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Haschatan

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   Histoire d'un Nain - Livre I a été posté le : 06/11/04 02:47

PROLOGUE


Hüdüm,
tu n’es encore qu’un frêle être bercé dans le bonheur de l’enfance. Je ne peux me résoudre à te sortir de cette époque bénie de ta vie de Nain, et j’aimerais te dire d’en profiter le plus possible tant que tu en as encore le loisir, mais aujourd’hui sera un dur moment à passer pour toi, puisqu’en plus d’avoir perdu ta mère, tu vas me perdre moi aussi. J’ai failli à ma parole, je lui avais juré de la protéger tant que je serais en vie et je n’ai pu le faire. Pardonne-moi de t’abandonner ainsi, mon fils, mais le seul châtiment qui soit assez pénible pour racheter mon honneur est l’exil. Il fût un temps où nul être, qu’il soit Homme, Elfe ou Démon, n’aurait pu me séparer de vous, mais au moment où je t’écris cette lettre, mon cœur est trop déchiré pour que je puisse continuer à t’enseigner la vie, puisque tu es tout ce qui reste de la mienne. Tu seras bien plus heureux de vivre avec ton grand-père que de vivre avec un Nain tourmenté par la mort de sa femme. Quoi que tu puisses en penser, j’ai tout fait pour la sauver, j’ai tenté de tuer cette bête mais elle était plus forte que moi, et elle m’a vaincu. J’aurais donné ma vie pour sauver Soenia, mais une personne assommée à rarement la possibilité de ramasser sa hache et de retourner au combat… Je te souhaite une vie comme l’a été la mienne, car bien que j’aie connu tous ces tourments, j’ai eu la chance incommensurable d’aimer et d’être aimé par cette femme si admirable et d’une si grande bonté qu’était ta mère, qui a su me combler de joie et de bonheur en plus de m’avoir offert le plus beau des présents, un fils dont j’espère être fier grâce à ses agissements futurs.
Tu seras un forgeron, mais aussi un guerrier, c’est le fardeau de notre famille. Aussi n’oublie jamais les principes du guerrier Nain : bats-toi avec honneur, ne viole pas les femmes, épargne qui s’est bien battu ou qui défend sa famille, ne sépare pas l’enfant de son père ou le père de son enfant. La famille est sacrée, ne t’attaque jamais à elle comme je le fais en ce moment en me séparant de vous. Tu es le fruit de ma vie, et tu seras toujours mon fils ; j’espère que tu me considèreras toujours comme ton père après le terrible coup que je t’assène en t’abandonnant. Ma honte sera retranscrite sur toi, tu seras rejeté par le Dünd par ma faute et, crois-moi, j’en suis désolé. Mais ne fléchis pas, fait rentrer les insultes dans la gorge de ceux qui les profèrent à coups de hache, c’est le seul moyen d’être considéré comme un vrai Nain, mon fils.

Ton père Morgril, qui espère plus que tout que ta vie soit bénie des dieux.

Bénie des dieux, tu parles ! , pensa Hüdüm. Je ne sais pas ce qu’ils foutent mais ils ont dû m’oublier. Il referma la boîte de métal emplie d’étain claire étoffe, dans laquelle son père avait gravé cette lettre. Il alla la remettre dans le local où il rangeait ses bons souvenirs, un petit placard en fait. De nombreuses lettres d’Enia, celle qui aurait dû être sa femme…, une gravure qu’il avait faite de son beau visage, et une gravure de sa mère décédée, c’était ses seuls bons souvenirs avec cette lettre, dernière chose qui lui rappelait qu’il avait un père. Tout le reste de sa vie se résumait en peu de choses : l’apprentissage des arts de la forge et de la guerre auprès de son grand-père, leur mise en pratique et un loisir qui lui permettait de se détendre, jouer d’une cornemuse traditionnelle des Nains, la verzdûm. Son grand-père lui avait appris ces trois métiers, mais parallèlement il aurait préféré retirer le mot « guerrier » de la liste de ses qualifications. Il passa son baudrier et y rangea sa hache, dans le fourreau dorsal, oblique pour pouvoir dégainer son arme plus rapidement et pour que marcher avec elle dans le dos ne soit pas un fardeau insurmontable, comme le sont les fourreaux des épées, qui se prennent sans cesse dans les jambes. Il attrapa sa verzdûm, posée sur la table et gonfla la poche pour en jouer un peu et l’accorder. Il entama quelques notes pour se dégourdir les doigts, tînt la tonique quelques temps, puis la quinte. Trop aigu, pensa-t-il. Il déboîta le chalumeau de la souche et écarta les lamelles de roseau de son anche double, pour que le son soit plus grave. Le Nain fît un autre morceau et s’arrêta, content de son accordage.
« La paix, bordel, il y en a qui dorment ici ! , lança son voisin du dessus.
- A cette heure-ci, il n’y a que les fainéants qui dorment encore, riposta Hüdüm. Et si tu veux je peux te rendre un petit service : sans ta tête, tu verras, ma musique ne te gênera pas le moins du monde! »
Il n’y eu aucune réponse et le Nain se prépara, d’un air content, pour partir jouer au village d’Aurais.


