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Nihilya

Egérie Révolutionnaire



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Pourquoi vous regardez ca ?
   Mes choses... a été posté le : 13/02/05 22:13


Màj : Je reprends ce thread, comme ça, à chaque fois que je pond une iditotie, je la mets là. Ca évitera de pourrir le forum en éparpillant tout, tout le temps!
Bizous
Nihi







Salut à tous!

Alors, à la demande de Ash qui voulait relire ce texte, je le poste ici. Tant qu'à faire. Je l'ai fait pour le lycée. Le sujet :
"En adoptant un point de vue particulier, raconter la mort de Molière en vous appuyant sur vos connaissances sur le genre autobiographique."
Ce truc m'a valu un 18/20 et le commentaire de ma prof " Un vraiment beau travail d'écriture.".
Donc, une fois n'est pas coutume, je suis assez fière de moi! :)

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Je viens de finir de retracer ta vie. Tous les épisodes, les bons comme les mauvais, tout est consigné avec soin dans un grand livre relié de cuir pourpre. Ton nom y est inscrit en belles lettres noires. Il ne manque que l'épilogue. C'est pour cela que maintenant, je m'adresse à toi, en ce soir du 17 février 163. On m'a envoyée te chercher, on a vu ta faiblesse.
Tu ne sais plus trop où tu en es, n'est ce pas? Toutes ces silhouettes qui s'agitent autour de toi, tu les connais pourtant si bien.. Plisse un peu les yeux. Concentre-toi. Cherches donc un peu dans ta mémoire, non?
C'est étrange... Je ne pensais pas que tu resterais sur scène. J'admire ton courage, bien des hommes ne l'aurait pas eu. Cesse de t'agiter. Tu me rends la tâche difiicile. Ne bouge pas... S'il te plait, ne résiste pas. Jean-Baptiste, voilà des jours que je te fais signe de là haut, ne fais pas ces grands yeux étonnés.
Regarde toi! Fier comédien, assis sur ton siège au milieu de tes spectateurs et des acteurs... La pièce est bientôt finie, le rideau va tomber. Je ne suis là que pour t'aider à la descendre. Avoues donc que ce n'est pas un simple hasard que tu aies joué Argan. Que tu le veuille ou non, tu le sentais au fond du toi.
Tu tousses? Tu t'étouffes? Tu craches? Grands Dieux, calme toi! Ne sois pas si effrayé. Bien, c'est mieux... Prends conscience de ce qui se passe. N'écoute pas les cris. Baisse les yeux. Oui. C'est ton sang que tu as sur les mains. C'est le sang que tu viens de cracher. Non... Ne t'inquiètes pas. C'est toujours ainsi que cela se passe. Une quinte de toux, la panique, la peur. L'effroi pour toi, pour les autres, pour ceux qui t'aiment. Et puis, très vite, tout se calme. Je le sais. Je l'ai faut des centaines de milliers de fois avant aujourd'hui.
Tu ne dis plus rien? Allons, je viens de raconter l'entière histoire de ta vie, tu dois bien avoir quelque chose à ajouter, non?
Tiens, voilà Armande. Elle pleure. Elle a peur. elle t'aime... Je crois... Ne t'en fais pas, je suis certaine qu'elle ne t'oubliera pas... Comme ils ont l'ai effrayé tous ces gens... et toi? Toi, tu ne souffres déjà plys. Tout s'assombrit, la scène tourne, les visages sont flous. Ce gout métallique dans ta bouche ne te quite plus.
Ainsi tu admets? Voilà comment finit l'histoire? Je suis fière de toi, Jean-Baptiste, fière de toi... Te voilà prêt à rejoindre Polaris, mère des Etoiles. Te voilà entre la vie et la mort, le point commun entre le nouveau né et le mourant, le seul moment que l'on vit deux fois. Là où tout commence, là où tout prend fin...
Prends ma main, cher ami, je crois que nous en avons terminé avec le conte de ta vie. Laisse donc les gens pleurer sur toi, va-t-en. Aujourd'hui, pour la quatrième représentation du Malade Imaginaire, le coup de théâtre te revient. Ce soir, Jean-BAptiste Poquelin, Molière, le rideau se baisse et toi, tu me rend ton âme, sans tristesse, ni haine, sur les planches de bois de cette scène luxueuse. Voilà... C'est terminé. Tes yeux se ferment.

Rideau.
Noir Public.

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Voilà.
En espèrant que cela vous ai plu. :D

Bizous
Nihi


Dernière mise à jour par : Nihilya le 31/05/05 11:15

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Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'La Mort de Molière' a été posté le : 13/02/05 22:16
"merci de ta bienveillante coopération", c'est tout ce que je dirais^^

* AsH.fr content de l'avoir....


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Cavalier du bide : Mitrailleuse :)
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- Faire chier, Toujours! -

A ma Comtesse...


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Nihilya

Egérie Révolutionnaire



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Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Mes choses...' a été posté le : 31/05/05 11:21
Alors, un petit texte d'ado rebelle que j'ai écrit à l'arrache hier soir. Je l'aime bien pour ce qu'il dit de moi, et puis... ben vous comprendrez. Ca fait du bien. :)

Bizous
Nihi

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Le réveil sonne. Huit heures. Bon sang il fait froid en dehors de la couette. Je la remonte jusque sous mon nez. La fenêtre est ouverte, j’entends les arbres qui s’égouttent et j’imagine très bien le ciel grisâtre qui nous recouvre. Je frissonne et tend courageusement la main vers mon tee shirt gui gît près de mon lit. Je l’enfile en sortant un minimum de ma couette.
L’imbécile qui hurle à la radio commence sérieusement à me pomper l’air. Faut pas m’faire chier le matin. Allez, Charlotte, lèves toi. Ca y’est je suis sortie du lit, j’éteins ma radio en grognant quelque chose de pas très catholique pour une jeune fille.
Je descends à la cuisine et me plonge dans la contemplation fascinée de mon litre de café. Je ne mange pas. Pas faim de toutes façons. « Bonne journée papa. » La porte claque. Les clés dans le portail. Silence. La radio parle dans le vide. J’essaie de me rappeler l’orage d’hier soir, c’était vraiment magnifique. Je rêvasse, regarde l’heure… Et ********, j’suis à la bourre.
Je vais à la salle de bain, douche froide. Ca réveille. Même pas. Je me brosse les dents en me retenant du cracher sur mon reflet morne dans le miroir. Je m’habille au pif, pas question de faire des effets de mode pour aller au bahut le lundi matin. Putain, fais chier, aujourd’hui faut rendre les bouquins. Ca sent la fin de l’année, le bac aussi, accessoirement. Je trie pas. J’attrape tout ce qui ressemble à un livre de cours,je l’enfourne dans mon sac et je dévale les escaliers en manquant de me briser le cou au moins trois fois.
J’enfile mon blouson, enferme le chien dans la cuisine en lui jetant un regard assassin, lui au moins il restera au chaud aujourd’hui… J’enfile mes pompes, choppe mes clefs au vol et claque la porte. Temps d’arrêt. Et voilà, il flotte… Pas grand-chose, mais suffisamment pour accentuer ma mauvaise humeur. Je traverse le jardin, ferme le portail et… Demi tour. En râlant contre cette *********rie de lecteur CD qui tombe toujours en rade de pile au mauvais moment et même que ça me fait chier.
Je finis pas partir, envoie un texto : « Jseré à la bour.g zapé mes bouk1, prévi1 la prof.bizous. » Il est 9h16. Ca sonne dans 4 minutes au bahut. C’est pas jouable.

Une copine me rejoint en chemin. Badineries échangées. Elle aussi, elle a oublié ses bouquins. Faut dire qu’on nous a encore prévenus au dernier moment. Le sac avec les miens dedans commence à me cisailler les phalanges d’une manière assez désagréable. Une autre copine nous rejoint. Autres badinages.
On rentre dans le lycée. Putain c’est loin. Les mètres défilent toujours plus lentement quand il flotte. Il est la demie. La prof de théâtre va nous atomiser la gueule. On presse un peu le pas. Vas pas falloir qu’elle fasse chier. On rentre, le cours a pas encore commencé. J’me suis dépêchée pour rien.
Je dis poliment bonjour aux autres, mais au fond, j’en ai rien à foutre. Ce matin, ils peuvent bien tous crever la gueule ouverte, je m’arrêterai pas pour leur refermer. Sauf si ça fait du bruit.
La prof de théâtre et l’assistante s’installent avec leur amabilité habituelle. Le défilement des scènes commence. Les vannes fusent. Deux, trois fous rires. Vagues rayons de soleil, vite oubliés. Je veux me tirer de là.
10h20. Pause. Libération. Ephémère. « Ca va ? » Réponse évasive. Ils sont cinquante à me demander ça, j’vais pas tous les envoyer au Diable non plus…Quoique… Trop de monde ici. Bien trop. Sourire figé. Je fais bonne figure, j’ai pas envie de me fâcher ce matin. Je rigole aux vannes pourries, je suis sociable. Je fais ce qu’on attend de moi. Charlotte est une fille sympa.
On retourne en cours. Je monte sur le plateau. Je lui torche la scène en deux minutes. On me dit que c’est bien et je réprime un four rire nerveux. Elle peut bien me le dire, je m’en fous. Je me fous de tout et de toutes façons, elle n’en pense pas un mot.
Le cours continue et se termine.
Je vais manger chez une amie. Petit moment de détente Je peux être moi-même. C’est sympa, on rigole bien. Et puis faut repartir. Retrouver tous ces visages, ces faux sourires, les compliments hypocrites. Je m’en fous. Je les méprise. Je flotte au dessus d’eux. Ils sont la routine, la fange, des éléments de passage, ils ne méritent même pas mon intérêt.
On passe les grilles. Sourire figé. Charlotte est une fille sympa.

13h30. Maths. Chiant. Rien noté. Rien à signaler.

