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Sujet : Les déchus

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trome

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   Réponse au Sujet 'Les déchus' a été posté le : 19/11/02 01:36
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Etienne,

Nous nous sommes connus à l’école, pendant des années bien sombres. Je me souviens encore qu’en te voyant pour la première fois, ce jour de septembre 1942, m’être dit que tu compterais dans ma vie. Je n’étais tout de même pas à penser que, soixante ans plus tard, nous serions toujours aussi proches.

Nous avons été amis tout le temps. Je n’ai pas le souvenir de longue séparation. Tu étais une des très rares personnes avec qui, en toute circonstance, j’étais bien. Nous avons beaucoup discuté, mais sans nous disputer. Nous étions très proches en tout. Nous avons partagé de grandes joies, mais aussi des peines immenses. Nos vies, en plusieurs circonstances, des plus heureuses aux plus malheureuses ont été parallèles l’une à l’autre.

Cette proximité, cette amitié, nous a poussé à une très grande complicité. Tu es le seul à savoir certaines choses, dont personne pas même mes enfants ne peuvent se douter. Je t’ai confié des secrets, que tu as toujours su garder.

Il en est un, cependant, que j’ai caché, même à toi. J’en avais trop honte. Aujourd’hui encore, j’en rougie. Mais ce n’est pas la honte de quelqu’un qui a fait une bêtise, une chose qu’il n’aurait pas dû. Ce n’est pas la honte de celui qui, en cachette, fait tout le contraire de ce qu’il prêche avec insistance. C’est l’infamie. C’est la rage contre moi-même. Ce n’est pas le remord, c’est le désespoir. Une action à laquelle je pense sans relâche. Tu ne peux savoir combien de fois j’ai rêvé d’une machine temporelle pour retourner effacer cette action. Combien de fois j’ai prié Dieu de me permettre de retourner.

Ne va pas croire qu’il s’agit là d’une erreur de jeunesse. Non. Quand j’ai accompli cette action, j’étais mature, j’étais vieux même. Elle ne date que d’il y a deux ans. Oui, je l’ai accomplie durant la première année de ce siècle, à l’âge respectable de soixante neuf ans. J’étais en toute possession de mes moyens, de mes forces. Je ne prenais aucun médicament, aucune drogue qui puisse me faire dire que j’avais agi dans un état second.

Je peux dire pour ma décharge qu’en accomplissant ce forfait, j’ignorais tout de la suite et ses conséquences. Mais non, cet argument ne tient pas la distance, avec un peu de réflexion, j’aurais pu le deviner… Et puis, ne prédis-je pas l’avenir ? Mais là, l’affolement était tel que je n’ai pas réfléchi une seconde.

Assez. Je raconte l’affaire. C’est ce qu’on peut appeler une sale histoire.




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   Réponse au Sujet 'Les déchus' a été posté le : 19/11/02 01:40
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Un de mes amis politiques au Sénat, par ailleurs chef d’entreprise estimé, s’est trouvé impliqué dans une sordide affaire de chantage. Un homme l’a contacté un jour, pour lui dire qu’il savait certaines choses sur lui. Des choses scabreuses, qui pouvaient stopper sa carrière, si ce n’est lancer une enquête sur lui. Il avait été vu, et même photographié à son insu, lors d’une séance « sataniste ». C’est le mot qu’il avait employé. Il m’avait dit que, lors de ces séances, il se passait des choses très scabreuses, voire orgiaques. A y repenser aujourd’hui, certaines de ces choses devaient être épouvantable, entraînant mort d’homme, vu son état d’affolement.

Je ne vais pas décrire en détail toutes les mesures de précaution que nous avons mis en place pour éviter le scandale. On se serait cru dans un film d’espionnage. A vrai dire, la réalité était encore plus folle.

Les conditions qu’imposaient le maître chanteur étaient impossibles à réunir pour mon ami. Mais il avait étudié une solution pour s’en sortir. Pour cela, il avait besoin de mon aide.

C’est ainsi que pour lui, je me suis rendu à un rendez-vous nocturne dans un chantier de démolition, quelque part en grande banlieue. Je peux t’assurer que je n’en menais pas large. Surtout que je devais rencontrer quelques personnes peu recommandables. Il s’agissait d’un jeune couple de malfrats que mon ami avait engagé pour cambrioler son maître chanteur.

Ces deux voleurs devaient avoir juste atteint la trentaine. C’étaient de véritables Bonnie and Clyde, m’avait raconté mon ami. Deux malfrats, un homme et une femme, prêts à toute sorte de mauvais coup pourvu qu’on les paye bien. Je les revois encore, à la pâle lumière d’une lampe torche, avec leur air résolu, imperturbable. Le garçon était très beau, avait un air très jeune. La fille était superbe. Y repenser me donne la nausée.

Je leur ai donc remis les instructions de mon ami, accompagnées d’une très large enveloppe remplie de billets de banque. Je te le dis, du vrai cinéma.

La suite est très pénible à raconter. Nous nous sommes donné rendez-vous à un endroit du même genre, une semaine plus tard. Le jour et l’heure convenus, j’étais sur place à les attendre. C’était sur les bords de la Seine, dans des entrepôts abandonnés. Ils devaient me remettre les documents compromettants, en échange d’un plein sac de sport d’argent.

Mais ils ne sont pas venus. Pendant deux jours, tu peux imaginer notre angoisse, à mon ami et moi. Une angoisse qui s’est changée en horreur quand nous avons appris que les deux jeunes gens avaient disparu. On avait retrouvé chez eux une vrai mer de sang. Ils avaient dû être massacrés, puis leurs corps détruits dans des circonstances inconnues. Le maître chanteur semblait avoir été très fâché du cambriolage. J’ai appris plus tard que ce chantage avait été organisé par de gros pontes d’une large organisation criminelle. Mon ami, n’ayant plus aucun espoir de sortie, s’est suicidé.

Voilà l’histoire. Moi, Maurice Maurel, sénateur, magistrat retraité, ai envoyé à une mort atroce deux jeunes gens. Moi, ton méprisable ami, ton misérable confident, qui n’a même pas eu le courage de te l’avouer en face.

J’ai fait des recherches, découvert le nom des deux jeunes gens, leur histoire… Je n’ai pas eu le courage d’aller chercher leur famille. Même anonymement, je ne les ai pas aidé de quelque façon que ce soit, par peur qu’on apprenne. Par lâcheté, uniquement.

Mon ami, mon cher ami, qui ne mérite pas d’avoir connu un être aussi vil, voudrais-tu leur dire la vérité ? Voudrais-tu les aider ? Je lègue, par ton intermédiaire, une forte somme pour eux, sachant bien sûr qu’aucune somme ne pourra remplacer ce qu’ils ont perdu…



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   Réponse au Sujet 'Les déchus' a été posté le : 21/11/02 20:53
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- Je commence à en avoir marre, fit Laura. Il nous considère comme ses larbins…
- Mouaif, renchérit mollement Daniel, il sait qu’il peut se le permettre…
- On doit réagir ! Je veux pas savoir jusqu’où il va nous utiliser… Pour l’instant, on l’héberge, on lui fait ses courses, on lui sert de chauffeur… Et après ?

Daniel ne répondit rien. Il était trop occupé à se concentrer sur la route. L’angoisse ne rendait pas la conduite facile.
- Et il m’énerve, à toujours m’éloigner… reprit sa compagne. Dès qu’il a un truc « important » à dire, il m’envoie ailleurs… Mysoginie à deux balles ! Mais qu’est ce qu’il te raconte donc ?
- Rien… Rien de particulier… Faut pas croire…
- Mmmmh…
- Ce n’est pas important, je t’assure… Je ne te cache rien, mais il m’a fait promettre de ne rien dire… Mais y a pas de quoi fouetter un chat…

Ils roulèrent en silence quelques instants puis Daniel reprit :
- On arrive… Essaie de penser à autre chose, je me suis toujours demandé s’il n’était pas télépathe...

