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Lauwenmark

Mercenaire du Chaos



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Pourquoi vous regardez ca ?
   Osef d'Hellsing! a été posté le : 28/08/04 13:52
Cette histoire est partie du titre du chan irc #penofchaos ce jour-là: un mystérieux "Osef d'Hellsing". Je savais ce qu'étais Hellsing, mais je ne comprenais pas le "Osef". Donc, je le suis renseigné:

Citation :

<Eowyn> Osef = on s'en fout. réflexe daoc



Bon, là, mon côté tordu s'est mis en marche. J'ai répondu:

Citation :

<Lauwenmark> mmm... Ce n'est pas ce que George m'avait raconté.



Et là, Eowyn commet son erreur principale:

Citation :

<Eowyn> que disait George?



Qui me contraint, honneur oblige ! à sortir n'importe quoi, du moment que ce soit tordu. La suite est donc mon explication du titre du topic, explication à laquelle je ne crois pas une seconde. J'ai choisi (allez savoir pourquoi) de pasticher les histoires d'Azazel d'Asimov. Sauf que mon histoire est bien moins riche que les siennes. Mais bon, je le soupçonne de n'en avoir jamais écrit une sur IRC, sans possibilité d'effacer sa ligne précédente :) Gardez donc à l'esprit les circonstances particulières de création de cette histoire lorsque vous la lirez, ça permet de comprendre entre-autres le formatage peu orthodoxe (il s'agit d'un copier-coller d'IRC dont j'ai supprimé les quelques éléments sans rapport, comme les inserts ou les nicks).

Tremblez, mortels, Azazel arrive !


Aah, c'est une histoire particulièrement intéressante. Mais il faut que je reprenne depuis le début.

George et moi avions diné comme quatre ce soir-là au Regent's. Ou plutôt devrais-je dire qu'il avait mangé comme trois, laissant mon compte en banque dans les tourments dont il était si coutumier.
J'aurais dû me souvenir que laisser George sans nourriture à engouffrer finissait immanquablement par le conduire sur la pente savonneuse de ses élucubrations démoniaques, mais j'étais bien décidé à ne plus céder un pouce de terrain ce soir-là.
Il contemplait d'un air navré le cadavre de ce qui avait été, en des temps meilleurs, une langouste de la plus belle espèce, il me lâcha finalement:

"Quelle tristesse. Une si longue vie pour finir dans une assiette aussi pitoyable.
- Pitoyable ? Ce point n'a pas eu l'air de vous ralentir, pourtant.
George me jeta l'un de ces regards de bête blessée dont il avait le secret.
"Mon pauvre vieux, je sais que vous faites des efforts surhumains pour tenter de m'impressionner avec une cuisine que même ces trois gros français n'assimileraient pas à la plus infâme gargotte. Je souhaitais simplement vous éviter l'humiliation en public, voilà tout.
- Mais quoi qu'il en soit, cette langouste n'avait pas l'air trop à plaindre de son sort.
- Que nenni ! Franchement, votre obscurantisme ne cessera de m'étonner mon pauvre vieux. Vous me rappelez tout à fait ce cher Abercomber. Un garçon charmant au demeurant.
- George, soupirai-je, épargnez votre salive. Peu m'importe cet Abercomber."

Mais je savais qu'il était déjà trop tard.

J'étais certain que vous trouveriez cette histoire passionante (c'est George qui parle). Abercomber Smith était l'un de ces "anciens riches" issus des plus nobles familles du Sud.

Alors qu'il m'avait invité dans une charmante fermette aux environs de Virginia Point à partager un Bordeaux tiré de ses caves (cela dit en passant, bien supérieur à la piquette à laquelle vous êtes si coutumier, sans vouloir vous froisser, mon pauvre ami), il m'avait montré sa gallerie de portraits d'ancêtres
dont le plus fameux d'entre-eux, Mordecai, aurait bâti sa fortune dans le commerce du bois d'ébène, fortune dont Abercomber jouissait et abusait.

