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Sujet : Les déchus

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trome

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   Réponse au Sujet 'Les déchus' a été posté le : 13/12/02 22:35
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Laura se passa la main dans les cheveux. Si elle avait mal partout, le pire était quand même passé. Pour la première fois de ce qui lui semblait une éternité, elle était assez réveillée pour remuer, tenter de se lever. Ce ne fut pas une tâche facile. Ses bras se mirent à trembler quand elle s’appuya dessus. Elle s’assit tant bien que mal et rejeta les draps. Elle était nue mais couverte de pansements et de bandages.

Elle essaya de se rappeler précisément ce qui était arrivé ces derniers jours. C’était difficile, elle avait l’impression de sortir d’hibernation. Elle n’avait fait que dormir. Elle savait que c’était un homme, assez vieux, qui s’était occupé d’elle. Elle n’avait pas le souvenir d’avoir été soignée, elle avait dû être inconsciente. Mais c’était lui qui l’avait nourrie, par exemple. Régulièrement, il l’avait réveillée, tout en douceur à chaque fois, pour la forcer à avaler un peu de nourriture. C’était tout.

Elle se trouvait dans une belle chambre, d’un appartement huppé semblait-il. Un large lit à deux places, à peine froissé. Elle n’avait pas beaucoup remué ces derniers jours.

Au fait, depuis quand était-elle là ? Elle commença à se poser des questions. Elle se souvenait. Maître Illion, la chute à travers la vitre, cette fuite lente et douloureuse… Puis, quelques images en vrac : le vieil homme qui la soutenait, difficilement. Puis le même, qui la faisait manger, qui lui parlait, très doucement… trop doucement, elle n’entendait rien…

Mais qui était-ce ? Depuis quand était-elle là ? Il y avait, près de la fenêtre, une large commode sur laquelle des papiers étaient posés. Laura jugea la distance, se demandant si elle aurait la force d’aller jusque là. Oui, elle le pourrait. Elle allait mieux.

Au pied du lit se trouvait un large peignoir, rose. Ce type pensait à tout, décidément. C’en était presque inquiétant.

Elle l’enfila, avec difficultés et grincements de dents, puis se leva. Elle tenait sur ses jambes, à condition de s’appuyer au mur. Elle parvint à se traîner jusqu’à la fenêtre. Elle fut stupéfiée. Dehors tombait une sorte de neige, qui semblait artificielle par sa couleur, jaunâtre. La pollution pouvait-elle lui donner un tel aspect ? Laura resta un long moment, ébahie, à contempler le phénomène. Puis elle baissa les yeux.

Les papiers étaient des documents dactylographiés et des coupures de journaux. Elle reconnut, immédiatement, deux noms qui la firent chanceler.



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Dernière mise à jour par : trome le 13/12/02 23:38

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   Réponse au Sujet 'Les déchus' a été posté le : 14/12/02 01:20
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Etienne Bois était dans sa cuisine. Il tentait de préparer un repas avec ce qui lui restait. Il avait fait un petit inventaire auparavant, et il lui semblait qu’il restait pour environ trois ou quatre jours de nourriture, en comptant bien sur sa « pensionnaire ».

Il se sentait las. Faire la cuisine lui paraissait ce soir comme une corvée épuisante. Mais il y avait une blessée avec lui, il se sentait obligé de faire des efforts. A propos, il fallait qu’il aille y jeter un coup d’œil. Il la surveillait, guettant ses réveils, afin d’être là si elle se sentait perdue.

- Quel spectacle ! fit une voix derrière son dos. Il se retourna. C’était sa femme. Il ne l’avait plus vue depuis trois jours. Elle avait un air ironique très prononcé, presque méchant.
- Quel spectacle ! répéta-t-elle.
- Que t’arrive-t-il ? lui demanda-t-il.

Elle s’évapora, à moitié, et resta comme suspendue dans les airs, à moitié transparente. Puis elle se rematérialisa. Elle grimaçait.
- Mais pourquoi fais-tu ça ? Pourquoi, hein ? siffla-t-elle.
- Quoi ?
- Oui, pourquoi fais-tu ça ? Pourquoi, hein ? POURQUOI ?
- Mais… Du calme… De quoi parles-tu ?

