivirent. Mais quand la jeune femme dévoila sa profession, les regards se firent fuyants. Les visages inquiets. Wocek passa la soirée en sa compagnie, à deviser sur la magie et la religion.
Ortwin avait été se coucher de bonne heure, rendu un peu fiévreux par ces efforts. Wocek le soupçonnait aussi de vouloir le laisser seul avec Zofi. Par amitié, indulgence coupable et remerciement pour la bienveillance de Wocek pendant sa maladie. Même si un témoignage ouvert de sympathie était au dessus de ses forces, le chanoine était son ami, et c’était une pensée réconfortante.
Wocek se posait toujours des questions lorsqu’il était avec une jolie femme. Des questions sur la vie, le sens de ses voeux, sa foi, son célibat… Il avait souvent regretté de ne pas avoir eu d’enfants. Pour ce qui était du péché de chair, il succombait parfois, mais avec fort peu de remords pour quelqu’un de sa condition.
Car il aimait son prochain (et donc en l’occurrence sa prochaine bien que d’une façon un peu inconvenante pour la morale) et le Shélam ne semblait pas lui en tenir rigueur. Certes, il faudrait bien qu’il se calme un jour. « Sainte Sagesse, bientôt ! »
Elle prit congé fort tard. Il n’y avait plus personne dans la grande salle. Même Mikel qui devait en principe tenir le comptoir avait été ronfler. Il fuyait l’inquisiteur comme la peste. Wocek rendit à Zofi son sourire. Il se sentit encore une fois se pencher vers elle. Il se demanda si elle usait de magie, ou si la Sainte Sagesse lui jouait un tour.
Leurs lèvres se touchèrent. Un simple frôlement. A peine une ébauche de baiser.
-Bonne nuit, Wocek… Inquisiteur.
Elle se détourna, et monta se coucher. Wocek demeura quelques instants immobiles, yeux clos, à respirer son parfum dans l’air. Il avait soudain le coeur léger comme une plume.
Pourtant, il dormit mal. Son sommeil fut rempli de réflexions. Son cerveau – ou était-ce la Sainte Sagesse- semblait crier « il manque quelque chose ».
Mais quoi ?
Il repensa à chaque meurtre, se remémora le déroulement de chaque action. Surtout des plus récentes. Il se força à revivre chaque minute passée à l’auberge pour tenter de faire ressurgir chaque détail, même le plus insignifiant.
Gagné finalement par la fatigue, il s’endormit.
Comme pour marquer la fin de cette triste aventure, le petit matin apporta un ciel radieux, d’un bleu limpide. Wocek fut debout aux premières lueurs de l’aube, et, sa messe expédiée, il décida de se raser. Il n’était pas le premier voyageur debout.
-Et bien, Messire Mandau, vous êtes fort matinal.
-Certes. Je dois reprendre la route. Je jouerai sans doute dans des cours lointaines, bientôt… Comme à mon habitude.
Wocek eut envie de faire une réflexion désagréable au joueur de luth, mais son esprit était ailleurs. Brauer s’activait déjà depuis deux bonnes heures, et une bonne odeur de pain frais emplissait la grande salle.
-Vous ne prenez pas le temps de manger un morceau ? Si la compagnie d’un inquisiteur ne vous rebute pas. Je finis de me raser et je bénirai le repas.
-Et bien… C’eut été avec plaisir mais je dois me hâter. Peut-être une autre foi.
Wocek posa son rasoir. A demi rasé, il demeura silencieux quelques secondes. Mandau demanda quelques pains à Brauer et les fourra sans ses fontes de selle. Il prit le chemin des écuries. Wocek se fit la réflexion qu’au moins il ne l’entendrait pas massacrer un lai en s’écorchant les mains sur son lut. Puis il serra le poing, et proféra quelques blasphèmes.
Il avait compris.
-Brauer ! Réveillez Ortwin ! Meckel ! tout le monde ! Fermez le grand portail de votre relais de poste. Que personne ne sorte, et surtout pas Mandau !
