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Sujet : Un Amour de Dragon...

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limacebarbare

Grand Bourreau



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   Réponse au Sujet 'Un Amour de Dragon...' a été posté le : 27/06/04 11:55
Nyxl,
tu sais déjà ce que je pensais du premier volet et là j'avoue que je ne dirai rien d'autre que : vivement le troisième!

limacebarbare, toujours aussi impressionnée


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épicée mais sans sel! sauf une pincée pour les crêpes et les gateaux au chocolat: passez commandes!


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Oph qu ourse

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Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'Un Amour de Dragon...' a été posté le : 27/06/04 12:56
Gné?
Quelqu'un demande du glauque ou du malsain, ici?
Non, ils sont très mignons, ces jeunes gens. Probablement un brin trop naïfs, mais mignons.
Et on est content de les voir heureux.

Sans compter que tu ne t'étonneras pas si je te dis que Niklos est un excellent nom pour un héros! :D


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"Cet homme poireau est derrière toute l'affaire! Il couvre les aubergines mutantes!"
Lisez Sentaï School !
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Nyxl

Basement Cat



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   Réponse au Sujet 'Un Amour de Dragon...' a été posté le : 27/06/04 16:59
Mouais, à me relire plus attentivement, je suis de moins en moins content de ma séquelle. Pour plusieurs choses.

Il y a ce problème de naïveté des personnages, oui. S'il est normal que Xylonia, ayant vécu très isolée, soit fort romanesque (elle n'a que vingt-cinq ans, laissons-lui un peu cela), Niklos est supposé avoir plus de bouteille. Je voulais lui donner une couche de cynisme pour le rendre un peu plus crédible, j'ai l'impression de m'être lamentablement viandé. Quant à Nyalka, c'est une grosse improvisation, et elle n'a guère dépassé le stade d'ébauche.

L'autre défaut - qui s'est manifesté dans mon "En attendant l'occasion" - c'est la compression des événements. Les quatre grands morceaux de ce 2e épisode, j'aurais dû les espacer sur une période d'un an, pas sur une semaine. Une chronologie lyophylisée, c'est difficile à digérer. Je commence à m'en rendre compte et je tâcherai d'y faire attention dans mes autres récits.

Avec ça, les effets de style pas très heureux qui alourdissent certains dialogues, les raccourcis, les non-dits, etc.

Bref : je vais plus que probablement réécrire une bonne partie. Mais j'ai réussi à poser une trame valable et gratter une nouvelle en deux jours de temps. Pour moi, ça représente déjà un gros progrès.

LimaceBarbare : chère amie, ainsi que je te l'avais dit sur IRC, je me refuse à écrire une troisième nouvelle avec ces protagonistes. Allonger la sauce, c'est pas bien, surtout s'il n'y a plus d'idée neuve en support...


Dernière mise à jour par : nyxl le 27/06/04 17:00

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Pluriel

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   Réponse au Sujet 'Un Amour de Dragon...' a été posté le : 27/06/04 18:11
Moi je trouve la première partie géniale, j'aime tes personnages et je trouve ta manière de conter leur histoire très agréable (je suis un schiantifique et je suis un peu imperméable aux figures de styles pauvre de moi, mais je sais apprécier un style d'écriture).
Mais il est vrai que dans la deuxième partie les personnages sont un peu trop généreux, et que le personnage de Niklos n'a pas assez évolué, à mon gout, vers le dépravé qui nous ait décrit en tout début (avis perso).

Mais j'aime tes personnages, ils sont beaux. Je me disais que tu avais tous les éléments pour faire une troisième partie très différente des 2 premières (et tu l'as très certainement lu sur IRC) avec le bébé de Nyalka, dont Niklos aurait voulut faire l'éducation en lui apprenant trop de choses et n'aurait pas pu voir la corruption du à ces pouvoirs envahir son disciple (il est trop pur pour la voir) l'obligeant à s'opposer à celui qu'il voulait protéger...

Je sais mes idées sentent le moisi...

Pluriel, qui part avant qu'on ne le tue à coup de porte


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"La raison, c'est l'intelligence en exercice ; l'imagination c'est l'intelligence en érection."
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Nyxl

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   Réponse au Sujet 'Un Amour de Dragon...' a été posté le : 27/06/04 18:16
Citation :
Message de Pluriel
[...]Je me disais que tu avais tous les éléments pour faire une troisième partie très différente des 2 premières (et tu l'as très certainement lu sur IRC) avec le bébé de Nyalka, dont Niklos aurait voulut faire l'éducation en lui apprenant trop de choses et n'aurait pas pu voir la corruption du à ces pouvoirs envahir son disciple (il est trop pur pour la voir) l'obligeant à s'opposer à celui qu'il voulait protéger...[...]


...Niklos et Coronaris s'affrontèrent du regard, brandissant leurs sabrolasers...

Niklos : "Je ne te pardonnerai jamais ce que tu as fais à Nasja ! Comment as-tu pu la corrompre comme ça ? Toi en qui mon père avait placé toute sa confiance !"
Coronaris : "Niklos... Je SUIS ton père..."
Niklos : "NAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAN !"


Pluriel : ton idée ne sent pas le moisi, juste le réchauffé ! ;)



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Pluriel

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   Réponse au Sujet 'Un Amour de Dragon...' a été posté le : 27/06/04 18:38
Arrrrggggeeeeeuuuuuuuu !
Je suis un fan de Star Wars découvert :D :D :D
C'est vrai que je le cachais pas beaucoup.

Bon c'est vrai que c'est pas nouveau comme idée, mais elle permet d'un peu noircir le récit, et de montrer Nyklos face à une personne qu'il ne peut comprendre et qui l'oblige à devenir ce qu'il n'est pas : violent. Le cheminement de Nyklos pour arriver à s'opposer à lui étant la partie interessante de l'histoire.

Enfin, c'est à toi de dire que tu ne veux pas tomber dans un pareil ridicule. Je faisais que proposer une idée toute pourrie (c'est pour ça qu'elle sent le moisi). Et puis, après 5 mille ans d'écriture c'est dur d'avoir dès idées originales quand on est fan de Star Wars. :p

Pluriel, qui se racontera l'histoire en rève. :D


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   Réponse au Sujet 'Un Amour de Dragon...' a été posté le : 02/07/04 10:54
Bien bien, j'ai fini de la réécrire, cette foutue séquelle. Le résultat est un peu plus solide que le premier jet, il me semble. Mais c'est aux lecteurs d'en juger, n'est-ce pas ?

A priori, pas grand'chose de modifié au niveau de la structure. La chronologie a été légèrement refaite, et un peu détendue. Voyez par vous-même...

__________________________________________

Un Amour de Dragon 2² - Le Retour de la Revanche du Tatsu.

"Approche... Je sens ta présence. C'est le sang dans mes veines qui me parle..."

La femme était assise dans un rocking-chair et se balançait doucement. Il n'y avait qu'une pauvre chandelle de suif pour éclairer la pièce, et la nuit était si épaisse qu'on ne voyait que la femme et la table. Elle allaitait son bébé, un sourire indéfinissable sur les lèvres. Elle était complètement terrorisée, en dépit de son apparente sérénité.

"Montre-toi... De quoi aurais-tu peur ? Je n'ai pas les pouvoirs de ce monstre qui était mon grand-père. Je ne risque pas de te faire du tort, moi. D'ailleurs, c'est moi qui ai peur de toi..."

La silhouette d'un homme apparut de l'autre côté de la table. Il s'assit sur une chaise et croisa les bras.

"C'est tout ce que tu comptes faire, t'asseoir et me regarder ?"
"Je n'ai jamais vu de mère allaitant..."
"Allons bon, un être aussi ancien que toi ? Je le sens dans mes artères, tu es ancien, comme ceux que mon grand-père paternel a assassinés il y a longtemps."
"Comment pouvez-vous percevoir ma présence ? Vous êtes une Humaine, et les Humains ne développent guère que leurs cinq premiers sens..."
"Hélas, je ne suis pas une simple Humaine. Et j'aurais préféré l'être, je ne t'aurais pas senti approcher, tu aurais pu exercer ta vengeance sans que je ne m'en aperçoive..."
"Racontez-moi."
"Tu es cruel ? Tu veux jouer avec nous, c'est ça ?"
"Je suis juste curieux. Je ne cherche pas vraiment la vengeance. Je ne sais même pas ce que je cherche. Peut-être des réponses à mes questions."
"C'est tout ?"
"C'est énorme, pour moi. Pourquoi ?"
"Pourquoi quoi ?"
"Pourquoi votre grand-père a-t-il tué mes parents ?"
"Pouvoir, connaissance, richesse. Des trois, je n'ai guère hérité que de la connaissance. Les Dieux savent que j'aurais voulu ne rien avoir."
"Racontez-moi."
"D'accord..."

Elle parla longuement, cette mère. Toute la nuit, jusqu'à en avoir la voix enrouée. Elle n'était qu'une pauvre femme, abandonnée. Son mari était mort, dans les ruines de la forteresse de son grand-père. Il s'était coupé à un objet empoisonné alors qu'il tentait de déterrer quelque objet de valeur. Le grand-père de la femme, le Mage qui avait quasiment exterminé tous les dragons, ne l'avait jamais considérée que comme un cobaye. Jusqu'à ce que son père réalise la folie de tout cela et le défie. Le duel s'était achevé par la destruction de la forteresse et la mort des deux hommes. Elle n'était alors que foetus dans le ventre de sa mère...