14h30. Français. Habituel. Je m’applique. Prends consciencieusement mon cours, balances deux ou trois répliques acerbes aux pouffiasses derrière moi, aidée par une amie.

15h30. Pause. Rien. Charlotte est une fille sympa. Je les em********.

15h45. Français. 10.25/20. C’est bien mieux que ce à quoi je m’attendais. Présentation des travaux sur la poésie. C’est sympa. Une petite chanson. J’aime bien. Milieu d’heure, on va rendre les bouquins. Ca hurle dans les couloirs, j’ai envie de leur écraser la mâchoire contre le mur. Ils font trop de bruit. Ils me font chier. J’oublie. Musique dans les oreilles. Je suis sur répondeur. Le regard vide, la tête ailleurs, dans un monde où ils ne sont pas là.

16h40. Espagnol. 12.5/20. Ca aurait pu être bien pire. Ca joue à faire sonner les portables. C’est puéril. Je les vomis. Charlotte est une fille sympa. Je fais pareil. Faux sourire. Faux fou rire.

17h40. Libération. Je rentre chez moi, accompagnée par cette amie avec qui je suis bien. Badineries échangées. On s’arrête à la boulangerie pour acheter un goûter. Je flotte toujours. Le ciel s’éclaircit. J’ai de la crème plein les doigts, ça la fait rire.
Je rentre chez moi. Le ciel se couvre à nouveau. Maman. Badineries échangées. Pas envie de parler.

18h30. Je me fous sur le PC. Petit rayon de soleil, je discute avec un ami. Je prends un coup de pied au cul. Jeune conne. Je me braque. Il a rien à me dire. Te laisses pas aller. Je m’en fous. T’as pas le droit. Je les méprise. Lèves toi. Non. Bats-toi. Va crever. Je veux plus me voir. Je suis conne. Je peux pas me piffrer en peinture. C’est pas vrai. Si. Non. Tu le sais mieux que moi ? Peut-être. Personne ne me connaît. On me comprend pas. Coup de pied au cul, deuxième. Jeune conne. Tu mens, tu vas bien. Je vais mal. Tu vas bien. Je vais mal. Tu vas bien. Peut-être… Tu vois… Raconte, sors, déverse, accouche, crache, hurle, parles. Je suis là. Il est là.
Un mois et demi. Je ne vis plus. Je flotte. Le genre humain ne vaut pas la peine. Je les méprise. Je hais. Je n’aime pas, je supporte, nuance. Je pleure. Tous les soirs. Mais d’autres ont besoin de moi. Charlotte est une fille sympa. Elle va toujours bien, on peut compter sur elle.

« Une chose que j’ai toujours avec moi : mon ego. »

A force de nier ses problèmes en s’occupant de ceux des autres, ils ressurgissent. On nie encore. On cache. On enterre. On noie. On emmure. Mais ça revient, ça revient toujours. Alors on laisse filer. Les secondes, les minutes, les heures, les jours et les semaines entières passent… Et j’étais à côté. A côté des autres ? A côté de moi-même. A côté de ceux qui m’aiment, ne serait-ce qu’un minimum… A concentrer ma rage sur ceux qui s’en foutaient, sur le passé, sur le murmure de mes souvenirs plein de poussières.
Murmures d’une amitié perdue, oubliée, peut-être… Sûrement.
Murmures d’un premier amour qui fait encore mal.
Murmures d’un monde qui me fait vomir.
Murmures sur le retour de celle que je ne suis pas.

18h48. Texto. « Désolé si ça te choque pas, mais MOI je tiens à toi. »

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[suite, message suivant ;) ]


Dernière mise à jour par : Nihilya le 31/05/05 11:23

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Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Mes choses...' a été posté le : 31/05/05 11:23
suite...

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Il est là, lui. Elle aussi. Ils sont là tous les deux, ça fait chaud au cœur.
Le soleil déchire les nuages pour la première fois de la journée. Peut-être pour la première fois depuis deux mois.
Demi sourire. Franc. Vrai. Souvenirs. Je suis passée à côté.
« Une soirée. Assise sur un canapé. Mal réveillée. Pas dormi. Ou très peu. Deux ahuris font les cons sur une musique de barbare. L’un d’eux me tire de ma léthargie. Il me porte. Je me laisse aller. S’il me lâche, je tombe. Il ne me lâche pas. Il me repose dans le canapé, morte de rire, à côté de mon « grand frère »…
« Dix minutes après. Tous les quatre, affalés dans les canapés. Crevés. Moi, bien entourée. Sourire. Excellente soirée. Excellente nuit.
« Même journée. Plus tard. Gare ? Quelqu’un me serre dans ses bras. On s’est bien marrés. On se reverra. Métro ? Quelqu’un me serre dans ses bras. Il m’appelle petite sœur. Je l’adore.
« Des jours plus tard. Chez moi. Une amie hurle de rire, enfermée dans un vieux coffre à déguisements dont elle ne peut plus sortir. Fou rire.
« Même jour. Goûter géant. Je revis. Ces filles sont plus goinfres que moi. On filme. C’était une excellente journée.
« Dimanche après-midi. Paris. Avec Carol Ann. On danse la valse sur un trottoir. On mange une glace. On erre. On rigole. A refaire !
« Plus tard. Soir. Chez moi. Carol Ann bave devant Patrick Swayze. Bataille de polochons. Je perds mes deux yeux. Elle perd sa mâchoire. Le lendemain, je m’endors en cours d’espagnol…
« Une semaine. Caveau et restaurant. Je vois du monde. On discute. On rigole même. Tous ceux là je les aime bien. Ils m’ont toujours vue telle que je suis. Jamais besoin de me cacher. Nihi est supportable…
Flashback. Théâtre. Julia. Fou rire. Pièce sympa.
Flashback. Français. Alexandre. Fou rire.
Flashback. Français. Carol Ann. Fou rire. Prof désespérée.
Flashback. Internet. Fabien. Fou rire. Inoubliable
Flashback. Internet. Greg. Fou rire. Je viens de faire Lucifer…
Flashback. Téléphone. Ash. Fou rire. Putain de dico…
Fou rire. Fou rire. Fou rire. Fou rire. Fou rire. Fou rire. Fou rire.

Je revis tout ça. Je comprends. Je suis restée trop longtemps à côté de ma petite vie. J’ai 16 ans. C’est pour les vivre, pas pour les laisser filer.
Occultés les mauvais souvenirs.
Occultés les boulets.
Occultés ceux qui n’en valaient pas la peine.
J’avais la tête dans les étoiles et les pieds cloués en Enfer.

21h00. Je regarde le soleil se coucher. Il fait enfin beau. Je viens de comprendre qu’il y en a qui sont là. Pour eux, je dois me lever. Coup de pied au cul. Il faut que je vive, nom de dieu ! On n’est pas blasé à 16 ans. Trop de choses à faire. Faut faire face, aller chercher la vie, la tourner à son avantage, ne pas la laisser s’enfui pour se la ressasser, vieille et flétrie, dans une pièce qui sent l’hôpital en regardant « Hartley, coeurs à vif » pour la millième fois.
Faut pas s’enterrer à chaque coup dur. Relèves la tête ! Profites des petites choses, cherches en de plus grandes. On n’est pas morose à 16 ans.
Ce soir, j’ai un peu compris… On a pas le droit de se laisser aller. C’est pas moi. Et cette fille ne reprendra pas le dessus. Je la hais. Je l’ai laissée se servir de moi à sa guise pendant deux mois, et finalement, je déteste ça. Je ne la laisserais jamais faire.

22h25. Je viens de mettre tout mon malaise d’ado pré pubère rebelle sur papier et ça fait du bien. Plus un seul nuage dans le ciel. Le dégradé de bleus est superbe. L’étoile du nord commence timidement à briller. Bon retour chez toi… Il fait un peu frais, mais je laisse la fenêtre ouverte. On ferme pas les fenêtres en plein mois de mai !
J’ai le sourire aux lèvres. Un vrai aussi. Un peu rêveur mais pas mélancolique. J’ai des alliés. Ils me soutiennent. Ils savent qui je suis. Je commence à le savoir, à le comprendre. Ils m’aiment pour celle que je suis. Je devrais en faire autant. Tu prêtes trop attention à ce que pensent les autres de toi. Il a encore raison…

22h30. J’ai pas envie d’arrêter d’écrire. Demain, je le sais, même les nuages n’obscurciront pas mon ciel. J’ai retrouvé un soleil parce que j’ai compris ce qui n’allait pas. J’ai retrouvé un soleil parce que j’ai compris que je n’étais pas toute seule. Il suffisait que je prête attention aux bonnes personnes.

22h33. Quelques notes de musiques. Lèves toi ! Tourne ! Bon sang, profite ! Il ne faut rien gâcher, demain ça sera trop tard. Souris un peu, tu ne l’as pas fait assez ces derniers temps.

22h35. La platine CD tourne. Quelques notes en arpège. Une petite chanson commence. LA voix de Carol Ann résonne dans ma chambre :

Je te l'ai dit pour les nuages
Je te l'ai dit pour l'arbre de la mer
Pour chaque vague pour les oiscaux dans les feuilles
Pour les cailloux du bruit
Pour les mains familières
Pour l'oeil qui devient visage ou paysage
Et le sommeil lui rend le ciel de sa couleur
Pour toute la nuit bue
Pour la grille des routes
Pour la fenêtre ouverte pour un front découvert
Pour tes pensées pour tes paroles
Toute caresse toute confiance se survivent

Ca y’est j’ai vraiment le sourire. Accordéon…
Tout va mieux. Ca ne tenait qu’à quelques mots sur un bout de papiers, un coup de pied au cul, quelques vers de Paul Eluard, un coucher de soleil, quelques souvenirs qui reviennent, une prise de conscience, quelques notes de musique et cette petite voix timide qui me chante dans la tête, avec ses sourires et ses bons moments, cette petite voix qui fredonne au creux de mon coucher de soleil, qui me dit que la vie est belle et qui me reste en tête… tabadabadapapapada… tabadabadapapapada…



Ca fait artiste sur le retour, mais merci à ceux qui de près ou de loin ont participé à faire briller ce nouveau soleil. En particulier à deux personnes qui se reconnaîtront facilement toutes seules… Lui c’est un homme, un vrai, quelqu’un de bien, il a des yeux bleus innocents et un sourire qui dit le contraire… Un sourire qui dit bien plus que la plupart des mots de réconfort. Elle, elle me surveille des ses yeux verts de magicienne en herbe, de son innocence de schtroumf, de son accent titi parisien, de son joli sourire et de sa voix de petite fille… Une fille bien aussi.
Ces deux là, je les adore et ils le savent. Ces deux petits démons sont mes petits anges, malgré eux, peut-être… A tous les autres qui sont là pour moi aussi, quand ça va pas, et puis quand ça va bien aussi...