Ce soir-là, pourtant, je crus déceler une pointe de dépit dans le ton général de ses propos. Le brandy était irréprochable, et, pourtant, Abercomber n'avait pas émis le moindre commentaire à ce sujet.
Il semblait perdu sur un autre monde, un peu comme vous en général, mais avec toute la noblesse qui caractérise cette noblesse aristocratique de Virginie Occidentale.

Il me connaissait depuis longtemps et, mon regard avenant et mon naturel ouvert faisant le reste, il en vint bientôt aux confidences intimes.

"George, je suis amoureux. Epris. Follement. Tant que j'ai même - oh, je sais, c'est une pensée terrible, et pourtant... - songé au mariage en bonne et due forme.
- Et bien, voilà un engagement des plus sérieux, Abi ! Mais en quoi cela vous perturbe-t-il à ce point ?
- C'est que, George, elle semble rebutée par quelque chose en moi. Elle ne demeure visiblement pas insensible à mes charmes et pourtant, pourtant, elle se refuse à toutes mes avances. Même l'anneau de diamants ne l'a pas convaincue ! Je ne comprends pas. Aussi aimerais-je vous demander un service dont je vous serais éternellement reconnaissant. J'aimerais que vous mettiez votre indiscutable compétence en matière de femmes à mon service.
Vous devriez pouvoir découvrir facilement pourquoi la belle Sydonia se refuse à moi. "

L'éternité, c'est bien long, aussi, après avoir effectué un léger détour en compagnie d'Abercomber par l'office de l'honorable avocat de la famille Smith, un homme intègre dont nous savions tous deux pouvoir compter sur la discrétion,
Je partis bravement à la rencontre de Sydonia Addams, un joli brin de fille dont la seule tare mineure était d'être fille de policier.
(Ecoutez, je sais que vous n'avez rien contre les forces de l'ordre et moi non plus, mais c'est autre chose que l'aristocratie, non ? Cessez donc de m'interrompre avec vos avis personnels, mon vieux)

Bref, me présentant à mademoiselle Addams comme le confident d'Abercomber, j'usai de mes charmes pour en arriver à ce qu'elle me dévoile ses propres pensées.

"Ce qui ne me convient pas chez lui ?" me dit-elle finalement après son second coca géant au Drug's local - fallait-il escompter des retours substantiels en cas de réussite pour que je m'abaisse à lui payer deux boissons en de tels lieux - "Et bien, il est charmant, George, mais il est joueur"
"En fait, il est accro aux courses de chevaux, si vous voyez ce que je veux dire.
Et ça, ça n'est pas convenable. Imaginez donc: il passe ses journées à l'hippodrome, au lieu de s'occuper l'esprit à de plus saines pensées. Ne pensez-vous pas qu'il y perd un temps précieux, qu'il y gaspille futilement une terrible énergie ?"

Bien entendu. Quand on dispose d'une telle réserve de spiritueux, pourquoi s'enticher de l'odeur du crottin et des foules en furie.

"Peut-être espère-t-il gagner ?
- Pensez vous ! Il n'a jamais gagné ! Il mise pratiquement toujours sur le pire cheval ! Tenez, nous avons même conclu un accord lui et moi: il cesse de jouer à son premier gain.
- Peut-être fait-il alors exprès, afin de ne pas devoir interrompre son intérêt pour ce sport ?
- Allons" me dit-elle sévèrement, fronçant les sourcils, "je me refuse à metter son honnêteté en doute. En tout cas, c'est moi ou ces foutus cannassons !"

Je tenais absolument à résoudre ce problème de coeur, étant d'un naturel foncièrement noble, tout en conservant à l'esprit le petit contrat signé devant notaire entre Abercomber et moi. Une solution évidente s'imposait.

Vous ai-je déjà parlé d'Azazel, ce petit démon qui... (Ah bon ? Bon, vous me laissez continuer, oui ou non ?)
Comme d'habitude, il était de fort méchante humeur. Vous comprenez, il en fait des tonnes parce que dans son monde, c'est lui le souffre-douleur habituel. Je lui exposai calmement la situation.

