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Lishtarone

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   Les Terres Blanches de Naramône a été posté le : 08/07/03 14:42
Bien qu'étant nouvelle sur ce forum, je me permets de vous poster l'introduction à un livre que j'écris. Plus exactement, il s'agit du 3ème volet des Mémoires d'Outre Terre.

Si ça vous plait, je pourrais poster le premier et le second volet. En attendant, voici le texte.


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Le soleil descendait doucement, nimbant la vallée et les montagnes d'un voile de feu. Se laissant porter par les courants d'air chaud de cette fin d'après-midi d'automne, un aigle planait au dessus, lentement, décrivant des courbes et des arabesques.
Une feuille d'un rouge rouillé glissa de l'arbre et tomba au pied d'Erlwin. Il soupira, le coeur étreint par la douleur d'un souvenir. Cela faisait presque deux heures qu'il n'avait pas bougé du jardin, fixant les cols neigeux d'un regard absent, laissant courir son âme sur les pentes douces de ses rêves.
Un élancement plus fort dans sa poitrine le fit gémir. Il porta sa main à son coeur, geste inutile mais rassurant. Neuf mois auparavant, il s'était écroulé, terrassé par une douleur inconnue et foudroyante. Il avait cru en mourir, puis la douleur s'était estompée, au grand soulagement de son entourage, laissant à sa place un écho sourd.
Il massa distraitement son torse puis lâcha à nouveau un soupire douloureux.
La vague de souvenir qui le submergeait dans ces moments-là était plus douloureuse encore que l'invisible blessure. Il repoussa lâssement une mèche de cheveux blancs.

- Je voudrais tellement oublier.

- Je peux t'arranger cela, si vraiment tu le désires !

Erlwin pivota. L'humain qui lui faisait à présent face était en total contraste avec lui. Olwen avait la peau blanche comme la neige et si ses cheveux étaient également blancs, ils ne pouvaient rivalisé avec l'éclatante couleur pleine de vie de la longue chevelure de l'elfe. Bien que grand pour un humain, Olwen était loin d'atteindre les deux mètres de son ami.

Lentement, le jour laissa place à la reposante nuit. Et dans le silence nocturne qui s'installait, les silhouettes des deux interlocuteurs s'estompaient. A présent, on ne voyait plus que les yeux rougeoyant de l'elfe noir.

- Alors ? Ma proposition t'intéresse ? Taquina aimablement le vieil homme.

- Hmmm... tu sais bien que non. Je ne veux pas l'oublier.

- Te manque t-elle encore tant que ça ? Erlwin... ça fait maintenant dix ans qu'elle est morte. Je sais que les elfes n'ont pas la même notion de temps que nous, mais tu ne vas pas continuer à chérir un fantôme... un souvenir.

Erlwin eut un petit sourire malheureux, devina aisément Olwen. Il hocha la tête lentement.

- Oh oui elle me manque. Parfois, j'ai l'impression d'entendre son rire. Puis plus rien.. le néant à nouveau. J'ai froid, je me sens malade. J'ai envie d'hurler, de pleurer peut-être. Savais-tu qu'on pouvait aimer autant ?

- C'est vous deux qui me l'avez appris. Elle a cherché à te joindre après son retour à la vie. Mais tu as refusé de la rencontrer. Après cela... lorsqu'elle a su que tu avais fini par épouser Finelia, elle s'est senti blessé et elle est repartie.

Olwen songea que justement cela faisait longtemps qu'il n'avait pas eu de nouvelles de la petite elfe et de son âme parasite. Il se souvenait encore très bien de leur première rencontre, alors que la magicienne n'était pas encore habituée à la présence de cette seconde âme. Il faillit dire à son ami qu'il pourrait tenter de joindre la jeune femme, mais cela ne ferait qu'ajouter à sa douleur.

- Ce n'était pas elle... Darwil aurait su que je n'avais pas eu le choix. Elle aurait compris que quoi qu'il arrive, qui que fut mon épouse, aussi belle soit-elle, elle resterait à jamais celle que j'aime. C'était elle la femme de ma vie et je l'ai perdue. J'ai laissé la mort me la prendre. Je l'ai laissé assumer seule, alors que j'aurais dû être près d'elle. J'aurais su la retenir loin de la mort, j'aurais su vaincre le poison.

- Tu délires mon pauvre ami, soupira Olwen.

La perte de Darwil, duchesse de Lishternaham avait été un drame pour Malphéjji. La jeune elfe avait su s'imposer au sein de son domaine malmené par des dizaines d'années de guerre. Elle avait instaurer une quiétude et le bonheur était revenu dans ses contrées. Le commerce inter-cité n'avait jamais été aussi florissant que depuis son avènement.
Bien sûr, à Malphéjji, tout le monde avait cru qu'Hector, l'empereur avait sombré dans une douce folie de laisser une si jeune elfe s'emparer des rennes de Lishternaham. Mais finalement, elle avait été tout à fait à l'aise. Au point de se faire de nombreux ennemis.

Et de succomber finalement sous une dague empoisonnée. Une distraction que le maître de la garde personnelle de la duchesse avait payé de sa vie. Car jamais l'assassin, aussi innocent pouvait-elle paraître, n'aurait dû approcher Darwil de si près. On racontait que la duchesse avait combattu vaillamment et longuement le douloureux et mortel poison. Elle avait accompli son devoir autant que possible, ralliant encore des alliés alors qu'elle n'avait presque plus la force de bouger.
Erlwin n'avait été mis au courant de la maladie de sa douce qu'après sa mort. Sa douloureuse et meurtrière mort. Il avait fait exécuté tous les gardes personnels de Darwil et s'était vengé comme il avait put contre la famille de l'assassin. Hélas pour son coeur, il ne restait déjà plus beaucoup de membres de ladite famille, et il avait dû vivre avec son chagrin.

- Maître Olwen ?

Le druide, car Olwen était druide, se tourna péniblement vers la créature qui s'approchait. On ne pouvait qualifier ce cadavre à demi-vivant d'humain, bien qu'il l'eut été à un certain moment. Bref, la goule du seigneur de Malphéjji, n'avait plus de nom depuis qu'un vampire s'était penché sur son cas, quelques années auparavant.

- Oui ?

- Un homme vient de se présenter aux portes du domaine. Il se dit peintre et propose ses services au maître.

La créature se pencha légèrement, encore guindé par la raideur de la mort. Erlwin sortit de ses rêves et sourit.

- Voilà un art que nous connaissons peu. Je gage qu'Hector sera ravi de se changer les idées et nos dames se feront un plaisir de se laisser croquer. C'est bien ainsi qu'on dit ?

- Fais-moi penser à dire à Hector que je ne veux plus voir ses maudites créatures sur mon chemin... et faites donc entrer ce peintre dans la salle de réception.

La créature salua encore le druide et se remit en marche vers le poste de garde.


Dernière mise à jour par : Lishtarone le 08/07/03 14:51

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   Réponse au Sujet 'Les Terres Blanches de Naramône' a été posté le : 08/07/03 15:32
Bien, bien ! Voilà de quoi nous mettre en appétit !

Des personnages interressant, une ambiance un rien mélancolique, propice à accrocher le lecteur,un bon style qui se lit vite et bien...Miam !
J'attends la suite avec impatience.


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"L'Infini ?
...Prenez la taille de mon ego et ça vous paraîtra petit..."

Aerth, récits fantastiques
...Et en plus il écrit et il blog...


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Lishtarone

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   Réponse au Sujet 'Les Terres Blanches de Naramône' a été posté le : 09/07/03 08:04
Hector ne décolérait pas. Depuis des mois, Ferromaine se moquait de lui et de ses troupes, narguant ses défenses, contournant ses éclaireurs. Et depuis près d'un mois, le grand silence. Pas un seul rapport d'activité concernant son ennemi personnel et juré. Enfin pour être exact, les rapports précisaient : pas d'activité. Mais que préparaient-ils donc ?
D'un geste de rage, il balaya la table, envoyant cartes et pions à travers la pièce. D'un coup de poing, il tenta de briser la table d'ébène en poussant un hurlement.

- C'est intolérable ! ! !

Ses collaborateurs rentrèrent la tête dans les épaules et prièrent pour une intervention, qu'elle fut divine ou humaine.

- Cesses donc de t'énerver ! ! On nous annonce une visite. Un peintre vient nous proposer ses services. Quelle chance non ?

Les sept vengeurs présents soupirèrent de soulagement en voyant le « haut commandeur » entrer dans la pièce.

- Tu es donc sorti de ton apathie habituelle ? grogna le seigneur des lieux en lui jetant un regard affable.

Erlwin sourit. Il connaissait bien son ami et savait que ses colères n'étaient pas dirigées vers lui. Il lui prit le bras d'autorité et l'entraîna hors de la salle des cartes. Chemin faisant vers la grande salle de réception, il vanta les avantages à avoir un peintre sur leurs terres. Puis, il l'abandonna devant les tentures qui camouflaient ce couloir à la vue des invités.


L'homme patientait dans une salle dont les splendeurs rivalisaient sans conteste avec les plus beaux sites du monde. Des fresques épiques narraient la création du royaume tout autour de la pièce. Une petite table se cachait au pied d'un trône en bois et métaux précieux dont la simplicité n'en atténuait pas la beauté, bien au contraire. Les dalles de marbre bleu, gris, blanc et rose, dessinaient de merveilleux paysages sur fond de poésie. La lumière entrait par flot à travers les immenses verrières qui donnaient sur un jardin indescriptible de verdure et de béatitude.
Il jeta un dernier regard dans le miroir de l'entrée et remis son chapeau sur l'oreille. Sa fine moustache lui donnait un air canaille qu'il aimait beaucoup. Ses cheveux noirs s'assortissaient à ses yeux qu'il voulait mystérieux, mais qui n'atteignait pas le degré supérieur de la médiocrité.
Un froissement de tissus derrière lui, attira son attention. Le maître était là.
Hector était grand, constata t-il avec désappointement. Il dépassait aisément le mètre quatre vingt dix. Ses épaules larges et ses mains visiblement puissantes inspiraient sans nul doute plus de terreur que de respect.

- Altesse, j'ai beaucoup entendu parler de vos exploits et vous rencontrer est un véritable honneur qui m'est f...

- Abrèges ou je te coupe la langue !

Le peintre ouvrit de grands yeux. Visiblement, la réputation sanguinaire du seigneur de Malphéjji était loin d'être usurpée. Evidemment, on l'avait copieusement informé de cet état de fait à Ferromaine, ville côtière et magnifique d'où, justement, il venait.
Il déglutit.

- Je suis venu, sir, vous proposer mes services. Afin de réaliser des portraits.

- Et que ferais-je portraits ?

- Mais ! Seigneur, tout le monde veut avoir un de mes portraits chez soi !

Hector fronça ses sourcils noirs de jais. Ce petit homme commençait à l'agacer. Et la patience était loin d'être une de ses vertus.

- Abrège, t'ai-je dit !

- Oui, oui mon saigneur.

Valentin déglutit encore. La faute n'était pas perceptible à l'oreille de l'empereur mais l'esprit du peintre avait bien noté la subtile différence.
Il ouvrit sa besace et en sortie quelques unes des ses meilleurs oeuvres, sachant que les actes sont souvent plus parlant que les mots.
Malgré sa colère et son agacement, Hector s'exhorta au calme. Après tout, il ne serait pas déplaisant de voir un peu de magie dans ces murs si tristes depuis quelques mois. Et sa tendre Cécilia méritait bien une oevre d'art à l'image de sa beauté.
Valentin disposa les peintures du mieux qu'il put sur la toute petite table. Il garda contre lui trois portraits, ménageant son effet. La nervosité lui faisait se rogner les ongles.

Hector pris son temps pour regarder les huit peintures présentées. Elles étaient jolies, certes mais sommairement vulgaire, voire banale. Elles n'avaient visiblement pas réussit à satisfaire l'homme et celui-ci s'apprêtait à donner congé à ce peintrillon de bas étage.

- Sir, je sais que mes oeuvres ne vous sied pas. Laissez-moi vous présenter mes trois dernières toiles. J'ai dans l'idée qu'elles vont vous surprendre.

Il se mordit la lèvre et posa lesdites toiles au-dessus des autres. Sur la première, on voyait une jeune fille nue sous une cascade. Le paysage autour était réellement magnifique mais c'était le sujet qui attirait vraiment. On ne voyait que son profil et ses yeux étaient fermés.
La seconde la représentait toujours sous la cascade, mais plus près et de face. Elle avait les yeux ouverts et semblait fixer le spectateur. Son regard était d'une telle tristesse que l'eau semblait pleurer avec elle.
La dernière était sans nul doute permis la plus belle de toutes les toiles. C'était un portrait d'elle en robe du soir. Ses longs cheveux roux reposaient sur ses épaules nues et elle semblait fixer la lune dans une prière muette. Pour un peu, Hector aurait entendu le chant des criquets et le croassement nocturne des grenouilles.
On ne pouvait la dire époustouflante de beauté. C'était une jeune fille mignonne. Enfin une jeune elfe au vu des traits fins de son visage et de ses oreilles. Mignonne... jolie... et son regard emplit de mélancolie et de tristesse la rendait mystérieuse. Et belle.

Hector fixa le portrait longuement. Sur son visage, Valentin devinait aisément les sentiments qui animait l'homme. Il déglutit encore, se demandant pourquoi il avait accepté de venir ici, dans ce pays mortel et si dangereux. D'ailleurs, le voyage lui-même avait été d'une difficulté épuisante. Soudain, il lâcha un cri. Hector venait de lui sauter à la gorge. Ses yeux jetaient des éclairs de rage, de fureur et de promesse de milles morts et milles tortures... ou l'inverse.

- Dis-moi où elle est, ou je t'étrangle ! ! ! !

Et de fait, avant que Valentin ait put répondre, il sentit les mains puissantes lui serrer le cou.

- Hector !

