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Les femmes 1 a été posté le : 05/01/03 17:51
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Bon, bon, bon...
J'ai souvent dit ici que la fantasy n'était pas mon genre de prédilection... Bon. Donc, en conséquent, je vous livre ici un récit de fantasy, à ma sauce... Logique, non?
En fait, c'est plus un mélange des genres, pour reprendre Neitsabe, car l'histoire commence tranquillement, dans un monde que nous connaissons tous peu ou prou, mais bascule... très vite...
Enfin, pour finir cette introduction déjà trop longue, je dis que c'est de la fantasy, mais c'est peut-être plutôt du fantastique, ou toute autre chose. Je ne suis pas féru de classifications, alors ce sera sans problème ce que vous voudrez...
Encore une chose, oui, cette introduction devrait être finie, pas de panique pour les fans des "Déchus" (oui, d'accord, "fan" est un grand mot, oui, d'accord, j'ai pris la grosse tête), car ce nouveau récit ne passera pas au détriment de l'autre, mais ils avanceront ensemble, selon mon inspiration et mon humeur...
Et, pour finir, oui, promis cette fois, "les femmes" est un titre provisoire, qui résume en fait une des grandes "problématiques" (ne voyez mesdemoiselles aucune connotation misogyne dans ce terme) de ce récit.
C'est parti!
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Les femmes
Martin était un grand timide. C'est ainsi que, en voyant Vanessa pour la première fois, il fut pris d'angoisses. Il avait eu un coup de foudre. Mais comment lui déclarer sa flamme ?
Je pris Martin en pitié, et lui proposai de l'aider. J'avais un plan, qui lui donnerait un excellent prétexte pour l'aborder. De plus, il lui donnerait, c'était certain, un bel avantage. J'allais agresser la jeune femme, la menacer, et Martin, comme si la providence avait guidé ses pas, interviendrait héroïquement au moment crucial.
Sur le coup, l'idée ne lui plût que modérément, mais après réflexions, il finit pas accepter.
Ce soir là, j'étais donc, dehors, tapi dans l'ombre, un bandeau me cachant le bas du visage, une casquette sur la tête. J'avais dans ma poche une réplique parfaite d'un pistolet automatique.
Enfin, elle arriva. Je la vis, de loin, qui marchait sur l'avenue déserte. Comme il faisait très doux, après une journée de canicule, elle était légèrement vêtue, ce qui me plaisait assez. Il faut dire qu'elle était très belle, et que si Martin n'avait pas été mon meilleur ami, j'aurais tenté ma chance.
Elle approchait rapidement. Comme j'étais immobile et bien tapi dans l'obscurité, elle ne m'avait pas aperçu. J'allais surgir, à son passage, l'empoigner en la menaçant avec mon revolver et l'entraîner dans la sordide arrière-cour que j'avais repérée. Ensuite, je m'occuperais bien avec elle en attendant l'arrivée, providentielle, de Martin. Pour le rendre des plus héroïque aux yeux de la belle, j'avais bien l'intention de me montrer des plus odieux avec elle. J'allais la menacer de lui faire subir quelques supplices particulièrement gratinés, la forcer à se déshabiller…
Mais, alors qu'elle allait arriver à ma hauteur, quelque chose de stupéfiant se passa. Derrière elle, sans un bruit, une sorte de brume étrange apparut, légèrement brillante, pour laisser place à trois hommes. Ceux-ci, de petite taille, me parurent des plus irréels. Ils étaient vêtus d'habits que je n'avais jamais vus, de sortes de capes faites en grosse toile, avec un dessin brodé qui représentait une sorte de lézard étrange.
Cette apparition fut brusque, se fit sans un bruit. Vanessa se retourna, mais c'était trop tard, deux hommes la saisirent et, avant qu'elle n'eut poussé le moindre cri, lui passèrent un chiffon dans la bouche. Puis, à nouveau la brume se reforma, et les trois inconnus, emportant leur proie, semblèrent s'effacer.
A ce moment là, je me précipitai, en pointant vers eux mon faux revolver et en leur hurlant d'arrêter. La brume me recouvrit, je reçus comme un violent coup sur la tête et perdis connaissance.
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Dernière mise à jour par : trome le 24/04/03 19:45
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Réponse au Sujet 'Les femmes' a été posté le : 05/01/03 19:29
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Je revins à moi, péniblement. J'ignorais combien de temps avait duré mon évanouissement. Assez longtemps, crus-je d'abord. Il faut dire qu'il faisait jour, à présent. J'étais dans une clairière, au milieu d'un bois, adossé à un arbre. Attaché à un arbre, me rendis-je compte. Devant moi se trouvait un étrange véhicule. Une charrette, semblai-t-il. Mais l'animal qui la tirait n'était pas un cheval, ni un bœuf. Il me fallut un bon moment pour me persuader que je ne rêvais pas, et que je n'étais pas fou. Je n'avais jamais vu une telle bête. Une sorte de masse de poils gris, de la taille d'un éléphant, qui tenait sur deux pattes, comme un tyrannosaure, avec une mâchoire en forme de bec.
D'autres détails contribuaient à rendre cette scène irréelle. Les trois hommes, que j'avais vu entraîner Vanessa avec eux, étaient toujours là, riant avec deux autres compagnons du même genre, semblablement vêtus. Ils parlaient une langue qui m'était totalement inconnue. Elle avait, certes, des intonations méditerranéennes, avec une abondance de voyelles, mais il m'était impossible d'isoler ne fut-ce qu'un mot ou une expression. Ils semblaient joyeux, c'était tout ce que je pouvais déduire.
Vanessa avait, à première vue, disparu. Mais je vis, posé sur la charrette, un grossier sac de toile, qui pouvait fort bien la contenir. Le reste du décor n'était qu'arbres et buissons. Mais un examen plus approprié, aussi approprié en fait que le permettait l'état de mon crâne, me révéla que cette végétation était… étrange. Sans être féru de botanique, je pouvais reconnaître à peu près les plantes de ma région, mais ici, la forme des feuilles, la matière des troncs, rien en fait ne m'était identifiable.
Mon crâne me faisait souffrir. De plus, le soleil commençait à être très haut dans le ciel, et il viendrait un moment où les arbres ne me protégeraient plus. J'avais soif, et cet état risquait d'empirer.
Les hommes, soudain, cessèrent de plaisanter entre eux pour monter dans la charrette. L'un d'eux saisit les rênes de l'étrange créature qui allait les conduire. Je crus qu'on m'avait oublié, mais un homme s'approcha de moi, se pencha, un couteau à la main. Je criai, mais il se contenta de déchirer mon tee-shirt, me laissant le torse nu. Il me dit quelques mots, dans son langage, qui firent beaucoup rire ses camarades. Puis, à nouveau, il se pencha sur moi et m'administra de profondes entailles sur ma poitrine. Il monta ensuite à son tour dans la charrette, qui se mit lourdement en marche.
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Réponse au Sujet 'Les femmes' a été posté le : 05/01/03 22:19
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Je fus bientôt seul, dans la clairière, avec une migraine épouvantable, assoiffé, le torse ensanglanté et les mains liées au tronc d'un arbre. Le soleil ne tarda pas à s'élever au-dessus de la cime des arbres les plus hauts, et il me fallut alors endurer un véritable martyr.
D'abord, j'appelai. Mais seuls des chants d'oiseau me répondaient. Je n'eus bientôt plus de voix. Je tentai alors de me libérer, contorsionnant mes poignets de toutes sortes de façons. Je ne réussis qu'à me les mettre en sang.
Vaincu, je sombrai dans une sorte de torpeur, qui dura des heures entières. Je revins à moi, le soir tombait. Il faisait toujours chaud, mais c'était supportable. Mais je n'étais vraiment pas bien. L'état de ma tête n'avait qu'empiré avec l'ardeur du soleil, et j'avais la poitrine en feu. J'avais une telle soif qu'une citerne d'eau douce n'aurait pas suffi à me désaltérer. Mais, néanmoins, une sorte de volonté m'animait. L'idée de passer une nouvelle journée dans cet état me donna une énergie nouvelle. A nouveau, j'essayai de dégager mes poignets de la cordelette qui les mordait. Je sentais, petit à petit, qu'un résultat pourrait apparaître.
Entre-temps, la nuit était tout à fait tombée, mais la pleine lune m'éclairait suffisamment. Cependant, l'idée d'être seul au milieu d'un bois inconnu, dans un endroit inconnu, à la faune inconnue, m'était particulièrement désagréable.
Puis, soudainement, je vis à l'autre bout de la clairière une masse sombre en mouvement. Elle approchait, il n'y avait aucun doute lentement, mais sûrement. Quand elle fut toutes proche, cette masse s'avéra être un animal épouvantable. Il me fit penser à un tatou géant. C'était une sorte de cuirasse vivante. Ses pattes étaient invisibles. Il avait une tête massive, bourrée d'excroissances qui évoquaient des cornes. Une large bouche de tortue, deux grosses narines, et un unique œil noir, au centre de son crâne, comme un cyclope, rendaient cette tête cauchemardesque.
La bête fut sur moi. Son épouvantable tête se pencha, une haleine infecte m'enveloppa qui me fit, une nouvelle fois, perdre connaissance.
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Réponse au Sujet 'Les femmes' a été posté le : 06/01/03 16:08
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Je revins à moi. La nuit était toujours là, mais j'étais à nouveau seul. Mon évanouissement m'avait sans doute sauvé la vie. La bête avait dû me croire mort, et était alors partie à la recherche d'une nouvelle proie. Seul le sol accidenté devant moi, les branches basses brisées, témoignaient de sa venue.
