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Réponse au Sujet 'Les Prétendants d'Elya' a été posté le : 11/01/05 21:17
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Les Prétendants d’Elya
1- La Quête du prodige
En ce temps-là, j’avais passé l’âge de la folle jeunesse depuis déjà quelques années, mais je n’étais point encore atteint par les faiblesses de l’ancienneté. J’étais, et je suis encore, un prodige, membre de la caste du même nom, vénérant la grande Heyra [Grand Dragon de la Nature. Elle aime : toutes les créatures vivantes. Elle n’aime pas : les humanistes, les salons de coiffure, Kalimsshar. Elle dirige : les prodiges.] et veillant pour elle sur les lois de la nature.
Mon histoire personnelle n’a que peu d’importance ici. Disons que j’étais à l’époque un prodige itinérant, en quête de rédemption le long des chemins de Kor, expiant une faute que j’ai depuis compris ne pas être mienne. Je m’arrêtais dans tous les villages croisés, narrant contes et paraboles aux enfants, soignant humains et animaux en échange du gîte et du couvert. Les temps étaient troublés ; les nations humanistes du nord, qui contestaient la toute-puissance et l’autorité draconiques, persistaient à développer des arts interdits dans le but de résister à la grande croisade que préparait les États du sud, menés par le royaume de Solyr, tous dévoués aux Grands Dragons.
L’heure était au statu quo, le calme avant la tempête. Or, voici que mon chemin m’avait mené jusqu’aux portes des Marches Alizées, un royaume du nord-est manifestement prédisposé à « faire tampon », selon l’expression consacrée. Un bref passage à Témeth, capitale de la Forêt-mère et des prodiges, m’avait fait me porter volontaire pour une mission de routine en Elya, cité phare des Marches. On racontait que la forêt près de la ville voyait se produire d’étranges évènements, des bûcherons avaient disparu après s’être enfoncés trop profondément dans les bois, les créatures d’ordinaire craintives devenaient féroces, les féroces redoublaient en violence…
J’avais été chargé de tirer cette affaire au clair.
En approchant des Marches, j’avais pu noter la forte fréquentation des routes locales, qu’une caravane à laquelle j’avais fini par me joindre m’expliqua : le roi des Marches Alizées était mort sans désigner de successeur, mais il avait clairement expliqué que cette tâche revenait à sa fille unique la princesse Nadia, qui devait à cet effet se choisir un époux qui lui convienne. De fait, en cette période de fête annuelle de la ville, les prétendants convergeaient de tout le pays et de plus loin pour conquérir le cœur de la belle qu’on disait fort regardable, qui par romantisme, qui par amour des richesses et de pouvoir. Je méditai quelques temps l’idée de tenter ma chance, non par goût du lucre évidemment (le pagne et le fidèle shaaduk’t suffisent aux besoin du prodige) mais pour étendre la volonté d’Heyra à d’autres contrées, mais y renonçai en définitive. L’idée de séduire une jeune femme dans un but si utilitaire me rebutait, et je me jurai d’empêcher si je le pouvais qu’un mauvais parti n’accède ainsi au trône. Dans la mesure où tout cela n’interfère pas trop avec ma mission.
L’arrivée à Elya se fit sans encombre, et je me rendis immédiatement au palais afin de signaler mon arrivée. En fait, je dois reconnaître que j’étais curieux de voir les prétendants, car rien ne m’empêchait de me rendre directement au temple d’Heyra de la ville.
Je ne fus pas déçu.
-------------------- Neil
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Réponse au Sujet 'Les Prétendants d'Elya' a été posté le : 11/01/05 21:22
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Ils étaient de toutes professions, de tous horizons, et on les devinait de toutes motivations. Du forgeron du coin au prince du royaume voisin, du séduisant protecteur à l’érudit grabataire, du chevalier en armure au courtisan à plumes.
J’en vis un, d’ailleurs, qui passait un groupe de six chevaliers montés. Son serviteur suivait, tirant un âne chargé sous les quolibets des combattants lourdement armés. Le courtisan m’arriva droit dessus et me demanda « où étaient les inscriptions, mon brave ? »
Peu coutumier de cette appellation, mais poli, je lui avouai mon ignorance. Il s’éloigna, suivi de son valet qui peinait à tirer le baudet, et je trouvai soudain l’animal auquel il me faisait penser : il avait tout du faisan paradant dans la garenne.
Je me demandais où pouvait bien se trouver la princesse, quand une conversation entre deux érudits me l’apprit : dans un souci d’équité, elle préférait rester recluse jusqu’au vrai début des festivités, la semaine suivante, afin que tous les prétendants soient bien arrivés.
Finalement je quittai le château et me mis en quête d’un logis, que je trouvai très vite sous la forme d’une auberge, l’Anguille crevée, un nom rendant hommage à la qualité portuaire d’Elya ainsi sans doute qu’à la salubrité des eaux de son estuaire. Je demandai à l’aubergiste l’hospitalité de son écurie, qu’il m’octroya d’autant plus volontiers qu’une de ses juments étaient actuellement malade. Je soignai aisément la pauvre bête, si rapidement qu’il m’offrit de me restaurer dans la salle commune. Il y régnait une ambiance virile mais joyeuse. Beaucoup de prétendants désargentés avaient été envoyés dans cette auberge, les frais d’ébergement étant remboursés par les castes des prétendants pour ceux qui en avaient une.
Comme je savourais mon gruau, un protecteur vint me demander s’il pouvait s’asseoir à ma table. J’acceptais volontiers, ayant quelques égards pour ces courageux soldats de Brorne [Grand Dragon de la Pierre. Il aime : l’ordre. Il n’aime pas : le désordre, les marteaux piqueurs, Kalimsshar. Il dirige : les protecteurs.] qui font respecter l’ordre draconique de par le monde. Il dit se nommer Galaad, et me présenta son compagnon de voyage, un nommé Azyel, un mage. Le premier était un homme fier et séduisant, aux cheveux courts et d’un noir corbeau. Il arborait les signes de sa caste avec une évidente fierté, et son bouclier en forme d’écaille de dragon, symbole des protecteurs, ornait son bras gauche. Le second était plus énigmatique, vêtu d’une robe de mage sombre laissant apparaître par endroit des runes rouges ou grises, sans doute représentant les éléments qu’il affectionnait, le feu et la pierre. Son regard un peu fou se portait de tous côtés, et il parlait avec véhémence de nombreux sujets, mais surtout de batailles. Bref, on le sentait bien plus inspiré par Kroryn [Grand Dragon du Feu. Il aime : la baston. Il n’aime pas : qu’on se foute de sa gueule, les extincteurs, Kalimsshar. Il dirige : les combattants.] que par Nenya [Grand Dragon de la Magie et des Rêves. Elle aime : fumer des buzz. Elle n’aime pas : les mauvais trips, genre Kalimsshar en short. Elle dirige : les mages.]. Ils déclarèrent être venus depuis Kern pour assurer un supplément d’ordre dans la cité, car des troubles étaient à craindre étant donné la situation politique.
En effet, même sans les idées de croisade anti-humanistes qui couraient dans l’air, la situation politique des Marches Alizées, privées de leur souverain, était des plus précaire : fédération de quatre comtés, la riche Olanie au nord, le Royaume Arboricole boisé à l’est, la Falonie minière au centre et l’aride Ircadie au sud, les Marches Alizées étaient un État côtier à l’emplacement stratégique dont tous les sous-chefs ne tarderaient pas à se disputer les morceaux. Comme a dit le Très Saint Folasse : « Quand le lion est mort, les vautours se disputent sa proie » (bien que personne ne sache plus ce que signifie le mot lion…).
Azyel, pour sa part, décrivait les Marches comme « un vortex de trou noir au milieu », ce qui en charabia mage signifie sans doute à peu près la même chose.
-------------------- Neil
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Réponse au Sujet 'Les Prétendants d'Elya' a été posté le : 13/01/05 09:34
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Après le repas, ils me proposèrent d’aller dans une taverne proche afin de prendre un peu la température de la ville. Je les suivis sans intention de boire quoi que ce soit, et me retrouvai au rez-de-chaussée de l’auberge du Poney Fringuant, où des prétendants plus sérieux et plus fortunés avaient été envoyés. Il y avait là entre autres un groupe de chevaliers très occupés à festoyer. Nous nous rendîmes à une table proche, la seule où il restait quelques places. Deux mages y étaient déjà installés : un jeune homme charmant et délicat nommé Aléthéïos, et son assistante, une jeune femme brune au charme troublant nommée Thallia. Tous deux arboraient les signes distinctifs des mages du rêve, avec des bracelets précieux couverts de runes. Je retrouvai également avec surprise le courtisan que je comparai tantôt à un faisan. Il se présenta tout simplement comme « Vallach’, marquis de Veynes, le futur mari ». Son attitude était celle d’un conquérant pour qui rien n’est impossible, malgré un physique de gringalet. Une fatuité incroyable se dégageait de cet individu, et je le pris soudain en pitié à l’idée qu’il pût croire sérieusement qu’une demoiselle de qualité comme la princesse puisse s’éprendre d’un tel ramassis d’apparences.
