The knight in Red

-= Naheulband =-
Inscription le 24-02-04
Messages : 4259
Age : 48 ans
Lieu de résidence : Une autre Galaxie
|
|
|
|
|
Wocek, Inquisiteur (dépravé, faillible, thaumaturge et chevelu) I & II a été posté le : 22/03/04 21:01
|
A la demande generale d'un copain qui na pas pu venir, je poste ici la longue suite de la Morsure de la Couleuvre, intitullé "Dies Irae"... J'en ai déja pas mal d'écrit, mais la fin est encore ouverte...
Welf, qui use de bases methodes publicitaires
Bon alors comme j'ai tapé un peu d'héberegement à d'anciens camarades de la Marine (sans trop leur dire), et que Jean Seb qui a commencé le bouquin ne m'a pas jeté de pierres, j'en profite pour mettre en ligne le premier bouquin (le seul qui est fini à ce soir) des aventures de Wocek, Inquisiteur de la Sainte Eglise Shéladime.
Inquisiteur oui, mais un poil thaumaturge, pas vraiment infaillible, limite en rupture de ban et totalement dépravé (attendez l'opus 2, c'est pire)*
http://membres.lycos.fr/cpmmweb/Perso_Stef/Wochek_La_morsure_de_la_couleuvre.pdf
800ko
et la carte d'un bout du monde du Shélam pour voir ou c'est quoi
http://membres.lycos.fr/cpmmweb/Perso_Stef/SHELAM_Humanstates.jpg
561ko (désolé pour la compression pourrie, mais je suis limité par les gens qui me pretent leur page perso 
* 'tain ya encore des cons qui marchent dans ces ficelles commerciales? 
Bonne lecture. Je cherche un éditeur aussi (bin voyons)... Et ça se pronnonce Vo-Tchekk (ya un v à l'envers sur le "c" mais je ne peux pas toujours l'afficher)
Sinon vous pouvez lire ce qui suit, une présentation du monde du Shélam. Monde med-fan inspiré de l'Europe médiévale telle que j'ai appris à la connaitre après 3 ans e cours d'histoire médiévale, la lécture d'un tas de romans historiques et autres...
Donc religion unique, pas de "super gentils superméchants"... Que des crapules, mais aussi un peu de magie et de monstres (sinon c'est pas marrant).
Ahem touss touss
Généralités sur le Monde du Shélam
Bon. Ok. Encore un monde médiéval fantastique de plus. Depuis la Lande du Centre (du Suzerain des Bagues) jusqu'au monde de l'Outil de Combat Contondant (de l'Atelier des Jeux), que de possibilités s'offrent à nous! Alors pourquoi me faire ch.er à continuer plus avant cette insipide lecture?
C'est vrai ça, pourquoi? Alors que vous pourriez faire des choses plus instructives!
Bon et bien au revoir...
Tiens vous êtes encore là?
Le Monde du Shélam a plusieurs originalités!!!
Ouf...
Enfin je crois!
Ah ********!
- Il est situé dans l'hémisphère sud. Ce qui veut dire que lorsqu'on envoie les PJs au sud, ils vont prendre froid... Bon c'est un peu idiot, mais cela change quand même. Et il faut bien commencer par une originalité plutôt qu'ne autre.
- Il n'est dédié à aucun système de Jeu de Rôle précis. J'ai pour ma part joué à AD&D et Warhammer pour ce qui est du med fan. Mais ce monde fut créé à la base pour servir de décors aux tribulation d'un inquisiteur nommé Wocek voici presque 3 ans. Et puis...
Tout a bien débordé depuis. Certes, on trouvera ça et là une "inspiration JDR" qui doit faciliter l'adaptation, mais je ne compte pas me prendre la tête pour vous calculer la durée des sorts, les dégats des armes, les points de vie des monstres ou le charisme des dryades (forcement 90b parce que je préfère).
- Il s'agit d'un monde plus médiéval que fantastique.
J'ai fait beaucoup d'histoire médiévale à la fac (sans pour autant choisir cette voie), mais j'ai appris relativement peu de sorts (Cuisson des Spaghettis de Thrandok l'Illustre, Troisième Passage du 9 d'Atout à 4h du mat' de Shartar le Fourbe, et Accostage Béstial des Donzelles de Keuthar le Bitarien). Bon il reste des Elfes, des Nains, des "monstres" et autres joyeusetés. Mais la "magie" est assez limitiée dans son impact. Tout en restant puissante dans les consciences. Nos ancètres ETAIENT certains que les forêts étaient infestées de trolls. Simplement, dans le monde du Shélam, il y en a quelques-uns (en Altmark surtout, et depuis que je connais PoC j'ai rajouté des vergers de pommes en Altmark, le Chaos est partout!! ).
- Dans le Monde du Shélam, il n'y a pas de superméchants. Et oui, désolé. Pas d'Empire du Mal. Pas d'Empire du Bien non plus. Même les Elfes s'envoient en l'air à coups de guerres civiles (Désolé Fox!!). Comme au moyen-âge, chacun voit midi à sa porte, et s'en va en guerre en criant "Dieu est avec nous car il n'aime pas les..."
-Cela ne veut pas dire qu'il n'éxiste pas de religion. Ni même que celle-ci ne soit pas fondée (on est dans un monde fantastique quand même).
Or le monde du Shélam est dans son immense majorité monothéiste.
Compte tenu de l'importance de la religion comme facteur d'unité et de stabilité du corps social dans la société médiévale, le polythéisme m'a toujours semblé saugrenu (et même très con). Pour simplifier, les Elfes, la plupart des Humains (à part Khéren et les barbares), et quelques Nains vénèrent le Shélam.Il s'agit d'une religion monothéiste d'inspiration chrétienne (avec des idées piquées dans le Coran, car je suis un total mécréant ne perdons pas ça de vue!), surtout dans son fonctionnement chez les humains (les Elfes ont appris le Shélam aux Hommes, mais ont une vision un peu intello-new age).
DISCLAIMER: Attention, ceci n'est en aucun cas une prise de position religieuse cléricale. Et puis à mesure que vous découvrirez le fonctionnement de la Sainte Eglise... Vous comprendrez qu'il y a la religion d'un côté, et l'église de l'autre4.
- Le Shélam est une religion basée sur le "Salut" (Shélam en Elfique). Vous lirez uin jour le chapitre "religion" pour en savoir plus (dans 15 siècles).
Disons que le concept de "Bien" ou de "Mal" était étranger aux Elfes, et que les Humains en ont fait une religion plus "Loyale Bonne" pour parler aux rôlistes
En fait, comme au moyen age, ça parlait d'avantage au bas peuple angoissé par la mort et les dieux qu'une quète ésotérique qualifiée de "truc d'Elfe".
Les Humains étaient asservis voici bien des siècles par des dieux similaires à ce que l'on trouve dans un JDR classique. Et divisés en royaumes. Le Prophète Grimoald arriva (et oui, il y a toujours un Quizat Saderak!), et les Hommes furent libérés des Rois et des Dieux. Ces deux mots sont d'ailleurs interdits et tabous dans ce qui constitue l'Empire du Shélam.
Ce dernier est largement inspiré de l'Europe médiévale en général et du Saint Empire Romain Germanique en particullier. il y eut un Empereur, et puis un jour... Bon vous lirez aussi la section "histoire", mais sachez simplement que la fonction impériale s'est éffondrée, qu'il y eut des guerres civiles sanglantes et interminables (pour le coup on est limite XVIIe et guerre de 30 ans), et que l'Empire n'est plus qu'une "entité culturelle" qui élit un "Lieutenant Général de l'Empire". Comme au moyen âge, la réalité du pouvoir est divisée entre les Etats, les puissances commerciales, et l'Eglise, grande unificatrice du corps social.
- Cette religion shéladime repose dans son contexte sur une Vérité (attention je ne suis pas une secte, c'est juste dans le monde du Shélam!! J'aime pas les sectes!!!). Il y a en effet un Dieu Unique, et il est plutôt bon. Mais le dogme officiel est plutôt éloigné des réalités divines, et il faut bien avouer que les Humains n'y comprennent pas grand chose (tout en étant sûrs de leur Vérité) et les Elfes guère plus (tout en méprisant les Humains).
Les prêtres n'ont donc pas de "sorts automatiques". Simplement, certaines personnes sont dotées de pouvoirs thaumaturges, car ils sont "meilleurs" que les autres selon des critères purement divins et non humains. Ce qui les met souvent en portafaux avec la société (comme Wocek l'inquisiteur). Il éxiste aussi des démons, et leur origine est incertaine (les anciens dieux déchus en fait).
Même s'ils ne peuvent rivaliser avec la puissance divine, ils sont bien assez puissants pour constituer des "méchants objectifs". Mais là encore, leurs préocupations ne coïncident pas toujours avec celles des Humains "mauvais"... Les démons ont leurs logiques propres, et sont rarement derrière les actions "mauvaises" (ils sont plus subtils).
- Les jeteurs de sorts sont peu nombreux. Il faut avoir une affinité spéciale avec les forces magiques pour s'en servir (genre Henri le Potier ;-) ). Mais il faut aussi étudier longuement, être asse riche et avoir de la chance pour survivre à l'étude (comme à l'université au moyen age).
Enfin, la magie dans les Etats Humains est très réglementée. Et les magiciens très surveillés par l'Eglise. La magie mauvaise, démoniste, nécromane ou élémentaire a tendance a vous envoyer croupir dans une geole ou rôtir en place publique. Mais tout comme au moyen âge, les alchimistres, astrologues, enchanteurs et autres "protecteurs" sont légion dans l'entourrage des puissants. Beaucoup d'évêques pratiquent la magie, et bien peu sont thaumaturges. Mais les magiciens s'impliquent peu dans les affaires des hommes.
- Il n'y a pas, dans ce monde, de but précis. Les Etats règlent leurs différents, la situation géopolitique évolue sans but (l'évolution elle-même étant le but). Mais les questions qui agitent les sociétés sont pourtant vitales pour leur survie. Grand commerce, querelles dynastiques, controverses religieuses... Avec en plus quelques éléments que nous qualifierions de "surnaturels" mais qui sont jugés parfaitement "naturels", comme les trolls dans les forêts de l'Atlmark ou les apparitions d'anges du Shélam.
- Il n'y a pas non plus de "modèle de société figée". C'est pourquoi je ne fixerais pas une période de "référence". On cite souvent en Europe la fin du moyen âge en 1453 (c'était un mardi et il pleuvait). C'est assez crétin. En Ecosse, à Florence, à Kiev ou à Genève les hommes vivaient de façons très différentes et surtout dans des sociétés qui se trouvaient à des niveaux d'évolution humaine, culturelles, institutionelles, économiques, politiques, etc... Très différentes. Et bien pour le monde du Shélam, c'est pareil. Mais disons quand même que l'on est plus prês de 1400 que de l'an 800. Certains Etats sont puissants, centralisés et modernes. D'autres... ne sont même pas des "Etats".
Donc, comme dans la réalité de l'Europe Médiévale, l'aventure est possible, mais pas partout. Et les tavernes sont surtout le rendez-vous des gens du commun, pélerins, voyageurs ou habitants du quartier. Pas tellement de groupes d'aventuriers bardés d'armes de la tête au pied. Cela veut dire que l'aventure doit revêtir d'autres formes que le taverne-voyage-donjon-baston-boss de fin-trésor&magasin-XP-taverne".
- L'évolution technique est délicate dans un monde ou la science est "parasitée" par la magie. Et ce même si les magiciens interviennent peu dans le cour des choses. Pourquoi rechercher l'avion lorsqu'on peut dresser un griffon? Pourquoi développer le canon (qui coute une fortune) lorsqu'un magicien peut lancer (pour la même fortune ne nous trompons pas) des boules de feu beaucoup plus fiables? D'un autre côté, les alchimistes peuvent avoir découvert l'étamage des miroirs bien avant nos ancètres, et les qualités de mineurs des Nains doivent bien aider à la diffusion des gonds de métal pour les portes (en cuir en Europe médiévale), ou de la charrue à soc de fer.
Mais je m'égare un peu pour des considérations générales. Enfin cela résume ce que vous trouverez dans le monde du Shélam
L'Auteur (moi!) Welf, huître du Chaos (et en scoop ya mon vrai nom dans le livre!!!)
|
|
Dernière mise à jour par : Welf le 25/03/04 16:52
|
--------------------
ACHETEZ LE CD BELYSCENDRE!
et puis écoutez ZoC Radio!
et puis lisez mon bd-blog débile!
[/color][/size]
|
|
|
|
Cachée
|
|
The knight in Red

-= Naheulband =-
Inscription le 24-02-04
Messages : 4259
Age : 48 ans
Lieu de résidence : Une autre Galaxie
|
|
|
|
|
Réponse au Sujet 'Wocek, Inquisiteur (dépravé, faillible, thaumaturge et chevelu) I & II' a été posté le : 24/03/04 16:26
|
GROS SPOILER !!! ACHTUNG
Si vous voulez lire l'opus 1 (vois plus haut en PDF), alors évitez ce qui suit, car cela reprends quelques éléments de l'intrigue précédente.
Bonne lecture
Welf
Première partie
Le Solstice d'Hiver
20 décembre
- Combien de temps ?
- C'est un bon atterrissage, messire. Nous venons de passer l'étale de basse mer, et la marée va nousmener doucement jusqu'au port. Nous serons à quai à la fin de la matinée.
Le voyageur ne poursuivit pas la conversation avec le maître d'équipage. Il fixait le littoral brumeux, cherchant des yeux le port de Vàrzeg. Un pied sur la lisse, le coude sur le genou, il mâchonnait un morceau de porc séché, noir et cireux. Les marins Baldaves du gros cogghe regardaient d'un oeil torve cet étrange voyageur silencieux. Embarqué à la sauvette à Lemnovo, il s'était présenté à eux comme un marchand d'Appian devant se rendre d'urgence en Waltonie. Son sceau de compagnie de commerce semblait authentique, et ses poches bien remplies de florins d'or avaient largement payé le passage. Aucune cargaison, un grand coffre et quelques sacs de cuir. Pas de serviteur, ce qui était éminemment suspect. Un imposteur ? Un voleur ? Peut-être. Ou peut-être pire. Ses cheveux noirs, noués en arrière en queue de
cheval, son pourpoint de cuir richement décoré à la mode d'Appian, ses yeux sombres, ses rubans de dentelles et son teint mat n'inspiraient pas confiance. Ils semblaient trop « étrangers » pour des hommes qui, malgré leur profession maritime, étaient enclin à la xénophobie que nourrissent l'obscurantiste et l'ignorance des autres peuples.
Lemnovo, le port de Baldavie d'où était partie le cogghe, avait été frappée par une sombre histoire de vampires et de magie noire. Les marins baldaves cumulaient les superstitions de leur pays de naissance et de leur profession, et voyaient partout la trace d'un mauvais présage. Le passager avait pu en juger par le silence, les regards qui se détournaient, les signes religieux esquissés à la sauvette...Et l'ail, qui surchargeait la cuisine du bord au point de lui en donner la nausée. Les mariniers étaient soulagés de voir enfin se profiler le rivage de la Waltonie, qui les débarrasserait de leur fortuné et suspect passager. « Nicola Talavrani »...Même si ses lettres de crédit semblaient authentiques, même s'il se promenait au grand jour et tolérait la cuisine du bord, ils hésitaient encore entre un simple voleur, un mage nécromancien et un monstre mort-vivant aux pouvoirs inconnus...Personne pour penser qu'il pouvait être clerc, Walton, Inquisiteur de la Sainte Eglise Shéladime.