Je me débattit, furieusement, avec mes liens. La panique me donnait des forces, et, enfin, alors que l'aube commençait à poindre à l'horizon, je parvins à me libérer. Je me relevai, péniblement, en m'appuyant à l'arbre. J'étais très faible encore.
Je gagnai avec difficulté l'abri des arbres. Le jour n'allait pas tarder à se lever pour de bon. La température, déjà élevée pendant la nuit, s'était remise à grimper. Je devais à tout prix me protéger de cette nouvelle canicule.
J'eus de la chance dans mon malheur, en découvrant une petite mare. L'eau, boueuse, qui crou*******ait depuis un temps indéterminé, me parut des plus délicieuses. Je m'y désaltérais un moment et lavai sommairement mes blessures. Je me sentis mieux que je n'avais été, depuis mon arrivée dans ce "monde".
Justement, je m'étais mis à réfléchir. J'étais assis, au bord de l'eau, au milieu de sortes de fougères, mais qui n'en étaient pas vraiment, et je me mis à rassembler mes idées. Où pouvais-je être tombé ? Assurément, je n'étais pas dans un lieu connu. J'aurais eu envie de dire que je n'étais pas dans un lieu réel. Pourtant, ma douleur à la tête, mes blessures, étaient bien réelles. Comme semblait réel cet animal, ce monstre qui avait failli me dévorer, la nuit dernière.
A ce propos, pourquoi les hommes qui avaient enlevé Vanessa m'avaient-ils laissé attaché à mon arbre, sinon dans le but de me tuer. Si l'action du soleil sur mes blessures ne m'avait pas achevé, les animaux nocturnes s'en seraient occupé. C'était un miracle que je sois encore vivant, et pour combien de temps ? Il fallait que je trouve à manger, que je me repose assez pour, la nuit prochaine, rester vigilant en cas de nouvelle venue du monstre de la veille ou d'un de ses congénères.
Il fallait manger. Je me redressai, toujours aussi douloureusement, et explorai des yeux les environs. Encore une fois, j'eus de la chance, je vis bientôt un épais buisson aux branches couvertes de baies. Elles étaient assez bonnes, quoiqu'un peu trop douces, mais je n'avais pas l'intention de faire la fine bouche. Mais il me fallait quelque nourriture plus consistante, de la viande ou des racines comestibles.
Ce frugal repas m'avait tout de même donné quelque force, et je pus partir explorer les environs. J'avais trouvé un solide bâton qui me servait de canne et dont le bout, très pointu, pourrait faire office d'arme improvisée. Je me mis en marche, avec plus de difficulté me sembla-t-il qu'un vieillard qui venait de passer deux mois à l'hôpital.
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Réponse au Sujet 'Les femmes' a été posté le : 06/01/03 18:43
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Après quelques heures de marche d'une allure d'escargot, je parvins à une clairière, au centre de laquelle se dressait une habitation, une ferme me sembla-t-il. Je me tâtai un moment, cherchant la meilleure chose à faire. Me risquerais-je à aller à la rencontre des habitants, pour quêter au moins un peu de nourriture ? Ou était-il plus prudent de me cacher, d'attendre la nuit ?
J'avais faim, mon ventre retentissait d'un concert de gargouillis divers, et je choisis la première option. Tous les hommes de ce monde ne devaient pas être comme ceux qui m'avaient abandonné. Bien sûr, il y avait la barrière de la langue, mais la vue d'un homme blessé, épuisé, suffirait à leur faire comprendre.
J'étais derrière le bâtiment, que je contournai alors. A peine avais-je passé l'angle du mur que je vis une petite cour dallée sur laquelle avait été dressé un gibet de fortune. Cinq hommes, pendus, se balançaient dans la petite brise. Vu leur état, ils devaient être réduits à l'état de cadavres depuis un certain temps. La chaleur et les insectes n'avaient pas aidé à leur conservation. Le spectacle était épouvantable.
Je détournais les yeux, horrifié. Je sentis mon minime repas remonter dans mon corps. Par chance, le vent portait les odeurs dans une autre direction. Je fis de violents efforts sur moi-même, et parvins à éviter la nausée. Je parcourus du regard le bâtiment, en évitant les cadavres. Je vis, sur une aile du bâtiment, une petite porte entrouverte. Sans trop prendre le temps de réfléchir, je m'en approchais.
Je rentrai dans le bâtiment. Je me trouvai dans la cuisine. Je n'en crus pas mes yeux : le bâtiment n'avait pas l'air d'avoir été pillé, cette cuisine était bien remplie. Au plafond étaient suspendus des saucissons de toute sorte, dans un placard étaient stockées de grandes jarres en terre contenant de la viande fumée. Sur une table étaient disposés de gros radis. Enfin, dans une hotte en osier, se trouvait une sorte de pain, malheureusement moisi.
Je restai ébahi un moment et en oubliai la présence des cadavres. Mon ventre reprit son concert. Fébrilement, sans cesse sur le qui-vive, je m'improvisais un copieux festin, qui finit, enfin, par me rassasier. J'entrepris alors d'explorer l'habitation. Aucune trace de violence nulle part. Cette maison paraissait simplement abandonnée et, n'y eut été la présence des cadavres à l'extérieur, on aurait cru que ses occupants étaient juste partis.
Les chambres me parurent confortables. La nuit allait retomber, et la perspective de sortir affronter les bêtes nocturnes ne me plaisait pas outre mesure. Même la pensée que cinq cadavres en décomposition avancée pourrissaient à quelques mètre ne pouvait m'en donner la volonté.
Je profitai de mes dernières forces pour barricader les portes. Puis je choisis la couchette qui me parut la plus propre et m'y affalai, épuisé.
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Réponse au Sujet 'Les femmes' a été posté le : 06/01/03 21:26
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Une main puissante me secoua et m'arracha du sommeil. J'ouvris les yeux, ébahi. Apparemment, mes précautions avaient été inutiles pour empêcher les intrusions. Deux hommes se tenaient dans la chambre, penchés sur moi. Quand je me redressai, alarmé, ils me parlèrent, m'interrogèrent. Mais, évidemment, je ne comprenais rien. J'essayai de leur faire comprendre, je leur parlai en français, en anglais et, difficilement, en italien. Ils me scrutèrent, pensifs, puis parlèrent entre eux. Enfin, ils me firent signe de me lever et de les suivre.
Je ne savais pas trop à quoi m'attendre, et j'étais inquiet. Les deux hommes portaient d'étranges habits, comme des sortes de combinaisons moulantes, de couleur verte. Ils avaient chacun une ceinture à laquelle étaient accrochés différents ustensiles, un poignard, des petits sachets.
Nous sortîmes dans la cour. Il faisait jour et, évidemment, le soleil tapait. Le gibet avait été démonté, les corps étaient entassés dans une charrette, couverts de bâches. Une dizaine d'hommes, vêtus comme ceux qui m'avaient réveillé, avaient investi l'endroit.
Je montais sur une autre charrette, en compagnie des deux hommes et d'un cocher. L'animal qui nous tirait était semblable à celui que j'avais vu, deux jours auparavant.
Le véhicule s'ébranla et prit vite une allure assez rapide, en suivant une route de terre tracée dans la forêt. La forêt d'où nous ne tardâmes pas à sortir, pour parcourir des routes assez bien entretenues, bordées de champs. La région s'avéra assez montagneuse, et, sur les hauteurs, je pouvais voir, au loin, quelques villages, ainsi qu'une grande ville fortifiée, but semblable de notre voyage.
Pendant tout le trajet, les deux hommes tentèrent de communiquer avec moi, et moi avec eux, mais sans résultat. De temps à autre, le cocher sortait deux ou trois mots qui, à chaque fois, faisaient rire ses compagnons.
Comme je l'avais prévu, nous arrivâmes bientôt aux portes de la ville fortifiée. Elles étaient ouvertes, et un intense trafic de chariots et de piétons y avait lieu. Des gardes, vêtus comme les hommes qui m'accompagnaient, surveillaient la circulation. Je regardais, ébahi, tout ce qui passait à ma portée. Tout m'était inconnu. Même les choses simples, comme les paysans ou les passants les plus banals, différaient de ce que je connaissais ou imaginais. J'étais comme dans un monde médiéval, mais ce n'était pas le monde médiéval que je connaissais, à travers l'Histoire, les livres ou les films. Sans cesse, des détails simples me surprenaient, me sidéraient.
Je constatai vite le peu de présence des femmes. En fait, c'était même l'absence des femmes : je n'en vis pas une seule. Par contre, des mâles de toute sorte, plus ou moins gros, bronzés, riches, remplissaient les rues. Mais j'eus beau scruter attentivement tout ce que je pouvais voir, même à travers les fenêtres, je ne vis pas la trace d'une quelconque présence féminine. Cette absence me mit mal à l'aise.
Nous arrivâmes à un large bâtiment en pierres grises. De nombreux gardes, toujours du même genre que ceux qui se trouvaient avec moi, s'activaient tous autours. Je pensai qu'il s'agissait de la police de la ville, et que ce bâtiment était leur quartier général.
Nous descendîmes de la charrette, et rentrâmes dans la bâtisse. Nous passâmes à côté d'une sorte de cantine remplie de soldats qui prenaient leur pause. Nous descendîmes un étroit escalier jusqu'aux caves, où l'on me fit rentrer dans une prison assez humide, mais pourvue tout de même d'un minimum de confort. Les deux hommes fermèrent la porte et je restai seul.