"Ainsi, vous avez vous aussi des courses de Zblitchnz ?
- Zblitchnz ?
- Oui. Nous les faisons courir après une Kribnitz en chaleur. Le premier qui arrive à la mordre remporte la coupe. On parie beaucoup là-dessus chez nous. C'est un sport très noble dont je suis un spécialiste dans le calcul des probabilités" ajouté-t-il avec une pointe d'orgueil non-dissimulé.
"Certes, Oh Grand Quasar du Colisée. C'est assez semblable à nos courses de chevaux alors. Peux-tu faire quelque-chose ?
- Et bien, il me semble que s'il pariait sur le gagnant, il serait contraint de respecter sa promesse, non ?
Bien que ne doutant pas de l'intégrité d'Abercomber, je savais combien large pouvait être l'interprêtation des clauses de contrat par les gens du Sud rompus aux affaires et au négoce.
"Sans doute. Mais peut-être ne serait-ce pas suffisant. Il pourrait penser qu'il s'agit d'une coïncidence.
- C'est vrai. Ah, les humains ! Bon, je peux m'arranger pour réaligner son lobe de Zvinsk et l'accorder au faisceau de probabilités de la boule de ******** qui vous tient lieu de monde, de sorte que, quel que soit le minable "cheval" qu'il choisisse, ce dernier l'emporte à chaque fois.
Bien entendu, cela veut dire qu'il me faudra tripatouiller un peu, et que cela risque de modifier quelque peu l'orbite lunaire en conséquence.
- Comment ça ?" je craignais toujours un peu les "effets secondaires négligeables d'Azazel. Lui et moi n'avons pas toujours la même perception du monde, je dirais.
"Oh, et bien, pour compenser la déperdition d'énergie, je vais devoir éloigner la lune de deux ou trois de vos centimètres. Rien de bien méchant somme toute."

Effectivement. J'avais pris la précaution de me munir d'une photographie d'Abercomber, car je savais que ce genre d'accessoire était souvent nécessaire à Azazel pour accomplir ses (non, mon vieux, j'allais dire "manipulations", pas "méfaits". Restez patient, j'en arrive au noeud de l'histoire. Recommandez-nous deux Twin Roses, en attendant).
Et, après quelques minutes pendant lesquelles il sembla s'affairer autour de machines invisibles, il me déclara que "c'était fait" et il retourna dans son continuum.

Quelques jours plus tard, je rencontrai Abercomber. Il semblait transfiguré, un peu comme si la croix du christ de Rodin lui était tombée sur la tête.

"George, George, ma vie est transformée. Il y a quelques jours, j'ai misé une grosse somme au Derby de Flagstaff et devinez quoi ? J'ai gagné."

Ce dernier mot ne contenait pas l'habituelle teneur joyeuse d'une satisfaction légitime à la vue d'un travail bien fait.
Non, il s'agissait plutôt du gémissement du renard acculé par la meute de loups.

"Vous n'en semblez pas heureux, Abercomber.
- Et bien, c'est à cause de la promesse faite à Sydonia, voyez-vous.
- Je vois. Mais vous êtes un homme de coeur et, si votre amour en est à ce prix... Tenez, pourquoi ne pas donner à cet événement un tour plus gai ? Vous êtes bien doté, surtout depuis ce gain inattendu.
- C'est vrai, je suis très à l'aise. Osef m'a permis de décupler ma mise.
- Osef ?
- C'est le nom de ce champion: Osef d'Hellsing. Son propriétaire m'a dit qu'il l'avait appelé ainsi en raison de son pas lourd et chancelant, "une bourrique dont on chantera les louanges dans l'enfer des turfistes". Quel flair de la part de cet homme ! Il avait perçu les qualités intrinsèques de la bête.
Et d'ailleurs, j'ai pris une décision. Vous avez raison, George, comme d'habitude.
Je vais donc renoncer aux paris. Et je vais offrir à Sydonia ce cheval qui a fait notre bonheur."

Idée étrange, mais qui eût toutefois l'heure de plaire à Sydonia. Et peu de temps après, ils publiaient leurs bans.

A cette époque, je fûs contraint de m'absenter quelque temps de la région, ayant quelques litiges de nature usurière à régler à Chicago. Je ne revins que six mois plus tard, songeant toujours à notre petit accord qui prévoyait de m'accorder droit de séjour complet et illimité dans leur villa de Virginia Point.