En fait, cela arrangeait les affaires de Wocek, qui souhaitait voyager le plus discrètement possible. Il attirait l'attention sur lui de façon calculée, pour préserver son identité en entretenant une image propice aux spéculations abracadabrantes. Malgré ces efforts de dissimulation, les circonstances de son départ précipité, les menaces qui planaient sur lui s'il rentrait en son pays, les incertitudes et les périls, il éprouvait une joie simple et réconfortante à l'idée de revoir son pays. L'immense Waltonie.
La traversée avait été morne et pénible. En remontant les vents de décembre, le cogghe n'avait jamais cessé d'affronter la houle d'une mer grosse, chargée d'embruns et de nuages d'orage. La coque ronde roulait beaucoup, et hommes et marchandises étaient secoués et trempés de jour comme de nuit. En ajoutant à cela la crainte des pirates, les feux de Saint-Elme et les improbables monstres marins aperçus par une vigie fatiguée entre chien et loup, on arrivait à une situation de lassitude et l'épuisement qui mettait les nerfs des hommes à rude épreuve. Les prières de Wocek à la Sainte Sagesse ne servirent d'ailleurs pas à grand chose, ni pour lui épargner le mal de mer, ni pour accélérer la marche du navire. L'arrivée la veille du jour du solstice d'hiver sonnait à elle seule comme une malédiction. Lui qui souhaitait être à Vàrzeg au moins trois jours avant, il ne pourrait sans doute qu'arriver à temps pour assister impuissant à...A quoi au juste ? Il n'en savait rien.
Il jeta le reste du morceau de porc séché par-dessus bord, et fouilla ses poches pour en tirer une pomme à cidre, talée et grisâtre. Ce faisant, il sentit la lettre qu'il gardait sur lui. Cette lettre arrivée le 24 novembre à Lemnovo. Scellée d'un petit sceau privé de cire verte qu'il connaissait fort bien. L'écriture était rapide, nerveuse, le parchemin taché et raturé. La ficelle avait été grossièrement nouée autour, et le sceau manifestement recommencé plusieurs fois, comme s'il était manié par une main tremblante. Pourtant, Péter Vamos n'était ni un homme nerveux, ni un homme craintif. Wocek se demandait
d'ailleurs s'il n'y avait pas derrière cette lettre une autre force à l'oeuvre. Une lettre de son ami l'abbé Léonide lui avait fait quitter la Waltonie pour venir chasser le vampire à Lemnovo, et une autre lettre, d'un autre ami, le rappelait chez lui. « Viens seul, une semaine si tu peux avant le solstice d'hiver. Notre vieille tante Clémence est au plus mal, et je crains qu'elle ne passe pas l'hiver. Je suis à son chevet. ».
Le morceau de pomme céda sous ses molaires. La chair farineuse libéra quelques gouttes de jus acide qui titilla ses papilles. Péter Tanaïs Vamos était son ami depuis le séminaire. Le brillant jeune homme, cadet de sa famille, était destiné à la prêtrise, mais le décès de son aîné lui avait fait quitter ses études cléricales pour reprendre la charge familiale d'officier au Bailliage des Douanes. Vamos et Wocek n'avaient aucune tante commune. Clémence...Clemencia...La Clémence ? Une allégorie de la paix ?
Possible, si Vamos citait Saint Gildbaardt. Pour ce théologien chroniqueur de l'histoire impériale, « la Paix est fondée sur la Clémence de l'Empereur, tout comme le Salut est fondé par la miséricorde du Shélam ».
C'était mince, mais la phrase était célèbre dans les scriptoriums...Surtout depuis la chute de l'Empire, les guerres civiles, et le remplacement des Empereurs par un Lieutenant Général de l'Empire. Wocek mordit à nouveau dans la pomme. De la fumée montait à l'horizon. Vàrzeg. Le port était tapi au fond du golfe, à l'embouchure du fleuve Hrovev. La paix y était-elle menacée ? Vamos était-il "à son chevet" ?
Il parlait à mots couverts, ce qui semblait indiquer qu'il était menacé. S'il tremblait, c'est qu'il craignait pour autre chose que pour sa vie, car c'était une tête brûlée. Alors quoi ? La plus élémentaire prudence était de voyager incognito. Et puis il y avait un certain Vilmos Nangeï, Grand Inquisiteur de Waltonie, qu'il valait mieux éviter. A moins de vouloir finir sur un bûcher ou dans un cul de basse fosse...Et ce jusqu'à ce que le recourt de Wocek auprès du Conclave fut entendu. Certes, Nangeï était à Preckt, loin au nord. Mais depuis la capitale waltone, le bras du Grand Inquisiteur s'étendait très loin. Wocek le savait bien, lui qui avait été l'un de ses plus efficaces serviteurs.
Nangeï etait un homme puissant, et Wocek le soupçonnait depuis longtemps de servir d'autres intérêts que ceux de la Sainte Eglise. Son fanatisme dépassait les bornes -même pour un inquisiteur-. Mais il y avait autre chose... Wocek n'avait jamais su quoi, car le Grand Inquisiteur n'aimait pas que l'on fouille dans ses affaires. Incriminer Wocek avait été facile. Il n'était pas un parangon de vertu, il le reconnaissait lui-même facilement. Trop de temps passé dans les tavernes à boire avec des marauds ou à courir les ribaudes. Mais c'était aussi un bon inquisiteur, prenant sa charge à coeur, juste et équitable, et qui n'avait jamais faillit. Ou presque.
Il prit une dernière bouchée acide dans le fruit ratatiné. Le régime du bord - porc séché, biscuits aux charançons et pommes à cidre - lui était devenu insupportable. Il contempla quelques instants l'anneau sigillaire trop étroit qui lui meurtrissait le petit doigt. « Emprunté » à la Comtessa di Agnelli... Vampire de son état et fausse marchande d'Appian, qu'il avait détruite. Il voyait dans l'utilisation de ce colifichet une conjuration en forme de pied de nez au Mal. Toute cette histoire avait été épuisante, physiquement et moralement. Son issue heureuse avait plus tenu, de l'avis même de Wocek , à la bénédiction du Shélam qu'à ses propres capacités.
Il jeta le trognon de la pomme au loin dans les embruns. La paix était menacée. Mais à Vàrzeg ? Ou dans toute la Waltonie ?
Prechkt, le même jour
Prechkt s'éveillait lentement au son des cloches des églises. Dans les rues sombres, on ne croisait guère que les charrois des maraîchers et quelques ribaudes, malchanceuses, laides ou obstinées. La citadelle du mont Fodor dominait la ville, juchée sur une butte de terre artificielle sur la rive occidentale du fleuve Hrovev. Dans son cabinet privé, le Potentat de Waltonie, Balázs III Kiraly, contemplait silencieusement sa capitale fendue en deux par le fleuve, encore plongée dans l'obscurité.
L'hiver régnait en maître déjà, et on ne distinguait pas encore de halo plus clair le long de la ligne d'horizon. Il jeta un coup d'oeil à la bougie des heures. 6 heures. Encore presque deux heures de nuit. Balàzs III ne dormait jamais beaucoup. Sa charge l'occupait généralement jusque tard dans la nuit, et il se faisait réveiller bien avant l'aube. Mais même lorsqu'il trouvait enfin le temps de prendre du repos, malgré le Conseil Privé, et la chambre des Eltess (ou à cause d'eux), le Potentat ne pouvait trouver le sommeil. Il était de ces hommes qui ne savent pas déléguer, par angoisse ou par manque de confiance. Et ce, bien qu'il disposa d'un remarquable chancelier, tout dévoué à son maître.
Petit, malingre, chauve précocement, fort myope... Balàzs III était le prototype de ces hommes qui n'auraient jamais ni voulu ni pu prétendre à un quelconque pouvoir s'ils n'y avaient été placés par l'hérédité. Et surtout pas à celui de Prince Souverain d'un Grand Duché de l'Empire Shéladime. Malgré son intelligence pénétrante, sa capacité de travail et sa bonne volonté, il ne parvenait jamais à gouverner de manière satisfaisante. Toujours perdu dans les détails, il ne savait pas dégager une vision d'ensemble, une ligne directrice. Trop peu d'ambition aussi, et pas assez de charisme. Faible, trop influençable, il n'avait pas l'autorité et la force de caractère que son père avait imposée aux feudataires waltons, dans un système aux nombreuses survivances tribales et barbares. Rien qu'un profond sens de la responsabilité et une douloureuse conscience de ses incapacités. C'est pourquoi il ne dormait pas. Le conseil des Eltèss était convoqué aujourd'hui. Le conseil restreint des chefs de tribus le matin, et la Grande Chambre le lendemain, au soir du solstice.
- Mon Lige? Dois-je faire réveiller votre maison?
La voix hésitante de son chambrier l'avait tiré de ses méditations, de ce trop court moment de solitude contemplative.
- Non... Pas encore. Qu'on m'apporte à manger! Un peu de fromage, du veau froid et de l'hypocras. Vous ferez réveiller le barbier d'ici une heure. Rien ne presse, je crois.
Toujours cette hésitation chez lui. Même pour une simple question domestique. Le chambrier n'était pas rasé non plus. Prenant lui aussi très à coeur sa charge, il s'astreignait à toujours être éveillé lorsque le Potentat l'était. Mais lui n'avait aucun problème pour dormir. Il réprima un bâillement, fit une révérence raccourcie par un mal de dos matinal, et sortit à reculons. Le Potentat retourna s'asseoir à sa table de travail, et prit quelques parchemins pour les relire. Ses mules en fourrure traînaient dans la jonchée de paille qui recouvrait le sol, mêlée à de la lavande séchée. Il pensa au printemps, à l'herbe coupée, à la marjolaine et à la bruyère qui parfumeraient le froid dallage de pierre. Peut être devrait-il faire mettre des tapis de laine, comme cela se faisait dans les Grand Duchés du sud ? Les tentures sombres qui ornaient sa chambre, représentant des scènes de chasse, étaient pour l'heure la seule image de la nature qu'il pouvait contempler. Il se laissa aller à quelques rêveries. Il savait sa situation précaire.
Seule les rivalités de ses vassaux lui permettaient de se maintenir. Trop occupés à se combattre plus ou moins ouvertement, les Eltess des huit tribus de Waltonie ne pouvaient s'entendre sur le nom d'un remplaçant. Mais pendant que ces luttes féodales accaparaient énergies et capitaux, la Waltonie continuait de vivre. Le Potentat était conscient du fossé qui se creusait entre le pays et sa noblesse. Le vieux système tribal ne concernait plus le peuple depuis longtemps. Son père avait bataillé
rudement pour établir un embryon d'administration. Mais le système des Podàrs - des prévôts- avait été battu en brèche dès sa mort. Les impôts permanents avaient été abolis. Balàzs avait cédé sur une grande partie des revendications des Eltess. Il tentait maintenant de sauver ce qui pouvait l'être. Et puis il y avait les rapports de politique étrangère. Une autre énorme liasse de parchemins ! Les barbares Drogols qui s'agitaient dans l'ouest, le statut problématique des colons Waltons dans le Grand conseil Elfique au nord... La sédition dans les villes portuaires, orchestrée par la Ligue de Smalkaad... Sans compter les lycanthropes, les brigands, les barons félons, les relations difficiles avec la Sainte Eglise, séculiers et réguliers toujours opposés. L'Inquisition qui réclamait l'aide du pouvoir laïc...
Une servante en robe violette venait d'entrer avec le petit déjeuner du Potentat. Il lui fit signe de le poser sur le coin de la table et la remercia d'un sourire. Elle baissa les yeux et sortit à reculons après une rapide révérence. Le Potentat pensa qu'une fille simple lui aurait mieux convenu que son exubérante épouse.
Son mal de tête le reprenait. Un verre d'hypocras lui ferait du bien.
|
|
Dernière mise à jour par : Welf le 24/03/04 23:00
|
--------------------
ACHETEZ LE CD BELYSCENDRE!
et puis écoutez ZoC Radio!
et puis lisez mon bd-blog débile!
[/color][/size]
|
|
|
|
Cachée
|
|
The knight in Red

-= Naheulband =-
Inscription le 24-02-04
Messages : 4259
Age : 48 ans
Lieu de résidence : Une autre Galaxie
|
|
|
|
|
Réponse au Sujet 'Wocek, Inquisiteur (dépravé, faillible, thaumaturge et chevelu) I & II' a été posté le : 26/03/04 10:05
|
Résumé de l'épisode précédent (pour ceux qui veulent pas s'en...der à relire la page précédente):
Wocek l'Inquisiteur revient chez lui en Waltonie, rappellé par la lettre d'un ami. Pendant ce temps dans la capitale de Preckt, le Potentat Balàz III est en proie aux insomnies des hommes qui n'ont pas la force d'assumer le pouvoir. Et moi pendant ce temps là, j'tournais la manivelle.... hum... SBADAF!!
Le passage sur la chambre des Eltess est passablement long, mais je ne pouvais pas le tronconner en plein milieu...
bonne lecture 
Welf
Vàrzeg
- Holà, Messire! Votre taxe de débarquement!
Wocek afficha un regard méprisant et dédaigneux, ainsi qu'il convenait à sa fausse identité de riche marchand. L'officier du port était seul, sans homme d'arme. Le prix d'entrée pour un marchand étranger en Waltonie - trois florins et six thalers- était proprement scandaleux. Mais il donnait droit au "Signore Nicola Talavrani" à une lettre de sauf conduit scellée In Nomine Auctoritas Potentatis, et au droit d'exercer le commerce sur les terres du Potentat, pourvu qu'il s'acquitte des taxes prévues par les chartes. L'officier examina les lettres de créance de Wocek, et déclara vouloir vérifier l'authenticité du sceau à fleuron.
- Je serais heureux si je pouvais en être dispensé. J'ai d'urgents rendez-vous. Si je pouvais vous régler directement les six florins de la taxe d'entrée... Je vous fait confiance pour signer les papiers comme il vous plaira, Messire. Je suis ici pour affaires privées, et non pour le négoce.
La somme du pot de vin était conséquente pour un officier qui ne devait pas gagner plus de vingt-cinq florins l'an, payés en Thalers de Waltonie, notoirement dévalués dans l'Empire. En outre, Wocek ne réclamait aucune lettre de sauf conduit. L'officier pouvait donc oublier son arrivée et garder les six florins d'or... Il ouvrit une large main avide, et tourna bien vite les talons. Nicola Talavrani n'avait jamais mis le pied en Waltonie.