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Réponse au Sujet 'Les femmes' a été posté le : 07/01/03 23:03
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Un geôlier vint, au bout d'une heure peut-être, m'apporter un peu de nourriture, qui me fit un bien fou. Il y avait deux espèces de galettes de céréale, un gros radis et un pichet d'une eau agréablement fraîche. Ensuite, pendant un moment indéterminé, je restai seul, à broyer du noir. Cette aventure était désespérante. Où étais-je tombé ? Comment me sortir de cet endroit ? Serais-je condamné, tout le restant de ma vie, à vivre dans ce monde inconnu, où je ne comprenais rien, et où personne ne me comprenait ?
Un cri retentit soudain, quelque part dans les cachots qui environnaient le mien. En tendant l'oreille, je pus percevoir également des claquements secs, sans doute de fouet. On torturait quelqu'un quelque part. Cette pensée me fit frémir, et ne m'aida pas à me sentir mieux.
Puis ma porte s'ouvrit, on venait me chercher. Le geôlier, qui m'avait apporté à manger tout à l'heure, me fit signe de le suivre. La peur au ventre, je m'exécutais. Nous parvînmes ainsi à une petite pièce dans laquelle se tenait un vieil homme étrange, à la longue barbe grise. Le mobilier n'était constitué que d'une table et une chaise en bois. Le geôlier me fit signe de m'asseoir. J'obéis, sentant d'ailleurs mes jambes se dérober sous moi.
Le geôlier dit quelques mots à l'occupant de la pièce, et lui tendit une sorte de parchemin. Le vieil homme le consulta et opina d'un geste de la tête. Puis il sortit, par une petite porte qui conduisait dans une minuscule pièce qui semblait remplie d'armoires en bois.
Il revint vite, porteur d'une petite fleur bleu. Il me la donna et me fit comprendre qu'il me fallait l'absorber. Inquiet, je la mis à la bouche et la mâchouillai. Un affreux goût amer envahit mon palais. Je dus faire une grimace très expressive, car le vieil homme m'indiqua clairement qu'il me fallait l'avaler. Ce que je fis, en réprimant un spasme. Une intense douleur au crâne faillit me faire perdre connaissance, je me cramponnais frénétiquement à la table, mais le mal disparut aussitôt.
- Ca va ? me demanda le vieil homme.
Sidéré, je me rendis compte que je le comprenais, à présent. Ce langage me paraissait à présent aussi naturel que mon français natal. Je m'exclamais, dans cette langue jusqu'alors inconnue :
- Mais… Mais… Je comprends tout !
- Hum… Oui, à présent, vous nous comprenez aussi bien que nous… Ce que vous venez de manger est une fleur traductrice…
Il se tourna vers le geôlier et lui dit :
- Il doit assurément venir de loin, pour ne pas connaître les fleurs traductrices…
- Non, je ne connaissais pas… Mais… Combien de temps va durer ce prodige ?
- Tout le temps, à présent… Cette fleur vous a fait savoir notre langue, qui est ancrée en vous à présent, pour toute votre vie…
- C'est… fabuleux…
- Bon, à présent, un magistrat va vous interroger. Allez avec Madan, il va vous conduire…
- Suivez-moi, fit mon geôlier.
Je fus amené à l'étage, dans une pièce ensoleillée, dans laquelle se trouvait une large table, recouverte d'une nappe verte, du même vert que les costumes des gardes. Derrière cette table était assis un homme à la peau pâle et à la fine moustache. Plus loin se tenait un autre personnage, un bâtonnet taillé à la main, qui s'apprêtait à prendre des notes.
Le magistrat me dit de m'asseoir. Puis il me demanda qui j'étais, et d'où je venais.
- Je m'appelle Guillaume Raverd. J'habite à Paris, en France, précisais-je.
Sur Terre, pensais-je.
- Paris, France ? Où est-ce, cela ?
- Loin… Très loin… Je ne sais pas, pour ainsi dire, où je me trouve moi-même…
- Que voulez-vous donc dire ?
- Que je me trouvais chez moi, à Paris, pour soudain me retrouver ici, dans un monde dont j'ignore tout, y compris son nom, sa place dans la carte, son époque, son univers…
- Je ne comprends pas bien… Avez-vous été amené ici contre votre grée, sans que l'on vous en dise quoi que ce soit ?
- Je vais vous raconter, ce sera plus simple…
Ce ne fut pas vraiment plus simple. Raconter ce qui m'était arrivé, tout en restant crédible, ne fut pas facile. Je n'avais rien inventé, mais comment le faire comprendre ? Finalement, après mon récit, le magistrat me considéra un moment. Son secrétaire avait noté tout ce que je disais, avec dextérité, ne me demandant jamais de ralentir mon débit. Le magistrat me dit de sortir un moment, qu'il me rappellerait.
J'obéis. Je me retrouvais dans une sorte d'antichambre, en compagnie de mon geôlier, qui n'était pas bavard. Je m'assis sur un banc de bois, d'où je pouvais apercevoir le couloir que j'avais emprunté, la première fois que j'étais entré dans le bâtiment. C'était un important lieu de passage, qui m'évoquait un commissariat parisien. Je guettai attentivement chacun, espérant vainement apercevoir la moindre présence féminine. En vain.
La porte se rouvrit, et le greffier me fit signe de rentrer à nouveau. Le magistrat n'avait pas bougé. Il prit aussitôt la parole :
- Bon… Nous avons parlé, avec mon secrétaire… Vous avez dû être amené ici par un sorcier… Il y en a, ça se sait, mais on ne les connaît pas… On pense qu'ils ont ce pouvoir de faire voyager à travers les airs.
- Les airs… les airs… Si je pouvais rentrer chez moi par la voie des airs, je serais content…
- Revenons à nos affaires… Je mène l'enquête sur le massacre de la ferme du Lieu… Là où l'on vous a découvert, endormi…
- Ah, c'était donc ça ? Et vous enquêtez sur ces meurtres ? Qui a fait le coup ?
- Nous n'en savons rien, pour l'instant… Dans votre récit, vous nous avez donné les raisons de votre présence en ces lieus… Nous vérifierons, bien sûr…
- Je vous ai dit la vérité…
- Je vous crois, je vous crois… Je vous demanderais de ne pas quitter la ville pendant quelques jours, et de me dire où vous vous installerez, pour que je puisse vous reconvoquer…
- Mais… Attendez, un instant ! … Où vais-je donc loger ? Je ne connais rien de la ville, et je n'ai pas d'argent…
- Hum, oui, c'est vrai que vous n'êtes pas d'ici… Ecoutez, on va vous loger, la ville vous paiera la chambre et la nourriture… Demandez à Madan de vous conduire à la pension Martère, et donnez ce parchemin au maître des lieux…
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Réponse au Sujet 'Les femmes' a été posté le : 09/01/03 02:09
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Je sortis donc, accompagné de mon geôlier, surpris par cette générosité dont la ville faisait part. Nous marchâmes dans les rues ensoleillées jusqu'à une robuste demeure. Je remis le parchemin au nommé Martère, un gros homme jovial au teint rougeaud. Il me conduisit à une chambre à l'étage qui me parut aussitôt accueillante. Madan me quitta, en me précisant qu'il viendrait me chercher dans quelques jours, quand le magistrat voudrait à nouveau me voir. J'étais assez impatient de ce nouvel entretient, car j'avais l'impression que le magistrat savait pas mal de choses et qu'il pourrait peut-être m'aider. En attendant, je n'étais pas fâché d'avoir un peu de liberté, et de sécurité, dans une grande cité où les habitants paraissaient civilisés.
Je redescendis, avec comme idée de sortir dans la rue. Martère me dit que le souper serait servi au couché du soleil.
Je sortis, et partis me balader un peu au hasard, observant sans rien manquer la faune qui s'activait. J'étais de bonne humeur, meilleur que ces derniers jours en tout cas. La bonne humeur de mon hôte devait être communicative. Je flânais donc un bon moment, insouciant.
Pourtant, les premières déconvenues arrivèrent assez vite. D'abord, en voyant les enseignes des boutiques, je me rendis compte que si je savais parler la langue de l'endroit, je ne savais pas la lire. Mais, vu le peu de texte visible, je ne devais pas être le seul.
Ma seconde désillusion fut de me rendre compte que, décidément, aucune femme ne se trouvait sur mon chemin. Etais-je dans une ville sans femme ? L'idée m'était particulièrement désagréable et m'angoissait fortement. Non pas pour moi, je survivrais à une absence féminine pendant quelques jours, mais pour ce que cette idée engendrait. Une ville sans femme, un pays sans femme, un monde sans femme ?
Il y avait au moins une femme, Vanessa. Pour la première fois depuis mon abandon dans la clairière, je me mis à penser fortement à elle. Qu'était-elle donc devenue ? Etait-elle seulement encore vivante ? Une oppressante tristesse s'empara alors de moi. Je m'imaginais toutes sortes de scénarios possibles. Entre les mains des individus qui l'avaient enlevée, tout pouvait lui arriver, et particulièrement les choses les plus atroces. Mais pourquoi diable son enlèvement, d'ailleurs ? Pourquoi des hommes d'un monde inconnu étaient-ils venus sur terre, un soir de juillet 2002, en France, à Paris, dans le XIVe arrondissement, pour y enlever une jeune femme ?