Il s’agissait cependant de gais compagnons de tablée, et la conversation fut des plus distrayantes, sinon enrichissante (ils venaient tous d’arriver en ville, et aucun ne savait rien des phénomènes de la forêt voisine). Le Marquis Vallach’ (qui prononçait son titre de telle façon qu’on entendait quasiment la majuscule) critiqua à plusieurs reprises l’odeur d’étable que je dégageai, mais je laissai dire l’homme-oiseau qui m’inspirait plus de commisération que d’inimitié. Azyel, lui, ne cessait de parler de choses incompréhensibles que seul Aléthéïos semblait à la fois écouter et comprendre. Galaad discutait beaucoup avec Thallia, dans un but plus qu’évident, et celle-ci ne semblait pas indifférente au ténébreux protecteur.
Nous en vînmes à parler des prétendants (des « bouffons prétentieux », selon Vallach’, « indigne d’une beauté comme la princesse Nadia », omettant de signaler qu’il n’avait lui-même jamais ne serait-ce que vu la princesse en question). Apparemment, un très sérieux rival se tenait quelques tables plus loin. Il s’agissait du prince-marchand Argen de Jaspor, un homme bien mis, dont le regard inspirait confiance. Jaspor étant la grande île face aux Marches Alizées, un lien entre les deux pays serait une bénédiction pour la famille régnante. Argen avait une réputation de roublard et d’homme d’affaire redoutable. Un concurrent sérieux donc.
Un autre sérieux, c’est le comte de Falonie. Longtemps ministre de l’intérieur des Marches, il partait grand favori pour la succession au trône jusqu’à ce qu’on apprenne la décision du roi de laisser sa fille choisir. Il reste un parti intéressant : la Falonie est une contrée riche de ressource, il connaît bien l’exercice du pouvoir et avait la confiance de l’ancien roi.
Un concurrent plus amusant sirotait une cervoise en grattant son luth une table plus loin. Il s’agissait d’un ménestrel qu’on disait très attaché à la princesse durant leur enfance à tous deux. Il en est finalement tombé fol amoureux, et désespère de la séduire comme elle a su le faire avec lui. On dit qu’il va tenter le tournoi de chevalerie pour se faire voir. Vu sa carrure, le combat ne devrait pas durer longtemps (sauf s’il tombe contre Vallach’).
-------------------- Neil
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Réponse au Sujet 'Les Prétendants d'Elya' a été posté le : 13/01/05 09:37
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À un moment dans la soirée, je vis un des chevaliers se lever l’air inquiet et se diriger vers l’entrée de la taverne, où était rangée son épée à deux mains (un monumental braquemart de presque deux mètres de long). Il saisit l’arme et tenta de la dégager de son fourreau. Il n’y parvint manifestement pas, ce qui était étonnant vu sa stature de colosse. Aigri, il reposa son arme et retourna à sa table, apparemment soucieux de ne pas faire remarquer la raison de sa courte absence à ses camarades, eux aussi des titans. Aléthéïos, qui semblait avoir repéré le manège, héla le combattant qui fut ravi de cette diversion. Il se joignit à nous, autant que l’espace sur le banc le permettait (et encore était-il en tenue légère, avec juste une côte de maille, un plastron de cuir bouilli et une grande cape). Son visage dur et carré était encadré d’une chevelure aux reflets paille qui descendait dans son dos en une cascade peu peignée. Ses yeux bleus reflétaient la vitalité et l’expérience des gens de son espèce, ainsi que cette fierté insurpassable des hommes d’armes. Il s’appelait Pelenor, chevalier de l’Ordre du Corbeau de Fer, et personne ne trouva ça drôle.
Comme nous avions trois mages à notre table, il en vint vite à nous raconter ce qu’il venait de lui arriver : il devisait joyeusement avec ses compagnons lorsqu’il avait aperçu une forme de la taille d’un chat près de son épée. Elle s’était enfui rapidement, mais quand il avait essayé de défourailler la lame avait semblé comme sertie dans le fourreau. Il était visiblement très ennuyé, comme tous ceux qui perdent ce par et pour quoi ils vivent.
Azyel s’excusa de ne pouvoir rien faire, mais il était un mage de bataille et n’entendait rien à ce genre de malédictions. Cependant il se faisait fort d’enchanter toutes les épées de la tablée, et les armures, et les ustensiles, si qui que ce soit le lui demandait. Aléthéïos déclara à son tour que c’était hors de ses compétences, de même que Thallia. Il conseilla de se rendre au bâtiment de la caste des Mages, où ils pourraient en apprendre plus sur cette étrange malédiction, et sans doute l’annuler. Il ne sentait autour de l’épée qu’un résidu de magie de la nature. Tout le monde se tourna vers moi, mais chacun savait que les prodiges n’avaient pas de tels pouvoirs, et que nos lois nous interdisaient ce genre de plaisanteries gratuites.
Comme Pelenor ne semblait toujours pas remis, Vallach’ crut bon de lui « offrir sa protection » jusqu’à ce que son épée soit en état, ce qui fit bien rire la tablée. L’idée que ce freluquet puisse protéger de sa rapière un pareil colosse était hilarante : Pelenor aurait sans doute pu tuer un potame d’une seule main. Aléthéïos remarqua d’ailleurs que l’incident avait amusé plus d’une table, puisque le prince de Jaspor avait gratifié notre direction d’un sourire éloquent tout en montant vers sa chambre (il avait réservé tout le deuxième étage). Le mage sentit autour de lui un relent de magie du métal, mais « rien d’alarmant, sans doute des protections. Pour un marchand influent, c’est sans doute indispensable. »
Aléthéïos, Pelenor et moi partîmes donc pour la caste des Mages. La soirée s’avançait, mais un mage débutant faisait office de permanence. On sentait néanmoins en lui le feu sacré, la confiance aveugle qu’ont en eux ceux qui commencent à contrôler un pouvoir auquel le commun n’a aucun accès. Ce que les paysans des campagnes de Kor, dans leur langage pittoresque et imagé, appellent un « sale petit con ! »
Il nous déclara après une rapide audience que la malédiction était sans doute le fait d’un membre du peuple des Faës. Ils avaient beaucoup de cas semblables en ce moment. Des farfadets qui quittaient la forêt et venaient en ville pour jouer des tours. Comme je faisais remarquer que c’était très inhabituel, il me dit que quelqu’un avait dû leur faire une crasse, du genre qu’on n’oublie pas comme ça.
« C’est bien gentil tout ça, mais moi je n’ai jamais fait le moindre mal à ces lutins, et j’aimerais bien qu’on me répare mon épée !
- Ça va, ça va, on va vous le réparer votre machin ! Demain, 18 h, notre expert en magie naturelle pourra s’en occuper, ça vous va ? »
Ces phrases avaient été prononcées avec le plus grand dédain pour le combattant, qui mesurait pourtant deux têtes de plus que le jeune magicien. Pelenor semblait lutter pour ne pas lui sauter à la gorge, mais Aléthéïos calma le jeu en assurant que « ça ira très bien. À demain en ce cas. »
Comme la nuit tombait, tout le monde alla se coucher, et je réintégrai mon écurie. Nous convînmes de nous revoir le lendemain. Après tout, ces gens pouvaient s’avérer utiles pour mon enquête, si je les aidais de mon côté.
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Réponse au Sujet 'Les Prétendants d'Elya' a été posté le : 13/01/05 22:07
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Les Nobiliaires Noctambules
Le lendemain matin je me rendis directement au temple d’Heyra. De nombreux prodiges s’y trouvaient, méditant ou échangeant leurs expériences, ainsi que quelques femmes venues accomplir les rituels de fertilité et un groupe de porteurs d’arcs, vraisemblablement des chasseurs locaux. Ceux-ci étaient venus prier Heyra de leur épargner de nouveaux ennuis. Apparemment, les récits parvenus jusqu’à moi péchaient par modestie : les bêtes sauvages étaient réellement devenues très féroces, loups et sangliers agressaient régulièrement les paysans et les forestiers, et plusieurs bûcherons manquaient à l’appel chaque semaine. Les meilleurs pièges étaient déjoués avec un machiavélisme qui n’avait rien d’animal.
