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Nyxl

Basement Cat



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   Philoctète. a été posté le : 02/06/04 09:40
En ces temps incertains où les Achéens voguaient vers Troie, nombreux étaient les héros, les rois, les fils de dieux ou de déesses dont les noms étaient connus et les exploits maintes fois contés. Aujourd'hui, on ne retient guère que les noms d'Achille, d'Hector, d'Ulysse, d'Ajax...

Pourtant, ils sont nombreux ceux que l'on a oublié et qui avaient autant de valeur et de courage que ceux-là. Qui se souviendra qu'il y avait deux Ajax ? Qui se souviendra d'Antiloque, de Teucros, de Pandare, de Diomède qui blessa deux Dieux, d'Idoménée, des innombrables bâtards de Priam ?

Il est un de ces héros que Homère négligea dans son Iliade, pour deux raisons. La première, c'est que son acte le plus fameux, il l'accomplit à la toute fin du siège de Troie, bien après la mort d'Hector, l'événement qui clot ce récit. La deuxième, c'est que ce personnage fut abandonné par les siens à cause d'une blessure, et seul un augure obtint qu'on le secoure...

Ce héros, c'est Philoctète, et lors de la guerre de Troie, il était déjà âgé et renommé à bien des égards...

Comme de coutume, pour tout ce qui a trait à la mythologie grecque, les traditions divergent aussi régulièrement qu'elles convergent. Pour qui s'intéresse dans le détails aux ramifications des liens du sang entre les différents protagonistes, des relations d'un épisode à l'autre de ces récits héroïques, des fréquentations d'une génération à la suivante, il sera aisé de repérer les premières incohérences ou "curiosités". Si l'on pousse plus loin les investigations, on s'y perd irrémédiablement, à moins d'avoir une solide formation d'helléniste.

Le récit que je vous propose donc est tout sauf la vérité. D'abord, je ne suis pas un devin comme Chalcas ou Cassandre. Ensuite, eh bien, je doute qu'aucun helléniste, si vénérable soit-il, puisse se targuer d'avoir vérifié sur place lequel des poètes était dans le vrai ! Je me suis contenté de picorer aux diverses traditions qui me sont actuellement accessibles (bibliothèque et internet), rassemblant les éléments intéressants pour en faire un tout vaguement cohérent. La chronologie des événements est particulièrement ardue à maintenir, car il faut examiner en même temps les événements chez les mortels et chez les Dieux, et il se trouve que le temps s'écoule très curieusement au sommet de l'Olympe...

Mais revenons à Philoctète. Jason a construit l'Argos et recruté son équipage et fait voile vers la Colchide, dans sa quête de la Toison d'Or qui lui a été inspirée par cette bonne vieille Pallas Athéna...


Dernière mise à jour par : nyxl le 02/06/04 11:15

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   Réponse au Sujet 'Philoctète.' a été posté le : 02/06/04 09:42
Premier Chant : Lemnos, au temps jadis.

"Héraklès ! S'il te plaît, fais-nous une démonstration de ton adresse à l'arc !"
"On dit que c'est Apollon lui-même qui te l'a offert !"
"Héraklèèèèèès !"

Le géant roux pouffait doucement, se laissant complaisamment encercler par les donzelles. L'accueil, il faut dire, avait été chaleureux. Quand les Argonautes étaient débarqués à Lemnos, ils avaient trouvé l'île déserte et ce n'était qu'en pénétrant dans le Temple de Poséidon, pour rendre hommage au Dieu, qu'ils s'étaient vus "capturés" par les seuls habitants de l'île. Les habitantes. Uniquement des femmes.

Après une prise de contact houleuse, ils avaient posé leurs armes, ne souhaitant point souiller le lieu sacré du sang de ces femmes qui, bien que rendues hystériques par leur relative solitude, n'étaient pas mauvaises. C'est ainsi que Jason avait appris le fin mot de l'histoire...

Les femmes de Lemnos étaient acquises au culte de Poséidon, et ne se préoccupait guère de rendre grâce à Aphrodite. L'ombrageuse Déesse s'en était offusquée, on ignore pourquoi, alors que des dizaines de générations de prêtresses de Poséidon n'avaient même pas fait sourciller la Fille de l'Ecume. Les plus avisées parmi les Lemniennes se disaient que le retentissant divorce d'avec Héphaestos n'était pas étranger à cette soudaine colère. Il était murmuré qu'Hephaestos, tombé de l'Olympe, avait trouvé refuge et soins sur Lemnos, il y a quelques années...