Le druide venait de pénétrer dans la pièce et se jeta sur son maître. L'elfe noir qui l'accompagnait, fit le tour de la table et attrapa ses mains, fermement. Il fixa son ami dans les yeux, sans réussir à capter son regard tant ce dernier semblait hypnotisé par le cou du peintre. Au bout d'un moment, les efforts du druide, qui n'avait cessé de lui parler depuis son entrée, finirent par porter leur fruit et l'homme lâcha le peintre pour se précipiter sur les trois toiles qu'il serra contre son torse.

- Dehors !

- Mais enfin... Hector, que signifie ?

- Je n'ai rien à dire. Sortez ! Je jure de ne plus le toucher. Dehors !

Comme il semblait plus calme, malgré ses mains crispées sur les peintures, les deux hommes quittèrent la pièce, échangeant un regard lourd de questions.


Dernière mise à jour par : Lishtarone le 09/07/03 08:13

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   Réponse au Sujet 'Les Terres Blanches de Naramône' a été posté le : 10/07/03 10:11
- Dois répéter ma question ?

- Non seigneur. Je savais que vous la poseriez. On m'avait prévenu.

Hector haussa un sourcil mais n'ajouta rien. Il laissa le temps au peintre de se remettre. Valentin était prêt à lui dire tout ce qu'il savait.

- Je n'ai jamais put l'approcher réellement. Et encore moins lui parler. Elle se trouve au château du seigneur Ferrol, maître de Ferromaine.

- Qui est-elle ?

- Elle se nomme Darwil. C'est sa fille.

Hector s'esclaffa.

- Ridicule.

- C'est pourtant ce qu'il prétend. J'ai put l'observer à ma guise ces trois derniers mois, messire Ferrol désirant quatre portraits d'elle. Il a gardé l'un d'entre eux et m'a envoyé à vous avec les trois autres. Il m'avait prédit une mort lente mais douloureuse. Soupira le peintre, les yeux inquiets.

Hector invita son hôte à s'asseoir, sans relever la remarque de son interlocuteur.

- Que sais-tu d'elle en réalité ?

- Je sais qu'elle est la « Destructrice ». On dit qu'elle rasé un royaume entier, tuant tous ses habitants et cristallisant sa surface à jamais. Elle était la duchesse de Lishternaham.

L'empereur était surpris. Il fixa les portraits à nouveau, se plongeant dans ses souvenirs. Il avait toujours aimé la fraîcheur de la petite elfe qui les avait rejoint par hasard et par amour. Elle s'était montré plus que digne de diriger Lishternaham et sans elle, Malphéjji n'aurait jamais eu autant d'allié qu'à l'heure actuelle. Ni autant d'échange commerciaux. Mais, à la défaveur de Darwil, il fallait tout de même ajouter qu'elle avait été terriblement stupide et destructrice à sa mort.
Ce qu'il s'était passé exactement, nul ne le savait. On pouvait juste deviner qu'à l'instant de mourir, terrassée par un poison violent qu'aucun alchimiste n'avait sû déterminer, elle en avait appelé aux dieux. Et notamment à Agalis, dieu des plantes et des cristaux. Et le dieu avait répondu. Mais dans sa hâte de la sauver, il avait cristallisé la surface du domaine, château et terres environnantes jusqu'à 7 lieux à la ronde, tuant tous les animaux et les gens présents, qui n'avaient pas eu le temps de fuir.

Sur les quelques six cents âmes que possédait le château et les trois villages environnants, seuls cinquante huit avaient survécus. Tous profondément marqués par cette vision d'horreur. Et cet appel aux dieux n'avaient servi à rien. Le dieu n'avait-il pas réussit à enlever le poison ? Ou la vision de cet être divin avait-elle été fatale à la douce elfe ? Nul n'en savait rien. Toujours est-il qu'elle était bel et bien morte. Erlwin l'avait vérifié par lui-même, au risque de périr à son tour.

- Ils savent qui elle est et ils la gardent entre leurs murs ? Sont-ils tous fous ? Un tel monstre, j'aurais tendance à l'envoyer loin, très loin de mes terres...

- Messire Ferrol affirme qu'elle était agent de Ferromaine et qu'elle a agit sur ses ordres.

Hector fixa le peintre longuement. S'il avait eu des épées en lieu et place de ses pupilles, l'homme aurait été découpé en mil morceau. Sa raison essayait de lui insuffler une autre version mais sa rage semblait surpasser tout le reste.

- Elle me le paiera ! ! ! murmura t-il pour lui-même.

- Seigneur... avant que vous ne fassiez d'elle un exemple, puis-je me permettre de vous donner mon avis ?

L'empereur fronça les sourcils. Quoi ? Cet avorton se permettait un tel affront ? Il aurait put lui arracher la tête d'un simple coup d'épée, mais il se contint et d'un geste nerveux, il invita son hôte à parler.

- Je sais que dame Darwil est responsable de la mort de nombres de vos sujets. Et je sais qu'à cause d'elle, vous avez perdu un château et trois villages. Cependant, je sais également que c'est grâce à elle et à ses compagnons que vous aviez gagné ce domaine et ses habitants. Que vous y avez conservé une belle avancée militaire et que la ville de Thorn, très commerçante, vous rapporte chaque année une coquette somme d'argent.

- Tu es bien au courant pour un simple peintre de bas étage. Soupçonna le maître noir.

- Si je suis venue à vous, courant le risque de me voir pendu ou pis encore, c'est sur l'insistance de messire Selyn, prince de Ferromaine. Il m'a informé généreusement de la situation du domaine de Lishternaham.

Hector n'avait jamais rencontrer le fils de son ennemi, mais ils avaient des amis communs et les échos qui lui revenaient du jeune homme attisait sa sympathie.

- Messire Selyn ne baigne pas dans l'étrange complot que Ferrol organise autour de Darwil. Il l'adore et pense que sa place n'est pas à Ferromaine. J'ai put l'observer pendant ces trois mois afin de parfaire son portrait et cette tristesse n'est pas le résultat de mes talents, malheureusement. Elle souffre de la situation. D'autant plus qu'il semblerait qu'elle n'ait plus aucun souvenir antérieur aux neuf derniers mois.

- Vraiment ?

Hector avait jaillit de son siège. Déjà il faisait appeler son druide et marchait vers la porte à grandes enjambées. Il se retourna brusquement.

- Je t'interdits de quitter mon royaume. Tu seras libre de te déplacer à ta guise dans les jardins et les couloirs mais jamais tu ne devrais t'éloigner du château.

- Mais ... mais sir ... je vais m'ennuyer !

- T'ennuyer ? Avec toutes les beautés que recèle mon domaine ? Tu auras trop peu de temps pour peindre des paysages et des portraits. Tu m'as convaincu. Mon épouse mérite un beau portrait d'elle. Tu opéreras comme tu l'as fait pour Darwil, je ne veux pas qu'elle souffre de ta présence.

Valentin s'inclina. Au moins était-il en vie. Si ce n'avait été sur l'insistance de Selyn, il aurait préféré s'en aller plutôt vers Thorn dont on vantait avec justesse, le marché aux fruits et les belles qui s'y promenaient. Enfin il aurait aimé... si Ferrol n'avait pas promis mil supplice s'il dérogeait à sa mission.

- Une dernière chose, peintre, si j'apprends que tu as parlé de Darwil à qui que ce soit d'autre que moi dans ce pays, ce royaume et ses alliés, je t'arracherais les yeux, la langue et tous les ongles de tous tes doigts, un à un. Cette histoire doit rester notre secret. Nous en reparlerons prochainement, en tête à tête. Personne, tu entends ? personne ne doit être au courant. Surtout pas mon chef de guerre, Erlwin !

- Tu m'as demandé ?

Hector se retourna brutalement vers son interlocuteur. Son visage avait perdu ses couleurs. Puis, il éclata de rire. Olwen était là.

- J'ai faillit mourir de peur ! J'ai bien cru que c'était Erlwin qui venait d’entrer.

- Il n'est pas loin, si tu veux. Dit le druide en se retournant à moitié.

Hector secoua la tête et prenant son ami par l'épaule, il l'entraîna vers la sortie. Avant de passer la porte, il tourna la tête vers Valentin et posa un doigt sur sa bouche.

- Ouais, motus et bouche cousue... motus ou bouche cousue ! J'ai compris, merci. Soupira l'artiste.

Il ramassa ses huit toiles, se demandant si le seigneur avait gardé les trois dernières. Décidant que oui, puisqu'elles ne semblaient pas être dans la pièce, il maudit le sort qui le privait de ses meilleures oeuvres.
Dans le couloir où l'attendait un être bizarre, il croisa un groupe de femmes, toutes plus belles les unes que les autres. Soulevant son chapeau, il se dit que finalement, son séjour serait des plus agréables.



A Ferromaine, l'ambiance était bien plus tendue. Depuis deux jours, la fille du maître avait disparue. Le château avait été fouillé dans les moindres recoins et la ville mise sur pied de guerre. Jean Ferrol, seigneur des lieux, faisait courir le bruit que sa fille, malade, folle, détenait le terrifiant pouvoir de détruire les villes et que sans son père pour la canaliser, elle devenait plus que dangereuse.
Surveillant les aller-venus de ses gardes qui fouillaient les maisons, régulièrement, dans le vain espoir que Darwil, puisque c'était elle que l'on cherchait aussi activement, serait cachée par une charitable âme dépourvue de sens pratique.
La colère faisait bouillir son sang. Comment avait-elle osé, encore une fois, défier son autorité et le fuir ainsi ?

Tenir les rennes d'une telle contrée n'était pas chose aisée. Et parfois il se prenait à regretter ses jeunes années, passées à tournoyer et à séduire les plus brillantes femmes. Un petit sourire satisfait alluma son regard. La guerre éternelle qui animait Ferromaine et Malphéjji avait puisé sa source au cours d'un tournoi. A l'époque, c'était le père de Jean qui tenait la ville, et le père d'Hector était son vassal. Et lorsque le premier avait demander au second de laisser son fils gagner le tournoi, Charles n'avait pas hésité une seconde entre sa loyauté et sa famille. Hector, vainqueur incontesté et détrôné, avait quitté les lieux du tournoi, furieux et se déclara à partir de ce jour, sans nom.

- Seigneur ?

Sa rêverie assassinée, Jean se tourna vers son page, avec l'intention secrète de lui faire subir le sort de son rêve. N'avait-il pas expressément demandé qu'on ne le dérange qu'au retour de sa fille ?
Mais sa hargne s'évanouit aussitôt. Derrière son valet se tenait sa plus grande fierté.

- Sélyn ! Mon fils, enfin de retour !

Le jeune homme sourit. Agé de presque 30 ans, il avait les mêmes cheveux noirs et les yeux bleus de son père. Et s'il n'était pas toujours d'accord avec les méthodes de son père, celui-ci l'aimait plus fort que tout et le jeune homme était bien décidé à le lui rendre.

- J'avais décidé de venir te voir et il semblerait que j'ai bien fait.

- Oh oui... ta soeur s'est enfuie une fois de plus.

- Ce n'est pas ma soeur. Et tu le sais très bien. Ne joues pas à ça avec moi.

Jean fixa son fils intensément. Il fit un geste évasif, éludant d'un seul coup les arguments de son héritier.

- Peu importe. Retrouves-la, c'est tout ce que je te demande. Ordonna t-il d'une voix froide.


Dernière mise à jour par : Lishtarone le 10/07/03 10:15

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   Réponse au Sujet 'Les Terres Blanches de Naramône' a été posté le : 11/07/03 11:44
Le grand chien poilue remua soudain de la queue et se précipita vers les fourrès.

- Laisses-moi tranquille, Fripouille ! Murmura une douce voix.

Le ton bas qu'elle avait employé n'empêcha pas les gardes de descendre de cheval, à grand renfort de cliquetis d'armure. Ils s'approchèrent doucement, déterminés à laisser le temps à la jeune fille de s'échapper, si besoin était.

- Je m'en occupe.

Une fusée rousse jaillit hors des buissons et se jeta contre le prince. Darwil avait reconnu la voix chérie de son « frère » et ne lui avait pas laissé le temps de venir la chercher.

- Enfin tu es rentré !

- Oui, petite soeur... presque à cause de toi. Dire que je pensais te trouver en train de broder à une fenêtre, m'attendant. Faut-il vraiment que tu t'enfuies comme ça ? Causant tant de soucis à notre père ? Quelle folie t'a encore prise ?

Elle se blottit plus étroitement contre lui et céda à ses larmes. D'un geste, il congédia les gardes qui l'accompagnaient, les laissant repartir avec ce petit regard peiné qu'ils avaient tous au contact de la princesse, et s'assit à même la neige, serrant le petit corps tremblant de chagrin de l'elfe. S'il avait eu un jour une soeur, il n'aurait pas voulu qu'elle fut différente de Darwil.

Elle sanglotait à fendre l'âme. Sélyn aurait voulu soulager son coeur mais il n'en avait pas le droit. Si seulement son père lui laissait dire une petite partie, rien qu'un soupçon de vérité sur la vie de la grande Duchesse Darwil de Lishternaham.

Il souleva son menton et plongea son regard dans l'émeraude brute de la jeune femme. Sur ses épaules dénudées, sur son cou trop pâle, il devinait des traces sombres qui lui firent presque serrer les poings.

- Je me suis souvenue de quelques choses. Murmura t-elle, les yeux fixés sur la cordelette de son corset.

- Mais c'est formidable ! ! ! Racontes-moi.

- Je me souviens d'avoir aimé.

Elle releva la tête et pour la première fois, il vit ses yeux briller. Il eut un sourire doux.

- Je l'ai aimé si fort que ma tête en tournait. Plus rien n'existait en dehors de nous. C'était... si intense !

- Comment s'appelait-il ?

- Je n'en sais rien. Je n'arrive même pas à me souvenir de son visage. Je n'ai que des sensations. Comme si j'avançais dans un brouillard si dense que je ne voyais même plus mes mains. Pourquoi je n'arrive pas à me souvenir ?