Il les attendait, devant l’immeuble, enveloppé dans son habituel manteau. Son visage blême se détachait à la lumière d’un lampadaire.
- Vous êtes en retard, grinça-t-il tandis que, de mauvaise grâce, Laura s’extrayait de la voiture pour lui laisser la place. Elle monta à l’arrière. Daniel démarra.

- Alors, où allons-nous ?
- Rejoignez le périphérique… Je vous guiderai ensuite…
Ils roulèrent donc. Il se mit à pleuvoir, rendant l’atmosphère plus froide encore. Le vent ne tarda pas à se lever non plus. L’homme reprit enfin la parole :
- Je suis assez content, ce soir… Je vais retrouver un vieux camarade que je croyais avoir perdu…
- C’était lui qui vous recherchait ? demanda Laura.
Il lui jeta un regard noir.
- Oui…


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Dernière mise à jour par : trome le 21/11/02 20:56

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   Réponse au Sujet 'Les déchus' a été posté le : 21/11/02 20:56
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Après une longue conduite en banlieue, ils arrivèrent devant un vieil immeuble à l’abandon. Un homme de grande taille semblait les attendre. Laura reconnut l’homme qui l’avait attendue chez elle quelques jours auparavant.
- Bienvenue, salua-t-il. Maître Adbad vous attend.

Laura et Daniel comprirent bien que ce propos ne leur était pas réservé, et restèrent dans la voiture.
- Bon, attendez-moi, ordonna leur passager. Son hôte lui tint la portière puis le devança vers une petite porte dérobée, qu’il referma derrière. Puis il revint vers la voiture.
- Une cigarette en les attendant ?
- Mouais… Merci…

Ils fumèrent en silence, puis l’homme fit un clin d’œil à Laura :
- Alors, vous ne l’aviez plus vu depuis des mois, hein ?
- Mmmmh…

Le fait de se rendre compte que ce type là ne semblait pas anxieux le moins du monde, qu’il semblait dans la confidence de son propre maître, donc qu’il en savait plus qu’eux agaçait profondément les jeunes gens.
- He, he, ricana l’homme, ils vont faire de grandes choses ensemble…
- Mouais… Ouais, sans doute…
- Maître Adbad m’a confié qu’il n’avait plus vu Maître Illion depuis près de trente ans… Vous comprenez qu’il était pressé de le revoir…
- Mmmh, c’est sur…

Au moins à présent ils connaissaient le nom de cet individu qu’ils servaient, dont ils avaient une peur bleue mais dont ils devaient la vie.
- Je m’appelle Frédéric Baldovsky, se présenta l’homme.
- Mmmmh… Moi c’est Daniel, Daniel Meldur.
- Laura Dias…
- Je n’avais pas vu Maître Adbad depuis un bon moment, moi aussi, confia Frédéric Baldovsky, jusqu’à ce qu’il me fasse venir chez lui il y a quelques jours… Vous savez, pendant la fameuse tempête… Ma voiture est tombée en panne en route… En pleine campagne… En Bretagne… Mais il est alors venu à moi…
- Ah…

- Dites-moi, reprit l’homme en chuchotant cette fois, Maître Illion a-t-il lui aussi perdu de ses pouvoirs ?
- Hein ? sursauta Laura.
- Heu… Non, pas vraiment, non, se hâta de dire Daniel, un tout petit peu, à peine…
- Ah ? Parce que Maître Adbad a, lui, perdu une partie des siens… Il était persuadé que c’était pareil pour Maître Illion. Et, vous savez, reprit-il à nouveau dans le ton de la confidence, je crois que ça l’a rendu fou de rage… Je crois qu’il va s’énerver, et on a une de ces chance d’être de leur côté !

Il semblait rayonner de joie malsaine. Laura et Daniel, eux, transpiraient malgré la pluie et les rafales. Ce nouveau venu leur faisait aussi peur que Maître Illion. Ils avaient hâte de le voir revenir, de quitter ce sinistre personnage. Lui semblait ne pas se rendre compte du trouble de ses interlocuteurs. Il jubilait, tout bas. Puis, derrière lui, la porte s’ouvrit et Maître Illion sortit, accompagné d’un petit homme barbu, engoncé dans un manteau noir, qui n’était pas moins inquiétant. Ils se tinrent ensemble un petit moment, à chuchoter entre eux, puis se séparèrent. Frédéric Baldovsky fit un petit salut de la main à ses compagnons puis rejoignit son maître.
- En route ! On rentre à la maison, ordonna Maître Illion en s’installant dans la voiture.



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   Réponse au Sujet 'Les déchus' a été posté le : 24/11/02 17:25
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- C’est l’horreur, confia Jean Pierre Bois à son père.
Ils étaient installés dans le salon de ce dernier. Etienne Bois, bouleversé par la lettre de Maurice Maurel, ne s’était plus préoccupé de son travail à l’assemblée, ces derniers temps, et voilà que son fils venait, avec épouvante, le lui rappeler.
- C’est l’horreur… Les disparitions continuent… Elles sont quotidiennes. Chaque jour a son lot. Les informations circulent… On ne peut plus le cacher… Le monde entier sera bientôt au courant…
- Ca fait deux jours que je n’ai pas été au ministère… Il s’est passé tant de choses ces deux jours ?
- Ah ! Oui, tant de choses ! Des disparitions ! C’est la catastrophe ! Quand le cargo et les hélicoptères ont disparu, on a surveillé de près la zone, mais celle-ci semble s’étendre… Ecoute bien, c’est comme une immense tâche d’huile ! Jour après jour, heure après heure, les disparitions se multiplient… Les bateaux de recherche et les avions s’évaporent à leur tour ! C’est l’horreur !

Etienne Bois était affolé par les révélations que lui faisait son fils. Celui-ci, comme son père, faisait partie du comité d’urgence réuni pour ces disparitions.
- Jusqu’à maintenant, par miracle, la presse et les populations ne sont pas au courant… Mais ça va arriver, d’une seconde à l’autre. C’est trop important !
- Mais vous avez bien dû découvrir quelque chose, prendre des mesures…
- Ah, quelles mesures pourrions-nous prendre ? Le président passe 23 heures sur 24 à téléphoner à tous les chefs d’état du monde entier, toutes les armées sont sur le qui-vive… Des chercheurs en tous genre, des spécialistes en tous genre viennent analyser la zone… Au mieux, ils ne trouvent rien d’anormal, au pire ils disparaissent à leur tour. Il n’y a RIEN dans cette zone… Vide !

Bon, pensa Etienne, c’était sûr, son ami Maurice Maurel l’avait bien prévenu, quelque chose allait arriver. La fin du monde, peut-être. L’inconnu surtout. Et l’inconnu, Etienne Bois y était confronté depuis toujours, mais de façon intime. Que ce soient ses relations post-mortem avec son épouse, les prédictions de Maurice Maurel, son guérisseur au pouvoir invisible… Maintenant, l’inconnu, l’invisible, cet « autre » venait se confronter au monde.