Elle raconta tout ce qu'elle savait et, à la fin, l'homme repartit. Jamais il n'avait manifesté la moindre hostilité. Le bébé était endormi depuis longtemps, et la femme avait couvert son sein. Elle sourit en regardant son enfant, et imprima un nouveau balancement à sa chaise. Elle se mit à fredonner une berceuse, plus pour se rassurer elle-même que pour maintenir le petit dans son sommeil...

L'angoisse était toujours présente. Un soir, il reviendrait, et se vengerait sur elle et son enfant.



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Nyxl

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   Réponse au Sujet 'Un Amour de Dragon...' a été posté le : 02/07/04 10:54
Quelques coups frappés avec insistance sur la porte de la boutique. Xylonia se leva précipitamment, passa un châle en laine épaisse autour de ses épaules, puis passa la tête par la fenêtre qui donnait sur la ruelle...

"A-t-on idée de réveiller les gens en pleine nuit ? Vous avez intérêt à ce que ce soit urgent !" siffla-t-elle.
"Mademoiselle Xylonia ? C'est Coronaris. Pouvez-vous nous ouvrir, s'il vous plaît ? Nous vous ramenons Niklosyan..."
"Niklos ??? Qu'a-t-il donc encore fait ? Je descends tout de suite !"

La jeune alchimiste dévala les escaliers à toute vitesse. Elle traversa la boutique sans même allumer une chandelle et fit entrer le vieux notaire et ses majordomes, qui soutenaient un Niklosyan inconscient...

"Maître Coronaris, où donc l'avez-vous repêché ?"
"A l'entrée de la ville basse, comme la dernière fois..."
"Mais il... Il est blessé ?"
"Quelques contusions, rassurez-vous, il est solide."
"Que s'est-il passé, cette fois ?"
"Il semble qu'il a indisposé quelques souteneurs. Deux gorilles l'ont malmené, et il était déjà trop ivre pour s'enfuir."
"Misère, comme je voudrais qu'il cesse ses sorties..."
"Et moi donc... C'est heureux que j'ai quelques gens de confiance là-bas pour le récupérer à chaque fois..."
"Venez, on va le mettre dans son lit. Maître Coronaris, messieurs, vous prendrez bien quelque chose ?"
"Un peu de ce café dont vous avez le secret, mademoiselle. Ca suffira amplement."
"Je ne vous remercierai jamais assez de tout ce que vous faites pour lui..."
"Laissez, laissez, je le dois à sa famille..."

Quelques minutes plus tard, Niklos était enfoui dans ses propres couvertures, les majordomes étaient repartis à la demeure de Maître Coronaris et le vieux notaire sirotait son café en compagnie de Xylonia. La jeune femme finit par soupirer...

"Pourquoi fait-il cela ?"
"De vieilles blessures qui se sont mal refermées."
"La perte de Kaliopi ?"
"Il vous a parlé de ça ?"
"Il m'a juste dit que sa bien-aimée était morte quand il était au loin... Quand il était ici, pour que je lui prépare un élixir pour elle... C'est peu après qu'il est revenu près de m... qu'il est venu chercher du travail ici."
"Il y a ça. Et il y a la perte de ses parents dans des circonstances affreuses..."
"Si seulement il daignait m'en dire plus... Ne pourriez-vous... Enfin, vous être un de ses amis, vous le connaissez bien, ne pouvez-vous me dire plus ?"
"Je préfère laisser ce soin à Niklosyan. Mais je vous conseille de le lui demander, et d'insister si, comme je le suspecte, vous tenez très fort à lui."
"Ce... Ce n'est pas faux."
"Dites-le lui. C'est probablement la meilleure façon de l'aborder. Il a un coeur d'or. Vérité et affection sont les meilleures armes pour l'atteindre. Je vais vous laisser, vous devez dormir encore un peu, le jour est encore loin."
"Maître Coronaris, s'il vous plaît..."
"Oui, ma fille ?"
"Il y a quelque chose..."
"Dites."
"Non, laissez, ce doit être la fatigue. Soyez prudent pour rentrer chez vous, prenez soin de vous."

Le vieux notaire la regarda longuement, avant de s'incliner doucement et de partir. Xylonia soupira à nouveau. Elle ne pouvait décemment pas lui dire qu'elle le soupçonnait, ainsi que Niklos, de n'être pas des Humains normaux. Pas sans des indices plus sérieux qu'une absence de vieillissement apparent sur une période d'un peu plus de cinq ans. Ou cette étrange façon qu'ils avaient de se voir de temps à autres, restant de longues minutes ensemble, debout dans la boutique, sans piper mot, puis se séparer comme s'ils avaient fini quelque conversation...



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Nyxl

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   Réponse au Sujet 'Un Amour de Dragon...' a été posté le : 02/07/04 10:55
Xylonia s'activait en silence dans son atelier. Elle broyait consciencieusement des feuilles sèches dans un petit mortier tout en repensant aux paroles du vieux notaire. Non, elle n'aurait pu se recoucher, le sommeil la fuyait. Alors elle préparait un baume pour soigner les blessures de son assistant. Elle soupira quand son dos commença à la faire souffrir. Si Niklos avait été dans son état normal, il lui aurait aussitôt prodigué un massage miraculeux.

Mais non, ça faisait six mois qu'il n'avait plus les mêmes attentions pour elle. Ca lui manquait terriblement. La première fois, il lui avait dit qu'il pouvait faire mieux si elle se dénudait le dos. Mais elle avait décliné l'offre, embarrassée au possible. Elle était très pudique, Xylonia. Elle avait vécu près de vingt ans seule avec sa mère, presque recluse. Elle ne sortait guère de la boutique que pour aller faire son marché ou se procurer les matériaux et ingrédients indispensables à l'exercice de sa profession. Puis il était arrivé dans sa vie, comme un coup de tonnerre, il y avait un peu plus de cinq ans. Avant lui, le seul homme qu'elle avait cotoyé avec un peu de régularité, c'était Maître Coronaris. Le notaire fréquentait déjà son magasin du temps de sa défunte mère, et il l'avait aidée à régler les problèmes de succession en souplesse. Mais le vieil homme, tout charmant qu'il soit, faisait office de figure paternelle. Pas de proche compagnon. Et proche, Niklos le lui était devenu. Quoi que ce fut une proximité à sens unique, assez étrangement...

"Alors... Où sont les herbes pour engourdir le toucher ?"

Son regard accrocha un reflet dans un flacon carré qui contenait du mercure. Elle s'observa un moment. Elle avait un visage nerveux, les traits tirés par la fatigue. Ses grands yeux verts étaient injectés de sang et son nez retroussé était rougi par la fraîcheur nocturne. Elle n'était pas à son avantage, c'était sûr. Mais elle n'était pas laide, bon sang ! Elle était mince, un peu maigre par période parce qu'elle mangeait peu. Ses longs cheveux bruns étaient rassemblé en une grande tresse qui pendait dans son dos, jusque sous les fesses. Elle avait la peau blanche et des dents saines, et elle avait soin d'elle-même. Alors pourquoi Niklos lui préférait-il la compagnie de ces femmes à l'hygiène morale et physique douteuse ? Pourquoi ne voyait-il pas qu'elle en était amoureuse ?

Xylonia fit la grimace à son reflet. Quand donc avait-elle commencé à voir plus qu'un simple assistant en lui ? Elle n'aurait pu le dire avec certitude. Ca n'était que petit à petit qu'elle avait découvert toutes ses qualités. Dans son travail d'apothicaire et d'alchimiste, il avait montré une grande connaissance, beaucoup plus étendue que la sienne. Question compétence pratique, il avait acquis les automatismes de base en quelques semaines de travaux de préparation. Il était propre, efficace, précis et fiable. Il était d'une force peu commune, même si ça ne se voyait pas au premier coup d'oeil. Quand elle devait grimper sur un escabeau pour atteindre une étagère hors de sa portée, il suffisait qu'il tienne le support d'une main pour qu'elle ait l'impression d'être sur le plancher des vaches. Il pouvait également transporter d'importantes charges sans sourciller. Sa vue et son ouïe étaient d'une acuité rare, ce que Xylonia, un peu myope, trouvait remarquable.

Elle prit son binocle qui reposait sur sa poitrine, et le chaussa. Encore une chose que Niklos avait faite pour elle, au début de son séjour chez elle. Il avait fabriqué deux branches recourbées avec des tiges en étain, et y avait fixé l'appareil. Depuis, elle pouvait porter la prothèse sans que ses mains en soient entravées. Et avec une ficelle attachée aux branches, elle n'avait pas besoin de déposer l'objet au risque de l'égarer. C'était un peu lourd à porter, au début, mais elle avait vite pris l'habitude et s'en félicitait. C'était pratique pour lire, très pratique. Et elle lisait énormément...

A l'ingéniosité, il fallait ajouter une grande placidité. Niklos était calme, très calme. Jamais elle ne l'avait vu s'énerver. Et il était drôle. Ses bons mots la faisaient toujours rire et il ne dédaignait pas faire une grimace comique quand la situation s'y prêtait. Et il avait des mains agiles et fortes. Et douces. Des mains qu'il utilisait, depuis quelques temps, pour caresser des prostituées...

Xylonia soupira encore...

"Tout compte fait, on se passera des herbes anesthésiantes..."



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Nyxl

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   Réponse au Sujet 'Un Amour de Dragon...' a été posté le : 02/07/04 10:57
Une légère brûlure à l'oeil gauche réveilla Niklos. La voix de Xylonia lui parvint, au travers des brumes alcoolisées qui caractérisaient régulièrement ses aubes, depuis quelques mois.