La matinée s'achevait, et de nombreux mariniers traitaient sur les quais en quête d'un emploi pour l'après déjeuner. Wocek en avisa deux de robuste stature, pour porter son grand coffre et ses sacoches. Il connaissait une bonne hostellerie qui conviendrait à son "rang" de marchand, tout en étant suffisamment discrète. Bien sur, cela restait une hostellerie de Waltonie : à peine une grange à bestiaux pour les citadins raffinés d’Appian ou du Meckland. Une fois installé à la Nef Joyeuse, dans une chambre avec vue sur la rue, il se mit en quête de son ami. Bien sûr, il ne pouvait raisonnablement se présenter à l'hostel particulier de la famille Vamos dans cette tenue. Le plan était de le contacter pour lui donner rendez-vous dans quelque lieu tranquille, en lui faisant tenir quelque billet par messager. Il avisa un gamin d’une douzaine d’années qui traînait dans les écuries de l’auberge, et lui donna un thaler en lui en promettant un autre à son retour... Le gosse ne devait pas gagner autant en six mois, et courut comme s’il avait la Mort aux trousses.
Cela laissait à Wocek la journée pour profiter de son pays. Non pas que Vàrzeg fut la cité la plus représentative ni celle qu’il chérit le plus, mais le trimestre passé en Baldavie lui avait semblé une éternité. Sa trente septième année n'était pas loin, et il avait conscience de devenir plus casanier avec l'âge. L'époque était révolue ou il était heureux en courant l'Empire des deux cotés de la mer, de l'Estramanie aux Marches.
L'ambiance en ville n'était pas des plus joyeuses, malgré le solstice d'hiver et l’approche des festivités qui y étaient liées. Les gens semblaient soucieux, et marchaient en silence, la tête baissée. Même dans les tavernes de la ville, lieux de perdition que Wocek affectionnait malgré ses fonctions d'Inquisiteur, la jovialité habituelle des Waltons semblait céder le pas à une apathie inquiète et méfiante. La plupart des basses maisons de torchis de la ville gardaient clos leurs vantaux, et rare étaient les échoppes dont la porte était ouverte aux passants comme de coutume.
- Spreshen zi Mecklij?
- Nein.
- Oh... Je parle une peu vostre langué. E possible manger?
Le tavernier, sans un mot, lui désigna du menton une table vide dans un coin de la pièce. Wocek commanda un Prruzít, un plat de boulettes de mouton au paprika, accompagné de navets cuits dans le vin. En cela, il se comportait en parfait voyageur étranger: tous les Waltons savaient que les auberges et hostelleries mêlaient aux boulettes épicées les rongeurs, serpents et autres nuisibles avec les viandes les plus avariées pour composer le plat national... L'inquisiteur savait qu'il en serait quitte pour de grands flux de ventre le lendemain.
- Vous êtes marchand?
- Oui... Les affaires ont l'air tendues en ville. Plus qu'à l'habitude. Je suis arrivé ce matin.
Parler la langue du pays sans accent fit son petit effet sur le tavernier qui venait de poser négligemment une écuelle et un pot de vin sur la table. Wocek posa lentement trois thalers du Meckland sur la table, trompant ainsi son interlocuteur sur sa provenance. Le tavernier jeta des yeux avides sur les pièces d'argent frappées du sanglier affronté et de l'effigie du Grand Duc Luitpold, plus grandes et plus lourdes que les Thalers de Waltonie. Wocek essuya ostensiblement la cuillère en bois, et se mit à manger lentement en écoutant parler son corpulent interlocuteur.
- Les gens ont peur, pardi! L'hiver est précoce cette année et il y a eu des attaques de loups en ville... Des loups...
Le regard du tavernier se faisait sombre et inquiet. Il se signa discrètement en baissant les yeux. Des "loups"... Des lycanthropes sans nulle doute. Des loups-garous. Le fléau de la terre en Waltonie.
- Ce n'est pas la première fois que de tels évènements ont lieu, non?
Wocek posa un autre thaler. Le tavernier s'en empara sans oser affronter son regard. Les barbares Drogols avaient brûlé plusieurs villages. Apparemment, les récoltes étaient encore plus mauvaises chez eux. Le port frontalier de Berjeho’vé avait été attaqué par des cavaliers errants. Officiellement, la trêve tenait toujours, mais...
- Des mauvais présages, Messire. La lune a disparu il y a deux semaines. Pendant presque une heure. On a cru qu'elle ne reviendrait pas. On a brûlé des sorcières aussi. L'une d'elle était un démon qui s'est envolé en hurlant. Je l'ai vu, comme tout le monde! Il a disparu dans la nuit, pfuit!
Comme toujours dans les temps de crise et de doute, l'Inquisition ne chômait pas. Entre les lycanthropes et les jeteurs de sort, les collègues de Wocek ne savaient plus ou donner du bûcher. Plus la tension augmentait, et plus les procédures étaient expéditives et radicales. Des innocents, trop souvent, en faisaient les frais. Et comme tout un chacun pouvait être frappé de l'accusation de commerce avec les forces infernales, le mauvais climat de suspicion qui s'installait n'arrangeait rien. J'ai quitté Lemnovo ou une telle ambiance régnait, et voici qu'en mon pays on est en proie aux mêmes égarements... La Sainte Sagesse nous vienne en aide !
Perdu dans ses pensées, il ne remarqua pas que le tavernier s'était éloigné. Lorsqu'il leva les yeux à nouveau, il constata que les regards étaient tournés vers lui. De mauvais regards torves qui se détournaient du sien. Il avala le reste de son Prruzít en silence, et se fit la réflexion qu'il avait plus le goût de chien que de rongeur. Au moins ne sentait-il pas la viande d'orc comme celui qu'il avait mangé -il y a bien des années- chez un compatriote du val Rithlène, loin au sud dans le MittleMark. La jeunesse était bien loin !
Il avait fixé rendez-vous à torchis à la nuit tombée sur les quais. L'après-midi lui appartenait. Pour compléter son accoutrement de marchand, il acheta à vil prix - douze florins et six thalers - une de ces nouvelles épées d'estoc que l'on forgeait en Appian. R'apierra. Curieux colifichet qui lui semblait singulièrement fin et léger en regard de son épée sacerdotale d'Inquisiteur. Mais il ne pouvait la porter en public, et se sentait par trop démuni avec une simple dague. Après avoir déposé ses lettres de change dans un établissement de banque et de commerce, il passa le reste de la journée à flâner dans les rues, en grignotant quelques biscuits de seigle à l'anis, bien plus digestes que les gràw, les beignets baldaves dont le jeune Léopold s'empiffrait à longueur de journée à Lemnovo.
Léopold... Comment allait-il? Le jeune écuyer baldave l’avait bien secondé pendant son enquête contre les monstres qui infestaient Lemnovo. Les Culebras et les vampires... Mais Wocek avait été contraint de lui percer le corps de part en part pour atteindre la femme vampire qui s'était emparée du jeune écuyer. Même avec la jeunesse et une constitution robuste, même avec les prières et les soins de l’abbé Léonide, on ne se remettait pas facilement d'avoir le poumon droit traversé par un mètre d'acier. Il priait la Sainte Sagesse d'aider le jeune baldave lorsqu'il croisa le regard d'une jeune femme qu'il trouva fort à son goût. Les cheveux très courts teints en orange, le corps assez mince et un peu cambré, le regard noir et le nez en trompette, les sourcils finement épilés ; elle portait une robe parfaitement indécente qui serrait sa taille, remontait sa poitrine et ne laissait aucun doute sur sa profession. Bah! Pourquoi pas? Bien sur, il était clerc. Inquisiteur, même ! Mais aujourd'hui, il était incognito. Et puis il venait de prier la Sainte Sagesse, et croisait cette ribaude... Etait-ce un signe de bénédiction de la Providence ? Il décida de succomber pour une foi aux attraits de la chair. Il ferait pénitence le lendemain. D'ailleurs j'ai négligé d'aller prier dans une église en arrivant, pensa-il en lui prenant la taille.
Preckt, capitale de la Waltonie
- Comment sont-ils?
- Gergely Fejès est particulièrement remonté je crois. Enfin comme à son habitude! Rozja et Vadass ne feront rien. Aucun ne prendra partie avant l’autre, et si un le fait par hasard, l’autre prendra le contre-pied. De sorte qu’ils se neutraliseront comme à leur habitude. Istvànfi est à surveiller... Il craint qu’on ampute ses revenus comme toujours ! Et puis il y a votre cher oncle Ondiliàk Benedek. La vielle Izsjàki est inquiète, je crois, pour ses domaines. Trop de rumeurs d’incursions... Il est temps que l’ambassade du solstice arrive chez les Drogols ! Elle voudra des garanties. Et bien sûr, cela nous coûtera cher.
Balázs III se tassa dans on fauteuil. Il ferma les yeux et rejeta la tête en arrière en soupirant. Pourquoi les choses étaient-elles toujours si compliquées avec les Eltess? Son chancelier était probablement le plus sûr soutien de son trône. Il pensait parfois qu’il eut fait un bien meilleur potentat que lui, mais Frigyes Szanki n’avait jamais manifesté aucune autre ambition que de le servir loyalement. Curieux personnage qui contrastait singulièrement avec son maître. Grand, maigre au point d’en avoir l’air maladif, toujours prit d’un mauvais tremblement dans la main droite, il était aussi déterminé que froid et imperturbable. Une sorte de machine au service d’une idée, la Waltonie.
- Il faut y aller, mon Lige. La chambre des Eltess nous attend.
Balázs III se leva, l’air résigné. Le Grand Torque d’or des Huit Tribus lui tirait la tête vers le bas. Même posé sur un col d’hermine, il en sentait la froideur métallique. Il lui arrivait parfois de penser qu’un autre devrait porter l’insigne de pouvoir. Mais qui ?
La chambre des Eltess, les anciens des huit tribus, était le coeur du pouvoir Walton. Le Potentat, même avec son rang de prince souverain, ne pouvait presque rien décider sans leur accord quasi unanime. En théorie, toute action du pouvoir devait recevoir l’aval des huit tribus assemblées. Dans la pratique, un tel vote étant impossible à gérer, les Eltess, véritables chefs de clans, décidaient pour leur peuple. La sédentarisation, l’apparition de coutumes féodales et l’évangélisation shéladime des tribus de barbares Waltons avaient eut des effets conjugués assez curieux sur le système.
Les tribus étaient dispersées, et pour le bas peuple, l’appartenance à l’une ou l’autre relevait de la coutume théorique plutôt que de la réalité pratique. Les grandes familles à la tête desquelles se trouvaient les Eltess étaient devenues des ligues baronniales, et les Eltess eux-mêmes, des princes du sang. Les nobles locaux contractaient des foedus, des traités de fidélité féodaux comme les autres nobles des terres du Shélam. La Sainte Eglise, pour compliquer les choses, constituait une des rares entités homogènes qui transcendait les castes féodales et tribales. Ou plutôt deux entités, minée qu’elle était par la lutte entre séculiers et réguliers. Comme partout dans l’Empire, les villes côtières enrichies par le commerce cherchaient à s’émanciper. Les grands barons réclamaient de l’autonomie. Le pouvoir central cherchait à s’imposer... En fait, la Waltonie perdait chaque année un peut plus de sa spécificité tribale, même si les Waltons n’étaient encore, pour les autres habitants de l’Empire, que des « barbares forestiers » mal dégrossis.
Ils étaient là, réunis autour de la grande table du conseil. Parés de leurs habits de cour, muets, graves, ils s’épiaient du regard en attendant le Potentat. Malgré la grande cheminé ou ronflait un tronc de chêne presque entier, malgré les braseros et les chandeliers, il faisait froid. Les sergent d’armes, immobiles, grelottaient sous leur grande tenue. Comme ils avaient bu pour se réchauffer, ils arboraient des faces empourprées, et leur vessie les ferait payer pour le restant de leur garde.
Frigyes Szanki entra dans la pièce, l’air grave, suivit d’un scribe qui portait ses sacoches et tubes de parchemins. Il fit un signe au Chambellan en tenue d’apparat. Le vieux József Ehmann frappa le sol de son bâton, et annonça de sa voix éraillée « Sa Majesté Balázs le Troisième, Potentat des Tribus et Prince Souverrain de Waltonie par la Grâce du Shélam » !
Tous se levèrent en silence, à l’exception du vieil Ondiliàk Benedek. Balázs III n’était même pas maître chez lui. Le pouvoir dans les tribus ne se transmettait pas de façon héréditaire, mais revenait à l’homme le plus âgé de la famille régnante. L’aîné de la famille devenait ainsi le « père de la tribu ». A ce titre, Ondiliàk Benedek, oncle de Balázs III, était à la fois sujet et dominant. Vassal par la Loi mais supérieur par la caste. La transmission héréditaire du pouvoir par primogéniture mâle était une « nouvelleté » d’à peine deux siècles en Waltonie, depuis que les Kiraly s’étaient fait investir « Potentats » par les Eltess et avaient assuré l’adoption de ce principe importé de l’Empire. Mais les vieilles coutumes demeuraient, et Ondiliàk Benedek ne se levait jamais.
Balázs III entra d’un pas rapide, toujours perdu dans ses pensées. Il allait simplement prier les Eltess de s’asseoir, mais se ravisa. Encore une bourde évitée de peu.
- Pax Vobiscum !
Il répondirent tous en coeur « Pax Vobiscum ». La Paix soit avec Vous... aucune assemblée ne pouvait commencer sans que le souverain n’ai prononcé la formule sacrée. La formule d’ailleurs la plus usitée de Waltonie, prononcée en toute occasion par le manant comme par le clerc ou le noble.
- Nous sommes ici prêts à entendre le conseil de nos aînés .
Ce à quoi ils répondirent « S’il plait à notre Souverain »... Mots n’étaient pas prononcés avec beaucoup de ferveur. Balázs III, toujours debout, fit un signe de tête à son oncle. La déférence filiale se heurtait au lien féodal, et le mépris de Benedek n’arrangeait rien. Il prit place dans le grand fauteuil drapé aux armes de Waltonie, le damier diagonal blanc et violet, surmonté des trois merlettes d’or du Saint Empire Shéladime sur fond de gueules.
- Vous pouvez siéger.
Les Eltess prirent place. Lorsque le dernier raclement de fauteuil fut passé, Frigyes Szanki prit place à son tour, à la droite du souverain. Il se devait, lui qui n’était que légiste de petite noblesse, d’attendre que les Grands soient installés. Il ne s’agissait que d’un conseil informel. Aucun clerc ne prendrait en note les minutes des débats. Le Grand Conseil du Solstice serait une autre affaire, beaucoup plus officielle. On y parlerait aussi moins franchement.
L’assemblée fut silencieuse quelques instants. Nul autre que le Potentat ne pouvait prendre la parole. Balázs attendit. Il croisa le regard de chacun des Eltess. Ondiliàk Benedek d’abord. Son oncle était un géant pour lui. Presque deux mètres, une robuste stature, de longs cheveux gris... Il était au milieu de la cinquantaine et ses traits étaient marqués autant par l’age que par les excès de table et les maladies vénériennes. Ses dents se déchaussaient, et certains affirmaient, à l’odeur qu’il dégageait, qu’il pourrissait de l’intérieur. Mais il avait gardé son esprit intact, son ambition et son bellicisme. Sa rancoeur de ne pas régner aussi, et une indiscutable pusillanimité. Blottît dans un grand manteau de fourrure de loutre, il arborait d’extravagantes bagues chargées de grosses pierres précieuses. A son cou, un torque, plus petit que celui du Potentat, qui marquait son statut d’Eltess de la tribu des Kiraly.