- Je ne sais pas comment tu fais pour garder tout ton calme, s’emporta son fils.
- J’ai l’air si calme ? En fait, ça fait un moment que j’ai un malaise continuel… Ces nouvelles que tu m’apportes n’en sont que le prolongement…
- Hein ? Mouais… Ecoute, j’ai pas le temps, faut que j’y aille, maintenant… Tu verrais la panique…
- Est-il nécessaire que je vienne ?
- Oh, putain, non, rien ni personne n’est nécessaire ! Tout ce que nous faisons ne sert de toute façon à rien… Y en a qui viennent, d’autres qui préfèrent rester chez eux avec leur famille, d’autres qui vont se prendre des cuites avec leurs maîtresses… Je sais même pas pourquoi j’y vais, sans doute parce que là bas, on apprend tout avant tout le monde… Je suis masochiste…

Il partit. Etienne resta songeur. C’était vrai, il était étrangement calme. C’était la fin, de toute façon… Il sentait même comme du soulagement. Ainsi, il n’aurait pas à accomplir la corvée que lui avait léguée Maurice Maurel. Il n’aurait pas à passer, encore, de longues soirées en tête-à-tête avec un fantôme. Il n’aurait plus à se rendre à ces fastidieuses séances à l’assemblée, ni aux convocations d’urgence à des heures impossibles.

Il décida d’aller voir son ami, guérisseur. C’était, pensait-il, la personne avec qui parler de ce qui arrivait.



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tatankaa

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   Réponse au Sujet 'Les déchus' a été posté le : 25/11/02 16:44
plus ça va

plus c'est inquiétant

intérréssant....la suite!!!



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trome

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   Réponse au Sujet 'Les déchus' a été posté le : 28/11/02 22:18
eh, eh, merci Tatankaa, ça fait plaisir de voir que tu suis toujours...

Bon, j'ai été assez occupé ces derniers temps, mais j'ai quand même eu le temps de pondre la suite...



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Assis devant la télévision, un plateau repas sur leurs genoux, Laura et Daniel suivaient, sans trop d’intérêt, un documentaire. Ils étaient tous deux légèrement enrhumés, suite à leur sortie nocturne de la veille.
- Ce Frédéric Machin-sky m’a l’air d’une type bizarre, murmura Laura.
- Ca… Si c’était lui le plus bizarre…
- Oui, je sais, « Maître » Illion n’est pas mal non plus… et son ami d’enfance, là… On est embarqué dans je ne sais pas trop quelle ********.

Comme à son habitude, Daniel ne se montrait pas loquace, ce qui agaçait sa compagne.
- Tu sais ce qu’il voulait dire, sur ses pouvoirs disparus ?
- Hein ?… Non, pas du tout…
- Mouais… Pourtant, j’ai remarqué, ça t’a fait un drôle d’effet quand il a dit ça… Ca t’a fait sursauter… Tu me caches encore des choses…
- Ecoute… Tout ce que je saurais, je te le dirait… Il ne me met pas dans la confidence, ne vas pas croire… Il ne me fait pas plus confiance qu’à toi… La preuve, c’est qu’il veut toujours qu’on soit ensemble…
- Ouais… Va savoir pour quoi d’ailleurs ? Franchement, hier, à quoi ça a servi qu’on soit tous les deux ? Si encore c’était pour me mater en cachette, mais non, il en a rien à foutre…
- Mmmmh… Et bien je pense que tu peux t’en estimer heureuse.

La soirée passa, maussade. Daniel but plusieurs bières. Quand ils allèrent se coucher, il s’endormit immédiatement. Ca arrangeait plutôt Laura qui, ces derniers jours, ne pouvait plus supporter qu’il la touche. Elle resta éveillée un moment, à penser. Elle se rappela ce qu’elle avait lu, un jour, dans un livre. Il était possible de faire parler les gens pendant leur sommeil. Ca ne paraissait pas difficile.

Elle s’agenouilla et se tourna vers Daniel. Il était profondément endormi. Elle commença à chuchoter :
- Daniel ? Tu m’entends ? Tu m’écoutes ? Je veux que tu m’entendes… Je veux que tu répondes… Daniel… Qu’est ce que te dit Maître Illion ? Qu’est ce que vous vous racontez ? Quel secret t’a-t-il confié ?
Elle monologua pendant un moment, en essayant toutes sortes de tons différents, sans autre résultat que de provoquer quelques soupirs et ronflements. Cependant, elle reprit, sans se décourager.
- Il a perdu… Une partie de ses pouvoirs seulement… murmura Daniel.

Plus tard dans la nuit, Laura fit un rêve. Elle était, seule, dans la nuit, sur une plage déserte. Elle avait froid, vêtue seulement d’une robe qui ne la protégeait pas d’un vent glacial et d’une brume insidieuse. Elle vit au loin une lueur. Elle s’approcha, jusqu’à distinguer deux silhouettes penchées sur un feu. S’avançant encore, elle reconnut Maîtres Illion et Adbad. Ils conversaient à voix basse. Laura fut terrifiée mais elle ne pouvait pas reculer. Elle était comme clouée au sol. Elle se rendait pourtant compte qu’ils allaient la voir.

Puis Maître Illion tourna la tête. Il fixa un moment Laura avec un air désespérément glacial. Il entrouvrit les lèvres et Laura entendit, avec un temps de retard, comme si les paroles avaient été freinées par la brume : « Connasse. »

Elle se réveilla en sueur et ne parvint plus à se rendormir.



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   Réponse au Sujet 'Les déchus' a été posté le : 29/11/02 00:03
petite remarque : lorsque Maitre Illion dit connasse ça m'a fait plus rire qu'autre chose

je m'attendais à un truc... morbide un peu comme dans les films mais non!!

faut que j'arrette les films moi!!

j'ai hate, vivement la suite....

une autre petite question : tu as le scénar de pret et tout est déja sur papier ou tu as seulement les grandes lignes et tu improvises?



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Membre Chaos Elite Troops   Réponse au Sujet 'Les déchus' a été posté le : 29/11/02 04:55
juste pour redire que j'aime beaucoup et que j'attend la suite.
et j'en profite pour te demander: sur le site dans ta signature, c'est toi qui fait les BD (parce que j'aime beaucoup, aussi bien les histoires que le dessin)?


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"Ce n’est pas l’homme qui arrête le temps, c’est le temps qui arrête l’homme." Chateaubriand

"on ne va tout de même pas s'empêcher d'être heureux sous prétexte qu'une relation finit toujours mal (et au mieux, par la mort de l'un des protagonistes)." conanounet

"If common sense were a reliable guide, we wouldn't need science in the first place." A.Gefter, New Scientist

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   Réponse au Sujet 'Les déchus' a été posté le : 29/11/02 13:53
Aie, ces compliments... Je vais finir par devoir changer tous mes pantalons...:div4

Ah, oui, le terme "connasse" n'était peut-être pas le plus approprié... Enfin, il faut essayer de lui ôter l'accent Ben Laddenien et ça marche mieux... Quand je l'ai écrit, j'y pensais d'ailleurs en termes morbides... Enfin...:c1

Mais si tu t'attends à du cinéma, je n'ai pas assez de culture cinématographique pour ça... on peut même dire qu'elle est à peu près nulle. En fait, je suis plutôt insiré par des livres ou des bandes dessinées (à conseiller : "Mort Cinder" de Breccia/Oesterheld, "Comme un gant de velour pris dans la fonte" de Clowes, etc...)

Pour le scénario, rien n'est prêt. Je sais, à peu près, ce qui va arriver à tel personnage, je sais qui est qui, qui fait quoi... à peu près... Je suis parti d’une très vague idée générale, que je m’ingénie à faire disparaître d’ailleurs, les idées, les détails me venant en cours de rédaction…

Sinon, pour le site dans ma signature, oui, c’est bien moi qui fais tout… Content que tu apprécies... D’ailleurs, il faut que j’y travaille !:ar1

Bon, allez, assez parlé pour ne rien dire, la suite...




