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Sujet : Borg, fléau des steppes

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CONANOUNET

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   Réponse au Sujet 'Borg, fléau des steppes' a été posté le : 18/09/02 14:56
Depuis l'intervention musclée de son nouveau compagnon, l'attitude du Vieillard avait changé. Dans son regard se lisait à la fois une certaine appréhension et un certain regret, celui d'avoir laissé vivre cet énergumène du nord.
Borg savait qu'il ne risquait rien de son pitoyable compagnon, qui comptait à présent sur lui.

Le temps, inifini, s'écoula en silence. Borg restait assis, car ses fractures étaient douloureuses. Il triturait nerveusement son collier d'os, et le Vieillard grommelait dans un coin de la cellule.

Tous deux n'avaient plus qu'une idée fixe. Profiter de la chance unique qui se présenterait à eux. Restait à attendre.

Attendre. A l'affut du moindre bruit. Du moindre bruit imaginaire.

Borg se mit peu à peu à la chair humaine, tout comme son compagnon.

Son esprit se libéra peu à peu, tel une boîte de Pandore, répandant images, sensations anciennes et inconnues. Cette nouvelle connaissance de lui-même frôla souvent la folie.

Une fois, la porte s'ouvrit, inondant d'une lueur ignée la fosse putride, et Borg, comme convenu, se jeta brutalement parmi les charognes infectes, tandis que le Vieillard implorait de l'eau à l'adresse des gardiens, qui restèrent muets. Le corps massif qui tomba était presque celui d'un homme mort. Il s'agissait d'un gladiateur. Borg put reconnaître le visage torturé de l'Elamite, qui mourut sur-le coup.
Il sourit amèrement au souvenir du "Scorpion". Qu'avait donc fait cet homme pour mériter la torture et la fosse ?

Le Vieillard sembla moins taciturne. Une fois la porte refermée, et leurs yeux de nouveau accoutumés aux ténèbres, il rampa comme une araignée vers le cadavre, et recueillit son sang dans l'outre de cuir humain qu'il s'était confectionnée.

Toujours pas de seau d'eau.

Une éternité passa.

-Barbare, quel est donc ton nom, risqua une fois le Vieillard.
Le Skonien répondit dans un souffle, tant la soif torturait son corps :
-Peu t'importe. D'ailleurs, tu ne m'as toujours pas donné le tien.
Le Vieillard retourna dans sa léthargie, refermant ses paupières.
Ce fut leur seul échange durant tout ce temps.

Tout le reste ne fut que gestes lents et mesurés, consistant en nourriture et partage équanime du précieux liquide, presque entièrement coagulé à présent.
Borg, qui avait affreusement maigri, économisait son souffle et ses mouvements. Sa blessure lui faisait déjà moins mal. Dans son coeur défilaient des paysages immenses, battus par le vent. Il devait vivre, vivre pour revoir le soleil, pour chevaucher encore dans le vent, pour la retrouver.
Il devait surtout ne pas sombrer dans la démence.
Rester présent, là, prêt à intervenir à n'importe quel instant, même si cet instant n'arrivait jamais.
Alors Borg se levait, et répétait les gestes dont ils avaient convenus, lui et le Vieillard. Puis il se rasseyait, fourbu, hors d'haleine.

Un jour, le Vieillard sortit de sa position foetale, et ouvrit ses grands yeux blêmes, avec un sourire.

-Barbare, c'est pour bientôt. Le temps est proche, prépare-toi.

Borg sentit son coeur bondir dans sa poitrine. Ses observations lui avaient permis de découvrir l'étrange capacité prémonitoire de son compagnon, et pas un instant il ne douta de l'avertissement.

Le Skonien se mit à genoux, et pria ses dieux lointains comme il ne l'avait jamais fait encore. Il devait réussir.


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Louise Michel (1830-1905)


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   Réponse au Sujet 'Borg, fléau des steppes' a été posté le : 20/09/02 16:24
Les bruits de pas s'élevèrent, retentissant doucement jusque dans la fosse. Borg les entendait aussi distinctement que son coeur, qui battait la chamade. Le Vieillard se mit à son poste. Borg quant à lui se cache derrière un tas de cadavres, qu'il avait amoncelés dans le coin opposé de l'oubliette. Sa main cramponna l'arme grossière, avec laquelle il s'était cent fois entraîné.

Les bruits de pas gonflèrent, et Borg se tapit encore davantage. Il croisa le regard déterminé du vieillard, qui se retourna vers la porte au moment où celle-ci s'ouvrit, sept mètres plus haut...

Un homme masqué, revêtu d'un pourpoint de cuir, illumina la fosse du feu de son flambeau, qu'il accrocha au mur, à un anneau. Borg cligna des yeux, tentant de s'accoutumer le plus vite possible à cette clarté insoutenable.

Le Vieillard geint avec force cris, réclamant de l'eau, se tordant pitoyablement au sol, rampant lentement vers le lieu où le seau, qui commençait à descendre le long d'une corde, devait se poser. L'homme masqué ricana, tandis que le seau s'approchait du sol en contrebas.

"J'espère que tu aimes la *******e, vieux croûtard !"

Ce furent ses dernières paroles. Jaillissant du sol où il se vautrait, le Vieillard fondit sur le seau, et s'y agrippa de tout son poids. Le garde eut le réflexe de lâcher la corde, évitant ainsi de tomber, déséquilibré.
Dans sa panique, il voulut crier pour donner l'alerte... il n'eut pas le temps d'esquiver l'arme étrange, qui venait de fuser des ténèbres d'en-bas. La hache d'os se ficha dans sa gorge, dont plus aucun son ne voulait sortir.
Lourdement, lentement, le garde s'effondra, chutant enfin dans le vide. Son corps s'écrasa sur le sol putride.

Borg s'empara sans un mot de la corde, le coeur battant, puis passa celle-ci dans les orbites d'un crâne fraîchement dénudé, avant de la nouer à plusieurs os.
Le Vieillard s'agitait sur le cadavre du garde encore masqué. Il arracha la cagoule, prit les clés, déroba son glaive, et hésita un instant à confier le tout à Borg, qui hocha la tête. Il comprit que le Vieillard avait peur de mourir de sa main, maintenant, si près du but ; et il sourit.

"N'aie pas peur, Vieillard. Je parle peu, mais je tiens toujours ma parole.
Maintenant, sortons d'ici."