Rempli d'idées morbides, je regagnais tant bien que mal la pension, après avoir demandé deux fois mon chemin. Quand j'arrivais, la grande salle s'était remplie. Une joyeuse assemblée dînait gaiement, en buvant force pichet d'une sorte de vin. Martère me servit une large écuelle d'une bouillie d'aspect peu ragoûtant, mais excellente en fait, ainsi que trois larges tranches d'un pain noir, copieusement graissées. Je fus vite rassasié.
La fête ne dura pas trop, peu à peu, les noceurs sortirent dans la nuit qui était brusquement tombée. Les nombreuses lanternes m'inquiétaient, craignant qu'à chaque mouvement elles ne tombent et enflamment l'habitation.
Je n'étais pas particulièrement joyeux, et n'écoutais que d'une oreille distraite ce qui se disait autours de moi. On parlait de toutes sortes de choses, et en particulier d'un spectacle qui avait eu lieu la veille et qui semblait avoir laissé une grande impression. A un moment, j'abordais Martère :
- Dites-moi… Vous savez, je suis étranger, ici… heu… je suis assez surpris, je n'ai vu aucune femme…
Il me considéra un instant et haussa les épaules, d'un air résigné.
- Vous en connaissez ?
Cette réponse me laissa cois. Il me regarda étrangement, d'un air à demi soupçonneux, et s'éclipsa. Je montai alors dans ma chambre, mortellement angoissé et malheureux. Je dormis très mal.
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Réponse au Sujet 'Les femmes' a été posté le : 09/01/03 02:11
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Les jours suivants furent pénibles. Je me sentais sans cesse empli de mélancolie. Je marchais beaucoup dans la ville, en explorai tous les quartiers, toujours dans l'espoir de voir quelque chose de féminin. En désespoir de cause, j'observais les animaux, comme ces animaux de trait si étranges, qui portaient le nom d'Escérals. Il n'y avait pas de doute, je m'en rendis compte en les examinant dans une grande écurie, ils étaient sexués, et portaient bien des attributs qui les différenciaient sans l'ombre d'un doute.
Je tentais d'aller voir le magistrat à plusieurs reprises. Mais je ne rencontrai chaque fois qu'un petit homme grincheux, un véritable fonctionnaire de préfecture, qui me répondait qu'il n'était pas là, où qu'il était occupé, et qu'il me convoquerait lui-même.
De nombreuses questions s'entrechoquaient dans mon cerveau, décidément mis à rude épreuve ces derniers temps. Nous étions dans une ville sans femme, c'était sûr. Il n'y avait pas le moindre doute. Mais alors, comment se reproduisaient les habitants ? Car ils se reproduisaient, les nombreux enfants qui galopaient dans les ruelles l'attestaient. Mais par quel prodige cela se faisait-il ?
Et, également, comment les hommes canalisaient-ils leur libido ? J'avais beau chercher, je ne pus surprendre le moindre geste tendre entre deux hommes, la moindre caresse. Les gens se parlaient, s'attrapaient par le bras, posaient leurs mains sur les épaules de leur interlocuteur pour se saluer. Tout s'arrêtait là.
Comment se déroulaient les nuits, dans cette sinistre cité ? J'aurais donné cher pour observer le comportement des hommes, une fois leurs habitations calfeutrées, à l'abri du moindre regard. Mais, de toute façon, un strict couvre feu m'empêchait de sortir, dès le soleil couché, pour me rendre compte. Ce couvre feu était d'ailleurs une autre question que je me posais, à laquelle Martère me répondait que, la nuit tombée, les rues n'étaient pas sûres.
Le soir, à table, j'écoutais à présent avec intérêt les conversations de mes voisins. Mais là non plus, aucun indice, aucune allusion. Je n'entendis jamais un propos graveleux. Ils parlaient de leurs affaires, des théâtres et spectacles de rue, de nourriture, ou se racontaient des plaisanteries auxquelles je ne comprenais rien mais qui, immanquablement, les faisaient rire aux éclats. Ils se racontaient beaucoup, également, de nombreux faits divers, arrivés dans leurs quartiers. Chaque soir amenait son lot de récits de crimes atroces, des massacres. Des individus semblaient, la nuit tombée, hanter les rues et s'introduire dans les maisons pour en massacrer les occupants, de manières toujours sanglantes et sordides.
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Réponse au Sujet 'Les femmes' a été posté le : 09/01/03 19:09
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Un matin, le sixième jour depuis mon installation dans la pension Martère, Madan arriva alors que je prenais mon petit déjeuner. Il me dit que le magistrat allait me recevoir. Impatient, et rassuré de ne pas le voir accompagné d'une lourde escorte armée, je ne le fis pas attendre. Je m'asseyais bientôt en face du magistrat et de son secrétaire, qui semblaient ne pas avoir bougé de toute la semaine.
- Bon, fit le magistrat, nous n'avons rien contre vous, il nous paraît impossible que vous ayez fait le coup.
- Heureux de vous l'entendre dire… Savez-vous qui sont les coupables ?
- Nous pensons qu'il s'agit d'une bande d'assassins qui sévit dans la région, et qui sont déjà coupables d'autres méfaits de ce genre.
- La région n'est pas sûre, on dirait…
- Bah, ces scélérats ne vont plus continuer longtemps, vous pouvez en être certain…
- Tant mieux, alors… Heu… Sinon, j'aurais bien quelques questions…
- Faites vite.
- Heu… A propos de mon cas, que pouvez-vous me dire ?
- Rien, je ne peux rien vous dire… Il apparaît qu'un sorcier vous a fait venir, ici, en Chaîgnerais, pour des raisons que nous ignorons…
- D'accord, mais comment rentrer chez moi ? Ce sorcier, s'il m'a fait venir, pourrait sans doute me faire repartir…
- Encore faut-il que vous retrouviez ce sorcier. Et, croyez-moi, les sorciers se cachent bien… Si vous aviez une idée des hommes qui vous ont emmené…
- Je n'en sais rien… Il n'avaient rien de particulier… Ah, si, je me rappelle, ils avaient tous une sorte de blason sur leurs vêtements…
- Comment était ce blason ?
- C'était une représentation d'un grand lézard…
Le magistrat sursauta. Il jeta un regard entendu vers son secrétaire, qui le lui rendit. Puis ce dernier fouilla dans une pile de parchemins qui se trouvaient sur la table, devant lui, pour en tendre un à son chef. Celui-ci me le montra. Il comportait le même dessin que les habits des hommes.
- C'est bien ça, dis-je.
- Bien, j'aurais dû m'en douter, répondit le magistrat.
- Qu'est ce que c'est que ce blason ?
- C'est le blason de Doroor. Ca ne m'étonne pas.
- Mais qui est ce Doroor ?
- C'est un seigneur de guerre, qui vit au-delà des Montagnes Dorées.
- Mais bon sang, allez-y, parlez-moi de ce type ! Où sont donc ces Montagnes Dorées ?
- Hum… Les Montagnes Dorées sont une chaîne de montagnes, assez loin au Nord… Doroor est un puissant seigneur de guerre, qui a combattu il y a une dizaine d'années pour la Chaîgnerais, et nous a permis de conquérir les puissantes cités de Valtorg… Il est très riche, et est en liens secrets avec tous les puissants royaumes et républiques du Monde…
- Mais pourquoi ce Doroor aurait-il enlevé Vanessa ?
- Quel drôle de nom… Pourquoi ? Qu'en sais-je, moi ? C'est à lui qu'il faudrait le demander…
- Comment rentrer en contact avec lui ?
Le magistrat et son secrétaire ricanèrent.
- On ne rentre pas en contact avec Doroor…
- Peut-on aller le voir ?
- Le voir ? Ca ne me parait pas possible… Il se trouve, dans son château, quelque part derrière les Montagnes Dorées… C'est loin, très loin, sans compter qu'il faut traverser la contrée de Valoon, en guerre contre la Chaîgnerais… Ensuite, franchir les Montagnes Dorées tient de l'exploit… Puis, après, on se trouve dans une région pratiquement inconnue, dont les habitants sont tous atteints d'un crétinisme congénital. Sans oublier qu'il faut chercher le château de Doroor, qui ne figure sur aucune carte, au risque de se faire assassiner par le premier mercenaire dont on croise la route. Et, pour finir, Doroor peut très bien ordonner qu'on vous empale ou qu'on vous écartèle, pour son plaisir.
Le silence, pesant, régna dans la salle un bon moment. Je demandai enfin :
- Mais… Ce Doroor est votre allié, puisqu'il vous a aidé dans votre guerre… Il ne devrait pas y avoir tant de risque…
- Doroor n'est que l'allié des puissants. Il est, je vous l'ai dit, en contact secret avec la plupart des chefs, et d'eux uniquement… Et j'ai oublié de vous préciser qu'il aurait fait venir la plupart des sorciers dans sa seigneurie…
Le magistrat se tut. Il s'était levé pendant ces derniers mots, et se tenait à la fenêtre.
- Mais… Ecoutez, dites-moi, comment puis-je retourner chez moi ? demandai-je. Faut-il que je trouve un sorcier, et vous me dites qu'on ne les trouve que chez Doroor, ou pensez-vous à un autre moyen ?
- Vous venez d'un endroit inconnu… Nous ne savons pas où se trouve votre contrée… Peut-être à l'ouest, au-delà des océans, dont nous ne savons rien…
- L'Amérique, chuchotai-je.
- Pardon ?