Il caressa sa joue doucement. Il aurait put lui dire qu'elle avait eu un accident. Un grave accident qui avait abîmé ses souvenirs. Il aurait put également lui dire la vérité.

- C'est compliqué, Darwil. J'avoue ne pas savoir par où commencer.

- La vérité ?

Il sourit sur sa remarque. Cherchant un endroit plus sec où s'installer, il l'invita à le rejoindre. Puis il se racla la gorge, poussa un caillou du pied et suivit l'évolution d'un aigle des yeux.
Un écureuil vint gratter la neige là où se dessinait encore l'empreinte de leurs corps. Ne trouvant pas sa réserve, l'écureuil renifla l'air puis bondit vers un sapin et disparut à la vue des deux jeunes gens.

Darwil se mit alors à chanter. Tout doucement. Un chant étrange et léger où se mêlaient des incantations mystiques et des mots elfiques. Sélyn ne l'avait jamais entendue chanter ce genre de musique. Ni aucune autre d'ailleurs. Il ne l'avait jamais connue assez heureuse pour chanter.
Le silence retomba sur la forêt. A la fois lourd et frais. Un petit vent venu du nord vint caresser leurs visages et leurs cheveux, arrachant un frisson à l'humain. Darwil ne semblait pas souffrir du froid.
Un hurlement jaillit des bosquets. A la fois lointain et si près ! Sélyn posa la main sur la garde de son épée, au cas où les loups se décideraient à les attaquer.
Une petite main chaude vint se poser sur la sienne.

- C'est inutile. C'est moi qui les ai appelé.

- Quoi ? !

Un loup se glissa hors du bois et s'approcha, méfiant. Elle tendit la main, sous les yeux fascinés de son « frère ». Alors qu'elle caressa l'encolure du loup gris, une langue vint chatouiller la main du mâle humain. Sélyn sursauta, faisant fuir le loup de quelques pas. Puis, aussi vite qu'ils étaient venus, ils repartirent, laissant l'elfe et l'humain à leurs pensées.

- Depuis quand peux-tu appeler les loups ? demanda t-il encore sous le choc.

- Depuis toujours je pense. Mais je n'ai retrouvé le souvenir de ce chant qu'hier.

Il hocha la tête doucement, fixant encore l'orée du bois, s'attendant peut-être à voir jaillir d'autres bêtes ?

- Je ne pense pas être ta soeur, Sélyn. Malgré tout l'amour que je peux avoir pour toi, je suis trop âgée pour que notre « père » soit mon enfanteur. Et je crois que je ne suis pas l'ennemie de Malphéjji. Ce nom ne me semble pas... agressif. Quand je prononce ce nom, j'ai chaud dans mon coeur, tu comprends ?

- Oui, Darwil, mieux que tu ne pourrais le croire.



Dernière mise à jour par : Lishtarone le 11/07/03 11:48

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   Réponse au Sujet 'Les Terres Blanches de Naramône' a été posté le : 15/07/03 08:07
Près de dix mois plus tôt :
- Que me chantes-tu là, Sélyn ? avait demandé son père.
- Je dis simplement qu'à Naramône, on raconte que le royaume de Lishternaham a été détruit par sa propre maîtresse. Coril dit que la duchesse est prisonnière d'un cercueil de cristal et...
- Fantastique ! Allons la chercher. Elle deviendra notre arme secrète contre Malphéjji.

Sélyn jeta un regard surpris et furieux contre son père.
- Tu ne penses donc qu'à ta guerre ? Es-tu conscient que ton peuple souffre de ce ridicule et meurtrier conflit ?
- Hector est un monstre et nous nous devons de le combattre. Il nous faut libérer ses peuples de son emprise démoniaque et...
- Pourfendre les ennemis de nos dieux... bla bla bla...tu es ridicule. Tu sais comme moi que les terres d'Hector sont paisibles et empreintes de sérénité. Nul ne décrit le seigneur noir comme un monstre et tu le sais très bien ! Depuis qu'il a épousé Cécilia, il a acquis une sérénité et un calme digne de...

Jean tonna. Comment son propre fils osait-il le défier de la sorte ?
- Tu ne connais même pas l'histoire dont je te parle. Soupira le jeune prince.
- Hmm voyons, sa mort, accidentelle puisque provoqué par un poison ennemi, a donc détruit son château et quelques villages l'entourant. Son dieu voulait en faire son agent mais elle a tout de même succombé et a perdu son âme parti se promener avec quelqu'un d'autre.
- Co... comment le sais-tu ? Bredouilla son fils.

Jean sourit et agita son petit doigt. Ses agents étaient partout. Depuis longtemps il savait que Malphéjji avait subit un terrible revers de fortune avec la destruction de Lishternaham. Comme ses adversaires, il avait cru que la duchesse avait périt lors de la rencontre avec l'entité divine. Près de 4 ans plus tard, ses prêtres l'avaient informé qu'une âme venait de s'échapper des Terres Noires.
Sélyn avait écouté son père, patiemment. Malgré le plan étrangement diabolique du seigneur blanc, la magie contenue dans ces terres maudites le fascinait. Sa tendre épouse, Coril, fille du seigneurs de Naramône, magicienne des glaces ne cessait de lui parler de ce corps sans âme, prisonnier d'un dieu et encore intact. Elle était bouleversée par la destinée tragique de la jeune elfe.

Dans le jour qui suivit, Jean fit préparer un chariot et emmenant ses prêtres et druides, il se dirigea avec une troupe réduite vers les Terres Noires de Lishternaham.
Ils avaient décidé d'éviter les terres hostiles du seigneur noir et prirent la direction de Naramône.
Coril s'était jeté dans ses bras dès que Sélyn était descendu de cheval. Jean avait toujours été impressionné par le système de surveillance des gens du grand Nord. Il n'avait pas vu un seul homme sur le chemin, mais son fils avait régulièrement posé des signes amicaux.

- Mon époux, mon amour, enfin te voilà. Qui t'a retenu si longtemps loin de mes bras ?
Sélyn ne répondit pas et enfouit le nez sous la fourrure qui couvrait le cou de sa belle. Coril avait la beauté fragile des filles du Nord. Blonde comme les blés mûrs, elle avait les yeux d'un bleu océan et le sourire d'un glacier de haute montagne, blanc éclatant. Elle l'embrassa à pleine bouche puis fit une révérence polie à son beau père, comme si elle le découvrait tout à coup, comme si elle découvrait le cadavre décomposé d'un rat d'égout. Coril n'appréciait pas le père de son époux.
Jean lui rendit un sourire aussi glacé que les hautes neiges et se dirigea immédiatement vers son confrère.
- Bonjour messire Ferrol. Nous ne pensions pas vous revoir avant le grand été.
- Je m'en doute. Mais une affaire de la plus haute importance me pousse vers les Terres Noires.
- Lishternaham ? Ces terres sont condamnées. Nul être humain n'a le droit d'y pénétrer. Le Dieu Agalis y rêgne en maître et son pouvoir est dangereux pour tous.
Jean chassa les propos de son hôte d'un geste agacé et rentra se mettre au chaud. Sélyn fit un sourire d'excuse à son beau-père. Parfois son père manquait désespérément de bienséance.
- Aurez-vous besoin d'aide ? Questionna poliment Orgal.
- Les quelques hommes qui m'accompagnent suffiront à combler les lacunes de ma magie. Mais je vous remercie pour cette offre généreuse au demeurant.
- N'avez-vous pas peur que Malphéjji soit contrarié par votre entrée sur ses terres ?
Jean éclata d'un rire sonore. Depuis quelques semaines, il s'amusait à agacer son ennemi intime en envoyant des troupes armées aux quatre coins du pays. Il ne doutait pas que ce dernier soit suffisamment pris ailleurs pour s'intéresser à un petit groupe d'hommes isolés, suffisamment fous pour s'aventurer sur Lishternaham.


La neige n'avait cessé de tomber, les ralentissant prodigieusement. Jean n'avait cessé de pester contre la folie des dieux depuis leur départ de Naramône.
- Ne peux-tu rien faire, magicienne de pacotille ?
Une rafale de neige plus forte que les autres arracha à cet homme arrogant sa capuche et son bonnet de laine. Coril sourit sans répondre, l'oeil assassin. Elle détestait cet homme maléfique. Sélyn était aveuglé par l'amour paternel, mais elle savait de quoi il était capable pour se venger.
D'un geste, elle envoya un élémentaire de glace sur son beau père et s'amusa à le voir se débattre sous les amoncellements de neige.
Un baiser de son aimé mit fin à son petit jeu.
- Veux-tu cesser, cruelle ? dit-il en souriant.
- Je t'aime !
Il serra sa main plus fort et l'attira contre lui. Il faisait chaud contre son torse. Elle se mit à ronronner doucement et l'élémentaire repartit vers d'autres jeux. Leur avancée se fit plus rapide d'un coup.
Jean leur jetait des regards mi-mauvais, mi-envieux. Parfois, quand il était au calme, sans plan à préparer, il se plaisait à se souvenir de son épouse, trop tôt disparue.



Le cristal qui recouvrait les Terres Noires était terriblement dangereux pour tous magiciens, prêtres, paladins et autres dont le coeur n'était pas assez pur pour Agalis.
Jean mit un pied dessus, juste un pied avant d'être catapulté douloureusement à quelques centaines de mètre de là.
- Père !
Sélyn s'était précipité, affolé. Mais le maître de Ferromaine s'était relevé apparemment indemne, mais furieux.
- Foutue magie ! Beugla t-il en appelant ses prêtres.


Dernière mise à jour par : Lishtarone le 30/07/03 12:41

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   Réponse au Sujet 'Les Terres Blanches de Naramône' a été posté le : 16/07/03 14:18
Les quatre prêtes se précipitèrent rapidement auprès de lui. Dans le silence pesant des terres maudites, leurs incantations claquaient sombrement.
La seconde tentative eut le même résultat que la première et se fut un tapis mince de feuilles qui reçut le faux magicien, sous le regard hilare de Coril qui connaissait la légende mieux que quiconque.
Malgré la chaleur épouvantable après les froids arides des cols de Naramône, elle portait toujours ses fourrures et s'amusait follement à voir son beau-père se débattre avec la magie des dieux et ses manteaux trop chauds pour lui à présent.

- Tu n'as pas trop chaud, ma chérie ?

- Non, non Sélyn. Kelker est autour de moi.

Il sourit et chercha le familier de son épouse des yeux. Mais l'élémentaire de glace était invisible.

- Sélyn ! hurla Jean depuis la mare de boue qui venait de l'accueillir pour sa huitième tentative.

L'interpellé rejoignit son père avec un sourire d'excuse.

- Je ne peux pas pénétrer là-dedans. Vas-y toi !

Coril voulut le retenir. La colère du dieu Agalis était terrible et en aucun cas, elle ne voulait qu'il subisse les conséquences de l'acharnement ridicule de son père.
Mais alors qu'elle tendait la main vers lui, il entra dans les Terres Noires et rien ne semblait l'en empêcher.


Crevant le cristal éblouissant, des petites plantes jaillirent autour de lui et il entendit un doux murmure au fond de sa tête.

« - Qui es-tu ? Que veux-tu ? »

- Je m'appelle Sélyn. Je viens chercher la duchesse de Lishternaham. Répondit-il à mi-voix, navré de briser le silence apaisant des lieux.

« - Dis-nous son nom et nous te laisserons passer. »

- Son nom ? Mais je ne le connais pas.

Coril pénétra vivement sur le cristal, sous le cri de protestation de son beau père. Déjà des plantes s'enroulaient autour des jambes de son époux.
Malgré sa magie différente de celle d'Agalis, elle ne subit aucun dommage.

- Darwil... elle s'appelait Darwil.

Sélyn se tourna vers elle, heureux de la voir près de lui, inquiet aussi, et désireux de savoir comment elle connaissait ce nom. Mais elle posa un doigt sur sa bouche et sourit.

« -Entrez, prenez-là si vous pouvez, prenez-la en entier ou vous la tuerez. »


Ils marchèrent près d'une heure avant d'arriver en vue des ruines du château. Tout était lisse et cristallisé. Mais sous la couche brillante, on devinait des ruisseaux qui coulaient, des herbes vertes qu'un vent invisible agitaient, des blés mûrs et près à être cueillis.
Coril lui montra les murs d'un moulin qui semblait encore tourner. Tout n'était que ravissement malgré le silence mortuaire.

Ils pénétrèrent enfin dans l'enceinte du château. Trois tours et des murs encore intacts. On devinait un ouvrage en cours sur le mur nord. Et là les ouvriers avaient oublié leur pelle et le mortier.
Un bâtiment semblait avoir été détruit. On y voyait encore les vestiges d'un autel noir et maléfique.

Et au milieu de ces merveilles il y avait un trou. Un immense trou qui dévoilait les fondations du château et ses sous-sols. Ses quatre sous-sols.
Et tout au fond de ce puits, dans les reliefs d'une chambre, reposant sur un lit de fougère qui semblaient fraîches, ils la virent.
Elle semblait dormir, ses cheveux roux et longs étalés sous elle. Elle portait une simple robe verte et tenait, serrées dans ses mains, posées sur sa poitrine, une épée et une cape de tissus gris.

- Crois-tu qu'elle soit encore vivante ? demanda Sélyn à son épouse, fixant la roue du moulin qui tournait encore.

- J'en doute Sélyn... elle aurait succombé à un puissant poison. Une vieille prophétie de chez nous racontes l'histoire d'un amour impossible entre un drow et une Sylvain. Elle raconte que la belle se donnera la mort, les circonstances sont assez flous. Mais son amant, fou de douleur ira chercher son âme et la lui rendra.

Sélyn serra le bras de sa romanesque épouse. Il regarda à nouveau l'elfe au fond.

- On dirait presque que tu la connais.

