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Caerbannog

Bas-Cul



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Pourquoi vous regardez ca ?
   Oeuvre inachevée a été posté le : 28/03/04 10:42
bon, ben .....
desireux de faire partager ma derniere oeuvre a plus de gens, je met mon pitit bebe en ligne, disponible ICI :http://www.annupart.com/ouvre.doc

Bonne lecture


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Bas-Cul de Caer-Ravagé

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Anonymus peut le faire, Anonymus l'a fait, Anonymus a laché un compliment :
Espérons que tu seras aussi charmé par lui que tu l'as été par moi, et inversement.

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Caerbannog

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   Réponse au Sujet 'Oeuvre inachevée' a été posté le : 04/04/04 10:11
bon, suite a la demande de nombreux d'entre vous ( merci Septa :D :D )
je met le texte directement .....
courage, c'est peut etre un peu long mais bon ......




Œuvre Inachevée




Histoire en IV actes




Acte I
Journal d’un conquistador

BAM BAM BAM !
Je frappe. Je vérifie si ce qui m’entoure est fragile. A priori non.
Je suis bien. Depuis quelques temps je me sens bien, je suis au chaud, a l’abri des agressions quelconques.
J’ai perdu la notion du temps. Impossible de dire depuis combien de temps je suis si bien.
Tout autour de moi semble brumeux, flou. Des bruits me parviennent mais étouffés, comme s’ils venaient d’ailleurs. Je ne les comprends pas. Qu’importe. Je suis bien, bien mais fatigué. Une douce torpeur m’envahit doucement. Sans m’en rendre compte, je plonge dans le sommeil. Je dors.

*

On me réveille. Une lueur aveuglante m’éblouit. Je hurle.
On veut me faire mal. Je sens quelque chose de froid, de glacé. Je hurle encore plus fort. On me malmène. Je ne vois toujours rien mais je perçois des grandes vibrations.
La brume disparaît peu à peu. J’arrive à distinguer des formes. Une est plus présente et plus nette que les autres. Je vois et j’entends. Les sons qui viennent de cette forme sont doux, calmes, ils me détendent. Je m’endors.
Depuis le temps que je suis là, le problème de la nourriture ne s’est jamais présenté. A intervalles réguliers, une forme allongée se présente à moi et alors une plénitude s’empart de mon corps.

*

Des autres formes se présentent autour de moi. Deux silhouettes moins vagues que le reste se manifestent au dessus de moi. Ces animaux sont ils domesticables ? La créature douce semble l’avoir fait. Les deux animaux font ce qu’elle ordonne. Cependant, quelque chose m’inquiète. Une créature semblable à l’autre mais produisant des sons plus graves, plus inquiétants, s’approche de plus en plus de moi. Il m’a semblé les voir ensemble quelques fois. Qui sont-ils ?
La plus douce des créatures semble vouloir m’offrir quelque chose, un quelconque présent. J’ai voulu m’en saisir pour l’étudier mais les deux petits animaux ont étés plus rapides et secouent l’objet au dessus de moi, comme pour me narguer. Cela semble embêter les deux créatures car elles produisent une série de sons identiques en même temps, comme pour affirmer leur supériorité.
L’environnement se précise. Je suis entre des falaises. Le ciel semble être fait d’une matière translucide.
La créature à voix grave est beaucoup plus velue que l’autre. Est-ce un chef ? Il essaye souvent de communiquer mais il m’est impossible de comprendre son langage. Son visage mobile est trop rapide pour que je puisse comprendre ce qu’il veut me dire.
Quelque chose de bizarre s’est produite aujourd’hui. De nombreuses créatures, en plus de « Voix Douce » et « Voix Grave » sont venues autour de moi. Que signifie cette réunion ? Est-ce un rite ? Beaucoup essayaient de communiquer, sans succès. Elles produisaient presque toutes le même type de son à répétition que j’avais entendu auparavant.

*
Grande nouvelle ! J’ai enfin réussi à domestiquer les animaux qui venaient danser au dessus de moi. Maintenant, j’ordonne et ils obéissent. Et s’ils s’emparent des présents de « Voix Grave », c’est que l’ordre vient de moi. Jamais plus elles n’obéissent de leur plein gré.