- Rien… Rien… Donc vous ne voyez pour moi qu'une solution, à savoir aller chez ce Doroor ?
- Non, n'y allez pas, m'enjoignit le magistrat en me fixant des yeux. Vous ne pouvez pas réussir. Je ne vois qu'une solution pour vous… Restez. Habituez-vous à ce monde, à cette existence. Faites-vous à cette idée, vous ne pouvez pas retourner. Restez.
Je pensai à ce monde, à cette ville que je commençais à connaître, à ses habitants tous masculins, à son couvre feu, à ses meurtres sordides une fois la nuit tombée. Puis je pensai à Vanessa.
- Je ne pourrai pas, dis-je.
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Réponse au Sujet 'Les femmes' a été posté le : 10/01/03 18:09
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Le lendemain matin, alors que je m'étais attablé devant un copieux repas, le magistrat arriva à la pension.
- Alors, Guillaume, me dit-il, toujours décidé à partir ?
- Je n'ai pas le choix, répondis-je.
- C'est de la folie. Je vous l'ai dis et le répète. Mais écoutez, je… prenez ceci, ça vous aidera dans votre voyage.
Il posa devant moi une petite poignée de fleurs bleues, soigneusement emballées dans une feuille d'arbre.
- Il y a là toutes les langues des contrées que vous allez avoir à traverser… Le danger sera toujours là, mais au moins comprendrez-vous ce qui se dira…
- Merci, ça me sera très utile en effet. Vaut-il mieux que je les absorbe au fur et à mesure des besoins, ou là, maintenant ?
- Prenez les une par une, maintenant… Il ne faudrait pas les perdre.
- Bon… Du courage.
J'absorbais chacune des fleurs, toutes infectes, et qui me donnèrent à chaque fois de violents maux de tête. Mais, au bout d'une demi-heure, je savais parler une demi-douzaine de langues.
- N'y a-t-il pas des fleurs qui permettent de lire et écrire ? demandai-je.
- Non, malheureusement, ces fleurs ne peuvent transmettre qu'un enseignement oral. Mais ce n'est pas très important, très peu de gens ici savent lire.
- D'accord. Et bien, à présent, il ne me reste plus qu'à partir…
- Je vous ai fait préparer quelques provisions, ainsi qu'un escéral, qui vous permettra de ne pas trop vous fatiguer. Vous avez aussi une bourse garnie de pièces d'or, que je vous conseille de dissimuler soigneusement, et quelques armes.
- Je vous remercie beaucoup… Mais… pour l'escéral, je n'ai jamais monté ce genre de bête, et ne saurai sûrement pas l'apprivoiser.
- Ne vous en faites pas pour cela. Un de mes hommes va vous apprendre, vous saurez tout vite.
Nous sortîmes. Devant la pension se tenait l'inquiétant animal, lourdement chargé, ainsi que deux gardes.
- Je vais vous laisser, fit le magistrat. Votre périple sera rempli d'embûches, souvenez-vous bien. Vous devrez d'abord franchir la frontière avec Valoon, ce qui ne sera sûrement pas une mince affaire. Une fois à Valoon, vous serez tranquille quelques temps, vous parlerez leur langue, vous n'êtes pas natif de la Chaîgnerais… Ensuite… Qu'Uterdot vous protège…
Le magistrat prit congé. Toute la journée, les deux gardes m'enseignèrent comment maîtriser mon escéral, ce qui s'avéra en fait plus simple que je le craignais. Malgré son aspect menaçant, c'était un animal très doux, obéissant, et capable de courir à une grande vitesse. Herbivore, il trouverait facilement à se nourrir pendant le voyage.
Je passais une dernière longue nuit à la pension. Le lendemain, j'étais prêt à partir.
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Réponse au Sujet 'Les femmes' a été posté le : 10/01/03 22:44
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Les premières journées du voyage se déroulèrent agréablement. Le pays était certes toujours aussi caniculaire, mais les nombreux points d'eau rendaient la chaleur plus supportable. Les paysages étaient magnifiques. De nombreuses villes et villages jalonnaient ma route, de sorte que je n'avais aucun mal à trouver à me loger. La perspective de nuits à la belle étoile ne m'attirait pas vraiment, avec ces histoires de bandes sanguinaires d'assassins, sans compter les bêtes féroces.
J'étais toujours bien accueilli. Avec mon mètre quatre vingt, j'étais plus grand que la moyenne des gens que je croisais sur mon chemin. J'étais un homme très séduisant. Si seulement j'avais pu dénicher quelque jeune femme sur mon trajet, j'aurais été parfaitement heureux. Mais, évidemment, je ne voyais que des êtres du sexe masculin, à part les animaux qui eux étaient normaux.
Avec ce Doroor, j'avais complètement oublié d'interroger le magistrat sur les femmes. Je le regrettais, la question continuait à me tarauder sans cesse. Quand je lui avais raconté ma venue dans ce monde, j'avais mentionné Vanessa comme "une amie". C'était d'une part un peu une vantardise, je ne la connaissais que de vue et elle ne devait jamais m'avoir remarqué. Mais, d'autre part, si j'avais clairement mentionné son sexe, ça aurait intrigué le magistrat, et j'aurais pu engager une conversation sur le sujet.
Pour le moment, j'avançais à bonne allure sur les routes de campagne, assez confortablement installé sur mon escéral, auquel j'avais donné le nom de Martin. Je ne fis pas une mauvaise rencontre, et ne vis pas l'ombre d'une bête féroce. Chaque soir, quand le soleil commençait à se voiler à l'horizon, je gagnai les habitations les plus proches où se trouvait, dans la plupart des cas, une auberge accueillante. On mettait Martin à l'écurie et je passais une bonne soirée à manger et à discuter avec des gens, toujours aimables. Puis je dormais d'un sommeil sans rêve. Le matin, après un bon repas, j'étais prêt pour une nouvelle journée de voyage. Le pays semblait riche, jamais on ne manquait de nourriture, et les chambres étaient assez propres.
Un jour, pourtant, je me rendis compte que j'approchais de la frontière, en voyant une imposante colonne de cavaliers, plutôt d'escéraliers, solidement armés. Puis les soldats se firent de plus en plus importants, et les civils de moins en moins insouciants. Enfin, une semaine et demi après avoir quitté la pension Martère, je rencontrai un groupe de militaires qui me dirent que je ne pouvais aller plus loin, que j'arrivais dans la zone des combats.
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Réponse au Sujet 'Les femmes' a été posté le : 11/01/03 19:44
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J'avais sur moi un parchemin, que m'avait remis le magistrat, qui me permit de passer ce premier obstacle. Mais les soldats m'enjoignirent à une grande prudence.
Tous les sens en éveil, je poursuivis mon périple. Perché sur mon escéral, j'avais une bonne vue générale de ce qui m'entourait, et passais mon temps sur le qui-vive à guetter tout mouvement suspect. Grâce à mon parchemin, je pus passer la nuit dans un petit camp retranché, en compagnie d'une dizaine de soldats, qui me racontèrent le front. L'ennemi avait creusé de profondes tranchées qui empêchait quiconque de passer. Les militaires me racontèrent qu'une offensive allait se préparer, que je pourrais peut-être en profiter, et qu'il faudrait que j'aille voir un certain capitaine Lagaud.
Je passais la journée du lendemain à parcourir les camps militaires à la recherche du fameux capitaine. Enfin, dans la soirée, je pus le rencontrer. A nouveau, le parchemin que m'avait remis le magistrat fit merveille. Il me faisait passer pour un important agent du royaume, qui devait à tous prix passer la frontière, et auxquels les militaires devaient apporter toute l'aide nécessaire.
Le capitaine m'expliqua qu'en effet, une attaque allait avoir lieu, le lendemain. En attendant, il m'invita à partager son repas. Pendant ce plaisant dîner, il m'expliqua la tactique employée.
- Il faut à tout prix enfoncer les lignes ennemies. Ils se sont enterrés à quelque lieu et bloquent le passage. Nous allons envoyer une douzaine de Rexors, qui vont les écraser et nous ouvrir une brèche, qu'empruntera alors un régiment de trois cents escéraliers. Une fois le passage ouvert, l'infanterie occupera le terrain. Vous aurez trois hommes avec vous, et pourrez profiter de la charge pour gagner les lignes arrières de Valoon…
Je dormis ensuite, d'un sommeil bien reposant. A l'aube, on vint me réveiller. Le capitaine me présenta trois escéraliers, qui avaient pour mission de m'escorter et de veiller sur moi. Puis nous montâmes sur une colline, pour observer les premières phases du combat.
Je réprimais un frisson quand je vis que ce que le capitaine Lagaud avait appelé Rexors s'avéra être une douzaine de bêtes semblables à celle qui avait voulu me dévorer, lors de ma première nuit en Chaîgnerais. C'est vrai qu'avec leurs cuirasses, c'était de véritables chars d'assaut. Cinq hommes, montés sur des escérals, les guidaient à l'aide de lourdes piques de métal. Quand les douze monstres se mirent ensemble en mouvement, toute la campagne environnante se mit à résonner. Les Rexors piétinaient impitoyablement droit devant eux, en avançant aussi vite qu'un bon coureur, et émettant un sourd grondement qui les rendait plus terrifiants encore. Le capitaine m'indiqua du doigt les tranchées de Valoon, au fond de la vallée.
Rapidement, les Rexors les rejoignirent. D'où nous nous trouvions, nous ne vîmes pas grand chose, ce qui ne me déplût pas, car la déroute des ennemis devait être particulièrement affreuse à observer. Les Rexors les avaient à peine rejoint que la troupe d'escéraliers s'ébranla.