Le tavernier, l’instant d’avant fort jovial, fut frappé de stupeur. Rapidement son visage se rembrunit. Il comprit que tout n’était pas fini. Wocek traversa la cour, la joue droite en feu et la gauche couverte de mousse. Il retourna dans la resserre. Combien de fois avait-il fait le trajet jusqu’à ce taudis de planches transformé en morgue ? A chaque fois un nouveau corps s’ajoutait.
Il examina Dietrich, et surtout sa blessure. Quelque chose n’allait pas. Puis la main du premier mort. Oui, il y avait quelque chose. C’était mince, mais il se sentait porté par la Vérité de la parole du Shélam… Ou par sa propre certitude.
Il sortit, l’épée à la main. Mandau était sur sa selle, l’air fatigué mais goguenard. Voyant l’inquisiteur à demi rasé, il arrêta son cheval.
-Votre Excellence ne devrait pas se promener ainsi.
-Peut importe. Puis-je voir votre luth, Messire ?
L’hérétique compris qu’il était découvert. Il tira une dague et éperonna son cheval. Il lança l’arme sur Wocek tout en galopant vers portail. A ce moment, Brauer surgit de derrière le tas de bois qui était proche de l’entrée du relais, une grande hache à la main.
-Saisissez-vous de cet homme ! C’est un hérétique ! Un meurtrier ! Par le Shélam !
Mandau fit volte face. Il était coincé. On l’entendit alors crier des mots que seul Wocek pouvait comprendre. Des mots blasphématoires. Des incantations des manichéens. D’autres mots aussi, plus menaçants. Il tendit le doigt vers Wocek, continuant ses imprécations avec une violence redoublée. Un tourbillon de lumière jaunâtre jaillit du sol, qui vint l’envelopper tout entier. Un jet de cette lumière jaillit en direction de l’inquisiteur, qui se contenta de lever la paume de la main. Le jet de lumière se tarit.
-Le Shélam est la seule Vérité et la Foi le seul Salut. La Justice est là pour l’innocent et pour… Le coupable.
L’hérétique ne répondit pas. La lumière jaune se mua en un brouillard noir aux reflets violets. Wocek se contenta de sourire. Il remarqua que Brauer, terrifié, avait fui à l’abri de sa demeure. L’hérétique s’essayait à la magie noire ? Bon ! Ce genre de duel ne faisait jamais peur à l’inquisiteur. Il avait pleine confiance dans ses pouvoirs et dans le soutien du Shélam. Un peu trop même.
Mandau se mit à respirer le nuage noir. Wocek ne s’y attendait pas. Il se rapprocha à pas lents, priant à voix haut le Shélam et la Sainte Sagesse…
- …propitius nobis, sospitator noster fortissime, in hoc cum potestate tenebrarum… Rendez-vous ! Vous pouvez sauver votre âme des tourments de la damnation ! Rendez-vous, ou vous embrasserez votre propre destruction !
Le nuage noir avait disparu, inspiré par Mandau. Wocek récita une nouvelle incantation d’abjuration, et se prépara à encaisser l’attaque. A sa grande surprise, l’hérétique fit faire volte face à son cheval. Une sphère, noire comme la nuit, jaillit de son être, et alla frapper le grand portail de bois. Celui-ci vola en éclats.
Wocek brisa sa prière d’un juron. Il assistait impuissant à la fuite de l’hérétique. Ses pouvoirs n’étaient que défensifs. Il n’était pas de ces thaumaturges qui parvenaient –il en avait connu- à faire tomber la foudre sur les ennemis de la Foi.
Aiguillonné par une force démoniaque, le cheval s’était élancé vers la sortie. Mandau cria encore une insulte au Shélam. Il éperonna pour sauter par-dessus les débris et franchir la porte. Une lumière éblouissante inonda la cour. Un torrent de flammes enveloppa le cheval et son cavalier. La torche vivante se cabra, et Mandau fut projeté hors de sa selle. Wocek courut sur lui, remerciant le Shélam de sa miséricorde. Du coin de l’oeil, il vit Zofi à sa fenêtre. Le Shélam envoyait parfois de charmants anges pour aider son serviteur.
