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Réponse au Sujet 'Les femmes' a été posté le : 21/01/03 20:10
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Que pouvais-je faire ? Le paysage devenait lui-même de plus en plus hostile, la route, dont l’état empirait au fur et à mesure de l’éloignement de la capitale, était bordée par d’énormes arbustes épineux, infranchissables, même pour un escéral. Deux directions s’ouvraient à moi, le nord ou le sud. Je ne pouvais que suivre le flot humain, vers le nord, et tourner le dos à la Boule Noire.
Je me retournais fréquemment pour y jeter des coups d’œil apeurés. Elle était encore très loin, c’était certain, mais déjà grosse. On aurait dit une petite planète. Elle nous cachait la lumière du soleil, ce qui rendait la scène encore plus inquiétante. La flore désolée de l’endroit et cette pénombre donnait une forte impression d’apocalypse. Plus on avançait, plus la végétation laissait sa place à une désertification de l’endroit. Un vent s’était levé, qui nous envoyait toutes sortes de poussières et de sable dans les yeux.
Tout le monde se taisait. On n’entendait plus que le piétinement incessant des animaux et des hommes, ainsi que le roulement irrégulier des chariots. La Boule Noire ne semblait émettre aucun son. Je l’observai attentivement, sans parvenir à y distinguer le moindre détail. C’était une boule noire, très régulière, opaque. Elle ne pouvait être un organisme vivant. Je songeais qu’il devait s’agir d’une machine, d’une construction humaine. Il devait exister dans ce monde des humains dotés d’une technologie très en avance. Peut-être à l’ouest où, au-delà d’un océan, il semblait que nul ne savait ce qui s’y trouvait.
La nuit allait tomber. Le paysage était à présent des plus malveillant. La route serpentait entre de hautes murailles de pierre jaune, infranchissables. En fait, je compris que le chemin que nous empruntions était un ancien cours d’eau, asséché sans doute depuis des siècles, qui seul avait pu creuser la roche. Je ne pouvais évidemment me dépêtrer de la marée humaine affolée, mais qui allait à une allure de tortue. Les murailles rocheuses, associées à l’obscurité naissante, cachaient complètement la sinistre masse de la Boule Noire, rendant son absence plus menaçante encore que sa présence.
Après un coude, la route déboucha sur un croisement. Nous avions à présent le choix entre deux directions. Etrangement, l’une des deux était complètement désertée, tout le monde préférant se tasser sur une seule voie. Je demandai où menaient ces deux choix possibles. On me dit que l’un d’eux, celui que chacun empruntait, conduisait à la mer, et l’autre aux Montagnes Dorées. Mais pourquoi personne n’y allait-il ? Je sus que trop de légendes maléfiques couraient sur cette route. De plus, les Montagnes Dorées étaient un lieu épouvantable, malsain et où la vie n’existait pas. Et, comme argument absolu, l’on pensait que la Boule Noire allait s’engager ici, car cette route conduisait, au bout, au pays de Doroor. Or, chacun savait que Doroor devait être le Maître de la Boule Noire… Enfin, on le disait, ça devait être vrai…
Le croisement formait une petite place, et je pus m’y arrêter un moment, pour réfléchir au meilleur choix possible. Evidemment, les Montagnes Dorées étaient mon but, enfin, une étape qui paraissait obligatoire. De plus, l’idée de m’extirper enfin de cette masse d’hommes exténués et paniqués était loin de me déplaire. Mais en même temps, la solitude complète qui m’attendait, la nuit, le mystère me faisaient hésiter. D’où j’étais, je ne voyais de ce chemin qu’une faille dans la roche, qui s’enfonçait dans l’obscurité la plus complète. Et cette Boule Noire, toujours cette Boule Noire. Qu’allait-elle faire ? Suivre la troupe ou rentrer « chez elle » ? Mais dans ce cas, pourquoi suivrait-elle le tracé des routes, alors qu’à vol d’oiseau, elle pourrait aller deux fois plus rapidement ?
Cette pensée m’aida à prendre ma décision et, me remettant en selle, je lançais résolument ma monture dans le sinistre défilé.
Il faisait nuit noire et je ne voyais rien à cinq mètres de distance. J’étais épuisé et je sentais que même ma monture fatiguait. Pendant un moment, j’entendis derrière moi le roulement incessant de la foule qui avançait vers la côte mais, à présent, je m’étais suffisamment éloigné, et le silence régnait. J’étais terrorisé, mais la fatigue l’emporta. Avisant une ouverture dans la roche, j’arrêtai mon escéral. A la pâle lueur des allumettes de la Chaîgnerais, j’explorai mon refuge, qui ne s’avéra être qu’une anfractuosité dans la roche, mais pouvait néanmoins m’abriter pour la nuit. Le ventre creux, je me résolus à dormir, mais il se passa un long moment avant que je m’assou*******e.
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Réponse au Sujet 'Les femmes' a été posté le : 22/01/03 14:56
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j'ai enfin eu le temps de tout lire, et ca aurait été dommage de rater ça, pour quelqu'un qui n'aime pas trop la fantasy en écrire ca marche apparemment pas trop mal, et on sent une atmosphère inquiétante qui rajoute une touche interéssante de plus (enfin ca c'est mon avis).
bon, et pour conclure original: la suite, la suite!!
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Réponse au Sujet 'Les femmes' a été posté le : 23/01/03 22:52
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Merci, merci!
Content de te revoir ici... Va-t-on avoir enfin la suite de "Ténèbres"?
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Je fus réveillé brusquement par un grondement étrange. Il faisait nuit. J’identifiai vite le bruit comme venant de mon escéral. Il était vraiment rare que ce dernier émisse des sons, ce qui, en la circonstance, m’alerta grandement.
Je me redressai, mais n’osai pas sortir de mon précaire refuge. A vrai dire, je ne voyais rien. Même pour la nuit, la pénombre était anormale. D’autant qu’à ma connaissance, ce n’était pas la nouvelle lune. D’accord, les falaises autours de moi y étaient pour quelque chose, mais ne voir aucune étoile dans un ciel d’encre m’impressionnait. De plus, une odeur étrange planait, une odeur animale, lourde, tenace, comme si je me trouvais au milieu d’un cercle de mammifères sauvages.
Je devinai mon escéral tout près, qui grognait tout en s’agitant, en proie à une inquiétude grandissante. J’étais moi-même paralysé par la panique. Je repensais à ce qu’on m’avait dit le soir, sur la route, ces légendes inconnues qui terrifiaient chacun, le fait que j’étais seul, vraiment seul, à être parti dans cette voie…
Soudain, mon escéral poussa un cri à glacer le sang, auquel un hurlement plus terrifiant encore lui fit écho. Puis ce fut le silence. Je restai encore un long moment pétrifié, blotti sous mes couvertures, en tentant de retenir ma respiration, ma main droite crispée au manche de mon sabre. Enfin, réprimant mes tremblements, je risquai un œil au dehors.
La nuit était normale. La lumière de la lune et des étoiles étaient là, éclairant le même paysage désolé que je m’attendais à découvrir. Mon escéral s’était à nouveau accroupi, sa position pour dormir, même s’il manifestait encore quelques signes de nervosité. Je restai un bon moment à guetter, en grelottant d’angoisse, mais ma monture, elle, sembla s’apaiser tout à fait et se remit à dormir. Je ne pus, pour ma part, pas fermer l’œil jusqu’au matin où, épuisé, encore sous le coup de la peur, je m’étirai, me levai pour observer un peu aux alentours.