Il est 22h50. Nihi et Charlotte ne forment plus qu’une seule et même personne, ensemble, elles comptent les étoiles… :7

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Ca va mieux en le disant... :)

Bizous
Nihi


Dernière mise à jour par : Nihilya le 31/05/05 11:54

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Nihilya

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Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Mes choses...' a été posté le : 07/06/05 09:32
Salut à tous!

Alors quand Nihi se réveille en pleine nuit au mois de juin, elle écrit. Elle écrit un dialogue sans queue ni tête, sans contexte, sans histoires avec deux petites âmes qui s'aiment énormément et qui se parlent...
Pour ceux qui voudraient absolument trouver une justification... J'aurais pu avoir cette conversation avec mon meilleur ami, j'ai dû l'avoir d'ailleurs, mais en d'autres termes, d'autres circonstances... Mais le fond reste le même. J'aurais pu avoir cette conversation avec moi même... Je l'ai d'ailleurs, de temps en temps...
Voilà, ce dialogue ne veut rien dire, mais je l'aime bien. Peut-être qu'il vous plaira un peu aussi... :)
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« Dis grand frère, c’est comment chez toi maintenant ?
- Immense.
- Il fait beau ?
- Il ne pleut jamais au dessus des nuages.
- Pas d’orages non plus ?
- Jamais.
- Tu dois t’ennuyer alors…
- Un peu.
- Alors ? Pourquoi tu reviens pas ?
- Je ne peux pas.
- Avant, tu disais toujours « quand on veut, on peut ». Tu ne veux pas revenir ?
- Je n’ai pas toujours dit la vérité.
- Pourquoi ? Tu m’as menti ?
- Non, jamais à toi.
- Alors reviens.
- Je ne peux pas.
- Tu ne veux pas
- Je ne peux plus.
- Tu ne m’aimes plus ?
- Si. Toujours.
- Tu me manques…
- Toi aussi.
- Pourquoi tu pleures ?
- Tu es si loin…
- Je sais, mais tu es loin aussi, et je ne pleure pas.
- Tu es plus forte.
- C’est pas vrai. Je t’avais promis de ne pas pleurer.
- C’est vrai. J’avais oublié.
- Moi aussi, tu m’as oubliée ?
- Jamais.
- Tu mens, encore ?
- Non, ce sont les adultes qui mentent.
- Mais tu es grand toi maintenant…
- Oui.
- Alors tu mens ?
- Pas à toi.
- A qui ?
- A moi.
- Oui mais si tu sais que tu te mens, c’est que tu connais la vérité, alors si tu connais la vérité, ce n’est plus un mensonge, si ?
- Tu as raison. C’est pire.
- Ah bon ?
- Oui… C’est vouloir croire à ce que je ne crois plus.
- C’est pour ça que tu ne veux pas revenir ?
- Tu te rappelles de Peter Pan ?
- Oui… Tu ne crois plus en nous ?
- Non.
- C’est pour ça que tu es parti ?
- Oui.
- Et que tu ne vas plus revenir ?
- Je n’ai pas trouvé la marche arrière.
- Mais qu’est ce qu’on va faire ?
- Rien.
- Et moi ?
- Vis.
- Sans toi ?
- Oui…
- Je pourrais jamais.
- Tu ne me crois pas ?
- Tu as menti.
- Tu ne me fais plus confiance ?
- Si.
- Tu vivras.
- Est-ce que je t’oublierais aussi ?
- Tu crois encore à nos histoires ?
- Oui.
- Alors je serai toujours là.
- Et toi ? Tu m’oublieras ?
- J’ai grandi…
- Tu n’aurais pas dû.
- Je sais. Tu m’en veux ?
- Oui.
- Beaucoup ?
- Non. Tu vas partir très loin ?
- Je crois.
- Restes là, avec moi, encore…
- Je ne peux pas.
- Pourquoi ?
- C’est un rêve, et les rêves se terminent toujours.
- Le notre aussi ?
- Le notre aussi.
- Parce que tu n’y crois plus ?
- Peut-être.
- C’est moche. Tu devrais pas partir.
- Je n’ai pas le choix. C’est la vie.
- Je ne l’aime pas.
- C’est faux.
- Tu m’as oubliée…
- Jamais !
- Reviens !
- Je n’ai plus d’ailes.
- Tu as mal ?
- Oui.
- C’est de ma faute ?
- Non.
- Arrêtes de pleurer. Je n’aime pas ça. Ca ne te va pas.
- Ca ne va à personne. C’est fini.
- Je dois me réveiller ?
- Oui.
- Même si j’y crois ?
- Oui.
- Je ne veux pas. Je veux que tu viennes me voir.
- Je suis là.
- Ce n’est plus le même toi.
- Désolé.
- Tu vas avoir mal encore longtemps ?
- Non.
- Promis ?
- Oui.
- Tu t’éloignes…
- Je sais…
- Donne moi la main. J’ai peur dans le noir…
- Je suis là.
- Jusqu’à quand ?
- Je ne sais pas.
- Tu rêves encore, de temps en temps ?
- Oui.
- De quoi ?
- De toi.
- Et des étoiles ?
- Oui. Beaucoup.
- Moi aussi. Elles disent que tu ne leur parles plus.
- Je n’ai plus le temps.
- Non, ne fermes pas les yeux, sinon tu ne me verras plus.
- C’est vrai. Mais je dois m’en aller.
- Pour combien de temps ?
- Pour toujours.
- C’est long. Je ne te reverrai plus ?
- Si, quand tu parleras aux étoiles.
- Tu seras avec elles ?
- Non, plus loin encore…
- Alors comment je ferais ?
- Il faudra y croire.
- D’accord.
- Et ne jamais pleurer.
- Jamais.
- Je t’aime petite sœur…
- Moi aussi, je t’aime. Mais j’ai peur.
- Faut pas, je suis là.
- Tu fermes les yeux. Tu es fatigué ?
- Oui. Il est tard.
- Tu penseras à moi ?
- Toujours. Ne grandis pas trop vite.
- Promis
- Je…
- … Tu, quoi ? Tu t’es endormi… Tu dors ? Tu dors ?
- …
- Mais… Je n’ai pas eu le temps de te souhaiter bonne nuit… »
---------------------------------------------------------

Voilà!

Bizous
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Myan

Mercenaire du Chaos



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   Réponse au Sujet 'Mes choses...' a été posté le : 10/06/05 15:54
J'aime beaucoup le dernier dialogue je le trouve plein d'émotion et de... enfin j'aime.


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warius0

Bleusaille



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Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Mes choses...' a été posté le : 10/06/05 16:07
A la lecture du dialogue j'ai cru que la piece avait perdu une dixaine degré et pourtant il n'en était rien. Alors pourquoi j'avais la chair de poule et la main de la sourie qui tremblait. c'est fou ce que quelque lettres mis bout à bout puissent faire passe autant d'emotions en restant si enfantin et poetique !!


un jours peu etre je serai capable de faire passer des emotions moi aussi (enfin j'espere) !!

en tout cas je voudrai te dir tout simplement merci à toi qui a ecris ces quelques lignes et pour ce que tu as reussia me faire ressentir ;)


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Sleon une édtue de l'Uvinertisé de Cmabrigde, l'odrre des ltteers dnas un
mot n'a pas d'ipmrotncae, la suele coshe ipmrotnate est que la pmeirère et
la drenèire soit à la bnnoe pclae. Le rsete peut êrte dnas un dsérorde ttoal
et vuos puoevz tujoruos lrie snas porlblème. C'est prace que le creaveu
hmauin ne lit pas chuaqe ltetre elle-mmêe, mias le mot cmome un tuot.


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Atsushi

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   Réponse au Sujet 'Mes choses...' a été posté le : 10/06/05 19:05
Pourquoi ai-je la sensation que ce forum regorge de talents littéraires ?:D

Je suis d'accord avec Warius, moi aussi j'aime beaucoup le dialogue, ça m'a beaucoup touché, donc continue ;)


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Nihilya

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   Réponse au Sujet 'Mes choses...' a été posté le : 14/10/05 07:01
Salut à tous!!
Bon sur un autre forum, on travaille avec des thèmes iconographiques. Un tableau, une histoire. Z'aime bien. J'ai fait une petite gribouille que j'ai finalement travaillée, retravaillée et rereretravaillée sans arriver à faire vraiment ce que je voulais... Donc bon, j'vous le livre comme ça. :)
Le tableau, un Delaroche ici.