Mandau avait survécu. Ligoté, entravé, bâillonné, il serait déféré devant le tribunal du Graff. Tenant les Brauer terrorisés à l’écart, le tribunal se réunit avec Franz et bien sûr la magicienne que la Sainte Providence avait placé sur la route des inquisiteurs.
Ortwin était heureux comme un « bachelier allant au bordel » selon son expression. La défaite d’un hérétique se devait dignement fêter, et le gros chanoine avait réquisitionné un tonnelet de bière qu’il avait mis lui-même en perce.
-Avant de goûter à ces bières que ce gros tavernier nous a si pieusement baillées, veux-tu bien nous expliquer ce qui c’est passé, jeune foutriquet sans cervelle ?
Wocek sourit de bon coeur. Il repoussa la chope qu’il allait porter à ses lèvres, et commença son récit, maintenant détendu.
-Cela ravit ton ego de nous raconter ce que ton intelligence croit avoir trouvé, défroqué sans cervelle ! Pas vrai ?
-Pour la plus grande gloire du Shélam, mon cher frère ! Ce n’était qu’un vague soupçon. Voilà un homme qui a patienté sans broncher à nos injonctions pendant deux jours, et qui est trop pressé pour recevoir ma bénédiction au petit matin. Etrange, non ?
-Il s’était bien confessé, pourtant.
La remarque de Zofi était interessante. Peut-être l’hérétique craignait-il que l’inquisiteur ait une autre « illumination » en passant trop de temps avec lui.
Wocek avait eu un premier soupçon mais l’avait balayé. Immédiatement il avait pensé à la joie qu’il aurait à ne plus entendre ce luth. Et cela avait tourné dans son esprit comme une spirale. Trop vite pour qu’il arrive à tout poser avec des mots. Ce luth, qui jouait encore plus faux que le premier soir. Cet homme qui se dit barde renommé, mais qui écorche ses notes et ses mains. Bien sur, tous les saltimbanques mentent. Mais quand même.
Wocek se leva, empoigna le luth et le brisa sèchement contre la cheminée des Brauer. Des parchemins tombèrent de la caisse. Tous portaient l’étoile de Norvan. Des écrits hérétiques, comme ceux retrouvés ça et là sur les terres du Graff de Petereïm.
-Il devait les avoir dans ses bagages le premier jour. Il les a cachés dans la caisse de l’instrument. Je pense qu’il appartenait à un vrai musicien itinérant, et que les callosités étaient celles formées par la fréquentation des cordes. Dommage, ce devait être un vrai musicien. Il l’aura tué puis dépouillé. Mandau, si c’est son vrai nom, doit changer souvent d’apparence ou de profession. Comme il devait avoir quelques rudiments lointains de musique, un infortuné barde croisé sur un chemin enneigé fit l’affaire. Mais à trop bien jouer son rôle, il y gagna quelques ampoules.
Mandau était un hérétique, et avait quelques pouvoirs. Personne ne les avait ressenti, ce qui n’avait rien de surprenant. Après tout, même s’il connaissait des incantations magiques mauvaises, ce n’était pas un démoniste ou un nécromancien que Wocek aurait pu ressentir par le Mal qu’il exhalait. C’était là le danger de l’hérésie. Elle n’était que déviance, pas différence. Et tant qu’il n’usait pas de ses pouvoirs, Zofi avoua qu’elle avait peu de chances de ressentir sa présence.
-De toutes façons, j’étais assez perturbée par votre présence, Votre Excellence.
Cette remarque renvoyait aux pouvoirs de Wocek. Elle n’était pas ambivalente, et fut prononcée en toute innocente. Mais Wocek rougit, Meckel baissa les yeux et Ortwin éclata de rire. Franz, toujours aussi laconique, demanda à Wocek si c’était tout.