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   Réponse au Sujet 'Histoire d'un Nain - Livre I' a été posté le : 06/11/04 02:49

LIVRE I :



Chapitre1 :

Personne n’était accoudé au comptoir de la Bonne Pinte ce soir-là. Les seules choses qui subsistaient à l’intérieur de la taverne étaient des chopes de bière à moitié vides, du tabac brûlé et du verre brisé jonchant la terre battue. Il ne restait qu’une seule personne à l’intérieur, c’était une jeune femme…une serveuse. L’absence de clients dans cette taverne du Sud, qui d’habitude était pleine à craquer, ne semblait pas la troubler le moins du monde. Elle s’affairait machinalement, derrière le comptoir, à ranger tout ce qui traînait, à remettre les tables poussées dans la précipitation du départ sur pied et à tout nettoyer.
A l’extérieur, une foule s’était amassée autour d’un cercle tracé à même le sol, dans lequel se trouvaient, face à face, deux êtres radicalement opposés : d’un côté se tenait un Homme, épée à la main, un lourd plastron de métal posé sur ses larges épaules et son bras gauche protégé par un pavois dont l’écusson, un dragon doré qui se mord la queue, était le signe distinctif des meilleurs vétérans du roi Smölden, les spadassins d’élite de la race des Hommes ; en face de ce grand héros, distingué dans de nombreuses batailles, se tenait, campé sur ses jambes courtes mais cependant très musclées, un Nain, vêtu simplement d’une tunique et d’un pantalon de lin noirs et ayant pour arme une lourde hache ébréchée qui ne coupait presque plus. Dans le regard du combattant chevronné se reflétait la morosité, la lassitude de tuer, tandis que l’autre acceptait son destin tant bien que mal. Il était prêt à mourir pour l’offense qu’il avait commise à l’encontre d’un si grand guerrier.
Le combat, dont chacun connaissait l’issue, fut bref. Une tête puis un corps tombèrent sans vie sur le sol. La main du cadavre serrait encore son arme avec une ardeur effrayante. Tout le monde ici savait ce qui se passerait quand l’Homme avait offensé Hüdüm, le Nain à la tunique noire. Un grand guerrier était encore tombé sous les arcs flamboyants que décrivait sa hache dans les airs, et pourtant l’Homme avait eu la chance de pouvoir porter le premier coup. Maigre chance de toute façon puisque personne n’avait jamais, jusqu’à lors, réussi à blesser le Nain en combat singulier.
Il essuya sa hache maculée de sang sur de l’herbe proche et effaça le cercle tracé dans le sable de sa botte. Au milieu des acclamations des nombreux parieurs qui avaient misé sur lui de grosses sommes d’argent, Hüdüm retourna dans la taverne pour finir la pinte de bière qu’il avait laissée sur le comptoir. Il était d’une humeur maussade et la but d’un trait, sans même en apprécier le goût. « De toute façon, les bières humaines sont insipides, pensa-t-il en essuyant sa longue barbe. » Il était las, blasé. Il ne pouvait supporter que l’on puisse miser de l’argent sur les combats qu’il faisait, sur son honneur. Il avait entendu, en quittant le lieu de l’affrontement, quelques parieurs discuter d’un « beau combat » .
« Comment peuvent-ils trouver la mort belle, avec tout ce qu’elle nous fait subir ? Ils croient que je suis une bête de guerre et que tuer me fait plaisir. S’ils pensent que ça m’amuse, et bien pas du tout ! La mort s’impose à moi, et je ne rempli les rangs de ses légions que par nécessité ! bougonna-t-il pour lui-même.
- Ce n’est pas ta faute !,lui dit une voix de femme. Arrête de te lamenter sur ton sort, il savait très bien ce qu’il faisait en te provocant. En plus, tu lui as laissé sa chance. Il t’a raté, c’est de sa faute !
- C’est gentil de ta part d’essayer de me remonter le moral, Méléana… Mais le combat était inégal, il ne se battait que depuis une quarantaine d’années. Pour un homme, c’est beaucoup, mais un Nain qui se bat depuis quarante ans, c’est encore une recrue ! C’est pas que je m’ennuie avec toi, au contraire, mais il faut que je retourne au boulot. »
Il retourna sur la petite estrade et reprît son instrument, qu’il avait posé sur sa chaise avant le duel. En outre, il laissait toujours sa hache à côté de lui quand il jouait de la musique. En dehors de ces moments-là, il la gardait accrochée dans son fourreau dorsal, à portée de ses mains abîmées par la guerre et le travail, de façon à être prêt en toute circonstance. Cette hache, il ne l’avait plus quittée depuis que son grand-père, le sage et vénérable Jorël, lui avait offerte cent quatre-vingts ans auparavant, pour le début de son Gúnarlik. Il lui avait appris depuis peu que c’était son père qui, du fin-fond de son exil, l’avait forgée de ses propres mains, gage de l’amour qu’il portait à son fils malgré l’énorme distance qui les séparait. Bien qu’il ne l’eut que très peu connu, Hüdüm portait une admiration immodérée envers ce grand héros qu’était son père. Celui-ci avait quitté les grottes Mytrales, où il avait vécu toute sa vie durant, peu de temps après la naissance de son fils.
En son for intérieur, Hüdüm savait que l’histoire de sa famille n’avait été ponctuée que de malheurs, de guerres et de tueries. Cette histoire était écrite en lettres de sang dans le Grand Livre des Anciens.
Il fixait le vide depuis quelques temps, perdu dans les méandres de ses pensées. Il prît soudain conscience de la longue main aux doigts fins qui tentait de le ramener à la réalité.
« Il serait peut-être temps de te remettre à jouer, Hüdüm ! dit la même voix d’Elfe chaude et claire que tout à l’heure.
- Désolé Méléana, j’était perdu dans mes pensées… »