Une autre découverte fascinante ! Le ciel n’est pas la matière translucide autour de moi ! J’ai pu voir au-delà au péril de ma vie ! « Voix Grave » avait ordonné à ses animaux domestiques, qui sont plus grands que les miens, de se saisir de moi et de me porter à son visage. J’ai profité d’un instant d’inattention pour regarder ailleurs. J’ai vu une ouverture pleine d’une grande clarté. De l’air frais en venait. C’était bon. J’étais bien.

*
Décidemment, ce nouveau monde est bien étrange. J’espère le revendiquer à mon nom d’ici peu de temps. Les mystères sont de plus en plus nombreux. Les créatures semblent vouloir s’adresser à moi. Je les entends souvent produire un son qui sonne bien. Peut être est ce le nom qu’elles me donnent, à moi, le nouveau venu. Impossible de reproduire, le son par moi-même, je ne comprends pas tout. Comment « Voix Douce » dit elle ? P… Pi …Pi… Pié …Pié’hr ? Pierre ?


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   Réponse au Sujet 'Oeuvre inachevée' a été posté le : 04/04/04 10:14
Acte II
La Peur


On a tous connut ces moments. Que ce soit autour d’un feu de camp ou autour de la douce chaleur de la télévision.
Autour du feu de camp, la situation est toujours la même : on fait des chamallows grilles, on mange des salades de riz faites par les mères, on fait cuire quelques saucisses, on boit aussi… Aux alentours de minuit, c’est toujours pareil, les cadavres de bières se comptent par dizaines, il y a des morceaux de riz par terre, de la cendre dans les verres et on parle. Le plus souvent pour ne rien dire, pour évacuer l’alcool près de la chaleur du feu. Le feu justement commence à s’éteindre. La réserve de petit bois ramassée en début d’après midi est insuffisante pour tenir toute la nuit. Malgré la chaleur de l’été, il fait froid. Les volontaires sont rares pour retourner de nuit en foret. Et même si des courageux se dévouent, ils reviennent rapidement, quelques brindilles pour ne pas dire d’être revenu bredouille. Il ne reste plus que des braises.
On parle de moins en moins. La fatigue, l’alcool, la douce chaleur persistante du feu, on s’endort, doucement. Et c’est le silence. Le bruit de la foret envahit le petit campement. Bien que tout le monde ait insisté pour dormir à la belle étoile, on s’en veut de ne pas avoir monté les tentes. C’est à ce moment que la peur reprend ses droits. Finie l’ivresse légère procurée par les bières et le martini. Finis les moments de fous rires dus à des moments d’égarements, de discutes sur les profs … Les mégots jonchent le sol. Plus personne ne parle. Tout le monde se souvient. On se souvient de la peur primaire, la peur du noir. On n’ose pas avouer cette peur, à son âge, voyons, on n’a plus peur du noir …
Et les bestioles inconnues reviennent. On a tous connus dans ses cauchemars des monstres incongrus, souvent « créés » par les parents, la famille ou la nounou. Tous ceux qui suçaient leur pouce se souviennent encore du Monstre Ciseaux qui coupaient les doigts des enfants. Ils reviennent. Tous. Du croque mitaine au monstre planqué sous le lit en passant à la momie décapitée. On les sent. On les sent derrière nous. On ne peut pas se retourner, oh non, pas devant les copains, pas devant celle qui a acceptée de venir et que vous voulez draguer depuis deux ans. Alors on se tait. On reste immobile. On cherche le regard de l’autre mais tout le monde est préoccupé par ses propres peurs. On n’ose même plus s’endormir, de peur que les monstres nous visitent durant le sommeil. On essaye de se relaxer, de ne penser à rien. Oublier… Que celui qui n’a jamais connu cette peur me jette la première bière !

