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Labombancetourix

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   La berceuse d'acier a été posté le : 02/09/09 23:42
[genre exploité : fantastique / steam punk. Critiques bienvenues]

Les dieux sont cruels et réclament sacrifice. Toujours. Quelle que soit sa forme. Il réclament que soit versé le sang. N'est-ce pas pour cela que vous avez commencé la lecture de ce livre ? C'est vous qui dans quelques instants allez créer ce monde, dans l'espace restreint et pourtant infini situé dans votre boîte crânienne, vous allez faire vivre des êtres de chair et de sang dans votre théâtre personnel, et bientôt vous exigerez qu'on y soufre, pour que vous oubliiez vous même vos peines et vos déception. Je ne puis que trop bien le comprendre. N'ayez crainte, le sang sera bientôt versé en votre nom, car vous en détenez désormais l'incommensurable pouvoir.

Mais pour l'heure, il vous faut quelque chose à détruire. Il faut que ce soit beau, sinon le sacrifice n'aurait aucun sens. Pour ce faire, je vous offre de petites montagnes râpées par l'écoulement des ans, couvertes d'une terre grasse et fertile. Il s'y trouvent de vastes forêts de conifères, des praires où paissent les moutons et les chèvres. La vie y est paisible, quoi qu'austère. Les villages clairsemés qui se trouvent dans cet endroit sont habités par quelques poignées de pauvres bougres fort peu éduqués, sachant tout juste le nom du seigneur qui possède ces terres et dont la générosité naturelle le pousse à laisser la populace cultiver et exploiter les ressources de l'endroit, contre la juste contrepartie qui lui revient.

On pourrait gloser sans répit du prix que le sol impose à celui qui naît sur lui, en comparaison de la gratuité du ciel sous lequel il vit. On pourrait. Mais cela vous ennuierait sûrement.

Au cœur de ce domaine, il est un lieu isolé, mais point perdu. Entourés par les pins, une lourde bâtisse aux pierres blanches et aux toits d'ardoise enjambe un large torrent creusé à travers les roches acérées de ses rives. Bien plus qu'un pont, c'est presque une forteresse construite entre ces rives. Résolument quadrangulaire, imposante par ses proportions autant que par ses formes, ce lieu garde pourtant ses portes ouvertes à toute heure du jour. Les larges et épaisses portes de bois qui lui tiennent lieu de portails, font également office de pont-levis. Leur seuil se situe à quelques mètres de hauteur, et elles permettent, par le plan incliné qu'elles forment lorsqu'on les abaisse, de traverser le court glacis laissé entre les arbres et les murs.

Deux chevaux s'arrêtent à quelques pas des portes. Les cavaliers qui en descendent portent une cuirasse d'acier frappée des armes de la maison royale de Kersiphron, une main tenant un chevron. Cela indique qu'il s'agit de militaires. Leur tenue est constituée de longs manteaux de cuir, car il fait assez froid et humide en cette saison, quoique fort beau. Il portent également un tricorne. À leur ceinture, un pistolet à amorce et à double canon, et un sabre. L'un d'eux porte une gibecière. Leur visage est fatigué, mais résolu. Ils portent une mauvaise nouvelle depuis de longs jours. Ils mènent leurs chevaux à l'intérieur de la bâtisse. L'un d'eux contemple l'eau du torrent quelques instants.

Sous ses arches imposantes posées à même la roche s'écoule le flot chaotique, tombant de quelques mètres à sa sortie de la bâtisse, le long d'une petite falaise, car le terrain est ici fort accidenté. Le chant des oiseaux répond au grincement des poutres de l'édifice, signifiant le dur labeur de sa mécanique interne et les protestations des roues à aubes par le cours d'eau poussées.

Les machineries animées par l'eau vive sont des scies, des tours, des fraiseuses, des rabots, des meules. Ceux qui les utilisent sont les moines de la confrérie du métal. De la montagne à la vallée, les gens viennent acheter aux frères le produit de leur labeur. Le bois qu'il coupent se trouve dans tous les bâtiments de la vallée, et leur estampille est gage de solidité. Ils sont aussi les seuls dans la montagne à savoir réparer et entretenir les délicates machines qui servent encore dans les petites manufactures de tissus, reliques précaires du reculé temps de la Colonisation.

Dans la cour, s'entassent les grumes et les poutres, dûment bâchées. On aperçoit aussi sous le lourd tissus qui les protège, d'ancienne machines dont l'usage semble avoir été perdu. Ou peut être leur entretient est il devenu plus coûteux que le profit qu'il engendrent. Les messagers l'ignorent tout du moins. Ils interpellent avec politesse un des frères qui essuie ses mains sur sa bure austère. Il leur indique un bâtiment. Celui ci est un entrepôt, ou un atelier. Le lieu sent la sciure de bois et le métal chaud, la sueur et la poussière. Dans la pénombre gît la carcasse d'un géant de fer et de bronze sans tête. Il est grand comme deux hommes, tel une tourelle de métal. Il est entouré d'échafaudages de bois où se trouvent étalés différents outils arrangés sans raison apparente.

Un homme est assis sur une des planches. Il travaille sur la machine. Il peste par moment. Un des messagers s'approche. Il hésite à parler. L'homme se retourne et laisse ses pieds nus pendre au bord de l'échafaudage. Il attrape une gourde d'eau et boit une lampée, essuie ses mains sur un chiffon qu'il jette négligemment sur un tas d'outils. Il est torse nu, uniquement vêtu d'une culotte de tissus grossier.

- Je vous écoute, que me voulez vous ?, déclare t-il, d'un ton suggérant qu'il espère que l'entrevue sera aussi brève qu'humainement possible.
- Seigneur Vitruve, votre père est décédé, finit par annoncer le messager, lui tendant une missive cachetée de cire bleue qu'il ne prend pas.
- Peu m'importe, sergent. J'ai trop à faire ici pour assister à un quelconque enterrement, répond l'inintéressé avec tout ce que son être contient de dédain.

Les deux soldats se regardent, interloqués. Leur interlocuteur semble se retourner vers son labeur quand le soldat l'interpelle à nouveau.

-Monseigneur, je crains que vous ne saisissiez pas. Vous êtes roi, bredouille le messager.

L'homme se lève alors. Il doit faire une demie tête de moins que le militaire. Il est fin, mais ses muscles sont joliment dessinés. Ses cheveux sont d'un brin clair, mi longs, légèrement ondulés. Son visage est plutôt triangulaire, quoique son menton soit plat et assez large. Son nez est fin et droit. Ses yeux clairs sont devenus soudainement soucieux.

-'mande pardon, dit il.
-Le roi nous a quittés, vous lui succédez, insiste le messager
-Non. Kiron hérite de la couronne affirme t-il, ses mains encore salies de cambouis croisées sur son torse nu.
-Il a été reconnu incapable de tenir ce rôle. Il a perdu la raison il y a de cela deux ans, l'informe son interlocuteur.
-Gaya ? S'enquière t-il, du ton de celui que l'espoir quitte lentement mais résolument
-Le fait que madame votre sœur ne soit pas mariée lui interdit d'hériter de la couronne, comme le prévoient nos lois.
-Bah ********, s'exclame le roi Vitruve.

Il fait quelques pas en rond dans son atelier, considérant ce qui est encore son domaine. Il se retourne soudainement vers les militaires

-J'abdique, affirme t-il.
-Soit. Phenrod prendra donc la succession, l'informe le soldat.
-Ha. Non. ********. Ça n'est pas possible non plus, peste t-il.

Il s'agite avec une inquiétude ni dissimulée ni feinte. La perspective qu'on lui offre semble lui être odieuse. Il trépigne. Va, vient, comme si ses pieds l'aidaient à penser. Il se mord le bout des doigts. Au goût de l'huile sur ses doigts il crache. Se prend la tête. Sent ses doigts poisser à ses cheveux. Les retire en urgence. Les agite. En pose une sur sa hanche. Se gratte le nez de l'autre. Sent à nouveau l'huile. Abandonne. Regarde au plafond. Au sol. Sa machine. Les soldats. La missive que le messager n'a pas lâchée. Il se tourne vers eux soudainement, ouvrant les bras :

-Fort bien. En tant que votre souverain, je vous invite à résider cette nuit au monastère. Je n'ai nul doute dans le fait que nos modestes cellules ne dépassera qu'à grand peine le charme spartiate de vos lits de camps, mais notre cuisine vaut celle des rois, clama solennellement le souverain.
-Il sera fait selon votre désir, monseigneur, répondent de concert les militaires.

[la suite demain, si j'y pense. On verra bien combien de temps je vais tenir]


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   Réponse au Sujet 'La berceuse d'acier' a été posté le : 03/09/09 19:22
À la lueur d'une bougie, un vieil homme contemple des schémas dessinés à la plume sur un vélin jauni d'un œil désapprobateur. Ses cheveux blancs sont coupés en brosse et se font rares sur les côtés de son crâne, quoi qu'on eut pu s'attendre, vu son âge avancé, à ce qu'ils soient bien moins nombreux. Son visage carré s'orne d'un nez aquilin plutôt proéminent. Ses rides sont tout autant le pli soucieux d'un front abritant la raison critique que les pattes d'oie de celui qui a souvent ri. Il se détourne à peine son regard de l'ouvrage quand on frappe à sa porte.

-Qu'on entre, dit il simplement.
-Frère Fabius, je dois vous parler, lui dit Vitruve en passant le pas de sa porte.
-Et bien soit, Frère, assied toi, je t'en prie, l'enjoint-il chaleureusement en lui indiquant un tabouret devant son bureau.

Vitruve s'assit. Le vieil homme soupire :
-Quand je pense au prix que notre confrérie a payé cet ouvrage... Celui qui l'a copié ne sait pas faire la différence entre une médiane et une bissectrice. Il va falloir que je le corrige. J'espère que je ne trouverai pas trop de perles de ce genre, mais je ne suis guère rassuré. Enfin... De quoi désirais-tu m'entretenir ? Demande Fabius d'un ton léger.
-Je fais face à un dilemme dont il n'y a hélas qu'une seule issue. Des homme son venus me voir aujourd'hui. Il apparaît que mes ainés ne soient pas autorisés à monter sur le trône nouvellement vaquant, et que je suis par conséquent dans l'obligation d'accepter la charge de roi de Métagène, déclare t-il gravement.
-Comment cela, obligé ? Si tu y es contraint, il n'y a pas de dilemme possible, et par conséquent absolument aucun soucis à se faire, théorise le vieil homme.
-Parce que je pourrais refiler le bébé à Phenrod, mon benjamin. Mais c'est hors de question, dit il d'un ton las de celui qui sait aller au devant d'une montagne de soucis.
-Hors de question ? Qu'est ce qui ferait de ton frère un si mauvais monarque ? S'enquiert le vieil homme, avec dans un ton laissant entendre qu'il se fait une petite idée de ce que cela pouvait être.
-Et bien pour la même raison que j'ai fui le reste de la noblesse : parce qu'il est vaniteux, incompétent, et par dessus le marché, cruel, énumère Vitruve avec dans la voix un mélange subtil d'amertume, de détestation et de mélancolie.
-Et bien effectivement, le problème se résout de lui même. Mais réjouis toi, car une fois maître de ces terres, tu seras en mesure de faire de grandes choses, dit le moine d'un ton joyeux.
-Mon frère, je ne sais l'exprimer autrement, mais les nobles sont des cons. Encore une fois, c'est bien la raison pour laquelle je les ai quittés. Je n'accomplirai rien, déclare Vitruve, dans un soupire.
-Et bien, pourquoi perdre ton temps ? Le pire arrivera de toute façon, selon toi, conclue Fabius.
-Quelque part au fond de moi, je crois que j'ai la prétention de pouvoir faire changer les choses, ne fut-ce qu'un tout petit peu. Mais je connais les aristocrates, j'ai été élevé au milieu d'eux, ils sont obtus et égocentriques, répéta Vitruve en s'effondrant sur lui même s'égarant dans sa haine et sa frustration, avant d'ajouter : et je ne vaux guère mieux.