Dernière mise à jour par : CONAN le Cibéride le 24/09/02 17:24

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   Réponse au Sujet 'Borg, fléau des steppes' a été posté le : 24/09/02 18:03
Le Vieillard retint son souffle lorsque Borg fit tournoyer comme un bolas l'extrémité de la corde, lestée par les ossements.

La corde fusa vers les flammes de la torche, mais l'essai fut infructueux, et le crâne à travers les arcades duquel Le barbare avait glissé le lien explosa au contact du sol. Borg lesta de nouveau la corde, sans un mot. Le temps leur était compté.

Après deux nouvelles tentatives, celle-ci s'enroula enfin autour de la torche, maintenue au mur par un lourd anneau. Le jeune homme escalada le premier. Il dut se hisser à la force des bras, les parois humides de la fosse nauséabonde n'offrant aucune prise.

Enfin il parvint au sommet, hors d'haleine. Le Vieillard était si maigre qu'il ne put que s'accrocher à la corde, et Borg le tracta en ahannant.

Ils étaient si heureux d'avoir réussi qu'ils oublièrent tout danger, et éclatèrent d'un long rire sonore. Quant ils eurent repris leur souffle, Borg s'empara de la torche flamboyante.

Le corridor était étroit, et se terminait par une lourde porte de chêne. Le Skonien fit jouer la grosse clé que le Vieillard lui avait remise, et le panneau de bois s'ouvrit sans difficulté. A pas de loup, les deux prisonniers progressèrent peu à peu dans un véritable labyrinthe. Le Vieillard désignait du menton, à chaque embranchement, la direction à prendre. Borg se fia à l'instinct de son compagnon, et ils parvinrent à une volée d'escaliers. Au moment où Borg posa le pied sur la première marche, ils entendirent des bruits de bottes.

Sans un bruit, le barbare glissa la torche dans un anneau du mur de pierre, et sortit l'épée de la ceinture. Le Vieillard disparut dans l'ombre, comme un fantôme.

Le garde, qui dévalait les escaliers avec insouciance, termina sa course la tête tranchée, son corps décolleté s'affaissant dans un bruit sourd. Borg, maculé de sang, s'empara du poignard qu'il portait dans un fourreau de cuir. Les deux acolytes montèrent rapidement jusqu'à un nouveau tunnel, bien éclairé. De part et d'autre du passage étaient percées de multiples cellules, sans doute remplies de malheureux esclaves vouées aux bêtes du cirque. Borg hésita un instant, le trousseau de clé à la main. Mais le Vieillard hocha négativement du chef, incitant à la prudence. Ils marchèrent donc au milieu de regards étonnés, mais si résignés que pas un cri ne s'éleva. La plupart des hommes et des femmes semblaient dormir, ce qui pouvait indiquer que la nuit était venue.

Après une bifurcation, puis un coude, Borg reconnut le couloir de sa cellule d'origine, inondé de lumière. Les cellules étaient plus vastes, mieux entretenues pour le confort des gladiateurs les plus célèbres.

Malgré les protestations du Vieillard, Borg fit jouer la serrure de la prison où se tenaient ses deux derniers compagnons de l'arène encore vivants. Ajib le Némète sortit sans un bruit ; le Skonien lui confia son poignard. Le Cibéride, quant à lui, dormait profondément. Borg y vit un signe du destin et, ne voulant plus traîner, laissa le gladiateur à son sort. Peut-être survivrait-il à l'arène, jusqu'au rachat de sa liberté... Borg le lui souhaita, d'une prière muette.

Les trois hommes s'approchaient à présent du poste de garde, une pièce sans porte d'où retentissaient des rires avinés. Le Vieillard sembla se concentrer un instant, les yeux fermés, puis montra trois doigts de sa main décharnée.
Borg et Ajib se regardèrent un instant en silence, et assurèrent leur prise sur les manches de leurs armes respectives. Longeant le mur, les deux guerriers avancèrent vers le passage illuminé...


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   Réponse au Sujet 'Borg, fléau des steppes' a été posté le : 02/10/02 13:23
Le Vieillard passa d'abord, rampant lentement le long du marchepied qui conduisait à la salle éclairée. Il émergea de l'ombre, tel un ignoble squelette animé.

Les deux gladiateurs retinrent leur souffle.

Le Vieillard était passé. Sur son chemin, il indiqua triomphalement une corde qu'il avait tendue. Celle qui leur avait permis de triompher de la fosse. Il la saisit à pleines mains, et Borg l'attacha de son côté à un anneau. Le Némète se pencha avec précaution et rampa à son tour vers l'autre côté, avec une agilité déconcertante.

Les gardes avinés n'avaient toujours rien remarqué, leurs conversations bruyantes se poursuivaient.

Borg prit une grande inspiration et rampa à son tour, l'épée à la main. Malheureusement sa massive corpulence, à peine altérée par son séjour dans les oubliettes, dépassait du marchepied. Dans la pièce, le silence se fit, un cri retentit. Le Skonien se rua de l'autre côté du passage, tandis qu'Ajib armait son poignard.

La corde se tendit brutalement, envoyant s'écraser contre le mur un premier garde, sur lequel fondit le Némète. Un second homme s'élança, mais l'épée du barbare lui trancha la gorge au même moment où le poignard du Némète se fichait dans le cœur du premier. Le troisième, un colosse revêtu d'un pourpoint de cuir, franchissait alors le passage, une lourde masse de métal à la main. Il se précipita sur Borg, qui tomba à la renverse en parant un coup terrifiant. Le garde arma de nouveau sa masse pour écraser le Némète qui fondait sur lui, mais le Vieillard bondit sur ses épaules et planta des doigts osseux dans ses yeux. Le Némète visa, et sa lame fine perfora le front de la brute, qui s'affala sans un bruit.

Borg, se relevant, remercia d'un hochement de tête, puis ramassa la masse cloutée. Le Némète dénouait déjà la corde. Le Vieillard s'empara d'un autre trousseau de clé, et ils s'immobilisèrent tous.

Les tunnels du Colosseum restaient plongés dans le silence.

Les trois acolytes reprirent leur souffle, se regardant sans un mot. Borg donna l'épée à Ajib, dont il avait remarqué l'habileté à deux reprises. Il hocha la tête en soupesant sa nouvelle arme.