A quelques pas seulement, au milieu des rochers du bord de la route, gisait le cadavre d’un monstre gigantesque. Couché sur le dos, une sorte de lézard rouge foncé, qui devait mesurer au bas-mot une vingtaine de mètres, présentait ses entrailles au ciel. Son ventre était déchiré, dévoré. De nombreuses traces prouvaient qu’un combat titanesque avait eu lieu ici-même, et depuis très peu de temps. D’ailleurs, malgré la nuit, je l’aurais vu en arrivant, quand j’avais découvert cette anfractuosité dans la roche.
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Réponse au Sujet 'Les femmes' a été posté le : 24/01/03 21:15
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A nouveau, je me mis à réfléchir, à songer à rebrousser chemin. Bon sang, il existait certainement d’autres moyens de rallier le territoire de ce Doroor ! Etais-je vraiment obligé de continuer dans cette direction, aussi inconnue que terrifiante ?
Mû par une idée soudaine, je décidai d’escalader les parois rocheuses. La pierre était très irrégulière, et j’avais fait de l’escalade durant ma scolarité, je pus ainsi sans trop de problème atteindre des hauteurs qui me permirent de voir un peu aux alentours. Aussitôt, l’effroi s’empara à nouveau de moi. Loin, toujours loin, la masse imposante de la Boule Noire flottait, semblait immobile, paralysée dans le ciel. Mais à présent, elle était devant moi. Elle se trouvait au nord, là où débutait une chaîne de montagnes, sans doute les Montagnes Dorées.
J’étais sidéré. La Boule Noire m’avait donc dépassé. Je sentis comme un grand poids disparaître en moi, une partie de mon angoisse s’évaporer. J’avais échappé à la Boule Noire. J’avais échappé au lézard gigantesque. J’avais échappé à tout, pour le moment. Les événements de la nuit commencèrent à trouver leur explication. Cette obscurité était alors la Boule Noire, qui se trouvait au-dessus de moi. Et c’était elle, j’en étais certain à présent, qui avait dévoré ce lézard géant, nous sauvant ainsi la vie, à mon escéral et moi. L’anfractuosité de la roche nous avait protégés de son « regard ».
Tout ceci me redonna du courage et, en montant sur le dos de mon escéral, j’étais aussi fringuant que ma nuit blanche et mon ventre vide me le permettaient. Ces quelques signes avaient fait renaître un espoir qui m’avait déserté. Evidement, je savais qu’il me restait encore de terribles épreuves à franchir, et que mon but restait désespéré. Mais qu’aurais-je fait de mieux ?
Mon escéral marchait d’un bon pas. Il n’avait pas aussi faim que moi, car, entre les blocs de rochers, poussaient de nombreuses herbes qui, quoique jaunies, le nourrissaient. Pour l’eau, il m’en restait un peu, quant à l’escéral, il pouvait sans problème se passer d’eau pendant quelques jours.
Vers le soir, j’étais épuisé. Mon ventre résonnait d’un concert de gargouillis divers. Je n’avais rien mangé de la journée et j’avais fini ma petite réserve d’eau. Je m’aménageai une sorte de nid pour la nuit, pas rassuré, mais je ne pouvais rester à veiller, et ma monture avait besoin de sommeil. La faim et la peur me tinrent éveillé pendant un long moment.
Pourtant, cette nuit ne fut pas troublée et, au petit matin, je pus reprendre ma route. En début d’après midi, en arrivant au sommet d’un plateau, j’y découvrit avec stupeur une végétation luxuriante. Comme une oasis au milieu d’un désert, un étang avait attiré à lui toute la vie. Je pus enfin boire et y remplir mes récipients. De plus, je découvris une grande variété de fruits qui me sustentèrent enfin. Mon escéral, après s’être abreuvé un bon quart d’heure, fit un véritable festin de feuilles d’arbres. Je me reposai, puis préparai des provisions pour la suite de mon voyage. Je repartis en fin d’après-midi.
Pendant deux jours encore, je parcourus une bonne distance, sur le dos de Martin, mon infatigable escéral. Le paysage devenait de plus en plus montagneux, et la route très escarpée.
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Réponse au Sujet 'Les femmes' a été posté le : 25/01/03 22:04
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Un matin, après m’être remis en route, en contournant un énorme piton rocheux, je débouchai au sommet d’un petit mont, face à un spectacle magnifique. Devant moi, une énorme chaîne de montagnes, hostile, malveillante mais superbe. Au soleil, à présent assez haut dans le ciel, les sommets paraissaient jaunes, brillants, dorés. J’étais arrivé aux montagnes dorées.
Mais il me fallait maintenant franchir cette barrière. Ce n’était pas chose aisée, à coup sûr. Je ne voyais aucune route, et il me semblait qu’il me faudrait abandonner mon escéral, ce qui m’attristait profondément. De plus, sans matériel et sans compétence, pourrais-je envisager de pratiquer l’alpinisme ? Sans compter que je n’avais aucun vêtement vraiment chaud pour affronter les neiges des hauteurs. Je n’avais pas connu dans ce monde, jusqu’à présent, un quelconque indice de refroidissement, si bien que je m’étais habitué à cette canicule perpétuelle.
Je réfléchissais ainsi, en contemplant les alentours quand je vis, au loin, quelque chose dans le ciel. Cela s’avéra vite être un oiseau tout blanc. Cette présence de vie me fit tout d’abord pousser un soupir de soulagement, qui se mua vite en angoisse quand je constatai qu’il était gigantesque, et volai droit dans ma direction. Je lançai mon escéral au galop, espérant quitter au plus vite les hauteurs où rien ne pouvait me protéger. Mais l’oiseau fut plus rapide.
Gigantesque, il l’était dans tous les sens du terme, et mesurait bien huit mètres d’envergure, ailes déployées. Son bec énorme et fin ressemblait à un sabre, recourbé vers le bas et tranchant. Ses pattes griffues m’auraient sans doute broyé les os s’il m’avait attrapé.
Mais mon escéral, au moment où le volatile allait nous atteindre, s’affola et fit une sorte de saut de côté qui me désarçonna, ce qui me sauva la vie. Je tombai au sol au moment où le monstre s’apprêtait à m’attraper. Surpris de voir sa proie lui échapper, il remonta à grands coups d’ailes, provoquant le même vent qu’aurait déclenché le rotor d’un hélicoptère. Hébété, sonné par ma chute, je restai par terre un moment à le contempler. Mais le danger était toujours là ; après avoir repris une certaine hauteur, l’oiseau fondit à nouveau vers moi.
Je me levai d’un bon et empoignai mon sabre, conscient de mon infériorité. Cependant, mes coups effrénés génèrent le volatil, qui retira précipitamment ses énormes pattes et repartit. Mais, sous le choc, mon arme m’avait échappé des mains et dévala une pente rocheuse, pour gésir trente mètres plus bas. Et, déjà, l’oiseau revenait.
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Dernière mise à jour par : trome le 25/01/03 22:15
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Réponse au Sujet 'Les femmes' a été posté le : 26/01/03 20:31
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Cette fois, le choc fut rude, il me sembla recevoir le ciel entier sur ma tête. Je manquai m’étouffer parmi les plumes blanches. Quand j’émergeai, je constatai que j’étais par terre, enfoui sous les énormes ailes de l’oiseau. Je m’en extirpai, abasourdi, pour constater qu’il gisait sur le sol, agité de quelques spasmes, la tête ensanglantée. Au loin, j’aperçus un homme qui courait dans ma direction.
Il arriva enfin à moi. Il était plus grand que la plupart des humains de ce monde, faisait presque ma taille. Il était assez gros, quoique surtout constitué de muscles plus que de graisse. Le visage de ce colosse était enfoui sous une épaisse barbe blonde, ce qui rendait son aspect plus farouche encore. Cependant, il semblait loin d’être animé de mauvaises intentions à mon égard.
- Vous n’êtes pas blessé ? demanda-t-il en langage de Valoon, avec un fort accent rocailleux.