La vieille Piroska Izsjàki, assise à sa droite, contrastait singulièrement avec ce gros boeuf. Seule femme dans cette assemblée d’hommes, la matriarche de la tribu Izsjàki était respectée et crainte, malgré son petit mètre cinquante et la démarche frêle de ses soixante-dix printemps. Benedek était le lion, Izsjàki, la hyène.
Belle assemblée de fauves et de charognards. Belle gérontocratie aussi que celle des Eltess. Gergely Fejès était un des rares à ne pas encore avoir blanchi ou à être chenu. Ses longs cheveux roux tombaient en cascade de part et d’autre de son visage, qui dégageait une impression de suffisance et de mépris. Il semblait être le seul à ne pas percevoir le dédain qu’il inspirait, prenant cela pour le respect inspiré aux inférieurs. Fejès avait malheureusement pour lui la puissance des grands fiefs de l’ouest de la Waltonie, face aux barbares Drogols. Que les marches du pays fussent confiées à un tel individu était une plaie cruelle infligée aux tribus par le Shélam. Son torque d’or était rehaussé de trois turquoises, censées symboliser les vertus cardinales de la première tribu à avoir été évangélisée... Curieux paradoxe qu’un tel homme porta un tel symbole.
Les trois autres Eltess présents étaient Istvànfi , Rozja et Vadass. Les deux derniers, Lengyel et Kovacs, n’avaient pas jugé bon de se rendre à Preckt à temps pour le conseil. Il arriveraient juste pour l’assemblée plénière du solstice, lorsque seraient assemblés avec les Eltess les représentants des bourgeois des cités, les évesques métropolitains, chanoines des ordres et ambassadeurs des peuples étrangers de Waltonie.
Si un Rozja prenait place à l’assemblée, un Vadass ne pouvait qu’en faire autant. Les deux tribus étaient ennemies depuis des siècles, sans que personne ne se souvint exactement pourquoi. Le conflit tribal avait oscillé au gré des générations, mais s’était retrouvé ranimé par une haine personnelle que se vouaient les deux barons. Agés tous d’eux d’environ soixante ans, ils s’étaient toujours combattus, publiquement et dans les alcôves du pouvoir. On les séparait toujours à table, de peur d’une algarade.
Aujourd’hui c’était Yaroslav Istvànfi qui assumait cette peu enviable fonction de temporisateur. Yaroslav n’était pas le moins ambitieux des Eletess. Un petit homme à l’allure ronde et bonhomme, mais qui avait une réputation méritée de traître sans la moindre parole. Le torque de fer des Istvànfi était noirci par les années passées au cou de son maître, et la rouille l’attaquait un peu plus chaque jour. Le torque de fer symbolisait la vanité de l’existence, et le renoncement aux richesses matérielles. Le premier Eltes de la tribu qui s’était convertit au Shélam l’avait choisit pour symboliser sa nouvelle alliance avec la Religion Unique. Yaroslav était trop gras, et le symbole du pouvoir s’enfonçait chaque jour un peu plus dans son cou huileux, incrustant une ligne de crasse noire dans sa peau. Avare, il l’était à l’excès. Il faisait partie de cette race d’hommes qui considèrent l’argent non comme un moyen mais comme une fin en elle même pour leurs actions. Pas pour le pouvoir qu’elle procure, mais pour le plaisir d’en amasser. Il pressurait ses domaines pour remplir ses coffres, sans pourtant dépenser outre mesure.
Un oncle aigri par ses ambitions déçues, une vieille harpie implacable, deux fauves toujours prêts à s’entretuer, un grand escogriffe prétentieux et un traître rapace et obèse. Belle assemblée ! Ils étaient pourtant les Eltess, le pouvoir suprême de la Waltonie. Balázs III, malgré la faiblesse de sa volonté et son absence d’ambition politique, comprenait parfaitement pourquoi ses ancêtres plus déterminés et plus éclairés s’étaient efforcés de battre en brèche cette gérontocratie exécrable.
Balázs devait commencer. Sa langue restait collée à son palais. Cette certitude que l’assemblée allait mal se dérouler, que ses barons allaient encore se jouer de lui le prenait à la gorge. Il craignait son oncle, assis à sa gauche. Du coin de l’oeil il l’épiait. Une odeur de pourriture remontait à ses narines à chaque fois que le corpulent baron
se remuait sur son fauteuil grinçant.
- Quelles nouvelles des marches de l’ouest ? Comment sont les Drogols ? C’est bien de cela dont nous devons parler je crois.
Il ne s’était adressé à personne en particulier. Son chancelier se racla la gorge, comme pour signifier qu’il comptait exposer la situation d’après les rapports qu’il venait d’étaler par devant lui. Mais Balázs III avait négligé de lui donner la parole. Avant même que Szanki n’ai pu articuler un mot, Gergely Fejès partit dans une de ses diatribes que tous redoutaient
- Il n’est que trop temps d’agir, mon cousin ! L’attaque de Berjeho’vé n’était qu’un avertissement. Tous les rapports de mes agents m’indiquent que les Drogols se rassemblent, en armes, près de la frontière. Nous devons frapper les premiers. Il me faut des renforts pour défendre les Marches. Il faut lever l’ost !
Yaroslav Istvànfi fit un bond sur son fauteuil, levant sa large main grasse chargée d’anneaux d’or.
- N’y a-il pas un intérêt pour mon estimé cousin à réclamer la levée de l’ost à son profit ? Une armée, en plein hiver, cela suppose de nouvelles taxes exceptionnelles que devraient consentir les autres tribus. Taxes qui naturellement iraient dans vos coffres.
Il referma son poing, et le frappa légèrement sur la table. Fejès le dévisageât, et reprit la parole.
- Il ne s’agit pas que de quelques milliers de florins. Nous avons l’opportunité de frapper avant qu’ils ne nous attaquent.
- Et briser ainsi la trêve ?
Le chancelier s’était permit de lui couper la parole. Frigyes Szanki n’était pas impressionné par ces vieux chefs de clan retords et mauvais. Son long visage ne trahissait jamais aucune expression, jamais aucune émotion. Il semblait figé, neutre. Un très léger sourire se distinguait peut être, ou plutôt une expression enjouée. Il aimait son office, et le prenait à coeur.
- La belle affaire, monsieur le Chancelier ! Ils l’ont déjà violée maintes et maintes fois ! Nous devons nous défendre au mieux, et porter la guerre en territoire ennemi est la meilleure défense.
- Pour vos fiefs, peut être. Mais l’ambassade du solstice est partie avec notre doloir pour négocier les termes de l’année. Et nous attendons la leur. Dans ces conditions, comment pouvez-vous suggérer une attaque, alors même que les négociations sont en cours et que l’honneur de votre suzerain est en jeu ?
Fejès réprima un mouvement d’indignation, et se tourna vers Balázs III. Le Potentat les regardait se chamailler sans oser intervenir, comme à son habitude. Fejès tenta de parer son visage d’un sourire de connivence. Toujours convaincu d’avoir raison en tout, de détenir toute lumière et d’avoir les meilleurs avis, il était plus instruit dans l’art de la controverse que dans un véritable savoir. Chef de guerre médiocre, il se considérait comme un génie de l’art de la guerre. Administrateur calamiteux et suzerain partial, il avait toujours un avis éclairé sur les meilleures façons de gérer un domaine ou de rendre justice. Pire encore. Cet ambitieux complotait, en se prenant pour un maître dans l’art de nouer des intrigues. Mais ses fils étaient si grossièrement tissés qu’à dix lieues on repérait ses actions
- Allons, mon beau cousin ! Ce sont des païens qui vénèrent les idoles ! Un accord avec ces chiens n’engage pas votre parole sacrée ! Le Shélam vous serait reconnaissant de leur faire justice.
- Mais... On engage pas une campagne en hiver, n’est-ce pas ?
La réponse du Potentat était timide et naïve. Mais elle était aussi fort juste. Il se tourna vers son oncle. Ondiliàk Benedek était Connétable de l’Ost Walton. Position qu’il déléguait de manière coutumière au Maistre du Camp, son premier adjoint. Mais rappeler sa fonction honorifique par une question militaire flattait son orgueil. En outre, ses domaines n’étaient pas exposés aux attaques des barbares, et il était très improbable qu’il consente à lever un impôt sur ses terres pour financer la guerre de Fejès...
- Certes. Il sera toujours temps d’agir s’ils traversent la Tisza. Ils ne sont jamais allés bien loin... Laissons-les mourir de faim cet hiver. Au printemps, nous pourrons toujours envoyer une chevauchée pour achever le travail.
- S’ils traversent, ils brûleront mes domaines avant que l’ost n’intervienne !
Fejès était obsédé par « sa » frontière. Il s’était « proclamé » Maréchal Margrave de Waltonie, et clamait ce titre ridicule à tous bouts de champ, espérant ainsi qu’à la longue il entrerait dans les moeurs. Il avait cependant raison : attendre une attaque, c’était sacrifier nécessairement une partie de ses domaines. Plusieurs Eltess levèrent les yeux au ciel, poussèrent un soupir de dédain ou sourirent ouvertement. La belle affaire si le vieux Fejès perdait quelques châtellenies ! Il trouva pourtant une alliée inattendue.
Piroska Izsjàki éleva sa voix éraillée en regardant le Potentat droit dans les yeux. On aurait dit que l’age n’avait plus guère de prise sur elle depuis qu’elle avait pris la tête de sa tribu, plus de trente années auparavant.
Les Izsjàki étaient la seule tribu qui n’avait jamais écarté les femmes de la succession. Ayant survécu à son père et à ses deux frères aînés, elle avait pris ses fiefs en main comme peu d’hommes, écrasé la rébellion de deux de ses cousins, et fait supplicier bon nombre des traîtres qui contestaient son autorité. Versée dans les jeux subtils de la diplomatie et des ruses politiques, elle n’avait pas eu de mal à manoeuvrer les rudes barons Waltons, aussi sauvages au combat que crétins aux affaires de cour. Rehaussée par un coussin de laine, elle portait elle aussi un torque d’or, par dessus un col de fine dentelle.
- Quelles garanties avons-nous, mon Lige cousin, que nous pourrons repousser une invasion si nous attendons le printemps ? L’hiver est aussi rude des deux côtés du grand fleuve Tisza, et nous seront bien affaiblis au printemps. En outre, les Elfes du Grand Conseil me posent de nombreux problèmes en ce moment. J’ai besoin de mes troupes face à eux. Et nous ne pouvons combattre sur deux front. Cela aussi est vrai.
Balázs III ne soutint pas son regard longtemps. Sous les aspects d’une inoffensive grand-mère faiseuse de confitures, il savait qu’un démon implacable se tenait toujours aux aguets. Il fut déstabilisé. Si la « harpie » s’y mettait aussi... Il se tourna vers son chancelier, et lui lança un regard implorant. Il en fallait plus pour déstabiliser Szanki, qui jeta un regard narquois à la vieille Eltess.
- Je croyais que les problèmes des colons étaient réglés au nord. Les barons des Elfes sont parfois turbulents, mais on ne m’a rapporté aucun incident majeur cette année.
- Et bien, Messire Chancelier, peut être devriez-vous recruter de nouveaux agents. Ou instruire ceux qui sont encore en mes terres d’espionner les Elfes, et non ma personne.
Ceux qui étaient « encore » dans ses terres. Szanki avait perdu deux de ses fidèles espions le mois précédent. Retrouvés éventrés, flottant dans une rivière proche de Pàjtzo, la cité ou la vieille Izsjàki avait son palais. Les contrées du nord étaient vastes, vides et sauvages. Pourtant, d’année en année, de nouveaux colons humains, Waltons et autres, s’installaient toujours plus au nord, dans des terres fertiles au climat plus doux . Les Elfes, peu nombreux, qui occupaient ces terres étaient lentement repoussés plus au nord, à mesure que les défrichements progressaient.
Ondiliàk Benedek se rengorgea, et toussa bruyamment. Un cracha noirâtre s’échappa de ses lèvres bleutées et alla atterrir mollement sur le marbre de la grande table ronde. Il essuya ses babines sur le bord de son col d’hermine, et put enfin parler après s’être « éclaircit » la voix.
- En somme, mon neveu lige, tout n’est encore et toujours qu’une question d’argent. Nous pouvons lever des troupes, même en hiver. Il y a des compagnies de lansquenets d’Hazurgondie ou des Marches habitués aux rudes climats, et qui ne demandent qu’à aller mourir sur les terres encore gelées des Drogols ! Et bien de l’argent, nous en pouvons trouver ! Et sans nouvelle taxe qui appauvrirait nos domaines et affaiblirait nos manants pour l’hiver.
- Votre Excellence aurait-elle découvert le moyen de la pierre philosophale ? Demanda Szanki sur un ton sarcastique à la limite de l’insulte. Ou est-ce plus simplement que vous seriez heureux de faire payer par la communauté ces mercenaires que vous employez, et qui vous coûtent fort cher ?
- Je n’aime pas vos manières, monsieur le Chancelier. Ni vos insinuations...
Il eut un petit geste de dédain, comme s’il chassait de la poussière du revers de la main. Ce petit légiste malingre osai lui tenir tête ! Il continua, se remontant un peu sur le fauteuil sur lequel il était avachi. Le bois grinça plaintivement sous la masse de graisse en mouvement.
- Les bourgeois arrogants de nos villes, qui narguent le pouvoir et s’engraissent par le commerce et l’usure. Eux peuvent payer beaucoup, et vite ! Ils osent sans cesse remettre en cause les anciennes coutumes, et cherchent à renier leur allégeance à votre couronne, mon neveu ! Taxez-les, pour leur apprendre qui en Waltonie est la Loi.
Evidement, taxer la paysannerie, ce serait réduire du même coup les revenus des domaines fonciers. Une taxe nouvelle, même ponctuelle, serait refusée par les Eltess. Mais les villes, celles qui étaient franches et ne dépendaient que du Potentat, n’avaient pas voix au chapitre. Szanki accusa le coup. Il s’attendait à une fourberie, mais pas de cet ordre. Fejès jeta un regard de connivence au corpulent aîné de son maître. Et si ces deux malfaisants s’étaient abouchés sans qu’il le sut ? S’ils avaient prémédité leur esclandre ? Il pensa immédiatement à les faire surveiller de plus prêt, et griffonna à la pointe de fusain quelques signes cabalistiques sur un bout de vélin pour se rappeler de faire mander ses agents. Pendant qu’il avait le nez baissé, le Potentat prit la parole, toujours d’une voix bien hésitante.
- Ah oui, cette question des villes. Je pense aussi qu’il faudra en parler. Nous avions promis aux bourgeois de nos bonnes villes d’édicter des chartes cette année pour leur conférer certains privilèges.
Balázs III était bien faible, décidément. Sa petite voix hésitante n’était pas celle d’un chef, et sa dernière question était celle d’un page, pas d’un Potentat. Szanki sentit un peu de découragement en lui. Les villes. Toujours la grande question du moment dans l’Empire.