Toujours est-il qu'Aphrodite, soudainement vexée du manque d'attention de la part des femmes de l'île, les avaient punies en rendant leurs époux, pères, frères et fils violents et odieux à leur égard. Cette situation avait empiré de jour en jour, jusqu'à ce que, n'y tenant plus, les Lemniennes implorent Poséidon, leur Dieu Tutélaire, de les délivrer de ce fléau. Et Poséidon les exauça, mais pas de la façon dont elles l'escomptaient. Il leur envoya un rêve leur promettant une pêche miraculeuse si tous les mâles de l'île prenaient la mer le lendemain...

Les Tritons et les Naïades les emportèrent tous dans le royaume du Chronide, qui les métamorphosa en cétacés, leur confiant la tâche de protéger celles qu'ils maltraitaient les jours précédents. Et les dauphins innombrables s'étaient acquittés de leur mission avec grand zèle, interdisant l'accès de Lemnos aux marins qui croisaient dans ces eaux...

Jusqu'à l'arrivée de l'Argos, guidé par la volonté d'Athéna et d'Apollon Delphinius.

Une fois les esprits apaisés, la reine de l'île, Hypsipyle, demanda aux Argonautes de féconder les Lemniennes, pour leur permettre de renouveller leur population. C'est que, sans mâle, il est difficile aux femmes de faire des enfants. Les aventuriers acceptèrent ce devoir sacré avec beaucoup de bonne volonté. Sauf la vierge Atalante aux pieds ailés, qui bouda pendant tout le séjour, mais c'est une autre histoire.

Et elles étaient quelques-unes, papillonnant autour du colosse aux cheveux de feu, tentant de l'amener à dévoiler ce qui se cachait sous sa tunique en peau de lion. Lui, il prolongeait le jeu, faisant la démonstration de sa puissance. Voilà qu'elles lui demandaient de leur montrer son habileté à l'arc !

"Mes toutes belles, mes flèches sont dangereuses à manipuler, car le sang de l'Hydre les imprègne. Plus d'un est déjà mort qui les touchèrent imprudemment."

Un rire joyeux résonna à quelques pas de là. Deux autres Argonautes les observaient, juchés sur un large rocher. L'un des deux, celui qui riait, l'interpella.

"Qu'à cela ne tienne, Héraklès, je te prête volontiers mes flèches pour un concours improvisé !"
"Poeas ! Mon ami, mon rival au tir ! C'est bien aimable à toi ! Quelle sera la cible ?"
"Vois cet olivier, à cent pas d'ici ?"
"Entendu ! Descends de ton perchoir, et que Philoctète soit l'arbitre !"
"Que nenni, bouillant camarade, il participe aussi !"
"Par Apollon aux flèches infaillibles ! Il ne manque plus que Laerte et l'on peut vraiment faire un concours !"
"Je suis là, je suis là, Héraklès... Mais je veux bien servir d'arbitre, si vous êtes d'accord, je ne suis guère en état de concourir."

Le Céphalonnien venait d'apparaître au détour d'un bosquet, tenant une femme aux longs cheveux bruns par la taille. Leur sourire satisfait et la démarche un peu tremblante de l'Argonaute laissait peu de doute quant à "l'état de concourir"...

Ainsi fut-il donc fait.

Héraklès s'avança en premier. Son arc était très particulier. Sans être particulièrement long, sa forme composée, en double esse, lui conférait une puissance de tir remarquable. Mais il nécessitait la force de son porteur pour être utilisé. Héraklès encocha la flèche que lui tendit Laerte et banda son arme sans effort apparent. La corde se détendit soudainement avec un claquement sec. Le projectile se ficha profondément dans le tronc de l'olivier.

Aussitôt, les spectatrices acclamèrent le puissant héros. D'autres femmes arrivèrent, attirées par le bruit. Poeas s'avançait à son tour, encochant une flèche sur son arc long. L'une des retardataires l'interpella.

"Il nous serait difficile de ne pas reconnaître le divin Héraklès, mais quel est ton nom, ô Archer ?"
"Je m'appelle Poeas, de Thessalie, et je pratiquais le tir à l'arc avant de savoir marcher..."