Le vieux moine referma son livre. Il sourit à son interlocuteur avec l'affection d'un père :

-Frère Vitruve, tu as contraint par le passé trois de nos frères à briser leur vœu de silence durant les années que tu as passées ici, à cause de ce qu'il convient d'appeler, hélas, ton entêtement et ta vulgarité. En conséquence de quoi je doute sincèrement que les prétentions des nobles de ce pays te résistent beaucoup plus que la patience des hommes de foi, dit le vieil homme, non sans une évidente pointe de sarcasme.

Vitruve sourit, quoique gêné.

-Je suis désolé, s'excuse ce dernier.
-Te connaissant, je dois t'avouer que j'en doute fort. Mais quand elle n'était pas dirigée en vain, ton énergie nous a été d'une grande utilité, et nous pleurerons sans doute ton tempérament, si désagréable il eut pu être, le conforte le moine avec un sourire.
-En réalité, c'est le contraire, dit Vitruve en se levant, avant d'ajouter : il est grand temps d'aller em********r ceux qui le méritent.

Fabius fait le tour du bureau, avant de prendre Vitruve dans ses bras :
-Dieu vous garde mon roi. Tu me manqueras Vitruve.

Le roi sent une larme perler au coin de son œil. Il la garde pour lui. Le vieil homme lui manquera également.

***

Une avalanche de haricots et de pommes de terres luisants de graisse de canard tombe avec un bruit humide dans l'écuelle de pain blanc et frais, entraînant dans leur chute quelques morceau de lard fumants, suivie bientôt d'une part de viande de gibier. Le militaire considère la portion que la cantinière lui a servie avec un regard empreint de mélancolie. L'odeur, si elle n'a la délicatesse des épices fines et des mets précieux, n'en a pas moins un certain moelleux, lui caressant les fosses nasales avec l'expertise des ribaudes des ports les plus fréquentés. Son ventre se serre, tant de faim que d'émotion, car si le repas qui lui fut servi ce soir entretient quelques ressemblances avec l'ordinaire militaire, il est évident qu'il y a là un ingrédient fort inhabituel dans un régiment : l'amour du cuisinier. Il contemple la portion sans avidité, hésitant à entamer ce qui semble alors pour lui désormais un fabuleux présent.

-Et ben mon gars, manges-y tu donc pas ? S'enquiert la femme, dont la bure, si elle en cachait les formes, en laissait deviner le volume.
-Et bien si, heu, merci, balbutie l'homme, un peu perdu.
-Puis-je vous poser une question, s'enquiert son camarade
-Dame oui, répond la cantinière d'un ton enjoué !
-Vous voulez pas attendre qu'elle ait fini de servir ? Apostrophe un jeune moine plus loin à la table. Ses camarades s'esclaffent.
-Je... Oui, pardon, s'excuse le militaire.

Un moine à sa gauche se pencha vers lui
-Que voulait tu savoir, soldat ? Lui demande t-il.
-Et bien... Vous vivez avec des femmes dans ce monastère ? Finit il par demander le soldat.
-Ma foi oui. Mis à part le fait qu'elles ne savent pas ranger un établi, elles restent capable d'accomplir des tâches pour ainsi dire similaires à celles d'un homme, répond le moine avec détachement.
-Soit, soit, admet l'autre en fronçant les sourcils, mais je veux dire, les moines ne font ils pas vœu de célibat ?
-Oh, si, absolument, répond le moine en engouffrant une généreuse cuillerée de légumes avant d'ajouter sans plus d'arrière pensée : mais pas de chasteté.

Le militaire reste pensif quelques instants, perdu. Il pondère ce qu'il sait des ordres religieux et se rend compte qu'il en connaît fort peu. Il ne sait trop quoi penser des mœurs quelques peu libérales du monastère.

-D'ailleurs, poursuit le moine avec un mouvement de tête vers la table des moinettes, vous avez une touche ou deux messieurs.

Les soldats se redressent comme un seul homme, comme si l'on avait annoncé une charge ennemie. Une volée de gloussements s'élève du groupe adverse. Les soldats se regardent un instant. Il se sourient d'un air entendu : leur crainte de faire face à une armée de visages austères et pieux s'envole, et quand de généreux godets de bière du cru atterrissent sur la table, ils trinquent avec bonheur et se considèrent en permission.

[à suivre]


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   Réponse au Sujet 'La berceuse d'acier' a été posté le : 04/09/09 20:25
Le monastère s'est refermé sur lui même pour la nuit. Quelques moines assurent la garde de l'édifice, veillant des remparts, sans grande conviction quant à l'éventualité d'un assaut.

Dans l'atelier de Vitruve, le géant sommeille toujours. Celui qui tenta de lui rendre la vie le contemple d'un air las, assis sur un tonnelet. Il tient un canif dans une main, un saucisson dans l'autre dont il mâchonne distraitement un bout. Il sent dans l'air nocturne comme un parfum épicé. Il ne s'en formalise pas. Le bruit de pieds nus sur le sol de pierre le conforte dans l'idée qu'il connaît celle qui s'approche de lui. Il soupire. Une voix gourmande susurre à son oreille :

-Qu'est ce qui vous fait fuir la compagnie des hommes, mon roi ?
-Les nouvelles vont vite, commente ce dernier, avant d'ajouter : Je prends un peu de recul avant de devoir affronter le maelström de responsabilités qui s'annonce à l'horizon.
-Anxieux ? Demande la voix avec une nuance de lubricité qui frisait l'indécence alors qu'une main se pose sur son épaule.
-Sans doute, concède le monarque.
-Peut être pourrais je te permettre d'oublier tes soucis l'espace d'une nuit, ronronne son interlocutrice en posant une deuxième main sur lui alors que la première glissait dans la rude bure du moine.
-Et bien tu ne doutes de rien toi, constate t-il, puis développe : tu n'as pas voulu de moi quand j'étais simple moine, je peux t'assurer que là tu peux te brosser.
-Vous êtes si cruel mon roi envers une pauvre et faible femme, minauda t-elle en s'accrochant à lui pour lui chuchoter doucement à l'oreille : comment aurait-je pu savoir qu'un homme de sang royal se cachait parmi ces bures austères ?
-Tu fais bien de le demander, car j'allais y venir, répondit-il, d'un ton suggérant que si il trouvait cette conversation ridicule, il n'en appréciait pas moins de pouvoir la rembarrer, abusant sans vergogne du pouvoir de celui que l'on supplie. Il poursuit : en tant que sorcière, et c'est même pour cela que tu as trouvé refuge en ces murs, c'est à dire pour échapper à l'ordre des traqueurs carmins, tu es quand même sensée pouvoir prédire ce genre de chose, ou alors on m'a par trop vanté les qualités de tes pairs. Mais attends, je pense que j'ai saisi, s'exclame t-il d'un ton faussement enjoué, dans une envolée sarcastique : tu as sollicité notre hospitalité que notre ordre accorde à ceux qui se présentent à lui. Mais elle ne dure que quarante jours, moment auquel il faut prononcer ses vœux pour poursuivre son séjour ici. Et tu es ici depuis... Mais ça fait plus d'un mois déjà dis donc ! Le temps passe si vite. Et tu as sans doute espéré l'espace d'un instant que t'insinuer dans ma couche te gagnerait mes faveurs et qu'en tant que roi, je te protégerais de la vindicte des fondamentalistes qui t'ont forcée à déménager. C'est futé, bien tenté, mais raté.

La jeune femme eut un moment de recul. Un rai de lumière fait apparaître ses courbes élégantes simplement habillées d'une robe de paysanne. Ses longs cheveux bouclés noirs, retenus par un fichu rouge, ont des reflets pourpres presque surnaturels. Elle darde sur lui ses yeux aux iris violets cernés de cohl. Elle est très belle quand elle est en colère.

-Tu as raison, je me suis trompée sur toi. Tu es un bien pire salaud que ce que je pensais, crache t-elle, la mine grave, comme prête à mordre ou à l'étrangler. Peut être les deux à la fois.
-C'est génétique, répond simplement Vitruve en se relevant, un sourire narquois au coin des lèvres.
-Cela tombe fort bien parce que je compte aussi maudire ta descendance, siffle t-elle.
-Dis voir, c'est comme ça qu'on s'adresse à son employeur ?

Les bras lui tombent alors qu'une grimace d'incompréhension crispe son visage dont la pâleur n'est trahi que par le rougissement de ses joues : Comment ?

-Je t'engage comme conseillère. Officieusement, précise Vitruve
-Je... Pourquoi ? Glapit presque son interlocutrice.
-Parce que les traqueurs ne se déplacent pas pour rien. C'est toi qu'ils cherchent depuis un mois, et nulle autre. Cela signifie que tes pouvoirs sont à priori réels, conclue t-il.
-Je ne sais pas si j'ai vraiment envie de quelqu'un comme toi comme fil à la patte, répond-elle d'un air désapprobateur.
-Vraiment ? Je veux dire, en dehors du paiement et de ma protection, je peux t'offrir une demeure comme tu en as rarement vu, et des serviteurs, dit il en se retournant finalement vers elle, un sourire entendu aux lèvres.
-Une demeure ?
-Le manoir des concubines de mon père. Je le fais vider à mon arrivée.
-Mon travail exact ?
-Prévenir empoisonnements, sortilèges, malédictions, un peu d'espionnage, pas mal de coercition. En bonus, je te laisse organiser la protection de sorciers recherchés si tu te montres discrète.
-Pourquoi ce dernier point ?
-Pour m'assurer un socle de loyauté au sein du royaume, en dehors de la Confrérie.
-Qu'est ce que tu veux en faire ?
-Un monde un tout petit peu plus juste.
-Tu te fous de moi ?
-Non. Ce pays doit changer et tous ceux autour également. Patiemment, sans bain de sang, sans révolution, juste quelques coups de pied au cul bien ajustés.
-Tu es complètement dingue.
-Juste très imbu de ma personne. Et particulièrement désireux de rendre des comptes à la noblesse.
-Je marche.

Ils se contemplent un long instant. Ils se savent désormais de la même espèce : des renards avec une morale, deux animaux savants, frustrés par la bêtise qui les entoure, par la sourde conspiration des imbéciles, mais égaiement par leurs propres limites. Leur égo surdimensionné leur commandait de prendre les rênes de ce monde, mais leur interdisait tout autant de spolier quiconque de ce qui lui était dû, car ils avaient, hélas, une conscience. Le bouillonnement de ces sentiments contradictoires les avaient conduits à une vie de reclus, là où ils dérangeraient le moins de monde par leur espoirs imbéciles. Mais aujourd'hui leur est offert de prendre une juste revanche sur ce monde, non pas contre les multiples et insignifiants rouages de la vie, qui pris un à un étaient quelque part innocents, mais contre la machinerie dans son ensemble, qu'il s'agira désormais de démonter pièce à pièce. Une chaleur mal définie monte en eux alors qu'un sourire idiot leur vient aux lèvres.

-Avez-vous quelque chose à rajouter, conseillère Ishtar ? S'enquiert Vitruve.
-Juste une chose, mon roi. Passerez vous la nuit seul ? Lui répondit-elle
-Je n'éprouve pas la nécessité absolue d'avoir de la compagnie, rétorque t-il
-Oui, mais ce coup ci c'est pour le plaisir. Considérez cela comme une avance sur paiement, insiste la demoiselle.
-Ha mais évidemment ça change tout. Il vous faudra être indulgente, je n'ai jamais payé de mon corps, l'avertit son seigneur.
-Cela s'apprend, ronronne t-elle.
-Fort bien, je n'avais rien prévu pour les trois heures à venir de toute façon, commente t-il
-Monseigneur est fanfaron.
-Complètement.