Après quelques génuflexions d’usage, je sortis et retrouvai Vallach’ et Aléthéïos qui confirmèrent mes craintes : sur le chemin du palais (Vallach’ voulait « reconnaître les lieux pour le soir »… ?) ils avaient sauvé un homme qui tombait d’un échafaudage. Vallach’ insista beaucoup sur le fait que c’était lui qui avait sauvé l’ouvrier, bien qu’Aléthéïos m’eût vite fait comprendre d’un signe de main qu’il avait plus amorti la chute de l’homme qu’autre chose.
Cependant leurs versions convergeaient en un point : la corde qui avait lâché s’était dénouée toute seule, comme par magie. Une nouvelle « farce » des Faës, vraisemblablement.
Or rien, je dis bien rien, ne peut d’ordinaire forcer les Faës à quitter leur forêt. Qu’est-ce qui avait bien pu les énerver au point d’envahir la ville ?
Un peu plus loin, nous croisâmes Pelenor, Galaad et Azyel qui chevauchaient vers nous. Pelenor et ses amis chevaliers étaient allés proposer leurs services aux protecteurs pour servir de suppléments de sécurité, mais ces derniers avaient bien assez d’hommes. Tout au plus ont-ils évoqué des troubles du côté du port entre deux bandes rivales. Probablement aucun rapport avec notre affaire.
Par contre, Galaad a pu surprendre une conversation entre deux gardes, qui évoquaient la récente agression des gardes des portes de la ville. Apparemment, cela s’est produit deux fois, il y a une semaine et trois jours, au niveau des portes sud et ouest. D’après les gardes, et cela n’a pas été mentionné dans le rapport officiel, ils auraient été endormis par une odeur nauséabonde imprégnée sur une étoffe retrouvée non loin. Aléthéïos, qui semble avoir étudié quelques notions humanistes, nous parla de ce genre de créations alchimiques que sont les somnifères. Le chloroforme était autorisé dans des cas exceptionnels par les Grands Dragons, mais cet usage précis était évidemment prohibé dans tous les États draconiques. Azyel semblait craindre qu’un groupuscule humaniste ait réussi à pénétrer la cité, et je ne voyais pas de raison de ne pas le croire.
Cependant, si nuisibles que soient les humanistes, je ne les pensais pas capable de mettre en colère toute une forêt à ce point. Nous poursuivîmes notre enquête le long de la ville, dans une chapelle de voyageurs, parmi les commerçants, mais ni les serviteurs de Szyl [Szyl : Grand Dragon du Vent. Il aime : les voyages. Il n’aime pas : s’ennuyer, Kalimsshar. Il dirige : les voyageurs.], ni ceux de Khy [Khy : Grand Dragon des Cités. Il aime : l’humanité, les jeux de mots sur son nom. Il n’aime pas : sa forme draconique, l’idée de génocide, et bizarrement il aime bien Kalimsshar. Il dirige : les commerçants.], ne purent nous aider… Tous évoquaient de multiples incidents à travers la cité, tous parlaient de problèmes en forêt avec les animaux, mais aucun n’avait la moindre idée d’explication.
Finalement, Pelenor s’isola quelques temps. Il disait être lié avec un dragon de la nature, et désirait s’entretenir avec lui par télépathie. Quelques minutes plus tard, il revint la mine un peu déconfite.
« Que t’a-t-elle dit ?
- Elle m’a dit que c’était étrange, et qu’il faudrait enquêter.
- Nous voilà bien avancés ! » s’insurgea Vallach’, qui semblait s’impliquer de plus en plus dans l’enquête. Ce qui finalement était logique puisque dans son esprit la ville serait bientôt sous sa responsabilité. « Ta copine aurait pu nous donner des renseignements plus utiles !
- Elle est trop loin d’ici pour en savoir plus, mais elle m’a dit qu’en gros, la forêt avait l’air en colère. Très en colère.
- Bien, nous voilà bien aidés ! Bah, peu importe, allons nous sustenter. Mon estomac crie famine, j’imagine que vous êtes dans le même cas. Allons à l’Anguille crevée, car je sens que si nos ventres concordent, nos bourses n’agréent pas forcément de la même façon. »
Cette manière de rappeler à la moitié du groupe qu’elle était nettement moins argentée que l’autre nous laissa froids, et l’auberge nous fit bon accueil.
-------------------- Neil
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Réponse au Sujet 'Les Prétendants d'Elya' a été posté le : 13/01/05 22:14
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Une fois restaurés, nous sortîmes et pûmes admirer le cortège d’un nouveau prétendant, le champion d’Ircadie. Je dois dire qu’il était impressionnant. J’avais qualifié Pelenor de colosse, par comparaison à mon physique un peu fluet, mais ce combattant-ci était un monstre, une bête de muscle. Athlétique, une peau tannée par le soleil brûlant du sud des Marches Alizées tendue sur des muscles saillants, de longs cheveux tombant sur un dos droit, un menton volontaire, un regard d’azur qui vous vrillait jusqu’à l’os… Même Vallach’ sembla mal à l’aise à l’idée de l’affronter en combat singulier, ou même de l’avoir comme rival.
Selon son valet (celui qui tirait l’âne, et que nous avions depuis appris à connaître sous le nom de Bernardo), il s’agissait d’un certain Cranor, grand espoir des combattants, comme en témoignait son épée bâtarde dont le fourreau était attaché sur son dos, à la mode barbare.
Le reste de la journée ne nous apprit rien de plus, et nous nous rendîmes en soirée à la caste des Mages, afin de « soigner » l’épée de Pelenor, qui avait rongé son frein tout l’après-midi et semblait un tout petit peu moins à l’aise que s’il avait dû se promener entièrement nu dans la grand-rue. Nous laissâmes donc à l’auberge Galaad, qui était en charmante discussion avec Thallia.
Le mage de la nature était bien plus sympathique que son jeune collègue de la veille.
« Mais pourquoi n’êtes vous pas venus plus tôt dans la journée ? Je n’avais rien à faire… »
Pelenor se jura d’étrangler le jeune blanc-bec s’il le revoyait, et confia sa lame au praticien, qui vint rapidement à bout du sort. Un interrogatoire subtil montra qu’il n’en savait pas plus que les autres villageois : quelqu’un avait dû faire quelque chose de terrible à la forêt.
Nous lui proposâmes de se joindre à nous le lendemain pour un petit raid dans les bois, histoire de s’assurer de visu de ces racontars. Pour sa part, il était tout disposé à les croire sur parole, les racontars, et n’avait aucune envie d’aller tenter le sort, mais nous sûmes nous montrer convaincants.
En rentrant vers la taverne, nous retrouvâmes Galaad, qui semblait quelque peu aigri. Apparemment, Thallia ne « sentait pas d’avancée majeure dans leur relation », ce qui, selon Pelenor, voulait dire : « Va te coucher ! » Le protecteur étant donc bien partant pour un peu d’action, il proposa de surveiller les portes de la cité. Comme elles étaient fort nombreuses, nous résolûmes de nous limiter aux quatre les plus méridionales, avec l’aide de quelques-uns des amis chevaliers de Pelenor. Ce dernier semblait assez mitigé quant à l’idée de mêler ses collègues à cette histoire, mais il dut reconnaître qu’ils étaient d’excellents alliés en la circonstance, puisque avides d’action et très performants.
Aléthéïos semblant avoir pris fait et cause pour Vallach’ (il m’avait pourtant semblé un garçon réfléchi pour son âge… sans doute le romantisme échevelé de la jeunesse le poussait-t-il à jouer les Cyrano d’opérette) les deux comparses déclinèrent l’invitation et filèrent au château, apparemment pour lancer un plan subtil fomenté de longue date par le Sieur de la Faisandière.
-------------------- Neil
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Réponse au Sujet 'Les Prétendants d'Elya' a été posté le : 14/01/05 20:35
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Je pris donc en charge la porte sud avec Pelenor. Galaad et Azyel géraient la suivante, les deux dernières étant gardées par André, Raoul, Bertrand et Serge (mais où vont ils chercher des noms pareils ?), tous quatre chevaliers d’ordres divers. Il était plus que probable que l’attaque viendrait du sud, depuis la forêt, si l’affaire avait bien un rapport avec celle que nous suivions.
Nous attendîmes longtemps en silence. Le relatif manque d’assurance avec lequel j’avais connu Pelenor jusqu’ici avait disparu en même temps que l’enchantement sur son arme, et il ressemblait maintenant plus que jamais à une machine de guerre prête à se déplier en un instant et à découper tout ce qui l’approcherait.