C’était bien la première fois qu’elle semblait menaçante. Etienne constata que le fantôme avait l’air plus âgé que d’habitude. Oui, songea-t-il, elle avait pris pour la première fois l’apparence qu’elle aurait eue si elle n’était pas morte.
- POURQUOI ? POURQUOI T’OCCUPES-TU DE CETTE PUTAIN ?

Le fantôme s’approcha de la cuisinière et s’empara de la casserole qui bouillait. Etienne, paniqué, recula vers la porte. Le fantôme se tourna et jeta la casserole contre le mur. Le député eut juste le temps de se jeter dans le couloir pour ne pas être éclaboussé. Apeuré, il jeta un œil vers la pièce, vide à présent. L’apparition s’était volatilisée. La casserole gisait, cabossée par le choc, sur le carrelage. Etienne, hésitant, fit un pas en avant et poussa un hurlement. Il releva sa manche. Sur son bras, trois profondes griffures, qui auraient pu lui être infligées par des ongles longs. Comme ceux de sa femme.

- De mon EX-femme ! s’écria Etienne Bois. Tu es MORTE ! TU N’EXISTES PLUS !
Il hurla à nouveau, une nouvelle douleur fulgurante lui traversa la cuisse droite. Il recula, acculé, vers le salon et se tint, immobile, au milieu de la pièce. Mais le fantôme semblait en avoir fini pour de bon. Etienne mit la main sur son cœur, qui semblait avoir doublé de vitesse. Il tentait de reprendre son souffle. Il sentit une soudaine bouffée d’angoisse, à l’idée que le revenant puisse aller s’attaquer à la jeune femme endormie, et se précipita vers la chambre.




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   Réponse au Sujet 'Les déchus' a été posté le : 14/12/02 01:22
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« Daniel Meldur » et « Laura Dias » se trouvaient écrit sur la plupart des papiers. C’étaient, pour la plupart, des photocopies de documents officiels, tels que des certificats de naissance ou des attestations diverses. Laura les contemplait, les yeux écarquillés. Elle tentait, sans succès, de mettre de l’ordre dans ses idées. Ce type les connaissait. Il les recherchait, probablement. Qu’est ce qu’il pouvait bien leur vouloir ?

- Alors, sale chienne, tu t’amuses bien ?
Elle fit volte face, en sursautant. Daniel, debout sur le lit, la contemplait, les bras croisés. Il avait l’air de mauvaise humeur.
- Mais tu n’es… tu n’es pas mort ?

Juste en disant cela, Laura se rendit compte que quelque chose n’allait pas chez son ami. Son regard semblait vide. Il la regardait sans la voir. Puis, en baissant les yeux, Laura se rendit compte que ses pieds étaient invisibles. Ses chevilles semblaient s’enfoncer dans le lit, comme deux arbres. En fait, Daniel n’était pas complet. Quelques endroits de son corps semblaient légèrement transparents. Il reprit la parole d’un ton hargneux :
- Pourquoi tu n’es pas avec moi ? Pourquoi tu n’es pas venue ?
- Mais… MAIS VA-T-EN !

Elle était affolée. Il s’avançait vers elle, semblant flotter dans l’air. Il lui bloquait le passage. De toute façon, Laura n’aurait pas eu la force de marcher jusqu’à la porte.
- Tu m’as laissé, grinça-t-il, tu m’as laissé tomber.
Il la collait presque, à présent. Elle se cramponnait, acculée, à la commode. S’il avait l’air immatériel, elle ne cherchait quand même pas à le toucher.
- Viens avec moi, fit-il, rageur.

- Oui, va avec lui, suis-le, fit une voix féminine.
Laura ferma les yeux un instant. Quand elle les rouvrit, la pièce était vide. Daniel semblait s’être évaporé. Il n’y avait aucune trace de la présence d’une femme. Elle entendit des pas précipités qui s’approchaient, puis la porte s’ouvrit. C’était l’homme qui l’avait recueillit.

- Vous êtes debout ! Est ce que ça va ?
Il semblait, lui aussi, en proie à la panique, mais parvenait à la maîtriser. Ses vêtements étaient en désordre et son teint très pâle.
- Qui êtes-vous ? Qu’est ce qui s’est passé ? demanda la jeune femme, la voix chevrotante.

Il fit un pas vers elle. A la porte, deux silhouettes se profilèrent aussitôt, ricanante.