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Teocalin

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   Réponse au Sujet 'La berceuse d'acier' a été posté le : 04/09/09 21:40
Ce genre de texte me rappelle de bon souvenir... et j'ai passé un excellent moment a le lire... j'espere la suite. Et si possible des canons a vapeur, pourquoi pas ?

Teocali, BOUM !


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Marx disait "la religion est l'opium du peuple".
Bin, j'ai rien contre les drogués mais je peux pas blairer les dealers.
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Teocali c'est un genre de Docteur Queen. Mais en plus gros.
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Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'La berceuse d'acier' a été posté le : 06/09/09 09:40
Labombance est de retour, youhou ! :)

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   Réponse au Sujet 'La berceuse d'acier' a été posté le : 07/09/09 22:55
[merci pour les encouragements :D]

Le matin est calme et brumeux. Il fait plutôt froid. Un temps de saison. Un lourd manteau brumeux pèse sur la forêt. La vallée semble grise et duveteuse. Le monastère est actif depuis les premières lueurs du jour. Les moines vont et viennent, vaquent à leurs activités quotidiennes. Le bois ne se coupe pas tout seul.

Les soldats sellent trois chevaux chevaux, sifflotant un air grivois en canon. Ils se reprennent en apercevant leur souverain:

-Les montures sont prêtes, monseigneur, l'avise un des militaires.
-Il en manque une, objecte Vitruve, mais évidemment, vous ne pouviez pas le savoir.
-Très bien monseigneur, répondit le sergent après court temps d'hésitation, faisant geste à son subordonné de s'exécuter.

Vitre a revêtu un habit de voyage fort simple, et s'est enveloppé d'une cape de tissus grossier. Il porte quelques bagages. Fabius est à ses côtés.

-Je vous souhaite de faire bon voyage, monseigneur, lui signifie le vieil homme.
-Prenez soin de vous et du monastère, mon frère, lui répond l'intéressé, avant de poursuivre : une fois au pouvoir, je veillerai à ce que les contentieux que notre congrégation tient avec la baronnie soient soldés au plus tôt.
-L'homme en moi aimerait bien vous prendre au mot, mais vous avez bien mieux à faire de votre emploi du temps, lui rétorque en souriant le vieil homme.
-Je vous doit beaucoup. Je tâcherai de vous rendre l'écot que mérite votre patience, répond Vitruve, le regard bas.

Ishtar sort alors de l'édifice, vêtue d'une robe de bure et d'un fichu grossier enroulé autour de sa tête, cachant sa chevelure. Elle transporte une cassette de bois sombre longue et large comme le torse d'un homme, profonde d'un empan, sanglée de cuir, et couverte de motifs géométriques, ainsi que quelques balluchons.

-Cette femme fait partie du voyage, informe le monarque : je vous saurai gré de protéger sa vie comme la mienne. Entendu ?
-Il sera fait selon vos ordres, mon roi, répond sans hésiter le sergent.

Le quatrième cheval parvient jusqu'au groupe.

-Vous nous privez de bien belles montures, mon roi, ironise Fabius, non sans user d'un ton facétieux.
-Je crains de devoir les réquisitionner. Ma dette envers vous sera soldée dès qu'il me sera permis, avec les intérêts, s'excusa Vitruve, avant de s'adresser aux soldats : quel est notre route ?
-Nous allons partir vers l'ouest. Nous atteindront un contingent venu vous escorter en arrivant à Silegam, puis nous quitterons la Baronnie de Pictavia par la route du nord, et de là nous irons vers Pergam, déclame le soldat.
-Très bien. Si tout va bien nous serons à Silegam ce soir, et je pourrai faire le reste du voyage en calèche, affirme le souverain
-On ne se refuse rien, monseigneur, glousse Ishtar
-Jamais, confirme Vitruve.
-D'autant que le carrosse royal nous y attend, précise le sergent
-Bravo pour la discrétion, ironise le souverain, avant de concéder : au moins il est confortable. Ce qui nous rend à un voyage de cinq jours en tout, si la chance est avec nous.

Les au-revoir ne durent pas beaucoup plus longtemps. Le monastère reste une bonne partie de la journée visible, d'abord carré blanc au dessus des frondaisons, puis tache indiscernable au milieu de la forêt.

Vitruve quitte une vie de simple labeur pour un existence de compromission. Il aimerait se dispenser de cette pensée.

***

Silegam est une petite ville prospère et calme. Les remparts de la cité, construite sur une colline, dominent les champs environnants. Un fleuve en bas de ses murs, et de multiples hameaux sont visibles de la ville haute. À intervalles réguliers, les murs sont creusés de meurtrières abritant de lourds et puissants canons à vapeur, capables de bombarder la campagne environnante avec une précision toute relative. Au centre de la ville, Le donjon, massive tour quadrangulaire en pierre de granit gris sombre surplombe de vingt mètres au moins les plus hauts toits de la cité, n'est concurrencé que par les hautes cheminées de briques rouges à l'épais panache de fumée noir, témoins de l'activité industrielle consistant à alimenter toute la ville en énergie géothermique, en vapeur d'eau sous pression donc, luxe inestimable réservés aux seuls citadins vivant à l'intérieur des murs, expliquant que ne vive sur les hauteurs que des bourgeois, et en bas que des ploucs, la ségrégation monétaire ayant ceci de pratique qu'elle évitait à des gens n'ayant pas envie de se voir de ne pas avoir à se croiser.

Non loin, un contingent armé campe à même une prairie réquisitionnée pour l'occasion. C'est une île assez large au milieu du fleuve, en cette saison peu profond. Les vaches semblent apprécier la compagnie des soldats avec l'enthousiasme modéré que l'on connaît à la gent bovine. Certains membres de ce corps expéditionnaire, qui durent être dans le passé garçon de ferme, s'amusent à traire quelques bêtes, sans doute pas ennui, peut être par mimétisme libidinal, au plus grand dam du propriétaire de ces animaux qui n'ose trop rien dire. D'autres jouent au dés, ou aux cartes, la plupart triche, certains se livrent à l'activité fort licencieuse de se souler, respectant les traditions militaires, d'autres encore écrivent à leur famille ou à leurs proches, bien plus encore font écrire, parce qu'on a l'alphabétisation qu'on peut, décrivant les diverses activités susnommées, et parlant un peu de la ville où ils séjournent. Quelques soldats méditent l'investissement d'une partie de leur solde dans une des lavandières passant par là, pour un service ou pour un autre.

L'escorte de Vitruve parvient au campement et alors que les messagers s'en vont faire leur rapport au colonel auprès duquel ils sont responsable, le monarque investit le carrosse royal, une grande calèche de bois sombre, large de quelque deux mètres pour quatre de long, montée sur de puissants ressorts à lames communiquant le poids inhabituel de l'habitacle aux lourds essieux de l'engin, puisque ses parois de bois déjà épais pour un tel véhicule avaient été renforcées à l'intérieur de plaques métalliques. Il y sera attelé huit robustes chevaux, pour l'heure occupés à partager leur repas avec les bovidés. Les flancs du carrosse sont frappés des armes de la famille royale. Une malle à l'arrière recueille les effets personnels des deux passagers. Vitruve pénètre l'habitacle et teste de son postérieur l'épaisseur de sa banquette, non sans y prendre un certain plaisir. Ishtar l'imite, s'allongeant sur la couche qui lui reste.

Vitruve se fige soudain, pensif. Ishtar s'en rend compte et l'interroge :
-Qu'y a t-il ?
-J'ai faim. Et en plus je n'ai aucune envie de dormir ici cette nuit, déclare le souverain.
-Un plan ? Demande t-elle, augurant le début d'une grande pantalonnade.
-Enfile quelque chose de joli, nous sommes invités par le Baron Polis de Pictavia, affirme t-il, goguenard.
-Le sait il seulement, glousse t-elle.
-Non, mais ça ne va pas tarder.

[la suite mercredi]


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   Réponse au Sujet 'La berceuse d'acier' a été posté le : 09/09/09 21:59
[youplaboum]

Le Baron de Pictavia se trouve un peu décontenancé. Il avait par le passé eu affaire à ce moine irascible et entêté. Impossible de lever des taxes ou d'augmenter le rendement de ses terres sans qu'il vienne hurler au scandale. Par conséquent il était logique qu'il freine des quatre fers dès que la confrérie lui demandait quoi que ce soit. Normal. Et voilà que l'insignifiant moinillon s'avérait être le nouveau roi ? Une grande lassitude l'avait envahi à cette nouvelle. Non content d'être son souverain, il avait en plus réclamé ce à quoi son rang lui donnait droit, c'est à dire le gîte et le couvert. Enfin, techniquement il n'est pas encore roi : il devait encore être couronné. Mais il avait eu la sensation que refuser eut été une mauvaise idée, même en mettant à part le fait que Vitruve était accompagné par une douzaine de dragons, l'unité d'élite de l'armée royale.

Et un dragon, ce n'est jamais qu'une masse de deux mètres dix, qui mange une livre de viande rouge trois fois par jour, qui manque de s'entretuer avec ses copains à l'entraînement quotidiennement, qui manie l'épée à trois mains comme qui rigole et porte quasiment son poids en métal quand il est en service. Le dragon est par conséquent dans la plupart des situations le remède ultime au sens de l'humour. Quand quelqu'un raconte qu'un dragon a arrêté un boulet de canon, on ne rigole pas, on espère juste ne jamais devoir être le type derrière le canon.

Outre le fait d'être l'ultime démonstration du pouvoir royal en déplacement, ils sont également une forme de menace à la fois tacite et totalement explicite.

Le Baron considère son assiette avec amertume. Sa salle de réception, que les larges baies vitrées baignaient de la lumière du crépuscule, résonne des plaisanteries de Vitruve et de sa compagne. Le Baron ignore qui elle peut être et n'en a cure. Il a hâte de les voir repartir. Mais il a un peu de mal à feindre une quelconque forme d'appréciation à l'égard du monarque. Il se demande si il est plus scandalisé par son irruption soudaine ou par ses déplorables manières à table. Il le soupçonne de le faire au moins à moitié exprès.

Les membres de la famille du Baron sont à peu près aussi atterrés que lui. Seuls les enfants semblent avoir quelque désir de converser avec le roi, mais l'atmosphère pesante de la table retient leurs élans communicatifs.

Le Baron se masse les yeux. L'approche lente et inexorable de la cinquantaine se fait ressentir. Son visage étroit aux pommettes saillantes et au long nez subit les effets de la gravité, ses joues sont creuses, ses cernes marquées, son regard sans joie et tombant. La baronne, elle, tient plus de la pâtisserie que de l'être humain. Telle l'empilement de trois chouquettes gigantesques, elle n'inspire qu'un seul sentiment : le dégoût. Sa masse tremblotante de flan humanoïde ondule plus qu'elle ne se meut. Elle cache un regard empli de mépris derrière une petit pair de lunettes. On peut aisément soupçonner que telle un vampire elle a durant des années drainé son énergie et ses espoirs.

Également à la table, le Colonel d'infanterie chargé de superviser le rapatriement du monarque. Il mange avec droiture et dignité, alternant avec pondération la fourchette et le gobelet, et consomme le contenu de son assiette avec une lente régularité. Son casque d'acier, assez ouvragé, ainsi que son épée, sont posés à côté de lui à la table. Il porte un uniforme et une cuirasse ciselées. Ses gants sont blanc. Il a un visage ovale, entouré d'une chevelure et de favoris coupés court, uniformément. Sa moustache est également minutieusement taillée.