- Non, ça va… Un peu étourdi tout au plus… C’est vous qui… lui demandai-je en désignant la tête écrasée de l’oiseau.
- Et, oui, s’exclama-t-il fièrement en m’exhibant une large lanière de cuir.
- Vous êtes arrivé juste au bon moment… Vous m’avez sauvé la vie.
Nous nous serrâmes la main. Il semblait enchanté de m’avoir rencontré.
- Venez dans mon camp, me proposa-t-il, il n’est pas loin et vous pourrez vous y reposer.
J’acceptai et, après être allé récupérer mon sabre, je le suivis. En chemin, nous rencontrâmes Martin, qui vint aussitôt vers moi, heureux de m’avoir retrouvé entier.
En chemin, j’interrogeai mon sauveur.
- Mon nom est Lanière de Mort, me dit-il fièrement en me montrant à nouveau sa grosse sangle, et vous avez pu voir que ce nom n’est pas usurpé…
- En effet… Mais comment utilisez-vous cette… arme ?
- Regardez.
Il sortit de sous son habit une petite sphère de plomb et me désigna une pierre au loin. Il se servit de sa sangle comme une fronde, la fit tourner deux fois au-dessus de sa tête puis libéra son projectile qui parti comme une flèche. La pierre visée éclata en morceaux.
- Le secret est le projectile, je les fabrique moi-même pour qu’ils soient juste assez lourds, assez solides et assez résistants. Quand ils touchent leur cible, ils se séparent en petits éclats qui déchirent les chairs aussi profondément que la lame la plus tranchante…
- Ca ne doit pas être facile…
- Il faut beaucoup d’entraînement, mais ensuite, je vous mets au défi de me trouver arme plus puissante.
- Je n’ai pas envie d’essayer, murmurai-je avec un sourire.
Nous arrivâmes à son campement. Une espèce de grande tente arrondie était dressée au centre d’un large cercle de pierres. Il y avait également trois escérals attachés ensemble à un piquet. Lanière de Mort me fit pénétrer dans sa tente, où je m’assis sur un tas de toile. Il chercha un moment dans un coin et extirpa d’un large récipient en terre cuite deux énormes tranche de viande salée. J’avais déjà mangé dans ce monde des choses pires, et cette nourriture conséquente me fit beaucoup de bien.
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Réponse au Sujet 'Les femmes' a été posté le : 27/01/03 19:47
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Une fois restaurés, nous parlâmes. Lanière de Mort était enchanté d’avoir un interlocuteur.
- Ca fait des mois que je voyage de tous les côtés, me dit-il, je ne fais que de courtes escales parmi les hommes, pour repartir aussitôt à la chasse…
- Vous êtes chasseur ?
- Oui, ah ! Ah ! Je suis, je crois, le seul chasseur de Tagrar qui ose venir dans les Montagnes Dorées… Et pourtant, les gens de mon peuple ne sont pas des poules mouillées, ah ! ah !
- Tagrar ? Où est donc ce pays ?
- Tagrar se trouve au-delà des Montagnes Dorées. Nous sommes un peuple nomade. Mais vous-même, d’où êtes-vous ? Que faisiez-vous en ces contrées hostiles ?
Il me considéra un moment.
- C’est étrange, vous êtes très grand, mais vous n’êtes assurément pas de Tagrar… Vous ne pouvez pas être de Valoon, mais vous en parlez la langue… Guillaume… Votre nom a des consonances étranges et lointaines…
- Et bien… C’est en fait une étrange histoire… une histoire incroyable.
- Allez-y !
Je n’avais pas trop le choix, et je lui racontai tout ce qui m’était arriver. Relater tous ces événements m’aida d’ailleurs à y voir un peu plus clair dans tout.
Lanière de Mort m’écouta d’un bout à l’autre sans m’interrompre et sans montrer un quelconque mouvement de surprise. Même quand je mentionnai la présence d’une « femelle humaine », la langue de Valoon ne comportant pas de mot pour désigner les femmes, il ne fit preuve du moindre tressaillement. Enfin, quand j’en arrivai à notre rencontre, je me tus et le silence régna en maître un long moment. Mon compagnon semblait réfléchir. Malgré son apparence, son nom et son activité, il donnait l’impression d’un homme intelligent, voire même cultivé, qui s’adressait par exemple avec un vocabulaire châtié.
- Et voilà, laissai-je tomber, pour briser le silence.
- Hum… Votre histoire est étrange, c’est sûr, très étrange… Mais elle m’en évoque d’autres, vous ne semblez pas être le seul à avoir vécu de telles aventures…
- Que voulez-vous donc dire ?
- Voilà. Vous savez, je voyage beaucoup, plus que tout le monde en fait, et j’ai pu découvrir de nombreux endroits, des peuples très différents, qui ne se connaissent même pas entre eux… Rares sont ici les hommes curieux. Vous voyez, je connais aussi bien la contrée de Valoon que celle Saldire, qui se trouve derrière les Montagnes Dorées. Je me suis rendu plusieurs fois dans le fief de Doroor, que vous cherchez à atteindre. Je connais aussi assez le puissant royaume de la Chaîgnerais… Bref, c’est à tous ces voyages que j’ai découvert de nombreuses choses, étranges, comme cette absence de… « femmes », c’est un vieux mot oublié, qui nomme les femelles terriennes dans la langue de Valoon, au sud des Montagnes Dorées…
Je restai abasourdis par cette dernière nouvelle.
- Vous voulez dire qu’il y a des femmes, là d’où vous venez ?
- Ah ! ah ! Comment croyez-vous que je suis venu à la vie ?
- Mais… oui, bien sûr… Mais ça fait des semaines que j’ère dans un monde exclusivement masculin, où les enfants ont l’air d’arriver par l’opération du Saint-Esprit…
J’avais l’impression de sortir d’un mauvais rêve.
- C’est un mystère, pour les hommes du sud, expliqua mon compagnon. Seuls les prêtres haut-placés connaissent une partie de la vérité, mais ne la divulguent surtout pas…
- Pourquoi cela ?
- Parce qu’ils ont honte, fit Lanière de Mort.
Puis il se leva et m’annonça qu’il devait aller nourrir les escérals et préparer le campement pour la nuit. Malgré mon empressement, il ne me promit de me parler que plus tard, à la veillée.
Je sortis avec lui et l’assistai dans sa tache en m’occupant de Martin. Puis il inspecta le cercle de pierre, en corrigeant les irrégularités. Il m’expliqua que ce cercle protégeait le campement des bêtes féroces grâce à des paroles magiques qu’il avait prononcées. Le soir tombait et nous rentrâmes nous abriter sous la tente. Lanière de Mort alluma un petit feu au centre et y fit cuire plusieurs lanières de viande rouge.
- C’est l’oiseau qui vous a attaqué, m’indiqua-t-il en souriant, c’est vous qui l’aurez mangé, finalement…
Ce fut après ce dîner très carné que le chasseur s’installa confortablement sur une bâche tendue et commença à me parler.
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Réponse au Sujet 'Les femmes' a été posté le : 28/01/03 19:28
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- Ce que je vais vous dire contient sa part de légendes et d’approximations. Je ne sais d’ailleurs pas grand chose, seulement quelques allusions, d’avoir observé certaines choses… Il semblerait en fait que les descendants des prêtres actuels du culte d’Utherdot, la religion officielle de toutes les régions du sud aient une lourde responsabilité… Il y aurait cinq cents ans, environs, un groupe dissident de ce culte aurait pris de plus en plus d’importance. Si bien qu’il aurait pris un peu les rênes de tout le clergé et aurait établi des monastères dans de nombreux endroits… Ces hommes étaient appelés les « Moines Noirs »…
Lanière de Mort s’interrompit et se servit du vin.