- Vous irez au devant de l'infanterie, me dit le capitaine, suivez-moi.
Nous descendîmes dans la vallée. Derrière nous, l'armée de la Chaîgnerais, disciplinée, attendait son tour de se jeter dans la bataille.
Le capitaine lança un ordre et s'élança. Tous, nous le suivîmes. J'étais alors partagé entre l'excitation et la peur. Qui m'aurait dit, quelques semaines auparavant, que je m'élancerais, sur une sorte d'éléphant-dinosaure, devant toute une armée médiévale, au cœur d'une bataille ?
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Réponse au Sujet 'Les femmes' a été posté le : 12/01/03 19:12
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Un spectacle désolant nous attendait, sur le champ de bataille. Les tranchées étaient effondrées, labourées. Les Rexors, que les escéraliers contenaient dans un coin, avaient impitoyablement piétiné les soldats ennemis, et en avaient dévoré un bon nombre. La victoire était totale. L'avant-garde d'escéraliers n'avait eu qu'à achever les rares survivants. Plusieurs foyers brûlaient, des restes de huttes ou de tentes, ultimes vestiges des installations de Valoon.
- En avant, ordonna le capitaine, nous n'allons pas en rester là, il faut enfoncer un maximum les lignes ennemies avant la tombée de la nuit.
Tous, escéraliers en têtes, s'élancèrent à nouveau, en poussant des cris de victoire. Le capitaine vint me trouver.
- Restez en arrière, avec vos hommes. Nous allons aller le plus loin possible chez l'ennemi. A la nuit tombée, vous pourrez tenter de passer la frontière.
Je ne demandais pas mieux. Toute la journée, la bataille fit rage, et rien ne put contenir l'avancée des armées de la Chaîgnerais. Avec mes hommes d'escorte, nous avançâmes tranquillement, parcourant les vallées encaissées, découvrant des cadavres dans chaque buisson, derrière chaque rocher. Plusieurs fois, nous grimpâmes sur des sommets pour observer le combat. Sans cesse, les escéraliers prenaient la tête. Ils jetaient dans les fourrés des petites fioles en terre cuite, qui se cassaient et enflammaient les buissons et les hommes qui s'y cachaient. De véritables grenades.
J'étais passablement déprimé par toute cette violence, tous ces morts. Je vis également un bon nombre de blessés, dont certains avaient été amputés d'un ou plusieurs membres. Les escéraliers avaient, en plus de leurs bombes incendiaires, de larges sabres terriblement effilés, avec lesquels trancher une tête d'un seul coup paraissait aussi simple que de couper une feuille de papier. Mais, en même temps que ce dégoût, je ne pouvais pas ne pas me sentir envahi de ce sentiment général de surexcitation, de victoire. Dès que les escéraliers prenaient position d'un camp ennemi, des clameurs de joie éclataient. On voyait, au loin, de nombreux soldats de Valoon qui prenaient la fuite, à l'approche de la terrible clameur de mort qui leur venait dessus.
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Réponse au Sujet 'Les femmes' a été posté le : 12/01/03 19:17
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Quand la nuit fut là, chacun était épuisé, mais l'enthousiasme n'avait aucunement faibli. Le capitaine Lagaud, néanmoins, ordonna qu'on dresse le campement. Chacun s'activa à diverses tâches. Le capitaine vint me trouver.
- Nous allons nous séparer, me dit-il. Vous, vous allez aller avec un groupe que j'envoie en éclaireur. Il semblerait que l'ennemi ait fui avant notre arrivée, laissant le champ libre sur quelques lieux. Je préfère m'en assurer.
- Très bien, capitaine, merci pour votre aide, et félicitation pour votre victoire d'aujourd'hui…
- Hé, hé, vous avez vu ? Et ce n'est pas fini, qui sait, peut-être vous rejoindrons-nous plus loin ?
- Qui sait…
Je partis donc, avec mon escorte, en compagnie d'une dizaine d'éclaireurs. J'étais loin d'être rassuré. Si l'ennemi s'était replié, peut-être était-ce dans le but de préparer une écrasante contre-offensive. De plus, dans l'obscurité des vallées, de plus en plus encaissées, je m'attendais à chaque pas à une embuscade.
Cependant, les éclaireurs étaient remarquablement organisés. Deux d'entre eux galopaient en tête, armés d'arcs. Dès qu'un buisson ou un monticule important se trouvait sur notre route, l'un d'eux lui décochait une flèche. Celle-ci devait être imprégnée d'un produit spécial, car à chaque fois, elle provoquait un petit incendie. L'armée de la Chaîgnerais semblait décidément experte en matière de pyrotechnie.
Nous progressâmes ainsi pendant plusieurs heures. Régulièrement, nous faisions une courte pause, qui permettaient aux bêtes de souffler un peu et de reprendre quelque force. Les éclaireurs en profitaient pour explorer le terrain alentour et, avant de repartir, formaient de curieux petits monticules de pierres sur le chemin. On m'expliqua qu'il s'agissait de messages laissés à l'armée, qui allait nous suivre.
Enfin, alors que je commençais à sentir les affres de l'épuisement, l'un de nos hommes, qui était parti en tête, nous fit signe, du haut d'un promontoire rocheux. Nous le rejoignîmes. D'où nous étions, la vue était très dégagée, la lune éclairait une large plaine que barrait un large mur fortifié. Cette muraille semblait n'avoir ni début, ni fin. Je compris que nous avions atteint la frontière.
Nous examinâmes soigneusement la muraille. Les hommes qui m'entouraient semblaient assez étonnés et méfiants.
- C'est la Grande Muraille, expliqua le chef de la patrouille, c'est étonnant que nous ayons pu aller jusque là, sans rencontrer personne… Je veux bien qu'ils aient fui à notre approche, mais tout de même, ils n'auraient pas laissé le passage ouvert jusqu'à leurs murs…
- Peut-être n'avons-nous pas vu les corps de garde, suggéra un homme, et ne nous ont-ils pas vu…
- Hum… Ce serait quand même étonnant… Mais il y a autre chose, on dirait que la muraille est déserte… Il devrait y avoir des sentinelles, et des corps de garde.
Je me sentais angoissé par l'embarras des soldats. Pour moi, il ne faisait aucun doute, l'ennemi avait préparé un piège. Mais les hommes de la patrouille ne le pensaient pas.
- Il est peut-être arrivé quelque chose, fit le chef. Bon, deux hommes avec moi, je vais gagner les fortifications…
Epuisé, je regardais, avec le reste des soldats, les trois hommes qui progressaient prudemment dans les hautes herbes. J'étais, il faut le dire, assez admiratif de leur courage, s'engager ainsi dans le camp ennemi sans savoir ce qui les attendait. Mais j'étais également admiratif de moi-même, du fait que mes nerfs aient tenu le coup jusqu'à présent. Car rien dans ma vie ne m'avait préparé à me trouver ainsi, en pleine guerre, quasiment seul au milieu d'une région hostile et mystérieuse.
Les trois éclaireurs disparurent dans l'ombre de la haute muraille. Puis nous vîmes des signaux de lumière.
- Ils vont gravir le mur, expliqua un homme à mon intention, ils n'ont rien vu de particulier.
Nous attendîmes encore un petit moment. Puis nous vîmes leurs trois silhouettes se profiler sur les remparts, contre la lumière de la lune. Ils restèrent en observation un moment puis, à nouveau, nous envoyèrent des signaux.
- On y va, fit l'escéralier prêt de moi, il n'y a aucun mouvement suspect.
La peur au ventre, je progressai, quasiment à plat ventre, jusqu'aux murs. Une corde avait été mise, pour nous permettre de monter facilement. Nous attachâmes les escérals et escaladèrent la paroi. J'eus quelques difficultés, mais les pierres étaient très irrégulières et offraient de nombreuses prises qui facilitèrent ma progression. En haut, les trois éclaireurs nous attendaient.
- La muraille a été désertée, déclara le chef. Il est réellement arrivé quelque chose, nous avons trouvé le corps d'un garde aux trois quarts dévoré, à quelques mètres. J'ai bien l'impression qu'il est passé la Boule Noire…
A ces derniers mots, tous les militaires frissonnèrent.
- Doroor nous aiderait-il une nouvelle fois ? demanda l'un d'eux.
- Comment le savoir… Tu sais bien que rien ne prouve que la Boule Noire et Doroor soient liés.
- Non, mais c'est très possible… Si tel est le cas, nous avons la victoire en tout cas.
Les militaires étaient tous partagés entre l'euphorie et la crainte. Pour ma part, je ressentais quelque angoisse, au nom de Doroor. De plus, cette fameuse "Boule Noire" qui semblait terrifier mes compagnons, me donnait des frissons.
- Allons, nous allons nous arrêter pour aujourd'hui, ordonna le chef. Nous allons rester sur la muraille, et attendre notre armée, qui devrait arriver vers la mi-journée.
J'étais enchanté de pouvoir enfin m'étendre, malgré la crainte qui me tenaillait, car je tenais à peine debout. Le chef organisa des tours de garde parmi ses hommes, et chacun s'installa.
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Réponse au Sujet 'Les femmes' a été posté le : 12/01/03 19:37
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Je me permets un petit commentaire au passage.
A comparer vos deux textes actuels ("Les Déchus" et "Les Femmes" ), on sent nettement que c'est celui-ci que vous maîtrisez le mieux. Le genre fantastique semble vous mettre plus à l'aise, et votre style est plus dense (moins décousu, donc) que dans "Les Déchus".