-Bref, et comment se porte le royaume ? S'enquiert Vitruve, jovial.
-Et bien pour être tout à fait franc... Commence le Baron, dont le ton laisse supposer qu'il se tenait en embuscade armé d'une mauvaise nouvelle, avant de poursuivre, ayant observé une pose dramatique : des rumeurs courent sur l'éventuelle insurrection de la Thessalie.

Vitruve pose son couvert et toise le Baron d'un regard ayant pour valeur approximative « et c'est seulement maintenant que tu le dis, abruti ». Il fait la moue, et trépigne un peu sur sa chaise. Son front se barre d'un pli soucieux.

-La Thessalie, dit il pour lui même.
-Il est possible que les indépendantistes désirent profiter du changement de pouvoir et de la relative désorganisation qu'il engendre pour échapper à notre contrôle, suppute le Baron, faussement désireux d'apporter sa pierre à l'édifice.
-Cette explication ne me convient qu'à moitié. Qui est à leur tête ? Demande Vitruve, d'un ton sans réplique. L'ambiance était déjà complètement pourrie de toutes façons.
-On raconte que les séparatistes suivent Cassandra, qui revendique le titre de Duchesse de Thessalie, informe le Baron.
-Au moins elle est légitime, commente Vitruve.
-Pardon ? Sursaute le Baron, à peu près synchrone avec la Baronne.
-J'ai manqué un épisode ? S'inquiète Ishtar.
-Techniquement Cassandre est effectivement Duchesse de Thessalie. Mais il y a un siècle et demi sa famille a été dépouillée de ses terres, au profit du Marquis de Lamie et celui de Kalcide, qui étaient beaucoup plus fidèles à la couronne de Pergam, fidélité d'ailleurs fort bien récompensée. Maigre compensation, au lieu de traquer les membres de la famille de Thessalie, ils furent épargnés et jouirent d'une semi-indépendance dans les hauts plateaux qui nous séparent de Lakédémos, explique Vitruve.
-Moi qui avait cru que tu n'étais jamais intéressé à la politique, ironise Ishtar.
-J'ai quelques bases, confirme le souverain, avant d'enchaîner : il y a deux possibilités à partir de là, ou il s'agit effectivement d'une guerre d'indépendance qui couve, soit c'est une manœuvre des Lakédémiens pour nous entuber. La question est donc : si c'est eux, que cherchent-ils ?
-Oh mon Dieu, vous êtes sérieux ? S'inquiète soudain le Baron.
-Ce ne serait ni leur première ni leur dernière tentative, affirme Vitruve.
-Et bien ma foi... Nous tirons une bonne partie de nos ressources minérales de cette partie du royaume, avance le Baron, hésitant.
-Si je puis me permettre, messeigneurs, j'ai peut être une information permettant de faire avancer le débat, fait le Colonel.
-Nous vous écoutons, Colonel, l'invite Vitruve.
-J'ai surpris une discussion entre plusieurs de nos Généraux, et il apparaît que des troupes Lakédémiennes manœuvrent depuis plusieurs semaines à l'ouest d'Amiklai, dit le militaire, continuant, imperturbable, la consommation de son repas.
-Mais c'est absurde ! Il n'y a aucun objectif militaire ou économique dans cette zone ! S'indigne le Baron
-Et bien cela signifie une chose : ils savent quelque chose que nous ignorons et ils sont décidés à aller récolter le bénéfice d'un siècle d'investissement dans la famille de Thessalie, dont nous ignorons tout, affirme Vitruve en se levant, avant de demander au Baron : sur ce je vous annonce que je vous emprunte séance tenante deux milles ducats d'or.
-Je... Mais ? Comment ? Balbutie le Baron, qui ne s'attendait pas à celle là.
-Ils vous seront remboursés sous deux mois, par le trésor royal, avec... Allez, je suis bon prince, 10% d'intérêts, poursuit Vitruve en quittant la table, insensible au désarroi du Baron, et conclue : vous avez deux heures.

[la suite vendredi ?]


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   Réponse au Sujet 'La berceuse d'acier' a été posté le : 16/09/09 19:54
il y aura une suite ou tu est mort de la grippe A :D ?


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   Réponse au Sujet 'La berceuse d'acier' a été posté le : 16/09/09 20:14
Il est immortel Nath :p


Par contre on attend la suite nous !


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   Réponse au Sujet 'La berceuse d'acier' a été posté le : 16/09/09 20:18
J'aime beaucoup, tu te débrouilles bien, de bonnes idées, toussa, toussa ...

J'attends la suite avec impatience.


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"L'avantage d'être intelligent, c'est qu'on peut toujours faire l'imbécile, alors que l'inverse est totalement impossible."
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Ne cherchez pas à comprendre, c'est impossible, et si par malheur même vous y arriveriez, ce ne serai pas ça.


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   Réponse au Sujet 'La berceuse d'acier' a été posté le : 17/09/09 08:37
j'ai de petits soucis logistiques, j'essaye de m'y remettre aussi vite que possible...

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Teocalin

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   Réponse au Sujet 'La berceuse d'acier' a été posté le : 17/09/09 09:09
La phrase sur les dragons royaux et le canon m'a provoqué un fou rire. C'est bon signe.

Teocali


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Marx disait "la religion est l'opium du peuple".
Bin, j'ai rien contre les drogués mais je peux pas blairer les dealers.
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   Réponse au Sujet 'La berceuse d'acier' a été posté le : 18/11/09 16:07
[On va y arriver...]

L'air du soir est frais et humide, le soleil se couche à l'horizon, au loin, sur les cultures environnant Silegam. Dans les jardins du Baron, Ishtar est assise sur un petit banc de pierre. Devant elle se tiennent le Colonel et Vitruve. Dans le bassin à moitié rempli d'une piscine s'ébrouent une pair d'oiseaux indéterminés, l'ornithologie n'étant le fort d'aucun des trois. Entourés de dauphins rieurs, des angelots soufflent dans d'improbables conques d'airain conçues pour qu'aux temps chauds en sortent de minces filets d'eau. Le temps s'y prête fort mal.

Vitruve considère un instant le grotesque décor avec une moue désapprobatrice. Il semble avoir décidé d'expérimenter toutes les façons possibles de tirer la tronche en une soirée.

Il se tourne vers Ishtar :
-Voilà le plan. Je ne peux rien commander sur ces terres avant d'être couronné roi. Pourtant, si je ne prends pas acte dès maintenant, je vais me retrouver avec une guerre d'invasion dans le mois. Tout ce que la Lakédémonie attend, c'est un faux-pas de notre part. D'un autre côté, il faut que je sache ce qu'ils désirent réellement obtenir. Ce qui va donc se passer, c'est que, le temps que je sois officiellement mis à la tête de ce pays, je vais te confier l'or du Baron et les deux courriers qui sont venus me chercher au monastère. Je leur ferai donner des habits civils et tu partiras avec eux vers le sud pour engager un groupe de sorciers, à ta préférence.
-Holà, attends un peu, s'indigne Ishtar, visiblement peu emballée par la tournure des événements, se levant d'un coup avant de poursuivre : ce n'est pas exactement ce que tu m'as dit hier ! Je ne t'ai pas suivi pour avoir à tailler la route !

Vitruve la regarde dans les yeux. Il est un peu agacé de constater qu'elle est plus grande que lui avec des talons.
-J'aimerais que tu réalises que si les choses sont telles que je le crains, c'est auprès de l'Empereur de Lakédémonie que tu devras revendiquer ta vie de pacha. Et autant que je m'en souvienne sa position quant à la sorcellerie est très loin d'être de celle qui t'intéresse. Par ailleurs, sache je payerais cher pour pouvoir t'accompagner. En lieu et place de faire quoi que ce soit d'utile, je vais devoir affronter la cour et tous les dégénérés qu'elle abrite et me prêter à leurs stupides pantomimes. Et crois bien que ça m'em******** autant que toi.

Ishtar semble un court instant sur le point d'exploser. Ses yeux pétillent quelques fractions de seconde de minces lueurs vives. Dans le silence et l'obscurité naissante, elle recouvre peu à peu la sérénité, toisant Vitruve avec un air de suffisance :
-Je vais sauver ton royaume Vitruve. Mais compte sur moi pour rendre ta vie impossible si par malheur le plus petit de mes efforts ne trouve pas s ajuste récompense.

Vitruve sourit en lui tendant la bourse du Baron :
-Cela va sans dire, très chère, visiblement confiant dans l'idée de pouvoir éviter la pluie de calamités sous entendue par sa camarade avant de se tourner ver le colonel : je compte sur vous pour organiser son départ. Je suppose qu'un courrier nous précède déjà, colportant l'idée que vous m'avez trouvé ?
-C'est exact, Monseigneur, j'ai fait envoyer un sémaphore, lui répond le militaire.
-Reste à espérer que le brouillard de saison ne nous posera pas de problème en ce sens. Nous allons également envoyer mes directives pour hâter la cérémonie de couronnement. Il faut que je sois sur le trône dans une semaine. Trouvez moi un couturier en ville pour exécuter le costume du sacre, il fera le voyage avec nous et travaillera lors des étapes.

Vitruve a ce regard dur et froid de celui qui a un plan, et qu'il n'apprécie pas ce qu'il va avoir à faire.

-Rompez, colonel, et faites que nous soyons prêts à partir dès les premières lueurs de l'aube, finit-il par dire.
-Bien Monseigneur, répond abruptement le militaire avant de s'éclipser à petite foulée.

Une brise secoue les haies bien alignées. Quelques volatiles observent le couple restés dans le jardin du haut d'une statue représentant une vertu ou une autre, les oiseaux étant en général imperméables au concept de personnification anthropomorphique. Peut être que la personnification aviaire leur parlerait plus ? On en doute.

-Je ne pensais pas que ça me tomberait dessus aussi vite, maugrée Vitruve, un peu crispé, fixant un point dans le vague.
-Encore une fois, pourquoi dois-je me farcir le voyage jusqu'en Thessalie, et pourquoi te faut-il un escadron de sorciers ? S'enquiert Ishtar, peu décidée à faire ce qu'on lui demande.
-Parce que je pense pouvoir te faire confiance, lui répond le monarque, se tournant vers elle, et qu'il y a peu de chance pour que l'on fasse le rapprochement entre toi et le gouvernement, au moins pour l'instant. Quant aux sorciers, il me faut des locaux, qui connaissent le secteur, et qui te feront plus confiance qu'à leurs congénères.
-Tu penses pouvoir acheter tes occultistes aussi facilement, avec les quelques pièces d'or que tu m'as confiées ? Nous avons tendance à fuir ceux qui veulent exploiter notre savoir tout autant que ceux qui veulent nous tuer. Plus d'une fois dans l'histoire nous avons été trahis de la sorte, conclut Ishtar, grave, avant d'ajouter : et nous sommes plus farouches et solitaires que tu ne semble le croire.
-Ce n'est pas tout à fait ce que tu semblait me dire hier soir quant à mes projets en la matière, persifle Vitruve.
-Parceque je pensais avoir des années devant moi pour construire un réseau. Là, tu me donnes au plus une semaine, gronde la sorcière.
-Il va nous falloir faire avec, hélas. Si l'affaire était tombée dans les mains d'un autre, il laisserait la gestion de crise aux seigneurs locaux et provoquerait sans nul doute un bain de sang, sans compter l'invasion. Or, je veux éviter tout cela, lui répond-le roi en s'approchant d'elle, poursuivant : Je ne t'ai jamais dit que ce serait facile. La tâche à entreprendre est monumentale.

Vitruve saisit délicatement les mains d'Ishtar et les tient entre les siennes. Sa taille ne lui permet pas tellement les effets dramatiques, mais il passe outre. Une certaine gravité dans son regard scelle sa promesse :

-Mais je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que chacun sur mes terres puisse obtenir ce qu'il mérite. Toi y compris.