"Garde les yeux fermés encore un peu, laisse-moi appliquer cette pommade sur tes hématomes..."
"Mrgn... Comment..."
"Maître Coronaris t'a ramené à la maison. Comme la dernière fois. Pourquoi t'entêtes-tu à te détruire la santé comme ça, Niklos ?"
"Aïe. Par mes ancêtres, ta préparation pique plutôt sévèrement..."
"Je ne vais pas faire un effort pour adoucir mes remèdes si tu ne fais pas un effort pour éviter les ennuis..."
"Grmbl... Quel est le programme de la matinée ?"
"Tu te reposes, tu me laisses te soigner. La boutique est fermée pour la journée. Il faut qu'on parle, et cette fois, tu n'éluderas pas mes questions..."
"Patronne..."
"Et arrête de m'appeler Patronne, ça m'exaspère, surtout quand tu fuis ma conversation."

Niklos resta silencieux un long moment. Elle avait raison. Mais il avait la gueule de bois. Xylonia ignora ses grognements, alors qu'elle appliquait sa pommade partout, sur le corps de son assistant, où il y avait des hématomes...

"Bon sang, regardez-moi ça. Tu as des bleus sur tout le torse ! C'est un vrai miracle que tu n'aies pas de côte cassée."
"Mmh, j'ai une bonne constitution..."
"Et c'est pour ça que tu vas risquer ta peau presque toutes les nuits pour... pour baiser avec quelques putains et boire à en oublier ton nom ?"
"Si seulement ça pouvait marcher..."
"Quoi, c'est pour ça ? Tu espères oublier ? Tu crois que ça adoucira sa perte ? Tu crois que ça fait plaisir à Kaliopi de voir ta déchéance ?"

Niklos se retourna brutalement dans le lit, lui présentant son dos. "Désolé, Patronne, je n'ai pas envie d'en parler." fit-il sêchement. Au bout de quelques instants, Xylonia lui répondit, d'une voix brisée.

"Après tout ce temps... Tu ne daignes même pas me considérer comme une amie..."

Le jeune homme tourna la tête, puis fut bien vite assis sur le lit, embarrassé. Xylonia frottait ses mains convulsivement, essuyant le reste de pommade avec un chiffon. Et elle sanglotait, à genoux au pied du lit.

"Ce n'est pas juste. Au début, tu étais le plus gentil des hommes, drôle et attentif, malin et habile. Ton arrivée dans la boutique, ç'a été comme une bouffée d'air frais dans ma vie. Tu m'as toujours aidée avec efficacité, tu m'as apporté des connaissances incroyables et je ne peux même pas dire que l'expérience pratique que je t'ai offerte les valait. Et moi, l'apthicaire esseulée, voilà, je me trouvais avec un homme qui vivait sous mon toit, bourré de qualités - et mignon avec ça. Moi, comme une idiote, j'ai commencé à me bâtir des romans, je croyais que, quand tu aurais fait ton deuil de Kaliopi, tu te rapprocherais de moi, tu ferais un peu plus attention à moi. Mais non, toujours gentil, mais toujours distant. Puis récemment, la distance est devenue plus grande que la gentillesse et tu as commencé à sortir la nuit et... et à voir ces femmes, sans t'apercevoir que moi j'étais là... Quelle folle je suis. Quelle folle. Et j'en suis là, maintenant, à vider mon sac devant un homme qui n'a visiblement aucune considération pour moi..."

Perspective. Comment Niklos avait pu en arriver là ? Il y avait une telle différence de perspective entre eux deux. Cinq ans, pour lui, ne représentait quasiment rien par rapport à son espérance de vie. Pour Xylonia, c'était autre chose. Il n'avait jamais réellement fait attention à cela, envisageant ses rapports avec les Humains comme un échange de services...

"Je... Xylonia... Pardon..."

Les mots ne venaient pas. Toute sa sagesse était inutile. Il la prit par les bras et l'aida à se relever, pour qu'elle s'asseye à côté de lui. Que pouvait-il dire ? Il vit ses cernes...

"Tu as veillé à cause de moi ?"
"Qu'est-ce que ça peut te faire ? Pourquoi remarquerais-tu seulement maintenant que j'existe ?"
"Peut-être parce que tu viens de me le faire comprendre avec force..."
"Ah bon ? Après cinq ans passés sous MON toit, tu réalises seulement que j'ai une vie, une personnalité, des sentiments ?"
"Cinq années, c'est très peu, pour moi, Xylonia. Très très peu, presque un instant dans ma vie."
"Mais qu'est-ce que tu racontes ?"
"Quelque part, je n'ai pas eu le temps de faire attention à toi."
"Et pourtant, tu es là, tu me parles, comme tu le faisais avant tes sorties. Et quand tu m'as aidée dans mes travaux, quand tu m'as fabriqué ce binocle amélioré, quand tu as réparé l'enseigne et remaçonné la margelle du puits, quand tu as repeint la facade, quand tu fais la cuisine... Quand tu fais tout ça, tu ne fais pas attention à moi ?"
"C'est... Je te le dois, c'est normal. Tu m'héberges, tu me donnes du travail..."
"Tu veux dire que c'est du pur cynisme ?"
"D'une certaine manière."
"Je n'y crois pas ! Tu avais tant de gentillesse pour moi, avant. Je ne peux pas croire que ça ne soit pas motivé par autre chose que la raison..."
"J'ai bien peur que tu ne sois trop romantique et que tu n'aies vu dans mes actes que ce que tes sentiments te dictaient. Je suis naturellement aimable, tu sais. Ca aide à arrondir les angles et facilite les rapports avec les autres..."

Les yeux de la jeune femme s'embuèrent à nouveau.

"Comment peux-tu être aussi glacial ?"
"Tu es fatiguée, Xylonia..."
"Tu n'es pas humain !"
"Non, c'est exact."

L'apothicaire sursauta. Il admettait ne pas être humain, sur un ton qui indiquait qu'il avait pris le terme au pied de la lettre.

"Je ne suis pas Humain, comme tu l'as deviné. Ca devait bien arriver un jour, mais j'étais trop en décalage par rapport à toi pour le prévoir. Et pourtant, j'aurais dû être plus prudent, à vivre avec toi en quasi-permanence. J'aurais dû demander conseil..."
"A... A Maître Coronaris, par exemple ?"
"Oui, lui en premier, c'est certain. A toi aussi, même si ça implique certaines confidences préalables."
"Je m'en doutais, à certains signes. Vous ne vieillissez pas, entre autres, l'un et l'autre..."
"Et voilà, encore un truc qui m'échappe, la rapidité de vieillissement. Je ne pensais pas que cinq années s'accompagnaient de changements visibles..."

Xylonia secoua la tête, c'était complètement surréaliste. Elle fronça les sourcils, quelque chose clochait...

"Ton oeil..."
"Qu'y a-t-il ?"
"Ton coquart est déjà en train de jaunir ! Et les autres bleus..."
"Dans quelques heures, il n'y paraîtra plus. Ta pommade va légèrement accélérer le processus, mais elle n'était pas nécessaire."
"Mais qui es-tu ? Un Magicien ?"
"Je suis un être dont la Race est presque éteinte à l'heure actuelle. J'ai de nombreux pouvoirs, mais je ne suis pas un Magicien."

Là, là c'était énorme. Il venait de lui parler sans déserrer les lèvres...

"Xylonia ? Xylonia ! Allons bon..."

La jeune femme venait de tomber en arrière sur le lit, sans connaissance.



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   Réponse au Sujet 'Un Amour de Dragon...' a été posté le : 02/07/04 10:58
Une bonne odeur de lait chaud sucré au miel éveilla Xylonia. Elle ouvrit les yeux doucement, il faisait jour. Elle était étendue sur son propre lit. Heureusement qu'elle avait de l'ordre, elle n'aurait pas supporté l'idée que Niklos puisse voir...

Tiens, il était là, assis à hauteur de ses pieds. Il tenait un bol fumant et la regardait.

"Bon retour parmi nous, Xylonia. Tu aurais quand même dû dormir un peu. Tes remontrances pouvaient attendre le matin..."
"Je me sens ridicule. Si j'avais été en pleine forme, je n'aurais jamais dit la moitié de ce que j'ai dit..."
"Et les choses se seraient envenimées. Ne regrette pas tes paroles, Xylonia, elles auront un effet salutaire. Tiens, prends ça, tu as besoin de repos..."

Son visage... Il était déjà complètement guéri. Elle se souvint brusquement pourquoi elle s'était évanouie. Mais elle parvint à ne pas renverser le bol.