- Il serait peut être temps de ramener les bourgeois à l’ordre, ne croyez-vous pas mon cousin ? A trop attendre et trop négocier, nous finirons par tout perdre !
Fejès, ayant toujours son idée sur tout, pensait que la seule façon de traiter les villes frondeuses était la manière forte : supprimer les chartes de franchises, casser les administrations locales, et instaurer un système seigneurial. Remplacer les Podárs et les Echevins par des vassaux. Bien sûr, une telle conception bénéficierait directement aux grands de l’aristocratie terrienne, qui par le truchement de la pyramide féodale mettraient la main sur leurs « bonnes villes ». Malgré cela, la position extrême de Fejès n’était pas partagée par tous. Avant même que le Chancelier n’ait pu argumenter, une voix aigrelette coupa le Maréchal Margrave autoproclamé.
- Sottises ! Vous savez ce qu’il advint de la première rébellion urbaine ! Smallkadd, il y a trois siècles ! La chute de l’Empire et la création de cette ligue séditieuse !
La vieille Izsjàki parlait comme si elle avait vécu ces évènements. Trop de taxes impériales, pas assez d’autonomie... les villes portuaires de la côte sud de la mer bordière s’étaient liguées... Et le conflit avait participé, parmi d’autres facteurs, à la chute de l’Empire et aux terribles guerres civiles qui s’en étaient suivies.
- Vous parlez sans avoir prise sur le problème, ma cousine. Vos domaines comptent peu de villes, et aucun port de mer. Le commerce maritime créée une bourgeoisie opulente, suffisante et frondeuse qui...
- Qui vous ressemble en ce cas.
L’insulte était grosse. Fejès se rengorgea comme un grand héron qu’il était. Il lui lança un regard de défi et frappa violemment du poing sur la table. La petite barone lui lança un regard de défi, son visage s’étirant en une moue pointue. Si elle avait été un homme, ils eussent échangé des gages de bataille, et l’affaire aurait mal tourné. Elle était femme, et profitait toujours un peu de son statut particulier parmi les Eltess. Fejès parvint à ravaler son orgueil, et frappa du poing sur la table.
- La manière forte, voilà tout ce qu’il comprennent !
Il se tourna vers le Potentat. Balázs III, les mains réunies sous le menton, tachait de garder contenance et majesté, mais trouvait tout cela bien décourageant. Comment gouverner avec une telle assemblée de roquets séniles ? Fejès poursuivit sa diatribe.
- On sait ce qu’il advint de ceux qui négocièrent ! Mülnenhaven fut perdue par le Meckland uniquement parce que le Grand Duc d’alors ignora la sédition qui s’y déroulait et laissa les bourgeois libres de décider de leur sort !
- La même attitude pourtant garantit la loyauté de Stoblhavn.
- Belle réussite, ma cousine ! C’est là le dernier port de mer du Meckland, et le Grand Duc Luidpold doit presque mendier le droit d’y faire commerce à ses propres bourgeois. La Waltonie court le même risque. Mais voyez les Baldaves ! Ils tiennent leur cités d’une main de fer ! Ils n’ont perdu que Klutchbork, et encore dans les premières années des guerres civiles !
Szanki n’allait pas rester sans réagir. Ce que Fejès voulait, il le comprenait. La « guerre d’hiver » avec les Drogols était un trop bon prétexte. Les Eltess dont des cités franches portuaires se trouvaient sur leurs domaines souhaitaient les annexer. Si c’était le cas, Ondiliak Benedèk etait avec lui, de même que Rozja. La Waltonie comptait peu de grands ports. Fejès métrait la main sur Berjehov’é pour la « protéger ». Ondiliak Benedèk annexerait le plus grand port, Vàrzeg, et le port moins important de Buzjeg. Rozja les cités de Sjarosgödör et Õrjeg, enrichies par le commerce avec l’Egrenz. Comme il fallait s’y attendre, Vadass fit un bond sur son siège. Ses longs sourcils gris, qui lui donnaient un air de hibou, se froncèrent au dessus de son grand nez charnu. Lui aussi, avait compris.
- Et bien entendu, je présume que les Eltess dont les cités sont situées sur leurs terres devraient les recevoir en fief ! Belle paix que cela, mes seigneurs ! On sait trop comment certains gèrent leurs domaines ! tous les bourgeois de Waltonie feraient sécession pour se soutenir ! Et la Ligue de Smalkadd enverrait ses noires galéasses pour capturer nos navires, et brûler nos côtes !
L’affaire allait tourner à l’affrontement, Rozja s’était levé. L’avare Istvànfi, pour une fois, se trouvait dans le camp des « progressistes ». Il avait trop investit dans le grand commerce à travers des prête-noms pour accepter de bonne grâce une taxation supplémentaire. D’un autre côté, il ne souhaiterait pas que le coût d’un éventuel conflit reposa uniquement sur les propriétés foncières...
- Peut être devrions-nous, conformément à ce que suggère le Chancelier, attendre le résultat de l’ambassade du solstice. Après tout, peut être les Drogols seront-ils disposés à négocier !
- Sotise ! Hurla presque Fejès. Mon beau cousin Yaroslav ! Si vous ne leur aviez pas vendu des armes et des armures pour vous engraisser encore un peu plus, nous n’en serions peut être pas là !
- Vous osez !
Le reste du Conseil dégénéra, comme souvent, en foire d’empoigne. Les Eltess se séparèrent brouillés, et le long travail de négociation allait commencer. Le lendemain, une fois encore, le Grand Conseil du Solstice marquerait la désunion des tribus de Waltonie.
|
|
Dernière mise à jour par : Welf le 27/03/04 17:36
|
--------------------
ACHETEZ LE CD BELYSCENDRE!
et puis écoutez ZoC Radio!
et puis lisez mon bd-blog débile!
[/color][/size]
|
|
|
|
Cachée
|
|
The knight in Red

-= Naheulband =-
Inscription le 24-02-04
Messages : 4259
Age : 48 ans
Lieu de résidence : Une autre Galaxie
|
|
|
|
|
Réponse au Sujet 'Wocek, Inquisiteur (dépravé, faillible, thaumaturge et chevelu) I & II' a été posté le : 27/03/04 17:28
|
Bon le précédent post était un peu long. Al'avenir, je me contenterai (comme ici) de poster plus court.
Résumé: Wocek est rentré en Waltonie, et profite d'être arrivé sous une fausse identité de marchant pour parcourir la ville de Varzeg plus librement qu'il ne le pourrait sous ses habits d'inquisiteur. Il doit voir son ami Péter, et lui a proposé par lettre de le rejoindre à la nuit tombée sur le port.
Pendant ce temps là, à Preckt, le Potentat Balàz III, faible et irrésolu, affronte le conseil de ses ainés les Eltess. Des divergences apparaissent au sujet de la trève face aux Drogols et de la question des chartes pour les villes. Ondiliak Benedek, l'oncle du Potentat et Gergely Fejes le "Marechal des Marches" autoproclamé semblent ligués.
Wocek attendait, adossé à un mur, que son ami daigne se montrer. Il se sentait détendu et -enfin- propre. La ribaude avait été surprise lorsqu'il avait demandé une baignoire dans l'hostellerie ou elle l'avait entraîné. Plus surprise encore lorsqu'il lui avait enjoint de lui frotter le dos, et un peu angoissée lorsqu'elle avait vu la main de paix Sheladime en argent incrusté de pierres violettes qui pendait à son cou. Trop grande pour un simple croyant. Les doutes de la donzelle avaient été dissipés lorsqu'il l'avait entraînée dans l'eau brûlante... Ayant lavé son corps et calmé ses ardeurs, l'inquisiteur était reparti en fin de journée, après lui avoir laissé un florin d'or, et quelques thalers qu'elle pourrait remettre à son souteneur. Il n'avait aucune confiance en ce genre de fille, et l'avait toujours surveillé du coin de l'œil pour s'assurer qu'elle n'allait pas tenter de l'assommer ou de lui planter un poignard dans les omoplates pour lui subtiliser ses riches effets. Quel age pouvait elle avoir? Dix-sept ans? Vingt ans? Elle avait un corps d'adolescente, mais des yeux déjà fatigués et pleins de rides, et un teint brouillé par une vie sordide et épuisante pour le corps et l'âme.
"Il faudra que je prenne une tisane de simples pour éloigner la vérole" pensa Wocek tout en se rhabillant. La demoiselle, dont le fard et le maquillage avaient coulé dans l'eau du bain, l'avait regardé tristement tandis qu'il s'éloignait. Un client bizarre, pensa-elle. Un prêtre, peut être? C'était bien le premier depuis longtemps qui lui demandait son prénom... Lizà. Wocek prierait pour elle sans qu'elle le sache jamais.
Sur le chemin des quais, il acheta une tourte à la viande et quelques herbes chez un apothicaire. Ses membres étaient encore endoloris, et un léger mal de tête peinait à se dissiper. S'il s'était débarrassé de la crasse de la traversée et d'une partie de la tension nerveuse qui l'habitait, la fatigue ne partirait qu'avec une ou deux profondes nuits de sommeil...
Il réprima un bâillement. Dissimulé dans l'ombre d'une porte cochère, il surplombait les quais depuis une petite place ou gargouillait une fontaine publique. Vàrzeg était une ville propre. A la différence des cités du reste de l'Empire Shéladime, les Waltons appliquaient se strictes ordonnances urbaines. Chaque demeure devait allumer une lanterne de corne la nuit, et le rejet d'immondices sur la voix publique était farouchement proscrit. Malgré ces mesures, il restait suffisamment de recoins sombres pour les coupe-jarrets, et d'ordures pour les boueurs.
La marée du soir avait amené un air frai chargé d’odeurs iodées qui avait chassé la persistante odeur de poisson en décomposition qui s'attardait sur les quais. Blotti dans sa cape, Wocek observait le balancement des cogghes et des nefs dont les boiseries grinçaient plaintivement.
Il existait une surprenante similitude entre Lemnovô et Vàrzeg. Entre toutes les villes portuaires de l'Empire d'ailleurs. Smallkaad, Mulhenhavn... La même opulence y côtoyait la même misère dans un espace clos de murs. Les mêmes velléités d'émancipation face aux vieilles aristocraties foncières. Le même bouillonnement d'idées. Le temps, en ville, semblait s'accélérer. Depuis que la Ligue de Smallkadd avait réussi à émanciper plusieurs ports d'importance à travers l'Empire, les pouvoirs des Grands-duchés devaient composer avec ces frondes urbaines qui couvaient comme le feu sous la cendre. Certains, comme en Baldavie, étaient tentés par la répression et le renforcement de l'ordre établi. D'autres, à l'image des Potentats de Waltonie, avaient lâché un peu de lest, concédant des chartes d'autonomie partielle tout en insistant sur l'amélioration des conditions de vie. La misère nourrissait les bataillons d'émeutiers que des marchands avides de pouvoir achetaient pour une bouchée de pain. Littéralement. La réponse de Jànos II avait été sage et ferme. Mais le grand Potentat à la noble figure n’était plus, et son fils paraissait bien faible.
Wocek fut tiré de ses rêveries par le claquement de talons sur le pavé. Une ombre à la démarche rapide, avait surgit du chemin de la ville haute, et descendait sur les quais. Wocek, dissimulé dans l'ombre, l'observa quelques instants. L'inconnu était de haute taille. Probablement aussi grand que lui. Six pieds, sans doute. Il marchait vite, et se cachait dans un grand manteau noir à capuche. Vamos était plutôt petit, et sa démarche était mesurée et silencieuse. Ce n'était donc pas lui. Intrigué, Wocek suivit des yeux l'individu jusqu'à ce qu'il fut arrivé sur les quais, où il s’immobilisa. "Curieux sicaire qui se parfume à la lavande". Il renifla un parfum léger. Sans doute quelque sachet pour éloigner les mites. A priori, l'individu n'était pas un assassin professionnel. Démarche bruyante, trop rapide et en pleine lumière, parfum trop fort, et ne surveillant pas ses arrières. Mais parfois, attirer l'attention est le meilleur moyen de ne pas être repéré. L'individu se tenait là ou son ami devait l'attendre, à l'heure dite. Pas de coïncidence possible... Wocek attendit sans bouger, avec un brin d'anxiété. Vu la teneur mystérieuse du message de Vamos, mieux valait être sur ses gardes. Bien sûr, il se pouvait que le messager à qui il avait confié la lettre ne se soit pas rendu à l'hostel particulier des Vamos. Mais cela ne ressemblait pas à l'embuscade de quelconques coupe-jarrets qui auraient ouvert la lettre.
Personne ne vint pendant les minutes qui suivirent. L'endroit était désert, les marins du port cuvant leur bière en ronflant depuis longtemps. Wocek crispa sa mâchoire et plissa les yeux. Il voulait bailler, et sa tête s'alourdissait. Ses intestins émirent une plainte sourde. Le Prruzít de son repas matinal faisait ses effets. Il se décida à s'avancer hors de l'ombre, et à descendre lentement vers l'inconnu. Sa cape n'était fermée que par une agrafe qui s'ouvrirait facilement. Dessous, il tenait les bras croisés. La main droite sur le pommeau de sa rapière, et la main gauche tenant fermement un petit poignard à lame courbe. L'individu au parfum printanier l'entendit, et se tourna dans sa direction. Wocek arriva à deux mètres, mais il ne pouvait voir le visage de l'autre, dissimulé sous une grande capuche noire.
- Je suis au rendez-vous que j'ai fixé, mais je ne suis pas sur d'y encontrer la bonne personne...
Le ton de l'inquisiteur était sarcastique. Presque badin. Mais il observait chaque mouvement de l'inconnu. Il perçu une crispation, un léger recul. Comme un chat qui s'apprête à bondir. L'individu ouvrit soudain sa cape, et une longue lame de dague scintilla sous la lune. Wocek avait vu le coup venir. Il esquiva, et sa rapière émit une plainte métallique en sortant de son fourreau. D'un pas de côté, il se trouva sur le flanc de son adversaire trop empressé. Un violent coup de pied envoya le gaillard perdre l'équilibre à quelques mètres. Un gémissement suivit la chute de la dague. Un gémissement féminin.
Wocek pensa l'éclair d'une seconde à la Contessa. Non. Le vampire avait du être détruit. Et puis il l'aurait "senti". Non. Pas de présence maléfique. Et puis cette haute taille, ce large poitrail...
- Wocek!
Il s'était précipité sans plus attendre sur son adversaire. En se retournant, la jeune femme découvrit son visage. Il demeura interdit lorsqu'elle prononça son nom. En esquivant le coup, sa propre capuche s'était rabattue, révélant son visage et ses longs cheveux de clerc Walton.
Il fronça les sourcils. Ce regard lui était familier. Son esprit arriva à la conclusion logique et rapide que ce ne pouvait être qu'une seule personne.
- Lydia? Lydia Vamos? Tu es la sœur de Péter Tanaìs Vamos. N'est-ce pas?
La réaction de la jeune femme fut surprenante. Voyant que l'inquisiteur relâchait sa garde et que son visage se barrait d'un sourire, elle lui sauta au cou comme une enfant. Une enfant aussi grande que lui, et à la carrure prodigieuse.