Le Vieillard réapparut avec un cruchon de vin, désignant du menton une porte au fond de la salle des gardes. Tous burent une grande rasade du précieux liquide, et abandonnèrent le couloir. La salle était assez étroite. Selon toute vraisemblance, les gardes jouaient aux osselets au moment de l'attaque. Tandis que le Vieillard se dirigeait vers la porte en murmurant d'étranges paroles, les deux gladiateurs inspectèrent la pièce. Ils n'y trouvèrent rien d'intéressant, si ce n'est trois maigres bourses, étendues sur une vieille table ; Borg et Ajib en prirent chacun une. Ils trouvèrent aussi quelques capes grossières, dans un meuble éventré.

" Derrière la porte, la sortie ", murmura le Vieillard qui revint vers ses compères, tout en empochant sa part du butin. Après avoir jeté sur l'épaule leurs nouvelles frusques, ils se dirigèrent sans plus attendre vers la lourde porte de chêne.

Le Vieillard fit jouer une clé dans la serrure métallique. Le lourd vantail s'entrebâilla. Ils pénétrèrent dans un corridor large, aux pierres apparentes, et le cœur de Borg battit à tout rompre, car il pouvait sentir un souffle de vent sur sa peau. La sortie n'était plus très éloignée.

Après une volée de marches, ils parvinrent à une lourde herse. De part et d'autre de couloir étaient percées deux nouvelles ouvertures, mais aucun des trois compères n'y prêta attention. La sortie était là, de l'autre côté. La grande place de Kartajh s'étendait sous leurs yeux, illuminée de mille flambeaux, embaumée de parfums enivrants, et l'air vibrait de musiques orientales. Borg fit jouer une poulie, et la herse se releva lentement, avec un grincement sourd. Le Némète scrutait les ténèbres derrière le groupe, armes à la main.

Enfin, ils furent libres. Revêtus de leurs grossières capes, ils allèrent inaperçus, l'oeil fou. Autour d'eux bruissait la nuit de Kartajh.


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   Réponse au Sujet 'Borg, fléau des steppes' a été posté le : 05/10/02 10:28
Je n'ai plus beaucoup de commentaires, même en PM. Ne vous gênez pas, je serais ravi de tenir compte de vos remarques. Je ne demande qu'à progresser.

oxx(:::::::::::::::>

Le Krak était un édifice vieux comme la Ville.

Autrefois palais-forteresse, siège des gardes impériaux, il avait été racheté à prix modique par un vétéran du Kaizar, cinquante ans auparavant, pour bons et loyeux services lors d'une crise de succession dynastique.

Le quartier en avait été bouleversé. Nombre d'étrangers affluèrent à Sobarbe, dont les loyers avaient chuté aussi vite que la décadence avait corrompu la noblesse sénatoriale de Kartajh. Les rues de Sobarbe, autrefois ornées de fontaines colossales, peuplées d'arbres anciens, d'oiseaux exotiques et d'encens rares, étaient lors devenues un labyrinthe grotesque de cahutes insalubres, débordant sur une chaussée jonchée d'immondices.

Toutes les canailles de la région s'étaient retrouvées dans l'ancien Krak de la Ville, et la milice avait déserté les lieux. Ainsi que les plus riches des citoyens, émigrant en hâte vers les hauteurs du Cartolin. Cette concentration d'activités nocturnes et peu avouables n'avait pas dérangé le nouveau Kaizar, ni le gouverneur en charge de la Ville. Au contraire, par la surveillance continue de quelques espions, l'Empereur s'était tenu au courant de toutes les tractations de marchandises illégales. L'édifice avait même relancé l'économie de la Ville...

Trois silhouettes encapuchonnées bavardaient à mots bas dans le coin d'une salle bruyante et enfumée de l'édifice, aux lumières rougeâtres. La population grouillante des lieux n'avait cure de ces nouveaux clients, si ce n'est de pulpeuses serveuses au visage voilé de pourpre, aux bras chargés de lourds bracelets.

L'une d'entre elle revenait justement vers les trois complices, en compagnie de quatre hommes armés jusqu'aux dents.

Leur chef, un borgne patibulaire, toisa ces clients potentiels sans même esquisser le moindre rictus commercial.

"Passer les oasis et traverser le détroit est périlleux. Cela vous coûtera 1000 sestris par tête de pipe."

Les trois hommes voilés de toile grossière chuchotèrent. L'un d'entre eux répondit d'une voix grave :

- Nous n'avons pas cette somme. Propose-nous un arrangement.
- Il n'y a pas d'arrangement, encore moins avec des hommes recherchés par tous les gardes de la Ville, ricana le borgne. 3000, ou rien. Si, quelques mots aux miliciens.

Les quatre brigands se regardèrent, gloussant de façon peu diplomate. Le Borgne, les pouces plantés dans sa ceinture, agitait son ventre obèse, pris d'un fou-rire.

L'homme qui avait répondu se redressa d'un coup, et saisit le borgne à la gorge, le soulevant du sol à une main. Il devait bien mesurer six pieds au moins, et le bras puissant, couturé de cicatrices, qui émergeait de la cape de toile, dissuada les trois acolytes du borgne d'intervenir.

- Si tu ris encore de moi, tu n'auras plus jamais l'occasion de traiter une affaire.

Le borgne pédalait dans les airs, sa gorge produisant des sons pitoyables et rauques. Enfin il fut relâché, et son corps percuta la table et les chaises, qui se renversèrent sur lui.

- Quel arrangement proposez-vous, demanda l'un des autres brigands, à distance respectueuse de Borg.


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Nyxl

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   Réponse au Sujet 'Borg, fléau des steppes' a été posté le : 05/10/02 13:02
Pas peur, Conan, pas peur, on lit toujours, oh oui, on lit...

*Bruit de grelots...*

Etonnant, étonnant... Borg fait preuve de patience ? Il raisonne quand on le rackette mais assaisonne quand on le quolibette ? Amusant, amusant...

La suite ! La suite !


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Considérez-moi comme un rejeton du chat de Schrödinger. Ou alors un lointain cousin du démon de Maxwell...
---
"Coupez Bruxelles dans le sens nord-sud, donnez la partie ouest au Royaume-Uni et la partie est aux Allemands. Ainsi, vous mettrez tout le monde sur un pied d'égalité, car toutes les parties râlerons avec la même intensité."