- Parlez des Moines Noirs à quiconque dans les pays du sud, et vous les verrez pâlir à vue d’œil… Personne ne sait plus rien d’eux, mais leur nom est tellement connoté qu’ils représentent tout ce qui est mal… Mais personne ne sait ce qu’ils ont fait vraiment, sauf comme je l’ai dit, certains membres les plus élevés du clergé. Ils ont accompli un massacre. Une hécatombe. Allez savoir à la suite de quel prétendu message divin, un certain Durmin, Grand Prêtre de la confrérie des Moines Noires, a ordonné l’extermination de toutes les femmes…
Il se tut. Il racontait d’une façon très vivante, faisant naître de nombreuses images dans mon esprit, des images terrifiantes d’une sorte d’ecclésiaste fou, fanatisant toute une foule à ses idées destructrices. Mais un reste de raison m’habitait tout de même et je demandai à mon interlocuteur :
- Mais… Mais les gens n’ont pas pu suivre de telles idées, c’est pas possible !
- Pas possible ?
- Bon sang, un type aurait des idées pareilles chez moi, il éveillerait des pulsions chez quelques frustrés, quelques pervers, et c’est tout… Et combien même parmi eux passeraient aux actes ?
Lanière de Mort me regarda un moment sans rien dire puis articula, très lentement :
- Et bien si, les gens l’ont suivi… On n’a aucun témoignage précis, mais il semblerait qu’en quelques temps, toutes les femmes du sud aient été exterminées. Nous ne savons rien des circonstances, on s’est évidemment empressé de cacher ce fait peu glorieux… ce qui fait qu’aujourd’hui, les peuples du sud ignorent l’existence des femmes…
- Mais… les gênes… Ils doivent se rendre compte qu’il manque… quelque chose, non ?
- Ah, ça… Se rendent-ils compte de quoi que ce soit ? Les peuples du sud sont-ils tout simplement vivant ? Je vous le dis, ayant voyagé un peu partout, j’ai pu me rendre compte que les peuples au sud sont… froids. On se demande qu’est ce qui les anime, quel intérêt les pousse, chaque jour, pour se nourrir, pour travailler, pour vivre… Ont-ils d’autres buts que de se faire de l’argent, de vaincre les autres, de se faire la guerre ? Je vous dis, je m’interroge : sont-ils réellement vivants, ou seulement existants ?
- Mais les enfants alors ?
Je ne comprenais plus grand chose. Lanière de Mort, haussa les épaules.
- Ils ne se posent pas de question. Les enfants, ils les trouvent, un matin, sevrés, âgés d’un ou deux ans, à leur porte… Ils ont été amenés durant la nuit…
- Amenés ? Mais d’où, de qui ?
- Et bien… Sachez que les femmes qui ont subi le grand massacre ont, évidemment, émigré. Les survivantes ont franchi les Montagnes Dorées pour trouver, au nord, des peuples certes moins évolués techniquement, mais très accueillant. Evidemment, quand ils ont appris la lubie des gens du sud, ils les ont pris pour des fous, pour des imbéciles, pour des malades dangereux… Ils ont bloqué toute communication entre le nord et le sud, pour ne jamais voir arriver parmi eux ces idées… Aujourd’hui, au nord, existent des armées de descendantes des femmes du sud, qui, dés qu’elles enfantent d’un mâle, le destinent au sud, pour qu’il ne connaisse surtout pas le… le bonheur de l’existence, en fait, et par-là même, se vengent de leurs descendants…
J’avais mal au crâne de tant d’informations embrouillées. Je ne savais plus rien, chaque nouvelle information m’apportait son lot de nouveaux questionnements.
- Mais, mais, mais… mais COMMENT les amènent-elles là bas ?
- Ah, ça, c’est Doroor qui s’en charge…
Lanière de Mort se leva souplement.
- Bon. A présent, il est temps de dormir. Demain, nous nous remettons en route…
- Mais… en route vers où ?
- Je remonte au nord… c’est là que vous allez, non ? Vous avez de la chance, je suis un des seuls à connaître l’unique passage qui permette de franchir les Montagnes Dorées…
- Ah ? Il n’y a qu’un passage ?
- Oui. Les montagnes sont infranchissables. Seul un souterrain permet de passer, et il faut bien le connaître !
J’avais encore une foule de questions, mais Lanière de Mort n’allait visiblement plus s’en préoccuper pour la soirée. Il m’installa une couchette confortable, puis sorti effectuer une dernière ronde dehors. Enfin, il rentra, ôta ses bottes et se glissa sous ses couvertures.
- Bonne nuit, dit-il, demain, nous devrons nous mettre en marche le plus tôt possible.
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Réponse au Sujet 'Les femmes' a été posté le : 28/01/03 19:52
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Bien bien...
C'est toujours aussi prenant, dites-moi !
Encore une fois, on sent nettement que ce texte-ci vous enthousiasme plus que votre autre récit. Il y a plus de mouvement, plus de verve. C'est plus charnu aussi, et plus cohérent. Pour un peu, j'en parlerais presque comme d'un bon vin !
A part l'une ou l'autre erreur soit typographique, soit de distraction, le français est toujours impeccable, sans pour autant être lissé (ça n'a pas le côté artificiel de "Marde", mais ce texte-là a été composé dans la précipitation, n'est-ce pas ?)...
La suite, la suite !
-------------------- Considérez-moi comme un rejeton du chat de Schrödinger. Ou alors un lointain cousin du démon de Maxwell...
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"Coupez Bruxelles dans le sens nord-sud, donnez la partie ouest au Royaume-Uni et la partie est aux Allemands. Ainsi, vous mettrez tout le monde sur un pied d'égalité, car toutes les parties râlerons avec la même intensité."
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Réponse au Sujet 'Les femmes' a été posté le : 29/01/03 16:14
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Heu... "Marde" était moins écrit dans la précipitation que "Les femmes"... En fait, avec le présent récit, je ne m'occupe que de raconter... C'est vrai, je suis pris dedans et quand je m'y attelle, j'ai l'impression que ça avance tout seul... (ce récit m'a d'ailleurs valu quelques soirées un peu trop longues pour ma santé ) Mais "Marde" a été le premier écrit que j'ai réalisé depuis... plusieurs années, un retour à l'écriture que j'avais complètement délaissée... Un redémarrage donc, et qui, nécessairement a pris son temps...
En tout cas, merci beaucoup pour l'intérêt que vous portez à ce récit, voilà qui me motive toujours plus...
**** ****
Le soleil n’était pas complètement levé quand Lanière de Mort m’arracha au sommeil. Rapidement, selon un mécanisme étonnant, il défit la tente et en chargea un de ses escérals. Les autres transportaient de lourds sacs de toile. Mon compagnon m’expliqua qu’ils contenaient des fourrures, des os et autres denrées issus des fauves qu’il avait chassés. Il les revendrait un très bon prix dans le nord…
- Certains ossements que je rapporte sont des os de Nerdons, un fauve très dangereux que je suis le seul, à ma connaissance, à oser affronter… Des apothicaires de mon pays en font une poudre très appréciée car très… aphrodisiaque, hé ! hé ! hé !
J’étais heureux de repartir. La pensée de trouver un pays où l’on se préoccupait de confectionner des poudres aphrodisiaques me motivait plus que n’importe quoi. J’étais encore sous le choc des révélations de Lanière de Mort, la veille, mais je comptais profiter du voyage pour lui demander d’éclaircir plusieurs points.
Nous nous mîmes en route, marchant aux côtés de nos bêtes. Je demandai à mon guide si le passage souterrain que nous allions emprunter était assez vaste pour les escérals.
- Assurément, m’informa-t-il, c’est en fait un ensemble de galeries souterraines, pour la plupart immenses…
- Et il n’y a pas de danger ?