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- Alors, Etienne, fit le guérisseur, c’est vrai que tu as vraiment mauvaise mine…
- Je sais… Je prends des somnifères depuis une semaine… Je ne dormais plus, j’ai craqué…
- Oui, les temps sont difficiles en ce moment… Mais ça finira bien…
- Tu penses que ça va aller mieux ?
- Le pire est toujours derrière soi… Ca va aller mieux, de toute façon, un jour, nous mourrons. C’est la seule certitude qu’on puisse avoir dans la vie d’ailleurs…
- Oui, c’est un paradoxe…

Etienne Bois avança ses mains vers la cheminée. Le foyer était réconfortant. Le voyage, quoique rapide, avait été pénible. Le TGV était surchauffé. Il y avait de la panique dans l’air. Les gens commençaient à sentir quelque chose.

A l’arrivée au Mans, il pleuvait. La nuit tombait, la gare était glaciale. Le chauffeur de son taxi était enrhumé et avait reniflé tout au long du trajet. Mais maintenant, le député était bien. Son ami Edmond Huissière l’attendait. Son salon était toujours aussi confortable, ses alcools fins, et lui-même par sa seule présence lui donnait du courage et de l’optimisme.

- Penses-tu que la mort soit l’unique issue de… de cette crise ?
- Peut-être pas, peut-être pas… Mais je pense que nous sommes arrivés au bout de quelque chose… Vois-tu, notre civilisation est allée loin, très loin. Plus loin que toute autre civilisation… Techniquement en tout cas…
- Sommes-nous allé trop loin ?
- Trop loin ? Je ne sais pas… Mais il y a une chose que l’on a oublié, c’est la fin. L’arrêt. Dans la nature, dans la vie, tout est changement, d’accord, mais il y a des arrêts. Une entreprise aujourd’hui veut aller toujours plus loin, faire toujours plus de rendement. Dans la nature, même l’arbre le plus gigantesque s’arrête de pousser un jour…

Etienne Bois croisa les jambes. Son pantalon avait complètement séché, il était tout à fait à l’aise à présent.

- Et alors, dit-il, crois-tu que la nature nous rappelle à elle ? Crois-tu qu’elle veuille nous montrer que c’est la fin ?
- Non, je ne pense pas que ce soit ça… Je t’ai dit que techniquement, notre société est allée la plus loin… Nous sommes au top, comme on dit aujourd’hui. Mais il existe d’autres voies que la technologie. Des voies que nous avons complètement laissées tomber, au profit unique de la technique. Des voies qui se rappellent épisodiquement à nous sous les noms d’ « inconnu », de « surnaturel », d’ « étrange »…

Le député médita un moment ces paroles. Il réfléchissait. Puis il se décida :
- Que dirais-tu… Que dirais-tu si je te disais qu’il se passe de ces événements inconnus, en ce moment ?
- Je te dirais que je m’en rends bien compte.
- Oui… C’est à dire qu’il y a en ce moment des disparitions… Des disparitions étranges…
- Les disparitions sont souvent étranges… Mais est-ce nouveau ?
- Des disparitions d’une grande ampleur… Depuis des semaines, une zone de l’atlantique est… est le théâtre de disparitions… Un cargo… Différents bateaux… Des véhicules de secours, des hélicoptères… Et la zone s’agrandit de jours en jours… Mon fils la compare à une tâche d’huile… Une nappe de pétrole, qui semble ne pas vouloir s’arrêter de croître un jour !

A nouveau un temps de silence. Edmond, calmement, resservit son hôte ainsi que lui-même. Il tira une longue bouffée de sa pipe.
- Oui, voilà là un événement de grande ampleur, déclara-t-il, c’est certain. Les sacro-saints pouvoirs publics se trouvent devant une situation qui dépasse leurs compétences… Comment réagissent-ils ?
- Par l’affolement… Et par rien… Qu’est ce qu’ils peuvent faire face à ça ?
- Oui, qu’est ce qu’ils peuvent faire ?


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Dernière mise à jour par : trome le 29/11/02 13:55

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trome

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   Réponse au Sujet 'Les déchus' a été posté le : 01/12/02 02:50
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Ils avaient parlé une bonne partie de la nuit. Un peu de tout. Etienne Bois se sentait bien, pour la première fois depuis des semaines. Edmond n’avait pourtant rien dit de rassurant, mais l’entendre simplement parler était déjà un soulagement. Le député lui avait raconté, dans l’ordre, sans omettre de détail, tout ce qui lui était arrivé ces derniers temps. Le guérisseur en avait tiré quelques conclusions.

- Tu sais plus de choses que la plupart des hommes… Tu as connus beaucoup de choses, tu as assisté à de nombreux signes. Tout ce qui t’est arrivé ces derniers temps est lié. Que ce soient les décès de tes amis, tes cauchemars… Tu as rencontré des gens. L’homme que tu as rencontré en Bretagne a sûrement son rôle. Si tu le retrouve, tu apprendras des choses. La lettre de ton ami a son rôle. Recherche des traces de la famille, des amis de ces deux voleurs, et tu apprendra des choses.
- Mais est-ce nécessaire que je sache… Que j’apprenne des choses ? C’est la fin du monde, non ? N’ayons pas peur des mots…
- C’est en tout cas un changement… Mais, ne pars pas sans avoir fait le maximum de choses… Essaie de ne pas laisser trop de projets en cours, trop de questions sans réponse…

Le député dormit, sans somnifère, d’un sommeil paisible. Le lendemain, il s’apprêta à prendre congé de son hôte.
- Aurons-nous à nouveau l’occasion de nous revoir ?
- Eh ! Pourquoi pas ? De toute façon, ma maison t’est toujours ouverte…
- Merci, Edmond… Evidemment, c’est pareil de mon côté… Si tu passes à Paris, ça me fera plaisir…
- Tu sais bien que moi et la ville… murmura le guérisseur avec un petit sourire.

Ils guettaient le taxi, par la fenêtre du salon. Le temps était maussade, mais au moins il ne pleuvait pas.
- Tu sais, reprit le député, je vais suivre tes conseils… Je vais faire des recherches, sur ces deux jeunes gens… Après tout, Maurice m’a toujours aidé, et même s’il a accompli quelque action vile, je lui dois d’exécuter cette… cette mission…
- Oui, sans doute… Ce Maurice, comme tu m’en as parlé, semblait être un homme étonnant…
- Oui… Oui…

Le taxi n’était toujours pas là. Etienne Bois reprit :
- J’aurais aimé qu’on puisse se voir encore plus longtemps… Nous n’avons pas pu parler de tout… J’aurais aimé qu’on puisse parler de tes pouvoirs…
- Ah, fit Edmond en esquissant un sourire, il n’y a pourtant rien à en dire… Ils ne sont plus là, c’est tout. Et je ne suis pas le seul, sais-tu ?
- Que veux-tu dire ?
- Je connaissais d’autres guérisseurs… Ils n’ont également plus leur don…

Le taxi était arrivé. Etienne Bois dut quitter son ami. Il se retrouva sur le siège de la voiture. La pluie se mit à tomber. Le député se sentit envahi par le froid.