Ce disant, il décoche son trait, qui va fendre celui d'Héraklès, se fichant exactement au même endroit. S'avance alors Philoctète, un peu timide. Lors, la femme curieuse lui demande à son tour...

"Et toi, jeune homme, qui es-tu ?"
"Philoctète est mon nom. Je suis juste le fils de mon père."

Entre le moment où la flèche quitta le carquois et celui où elle fusa de l'arc s'écoula à peine plus de temps qu'il n'en fallut au projectile pour venir fendre le trait de Poeas...



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   Réponse au Sujet 'Philoctète.' a été posté le : 02/06/04 15:26
Deuxième Chant : Le Bûcher.

"Hylas ! Où es-tu ?"

Les compagnons d'Héraklès se regardèrent entre eux. Le puissant héros, rendu fou par la douleur, délirait. La plupart avait déjà quitté la demeure de celui qu'on appelait "fils de Zeus", célèbre pour sa force surhumaine et pour ses exploits sans nombre. Seuls étaient resté quelques proches, dont Poeas et Philoctète. Le Thessalien et son fils tentèrent de le calmer, sans grand succès...

"Poeas, dis-moi, est-ce que Polyphème l'a retrouvé ?"
"Non, Héraklès. Il est resté en Mysie et y a fondé une ville..."
"Pauvre Hylas, qu'a-t-il bien pu lui arriver ?"
"Souviens-toi, on a trouvé un bout de sa tunique accrochée à un olivier. On suppose que les Dryades l'ont enlevé..."
"Aaaaah... T'en souviens-tu, Poeas, comme il nous avait sermonné quand nous avons fait ce concours de tir à l'arc, sur Lemnos ? Il n'aimait pas qu'on s'en prenne inutilement à la nature."
"Oui, tu l'avais même surnommé amant des arbres, alors. Les Dryades n'auraient pu se choisir meilleur compagnon de jeu..."
"Quel fou j'étais. Je l'ai toujours bien aimé, Hylas. Il avait, en plus de la sienne, la part de cervelle qui m'a toujours fait défaut..."
"Tous les Argonautes le savent, Héraklès."
"Aimer... Quel mot. Où est Déjanire ? Je lui ai fait grand tort, à elle aussi. Vois cette tunique écarlate, qui me colle à la peau ? C'est elle qui me l'a donnée..."

Poeas se mordit les lèvres. Il ne pouvait pas lui dire ce qui s'était passé deux jours auparavant...

Ils avaient trouvé l'épouse d'Héraklès, la corde au cou, dans le jardin de leur propriété. Elle avait tout confessé. Le Centaure Nessos, à l'agonie, lui avait confié une recette de philtre miraculeux, à base de sa semence et de son sang. Ce baume devait lui assurer la fidélité de son époux, si jamais il devait s'intéresser à une autre femme. Quand Héraklès avait décidé de réclamer Iole, Déjanire avait décidé de passer à l'acte. Elle n'avait pas réfléchi plus avant que sa jalousie. Il ne lui était pas venu à l'esprit que Nessos, par-delà l'Hadès, pouvait très bien l'avoir manipulée pour exercer sa vengeance sur son divin mari...

Elle avait imprégné la tunique d'Héraklès de cette espèce de pommade étrange. C'était un poison lent qui s'administrait par voie cutanée et le colosse roux, portant le vêtement à longueur de journée, avait reçu une dose suffisante pour tuer un troupeau de Centaures. Si sa prodigieuse constitution ne pouvait plus le sauver, elle lui avait garanti cette longue et douloureuse agonie. Déjanire, constatant les souffrances croissantes de son mari, avait compris ce qui s'était passé, en réalité. Elle avait envoyé leur fils Hyllos chez des parents en Attique et avait pris la décision de mettre fin à ses jours.

Philoctète avait tranché la corde d'une flèche de son arc, mais il était trop tard. Déjanire aurait pu survivre, la meurtrissure de son cou n'était pas assez importante pour la tuer sur le coup, mais elle n'avait plus aucun désir de vivre.

Le surlendemain, un émissaire dépêché à Delphes revint. La Pythie avait humé les exhalaisons du Gouffre, et rendu son avis. Philoctète, Poeas et d'autres amis emmenèrent Héraklès sur le mont Oeta, où ils bâtirent un bûcher. Le divin héros s'étendit sur la couche enduite d'huile, de son plein gré, et ses amis disposèrent ses armes, et sa cuirasse taillée dans la peau du Lion de Némée, ainsi que multitudes de richesses, tout autour du corps massif. Quand vint le moment crucial, tous se désistèrent.