- Mon frère l'a connu. A l'époque où elle était duchesse de Lishternaham. Il ne l'a rencontré qu'une seule fois. Une unique fois où son charme et son sourire avaient conquis tous les coeurs des hommes présents. C'est grâce aux pré-accords conclues ce jour-là, que nous avons put signer avec Thorn et bénéficier des céréales et fruits frais qui nous font défauts à Naramône. Enfin il a gardé de cette rencontre un merveilleux souvenir. C'était il y a plus de 10 ans maintenant. J'étais encore très jeune.
Elle était très aimé de son peuple mais avait nombres d'ennemis.

Selyn sourit à son épouse et entreprit de descendre dans le cratère.

- Sélyn ne soit pas ridicule. Tu vas te faire mal.

A l'instant où elle prononçait ces mots, elle lâcha un cri. Son époux venait de sauter au fond du trou. Des petites plantes avaient poussées à toute vitesse et c'est sur un tapis de feuilles tendres qu'il atterrit, visiblement sans mal. S'agenouillant au dessus du cercueil de cristal, il entreprit de le creuser de ses mains. Ses ongles arrachaient avec difficultés la dure matière et bientôt des sillons sanglants recouvrirent l'éclatant miroir. Inconsciente du danger qu'elle aurait put courir, Coril se laissa glisser à ton tour dans le puits, bien décidée à aider son époux qui visiblement ne s'appartenait plus.
Lorsqu'elle arriva près de lui, une aura verte entourait ses mains et semblait l'aider dans son entreprise. Presque dix minutes plus tard, il put toucher les cheveux de l'elfe. Il soupira douloureusement et leva ses mains à hauteur de ses yeux, surpris de les voir en sang.

- Sélyn ? Ca va aller ?

Il acquiesça, visiblement hagard mais conscient. Elle caressa sa joue, le ramenant encore un peu plus vers la réalité.

- Comment suis-je descendu ici ?

- Agalis semblait plutôt pressé de voir son oeuvre sortir de ce trou.


Il hocha la tête, agacé d'avoir été le jouet d'un dieu, aussi paisible soit-il. Elle lui serra le coude, les yeux emplis d'étoiles et se pencha sur le corps de l'elfe endormie. Sous eux, le corps se mit soudain à trembler.


Dernière mise à jour par : Lishtarone le 16/07/03 14:22

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   Réponse au Sujet 'Les Terres Blanches de Naramône' a été posté le : 17/07/03 10:05
Ils arrachèrent les derniers morceaux de cristal qui la retenait encore et Sélyn la prit dans ses bras, délicatement. Mais elle tremblait si fort qu'il eut toutes les peines du monde à la garder contre lui. Coril l'aida de son mieux pour remonter jusqu'à la surface, mais il semblait qu'Agalis était décidé à les aider dans leur entreprise. Des racines jaillirent du cristal pour donner ici et là des points d'appuis pour grimper jusqu'au bord du trou.
Jean les attendait, le sourire aux lèvres.

- Je croyais que tu ne pouvais pas passer ? Lança hargneusement le prince.

- Ton passage a fait disparaître la barrière !

Déjà les yeux cupides arrachaient à son fils son précieux fardeau. Puis vinrent les mains qui d'un geste le délesta du corps pour le jeter à terre.
Sélyn lui jeta un regard furieux et repoussa son père en protestant.

- Ne commence pas, Sélyn ! Elle est morte, je te rappelle ! Menaça le monarque en confiant son fils à un prêtre.

Coril étouffa un sanglot. Elle s'était penchée sur Darwil et n'avait put que constater la véracité des propos de l'odieux homme. La prophétie avait menti.

Serrée dans les bras de son tendre époux, Coril laissa éclater sa peine. Sa nature d'un romantique extrême ne supportait pas l'idée que l'elfe qu'on disait follement éprise du haut commandeur des Terres Vierges, ne puisse être ramenée à la vie.
Jean appela ses prêtres d'un ton sec et impatient. Trois d'entre eux avaient déjà commencé à préparer une sorte d'autel et le quatrième venait de ramasser le corps qui à présent ne bougeait plus.
Une douce mélopée s'échappa alors de leurs lèvres, supplique magique et divine. Les yeux des prêtres se tournèrent vers le jeune couple, l'invitant à se joindre à eux. Sélyn refusa net.

- Pas question ! Je ne touches pas à la magie.

- Tu feras ce que je te demande, un point c'est tout ! Dit son père en lui mettant l'épée et la cape en tissus elfique d'autorité dans les bras.

Il les retint à temps pour qu'ils ne tombent pas, à regret cependant, tant l'idée d'aider son père lui était soudain odieuse. Il prit l'épée en main et disposa la cape sur son bras, voulant attendre la fin de la cérémonie… la maudite cérémonie.
L'attaque de l'habitant de l'épée le surpris par sa violence. Il voulut résister mais l'Athée était emplie de colère. Un faible gémissement lui échappa, trop léger pour attirer l'attention des cinq magiciens qui officiaient, mais assez prononcé pour que Coril pose la main sur son épaule et lui fournisse l'aide nécessaire pour repousser l'esprit.
La lame ayant sondé son âme, avait jugé que le temps n'était pas à se faire des ennemis et son actuel possesseur ne semblant pas avoir d'intention béliquieuse, elle restait en réserve, observant la scène à travers les yeux de son hôte.
Sélyn entra en conversation avec l'arme. Une conversation étrange et silencieuse qui se déroulait dans sa tête. Darlaé lui parlait de sa maîtresse, Darwil de Lishternaham, fragile petite elfe qui avait donné sa vie et son amour au service de Malphéjji. Sélyn, fasciné par le récit, n'enregistra de la cérémonie qu'un vague appel de l'âme en fuite.


Au grand sud de Lishternaham, dans une ville nouvelle appelée Cyren, ressemblant presque à Darwil, une elfe magicienne tentait de conserver le sommeil. Mais elle fut tirée de sa torpeur par une terreur sans nom.

- Oh mon dieu ! Il se passe quelque chose. Murmura t-elle, terrifiée.

- Chérie ? Dit d'une voix ensommeillé, l'homme à ses cotés.

Elle posa une main glacée sur son bras.

- Il se passe quelque chose. Dit-elle plus fort.

Tristan ouvrit les yeux en grand. D'un bond, il sauta hors de leur couche et tira son épée. Puis comme le silence reprenait ses droits, il prit le temps d'allumer une lampe. Mais devant la visible terreur de son épouse, il rengaina et s'agenouilla près d'elle.

- Alexia ? Demanda t-il d'une voix inquiète.

Sous ses yeux, un phénomène qu'il n'avait pas revu depuis près de six ans se produisit. Les yeux de sa bien aimée changèrent de couleur et passèrent du violet au vert. Il recula sous le choc.

- Par tous les dieux ! Darwil ! Bougonna t-il violemment.

- Il se passe quelque chose. Hurla Darwil.

- Il se passe quelque chose. Hurla Lune.

Leurs cris mêlés réveilla une grande partie des gens du château. Car pour hurler, les deux âmes hurlaient. De terreur et de douleur semblait-il. Au point même de faire trembler les murs de la chambre des deux époux.

- Lune ! Je t'en conjure... fais quelque chose ! On m'arrache à toi ! Cria l'âme de Darwil.

- Darwil ! Darwil ! Restes... retiens-toi ! Ne pars pas ! Hurla en retour Alexia, dite Lune, magicienne des vents.

Un spectacle magnifique et horrible marqua les esprits des hommes et des femmes qui venaient d'entrer chez les maître de Cyren. Tristan de Morteville retenait son épouse tandis qu'une sorte de fantôme de femme semblait s'en échapper. Leurs mains à toutes deux se joignaient comme si elles tentaient de rester ensemble.

- Alexia !

- Darwil !

Leurs cris n'empêcha pas l'âme de cette dernière de s'envoler brusquement et de disparaître. Le silence retomba brutalement.







****

Ouf, un de mes passages préférés avec celui du début et celui qui va suivre. Ne manquant pas de lecteurs, je me demande tout de même si ça vous plait ? N'hésitez pas à me faire part de vos remarques et commentaires, par mp ou sur ce topic.

Je fais concurrence (enfin je m'y essaie, je n'oserai pas m'attribuer trop de mérites) au MageGahelle pour la longueur des posts. Promis je vais essayer de raccourcir si vous trouvez ça trop long.


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   Réponse au Sujet 'Les Terres Blanches de Naramône' a été posté le : 18/07/03 07:56
A Malphéjji, la fête de l'hiver battait son plein et pour la première fois depuis bien longtemps, Erlwin souriait à son épouse. Finélia rayonnait de bonheur, l'entraînant partout avec elle. Elle lâcha sa main, le temps de courir parler à l'impératrice.

- Et bien... ne dirait-on pas que tout va bien ? Glissa, satisfait, le maître.

- Hector !

L'elfe lui sourit.

- Finélia semblerait vouloir me donner un héritier.

Le clin d'oeil de son ami de toujours lui arracha un nouveau sourire. Un voile de détresse passa dans ses yeux sombres, un voile qu'Hector se refusa à relever. Il était temps que son second oublie.

- Ah ! Vous voilà tous les deux. Cria joyeusement Olwen.

Ils se tournèrent vers lui. Il se frottait les mains, visiblement content de son histoire à raconter. Les nouvelles qu'on venait de lui transmettre, en provenance directe des frontières étaient plutôt de bon aloi. Il ouvrit la bouche, décidé à annoncer à ses compères qu'Orgal de Naramône donnait des nouvelles plutôt réjouissantes.

Le temps sembla se suspendre. Comme souvent dans ces cas-là. La nuit était pourtant bien entamée et la fête avait réussit à remettre du baume au coeur des combattants malmenés par les troupes de Ferromaine depuis plusieurs semaines. Et à l'instant où le temps se décida à repartir, un immense frisson parcourut l'assistance, tandis qu'un cri de douleur s'élevait.
Tous se tournèrent d'un seul tenant vers l'origine de ce cri. Le grand commandeur venait de s'effondrer, une main crispée sur le coeur, l'autre à terre, empoignant la terre comme pour mieux se raccrocher à la vie.

- Erlwin ! Crièrent d'une seule voix Olwen et Hector.

Finélia ne bougeait plus, tétanisée par une peur sans borne. Près d'elle, l'impératrice souleva alors ses jupons et courut vers le trio d'hommes.

Erlwin suffoquait. Des images, des souvenirs arrivaient en lui par vagues brûlantes et étouffantes. Il revoyait Darwil, il la sentait presque comme si elle était devant lui. Il lui semblait sentir ses doigts légers, posés sur son bras. Il croyait goûter la douce saveur de ses lèvres de miel et respirer le merveilleux parfum de pommes de ses cheveux aux couleurs de l'automne.
Il hurla sous la douleur qui s'intensifiait. Un étau chauffé à blanc lui enserrait le coeur et le broyait, sans pitié, sans répit.
Son cri sembla durer une éternité. Sous la douleur, enfin, il s'évanouit. Et le silence retomba brutalement.



Les incantations des prêtres devenaient presque des cris et Coril se bouchait les oreilles pour ne pas subir leurs influences. Jean avait son regard démoniaque et Sélyn semblait perdu dans ses pensées. Un vent violent s'était levé et les cris devenaient de plus en plus fort. Sélyn la prit soudain dans ses bras.

- Ils sont fous, ils vont nous tuer ! Hurla t-il pour se faire entendre.

Coril ferma les yeux et déglutit. Elle avait très peur.



Ils la virent arriver de loin. Elle était tirer par quelques vents malins à une vitesse effrayante, pleurant et gémissant. Elle fut stoppée au-dessus de son corps et le vent disparut d'un coup. Le silence retomba brutalement.

- Bienvenue Darwil. Je t'attendais. Je suis Jean Ferrol, maître de Ferromaine. Déclara t-il d'une voix autoritaire et fière, brisant ce lourd silence.

- Laissez-moi tranquille ! Répondit l'âme tourmentée avec hargne.

La gifle qu'elle lui envoya claqua dans l'air comme un coup de canon. Cependant, il ne bougea pas et son regard se durcit encore, si cela était possible.

- Entres dans ton corps, je te l'ordonne !

Les prêtres reprirent leurs incantations, invitant le vent à se relever encore. Un tourbillon d'énergie sembla emprisonner l'elfe. Elle cria et se débattit... en vain.

La douleur martelait son corps comme une avalanche de coups de poings. Elle se souvenait malgré elle de la présence du poison, du mortel poison qui l'avait éteinte. Elle se souvenait de chaque coups d'épée, de masse, de haches qu'on lui avait assené et cette fois, elle n'avait nulle médaille pour soigner son corps meurtris par dix ans de mort.


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   Réponse au Sujet 'Les Terres Blanches de Naramône' a été posté le : 21/07/03 07:56
Elle se redressa, suffocante, cherchant cet air qui se refusait à elle. Les souvenirs de sa vie passée lui revenait, arrachant des larmes de douleur physique et mentale. Des larmes s'échappaient sur ses joues, reflets de sa peine et de sa souffrance.

Coril lança les bras, voulant réconforter et soulager l'elfe revenue à la vie. Mais Jean fut plus prompt qu'elle et d'un geste et d'un mot, il endormit l'elfe. Elle retomba inerte, son seul souffle prouvant qu'elle vivait à nouveau.

- On s'en va ! Ce domaine va devenir bientôt très dangereux.



Le silence pesant qui s'était installé à Cyren ne semblait pas pouvoir être brisé. Lune était restée les bras tendus vers le ciel. Ses yeux grands ouverts montraient sa surprise et son horreur. Six années à vivre avec une âme qui ne pouvait pas partir. Oh ce n'avait pas été faute d'avoir essayé, l'une comme l'autre, cherchant plus d'indépendance, cherchant à se débarasser de l'autre âme bien encombrante, de leur avis. Six années au bout desquelles finalement, elles avaient fusionné, trouvant une force puissante en étant deux.
Tristan la serrait contre lui, inquiet et stupéfait. Une chose qu'il croyait impossible venait de se produire. Pour la première fois depuis qu'il connaissait Alexia, elle était seule. L'elfe qui l'avait si profondément haït et combattue de toutes ses forces d'âme avait disparut.