Tout à coup, nous entendîmes un grand cri suivi d’un bruit désagréable de crâne cassé en deux. Nous accourûmes vers la porte gardée par nos camarades, et trouvâmes Azyel à moitié explosé par terre, le crâne fendu et un ou deux bras cassés. Ses jambes essayaient manifestement de courir dans la direction où on devinait Galaad poursuivant son agresseur, mais c’était là réflexe digne de poulet étêté. M’approchant de lui, je concentrai ma force et ma puissance et fit appel au Don guérisseur de Heyra. Azyel se releva péniblement, ne souffrant plus que d’une écorchure au cuir chevelu et d’hématomes aux bras. Sa première tentative pour courir fut un échec assez pitoyable, mais au bout d’une minute il parvint à peu près à se tenir debout. Le soin physique est immédiat, mais la séquelle psychique est forcément plus lente à cicatriser. Nous vîmes alors Galaad revenir, précédé d’une silhouette attachée, encapuchonnée de velours noir.
« Nous l’avons vue sauter de toit en toit à proximité de la porte. Azyel a voulu lui courir après. Il a aisément escaladé le mur grâce à un sort dont je préfère vous passer les détails…
- Mais si, c’est un sort de Mat-Ryxx. Il permet de s’appuyer sur les murs si les chaussures ont été convenablement enchantées, et comme j’ai passé toute la soirée d’hier à enchanter mes affaires, je…
- Oui, oui, oui… Donc, une fois en haut, il a interpellé la personne ici présente, mais celle-ci s’est enfuie en sautant de toit en toit. Et cet imbécile s’est un peu surestimé en tentant le même exploit. Il s’est presque rattrapé à la bordure, mais celle-ci a lâché au mauvais moment et il est tombé. Je me doutais que vous arriveriez, alors j’ai poursuivi la… euh, la poursuite, quoi !
- Bien, voyons à qui nous avons affaire… »
Azyel baissa la capuche de la jeune personne qui s’avéra être une jeune fille. Des yeux verts magnifiques, une longue chevelure brune, un visage doux et agréable, du moins devait-il l’être en temps normal car là, elle semblait plutôt en colère. Galaad prit la tête de l’interrogatoire.
« Je me nomme Luna. Que me voulez vous ?
- Qu’est-ce qu’une jeune fille comme vous, qui porte des vêtements de qualité… » il retroussa les manches de la jeune fille, révélant de grands bracelets ouvragés et couverts de runes « mage de surcroît, peut bien faire sur les toits des quartiers mal famés à une heure aussi tardive ?
- En quoi cela vous regarde-t-il ? Est-il à présent interdit de se promener le soir en sa cité ? Et qui êtes vous d’abord ?
- Les questions, c’est nous qui les posons ! s’exclama Azyel, ayant visiblement mal pris sa chute durant la poursuite.
- Du calme, tempéra Galaad. Nous sommes responsables de la sécurité durant les festivités. Votre attitude était suspecte, nous vous avons interpellée et vous vous êtes enfuie. Pourquoi ?
- Je suis commerçante, j’ai une petite boutique d’ustensiles magiques dans le quartier nord. J’aime me promener la nuit, mais les rues ne sont pas sûres, alors je préfère les toits. Il n’y a aucun mal à ça, que je sache, officier ?
- Mage, commerçante, vous cumulez les castes dites-moi. Mais peut-être ces bracelets sont-ils du toc…
- Du toc… c’est probable, intervint de nouveau Azyel. Ces runes indiquent une mage de l’eau, des cités et du métal. Ça fait beaucoup !
- Je suis polyvalente, et alors ?
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Réponse au Sujet 'Les Prétendants d'Elya' a été posté le : 14/01/05 20:37
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- Ce n’est pas si simple. Et vous vous trahissez en énonçant un mensonge aussi grossier : ces formes de magies ne vont pas ensemble. Ozyr [Ozyr : Grand Dragon de l’Eau. Elle aime : la solitude, le savoir. Elle n’aime pas : que d’autres sachent, les démarcheurs, Kalimsshar. Elle dirige : les érudits.] et Kezyr [Kezyr : Grand Dragon du Métal. Il aime : le travail bien fait. Il n’aime pas : les maladroits, les coups de marteau, Kalimsshar. Il dirige : les artisans.] ne font pas bon ménage ! »
La jeune fille rougit légèrement. Nous avions tous de toutes façons beaucoup trop voyagé pour ne pas reconnaître une menteuse quand nous en croisions une.
« Et vous êtes fort bien habillée, même pour une commerçante.
- Excusez-moi de réussir dans la vie. Tout le monde ne peut pas être soldat. »
Galaad prit mal le fait d’être rabaissé au simple rang d’homme d’armes. Il était Protecteur, membre de la force draconique, chargé de faire respecter l’ordre dans toutes les régions où règnent les Grands Dragons… Pas un petit garde du guet municipal !
« Très bien ! Vous allez nous suivre à la caserne des protecteurs, et nous allons vérifier que votre échoppe est aussi florissante que vous le semblez croire. »
Et ce faisant, il empoigna la jeune fille et commença d’avancer. La jeune fille tenta de résister, mais il l’emporta vite.
« Une seconde… Je veux dire, attendez ! Protecteur… Écoutez, d’accord, je ne suis pas commerçante !
- Vous m’étonnez fort, ironisa Galaad sans toutefois s’arrêter de marcher.
- Bon, très bien, je suis la fille du régent des Marches Alizées. »
Le groupe s’arrêta, stupéfait. Tout le monde se tourna vers la fille.
« Je… Je n’ai pas le droit de quitter le palais, alors je m’en échappe de temps à autres de cette manière. Les gardes ne font jamais de difficultés, et je peux me promener en toute quiétude. »
Une fois de plus, la surprise passée, nous comprîmes que nous avions affaire à un mensonge. Pas si grand que la dernière fois, mais un mensonge tout de même.
Galaad eut alors une lueur fugitive dans les yeux, comme si un éclair avait fusé dans son esprit. Il saisit la jeune fille par le bras et lui susurra quelques mots à l’oreille.
Elle ouvrit de grands yeux azuréens, se dégagea vivement et demanda : « Et quel genre de geste attendez vous ? »
Galaad, se faisant moins dur, s’inclinant presque : « Si vous avez besoin d’aide, nous logeons à l’auberge de l’Anguille crevée, dans le quartier près du château. Venez nous voir. »
La jeune fille fut pour le moins surprise de ce changement de ton. Elle fit un geste de remerciement, ramena sa capuche sur sa tête et commença à faire mine de partir.
« Désirez vous une escorte ? demanda Galaad, tout investi de son rôle de protecteur.
- Non… Ce ne sera pas nécessaire, merci.
- Comment peut-on rentrer en contact avec vous ? »
Elle se retourna, et un petit sourire mutin se dessina sur son visage. Ses grands yeux bleus se fixèrent sur le protecteur : « Vous voulez rentrer en contact avec moi ? »
Galaad répondit par un petit sourire gêné. Elle s’éloigna et disparut dans la nuit.
« Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? s’exclama Azyel, peu amène de voir la proie pour laquelle il avait perdu un nombre déraisonnable de neurones s’enfuir aussi facilement.
- C’est vrai, Galaad… Que lui as-tu murmuré à l’oreille ? demanda Pelenor, qui s’efforçait de garder son calme mais dissimulait mal sa nervosité.
- C’est la princesse Nadia.
- … béâmes-nous en chœur.
- J’ai prêché le faux pour savoir le vrai, je lui ai dit d’arrêter son cirque, que nous voulions bien garder son petit secret mais qu’elle devait faire un geste.
- Intéressant, dis-je. Et comme geste, tu lui as donné notre adresse au cas où elle aurait des problèmes. Et tu penses vraiment qu’une demoiselle de cette qualité viendra nous voir, nous, un aréopage hétéroclite de…
- Un aéroquoi ? s’exclama Pelenor, dont la lame brillait malheureusement plus fort que l’esprit.
- Peu importe. Qui te dit qu’elle ne nous a pas baladés une fois de plus ?
- Mon instinct. Et toi Fagus, qu’est-ce qui te fait croire qu’elle nous a menti ?
- Mon sens de l’orientation. Ou il m’abuse fort, ou elle n’a pas vraiment pris le chemin du palais.
- Mortecouille, mais c’est pourtant vrai… Sus à la gueuse ! s’emporta Azyel.
- On t’en demande pas tant. La retrouver, ce sera déjà bien. Je m’en charge… »
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Réponse au Sujet 'Les Prétendants d'Elya' a été posté le : 17/01/05 19:43
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En fait, je ne l’avais jamais vraiment perdu. Comme nous conversions, je menais adroitement la marche de mes camarades le long des venelles qu’avait empruntées la charmante créature, et une fois acquis l’aval de mes compères de fortune, je m’élançai à sa poursuite. Je la retrouvai bien vite alors qu’elle pénétrait dans un vieil immeuble désaffecté haut de quatre étages, bien plus que les bâtiments mitoyens. J’entrai à mon tour, suivi de mes associés, dans la plus grande discrétion.