-Non. Autre chose. C’est cet homme que nous jugerons pour le meurtre de Dietrich. Garod en était innocent.
La stupéfaction se lut sur les visages. Wocek fit d’abord remarquer que le barde semblait être un excellent lanceur de couteaux. Mais ce n’était pas tout. Dietrich avait reçu un poignard dans le front, selon un angle qui indiquait que le tireur était plus grand que lui. Cela innocentait Garod. Si le Nain avait lancé sur lui une arme similaire, elle se serait plantée avec un angle inverse. C’était cela qui avait choqué l’inconscient de l’inquisiteur et lui avait sans doute ôté le sommeil.
-Il a pris un gros risque en sortant, mais supposait que les autres resteraient dans leur chambre. Je crois qu’en m’entendant dire à Dietrich que j’avais trouvé quelque chose, il s’est cru découvert et a voulu me faire taire avant que je ne parle… Allons ! En voilà assez ! Je bois à la santé de maître Brauer. Puisse son auberge connaître des jours plus paisibles, et sa bière être toujours aussi bonne !
Avec satisfaction, Wocek trempa ses lèvres dans le breuvage. La jovialité et les sourires étaient revenu autour de la table. Enfin un peu de détente sans arrière pensées.
-Elle a un petit goût. Quelque chose de bien à elle. Ne trouve-tu pas, Ortwin ?
-Foutre oui, jeune paltoquet. La tienne en tous cas, sûrement ! Pendant que tu te rengorgeait dans ton arrogance, sitôt l’avoir tirée du fut, j’ai discrètement trempé mes couilles dedans !
FIN
Voila voila
Le dernier mot pour Chaton, c'est bien normal, pas vrai? D'ailleurs il a remarqué que c'était le thread 6900
69? miam miam.
j'espere que ça vous a plus (l'histoire hein pas le 69 ). Enfin moi je me suis bien amusé en l'écrivant. 
Skro: tu avais à moitié raison pour le barde 
D'après mes calculs, (Word + le train) il y a 40 heures de boulot pour un total de pas tout à fait 60 pages. J'imagine que je ferais une grande relecture d'ici quelques temps, et un PDF à la clef.
Relisez bien: tout y est pour résoudre l'énigme... Enfin je crois!
Pas contre j'ai toujours pas de titre:
à votre bon coeur, M'sieurs dames, puisque du début j'ai dit que le titre était laissé en pature aux fans de Wocek.
Bon j'avoue aussi que Zofi c'est Padmééééééé    
ahem
D'ailleurs, il se peut que Zofi van Haskeim, docteur es magicam de l'Université de Freiburg, ait des aventures bien à elle... Si et quand j'aurais le temps.
J'espere qu'un modo de la section passera par là pour me dire ce qu'il en pense...
Mais tout le monde est invité à pourrir mon threa... Heu à laisser des commentaires constructifs, signaler les fÔtes, les incohérences et autres.
WALA!
Vade et vale in pacem, le Shélam vous bénisse
Stéphane, a.k.a Welf, l'huître du Chaos
ps: c'est pas tout ça, mais il va falloir reprendre le boulot sur Dies Irae!
LISEZ Dies Irae! il en va de la survie de mes basses methodes commerciales. Et lisez aussi "la Morsure de la Couleuvre" en PDF au debut du thread de Dies Irae (je suis pire qu'un vendeur de bagnoles, moi des fois)
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Réponse au Sujet 'Wocek: une histoire courte' a été posté le : 20/05/04 00:16
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Trop bon!!!!
Effectivement, c'est une soixantaine de pages (au calcul de ce que j'ai fait...)
Pour une version corrigée, j'ai fait tourner Word à pleins tubes sur les premiers chapitres... Si tu veux, je t'enverrai le truc...
Ceci dit, tu devrais définitivement lire les aventures de Thierry de Royaumont dont je parlais plus haut...
Regards,
Skro
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