"Mes amis, aidez-moi à en finir dignement, la douleur va me faire perdre les dernières miettes d'entendement qu'il me reste, je risque de commettre bien des méfaits avant de mourir si cela arrive..."
"Héraklès, ce que tu nous demande..."
"Moi je le ferai. J'ai partagé cette quête de la Toison d'Or avec toi, Héraklès. Même si je ne m'entendais pas toujours avec toi, j'ai respecté ta force et ton courage. Il serait injuste que tu finisses dépouillé de ceux-ci. Rendons gloire à Zeus et qu'il t'accueille dans l'Olympe comme ta naissance le promettait."

Poeas, prononçant ces paroles, alluma le bûcher en plusieurs endroits. La tunique empoisonnée prit feu en un instant, jetant une flamme verte et faisant une fumée nauséabonde. Héraklès hurla, mais son cri était empreint de soulagement, comme si la brûlure lui était caresse en regard de son agonie. Il fut bientôt impossible de se tenir près du bûcher funéraire et les spectateurs durent reculer. Soudain, la silhouette sombre du géant se dressa au milieu des flammes rouges. Il y eut un étrange mouvement, et l'Arc et le Carquois, tout fumants, atterrirent aux pieds de l'Archer Thessalien. La voix d'Héraklès résonna curieusement, parmi les crépitements et les grésillements.

"Toi qui m'offre la délivrance, reçois mon arc et mes flèches. Hephaestos les fabriqua pour qu'Apollon me les offre comme cadeau de naissance. Tu es meilleur archer que moi, je sais que tu en feras bon usage. Ton fils Philoctète en héritera à ta mort. Que ta vie soit longue encore, Poeas mon dernier ami ! Et dis bien à tes proches que tu connus Héraklès, fils de Zeus !"

Et le colosse embrasé leva les poings vers le firmament et hurla le nom de Zeus. La foudre frappa le bûcher, à trois reprises. Quand les témoins furent remis du choc et de l'éblouissement, ils virent qu'il ne restait rien de la construction funéraire, hormis un cercle de cendres fines et noires...


Dernière mise à jour par : nyxl le 02/06/04 15:29

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   Réponse au Sujet 'Philoctète.' a été posté le : 02/06/04 18:42
Troisième Chant : Le Serment de Tyndare.

Ulysse venait de quitter le jardin, revenant dans l'Atrium où tous les prétendants attendaient leur tour. Tous les regards convergèrent vers le Prince d'Ithaque. C'est qu'il était réputé pour son éloquence tout autant que sa bravoure et son habileté aux armes. Si quelqu'un devait l'emporter sur tous les soupirants, c'était sans aucun doute Ulysse au regard perçant, favori d'Athéna. Il promena ses yeux sur l'assemblée, un sourire indéchiffrable sur les lèvres. Au bout de quelques instants, le Grand Ajax, fils de Télamon, l'apostropha vertement.

"Eh bien, l'insulaire, te voilà bien muet ! Si c'est pour te repaître de notre infortune, tu ferais bien d'abréger notre attente et nous annoncer la bonne nouvelle, que nous quittions cet endroit au plus vite !"

Le Roi Tyndare, assis sur son siège au milieu de la salle, grimaça. Voilà exactement ce qu'il redoutait, l'amorce d'une querelle entre les prétendants. Il avait déjà pris un grand risque en accordant à sa fille Hélène le choix de l'époux qu'elle voudrait. Ulysse montra les dents en un rire bon enfant.

"Rassure-toi, fier Ajax, Hélène ne veut pas de moi, elle me trouve de taille trop petite, tu as encore toutes tes chances."

Un long murmure de soulagement fit frémir la salle. Ulysse alla s'asseoir à côté de Philoctète. L'Archer contempla le roué personnage un moment, avant de l'interroger.