*

C’est ce que raconte Pépé au bistrot pour faire rire les copains. Moi, c’est en ce moment même que je la connais cette peur. Pas de chance pour la bière de Pépé.
Je suis aux toilettes. Je suis enfermé. Je suis un lâche. J’ai fui. J’ai fui après ce qui s’est passé à la cantine. Ce n’était pas ma faute. Ce n’est pas moi qui aie déclenché la bagarre de petit suisse et de radis. C’est Alexandre, un grand de troisième qui a commencé en balançant son petit suisse à travers tout le self pour qu’il explose juste au dessus de la tête de Pedro, le pion, qui lisait un gros bouquin sur une critique de raison pure, où je ne sais plus trop quoi. Tout les demis pensionnaires du collège Georges Brassens ont suivis Alexandre. C’est un meneur Alexandre.
J’ai suivi aussi. Moi, Pierre Brun, du haut de mes 13 ans (et demi !), j’ai balancé un petit suisse au petit bonheur la chance. Pas de chance. Il a éclaboussé José Perez, le fils du boucher Perez, un grand de troisième qui a redouble deux fois. Je n’ai même pas le temps de me planquer sous la table qu’il se lève. Plutôt imposant comme gars. Mon pote Théo m’a dit qu’une fois, en allant avec sa mère à la boucherie, il a vu José égorger seul un cochon. Il parait qu’il avait un tablier blanc et un grand couteau, comme dans le film que m’a prêté Matthieu « Le retour du Boucher Fou de Nottingham ». Il est costaud José. Moi pas. C’est pour ça que je suis dans les toilettes, recroquevillé. Ça sent toujours aussi mauvais, en plus Jean Christophe est sûrement en train de fumer à coté. Je tousse. Erreur fatale. J’aurais pas du, oh non, j’aurais pas du. Il a de bonnes oreilles José. Et de bons yeux. Moi pas. Il m’a soulevé par le col. Mes pieds ont décollés d’au moins dix centimètres du sol.

*

Ma mère a fait une drôle de tête quand je suis rentré de l’école. J’ai beau répondre que je suis tombé en rentrant, ça explique pas le petit suisse dans les cheveux, elle répond. Elle insiste pour appeler le collège. Je vais recevoir un de ces savons …



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   Réponse au Sujet 'Oeuvre inachevée' a été posté le : 04/04/04 10:19
Acte III
Plus beau jour de la vie ?

Tu parles d’une question … J’ai jamais été doué pour répondre moi … Poser des questions, ça oui, je sais faire, mais y répondre … Je sais pas … J’avais peut être quelques idées avant mais maintenant, que dalle … Bon allez, on va faire pile ou face. Pas de pièce sur moi … Bon alors, je me retourne, si au premier rang il y a un nombre pair de femmes, c’est oui, sinon c’est non.
Zut, il y en a 5… Bon, on va le faire en deux fois… Chouette, 6 femmes au second et 4 au troisième. Bon, je me lance.
« Oui.
- Céline Fletton, voulez vous prendre pour époux Pierre Brun ici présent ?
-Oui.
-Je vous déclare donc unis par les liens sacres du mariage. »
Ah, la fameuse phrase que j’ai si souvent entendu…
« Vous pouvez embrasser la mariée. »
Ah oui c’est vrai … Bon ben puisqu’il faut y aller, faut y aller …

*

Si on m’avait dit qu’un jour, moi, Pierre Brun, je serais en train de danser une valse avec la concierge de mon immeuble, celle qui rouspète pour le loyer dès que je descends, j’aurais sûrement bien rigolé. Mais elle, ce sont les parents qui ont insisté pour qu’elle vienne… J’étais pas trop pour moi…
J’aime pas danser. Surtout avec elle, elle fait plusieurs têtes de moins que moi…De toute façon, je pouvais pas y couper.
Apres la traditionnelle cérémonie à l’église où se sont mariés les défunts parents de ma belle (une stupide histoire de voiture dans des routes mal déneigées avec un routier ivre mort roulant à contresens …), la traditionnelle cérémonie à la Mairie, le traditionnel discours ému des parents au bord des larmes (« j’espère que tout ira pour le mieux pour vous et que vous nous offrirez une belle descendance » sic, je vous jure, sic. C’est mon père tout craché ça …) et le traditionnel repas trop lourd (où tout le monde fait "haaaaaaa" quand la pièce montée arrive) nous voici à présent dans la traditionnelle danse où le jeune marié se sent de plus en plus ridicule surtout depuis que les copains m’ont vu avec Mme Riboulette, la concierge. Ne vous mariez pas ! Au moins pour éviter la danse avec les gens qu’on a perdu de vue intentionnellement depuis des années et que les parents ramènent en disant « Tiens, tu te souviens de Marc, tu passais beaucoup de temps avec lui avant … » Marc, celui qui à quinze ans suçait encore son pouce et mâchait des ailes de mouche … Bien sur que je me souviens… Marc ! Mon cher Marc ! Comment ça va ?