Son épouse laissa retomber ses bras et lâcha un sanglot, un unique et terrifiant sanglot.

- Mon petit astre de nuit...

Sa douleur était tellement palpable que Tristan n'acheva pas sa phrase. Que dire à quelqu'un qui pense avoir tout perdu d'un seul coup ? Rien de ce qu'il pourrait dire ne suffirait à étancher sa terreur. Elle leva sur lui des yeux d'un bleu si parfait qu'il se mit à trembler.

C'était la première fois depuis près de quatre ans, depuis qu'elles avaient fusionné qu'il revoyait les yeux dont il était tombé amoureux. Elle se glissa dans ses bras et s'accrocha à lui, lâchant enfin les flots douloureux de sa peine.
Il la serra fort contre lui, murmurant des paroles apaisantes. D'un geste de la main, il envoya les servants préparer une boisson chaude et calmante.

- Comment vais-je vivre sans elle ? Murmura la magicienne plus effrayée que jamais.

- Avec moi, mon ange... juste avec moi. Répondit calmement le guerrier en enfouissant le nez dans les cheveux soyeux de la prêtresse des vents.




Le silence pesant qui s'était installé à Malphéjji ne semblait pas pouvoir être brisé. Erlwin était restée étendu sur le sol, la main crispée sur son coeur. Olwen avait immédiatement commencer quelques soins pour garder son ami en vie. Quelques minutes plus tard, l'elfe noir ouvrait les yeux et lâchait un sanglot. Hector renvoya immédiatement toute l'assemblée et fit porter son homme de main dans les murs sécurisants du château. Il ne s'agirait pas qu'on puisse savoir que le Haut Commandeur des Terres Vierges pleurait comme un enfant.

Seule Cécilia sut garder son calme. Elle prit l'immense elfe dans ses bras et le berça doucement, murmurant de douces paroles qui finirent par calmer ses larmes.
Elle se releva alors et confia l'homme aux soins du druide qui reprit ses soins afin de réparer les dommages physiques.

- Si qui que ce soit se permet de faire la moindre réflexion, tu le feras décapiter. Ordonna Hector à Simon de Dampierre, son vengeur.

- Ne soyez pas ridicule, mon tendre époux, personne n'ira rire d'avoir vu un homme pleurer sous une douleur amoureuse.

- Amoureuse ?

L'empereur leva les yeux vers son épouse, surprit.

- Croyez-vous vraiment qu'un elfe aussi fier, aussi violent que messire Sombremain puisse pleurer sur autre chose que la perte de sa Darwil ? Il me semble, à moi, que la douleur physique qu'il a ressenti, n'était rien en comparaison des souvenirs qui l'assaillaient. Il me semble bien l'avoir entendu crier son nom à plusieurs reprises.

A nouveau le silence s'installa. Ainsi, malgré les apparences et son mariage avec Finélia, il n'avait pas oublié. Le seigneur noir hocha la tête, visiblement déconfit.


Dernière mise à jour par : Lishtarone le 21/07/03 08:04

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Lishtarone A D'Ar Wilgaronmanish

Les Terres Blanches de Naramône (Fantaisie)

La pire des Choses (Mascarade)


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Lishtarone

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   Réponse au Sujet 'Les Terres Blanches de Naramône' a été posté le : 22/07/03 08:29
Enveloppée de chaudes fourrures, Darwil n'eut pas conscience qu'on l'emmenait loin de son domaine, de son royaume, de ses terres retrouvées. Elle flottait dans un état de totale inconscience, maintenue dans un coma artificiel par les bons soins des prêtres de Ferromaine.
Coril essaya vainement de l'approcher à plusieurs reprises mais le seigneur blanc la renvoya durement plus loin, à l'abri près de son époux. Même Sélyn était privé de renseignement.

Enfin, trois jours plus tard, ils furent en vue de Naramône. Coril se précipita vers les appartements de son père croyant, à tort, qu'elle pourrait peut-être empêcher la suite des évènements. Malheureusement pour elle, le sort s'acharnait. Il s'avéra qu'Orgal était parti avec ses meilleurs guerriers à une chasse dans le grand nord. Elle assista donc, impuissante à l'installation de Ferrol dans les deux chambres qui lui étaient impartis. Il ferma à clés les portes et s'enferma ainsi avec ses prêtres.

- Que crois-tu qu'il fabrique ? questionna la magicienne des glaces, inquiète.

- Je l'ignore... mais j'aimerai bien le savoir. Que peut-il faire avec la duchesse ? Elle se souvient visiblement de tout. Lui faire croire qu'elle pourrait servir Ferromaine est une utopie.

- Servir Ferromaine ?

Connaissant l'histoire de Lishternaham, Coril avait bien du mal à imaginer que la duchesse puisse renier ses amis et son amour en toutes impunités et volontairement. Un hurlement renseigna les deux époux qui se précipitèrent dans la chambre, brisant les serrures dans leur hâte. Trois gardes puissants les accompagnaient, rompus aux ordres de l'héritière de Naramône.


Ligotée sur le lit, le dos dénudé et la nuque à vif, la jeune elfe hurlait de douleur, à présent consciente. Penché sur elle, un des prêtres maniait une sorte de scalpel et découpait la peau blanche. Le sang glissait, rouge, vivant, vibrant de colère également, sur les draps auparavant blancs.

Un second prêtre, de l'autre coté du lit, armé du même genre d'outil, travaillait sur la colonne vertébrale, faisant à son tour jaillir le précieux liquide de vie. Darwil tentait vainement de se défaire de ses liens, tirant sur les cordes, soulevant son ventre, sans se rendre compte qu'elle venait ainsi plus vite au contact des lames. Elle lâcha à nouveau un hurlement tandis que les lames glissaient dans ses chairs. Sélyn s'élança, aussitôt arrêté par son père qui, d'une main puissante, le tenait par le bras.

- Sors d'ici !

- Es-tu fou ? Que lui fais-tu subir, pauvre ère ?

- Ce que je dois faire pour qu'elle m'appartienne. Sors d'ici ou je tue Coril !

La menace n'était même pas voilée. Sélyn fixa son père longuement avant de reculer. Sa femme le regarda horrifiée et avança à son tour. Un sort puissant la renvoya dans le couloir. Etourdie, elle vit, impuissante, son époux quitter la pièce, suivit des gardes et la porte se referma lourdement sur eux. Dans la pièce, l'elfe n'avait pas cessé de crier de douleur et de rage.


Dans la chambre fermée à clés, Darwil subissait le pire des outrages. Enfin le pire à son sens. Sa pureté n'avait pas été touchée, mais ils s'en prenaient à sa mémoire. Elle sentait, insidieusement les racines de la rune d'oubli s'enfoncer au fond d'elle, dans un silence assourdissant. La douleur était si vive qu'elle lui arrachait des cris. Un à un ses souvenirs glissait hors d'elle sans qu'elle puisse les rattraper. Déjà qu'après sa fusion avec Alexia, elle avait dû reléguer la plupart de ses mélancolies au fin fond de leur être.

Un autre cri lui échappa alors qu'une autre figure runique s'inscrivait sur sa nuque. Vrillant jusqu'au fond de son âme, les lames chauffées à blancs, les kriss enroulés dans un fil de fer barbelé, les aiguilles trempées dans le sel faisaient leur ravages, arrachant un nouveau souvenir. Dans le même instant, Darwil se dit qu'elle préférait mourir plutôt que d'oublier !
Quoi qu'il arrive, elle se souviendrait. Elle n'oublierait pas !


Dans le silence du château des neiges éternelles, la nuit faisait sa ronde, douce et bienveillante, à l'image de la lune qui se voilait comme pour mieux se reposer. Dans les couloirs chauffées de l'habitation, deux silhouettes vêtus de noir se glissaient vers les chambres ensommeillées.

Une cape d'argent et de lune gisait sur le bras de la plus féminine des deux. Un doigt sur les lèvres, elle intima l'ordre, inutile d'ailleurs, à son frère de se taire. Amaris de Naramône était rentré dans la soirée de la partie de chasse annuelle. Il venait annoncer que le roy revenait avec bien plus de viande que jamais et qu'il avait grand besoin d'aide pour passer le col des Hauts Vents. Plusieurs hommes étaient alors partis pour rejoindre la troupe mais retenu par sa soeur, le plus jeune des princes de Naramône était resté, risquant la colère de leur père. Mais c'était pour la bonne cause.
Un pan de mur glissa doucement, produisant dans le silence nocturne un gémissement de femme comblée. Pour les gardes qui veillaient sur les entrées du château et de certaines chambres, dont celle qui était la cible de nos deux ombres, un sourire entendu les anima un moment.


Dernière mise à jour par : Lishtarone le 30/07/03 12:44

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   Réponse au Sujet 'Les Terres Blanches de Naramône' a été posté le : 23/07/03 10:02
Gisant dans des draps imbibés de sang et d'excrément, le dos couvert d'écritures runiques, ce qui restait de l'elfe était pourtant encore vivant. Retenant un cri d'horreur, les deux héritiers se serraient sous la cape d'invisibilité que Coril avait soustrait à Sélyn. Dans un coin de la pièce, un des prêtres dormait, épuisé par la somme de magie qu'il avait dû déployer pour inscrire la dernière rune en date. Dans deux jours, ils auraient terminé leurs tâches. Dans moins d'une heure, un autre prêtre viendrait prendre la relève pour inscrire à son tour la suite de la rune d'oubli et celle d'obéissance.

Délicatement, ils soulevèrent le corps ensanglanté, priant n'importe quel dieu pour que l'elfe ne gémisse, ni ne cri. La moindre chose qui briserait le silence signerai leur arrêt de mort, ils n'en doutaient pas.
Mû par un miracle quelconque, l'elfe ne bougea pas, restant cachée au fond de son être, plongée dans une inconsciente salvatrice.
Enfin ils franchirent la porte secrète et doucement, la refermèrent, reproduisant le gémissement impatient et amoureux. Le prêtre ouvrit les yeux un court instant puis replongea dans son rêve où une belle femme aux formes plantureuses venait de lui ouvrir les bras et les cuisses.

Le boyau qui courrait le long des chambres de Naramône était étroit et bas de plafond, forçant Coril et Amaris à rester baissés et ralentissant ainsi prodigieusement leur progression. Le délicat fardeau qui gisait dans les bras du jeune homme, ne montrait aucun signe de vie, inquiétant la magicienne et le chasseur.
Moins de ving minutes après leur forfait, ils débouchèrent dans une chambre, au coeur d'une aile à l'opposé de celle qu'ils venaient de quitter. La couche était propre et la chambre bien tenue. Un bon feu réchauffait la pièce avec difficulté, tant les plafonds étaient hauts et les murs écartés les uns des autres.
Doucement Amaris posa l'elfe sur les draps, offrant à nouveau son dos torturé aux regards des héritiers et des ancètres.

- Qu'est-ce que c'est que ces machins ? Demanda le guerrier à mi-voix en désignant les traces noires du rituel d'oubli.

- Si je ne me trompes pas... c'est une rune. Ils l'ont incrustée dans sa chaire pour qu'elle soit pratiquement impossible à enlever.

- Mais c'est monstrueux !

L'héritier avait presque crié tant la rage le tenait à présent. Il ne connaissait pas grand chose à la magie, à Naramône c'était là affaire de femme, mais il n'aurait pas voulu qu'on l'oblige à porter quoi que ce soit contre sa volonté. Et il se doutait bien que cette rune était justement là pour faire fléchir la volonté de la duchesse.

- Hum ! si je ne m'abuse, ils envisageaient d'apposer une seconde rune. La première, que tu vois, jusque là, c'est la rune d'oubli. Enfin il me semble, je ne suis pas rompu à la magie runique. La seconde serait une rune d'obéissance. On remarque le dessin du scarabée blanc sur sa nuque. Tu vois ?

Oh oui, il voyait. Et trop bien. La colère grondait en lui. Il serra les poings et faillit sortir pour aller corriger ce seigneur qui se disait blanc. Aussi blanc qu'un loup qui se roule dans la boue, oui !
Elle paraissait si fragile, perdue ainsi au milieu de l'immense lit blanc. Si fragile et si vivante. Si sa petite soeur ne lui avait pas raconté comment ils l'avaient récupérée, il aurait put croire que la mort de la duchesse de Lishternaham n'était qu'un simulacre.
Darwil s'agita soudain, murmurant vaguement dans un semi-délire. Savait-elle qu'elle ne souffrirait plus ? Coril caressa son front blanc, doucement, lui chuchotant quelques paroles réconfortantes. L'elfe ouvrit des yeux fiévreux et murmura encore. N'était-ce pas un prénom qu'elle venait de prononcer ? Coril et Amaris se regardèrent et sourirent. Tous deux avaient reconnu le prénom du Haut Commandeur de Malphéjji.

- Vas chercher Mafala.

Le frère tiqua. Brutalement même. Il secoua la tête pour refuser, mais le regard farouche et déterminé de sa soeur lui enjoint le silence. Calmement, il sortit de la pièce, maudissant déjà le sort qui l'envoyait chercher la femme qu'il haïssait le plus au monde.


Lentement, tel le condamné qu'on mène à l'échafaud, il monta une à une les mille trois cent dix huit marches qui séparaient le rez-de-chaussée à la haute tour de magie, cette haute tour qu'Orgal avait voulu faire condamner quelques années auparavant. Il comptait les marches, regrettant soudain qu'il n'y en ait pas plus que ça. Il finit tout de même par déboucher sur le petit palier de glace. D'un doigt qu'il aurait voulu trop léger, espérant pouvoir ainsi redescendre pour annoncer à sa soeur qu'il revenait bredouille de sa mission, il frappa à la lourde porte de chène. L'assourdissant boucan le surprit et le fit reculer.

- Qui va-là ? Grinça la propriétaire des lieux.

- Amaris, ma dame. Seulement Amaris.

- Tu es venu seul ? Es-tu seulement inconscient ou désespéré pour monter jusque chez moi ?