Abercomber m'ouvrit. Il avait le regard vide et de lourdes cernes sous les yeux.

"George, bon sang, mais que faites-vous ici ?
- Et bien, je me suis dit: n'oublions pas les bons amis ! Mais comment allez-vous ? Vous ne semblez pas en très bonne forme.
- C'est à cause du procès.
- Le procès ?
- Vous n'êtes pas au courant ? J'ai tout perdu, ou presque."

L'angoisse me prit à la gorge.

" Mais comment pareille chose serait-elle possible ?
- J'ai été abusé, George. Honteusement trompé. Cet Osef, vous vous en souvenez ? j'en ai fait ma vedette, mon champion, j'ai tout investi dans ce cheval. Sydonia m'a encouragé dans cette voie - elle disposait de d'avantage de temps libre et assurait ainsi nos vieux jours. Sydonia s'y connait en affaires, ça vous pouvez me croire !
Bref, Osef a continué à gagner. Tant et si bien que des esprits chagrins ont finalement douté de mon intégrité sans faille. Et là, quelle ne fut pas ma stupeur lorsqu'on découvrit que ce cheval était bourré de substances toutes plus illicites les unes que les autres !
- Quoi, dopé ?
- Oui, George, de la plus infecte manière. J'ai bien entendu accusé le palfrenier, son précédent propriétaire, un frigant jeune homme à la mine avenante. Lui seul pouvait être coupable. Et j'ai alors commis une terrible erreur.
Sydonia a toujours voulu défendre la veuve et l'orphelin - elle a un coeur si tendre. Et bien entendu, elle a pris la défense du palfrenier.
- Et vous avez tout perdu à cause d'une vulgaire histoire de dopage ? Je ne peux le croire !
- C'est exact. Ce procès est celui de mon divorce. Sydonia n'a pas pu supporter mon attitude intraîtable contre "ce pauvre Henry".
Bref, elle me quitte par principe. Non sans avoir fait constater plusieurs preuves fallacieuses de mauvais traîtements par son père. Ah, le coquin ! Il manipule sa fille comme un jouet !"

Abercomber, si coutumier de la noblesse des sentiments incarnés par les grandes familles du Sud, ne pouvait envisager d'autre explication. Quant à moi, j'avais un avis beaucoup plus partagé sur les motivations de Sydonia.
J'ai appris qu'elle et son palfrenier avaient monté une affaire florissante de salles de musculatures et de produits naturels du côté de Tuscaloosa.

Quant à Abercomber, il vit aujourd'hui dans un deux-pièces du côté d'East-End. J'ai reçu ma part de notre accord en monnaie sonnante et trébuchante: Deux dollars et cinq cents. Même pas de quoi rembourser les deux boissons investies au Drug's.

"Tout ceci est passionant, George. Il y a néanmoins un détail qui m'échappe. Comment Azazel a-t-il pu rater ainsi son coup ?
- Mais, il n'a rien raté du tout ! Tout ce que je lui ai demandé, c'était de faire gagner le cheval sur lequel Abi parierait. Je n'ai jamais rien dit des règles selon lesquelles il devait gagner. J'ai négligé le fait qu'Azazel venant d'un autre monde, il n'aurait pas pu penser à un pareil détail."

George s'en voulait réellement, me sembla-t-il. Je vis une larme perler sur le coin de son oeil, qu'il essuya prestement avec le billet de cinq dollars que j'avais apprêté pour le pourboire du garçon.

Je me gardai bien de le lui réclamer, de toute façon. Après tout, si il lui venait l'idée de demander à son démon de m'aider, je risquerais d'être la victime de son manque de connaissances. D'accord, je ne crois pas un traître mot de ses histoires, mais bon, il y a toujours cette petite voix qui vous sussure: "et si..."

Après tout, cinq dollars pour faire taire George, c'était, tout bien considéré, relativement bon marché.

Citation :

<Lauwenmark> (Et vous savez maintenant d'où j'ai entendu parler d'Osef d'Hellsing)
<Eowyn> (certes)
<Lauwenmark> (N'allez pas répéter cette histoire partout... George m'en voudrait sans doute :) )
<Lauwenmark> (Qui raconte la suivante ?)