- A proprement parler, non, mis à part les éboulements, mais il faut bien connaître, car si l’on se perd dedans, ça peut facilement le devenir pour l’éternité…
Nous marchâmes toute la journée en longeant les versants des montagnes. La route, quoique assez escarpée, était cependant bien assez large pour nous permettre d’avancer assez vite. Nous nous arrêtâmes en milieu de journée pour manger et Lanière de Mort me dit que, si nous continuions à cette allure, nous gagnerions l’entrée du passage avant la nuit.
Il n’avait pas tord. Nous parvînmes, vers la fin de l’après-midi, à une sorte d’immense barrière de pierre, obstacle naturel qui paraissait infranchissable, mais un chemin, bien caché, permettait de passer. Nous débouchâmes ainsi face à une gigantesque fissure, qui semblait s’enfoncer profondément dans la roche. Nous avions atteint notre objectif de la journée.
Nous installâmes le campement pour la nuit. Lanière de Mort empila de petites pierres en cercle autour et prononça quelque formule magique. Nous étions en sûreté, m’affirma-t-il. Après notre dîner, nous reparlâmes un peu.
- Voyez-vous, m’expliqua-t-il, je pense que cette absence de femmes dans le sud ne laisse pas les habitants sans séquelle. C’est le seul endroit, à ma connaissance, où rôdent de telles bandes d’assassins. Il y a là bas un taux de crimes sanglants énorme, bien plus important qu’ailleurs… Même les mercenaires de Doroor ne font pas tant couler le sang… Dans le sud, on est obligé d’imposer partout des couvres feux car, la nuit, semblent éclater de nombreuses pulsions cachées…
- Oui, j’imagine… C’est vrai, quand j’étais là-bas, on me parlait sans cesse de crimes sordides… J’ai même vu les victimes d’un de ces meurtres…
- Il n’y aura pas ça ailleurs. Même chez les « Simples »…
- Les « Simples » ?
Il fronça légèrement les sourcils.
- Oui, les « Simples »… C’est le nom qu’on donne aux habitants des versants nord des Montagnes Dorées… Une province qu’aucun état autours ne revendique… Les quelques habitants sont regroupés dans des villages, de petites communautés en autarcie. Ce sont tous des crétins congénitaux, qui ont des rapports consanguins depuis des siècles… Une étrange population, que nous rencontrerons au sortir du passage souterrain…
- Et… Ils sont accueillants ?
- Ah ! ah ! Accueillants ? Non, assurément pas ! Mais ils ne sont pas dangereux pour autant… Ils sont craintifs, repliés sur eux-mêmes, et ont peur de tout ce qui est étranger… Mais il suffit qu’on ne se fasse pas trop remarquer, qu’on arbore pas de richesse, et ils nous regarderont passer, de loin, avec un léger ressentiment toujours, car ils se rendent compte tout de même qu’on a quelque chose de plus qu’eux…
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Réponse au Sujet 'Les femmes' a été posté le : 30/01/03 22:58
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Le matin, comme la veille, nous rangeâmes le campement en vitesse et nous nous préparâmes à partir. Lanière de Mort sortit d’un gros sac deux gros bâtons, enduits d’une étrange substance graisseuse.
- Voilà nos torches, m’annonça-t-il, j’en ai toute une réserve, car nous allons passer deux jours sous terre… Je les ai enduites de graisse de Rexors, elles brûleront très longtemps.
- Vous… vous chassez des Rexors ? demandai-je, en repensant à la charge donnée par ces animaux, qui avait eu raison des armées de Valoon, lors de l’invasion par les soldats de la Chaîgnerais.
- Ah ! ah ! Je vous l’ai dit, je ne crains aucune espèce vivante connue !
- Et la Boule Noire ?
Il ne répondit rien et mit ses bêtes en route. Nous pénétrâmes dans la caverne. Elle était très large et, très vite, nous ne fûmes éclairés que par nos torches. La graisse qui les imprégnait leur permettait en effet de ne presque pas se consumer tout en diffusant une flamme très claire, mais par contre diffusait une terrible odeur de viande brûlée qui me faisait mal au crâne.
Nous n’avions pas parcouru 500 mètres que le couloir se scinda en deux parties. Sans hésiter, Lanière de Mort s’engagea dans celle de droite. Je comprenais à présent l’utilité d’avoir un guide. La voie s’élargit, et bientôt nous ne vîmes plus les parois, à se demander si nous ne traversions pas une grande salle.
- Venez, me dit mon compagnon, il faut suivre le mur de gauche…
- Sommes-nous dans une salle ?
- Pas vraiment, mais le couloir est large comme un fleuve… Et si vous allez du mauvais côté, vous risquez de ne plus aller nulle part…
- Et pourquoi ?
- Le sol est couvert de crevasses et de fissures… Notre éclairage est insuffisant…
Nous marchâmes. Nous nous arrêtâmes pour nous sustenter. J’avais perdu toute notion du temps, et j’avais l’impression de supporter sur mes épaules le poids des montagnes. Cette caverne interminable me rendait claustrophobe. Mon compagnon sentit mon malaise et me conseilla de grimper sur mon escéral.
- Au moins, fit-il avec sa bonne humeur habituelle, nous apprécierons le soleil à l’arrivée.
Pendant des heures encore nous parcourûmes d’énormes galeries, dont le plafond restait invisible, aux multiples embranchements. Pas une fois mon guide n’hésita sur la direction à suivre. Il marchait, confiant, chantant même à un moment une chanson à l’esprit paillard qui me parvint à me faire sourire.
- Vous verrez, vous serez récompensé de vos efforts !
- Voir le ciel serait l’unique chose qui pourrait me faire plaisir pour le moment… Dites-moi, Lanière de Mort, comment diable faites-vous pour vous repérer dans ce dédale ?
- Ah, je l’ai déjà parcouru plusieurs fois… Vous savez, j’ai une bonne mémoire, une fois que j’ai sillonné un chemin, je le retiens…
Vu l’obscurité et la complexité, sa mémoire me paraissait plus extraordinaire que bonne, mais je ne dis rien. Enfin, arrivé à un nouvel embranchement, mon compagnon déclara que l’on allait dresser le campement pour la nuit. Le terme « pour la nuit » me fit sourire, assez crispé tout de même. Il ne prit pas la peine de protéger notre campement par quelque procédé magique car, me dit-il, nous n’avions rien à craindre. Je n’en étais pas tout à fait sûr, m’attendant à voir jaillir de l’obscurité toute sorte de monstre terrifiant, mais, assurément, Lanière de Mort connaissait bien mieux que moi l’endroit.
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Réponse au Sujet 'Les femmes' a été posté le : 01/02/03 19:56
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Nous passâmes une « nuit » sans histoire. Quand mon compagnon me réveilla, prétendant que nous étions rendus au matin, j’étais à nouveau plein d’entrain.
- Serons-nous sorti ce soir ? lui demandai-je.
- Non. Nous ne sortirons que demain, dans la mâtinée, au plus tôt…
Cette nouvelle m’attrista, mais j’étais néanmoins prêt à reprendre la route. Nous marchâmes une bonne heure quand nous débouchâmes face à une immense salle. Elle n’était pas complètement obscure et, très haut, on apercevait quelques lueurs.
- Ce sont des fissures dans la montagne, m’expliqua mon guide. Nous nous trouvons ici dans le seul passage assez délicat que nous allons avoir à franchir… Vous voyez, un peu plus loin, le sol disparaît… Là se trouve un gouffre dont j’ignore la profondeur… Pour le franchir, un peu plus loin, nous allons parvenir à une grande arche naturelle. C’est là qu’il faudra être prudent… Cette arche est assez étroite, et plutôt glissante. Aussi, il faudra faire attention aux escérals…
Nous faisions une courte pause, en examinant les lumières diffuses du plafond.
