Ajouter le Forum à vos Favoris
- - - -
Vous êtes ici : Forum Pen Of Chaos > Horreur sur le web > Histoire et maléfices > La tradition orale
Sujet : 

Dernier Message - Message le plus récent
Ajouter aux favoris - Envoyer ce Sujet par E-Mail - Imprimer ce Sujet
Gerald

fou de bassin



-= Chaos Legions =-
Inscription le 27-07-01
Messages : 2137



Homme  Age : 57 ans
Lieu de résidence : Colonia Nemausus

Pourquoi vous regardez ca ?
   La tradition orale a été posté le : 05/07/04 14:27
C'est souvent déformé, on mélange les lieux et les dates, mais ça a longtemps été une source d'information essentielle sur l'histoire récente, cf. les scènes dans les films ou les romans, où à la veillée les jeunes écoutent le vieux qui raconte les campagnes napoléoniennes... Enfin des trucs pas si vieux quoi, des trucs que leurs grands-parents, qu'ils ont encore ou qu'ils ont bien connus, ont vus quand ils avaient leur âge ou un peu plus jeune... Même aujourd'hui, on entend quelquefois des trucs qu'il vaut le coup de se rappeler.
J'ai par exemple laissé traîner mes oreilles quand mon père, mon grand-père ou mon grand-oncle parlaient de la guerre (jamais très longtemps, le temps de passer à autre chose), attrapé des histoires très fragmentaires, pas de quoi mettre dans un livre, mais en cette année de soixantenaire des Débarquements j'ai pensé que ce serait une occasion de les ressortir. Donc, au moment de la Libération mon grand-père avait vingt-trois ans et mon père cinq, ils habitaient à Sainte-Tulle, dans les Basses-Alpes, mon oncle avait dix-neuf ans et il était un peu plus haut, à Dauphin, et bien sûr ça se raconte avec l'accent bas-alpin.

Mon père:
"il n'y a jamais eu autant de résistants qu'en 1945. Inversement, on en a arrêté qui ne le méritaient pas. Le père X... (un voisin à nous, et un type adorable), à la Libération, il est allé passer trois mois à la citadelle de Sisteron! Attention, c'était pas un collabo, il avait dénoncé personne: seulement, il était pour Pétain, et il ne s'était jamais gêné pour le dire. Pépé, lui, il a jamais été dans le maquis, mais quand les résistants avaient besoin de quelque chose, ils savaient où aller."
"Dans le bâtiment sur l'aire, il y avait un four où on faisait le pain. La nuit, les partisans venaient chercher du pain."
"Le soir, on fermait les volets, on tournait le bouton de la radio et
(il imite l'indicatif de Radio-Londres). Ça m'impressionnait."
"Quand des Allemands passaient devant la maison, ma grand-mère les insultait en patois: "Grand counas!" Jusqu'au jour où il y en a un qui lui a répondu
en patois: "écoutez, Madame, nous insultez pas, c'est la guerre, on ne nous a pas demandé si on voulait la faire. J'aimerais mieux être chez moi." Je sais pas d'où il était, de Bavière... Tout ça pour dire que les Allemands qu'il y avait à Sainte-Tulle, c'étaient pas des terribles."
"Une fois, Devic revenait de Corbières à bicyclette, quand il voit arriver une patrouille allemande. Dans sa sacoche, il y avait des grenades! Il jette sa bicyclette dans le fossé et il se sauve à travers champs. Seulement, sur la bicyclette, il y avait une plaque avec son nom et son adresse, c'était obligatoire à l'époque. Les Allemands sont venus fouiller chez sa mère, mais ils n'ont rien trouvé. Ils avaient pris un gars qu'ils avaient attaché à un poteau dans la cour de l'école, en disant qu'ils le fusilleraient si Devic ne se rendait pas, mais ils ne l'ont pas fait."