Commentez si vous le souhaitez: je suis toujours ouvert à la critique ! Gardez juste à l'esprit qu'il s'agit d'une improvisation rapide (un peu moins d'une heure trente) et pas d'un texte travaillé, ce qui explique certaines redites dans certaines tournures de phrase, par exemple.


Dernière mise à jour par : Lauwenmark le 28/08/04 14:04

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Au Nom de Son Auguste Majesté,

Lauwenmark Kadensanni Hento Akkendrittae
Général en Chef de l'Armée de l'Ouest.


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Pourquoi vous regardez ca ?
   Bluc a été posté le : 29/08/04 23:52
Encore ? Et oui... C'est parti comme ça:

Citation :

<patate> pas de bluc
<limacebarbare> patate> je cosigne
<Lauwenmark[snif]> (c'est quoi un bluc ?)
<limacebarbare> club^^



Mais je n'aime pas les explications faciles.

Citation :

<Lauwenmark[snif]> mmm... je ne suis pas convaincu.
<Lauwenmark[snif]> Ce n'est pas ce que George m'a dit, en tout cas.
<Eowyn> un bluc c'est ça •
<limacebarbare> ^^
<julien_cheko_dessine> ???
<julien_cheko_dessine> un plug?
<Eowyn> il t'a dit quoi George?



Visiblement, je n'étais pas le seul à n'avoir jamais enetendu ce mot. Et puis, Eowyn insistait...

Citation :

<Eowyn> bluc
<Eowyn> tu sais pas lire?
<Eowyn> b-l-u-c
<julien_cheko_dessine> plug?
<Lauwenmark[snif]> Aah, c'est une histoire intéressante. Mais il faut que je la prenne depuis le début pour que ça soit clair.

--- You are now known as Lauwenmark[hum]
<limacebarbare> ^^
<Eowyn> d'accord =)
<limacebarbare> fallait pas le lancer Eowyn
<Eowyn> si



Je les soupçonne de l'avoir cherché.

Il fallait bien que je sorte quelque-chose, n'est-ce-pas ? Donc, voilà le résultat, qui vaut ce qu'il vaut...


George et moi soupions au Majestic's comme chaque Vendredi. Nous en étions au stade du dessert et pourtant George ne semblait pas faire montre d'un enthousiasme débordant.

"Quelque-chose ne va pas, George, demandai-je ?
- Oh, il y a bien ce champagne de qualité inférieure dont vous vous obstinez à vouloir me gratifier, à mon corps défendant. Et le saumon n'était pas d'une finesse à toute épreuve.
- George, ce sont là des remontrances habituelles. Je voulais parler de choses plus exceptionnelles.
- Vous vous complaisez à vous gargariser de la détresse des pauvres gens, n'est-ce-pas ? Soit, j'ai l'habitude de votre incompréhension. Et bien, si vous voulez tout savoir, j'ai quelques scrupules envers cette chère Eudoxie.
- Eudoxie ? Et depuis quand vous souciez-vous du sort d'autrui ?"

Il me jeta un regard de bête blessée.

"Ne soyez pas ridicule. Ma vie est un exemple d'altruisme constant. La preuve: j'ai supporté l'infâme qualité de ce repas sans rechigner, juste pour vous contenter. Bref, je vous parlais d'Eudoxie.
- George, essayez d'être bref, j'aimerais disposer d'un peu de temps pour travailler mon roman ce soir et..."

Trop tard.

Je savais que vous seriez intéressé par cette histoire passionante (c'est George qui parle). Donc, Eudoxie Davis était une de ces braves filles à qui on donnerait le bon dieu sans confession. Elle avait dans son regard cette lueur caractéristique de ce que je pourrais appeler une certaine naïveté tranquille, qui tendait à lui donner de la vie une image quelque peu distordue.

Mais ce jour-là, alors que je dînais à sa table en tant que vieil ami de la famille, ses yeux portaient plutôt l'éclat cristallin des larmes en formation rapide.