- En tout cas, me dit Lanière de Mort, une fois que nous aurons franchi le gouffre, nous n’aurons plus aucun tracas… Le chemin après est tout droit, un passage s’ouvre dans la paroi, et nous amène vers la sortie. Le chemin sera long mais très facile… Bon, en route !
Nous parvînmes bientôt à cette arche. Elle n’était pas engageante, mais nous n’avions pas le choix.
- Passez devant, me dit-il, quand vous serez à quelque distance, je ferai suivre les escérals et je surveillerai, derrière, que tout aille bien…
J’y allai donc, modérément rassuré. Sans être particulièrement sujet au vertige, la pensée des profondeurs insondables au-dessus desquelles je passais me donnait l’impression d’être un funambule, alors que la voie devait tout de même faire deux bons mètres de largeur. Je me retournai à un moment, pour voir la masse pesante des escérals qui parcouraient posément le même chemin. Derrière eux, Lanière de Mort me fit un petit signe, m’indiquant que tout allait bien.
Enfin, je vis à portée de la flamme de la torche, la fin de ce passage, et le retour à la terre ferme. Quelques instants plus tard, je poussais enfin un bon soupir de soulagement. Je me retournais à nouveau, mon compagnon et les escérals allaient bientôt atteindre le bout, eux-aussi. Ce fut à ce moment que retentit un hurlement, loin derrière eux. Je vis, aussitôt, une lourde masse noire qui s’engageait à toute vitesse sur l’arche.
C’était un homme, mais de taille gigantesque, quatre mètres peut-être. Il était entièrement nu et courrait sur Lanière de Mort. Celui-ci, d’abord stupéfié, sortit aussitôt son arme mais un escéral, affolé, le bouscula et il bascula. J’entendis son hurlement qui se perdit au bout d’interminables secondes. Quelques instants après, les bêtes, paniquées, qui avaient voulu fuir, le rejoignaient. Le géant me vit et reprit sa course sur l’étroite passerelle.
Il allait atteindre le bout lorsque son pied, soudainement, dérapa et il disparut, à son tour, dans l’abîme.
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Réponse au Sujet 'Les femmes' a été posté le : 02/02/03 18:42
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J’étais seul dans la caverne. D’abord, pendant de longues minutes, je restai immobile, à trembler de tous mes membres, recroquevillé. Puis je me précipitai vers le bord, m’accroupis pour tenter de percer les ténèbres. J’appelai, le plus fort possible, Lanière de Mort, mais l’écho qui amplifia encore le son de ma voix m’effraya. J’étais sous le choc, je continuai à scruter l’obscurité. Puis la raison me revint, et je compris que mon compagnon était mort, sans aucun doute, tout comme les escérals, et comme ce géant qui avait provoqué ce désastre. Je fus accablé, j’éclatai en sanglots et dus faire une véritable crise de nerfs.
Quand, enfin, je me calmai, j’étais toujours sous le coup d’une immense tristesse. Rien ne m’avait préparé à cet épouvantable événement. Lanière de Mort, quelques instants auparavant, si optimiste et toujours joyeux. Il connaissait assurément le passage, comment aurait-il su qu’un géant allait se trouver sur sa route ? Il avait chassé les bêtes les plus épouvantables, voyagé dans les lieus les plus hostiles, et était mort d’une chute dans un ravin.
En plus de la tristesse, deux autres sentiments m’envahirent lorsque je commençai à me remettre les idées en place. D’abord, j’avais très peur. J’étais seul au milieu de cet immense souterrain. Lanière de Mort m’avait certifié que la suite serait très simple, mais j’aurais tout de même tout donné pour ne pas être seul. De plus, je ne pouvais plus être tout à fait sûr d’être hors de tout danger. Même mon guide n’imaginait pas l’existence de ce géant. Que pouvais-je encore rencontrer ?
A cette panique grandissante s’ajoutait une sourde inquiétude. Si Lanière de Mort n’était plus là, c’était également le cas de tout l’équipement qu’il transportait. A part mes vêtements, je n’avais rien sur moi. Si, ma torche et quelques allumettes. Mais cette torche allait bien finir par se consumer. Une fois que je serais dans le noir complet, je serais perdu.
Encore une fois, pourtant, ma volonté finit par l’emporter. Plus je restai là, à me lamenter, moins j’avais de chance de sortir, un jour, de cet enfer d’ombres. Ainsi, après un dernier regard qui ne parvint pas à percer l’obscurité du gouffre, je me remis en route, flageolant, accablé, mais toujours vivant. Je parvins sans peine au passage dont Lanière de Mort m’avait parlé. J’espérai que ce serait à présent aussi simple qu’il me l’avait promis et me mis, résolument, en marche avec pour seul but de sortir des souterrains.
Ensuite, je ne fis plus que marcher. Ma torche, malgré la graisse qui la recouvrait, se consumait tout de même. J’avançai à une allure qui me semblait minable. Régulièrement, je faisais des pauses, éteignant ma lumière, mais le noir complet me donnait des frissons d’angoisse. Je n’avais aucune notion du temps. Je marchais, puis je m’arrêtais. Puis je remarchais… Le chemin était en effet plus aisé qu’auparavant, le sol était peu accidenté, et aucune crevasse ne le sillonnait.
Cela devait faire des heures que j’avais quitté l’arche et le gouffre. A présent, j’étais affamé et, surtout, assoiffé. Mais je tenais résolument. Il fallait à tout prix que je sorte de cette caverne. Chaque mètre parcouru me rapprochait de la sortie. Mais, petit à petit, la torche disparaissait en cendres. Vint un moment où, en la rallumant après une pause, je me brûlai quasiment les doigts. Je pus encore parcourir une centaine de mètres, puis le minuscule bout de bois que je tenais s’éteignit et ses cendres s’effritèrent.
Alors, je me tins immobile, appuyé à la paroi, n’osant pas faire un mouvement. Mais, néanmoins, je me remis en marche au bout d’un moment, à tâtons, et en gardant une main sur le mur. C’est alors que je m’aperçu que je pouvais apercevoir quelque chose, au loin. Il s’agissait d’un point plus pâle. Plein d’espoir, je me remis en marche. Je ne m’étais pas trompé et, de très très longues minutes après, peut-être plusieurs heures, je débouchai à l’air libre.
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Réponse au Sujet 'Les femmes' a été posté le : 06/02/03 21:19
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Je m’effondrai puis dus m’évanouir. Je restai prostré, somnolant, rêvant même, et passai ainsi toute la nuit dans une sorte de délire. J’en sortis au petit matin, avec l’impression fugace de sortir d’un cauchemar, mais aussi de rentrer dans un autre. Le paysage qui s’offrait à mes yeux était des plus sinistres. Même la route désertique qui m’avait mené aux Montagnes Dorées était plus agréable. Au moins, le paysage y était grandiose, le soleil donnait de belles couleurs. Mais ici, le soleil ne devait jamais apparaître, toujours caché par les flancs impressionnants des montagnes. Ici, la végétation essayait tout de même de pousser, et ces tentatives donnaient un résultat attristant, des sortes de fougères blanchâtres, aux feuilles rongées par des insectes, ou recouvertes de maladies…
Je contemplai ce triste spectacle un bon moment. Il n’y avait rien d’autre, à part des blocs rocheux et ces quelques tentatives de vie. J’avais faim, soif, et j’aurais offert mon âme pour me trouver dans un vrai lit, avec des draps propres, après un bain relaxant. Mais je ne voyais de toute manière pas l’ombre d’une habitation.