Et le texte :

J’avais 7 ans.
On m’avait dit : Sois heureuse. Et je l’avais été. On m’avait dit : Ne te montres jamais. Et je m’étais cachée. On m’avait dit : Cesse de vivre. Et j’avais cessé de sourire.
J’avais fait ce que l’on m’avait toujours dit, petite fille modèle. J’évoluais comme je le pouvais, je faisais ce que je pensais être bien.
J’avais 9 ans.
On m’avait dit : Sois sage. Et je m’étais tue. On m’avait dit : Sois belle. Et je m’étais tue. On m’avait dit : Oublie. Et j’avais effacé ma mémoire.
Je l’ai bien fait comme ils voulaient, je ne sais plus. Je sais que j’ai lu. Je me rappelle de cette grande bibliothèque de mon parrain. L’odeur des vieux livres et de la poussière, la lumière tremblotante des bougies le soir. L’air frais qui se glissait par les fenêtres entr’ouvertes à la nuit tombée et qui me faisait resserrer mon châle sur mes épaules.
J’avais 13 ans.
On m’avait dit : Cesses. Et je n’y étais plus jamais allée.
De ce jour, j’ai cessé de vivre. Je me suis mariée, comme on me l’a dit, à un homme que je n’avais vu qu’une fois. Jamais il n’a voulu porter les mains sur moi. Jamais il ne m’a laissée partager sa couche.
Comme j’en ai pleuré. Je me suis faite belle, chaque jour un peu plus, pour qu’il m’aime, chaque jour un peu plus. J’ai pleuré, sur mes efforts vains. Tout était ma faute. La grande demeure de mon mari me paraissait plus froide que jamais. La gouvernante vieillissait en regardant, chaque jour, mon ventre, avec anxiété, espérant une maternité qui jamais ne viendrait. La maison s’assombrissait chaque soir et s’éclairait chaque matin pour découvrir la même désolation, les mêmes meubles tristes, les mêmes fleurs fanées sur la table de la salle à manger.
J’avais 16 ans.
On m’avait dit : Aimes-le. Et je l’avais aimé.
Oh oui… Cet homme aigri, sombre et anxieux, je l’avais aimé. Et je me haïssais. Je lui obéissais en tout. J’essayais de faire de mon mieux. Ils m’avaient préservée de toute vie extérieure comme un trésor jalousement gardé, puis on m’a donné à cet homme, à qui j’avais donné tout l’amour dont j’étais capable et dont je n’avais jamais gratifié personne. Je me haïssais de ne pouvoir lui donner ni fille, ni garçon. Je le savais soucieux, mais jamais il ne me parlait.
J’avais 17 ans.
On m’a dit : Enfantes. Et j’ai obéi.
La vieille m’a donné des herbes, elle a jeté un sort. Et mon ventre, deux lunes plus tard, enflait comme un ballon d’enfant. Mon mari a retrouvé son sourire, et moi, le mien. Il n’a pas posé de question sur ma maternité soudaine. Il n’a jamais rien demandé.
J’ai donné le jour à une petite fille, née du seul amour que je portais à son père. Elle avait ses yeux. Elle était son portrait craché.
J’avais 18 ans.
On m’a dit : Laisses-là. Et je l’ai abandonnée à sa nourrice.
Elle a grandi dans les bras de cette femme qui n’avait porté attention qu’à mon ventre durant toutes ces années. Elle me regardait comme une étrangère. Je lui offrait tout ce que je pouvais lui offrir, mais elle semblait se détourner de moi.
Les ans ont passé… La vie est redevenue froide.
Ma fille grandissait, jour après jours, mois après mois. Elle était d’une beauté étrangement angélique qui aurait fait fuir bien des hommes.
Lorsqu’elle a eu 13 ans, un homme est venu chez nous. Un ami de mon mari, il aimait notre fille d’un amour qu’il disait immortel et passionnel.
Je connaissais cet homme. C’était mon mari. Un fantôme surgi d’un passé que je détestais de toutes mes forces. L’ombre d’une vie où tous les jours se ressemblent, l’ombre d’une vie où même la joie la naissance tant attendue vous est interdite.
J’avais 31 ans.
On m’a dit : Nous allons la marier. J’ai accepté.
Comme elle avait l’air heureuse. Comme j’étais triste. Sa vie allait être la mienne, l’étincelle malicieuse dans ses yeux allait s’éteindre sitôt qu’elle mettrait les pieds dans la froide maison de son époux. Elle allait connaître les douleurs de l’enfantement, de la vieillesse et du déshonneur.
Elle était belle dans sa robe blanche. C’était mon petit ange à moi. Nous jouions comme deux enfants dans les jardins. Elle ne jouerait plus jamais. Au moins avait elle eu la chance de jouer une fois.
Elle a voulu « jouer au mariage ». Alors j’ai su, que rien ne l’empêcherait d’épouser cet homme. La copie de son père. Celui qui allait la tuer a petit feu.
Avec un sourire, j’ai accepté. Je lui ai attaché les poignets avec un lien en cuir et ai prononcé : « Vous voilà unis par les liens sacrés du mariage. »
Elle a ri. Comme elle n’avait jamais ri grâce à moi. Avant que la première larme ne traverse la barrière de mes yeux, je l’ai poussée à l’eau. Je lui ai maintenu la tête sous l’onde alors qu’elle se débattait. Je lui chuchotai quelques mots de réconfort, lui expliquant que je voulais qu’elle soit heureuse. Puis, elle a cessé de bouger. Alors son corps est remonté à la surface. Je lui ai fermé les yeux, elle était si paisible. Sa belle robe blanche ondulait autour de son corps inanimé. Je l’aimais.
J’ai suivi son corps le long de la rivière pendant des heures. Et, au coucher du soleil, quelque chose est apparu au dessus d’elle. Elle devenait vraiment mon petit ange. Je lui avais donné vie grâce à l’amour, je la lui avais retirée en ce même nom.
Dos au soleil, je la regardai s’enfuir. Les larmes perlaient enfin au coin de mes yeux. J’aurais voulu que ma mère m’aime comme j’aimais ma fille. Certaines choses ne sont pas faites pour être. Il fallait que ma vie soit gâchée pour que la sienne soit sauvée. J’avais obéi.
Je suis repartie vers la maison en silence, et dans le silence je suis restée.
On m’avait demandé de me taire.
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Valà, j'espères que ça vous a plu. Moi décidemment, y'a un truc qui cloche, mais j'trouves pas quoi... :r

Bizous
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   Réponse au Sujet 'Mes choses...' a été posté le : 29/10/05 22:10
Salut à tous!

Sur le même forum, on a pondu un thème d'écriture sur Halloween. Alors moi j'ai pondu cette chose là tout de suite. C'est pas terrible et c'est cousu de fil blanc, mais comme je leur ai dit, l'inspiration étant ce qu'elle est en ce moment, je me contente de peu... :D Hihi.
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Les yeux rivés sur l’écran, affalée confortablement dans son fauteuil, Johanne relisait son ébauche de roman. C’est la quinzième fois qu’elle relisait cette phrase, sans arriver à en assimiler le sens, alors qu’elle l’avait écrit dix minutes plus tôt. Elle cligna les yeux, bu une gorgée de thé dans le mug qu’elle tenait entre ses doigts, et lâcha un long soupir.
Reposant son thé sur le bureau, elle se frotta les yeux.
La sensation du thé chaud au fond de la gorge, et le vent qui soufflait au dehors lui donnent une sensation étonnante de calme et de séréni…DING DONG… Foutu gosses avec leur Halloween de mes deux. Johanne laissa courir, ils finiraient bien par renoncer…DING DONG. Le chat sauta du canapé en soufflant tout ce qu’il pouvait. A contre-cœur, Johanne se tira de son fauteuil en attrapant le sac de caramels mous sur la table. Ouvrant la fenêtre, elle eut à peine le temps de les voir tourner le coin de la rue en courant et en hurlant de rire. Deuxième soupir. Elle alla fermer la porte à clé, jeta un œil à sa montre : 23h36. Pour ce soir, la distribution est finie.
De retour devant son écran d’ordinateur, Johanne se lance dans le travail. Interrompue par le chat qui lui saute sur les genoux en ronronnant comme une vieille bagnole américaine. « Puisque personne ne veut me laisser travailler ce soir… Au diable ma bonne conscience. » se dit-elle en enfonçant ses doigts dans le pelage gris de son chat.
Antoine devrait rentrer d’ici une bonne heure. Elle décida de l’attendre. Se laissant aller contre le dossier de son fauteuil, elle se balança quelques instants, les yeux fermés, savourant le calme qui régnait dans l’appartement. Chose assez rare finalement.
Johanne et Antoine vivaient au rez-de-chaussée d’une petite copropriété de banlieue. Il était vaguement serveur, elle était vaguement en Maîtrise de Droit. Ils étaient ensembles depuis trois ans à présent, et toujours aucun nuages à l’horizon, le mariage se profilait… Dès qu’ils auraient plus de sous à disposition.
Johanne entendit un grattement à la porte, un demi sourire s’afficha sur ses lèvres. Il allait sûrement entrer doucement dans l’appartement, s’approcher sur la pointe des pieds, tourner le fauteuil brusquement vers lui et l’embrasser. Johanne attendit. Rien. Pas un son. Le chat ne bougea même pas une oreille, continuant de ronronner paisiblement. Elle haussa les épaules, et replongea dans sa rêverie.
Une deuxième fois, elle entendit quelque chose à la porte. Cet idiot s’était il encore trompé de trousseau ? Elle se leva, dérangeant le chat qui alla se réfugier dans un coin du canapé, outré. Elle ouvrit le verrou et entrouvrit la porte. Personne.
« Tu deviens folle ma pauvre fille… » Songea-t-elle.
Prise d’un renouveau de courage, elle se remit à écrire. Le bruit du clavier l’empêcherait, à tout le moins, d’entendre des voix à nouveau.
Cette fois, ce fut à la fenêtre que l’on cogna. Johanne fit un bond dans son fauteuil. Le cœur battant, elle se dirigea vers la vitre qui resta passivement sombre. Les éclairages étant en panne depuis trois jours. Décidemment, c’était lugubre ce soir. Vivement qu’Antoine rentre.
Incapable de se concentrer plus d’une minute, Johanne prit son livre de chevet et s’allongea sur le lit pour lire un peu. Après seulement quelques instants de répit, le chat vint se frotter contre ses jambes. « Fiche moi la paix, tu as déjà mangé ce soir ! » Il eut un temps d’arrêt, et recommença son manège, Johanne lui décocha un coup de pied qui le chassa du lit.
Elle écoutait le bruit de sa respiration résonner dans la pièce. Elle détestait Halloween. On entendait des mômes crier et rire jusqu’à pas d’heure. Le chat revint à la charge. Elle eut un soupir agacé. Il ronronna. « Foutu chat. »
Il y eut un autre claquement à la fenêtre. Cette fois, le chat l’entendit, le pelage hérissé, il grondait en essayant d’être le plus intimidant possible. Johanne, par réflexe, alluma toutes les lumières de l’appartement, ce qui eut pour seul effet, de rendre les fenêtres encore plus sombres. Nerveusement, elle fit et refit le tour de l’appartement, ferma les deux verrous de la porte à double tour. N’osant pas ouvrir les fenêtres pour tirer les volets. Le ronronnement de l’ordinateur l’agaçait, le grondement du chat l’agaçait, sa propre respiration faisait un bruit insupportable. Elle tapa du pied sur le parquet en pestant contre sa propre naïveté. « Réveille toi, tu as 23 ans. On ne croit plus aux fantômes d’Halloween, à 23ans. »
Elle arriva à sourire en se rappelant de sa propre grand-mère, qui, à chaque Halloween, déposait une coupelle de lait et des biscuits au miel sur le pas de la porte. Elle se rappelait même avoir guetté toute une nuit à la fenêtre pour ne voir qu’un renard venir avaler précipitamment le tout, à l’aube. Johanne s’imagina en sorcière, penchée au-dessus d’un chaudron à balbutier des incantations incompréhensibles et pouffa de rire. « Ma pauvre, tu débloques. »
Il était minuit passé, et Antoine n’avait encore donné aucun signe de vie, pas plus que son mystérieux faiseur de bruit. Elle resta perdue dans ses souvenirs d’enfance, dans le douillet cocon de son innocence et de ses rêves. Elle n’entendit plus rien.
Johanne avait toujours été impressionnable, mais jamais au point d’en être terrorisée. Après tout, elle était adulte. Elle avait passé l’âge.
Nouveau grattement. Le chat grondait toujours sur le lit. « Mais tais-toi donc. » lui dit-elle, sans oser élever la voix. Courageusement, elle alla à la cuisine, se saisit d’un pic à glace, parce qu’elle l’avait vu faire dans un film d’horreur et se dirigea vers la fenêtre.
Elle l’ouvrit soudainement, n’ayant le temps d’apercevoir qu’un vague éclair orangé. Un chat errant, probablement. Elle sourit et se retourna vers son propre animal : « De ta faute ça encore, à engrosser toutes les femelles du quart… » Elle s’arrêta. Le chat était prostré dans un coin du canapé, tremblant de tous ses membres, les pupilles étrécies au maximum, il ne grondait même plus. Elle s’en approcha pour le prendre d’en ses bras, mais il lança une patte en avant, lui entaillant le bras et s’enfuit sous le lit. Johanne étouffa un juron et alla se soigner à la salle de bains.
Lorsqu’elle revint, le chat était toujours planqué. Elle eut un soupir agacé et se replongea dans sa lecture. Sous elle, le chat se remit à cracher et à gronder. Elle n’y fit pas attention.
Nouvelle visite à la fenêtre. Cette fois-ci, Johanne commençait à perdre son assurance. Elle tenta de calmer les rapides battements de son cœur, mais sans résultats. Elle tenta de retourner se réfugier dans ses souvenirs. Mais le grattement se fit plus insistant. Même un chat n’est pas aussi borné, se dit-elle, fut-il breton.
Elle sourit à ce constat et se livra à un rapide calcul.
Peu sûre d’elle, elle se dirigea vers la cuisine. Lorsqu’elle revint, le chat était roulé en boule au pied du lit et semblait ronfler paisiblement.