- Par la grâce du Shélam! Cela fait si longtemps, Wocek!
- Hé bien, oui... Euh...
L'inquisiteur était hébété et paralysé. Il ne savait quoi dire. La petite fille qu'il avait connu etait devenue une femme. Ses cheveux roux, toujours coupés courts aux épaules, indiquaient qu'elle n'était point encore mariée. Son menton n'était pas fin, ni sa taille svelte, mais son regard était plein d'un charme naïf et son sourire était resté celui qu'il avait connu.
- Pourquoi? Qu'est-il arrivé à Péter?
Le regard de Lydia s'assombri. Comprenant le ridicule et la puérilité de son geste, et son inconvenance face à un inquisiteur, elle se recula, et ramassa sa dague.
- Il a été tué. Voici une semaine.
Wocek accusa le coup. Bien qu'il ait craint une telle nouvelle, il avait espéré que ses prières et sa diligence suffiraient.
- Comment ? Par qui?
- En pleine place publique. Deux carreaux d'arbalète tirés des toits. On a pas retrouvé les assassins. J'étais là.
- Sainte Sagesse!
Une larme roula sur la joue ronde de Lydia. Elle faisait tout pour garder son calme et sa détermination, mais sa lèvre inférieure tremblait, et la peur rougissait ses yeux.
Wocek la prit dans ses bras comme elle éclatait en sanglots, et se fit malgré lui la réflexion qu'elle avait une poitrine à la fois large et ferme. "Le Shélam ne me libérera-il jamais de telles pensées en de tels moments?" Mais la réflexion sur la faiblesse de la chair fut vite oubliée. La question de la mort de Péter Vamos revint à son esprit aussi vite qu'elle en était partie.
Il emmena la jeune femme s'asseoir au bord de la fontaine, et prit un peu d'eau sur son mouchoir pour lui essuyer les yeux. L'eau glacée apaisa quelque peu Lydia, dont les sanglots se firent plus espacés. Il entreprit de lui poser quelques questions. Sur ce soir d'abord. Comment était-elle venue? Pourquoi? Qui d'autre savait?
- Personne. La lettre... Un messager est venu ce matin se présenter. Il avait une lettre pour Péter. Je lui ai dit qu'il était mort. Il me l’a donné. J’ai cru que c’était un piège de ses assassins... Je...
- Les domestiques?
- Partis. Nous avions de gros problèmes d'argent, et il ne reste avec moi qu'une vieille souillon un peu sourde. Péter... Avait perdu la charge.
Wocek fronça les sourcils. Il écrasa sans s’en rendre compte le mouchoir humide dans sa main, et un peu d'eau ruissela le long de son bras. Comment Péter Tanais Vamos avait-il pu perdre une charge familiale tenue depuis des générations? Pourquoi sa vie était-elle devenue plus dangereuse que son assassina. Qu'avait-il découvert? Ou qu’allait-il découvrir ?
- Il n'a rien dit avant de mourir? Rien écrit?
- Il s'est accroché à moi, mais... Le sang sortait de sa bouche. Oh! Wocek ! Cette peur dans ses yeux !
Elle sanglota de nouveau. Il prit sa tête contre son épaule, et récita une calme prière aux accents chantants, en langue waltone.
- Son âme est dans de meilleurs lieux, plus proche de la paix et de la lumière que nous le sommes.
Il regarda la jeune fille au fond des yeux. Dans la pénombre, elle crut que le visage de l'inquisiteur s'illuminait. Il y régnait soudain une compassion et une paix qui lui redonnèrent un peu de courage.
- Ils l'ont abattu comme un chien. Dans le dos.
- Qui? Avait-il des ennemis ?
- Je ne sais pas... Péter... Etait bizarre en ce moment. Il était sous le coup d'une enquête. Le Questeur des Douanes avait trouvé des erreurs dans les comptes, et sa charge était suspendue. Depuis six mois. Il passait son temps dehors, à courir la campagne. Il a voyagé loin. Très loin. Il restait absent des semaines. Il a perdu beaucoup d'argent aussi.
- Il n'a jamais rien dit?
- Il repoussait toujours mes questions. Depuis la mort de nos parents il y a deux ans je n'avais plus que lui! Je vais devoir aller vivre chez une tante à Preckt maintenant... Wocek! J'ai si peur! Je ne veux pas qu'on m'enferme dans un couvent!
Ruinée, sans famille proche, c'était hélas le destin le plus probable pour la jeune fille. Elle devait avoir dix-neuf ans, et si elle était encore célibataire à cet age, il serait difficile de lui trouver un bon parti.
- Il n'a pas laissé de notes? De message? A mon attention?
- Non. Il n'y avait rien dans son office. Rien à la maison. A part des listes de chiffres, et de la correspondance datant d'avant qu'on lui retire sa charge. A la maison, j’ai trouvé une lettre datée de trois jours avant sa mort. Une lettre qu'il avait du commencer sans jamais la finir.
- Que disait-elle?
Lydia fouilla dans son aumônière, d’une main tremblante. Elle sortit un petit morceau e parchemin taché. Wocek l’ouvrit. Pas de destinataire. Juste une date : Dixième jour de Décembre. Plus bas, rien qu’une phrase :
"L'ennemi est à l'intérieur".
--------------------
ACHETEZ LE CD BELYSCENDRE!
et puis écoutez ZoC Radio!
et puis lisez mon bd-blog débile!
[/color][/size]
|
|
|
|
Cachée
|
|
The knight in Red

-= Naheulband =-
Inscription le 24-02-04
Messages : 4259
Age : 48 ans
Lieu de résidence : Une autre Galaxie
|
|
|
|
|
Réponse au Sujet 'Wocek, Inquisiteur (dépravé, faillible, thaumaturge et chevelu) I & II' a été posté le : 10/04/04 09:05
|
Bon reprenons. L'ami de Wocek, Peter, est mort. Il a retrouvé sa soeur, Lydia. Il semble que la cité de Varzeg soit le centre de sinistres complots.
Très loin, à l'ouest, un petit convois chemine, porteur d'un messae de "paix"...
Adelrich Antalfi était un homme pressé. Toujours sur les routes, il avait parfois l’impression de ne jamais s’être reposé un instant dans sa vie. Monseigneur Antalfi, Ambassadeur Extraordinaire du Potentat de Waltonie auprès des Drogols, relisait les lettres dictées plus tôt au clerc porteur de son sceau privé.
L’écriture, d’ordinaire ronde et bien formée, était tremblante et raturée. La route était mauvaise, et les charrois cahotaient au gré des ornières. Malgré la table d’écriture suspendue au plafond du char par des nerfs de bœuf élastiques, les missives ressemblaient à un exercice d’écriture de novice. « Bah ! De toute façon, c’est destiné à mon régisseur… » il posa le premier feuillet « à mon oncle l’évêque élécteur de Chizôma… » second feuillet, « et… Ah ! Je l’avais oubliée celle-là ! »…
Il relut le troisième feuillet avec plus d’attention. Une lettre pour Frigyes Szanki. Un simple rapport de route informel.
Adelrich Antalfi, evesque de notre Sainte Mère l’Eglise, Ambassadeur auprès des tribus Drogols, à mon frère dans le Shélam, très illustre Chancelier de Waltonie Frigyes Szanki, soutient de notre bien aimé Potentat Balázs Kirali le Troisième, Salut !
Nous avons traversé la Tisza voici trois jours au pont de la forteresse de Sankt Hàj, au sud du grand saillant de Izsjàk. Nous nous trouvons maintenant au cœur des territoires tenus par les Drogols, et coninuons notre route vers le sud-est. Conformément à nos accords de trêve, une troupe de cavaliers est venue à notre encontre, pour nous escorter au lieu où se tiennent assemblés les chefs des différentes tribus pour le solstice. Le pays et les hommes sont apparemment très éprouvés par un hiver précoce.
L’humeur des barbares est maussade, et ils semblent plutôt mal nourris. Nos rapports avec eux sont plutôt bons néanmoins, et ils étaient heureux de partager nos provisions. Leur récoltes durent mauvaises cette année. Leur chef, un rude guerrier du nom de Khilduka, un peu moins inculte que ses hommes, m’a appris que les chefs des tribus s’étaient réunis plus à l’est en raison de nombreuses attaques des Khéréniens à l’ouest. Les Drogols, toujours semi-nomades, semblent se mouvoir vers nos frontières, poussés plus par la peur et la faim que par une ambition de conquête. Ils se rapprochent des vieilles forêts méridionales, bravant leurs peurs ancestrales des zones boisées.
Avez-vous eu vent de ces attaques de l’Empire de Khéren ? Peut être un accord pourra-il être trouvé avec les Drogols cette année encore. Il me tarde d’encontrer nos saints missionnaires auprès de ces païens, afin qu’ils me rapportent les progrès de l’évangélisation. Si je pouvais baptiser de la sainte onction un ou plusieurs de leurs chefs, nous ferions un grand progrès. Les accueillir dans notre communauté et leur porter un secours, même minime, contre la famine qui frappe leur peuple, serait sûrement moins coûteux et plus profitable qu’une guerre ruineuse dont ils ne semblent pas vouloir.
Ils semblent aussi préoccupés par les incursions des trouves du « Maréchal des Marches » Gergely Fejès. Il semble que des colonnes de Drogols aient été attaquées, et des troupeaux dispersés, par des cavaliers portant ses armes. Je vous adjure de faire cesser ces actions si nous voulons négocier en paix ! De mon coté je m’efforcerai d’obtenir de la part des Drogols des garanties de bonne volonté.
Je prie le Shélam de nous venir en aide en ces jours troublés, et qu’il ait notre bien aimé Potentat en sa sainte garde.
Puisse la lumière de la Sainte Sagesse vous soutenir vous aussi, ami.
J’ai l’honneur d’être votre dévoué frère dans le Shélam.
Fait en pays Drogol, le vingtième jour du mois de décembre.
Monseigneur Antalfi remonta son col de fourrure de loutre. Il faisait froid sur la lande des Drogols. Le vent soufflait âprement, et s’engouffrait en sifflant par les interstices de son charroi. Le wagon de bois était recouvert d’une charpente sur laquelle étaient tendues des pièces de lin recouvertes d’épaisses fourrures. Mais cela ne suffisait pas.
Dehors, les armes de la Waltonie et de la Sainte Eglise flottaient aux bannières des trente chevaliers Waltons qui escortaient l’ambassadeur, chevauchant face au vent, grelottant sous d’épaisses pelisses de fourrure. Un nombre équivalent de cavaliers Drogols cheminait à leur cotés, dans le silence le plus complet.
L’évêque remarqua que le vin épicé de son bol de grès s’inclinait. Le charroi se mit à trembler de plus belle. Après avoir gravit un morne plateau pendant le plus clair de la journée, la colonne arrivait enfin au col à la tombée de la nuit.
- Hola ! Capitaine d’Armes !
Passant la tête par une ouverture dans les fourrures, Antalfi héla le chef de son escorte, qui cheminait toujours à quelques mètres du charroi. Le fier chevalier Walton portait sous sa pelisse un haubergeon de mailles, des jambières de cuir clouté et un heaume de plain acier, ouvert sur un visage farouche et balafré.
- Monseigneur ?
- Passerons-nous la nuit ici, Capitaine ? Ce me semble être un bon endroit. Le col nous permettrait de voir alentours, n’est-ce pas ?
- Si Monseigneur le souhaite, mais le chef des barbares m’assure que nous ne sommes qu’à quelques heures du grand campement de ses maîtres.
- Fort bien. En ce cas, hâtons-nous !
- Bien, Monseigneur.
Le cavalier banneret fit un bref salut de la main, piqua des éperons, et s’en alla donner des instructions aux bouviers qui menaient les charrois. En plus de sa litière personnelle, le train de monseigneur Antalfi se composait de deux charrois pour les serviteurs, et d’un autre destiné aux provisions et au matériel. Comme la plupart des prélats, il aimait que son confort soit assuré, malgré les circonstances.
Seigneur temporel avant d’être pasteur spirituel, il possédait de vastes fiefs et de nombreux bénéfices qui lui assuraient un train de vie plus que confortable. Pair du conseil de Waltonie, il était, à l’instar de ses nombreux collègues séculiers, notoirement corrompu, apostat, dépravé et peu observant des commandements de la religion. Néanmoins, à la différence de nombreux évêques, il était dévoué à la Waltonie et prenait sa tache de diplomate très à cœur. Simplement, il s’arrangeait pour faire coïncider ses intérêts et ceux de l’Etat. Où était le mal ?
Il se versa un autre bol de vin épicé. Le liquide presque violet sentait bon le romarin et la muscade. Une gorgée le réchauffa un peu. Le petit brasero qui fumait en face de lui emplissait le char d’une pénétrante odeur de fumée, mais ne chassait pas vraiment le froid humide et malsain. « Peut être le physicien devrait-il me saigner ? Les mauvaises humeurs s’accumulent vite par un tel temps. Et puis cela me rendrait plus serein.» Comme tous les évêques, il avait une maîtresse, et plusieurs petits bâtards, dont certains faisaient de brillantes études, placés comme ses « neveux » dans des séminaires impériaux.
Les efforts du Grand Conclave de la Sainte Eglise n’y faisaient rien. Les séculiers s’adonnaient au népotisme, à la simonie, et se comportaient comme des féodaux avant tout. Seuls les ordres réguliers conservaient un semblant de droiture et de respect. Dans les puissantes abbayes des terres du Shélam, les moines et leurs abbés étaient les vrais défenseurs de la Foi, et la Sainte Inquisition issue de leurs rangs tentait de maintenir l’ordre dans l’Eglise et l’orthodoxie des dogmes. Antalfi pensa à ceux qu’il qualifiait en secret d’illuminés fanatiques et dangereux. La « Sainte Inquisition ».
Cruel leg des guerres ayant suivit la chute de l’Empire. Vilmos Nangeï, Grand Inquisiteur de Waltonie, s’était violemment opposé à son accession à l’archiépiscopat. « Ce grand gredin à la mine sinistre est congestionné par les humeurs issues de ces désirs refoulés et inassouvis. Sûrement un sodomite manqué ». Il rit malgré lui à la pensée que l’austère prélat de l’ordre de la Sainte Sagesse pouvait avoir les mêmes appétits qu’un vulgaire prêtre fraîchement tonsuré. Bah ! Les Drogols ne manquaient pas de concubines accortes, et le clerc gardien de son seau privé en trouverais bien une pour partager sa couche ce soir. C’était aussi pour cela qu’il était heureux que le voyage touche à sa fin.
Une vague de cris et de hennissements le tira brutalement de ses pensée. En sursautant, il renversa un peu de vin sur son aube verte.
- Allons bon ! Encore une dispute ! Je leur avait dit de ne pas donner de vin à ces sauvages !
Il allait écarter un pan de la tenture pour faire part de son mécontentement lorsqu’une flèche enflammée vint se ficher en sifflant dans l’écritoire posé devant lui. D’un geste vif, il étouffa le feu avec sa toque de fourrure, laissant la poix grésiller et le bois se consumer.
- Peste !