Dernière mise à jour par : Lishtarone le 30/07/03 12:45

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   Réponse au Sujet 'Les Terres Blanches de Naramône' a été posté le : 24/07/03 10:22
Une femme d'une immense beauté lui ouvrit la porte. La voix était si douce qu'il aurait put se croire victime d'un sortilège quelques minutes auparavant. Il grimaça un sourire et entra dans la pièce. Enfin dans la demeure plus exactement, tant l'endroit était grand et bien disposé.
Elle lui indiqua un siège près de la cheminée qui ronronnait doucement, animée d'un feu joyeux. Comment s'approvisionnait-elle en bois ?
Alors qu'il prenait place dans le fauteuil de bois et velours, elle posa un baiser sur sa tempe. Il grommela un remerciement à peine aimable.

- Bon sang Amaris, tu pourrais être plus gentil avec moi tout de même.

- Oui je pourrais. Mais rien ne m'y force, n’est-ce pas ? A part si vous vous décidez à me jeter un autre sortilège ?

Mafala soupira longuement et s'installa près de son fils. Car la sorcière ainsi recluse dans les hauteurs des montagnes de Naramône, juste derrière le château si accueillant d'Orgal, n'était autre que la mère des cinq enfants du seigneur des neiges.
Elle agita une petite clochette d'argent et un petit page sembla se matérialiser non loin. Il accourut vers sa maîtresse, les yeux emplis d'une adoration sans borne. Mafala caressa la joue du jeune homme et sourit en se tournant vers son fils.

- Désires-tu un thé, mon enfant ?

- Ne m'appelez pas ainsi, ma dame. Et soyez aimable de cessez vos sortilèges. C'est absolument répugnant.

Il détourna le regard, visiblement dégoûté. Si elle en fut vexée ou blessée, elle n'en montra rien et commanda donc un thé.

- Alors puisque ce n'est pas la politesse qui t'amène... que me veux-tu donc ?

Il tourna la tête vers sa génitrice, gêné par la voix de crécelle et poussa un cri. A la place de la magnifique humaine, se tenait à présent une vieille femme ridée comme une terre trop sèche, la peau aussi craquelée qu'un vieux parchemin à demi moisi. Elle eut un sourire qui dévoila des dents noirâtres. Passant la main devant les yeux de son fils, elle sembla reprendre son avenante apparence.

- Cesses donc un peu d'écarquiller les yeux ainsi ! On dirait que tu n'as jamais vu ta mère autrement que sous ses plus beaux atours. Je croyais que vous saviez tous pourquoi j'avais été banni. Dit-elle d'une voix caressante.

Amaris avala difficilement sa salive, cherchant à rassembler ses idées. Il toussota pour se redonner contenance et enfin parvint à articuler quelques mots.

- Père... père nous avait averti à l'heure où vous fûtes banni de Naramône, mais... enfin j'étais loin d'imaginer que la magie vous avait à ce point pervertie.

- Ce n'est point la magie, mon enfant. Mais le pouvoir qui m'a corrompu. Dis-toi que cette vieille femme n'est encore qu'un aspect engageant de ma véritable nature.

La voix était à présent sèche et saccadée. Mafala s'impatientait. Depuis bientôt quinze ans, elle vivait recluse au sommet de la plus éloignée des montagnes. Les marches interminables n'étaient en fait qu'un camouflage discret du portail qui menait à son repaire. C'était le seul compromis qu'elle avait réussit à arracher à Orgal lorsqu'il eut découvert que sa douce épouse s'adonnait à la pratique de la magie noire, au risque d'y perdre son âme. Il n'avait pas compris qu'elle n'avait déjà plus d'âme, ni de scrupule. Enfin... ce n'était pas tout à fait exact. Forte de toute sa puissance magique, Mafala n'en était pas moins une mère aimante et être ainsi séparée de ses petits qu'elle chérissait, avait été la pire des punitions. Orgal, encore amoureux de son épouse, malgré ses responsabilités écrasantes de monarque, avait consenti à ce qu'elle s'installe non-loin de Naramône, sur la plus haute des montagnes du nord, et installe ces marches-portail au fond de sa demeure. Ainsi, si les enfants, devenus grands, voulaient voir leur génitrice, leur mère, ils n'avaient qu'à se rendre courageux et monter plus de milles marches.

- Vas-tu donc me dire ce qui t'amène à défier ainsi l'autorité paternel de ce cher Ogal ?

La voix avait encore changée, se chargeant de menace et de colère. Amaris sût immédiatement qu'il n'aurait pas dû accepter. Il se redressa et épousseta son vêtement, espérant ainsi calmer la colère de la sombre sorcière.

- Ma dame, c'est sur l'insistance de Coril que je suis là.

Toute la tension qu'on pouvait sentir dans l'air, sembla retomber immédiatement.

- Que me veut cette douce enfant ?

Coril n'avait pas eu la « chance » de connaître sa mère très longtemps. En effet, la petite n'avait pas huit ans lorsque sa mère fut exilée. Mais de cette enfant aux cheveux blonds et aux yeux rieurs, Mafala gardait un souvenir impérissable et la petite, âgée à présent de vingt-trois ans, n'omettait aucun de ses anniversaires et faisait parvenir à sa mère un présent pour chacune des précieuses dates, lui permettant ainsi de garder conscience sur le temps qui passait.



La rage se peignait sur les traits tirés du maître de Ferromaine. Même le sang du prêtre qui avait osé s'endormir d'épuisement n'avait suffit à calmer sa fureur. Laissant le soin à ses gardes et prêtres de faire disparaître le corps atrocement mutilé du jeune impudent, Jean tenta de se calmer chemin faisant jusqu'aux appartements de sa belle-fille, espérant quérir une explication à la disparition de l'elfe. Même s'il n'avait que peu de doute qant à l'identité du "voleur".



Dans la chambre à l'autre bout du château, Mafala et Coril s'acharnaient à vouloir faire vivre la petite elfe qui sanglotait. Car malheureusement, pour effacer les runes maudites du corps, il lui fallait endurer la même souffrance. Il était hors de question de lui laisser ces pictogrammes. Si Ferrol lui remettait la main dessus, il lui suffirait de continuer son œuvre pour terminer sa tâche.
Un cri s'étouffa dans l'oreiller, tandis que Coril caressait son front.
- Je suis désolée, Darwil.
Mafala essuya son front trempée de sueur, épuisée par la nuit passée à user de sa magie. Le coté lumineux de sa magie, qui plus est, un art qu'elle maîtrisait avec difficulté. Mais elle aurait fait n'importe quoi pour sa fille. Elle releva les yeux un court instant et lâcha son scalpel pour soulager l'elfe. Coril lui sourit, reconnaissante.
Bientôt Darwil s'endormit, soulagée de cette douleur, épuisée par son combat contre l'oubli.
- Merci, maman.
L'immense sourire qui anima les traits tirés de la sorcière fut la plus grande récompense de la jeune femme.


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   Réponse au Sujet 'Les Terres Blanches de Naramône' a été posté le : 25/07/03 11:59
- Bonsoir messieurs.

La voix de la jeune héritière était froide quand elle prit place au dîner. Son frère lui jeta un regard inquiet. Amaris n'avait put déroger non plus à ce dîner. Sélyn fixa son épouse, abasourdi. Il ne l'avait pas vu depuis près de trois jours et elle ne lui accordait pas même un regard.
Dans le silence général, le dîner commença. Pas un murmure, pas une seule conversation pour bousculer l'atmosphère lourde de cette fin de journée.
Alors qu'on servait la viande, Jean se releva, jetant sa chaise à terre derrière lui dans un vacarme épouvantable. La plupart des convives le fixèrent, effarée. Sa voix grondait, tel un orage en plein été.

- Rendez-la moi... stupide gamine !

Tous le regardèrent à nouveau, stupéfaits. Coril ne daigna pas lever les yeux de son assiette, les lèvres pincées.

- J'ai les moyens de la trouver et de la faire souffrir. Je vous somme de me la rendre ! Elle m'appartient !

- Elle n'appartient qu'à elle-même !

A son tour, Amaris fit tomber sa chaise en se relevant, les poings serrés. Il jaugeait le maître de Ferromaine de toute sa hauteur, il le dépassait de deux têtes dans difficulté et la colère faisait vibrer son corps.

- Comment oser vous revendiquer la propriété d'un être humain ? Comment ?

- Je l'ai fait vivre ! Sans moi, elle mourra.

- Je ne vous appartiens pas ! Je ne vous appartiendrais jamais !

Tous se tournèrent vers l'entrée de la grande salle. Un petit fantôme aux cheveux roux pointait un doigt accusateur vers Ferrol. Derrière elle se tenait une magnifique femme aux cheveux plus noir que la nuit. Orgal étouffa un juron.

- Vous m'avez arrachée à ma mort... vous m'avez arrachée à ma vie. Qui vous l'a permis ?

Elle était si pâle que Coril se précipita, inquiète. Mais pourquoi avait-elle quitté sa chambre ?
Dans le même mouvement, les prêtres de Ferromaine s'étaient hâtés et ils l'attrapèrent par les bras, brusquement. Elle ne se débattit même pas. Dans l'ombre, derrière elle, Mafala disparut, discrètement, ayant fini sa tâche.

- Les runes ont disparus, maître. Gémit l'un d'eux, inquiet.

Un rugissement de bête sauvage accueillit ces paroles. D'un geste violent, il projeta un sort contre sa belle fille. Coril ne put l'éviter, le prit de plein fouet et vola à travers la pièce, laissant un sillon de sang sur son passage.
Sélyn hurla à son tour et se jeta sur son père, poings en avant, en même temps qu'une quinzaine de gardes et des quatre frères de la magicienne.
Mais avant qu'ils ne puissent le frapper et lui faire payer son geste, la voix autoritaire d'Orgal les fit reculer. Il se glissa vers lui lentement et le prit soudain par le col, plus furieux et dangereux que jamais.

- Vous quitterez mes terres dans l'heure. On ne touche pas à ma fille impunément. Votre vie pardonnera la désobéissance de mes enfants.

- Certainement, seigneur Orgal. Le temps de réunir mes affaires et nous serons sur les routes à la fin de cette heure.

Il retomba lourdement à terre et se retrouva presque seul. Sur un seul geste du maître des lieux, tous avaient quitté la pièce à l'exception des prêtres, de Darwil et de Sélyn à qui on avait conseiller de rester près de son père.
Jean se releva et lança ses ordres. Sélyn le fixait comme s'il s'était s'agit d'un tas d'immondices.

- Cesses donc de faire ta femmelette. Elle a de la chance d'être vivante. Tu n'avais qu'à la surveiller.

Un regard de son père suffit à calmer les quelques mots ardents que le prince aurait put lancer. Résigné, il suivit le mouvement et à la fin de l'heure, il était sur sa monture, essayant de ne pas entendre les cris de son épouse et d'Amaris qui hurlaient sous les coups de fouets de leur père. On ne défiait pas le roi de Naramône sans en subir les conséquences.

Sélyn avait été lâche ce jour-là. Comme souvent d'ailleurs. Non pas qu'il fut vraiment couard, au point de craindre la colère de son père. Mais tout simplement qu'il était d'avis qu'il valait mieux parfois baisser la tête pour éviter les conflits. Cependant lorsque quelques mois plus tard, Jean avait fait faire les portraits de Darwil, Sélyn avait vu enfin l'occasion de faire cesser les petits jeux de son père.
Voir Darwil souffrir sous chaque sort d'oubli qu'on lui imposait était devenu insupportable. Car l'effacement des runes avait rendu impossible tout autre moyen de garder la duchesse ignorante de son passé.


Il était là à nouveau, gardant l'oisillon fragile contre son torse. Elle sanglotait, incapable de comprendre pourquoi elle avait si mal quand elle essayait de se souvenir de son passé. Il la berça un long moment puis ils rentrèrent retrouver un père qu'ils détestaient tous les deux.


Dernière mise à jour par : Lishtarone le 30/07/03 12:49

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   Réponse au Sujet 'Les Terres Blanches de Naramône' a été posté le : 28/07/03 08:24
Plusieurs jours, presque plusieurs semaines avaient passés. Hector, Olwen, Audriac et Philibert profitaient de la nuit pour avancer au sein du pays ennemi, cachés même par la quasi absence de lune qui se faisait leur complice involontaire.

- Hmm, on devrait songer à s'arrêter. Le jour ne tarde plus. Murmura le druide en pointant son doigt vers l'horizon.

- Oui je sais. Glissa Hector d'un ton impatient. Mais nous sommes si près du but !

Un aboiement joyeux éclata soudain dans la forêt et les fît s'applatir.

- Allez Fripouille, laisses-moi tranquille ! Dit une voix triste.

Un frisson d'excitation parcourut les malphéjjiens tapis dans l'ombre. Audriac se mordit les lèvres, retenant de justesse un cri de joie. Il rampa malgré les regards furieux de son maître et bientôt il aperçut sous eux, une sorte de petite clairière où une cascade venait tomber. L'herbe encore noire de la nuit, se nimbait de quelques timides rayons de lune, à moins qu'il ne s'agisse des premiers rayons de l'astre de jour.
Hector sortit une des toiles de son sac et vérifia qu'il s'agissait bien du même décor. La chance était avec eux.
Une ombre bougea dans le cénacle à pas de loup. Elle se dévêtit rapidement et plongea dans l'eau fraîche de la cascade.
Ils ne bougeaient plus, attentifs à ne pas éveiller la silhouette de sa rêverie et le chien qui s'était roulé en boule au pied de la robe de coton clair. Philibert lâcha un juron léger et voulut se lever alors que des sanglots venaient rompre le silence de la nuit. Elle pleurait. Elle pleurait avec une énergie proche du désespoir, les épaules voûtés sous le poids d'un chagrin incommensurable.
D'une poigne de fer, Hector le fit se rabaisser et le maintint en place, intimant l'ordre silencieux aux autres hommes de ne pas bouger.