Cette fois-ci, c’était bel et bien les clés qu’elle entendit dans la serrure. Elle se jeta dans les bras de son homme qui parut surpris et sentait la bière un peu plus que de raison « Quel accueil… Tu t’es ennuyée ?
- Oh…non…
- Tu as vu ton amant ? »
Johanne se détacha de son étreinte avec un sourire mystérieux.
« Non, j’ai eu la visite de Grand-mère Hannah.
- Celle qui est morte il y a un six mois ? »
Johanne ne se départit pas de son sourire sans daigner répondre.
« Ma pauvre chérie, tu pètes les plombs. Tu travailles trop. »
Elle étouffa un petit rire moqueur, l’enlaça et lui murmura un « Je t’aime », histoire de changer de sujet.

Le lendemain, la coupelle de lait était vide et les biscuits avaient disparus, et Johanne aurait juré à n’importe qui avoir vu deux yeux jaunes la regarder depuis les buissons du jardin d’en face. « Pas d’quoi », murmura-t-elle, et elle rangea le tout avant qu’Antoine ne la voit et ne décide de la faire enfermer pour de bon.
Les deux yeux jaunes disparurent.
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Voilà, z'espères que ça vous a plus au moins un petit peu. Mon but n'était pas de faire peur, mais je trouvais juste le thème heu..joli? :)

Bizous
Nihi


Dernière mise à jour par : Nihilya le 30/10/05 00:44

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   Réponse au Sujet 'Mes choses...' a été posté le : 30/10/05 01:15
Tu fais les meilleures histoires que j'ai jamais lues (apres le grand maître Stephen King), j'adore comme t'écris bravo :D :dem3


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Nihilya

Egérie Révolutionnaire



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Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Mes choses...' a été posté le : 06/11/05 18:25
Un truc, pondu en cours d'histoire... :) Comme quoi, tout est possible!

hihi
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Ca devait arriver, je le savais après tout. C’était joué d’avance. C’est comme la fatalité qui s’écrase sur tout être humain qui foule le sol de cette planète. C’est la destinée d’un acteur de tragédie grecque qui tombe sur lui comme tombe la foudre. C’est le calvaire de toute personne qui se respecte : le réveil sonne.
Nous sommes le 3 novembre, il est 7h00. J’ai l’impression de n’avoir qu’à peine fermé l’œil de toute la nuit alors que je viens de m’enfiler 10h de sommeil. Sans un seul rêve, en prime. Mais la dure réalité est là, la rentrée aussi, d’ailleurs… Je dois me lever.
Je fais courageusement quelques pas en dehors de ma couette. Beuh. Mécaniquement, je déjeune, m’habille, fais l’équilibriste pour ne pas toucher le carrelage fraichement posé dans la cuisine et la traverse en sautant d’un pied sur l’autre. Je vais me peinturlurer un peu la face, parce que je fais peur. C’est la rentrée, quoi. Des cernes jusqu’au menton et les yeux encore tout gonflés. La classe.
Je finis par sortir. Il fait pas trop nuit. Youpi. Profitons de ces derniers matins où il fera pas trop sombre. Je suis d’assez bonne humeur, joie. Des petits bonhommes chantent dans mes écouteurs : « This is Halloween, This is Halloween !! »
On est partis pour une heure d’espagnol. Youpi. L’engrossée est revenue. Avec un peu de chance, dans trois semaines elle nous pond son môme et nous fout la paix ! Espèrons. « This is Halloween, This is Halloween ! »
Je passe quelques temps dans un brouillard très opaque et je survis à cet horrible moment de ma vie lycéenne qu’est le cours d’espagnol. Je suis invincible. Personne ne peut me vaincre.

Plongeons nous dans l’état des lieux. Nous allons probablement tous mourir. Il est 11h00 et cela fait donc 1h30 que notre prof d’histoire blablate sur la passionnante histoire du XXème siècle.
Les trois quarts de l’auditoire a abandonné il y a, au bas mot, une demi-heure, pour plonger dans une léthargie mélancolique au plus profond des souvenirs de vacances qui hantent leurs petits cerveaux embrumés.
Dehors, il fait beau. Miracle. 20° début novembre, à mon avis, Mère Nature a fumé un pét’ de trop le soir d’Halloween. Cependant, les tempèratures sont en baisse. Youpi, vivement l’hiver… Les longues soirées au coin du feu, se lever le matin en pleine nuit, la gueule enfarinée et supporter les hurlements hystériques des pouffiasses qui peuplent la cour du bahut à 10h20.
Tiens, le bahut, parlons-en ! La faucille et le marteau tombent en ruine devant une foule d’abrutis en herbe. Ma dernière année, en toute logique… Mais il ya le bac, et ce serait un fieffé mensonge de dire que je ne suis pas, sept mois avant, déjà morte de trouille. Etant une élève sans difficultés, inutile de vous dire que ce stress est d’un ridicule à faire éternuer un gobelin mort depuis deux siècles.
Il est 11h07. Joie. Je veux sortir. Mon estomac commence à se manifester bruyamment. Il va falloir que je mange, et vite.
Cette après-midi nous avons le plaisir de passer une heure avec la conseillère d’orientation. Je sens que ça va être formidablement instructif. Je vais encore m’entendre dire que je suis faite pour des études littéraires. En terminale L, l’inverse serait couillon, tout de même…Enfin bref, formidable journée de rentrée en perspective. Je songe au suicide…Ou à l’observation passive. Cette deuxième solution me semble un poil plus raisonnable tout de même. Elle peut être bien plus drôle… Le suicide c’est triste. L’observation passive c’est l’apprentissage du passage progressif à l’état bovin. Et c’est effectivement, beaucoup plus drôle.
Je suis donc une vache. C’est peu flatteur. Je mâche mon chewing-gum d’un air profondément absorbé comme si la prochaine mastication mettait ma vie en jeu. Je ne pense plus. Meuh. C’est bien ! MEUH ! Ne pas le crier trop fort en classe, il y a des limites. Il faut que cet apprentissage reste secret. C’est capital. Je dois infiltrer le système rebelle lycéen dans un camouflage parfait. Meuh. Mes pensées rationnelles, en admettant qu’elles aient existées un jour, quittent peu à peu mon cerveau. Je savais que j’y arriverais. Mâcher, toujours mâcher. C’est un complot anti-vache révolutionnaire. Rester incognito et ne surtout pas oublier de mâcher. Je suis une vache kamikaze, nous vaincrons.
« La conquête… » La quoi ? hein ? Heu… Ah oui, le cours d’histoire. 11h19. Joie. Pendant un instant, j’ai rêvé que j’étais une vache. Etrange. On devrait abolir les cours d’histoire de deux heures, ça rend dingue. Meuh.
Y’a des jours, on devrait rester au lit et s’autoprolonger ses vacances. J’ai dit.
Meuh.
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En espérant que ça vous ai plu!