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Nyxl

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   Réponse au Sujet 'Les déchus' a été posté le : 01/12/02 12:42
Citation :
Extrait du pénultième (à ce jour) épisode...
- Trop loin ? Je ne sais pas… Mais il y a une chose que l’on a oublié, c’est la fin. L’arrêt. Dans la nature, dans la vie, tout est changement, d’accord, mais il y a des arrêts. Une entreprise aujourd’hui veut aller toujours plus loin, faire toujours plus de rendement. Dans la nature, même l’arbre le plus gigantesque s’arrête de pousser un jour…


Morbleu, mais c'est plein de profondeur, ça !!!

Ca incite à la réflexion. Si le reste est dans cette veine, ce sera une belle fable philosophico-écologique...

J'attends :D !

Et bien à vous...


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Considérez-moi comme un rejeton du chat de Schrödinger. Ou alors un lointain cousin du démon de Maxwell...
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"Coupez Bruxelles dans le sens nord-sud, donnez la partie ouest au Royaume-Uni et la partie est aux Allemands. Ainsi, vous mettrez tout le monde sur un pied d'égalité, car toutes les parties râlerons avec la même intensité."

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trome

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   Réponse au Sujet 'Les déchus' a été posté le : 02/12/02 01:55
En fait, ces petites réflexions viennent d'une discussion avec un agriculteur biologique, ami de mes parents. Je m'en suis souvenu et les ai intégrées à ce récit, car elles vont dans le même sens (même si, à l'origine, elles n'avaient pas été formulées dans le même contexte B) )

En tout cas, ami Nyxl, vous me donnez de bien grosses responsabilités... Houlàlà!:?
Bon, en attendant (en attendant quoi, au fait?), voici la suite...



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- Tu as vu, Frédéric ? demande Maître Adbad.
- Quoi donc ?
- C’est la panique. Les gens comprennent enfin que quelque chose ne tourne pas rond… Il y aurait des disparitions mystérieuses, et une étrange épidémie en Bretagne.
- Ah, oui, bien sûr… Cette épidémie… Il y a eu des morts…

Ils étaient assis dans de moelleux fauteuils. Maître Adbad lisait le journal, Frédéric Baldovsky une revue. Ils sirotaient du café.
- Avez-vous un rôle là dedans, Maître Illion et vous ?
- Non, grogna Maître Adbad, nous n’y sommes pour rien… Ce sont eux, nos ennemis, qui agissent… Frédéric, la guerre est commencée.
- Oui, vous avez raison, il ne faut pas les laisser prendre trop d’avance.
- Non. Nous allons réagir. Ils nous ont retiré une partie de nos pouvoirs. Maintenant, ils attaquent. Ils s’imaginent qu’ils nous ont vaincu. Ils se trompent. Nous allons le leur prouver. La meilleure défense est l’attaque. Ils vont se rendre compte de ce que nous avons dans les tripes.
- Vous vaincrez.

Frédéric se leva et introduisit un CD dans sa chaîne. Des notes de piano résonnèrent dans la pièce.
- Oui, nous vaincrons. Nous vaincrons, mais ce ne sera pas simple. Il ne faudra pas avoir d’état d’âme. Il ne faudra pas hésiter. Il faudra frapper fort.
- Vous le ferez, j’en suis sûr… Et vous savez que vous pourrez toujours compter sur mon aide. Je serai votre lieutenant sans hésitation.
- Oui. J’en suis sûr. Je te connais. Je te connais depuis bien longtemps…

Maître Adbad resta songeur un moment puis demanda :
- Que penses-tu des deux jeunes gens qui accompagnent Illion ?
- Laura Dias et Daniel Meldur. Deux jeunes gens… La petite est mignonne.
- Penses-tu qu’ils soient dévoués à Illion ?
- Je pense surtout que Maître Illion ne leurs demandera pas grand chose… Ils ont plutôt l’air de ne pas savoir… L’air de ne pas comprendre grand chose…

Frédéric Baldovsky se leva à nouveau. Il avait du mal à tenir en place.
- Sais-tu, reprit Maître Adbad, Illion leur a accordé une immense faveur…
- Ah ?
- Ils ne t’en ont pas parlé ?
- Oh, ils n’étaient pas bavards…
- Il les a sauvé. Il les a fait revenir de la mort. Il m’a raconté. Ils étaient tous les deux morts, il les a fait revenir. C’est une étrange histoire. Mais, pour autant, je nourris quelques craintes à leur égard…

Il se passa la main dans la barbe un long moment.
- Je ne suis pas sûr pour autant qu’ils soient tout à fait fiables, reprit-il. Ont-ils seulement idée de ce qu’Illion a fait pour eux ? Peuvent-ils concevoir un millième de ce qu’Illion a dû faire pour les ramener ? Vois-tu, Frédéric, je suis persuadé qu’Illion a fait une erreur, a mal choisi. Pourquoi a-t-il fait cela ? Il ne me l’a pas vraiment expliqué. Mais ces deux jeunes gens ne sont rien. Des petits bandits sans envergure… Ils pourraient, à mon avis, se retourner contre nous…
- Ils ne nous gêneront sûrement pas trop, fit Frédéric Baldovsky.


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   Réponse au Sujet 'Les déchus' a été posté le : 02/12/02 02:00
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L’après midi s’écoula. Frédéric, à la demande de Maître Adbad, sortit pendant un bon moment. Quand il rentra vers six heures, son maître lui dit :
-Nous recevrons Illion tout à l’heure. Il sera là à 11 heures.
- Ici même ?
- Oui, ici. Tant pis pour ses goûts romantiques, nous n’avons plus le temps de convenir des rendez-vous dans des endroits insensés.
- Y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour me rendre utile ?
- Non. Tu t’occupera des deux jeunes gens pendant que je parlerai avec Illion. Ca risquera d’être long. Laisse les dormir dans le salon, s’ils sont fatigués.
- Devrais-je les sonder, les interroger ?
- Non. Nous nous en occuperons plus tard, ce n’est pas la priorité.

Ils arrivèrent à l’heure. Daniel et Laura avaient les traits tirés. Frédéric Baldovsky les accueillit avec affabilité. Ils s’installèrent ensemble au salon.
- Vous n’avez pas très bonne mine, fit-il remarquer.
- Non… C’est ce temps pourri…
- Ca.

Frédéric leur servit du café. Ils n’étaient pas bavards.
- Cette fois-ci, dit Frédéric en prenant un air conspirateur, je crois qu’ils vont faire de grandes choses…
- Oui, sans doute, grogna Daniel.
- Le monde va comprendre qui est son maître, vous ne croyez pas ?
- Hein ?… Heu, oui, sans doute…
- Excusez moi, fit Laura, il faut que j’aille aux toilettes…
- Je vous en prie… Deuxième porte dans le couloir.

Elle se leva et gagna le couloir. Au fond, une large porte, par où avaient disparu leurs deux maîtres. Elle ne résista pas à s’en approcher. Elle tenta d’écouter ce qu’il se disait, mais aucun son ne vint à ses oreilles. Elle resta indécise un moment, puis se pencha et colla son œil à la serrure.

Elle ne vit rien, tout d’abord. Pourtant, la pièce n’était pas plongée dans le noir. Pendant un bref instant, il sembla à Laura qu’elle contemplait le néant, le vide. Elle eu l’impression de ne rien voir, même pas un endroit noir ou plongé dans l’ombre. Puis, la seconde d’après, le visage de Maître Illion occupa tout l’espace, semblant la scruter avec férocité. Elle sursauta, réprima un hurlement et recula aussitôt.

Elle se crut de retour dans son cauchemar d’il y avait quelques nuits. Rien d’autre ne se passa. Elle contempla un moment la porte, en tentant de réprimer les battements de son cœur.