Elle eut toutefois la décence de patienter jusqu'au café avant d'en arriver à l'inévitable épanchement sentimental que l'aura de confiance qui émane de ma personne ne manque pas d'inspirer à autrui.

"Oncle George", bêla-t-elle sur mon épaule - elle m'appelle "oncle" car depuis toute petite, je l'ai fait sauter sur mes genoux en une joyeuse cavalcade toute pleine de l'innocence de la jeunesse.

(Non, pas récemment. Je ne vois pas ce que vous voulez insinuer. Puis-je continuer sans être constamment interrompu par vos commentaires ? Merci)

"Oncle George", disai-je, "je l'aime, mais c'est un amour impossible ! Impossible !
- Mais pourquoi donc, cher ange", lui dis-je tendrement tout en caressant sa chevelure de la blondeur du miel le plus pur, songeant avec nostalgie à notre complicité de ses années d'enfance, "vous êtes superbe ? Vous repousserait-il ?
- Lui ? Oh, non, Oncle George, du tout ! Il est absolument fou amoureux de moi, mais hélàs, hélàs, ses parents...
- Je vois, ils ne peuvent pas supporter de vous voir dérober sentimentalement leur unique progéniture.
- Non, pas du tout ! Mais c'est que, Oncle George, ils sont méthodistes de la mouvance de la Golden Chapel. Et je ne suis pas baptisée."


Il me fallut un instant pour comprendre toutes les implications de ce terrible aveu. Je dois avouer que malgré ma légendaire perspicacité, je demeurais quelque peu dans l'ombre. Je temporisai donc.

"Mais en ce cas, ne pourriez-vous pas simplement effectuer ledit sacrement ?"

Ses sanglots furent coupés nets et je vis une flamme rouge comme la braise briller dans son regard.

"Jamais. Papa était membre de la Ligue Rouge Syndicaliste de Dullsville, vous savez. Je refuse de salir sa mémoire et celle de l'idéal du Parti par une telle infâmie ! Non, Oncle George, je refuse de céder sur ce point. Il leur faudra admettre mon point de vue.
- Mais, cher ange, que voudriez-vous que je fasse ?
- J'aimerais que vous parliez à mon tendre Eleuthère. Peut-être pourriez-vous lui faire entendre raison ? Vous parlez si bien Oncle George. Oh, je vous serais éternellement reconnaissante ! Dites Oui !"

Il est des ouvertures qui ne se refusent pas. Je décidai donc de rencontrer ledit Eleuthère Jones.

Je dois reconnaître qu'Eudoxie avait plutôt bon goût. Certes, le soupirant n'avait pas ma grâce et mon aisance naturelle, mais il y avait dans ses yeux noisette et surtout dans son sourire un je-ne-sais-quoi de malice, un peu comme dans ce mystérieux tableau de grosse femme dont les français s'enorgueillissent à la moindre occasion.

(Qui ? La Joconde ? Connait pas. Je ne vois d'ailleurs pas le rapport. Et vous seriez gentil de ne plus me couper la parole de manière continuelle mon vieux)

"George" me dit-il, ayant très vite été mis en confiance par mes manières distinguées qui sont la marque de tout bon gentleman de Brooklyn, "je comprends votre point de vue. Mais il est des choses indiscutables sur lesquelles je ne peux concéder quoi que ce soit. Dieu n'est pas une affaire que vous pouvez ignorer comme bon vous semble, vous savez. Je pense que dans ce cas, le choix est clair: le militantisme syndical n'est, après tout, qu'une affaire d'hommes. Tandis que le divin, lui, prime sur tout.
- Le problème, c'est que cette chère enfant pense la même chose en sens opposé.
- Qui puis-je, George ? Vous êtes intime avec elle. Expliquez-lui donc. Mais il est hors de question que je délaisse les règles du sacré pour une idéologie pro-communiste."

La situation m'apparaissait comme fondamentalement bloquée. Mais mon coeur généreux et empli du souvenir du sourire d'Eudoxie me décida à passer à la vitesse supérieure.

Vous ai-je déjà parlé d'Azazel, ce petit démon de cinq centimètre que je peux...