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   Réponse au Sujet 'Borg, fléau des steppes' a été posté le : 06/10/02 23:30
La nuit s'estompait, dévorée à l'est par les flammes du soleil qui allait poindre. Non loin du delta de Kartajh, une embarcation à voile glissait déjà sur la mer d'huile, portée par les vents du sud, menant à son bord une vingtaine d'hommes peu recommandables.

Les trois évadés payaient leur voyage en longeant le pont, surveillant d'un oeil impassible les autres passagers qui fuyaient les côtes de Némésie. Le capitaine, qui craignait ses clients, avait trouvé trois hommes supplémentaires pour prévenir une mutinerie, et contrer une attaque de pirates. Il avait ainsi pu doubler le nombre des passagers, profitant de vents favorables.
Et surtout, conclure un accord avantageux pour sa vie.

Le Vieillard s'approcha d'un marin Némète, qui scrutait les rives du continent de Met avec inquiétude. Le navire était parti bien plus tard qu'à l'accoutumée, et le risque d'une rencontre néfaste avec une galère impériale n'en était qu'accru. D'un ton désinvolte, le Vieillard lui demanda la date précise de ce jour nouveau.

La réponse distraite du marin fit éclater de rire le Vieillard, qui courut vers la silhouette massive de Borg. Le barbare fronça les sourcils d'étonnement.

- Skonien, écoute donc, je ne suis pas si vieux ! Je ne suis pas si vieux !
- Tu en as pourtant tout l'air.
- Je n'ai même pas la cinquantaine ! Trois années à peine dans cette geôle, quand j'ai cru y passer vingt !
- Je n'ai passé que quelques jours dans ce trou à rat, mais c'était bien assez. Les dieux étaient avec toi, Vieillard. Comment as-tu pu survivre si longtemps ? De mon côté, j'ai bien failli devenir fou.
- Certaines sciences permettent de vivre même dans la mort, mon ami, répondit le Vieillard, sur un ton mystérieux. En gloussant, il s'éloigna vers la poupe du navire.

- Borg, je te saurai toute ma vie reconnaissant de ce que tu as fait cette nuit, fit une voix rauque. Le barbare se retourna. C'était Ajib.
- Ne me remercie pas. J'avais besoin d'un homme pour sortir. D'ailleurs, tu m'as déjà sauvé la vie.

Le Némète sourit.

- Où iras-tu, une fois débarqué sur les côtes de Philippie ?
- Je retournerai chez moi, régler de vieilles dettes.
- Hmm, opina pensivement le Némète. Tu as cette chance. Les miens me considèrent comme un paria, je ne reverrai jamais le désert.
- Qu'as-tu fait pour mériter l'exil et l'arène ?
- J'ai eu une histoire, avec une femme, sourit l'homme, dont le visage bistré par le soleil s'illuminait des premiers rayons de l'astre. Et toi ?

Le Skonien demeura impassible, le regard fixé vers les dernières étoiles qui éclairaient le ciel du nord. Gravement, il répondit :

- Une femme, aussi.


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Recuicuir

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Membre Chaos Elite Troops   Réponse au Sujet 'Borg, fléau des steppes' a été posté le : 07/10/02 01:56
effectivement, on lit toujours, regardant tous les matins si par hasard il n'y aurait pas un nouveau post.

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penser a ne pas oublier

"Ce n’est pas l’homme qui arrête le temps, c’est le temps qui arrête l’homme." Chateaubriand

"on ne va tout de même pas s'empêcher d'être heureux sous prétexte qu'une relation finit toujours mal (et au mieux, par la mort de l'un des protagonistes)." conanounet

"If common sense were a reliable guide, we wouldn't need science in the first place." A.Gefter, New Scientist

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Neitsabes

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   Je confirme : on lit toujours... ;) a été posté le : 09/10/02 12:49
Bon, moi j'ai une question.

Mon cher Conan, as-tu réalisé une carte de ce monde ?

Car, prends-y garde, le lecteur retient les jours de marche, le nord, le sud etc.
Or, il serait dommage que tu te contredises plus tard dans l'aventure.

Sinon, bravo pour l'évolution du style ! :) Il semble que tu aies pris des galons à ce niveau-là ! :)
Et pour les dialogues, c'est bien simple : ils sont parfaits. Concis, percutants, cohérents et parfois lourds de sens.


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Neitsabes, râleur par principe si ce n'est par défaut.

Sans jamais être incohérents, sachons cultiver les contradictions et la dualité. (Les Béruriers Noirs).


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CONANOUNET

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   Réponse au Sujet 'Borg, fléau des steppes' a été posté le : 09/10/02 13:56
Merci à vous les copains !
Pour Neits, en effet j'ai dessiné une carte, il s'agit de celle du jeu de rôle que j'achevai voilà peu. L'histoire que j'écris est un peu un test de background, enfait-en fait... :)

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Pirates et impériaux semblaient avoir déserté le détroit.

Lorsque le petit navire entrevit les terres proches de Philippie, après quelques heures lentes de traversée, les craintes de l'équipage se dissipèrent et des cris de joie éclatèrent sur la mer. Borg et ses compagnons se sourirent.

Les chaloupes gorgées de richesses allaient et venaient, dans la baie étroite et paradisiaque du port de Velenz, sous le regard attentif de gardes en faction. La tour centenaire de la cité philippienne se dressait sur une hauteur impressionnante, comme un affront aux pirates qui écumaient la région. De jour, les gardes maritimes retiraient la lourde chaîne qui barrait cette crique, donnant ainsi libre accès aux tentantes opulences de la ville.

Une fois les falaises dépassées, Borg embrassa Velenz du regard. Velenz l'arrogante, indépendante de l'Empire : en échange d'un taux stable et faible de taxes, Le Kaizar laissait au descendant des grands rois de Philippie le droit du libre échange. Nombre de navires, attirés par l'aubaine, pouvaient ansi poursuivre leur périple vers la mer intérieure, chargés de draps et de fourrures nordiques.

Le navire jeta une passerelle sur des quais animés, semés de marchés bigarrés. Les marchands du monde entier accostaient à Velenz, escale privilégiée entre la mer intérieure et les côtes occidentales. Mais aussi nombre de mercenaires, louant leurs courtes vies aux seigneurs du nord, qui disputaient âprement de futiles territoires sur les champs de bataille funestes de Sylvanie.