Alors que le soleil pointait son nez, une autre ombre sortit du couvert des arbres pour se présenter en pleine lumière. Hector y reconnu l'héritier de Ferromaine pour avoir vu quelques portraits du prince. N'ayant pas d'animosité particulière contre lui, il profita de leur immobilité forcée pour l'observer, usant de sa curiosité. L'homme qu'il avait sous les yeux n'avait pas grand chose de son père. Son regard était franc et ses épaules larges. On sentait une force tranquille et une sérénité que Ferrol n'avait jamais eu.

- Darwil... sors de l'eau, tu vas être toute fripée.

- Je m'en fiche ! Vas t-en donc retrouver ce père que tu chéries au point de lui donner raison.

- Ne sois pas ridicule. Je ne le chérie pas. Simplement je pense comme lui que ton devoir est tout de même d'être raisonnable et de ne pas agir seulement selon tes désirs et tes emportements.

Un sourire s'afficha chez les gens de Malphéjji. Darwil avait toujours été impulsive. Elle se tourna soudain vers lui, leur faisant face. Olwen ne l'avait pas quitté des yeux depuis l'aube. Elle semblait ne pas avoir changé. Même son visage avait gardé son air d'innocence, mêlé de souffrance qu'il avait lors de leur dernière rencontre, à l'époque où les chagrins et les guerres avaient malgré tout déjà laissé leurs ravageuses traces.

Audriac retenait son souffle. Elle était toujours aussi belle. Elle venait de tendre un bras au jeune homme souriant et le souvenir de leur chevauchée, quand la maladie la rendais plus belle, plus fragile, l'avait étreint. Il se revoyait, la prenant dans ses bras pour la faire descendre de cheval quand elle murmurait, la bouche contre son cou, sa douleur et sa fatigue. Il ferma les yeux, elle n'avait pas changé.

Elle sortit de l'eau. Sélyn l'enveloppa dans un drap et la serra contre lui. Elle ne pleurait plus.

- Il faut que tu cesses de t'enfuir ainsi. Ca devient dangereux, tu sais.

- Rien n'est plus dangereux que notre père ! Je ne veux plus subir tout ça. Tu entends Sélyn ? je veux me souvenir !

Elle avait crié sa dernière phrase et s'échappa des bras de son « frère ». elle ramassa sa robe et marcha d'un pas vif, sans la revêtir, vers la ville et son château.
Le haut de son bras portait une marque noire, l'empreinte trop visible de doigts puissants.
Sélyn soupira douloureusement et suivit sa sœur d'un pas plus lent.


- Je n'aime pas ça. Qu'a t-elle voulut dire ? Murmura Philibert.

- Apparemment, il ne veut pas qu'elle se souvienne. Il doit employer la magie. Mais ce sort est plutôt instable. Et terriblement épuisant pour le magicien comme pour la victime à si forte dose. C'est un sort temporaire. Tôt ou tard, la victime retrouve la mémoire. Récita le druide de mémoire.

Hector hocha la tête. Il connaissait également ce sort, mais il ne s'en servait jamais du fait de son instabilité. Il préférait les runes bien plus définitives. Olwen acquiesça au discours silencieux de son ami. Nul n'aurait put dire ce qu'il était passé par la tête du seigneur blanc.




Jean tempêta contre sa fille. Mais qui lui avait mis une peste pareille ? Ah ! Mais si sa mère était encore en vie, nul doute qu'elle lui flanquerait une correction. Darwil lui jeta un regard triste et s'en retourna dans sa chambre, malgré les protestations coléreuses de son « père ».
Il soupira longuement. Il n'avait pas renouvelé son sort d'oubli. Etait-ce seulement encore utile, se demandait son fils. Des messagers venus de Malphéjji venaient de leur annoncer la terrible nouvelle. Erlwin était mort, terrassé par la nouvelle de la disparition du corps de la duchesse. Hector, voulant tout de même vérifié, était à l'agonie, rendu fou de douleur à la vu du cercueil vide.
Sélyn fixa son père puis rompit le silence.

- Que comptes-tu faire à présent ?

Surprit, le maître de Ferromaine ne répondit pas tout de suite, réfléchissant à sa réponse. Au bout de quelques minutes, son fils poursuivit.

- Maintenant que tu as détruit Hector et Erlwin, que vas-tu faire de Darwil ? La détruire aussi ? Continuer tes sorts d'oubli qui l'affaiblissent peu à peu ou pire encore ? La laisser se souvenir, risquant de la rendre folle au souvenir de sa mort et de son douloureux retour à la vie ?

Sa voix s'était faite dure. Jean, soudain las de ses plans et combines qu'il inventait depuis tant d'années, se laissa tomber rudement sur son siège et ferma les yeux.

- Par le Calice Blanc, Sélyn... qu'est-ce qu'il m'a prit ? Elle est tellement pleine de vie ! Pourquoi tant de haine ? pourquoi ?

Sélyn s'adoucit devant la peine de son père.

- Papa, tout peut s'arranger. J'en suis sûr. La guerre avec Malphéjji n'a que trop duré. Il faut la cesser.

- Tu as raison, mon fils... mon si sage fils. Occupes-toi de préparer la paix, je suis trop impliqué dans la guerre.

Devant les yeux emplis de larmes de son père, Sélyn s'ému. Il serra les mains de son père fortement et les lâcha aussitôt pour courir chez le chambellan préparer cette rencontre pour la paix.


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Lishtarone A D'Ar Wilgaronmanish

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Sélyn annonça la nouvelle à l'état-major et fit préparer sa monture. Il voulait s'occuper lui-même de discuter avec Hector, voulant ainsi lui prouver la bonne volonté de Ferromaine.
Alors qu'il franchissait le mur d'enceinte de la ville, son père se dirigeait vers la chambre de Darwil, un sourire mauvais sur le visage.
Dès que la porte fut refermée, on entendit dans les couloirs les hurlements de terreur et de douleur de la jeune elfe jusque tard dans la nuit.



La journée était déjà bien entamée lorsque enfin le petit groupe pénétra dans la ville Blanche. L'auberge ne fut pas difficile à trouver, par contre, l'aubergiste un peu plus.
L'agitation qui régnait à Ferromaine ne laissa pas les quatre hommes indifférents. Sous des vêtements souples, légers et discrets, le grand maître, son druide et ses deux vengeurs se mêlaient à la foule et participaient malgré eux à la liesse générale.
Une femme vint les embrasser tous quatre et repartit, le rire sur les lèvres et le pas léger. Audriac, effaré, fixa la femme longuement.

- Je veux bien croire que Ferromaine soit radicalement différente de notre ville... mais à ce point ? !

- Tu as raison, Audriac... il se passe quelque chose d'étrange.

Olwen s'approcha d'un étal et engagea la conversation d'un ton joyeux. Le commerçant lui raconta que la rumeur voulait qu'un pacte de paix allait être signé avec Malphéjji.
Hector faillit s'étrangler en entendant la nouvelle et Philibert eut toutes les peines du monde à l'empêcher de sauter à la gorge de ce menteur.

Puis un silence pesant gagna la place du marché. Entourée d'une dizaine d'homme de garde, une jeune femme déambulait parmi les étals. Elle n'ouvrait pas la bouche, désignant les fruits et les fleurs qu'elle désirait. Un garde, un domestique peut-être, s'empressait de prendre sa commande et elle poursuivait son chemin.
De larges traces noires maculaient son visage et son cou. Et pourtant elle gardait une certaine beauté. Audriac faillit hurler de rage en voyant les cernes, les marques et la fièvre qui faisait briller ses yeux. Olwen le calma d'un mot et ils la laissèrent passer à coté d'eux, tentant discrètement de capter son regard. Mais si elle planta l'émeraude de ses yeux dans l'anthracite de ceux d'Hector, elle n'eut aucune réaction.
Elle passa lentement, les yeux voilés par l'indifférence et l'oubli.


La journée se termina dans l'euphorie retrouvé. Epuisés par tous ces jours passés au fond des bois, les quatre hommes profitèrent de l'accueillante auberge et des bains que l'aubergiste proposait. Et tandis qu'ils savouraient une bonne bière ambrée, des hurlements de terreur et de souffrance les firent se redresser. La plupart des habitants avaient déjà fermé leur fenêtre et ceux restés dans la taverne ne levèrent pas les yeux.

- C'est elle, chuchota Philibert.

Audriac serra les poings encore une fois et pria d'un regard son maître de lui laisser le champ libre. Il se sentait toujours au service de la duchesse et voulait encore la protéger mieux qu'il ne l'avait fait par le passé, lui qui était un des rares survivants du massacre perpétué par Erlwin après la mort de sa dulcinée.

- Nous ne pouvons rester. Nous avons vu ce qu'il y avait à voir. Malphéjji a besoin de nous.

Olwen fixa longuement et avec horreur son ami. Hector ne pouvait pas avoir dit ça ! Quand il lui avait montré les peintures et exposer son idée de venir sur place vérifier l'authenticité de l'histoire racontée par Valentin, le druide avait cru comprendre qu'ils allaient ramener la jeune elfe avec eux. Et à voir les visages des deux autres compères, il n'avait pas été le seul à penser cela.
Visiblement, les plans du seigneur noir avaient évolué.



Le matin se leva, morne et gris, à l'image de leur humeur. La nuit avait été longue et difficile. Outre les hurlements qui jaillissaient du château, les vengeurs, appuyés d'Olwen, avaient passé la moitié de la nuit à persuader leur seigneur et maître de changer d'avis, d'enlever la petite elfe et de l'emporter jusqu'à Malphéjji où elle serait enfin en sécurité. Mais fidèle à sa réputation, Hector n'avait pas fléchi.
Rassemblant leurs affaires, ils prirent congé de l'aubergiste qui semblait aussi bien reposé que possible. Il leur avait confié un peu plus tôt que les cris étaient devenus courant. La jeune princesse souffraient d'affreux cauchemars et avaient la fâcheuse habitude de se cogner la tête contre les murs.

- Ben voyons. Bougonna Olwen sans pour autant hausser le ton.

Philibert s'attarda un instant devant les portes du château. Hector l'appela, doucement. Il voulait éviter que ses hommes ne la voient une fois de plus, une fois de trop.
Malheureusement, ses prières furent vaines. Alors qu'ils se remettaient en route, une petite fusée rousse s'échappa du château sous les cris des gardes. Elle pleurait, courrant aussi vite qu'elle pouvait, manquant de les bousculer au passage. Son cou portait, une fois de plus de nouvelles marques. Cherchait-il à la tuer ?
La colère passa sur les visages des compagnons. Un garde les bouscula alors, sans s'excuser, parti à la poursuite de l'elfe.

- Mais vas-tu laisser, Gassin ? Elle va sans doute en forêt et sera de retour ce soir ou demain. Argumenta l'autre garde en s'arrêtant, le souffle court. De toutes façons, le maître ne pourra pas sortir ce jour, il est souffrant.

Il reprit son chemin voyant que son camarade n'avait pas entendu. Un juron s'échappa de ses lèvres quand il réalisa qu'il devrait se remettre à courir.

- Souffrant ? hmm son dernier sort a dû l'épuiser. Railla Olwen.

- Allons la chercher, mon seigneur. Supplia Philibert, une dernière fois.

- J'ai dit non. Rentrons chez nous. Une longue route nous attend. Répondit le seigneur noir d'une voix qu'il aurait voulu plus ferme.


Dernière mise à jour par : Lishtarone le 30/07/03 12:51

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   Réponse au Sujet 'Les Terres Blanches de Naramône' a été posté le : 29/07/03 11:40
Que dire de plus que la dernière fois...

C'est toujours aussi bien !
Et en plus c'est long !
Et en plus c'est souvent !
Bref que du bonheur.

Sinon, un conseil : fait attention à l'éditeur de texte que tu utilises, le passage au "format forum" génére souvent des "’" inpromptut, y'a pas mieux pour gacher une phrase.
Solution du MageGaHell : taper au bloc note ou direct sur le forum.


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   Réponse au Sujet 'Les Terres Blanches de Naramône' a été posté le : 30/07/03 12:31
Sélyn avait épuisé plus de quatre montures pour rejoindre Naramône au plus vite. Il avait trouvé un beau père fort mécontent.

- Coril et Amaris m'ont raconté qui était la jeune elfe que ton père gardait. J'ai été négligent. Je l'ai laissé partir sans écouter mes enfants.

- Cher, très cher Orgal, mon père a ses défauts, mais il faut se réjouir, car la présence de Darwil à ses cotés est bénéfique. Il s'est adoucit. Il parle même de faire la paix avec Malphéjji.

Les sourcils haut levés sur le front, Orgal jaugea son beau fils. Pour sûr, ce dernier avait perdu l'esprit. Si Ferrol demandait la paix c'est qu'il y avait un intérêt quelconque. Il ne donna pourtant pas son avis et écouta patiemment Sélyn lui raconter les évènements à venir, tels qu'il les imaginait.



Une semaine plus tard, Sélyn repartait, ayant enfin l'accord du seigneur des Neiges afin que le lieu de la réunion se tienne en terrain neutre.
Sélyn soupira en passant le dernier col qui lui permettrait de franchir les frontières de Malphéjji. Il n'avait put voir Coril, convoquée par la grande prêtresse de Zior, l'ordre dont dépendait sa magie. Orgal lui avait soigneusement raconté comment les blessures de son épouse avaient été importante suite au monstrueux sorts que le seigneur dit blanc avait lancé sur l'effrontée.

- Et j'imagine, cher beau père que vos coups de fouet n'ont rien arrangé ! Avait-il lancé, hargneux.

- Saches, jeune effronté, que seul Amaris a reçu une punition, pour avoir manqué le retour des chasseurs. Et si Coril hurlait, c'était de colère en voyant partir la duchesse. J'ai eu la bêtise de me comporter en monarque et non en homme. Puisse Agalis me pardonner.

- Agalis ?

Sélyn était surpris. Il n'avait jamais pensé que Naramône puisse être affilié au dieu des plantes.