Nous autres prodiges n’avons pas le droit de porter armures et cuirasses. Seuls nous sont autorisés le pagne traditionnel et le shaaduk’t, notre fidèle bâton. Les castes guerrières ont toujours considéré ce point comme un désavantage. Elles oublient qu’il nous permet une liberté de mouvement et une furtivité que les tanks comme Pelenor ne pourront jamais égaler.
J’arrivai ainsi aisément au quatrième étage, et restant dans l’escalier je pus entendre la conversation qui se tenait dans une pièce du couloir, vraisemblablement entre deux jeunes filles :
« … ai été agressée par une bande de types un peu bizarres. Apparemment des prétendants.
- Ah bon ? Ils sont mignons ?
- Ma foi… Pas tous. Mais certains sont, disons… intéressants.
- Tu me raconteras tout ça plus tard, il faut aller voir les autres.
- Tu as raison, allons-y. »
Je descendis silencieusement les marches et fis signe aux autres de se dissimuler. Je rentrai dans une pièce vide et poussiéreuse, et les laissai descendre l’escalier.
Une fois dehors, la poursuite reprit, cette fois en direction du palais. La seconde jeune fille semblait de loin une copie conforme de la première : une cape et un capuchon noirs, des cheveux bruns et longs qui ondulaient dans le vent de la course comme une crinière sombre…
Arrivées au palais, elles se dirigèrent vers une poterne sur le côté, firent un signe aux gardes de faction qui les laissèrent passer sans mot dire, et entrèrent en utilisant la clé.
Je racontai à mes camarades ce que j’avais entendu à l’étage, et nous dissertions sur l’identité de ces « autres » quand nous vîmes apparaître sur le chemin menant au palais Aléthéïos et Vallach’, essoufflés mais joyeux, qui s’en venaient à notre rencontre. Quand je dis que nous les vîmes apparaître, c’est au sens propre : l’instant d’avant je suis certain qu’ils n’étaient pas sur la route. Aléthéïos nous expliqua que Vallach’ avait l’intention de jouer une sérénade à la princesse sous son balcon, bravant les gardes et démontrant ainsi son courage et sa témérité. En fait, de témérité il n’avait pas eu besoin, puisque le mage des rêves lui avait proposé de le cacher par un sortilège d’illusion dès que les gardes pointeraient le bout de leur hallebarde.
Tout s’était apparemment très bien passé ; Vallach’ nous narra l’anecdote en long, en large et en travers. Avec ses mots à lui ça donnait à peu près ça :
« Je sortis mon violon et entamai la 14e Sérénade en ut mineur de Mathiass Enriço… Au bout de quelques mesures enchanteresses, la fenêtre du balcon s’ouvrit et, ô merveille, en jaillit la plus magnifique des femmes. Un sourire enchanteur, une cascade de boucles blondes qui ondulaient jusqu’à un corsage retenant deux fermes globes… Des yeux d’un bleu lipide, du bleu dans lequel les oiseaux amoureux se noient, et, j’en jurerais, qui tremblaient au rythme de ma mélodie d’amour. Mon archet, d’ordinaire simplement virtuose, s’emballa dans une sarabande effrénée à sa simple vue. Ses douces mains se joignirent et un soupir quitta ses lèvres purpurines pour venir s’échouer à mes oreilles. À ce moment, des lueurs commencèrent d’apparaître au rez-de-chaussée, et les gardes de sortir de partout. C’est alors que mon fidèle ami le mage lança son sort et mystifia l’adversaire tout en enchantant ma mie, car si je disparus, ma musique demeura et continua de ravir son ouïe d’esthète. Finalement, quand il s’avéra que les gardes commençaient à sentir quelque magie sous le phénomène, et qu’ils allaient chercher leurs propres mages, nous prîmes le parti de fuir, non sans un dernier baiser lancé à ma douce, après quoi nous partîmes sans nous retourner. Je pense que j’ai fait forte impression ce soir, et que la cause est entendue. J’épouserai cette dame. »
Un long silence suivit cette dernière affirmation, un silence plus amusé qu’impressionné. En fait, chacun d’entre nous était en train de chercher comment lui annoncer, de la manière la plus humiliante possible, que la personne pour laquelle il s’était donné tant de mal et avait pris tant de risques ne pouvait tout simplement en aucun cas être la brune princesse Nadia.
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Réponse au Sujet 'Les Prétendants d'Elya' a été posté le : 17/01/05 19:50
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Balade en forêt
Le lendemain, le premier réflexe de Galaad fut d’aller au palais se renseigner sur l’apparence de la princesse Nadia. Après tout, aucun d’entre nous n’était vraiment certain de l’identité de celle qu’il avait croisée pendant la nuit.
Un garde du palais lui décrivit comme une jeune fille belle, aux yeux verts et aux cheveux longs et bruns. Il confirma également son talent dans certains arts magiques, sans toutefois pouvoir détailler plus. En fait, elle avait reçu une éducation générale, et maniait aussi bien les arts occultes que les armes. Son précepteur avait d’ailleurs été le dirigeant local de la caste des Mages, lui-même spécialisé en magie des cités.
Dire que Vallach’ était un peu ennuyé eût été euphémique, et de loin. Après avoir découvert qu’il avait tenté de séduire la mauvaise personne, il fut doublement humilié quand Aléthéïos lui apprit qu’il avait voyagé en rêve dans ceux de la jeune fille, et qu’elle le considérait à présent comme un bouffon fort potable pour le jour où elle serait reine aux côté du prince Argen.
Dégoûté, Vallach’ n’en avait pas moins hâte de rencontrer la vraie princesse, car « si cette blondasse était restée insensible à son charme et à sa sérénade, c’était de toute évidence parce qu’elle n’était pas de sang suffisamment royal ».
Il n’était pas cependant contre une promenade en forêt, car « résoudre un petit mystère et tuer quelques bêtes ne pouvaient que lui faire du bien, et témoigner de l’importance qu’il accordait aux affaires internes de son futur fief ! »
Après avoir pris le mage de la nature qui avait gentiment accepté de nous accompagner et avoir loué les services d’un voyageur (un long marchandage s’était imposé, faisant passer son tarif de 15 à 5 dracs de bronze), nous partîmes pour la forêt.
Le voyage ne fut pas bien long, et nous parvînmes à l’orée du bois au bout de trois heures de marche. Une fois sous le couvert des arbres, le mage invoqua des membres du peuple Faë afin de converser avec eux. Aucun ne répondit à son appel, ce qui l’intrigua beaucoup : jamais pareil cas ne s’était-il produit !
En avançant un peu, le voyageur nous amena à un petit village de chasseurs, qui nous fit pauvre accueil : trois jours plus tôt, un bûcheron avait disparu, et une semaine avant c’était un chasseur qui n’avait plus donné signe de vie après s’être trop enfoncé dans le sous-bois. De pareils cas s’étaient produits dans tous les villages environnants, et les habitants vivaient à présent dans la crainte d’avoir déplu à Heyra. Beaucoup évoquèrent un prodige animal, un être capable de converser avec le peuple Faë mais qui lui non plus n’avait plus donné signe de vie depuis plusieurs semaines.
Après une rapide concertation, nous décidâmes de nous enfoncer dans la forêt et de voir ce qu’il en était. Après tout, nous étions nombreux et puissamment armés (surtout deux d’entre nous), et j’étais persuadé que la forêt cherchait quelqu’un à qui communiquer ses desiderata. Mon rôle m’apparaissait clairement : je devais aller jouer le rôle de médiateur afin d’éviter de nouveaux incidents.
Nous réussîmes à convaincre un forestier de nous accompagner pour nous guider (et nous congédiâmes donc notre voyageur, qui de toutes façons n’avait pas envie de tenter la chance pour un salaire si dérisoire) et nous nous mîmes en chemin.
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Réponse au Sujet 'Les Prétendants d'Elya' a été posté le : 20/01/05 00:33
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La forêt était étrange. De par ma formation, j’étais habitué à arpenter les sous-bois, à harmoniser ma vie avec celle des créatures qui vivent dans ces lieux. La forêt palpite, elle vibre, elle bourdonne et elle glapit, elle hulule et elle hurle, et de temps en temps elle dort…
Mais là, il n’y avait pas un bruit. Pas une vibration. Juste un silence de mort, ou plutôt d’attente. Comme un félin qui se recroqueville, la forêt nous observait et se préparait à attaquer. Chaque buisson semblait dissimuler une paire (au moins) d’yeux hostiles. Chaque terrier suintait de venin, chaque mare scintillait de crocs… Mais pas un bruit, non, pas un murmure. Juste le vent dans la canopée, là-haut…
« Ce n’est pas normal, n’est-ce pas ? murmura Galaad, plus habitué à la ville.