Bizous
Nihi


Dernière mise à jour par : Nihilya le 06/11/05 18:31

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   Réponse au Sujet 'Mes choses...' a été posté le : 06/11/05 19:37
Encore ! encore !

Décidemment, j'aime beaucoup, Nihi ! Ca prend, on veut pas s'arrêter de lire...
S'malin, j'aurai pas du cliquer sur le sujet, j'ai envie de relire les autres, alors que je suis sensée travailler... Bravo, hein ! :p

Je disais donc : encore ! encore !
(à noter que je préfère l'historiette sur Halloween à celle du cours d'histoire ;))



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Nihilya

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   Réponse au Sujet 'Mes choses...' a été posté le : 06/11/05 19:46
Hihi, merci merci... :7
Je note le commentaire à propos de Stephen King comme étant, tout de même, un poil exagéré...
Mais ça fait chaud au coeur de se savoir lue, et avec plaisir encore...
Je prépare en ce moment une nouvelle, je sais pas trop trop ce que ça va donner, je la posterais bientot... J'espères. :)

Bizous
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   Réponse au Sujet 'Mes choses...' a été posté le : 07/11/05 17:27
Serieux, je suis d'accord, ca gere, toujours réaliste, sans etre exageré, souvent mélancolique sans etre suicidaire...j'aime...

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   Réponse au Sujet 'Mes choses...' a été posté le : 21/02/06 19:22
Bon je m'y suis remise, très inspirée que j'étais par les prochains décrets du gouvernement qui nous pendent au nez. :)

Ca donne ça :
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N’angoisse pas. Calme toi, c’est mauvais pour le bébé, le médecin te l’as répété une centaine de fois.
Je fixe le feu rouge, les yeux dans le vague. La couleur s’étale sur ma rétine, forme un réseau de filaments rouges qui envahissent peu à peu mon champ de vision, et finissent par se changer en vert.
Je démarre. La voiture commence à vieillir, mais Franck et moi n’avons pas les moyens de la faire réviser. En tout cas pas en ce moment, avec le petit en route et Lucas déjà. Lucas… Je ferme les yeux un quart de seconde alors que je sens monter une boule au fond de ma gorge. Quand la crèche m’a appelée ce matin, j’ai su tout de suite que quelque chose allait mal. Je n’ai pas pu me libérer immédiatement, alors j’y suis allée à ma pose du midi. Une heure c’est un peu court, c’est vrai. Mais je devais voir Lucas. La faim me ronge les boyaux, la tête me tourne un peu. Je savais que j’aurais dû réapprendre à déjeuner le matin, en prévision de ce genre de contretemps. Je n’ai pas eu le temps de manger ce midi avec tout ça. Il est 19h et je n’ai rien avalé depuis 21h, la veille au soir.
Je gare la voiture dans l’allée devant la maison et traverse la rue pour aller chercher mon fils chez la voisine. Je lui ai dit qu’il était un peu fiévreux et que la garderie ne voulait pas le garder pour éviter d’éventuelles contagions avec les autres enfants. Mme Suzy est une retraitée un peu simplette mais adorable, elle a accepté sans me poser de questions. Elle me restitue Lucas avec un grand sourire, il a du chocolat plein le tour de la bouche.
« Il a fait une petite sieste, il était un peu agité mais je crois que la fièvre est tombée. »
Je la remercie et nous échangeons quelques badineries. J’ébouriffe les cheveux de Lucas, il embrasse sa nourrice improvisée, je le prends par la main et nous regagnons la maison.
Franck n’est pas encore rentré, il faisait des heures supplémentaires ce soir. Son entreprise est en faillite, la direction parle d’un plan social. Mon Franck fait tout ce qu’il peut pour se rendre indispensable. Mais nous ne sommes quand même pas très rassurés, si le petit arrive et que je dois m’arrêter de travailler plus longtemps que prévu… Je ne préfère pas y penser.
A peine rentrés, Lucas court dans sa chambre et je ne l’entends plus. Il a l’habitude de me laisser un peu de repos quand je rentre du travail, il sait que cela me fatigue.
Je me sers un whisky pour me remettre les idées au clair. Je ne sais pas trop si je dois paniquer ou non… Il a l’air tellement « normal ». C’est la deuxième fois ce mois-ci. La voie de la directrice de la garderie me résonne dans la tête et je frissonne. Et si elle faisait un signalement ? Oh non… Ne pas y songer. Ne surtout pas l’imaginer.
Je fixe le mur en face de moi, il est veiné d’humidité. Partout où je regarde, il n’y a rien qui ne me rappelle pas notre situation… Le carton qui tient lieu de vitre sur l’une des fenêtre depuis trois mois, les murs jaunis par la nicotine de nos cigarettes, la moquette qui s’effrite, le canapé fatigué, l’emplacement vide de la télévision que nous avons vendu la semaine dernière, à la fenêtre, il y a la pelouse qui dessèche par endroits et j’aperçois un coin de la poubelle que j’imagine pleine de conserves vides et de bouteilles de whisky.
Je m’affale dans un fauteuil et suis secouée de sanglots involontaires. Je me mets à pleurer. Comme tous les soirs. Puis j’entends des pas timides dans l’escalier, Lucas se tient dans l’embrasure de la porte. Il est tout penaud. Je me redresse et essuie mes larmes, le plus vite que je peux :
« C’est moi ? C’est à cause de moi que tu pleures maman ? J’ai pas fait exprès tu sais…
- Je sais mon bébé, ce n’est pas à cause de toi. Mais tu ne dois plus le faire, mon chéri. Il faut faire attention. Tu ne dois plus faire ça.
- Oui maman. Je sais maman. Je suis désolée maman.
- Ce n’est pas grave. Viens dans mes bras mon ange. »
Docile, il vient vers moi et grimpe sur mes genoux. Je le serres fort contre ma poitrine et je le sens soupirer, de toute la force de ses 6ans. Je le berce contre moi et lui chantes sa chanson préférée, « Le temps des cerises ». Celle que ma mère m’a chanté, que sa propre grand-mère lui chantait déjà. J’aimerais encore y croire, à ce temps, qui viendra un jour. Mais tout m’indique le contraire.
Nous n’avons plus la télé, mais je sais… Je sais tout ce qui se passe, ça suinte des murs, des trottoirs et des maisons comme si tout pourrissait depuis l’intérieur. Tout a tellement changé. On ne s’y attendait tellement pas. Personne ne voulait y croire, personne n’a bougé le petit doigt quand certains ont commencé à dénoncer. Et maintenant, nous nous les mordons tous.

Franck est rentré. Il lui a suffit d’un regard pour comprendre que Lucas avait recommencé. Il s’est débarrassé de son pardessus, a jeté son sac dans un coin et est venu nous rejoindre dans le salon. Il n’a rien laissé paraître. Il a les traits tirés par la fatigue et le stress, et ses tremblements semblent s’accentuer de jours en jours. Mais il m’aime toujours. Je ne sais pas pourquoi, c’est la seule chose qui va bien. S’il n’était pas là… J’en aurai fini avec tout ça depuis longtemps, à ma grande honte.
Je sursaute malgré moi lorsque l’on sonne à la porte. Je jette un regard apeuré à Franck, il attrape son fils et le soulève de mes genoux :
« Lucas, sois gentil mon grand, file dans ta chambre. Ne ressors que si on t’appelle, tu m’as bien compris ?
- Oui, papa. »
Franck va ouvrir. Prostrée dans mon fauteuil, mon verre toujours à moitié plein dans la main droite, je suis incapable de faire un seul mouvement. Des voix graves me proviennent depuis l’entrée, une voix féminine aussi. Claire m’avait dit qu’ils envoyaient toujours un homme et une femme, pour « faire mieux ». Moi, ça ne me rassure pas du tout.
J’arrive finalement à me lever et me dirige vers l’entrée. Il y a effectivement un homme et une femme sur le pas de notre maison. Ils n’ont aucuns traits particuliers, le genre de personnages qu’on croise dans une rue et qu’on oublie dès qu’ils ne sont plus dans notre champ de vision. Le genre de personnages que la Police affectionne de plus en plus.
« Bonjour madame. »
Même leurs voix sont fades, sans émotions.
« Nous aimerions voir votre fils. »
Je crois m’évanouir, le monde se met à tourner autour de moi. Franck passe son bras autour de ma taille dans un élan pour me raccrocher à son monde.
« Pourquoi ça ?
- Nous faisons partis du Service de Détection des Comportements à Caractère Dangereux, nous avons été contacté par la directrice de la garderie Robert Ley. Votre enfant a fait preuve de comportements suspects envers ses camarades à deux reprises ces derniers temps. »
Le silence qui tombe est de plomb. Les éclats de lumière se multiplient devant mes yeux. Il ne leur aura pas fallu longtemps…
Cela fait deux ans maintenant que ces pratiques sont officielles. Personne ne les dénonce. Je n’ai jamais rien fait contre non plus. Ils disaient que de cette manière, les délinquants seraient pris en charge très vite et que les petites incivilités et grosses agressions ne seront plus que de mauvais souvenirs.
Mais mon fils n’est pas un délinquant. La première fois, il a donné un coup de pied à son ami Léo parce qu’ils « jouaient à la bagarre », les enfants sont comme ça… Ils ne contrôlent pas toujours l’ampleur de leurs mouvements. Et ce matin, il a poussé Nadia pressé qu’il était d’aller en récréation. La petite a trébuché et s’est écorché le genou sur le sol. Mon fils n’est pas un délinquant, c’est un enfant comme les autres.