"Tu m'as parlé sans ouvrir la bouche."
"C'est l'un de mes pouvoirs. La télépathie. Je m'abstiendrai d'en faire usage si ça te perturbe."
"Non ! Enfin, un peu... C'est la fatigue, aussi..."
"Je m'en doute. Je vais m'occuper de toi, maintenant. Mieux. Tout ce que tu m'as dit, je le mérite. Je t'ai manqué de respect, à ma façon. Même si je ne l'ai pas fait intentionnellement, je n'ai aucune excuse. J'aurais dû faire attention, me mettre à ta place, adopter ta perspective. Mais ce n'est pas facile, Xylonia, me croiras-tu ?"
"Est-ce parce que tu as pitié de moi ?"
"Non. J'éprouve de la compassion, c'est un fait. Mais la pitié est un sentiment proche du mépris. Jamais je ne t'ai méprisée, Xylonia. Je ne t'ai pas bien traitée, mais je ne t'ai pas méprisée. J'ai quand même conscience de tes qualités, tu sais..."
"M'aimes tu, ne serait-ce qu'un peu ?"
"Honnêtement, je ne sais pas. La perte de Kaliopi est encore récente, et je n'ai jamais envisagé de m'attacher à... à un Humain..."
"Récente ? Il y a plus de cinq ans !"
"Oui, mais c'est ténu, pour moi. C'est un peu comme cinq semaines, pour toi, à peu près..."
"Et pourtant, tu vas voir des femmes qui louent leurs charmes..."
"C'est un autre problème qui en est à l'origine. Un problème qui me mine parce que ma conscience et ma raison m'interdisent d'opter pour la solution la plus facile, la plus évidente. C'est tellement pesant que j'ai essayé de trouver un peu d'oubli dans l'alcool et le sexe, une forme de drogue..."
"Mpf..."
"J'y ai réfléchi, pendant que tu dormais un peu. Ce n'est pas une solution, c'est une manière peu grâcieuse de fuir. Surtout si je considère tes sentiments à mon égard..."

Xylonia baissa les yeux et commença à siroter son lait...



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   Réponse au Sujet 'Un Amour de Dragon...' a été posté le : 02/07/04 12:26
Phosphore et soufre. La solution pâteuse qui chauffait doucement dans le creuset dégageait une odeur doucâtre, légèrement suffocante. Xylonia saisit une des baguettes qui se trouvaient à côté du foyer et en trempa l'extrémité dans le brouet jaunâtre. Elle tourna doucement, de façon a enrober convenablement le bout de la tige en bois d'une boule jaune-orange, et plaça l'objet sur un ratelier spécial, pour sécher en compagnie des autres allumettes.

La demande pour les allumettes était constante. Les gens trouvait ça bien plus pratique et facile d'usage que le classique briquet à amadou. La préparation était relativement aisée et peu coûteuse, et ça assurait une rentrée régulière d'argent, avec les bougies. Xylonia était contente de son métier, son commerce marchait bien...

Dans la boutique, Niklos avait une de ses conversations silencieuses avec Maître Coronaris. Elle, elle avait préféré s'esquiver dans l'atelier. Elle se doutait bien que cette fois, elle était l'objet de la discussion...

"...sion t'appartient, mon garçon, mais tu prends une grande responsabilité."
"J'en suis conscient, Coronaris. Vous pouvez en être sûr, j'en suis conscient."
"Comment comptes-tu t'y prendre ?"
"Progressivement. Je n'ose pas tout lui dire en une fois..."
"Tu crains que ses sentiments ne changent ?"
"Pas exactement. Je ne veux pas qu'elle ait peur de moi. C'est encore tellement étrange pour moi, les Humains peuvent changer si vite d'idée pour des raisons si obscures..."
"Enfin... Xylonia est une charmante jeune femme, et elle est honnête."
"Elle est très intelligente et très vive."
"Un peu fantasque et émotive..."
"L'expression d'une imagination fertile. Comment dois-je réagir, mon ami ?"
"Quand la sagesse et la raison te font défaut, écoute ce que te disent ton honneur et tes sentiments..."

Par les dieux, ils parlaient à voix haute, à présent ! Un bruit de clochette indiqua que le vieux notaire était reparti. Elle venait de finir ses allumettes et massait sa nuque endolorie. Elle se retourna et tomba sur Niklos. Il la fixait si intensément qu'elle se sentit rougir.

"Tu as entendu, n'est-ce pas ?"
"Juste la fin... Tu es sincère avec moi ?"
"Franc. Tourne-toi, s'il te plaît, je vais te masser la nuque et les épaules."

Elle obtempéra et ferma les yeux quand elle sentit les mains chaudes de son étrange assistant se refermer sur son cou.

"Niklos... Tes massages m'ont manqué..."
"Désolé..."
"Tu vas vraiment tout me dire ?"
"Oui, mais à ma façon. J'ai du mal à m'adapter à ta vitesse de réaction émotionnelle. Alors j'ai pensé à une espèce de jeu."

Un jeu ? Voilà qui était intéressant. Niklos défit le noeud de son col et glissa ses mains sous le tissu de sa robe, saisissant fermement ses épaules. Xylonia se mordit les lèvres. Il n'avait jamais été aussi audacieux. Mais ses caresses étaient trop agréables pour qu'elle proteste...

"Quel genre de jeu ?"
"Un jeu des vérités. Tu m'accordes une marque de confiance, et je réponds à une de tes questions."
"Tu m'intéresses... Quand commence-t-on ?"
"Tout de suite. Quelle est ta question ?"
"Alors... J'aimerais savoir quels sont tes pouvoirs."
"Bien bien. Et moi, j'aimerais te masser convenablement. Si tu voulais dénuder ton dos et t'étendre sur ton lit, je pourrais..."
"Mais c'est indécent !"
"Mais non... T'imagines-tu que j'irais crier dans la rue que tu me montres ton dos ?"
"Euh..."
"N'as-tu pas envie de savoir quels sont mes pouvoirs ?"
"C'est du chantage !"
"Ma foi, c'est un certain retour des choses..."

la résolution de la jeune apothicaire faiblit sous la pression des doigts agiles de Niklos. Après tout, ils étaient dans le cadre intime de sa propre maison. Et puis, c'était déjà si bon, rien que pour le cou et les épaules. En outre, rien ne l'interdisait, si ce n'était une pudeur excessive et plus embarrassante qu'utile.

"D'accord, mais juste un peu..."

Juste un peu. Quand Xylonia se retrouva étendue sur le ventre, sans corset et sans chemise, elle faillit revenir sur sa décision. Elle frissonna quand Niklos s'assit à califourchon sur ses fesses. Elle se sentit prise au piège. Mais quand les mains chaudes se posèrent bien à plat sur ses omoplates, elle se détendit...

"Comme c'est curieux. J'ai vécu pendant cinq ans avec un homme qui m'apparaît aujourd'hui comme un parfait étranger. Et pourtant, j'ai envie de de lui faire confiance. Non, pas envie, besoin."
"J'ai fait le même effet à Kaliopi, quand nous nous sommes rencontrés..."
"Comment était-elle ? Tu ne me l'as jamais décrite..."
"Une question à la fois, Xylonia. D'abord, parlons de mes pouvoirs..."

Et ses mains commencèrent leur manège sur sa peau, tandis qu'il racontait...

Siens étaient les pouvoirs agissant sur la matière et l'énergie. Le Feu, l'Air, l'Eau et la Terre obéissaient à sa volonté. Dans une certaine mesure. Il pouvait chauffer ou refroidir les substances, les décomposer et les recomposer, les analyser et les identifier sans recourir à des moyens matériels.

Siens étaient les pouvoirs agissant sur le temps et l'espace. Il pouvait déplacer les objets et les êtres, il pouvait se déplacer instantanément d'un endroit à un autre très éloigné, pour peu qu'il ait déjà visité la destination une fois. Il pouvait accélérer ou ralentir le métabolisme des mammifères et des reptiles, et celui des oiseaux et poissons dans une moindre mesure.

Siens étaient les pouvoirs agissant sur l'esprit et les sens. Il pouvait créer des images, des sons, des sensations qui avaient l'apparence de la réalité. Il pouvait communiquer d'esprit à esprit avec les êtres réceptifs. Il pouvait imposer sa volonté à autrui, mais il ne le faisait jamais, car c'était dangereux et amoral. Il pouvait entrer en phase avec les émotions d'une personne, mais il y avait longtemps qu'il n'avait plus osé le faire...

"...Je crois qu'il est temps que je réessaie..."
"N'est-ce pas dangereux ?"
"Pas plus que de tomber amoureux..."



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   Réponse au Sujet 'Un Amour de Dragon...' a été posté le : 02/07/04 12:29
La femme était calfeutrée dans le cellier, entre deux tonneaux. Elle serrait contre sa poitrine son bébé endormi. Dans la maison, cinq hommes. Des intrus, des cambrioleurs et plus encore. Elle avait entendu leur conversation, sur le toit, alors qu'ils se croyaient hors de portée de ses oreilles. Ignorants qu'ils étaient, son ouïe était de loin supérieure à celle des Humains normaux. Ils avaient projeté de l'assassiner, ni plus ni moins, s'ils tombaient sur elle.

Quelque chose, en elle, lui soufflait qu'elle aurait pu venir à bout des malandrins, mais elle n'osait prendre le risque, à cause du bébé. L'enfant s'agita et émit un borborygme. Sans perdre un instant, la mère découvrit un sein et cala le téton dans la bouche du nourrisson. La manière la plus efficace de l'empêcher de faire du bruit. Le bébé, pas contrariant, se mit à têter avec application. Au-dessus de leurs têtes, des pas firent vibrer le plafond. La femme sentit son sang se glacer.

"Pourvu qu'ils ne descendent pas jusqu'ici, de grâce..." pensa-t-elle. Elle se recroquevilla un peu plus derrière les tonneaux. Qu'ils emportent ce qu'ils voulaient et disparaissent !

Et la présence du dragon enveloppa la demeure. Une présence si dense, tellement forte que la femme se demanda un instant si c'était le même. Des cris d'épouvante retentirent dans toute la maison. Quelques instants plus tard des bruits qu'elle ne put identifier se succédèrent à une cadence effrénée. Puis le silence. La présence du dragon fit des rides dans le tissu de la réalité. Il riait ? Plus rien. Il était parti.