- Oui Agalis. Il me semble bien que Lishternaham est un royaume sous sa protection. Et non je ne suis pas un de ses fervents fidèles. Mais à l'image de mon peuple, je prie chacun des dieux selon mes besoins.

Il remonta le col de son manteau pour éviter une bourrasque glacée. Même si l'été profilait son nez à l'horizon, les cols de Naramône étaient toujours eneigés. Ce n'était pas pour rien qu'on l'appelait les Terres Blanches ou le pays des Neiges Eternelles.
Mais dès qu'il aurait descendu le versant de cette dernière haute montagne, il passerait rapidement les collines de Lishternaham et serait très vite en vu de Malphéjji, but de son voyage.




Sélyn avait du mal à garder les pieds sur terre, tant les gardes qui le menaient devant le seigneur noir marchaient vite et étaient grands. Il tenta à nouveau de leur expliquer qu'il n'était pas un ennemi et qu'il venait en paix, mais on le jeta soudain sur le sol et il s'écrasa bruyamment au pied du trône.
Relevant les yeux, Sélyn accusa le coup. Devant lui se tenait Erlwin, un sourire narquois sur les lèvres et en grande forme. Etouffant un hoquet de surprise, le prince de Ferromaine se releva, épousseta son habit et s'inclina.

- On m'avait annoncé que vous étiez... trépassé.

- Vraiment ? En ai-je l'air ?

- Non.

Erlwin éclata de rire. Ce jeune homme lui plaisait bien. Il l'invita à se relever, n'étant pas le maître des lieux.

- Que me vaut le plaisir de votre visite ?

Le jeune homme sembla accuser le coup. Il s'était fait annoncer en arrivant comme le fils du seigneur Ferrol de Ferromaine et le Haut Commandeur étant au mieux de sa forme, il s'attendait plutôt à finir dans les geôles des Terres Vierges au mieux. Empalé, au pire.

- Sire, mon père m'envoie en mission de paix. Il désire signer un traité de non-agression permanente.

- Mais bien sûr... Ferrol désirant la paix. Vous plaisantez ?

- Non, sire. Mon père est las de ces guerres incessantes et sans but. Il souhaite qu'enfin les deux royaumes puissent vivre et prospérer en paix.

Erlwin le fixa longuement en plissant les yeux. Son petit manège lui permettait d'accéder aux pensées les plus évidentes. Apparemment, il ne mentait pas, mais un secret honteux lui brouillait les idées. L'elfe noir n'avait cure d'un secret familial et ne s'attarda donc pas d'avantage sur ces images. Il se rassit au fond de son siège, l'air songeur.

- Une paix serait appréciable en effet.

Il n'ajouta pas que comme Ferromaine, Malphéjji avait besoin de cette paix. Les ressources du royaume s'épuisaient à vue d'oeil.

- Pour conclure ce pacte, je vous propose de nous réunir en terrain neutre. Naramône se propose d'être ce lieu. Ajouta Sélyn.

- Orgal est un... une connaissance. Le considérez-vous vraiment comme un terrain neutre ?

Erlwin retint un sourire. Depuis la destruction de Lishternaham, les Terres Blanches s'étaient ralliées à Malphéjji, trouvant ainsi un allié de poids contre Norgorath, autre ennemi de Malphéjji et de tous les royaumes de l'Est.

- J'ai l'honneur d'être l'époux de Coril, héritière des Hautes Neiges. Je considère donc effectivement ce terrain comme neutre. Orgal nous attend avec impatience.

L'elfe hocha la tête, changeant habilement les données dans son esprit. Prit entre deux feux, Orgal risquait fort de se déclarer neutre en effet. Mais si Orgal avait donné la main de sa fille chérie et unique à ce jeune homme ce n'était pas sans raison. A première vue, l'homme semblait digne de confiance. Au contraire de son père qui avait prouvé à maintes reprises sa félonie. Ce ne serait pas les premiers accords qu'on tentait de signer avec Ferromaine. Quel pouvait être le plan de ce vieux grigou à présent ?


Impossible de le savoir à moins de se rendre à Naramône.


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   Réponse au Sujet 'Les Terres Blanches de Naramône' a été posté le : 31/07/03 13:56
- Bien. Votre proposition retient mon attention. Je serais donc au rendez-vous. Finit par annoncer le Haut Commandeur.

- Quelle chance ! Me voici de retour juste à temps !

Hector fit une entrée remarquée, poussant les portes de la salle jusqu'à les faire frapper les murs. Derrière lui, trois hommes marchaient à grands pas, le regard noir.
Sélyn, malgré sa vaillance et sa détermination, ne put que baisser les yeux sous la fureur de ces regards. Il s'inclina pour souhaiter le bonjour au seigneur des lieux.
La poussière maculait leurs vêtements et la voix du maître noir était forte et empreinte de colère.

- Je me ferais un plaisir d'être présent, jeune Ferrol. Avec mon état-major au complet !

- C'est une... hmm... Une rencontre de paix. Mon père ne sera présent qu'avec une dizaine d'hommes de confiance, au plus.

- Bien ! Cria Hector, au comble de la fureur.

Il se pencha sur le jeune homme.

- Et vous ? Y serez-vous ?

- Bien sûr, seigneur. J'agirais en tant que médiateur.

- Et votre soeur ?

Sélyn cilla sous la question. Il battit des paupières et toussa.

- Ma... soeur n'a rien à voir dans cette histoire. Je doute que mon père se risquerait à l'amener.

- Je vois que nous nous comprenons.

Hector sortit de cette discussion tout aussi soudainement qu'il y était entré, laissant Erlwin et Sélyn seuls et perplexes.

- J'ignorai que votre lignée s'était poursuivie avec une fille. Je croyais même votre mère décédée en couches à votre naissance.

- C'est exact.
Sélyn tenta de conserver son calme. Mais l'image de sa « soeur » hantait son esprit. Sa voix s'était faite froide, dans le fol espoir que le Commandeur ne chercherait pas à en savoir plus. Car il ne faisait à présent aucun doute qu'Erlwin n'était pas au courant du retour à la vie de Darwil.

La chance semblait avec lui puisque l'elfe noir haussa les épaules et appela un serviteur pour qu'on le mène à sa chambre.

- Je m'en voudrais de me montrer indiscrètement courtois. Lâcha sèchement le second de Malphéjji en faisant claquer le manteau d'intérieur qu'il arborait.

Sélyn s'inclina légèrement et fit un sourire d'excuse. Puis, il suivit l'être à la démarche guindée à travers les couloirs.




- On aurait put la sauver !

Une porte s'ouvrit violemment derrière Sélyn. La rage de celui qui parlait semblait presque palpable. Il s'éloignait déjà à grands pas, les poings serrés, étouffant sous sa colère.

- Philibert ! Nom de dieu !

Hector s'arrêta sur le pas de la porte et suivit des yeux son vengeur. C'était bien la première fois que son sage vengeur s'agitait ainsi. Un hurlement de colère suivi d'un coup sourd retentit quelques secondes plus tard. Puis le silence retomba.


- S'il vous plait...

Une main légère et glacée toucha l'épaule du jeune prince qui frissonna.

- Pouvons-nous continuer ?

- Heu... oui bien sûr.

Il se retourna une dernière fois et croisa les yeux inquisiteurs du Grand Prêtre qui sourit. Ses canines, plus longues que la normal, brillèrent. Sire Ferrol se détourna rapidement de cette vision et suivit la goule à travers les couloirs.
Décidément le royaume de Malphéjji était vraiment différent de celui de son père. Mais la différence réclamait encore plus de tolérance et Sélyn, du haut de ses presque 30 ans, était bien décidé à faire mieux que son monarque.


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   Réponse au Sujet 'Les Terres Blanches de Naramône' a été posté le : 04/08/03 12:30
A Ferromaine, la fête battait son plein. Jean avait dégagé de nombreux crédits afin de faire de cette fête une immense réussite et un jour inoubliable.
Au château, on préparait activement le prochain voyage, après le messager venu de Naramône. Jean ne cessait de se féliciter de son idée. Il entraînait Darwil dans son sillage, lui montrant les améliorations qu'une paix pourrait apporter à son royaume. La jeune elfe le suivait en retenant ses tristes soupirs, tentant de sourire à son père, tentant d'émerger de sa mélancolie et du brouillard cotonneux qui lui noyait la tête. Mais chaque fois que Ferrol prononçait un nom malphéjjien, elle sentait son coeur se serrer, faire un bond sans en comprendre la raison.

- Tu verras, ma chérie, bientôt Ferromaine sera la plus puissante des nations commerçantes.

- Assurément, père.

Alors qu'il se pressait vers ses appartements afin de donner une dernière directives pour ses bagages, il se tourna vers elle, la faisant se cogner contre lui. D'un geste brusque, il s'empara de son menton et lui releva les yeux, plantant son regard noir dans sa forêt verdoyante. Elle prit peur et tenta de se débattre, il serra plus fort, lui arrachant un gémissement de douleur.

- Il faudra arrêter de te frapper la tête contre les murs, petite fille. Ton corps est criblé de marques. On pourrait croire que je te frappe. Moi qui suis tant aimant avec ma petite fille chérie.

Comme pour appuyer ses propos, il serra encore les doigts, incrustant de nouvelles marques noires sur sa mâchoire. Elle cria de douleur alors qu'un petit craquement se faisait entendre. Et lorsqu'il la lâcha, elle fondit en larmes, terrifiée sans comprendre pourquoi il avait fait ça.

- Charmille !

- Oui mon maître ?

- Ma fille vient de se cogner. Soignes-la.

Le prêtre se pencha sur la jeune fille qui le fixa horrifiée. Si son père avait osé mentir à son prêtre devant elle, il ne faisait aucun doute que les marques qu'elle découvrait tous les jours sur son corps n'étaient pas la résultante de sa folie à elle, mais bien de celle de son père. Elle frissonna et laissa les incantations soulager sa bouche.

- Allons faire préparer tes bagages. Les Terres Blanches te plairont. Elles ne te rappelleront rien mais c'est très joli. Malgré cette foutue neige éternelle.

- Mais... je croyais que je devais rester là ? Sélyn m'a dit que ma présence n'était pas souhaitable à Naramône.

Il fondit sur elle si vite qu'elle prit peur et se mit à hurler bien avant qu'il ne la frappe. Attrapant son bras, il la traîna à travers le couloir jusqu'à sa chambre, malgré ses cris. Elle se débattit comme elle put mais la poigne de son « père » était trop puissante. Elle ne réussit qu'à inscrire une nouvelle marque sur son corps déjà bien meurtri.
Il la jeta dans la pièce et se mit à incanter tandis qu'elle hurlait de plus bel.



Couchée au fond du chariot, Darwil dormait, bercée par les mouvements chaotiques du véhicule sur la mauvaise route, épuisée par la dernière saute d'humeur de son père et le dernier sort qu'il lui avait lancé, s'épuisant également. Chaque jour, ou presque, il lui fallait renouveler sa magie d'oubli. Elle était de plus en plus immunisée. La rage passa un court instant dans les yeux du seigneur blanc. Ça ne servait à rien de s'énerver. D'autant moins qu'elle dormait à présent et que rien ne semblait pouvoir la réveiller lorsqu'elle s'enfonçait dans les affres cotonneux du sommeil.
Au détour d'un virage, un immense guerrier blond les attendait. Ferrol retint son souffle, espérant que son fils avait bien fait son devoir. Sa fuite précipitée à leur dernière rencontre ne laissait rien présager de bon.
Mais Louh n'avait, semblait-il, aucun ressentiment à l'égard du père de son beau-frère. Il le toisa du haut de son mètre quatre-vingt dix-sept puis inclina la tête.

- Mon père vous attend avec grande impatience, messire Ferrol, régent de Ferromaine.

- Bien ! Je suis tout aussi impatient. Les gens de Malphéjji sont-ils déjà là ?

- Un messager nous a prévenu qu'ils arriveraient en début de soirée. Juste avant le repas.

Mine de rien, Jean était soulagé de ne pas voir Hector avant le dîner. Rien que l'idée de leur présenter Darwil le faisait baver d'envie. Voir leur visage horrifié, voir leur tête des mauvais jours... un pur délice à son avis.
Le petit cheval blanc le dépassa soudain, lui arrachant un juron. Darwil était réveillée et semblait bien décidée à chevaucher. Elle passa devant Louh en lui jetant un sourire et lança sa monture au galop.
L'homme blond rendit le sourire, déjà conquis. Il n'avait jamais eu le plaisir de rencontrer la duchesse avant ce sombre soir où elle avait accusé Ferrol de l'avoir ressuscitée. Mais ce soir là, il avait brûlé bien des chandelles pour prier les dieux, persuadé d'avoir rencontré un fantôme. Comme son frère ainé, il avait fait partie de la délégation qui avait signé les accords commerciaux avec Lishternaham. De quoi prier tous les dieux de la terre à la vision de l'être qui avait levé le doigt accusateur.
A la voir si vivante, il songea que décidément, il était un imbécile. Il était évident que la duchesse n'avait jamais périt dans son château des Terres Noires. Il la rejoignit rapidement, laissant Ferrol se dépatouiller avec les gardes de Naramône, bien décidés à ne pas le laisser devancer sa troupe.

- La bonne journée, damoiselle.

- La bonne journée, héritier de Naramône.

Il sourit. Arborant les couleurs de son père, il n'était guère difficile pour qui était quelque peu rompu au protocole de deviner qu'ici se tenait le prince héritier.

- Je m'appelle Louh. Je vous en prie, appelez-moi par mon nom.

- J'en serais ravie. Je suis Darwil Ferrol.

Son sourire innocent et franc le glaça. Avait-elle vraiment dit Ferrol ? Il jeta un regard en arrière et surprit le sourire narquois du seigneur blanc. Laissant la jeune elfe aux bons soins de sa garde, il lança sa monture pour prévenir son père de l'ignoble surprise qui arrivait sur le cheval blanc.


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