- Non. Quelque chose ne tourne vraiment pas rond. La forêt est en colère, elle est furieuse… Quelque chose lui a été enlevée et…
- Quoi ? Fagus, qu’est-ce qui se passe ? »
Je ne répondis pas. Les sens exercés du chevalier et du protecteur les identifièrent à leur tour, et le mage de la nature m’adressa un coup d’œil terrifié.
Nous sentions les masses approcher, guidées par une noire furie. Nous commençâmes à entendre les buissons craquer sur leur passage.
Juste avant qu’ils apparaissent, nous la vîmes tous distinctement, par petits flashs successifs dans nos esprits. Un visage de conte de faës, une jeune fille magnifique, brune, aux yeux d’une douceur exceptionnelle. Cette courte vision de paradis fut brusquement interrompue par l’irruption des quatre émissaires de la forêt.
Il s’agissait de trois loups gigantesques encadrant un ours qui, sur ses quatre pattes, devait bien atteindre les trois mètres. Aucun ne semblait enclin à parlementer, aussi Galaad et Pelenor défouraillèrent-il de conserve.
Je m’avançai alors. Je n’allais pas laisser s’opérer un tel massacre, ces créatures étaient créatures d’Heyra, elles avaient été injustement spoliées d’un bien et je devais tout faire pour réparer cette injustice. Je me prosternai devant l’ours qui semblait mener la bande, et le suppliai de nous expliquer ce qui s’était passé.
« Fagus…
- Une seconde, Vallach’, je suis occupé là.
- Non mais Fagus…
- J’essaie de nous sauver la peau, pourrais-tu… ?
- Fagus, les arbres bougent ! »
Je me retournai vivement. Effectivement, alors que je n’y prêtais pas attention trois dryades avaient pris le contrôle d’arbres et s’étaient positionnées pour couper notre retraite.
C’est ce moment que les loups choisirent pour passer à l’attaque. Le plus grand bondit vers Galaad, qui encaissa la charge avec son bouclier. Les autres foncèrent vers le mage et le forestier.
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Réponse au Sujet 'Les Prétendants d'Elya' a été posté le : 20/01/05 00:37
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« J’espère que Heyra me pardonnera, mais mort je ne pourrais plus aider la forêt ! » hurlai-je en guise d’excuse. Brandissant mon shaaduk’t, je barrai la route à un des loups et protégeai ainsi le forestier. Me déplaçant souplement je guidai la bête vers moi et la forçai à oublier sa première proie. Je vis que Aléthéïos et Azyel conjuguaient leurs efforts de mages sur le grizzli : le mage des rêves opérait un blocage mental qui perturbait les sens de l’animal, pendant que Azyel préparait un sort de son cru.
Évitant prestement les crocs du canidé géant, je me reculai à portée de bâton et abattit lourdement l’extrémité en forme de masse du shaaduk’t sur le crâne de mon adversaire. Celui-ci resta sonné pour le compte.
Pendant ce temps, Pelenor n’avait pas perdu de temps et avait tranché son loup par le milieu, comme un bûcheron, selon une technique primitive mais efficace. Galaad, de son côté, réceptionnait chaque charge du loup avec son bouclier et ripostait immédiatement par un mouvement tournant se terminant immanquablement par un coup d’épée. L’animal fut vite mis hors de combat.
Vallach’, lui, semblait gravement à la rue. Il tentait maladroitement de se camoufler derrière un buisson, mais son pourpoint rouge vif le rendait aussi discret qu’un pétaure dans un magasin de boîte à musique. Comme les dryades commençaient à s’en prendre à lui, je hurlai à Azyel de s’occuper plutôt d’elles, puisque Aléthéïos semblait contrôler l’ours sans trop de peine. À peine eus-je fini d’articuler que deux boules de feu jaillirent de son gantelet et frappèrent les ligneuses créatures de plein fouet. Un sentiment de folie furieuse envahit alors l’air. Les dryades suintaient la haine par tous les stomates, et leur combustion les rendait à moitié folles.
Nous optâmes alors pour la fuite, afin d’éviter de faire plus de dégâts. Le massif plantigrade resta sur place, trop occupé à rassembler ses esprits, et les dryades désertaient leurs arbres pour se trouver des abris plus sûrs.
De retour au village, nous fûmes accueillis par le forestier qui avait fui dès qu’il en avait eu l’occasion. Il ne pensait pas nous revoir vivants, mais nous proposa néanmoins l’hospitalité pour la nuit qui s’approchait. Le mage de la nature, cependant, déclina l’invitation et préféra rentrer seul à Elya, ayant manifestement vécu assez d’aventures pour le restant de son existence.
La soirée fut l’occasion d’une grande discussion avec les membres du village. Le forestier qui nous avait accompagné nous avoua ne jamais avoir vu la jeune fille que la forêt nous avait montrée, mais il nous parla d’une légende locale : dans un lac non loin d’ici, une jeune fille se serait noyée et elle hanterait encore les lieux. Bien sûr, c’était il y a plus de vingt ans, et il serait absurde que la forêt ne s’en émeuve que maintenant, mais c’est tout ce qu’il voyait.
« Génial ! Une morte d’il y a vingt ans, ça, ça va nous aider dans notre enquête ! critiqua Vallach’.
- Excuse-moi, mais c’est déjà une piste. Et pour l’instant, cette jeune défunte nous a été aussi utile que toi.
- Qu’est-ce que tu insinues ?
- Je n’insinue rien, je déclare que pour l’instant, à part jouer du violon à une personne que tu aimes tellement que tu ne la reconnais pas quand tu la vois, et mal te cacher derrière un fourré, tu n’as pas fait grand chose.
- Cela suffit ! s’exclama Vallach’ en se levant, à quinze pas d’ici je te ferai savoir ce que vaut un Veynes, allez, viens te battre le tonsuré !
- Le faisan se rebiffe ! Perds pas tes plumes, bel oiseau. Je ne disais cela que pour plaisanter. Je suis certain que tu nous seras utile à quelque chose un jour ou l’autre, et au pire Khy a créé les hommes divers et variés afin qu’ils s’entendent en bonne intelligence, et si mon âme appartient à Heyra, je reconnais ma souscription à cette autre intention draconique.
- Qui a créé les hommes ? intervint Pelenor.
- Khy ! Khy a créé les hommes.
- Oui, qui ?
- Bon, ça suffit les nazes ! ordonna Galaad. Au dodo, demain on a du pain sur la planche. Va falloir réveiller les morts ! »
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Réponse au Sujet 'Les Prétendants d'Elya' a été posté le : 20/01/05 21:04
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Le lendemain, sur la route du lac, Aléthéïos nous conta qu’il avait tenté en rêve d’atteindre la jeune fille de la forêt, mais sans succès.
« Ainsi donc, tu peux entrer dans les rêves de n’importe qui ? demandai-je, étonné.
- Point donc, ami prodige. Il faut d’abord que j’aie vu la personne. Et la technique fonctionne d’autant mieux que je sais précisément où elle se trouve, ce qui explique d’ailleurs mon échec de cette nuit.
- Tu parles ! T’as juste fait un jet de ******** ! » commenta Azyel, ce que personne ne releva.
Nous traversâmes plusieurs villages sur le chemin, où la même histoire se répétait indéfiniment. Les bêtes avaient de plus été très nerveuses la nuit dernière, mais cela n’avait rien d’étonnant après ce que nous avions fait. Un des villages nous apprit cependant un détail intéressant : apparemment un convoi avait traversé la forêt en passant par chez eux, dans un but obscur. Aucun paysan ne put nous dire ce qu’il transportait, ni dans quelle direction précise il était parti, mais les dates de passage coïncidaient étrangement avec celles des agressions sur les gardes des portes de la ville.
Le lac était un endroit de toute beauté, une jolie cascade enchantait la clairière d’un doux gargouillis, l’eau présentait des reflets enchanteurs et invitait à la baignade. Comme nous passions derrière la cascade afin de vérifier si la traditionnelle caverne ne s’y trouvait pas, nous perçûmes en limite de nos champs de vision une forme féminine. Apparemment, une jeune femme était en train de se noyer au milieu de l’étendue d’eau ; elle s’enfonçait sans un bruit, sans un appel au secours.