Là, je passe la parole à mon grand-père:
"Je travaillais aux champs, quand je vois arriver Devic. Il me dit "les Allemands me cherchent, cache-moi, cache-moi." Vous savez qu'il m'a menacé! Je lui ai dit "écoute, tu sais bien que je suis pas avec eux, je vais te cacher." Et je l'ai caché."
"Une fois, les miliciens avaient fait un sale coup, ils s'étaient fait passer pour des résistants et ils étaient arrivés dans un village en disant "les Allemands nous cherchent, cachez-nous, cachez-nous..."
Mon père:
"Au moment de la Libération, on craignait que Sainte-Tulle soit bombardé, à cause de la centrale électrique. Et en effet, il y a un avion américain qui est tombé dans le lac de la centrale."
[NDLE: après le crash, le registre d'état civil de Sainte-Tulle enregistre le décès de "William Bateman, né aux Etats-Unis d'Amérique". L'avenue qui sort de Sainte-Tulle pour aller vers Manosque porte son nom.] Ma mère a décidé de m'emmener à Forcalquier, chez ma tante. Elle m'a mis sur le porte-bagages, et on est partis à vélo. Tout autour, il y avait les miliciens qui tiraient. A peine on était arrivés, que Forcalquier a été bombardé. Ils visaient le pont et la gare, mais ils ont bien mis à côté aussi."
"Pendant les alertes, on sortait et on allait dans la colline, pour nous les enfants c'était comme la veillée."
"Un jour j'arrive devant le Colibri
(c'est le nom du bistrot local) et je vois les Allemands qui sortaient les mains en l'air. Je me suis retourné, et j'ai vu les Américains."
Mon grand-oncle, lui, était dans un maquis.
"X..., il avait dit qu'il tuerait ceux qui lui obéiraient pas. Il les menaçait avec son arme. Quand il a tué le meunier et sa femme, pourquoi vous croyez que c'était? C'est parce que quand il travaillait chez eux, il avait eu à se plaindre d'eux."
"Une fois, ils en avaient collé treize contre le mur et il les avaient fusillés. Et quand il les ont eu fusillés, vous savez ce qu'ils ont fait? Ils ont fait comme quand on a tué le cochon: ils sont allés boire un coup! Il y avait une femme qui n'était pas tout à fait morte, quand ils sont revenus elle s'était traînée sur vingt mètres, et elle était morte pour de bon."


Si vous aussi vous avez eu les oreilles qui traînaient quand vos aînés parlaient de la guerre...


Dernière mise à jour par : Gerald le 05/07/04 19:42

--------------------
Je n'irai, plus tard, ni au café perdre ma santé, ni aux courses perdre mon argent, ni au cinéma perdre mon temps à voir des films dont les héros sont des voleurs et des assassins dignes de mépris.
(Extrait d'un manuel de morale à l'usage des classes, première moitié du XXe siècle)

Karolinus sum.


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Zifnab7

Ogre du Chaos



-= Chaos Servants =-
Inscription le 26-07-02
Messages : 614



Homme  Age : 42 ans
Lieu de résidence : dans un curieux mollusque

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'La tradition orale' a été posté le : 05/07/04 15:29
Bon, une ou deux anecdote, mais pas sous forme de dialogues :

- Mon arriere-grand-pere etait marin, sur une fregate au large de la tunisie. Son bateau a saute sur une mine et a coule. Accroche a des debris il a echoue sur les cotes tunisiennes. Il a vecu le reste de la guerre en "zone libre"
- Ma grand mere m'a souvent raconte qu'a la veille de la guerre, comme elle habite presqu'a la frontiere Belge, la population a ete deplacee dans le Maine. Le voyage s'etant fait en cariole a cheval. Mais etant donne que la defaite Farncaise a eu lieu 3 semaine apres le debut des hostilites, crac, a peine arrives qu'ils repartaient aussi sec pour l'aisne pour "subir" l'occupation.
- Mon grand-pere, que je n'ai pas connu, etait plus ou moins resistant. Toujours est-il qu'un jour ils decident de faire peter le pont d'Origny en Thierache. J'ai des photos ou on le voit poser une bombe au pieds du pont. L'a jamais pete. D'ailleurs il est toujours la. Cela dit mon pere a herite d'une USM1 (petite carabine de guerre que les americains fournissaient aux francais. Tres pratique car facilement dissimulable sous un long manteau), qui n'a probablement jamais servi.

Voila, c'est pas grand chose. Evidemment il y a les histoires avec la Kommandatur, les Ausweiss et les tickets de rationnement mais ca tout le monde connait ...


--------------------
La plume est plus forte que l'épée. Surtout si la plume est pointue, et l'épée très courte.