[à suivre]


Dernière mise à jour par : Labombancetourix le 21/11/09 01:26

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   Réponse au Sujet 'La berceuse d'acier' a été posté le : 21/11/09 01:26
Le carrosse vibre et remue de façon assez désagréable. Jonah Péréus, les yeux gonflés de fatigue et fort moins bien vêtu en comparaison de ce à quoi on pourrait attendre d'un couturier professionnel, tente autant que faire se peut de maintenir son calepin sur ses maigres genoux croisés alors qu'il note péniblement les désidératas de Vitruve. La pâleur de son visage triangulaire aux yeux hagards montre sans peine qu'il avait été tiré du lit aux aurores et qu'il avait un peu de mal à tout intégrer.

-Donc nous parlons d'un costume de sacre ? Dit-il, du ton de celui qui se sent dépassé.
-Oui, fait Vitruve, à côté de lui, se grattant le nez à l'aide d'une plume d'oie, considérant la feuille de papier où il rédige son premier discours en tant que roi. L'exécution de multiples taches en même temps semble lui faire connaître de nouveaux niveaux de contrariétés.
-Mais vous me dite que vous désirez une coupe... Comment disiez vous déjà ? Essaye de récapituler le couturier.
-Prolétaire. J'ai dit prolétaire, dit le monarque, sur un ton annonçant que les redites érodaient sa patience.
-Ha, je vois, je vois, réplique l'artisan, qui n'y voyait goutte.

Vitruve pose sa feuille, avec une profonde respiration. Son voisin se tasse sur la couchette, incertain de ce qui allait advenir de sa peau. Le roi lui pris des mains son calepin avec un geste sec et entama son exposé

-Pour commencer, Vous allez me confectionner une casquette coupée à la façon des ouvriers, à laquelle vous ferez ajouter un écusson frappé aux armes de la maison de Kersiphron, on devrait avoir ça qui traîne quelque part. Je l'enlèverai peu avant d'être couronné, ça fera grincer des dents les bigots. Pour le haut, une chemise simple montant sous le menton, et une cravate de notaire autour du cou, épinglée avec une broche d'argent. Pour la blague, des broderies sur le col, représentant des lauriers. Nous rajoutons à cela un gilet à boutons d'argents et par dessus cela une veste et pour faire bonne mesure, une capeline à la façon des chefs de gare. Rajoutez à ça une paire de gants de cuir. Ensuite, un pantalon simple, sans doute coupé à la façon des culottes de soldats, peut être quelques broderies sur le bas de la jambe, je vous laisse seul juge. Pour finir, de solides chaussures de cuir, avec une coque de métal, encore une fois en argent, ciselée si on a le temps, il faudra trouver un cordonnier, mais bref, si ça n'envoie pas le message que je ne me ferai pas mal au pied à leur botter le cul, je ne vois pas qui le fera.

Vitruve jette avec nonchalance le carnet sur les genoux du couturier, pour qui la surcharge d'informations est un peu violente. Pour sûr, le costume tranchait sauvagement avec le monde de corsets, de ruban, dentelles et fanfreluches auquel il avait jusqu'ici associé naturellement la noblesse. Mais quelle idée de se déguiser en plébéien ? Un camouflet fait à la cour ? En tout cas la volonté certaine d'envoyer un message. Sans doute était il plus facile de montrer que quelque chose est sur le point de changer sur les détails frivoles plutôt que par de longs discours...

L'artisan s'empare de son mètre-ruban sans grande conviction et se met en devoir de prendre les mensurations de son commanditaire.

-Êtes vous sûr que c'est bien contre la Lakédémonie que nous partons en guerre ? Demande le colonel, non sans une pointe d'ironie dans le ton.
-Pour être tout à fait franc, nous partons en guerre contre les cons. Une fois l'incident Thessalien clos, je compte bien faire le ménage dans l'aristocratie et me débarrasser de ce qu'elle compte de flagornerie et d'incompétence, répond le roi avec aigreur.
-Et que comptez vous faire en ce qui concerne la Thessalie ? Demande une fois encore le militaire, laissant entendre dans les nuances de sa question qu'il désirait savoir ce que son maître entendait par « compétence ».
-Tout d'abord s'assurer que Cassandra de Thessalie a l'étoffe d'une duchesse, ensuite, quoi qu'il arrive, donner son indépendance à la Thessalie en lui rendant les terres données aux marquis. Ceci fait, je reconnaîtrai personnellement Casandra comme duchesse de Thessalie, si ça s'avère nécessaire je lui colle une éminence grise pour s'assurer de la stabilité du régime. Ce faisant, je m'assurerai de conserver de bonnes relations commerciale, et je m'assurerai de faire mener une investigation quant à ce que les Lakédémiens viennent faire dans le secteur, tout en empêchant ces derniers de pénétrer sur le territoire. Et c'est d'ailleurs là que les choses vont s'avérer être compliquées, puisque cela implique que la duchesse passe l'éponge sur un siècle et demi d'incarcération à domicile, ce pourquoi il va me falloir de solides argument quant à pourquoi les Lakédémiens ne doivent pas pénétrer sur leur sol. Cependant, une fois déclarée l'indépendance de la Thessalie, je suppose qu'étant donné qu'ils ne s'attendaient pas à ça, ils vont essayer de passer en force tout de même. L'avantage c'est que ce coup-ci ils n'auront pas le prétexte de la guerre de libération, donc c'est de mon plein droit que je prêterai assistance à la Thessalie. Nous aurons par conséquent ce qui nous manquait au début de l'incident : l'avantage du terrain et le soutien local, conclue Vitruve, plutôt satisfait de l'idée générale.
-Mais dans le processus, nous perdons des terres, objecte le colonel, plus pour mettre à l'épreuve les motivations de Vitruve que par désaccord sur le fond.
-À l'évidence, garder sous ma coupe des gens qui visiblement sont prêts à risquer leur vie pour me donner du fil à retordre est de toute façon une mauvaise idée. Autant accéder à leur demande et s'en faire des alliés. Cela nous fera de toute façon gagner du temps, de l'argent et épargnera des vies humaines, dit le monarque, alors que le couturier poursuit sa laborieuse tâche de mesure.
-Tout ceci est fort beau sur le papier, mais les marquis vont d'ores et déjà essayer de mater l'insurrection, et il sera difficile de vous faire retrouver les bonnes grâces du peuple de Thessalie une fois que nos armées tenteront de rétablir l'ordre, objecte le militaire.
-Ce pour quoi il faut hâter ma montée sur le trône, quitte à écorner le protocole. J'aurais de loin préféré prendre mon temps, or pour l'instant la régence est assurée par ma mère, et c'est à mon sens un soucis de premier ordre, puisque son fils préféré a toujours été Phenrod, ce qui conduit inévitablement qu'elle cédera à injonction. Hélas mon jeune frère n'est pas tout à fait le prototype du philanthrope, et il y a fort à parier qu'il essayera d'organiser une purge pour le seul plaisir d'y assister, dit Vitruve en fronçant les sourcils, alors que le costumier lui prend le tour de col.
-J'ignore si cela sera suffisant, confirme le colonel, avant d'ajouter : au final, il revient aux marquis d'assurer l'ordre sur leurs terres, donc à moins que les Lakédémiens attaquent tout de go, le massacre aura lieu.
-Pour ce faire, je vais avoir besoin de vous, euh... Commença Vitruve avant de demander au militaire : comment vous appelez vous déjà ?
-Colonel Marc Vespine, répond l'intéressé sans sourcilier.
-Fort bien, à un détail près : vous ne serez bientôt plus colonel dit en souriant Vitruve.
-Dois-je m'attendre à une promotion ? Répond le militaire, impassible.
-Absolument, dit de mauvaise grâce le monarque, trouvant qu'il était beaucoup plus drôle de jouer à ce jeu là avec Ishtar, avant de rajouter : une fois arrivé à Pergam, je récupérerai le sceau royal et vous confierai une lettre à l'attention des marquis de Lamie et de Kalcide. Elle sera antidatée du jour du sacre et vous fera maître de leurs forces armées. Il vous faudra donc traverser le pays vers les terres de Thessalie, et quelque part l'homme en moi aimerait s'en excuser auprès de vous, mais vous comprendrez que ma condition me commande de n'en avoir rien à cirer.
-Tout ce que votre majesté commande, répond le colonel, sans plus d'émotion.
-Je ne vous l'envoie pas dire. Cela va demander pas mal d'organisation au sémaphore pour que vous puissiez cavaler sur cette distance, mais je pense que nous devrions nous en sortir, épilogue Vitruve, concluant : votre mission sera d'emmener ces troupes à la rencontre de celles de Lakédémonie. Il s'agit juste d'occuper le terrain, pendant que je fais fonctionner la machine diplomatique.
-Fort bien. Puis-je vous poser une question, cependant, monseigneur ? Se hasarde le militaire.
-Je vous en prie, l'invite Vitruve.
-Qu'est ce qui vous fait penser que vous pouvez me faire confiance ? Lui demande son subordonné.

Vitruve rit à cette question, surprenant le couturier qui se heurte la tête sur le plafond du carrosse.

-Jusq'ici rien du tout, colonel. Ou pas grand chose. Vous ne m'êtes pas désagréable, et c'est déjà fort bien. Mais le fait est là : travaillez de votre mieux et votre situation en tant que haut gradé est assurée jusqu'à la fin de vos jours. Déconnez, et je vous souhaite au mieux la retraite, mais vu ce qui risque de nous tomber sur la gueule, je ne vous le conseille pas trop. Trahissez moi... Et je vous souhaite bon courage avec le guignol qui prendra ma place.


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   Réponse au Sujet 'La berceuse d'acier' a été posté le : 24/11/09 00:00
Ah ah ah !! Un roi qui veut faire prolétaire, c'est superbe ça. :)
Bon, je crois que je vais faire comme d'autre, aimer et attendre la suite. :7


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   Réponse au Sujet 'La berceuse d'acier' a été posté le : 24/11/09 00:46
[la berceuse d'acier vous est présentée par Seventh Sanctum, Wikipedia et TVTropes]

Une odeur âcre plane sur les collines arides et desséchées. Les trois cavaliers, atteignant la cime d'un des monticules, contemplent l'activité lente et méthodique située en contrebas, dans ce qui avait dû être jadis, quelques siècles auparavant, une large carrière de pierre. Un chantier d'une toute autre nature y prenait place. Des charrettes recouvertes de toile grise sont arrêtées, ça et là, en périphérie de l'édifice, rangées autours de grand fours rudimentaires, faits de chaux et de brique. Le chargement des véhicules sont des cadavres, à différents états d'avancement que des ouvriers, le visage couvert d'un linge, traînent aux fours, après les avoir décapités. Au centre un temple gris s'élève, assemblage incongru de piliers et d'escaliers, de statues plus ou moins naïves, de murs couverts de crânes. Le ballet lent des travailleurs au teint pâle, dans un silence troublant, ajoute au total surréalisme de la scène.

-Ai-je mentionné que nous n'étions pas sur la bonne route ? S'enquiert le sergent, passablement inquiet.
-Nous sommes là où je désire aller, répond Ishtar, insensible à la détresse du sergent.
-Où sommes nous enfin ? Répond le militaire, incertain quant à ce qu'il voulait réellement connaître la réponse ou non.
-Nous sommes au Nécrotope du Ponant, répond la sorcière. Ces hommes que vous voyez sont des moines nécrophores, ils façonnent un temple avec les os des morts, en mêlant leurs cendres au mortier avec lequel ils fabriquent leurs pierres.
-J'ai déjà aperçu un de leurs cortèges... Ils traversent les villages et emportent les corps contre une obole, commente l'autre soldat, tentant de ne pas succomber à la terreur en se raccrochant à des pensées rationnelles.
-Mais ça n'a aucun sens, balbutie le sergent, l'air hagard, perdu.
-C'est moins cher qu'une stèle au cimetière, les plus généreux donateurs peuvent avoir une stèle commémorative au milieu de ce foutoir, et ça donne à tous l'illusion que si leur dépouille n'est pas rendue à la terre, une part d'eux même ne mourra jamais, résume Ishtar, peu désireuse de devoir poursuivre l'exposé. Nous sommes à la frontière entre Métagène, Paphligone et Curénaïque, et par conséquent en terre neutre. Les moines nécrophores peuvent aller et venir à leur guise en vertu des accords internationaux sur les pèlerinages. Ergo, c'est l'endroit parfait pour qui veut se faire discret. Un endroit pour la repentance.