Longeant le quai, Ajib dévorait du regard les belles autochtones brunes au port arrogant. Il éclata d'un rire sonore :

- Par El, je crois que je vais me plaire ici.
- Je serais toi, je regarderai qui accompagne ces dames, persiffla le Vieillard.

Borg aperçut alors, suivant de près les Philipiennes, des Eunuques patibulaires ceints de larges fourreaux. La contrée recelait vraisemblablement nombre d'époux jaloux.

- Je comprends ta joie, mais je te déconseille les épouses, fit-il sombrement.

Le Vieillard, quant à lui, prenait un plaisir manifeste à contempler les corps nus de jeunes esclaves exposés sur une estrade, sous la criée de trafiquants.

- Si j'avais quelque magot, sussurra-t-il pensivement, j'engagerai bien un homme fort pour veiller sur mon vieux corps...
- Compte sur moi pour te protéger l'ami, rétorqua Borg en grognant. Mais seulement te protéger. Mais tu as raison, nous voilà plumés comme des vautours. Il est temps de chercher un petit salaire...
- Ces chiens de marchands recrutent sans doute. Il suffit de suivre les mercenaires, proposa Ajib.

Les trois acolytes obliquèrent vers les venelles du vieux port, à la suite de soldats avinés.


Dernière mise à jour par : CONAN le Cibéride le 09/10/02 14:16

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   Réponse au Sujet 'Borg, fléau des steppes' a été posté le : 13/10/02 22:26
La nuit tombait sur Velenz. Ses ruelles colorées se réveillaient, agitées d'une foule nocturne bigarrée. Les lumières des auberges inondaient le quartier bas, jusqu'aux collines lointaines où se dressaient les palais des aristocrates locaux.

Les trois compagnons avaient bien cherché, tout l'après-midi, un emploi lucratif : les employeurs ne manquaient pas, et les trois évadés avaient privilégié les meilleures propositions. Mais les mercenaires étaient nombreux et mieux renseignés, et les annonces placardées au fond des tripots malsains de la ville ne conduisaient qu'à des refus.
Les marchands avaient tous recrutés pour la journée.

La faim et la soif les tenaillaient, et la fraîcheur de la nuit tombante leur rappela qu'ils n'avaient pas le moindre sou en poche pour louer une paillasse. Assis sur un talus qui bordait une discrète volée de marche, ils contemplèrent le ciel et ses lueurs rougeoyantes, percées de points blafards. Ils frémissaient sous leurs tuniques légères, et pestèrent contre leur mauvaise étoile, sous l'oeil indifférent de mendiants fondus dans l'ombre.

- Qu'allons-nous faire, soupira le Némète, nous avons peut-être des armes, mais nous ressemblons à des mendiants pour ces marchands.
- Pour l'instant, dormons, proposa Borg. Juste une mauvaise nuit à passer ici, demain nous chercherons un travail plus modeste.
- Bien dit, ajouta le Vieillard. Nous avons besoin de repos pour réfléchir. Si nous ne trouvons pas demain, il nous faudra recourir à des moyens plus délicats.

Ils s'endormirent vite, accablés de fatigue, peu soucieux de la milice et des rôdeurs.


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   Réponse au Sujet 'Borg, fléau des steppes' a été posté le : 15/10/02 00:46
Borg, qui cauchemardait, sentit soudain une main sur son épaule. Il ouvrit les yeux en grelottant.

Un mendiant était penché sur lui :

"Suivez-moi, si vous voulez vivre."

L'aube s'approchait, pleine d'une sourde menace. Ses deux compagnons s'éveillèrent aussi. Cinq mendiants les encerclaient. Sans un mot, ils leur désignèrent une ruelle plongée dans les ténèbres.

- Que se passe-t-il, geint le Vieillard.

Déjà, les mendiants disparaissaient dans l'ombre de la venelle. Ajib et Borg, main sur le pommeau de leurs armes, emboîtèrent d'instinct le pas. Le Vieillard trottina pour les rattrapper, et ils rejoignirent tous trois les cinq hères vêtus de capes frustes.

Ceux-ci s'arrêtèrent enfin dans une impasse. Leur chef, borgne et taciturne, montra aux autres une étroite bouche d'égout, adroitement dissimulée derrière quelques vieux tonneaux. Deux hommes soulevèrent la vieille grille, mangée par la rouille.

- C'est un piège, murmura Ajib au Skonien. Tuons-les.

- Non, je ne crois pas. Leurs yeux ne mentent pas, répondit Borg.

Ils s'engouffrèrent dans un escalier glissant, couvert d'une mousse écoeurante, et parvinrent à une bifurcation de couloirs humides, à l'odeur insoutenable. Borg s'arrêta soudain, et s'adressa au chef :

- Pourquoi ?

Le borgne se retourna, l'air agacé.

- Larbed, l'homme qui vous a mené jusqu'ici vous a trahi cette nuit, sous la torture. Il sera exposé dès l'aube, sur la grand'roue. Les gardes impériaux sont ici même, à Velenz, et patrouillent partout. Si nous ne vous avions pas réveillés, vous seriez perdus.
Suivez-nous, ne perdons pas de temps. Avec nous, vous êtes en sécurité.

Des torches embrasèrent les ténèbres, éclairant les faciès pestiférés des quatre acolytes du borgne. Au regard interrogateur de ses deux compagnons, le Vieillard hocha la tête.

-Ils disent vrai, suivons-les.

Des rats détalèrent à la lueur des flammes, et les huit hommes pénétrèrent dans un tunnel à moitié inondé.

Les égouts se révélèrent rapidement un inextricable labyrinthe, aux multiples passages dérobés. Malgré son sens aigu de l'orientation, Borg, encore méfiant, comprit qu'ils étaient désormais perdus. Il fallait faire confiance à ces hommes étranges, qui glissaient devant eux, tels des spectres.
Les silhouettes encapuchonnées firent soudain halte, dans un cul-de sac surélevé.

Le borgne actionna un levier de pierre, dissimulé entre deux briques grossières, et un long raclement retentit sous la voûte humide. Un pan de mur avait glissé, révélant une volée de marches étroites, montant abruptement jusqu'à un lourd panneau de chêne.
Le borgne sortit une clé de sa manche, et fit jouer la serrure, qui tourna dans un claquement sec.

Ils pénétrèrent dans une salle souterraine, de grandes dimensions. Des hommes en armes s'écartèrent à leur passage.
Les mendiants se retournèrent.