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   Réponse au Sujet 'Les déchus' a été posté le : 16/12/02 23:13
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- Alors, fit la femme d’Etienne, vous vous amusez bien ?
- Tu n’es qu’une ********* ! grinça Daniel.
- Etienne, tu es un salaud.
- Alors… Qu’est ce que tu fais avec LUI, au lieu d’être avec MOI ?

Les deux fantômes toisaient Laura et Etienne, qui s’étaient reculés le plus possible, avec une expression de rage, et de moquerie mêlées. Laura était à moitié effondrée sur la commode, les bras croisés, réprimant ses frissons. Le député n’en menait pas large non plus, dos au mur, les yeux écarquillés. Les fantômes entrèrent dans la pièce, arrachant un gémissement à la jeune femme, mais restèrent à l’autre bout du lit.

Ils entamèrent une sorte de danse, étrange, qui n’obéissait à aucun rythme précis. Sans qu’ils aient fait le moindre geste de les ôter, leurs vêtements tombèrent, ou plutôt s’évaporèrent dans l’air. Complètement nus, ils se regardaient l’un l’autre. Etienne revoyait sa femme, dans la perfection de sa jeunesse, telle qu’elle était à 25 ans, quand il l’avait connu. Il reconnaissait ce corps, avec lequel il avait conçu son fils, avant qu’elle ne meure. Cette vue lui rappela que son fils, d’ailleurs, devait être dans le même état, aujourd’hui.

- Tu vas voir, tu vas voir ce que tu rates, entendit murmurer Etienne à son oreille, de la voix de sa femme, comme si elle s’était trouvée derrière son épaule.
- Tu vas voir… et seulement voir… C’est mieux, avec LUI… Il en a une plus grosse… Et il comprend mieux les désirs que…
- ASSEZ ! hurla le député. ASSEZ !

Il lui semblait sortir d’une étrange torpeur. Il se recroquevilla sur lui même, enfouissant la tête dans ses bras, les mains plaquées sur ses oreilles. Il resta prostré un moment puis releva lentement la tête. Les deux apparitions étaient enlacées, nues. Mais elles se dissipaient, devenant de plus en plus transparentes, jusqu’à disparaître complètement.

Le député, en tremblant de tous ses membres, se redressa. Il regarda vers la jeune femme : elle n’avait pas bougé, toute recroquevillée, semblant fixer encore les fantômes. Mais une troisième personne avait fait son apparition.
- Papa, murmura Jean Pierre bois.



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   Réponse au Sujet 'Les déchus' a été posté le : 16/12/02 23:56
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- Papa… Ca va ? Tu n’as pas l’air bien… Tu as l’ai malade… Oh, papa, pourquoi n’es-tu pas venu, quand je te l’ai demandé ? Tu n’es pas venu voir le dernier moment de ton FILS ? Mon dernier moment… La dernière fois que nous nous serions vu… J’ai regretté… Je regrette. Papa, tu serais venu, tu ne m’aurais pas laissé partir seul… Tu serais venu avec moi… Nous serions ensemble, aujourd’hui, avec maman… Mais tu as préféré me laisser seul… Et au lieu de penser à moi, de m’aider, tu passes ton temps avec une fille. Alors que j’ai tant besoin d’aide… Alors…

La voix sembla se perdre dans le lointain. Etienne Bois avait fermé les yeux. Il s’était à nouveau blotti par terre. Il ne voyait rien. Il n’entendait rien. Il n’y était pour rien. Il voulait disparaître, se détacher complètement de cette scène…

Quand il revint à lui, Etienne était couché sur le lit. Le haut de sa chemise était déboutonné. La nuit était tombée, et la lumière éteinte.

Il laissa ses yeux s’habituer à la semi-obscurité et put voir la jeune femme, à moitié couchée à l’autre bout du matelas. Quand il remua, elle leva la tête vers lui. Elle semblait très fatiguée.
- Heu… Ca va ? demanda-t-il. Il s’assit, péniblement, et regarda autours de lui. Plus trace des fantômes.