"Amusant, moi elle m'a trouvé trop maigre. Dis donc, Ulysse, tu n'as pas l'air aussi malheureux que ceux qui ont été éconduits avant toi. Me diras-tu ce qui te réjouit ?"
"Oh, rien de bien grave, Philoctète. Pour être franc, je ne m'intéresse pas à Hélène, j'ai vu tout de suite qu'elle a déjà choisi son parti."
"Ah ah ? Une autre donzelle a accroché ton regard ?"
"Mon regard et mon coeur, mon ami. Tu connais Icarios, le frère de Tyndare ?"
"Oui, il a donné une réception dans sa propriété un peu en dehors de Sparte. Je n'y étais pas, je suis arrivé un peu après la plupart des prétendants d'Hélène."
"Eh bien, j'y étais, moi. Et j'y ai fait la connaissance d'une femme qui n'est sans doute pas aussi belle qu'Hélène, mais qui allie grâce, noblesse et esprit. Sans parler de son humour ravageur et de sa patience à toute épreuve."
"Holà, tu as l'air déjà bien épris ! Pourquoi donc t'es-tu présenté à Hélène dans ce cas ?"
"Pour deux raisons. D'abord par curiosité. Je voulais voir si je pouvais éveiller quelque intérêt dans le coeur de cette femme nonchalante. Ensuite par intérêt. J'aimerais trouver de quoi m'assurer les bonnes grâces de Tyndare, dans l'espoir qu'il me soutiendra quand j'irai trouver son frère..."

Philoctète sourit en retrouvant là l'Ulysse qu'il connaissait si bien : toujours en train d'échafauder des plans tordus pour parvenir à ses fins.

"Tu sembles en tout cas déterminé. Si je comprends bien, la femme en question est la fille d'Icarios."
"C'est exact. Pénélope est son nom. Quand je l'ai rencontrée, j'étais un peu plus qu'à moitié ivre. En quelques mots, elle a suffisamment attisé mon intérêt pour dissiper les brumes de Dionysos ! Nous avons bavardé toute la nuit et nous sommes trouvé de nombreux centres d'intérêt communs, et suffisamment de sujets sur lesquels nos opinions divergent pour entretenir un siècle de discussions animées !"
"Pschtoing, pschtoing..."

Philoctète mima un arc et des flèches imaginaires. Ulysse saisit tout de suite l'allusion à Eros, et se pressa une main sur la bouche pour ne pas s'esclaffer bruyamment. Tyndare se leva, alors que Grand Ajax revenait, la mine défaite. Pas besoin d'annoncer son éviction, elle était lisible sur ses traits. Le Roi de Sparte annonça que les "auditions" étaient terminées pour la journée, que les prétendants suivants attendraient le lendemain pour se présenter...

Il y eut un tumulte de vagues protestations, mais les hommes quittèrent la demeure de Tyndare sans trop se faire prier. Philoctète, prenant tout son temps, remarqua Ulysse qui murmurait quelque chose au Roi. Le visage du vieil homme s'éclaira un moment, et il prit le Prince d'Ithaque par les épaules, l'entraînant dans une pièce de côté. Quelques minutes plus tard, Ulysse ressortait, un sourire entendu sur le visage.

"Alors ?"
"C'est gagné, Philoctète mon ami. J'ai obtenu de Tyndare sa collaboration pour me permettre de gagner la main de Pénélope."
"Raconte !"
"Il va suggérer à Icarios d'organiser une course d'endurance. Le vainqueur aura le droit de courtiser Pénélope."
"Eh bien... Pourquoi ne pas avoir été plus direct ?"
"Mmh, si Pénélope semble bien disposée à mon égard, j'aimerais me faire remarquer de façon positive par son père. Icarios ne me connaît que de vue et de nom. Mais je ne crains personne à la course d'endurance, Philoctète, Athéna me donne la résistance et Hermès la vitesse."
"Quel service as-tu rendu à Tyndare ?"
"La garantie qu'il n'y aura pas de guerre entre les prétendants d'Hélène. C'est sa plus grande hantise !"
"Mmh, et quelle solution lui as-tu suggérée ?"
"Sois là demain, et tu sauras."
"Je suis curieux de voir ça ! J'y serai, Ulysse, compte sur moi !"

Le lendemain, quand tous les prétendants furent assemblés, Tyndare leva les bras pour obtenir le silence.

"Valeureux héros, rois, enfants de dieux et de déesses, entendez la parole d'un père. Voilà que je m'apprête à me séparer de la seule fille qui me reste, la magnifique Hélène. Cette blonde enfant est sans nul doute la plus belle femme de la Mer Thyrrénienne au Pont Euxin, et il aura bien de la chance l'homme qui me l'enlèvera..."