*

Ma mère en pleurs. Mon père qui console ma mère en pleurs. Un beau tableau. C’est rare chez moi depuis la menace de divorce qui a heureusement échouée. Je profite du sentiment d’ivresse collective pour renouer avec la table des copains. Les vrais. Ceux qui ne m’ont jamais quittés. Ils discutent et rient fort. Je m’assois. Ils ne disent plus rien. Ils sont venus, ils sont tous là. Certains n’ont pas changés, d’autres sont le contraire de ce que j’ai connu il y a quelques années. Le bagarreur est un pacifiste militant qui cache certaines plantes médicinales dans ses chaussettes, le solitaire est venu entouré de plusieurs filles que je ne connais pas et qui sont en grande discussion avec ma Céline, et même José, oui, le même José qui m’avait soulevé par le col au collège est ici, marié depuis peu, vidant avec joie un reste de punch qui traînait dans un verre. Je me sens bien avec eux. Le silence me suffit. L’atmosphère est lourde. Le karaoké mis en place par un cousin de ma belle a remis un peu d’ambiance mais pas assez longtemps. Il faut dire qu’entendre hurler « Je t’aime » de Lara Fabian par la cousine de 12 ans et une reprise un peu osée de la chanson « Céline » d’Hugues Auffray par les amies d’enfance constitue une épreuve difficile dans le marathon du mariage. Le dîner avait pourtant bien commencé, le traiteur, recommandé par ma mère qui le tient de sa coiffeuse qui le tient d’une cliente qui l’avait embauché pour l’enterrement du beau-frère de la cousine de son mari, avait installé des énormes quantités de nourriture sur les tables de la salle des fêtes communale. Le Maire est venu en personne vérifier que tout se passe bien et piquer un petit four discrètement. Je me demande encore comment on a pu tout faire disparaître. Il faut croire que les gens développent une capacité ingurgitatoire supérieure à la normale lors des grands repas. Je n’ai presque rien avalé malgré les blagues un peu lourdes de l’oncle Roger qui me poussait son coude dans les côtes en me disant de prendre des forces pour la nuit. Les grands parents sont restés silencieux, souriants mais silencieux, pendant tout le repas.

*

Je suis en blanc et je déambule. Ma grand-mère maternelle parle avec ma mère à Céline. Je n’entends rien mais elles parlent de moi. Elles pouffent en même temps quand je me retourne et éclatent de rire quand ma mère parle. La complicité féminine…
Il va enfin être temps de rentrer. Déjà les premiers partent, prétextant une longue route et malgré ma mère qui offre le logis à tout le monde pour le reste de la nuit et promet de donner quelques restes, juste le temps qu’elle aille chercher un sac et ce sera bon.
Plus belle journée de ma vie, je ne sais pas, sûrement, mais la plus épuisante, c’est sur.


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   Réponse au Sujet 'Oeuvre inachevée' a été posté le : 04/04/04 10:23
Acte IV
L’Hiver de la Vie

Je me fais vieux. Ça fait un bon moment que je suis là. Je n’ai pas trop à me plaindre. J’ai eu une vie bien remplie. Je n’ai pas de regrets. J’ai une vie plutôt aisée. Mes livres se vendent très bien. Je suis en train de finir le dernier : mon autobiographie. Beaucoup sont venus me voir en me proposant leur service pour « ériger un monument à la gloire du monstre littéraire que vous êtes ».J’ai toujours refusé. Je préfère fouiller moi-même dans la vase de mes souvenirs. L’exercice le plus difficile, j’en suis conscient, mais si intéressant.
Je sens que c’est bientôt la fin. Mes doigts courent sur le clavier. Je n’ai jamais aimé la plume. Elle a l’avantage de faciliter l’écriture mais le clavier est plus fiable et rapide. Et puis de toute façon, je me sers de la plume pour les mots croisés, on ne peut pas tout avoir…