- Quelle heure est-il ? questionna-t-il.
- Je n’en sais rien… Dans les environs de 20 heures, je pense…
- J’ai… J’ai dormi ?
- Ouais… Vous vous êtes évanoui, quand le type vous parlait, tout à l’heure… Votre fils, si j’ai bien compris…
- Où… Où est-il ?
- Il a disparu… Quand vous vous êtes évanoui, il est parti, comme les deux autres… J’vous ai déposé sur le lit… Mais j’ai eu le courage de rien faire d’autre…

Etienne se leva, chancelant. La jeune femme paraissait, en effet, épuisée.
- Bon, fit-il.
Il se passa la main sur les yeux, et s’ébroua. Il avait l’impression de sortir d’un douloureux cauchemar.
- Vous… Vous vous sentez bien, vous n’avez besoin de rien ? demanda-t-il.
- Non… Il faut que je récupère, c’est tout…
- Ecoutez… Je vous remercie pour ce que vous avez fait… Vous avez faim ?

Elle leva ses yeux vers lui et, d’un air de défis, l’interrogea :
- Qu’est ce que vous voulez de moi ?
- Quoi ? Comment ça ?
- Pourquoi m’avez-vous ramenée ici ?
- Pourquoi je… Mais, pour vous soigner… Je vous ai trouvée en mauvais état, et je me suis dit…
- Ecoutez, fit-elle avec effort, ça ne prend pas… Je sais… Pourquoi me recherchiez-vous ?
- Je vous… Je ne comprends pas…
- Là, tous ces papiers sur moi, c’est le hasard peut-être ? explosa-t-elle en désignant la commode de la main.
- Sur vous ? Comment ça ?
- Je suis Laura Dias…



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Ethan

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   Réponse au Sujet 'Les déchus' a été posté le : 25/12/02 13:36
Tu nous fais languire Trome :D

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   Réponse au Sujet 'Les déchus' a été posté le : 03/01/03 19:27
Ca y est, ça y est!!
Je suis de retour sur le web, après une petite absence... Alors, désolé Ethan (et tous les autres), mais ça y est (je sais, je l'ai déjà dit), la suite arrive...



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- Nous pouvons passer à table, fit Edmond Huissière.
Etienne Bois s'installa, en compagnie de son ami. Celui-ci avait concocté une soupe de légumes très aromatisés.
- Hé, hé, dit Etienne, je vois que notre récolte du jour a bien servi…
- Oui cette soupe est faite à 90% de produits du jardin…

Ils absorbèrent quelques cuillerées en silence, puis le guérisseur demanda :
- Donc, elle arrive demain, en début d'après-midi…
- Oui, enfin, ça dépendra en grande partie de la circulation…
- J'avoue, il me tarde de faire sa connaissance… Tu l'as beaucoup vue depuis votre rencontre?
- Pas tellement, en fait… Tu sais que j'ai été plutôt… occupé, le mot est faible, après cette fameuse neige… Ces vacances sont les premières que je m'octroies depuis un an… Alors, oui, je l'ai vue de temps en temps, mais pas plus que ça. C'est une fille étonnante, et qui a vécu des choses assez incroyables…

Edmond Huissière resservit son hôte.
- Parle-moi d'elle… Tu m'as dit qu'elle avait été ressuscitée…
- Oui, ressuscitée… Elle et son compagnon auraient dû mourir, lors de cette affaire dans laquelle mon ami Maurice Maurel avait été mêlé… Elle m'a raconté se souvenir de ce soir, alors qu'ils se préparaient à aller au rendez-vous fixé par mon ami. Elle et son ami allaient monter en voiture quand cinq hommes ont surgi et se sont emparé d'eux. Ils étaient armés, et les ont ramené dans leur planque. Après, on dirait bien que ça ait été l'enfer. Les types les ont massacrés à coups de machette.

Etienne Bois avait cessé de manger. Il racontait l'histoire en frémissant, se rappelant l'angoisse de Laura, qui revivait à chaque fois cette scène atroce.
- Elle m'a dit que la suite était confuse. Elle s'est retrouvée dans un lit, inconnu, très mal en point, soignée sans douceur par un type au visage maquillé de blanc. Elle avait la vague impression d'avoir failli atteindre une sorte de libération, de bonheur intense à travers la mort, que ce type était venu lui ravir en la réanimant. Son compagnon avait été remis en vie avant elle, et c'est lui qui avait supplié son sauveur de s'occuper d'elle de la même manière.