Le Nain gonfla la poche de son instrument et se mît à jouer. La foule était revenue dans la taverne et faisait un boucan d’enfer, mais quand les premières notes sortirent de la verzdûm d’Hüdüm, chacun se tut et écouta attentivement la mélodie. L’on put voir alors de nombreux gaillards laisser échapper quelques larmes, qui furent certainement les premières à s’écouler sur leurs joues rougies par le soleil et l’alcool. La triste complainte rappelait à tous des souvenirs douloureux.
Puis Hüdüm se mit à jouer un morceau très enlevé, et la mélancolie laissa place à la gaieté. Il aimait la musique, et cela se ressentait énormément dans sa façon de jouer. Tandis que son talent provoquait beaucoup d’effet aux gens, les faisait sourire ou pleurer, lui, restait de marbre, comme s’il avait été taillé à même le roc. D’après les rumeurs qui couraient, les Nains seraient nés de la pierre elle-même, sculptés par leurs onze dieux qui, trouvant leur œuvre trop impersonnelle, leur auraient donné la vie par la suite…
Hüdüm symbolisait à lui seul son peuple : son visage était impassible, austère et fermé, semblable à sa race ; mais cependant, une fois qu’il vous avait accepté, il faisait preuve d’une amitié et d’une hospitalité sans bornes.
Il y avait une raison bien précise au fait que son visage soit si inhospitalier : le Livre de l’Oubli tenu par sa famille depuis les fondements de l’âge des Nains interdisait de montrer des signes de joie ou de tristesse à chaque membre masculin de cette même famille. Et il en serait ainsi tant que la hache de l’arrière grand-père d’Hüdüm, disparu lors d’une attaque des Gobelins dans les mines, ne serait pas retrouvée.
Ainsi, Hüdüm devait non seulement laver par le sang les injures que l’on avait osé commettre à son égard, mais également celles commises envers toute personne de sa famille qui serait morte avant d’avoir pu se venger elle-même. Il passait donc la plupart de sa vie à jouer de la musique, à travailler dans les forges et à tuer les gens consignés dans le Livre de l’Oubli familial, une bien triste routine… Il avait d’ors et déjà vengé mille deux-cents quatre-vingt dix-neuf sentences du premier tome, dont une de plus le jour même. Le seul problème pour lui, c’était qu’il restait cent quatre-vingt dix-neuf tomes… Mais à la vitesse où il allait, il devrait les avoir terminés dans trois mille ans, tout au plus.
« Ma famille a eu une vie assez mouvementée, se dit-il tout bas, mais enfin j’aurais toujours fini le premier tome…
- Tu parles tout seul maintenant, lui demanda la voix d’Elfe qu’il avait entendue peu de temps auparavant.
- Oui…euh, non, je…me félicitais parce que j’ai fini mon premier tome en tuant le shkakuï qui m’a provoqué tout à l’heure.
- Et je peux savoir ce que c’est un « shkakuï »?
- C’est un pauvre imbécile qui se bat seulement de puis quarante ans et qui provoque quelqu’un qui s’entraîne depuis plus de cent ans, voilà ce que c’est !
- Mais c’était un affront envers toi, objecta l’Elfe, et tu m’avais dit que le premier tome ne concernais que ton arrière arrière arrière arrière grand-père…
- Pas tout à fait. En vérité, il concerne mon arrière arrière arrière arrière arrière grand-père, qui écrit les vingt premiers tomes. Mon arrière arrière arrière arrière grand père a, lui, écrit les tomes vingt à cinquante. Puis son fils en a écrit soixante, et le fils de son fils en a rédigés onze. Mon arrière grand-père n’en a écrit que trois de deux milles pages chacun, c’était soit un pacifiste soit quelqu’un qui détestait écrire, il n’en a rayés que deux entiers et quatre pages d’un troisième. Puis il s’est fait tuer lors d’une attaque dans les mines… Mon grand-père en a écrit trente neuf, mon père trente quatre et j’en ai moi même écrits deux. Mais bon, je n’ai que deux centaines d’années!
- Tu changes de sujet, tu ne m’as toujours pas expliqué pourquoi cet homme était en rapport avec ton ancêtre.
- Et bien, il n’était pas vraiment en rapport direct avec mon aïeul, mais il était le plus proche descendant d’un inconscient qui a osé l’insulter, il y a plusieurs dizaines de milliers d’années de cela…Il avait été clément alors parce que l’homme avait des enfants, il lui avait juste cassé quelques côtes, le nez et un bras…
- C’est donc bien vrai que la rancune des Nains est éternelle, fît-elle remarquer. »