A vaincre sans peril, on evite bien des ennuis !!

Il faut être économe de son mépris, étant donné le grand nombre des nécessiteux


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Théodoric

Primus inter paresse



-= Lord of Graveyards =-
Inscription le 20-09-02
Messages : 5971



Homme  In Memoriam
Lieu de résidence : itinérant

Pourquoi vous regardez ca ?
Membre Lord of Graveyards   Réponse au Sujet 'La tradition orale' a été posté le : 05/07/04 15:53
Coté maternel, mon grand père était un militant catholique de gauche, foncièrement pacifiste.

Il n'a pratiquement jamais parlé de la guerre. Quand on l'interrogerait dessus, il pleurait.

Il faut dire que d'après ce que j'ai pu comprendre, la guerre, il l'a faite en Afrique du Nord, et qu'il était à la bataille de Monte Cassino...

Mon grand père boitait. C'était un personnage : voix rocailleuse, chauve sur le dessus du crâne et, puisqu'il n'en avait pas dessus, il se laissait pousser de longs cheveux blancs sur la nuque et dans le dos. Avec sa démarche chaloupée, on aurait dit un vieux chef sioux...

Si j'ai bien compris, il a récolté sa claudication en sautant sur une mine avec sa jeep, pendant la guerre, en Algérie. Il avait, je crois, ouvertement déclaré qu'il lui était impossible de tuer, mais il ne voulait pas être absent de la lutte contre le nazisme. On l'a collé vaguemestre : il portait le courrier aux troupes.

La bataille du mont Cassin, il n'en a jamais parlé à ma connaissance. Trop de mauvais souvenirs, sans doute.

Je crois qu'en plus il a dû chopper le paludisme. Quand il est revenu au foyer, ma grand mère disait qu'il était si maigre qu'on voyait à travers ses oreilles.

**
*


Coté paternel, j'ai longtemps évité le sujet. Mon grand père était un vieux grincheux plein de princcipes, de rigueur, d'autorité... j'avais peur de deviner quel camp il aurait pu choisir.

J'avais bien tort ! La guerre, il ne l'a pas faite parce que père d'une famille nombreuse. Durant l'occupation, la famille habitait Mâcon. Ma grand mère, infirmière, avait la responsabilité d'un service dans un hospice pour débiles légers. Or, Mâcon a été quelques temps en limite de zone occupée. Il y avait des allemands, bien sûr... et aussi quelques réfugiés, clandestins, résistants, juifs, communistes ou autres, qui cherchaient à fuire en zone libre.

Mes grands parents ont pris quelques risques, mais ils ont réussi à faire passer quelques uns d'entre eux... sous couvert de les envoyer en cure, pour leur santé.

Ma grand-mère n'a jamais réussi à savoir si l'officier allemand en garnison sur place était dupe ou non. Toujours est-il que certains ont pu échapper comme ça à une mort certaine...


Cordialement vôtre,
Théodoric


--------------------
Jeune depuis plus longtemps que vous !
:dem3
L'abus de modération est dangereux pour la santé.
Merci de jeter votre dévolu dans les réceptacles prévus à cet effet.
Restons fer-plaie !


      Retour en haut de la page IP Cachée  
keridwen

Maitre qu'enterre*



-= Chaos Demons =-
Inscription le 27-07-01
Messages : 5918



Inconnu  Age : 53 ans
Lieu de résidence : Mustardville

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'La tradition orale' a été posté le : 29/07/04 21:52
Ah Montecassino, une vraie boucherie. Mon grand père aurait facilement pu y laisser sa peau... S'il n'avait raté l'instruction muletière. en effet, il devait faire "l'instruction muletière", c'est dire faire trois fois le tour de la garnison avec un âne en le faisant avancer. Mais ce jour là, ils cherchaient un volontaire pour escorter un prisonnier à Alger, et Alger, ma grand mère venait d'y arriver. Alors mon grand père est parti à Alger pour rejoindre sa belle. Et comme il avait raté l'instruction muletière, et il n'est pas parti avec son détachement. Ouf.
J'ai ouï ma tante dire que la seule blessure de guerre qu'ai rapporté mon grand père (mis à part son poignet qui tourne tout seul, pour épater les gamins), il l'a eu chez les américains. Ils regardaient le cinema, et lui aussi voulait aller voir.... du mauvais côté de l'ecran. Il n'a pas vu la fosse de vidange devant le drap tendu et il s'est fêlé une côte.