Murmures d'assentiments...

"Je ne sais lequel d'entre vous elle choisira, mais celui-là sera mon successeur..."

Silence absorbé. Ca, c'était neuf. Tous pensaient que ce serait l'un des Dioscures qui prendrait les rênes de Sparte quand Tyndare prendrait sa retraite.

"Et je voudrais que vous tous, vaillants et virils héros, prêtiez serment, sur le nom de Zeus. Je voudrais que vous juriez solennellement de défendre les intérêts de celui qui emportera le coeur d'Hélène, par la diplomatie, la négociation ou les armes s'il le fallait. Je voudrais que vous fassiez la promesse de tout mettre en oeuvre si, un jour, quelqu'un enlevait Hélène à son époux légitime, pour retrouver et châtier l'impudent. Ainsi, tous vous serez comme mes fils et, si un seul recevra sa main, tous auront fait la preuve de leur amitié..."

Silence consterné. Ulysse grimaça, c'était le moment crucial. Si un seul dans l'assemblée refusait de prêter serment, il pouvait dire adieu à Pénélope. Philoctète ne réfléchit pas longtemps. Il s'avança et brandit l'Arc d'Héraklès qu'il avait reçu de Poeas son père.

"L'amitié est un lot de consolation admirable, ô Tyndare, et un bien précieux. Je veux, moi, prêter ce serment, s'il peut apporter aux Achéens une paix durable, et établir une Alliance que rien ne saurait ébranler ! Agammemnon Roi a déjà uni tous les royaumes par les armes et la politique, maintenant, ils seront uni par ce serment d'amitié ! Je prends Zeus à témoin, et fais le serment sur cet Arc qui me vient de mon père qui l'obtint d'Héraklès. Je jure de défendre les intérêts du futur Roi de Sparte, et si jamais on venait à lui enlever Hélène, je dresserai une armée en Thessalie pour lui prêter assistance dans la guerre qu'il mènera pour reprendre son bien !"

Ajax rugit son assentiment, bousculant tous ses voisins en se redressant.

"Par Zeus, voilà qui est parler en homme !"

Et le grand gaillard prêta aussitôt serment. Ménélas, frère d'Agammemnon, s'avança et jura à son tour, imité par Elephenor et Menesthéus. Les fils d'Asclépios, Machaon et Podalirius, les imitèrent bientôt. Ulysse prêta serment lui aussi. Aucun ne se désista, pas même dans les prétendants déjà éconduits. Du sommet de l'Olympe, Zeus entendit leur serment, et inclina la tête sur le côté, montrant son accord...



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   Réponse au Sujet 'Philoctète.' a été posté le : 04/06/04 20:27
Quatrième Chant : Tenedos.

Achille arborait une expression boudeuse, alors que son cousin plus âgé, Patrocle, le sermonnait. Le Péléide essuyait son glaive sur la toge du Roi Ténée, qu'il venait juste d'assassiner, sous son propre toit. Agammemnon, Nestor, Ulysse surgirent, en compagnie d'autres braves Achéens. Le Roi des Rois eut vite évalué la situation, et leva les yeux au ciel.

"Nestor, Ulysse, je vous laisse régler cette affaire, j'en ai plus qu'assez des conneries de cette brute sans cervelle."

Agammemnon quitta la demeure de Ténée, sous le regard haineux d'Achille. Ulysse capta l'attention du jeune guerrier aussi vite que possible.

"Que s'est-il passé au juste ? Pourquoi l'as-tu tué ? Il avait pourtant accepté de nous laisser emporter un tiers de ses récoltes et bêtes si nous ne mettions pas son île à sac..."

Achille regarda ailleurs, et Patrocle répondit à sa place.

"Ténée a refusé de lui donner une des servantes du palais, affirmant - à raison - que ça n'était pas compris dans l'accord. Quand Achille a insisté, avec une certaine violence, le Roi a haussé le ton et l'a appelé barbare..."
"Pas besoin d'en dire plus. Où est cette servante ?"

Patrocle désigna un coin de la salle, où plusieurs femmes étaient recroquevillées, éperdues de frayeur. L'une d'elles, celle qui était en avant, avait une attitude protectrice et couvrait ses consoeurs de ses bras, dardant un regard venimeux sur les Achéens. Quand Ulysse s'approcha, elle cracha à ses pieds et le maudit...