Alors que les chevaux traversent avec quelques réticences le cercle de fourneaux, un moine maigrelet en bure grise les arrête :

-Nul être arborant les couleurs de quelque nation ne peut pénétrer ici, dit il d'une voix posée et lente, quoique sifflante et râpeuse.

Un instant passa alors qu'Ishtar plante son regard dans celui du moine déclame :

-Si vous ne m'ouvrez votre porte et me laissez entrer
Je la briserai les portes et arracherai le loquet
J'enfoncerai la porte, arracherai les montants
Je laisserai libre les morts qui mangeront les vivants

Le moine considère la réponse quelques instants et se dirige vers le bâtiment.

-C'était un mot de passe ? Dis moi que c'est un mot de passe susurre le sergent à son subordonné.
-Si ce n'était pas un mot de passe, je vous jure que je vais pleurer. Lui répond le soldat.

Ishtar descend de cheval et s'avance vers le bâtiment :

-Attendez moi ici.

Les deux militaires se regardèrent un instant, incrédules, et incapables de se déplacer de toute façon.

Le moine frappe à une porte de bois barrée de fer et un bruit de loquet qu'on tire retentit. Ishtar pénètre dans l'obscurité et s'enfonce pas à pas dans les longs corridors de pierre aux parois couvertes de symboles funèbres et de crânes humains de toutes sortes. L'air est rempli d'une odeur fétide d'humidité et de poussière Arrivée au seuil d'une salle étroite et haute dans laquelle tombe un maigre rai de lumière, la sorcière entend une voix de femme, douce et chantante, au ton comme celui de quelqu'un racontant la chute d'une très bonne histoire :

-Ce n'est pas un endroit pour les mortels !
-Il va donc falloir que tu m'expliques pourquoi tu es venue t'enterrer dans ce trou, ironise Ishtar.

Sur le seuil de la salle, elle attend, et un voile émerge d'un trou dans le sol, couvrant une femme de haute taille s'extrayant avec lenteur de la cavité à l'aide d'une simple échelle. La femme écarte d'une main le tissus qui la recouvre, révélant une fine et élégante stature drapée dans une étoffe terne et rêche, nouée haut autour de ses reins. Ses cheveux roux et bouclés sont noués sous le voile. Son œil droit est recouvert de bandes de tissus sur lesquelles d'obscures inscriptions ont été peintes à l'encre noire. Sur sa joue droite sa peau a comme des taches plus sombres, plus épaisses, comme des cicatrices de brûlure. Elle porte des tatouages bleus contorsionnés sur les parties visibles de son anatomie, à savoir son bras gauche et une partie de son visage. Elle semble avoir perdu une bonne partie de son bras droit, ne conservant qu'un moignon rattaché à son épaule. Elle conserve la moitié de ce qui a autrefois été une poitrine généreuse. De son œil unique à l'iris gris miroitant d'irréels reflets nacrés, elle semble contempler plus que la simple apparence des choses.

-Bonjour, Ishtar. Comme toujours, les étoiles ont raison. Toujours, toujours, insiste la femme, radieuse.
-Je n'en doute pas, Ereshkigal, acquiesce la sorcière.
-Tu devrais les écouter plus souvent, Ishtar, Ishtar, belle Ishtar, poursuit la femme en penchant un peu la tête sur le côté, avec une forme de sérénité dans le regard.

Ishtar s'approche de la femme et lui prend doucement la main.

-J'ai besoin de vous, lui dit elle doucement.
-Comme il a besoin de vous comme nous avons besoin de lui, répond son interlocutrice.
-M'aiderez vous ?
-Il nous faudra une fort bonne raison pour cela, répond derrière elle une voix plus masculine, pleine d'aigreur.

Clopinant hors du corridor d'entrée, un homme entre dans la salle, un peu voûté. Assez grand et sec, vêtu d'une toge grise, pommettes marquées et joues passablement creusées. Dans ses orbites enfoncées luisent deux yeux aigue-marine. Les plis de son front forment une barrière horizontale. Son nez est busqué, épais. Ses lèvres minces son pincées. Ses cheveux noir huileux sont maintenus en arrière par un chiffon noué à l'arrière de sa tête.

-Nous ne quitterons pas ce Nécrotope, Ishtar, affirme l'homme.
-Vraiment ? Demande Ishtar, d'humeur rhétorique, et se retournant vers l'homme, poursuit : je sais que tu apprécie la tranquillité de cet endroit, Nergal, mais il s'est produit quelque chose.
-Quoi que cela puisse être, je ne suis pas intéressé, et il est hors de question que tu partes avec Ereshkigal, insiste l'homme, visiblement agacé.
-Nergal, je pense avoir rencontré le « vrai roi », assène la sorcière.

Une lueur fugitive brille dans le regard de l'homme, qui se renfrogne aussitôt.

-J'en doute, maugrée t-il.
-Il correspond à ce qu'en dit la litanie d'outre-temps, objecte Ishtar.
-Le vrai roi, le vrai roi, noble parmi les noble, le fou et le sage, le lion, le chameau et l'enfant, force vive, désire ardent, déclame la femme, dans un état de ravissement absolu.
-Ce ne sont pas des poèmes qui vont changer ce monde, grogne l'homme, laissant sentir qu'il n'avait plus tout à fait le contrôle de la situation.
-Le litanies sont à la base de nos pouvoirs, Nergal, gronde Ishtar.
-Et elles ne nous ont pas menées bien loin. J'ai été idiot de chercher ce savoir. J'ai été fou de braver le lois du réel. Tout ce que je désire aujourd'hui, c'est un peu de paix, conclut son interlocuteur.
-Et craindre toute ta vie qu'un traqueur carmin vienne te débusquer au fond de ce trou ? Demande Ishtar, avant d'ajouter, plus sournoisement : la trêve des nécrophores ne les concerne en rien.
-Peut être, mais ça a bien fonctionné jusqu'ici, dit l'homme, fort las. Écoute Ishtar, je paye le prix de mes erreurs. Je ne veux plus rien avoir à faire avec les choses au delà du voile, les créatures d'outre-temps, cela n'a plus d'importance. Le pouvoir que nous donne ce savoir nous coûte bien trop cher pour ce qu'il nous offre.
-Si tu m'aides, je m'assurerai que toi et Ereshkigal puissiez vivre en sécurité, au grand air. Tout ce que je te demande, c'est de lutter une dernière fois, implore Ishtar, avant de promettre : et vous pourrez vivre en paix, à l'air libre et au soleil.


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   Réponse au Sujet 'La berceuse d'acier' a été posté le : 25/11/09 23:23
[hop]

-Nous sommes arrivés à Halicarnasse, monseigneur, signale le colonel à Vitruve, qui décroche de la rédaction de son discours d'investiture en s'étirant.
-Et bien si vous voulez mon avis, ce n'est pas dommage, lui rétorque Vitruve.
-Nous allons prendre le train à partir de là, poursuit le militaire.
-Voilà qui me plaît, confirme le monarque.

Il descend lestement du carrosse et fait quelques pas, sous le regard attentif de sa garde rapprochée. Le soleil est couché, l'horizon rougeoie encore un peu, les becs de gaz de la ville prennent le relai de la lumière du crépuscule.

Halicarnasse est à peine plus grande que Silegam, que Vitruve et sa garde ont quitté deux jours plus tôt. Le fait d'être une ville portuaire, en plus d'être sur une ligne ferroviaire la rend bien plus fréquentée. À la lueur des éclairages publiques on distingue les grues de docks et des chantiers navals .

Autour du centre-ville, tout de roche jadis blanche, s'est bâtie une ville industrielle de briques aux dômes d'acier et aux hautes cheminées.

La gare étend à travers la cité un réseau tentaculaire de voies ferrées, entre le garage où sommeillent les lourds serpents d'acier, le port où une antenne de la gare intercepte les marchandise à leur débarquement, les usines de la ville qui les utilisent, et les autres villes de la ligne, au loin. Le bâtiment principal est construit à partir de solides bâtiments de briques dans lesquels s'enchâssent de lourdes structures de fonte et de verre. Une foule compacte est massée devant la gare. Elle s'écarte prestement à la vue des dragons, laissant passer le roi et sa garde rapprochée.

-Nous avons un train prêt à partir, monseigneur, lui annonce le colonel en montrant la voie où stationne un train et sa locomotive. La plupart des wagons sont de simple voitures de troisième classe, aux durs bancs de bois. La voiture du milieu, en revanche est un wagon dont le métal des parois est laqué de peinture pourpre et frappé des armes de la maison de Kersiphron. Là où les wagons standards n'ont pas même de vitre à ses ouvertures, la voiture royale a des rideaux à ses fenêtres. À l'intérieur on devine une chambre et un bureau.

-Préparez vous à embarquer, signale le colonel Vespine à ses hommes.
-Attendez une seconde, l'arrête Vitruve.

Le monarque se dirige vers un contrôleur et lui demande :

-Qu'attendent ces gens dehors ?
-Et bien, ils attendent un train. Enfin, je veux dire, ils attendaient. Là il réclament un train, puisque celui qu'ils devaient emprunter a une avarie et ne peut pas partir avant demain, répond l'employé.
-Ho, j'ai de la chance moi, répond joyeusement Vitruve.

Il se dirige vers le colonel, d'un pas alerte :
-Les soldats de viennent pas avec nous, lui dit il avec un sourire narquois.
-Je vous demande pardon, monseigneur ? Lui répond le militaire, un peu déstabilisé.

Vitruve agrippe les échelons qui mènent sur le toit d'un des wagons et les escalade. Arrivé en haut, il hèle les militaires :
-Soldats, en ligne le long du quai, au trot !
-Monseigneur, puis-je savoir ce que vous faites ? Demande Vespine, un rien paniqué.
-Vous verrez bien, lui dit Vitruve, avant de siffler dans ses doigts, et de crier à la foule : olà le peuple, si vous vouliez bien venir par ici, j'ai une bonne nouvelle pour vous tous.

Alors que les voyageurs se rapprochent, il poursuit :
-Qui parmi vous va à Pergam ?

Les voyageurs se regardent un temps et commencent à lever la main, les uns après les autres.

-Très bien, continue le roi, je vais me présenter : Je suis Vitruve Kersiphron de Métagène, et dans une semaine, je serai votre souverain. Là je vais embarquer à bord de ce train que vous voyez là, et les wagons auraient dû échoir aux soldats qui m'ont escorté jusqu'ici. Comme je doute profondément qu'un détachement armé vienne nous attaquer dans le secteur, je vais conserver le minimum de garde personnelle, et vous permettre de monter à bord de ce train. Vous vous ferez rembourser vos billets par la compagnie ferroviaire, c'est moi qui rince.

La foule reste silencieuse, plutôt incrédule. C'est alors que le colonel fait un pas en avant, faisant claquer ses talons sur le plancher du quai, criant à plein poumons :

-Pour notre nouveau roi, hip hip !

Et la foule reprend en cœur, à moitié convaincue, à moitié terrifiée :

-Hourra !