Hüdüm avait fini de jouer ce soir-là et s’apprêtait à rentrer chez lui mais, comme d’habitude, il préférait attendre que son amie Méléana ait commencé à chanter avant de s’en aller. Les Nains n’avaient jamais vraiment aimés les Elfes, ils avaient tout juste réussi à cohabiter à peu près pacifiquement pendant un moment, mais leurs divergences de cultures les avaient vite amenés à se quereller. L’orgueil des Elfes n’était pas tolérable pour les Nains, un peuple où l’on se tutoie sans se connaître et où l’on dit bonjour à tous les gens que l’on croise, même à des inconnus. D’un autre côté, cette tradition était considérée comme vulgaire de la part des Elfes, qui employaient le vouvoiement pour les personnes plus âgées, ainsi que des formules de politesse alambiquées pour les hauts dignitaires étrangers ; manie qui exaspérait au plus haut point les représentants commerciaux Nains, puisque chez eux le vouvoiement était réservé aux plus anciens, qui avaient dépassé les deux cent mille ans, puisqu’ils étaient à eux seuls la mémoire de tout un peuple. Cependant, Hüdüm était l’ami d’une Elfe, ce qui était mal perçu par les siens qui le rejetaient déjà bien avant cela ; de toute façon, il n’en avait cure. « Le brave en son pays de tous les couards est haï » lui disait son grand-père pour lui remonter le moral, « De toute façon, tant que tu seras celui qui est aimé de tous les Anciens de la forteresse, tu seras maudit par les plus jeunes. Ce n’est pas qu’ils te détestent, c’est juste qu’il t’envient ! »
Mais ce soir n’était pas un soir comme les autres et les gens qui s’étaient regroupés dans la taverne parlaient dès que cela leur était possible. Ils n’avaient pas dit un mot quand le Nain avait joué de son instrument, de peur qu’il ne leur tranche la tête, comme il l’avait fait au pauvre bougre tout à l’heure. Ils ne s’étaient pas arrêtés de parler depuis que plus personne n’était sur la petite scène en bois et ils ne stoppèrent pas leurs discussions, même lorsque l’Elfe à la si belle voix commença sa complainte. Que l’on manque ainsi de respect envers la musique mettait Hüdüm dans un colère innommable! Fou de rage, il saisit sa hache et réduisit en miettes la plus proche des tables qui se dressaient devant lui.
« - Maintenant, vous allez me dire ce qui se passe !, ordonna-t-il, si c’est une très bonne raison, je ne tuerais personne, enfin je ferais ce que je peux… »
Seul un grand gaillard trapu, visiblement pas très futé, osa prendre la parole :
« - C’est que, depuis qu’eques temps, y’a un vieillard sinist’ qui rôde dans l’coin. Y’ r’semble à un vieil arb’ rabougri et plein d’mousse. On s’disait qu’vous pourriez lui régler son compte, comme vous l’avez fait à l’autr’ bouf’galette tout à l’heure.
- Vous ne pensez pas qu’il faudrait lui demander ce qu’il veut avant de le tuer? s’enquit le Hüdüm. »