Quoique, en regardant plus attentivement, j’aperçus au loin, au fond d’une vallée, un semblant de construction. Il s’agissait sans aucun doute d’un village, un village des « Simples ». Je n’avais pas particulièrement envie de faire grande connaissance avec ce peuple, mais j’avais trop faim. Je n’avais presque plus rien sur moi, sauf quelques hardes et, bienheureusement, ma bourse. J’avais encore une petite somme, en une monnaie qui devait être plus ou moins universelle, et je pourrai sans doute acheter quelque nourriture. Je me mis en route.
Je n’arrivai que dans la soirée. C’était bien un village, plus grand que ce que j’avais imaginé. Il devait au moins comporter une centaine d’habitations. Autours du village se trouvaient quelques champs, où l’on tentait de faire pousser sans trop de succès des céréales. Puis je rencontrai les premiers habitants.
Ils étaient laids, c’était indéniable. Petits, bossus, les « Simples » montraient de nombreux signes de dégénérescence. Heureusement, avec ma fatigue et toute la crasse qui s’était accumulée dans la caverne, je ne valais pas beaucoup mieux et pus passer à peu près inaperçu. Enfin. Inaperçu était un bien grand mot, car chacun quand même me toisait, hostile, et ne reprenait ses activités que quand je m’étais éloigné. Cependant, pour la première fois depuis ma venue dans ce monde, je vis des femmes.
Malheureusement, celles que je croisai étaient dans le même état de décrépitude que les hommes, et j’aurais peut-être préféré ne pas en rencontrer du tout. J’étais vraiment mal à l’aise, mais je n’avais plus le choix. J’avisai une femme, qui pouvait avoir 20 ans mais avait l’air d’en avoir 60 et entrepris de me faire comprendre.
J’y parvins assez vite. Elle parlait une langue que je trouvais assez rapidement dans mon cerveau, quoique avec un accent épouvantable. Je lui demandai quelque nourriture et un peu d’eau, en échange d’une pièce d’or. Elle maugréa un instant puis me dit de l’attendre. Elle revint vite avec une cruche de terre, une sorte de pain noir et quelques légumes blanchâtres. Je mangeai, debout, sous le regard inquisiteur de la créature, cette nourriture infecte mais, dans mon état, mieux que rien du tout. Puis je m’éloignai en balbutiant quelque remerciement, sous le regard pénétrant d’une bonne vingtaine d’yeux. Je n’osai pas leur demander de m’héberger pour la nuit. De toutes façons, je préférais encore une nuit à la belle étoile plutôt que d’entrer dans un de leurs habitats.
Je m’éloignai du village, mais la nuit était complètement tombée. J’étais épuisé, et les rocailles ne semblaient pas être une couche confortable. Je décidai alors de retourner au village, voir si je ne trouverais pas un endroit où me cacher et passer une nuit à peu près convenable.
Avec la nuit, chacun avait l’air d’être rentré chez soi, et les rues étaient vides. En arrivant sur une sorte de place, vers le milieu du village, je vis un spectacle qui me fit frémir. On avait dressé, au milieu de la place, un bûcher, un amoncellement de fagots de bois et de paille, avec au centre un large poteau. Mais, pour le moment en tout cas, personne n’y était attaché…
Je trouvais, sur cette place, un grand bâtiment mal fermé, qui s’avéra être une écurie, dans laquelle se tenaient une petite dizaine d’animaux semblables à des ânes ou des poneys. Il y avait un étage, accessible par une petite échelle de bois, et rempli de paille, dans laquelle je m’aménageai une couchette assez douillette. Enfin, mon poignard à la main, je laissai le sommeil me gagner.
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Réponse au Sujet 'Les femmes' a été posté le : 11/02/03 13:34
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Des clameurs à l’extérieur me tirèrent d’un rêve assez agréable. Je retombai ainsi à la triste réalité. Le soleil commençait tout juste à se lever. Pour être plus juste, le jour commençait tout juste à se lever car, de ce versant des Montagnes Dorées, le soleil ne devait apparaître qu’au zénith. En tout cas, les villageois avaient l’air de s’être déjà réveillés, ce qui ne m’arrangeait aucunement. Il y avait près de l’endroit que j’avais choisi pour dormir une petite fenêtre par laquelle je cherchai à voir la cause de l’agitation générale.
L’ouverture donnait sur la place principale, et je ne fus pas long à comprendre ce qui se passait. Un grand nombre de personnes, la totalité des habitants sûrement, se tenait autours du bûcher, trépignant et bavardant entre eux. Tout le monde était de sorti, hommes femmes et enfants. Voir assemblés tous ces êtres difformes me causait un grand malaise. J’aurais voulu les plaindre mais ne parvenais qu’à être dégoûté.
Il fallait dire que le spectacle d’une centaine de Simples était déprimant. Tous, même les plus jeunes, étaient atteint de malformations, avaient un cou massif et couvert de sortes de rides, un visage rude et lunaire. Ils se tenaient tous courbés, avec un manque d’ardeur évident, les bras ballants. Même les plus jeunes avaient déjà l’air de vieillards. Et cette foule attendait que l’on brûle un semblable, très certainement, rendant cette scène déjà sinistre carrément épouvantable. Enfin, au loin, je vis arriver un petit groupe, sorti d’une habitation, un petit groupe et le prisonnier.
La scène était fantasmagorique. Une petite procession s’avançait. En premier un homme, de taille légèrement supérieure au reste de la population, aux signes de décrépitude un peu moins marqués, mais présents tout de même. Il était revêtu d’une longue robe noire, ceint d’une corde en guise de ceinture. Derrière, encadrant le prisonnier, deux hommes, semblables au reste de la population, mais qui portaient chacun une longue fourche acérée. Enfin, le prisonnier, qui était une prisonnière en fait.
Ce fut en la voyant que, pour la première fois depuis que je me trouvais dans ce monde inconnu, je crus qu’en fait, j’avais totalement perdu la raison. La vision que j’avais me prouvait que toute la logique avait déserté mon existence. Là, au milieu de cette foule de dégénérés, se trouvait la plus belle femme que je n’avais jamais vue.
En taille, elle dépassait facilement tout le monde. Elle était mince, mais n’en avait pas moins des formes très féminines. Sa peau était plutôt bronzée, mais pas brunie. Je n’eus aucun mal à voir tout cela car elle était complètement nue. Par contre, sa tête disparaissait entièrement dans un sac de toile qui lui tombait sur les épaules. Enfin, elle était soutenue par ses deux gardes, les mains sans doute liées derrière le dos.
Comme dans un rêve, je vis la troupe monter sur le bûcher par une échelle, un des gardes attacher soigneusement leur prisonnière au poteau puis redescendre. L’homme qui avait marché en tête du groupe resta un moment et s’adressa à la foule. Mais j’étais dans un état qui ne me permit pas de comprendre un traître mot à sa harangue. Enfin, l’homme descendit et je me décidai à me secouer, sortant enfin de l’apathie que cette apparition avait engendrée. Il était hors de question que je laisse se dérouler un tel crime sous mes yeux sans réagir.
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Dernière mise à jour par : trome le 11/02/03 17:08
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Réponse au Sujet 'Les femmes' a été posté le : 12/02/03 18:40
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J’étais seul contre tous, et je ne voyais aucun moyen de me faufiler sans être vu jusqu’au bûcher et d’y couper les cordes pour disparaître avec la jeune femme. Que m’importait ! Je me sentais investi d’une mission, non pas divine, mais presque. S’il le fallait, j’étais prêt à croiser le fer avec toute une armée, à l’aide de mon seul poignard. J’allais être le sauveur, celui qui arrive juste pour protéger une belle héroïne.
Néanmoins, j’avais encore un minimum de lucidité, et eus la présence d’esprit de préparer un tant soit peu mon action. Je regardai la scène encore un peu. Le feu n’avait pas encore été allumé, l’homme en noir parlant avec certains spectateurs.