Adelrich Antalfi n’était pas seulement un évêque, un seigneur séculier et un diplomate. Il était aussi un homme de guerre. Plus d’une fois il avait manié la masse étoilée contre des barons Waltons ou des Drogols. C’était aussi pour cela que les rudes guerriers barbares le respectaient.
Il bondit prestement du char, avec à la main un long poignard qu’il toujours à ses côtés. Il en fallait plus pour lui faire perdre son sang froid.
L’endroit n’était malheureusement que trop bien choisi une embuscade. Des deux côtés de l’étroite piste, des haies d’aubépines et d’arbres rachitiques avaient offert une bonne couverture aux assaillants. Une flèche siffla à ses oreilles. Machinalement, il rentra la tête dans les épaules comme une tortue apeurée. Un rapide coup d’œil circulaire lui fit comprendre la nature désespérée de leur position. De tous côtés, des cavaliers les assaillaient. Des Drogolls apparemment. Mais quelque chose était curieux dans leur accoutrement ou dans leur façon de combattre. Peut être une tribu qu’il ne connaissait pas ?
Il n’avait guère le temps de se poser ce genre de question. Les cavaliers ennemis étaient beaucoup plus nombreux qu’eux. Peut être deux cents ou trois cents. Il semblaient surgir de tous côtés. Des archers se tenaient derrière les haies. Ils étaient sans doute aussi nombreux que les cavaliers, car les Drogols amenaient toujours de la piétaille à la bataille, montant à deux hommes par cheval. Une pluie de flèches enflammées s’abattait sur le groupes de chariots, bien vite transformés en torches de flammes aux ronflements sinistres.
- Capitaine d’Arme ! Capitaine d’Arme !
Les cris de l’évêque demeurèrent sans réponse. Au moment ou le soldat entendit son maître le héler, une flèche traversa sa gorge. Il tomba de cheval, les yeux exorbités, les deux mains crispées sur son cou ensanglanté.
Adelrich Antalfi sut que tout était perdu. Son visage se crispa. Il ramassa une épée tombée à terre, et chercha une proie. Il comptait bien vendre chèrement sa peau. Un cavalier Drogol passa à sa portée. « Curieux, il est blond. C’est plutôt rare chez ces barbares ».
Il esquiva le cheval, et abattit un violent coup d’épée sur le jarret de l’animal. La monture se cabra. Il attrapa l’homme par la jambe, et le fit tomber de sa monture. La lame s’abattit en travers de son visage horrifié. Un craquement d’os, puis plus rien.
Antalfi se chercha une autre proie. Toujours à pied, il aurait voulu trouver un cheval, pour pouvoir peut-être s’échapper. Il vit un cavalier qui chargeait sur lui, l’arc à la main. Trop tard. La corde claqua et le projectile siffla, frappant l’évêque au torax. Sans armure, il était sans défense. Il sentit le gout salé et ferreux du sang dans sa gorge. L’impact l’avait fait vaciller et reculer, mais il était resté debout. Le cavalier Drogol, prudent, avait contourné sa cible sans s’en approcher. Il encocha une nouvelle flèche. Antalfi, le voyant, compris que son heure était venue. Il arracha la flèche d’un revers du bras, laissant choir son épée.
La douleur se fit plus intense, et l’hémorragie plus forte. L’ardillon avait déchiré ses chairs en sortant. Il contempla avec horreur et résignation la pointe souillée de sang. Il eut une pensée pour le Shélam. Pour son Salut. Il n’avait jamais été très croyant, ni très assidu en religion. Un évêque comme les autres, au fond. Il pensa à ses enfants illégitimes, à ses maîtresses. Il se demanda s’il avait trop pêché par vanité.
Un sifflement aigu précéda l’impact da la deuxième flèche. Son regard se troubla. Il tomba genoux à terre, comme en prière. Puis plus rien. La plaine résonnait encore des cris des mourants et du cliquetis des armes qui s’entrechoquaient. La fumée noire des charrois s’élevait dans le ciel de plomb de décembre. L’ambassade du Potentat de Waltonie avait été massacrée. Jusqu’au dernier homme. Ou presque.
... to be continued par la suite bientôt...
--------------------
ACHETEZ LE CD BELYSCENDRE!
et puis écoutez ZoC Radio!
et puis lisez mon bd-blog débile!
[/color][/size]
|
|
|
|
Cachée
|
|
The knight in Red

-= Naheulband =-
Inscription le 24-02-04
Messages : 4259
Age : 48 ans
Lieu de résidence : Une autre Galaxie
|
|
|
|
|
Réponse au Sujet 'Wocek, Inquisiteur (dépravé, faillible, thaumaturge et chevelu) I & II' a été posté le : 11/04/04 13:02
|
Wocek a retrouvé la soeur de Péter. Ce dernier a été tué, et l'ambiance à Varzeg est lourde et inquiétante.
Dans la capitale, le conseil des Eltess est divisé. Que faire face aux demandes d'autonomie des villes? Ressèrer l'étau abolutiste, ou lacher du lest? Le Potentat est faible, et le Chancelier ne peut seul contrebalancer l'infulence des vieux barons de l'aristocratie térrienne.
Se pose aussi la question des barbares Drogols, à l'ouest. Faut-il reconduire la trève? Commencer une guerre avant qu'eux mêmes ne frappent? Qui a vraiment intérêt à cette guerre?
Dans l'ouest, l'ambasse de Waltonie auprès des Drogols a été massacrée dans une embuscade. L'évêque Antalfi est tombé sous les fêches des barbares...
Quant à notre Inquisiteur, il est comme toujours tiraillé entre des sentiments divers
(ah oui et ne pas oublier: le monde du Shélam est situé dans l'hémisphère sud
Lorsque Wocek s’écroula sur sa paillasse, les premiers rayons de l’aube s’étendaient sur la ville. La nuit avait été longue. Il lui avait fallut raccompagner la jeune sœur de Péter jusqu’à chez elle. Lydia était encore en larmes, mais la présence de l’Inqusiteur semblait lui avait redonné courage. Son chagrin, pensa Wocek , était en train de se changer en hargne. Il avait vu cette détermination dans ses yeux lorsqu’elle avait voulut le poignarder, croyant qu’il était un des assassins de son frère.
Il sentit d’imperceptibles frémissements dans la paillasse. De la vermine. Dans un soupir d’exaspération, il envoya le sac plein de foin hors du lit, sur la jonchée de paille qui recouvrait le sol. Il prit le temps d’oter son pourpoint et ses chausses, et se retrouva en chemise. Le bois du lit était dur et sale, mais la fatigue était trop forte. Il fit un oreiller avec une de ses sacoches. Il faisait froid dans la chambre, et l’air était humide et vicié de mauvaises humeurs corrompues, comme toujours dans ce genre d’établissement. Il s’enroula dans sa cape de laine, et tenta de réciter une prière. Après avoir murmuré « Sainte Sagesse, aide ton humble serviteur », il s’endormit.
Les premiers bruits du matin commencèrent à danser dans ses oreilles. Le brouhaha des colporteurs qui ouvraient boutique, les cris d’injures des maraîchers qui apportaient leurs pauvres légumes d'hiver aux marchés… L’odeur aussi du pain qui cuit dans les fours. Dans un demi sommeil à peine conscient, il pensa à Peter. A sa mort. Pourquoi ? Que se passait-il dans cette ville qui avait pu coûter la vie à son ami ?
Les bruits se firent plus lointains, se mélangeant en une bourdonnement de fond qui perturba son premier sommeil. Ses rêves furent troubles et angoissants. Il revoyait le visage ensanglanté de son ami Péter, surgissant entre de noirs nuages d’orage résonnant de tonnerre. Des corbeaux tournoyaient sur une plaine jonchée de cadavres, et il rêva d’une odeur abjecte, de corps en décomposition sur la terre humide par un petit matin brumeux. Des cris dans le lointain, des village en feu.
De noirs étendards et des hordes de cavaliers s’alignaient sur l’horizon. Derrière lui, la mer, toujours menaçante d’écume et de vents mauvais. Wocek se vit soudain, comme s’il flottait à l’extérieur de lui même. Il était debout, revêtu d’une armure de maille, armé en bataille, debout au milieu d’étranges soldats à l’aspect inhumain. Il courait, chargeant des chimères sur un champ en ruine. Il lui semblait qu’un homme le regardait, une ombre qu’il entrevoyait dans le coin de l’œil. Mais lorsqu’il tournait la tête, il n’y avait rien que le néant. Soudain, un choc sourd lui déchira les entrailles. Mettant la main à son ventre, il constata avec effroi qu’une flèche noire avait transpercé sa côte, et que son sang s’écoulait abondement. Sa vie fuyait hors de lui.
Il se réveilla, en sueur. Une atroce douleur crispait ses entrailles. Il se leva d’un bond, et couru aux latrines, vêtu de sa simple chemise. La sueur se glaça au contact de l’air frai, et il fut bientôt grelottant sur la planche percée, tandis que de grands flux de ventre lui tordaient le visage de douleur. Le Pruzzit de la veille, sans doute. L’angoisse aussi. La fatigue et les jours de mer. Peut être une punition du Shélam pour avoir succombé aux attraits de la chair.
« Bah ! Cela me fera du bien ! Je serais purgé de ces mauvaises humeurs. Un mal pour un bien ».
Comme souvent dans la vie, pensa-il. « Un mal pour un bien ». Soulagé, il sentit que sa tête était vide à présent de pensées obscures. Il se recoucha sans angoisse, et dormit sereinement jusque dans l’après-midi.
- Du bouillon de carottes, messire ?
- Oui. Et de la petite bière.
- Très bien.
- Avez-vous de la sauge et du romarin ? Vous m’en ferez infuser une poignée de chaque dans une marmite d’eau bouillie, et me l’apporterez dans ma chambre.
Wocek avait meilleure figure, mais sentait encore sa bouche pâteuse et son foie plein de bile. Il devait faire maigre pendant quelques jours, histoire de purifier son âme et ses tripes. L’aubergiste se renfrogna, et alla chercher sa commande. Il espérait empiffrer ce marchant d’Appian à bon compte, et lui extorquer une jolie somme en échange de son meilleur clairet et de ses plus fortes venaisons. Au lieu de cela, il commandait légumes et bière, comme un simple moine. Et une tisane ! Bah ! Ces étrangers du sud ! Tous des barbares !
L’inquisiteur, perdu dans ses pensées, absorba sa soupe d’un air distrait. Les traits tirés parla fatigue, il attirait toujours les regards méfiants sur lui, mais aussi quelques sourires en coin. Certains dans l’auberge avaient du le voir courir aux poulaines pour s’y vider, et les Waltons se gaussaient volontiers de la fragilité des gens d’Appian. En somme, il jouait malgré lui son rôle à la perfection.
- Une tourte à la viande, messire ? Elles sortent juste du four ?
Wocek leva le nez distraitement. Il n’avait pas remarqué qu’une jeune fille venait de se planter devant lui, portant un grand panier d’osier remplit de petites tourtes fumantes. Elle le tenait au niveau de son corsage, lacé trop serré, et qui faisait outrageusement remonter sa poitrine. L’aubergiste avait du l’envoyer en espérant qu’elle parviendrait à soutirer quelques pièces de plus à ce maussade client. L’inquisiteur fit non de la tête, et se força à sourire, d’un air triste. La jeune fille renforgna son nez en trompète, et tourna les talons l’air vexé. Wocek se leva. Il s’étira de tout son long, faisant craquer ses articulations. Sa nuque était douloureuse encore. Il avait connu meilleur lit. La Nef Joyeuse avait pourtant bonne réputation, mais les auberges de Waltonie étaient autant renommées pour la rudesse de leurs literie que pour la dangerosité de leur cuisine.
Après s’être habillé comme un riche marchand doit l’être, il sortit dans les rues encombrées de Vàrzeg. Son pays lui semblait bien sordide en ce jour, et il pensa que les cauchemars de la nuit avaient dû assombrir ses humeurs encore un peu plus. Le ciel était bas, gris, morne. La pluie venait de cesser, et l’eau ruisselait encore entre les pavés mal jointés. Au moins les rues étaient-elles pavées. Les plus importantes en tous cas. Les lourds charrois allaient et venaient depuis les quais, leurs grandes roues pleines cahotant affreusement sur le revêtement irrégulier. Cà et là, quelques mendiants disputaient à des chiens les restes des immondices qui traînaient dans les ruelles.
Les échoppes étaient pour la plupart fermées pour la fête du solstice, et on croisait ça et là des prêtres en soutane, des officiers en grande tenue ou des couples de bourgeois qui se rendaient à la chapelle de leur paroisse. La fête du solstice d’hiver était importante pour la Waltonie. Plus peut-être que pour toit autre grand duché de l’Empire du Saint Shéladime. Il y avait l’aspect officiel et économique, bien sûr. Des foires d’hiver se tenaient, les tribunaux de haute justice siégeaient, les rentes seigneuriales étaient payées. Mais il y avait plus.
L’hiver dans le nord était plus tardif que dans le sud plus froid. Le solstice marquait l’entrée de plain pied dans la morte saison. Pour les Waltons, dont les survivances païennes étaient fortes encore, le solstice était l’occasion de ripailler et de festoyer une dernière fois avant d’entrer dans les rigueurs hivernales, les restrictions alimentaires et l’inactivité forcée. L’hiver était aussi la mauvaise saison pour les lycanthropes qui infestaient la Waltonie. Les journées étaient plus courtes, les voyageurs imprudents plus rares, et les hommes bêtes se faisaient plus agressifs lorsque la faim les tenaillait. La fête du solstice d’hiver était une joie forcée, comme une dernière bouffée d’air parfumé avant une apnée qui s’achèverait par les débauches de la fête de l’équinoxe de printemps.
- Sainte Sagesse, guide mon cœur vers la lumière du Shélam, car je suis celui qui aspire à ta Lumière…
Wocek murmura une longue prière, assis, yeux fermés, sur un banc de bois blanc d’une petite église qu’il avait trouvé sur son chemin. Les festivités s’y résumaient à quelques guirlandes de buis, à des chandelles de suif plus nombreuses qu’à l’habitude, et à un vieux prêtre à l’aube usée qui marmonnait une messe pour une poignée de bigotes. Il était encore tôt, et la grand messe n’aurait lieu que tard dans la soirée. Wocek attira les regards et les murmures lorsqu’il entra en faisant grincer les portes. Le vieil ecclésiastique ne parut le remarquer que lorsque arriva le moment suprême de l’onction des fidèles. Wocek s’avança, front baissé. Ses cheveux retenus en arrière par une épingle, il posa un genou à terre, et reçu sur le front l’onction d’huile sainte qui marquait chaque croyant à la fin du culte.
Lorsqu’il se releva, il croisa le regard du vieux prêtre. Il lui parut familier. Peut-être l’avait-il croisé déjà ? Le vieil homme ânonna une bénédiction rapide et passa au fidèle suivant. Wocek médita quelques instants, front baissé. Les yeux mi-clos, il interrogeait son cœur autant qu’il priait la Sainte Sagesse du Shélam. Pourquoi n’avait-il pas pu arriver à temps pour sauver son ami ? Pourquoi le destin avait-il frappé aussi sûrement ? quelle était la signification de ces rêves ?