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   Réponse au Sujet 'Les déchus' a été posté le : 03/12/02 01:37
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Pour la nième fois, Etienne Bois se demanda s’il avait raison de faire ce qu’il faisait. Depuis des jours, il s’était lancé sur les traces des familles des deux voleurs. Il avait fait abstraction de tout ce qui se passait à l’extérieur. Il se rendait compte, néanmoins, que la panique avait gagné tout le monde. Les disparitions étaient connues. De plus, il avait entendu dire qu’une épidémie mortelle ravageait la Bretagne et la Normandie.
« Décidément, tout vient de la mer » pensa-t-il.

Mais ça ne le concernait plus. Il s’occupait exclusivement de ses recherches. Le guérisseur lui avait dit qu’elles étaient nécessaires. Il ne comprenait pas pourquoi, mais il lui faisait confiance. Il allait bien voir.

Le téléphone sonna. C’était son fils.
- Papa, ça va ?
- Mais oui. Et toi ?
- Bah… Aussi bien que possible… Ecoute, j’organise un déjeuné après demain. Il y aura quelques amis. Des femmes aussi. Nous liquiderons ma cave… Je ne vais pas laisser mes bouteilles derrière moi…
- Mais que veux-tu dire ? Tu vas partir ?
- Allons, papa, c’est plus la peine, c’est sûr, maintenant… C’est la fin du monde.
- Tu as été au ministère ces derniers jours ?
- J’ai fini. J’ai arrêté à mon tour… Au dernières nouvelles, si tu veux savoir, et bien la zone des disparitions a atteint la terre… Mais j’ignore ce qui s’y est passé. Sinon, tu l’as entendu aux infos, il y a une épidémie en Bretagne… Mortelle. On ne sait pas de quoi. Tes amis Raymond et Maurice l’ont eu. Et, en plus, on aurait détecté dans la mer quelque chose de bizarre, je ne sais pas quoi…

Etienne serrait nerveusement le combiné. Il transpirait à grosses gouttes.
- Tu ne sais pas ce que c’est ?
- Non. J’ai pas cherché… Ca doit être un alien. Je cherche pas à savoir. Je ne veux pas savoir. Papa, viens après demain… Ce sera la dernière fois qu’on se verra.
- Mais enfin, du calme. Tout n’est pas fini, que je sache… Tout peut rentrer dans l’ordre.
- Non, c’est plus possible… Et je t’ai dit, je ne tiens pas à connaître la suite de ce qui va se passer…
- Mais tu ne vas pas…
- Papa, après demain, j’organise une fête. Une orgie, pour appeler un chat un chat. Et après, je me tirerai une balle.

Il raccrocha, laissant son père horrifié. Etienne resta de longues minutes dans la même position, le combiné à l’oreille, écoutant la tonalité. Il raccrocha enfin et se recula, horrifié. Il n’essaya pas de rappeler son fils.
- Tu ne devrais pas y aller, dit sa femme.


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   Réponse au Sujet 'Les déchus' a été posté le : 03/12/02 01:39
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-Oh putain ! s’exclama Daniel.
Il regardait la télévision. Les nouvelles étaient épouvantables. De pire en pire chaque jour. Sur les routes, c’était l’exode. Tous les habitants de la côte se repliaient vers l’intérieur des terres. Les autorités étaient débordées. On avait réquisitionné les trains. Le monde entier regardait la France avec effroi et épouvante.

Aux informations, à la télévision, pour la première fois, le ton neutre avait disparu. Le speaker montrait des traces d’affolement, et le communiquait aux téléspectateurs. Daniel n’y échappait pas.

Il se leva, alla chercher une bouteille de whisky et but, à même le goulot. Il se sentit un peu mieux. Il alla voir Laura, dans la chambre. Elle dormait, sous l’effet des tranquillisants. Elle avait fait une véritable crise de nerf, la veille, chez Maître Adbad. Daniel avait dû la ramener puis revenir chercher Maître Illion. Depuis, elle dormait, droguée aux médicaments.

Daniel se promena, indécis, dans l’appartement. Il but quelques gorgées, essaya de s’intéresser à différents programmes télévisés, mais la panique était toujours proche de le regagner. Il jeta un dernier coup d’œil sur son amie, puis écrivit un petit mot, qu’il plaça de manière à ce qu’elle puisse le voir en se réveillant. Il enfila son blouson et sortit.

Il prit la voiture. Il avait bu, certes, mais se sentait assez lucide pour conduire. De toute façon, ce soir, tout le monde conduisait comme des fous. L’affolement était général. Les bars étaient bondés, chacun venant chercher le réconfort dans les verres et les autres. Une ambiance apocalyptique, ce qui tombait bien, pensa amèrement Daniel.

Il se gara enfin, sortit de son véhicule et gagna, à toute vitesse, l’appartement de Maître Illion. Il sonna. La porte s’ouvrit aussitôt.
- Mais… Qu’est ce que tu veux ? demanda rageusement Maître Illion.
- Heu… Excusez-moi… Excusez-moi, vraiment… Je sais que vous nous aviez dit de ne pas vous déranger, mais… Oh, putain, c’est trop la panique !
- Hum… Que se passe-t-il donc ?
- Je… Excusez-moi mais… J’avais besoin de vous parler… J’avais besoin… De vous voir…
- Et pourquoi donc ?

Maître Illion lui semblait moins effrayant. Il était la seule personne, pensait Daniel, qui pourrait lui expliquer ce qui se passait, qui pourrait le rassurer.
- Ecoutez… Là, tout ce qui se passe… Vous savez… Vous SAVEZ ce qui se passe !
- Tout ce qui se passe ?
- S’il vous plaît, supplia le jeune homme, dites-moi. Expliquez-moi…

Maître Illion le considéra un moment. Un air légèrement amusé était apparu sur son visage blafard.
- Il ne se passe rien, fit-il, tu peux rentrer chez toi, retrouver ta putain…
- C’est pas possible ! Vous savez ! Il faut me le dire !
- Oui, je sais. Mais ce n’est rien. Il ne se passe rien. Non, en fait, il ne se passe rien… pour l’instant.
- Pour l’instant ?
- Oui, pour l’instant. Pour l’instant, Adbad et moi n’avons rien fait. Nous n’avons pas encore agi. Tu assistes, en ce moment, à une attaque contre nous. Ils ont cru nous avoir. Ils ont cru nous retirer nos pouvoirs. Il ont cru que nous étions déchus. Mais maintenant, ils vont voir. Ils vont se rendre compte.

Daniel se sentait encore plus mal à l’aise qu’à son arrivée.
- Mais de qui vous parlez ? Et qu’est ce que vous allez faire vous ?
- Ecoute, tu es du bon côté. Tranquillise toi et va t’en.
- Mais… Non, dites moi ! Promis, je garderai le secret ! Personne n’en saura rien !
- Laisse moi rire… Mais là n’est pas le problème. Maintenant, va t’en. Tu vas finir par m’agacer.
- Mais… Vous allez sauver le monde ?
- Va t’en, je ne le répéterai pas.
- Dites-moi juste…
- Oh, ça suffit. Tu m’as agacé.

Maître Illion tua Daniel.


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   Réponse au Sujet 'Les déchus' a été posté le : 06/12/02 19:39
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Edmond Huissière lisait. Il se levait de temps à autres pour retourner ou changer las disques, de vieux vinyls au son chaleureux. L’agitation mondiale ne le touchait pas. Il s’interrompit soudain, quand on sonna à la porte. Il n’attendait personne.