Je me rappelle les mots du projet de loi, les autorisant à procéder à des « batteries de tests », à l’administration de médicaments calmants, à la surveillance des enfants détectés, à l’étude de facteurs génétiques, de maladies potentielles… Je me mets à pleurer sur le pas de la porte. Ils nous ont tout enlevés depuis quelques années, petit à petit, en se cachant de moins en moins. Je ne vois plus le bout des factures, des dettes, des prix qui augmente et de mon misérable salaire qui stagne. Maintenant ils nous enlèvent même nos enfants.
Je tremble de tous mes membres. J’essaie de retenir Franck qui monte les escaliers, il se dégage et je trébuche. J’essaie de m’aggriper à son pantalon, je me sens misérable. Je le vois monter, je l’entends cogner à la porte. Sur le palier, Lucas a les larmes aux yeux :
« MAMAN ! »
Ils dévale les marches quatre à quatre et se jette dans mes bras.
« Je serais sage maman. Je ferais attention, c’est promis… Maman !! »
Franck le retire à mon étreinte. Il ne dit rien. La femme le remercie :
« Nous vous le ramènerons après la quarantaine, les résultats des tests vous parviendront sous trois jours. Votre fils vous reviendra au plus tard dans quarante jours.
- Qu’allez vous faire à mon bébé… »
J’entoure mon ventre rond de mes bras, sanglote. Je sais que je ne peux rien faire, sinon ils me surveilleront aussi. Comme ils surveillent déjà Mme Suzy puisqu’elle l’a gardé chez elle toute la journée. Ils me prendront aussi mon bébé. Ils nous mettront sur des listes.
Franck referme la porte. Je me jette sur lui et le martèle de mes poings. Il m’attrape les poignets et m’embrasse.
« Tu sais très bien que nous n’avions pas le choix… »
Je lève les yeux vers lui et sans réfléchir, je me racle la gorge et lui crache au visage.
« SALAUD ! Tu leur as donné ! Sur un plateau d’argent ! Salaud ! Salaud ! Salaud ! » Je sais, au fond de moi, qu’il a fait ce qu’il y avait de mieux à faire. Mais je ne peux pas m’empêcher de crier.
Soudain je m’arrête. Je viens de voir une bosse sous mon chemisier. Le bébé a bougé. Non. Le bébé m’a…donné un coup de pied. Je m’affale dans les bras de Franck et tombe dans les pommes.

Il est 23h39. Je vois l’heure sur le petit réveil de la salle de bain. Franck dort depuis un moment déjà. Je ne pleure pas, j’ai l’impression que mes yeux sont desséchés, qu’il n’y a plus rien à pleurer. J’ai un peu froid mais tout va bien. Je me vois dans le miroir… Pour la première fois depuis des mois, je me trouve jolie.
Le bébé avait presque une taille normale, c’était une petite fille. Il ne lui restait qu’un petit mois de sursis. Mais tout défilait devant mes yeux… La garderie. Mme Suzy. La Détection. Les tests. Les piqûres. Le tribunal. Le juge. Franck qui pleure. L’accouchement. La Détection encore. Des tests, encore. Sur moi, sur le bébé. Ils l’emmenaient.
Je ne pouvais pas… Je ne pouvais pas. Alors, je me suis accouchée. Et j’ai été mettre le bébé dans le berceau qu’on lui avait préparé. Et j’ai commencé à sentir le monde vaciller sous moi. Je suis retournée dans la salle de bains. J’ai murmuré « je t’aime » à mon reflet, puis « je suis désolée ».
Je l’aurais appelée Suzanne.

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Voilà. En espérant que ça vous interpelle, plus que ça ne vous plaise. :)

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Gwalchafed

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Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Mes choses...' a été posté le : 21/02/06 19:27
Toujours aussi optimiste...;)

Ca me plaît, ça m'interpelle, ça fait un peu penser à SOS Bonheur........tu connais?


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Gwalchafed

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"Li tiers ot non Gaheriés. Ci fu li plus gracieus de tous les freres mon segnour Gauwain ; cil fu plains de chevalerie et hardis et legiers et fu biaus et gens et ot le brac diestre plus lonc ke l'autre ; cil fist assés de hautes proueces ne onk n'en dist nulle, se forche ne li fist dire."

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Nihilya

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Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Mes choses...' a été posté le : 29/04/06 21:43
Encore un truc top optimiste pour le plaisir de Gwalchafed! :)

Celle ci se passe en 1745 lors du second soulèvement jacobite en Ecosse, juste après la décisive bataille de Culloden qui signa la débâcle de l'armée des highlands à 5000 contre 9000 anglais.
Tout n'est pas historiquement vrai, mais les deux principales anecdotes (celle de Golice MacBane et des hommes du cottage) le sont, romancées par mes soins évidemment. Les grandes lignes sont vraies.
Petit lexique des mots gaélique que j'ai utilisé :
Tulach Ard : Cri de guerre et devise du clan Mackenzie
a/mo charaid : mon ami

BOnne lecture...

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Il leur aura fallu à peine une demi heure.
J’étais fièrement campé sur la lande, prêt à tout pour défendre mon pays, notre Liberté à tous et aider Charles Edouard Stuart à remonter sur le trône d’Ecosse qui lui revenait de droit. Le froid et l’humidité mordaient cruellement le moindre recoin de peau nue qu’ils pouvaient trouver, je n’avais presque rien avalé depuis plusieurs jours, malgré tout, la poignée de ma claymore entre mes mains irradiait d’une douce chaleur, comme animée d’une vie propre.
Peut-être que si la victoire avait été moins éclatante à Falkirk quelques mois plus tôt, nous n’aurions pas été si confiants, et nous aurions sans doute pris nos jambes à nos cous. J’ai bien honte de le dire, mais nous aurions eu raison.
Le calme était peu à peu retombé sur Culloden Mohr, les râles et les cris d’agonie des hommes étaient moins nombreux. Les dragons anglais faisaient le tour des corps et achevaient tous les blessés selon l’ordre du Duc de Cumberland. Je ne savais pas combien de temps ils nos restaient avant de voir quelques uns de ces anglais en uniforme rouge passer la porte du petit cottage dans lequel nous nous étions réfugiés, avec quelques highlanders blessés. Nous n’avions allumé aucune torche pour ne pas attirer les anglais, les plus gravement blessés avaient étés allongés sur de la paille au fond de la pièce, les autres devaient rester assis contre le mur, serrés les uns contre les autres.
Je faisais partie de ceux-là et je réfléchissais autant qu’il m’était possible sur tout ce qui venait de se passer, sur ce formidable tournant que l’histoire venait de prendre. Je ne m’étais pas battu à Falkirk, nous sommes arrivés de Castle Leoch lorsque l’armée de Charles Edouard Stuart occupait encore Inverness. Mon père, lui, n’avait pas été appelé, la jambe qu’il avait perdue lors du soulèvement de 1715 le rendait inutile sur un champ de bataille. Je me demandai brièvement ce qu’il pourrait penser de moi…
J’avais été amené dans le cottage une dizaine de début après le début du massacre. Une baïonnette plantée dans l’épaule, je m’étais évanoui et mon assaillant m’avait probablement laissé pour mort ou avait été lui-même tué avant de pouvoir m’achever. Je ne saurais jamais ce détail. La baïonnette toujours plantée dans la peau, je n’eus qu’à peine le temps de reprendre conscience qu’on me versait une généreuse dose de whisky dans le fond de la gorge.
« Il va falloir te retirer ça, mo charaid… »
La voix m’était familière. Du coin de l’œil et malgré l’obscurité, je parvins à reconnaître James Murray, le fils de la cuisinière de Castle Leoch. Il fit un signe de tête à la forme sombre qui se tenait derrière lui et cette dernière m’attrapa doucement mais fermement les bras, et, avant que je ne puisse émettre la moindre protestation, James arracha la lame de mon épaule. Je poussai un hurlement qui fus vite étouffée par les grosses mains l’homme qui quelques instants plus tôt m’avait empêché de me débattre. Les larmes coulèrent le long de mes joues, laissant des traînées pâles dans la crasse qui me recouvrait de la tête aux pieds. James m’attira à lui, comme le frère qu’il avait toujours été pour moi, et me serra dans ses bras en murmurant des paroles de réconfort en gaélique. Le monde s’obscurcit peu à peu et je finis par sombrer dans l’inconscience.
Je fus réveillé par une légère agitation dans la pièce, je me redressai maladroitement en gémissant. Tous les hommes qui tenaient encore debout échangeaient des regards inquiets, des voix nous parvenaient de l’extérieur. Je pivotai sur ma gauche en prenant garde de ne pas m’appuyer sur mon bras blessé et observai à l’extérieur eu profitant d’un interstice entre deux pierres. Du coin de l’œil, je pu apercevoir Golice Macbane reculer contre un mur, claymore en main. Il était couvert de sang et je ne parvenais pas à savoir si c’était le sien, celui d’un autre ou les deux… Deux jours auparavant il m’avait offert la moitié de sa maigre ration de porridge en m’expliquant qu’il préférait être damné que de me laisser crever de faim en le regardant s’empiffrer. Avec sa taille gigantesque, sa grosse voix et son haleine qui fleurait le whisky à des kilomètres, j’avais eu l’impression de retrouver mon père. J’eus du mal à me persuader que le monstre couvert d’immondices aux yeux injectés de sang et beuglant des chapelets d’insultes en gaélique était bien le même homme…
Dans un effort désespéré pour sauver sa peau, il faisait face à une vingtaine de dragons, faisant tourner son épée au dessus de sa tête il se mit en devoir de tailler en pièce le moindre bout de chair qui passait à sa portée.
Une dizaine de soldats gisaient déjà à ses pieds lorsqu’un officier apparu, évaluant la situation d’un œil critique, il finit par demander à ce qu’on laisse la vie sauve à ce sauvage assoiffé de sang. Peut-être fût-il impressionné par le courage désespéré de Golice ? Toujours est il que, les soldats, enragés par la mort de leurs compagnons redoublèrent d’ardeur sans paraître entendre les ordres de leur officier. Golice trancha une tête supplémentaire, repoussa d’un coup d’épaule un dragon qui l’attaquait par la gauche et enfonça sa claymore jusqu’à la garde dans le ventre d’un autre. Lorsqu’il la retira d’un coup sec, le dragon regarda avec étonnement ses entrailles se dévider sur le sol avant de s’effondrer face contre terre. Ni moi, ni Golice n’avions vu le soldat éloigné poser un genou à terre. Le coup de feu nous surpris tous deux et Golice s’écroula au milieu de ses victimes, trouvant la force de crier un tonitruant « Tulach Ard !! ».
Secoué de violents spasmes dus autant à la scène à laquelle je venais d’assister qu’à la fièvre qui s’emparait de moi, je basculai sur le côté et rendais mes tripes. Dans un coin, un homme pleurait, un autre gémissait de douleur. L’odeur du sang et de la peur nous prenait tous à la gorge. James vint à mon secours, posant sa main sur ma nuque, prenant garde à ce que je ne m’étouffe pas. Lorsque je repris mon souffle, je le vis grimacer, palpant sa cuisse. Il était blessé également, une entaille courait de son genou à l’aine, il était considérablement affaibli, les pourtours de la plaie avaient pris une vilaine couleur noirâtre. Ne pouvant plus marcher, il se traînait par terre à la force de ses bras. Malgré tout, pas une fois je ne l’entendis se plaindre et j’eu soudainement honte de moi, je tentai de me redresser mais le sol bascula traîtreusement sous moi et je retombai aussitôt, accrochant ma plaie contre le mur de pierre. Je me mordis la lèvre jusqu’au sang pour ne pas hurler. Un autre homme cria à ma place plus loin dans la pièce, je sentis plus que je ne vis James fermer les yeux :
« Duncan Fraser vient de mourir… » Fit-il d’un ton égal.
Ils furent nombreux à le rejoindre dans les heures qui suivirent, accompagnés dans la mort par les seuls murmures gaéliques de leurs compagnons d’armes.
Pour ma part, la fièvre était abominable. Je ne sais pas combien de temps j’étais resté sur le champ de bataille mais je devais avoir perdu beaucoup de sang, ce qui expliquerait mes difficultés à me sortir de l’état semi inconscient qui s’était emparé de moi. J’alternai de vagues périodes de lucidité avec d’autres tremblements incontrôlés et de longues heures d’un sommeil agité de terribles cauchemars qui ravivaient mes plus anciennes terreurs d’enfant.
Coupé du monde extérieur, la trentaine d’hommes se raccrochait à la vie alors même que tout était perdu. Le Prince Tearlach ne remonterait jamais sur le trône d’Ecosse, il allait probablement s’exiler, retourner vivre en Italie… Qui pouvait savoir ? Quand à nous autres Highlanders qui nous étions battus sous sa bannière, nous étions tous des traîtres à la Couronne Anglaise et serions traités comme tels. A la réflexion, il eut mieux valu que nous mourions tous sur la lande de Culloden plutôt que d’être traqués comme des chiens, emprisonnés, torturés et pendus.