Quant au narrateur, je ne sais pas trop si c'est recherché, mais il y a un effet de "détachement", comme s'il n'était pas vraiment impliqué dans toute cette aventure, comme s'il racontait l'histoire de quelqu'un d'autre...
En tout cas, c'est prenant ! Bonne continuation...
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Réponse au Sujet 'Les femmes' a été posté le : 13/01/03 21:19
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Et bien merci Nyxl pour votre intervention!
(tous les commentaires seront les bienvenus, d'ailleurs )
En fait, dans "les déchus", j'ai cherché à travailler autant le fond que la forme, alors que dans "les femmes", je ne me préoccupe que de raconter une histoire, ce qui donne, je le reconnais, plus de légèreté à l'ensemble. De plus, je ne me focalise que sur un point de vue, qui rends la narration plus aisée.
Et ce "détachement" vient de là aussi. Le narrateur raconte, relate, les suites d'évennements qui lui arrivent.
En tous cas, la suite arrive...
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L'armée nous rejoignit en fin de mâtinée. Le capitaine fut surpris mais content de me retrouver. Il nous invita, toute la patrouille et moi, à venir partager son déjeuner. Nous lui racontâmes notre nuit. Il avait, à son arrivée, fait partir de nouveaux éclaireurs, qui revinrent nous prévenir qu'il n'y avait aucune trace d'ennemis vivants à des lieux à la ronde. Par contre, ils avaient trouvé de nombreux cadavres. Des bataillons entiers semblaient avoir été attaqué. Leur mort remontait à deux jours environ.
Le capitaine me dit qu'il allait stationner sur place pendant quelques jours, en attendant des ordres de la capitale. Il me proposa à nouveau de mettre quelques hommes à ma disposition pour que je parte en avant. J'acceptai. J'étais assez fatigué de fréquenter des militaires, et j'avais hâte de retrouver des gens normaux. De plus, je ne me sentais pas tranquille dans ce lieu, avec cette mystérieuse et épouvantable Boule Noire, et préférais mettre le plus de distance possible entre cette sinistre muraille et moi.
Je partis donc, accompagné de quatre hommes, que je quitterais assez vite, pour ne pas éveiller l'attention. De toute façon, selon le capitaine, si la Boule Noire avait frappé, l'armée de Valoon devait être en complète débâcle.
Pendant notre repas, des soldats avaient ouvert une large brèche dans la muraille, de sorte que nous n'eûmes pas à faire de détours afin d'atteindre la porte la plus proche, située à bonne distance disait-on, pour passer à Valoon avec nos escérals. Nous pûmes partir d'un bon pas. Après les hautes collines et les vallées escarpées de la Chaîgnerais, le paysage de Valoon était très plat, et seules d'épaisses forêts empêchaient de voir au loin. La route était peu accidentée, et rien ne ralentissait nos montures.
Au fur et à mesure de notre avancée, le paysage se transforma. Nous vîmes apparaître quelques fermes ou hameaux abandonnés. Il n'y avait pas de trace de la Boule Noire, mais les habitants avaient dû fuir devant les nouvelles alarmantes du front. Le soir, nous dressâmes notre campement dans une de ces habitations.
Le lendemain, mon escorte m'annonça qu'à présent, j'étais suffisamment avancé dans le pays pour avoir besoin d'eux. En étant seul, j'attirerais moins une éventuelle attention. Nous nous quittâmes donc et, tandis que je continuais ma route, ils reprirent la direction de la frontière.
J'étais seul à présent, en pays inconnu. J'étais loin d'être rassuré. J'aurais aimé trouver sur ma route une ville encore occupée, pour enfin cesser d'être assimilé à l'avant-garde de l'armée de la Chaîgnerais. Je galopai donc, tous sens en éveil. Ma solitude me faisait à nouveau cogiter. J'essayais de remettre en place tout ce que j'avais appris et découvert ces derniers jours. Pas grand chose, en fait. J'avais fait la connaissance, si l'on peut dire, d'un nouvel ennemi, d'une nouvelle monstruosité que ce monde semblait receler. Cette terrible Boule Noire, qui faisait frémir tout le monde quand on l'évoquait, et dont je ne savais rien, à part qu'elle pouvait mettre en déroute une armée entière. Elle était, peut-être, mais personne n'en était sûr, propriété ou allié de ce Doroor, seigneur de guerre autant réel que légendaire, qui avait fait enlever Vanessa et qui, seul, pouvait nous ramener dans notre monde.
Je pensais ainsi quand le soir tomba. J'étais en nage, la chaleur était toujours la même qu'à la Chaîgnerais. Le paysage avait changé : après les plaines couvertes de forêts, j'étais à présent sur des sortes de plateaux pierreux couverts de gros buissons épineux. Je n'avais pas vu une construction depuis des heures. Je décidai de continuer un maximum, tant que le soleil ne s'était pas entièrement couché. Je ne tenais aucunement à passer une nuit seul à l'extérieur.
En arrivant au sommet d'un plateau, légèrement plus élevé que les autres, je vis plus loin une grosse construction, composée de plusieurs bâtisses et de tours. Je lançai ma monture dans sa direction et arrivai alors que la nuit était bien tombée.
C'était une sorte de château, mais la configuration des bâtiments laissaient entendre qu'ils occupaient des fonctions particulières. Je pensais à une sorte d'abbaye ou de monastère. Il était, de toute évidence, déserté de ses occupants.
La lourde porte de bois qui formait l'entrée était ouverte. Je débouchais dans une grande cour, qui semblait occuper le centre de l'ensemble. Je repérai les écuries et y amenai ma monture. Elles étaient vides, évidemment, mais contenaient une bonne quantité de fourrage, prouvant qu'en temps normal, elles devaient contenir plusieurs centaines d'escérals. J'y laissai Martin, pris dans ses musettes quelques vivres, un sabre et quelques pierres à feu. Je m'installai à quelques mètres, dans un tas confortable de fourrage, et y aménageai un nid. Il faisait trop sombre pour partir explorer, et je ne m'en sentais d'ailleurs pas le courage.
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Réponse au Sujet 'Les femmes' a été posté le : 14/01/03 23:01
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Le matin, après une bonne nuit où aucun visiteur inopportun n'était venu me déranger, je résolus d'aller reconnaître les lieux. Je sortis dans la cour, et entrai dans le bâtiment le plus vaste que je vis. Je me retrouvai dans une immense salle à manger, qui devait pouvoir contenir un bon millier de convives. Je ne m'étais pas trompé, j'étais bel et bien dans une sorte de monastère.
Poussant mon exploration, je ne tardai pas à trouver les cuisines, gigantesque, et abondamment pourvue. L'ordre religieux ne devait pas prôner l'abstinence. Les dortoirs, que je découvris ensuite, n'offrirent rien d'intéressant.
Je ressortis et pénétrai dans ce qui me semblait être le lieu de culte. S'il partageait certains points communs avec nos églises, comme la hauteur du plafond et les larges colonnes, son architecture était différente. Il ne comportait pas de vitraux, uniquement de petites ouvertures qui ne laissaient passer qu'un minimum de rayons du soleil. L'endroit était agréablement frais.
Je constatai l'absence de bancs ou de siège quelconque. L'autel semblait se trouver au centre de la salle, et formait un cercle d'une dizaine de mètres de diamètre. Seul un bloc de pierre cylindrique s'y trouvait. Peut-être, ce qu'il supportait avait été emporté par les moines, pour ne pas tomber entre les mains de pillards. Au-dessus de l'autel était suspendue une énorme lampe qui, une fois toutes ses bougies allumées, devait fortement éclairer la scène. Sinon, je ne remarquai aucun ornement nulle part, ni statue, ni peinture, ni rien qui m'indiqua l'apparence du ou des dieux à qui ce lieu était consacré.
J'explorai la salle et y trouvai une petite porte, bien cachée dans l'ombre. Mais elle était solidement fermée, et je ne voulus pas l'enfoncer. Je ressortis et visitai le reste des bâtiments, mais sans résultat intéressant. Cependant, comme j'allais rejoindre l'écurie pour reprendre ma route, j'avisai un auvent, dans un coin sombre de la cour, qui protégeait un escalier qui s'enfonçait dans le sol. Après avoir allumé une torche, j'entrepris de descendre.
Je me retrouvai dans une cave voûtée, qui offrait un long couloir. Je l'empruntai. Les murs de pierre étaient vides, sauf par endroits quelques signes tracés au noir de charbon, mais qui ne m'étaient nullement compréhensibles. Je débouchai finalement dans une grande salle, aux murs de laquelle étaient appuyés de larges panneaux de bois. En approchant ma torche, je discernai de vieilles peintures, abîmées par le temps. Mais j'y reconnus néanmoins des représentations d'hommes nus, étrangement stylisés. Ils étaient tous différents, mais traités avec les mêmes codes.
Puis, brusquement, une peinture fut différente des autres. On avait en fait repeint par-dessus, on avait rajouté des motifs. Des motifs qui me sidérèrent : deux ronds sur la poitrine, et un triangle, pointe vers le bas, sur le sexe. Il n'y avait aucun doute, on avait ajouté les attributs de la femme sur une représentation d'homme. Je frissonnais. Examinant attentivement le panneau, je remarquais que l'homme qui y était représenté y était le plus féminin de tous. Il était très mince, la taille fine. La question ne se posait pas, pour moi : celui qui avait rajouté les attributs féminins avait déjà vu une femme, et avait choisi la peinture en circonstances.