Azyel plongea sans hésiter après avoir ôté sa cotte légère et son épée. À peine avait-il plongé que la jeune femme avait disparu de notre vue, mais cela ne l’empêcha pas de poursuivre sa nage, jusqu’à ce qu’arrivé à mi-chemin, il disparaisse soudain à son tour.
Sa tête jaillit de l’eau, pour y replonger aussitôt, avec force gargouillis et bulles d’imprécations, comme si quelqu’un l’attirait sous la surface contre son gré. Heureusement Galaad avait de l’expérience, et il avait au préalable insisté pour que son collègue protecteur s’encorde solidement. Pelenor et lui ramenèrent donc l’inconscient vers le rivage, où il se hissa en proférant d’aqueux jurons envers l’ondine malfaisante qui l’avait empoigné.
Me concentrant quelque peu, je parvins cependant à rentrer en contact avec l’être d’eau qui lui avait joué ce tour, et une silhouette féminine toute d’eau formée montra son buste à proximité de l’endroit où nous nous tenions.
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Réponse au Sujet 'Les Prétendants d'Elya' a été posté le : 20/01/05 21:07
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« Une ondine… Une vraie ondine… bafouilla Vallach’.
- On peut communiquer avec elle ? demanda Azyel.
- Oui, mais…
- SALE PUTE D’ONDINE DE MES DEUX, SORS DE L’EAU ET VIENS TE BATTRE GROSSE PÉTASSE MAL ESSORÉE… !
- Mais pas par des mots ! Ça suffit Azyel, elle entend ta colère, mais s’en moque bien. De toutes façons tu ne peux rien contre elle, et c’est toi qui as empiété sur son territoire.
- Quoi ? Quoi ? Mais…
- Le mieux serait de lui montrer des images : elle nous ferait ressentir ce qu’elle en pense par empathie. Aléthéïos, tu peux faire ça ?
- Le sort PrintScreen… Oui, j’ai ça en magasin. Une seconde… Voilà. »
Après quelques signes cabalistiques, une image en deux dimensions de la jeune fille de la forêt apparut devant nous et l’ondine. Nous ressentîmes aussitôt un intense sentiment de manque.
« Apparemment nous avions raison : cette fille appartient à la forêt, d’une manière ou d’une autre, et lui a été enlevée. Il nous faut la retrouver si nous voulons qu’elle recouvre son état normal, expliquai-je.
- Essaie une image de Dragon de la nature. Il y en a forcément un dans cette forêt, il devrait gérer tout ça, pourquoi n’a-t-il rien fait ? » proposa Vallach’, pour une fois ingénieux.
Une icône d’une fille d’Heyra apparut à son tour, et un sentiment de souffrance nous heurta de plein fouet.
« Je crois que le Dragon de cette forêt ne va pas fort… » interpréta Pelenor.
Une nouvelle image apparut dans nos esprits, l’image d’un attelage passant près du lac. De grandes jarres portant des runes en composaient le chargement, et il partait vers l’intérieur de la forêt.
« Voici donc notre fameux convoi… Apparemment notre amie liquide le pense aussi lié à toute l’affaire. Vous pensez que nous pourrions retrouver sa trace ? » demanda Galaad.
J’acquiesçai et déclarai que nous pouvions toujours tenter, et je remerciai l’ondine pour l’aide qu’elle nous avait apportée. Elle disparut dans son élément sans un mot, sans une pensée.
De fait, les traces du convoi n’avaient pas été bien dissimulées et il nous fut assez facile de repérer le chemin tracé par les roues de l’attelage, en nous repérant par rapport à la vision de l’ondine. La piste menait à une petite maison de chasseur isolée dans le sous-bois. Le propriétaire était assez inquiet en voyant débarquer pareille troupe, mais il fut rasséréné par les trois dracs de bronze que lui offrit Vallach’, et nous confirma que le convoi transportait des jarres ornées de runes. En fait, les voyageurs (qui étaient souvent cinq ou six) laissaient devant leur maisonnée l’attelage avec le potame qui le traînait, et lui louaient son âne pour transporter plus avant les jarres vides, l’épaisseur de la végétation interdisant le passage au chariot. Ils revenaient quelques heures plus tard, avec des jarres pleines et hermétiquement scellées, et repartaient d’où ils étaient venus.
Pendant que l’homme confessait tout cela, Aléthéïos et moi jouions avec les enfants, qui semblaient dissimuler un objet étrange. Au bout d’un moment, ils se sentirent suffisamment en confiance pour nous le confier : « c’est les gens du convoi qui l’ont laissé tomber. C’est drôlement pointu, faut faire attention… »
Je tressaillis en découvrant l’objet. À mes côtés, Aléthéïos conservait un flegme exemplaire. L’objet triangulaire était de toute évidence un carreau d’arbalète.
Après l’avoir montré à l’assemblée, le doute ne fut plus permis : le convoi était dirigé par des humanistes.
« Maudite engeance ! Que sont ils encore allés manigancer pour nuire à l’ordre des choses ! s’exclama Azyel, dont le côté protecteur prenait par moment des couleurs inquisitrices.
- Euh… Vous êtes sûr qu’il ne s’agit pas de pointes de flèches ? Peut-être des voyageurs…
- Ami Vallach’, tu es agile en parole, mais laisse l’analyse des armes à ceux qui en font profession. Ceci est une pointe destinée à une arme mécanique, un équipement tout ce qu’il y a de plus humaniste, asséna Pelenor, apparemment bien au fait des stratégies guerrières des anti-dragons.
- Nous devrions poursuivre notre route. Je reconnais que je suis inquiet, mais également curieux de savoir ce que les humanistes peuvent trouver de si intéressant qu’ils n’hésitent pas à forcer l’entrée d’Elya » fis-je remarquer.
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Réponse au Sujet 'Les Prétendants d'Elya' a été posté le : 02/02/05 20:46
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Nous poursuivîmes donc. La piste était légèrement moins aisée à suivre, ce qui me permettait de ne pas trop penser aux implications de notre découverte.
Les humanistes voulaient la peau des Grands Dragons, c’était entendu. Ou plutôt, ils voulaient se « libérer du joug sous lequel les tenaient les grands ailés ». Chacun son vocabulaire, quand on veut tuer son chien…
Les humanistes rejetaient en bloc les Édits Draconiques. Ils développaient des arts interdits comme la mécanique, la chimie et la médecine, refusaient la magie de Moryagorn, prônaient la libération, bref autant de fadaises.
En temps que prodige, j’étais par définition hostile à l’Humanisme. Cependant, je me situais, et de loin, dans la fraction tolérante de ma caste. La plupart des humanistes que j’avais croisés étaient plus de doux rêveurs, des illuminés qui tentaient d’améliorer la vie de leurs congénères. Jamais je n’en avais dénoncé un seul, me contentant d’une remontrance et d’une démonstration des vertus draconiques.
Mais ces rares rencontres ne me trompaient pas : je savais que je n’avais affaire qu’à une partie très modérée de la tendance humaniste, et que quelque part dans le nord, toute une nation d’humanistes radicaux s’étaient formée. Et je savais trop bien ce que donnait une grande réunion de doux illuminés : une bande de fanatiques fous furieux qui, pour peu qu’un grand leader se démarque un peu, sombrerait vite dans un délire de conquête sous couvert de libération.
La présence du carreau d’arbalète indiquait la présence d’une section militaire, avec donc une mission précise et sans doute importante pour s’aventurer en forêt, un milieu que traditionnellement les humanistes n’appréciaient pas. Tous autour de moi arboraient des visages graves et inquiets, preuves qu’ils étaient aussi conscients que moi de la taille et de l’importance du lièvre que nous avions levé.
Au bout de trois ou quatre heures de marche, nous arrivâmes sur une petite colline où avait eu lieu il y avait peu un glissement de terrain. Vers la base, on distinguait l’entrée d’une galerie de mine, étayée à la virgule, avec veaux et sapines[Excusez-moi de m'y connaître !]. Nous approchant, nous vîmes que le tunnel s’enfonçait sans surprise sous la colline, et nous distinguâmes çà et là des restes de tonneaux éclatés et à moitié brûlés de l’intérieur.
« De la poudre… murmura Aléthéïos. Une invention diabolique des humanistes. Un explosif puissant. Ils l’utilisent pour creuser leurs mines. »
Nous pénétrâmes dans l’obscur conduit, et Azyel nous éclaira d’une flammèche, un sort mineur de feu bien utile en pareil cas. À mesure que nous avancions, nous commençâmes à entendre un curieux bruit de succion en provenance des parois. Azyel intensifia son sort, découvrant les murs, et nous vîmes alors quantité de vers étranges et fuligineux se trémousser sur les pierres environnantes. Leur nombre augmentait manifestement à mesure que l’on avançait vers le fond.