"Vous tous, vous les Danaens, vous n'êtes que des meurtriers ! Notre Roi était un homme juste et bon, et il a fallu que ce rustre le tue parce qu'il voulait forniquer avec moi ! Mais Apollon saura se venger, qui est le père divin de Ténée !"

A ces mots, le héros de Phthie pâlit brusquement.

"Ténée était fils d'Apollon ? Par Zeus... Ma mère m'avait averti... Si je devais tuer un descendant d'Apollon avant de toucher les plages de Troie, je mourrais percé par les flèches du Dieu Soleil..."

Patrocle leva les yeux au ciel, à son tour, et fit mine de s'arracher les cheveux.

"Et même avec les avertissements de la divine Thétis, tu tues encore les gens sans t'enquérir de leur lignage ? Tu finiras par me tuer, moi aussi, Achille, avec tes mouvements d'humeur !"
"Patrocle, ne dis pas ça..."

Ulysse eut un sourire sardonique, vite réprimé au profit d'un haussement d'épaules.

"Bien, je crois qu'un hécatombe s'impose. Quelqu'un peut me dire s'il y a un sanctuaire d'Apollon ici ou sur une île proche ? Nestor ? Tu étais, avec mon père, parmi les Argonautes. Te souviens-tu avoir croisé dans ces eaux ?"
"Aaaah, Ulysse, tu m'en demandes beaucoup. Il me semble en effet que nous sommes passés par ici, avec Jason, mais Philoctète, plus jeune que moi, saura sans doute mieux te répondre, sa mémoire étant moins défaillante que la mienne..."
"Entendu, nous le lui demanderons. En attendant, donnons au Roi Ténée des funérailles dignes de son rang et de sa race."

Ainsi fut-il fait. Agammemnon Roi fut irrité des trois jours de délai que cela impliquait, mais donna son accord pour chercher le sanctuaire et y sacrifier les cent boeufs au Dieu Apollon Phoebos. Philoctète connaissait un îlot minuscule tout proche, presque un rocher, qui était consacré au Dieu Soleil.

"C'est l'île Chrysê, du nom de la Nymphe qui l'habite. Je vous y guiderai, mais il faudra y aller en petit comité. Gardez-vous bien de faire quoi que ce soit d'irrévérencieux, une fois sur place, car l'occupante des lieux est très susceptible."

Philoctète l'Archer les avertit encore : l'endroit était difficile à aborder, il fallait s'y rendre à marée basse pour éviter d'ensabler irrémédiablement les galères dans les hauts-fonds irréguliers. Le fils de Poeas les régala, pendant trois jours, des récits des exploits des Argonautes, rendant grâce à chaque dieu et déesse qui les avait soutenus pendant cette aventure. A commencer par Athéna, que révérait également le roué Ulysse, et Poséidon, l'Ebranleur des Sols. Enfin, une galère fut armée, et Achille, Patrocle, Ulysse, Philoctète, le devin Chalcas et quelques hommes embarquèrent.


Dernière mise à jour par : nyxl le 04/06/04 20:35

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Zifnab7

Ogre du Chaos



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   Réponse au Sujet 'Philoctète.' a été posté le : 10/06/04 11:39
Bon j'hesitais a mettre un commentaire pour ne pas pourir, mais comme le sujet ne semble pas dechainer les foules je m'y risque de peur de voir sombrer l'oeuvre dans les oubliettes du chaos avant son terme.

Alors j'aime assez. Principalement parceque ca traite d'un sujet que j'aime beaucoup (depuis la lecture du "Lion de Macedoine" de Gemmel) mais que je connais peu. Le style fait, comment dire, old school ?? C'est assez marrant de s'imaginer ces personnages legendaires "jouer" les dialogues qu'il nous propose. Seul bemol a mon avis, le tout devrait s'achever trop vite. Peut-etre le sujet aurait-il merite de se voir traiter plus longuement ??

Voila voila, en esperant pouvoir decouvrir la suite bientot !!


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La plume est plus forte que l'épée. Surtout si la plume est pointue, et l'épée très courte.

A vaincre sans peril, on evite bien des ennuis !!

Il faut être économe de son mépris, étant donné le grand nombre des nécessiteux


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