(Oh, vraiment ? Incroyable. Je ne l'aurais pas cru. Et je pense que vous exagérez en prétendant que c'est au moins la millième fois. Je suis plutôt discret sur le sujet. Sur ce, ne m'interrompez plus, que je puisse terminer mon histoire avant que cette gargotte ne ferme ses portes)

Pour une fois, il ne semblait pas vraiment de mauvaise humeur de m'apercevoir. En fait, il paraissait plutôt satisfait de mon intervention.

"Ah, cette bande de tricheurs de Zirbliks ! J'avais une paire de Drujats ! Et il a fallu que ce cretinax sorte une triple Urbizz !
- T'aurais-je interrompu dans quelque partie importante, O Sage des Lapins Himalayesques ?
- Bah, ne t'inquiète pas pour ça, de toute façon, ce Zirblik est un tricheur. Mais que me veux-tu cette fois-ci ?
- Rien que de très simple pour tes immenses pouvoirs, O Suprème de Knorr. Il s'agit juste de réconcilier deux coeurs déchirés entre amour et conviction."

Je lui exposai alors la situation dans ses moindres détails. Je dois dire qu'il n'y fut pas complètement insensible, probablement en raison de mon éloquence propre à faire ressortir tout le côté dramatique de cet état de fait.
Il versa d'ailleurs une larme dont l'acidité ne fut pas le moindre détail dont ma table de salon se souvienne.

"Ainsi donc, tu veux dire qu'elle refuse d'abandonner ses convictions pour les siennes ?
- Exact, O Empereur du Tampon-Jexx. Aucun espoir.
- Et même chose pour lui ?
- Même chose.
- Maudites soient leurs deux maisons ! Vous êtes toujours aussi compliqués en amour, vous les humains ?
- Pas toujours. Il s'agit là d'individus manquant de discernement. Moi-même, je me préoccupe avant tout des aspects pratiques de la séduction plus que de son fond idéologique.
- Voilà des paroles bien sages qui émanent de toi pour une fois. Tu me surprendras toujours. Bon, je ne peux pas modifier leur comportement tant il est marqué - je risquerais de détruire leur structure mentale sous la pression. Mais je peux par contre contourner la difficulté. Ont-ils des activités communes ?"

Je réfléchis un instant. D'après les commentaires de l'un et de l'autre, tous deux participaient à des meetings et autres rencontres à fort caractère communicatif: elle dans la Cellule de Lutte Sociale d'Event Street, lui à la Congrégation du Saint Supplice de Golden Chapel.

"Voilà qui devrait être parfait. Je vais donc les inciter à devenir des blucs de leurs groupes respectifs.
- Des... ?
- Blucs. Tu sais, ces gens dont on apprécie guère la présence parce qu'ils disent toujours la mauvaise chose au mauvais moment. Tant et si bien qu'à la fin, le groupe finit par les reléguer à des tâches subalternes jusqu'à les en dégoûter. Ainsi, ils finiront par abandonner leurs convictions par dépit.
- Penses-tu que cela fonctionnera ?
- Vous les humains êtes si glandulairement conditionnés que je suis certain de ce que j'avance. Aurais-tu un objet entré en contact avec chacun des deux amoureux ?"

Je possédais toujours une mèche de ces cheveux blonds d'Eudoxie qu'elle m'avait cédé en souvenir du bon vieux temps de nos chevauchées fantastiques. Quant à Eleuthère, j'avais gardé sur moi le billet de cinq dollars qu'il avait si généreusement laissé à l'intention du garçon du restaurant où nous avions déjeuné lui et moi (Un restaurant d'une classe autre que ces lieux de perdition gastronomique où vous vous obstinez contre vents et marées à m'inviter, sans vouloir vous offenser mon pauvre vieux)

Et, armé de ces deux objets, Azazel se livra à une série de manipulations toujours incompréhensibles pour moi. Après quoi, il disparut, regagnant son propre monde et sa partie en cours.

Quelques jours plus tard, à l'occasion de sa fête, je revis Eudoxie. Elle semblait abattue.