La salle était bouche-bée. Tout le monde ici croyait que le Nain était une brute sans cervelle, un prédateur vouant sa vie à l’art de tuer, et qu’il serait heureux d’avoir une nouvelle victime. Personne n’avait songé un seul instant que le corps robuste du Nain abritait une âme. Déterminé à parler au vieil homme, Hüdüm alla d’abord récupérer sa hache, on est jamais trop prudent…Elle était planté dans le sol, au milieu des débris qui constituaient autrefois la table qu’il avait détruite. Il sortit ensuite de la taverne sous les regards inquiets des gens qui y étaient présents, principalement des Hommes de la région, grands et larges d’épaules, des géants par rapport au Nain, qui leur inspirait pourtant une peur immodérée.
La plupart des ces hommes faisaient jusqu’à trois têtes de plus que lui ; cependant, aucun d’eux n’osait lui parler, de peur de faire une erreur qui leur serait fatale. Tous le craignaient à un point tel qu’il osaient à peine parler de lui quand il n’était pas en ville, de peur que leurs propos ne reviennent, d’une façon ou d’une autre, à ses oreilles. Un grand nombre de rumeurs couraient cependant au sujet du « Tueur », ou encore du « Mangeur d’Âmes », comme les plus courageux l’appelaient dans son dos; des rumeurs totalement infondées pour la plupart. L’on racontait que le « Tueur » avait assassiné son père, un grand seigneur d’une mine lointaine, pour voler le trésor familial, et qu’il porterait depuis la tunique noire en signe de deuil. L’on disait également qu’Hüdüm était la réincarnation d’un des dieux Nains de la guerre, revenu pour se venger d’une rancune ancestrale et pour anéantir tous les peuples de l’Ancien Monde, mis à part le sien, pour que celui-ci puisse revenir vivre sur la terre ferme, comme il vivait pendant les fondements de l’Age des Nains.
« - Tu enlèveras ça de ce que tu me dois » , dit-il au patron, un homme ventripotent aux sourcils broussailleux et à l’air sympathique, en désignant du regard les restes de la table.
Dehors régnait un silence de mort. Les grenouilles de la mare à proximité ne chantaient pas ce soir. La nuit avait étendu son voile d’obscurité, et Hüdüm respira avec délectation le doux parfum qu’exhalaient les roses de la mère Guillard dans la tiédeur du crépuscule. Il avait toujours aimé la nuit, tout n’y est que silence et égalité, partagé entre l’admiration quand on regarde les étoiles, et la crainte de se faire poignarder par un assassin qui en veut à votre argent. Depuis sa naissance dans les Grottes Mytrales, demeure ancestrale du Clan des Forges Enflammées, il avait appris à éveiller ses sens dans l’obscurité et voyait mieux que quiconque dans le noir. Un petit bruit se fît entendre à sa droite. Aux aguets, il attendait un second signe, un bruissement de feuille, un craquement de branche, un geste ou un bruit quelconque, qui trahirait la présence de quelqu’un tapis dans l’obscurité.