Edmond Huissière servit un large verre de vin à son ami et demanda :
- Et pourquoi les avait-il réanimés?
- Ah, ça!… Laura elle-même ne le sait pas trop. L'homme les a soigné, puis a disparu de leurs vies. Il n'est réapparu que quelques mois avant la neige jaune, leur demandant de l'héberger et de l'aider. Il avait, selon Laura, "perdu de ses pouvoirs". Bon, la suite, je te l'ai racontée déjà… Avec un ami, un certain Adbad, ils se sont mis à comploter quelque chose. Laura s'est senti de plus en plus mal à l'aise. Puis, ce fameux soir, il a tué le compagnon de Laura, puis a tenter de lui faire subir le même sort. Elle lui a échappé, et c'est là que je l'ai découverte… Qu'est ce qui a donc pu me guider à elle, que justement je recherchais, personne ne peut le dire…



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   Réponse au Sujet 'Les déchus' a été posté le : 05/01/03 14:38
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Laura arriva en voiture à l’heure prévue, ce qui tenant de l’exploit tant les réseaux routiers étaient désorganisés. Elle n’avait pas changé depuis la dernière fois qu’Etienne l’avait rencontrée, il y avait environ un mois et demi. Elle avait l’air en forme. Edmond Huissière la trouva magnifique.

Ils parlèrent de choses sans importance, de potins divers. Chacun, depuis un an, avait des activités éprouvantes. Etienne Bois avait fait partie de ces hommes, politiques ou autres, qui avaient tenté de réorganiser le pays après cette terrible neige jaune. Edmond était toujours resté en contact avec lui, pendant ces moments. S’il n’avait plus ses dons de guérisseur, il avait toujours cette faculté de calmer et d’apaiser les plus grandes angoisses. Quand à Laura, Etienne ne savait trop ce dont elle s’occupait. Il soupçonnait même quelques activités situées à la limite de la légalité, ou de ce qui restait de la légalité. Mais chacun avait bien l’intention de profiter de ces quelques jours au calme.

Pourtant, dans la soirée, après un excellent dîner, Laura accepta de raconter à son hôte les circonstances de sa « résurrection ».

- Avec Daniel, on allait porter les documents à notre commanditaire… Votre ami… On allait entrer dans la voiture quand des types sont arrivés derrière nous… Bon, vous pouvez imaginer la suite… Toujours est-il que je me suis retrouvée soudain comme dégagée de tout poids, de toute responsabilité. Je me suis mise à flotter dans l’air… Je voyais ces types s’acharner à coups de machette sur nos corps, mais je savais que ce n’étais plus qu’une enveloppe vide. Je n’éprouvais même pas de haine envers ces assassins, je sentais qu’à présent j’étais plus heureuse qu’eux. Puis, pendant un moment, je ne pourrais pas dire combien de temps, j’ai continué à flotter, ainsi, dans le vide, en sentant le bonheur m’envahire, et avec la certitude que ce bonheur allait croître encore… Mais, en fait non, ça a soudain été le noir complet et la souffrance.

Elle racontait de façon froide, sans laisser transparaître la moindre émotion. Pourtant, la façon dont elle parlait faisait naître de nombreuses images dans l’esprit des deux hommes.
- Ensuite, continua-t-elle, pendant plusieurs jours, ça a été le noir complet. Quand je suis revenue à moi, petit à petit, j’avais l’impression d’être à vif partout, ou de m’être jetée dans un brasier. Puis j’ai vu Daniel qui me veillait. Il n’avait pas l’air non plus d’être en pleine forme… Puis j’ai vu ce type… Pendant longtemps, on n’a pas su son nom. Il m’a épouvantée. Il avait le visage maquillé de blanc, comme un clown blanc triste. Il s’occupa de moi, me soigna, me banda et me fit boire des potions infectes, mais je sentais qu’il le faisait à contrecœur...

Elle se tut un instant, laissant ses interlocuteurs s’imprégner de l’ambiance, et reprit :
- Daniel m’a expliqué que c’est lui qui avait insisté pour qu’il me ranime. Il ne voulait que s’occuper de Daniel. En tout cas, les jours passants, je commençai à me sentir mieux. Ce type avait des pouvoirs fabuleux. Il nous avait littéralement ramené de la mort à la vie. Mais c’est sûr, je lui en ai plus voulu qu’autre chose. Mon retour à la vie a été un enfer… Sans compter qu’on avait une dette énorme envers ce type… Il est parti, quand nous nous sommes retrouvés à peu près remis. Et pendant plus d’un an, nous n’avons eu aucune nouvelle… Avec Daniel, on passait notre temps à se demander quand est-ce qu’il allait revenir dans nos vies, et qu’est ce qu’il allait donc nous demander…