Galaad trancha un de ces curieux annélides, ce qui n’eut d’autre effet que de produire deux vers, strictement identiques au premier, y compris en taille.
« Quelle est cette diablerie ? Fagus, as-tu déjà vu pareille chose ? demanda Pelenor, inquiet.
- Et bien… fis-je, étonné. La schizométamérie est chose courante chez les annélides, mais je n’ai jamais vu de telles créatures… d’un autre côté je ne suis pas familier de la biocénose cavernicole, peut-être s’agit-il d’une espèce locale de polychète…
- En clair, tu sais pas ce que c’est, résuma Vallach’.
- Moi, je sais. N’y touchez surtout pas ! s’exclama Aléthéïos, à qui je vis pour la première fois l’air inquiet. Ces créatures… Elles ne sont que la marque d’un mal étrange et peu connu des hommes. Elles se nourrissent de magie, aussi il vaut mieux éviter, pour ceux d’entre nous doués de pouvoirs, de s’en approcher.
- Comment sais-tu cela, Aléthéïos ? Qu’est-ce que c’est exactement ?
- On appelle cela le Fléau. Mon père m’en a souvent parlé. Il a combattu cette plaie à travers tout Kor, avec l’aide de valeureux combattants.
- Ces créatures puent le Fatalisme ! Décidément, cette grotte est un repaire pour toutes les vermines de notre monde ! s’insurgea Azyel.
- Je suis navré pour toi, collègue, mais le Fléau n’est pas une création des fatalistes. Pour ce que mon père m’a raconté, il s’agit d’une lèpre mise au point par deux particuliers, des Immortels, qui souhaitaient se venger des Dragons qui les avaient trahis… raconta Aléthéïos, dont l’éternel petit sourire était revenu.
- Cela revient au même. Que sont devenus ces Immortels ?
- Mon père l’ignore. Il a continué à les combattre pendant un temps, puis a opté pour une… une retraite bien méritée. Mais même s’ils ont renoncé, leur lèpre court toujours.
- Mmh… » fit Azyel, à moitié convaincu. Il semblait déjà suspicieux de nature, mais le fait qu’Aléthéïos connaisse aussi bien les mœurs humanistes et soit familier de ce Fléau qui sentait tellement le Fatalisme n’était pas pour arranger les choses.
Mais ces pensées furent interrompues par un soupir déchirant.
Le fond de la caverne semblait obstrué, mais comme nous nous approchions nous vîmes soudain une partie de la paroi se lever et découvrir une sphère brillant faiblement d’un jaune pâle. Nous comprîmes alors que nous étions face à l’œil du Dragon de la forêt.
En regardant mieux, nous distinguâmes mieux les contours de sa tête, ses cornes tombantes, son bec crochu. Il semblait à l’agonie. Sa respiration était sifflante, bourdonnante, comme si ses voies internes étaient encombrées, ses yeux étaient presque vitreux. Il nous vit sans nous voir, en proie à toute la souffrance du monde. Sa tête était couverte de ces vers noirs du Fléau, et s’il s’agissait d’une maladie, il semblait en phase terminale.
« Nous devrions nous éloigner. Les vers de la grotte sont faibles, mais ceux-là sont virulents à souhait. Nous pourrions être contaminés à notre tour. » commenta Aléthéïos en faisant demi-tour. J’esquissai un humble salut et je sortis à la suite de mes camarades.
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Réponse au Sujet 'Les Prétendants d'Elya' a été posté le : 02/02/05 20:49
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L’heure était grave, et dépassai de loin mes compétences. Pelenor s’isola pour communiquer avec son lien draconique. Elle était également Dragon de la nature, elle saurait quoi faire. Il y avait sans doute un moyen de se débarrasser du Fléau, on avait dû trouver depuis l’époque du père d’Aléthéïos. Mais celui-ci ne semblait guère entretenir d’espoir.
« Ami mage, n’y a-t-il aucun espoir à tes yeux ? Ce Grand Dragon devra-t-il capituler face aux ravages d’une maladie ? Comment se peut-il… ?
- La réalité est pire que tu ne le crois, ami prodige. Le Fléau ne se contente pas d’absorber la magie, il provoque des souffrances bien pires que tout ce que tu pourrais imaginer. Mon père a vu nombre de Grands Ailés devenir fous à force de souffrances, et se mettre à tout dévaster sur leur passage jusqu’à ce qu’un être courageux réussisse à faire taire leur douleur en les achevant. Je sais que c’est difficile, mais il m’étonnerait fort que Pelenor ne revienne pas bientôt avec pour consigne l’effacement total de cette colline. »
Pelenor revint justement à ce moment :
« L’affaire est d’importance, elle doit en discuter avec d’autres Dragons… Elle rappellera dans quelques heures.
- Bien. Mettons les choses au clair, si vous le voulez bien… proposa Galaad.
- De toute évidence, une petite faction d’humanistes a investi la ville, dit Azyel, avec un accent haineux sur le mot en H.
- Cela n’a rien d’étonnant. Il aurait été surprenant qu’une grande ville comme Elya, qui plus est à l’interface entre les mondes draconique et humaniste à la veille d’une grande croisade, ne possède pas une cellule humaniste clandestine, déclara Aléthéïos, ce à quoi tout le monde souscrivit.
- Par contre, intervint Vallach’, une fraction de cette cellule semble militaire, et en mission pour les nations humanistes. Et cette mission, étant donné ce que nous savons maintenant, semble claire.
- En effet. Ils viennent jusqu’ici récupérer les vers du Fléau sur ce malheureux Dragon. Peut-être même lui ont-ils inoculé ! soufflai-je.
- Non, ça ne marche pas comme ça, précisa Aléthéïos. Je doute que les humanistes puissent maîtriser le Fléau, ils refusent la magie et ne peuvent donc pas comprendre comment le Fléau fonctionne. Cependant l’usage qu’il lui destine est évident…
- C’est une arme redoutable contre l’armée qui se prépare à envahir leur pays. Sans les Dragons et les mages, nous n’irons pas loin, exposa Pelenor. Je pense que…
- Oui ?
- Une seconde… Je capte mal… Attends, je m’éloigne… »
Et joignant le geste à la parole, il s’éloigna de nouveau, manifestement en contact avec son Dragon. Cependant je m’entretenais avec Aléthéïos :
« Ton père semble avoir connu de nombreuses aventures…
- Oh oui. C’est un mage lui aussi. Il était inspiré par une Étoile, et suivait sa destinée aux côtés des autres élus de l’astre. Une sacrée équipe à ce que l’on raconte. Il m’a beaucoup appris, et je crois pouvoir affirmer que sans lui, je ne serais pas ce que je suis.
- J’imagine que ses histoires ont bercé ton enfance…
- Mon enfance… Disons que je ne l’ai pas vue passer. Mais oui, il m’a conté de nombreuses histoires. Sur les Dragons et les Hommes, sur les passions et les guerres, sur les fatalistes et les humanistes. Il m’a terrifié avec des histoires de Slaynns attaquant des auberges la nuit, sans bruit ; il m’a envoûté avec le récit palpitant d’une idylle entre deux êtres que tout opposait ; il m’a raconté comment la vie vous met devant des alternatives déchirantes, comment on doit parfois choisir entre sauver une vie chérie plutôt que des milliers d’autres inconnues ; il m’a appris à me méfier des rêves car ils sont trompeurs et m’a encouragé à les maîtriser pour mieux m’en prémunir ; il m’a appris à chérir mes amis malgré nos divergences d’opinion, car ils sont précieux…
- Il faudra me les raconter. Je les propagerai de par Kor, et nul n’ignorera plus les exploits du père d’Aléthéïos le mage.
- Peu sont racontables, malheureusement. Mais j’essaierai d’en trouver quelques-unes qui ne vont pas trop à l’encontre des Édits Draconiques…
- À ce point ?
- Père a coutume de dire que le seul qu’ils n’aient pas enfreint, c’est la souillure du corps de Moryagorn. Mais il plaisante souvent en disant que Irys ne s’est pas construite en un jour. »
Nous riions ensemble quand Pelenor revint, le regard grave.
« Ils ont pris leur décision. »
Azyel se chargea de la besogne. Il avait visiblement une boule dans la gorge, mais ne bafouilla pas en prononçant son incantation. Le projectile, une boule de feu majeure, plongea droit dans l’ouverture du tunnel, carbonisant veaux et sapines, et la colline implosa dans un grand bruit sourd. Le Dragon ne poussa pas un cri, sans doute soulagé par la venue de la mort qu’il appelait de ses vœux depuis si longtemps.
Nous nous recueillîmes quelques temps, puis, comme il n’y avait plus rien à faire là, nous repartîmes pour la ville.
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