Le colonel Vespine considère Vitruve, encore perché sur le toit du wagon, visiblement très fier de son coup. Ce n'est pas forcément une mauvaise idée, pondère t-il... Lâcher une petite centaine de citoyens dans Pergam après leur avoir offert un voyage gratuit pouvait être un bon plan de communication.

-Bon, bah reste à espérer qu'aucun d'entre eux n'essayera de m'éliminer durant le voyage, ironise Vitruve en redescendant.
-J'irai jusqu'à dire que si quelqu'un de mal intentionné dans la foule avait eu une arme, vous étiez fait, répond le colonel, d'un ton égal.
-Je touche du bois, lui rétorque le monarque en flattant le flan d'un wagon de troisième classe, avant de poursuivre : sur ces entrefaites, je vais aller me coucher, j'ai encore ce foutu discours à rédiger.

Il s'arrête après trois pas, contemplant le tailleur, complètement déboussolé, ne sachant trop où se mettre. Vitruve réfléchit une seconde avant de s'adresser au colonel :

-Au passage, prenez moi ce type sous le bras et allez me dévaliser un magasin de tissus. Les tons sont noir et pourpre.

Le colonel désigne alors deux soldats qui prennent chacun le couturier sous un bras et partirent dans la nuit.

-Je n'aimerai pas être le drapier qu'ils vont réveiller, sourit Vitruve, avant de monter à bord.

[à suivre]


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   Réponse au Sujet 'La berceuse d'acier' a été posté le : 06/12/09 13:33
[encore une bonne chose de faite.]

-Cinq jour ? Glapit le chambellan, dont l'ébahissement était à la hauteur de celui du patient à qui l'on apprend que la petite toux persistante des deux derniers mois étaient en réalité le signe d'une tuberculose en phase terminale. Il parvient cependant à retrouver son souffle et tente de passer du déni à la négociation, la colère n'étant pas de mise : mais , enfin, majesté, c'est trop court, c'est impossible, inconcevable, en un mot impossible !

La reine reste imperturbable. Elle fixe le chambellan avec intensité, de ses yeux fins et clairs. Son regard est dur, mais sans haine. Elle se tient droite sur le haut fauteuil dont le bureau de son défunt mari est pourvu, sans toutefois en toucher le dossier, ses mains croisées sur ses genoux. Sa robe est, comme il se doit, d'un luxe excessif, mais point nécessairement tapageur, tout d'un tissus soyeux bleu lavande, avec ruban, dentelles et différents motifs aquatiques, mais ni perle ni joyau n'y sont cousus : un habit de travail, donc. Ses cheveux toujours d'un joli brun sont noués en un chignon retenu par une broche de nacre, et les lobes de ses oreilles s'ornent simplement de perles taillées en forme de gouttes. Un léger fard couvre les quelques rides, inhabituellement fines et rares pour quelqu'un approchant de la soixantaine. Son visage reste d'un ovale parfait.

Le chambellan déglutit dans le pesant silence, chaque seconde prélevant son écot son espérance de vie. Il eut sans doute laisser perler une goutte de sueur sur son front si cela n'avait pas été contraire à l'étiquette.

-Je ne fais que relayer les instructions du prince Vitruve, affirme la reine, d'un ton sans réplique. On ne discute pas la volonté d'un roi, poursuit-elle, et si le premier commandement de mon fils doit être de hâter son couronnement, je ne peux que l'approuver.
-J'entends bien ma reine, cependant il faut bien que nous préparions la chapelle Eutropia, il nous faut prévenir l'archevêque de Pergam, organiser la cérémonie, le banquet, invitions des princes étrangers, qui soit dit en passant ne se déplaceront pas sur si court délai.
-Peu importe, si telle est sa décision, il en sera ainsi et point autrement, rétorque la reine.

Le chambellan retient un soupir. Il a clairement la sensation qu'il est sur le point de passer la pire semaine de sa vie et qu'une fois le pas de porte du bureau royal, il lui faudra courir. Vite. À n'en point douter, traumatiser les loufiats est sur le point de devenir sport national en Métagène.

Conscient que son poste est en jeu, il s'incline avec respect vers la régente, et prend congé, avant de partir tel l'éclair vers un horizon incertain.

Les rideaux à moitié tiré maintiennent la pièce dans une obscurité partielle. Certes, le poste est vacant, le peuple est en deuil, ou tout du moins l'affirme t-il, on ne sait jamais, mais les rennes du pouvoir ne doivent pas être laissés à pendre dans le vide, sait on quel énergumène les saisirait au vol ?

Les murs de la pièce sont ta*******és de livre rares et luxueux, accumulés par les monarques de Métagène pendant des générations, tant pour faire étalage de sagesse, de richesse et de pouvoir. Rarement ouverts, rarement consultés, et pourtant hypothétiquement indispensables à l'homme de science, de lettres et, dans l'ensemble, d'état. Une petite échelle richement sculptée s'appuie paresseusement contre les rayonnages. Outre le nettoyage régulier de la pièce, elle n'a pas dû être utilisée de puis dix ans.

Un globe trône, massif, dans un coin de la pièce. Encore une fois, pur objet de vanité géopolitique. La sphère taillée dans un bois exotique, peint avec des encres rares et laquée avec un soin infini a tout du courtisan modèle : savant, poli, précieux, obèse et parfaitement inutile.

Le meuble bureau en lui même est assez vaste pour qu'un couple puisse s'y ébattre, et il n'est pas impossible que cela fut le cas à un moment ou à un autre de la grande ou de la petite Histoire. En plus des vastes tiroirs et des plumiers extensifs, l'auguste et séculaire mobilier est non seulement pourvu d'un dispositif d'éclairage au pétrole dont le combustible est pompé des cuves situées dans les sous-sols du palais, mais également d'un système de chauffage à la vapeur, en tant que tout monarque qui se respecte, n'eut il jamais froid aux yeux n'en a pour autant pas moins froid aux fesses durant les longs mois d'hiver. Pas qu'aux fesses d'ailleurs.

Une porte sur le côté de la pièce s'entrouvre. Un jeune homme s'y avance d'un pas lent mais assuré. Il est plutôt grand, et revêt un redingote gris sombre, un pantalon noir. Le haut col de sa chemise est noué d'un foulard pourpre. Sa chevelure est plaquée en arrière. Son visage est assez long. Ses sourcil assez épais forment un pli soucieux. Il porte favori et bouc.

-Vous allez donc lui passer ce ridicule caprice, mère ? Demande l'homme.
-Ni moi ni vous ni personne n'a à discuter les ordres de votre frère, Phenrod, réplique la reine, comme si il s'agissait d'une vérité première.
-Il n'est pas roi, répond-il, agacé.
-À vrai dire j'ai craint qu'il dédaigne ses responsabilités, commente simplement la reine, dans une tentative de détourner la conversation.
-Il n'aurait jamais dû l'être, poursuit le jeune homme, amer, et insensible à la volonté de sa mère.
-Phenrod, quand bien même je vous ai chéri du jour où vous êtes né et que j'apprécie votre aide durant ma régence, il me paraît tout à fait déplacé que vous évoquiez votre frère Vitruve en ces termes, affirme la reine sans beaucoup d'état d'âme.
-Peu m'importe. Vitruve est un ingrat qui ne mérite pas sa chance. Allons nous laisser le pays entre les mains d'un homme qui a ignoré sa patrie, sa famille et son devoir pendant maintenant plus de quinze ans ? S'indigne Phenrod, dévoré par la jalousie.
-Il ne vous appartient pas d'en juger, mon fils, assène seulement la reine, avec la sérénité la plus totale.

Phenrod s'approche et pose doucement sa main sur l'épaule de sa mère en lui murmurant à l'oreille :
-Ne pourriez vous donc pas être de mon côté, mère ? Susurre t-il. Pourquoi donner raison à un fils qui vous méprise quand vous pourriez soutenir un fils qui vous aime ?
-Vous savez fort bien que la question ne se pose pas en ces termes. Il est du devoir de chacun d'obéir aux règles qui régissent ces terres, lui répond-elle, doucement.

Phenrod se redresse vivement, piqué au vif :

-Nous sommes ceux qui font les lois, nous avons le pouvoir de décider, et je ne vais pas laisser ce traître monter sur le trône sans rien dire, menace t-il, courroucé.
-Si votre désir est d'un jour accéder au trône, mon fils, je vous conseille de n'en rien faire, répond la reine.

Phenrod la contemple, un peu désarçonné.

-Pour être claire, mon fils, faites preuve d'humilité, et acceptez votre frère pour nouveau roi, et ainsi prouvez que vous vous pliez aux règles du royaume. En revanche, si effectivement Vitruve venait à démontrer qu'il met le pays en danger, soyez sûr que je trouverai le soutien nécessaire à ce que vous preniez sa place, conclue la régente.

Phenrod reste coi quelques instants, puis après une révérence, s'éclipse.

[à suivre]


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   Réponse au Sujet 'La berceuse d'acier' a été posté le : 15/12/09 23:12
Elle a un joli visage, fin, des yeux noirs remplis tout à la fois d'un feu ardent et d'une sourde mélancolie. Elle est prête à gagner un combat qui n'est pas le sien. L'air froid des plateaux de Thessalie l'embrasse de sa glaciale étreinte, mais l'effort laisse tout de même perler la sueur sur sa peau hâlée. Sa tenue légère de mince tissus noir la protège à peine du frimas de sorte que ses lèvres sombres, tordues d'une moue concentrée, quoi que définitivement attirantes, bleuissent un peu. Mais si étonnant que cela paraisse, elle ne tremble pas.

Un simple glaive à la main, basse sur ses appuis, elle contemple l'animal, comme elle noir de pied en cape, comme elle le feu dans ses grand yeux noirs, comme elle suant dans le frimas, comme elle soufflant de fine volutes de vapeur condensée bien vite dispersées dans l'air vibrant du tumulte de l'arène.

C'est à peine si elle entend son nom clamé par la foule, les encouragements, les cris de liesse et d'espoir. Tout un peuple scande ses louanges. Mais elle est définitivement seule. Elle ne le désire guère, mais elle va devoir tuer. Ses pieds s'ancrent dans le sol sableux. La créature piaffe et racle de ses sabots la poudre ocre.

Les veines de l'animal battent sous sa peau épaisse. Il est crispé. Il n'a aucune idée de ce que l'on attend réellement de lui. Il a très peur. Le bruit résonne en lui comme un glas. Tout n'est plus que confusion. Et il n'a qu'elle à qui s'en prendre. C'est sans doute sa faute. Peu importe pourvu que cette douleur cesse. Une indicible rage tempête dans sa boîte crânienne. Il veut mettre un terme à tout cela.

Il s'élance, alors que la foule rugit. La frêle figure qui lui tient tête ne frémit pas. Ce n'est qu'une fraction de seconde avant l'impacte qu'elle s'effondre sur elle même, culbutant sur sa droite, avant de faire face à nouveau à la bête.

Leur respiration est haletante. Depuis combien de temps ce jeu imbécile dure t-il ? Trop longtemps à leur goût. L'air froid glace leurs dents, leurs mâchoires ne sont plus que deux brûlures gelées. Leurs poumons sont douloureux et peinent à s'ouvrir, chaque respiration devient une déchirure. Leurs muscles se raidissent, leurs articulations semblent s'embraser.

Ils se regardent encore. L'animal finit son demi tour. Il la contemple.

Et s'élance à nouveau, tête baissée. La jeune femme saute presque à sa rencontre, posant une main sur le front de l'animal prêt à encorner, et subtilise l'énergie impliquée dans la tentative pour se propulser dans les airs, retombant avec grâce et un salto supplémentaire pour faire bonne mesure.

La foule crie. La jeune femme ne l'entend même plus. La bête quant à elle est au bord de la démence la plus totale. L'eau ruisselle sur ses membres tremblant de froid et de rage. L'animal baisse lentement son museau pour un nouvel assaut. La fine figure qui lui fait face se tient droit, sa lame pointée en avant.

