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Lauwenmark

Mercenaire du Chaos



-= Chaos Servants =-
Inscription le 16-10-02
Messages : 121



Homme  Age : 47 ans
Lieu de résidence : Normania, Empire de l Est

Pourquoi vous regardez ca ?
   Exercice de style a été posté le : 14/09/04 20:43

Préambule
Le contenu de ce texte semblera familier à certains de mes lecteurs. Et pour cause ! Il s'agit d'une réécriture de la première partie de mon histoire de Dragons.
Drôle d'idée, non ? En voici l'explication.
Il se trouve que l'un de mes critiques m'a fait remarquer combien mon style était fortement porté sur le dialogue au détriment de la description; peut-être même trop, en tout cas à son avis. Et comme j'ai pour principe de prendre en considération toute critique constructive, cela m'a donné à réfléchir. Et si, après tout, il avait raison ? Peut-être devrai-je essayer d'aborder mon écriture sous un jour différent ?
D'où ce passage. Je l'ai volontairement rédigé dans un style beaucoup plus descriptif et "qualifié"² qu'à mon habitude. C'est un exercice gratuit, sans doute, mais qui méritait d'être tenté.
Lisez donc ce texte, comparez-le à la première version et partagez donc votre opinion avec moi. Qui sait, peut-être que d'autres voudront aussi tenter un tel exercice ?

²: J'entends par là qu'il fait la part belle aux adjectifs qualificatifs.


Citation :

En la quinzième année du Primat de Khandurar, en la province de Sandarer, les hommes se vautraient dans la luxure et la débauche, rejetant la sagesse de leurs pères comme autant de fables sans valeur...

- La Geste des Anciens Dragons, I, 7



Van Frelden était l'un de ces innombrables pics de la Chaîne des Brumes aux formes tourmentées, aux cîmes déchiquetées, aux éboulis chaotiques qui avaient de tous temps inspiré leur écrasante terreur atavique aux hommes qui osaient lever le regard en direction de leur suffisante majesté. Des royaumes s'étaient édifiés à ses pieds, des guerres sanglantes y avaient fait et défait la destinée d'une centaine de dynasties, mais le géant de pierre qu'était le Van Frelden, tout encapuchonné d'une neige presqu'aussi vieille que le monde, contemplait ces faits insignifiants avec toute la suffisance et le détachement que procuraient deux centaines de millénaires d'existence.

Eût-il évoqué la Citadelle de l'Archimage Sanati, que l'illustre et pourtant si dérisoire magicien avait creusé dans ses flancs pétris d'indifférence basaltique ? Peut-être. Mais personne n'ignore que les montagnes ne parlent guère à l'humanité, isolées dans leurs souvenirs sans âge. Aussi Van Frelden n'aurait-il probablement pas prêté d'avantage d'attention au petit groupe d'individus qui avaient entrepris l'ascension de ses flancs par la sinueuse et traîtresse piste qui serpentait sur son interminable périmètre qu'aux ours et aux kirins qui avaient élu domicile en son sein. Leurs éclats de voix n'étaient pas de ceux à même de troubler le sommeil d'éternité de pareil géant de pierre.

Pourtant, ces créatures bruyantes et tumultueuses s'étaient même risquées à attaquer le pic lui-même avec toute la vaine dépense d'énergie dont leur espèce savait si bien faire montre. Les mots durs et froids de la magie avaient résonnés et, pendant quelques misérables secondes, Van Frelden avait retrouvé un peu de la gloire et de la chaleur des Anciens, disparus avec leur Art bien des siècles plus tôt. Après quoi, la fragile arche de pierre, pont naturel né d'un incident volcanique vieux de cent mille ans, s'était effondrée à jamais.

Au milieu de l'infinie sérénité de la pierre, l'irritation de deux des personnages envers la troisième formait un contraste violent. Le premier était un jeune homme de noble prestance aux yeux d'un noisette un peu triste, les yeux d'un guerrier déjà bien las de ses trop nombreuses aventures. La seconde était une femme enrobée d'une robe bleu et or conçue bien plus comme le signe distinctif d'une confrérie d'une stricte religiosité que pour l'agrément du regard d'autrui: un vêtement au style diamétralement opposé à celui du dernier protagoniste, un mage à la trentaine à peine entamée dont les multiples fanfreluches de son habit dissimulaient toutefois la redoutable puissance que confère le contrôle des énergies surnaturelles.

Spectaculairement inutile, avait soupiré le jeune guerrier. D'un air navré, il avait exposé au mage toute l'ineptie de sa manoeuvre qui, si elle avait accompli son but principal d'assurer leur protection envers les dougas dont les féroces babines garnies de crocs aussi tranchants que les meilleures épées grondaient depuis l'autre extrémité du ravin, les avaient aussi isolé du but de leur long et périlleux voyage.

Mais le mage, lui, ne semblait guère s'en émouvoir. Pétri d'un égo aux dimensions du Van Frelden, il avait pour lui toute l'assurance du grand pouvoir de la magie pure, grâce à laquelle, prétendaient ses façonneurs, rien n'était hors d'atteinte pour l'homme intelligent et patient. Une patience que ne semblaient pas partager ses deux compagnons, dont les éclats de voix ricochèrent bientôt sur les hautes parois de pierre ciselées par le vent et la glace. Peut-être que s'il l'avait voulu, Van Frelden eût bien vite fait de mettre un terme à leur bruyante querelle, mais rien n'indiquait dans son attitude la moindre irritation. Sans doute n'ignorait-il pas combien les humains pouvaient être inconstants, passant en un instant de la colère la plus sombre à la joie la plus éclatante.

Les pensées des montagnes nous restent interdites à jamais; cependant, si telle fut son idée, elle s'avéra fondée: le mage, sans doute peu désireux de s'impliquer plus directement encore dans la discorde, avait finalement choisi de s'éloigner quelque peu, préférant le calme de la réflexion solitaire au chahut de ses pairs. Et si le pic avait prêté attention à la scène qui se dénouait à ses pieds, il aurait enfin pu voir la jeune femme lever son bâton ouvragé qui, dans un torrent de lumière aussi bref qu'éclatant, l'entraîna avec son compagnon vers une destinée façonnée en d'autres réalités que la leur.

Et le calme revint enfin sur le Van Frelden dont la mémoire de ces étranges visiteurs déjà, sans doute, s'estompait.


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Au Nom de Son Auguste Majesté,

Lauwenmark Kadensanni Hento Akkendrittae
Général en Chef de l'Armée de l'Ouest.


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