- Vous allez rencontrer Cécile, haute dignitaire de la Guilde. C'est à elle que vous devez la vie.
- Allons bon, ricana Borg, cette femme nous aurait sauvés pour le plaisir ?
- Je n'ai jamais dit ça, rectifia le borgne d'un ton sec.
- C'est bien ce qu'il me semblait, grogna Ajib.

L'un des mendiants tira de lourds rideaux de velours pourpre, révélant l'entrée d'une somptueuse salle octogonale. Ce qu'ils y découvrirent fit écarquiller les yeux aux trois fugitifs...


Dernière mise à jour par : CONAN le Cibéride le 07/01/03 23:13

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   Réponse au Sujet 'Borg, fléau des steppes' a été posté le : 17/10/02 23:19
Des hommes et des femmes, corps anonymes, entrelacés dans des postures lascives, sur les fourrures, les tapis et les couches luxueuses qui jonchaient un parquet d'ébène, buvaient et mangeaient, goûtaient aux plaisirs torturés de la chair.

Des tables, disposées dans le désordre le plus total, rassemblaient des marchands à moitié dévêtus, des brigands à l'oeil torve, des mercenaires farouches venus louer leur force, et des gardes ceinturés de cuir aux multiples fourreaux.

Sur une estrade, entourée de vieillards au regard diabolique, trônait une femme.

- Cécile, maîtresse de la Guilde, est heureuse de vous accueillir à sa cour, dit le borgne sur un ton protocolaire, tandis que la Princesse des voleurs scrutait de ses yeux de jade les trois nouveaux arrivants.

Borg et Ajib n'avaient plus d'yeux que pour cette Asiate aux longs cheveux de jais, qui s'approchait d'eux à pas souples et orgueilleux.

- Enchantée de vous rencontrer, nobles guerriers. J'ai été prévenue de votre arrivée dès la veille. Vous me devez la vie ; à la surface, les Impériaux vous traquent dans les moindres recoins de la ville. Mais prenez place, buvez, restaurez-vous. Ici, vous ne risquez rien : vous êtes mes invités.

Son sourire rusé, ses yeux fourbes et calculateurs rendaient encore plus beau son visage d'un ovale parfait. Sur une large chaise de rotin, elle s'assit face aux trois évadés de Kartajh, avec grâce et volupté. Sous sa cape pourpre et tissée d'or, Borg devina les pommeaux saillants de quelques poignards.
Des mets exquis et des vins capiteux apparurent comme par enchantement, sur des plateaux d'argent, sous les mains exquises de quatre servantes nues.

- Borg, j'entends conter tes exploits depuis trois années déjà. Je suis honorée par ta présence, ainsi que par celle de tes amis, bien entendu.
Mais... j'aimerais entendre par le menu ton histoire.

La phrase se terminait sur un murmure, si cristallin que la main du Skonien, portant une corne emplie de vin rouge à ses lèvres, trembla d'une excitation nouvelle.


Dernière mise à jour par : CONAN le Cibéride le 17/10/02 23:22

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   Réponse au Sujet 'Borg, fléau des steppes' a été posté le : 18/10/02 16:50
Du tout bon mon barbare :D.
Ca c'est de l'épisode, on a la surprise et l'attente irrépressible de l'opus suivant. Je me demande bien à quel aspect de l'histoire c'est dû :D. En tout cas tu évoques très bien l'ambiance, je m'y suis crû à un moment, j'avais l'impression de voir ces scènes face à moi. Qui sait, peut-être ai-je été un riche romain décadent dans une vie antérieure ?


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   Réponse au Sujet 'Borg, fléau des steppes' a été posté le : 18/10/02 19:46
Le visage de la Princesse pénétra le coeur, le ventre et la peau du barbare, qui sentit une impression inconnue envahir son corps.

Il aperçut alors avec horreur ses compagnons, maîtrisés par les bras puissants d'eunuques, un garrot leur comprimant le cou. Leur expression de panique disparut rapidement, il n'y eut plus qu'elle, qui souriait avec malice et sensualité...

- Torr, sorcière, bredouilla-t-il, qu'as-tu fait ?

Hypnotisé par les pupilles de la femme, chaudes nuits étoilées serties dans un visage de bronze, Borg comprit qu'il était drogué. Ses muscles ne répondaient plus, bien que sa peau, maintenant caressée par des servantes habiles, soit devenue infiniment plus sensible.

- Maintenant, dis-moi mon doux barbare... Rappelle-moi ce que tu viens faire en Philippie ?
- Je n'ai pas de contrat, prononca Borg à contre-coeur, comme si ses paroles déchiraient les mailles de ses secrets. Je me suis évadé, en compagnie de deux hommes, des arènes de Kartajh.

Les lèvres pulpeuses de Cécile, deux cerises voilant doucement des dents blanches, plantées comme des lames, rejoignirent dans un souffle les lèvres du Skonien. Des vagues de lumineuse chaleur inondèrent ses nerfs.

- Bel exploit, beau guerrier, qui a fait plus de bruit que tu ne le penses... continue... comment es-tu parvenu à Kartajh ?

- Le... le régiment que j'emmenais en Cibérie a été attaqué par surprise, par nos alliés d'Elam. J'ai été capturé sur le col des Neiges, à la frontière d'Elam et de Cibérie, par des nomades plus forts en nombre.

- Oui, tout le monde te croyait mort, j'ai eu mes informations... les Elamites t'ont vendu comme esclave, conte-moi cela...

- Oui. Les Elamites n'ont pas demandé de rançon. Me refusant la mort, ils m'ont torturé, moi, et m'ont voué à l'esclavage, m'ont mis des chaînes et m'ont fait marcher vers le sud, des semaines durant, avec d'autres gens de mon peuple.
Ils ont dépecé mes hommes.
Un à un, sous mes yeux, à chaque crépuscule.
Ensuite, ils m'ont vendu comme un chien, foulant aux pieds mon nom, mon honneur, ma gloire. Des marchands de l'Empire, revenant d'Asie, passant par Sarm'Kand, m'ont acheté, et m'ont fait combattre. Ils ont rejoint une caravane némète, qui allait à Kartajh. Là, j'ai combattu dans l'arène.