Elle attendit de longues minutes. Son bébé s'étant rendormi, elle le déposa doucement, et remonta au rez-de chaussée. Arrivée dans la cuisine, une odeur d'urine assaillit ses narines. Elle trouva un des malfrats sans conscience sous la table. Son pantalon était souillé, il s'était *******é dessus de terreur. Elle en retrouva trois autres dans des états similaires. Du cinquième, aucune trace dans la maison. Mais une fenêtre était brisée, et le toit de l'appentis, en-dessous, était défoncé. Des traces d'une fuite aussi soudaine que désordonnée.

La femme retrouva bien vite son sang-froid et appela de toute ses forces, criant au voleur, à l'assassin. Le temps que le guet arrive, elle avait été rechercher son bébé...

Interrogés, les quatre bandits tinrent des propos incohérents, parlant de revenants, de fantômes. Avec le cinquième qui s'était enfui, ça ferait une réputation sinistre à sa maison dans la pègre. La femme pouvait être tranquille de ce côté-là...

Mais elle se demandait pourquoi le dragon l'avait ainsi protégée...



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   Réponse au Sujet 'Un Amour de Dragon...' a été posté le : 02/07/04 12:33
Xylonia s'était piquée au jeu. Niklos orientait ses questions avec beaucoup de finesse, elle s'en rendait compte. Mais l'échange de concessions sur leurs vies privées respectives avait du bon. Leurs rapports s'étaient détendus et ils avaient retrouvé l'équilibre des premiers jours. Avec quelques bonus. L'assistant la trouvait trop maigre pour son propre bien. Il avait donc commencé à cuisiner systématiquement pour les repas de midi. Après quelques tentatives hasardeuses, et l'acquisition de quelques livres de recettes, il avait fait de rapides progrès, et elle avait pris un peu de chair. Assez logiquement, le massage vespéral n'en était devenu que meilleur. Oui, elle avait droit à son massage tous les soirs, désormais.

Il y avait eu quelques accrocs, bien sûr. De légers heurts qu'une discussion posée résolvait rapidement. Xylonia était encore sidérée de voir que des choses simples posaient parfois des difficultés à Niklos, alors que les problèmes les plus ardus sur le plan scientifique ou intellectuel pur ne lui résistaient pas plus de quelques instants. Ainsi, elle lui avait reproché de la fixer avec trop d'intensité, ça la mettait mal à l'aise. Il s'était excusé, expliquant qu'il essayait juste de lire son langage corporel, sa façon d'occuper l'espace, de bouger, de manipuler les objets. Il avait fait un gros effort et était beaucoup plus discret quand il l'observait. Ou alors il faisait une clownerie, une grimace pour se faire pardonner - ce qui fonctionnait assez bien.

Un autre fait étonnant était la pauvreté de sa spiritualité. Niklos croyait en très peu de choses. La Raison était l'un des piliers de son âme. La confiance en soi en était un autre, bien que fort friable. En dehors de cela, presque rien. Il ne croyait en aucun dieu ou déesse, ancien ou actuel. Et concernant ses idées sur un au-delà meilleur, c'était à la fois déconcertant de simplicité et rafraîchissant de sincérité. Pour lui, il n'y avait de paradis ou d'enfer que dans la mémoire de ceux qui nous survivent. Xylonia souriait pour elle-même en évoquant cette idée : Kaliopi devait avoir le plus beau des autels dans l'esprit de son amant...

Il lui avait beaucoup parlé de sa chère Kaliopi. C'avait été l'objet d'âpres négociations, à propos du massage, justement. Bribes par bribes, elle avait autorisé Niklos à lui masser les bras et les mains. Puis les pieds. Puis les chevilles. Puis les cuisses. Ahum. Ca s'était avéré bénéfique pour sa circulation sanguine. A présent, elle avait les jambes légères et les bras alertes. Même Maître Coronaris lui avait fait un compliment à propos de ses belles couleurs. Mais elle avait cru mourir d'embarras quand elle avait senti les mains de Niklos effleurer ses genoux la première fois. Bon sang, c'était un geste si intime ! Il avait été très doux, cependant. Presque circonspect. Il lui avait expliqué qu'il craignait, à demander des concessions aussi précises, de perdre le terrain qu'il avait repris.

Xylonia acheva de préparer la commande d'une cliente et allait ouvrir le magasin, quand Niklos fit son apparition. Etouffant un baîllement, il la salua d'un sourire...

"Bonjour, hmpf, Xylonia..."
"Bonjour, Niklos, je ne t'ai pas entendu rentrer, cette nuit..."
"Ah, tu m'as vu sortir ?"
"Eh bien oui. Où étais-tu ?"
"Chez une femme..."

Xylonia fronça les sourcils. Il secoua la tête en riant.

"Non non, pas une courtisane, rassure-toi."
"Qui donc ?"
"La petite-fille du meurtrier de mes parents."

La jeune femme sursauta. Niklos avait sur le visage l'expression de celui qui a fait une bonne farce.

"Mais que..."
"Tsss, j'ai déjà répondu à deux questions fort personnelles, tu prends de l'avance sur notre jeu..."
"Oh zut ! Tu me mènes par le bout du nez !"
"Mais il est très bien, le bout de ton nez, il est à sa juste place sur ton visage."

En deux bonds formidables, il traversa le magasin pour la rejoindre à la porte. Elle poussa un cri de surprise quand il l'enlaça et l'embrassa sur... le bout du nez, précisément. Puis elle éclata de rire avant de s'arrêter brusquement. Elle le contempla longuement, intriguée. Il lui rendit son regard, souriant mystérieusement. Il se pencha enfin pour l'embrasser sur la joue et lui sussurer "Ca te va si bien, de sourire, mon amie"...

Elle posa la joue sur son épaule et ferma les yeux. Enfin.

"Toi, tu viens de réussir à noyer le poisson. Tu m'expliqueras, pour cette femme ?"
"Oui, Xylonia, c'est prévu. Pour bientôt. En attendant, tu me dois encore une concession..."
"Deux, tu veux dire ?"
"Je crois que le câlin fera très bien l'affaire pour une des deux..."
"Ah ? Euh..."
"Quelle est ta couleur préférée, Xylonia ? Je n'ai toujours pas réussi à le déterminer..."
"Argent. La couleur de l'argent neuf, gris clair et brillant, avec des reflets légèrement dorés..."

Ce fut comme si la foudre le frappait : l'étonnement qui se peignit sur son visage fut brutal, énorme, et incoercible. Puis un bien étrange sourire naquit au bord de ses lèvres. Niklos fut particulièrement attentionné avec elle ce jour-là et ceux qui suivirent, sans qu'elle comprît pourquoi.



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   Réponse au Sujet 'Un Amour de Dragon...' a été posté le : 02/07/04 12:36
"C'est quand même étrange. Tu ne trouves pas, Niklos ?"

Les mains ralentirent leur ballet, sur son dos.

"Quoi donc, mon amie ?"
"Il y a quelques semaines, l'idée que tu puisses me toucher ainsi me semblait osée, à la limite de l'obscène. Aujourd'hui, c'est tout juste si je ne prie pas pour que le jour s'achève plus vite, pour enfin sentir tes mains sur ma peau. Comment en suis-je arrivée là ?"
"Il n'y a rien d'osé à prodiguer un certain réconfort physique à quelqu'un. Le massage est un service prisé, dans mon pays natal. Les meilleures masseuses se font payer fort cher leurs offices."
"C'est là que tu as appris à faire ça ?"
"Non, c'est Kaliopi elle-même qui m'a enseigné les bases. Ca faisait partie d'un cours d'anatomie et... Enfin, voilà."
"Quelle femme formidable... Au plus tu m'en parles, au plus je me sens minable en comparaison."
"Kaliopi m'a montré les voies de la sagesse. L'une de ses voies consiste à ne pas se laisser emprisonner dans les préjugés et les idées reçues. N'est obscène ce que l'on veut bien considérer comme obscène. Une autre voie de la sagesse, c'est de ne pas se laisser aller au défaitisme en se comparant à quelqu'un d'autre. Kaliopi, c'était Kaliopi, elle était tout pour moi. Toi, tu es toi."
"Et qu'est-ce que je suis pour toi ?"

Niklos saisit la tresse de Xylonia et en passa le bout, tel un pinceau, le long de son épine dorsale. La jeune femme eut un frémissement délicieux. Il se pencha et l'embrassa entre les omoplates.

"Tu es, mon amie, l'objet de mes pensées."

Elle ferma les yeux, rosissant de plaisir.

"Tu es sincère ?"
"Tout à fait, Xylonia. Je commence à saisir comment pensent les Humains, et c'est grâce à toi en grande partie. Le trait le plus remarquable, c'est que chez vous, il n'y a pas de frontière entre intelligence, spiritualité, émotion et sensation. Tout est inextricablement lié. C'est à la fois effrayant et fascinant. Chez certaines personnes, il y a une dominance de l'un ou l'autre. Chez d'autres, c'est un équilibre en constante révolution. C'est ce qui me plaît, chez toi. Je n'arrive pas à te résumer, à te définir. Par moments, j'ai l'impression de te comprendre enfin et paf, tu m'échappes à nouveau. Tu es une découverte permanente..."
"C'est parce que j'évolue en même temps que toi. Nous ne sommes pas des êtres figés, Niklos, nous changeons avec le temps et l'expérience..."
"Je trouve ça beau..."
"C'est vrai ? Tu me trouves belle ?"
"Euh... Aussi, oui. Tu es en bonne santé et tu es visiblement bien dans ta peau. Tu es beaucoup plus belle aujourd'hui que tu ne l'étais il y deux mois. Tu as pris un peu d'épaisseur, et ça te va très bien. Tu ne peux pas savoir à quel point ça m'alarmait de pouvoir compter tes côtes rien qu'en effleurant ton dos..."
"Oh... Et maintenant ?"
"Maintenant, tu fais honneur à ta silhouette de femme."
"Tu as les gestes et les mots d'un amant..."
"Tu lis un peu trop de romans, Xylonia. Pas nécessaire d'être amants pour échanger un peu de tendresse..."