Il reconnu pourtant son visiteur immédiatement, même s’il ne l’avait pas vu depuis des décennies.
- Adbad ?
- Edmond… Nous devons parler…

Le guérisseur était étonné, mais pas tant que ça, finalement. Il avait toujours su qu’il reverrait Adbad un jour. N’était-ce pas logique que ces retrouvailles aient lieu en des temps si troublés ?

Il le fit entrer, mit un nouveau disque sur la platine et servit un verre à son hôte.
- Ah, tu as toujours des alcools de qualité… Tu n’as pas changé, Edmond. Tu n’as pas l’air d’avoir vieilli…
- Toi non plus… Mais c’est normal.
- Non, non… Ne vas pas croire ça… Je vieillit. J’ai vieillit. Ces derniers temps, je sens les années qui pèsent.
- Est ce les années ou ta conscience ?

Adbad fut pris d’un rire sonore.
- Je te reconnais bien, là ! Ah, ah ! Ah, tu es décidément toujours le même…
- On ne se refait pas… Bon. Quelque chose d’important t’amène, n’est ce pas ?
- Oui… Ce n’est pas que l’envie me manque, mais ce n’est pas une visite de politesse…
- Ca ! Cela fait… Combien ? Trente ? Quarante ans que l’on ne s’est pas vu ? Ce n’est pas maintenant qu’on va se voir, pour évoquer le passé et se demander des nouvelles de nos santés respectives…

Adbad se resservit, allongea ses jambes et se passa la main dans la barbe.
- Oui et non… Nous allons parler de nos santés respectives. De nos pouvoirs. J’ai perdu certains des miens.
- Oui. Toi aussi ? Et ton… ton camarade, là ?
- Illion ? C’est pareil…
- Ah. Bien, bien… Je ne te le cacherai pas, cette nouvelle me fait plutôt plaisir…
- Oui, je m’en doute. Mais, si tu réfléchis bien, tu devrais le déplorer au contraire…
- Ah ? Donne moi une bonne raison pour le faire ?

Le silence s’installa une bonne minute. Puis Adbad reprit enfin la parole :
- Nos ennemis ont attaqué. Ils ont cherché à nous atteindre dans notre force, Illion et moi. Nous déchoir de nos pouvoirs. Des pouvoirs pour lesquels nous avons dû âprement lutter. Nous avons dû nous battre, souffrir même. Nos ennemis ont tapé là où ça fait le plus mal. Mais nous avons plus de force qu’ils ne l’ont cru. Ils ont tenter de nous déchoir d’un coup. Ils nous ont manqués. Ils n’ont détruit qu’une partie de ce qu’ils ont cherché à atteindre. Illions et moi, ensemble, sommes toujours puissants.

Le guérisseur avait écouté ce discours en gardant un visage fermé. Il interrompit finalement son interlocuteur :
- Bon. Du calme. J’ai compris.
- Voilà. Alors, tu comprendras que nous n’allons pas nous laisser faire…
- Bon. Ca suffit. Tu dis n’importe quoi, comme toujours. Tu es paranoïaque. Tu te figure que tout se rapporte à ta personne. Tu me parles d’ennemis qui n’existent que dans ton esprit.
- Non, tu as tord, ils existent bel et bien…
- D’accord. Si tu veux. Donc, si je suis bien ton raisonnement, ce qui se passe actuellement est le fruit d’une coalition contre Illion et toi ?

Adbad considéra son interlocuteur avec froideur.
- Tu peux te moquer. Tu peux rire. Tu ne sais pas.
- Et toi, tu ne sais pas tout. Adbad, essaie de comprendre qu’il y a des choses que tu peux ne pas connaître. Des choses que tu ne comprends pas, qui te dépassent. Qui me dépassent. Des choses dont la compréhension n’est à la porté de personne, même pas de la tienne ou de celle d’Illion.

Adbad eut un petit sourire.
- Bon, Edmond, je vois que tu ne veux pas chercher à m’écouter. C’est dommage. J’étais près à te dévoiler des choses. Tant pis… Tu sais que je pourrais te tuer, là, maintenant…
- Peut-être, c’est possible… Et ensuite ?
- Et ensuite ? Rien. Bon. Je ferais mieux d’y aller.

Tous deux se levèrent. Edmond raccompagna son visiteur sur le pas de sa porte. Adbad ferma son manteau. Puis il se tourna vers le guérisseur et lui glissa dans l’oreille :
- Je te conseille de ne pas trop sortir ces prochains jours… Le temps va se couvrir…


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   Réponse au Sujet 'Les déchus' a été posté le : 06/12/02 19:42
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Laura fut réveillée par une violente secousse. Elle émergea immédiatement en reconnaissant Maître Illion, penché au dessus d’elle, qui lui tenait le bras. Elle réprima un hurlement et se dressa sur le lit. Par chance, elle était habillée, Daniel ayant eu la flemme de la dévêtir.

- Allez, lève toi. Bon, mauvaise nouvelle, ton ami est mort.
- Qu… quoi ?
- Oui, ton ami. Daniel. Il est mort. Je l’ai tué il y a quelques heures…
- Mais… Mais c’est pas possible ! Je suis en train de rêver !
- Ca suffit, grogna Maître Illion, qui commençait à s’énerver. Tu vas voir si tu rêves !

Il donna une violente gifle à la jeune femme, qui la fit rouler par terre.
- Ca va ? Tu as compris que tu ne dormais pas ? Fais gaffe ! Ton ami m’a agacé, et j’ai pas pu me retenir… Si tu n’as pas envie de connaître le même sort !
- Mais… C’est impossible, s’entêta Laura, hébétée.
- Bon. Lève toi. Mets ton manteau et tes chaussures, et on y va !
- Mais… Vous nous avez sauvé la vie… Vous nous avez ramené à la vie… Vous ne pouvez pas…

Maître Illion la releva brusquement et la plaqua au mur, en la tenant par son tee-shirt.
- Tu vas te taire ? Ecoute, je vous ai ramené à la vie. Votre vie, sans moi, serait partie il y a deux ans. Et j’ai toute liberté d’agir. Vous me devez la vie, vous m’êtes débiteurs à vie. J’ai tous les droits sur vous deux. J’ai tué ton imbécile de compagnon, dans un accès de rage. Je l’ai tué, et j’en ai parfaitement le droit. Et toi aussi, si tu ne pouvais pas m’être d’une quelconque utilité, tu y passerais. Tu es une connasse. Une *********, curieuse. Oui, tu as fini par savoir ce que j’avais dit à ton imbécile de compagnon. Et oui, je le sais. Tu imagines peut-être que je suis plus faible, maintenant ? Tu as envie de te débarrasser de celui sans qui tu ne serais plus qu’un tas d’os rongé par les vers ? Et bien, c’est pas gagné ma belle…

Il la rejeta sur le matelas.
- Tu devrais me baiser les pieds, de te laisser en vie. C’est toi que j’aurais dû tuer. Si ce crétin ne m’avait pas mis dans un tel état d’énervement, je me serais débarrassé de toi. Les femmes que j’ai pu connaître ont toutes été des chiennes. Elles ont essayé de profiter de moi. Et tu ne sembles pas faire exception à la règle. Quand je pense que je t’ai sauvée…

Il arpentait la pièce, les mains derrière le dos.
- Quand j’ai sauvé Daniel, il m’a supplié de te ramener toi aussi. J’ai refusé mais j’ai fini par le faire… Et je me demande bien pourquoi j’ai cédé ainsi. C’est la première fois, tu entends bien, la première fois de mon existence que j’ai fait preuve de faiblesse… C’est la première, et ce sera la dernière fois, tu entends ? Et après ça, tu veux, comme ça, profiter de moi. Te débarrasser de moi…

Il la regarda, en tentant de réprimer sa colère. Puis il haussa les épaules.
- Allez, en route ! Enfile ton manteau et mets tes chaussures…
- Vous mentez, murmura Laura.
- Quoi ?
- Vous n’avez pas tué Daniel… Vous essayez de me le faire croire pour…

Il l’interrompit en la soulevant à nouveau. Tout en la tenant, il lui administra une série de gifles.
- Mais c’est pas possible ! Mais tu es décidément une folle ! Allez, viens, on va aller voir son cadavre ! Tu vas vérifier par toi même ! Et quand tu seras sûre, tu le mangeras ! Comme ça, tu seras sûre de ne pas avoir eu d’hallucination.
Il la frappa à nouveau. Elle réussit à esquiver le dernier coup et lui envoya un violent coup de pied entre les jambes.