Cette découverte me laissa dans un étrange état. L'absence de femme, dans ce monde, était certes inexplicable, mais j'avais fini par me faire une sorte de raison. Ce monde, après tout, m'était totalement inconnu, et si de nombreux détails le rendaient tout de même assez proche du mien, d'autres l'en éloignaient fortement. Il n'y avait pas de femme, ici, d'accord. C'était absurde, impensable, impossible, mais D'ACCORD. Mais là, c'était le mystère, un mystère insondable. La femme existait. Où était-elle ? Etait-elle une légende ?
Il s'y trouve au moins une femme, me signala une petite voix dans ma tête, à savoir Vanessa. Oui, je savais qu'il y avait au moins une femme dans ce monde. Mais dans quel état ? Etait-elle seulement encore vivante ?
Je sortis dans la cour. J'étais malade d'angoisse, je me sentais désespérément triste. J'envisageai même plusieurs moyens de mettre fin à cette aventure absurde, et à ma vie par la même occasion, mais je me ressaisis. Le soleil était haut dans le ciel, je ne devais pas traîner. Je devais coûte que coûte aller trouver ce Doroor, et ce au plus vite. Je grimpais donc sur ma monture, et m'élançais au soleil.
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Réponse au Sujet 'Les femmes' a été posté le : 16/01/03 18:49
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Après une harassante journée de voyage, je passais la nuit dans une vieille ferme abandonnée. Au sortir d'un sommeil sans histoire, je repris ma route. Je n'étais pas reparti depuis une heure que j'arrivai à l'entrée d'une petite ville. De nombreux soldats l'occupaient, et j'eus des sueurs froides. Cependant, je ne fus pas inquiété, et continuai ma route sans qu'ils ne m'interrogent. J'avais rejoint la population de Valoon, à présent. Une intense activité militaire dans la région me fit comprendre qu'on attendait de pied ferme les troupes de la Chaîgnerais.
Sur la route, je commençai à voir des réfugiés, populations qui fuyaient, souvent dans le plus grand désordre, la progression des ennemis. Je vis des familles entières, évidemment uniquement composées de membres du sexe masculin, juchées avec le maximum d'effets personnels sur des chariots brinquebalants. Je remarquais que les escérals n'étaient pas si fréquent que cela, et plutôt réservés aux gens aisés. La plupart utilisaient une autre race d'animaux de trait, plus petite, qui marchaient sur quatre pattes et étaient couvert d'un pelage très ras, sauf sous le ventre où une épaisse toison noire frottait la poussière.
L'armée était partout présente, par petits groupes d'infanterie qui stationnaient au bord de la route. M'étant rendu compte de la puissance de l'armée de la Chaîgnerais, je me disais que la résistance serait vite maîtrisée. Les soldats que je croisais semblaient d'ailleurs ne se faire aucune illusion sur leur sort. Je me dis qu'on verrait beaucoup de déserteurs sur les routes, ces prochains jours. J'étais assez impatient de quitter le pays, car je me doutais bien que la débâcle entraînerait de nombreux troubles.
J'entrepris de rentrer en communication avec les réfugiés. Dès que j'eus entendu quelques mots de leur langue, je pus vite l'identifier parmi la demi-douzaine d'idiomes que les fleurs m'avaient appris. La plupart des gens que j'abordais venaient de régions plus au sud, sans doute celles que j'avais parcourues. Je rencontrais quelqu'un qui habitait assez prêt de la grande muraille. Il était en fuite depuis quelques jours déjà. Il ne savait rien de la grande débâcle militaire que Valoon avait subie. Il était parti en voyant arriver un large bataillon, qui disait qu'il allait empêcher l'armée de la Chaîgnerais de franchir la muraille. Craignant les combats, cet homme avait chargé ses biens les plus précieux dans sa charrette et, accompagné de ses deux fils, avait pris la route. Ils s'étaient arrêtés un moment dans une petite ville mais on leur avait annoncé que les ennemis n'avaient pas été stoppés et continuaient leur progression. Il s'était donc remis en route, et tentait de gagner la capitale, à présent.
La capitale de Valoon, Sandergis, semblait être l'objectif d'un bon nombre de réfugiés. La ville, me dit-on, était plus au nord, à deux jours de marche environ. Certains pensaient dépasser Sandergis pour rallier la côte, au nord. Je demandais où étaient les Montagnes Dorées. On me répondit qu'il fallait dépasser la capitale, qu'ensuite, en montant toujours plein nord, j'atteindrais les contreforts des montagnes.
Le soir tomba. J'étais épuisé. Toute la journée, le nombre de gens sur les routes n'avait cessé d'augmenter. A présent, c'était un véritable flot ininterrompu. Bien évidemment, de nombreuses personnes tentaient de tirer profit de cet exode. Des paysans avaient dressé, au bord de la route, des établis et vendaient, à un prix exorbitant, leur récolte. Les habitants qui n'avaient pas encore fui proposaient à prix d'or de louer une chambre pour passer la nuit en toute tranquillité.
Je n'étais justement pas rassuré. Des rumeurs courraient dans la foule, à propos de pillards et d'assassins qui écumaient la région. Je me demandai où passer la nuit, pour retrouver au matin toutes mes provisions, mes armes et mon escéral. Je résolus, alors que le ciel s'assombrissait de plus en plus, de quitter la route et sa marée humaine, et de partir à travers champs. Au bout d'un moment de marche hasardeuse, j'arrivai en vue d'un hameau. Il était désert, ses habitants avaient tous fui, et ne semblait pas être un lieu de passage, perdu au milieu des champs. Je m'y installai, dans une écurie dont je barricadai solidement la porte.
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Réponse au Sujet 'Les femmes' a été posté le : 19/01/03 16:26
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Le lendemain, comme tous les matins, je repartis. Je fis aller Martin à travers champs pendant un bon moment, peu pressé de rejoindre le flot humain sur la route. Finalement, je trouvai un sentier, qui me permit de parcourir une bonne distance avant de rallier la route. Par rapport à la veille, le nombre de gens avait quasiment doublé. C'était un enfer. Une panique nouvelle semblait être apparue depuis que je les avais quittés. Je demandai s'il y avait du nouveau, et j'appris avec effroi que la Boule Noire était près d'ici. Selon certains, elle se trouvait derrière nous et nous suivait. Sans cesse, je voyais les réfugiés lancer des regards angoissés en arrière.
Je finis par avoir quelques informations sur la Boule Noire, qui ne me rassurèrent aucunement. Il s'agissait, semblait-il, d'une sorte de boule géante qui flottait dans le ciel et de laquelle des mandibules attrapaient tous ceux qu'elle survolait pour les dévorer. La taille de cette monstruosité était gigantesque et, si elle nous suivait réellement, on ne tarderait sans doute pas à l'apercevoir.
Tous ces récits me gagnèrent à la panique générale. Mais j'étais pris dans la marée humaine, et ne pouvais avancer plus rapidement. En fin d'après-midi, au sortir d'un bois, je vis devant nous une haute muraille, qui semblait de la même conception que celle que j'avais franchie quelques jours auparavant, avec les éclaireurs de l'armée de la Chaîgnerais. Il s'agissait à présent de Sandergis, la capitale. Mais, bientôt, le convoi des réfugiés s'arrêta, bloqué. On avait fermé les portes de la ville. On ne pouvait y faire entrer tout ce flot humain. Dans la foule, la rage se mêlait à la panique. Certains hurlaient, d'autres faisaient d'étranges prières.
Je décidai de ne pas rester là. Avec difficulté, je me dépêtrai de la masse des réfugiés. Je partis sur le côté, longeant le mur d'enceinte, dans l'espoir de trouver une habitation où je puisse me réfugier pour me reposer. Mais je n'étais pas le seul, et chacun devenait, au fur et à mesure que la nuit tombait et que l'affolement croissait, de plus en plus hargneux et égoïste. Je lançais ma monture à un pas plus rapide. J'avais résolu de contourner la ville, et de gagner la façade nord de la muraille. Pendant près d'une heure, j'avançais entre les maisons éparses de banlieue, pour, enfin, déboucher sur la grande route, qui s'enfonçait vers le nord. Je n'étais pas seul, mais nous étions beaucoup moins. La nuit était tout à fait tombée, mais je résolus d'avancer encore, de couvrir le plus de distance possible.
Finalement, cette décision fut la bonne car, après avoir traversé un grand nombre de villages et hameaux, la périphérie de Sandergis, je découvris une auberge où l'on accepta de me laisser une petite place, dans l'écurie, avec mon escéral, pour la nuit. Je me blottis, épuisé, dans la paille, après avoir eu bien soin de cacher ma bourse sous moi et, mon sabre à la main, je m'endormis.
Je fus réveillé avant l'aube, par des piétinements et une sourde rumeur qui venait de dehors. Je découvris que les réfugiés m'avaient rejoint et continuaient leur périple. Si c'était possible, il me semblait que l'affolement était encore un degré au-dessus. Ne pouvant retrouver le sommeil, dans cet énervement général, je me remis sur la route à mon tour.
Ce fut quand l'aube commença à poindre, en jetant un regard derrière moi, que je compris la raison de cet affolement. Dans le ciel, au loin, flottait une sorte de nuage noir, opaque et arrondi. La Boule Noire nous suivait.
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Dernière mise à jour par : trome le 19/01/03 19:24
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