Un son presque inaudible, mais qui ne passa pas inaperçu aux oreilles du musicien, lui fît faire un bond sur sa gauche. Hüdüm savait que quelqu’un se terrait dans l’ombre de ce grand saule. Arrivé au niveau de cet inconnu, il sentit une main d’une froideur de mort s’écraser sur son visage avec une extrême violence. Personne n’avait jamais réussi à le frapper jusqu’à lors, mais le vieillard décrépit qui se trouvait en face de lui l’avait fait. Il était plus grand que le Nain de quatre têtes et la finesse de ses membres n’aurait jamais laissé croire à Hüdüm qu’il puisse lui asséner un coup d’une telle puissance.
Il ressemblait, comme l’Homme dans la taverne l’avait dit, à un vieil arbre rabougri : sa longue barbe blanche était enroulée autour de sa taille telle une ceinture et divers branchages, lichens et mousses y étaient enchevêtrés. Il avait la peau d’une rare blancheur dans un tel pays de soleil, et ses cheveux étaient regroupés en une grande tresse grise, serrée à son extrémité par un anneau fait de l’or le plus pur qui soit. Une mésange avait fait son nid sur son épaule ; l’oiseau était à l’intérieur de son abri et ne semblait être inquiété ni par le vieillard ni par le Nain.
Ayant repris ses esprits, Hüdüm ramassa sa hache et la brandit pour menacer le vieil homme, qui resta impavide. Selon la coutume des Nains et devant la grande vieillesse de l’homme, Hüdüm le vouvoya, privilège qui était réservé aux Nains et aux Nymphes les plus vieux de la forteresse, vouvoiement de rigueur puisqu’ils étaient garants des souvenirs de leurs peuples.
« - Qui êtes-vous ? », demanda le guerrier, calme.
La voix grave du vieillard s’empressa de lui répondre :
« N’avez-vous pas appris les bonnes manières, maître Nain? Ou bien, peut-être avez-vous peur d’un vieillard décrépit comme moi? En tout cas quelque chose est sûre, c’est que vous êtes un Nain ! J’ai assez côtoyé votre peuple pour savoir que vous vouez un culte aux Anciens. Sachez, jeune homme, que j’ai vu défiler plus de printemps que votre arrière arrière arrière arrière arrière grand-père ! De par le fait, vous auriez dû vous présenter en premier, messire Hüdüm. »
Achevant ses paroles, le vieillard agrippa le poignet du Nain de sa main osseuse avec une telle vigueur que celui-ci fut forcé de lâcher son arme, qui se planta dans le sol.
« Cette formalité étant accomplie, je vais pouvoir vous dire la raison de ma présence ici, c’est bien pour cela que vous êtes venu ? »
Hüdüm ne savait que répondre. Comment cet homme pouvait-il savoir ce qu’il pensait?, s’interrogea-t-il.
« Et bien tout simplement parce que je suis devin, mon jeune ami. Je sais également lire dans les pensées, si cela vous intéresse. Mais trêve de bavardage, je suis ici pour vous dévoiler quelques lignes de votre destin…et pour y corriger des fautes, ajouta-t-il pour lui même.


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