- Mais je rêve ! MAIS JE REVE !
Il s’empara d’elle, la hissa au dessus de sa tête et la jeta par la fenêtre.


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   Réponse au Sujet 'Les déchus' a été posté le : 07/12/02 22:19
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Laura se releva, hébétée. Elle prit plusieurs minutes à se rendre compte qu’elle n’était pas morte. Elle avait mal partout. Il lui semblait qu’elle avait la peau à vif. Son corps était planté d’éclats de verre. Elle était couchée sur un amoncellement de cartons, qui avaient amorti sa chute. Elle leva les yeux. Là haut, au deuxième étage, sa fenêtre était la seule éclairée. C’était d’ailleurs une des seules lumières qu’elle pouvait voir, avec un vieux lampadaire qui éclairait la cour de sa lueur tremblotante.

Il pleuvait. Quand elle commença à sentir un peu son corps, elle se rendit compte qu’elle était transie de froid, autant que de douleur. Ses pieds nus étaient totalement engourdis.

Malgré tout, elle fit un effort sur elle-même et se leva. En s’appuyant au mur, c’était possible. Elle sentait qu’elle devait quitter cet endroit, s’éloigner le plus possible, et le plus rapidement possible. Ce sentiment d’extrême urgence lui permit de surmonter sa douleur. Elle parvint à faire quelques pas, en tremblant de tous ses membres.

Elle gagna finalement la rue. En général, même à cette heure avancée de la nuit, il y régnait un semblant d’agitation. Elle paraissait morte, aujourd’hui. Seuls les lampadaires éclairaient la scène. Les voitures étaient mal garées, comme si ça avait été fait avec précipitation. Les poubelles jonchaient le trottoir, n’ayant pas été ramassées depuis plusieurs jours. Le tout était détrempé, par une pluie ininterrompue depuis une bonne semaine et moisissait. Laura discerna bon nombre de rats qui hantaient les amoncellements d’ordures, en restant à l’écart. Ils la réconfortèrent un peu, prouvant que la vie n’avait pas complètement disparu.

Elle se traîna, avec force gémissements de douleur et frissons de froid. Fréquemment, elle faisait de courtes pauses et regardait en arrière, vers son immeuble. Sa vue la faisait palpiter. Elle s’attendait à en voir sortir quelque chose d’épouvantable. Elle se remettait alors à avancer, lamentablement.

Un bruit de moteur se précisa. Une voiture roulait, quelque part dans la nuit. Elle s’approchait. Laura tenta de gagner la chaussée, en s’appuyant sur les automobiles garées. Les phares se dessinèrent au bout de la rue, entre les gouttes. Si la voiture tournait, c’était fichu.

Elle ne tourna pas. Elle vint, tout droit. Laura essaya d’attirer son attention, ce qui la fit choir sur la chaussée. La dernière chose qu’elle entendit fut un intense crissement de pneus.



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   Réponse au Sujet 'Les déchus' a été posté le : 08/12/02 03:32
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Etienne Bois se tenait derrière la large fenêtre de son salon. Dehors, la neige mortelle tombait, sans montrer de signe d’accalmie. S’arrêterait-elle de tomber un jour, d’ailleurs ? Peut être, au bout de quarante jours, se dit le député. Il était croyant, mais peu pratiquant. Mais ces événements l’amenaient à réfléchir. Pouvait-on douter de l’existence d’un être omniscient, qui aurait le pouvoir d’existence sur la planète, et pourquoi pas l’univers ? Ce à quoi on assistait, n’était ce pas l’éradication de la vie sur la planète ?

Cela faisait trois jours que cette neige avait commencé à tomber. Une neige jaune. Et, aussitôt, des messages d’alerte sur tous les médias encore existants : cette neige était mortelle. Son simple contact avec la peau provoquait une mort instantanée. Les gens étaient exhortés à ne sortir sous aucun prétexte, à bien fermer toutes les ouvertures. Il n’y avait rien d’autre à faire.

C’était arrivé le matin. Après une nuit particulièrement agitée pour Etienne Bois. Enfin. Ca faisait bien des mois qu’il n’avait pas connu une nuit de calme. Mais celle ci avait été particulière. C’était le soir du jour que son fils avait choisi pour mourir. Toute la journée, Etienne avait rôdé dans son appartement, torturé par l’envie d’aller chez lui. Mais la pensée de ce qui se passerait l’avait dissuadé. Une orgie, une déchéance morale avant de se suicider. Etienne n’aurait pas pu le supporter. Le fantôme de sa femme l’avait suivi à longueur de temps. Il lui répétait d’aller acheter des conserves. D’ailleurs, le député se le demandait aujourd’hui, était-ce en prévision de cette neige, et du nombre inconnu de jours où il devrait rester cloîtré ?

Le soir, excédé, épuisé, il était sorti, avait pris sa voiture et était parti, dans les rues désertes de la ville. Il avait roulé à tombeaux ouverts, ce qui n’était pas son habitude, mais il avait besoin d’une griserie quelconque.

Et c’était là qu’il avait découvert la fille. Dans une rue, aussi vide que les autres, une forme avait surgi entre deux automobiles en stationnement. Etienne n’avait qu’eu le temps d’écraser sa pédale de frein. Il était sorti. C’était une jeune femme, qui semblait mal en point. En l’examinant, il s’était rendu compte qu’elle était couverte de petites blessures. Il l’avait transportée, inconsciente, avec beaucoup de difficulté, jusqu’à sa voiture. Qui s’en serait occupée, dans une telle période ?

Il n’avait pas essayé de l’amener à l’hôpital. Il n’était d’ailleurs pas certain que les hôpitaux fonctionnaient encore. Les pouvoirs publiques avaient abdiqué devant les événements. L’anarchie la plus complète régnait.

Il avait amené la jeune femme chez lui. Il se souvenait de sa conversation avec Edmond Huissière. Ce dernier lui avait bien enjoint d’essayer de ne rien laisser en cours. Il devait, jusqu’à sa mort, faire le plus de choses possible, profiter de chaque instant. Il n’y avait pas de hasard, lui avait dit son ami. Si cette fille lui était apparu à ce moment, c’était un signe. Il devait s’en occuper, c’était une tâche qui lui revenait.

Il avait quelques connaissances en médecine. Il put la soigner du mieux qu’il pouvait. Elle dormait, depuis ce temps-là. Elle ne se réveillait que le temps qu’il la force à avaler quelque aliment. Elle ne posait pas de question, et se rendormait.

Puis, après cette nuit passée à s’occuper d’elle, Etienne s’était remis à penser à son fils. Il avait pris son courage à deux mains et avait tenté de lui téléphoner. Mais personne n’avait répondu. Il était allé voir, à la fenêtre, le matin se lever. La neige, jaune, avait commencé à tomber.


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