Elle avait apparemment terminé. Elle fixa ses interlocuteurs muette, les sourcils froncés.
- Mais, demanda Edmond Huissière, vous ne savez pas pourquoi il a fait ça ? Vous ramener ainsi à la vie ?
- Non. Daniel lui avait demandé comment le remercier. Il a dit qu’il nous le ferait savoir quand il le faudrait. C’est tout. Il ne nous a jamais expliqué pourquoi nous avoir choisi, nous… Et je ne le saurai jamais car, si jamais je devais recroiser son chemin, je crois que je préférerais me trancher les veines…


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Dernière mise à jour par : trome le 05/01/03 14:53

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   Réponse au Sujet 'Les déchus' a été posté le : 09/01/03 02:22
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Le surlendemain, ils se mirent à parler sérieusement des événements qui étaient arrivés. Depuis un an, Etienne Bois n’avait pas eu le temps d’en discuter véritablement avec son ami. Il avait pourtant un bon nombre de questions sur le sujet. Cette neige, jaune, mondiale. Elle était tombé aussi bien dans les zones les plus froides que sous l’équateur. Elle avait tué, inexplicablement, des millions de personnes. Pendant presque deux semaines, on avait cru qu’elle ne cesserait pas. On s’apprêtait à mourir de faim, calfeutré chez sois. Puis, enfin, cette chute avait cessé. La couche de neige avait disparu, partout, en quelques heures.

Entre-temps, beaucoup de gens étaient devenus fous. Aujourd’hui encore, on ne comprenait pas ce qui s’était vraiment passé ce jour là, 72 heures après le début de la neige. On appelait ça le retour des morts. Les défunts étaient revenus tourmenter les vivants. L’espace de quelques minutes, chacun avait vu revenir des proches, qui s’étaient acharnés sur eux. Certains en étaient morts, d’autres mentalement atteints.

- J’ai moi-même reçu la « visite » de mon cousin, qui était mort à mes côtés dans un accident de voiture, dit Edmond Huissière. Comme vous, il m’a reproché de ne pas l’avoir accompagné. Pendant une dizaine de minutes, je me suis efforcé, en vain, de le calmer. Il a disparu enfin, mais non sans m’administrer un grand coup dans les tibias.
- Mais c’était réellement eux ? demanda Laura.
- Eux… Nos proches ? Oui, non, qui peut savoir… Non, ce n’était certainement pas eux. Des images, des projections. Non, c’est sûr, tout devait venir de nous, mais qu’est ce qui a bien pu, comme ça, au même moment, faire naître de telles images, de telles autosuggestions dans les esprits de chacun ?
- Ah, je ne sais pas, grogna Etienne Bois.

Il se leva et marcha de long en large.
- Cette… manifestation a bien failli me bousiller complètement… Quand j’ai vu mon fils, je n’étais même pas certain qu’il fut mort… J’étais vraiment perdu…
- Moi pareil avec Daniel, renchérit Laura, quand je l’ai vu, je n’avais pas encore la certitude qu’il était vraiment mort… Je n’avais que la parole de Maître Illion…
- Oui, d’ailleurs, il y a quelque chose que je ne comprends pas vraiment… fit l’ancien guérisseur.

Il réfléchit un moment puis prononça :
- Illion a tué votre compagnon, d’un coup, comme ça, par simple accès de rage et d’impatience… Puis il a essayé de vous faire subir le même sort, pour les mêmes raisons… C’est stupéfiant…
- Pourquoi donc ? demanda Laura.
- Parce que, pour vous ramener à la vie, il a du faire des efforts considérables, l’opération a du demander une énergie énorme… Ce n’est pas une entreprise de tout repos, même pour un puissant… « sorcier »…
- Vous avez l’air, remarqua Laura, d’en connaître pas mal sur ce sujet-là…

Etienne se rassit.
- Edmond sait tout ce qu’il faut savoir, sur toutes sortes de sujets, dit-il.
- Hum, non mais… En tous cas, pour en revenir à notre sujet, j’ai bien peur que ce Illion soit encore plus dérangé que je ne l’ai pensé… Quelque chose me dit qu’ils referont parler d’eux avant peu…



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   Réponse au Sujet 'Les déchus' a été posté le : 24/01/03 16:08
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Edmond Huissière s’installa confortablement dans son fauteuil. Il avait remis une bûche dans la cheminée, et le feu créait une chaleur et une lumière agréables. A ses côtés, légèrement tournés vers lui, Etienne et Laura attendaient patiemment, bien assis eux-aussi, qu’il prenne la parole. Il leur avait promis de leur expliquer certaines choses, du moins de confier un secret que nul ne pouvait soupçonner. Il contempla le foyer une long moment puis débuta ses confidences.