Il glissa une main sous son jupon et lui tapota une cuisse, lui faisant redresser la tête.

"Tu n'es pas incommodée par ma non-humanité ?"
"Plus maintenant. Tu as trrrrrès bien négocié ton retour dans mes bonnes grâces..."
"Ouf... Merci, mon amie."
"J'ai eu envie de te jeter dehors, tu sais..."
"Je m'en suis douté. Merci de m'avoir laissé une chance."
"Le plus fort, c'est que mes sentiments pour toi ont très peu changé. Tu fais partie de ma vie, Niklos, que tu le veuilles ou non. Et je suis heureuse quand tu es près de moi, quand nous parlons, que nous travaillons ensemble. J'ai peur d'en demander davantage..."
"Et moi je n'ose pas devenir davantage qu'un ami, tant que tu ne sais pas tout. Demain, je t'emmènerai visiter ma demeure, l'antre que Kaliopi occupait avant que je ne la rencontre, le lieu qu'elle m'a légué..."
"Vraiment ?"
"Oui. Tu t'habilleras chaudement, il fait très froid, là-bas."
"Où est-ce ?"
"Dans les brumeuses montagnes de l'ouest lointain, à l'écart de toute civilisation..."
"Mais on va devoir fermer la boutique pour longtemps, alors ?"
"Juste une journée. Je nous y transporterai par magie..."
"Alors qu'attendons-nous ? Pourquoi ne pas y aller maintenant ?"

Dans son excitation, elle s'était retournée et assise pour le prendre par les épaules. Il lui sourit doucement. Elle croisa les bras sur sa poitrine, rouge comme une pivoine.

"Entendu, Xylonia, si tu le souhaites."
"Tu veux bien sortir ? Le temps que je m'habille..."
"D'accord."


Dernière mise à jour par : Nyxl le 02/07/04 13:26

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   Réponse au Sujet 'Un Amour de Dragon...' a été posté le : 02/07/04 13:31
"C'est ici que tu as vécu avec elle ? Dans cette immense caverne ? Ouverte aux vents glacés ? Quelle horreur !"
"Regarde... Cette statue... Toi qui voulais savoir à quoi ressemblait Kaliopi, sous sa forme humaine..."

Dans le fond de la grotte, il y avait effectivement une statue. Une femme nue, grande et belle. Elle semblait jaillir de la roche du sol. Xylonia s'approcha, s'émerveillant du réalisme un peu cru de la sculpture. Réalisme très abouti, l'anatomie ainsi dévoilée ne laissait aucune place au mystère...

"C'est elle ?"
"Oui. Son corps est enchâssé dans la roche, sous nos pieds. J'ai utilisé la magie pour ça, ainsi que pour tailler la stalagmite à son effigie."
"Elle a l'air heureuse..."

L'alchimiste frissonna et resserra sa pelisse. Son souffle laissait des trainées de vapeur dans l'air glacé de l'Antre. Niklos se rapprocha et l'enveloppa de sa propre fourrure. Avant qu'elle ne proteste, il posa ses mains sur son front...

...Planant sur une mer de nuages, le soleil, lumineux et chaleureux, au zénith. Un éclair argenté qui attire le regard, un rire cristallin...

...Une main fine aux doigts déliés, qui désigne certains passages dans un livre ouvert sur un pupitre. Le regard qui remonte le long du bras, vers une épaule délicate et un visage souriant. De longs cheveux noirs, de grands yeux bleus, un rire tout en dents blanches...

...Rires à nouveau, alors qu'on la chatouillait. Vautrée parmi les coussins, elle agitait ses longues jambes pour repousser son agresseur. Et soudain, elle jaillissait de la couche pour s'approcher, tout près. Contact d'un baiser...

...Halètements, gémissements, respirations syncopées. Son torse se soulevait et s'abaissait en rythme. La bouche ouverte, elle rejeta la tête en arrière. Des mains remontèrent sur ses hanches, écartant ses cheveux, plaqués en mèches collantes sur son corps rendu luisant par la transpiration. Les mains se refermèrent doucement sur les seins, et elle plaqua ses propres mains dessus, réclamant davantage de caresses...

...Encore la mer de nuage, et cette vibrante jubilation. Voler, encore voler dans les airs, libre...


Xylonia poussa une exclamation aiguë. Elle mollit dans les bras de Niklos, son coeur battant à tout rompre...

"Tant d'images, de sensations... Tant de joie, de plaisir..."
"Du calme, du calme. Je t'ai fait partager un peu de ce que j'ai vécu avec elle."
"Comme tu l'as aimée..."
"Nous avons vécu ensemble pendant de longues années. C'est elle qui m'a enseigné quasiment tout ce que je sais. Mais nous ne nous sommes aimés que pendant sept mois bien courts..."
"Oh non..."
"C'est ainsi, on n'y peut rien changer."
"Si... Si en cinq ans, tu n'as pas réussi à en faire ton deuil, sept mois d'amour, c'est... ça doit te sembler infime..."
"Infime et précieux. Viens, je vais te montrer la bibliothèque..."

Niklos s'approcha d'un énorme rocher, contre la paroi de la grotte. Il posa les mains sur des prises que lui seul connaissait et fit glisser l'improbable masse sans effort apparent. Il y avait une ouverture, un tunnel obscur avec une faible lueur un peu plus loin. Il l'entraîna doucement, la tenant par la taille au cas où elle défaillirait. Au bout du corridor, Niklos leva sa main libre, et une multitude de points lumineux apparurent, partout dans la caverne. Et effectivement, Xylonia eut un choc en découvrant l'immense bibliothèque...

"Mais il y en a des milliers !"
"Près de huit cent mille livres reliés, dont une grosse majorité d'incunables. Quelques dizaines de milliers de rouleaux de papyrus, de codex, de tablettes et autres supports anciens."
"Euh, il y a un index ?"
"Non, aucun index ni catalogue."
"Co... Comment peut-on s'y retrouver ?"
"Oh, je les ai tous lus, si tu cherches quelque chose, il te suffit de me demander..."
"Tous... Mais il y en a pour plusieurs vies !"
"Xylonia, je ne suis pas un Humain, ne l'oublie pas... Mon espérance de vie dépasse les cinq mille ans..."
"C'est à peine croyable ! Quel âge as-tu réellement ? Tu as l'air d'un homme de trente ans, si on oublie tes cheveux gris..."
"Oh, passé mille deux cents ans. On ne compte pas vraiment..."
"Je veux savoir qui tu es vraiment... Je veux savoir ce qui a dormi sous mon toit pendant cinq ans. Je veux savoir de quoi je suis tombée amoureuse."
"Entendu. Prépare-toi à un choc..."
"Mais qu'est-ce que tu fais ???"
"Ca se voit, non ? Je me déshabille. C'est que je suis très volumineux, sous ma véritable forme, je ne voudrais pas déchirer mes vêtements inutilement."

Xylonia, dont les joues s'étaient colorées d'un beau rouge écrevisse, se retourna. Elle l'avait déjà vu torse nu, mais complètement... enfin, à poil, quoi, non. Quelques instants plus tard, Niklos l'invitait à le rejoindre dans la grotte d'entrée, sa voix lui paraissant curieusement déformée. Elle se précipita dans le tunnel, pour finir nez à museau avec une énorme tête, à la fois canine et reptilienne. Une tête expressive, couverte d'écailles d'un argent pur et brillant, avec des moustaches et une barbichette aux reflets dorés. Ses grands yeux sombres, surmontés de sourcils broussailleux, clignaient comiquement en l'observant. La jeune femme resta muette de stupeur. Elle n'aurait pu entourer le cou de la créature avec ses deux bras !

Le Tatsu posa le menton sur le sol, quasiment à ses pieds. D'un long soupir, il enveloppa l'alchimiste d'un nuage de vapeur.

"Oh pardon, j'oublie vite qu'il fait froid ici..."

La voix était un grondement lent et musical, rien à voir avec le timbre enjoué de Niklos. Pourtant, les inflexions, la façon de varier de ton...

"Niklos ?"
"Eh oui. Je suis un Tatsu d'Argent. Probablement le dernier de mon espèce. Vulgairement, on m'appellerait dragon..."
"Maismaismaismais vous n'existez que dans les légendes !"
"C'est parce que nous ne nous montrons plus que nous n'existons plus que dans les légendes..."

Elle s'était appuyée à la paroi de la caverne et détaillait le corps du dragon. Long. Long. Plus long encore. Plus de cinquante mètres ! Quatre pattes graciles, des mains et des pieds munis de seulement trois doigts.

"Je comprends mieux certaines choses..."
"As-tu peur de moi ?"

Il la regardait, de bas en haut, avec ses grands yeux un peu larmoyants, comme l'un de ces chiens qui pleure après son maître. Cette créature pouvait l'avaler en une bouchée, sans même déglutir, et pourtant Xylonia la trouvait terriblement attachante. Elle s'étonnait de son expressivité. Elle aurait pu le jurer : Niklos était morfondu d'angoisse, et il avait quelques raisons de l'être.