Je décidai de faire sortir deux de ces espèces de mulets qui se trouvaient dans l’étable. Je les menai, à travers les rues désertes, mon poignard à la main, jusqu’à un endroit qui me sembla assez stratégique pour la fuite qui allait nécessairement suivre. Je les attachai à un poteau, de manière à ce que je puisse les délivrer d’un seul geste. Puis, le cœur battant, je me dirigeai d’un bon pas vers la place. J’avais ramassé un lourd bâton, assez long, qui serait une arme plus efficace que mon poignard contre les fourches.
En arrivant en vue du bûcher, j’eus un frisson d’angoisse en voyant une épaisse fumée noire. La foule semblait calme, plongée dans son inertie habituelle en contemplant le brasier. Je n’avais plus le temps de me poser de question et je me précipitai, en brandissant mon arme d’un air que je souhaitai menaçant et en hurlant à la foule de s’écarter.
Je fis bien mon petit effet, les enfants fuirent, les hommes et les femmes sursautèrent et s’éloignèrent, apeurés, en se bousculant, pour échapper à mes moulinets destructeurs. Il faut dire que pour eux, je devais être un véritable géant, dépassant de deux têtes les êtres les plus grands. Un des deux gardes tenta, sans trop de conviction, de se mettre sur ma route mais un coup de mon bâton lui fit lâcher sa fourche et il détalla.
Comme un dératé, j’escaladai le bûcher que le feu dévorait déjà en partie. Une main agrippa ma cheville, mais je parvins à lui échapper. Je donnai de violents coups de pieds aux fagots enflammés, les faisant tomber par terre, et écartant ainsi ceux qui tentaient de m’arrêter. La fumée était très épaisse mais je parvins à la prisonnière que les flammes n’avaient heureusement pas encore atteinte. En quelques coups de mon poignard bien acéré, j’avais coupé tous ses liens et je la pris par la taille. Je fis tomber d’autres fagots en proie aux flammes pour obliger les derniers gêneurs à se reculer et tentai de faire descendre la jeune femme du bûcher.
Mais les branches du bord s’effritèrent et je m’effondrai avec elle sur le sol terreux de la place. Je me relevai aussitôt pour me retrouver face à l’homme vêtu d’une robe noire. Il avait ramassé la fourche du garde et se précipita pour me pourfendre. J’esquivai le coup et le frappai violemment avec un morceau de bois. Mais ça ne l’arrêta pas et je sentis une forte douleur à travers les côtes. La fourche ne m’avait qu’effleuré, mais avait tout de même creusé un profond sillon dans ma hanche.
Le combat se serait mal terminé si la jeune femme, à moitié évanouie mais pas totalement, n’avait pas arraché le sac qui lui recouvrai la tête et n’avait pas jeté à son tour un brandon enflammé à mon agresseur. Je me relevai en grimaçant et prit la jeune femme par la main. Je jetai un regard à son visage et je criai de stupéfaction.
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Le post en dessous de celui-ci est super!
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Réponse au Sujet 'Les femmes' a été posté le : 14/02/03 18:53
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*Jingle "Climax" numéro 357 bis, v1.35b*
Diantre ! Mais qu'a donc vu le narrateur ? Un visage d'une odieuse laideur ou, au contraire, d'une incommensurable beauté ? Ou alors, tout bêtement, c'est Vanessa ?
Vous saurez tout en suivant le prochain épisode, blabla, blabla...
Trome : grouille-toi ! 
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Réponse au Sujet 'Les femmes' a été posté le : 21/04/03 22:52
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Bé bé bé...
Et ben... Ca faisait longtemps...
Oui, j'avais honteusement déserté ce forum, suite à des vacances internetiques forcées... Et puis, et bien, il semblerait que je puisse revenir... Ma retraite virtuelle s'arrète...
Aussi, toutes mes excuses à mes lecteurs/rices, car oui, ça fait bien longtemps que je n'ai pas donné la suite... Mais la voilà, oui, aussi sûrement que du basilic dans la soupe au pistou...
Et puisque Nyxl m'a obligeament "bonimenté" la fin de l'épisode, voici la vérité, toute la vérité, rien que la vérité...
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Je reconnus Vanessa du premier coup d'oeil, sans l'ombre d'une hésitation. L'ahurissement me paralysa un instant, puis l'homme en noir me cria une malédiction et me ramena à la réalité. Emportant la jeune femme par la main, je m'élançai vers l'endroit où j'avais laissé nos montures. Elle me suivit tant bien que mal, quoique à moitié inconsciente. Par chance, elle ne tomba pas et nous parvînmes aux côtés des deux animaux. Les villageois nous regardaient, hébétés, n'osant pas faire un geste pour nous arrêter.
Vanessa avait encore assez de force et de présence d'esprit pour se hisser sur le dos d'une des bêtes que j'avais choisies. Je tranchai leurs liens et, tenant celle de Vanessa par la bride, je les lançai le plus rapidement possible. Je criai à la jeune femme de bien s'accrocher, en langage de Valoon, et nous sortîmes du village. Sans rien dire, nous galopâmes encore un moment. Ma blessure au flanc me brûlait mais je me sentais plus heureux que je ne l'avais été depuis des semaines. J'étais également très fier, et me tournai vers le village en espérant voir des visages désolés. Mais nous étions trop loin déjà, nos bêtes allant à une vitesse étonnamment rapide.
Nous nous arrêtâmes. Vanessa avait du mal à rester éveillée et menaçai de s'écrouler à chaque instant. De plus, nous étions sur un petit promontoire, et nous pourrions voir de loin d'éventuelles poursuites engagées. Mais j'avais eu l'occasion de le vérifier, le crétinisme des Simples les rendait peu dangereux. Vanessa se cramponnait aux longs poils de sa monture. Elle était agitée de petits tremblements.
- Je... Je ne sais... commença-t-elle dans une langue que je n'avais jamais entendue, mais qui faisait néanmoins parti de celles que j'avais apprises à la Chaîgnerais.
Je lui fit un sourire, qui se voulait charmant et lui dit en français :
- C'est par le plus grand des hasards que je me trouvais là... Et ma joie...
J'aurais dû la ménager un peu plus car, en m'entendant parler sa langue natale, elle sursauta ce qui, ajouté à sa fatigue et à sa peur, la fit choir de sa monture. Mais je pus la retenir à temps, en réprimant un hurlement de douleur. Elle avait perdu connaissance et je la déposai le plus délicatement possible sur un endroit pas trop rocailleux du sol. Puis j'ôtai la tunique qui me couvrait le dos et la déposai sur elle. C'était plus dans l'idée de pouvoir la regarder sans rougir comme un coq que pour son confort personnel.
Le temps passa. Je n'avais rien, pas d'eau, pour la ranimer. Aussi, je préférai la laisser se reposer, tout en guettant en direction du village les signes d'une poursuite. Mais personne ne semblait nous suivre. J'examinai ma blessure. Elle n'était pas trop profonde, mais j'aurais aimé pouvoir la nettoyer un peu. Pendant un bon moment, je me tenais assis à guetter, jetant souvent un long regard sur la jeune femme endormie, tout en m'efforçant de ne pas en faire autant. Mais ma volonté finit par céder.
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Réponse au Sujet 'Les femmes' a été posté le : 22/04/03 16:32
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Ouaiiiiiiis ! Il est de retour ! Ouaiiiiiiis ! Ahum...
Et en plus, j'avais vu juste (ou alors l'auteur s'est appuyé sur ma boutade pour rebondir plus haut) !!!
Grmbl... Roooh, y'a plein de bonnes nouvelles : Requyem refait des apparitions, Trome est de retour, Lauwenmark vient de se montrer à nouveau pour la première fois depuis, pfoufff !
Bon, je suis CONTENT ! 
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