(...)


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   Réponse au Sujet 'Mes choses...' a été posté le : 29/04/06 21:45
(...suite...)


Je frissonnai. Je ne savais pas ce qui m’attendait dans les quelques heures qui me restaient probablement à vivre. Une terrible odeur de chaire calcinée envahit peu à peu le cottage tandis que les morts, enfin j’espérais qu’ils fussent morts, partaient en fumée sur les bûchers érigés par les anglais.
James avait fini par cesser de ramper pour visiter les blessés depuis environ une heure. Je ne savais pas si c’était parce qu’il ne pouvait plus ou parce que tous les blessés les plus graves étaient morts. Nous tremblions l’un contre l’autre, il avait la respiration sifflante et des ecchymoses couvraient son torse. Le peu de lucidité qui me restait se demanda comment il avait pu tenir si longtemps après avoir été piétiné… Il me sourit et comme s’il m’avait entendu réfléchir, murmura un « je ne sais pas » essoufflé. Il fût secoué par une quinte de toux et du sang lui coula le long de la gorge. Il serra ma main dans la sienne :
« Je n’en ai plus pour très longtemps non plus, a charaid… »
Je ne trouvai ni le courage ni la force de lui répondre mais serrai un peu plus fort sa main dans la mienne quitte à manquer de lui briser les os. Sa respiration se fit de plus en plus difficile, il recommença à tousser convulsivement, agitant les bras pour tenter de retrouver son souffle. Ses yeux se révulsèrent, je devinai la couleur bleue que prenait son visage, dans une grimace grotesque sa langue sortit de son refuge. Aveuglé par les larmes, j’observai sa lente et douloureuse agonie sans rien pouvoir y faire. James finit par expirer dans un tressaillement qui fit violemment se cogner con crâne contre le mur. Je posai ma tête contre son torse, sentant des côtes brisées contre ma joue. Dans un faux mouvement qu’il avait du faire en rampant, l’une d’elles avait peut-être percé un poumon… Epuisé par un nouvel accès de fièvre, je retombais dans l’inconscience accroché au cadavre de James.

Un rai de lumière m’aveugla soudainement et quatre dragons anglais entrèrent dans le cottage :
« Bon dieu, à l’odeur ils doivent tous être morts depuis deux jours !
- Vérifiez quand même ! Campbell, Murphy ! Amenez moi les survivants, et faites brûler les cadavres des autres. »
Les deux soldats s’avancèrent, mouchoirs plaqués sur le nez, testant les réactions des corps en leur donnant des coups de pieds, en soulevant leur tête. Une botte vint m’atteindre dans l’épaule et je poussai un hurlement dont je ne me serai jamais cru capable au vu de mon état.
« Celui là est vivant ! fit une voix rauque dans mon dos
- Et bien amènes le ! Il a du coffre, le bougre. »
Je fus soulevé de pieds, des points noirs apparurent soudainement dans mon champ de vision et mes jambes vacillèrent sous moi. Le soldat tint bon et m’amena à son capitaine, moitié me traînant, moitié me portant. Le sang séché qui avait fermé ma plaie se craquela et je sentis une nouvelle coulée de liquide chaud me chatouiller entre les omoplates. Je me trouvais face à un homme aussi marqué que nous par les horreurs de la bataille excepté le fait que ses blessures étaient bien moins graves que les nôtres. Il était tout de même couvert de boue et de sang, son uniforme était déchiré en plusieurs endroits et des mèches s’étaient échappées de son catogan, tombant lamentablement devant ses yeux :
« Ton nom. » fit-il de ton le plus autoritaire et méprisant dont il était capable. Je dus m’y reprendre à plusieurs fois pour articuler correctement les syllabes à la suite :
« John Malcolm Murray MacKenzie.
- Ton âge.
- Seize ans. »
Il me détailla des pieds à la tête, arquant un sourire narquois et fit signe à l’ordonnance qui se tenait derrière lui, ce dernier pris sagement les informations en note sur un petit carnet.
« Mets le avec les autres. »
De la même manière qu’il m’avait sorti du cottage, le soldat me traîna jusque dans la cour à l’arrière de la petite bâtisse. La lumière du jour me blessait les yeux et je réussis enfin à les entrouvrir pour voir deux de mes compagnons d’infortune qui tenaient encore miraculeusement debout. Par terre, j’aperçus la grande tâche sombre qui marquait l’endroit ou Goldice Macbane avait si chèrement défendu sa vie il y avait ce qui me paru une éternité.
Nous fûmes rejoints par cinq autres hommes. Sur les trente du cottage nous n’étions donc plus que huit. Tour à tour, on nous lia les poings et je me retins de hurler nouveau lorsque le soldat tira sur mes épaules pour se faire rejoindre mes poignets.
Le capitaine refit son apparition et la panique s’empara enfin de moi. Je notai, étrangement, qu’il avait pris soin de refaire correctement son catogan. Il nous observa chacun notre tour et lâcha d’une voix froide et détachée :
« Vous pouvez vous préparer à mourir. »
Quatre des huit hommes tombèrent à genoux, pleurant, criant et implorant la pitié. Et moi-même je sentis mes jambes flageoler… Jusque là, j’avais cru qu’un miracle peut-être sauverait notre peau. Mais Cumberland avait été clair, tous les traîtres ayant participé à la bataille devaient être éliminés. Dans cet effroyable moment de lucidité absolue qui accompagne tout mouvement de panique, je cru percevoir l’ordre avant même qu’il ne soit donné. Les quatre highlanders furent laissés à supplier pendant une minute pendant que je remettais mon âme à la Sainte Vierge dans une prière silencieuse. Les huit soldats en face de nous levèrent leurs mousquets, je ne vis qu’à peine les lèvres du capitaine bouger dans un coin de mon champ de vision. Un éclair fulgurant me traverse l’esprit et je revis en pensée mes deux derniers jours. Je fixe mon bourreau droit dans les yeux et prononce le plus distinctement possible :
« Tulach Ard. »
Je ferme les yeux alors même que l’odeur de poudre m’emplit les narines.

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Voilà, z'espères que ça vous a plu.
Cette partie de l'histoire de l'écosse me tient à coeur et il y avait longtemps que je voulais griffoner quelque chose à ce sujet... Ca aurait mérité plus d'heures de travail et j'y rejetterai peut-être un oeil... plus tard! :)

Bizous
Nihi


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