La bête s'arrache à nouveau à la pesanteur, courant à perdre haleine. Esquivant de peu la corne acérée, sa rivale s'accroche à sa puissante échine et d'un coup de talon ferré, lui brise le pied avant, alors que sa lame tranche à travers les chairs de son cou.

Le sang et la fureur quittent les chairs, lentement. Son regard s'éteint. Ses yeux semblent encore demander « pourquoi ? ». Les spectateurs acclament l'exploit alors que la combattante relâche son étreinte. Elle se détourne de la créature alors que l'on ouvre le panneau de bois permettant d'accéder à la tribune d'honneur.

Son nom résonne. Synonyme d'espoir. Synonyme de puissance. Synonyme de victoire.

Sur la tribune, un homme se lève, et fait signe à la foule de faire silence. Il est vêtu d'une chasuble et d'une mitre, et tient à la main sa crosse d'évêque. Des mains serviles posent avec déférence un lourd manteau de fourrure sur les épaules de la jeune femme.

Et le silence se fait. La voix de l'évêque emplit l'espace :

-Loué soit Dieu d'avoir donné à cette nation une héritière dotée d'une telle force ! Admirons tous sa grâce et son courage ! À notre tête, la Thessalie est sur le point de retrouver sa gloire, sa renommée et son indépendance. Gloire ! Gloire ! Gloire à Cassandra de Thessalie !

Alors que la foule hurle son inconditionnelle admiration, la duchesse fait demi tour et s'éclipse. La pierre de l'arène tremble et résonne des clameurs du public en liesse. Sous la pénombre des lourdes arcades, elle marche d'un pas sans hâte.

L'évêque la rejoint et pose une main sur son épaule :

-Je vous félicite duchesse. Je salue votre art consommé du spectacle. N'ayez crainte, je saurai mettre à profit vos talents pour offrir à cette contrée le lustre qu'elle mérite. Bientôt vous serez la plus vénérée des reines, à n'en pas douter.

Elle ne répond pas. Son regard est absent. Quelque chose au fond d'elle semble avoir péri. L'évêque la salue avec respect et s'en va, la laissant seule dans les ténèbres glacés.

Soudainement la transe quitte le corps de la jeune femme. Le vernis de dignité et de noblesse s'effrite enfin. Elle tombe à genoux. Elle frissonne. Son corps fin tremble de froid et de peur. La terreur envahit son regard. Une douleur indescriptible la consume.

Elle voit défiler devant ses yeux les mille instants de mort imminente auxquels elle a fait face dans ces jeux sanglants. Elle sent en elle les milliers d'âmes qui appellent son nom. Telles des mains surgissant de l'obscurité, les voix de la foule semblent l'encercler, l'étouffer. Ces gens veulent toucher du doigt la divinité qu'ils croient être sienne.

Elle tente de respirer. Sa poitrine se soulève, tentant vainement d'étouffer ce feu noir qui brûle en elle, cet abîme de noirceur vers lequel elle se sent tomber, impuissante. Elle serre contre elle la dense fourrure alors que des serviteurs s'élancent vers elle pour la relever.

Ses yeux s'écarquillent, sa bouche s'ouvre en grand, laissant s'échapper un mince filet de salive. Elle essaye de crier, mais ne parvient qu'à émettre un râle sifflant.

Les gens autour d'elle s'affairent. On la frotte, on la soulève, on la porte. On annonce qu'un bain est prêt et on s'efforce d'y amener la duchesse.

Elle pleure presque. Tout du moins elle aimerait y parvenir. Ses grands yeux noirs scrutent le monde autour d'elle, et semblent demander « pourquoi ? »

[à suivre]


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Labombancetourix

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Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'La berceuse d'acier' a été posté le : 22/12/09 02:34
-Connaissez vous bien la Thessalie, Monseigneur ?
-Pas trop mal, sur le papier.

Désormais le tailleur a définitivement renoncé à se coiffer. Ses cheveux laissent désormais apparaître sa calvitie naissante. Il n'a pas changé de vêtements depuis plusieurs jours, devenus irrémédiablement froissés. Le regard ailleurs il poursuit sa tâche, ajustant le costume à même son porteur. Il ne sait trop si ce qui le perturbe le plus est l'extrême urgence de son travail, ou le total désintérêt de son client pour celui ci. Les conversations entre Vitruve et Vespine lui sont de plus en plus étrangères, lointaines. Il ne travail même plus pour l'incertaine reconnaissance du monarque, ni pour ses bonnes grâces. Il veut en finir.

-En toute franchise, Monseigneur, je doute que la seule connaissance théorique de ce peuple peut vous amener à concrétiser une alliance avec leurs dirigeants, dit le militaire, sur le ton de l'information.
-C'est aussi ce qui m'effraye. Mais d'un côté je suis réticent à l'idée d'envoyer un diplomate. C'est la famille de Kersiphron qui a commis un impair à leur égard, c'est donc à la famille de Kersiphron de réparer sa faute, conclue le roie en fronçant les sourcils alors que le tailleur ajuste ses épaules : les Thessaliens sont connus pour leur vision un peu obtuse de l'honneur, j'espère qu'ils seront sensibles à mon déplacement.
-Vous comptez sincèrement vous rendre en personne jusque là ? Les dangers d'une telle entreprise restent nombreux, tant vis à vis de l'insurrection que d'une possible invasion Lakédémienne, résume Vespine, un rien préoccupé.
-Il est vrai, mais je dois aussi confesser que je brûle de rencontrer la duchesse Cassandra, ricane le monarque, visiblement très enthousiaste à cette idée.
-Pardonnez ma curiosité, Monseigneur mais... Pourquoi ? Lui demande le militaire.
-Oh, je veux bien pardonner tout ce que vous voudrez. Le fait est la tradition exige que les maîtres de la maison de Thessalie soient experts dans l'art de la tauromachie. Cette discipline, très prisée de ce peuple, si celui qui a les rênes du pouvoir la pratique, et même, la maîtrise, s'octroie le soutien inconditionnel de son peuple. Hors, si ce qui m'a été dit est exact, et que Cassandra est bien jugée légitime par les siens et est effectivement à la tête de l'insurrection, cela signifie qu'elle est elle même une combattante émérite, conclue Vitruve.
-Cela est fort bien, mais en quoi cela est il si « intéressant » ? Demande encore Vespine, visiblement décidé à aller au fond de la pensée de son maître.
-C'est assez personnel, en réalité, vous savez. Peu de temps avant que je ne quitte le palais, je ne devais pas avoir plus de dix neuf ans à l'époque, le duc de Thessalie a fait un bref passage à la cour de Métagène. Je ne suis pas certain de ce qu'il était alors venu y faire, mais c'est ce jour où j'ai rencontré celle qui devait devenir duchesse de Thessalie. À l'époque c'était un bout de fille d'à peine cinq ans. Mais même après ces années je me souviens du regard farouche de cette gamine. Elle portait sur tous ces yeux pleins d'une haine féroce, nous qui avions dépossédé sa famille de ses terres, nous qui les avions condamnés à une vie à demi luxueuse alors qu'ils faisaient partie des grands noms de ce monde. Tout du moins je pense que c'est ce que lui auront martelé ses proches, commente le roi, les yeux perdus dans le lointain, comme plongeant son regard dans celui, fantasmé, d'une petite fille.
-Ce que vous me dites ne fait que conforter dans mon inquiétude, Monseigneur, clame le militaire, dans une tentative de le ramener à la réalité, si elle vous haïssait naguère, qu'est ce qui vous permet de croire qu'elle vous pardonnera demain.
-Je ne suis pas certain qu'elle se souvienne de moi, et de toute façon j'ai cette chance d'être « nouveau » sur le problème, j'ai la légitimité pour payer les pots cassés, mais pas pour être sacrifié sur l'autel de la vengeance, tout du moins je l'espère. Si la chance y pourvoit, j'arriverai à obtenir un accord amiable avec la duchesse de Thessalie, soupire Vitruve, un brin moins optimiste.
-Puis-je attirer votre attention sur un détail que vous avez peut être omis, Monseigneur ? S'enquiert alors Vespine, avec une nuance de défi à l'intelligence du monarque.
-Bordel, ça commence. Allez-y, mettez moi le nez dans la ********, s'exclame Vitruve, goguenard, faisant lâcher une pleine poignée d'épingle au tailleur, totalement pris au dépourvu.
-Je ne suis pas tout à fait certain que même l'adhésion de la duchesse à vos intérêts soit à même de résoudre le problème. Mon opinion est que le clergé nous est plutôt hostile dans les contrées du sud, de part la proximité avec la Lakédémonie, qui est un état bien plus pieux que le nôtre, ce en quoi il est possible que le peuple continue à opposer une résistance si nous sommes considérés comme ennemis de Dieu.
-J'entends bien. Encore une fois je dois jouer avec un mouvement politique qui avait l'air intelligent à l'époque. Mais là, je n'y peux rien, Métagène est étiquetée « séditieuse » par l'Église depuis que la maison de Kersiphron a décidé de subvenir aux besoins de ses prêtres, ce qui n'est pas particulièrement idiot dans la mesure où cela a permis d'assoir le pouvoir royal. Et effectivement le clergé du sud est traditionnellement plus enclin à suivre la parole de l'Église plutôt que celle de l'État. Tout cela qui pis est, cela fait une raison supplémentaire pour la Lakédémonie de nous voler dans les plumes, si on rajoute comme chef d'accusation la corruption des messagers de Dieu, conclut le monarque avec un soupçon d'amertume, le front barré d'un plis soucieux.

Vitruve reste un moment, pensif.

-Vous avez sans doute raison, la vraie question reste « quelle peut être l'articulation entre le duché et le pouvoir des religieux en Thessalie ». Il peut être également intéressant de savoir si le clergé essaye ou non de déstabiliser Métagène, ce qui est un tout autre problème qu'il faudra adresser en son temps. Il me peine de mettre cela de côté, mais basiquement, notre état se réclame du droit divin, et en tant que tel défier le régime c'est défier Dieu, et en tant que tel je peux me réserver le droit de faire mettre aux arrêts ceux qui se le permettent, et le clergé n'a pas grand chose à redire, sauf si il devient évident que je suis un sale hérétique, ce qui signifie que ce n'est pas demain la veille que je vais pouvoir me permettre de faire mon apostasie, commente le roi, dérivant à nouveau sur le flot de ses pensées.

Il prend un moment de réflection.

-Dites, je réalise que depuis quelques jours tout ce que vous faites c'est m'écouter penser à haute voix, j'espère que cela ne vous ennuie pas, demande le monarque au militaire.
-Monseigneur, la plupart des conseils militaires auxquels j'ai assisté se conduisaient d'une façon similaire, à la différence que mon opinion sur les sujets abordés était ignorée de mes supérieurs, lui répond l'intéressé, avant de conclure : je considère nos échanges comme une amélioration.
-Je vois que la liberté de ton que je vous octroie semble vous plaire. N'en abusez pas trop, vous finiriez par vous en lasser, dit Vitruve en riant. Le fait est que je n'aurai pas trop de deux têtes si je veux conserver la mienne.

Le roi fait quelques mouvements d'assouplissement, ayant un peu de mal à garder la station debout, fait sauter trois coutures de son costume. Le costumier se décompose.

-C'est tout de même la troisième fois aujourd'hui, sieur Péréus, vous tenez vraiment à ce que je passe pour un bouffon devant la cour ? Demande Vitruve, d'un ton badin, avant de se retourner vers le militaire : du coup, où en étions nous ?
-À la question idéologique du conflit Théssalien, résume l'interpelé d'un ton égal.
-Encore quelque chose dont j'aimerais me passer, rétorque Vitruve, cachant mal sa fatigue mentale sous un vernis de jovialité.


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