Xylonia fit un effort de volonté et s'approcha, ôtant ses moufles.

"Je... Je ne crois pas. Tu ne me feras pas de mal, n'est-ce pas ?"
"Non. Plus jamais si je peux l'éviter."
"Je peux te toucher ?"
"D'accord, mais évite le ventre, ça me chatouille affreusement..."

Elle dépassa la tête et posa une main sur le cou longiligne. C'était chaud et doux. Elle s'attendait à quelque chose de lisse, froid, presque coupant, mais non. Elle avança encore, atteignit les bras. Les membres avaient la même taille que des bras humains. Niklos lui tendit une main, tout doucement. Elle saisit un doigt dans chaque poing, voulant éprouver leur souplesse, leur force. Dans ses paumes, elle sentit une pulsation rapide, qui l'incita à reprendre son exploration pour trouver...

"Comme ton coeur bat vite... C'est normal ?"
"Oui et non. C'est que j'ai une grande carcasse à irriguer, tu vois ? Il faut que le coeur assure. Mais là, je suis un peu stressé. C'est la première fois que je me dévoile à un Humain. Et c'est un Humain qui a tué mes parents. Ce sont des Humains qui ont exterminé presque tous les miens..."
"Tu veux dire que tu as peur de moi ?"
"Un peu."

Xylonia sentit son coeur se serrer. Comment un être aussi énorme et disposant de tous ses pouvoirs pouvait craindre quelqu'un d'aussi chétif qu'elle ? Quelle genre de fragilité était-ce là ?

"Je... Je crois que je me sens mal..."
"Xylonia ?"
"...Vertige..."
"Xylonia !"

Niklos réussit à avancer son museau juste à temps pour amortir la chute de son amie. Quand elle fut étendue sur le sol, il reprit sa forme humaine et la prit dans ses bras. Il l'emporta dans la bibliothèque, dans une de ces innombrables alcôves envahies de tapis et de coussins...



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   Réponse au Sujet 'Un Amour de Dragon...' a été posté le : 02/07/04 13:34
"Mmmpf..."
"Doucement, ne bouge pas trop..."
"Niklos ? J'ai fait un rêve..."
"Tu as surtout fait un malaise. Si tu avais daigné attendre une journée, ne serait-ce que pour dormir un peu... Enfin, c'est fait, tu sais ce que je suis, maintenant..."

Elle ouvrit la bouche, la referma en voyant l'endroit où elle était.

"Non, Xylonia, ce n'était pas un rêve."
"Tu es un dragon."
"Tatsu, s'il te plaît. Et oui, c'est bien ce que je suis."
"Dans les histoires, les dragons sont des créatures assoiffées de sang et de richesses..."
"La seule richesse ici, ce sont les livres."
"Tu n'es pas méchant ? Tu n'es pas violent ? Non, bien sûr que non. Juste différent..."
"Xylonia, calme-toi..."
"Es-tu avide de biens ?"
"Xylonia, tu es ce que j'ai de plus précieux dans cette caverne..."

Ca c'était très beau comme compliment. La jeune femme rougit. Puis elle se morigéna. Elle se laissait à nouveau embobiner parce qu'il avait son apparence d'homme...

"Tu es un dr... un Tatsu..."
"Je comprends que tu aies du mal à l'accepter, mais..."
"Non... C'est juste que... Tu avais raison, c'est une énorme surprise. Tu... Tu peux garder cette forme humaine comme ça ?"
"Indéfiniment. Ce n'est pas qu'une simple apparence. Les Tatsus ont le pouvoir inné d'adapter leur taille comme bon leur semble. Le don de métamorphose en est le corollaire naturel. C'est Kaliopi qui me l'a transmis..."
"Kaliopi, c'était aussi un Tatsu d'Argent ?"
"Une Tatsu Blanche. Une femme réputée chez les miens, la plus sage et la plus savante. Une légende vivante. J'ai été son apprenti, à l'époque où les Humains ont commencé à chasser les dragons. Cette montagne est trop éloignée de la civilisation pour que l'on se soit inquiétés des événements..."
"Oh... Et... Tu l'as aimée comme Tatsu et comme Humain ?"
"Avec la même passion sous les deux formes. Si je te dégoûte et si tu préfères que je te laisse tranquille, je comprendrai, Xylonia..."

Silence embarrassé.

"Non, Niklos, tu ne me dégoûtes pas. Quand tu m'as demandé quelle était ma couleur préférée... Tu t'es montré très gentil, après. C'est parce que tu as... des écailles argentées ?"
"Ben oui... Ca m'avait fait très plaisir d'entendre que c'était cette couleur..."
"Je le maintiens. Je te trouve beau, aussi bien en Humain qu'en Tatsu. Ce n'est pas la même chose, mais..."

La jeune femme se renversa en arrière, s'enfonçant plus profondément dans les coussins. Elle était encore un peu groggy. Tellement de choses nouvelles en si peu de temps !

"Combien de temps suis-je restée évanouie ?"
"Quelques heures."
"Ramène-nous à la maison, s'il te plaît. Je ne me sens pas très à l'aise ici. Ramène-nous..."
"D'accord, donne-moi la main..."



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   Réponse au Sujet 'Un Amour de Dragon...' a été posté le : 02/07/04 13:36
Une semaine passa. Xylonia finit par accepter le fait qu'elle avait un dragon apprivoisé en guise d'assistant. Ca aidait beaucoup qu'il ait la forme d'un bel homme. Ca aidait beaucoup qu'il soit redevenu le Niklos drôle et aimable des premiers jours. Et la façon dont il avait "préparé le terrain", ça ne gâchait rien. Mais comme son angoisse était palpable ! Il était morfondu à l'idée qu'elle puisse le chasser de chez elle, à cause de sa véritable nature ! C'avait beau être étrange, la jeune femme n'arrivait pas à trouver ça "anormal". Maître Coronaris avait raison, elle était fantasque. Juste ce qu'il fallait.

Et Niklos, plus que jamais, était présent dans sa vie. Il était de plus en plus rare qu'il ne fut pas à proximité immédiate. A tel point qu'elle commença à le trouver un peu envahissant, et finit par le gourmander...

"J'ai longtemps été indépendante, souviens-toi. Et j'y ai pris un certain goût."
"Misère, j'ai vraiment du mal à te suivre, parfois..."
"C'est comme ça. Ca me fait plaisir que tu fasses attention à moi, maintenant, mais n'exagère pas, quand même, tu m'étouffes !"
"Mais... Ha la la ! Je vais retourner voir mes courtisanes. Au moins, il ne faut pas réfléchir, avec elles..."
"Ah NON alors !"

Il se retrouva avec une Xylonia fébrile agrippée à son torse. La tête pressée sur son épaule, elle parla d'une voix tremblante.

"Je ne veux pas que tu retournes dans ce quartier ! Je ne veux pas te récupérer en lambeaux comme la fois dernière !"
"Mais voyons, tu sais que je ne risque rien... Et que je récupère très vite."
"Justement, ce n'est pas la question. Mets-toi un peu à ma place, imagine ce que j'ai ressenti en te voyant si abîmé... Surtout en connaissant mes sentiments pour toi. N'y retourne pas, s'il te plaît. Et s'il te faut tellement ce genre de soulagement, je... je suis là. Je peux apprendre..."
"Eh bien, je te comprends de moins en moins..."
"Je me sens ridicule. J'ai beau savoir qui tu es..."
"Chuuuut. Ca va, je n'irai pas, je plaisantais. Je ne m'attendais pas à une réaction aussi vive. Tu as ma parole, je ne meurtrirai plus tes sentiments."

Il la serra tendrement, lui caressant les cheveux. Il saisit sa tresse et la fit tournoyer.

"J'aime bien ta tresse, on peut faire des trucs marrants avec..."
"Mais euh !"

Elle se dégagea de son étreinte, mais il la reprit aussitôt dans ses bras.

"Tututut, tu restes ici."
"Niklos..."
"Laisse-moi donc te cajoler un peu. C'est gratuit, et ça ne nuit à personne. Et comme ça, tu auras une bonne raison de me trouver collant."
"Oui. D'accord... Tiens, je me demande..."
"Aïe..."
"C'est curieux... Ton veuvage... Désolée si ça t'ennuie, mais je veux comprendre, moi aussi. Ton veuvage dure depuis plus de cinq ans. Mais tu as commencé à visiter les quartiers chauds de la ville il y a seulement quelques mois, et ça s'est fait assez brutalement. Que s'est-il passé ? Tu m'as parlé d'un problème personnel, mais... Qu'est-ce qui a provoqué ce besoin soudain de... de sensualité ?"
"Ca, c'est lié au meurtre de mes parents. Asseyons-nous, ça va être assez long..."



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   Réponse au Sujet 'Un Amour de Dragon...' a été posté le : 02/07/04 13:37
C'était un Mage du nom d'Asmodius qui avait tué les parents de Niklos, et leurs proches. Il n'avait pas pris énormément de risques, voguant sur la brusque vague de violence qui avait submergé les rapports entre les Humains et les Dragons. De toutes les espèces Draconiques, les Tatsus étaient les plus paisibles, les plus pacifiques. C'étaient de grands lézards aériens et débonnaires, réputés pour leur immense sagesse et leur côté "porte-bonheur". Chaque grande famille, dans les contrées orientales, était protégée par une famille de Tatsus.