Ma grand mère, celle qui venait d'arriver à Alger etait bourguignonne, d'origine Alsacienne. Ils avaient fuit les allemands en 70, et ils se les sont repayé en 14, et en 40. La maison familiale se trouvait à quelques mètres du bordel d'Auxerre, il y aviat donc de l'animation. D'autant plus que la maison familiale comportait deux filles, il s fallait donc assez souvent convaincre les allemands que le graal, c'était la porte à côté, pas celle là. Un jour que la grand mère regardait par une petite fenêtre à hauteur d'homme dans la rue, une tête d' allemand en uniforme sy encadre et la vieille de s'écrier : "ciel ! un Uhland !!".(C'était les allemands de 70). L('avantage d'être une fille près d'un bordel c'est qu'on a facilement des sucreries, et des bas. Ma grand mère savait les remailler, alors elle trafiquait avec les filles qui lui en offraient de temps en temps.

du côté maternel on a été très laconique. Mon grnad père ne STO travaillait dans une ferme où il a battu un champion de dames néérlandais, STO comme lui. et en pleine débacle, dans la champagne pouilleuse, ma grand mère a vu débarquer un marin en pompon.


--------------------
Comment avoir confiance en un truc qui saigne pendant 8 jours, et ne meurt pas ?
Mon fils Zakk est 50 % elfe, 50 % nain, mais 100 % bourrin !!

*La réponse est fausse ou ailleurs


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Swan

Il suffira d'un Cygne...



-= Chaos Legions =-
Inscription le 02-04-02
Messages : 1135



Inconnu  Age : ???
Lieu de résidence :

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'La tradition orale' a été posté le : 30/07/04 00:04
La seule histoire que je connais est celle de mon grand-père maternel, qui est venu de loin. Je sais bien que le but n'est pas de raconter la vie de ses aïeux mais d'avoir des témoignages de la Libération, mais cette histoire, je crois, est assez peu commune...


Orphelin, il est élevé par son oncles et tantes dans le Vietnam Nord, puis va travailler comme mécanicien dans le Sud, au sein de la famille de ma future grand-mère.
Lorsque la guerre éclate, il s'engage comme mécanicien sur un bateau, du côté de la Tunisie. Seulement son bateau est réquisitionné par les Allemands et il se retrouve donc isolé en Tunisie.
Le seul coup de chance qu'il aie eu, et pas des moindres, c'est qu'il a rencontré un autre vietnamien sur place, avec qui il s'est entendu tout de suite.
Vers la fin de la guerre, son ami s'en va en France, tandis que mon grand-père s'apprête à retourner au Vietnam. Mais il reçoit une lettre très enthousiaste de cet ami, l'encourageant à venir en France...
C'est ainsi que mon grand-père, rejoint plus tard par ma grand-mère, ont gagné la France et s'y sont mariés.
De plus, l'ami de mon grand-père avait un don : il était, parait-il, un excellent cuisinier... C'est comme ça qu'avec d'autres vietnamiens ils ouvrent le premier resto viet de Paris ^___^ Jusqu'à ce que mon grand-père décide d'avoir son propre resto à Lille.
Voilà pour la petite histoire.


Aujourd'hui, mon grand-père repose au Père Lachaise où il a eu les honneurs de l'ambassade du Vietnam, et on peut dire cet orphelin du Vietnam Nord a parcouru bien du chemin.


Dernière mise à jour par : Swan le 30/07/04 00:06

--------------------
Les racistes, c'est comme les arabes : ça ne devrait pas exister. (Coluche)

Propriétaire et inventrice des concepts suivants : TPMG, CNAQA, JITVB
(Tout Pour Ma Gueule, Ca N'Arrive Qu'aux Autres, Jusqu'Ici Tout Va Bien)


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Ajouter aux favoris - Envoyer ce Sujet par E-Mail - Imprimer ce Sujet
Dernier Message - Message le plus récent
Pages: [ 1 ]

Open Bulletin Board 1.X.X © 2002 Prolix Media Group. Tous droits réservés.
Version française, modules et design par Greggus - enhancement par Frater