"Oncle George, c'est terrible. J'ai l'impression que plus rien ne va. Pas plus tard qu'hier, au meeting en l'honneur de l'anniversaire de la mort de Staline, j'ai eu comme l'impression qu'on me regardait de travers.
- Vous en êtes certaine, mon enfant ?
- Et bien, c'est difficile à expliquer, mais... Le Premier Secrétaire m'a coupé en plein milieu de ma tirade enflammée sur l'exaltation patriotique du drapeau de l'Internationale d'un bref "bon, très bien, très bien, nous vous remercions"
- Peut-être devriez-vous songer à vous éloigner quelque temps de la politique ?
- Je ne sais pas... Peut-être avez-vous raison, après tout. Ces cul-terreux n'avaient franchement pas l'air de comprendre ma vision idyllique de l'utopie communiste. Ils auraient eu le pape devant eux qu'ils n'auraient pas été plus désagréables ! Franchement, je suis déçue, Oncle George. J'ai sans doute eu tort de les considérer avec autant de conviction. Je pense qu'ils n'en valent pas la peine."

Je souris intérieurement. Visiblement, Azazel n'avait cette fois pas manqué son coup.

A cette époque, je m'absentai de Dullsville pour des affaires liées à la statistique appliquée à la race chevaline. Lorsque je revins trois mois plus tard, ma première préoccupation fut de m'assurer de la situation d'Eudoxie et de son bien aimé. J'avais en effet appris par les journaux leur mariage quelques semaines plus tôt.

Ce fut Eleuthère qui m'ouvrit la porte de leur domicile conjugal.

"Dieu merci, George, c'est vous ! J'ai cru que c'était déjà Eudoxie !"

Quelque chose m'échappait.

"- N'êtes-vous pas mariés à présent ?
- Oh, si, hélas ! Si vous saviez comme je le regrette ! Elle a finalement accepté de renoncer à toutes ces stupidités communistes pour moi. Mais si vous saviez, George, quel assommoir ! Il suffit qu'elle ouvre la bouche pour que je tombe pratiquement endormi dans les trente secondes qui suivent. Et Dieu m'est témoin, ce qu'elle peut parler !
- Mais que peut-elle dire à longueur de journée ?
- Se plaindre, George, se plaindre ! Elle trouve ma conversation d'un ennui insupportable ! Vous vous rendez compte ? Ah, comment ose-t-elle, elle qui ne pourrait même pas rendre un des sermons du Révérend Loftjoy intéressant ! Même la Bible semble insipide quand elle en fait la lecture !"

Je me mordis les lèvres. Azazel avait bien fait son travail. Un peu trop peut-être. D'ailleurs, je décidai de m'éclipser rapidement: il babillait à mes oreilles et son verbiage insipide commençait déjà à épuiser ma patience pourtant proverbiale.

Je n'ai jamais revu Eudoxie depuis ce jour. Mais aux dernières nouvelles, ils vivraient toujours ensemble. Ils sont malheureux comme les pierres et proposent d'épouvantables soirées diapositives à leurs proches qui s'en sont éloignés l'un après l'autre.


"Une simple question, George", fis-je, devant son air abattu, "pourquoi ne divorcent-ils pas ?
- D'après la mère d'Eleuthère, ce serait un blasphème. Et puis, je vous l'ai dit, ils ont tous deux en commun cette conviction ultime d'avoir absolument raison en tout. Abandonner serait reconnaître un insupportable échec.
Et puis, je pense qu'ils sont finalement très seuls. Qui voudrait d'aussi soporifiques personnages comme amis ?"

D'un geste plein de naturel, George s'épongea les yeux avec le billet de dix dollars que le serveur venait de déposer en retour de monnaie sur la table.

Je ne revis jamais le billet, mais je me gardai bien de lui demander; si George lui-même les considérait comme insupportables, mieux valait ne pas remettre cette histoire sur le tapis: Il aurait pu, un soir, les inviter à ma table.

Je crois que je n'ai jamais aussi bien investi dix dollars de ma vie.


Dernière mise à jour par : Lauwenmark le 30/08/04 07:37

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Au Nom de Son Auguste Majesté,

Lauwenmark Kadensanni Hento Akkendrittae
Général en Chef de l'Armée de l'Ouest.


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