Asmodius, obsédé par le pouvoir et la connaissance que représentaient ces reptiles formidables, avait décidé de s'approprier par la force ce qu'il n'aurait pu acquérir avec le temps - les Humains ayant une très courte espérance de vie, comparés aux Dragons. Le meurtre des Sophistesis (la famille de Niklos) avait été un acte aisé, presque anodin, pour un magicien de son niveau. Mais ça n'était pas le plus horrible de ses crimes.

Ce fou avait récolté le sang des Tatsus d'Argent et s'en était servi pour faire des expériences interdites. Asmodius avait un fils unique, Sargos, qui avait épousé une fille d'une bonne famille, Ilona. Peu après les batailles qui virent la fin de la guerre contre les Dragons, Ilona tomba enceinte. Sous prétexte de veiller sur sa santé en beau-père attentionné, Asmodius administra à la jeune femme des élixirs de sa propre composition. Elixirs distillés à partir du sang des Tatsus. Le Mage essayait de fixer dans le génome de l'enfant en devenir, des caractères propres aux dragons. Bref, il tentait de créer un hybride Humain-Tatsu, à l'insu de Sargos et d'Ilona.

Ilona était loin d'être bête, et à mesure que la grossesse avançait, elle se rendit compte que quelque chose ne tournait pas rond. Certains symptomes étaient trop inquiétants pour ne pas se poser des questions. Elle finit par fouiller dans les affaires de son beau-père et trouva un journal qui contenait tous les compte-rendus de ses expériences. Elle y trouva, bien évidemment, celles qui visaient à transformer son bébé. Horrifiée et alarmée, elle montra le journal à son époux, qui en conçut une grande colère. Il alla en demander raison à son père. Le Mage était déjà totalement dément et décida sur le champ d'éliminer son fils, qui ne manquerait pas de le dénoncer au Conclave et de nuire à ses projets qui, d'après le journal, ne s'arrêtaient pas là.

Cependant, Sargos était lui aussi un Mage puissant. Le duel improvisé s'acheva sur leur mort à tous les deux et la destruction de la forteresse d'Asmodius. Sargos, prévoyant, avait renvoyé Ilona dans sa propre famille. La pauvre femme mourut en mettant au monde une petite fille hybride. Les parents d'Ilona l'élevèrent et l'éduquèrent avec tout l'amour qu'ils pouvaient lui prodiguer. Elle s'appelait Nyalka...

Nyalka avait une part non-négligeable de sang draconique. De ce point de vue, l'expérience d'Asmodius avait été un succès. Elle grandissait et maturait plus lentement qu'une fille Humaine normale, elle était plus forte, plus résistante, plus sensible que quiconque. A trente ans, si elle avait l'esprit d'une femme adulte, elle était prisonnière d'un corps d'adolescente. Quand la puberté arriva, son organisme fut confronté à des troubles hormonaux propres aux dragons, ce qui lui occasionna de très grandes souffrances, de façon cycliques. Tous les trois ans environ, tout son corps se mettait à la faire souffrir, comme si on l'écartelait. Et elle muait, elle perdait sa peau au profit d'une nouvelle. Ces désquamations accentuèrent encore sa singularité, l'isolant encore davantage du reste de la société. Quand ses grands-parents moururent, elle se retrouva bien seule...

Il s'en trouva un, un homme dévoué qui la prit en affection et l'acceptait comme elle était, avec ses capacités hors du commun et ses faiblesses. C'était un médecin du nom de Tenoryon. Il épousa Nyalka et dédia une grande partie de son temps libre à chercher un traitement à ses crises trisannuelles. Au bout de quelques années, n'ayant rien trouvé, il décida de fouiller les ruines de la forteresse d'Asmodius, dans l'espoir de trouver un indice. Nyalka, alors enceinte, l'accompagna, désirant voir le lieu où elle avait été conçue. Tenoryon, en farfouillant dans des débris d'instruments d'alchimie, s'était blessé sur un objet enduit d'une substance très toxique. Il était mort en souffrant le martyre, dans les bras de son épouse qui ne pouvait rien faire...


Dernière mise à jour par : Nyxl le 02/07/04 13:39

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   Réponse au Sujet 'Un Amour de Dragon...' a été posté le : 02/07/04 13:40
"Par la Déesse-Mère, mais c'est affreux !"
"Une bien triste histoire, je le concède..."
"Mais que voulait faire Asmodius avec Nyalka ?"
"La féconder et en obtenir un enfant mâle. Il aurait alors fait passer son âme, ses pouvoirs et ses connaissances dans le corps de l'enfant, acquérant ainsi puissance physique, sensibilité accrue et longévité bien plus importante..."

Xylonia frissonna d'horreur...

"Et qu'est devenue Nyalka ?"
"Elle vit seule dans la demeure de ses grands-parents, dans une bourgade pas très loin d'ici. C'est elle qui m'a raconté son histoire."
"Ah bon ? Comment l'as-tu retrouvée ?"
"Grâce à Coronaris. C'est un vieil ami qui a des antennes un peu partout dans le pays. Il lui fut aisé d'enquêter et de retrouver la trace d'Asmodius."
"Et qu'est-ce que tu espérais obtenir en la rencontrant ? Vengeance ?"
"Non. A vrai dire, je ne savais pas ce que j'allais trouver. J'espérais quelques réponses, je n'y ai gagné qu'interrogations supplémentaires. C'était il y a un peu plus de six mois. J'étais tellement déboussolé, tellement perturbé qu'il me fallait obscurcir mon esprit..."
"Mais pourquoi donc ?"
"Voyons, je venais d'être confronté à la folie humaine, une folie malsaine qui avait poussé un homme à nuire à sa propre descendance pour bien des générations à venir ! Peux-tu imaginer combien d'enfants souffriront encore avant que le sang de dragon ne soit suffisamment dilué ou stabilisé ?"
"N... Non."
"J'étais révolté, tant par l'horreur des actes d'Asmodius que par la détresse physique et morale de Nyalaka... Et ma propre impuissance. J'ai voulu oublier, c'était plus que je n'en pouvais rationnellement envisager. Ayant constaté que la boisson et le sexe avaient un effet désastreux sur la réflexion, j'ai... J'ai cédé à ces deux vices..."
"Ca me semble étrange, malgré tout..."
"Je suis un Tatsu, Xylonia. Je suis un Sage, et je ne peux comprendre la folie à moins de devenir fou moi-même..."
"Mais c'est idiot !"
"Pas vraiment. Mais ton implication... Beaucoup de choses se sont débloquées, quand tu m'as grondé... Je t'en remercie, Xylonia. Sincèrement."
"Je... Je t'en prie."

L'alchimiste tendit une main et effleura la joue de Niklos. Il lui rendit le geste.

"C'est donc elle que tu allais voir, ces derniers temps, quand tu sortais la nuit ?"
"Oui. Je ne me montrais pas, je me contentais de surveiller un peu, de... De voir si elle n'avait besoin de rien. La dernière fois, j'ai eu l'occasion de mettre en fuite une bande de salopards qui la cambriolaient et n'auraient pas hésité à la tuer..."
"C'est pas vrai ?"
"Hélas si. Je leur ai flanqué une fameuse frousse. A mon avis, ils ne sont pas près de recommencer, après ça..."
"Qu'est-ce que tu leur as fait ?"
"J'ai juste utilisé leurs propres peurs... Peu coûteux en ressources magiques; c'est la cible qui fait tout le travail."
"Je me demande encore..."
"Misère de misère ! Il a fallu que je tombe sur une perle rare ! Tu es trop intelligente, Xylonia, tu vas me mettre à nu à force de me poser des questions !"

La jeune femme devint écarlate. Nul doute qu'elle le revoyait encore se dévêtir, dans la bibliothèque de son Antre...

"Euh... Je voudrais juste savoir, à propos de ta mauvaise passe, pourquoi les souteneurs t'ont passé à tabac ? Après tout, tu étais un client régulier..."
"Ouille, question un peu embarrassante... C'est, euh, en rapport avec mon rythme nuptial..."
"Pardon ?"
"Oui, les Tatsus sont beaucoup plus lents que les Humains, pour l'accouplement. Je... Je dois faire l'amour pendant plusieurs heures pour... Enfin, pour avoir un orgasme, quoi. Et chaque fois que je sortais en soirée, je monopolisais une femme pour toute la nuit... Si ça m'a donné bonne réputation auprès de ces dames, je faisais perdre de l'argent aux souteneurs. Imagine : un seul client sur une période où la courtisane pouvait en recevoir sept ou huit... Xylonia ? Tu es toute rouge, là, tu vas bien ?"
"J'ai un peu chaud... Ca va passer..."
"Oh..."
"Euh, si tu veux chercher un peu d'oubli en ma compagnie... Préviens-moi à l'avance, qu'on ferme boutique dans de bonnes conditions. Ou bien attend le week-end..."

Niklos la considéra avec de grands yeux. Puis il se pencha en avant, la prenant par les épaules...

"Il faudra que tu m'expliques comment tu arrives à me surprendre comme ça... Ca m'échappe..."
"Niklos..."
"Tu n'es pas dégoûtée de moi ?"
"Je regrette, mais je n'arrive pas à te trouver autrement qu'adorable. C'est embarrassant, tu sais ?"
"Embarrasse-moi, dans ce cas..."

Leurs visages se rapprochèrent. Au dernier moment, Xylonia posa une main sur les lèvres de Niklos, s'attirant un murmure indigné...

"Mgnf-t-il encore ?"
"Tu me présenteras Nyalka ?"
"Ah, euh, oui, si tu veux..."
"Demain matin ?"
"D'accord..."



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