- Et tu t'es évadé du Colosseum, la veille du retour du Kaizar, petit filou... Le gouverneur a été décapité pour cela, tu sais, éclata-t-elle d'un rire mauvais,rejetant ses cheveux souples et noirs en arrière. Son successeur veut ta tête, barbare. Personne ne défie l'Empire impunément, encore moins un commandant skonien, dont le pays est une épine dans le pied de l'Empereur. Ta mort a valeur de symbole, barbare.

- Au diable l'Empereur, grommela Borg, qui sombrait dans un océan de plaisir, sous les caresses insistantes de servantes charnues. Son empire décadent sera foulé par nos chevaux, lorsque je rejoindrai mon pays...

- Pourquoi cette haine, Borg ? Pourquoi as-tu dressé et uni ton peuple contre des voisins trop puissants, vous viviez entre vous, vous entredéchirant, vous ne dérangiez personne... à cause de toi, nombre des tiens vont mourir. La trahison des Elamites n'est qu'un prélude, l'Empereur est trop puissant pour les tiens.

- Non.

- Pourquoi cette haine, Borg ? Dis-le moi, mon doux barbare... dis-le moi.

Borg sentit une tristesse immense emplir son âme, les nuages sombres de souvenirs s'y accumuler. Une ancienne douleur remonta, comme gronde l'orage, à travers son ventre, sa poitrine, sa gorge, et il s'entendit répondre, stupéfait :

- Janna. Ils m'ont volé Janna...

Cécile glissa doucement vers le siège de son interlocuteur, où elle se cala avec satisfaction, et chassa les servantes d'un grâcieux revers de la main.
Elle scruta le barbare, qui fondait en sanglots sonores ; et l'expression étrange que prirent ses traits d'ordinaire si cruels eût pu ressembler un instant, s'il y avait eu un spectateur attentif, à de la compassion...

- Pleure, mon héros, pleure, chuchota-t-elle à son oreille, caressant la longue tignasse blonde et grasse. Le Skonien s'endormait, terrassé par la drogue et le chagrin.

Je respecte et comprends ta souffrance, poursuivit-elle. Dors maintenant, les voies de la vengeance sont longues et solitaires...

------

Merci pour ces commentaires encourageants, Raton ;)


Dernière mise à jour par : CONAN le Cibéride le 18/10/02 19:49

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   Réponse au Sujet 'Borg, fléau des steppes' a été posté le : 21/10/02 21:20
Lorsque Borg s'éveilla enfin, sa tête le faisait souffrir comme au lendemain d'une nuit trop arrosée. Il vit un gardien quitter son poste, derrière une lourde herse d'acier.
Il aperçut alors peu à peu les visages sombres de ses deux compagnons, attachés comme lui au mur d'une cellule souterraine par de lourdes chaînes.

- Tiens donc, le prince skonien reprend ses esprits, ironisa le Vieillard. J'ignorais voyager en si noble compagnie.
- Garde tes commentaires pour toi, Vieillard. Je n'en sais toujours pas plus sur ton compte.
- Sache qu'en tout cas, même drogué, je n'aurais pas laissé des amis se faire stranguler sous mes yeux de façon si honteuse.

Borg, le regard flou, pivota lentement la tête vers Ajib, qui le regardait aussi d'un tout autre oeil, mais restait muet.

- Ta conquête va nous livrer aux Impériaux, Skonien, bien joué, ajouta le Vieillard.
- Qu'en sais-tu ?
- Elle a donné des consignes à ses gorilles peu de temps après que tu te sois endormi comme un bébé dans ses bras, persiffla-t-il.

Le Barbare se sentit non seulement vexé par les railleries du Vieillard, mais son coeur éprouvait aussi, en une vague croissante, une cruelle déception. Cette femme lui avait pourtant semblé prête à l'aider. Il était bel et bien tombé dans un piège, et une rage sourde gronda dans son âme. Il ferait payer à Cécile de s'être jouée de lui.

Les trois acolytes demeurèrent silencieux, contemplant leurs chaînes avec amertume.

Des bruits de pas se firent entendre, et Cécile apparut, seule, derrière les épais barreaux.

- Bonjour mon doux Barbare. J'aiemerais te parler, avant qu'ils ne viennent te chercher.
- Garde tes paroles pour toi, serpent, cracha Borg dans un souffle.
- Je n'avais pas le choix, mon bel ami. Ils m'ont contacté le jour même de votre arrivée, et ont menacé de couper des têtes au sein de la Guilde, dont la mienne bien entendu. Mais j'aime ta cause, autant que je hais l'Empereur...
- Je n'ai pas besoin de ton aide, catin !
- Mais j'ai besoin de la tienne. Je te sais capable d'affaiblir l'Empire. Accepte l'offre que j'ai négociée pour toi. Au bon moment, tu rejoindras les tiens. Je sais que tu as le mensonge en horreur, mais aujourd'hui il te faudra passer outre tes beaux principes.

Le Vieillard agita ses chaînes avec rage :
- Et nous ? Qu'as-tu négocié pour nous, garce, fille de rien ?

Cécile, ignorant les plaintes désespérées du prisonnier, contempla une dernière fois Borg...

- Bonne chance, que tes dieux veillent sur toi. Et souviens-toi, accepte leur offre, quel qu'en soit le prix. Alors sonnera l'heure de la vengeance.

En un instant, Cécile s'était fondue dans l'ombre. Des pas cadencés retentirent, et des soldats en armure de bronze, aux épaulettes rutilantes et aux masques empanachés de rouge, s'alignèrent devant la herse. Une silhouette frêle mais majestueuse apparut, et Borg reconnut la toge d'un sénateur.

L'homme, aux traits sévères et au regard cruel, le toisa d'un mauvais sourire.

- Te voilà, prince barbare. Prisonnier de tes vrais maîtres...

Tournant les talons, il lança laconiquement à son lieutenant :

- Qu'on l'emmène.

- Et les deux autres, proconsul, demanda une voix caverneuse, résonant dans un casque massif.

Le sénateur eut un instant d'hésitation, et chuchota, baissant les yeux :

- Emmenez-les eux aussi.


Dernière mise à jour par : CONAN le Cibéride le 21/10/02 21:26

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Membre Chaos Elite Troops   Réponse au Sujet 'Borg, fléau des steppes' a été posté le : 22/10/02 06:31
la suite, mais la suite, elle est ou?!!!!!

c'est pas juste, je scroll la page , impatient de lire la suite, et pis plus rien!


euh, hum!

bon je me suis un peu emporte, enfin bref c'est genial, tres prenant, chaque fois que je lis je suis totalement dans l'histoire, que du bon!!