- Très bien. Sachez que je connais personnellement Adbad, le compagnon d’Illion.
Il se tut et se reperdit dans ses rêveries. Etienne et Laura étaient suffoqués, mais s’attendaient à tout.
- Je ne sais comment raconter tout cela, reprit Edmond Huissière, car je ne sais moi-même comment se sont déroulé certains événements. Il y a des points obscurs, dans cette histoire, il y a des coïncidences qui n’auraient jamais dû avoir lieu… Bon Etienne, je t’ai déjà un peu parlé de mon enfance, dans une pension religieuse… Sachez, mademoiselle, que j’ai passé la plus grande partie de ma scolarité dans cet endroit, une sorte d’internat pour garçons, tenu par des prêtres catholiques. On m’y a enseigné, outre les matières classiques, le latin, le grec ancien, et bien sûr tout ce qui pouvait se rapporter à la religion. Les maîtres avaient, je pense, du mal encore à concevoir que la Terre était ronde, si vous voyez ce que je veux dire…

Après un petit silence, il reprit :
- Bref, ce lieu était assez pesant, mais avec deux camarades, nous nous efforcions de faire le plus de bêtises possibles… Enfin. Là n’est pas la question. De temps en temps, le directeur recevait la visite d’un homme étrange, petit, affublé d’une grosse barbe noire… Evidemment, il faisait jaser parmi les enfants et nous nous racontions quantités d’histoires à son sujet… Puis, un jour, mystérieusement, le directeur nous a annoncé qu’il allait partir en voyage pendant quelque temps, et qu’en son absence, son ami le remplacerait. Nous étions tous étonné, les professeurs autant que les élèves, mais le directeur et son ami rencontrèrent les premiers individuellement, et ils semblèrent accepter tout à fait le fait…

Edmond Huissière se pencha en avant.
- Chez nous autres, les élèves, l’étonnement était toujours là, mêlé à de la curiosité et, il faut le dire, un peu d’inquiétude. Ce type avait plus l’air d’un croquemitaine que d’un religieux. Pendant quelques jours, pourtant, il n’y eut pas de changement puis, petit à petit, l’enseignement se transforma. Les matières, tant traditionnelles que religieuses, disparurent au profit d’étranges exercices physiques, comme rester dehors, torse nu, à tourner en rond pendant une heure. Nous étions en novembre 1938. Et, bien entendu, il y eut un accident. Un élève tomba malade. On ne jugea pas bon de l’envoyer se faire soigner, et il mourut. Une enquête fut dirigée, et notre directeur intérimaire disparut. Un jeune nouveau directeur fut nommé, et les choses reprirent leur cours normal. Ce mois passé avec cet homme n’avait été qu’une parenthèse…

Edmond Huissière s’étira, adressa un petit sourire à ses interlocuteurs et continua son récit :
- Cependant, cet « épisode » n’avait pas laissé aucune trace… Ce fut à ce moment que mes dons de guérisseurs m’apparurent, même si je ne le compris que plus tard… En y repensant aujourd’hui, je me dis que j’aurais peut-être pu sauver mon camarade… Enfin. Comment aurais-je su ? La suite de toute cette histoire n’arriva, en fait, que quelques années plus tard.

Il se leva et alla choisir un disque. Puis il revint à sa place, et adressa un petit sourire ironique à ses interlocuteurs impatients.
- Bien, alors… Ma véritable rencontre avec Adbad est venu, donc, quelques années plus tard… Elle ressemble à un vrai roman…


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   Réponse au Sujet 'Les déchus' a été posté le : 12/02/03 14:32
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- Au sortir de la guerre, je vins à Paris pour étudier les lettres anciennes à la Sorbonne. Je logeai dans une minuscule mansarde, sans chauffage, avec uniquement de l’eau froide. Mais bon, j’étais jeune, et nous étions en 1946, la guerre venait de se terminer, tout le monde était plein d’optimisme. J’avais attendu avec impatience ces études, que je finançai en travaillant comme garçon de café. De plus, mon père, qui avait pu sauver quelques économies, m’envoyait régulièrement un petit pécule. De toute façon, en cette période, le rationnement était encore de rigueur, et j’étais loin d’être le plus mal loti. J’avais de plus une passion, ayant découvert mes dons de guérisseur, pour tout ce qui était ésotérique ou inconnu. Je passais tout mon temps à me documenter.