*

C’est le bazar sur mon bureau. J’ai du aidé mon petit fils à faire des maths. Je me débrouille encore bien. J’ai de beaux restes. Plus beaux que ce que croient les critiques et les journalistes qui me trouvent usés et vieillis. J’appelle ça un bureau mais c’est faux. C’est en fait où je range mes cahiers à contes et à comptes (le terme est de ma petite fille). Mon vrai bureau est partout et nulle part. J’écris où je veux. Je suis de partout. L’inspiration me vient dedans et dehors, en ville et en rase campagne, seul et avec des amis.
Des feuilles sortent doucement de l’imprimante, brouillon que je vais lire et relire afin de trouver le mot qui ne va pas, celui qui fait qu’un livre n’est plus qu’une suite de phrases amorphes, sans vie, dépourvu de toute envie de faire partager ce savoir précieux qui ne demande qu’à s’exprimer.

*

Un courant d’air froid envahit la pièce, malgré les fenêtres et les portes fermées. J’aime me sentir dans ce cocon qui me maintient au chaud, me protége et me nourrit. Je trouve de tout : du café, des biscuits, de l’encre, ma propre bibliothèque, des journaux …
Je suis bien. Du moins, jusqu’à ce que je sente ce courant d’air de plus en plus présent. Il semble s’animer autour de moi. Je ne l’avais pas entendu arriver. Je me retourne. La Mort est là, avec sa faux et semble me sourire. C’est ce que j’espère voir dans ces orbites non pas noires mais bleues, d’un bleu céleste, et au fond de ce bleu, un point brille, comme une étoile dans l’obscurité de la nuit. Cette obscure clarté qui descend des étoiles … Il s’approche doucement de moi, oui « il » car la Mort est un mâle, un mâle nécessaire.
« ÇA VOUS DERANGE SI JE LIS PAR-DESSUS VOTRE EPAULE ? demanda t’il d’une voix qui rappelle deux morceaux de plomb que l’on frappe l’un contre l’autre.
- Oui, un peu. »
Il s’éloigne doucement. La Mort respecte ses clients. Je sens qu’il faut parler. Mais j’ai peur. Plus peur encore que le jour où je me cachais dans les toilettes de mon collège, le même collège où je suis allé il y a quelques années pour « présenter mon métier aux élèves et ainsi leur redonner le goût à la lecture et peut être à l’écriture ».
« Vous savez, ce dernier livre m’a appris à revivre ma vie, à faire remonter des vieux souvenirs…
- SI VOUS LE DITES …
- Vous n’avez jamais essayé d’écrire ?
- JE N’AI PAS TROP LE TEMPS VOUS SAVEZ, ET JE N’AI PAS CE TALENT QUI EST LE VOTRE …
- J’ai enfin répondu à une grande question…
- LAQUELLE ?
- Qui est Pierre Brun ?
- ET ALORS ?
- Pierre Brun.
- ÇA A DU VOUS FAIRE UN CHOC … »

Il n’y a plus rien à ajouter … Je suis comme la Mort, je connais le sens du mot « persiflage » et ce n’est pas une plante aromatique …

« Je n’ai pas totalement fini mon livre … il me reste beaucoup de temps ?
- JE VAIS VOUS DIRE ÇA TOUT DE SUITE … »

Il sort des profondeurs de son manteau noir un sablier et le tient à la lumière. Presque
tout le sable est dans l’ampoule inférieure. Les grains de sable s’écoulent doucement du haut vers le bas. Et si je me précipitais pour retourner le sablier ?

« Alors ?
- DEPECHEZ VOUS … »

Je me dépêche. Pas de feuille vierge … Tant pis, je prends la première feuille qui me tombe sous la main, couverte de mathématiques, appartenant sûrement au petit fils. Je prends un marqueur et j’écris « Œuvre inachevée ».
Ça me parait un peu court. J’ajoute « histoire en IV actes ».
Terminé.
« Ma vie est quand même bien remplie …
- PIERRE BRUN ?
- Oui ?
- C’ÉTAIT VOTRE VIE … »

Il remit le sablier dans son manteau et brandit sa faux.
Un manteau si noir, si profond, que l’on ne peut que s’y oublier, s’y oublier, oublier, oublier oublier …








Toute ressemblance avec des personnages et des faits ayant existés n’est pas forcément fortuite… Aucune imprimante n’a été martyrisée et aucun ordinateur n’a subit des traitements honteux ou dégradants.


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