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"on ne va tout de même pas s'empêcher d'être heureux sous prétexte qu'une relation finit toujours mal (et au mieux, par la mort de l'un des protagonistes)." conanounet

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   Réponse au Sujet 'Borg, fléau des steppes' a été posté le : 22/10/02 12:52
Comme je ne trouve pas mes mots en français, je le dirais en anglais : Wow ! Very impressive !

Bravo Conan, ton style s'est littéralement transformé ! :)
Une véritable chrysalide devenu papillon des plumes.

Et bien, que dire si ce n'est que nous en demandons encore ? (bravo pour la scène avec Cécile, la succube, évanescente, libidineuse et intriguante à souhaits)


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   Réponse au Sujet 'Borg, fléau des steppes' a été posté le : 22/10/02 12:59
Merci, vous me faîtes vraiment plaisir, vous savez ?
Allez, la suite pour bientôt... où l'on verra Borg RUSER (si si) :D


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   Réponse au Sujet 'Borg, fléau des steppes' a été posté le : 27/12/02 12:14
Deux mois après, retour du Barbare ;)

oxx(]:::::::::::::::>

La salle où les trois prisonniers furent conduits était une vaste crypte, humide et oubliée, vestige de la gloire des rois déchus de Philippie.
Leurs yeux scrutèrent des bas-reliefs rongés par le temps. Une centaine d'hommes étaient déjà là, alignés, présentant les armes en grande pompe, dans un silence de mort.
Le sénateur immobile, qui fixait ses hommes enveloppé dans sa toge, se retourna vers le Skonien. Son visage suintait des années de mensonges et de diplomatie, et un sourire torve déchira son visage pâle.

-Prince Borg, je suis le sénateur Onathius, et je suis chargé de vous porter un message, au nom du Kaizar...

Borg avait le faciès aussi froid que le bronze.

-L'Empire... reprit l'Impérial, n'a que trop perdu dans ces batailles stériles... les steppes du Nord, axe principal du commerce impérial, sombrent dans la zizanie.

Le roi des Skoniens, votre père, a été tué par ses propres fils, il y a de cela trois semaines et déjà, vos contrées s'engouffrent une à une dans la guerre civile...
Le Kaizar souhaite rétablir la paix.

Borg restait impassible, mais des larmes embuèrent son regard, qu'il détourna.

-Le Kaizar veut constituer une grande nation indépendante, aux frontières nord de votre royaume. Les haines fratricides doivent cesser. Les routes commerciales redeviennent dangereuses.

-Et vous avez pensé à moi pour régner, lanca le barbare d'un ton narquois.

-Vous comprenez vite. Nous ne souhaitons que la paix. Pour vous montrer notre bonne foi, nous vous laissons donc la vie sauve, à vous notre vieil adversaire. Vos dettes de sang sont effacées, votre nom buriné sur les tables de justice, par ordre de l'Empereur.

Ajib et le Vieillard se regardèrent, médusés.

-Elam et la Cibérie sont devenus incontrôlables, ricana Borg. Vos alliances passées ne vous ont rien apportées. Le nord vous échappe, et vous craignez le réveil des nations du continent...

-Vous seul êtes capable de rassembler les tribus de Skonie, et d'écraser l'Elam et la Cibérie.

-Ce serait mon plus grand désir, en effet, murmura le Skonien... Son visage se redressa soudain en grondant : mais je refuse de trahir la confiance de mon peuple en étant votre pantin !

-Votre ancienne fiancée... avait été, comme vous le savez, mariée à votre cousin, siffla le sénateur. Elle est désormais l'épouse de Arslav, empereur d'Elam. Lorsque votre cousin, notre ancien allié, fut tué par l'invasion des nomades de l'Est, plus rien n'empêchait ce mariage. La princesse skonienne était convoitée depuis longtemps par ce fanfaron d'Elam, qui joue maintenant la carte de l'indépendance.
La voix du sénateur était devenue mélodieuse et étrange, et le Vieillard fronça les sourcils.

un mage impérial... murmura Vieillard à Ajib.

Aidez-nous à réfréner ses appétits, et vous régnerez aux côtés de Janna de Skonie...

Borg était pourpre de rage, et ses muscles dilatés par la fureur se bandèrent, tordant les maillons de ses liens de métal dans un grincement inquiétant :

-Donnez-moi une cohorte, une seule, et je terrasserai ce peuple et ses alliés. Peu m'importe le temps qu'il faudra, je connais la Skonie, ses plaines, ses défilés, ses collines et ses forêts. Je tuerai pour le Kaizar.

Un sourire illumina le visage de cire du sénateur. Sa réponse ne tarda pas, elle fut laconique...

-Votre bravoure est à la hauteur des récits légendaires de vos ennemis. Une escorte vous mènera jusqu'en Skonie, commandée par le capitaine Cythus.

Le colosse en armure s'avança d'un pas. Sous le heaume silencieux perçaient des yeux noirs et acérés, un regard de métal. Il hocha du chef, sans quitter Borg du regard.

-Ces deux autres personnages resteront à Kartajh, ajouta Onathius, désignant du menton le Némète et le Vieillard. Ajib le brigand et Dorius le fourbe ne vous seront pas de bon conseil... et l'Empereur n'est pas prêt d'effacer leurs dettes.

-Alors je refuse, murmura Borg. J'ai donné ma parole à ces hommes comme je viens de vous la donner. Qu'ils m'accompagnent, ou vous n'aurez rien de moi.

Le sénateur fit mine de réfléchir, la mine grave. Puis il prononca, comme à regret, sa sentence :

-Mon ami, en signe de nouvelle alliance, je confie ces deux hommes, traîtres à la cause de l'Empire... à vos soins...
je m'en arrangerai auprès de l'Empereur.

On détacha les liens des trois prisonniers.

Une femme, inquiète, observait la scène derrière un pilier plongé dans l'obscurité. Lorsque la délégation s'apprêta à quitter la salle, le sénateur et le prince Borg en tête d'une rangée de soldats d'élite, elle scruta les traits du barbare.

Ou bien le prince Borg avait joué très fin, ou bien il ne s'avérait décidemment qu'un barbare stupide.

Le fracas de la colonne impériale ébranla les souterrains de la guilde, encadrant les diplomates ; et Cécile disparut dans l'ombre.


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