Il s’arrêta de parler pour savourer un passage dans le disque qui lui plaisait particulièrement, et après trois bonnes minutes, il reprit :
- De plus, je cherchai à en savoir plus sur ces événements qui étaient arrivés à la pension, quelques années auparavant. Etais-je le seul à avoir gardé des « séquelles » ? Qu’était devenu cet homme barbu, qui avait tenté de transformer une pension religieuse en une pension d’apprentis sorciers ? Je tentai donc de retrouver la trace de mes camarades, mais en vain, la guerre semblant les avoir tous dispersés. J’appris tout de même que certains étaient morts, ce qui ne m’avançait pas beaucoup…

Edmond huissière s’interrompit à nouveau pour apprécier la musique, ce qui agaça le député :
- Le temps que tu finisses de raconter, nous serons tous morts de vieillesse…
- Bien. C’est là qu’est arrivée une de ces coïncidences extraordinaires. De temps en temps, le moins souvent que je pouvais, je rencontrai ma concierge, qui ne manquait jamais de ragoter à propos de tous les locataires, et en particulier sur l’un d’eux, un homme mystérieux qui vivait juste en dessous de chez moi. Je ne l’avais à vrai dire jamais rencontré. Selon ma concierge, il sortait le moins possible. De temps à autres, un homme assez jeune, toujours le même, lui apportait d’énormes caisses de vivres, qui devaient le faire vivre des semaines. Ce jeune homme était, à son air, un voyou, prétendait la concierge. Quand au mystérieux logeur, elle n’en savait presque rien, et il lui faisait peur. Il ne recevait comme courrier que d’épaisses lettres, de temps à autres, qui venaient d’Amérique.

Edmond Huissière se leva à nouveau pour retourner le disque, souriant au regard de reproche que lui adressait Etienne Bois. Avant de se rasseoir, il fit un détour par le buffet, d’où il sortit trois verres et une bouteille de son fameux alcool de cerise, qu’il préparait lui-même. Cette fois, le député ne put réprimer un sourire. L’ancien guérisseur, avant de se rasseoir, ranima le feu en y ajoutant une nouvelle bûche. Puis il servit ses hôtes, se servit lui même pour, enfin, reprendre à nouveau son récit :

- Il va sans dire que ce mystérieux individu m’intriguait. Un soir, après avoir beaucoup lu, je décidai de me changer les idées et, pourquoi pas, essayer de faire la connaissance de mon voisin. Armé d’un prétexte futile, lui emprunter quelques allumettes, j’allais frapper à sa porte. Et, vous devinez bien sûr qui m’ouvrit…
- C’était… c’était le barbu ? fit Laura, et ce barbu, c’est Adbad, hein ?

Edmond Huissière fit un grand sourire.
- C’était effectivement « le barbu ». Quand je le vis, je ne pus réprimer un sursaut, mais tout en me disant que, finalement, je n’étais pas aussi étonné que j’aurais dû… Lui ne sembla pas me reconnaître, et me considéra avec ennui. Je lui dit : « Alors, quoi de neuf depuis novembre 38, quand vous avez « possédé » une pension religieuse ? » J’étais jeune, je vous le rappelle, et prêt à toutes les audaces.
- Tu n’as pas vraiment changé, fit son ami.
Edmond Huissière lui adressa un petit sourire en coin avant de continuer à raconter :

- Lui n’eut pas l’air plus étonné que cela. Il dit juste quelque chose comme « tiens, tiens… » ou quelque chose comme ça, avec une esquisse de sourire ironique, puis me fit entrer. Je pénétrai dans un véritable taudis, puant le renfermé et la nourriture avariée, au sol couvert de restes divers et de linge sale. D’ailleurs, l’odeur qui émanait de cet homme prouvait qu’il ne se lavait qu’occasionnellement. Il n’étais plus l’ogre effrayant de mon enfance, plutôt une épave humaine. Mais, je le découvris assez vite, ce n’était qu’une apparence…



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