En sortant dans la rue, l’inquisiteur avait l’esprit apaisé. Ayant chassé son mal physique aux latrines et son mal moral à l’église, il entreprit de réfléchir posément aux données du problème. Vàmos avait été tué parce qu’il avait découvert quelque chose. Il était très probable qu’il ai fait cette découverte dans le cadre de ses activités. C’était un homme honnête – pour un officier Walton – et qui n’acceptait que des pots-de-vin véniels, pour fermer les yeux sur de petits trafics. Qu’on ait lancé une enquête sur ses activités signifiait nécessairement qu’il gênait quelqu’un par ses découvertes, et qu’on avait cherché à lui faire peur. Si le questeur des douanes, son supérieur hiérarchique, en était la source, c’était par lui qu’il fallait commencer.
Wocek leva les yeux. Le ciel était toujours gris et morne. La journée tirait à sa fin. Trop tard pour aller trouver le questeur. Il décida de rendre une visite à la jeune Lydia. Son estomac commençait à se plaindre de la faim, mais il se contenta d’acheter une pomme à une marchande des quatre saisons. Il voulait encore jeûner jusqu’au lendemain pour purifier ses humeurs.
Arrivé à l’hostel des Vàmos, il s’arrêta pour se regarder dans une flaque de boue située à quelques mètres de la porte. L’eau lui renvoyait une image floue et tordue. Son visage était maussade encore, quoi que moins tourmenté. Il passa la main derrière sa nuque, et détacha ses longs cheveux noirs qui tombèrent en cascade de part et d’autre de sa tête. Il fit une petite moue dubitative en se voyant ainsi. Trente six ans. Cela commençait à faire beaucoup, même pour un clerc. Il se sentait usé parfois, et aujourd’hui plus qu’à son habitude.
« Vanité du corps et de l’apparence… La beauté physique est la plus vaine des vanités ! » Se répéter ce commandement ne le convainquit pas vraiment. Il heurta l’huy de l’hostel Vàmos, en se faisant la remarque que l’aspect de la demeure était encore plus négligé à la lumière du jour qu’il ne lui avait semblé de nuit. La demeure, construite sur deux étages, ressemblait à toutes les maisons bourgeoises de Waltonie, faite d’un rez-de-chaussée en pierres de taille, surmonté d’un colombage de torchis et de boiseries à la mode du Meckland. Les Waltons n’étaient pas de formidables architectes, et partout dans l’Empire on trouvait leurs demeures grossières, encore plus à l’intérieur qu’à l’extérieur.
Wocek entendit des pas qui claquaient sur un sol dur. Une plainte métallique accompagna le tour de clef dans la serrure, et la porte racla le sol en grinçant affreusement. Une vieille servante se tenait là, le regardant d’un œil torve. La pauvre petite femme était aussi voûtée qu’un bossu, et d’un âge si avancé qu’il était impossible à déterminer.
- Nicola Talavrani. Mademoiselle Lydia Vàmos m’attend.
- Comment ?
La vieille feignait la surdité. C’était évident. Elle avait très bien entendu les faibles coups frappés à la porte. Les vantaux n’étaient pas pourvus de panneaux de verre, trop coûteux, mais de corne et de parchemin. Pas moyen pour elle d’épier son arrivée. Wocek songea l’espace d’une seconde qu’il était plus doué pour démasquer les simulateurs que les hérétiques. Il s’apprêtait à hurler une fois encore son nom d’emprunt lorsque Lydia parut, posant une main sur l’épaule de la vieille femme.
|
|
Dernière mise à jour par : Welf le 11/04/04 13:04
|
--------------------
ACHETEZ LE CD BELYSCENDRE!
et puis écoutez ZoC Radio!
et puis lisez mon bd-blog débile!
[/color][/size]
|
|
|
|
Cachée
|
|
The knight in Red

-= Naheulband =-
Inscription le 24-02-04
Messages : 4259
Age : 48 ans
Lieu de résidence : Une autre Galaxie
|
|
|
|
|
Réponse au Sujet 'Wocek, Inquisiteur (dépravé, faillible, thaumaturge et chevelu) I & II' a été posté le : 23/04/04 11:52
|
Wocek a subit quelques désagrements... Mais la Sainte Sagesse lui a aussi offert de bien noires visions pour l'avenir.
A preckt, les manoeuvres politiques continuent. Frygies Szanki tente de contrer les Eltess qui souhaient à la fois rompre la trève contre les Drogols et mettre la comise sur les cités dont les bourgois demandent des chartes de franchise
Prečkt, le matin du même jour
La nuit avait été longue pour Frigyes Szanki. Le Chancelier de Waltonie avait oeuvré dans les alcôves du pouvoir pour trouver une formule de compromis, jouant comme à son habitude sur la désunion des Eltess. Fejès et Benedék se détestaient, fort heureusement, ce qui permettait toujours de les dresser l'un contre l'autre. Lorsque le soleil se leva, les Eltess n'avaient que peu dormi. Après le conseil désastreux, ils avaient regagné leurs appartements. Laissant à Balázs III le soin d'écouter les doléances de son oncle, le chancelier avait choisit d'attaquer le Maréchal des Marches seul. Au début, le grand et belliqueux seigneur de l'ouest l'avait pris de haut. Mais Szanki savait qu'il suffisait d'ignorer les insultes de Fejès pour le déstabiliser. Et pour un homme de l'intelligence du chancelier, démentir calmement les sophismes pompeux de l'arrogant feudataire était un jeu d'enfant.
- En somme, votre Excellence, vous me demandez de sacrifier mes domaines à ces barbares.
- Accepteriez vous une garantie en cas de ravages par trop importants?
- De quelle nature?
L'oeil du Maréchal s'était allumé au mot "compensations". Le chancelier resta volontairement évasif. La couronne pouvait garantir l'intégralité des terres et biens de Fejés, au cas ou les barbares franchiraient en force la frontière. En échange de quoi…
- Tout ce que nous vous demandons est de respecter la trêve, et de cesser les raids sur les Drogols.
- Comment osez-vous insinuer!
La visage gras de Fejés se barra des traits de la fureur. Ses grands sourcils roux encadraient deux yeux clairs menaçants, tandis que les muscles de la mâchoire saillaient. Il se rengorgea pour mieux contempler le chancelier de sa hauteur orgueilleuse, bien qu'il ne le dépassa que de quelques pouces.
- Monseigneur ! Ne partez pas dans un déluge de mots que vous regretteriez. Mes agents m'ont rapporté que des cavaliers de vos compagnies de gens d'armes ont franchi à maintes reprises la frontière depuis ces dernières semaines. Une rupture de la trêve est un crime de haute trahison…
La face de Fejès s'était empourprée, offrant un singulier contraste avec sa crinière rousse. Mais les mots lui restèrent dans la gorge. Le chancelier était calme et déterminé. Il continua sur le même ton.
-Crime qu'il vaut mieux laisser à d'autres. Mais je comprend vos soucis avec le paiement des gens de guerre et les capitaines turbulents. Les contrats d'indenture de vos compagnies à solde vous coûtent cher. Peut être le trésor peut-il vous consentir un prêt que nous pourrions oublier par la suite…
Szanki n'était pas sot au point d'exiger sans contrepartie. Un autre que Féjes aurait mis au défi le chancelier de prouver ses dires. Les rapports de quelques espions roturiers ne pèseraient pas lourd face à la foi jurée du Maréchal des Marches et de ses chevaliers capitaines, prêts à jurer sur le Shélam.
"Combien vais-je lui lâcher… Voyons… Vu le prix des compagnies mercenaires… Ce qu'il reste dans le trésor… Suffisamment pour le calmer, mais pas assez pour régler tous ses problèmes"…
Le chancelier hésita. Féjes se taisait, le regardant avec un mélange de colère et d'envie. Szanki prenant son temps, versa une longue rasade de vin épicé dans le gobelet d'étain de Féjes. Les appartements de ce dernier au palais reflétaient sa mégalomanie et son sophisme: les plus riches ta*******eries criardes d'étoffes coûteuses le disputaient aux étagères chargées d'ouvrages enluminés de grand prix. Ouvrages qu'il citait à toutes occasions, sans pour autant y entendre quoi que ce fut.
-Vingt mille florins, Monseigneur. A percevoir de ce jour d'huy à l'équinoxe. En Thalers de Waltonie, naturellement.
- En échange de quoi ?
- Vous vous tiendrez sur la défensive, et renforcerez vos positions pour le cas d'une guerre à venir. Et vous ne soutiendrez pas de texte visant à menacer les franchises de nos bonnes villes. Le trésor peut faire face aux dépenses si nous maintenons la paix avec les Drogols.
A cette dernière affirmation, Féjes fronça les sourcils d'un air dégoûté. Il baissa légèrement la tête, s'inclinant en signe d'accord. Il murmura néanmoins entre ses dents "le temps viendra de châtier ces bourgeois". La somme était conséquente, mais le thaler Walton était notoirement dévalué en dehors des frontières du Grand Duché où il avait court forcé. Cela empêcherait Féjes de placer l’argent du Potentat dans des compagnies de commerce.
Szanki avait beaucoup promis pendant cette longue nuit, mais aussi beaucoup obtenu. La vieille Izsjàki était la plus coriace. Elle détestait Szanki, car elle savait qu'il était le seul à pouvoir se mesurer à son intelligence et à sa détermination. Elle avait toujours roulé facilement ces hommes balourds, batailleurs ou lâches, qui étaient ses pairs. Mais le chancelier était d'une autre trempe. C'était aussi pour cela que Szanki avait attendu d'avoir réglé le cas Fejès pour s'attaquer à la vieille harpie.
En parcourant les couloirs du palais au petit matin, le chancelier ressentit une intense lassitude. Il avait trop trinqué avec les Eltess pendant la nuit, au court des interminables conversations. Sa bouche était pâteuse, et sa nuque raide et douloureuse. Il prit quelques instants dans son cabinet de travail pour faire ses ablutions et changer de côte hardie. Il étira son corps, long et mince, faisant craquer les articulations de ses épaules.
Szanki était fort maigre, et les physiciens ne lui avaient jamais prédit une longue vie. Son aspect maladif jouait parfois pour lui néanmoins. On s'en méfiait moins. Il avala une poire et quelques morceaux de pain au lait, et s'aspergea la nuque d'eau de rose. En arrangeant son grand cordon par dessus son petit col d'hermine, il eut un mauvais pressentiment. L'image que lui renvoyait le miroir d'acier poli était trouble, comme si une ombre passait dans ses yeux. A ses côtés, son premier clerc tenait une sacoche pleine de chartes et de traités, muet et attentif aux souhaits de son maître, tel un animal de compagnie que l'on ne remarque plus.
-Allons-y! Le pire pour la fin!
-Votre Excellence désire elle que je me tienne prêt ?
-Non… Elle est trop intelligente pour m'agresser de front. Aucun de ses sicaires n'oserait lever la main sur moi en plein palais.
Il prit la sacoche des mains de son clerc, et d'un geste violent, inhabituel chez lui, il renversa le miroir contre le bois du meuble.
--------------------
ACHETEZ LE CD BELYSCENDRE!
et puis écoutez ZoC Radio!
et puis lisez mon bd-blog débile!
[/color][/size]
|
|
|
|
Cachée
|
|
The knight in Red

-= Naheulband =-
Inscription le 24-02-04
Messages : 4259
Age : 48 ans
Lieu de résidence : Une autre Galaxie
|
|
|
|
|
Réponse au Sujet 'Wocek, Inquisiteur (dépravé, faillible, thaumaturge et chevelu) I & II' a été posté le : 24/04/04 18:07
|
Szanki achète les Eltess un à un pour les museler. Comme tous les barons, ils ont besoin d'argent, et le Chancellier musèle l'opposition en assortissant menaces, flatteries et thalers. Mais Ondiliak Benedek, l'oncle du Potentat, est de plus forte stature. Tenu au courant des tractations, il tente une sortie nocturne dans les appartements de Balàzs III......
- A la parfin, mon neveu Lige! Cessez de vous retrancher derrière des traités vidés de leur sens! Vos clercs ont une bien trop mauvaise influence sur vous, et vous rendent sourd au conseils de vos anciens!
Ondiliak Benedek tournait en rond dans le solarium du Potentat, comme une grosse carpe dans un bassin trop étroit. Il donnait de grands coups de botte parfois dans la jonchée de paille qui s'éparpillait sur le sol de pierre. Balázs III tourna la tête vers les vantaux couverts de panneaux de verre, qui donnaient sur le Sud. Le ciel flamboyait, et l'aube du solstice était singulièrement belle. La plus longue nuit était à venir, mais celle qu'il venait de passer avait semblé ne jamais finir. Il devait endurer depuis plus d'une heure les imprécations déchaînées de son oncle, qui se promenait devant lui comme un dindon trop gras. On avait réveillé l'aîné des Kirali en pleine nuit.
"On"? Ses espions bien sûr. Il croyait pouvoir imposer par sa seule autorité l'abrogation de certaines libertés des villes à chartes de franchise. Et forcer les bourgeois à lever un impôt viendrait en partie remplir ses coffres. Il s'était couché confiant, constatant que la position progressiste était minoritaire. Mais le chancelier - toujours ce légiste arrogant - avait une fois encore miné ses projets.
Benedek fulminait. On ne s'était même pas donné la peine de tenter de l'acheter, comme Féjès ou Rozja. Alors il venait prêcher la guerre ! Lui qui la veille s’y opposait presque, il gesticulait maintenant en tous sens, montrant et démontrant que les Drogols étaient parjures à la trêve, et qu’il fallait se hâter de les frapper !
- Mais mon oncle, nous ne pouvons agir sans l’avis de notre ambassadeur. Monseigneur Antalfi est encore en pays Drogol, et les émissaires des barbares doivent arriver ce jour d’huy !
- Et bien qu’ils s’en repartent avec votre gage de bataille et ultimatum !
- Sans même savoir ce que notre ambassadeur aura négocié ?
- Ce coquin d’évêque ? Enfin mon neveu Lige, il est un temps ou les hommes d’église doivent s’effacer devant les hommes de guerre !
Le Potentat s’affaissa sur son grand fauteuil. Il n’aimait pas la guerre. Non pas qu’il y fut lâche, mais il était trop chétif et trop maladroit avec des armes. Pour lui, une campagne se résumerait à rester dans son tref, à écouter les conseils de ses connétables et maîtres de maisons, avant de regarder la bataille de loin.
Balàz III leva les yeux vers son oncle. Il se surpris à soutenir son regard. L’aîné de la famille était gras, huileux, et soufflait comme un bœuf. Ses yeux étaient rouges, son teint jaune, et de petites croûtes sanglantes ornaient la commissure de ses lèvres. Trop de viandes en sauce, pas assez d’air frais. Il avait beau se faire saigner par ses physiciens, la maladie le gagnait chaque jour un peu plus. Seule sa large carcasse et sa robuste constitution le maintenaient debout et lui permettaient encore de nuire à la Waltonie.
- Mon oncle ! Parlez clairement : que voulez-vous pour le Grand Conseil de ce soir ?
- Et bien, mais ! Tout ce dont j’ai toujours soutenu le principe ! Je n’ai pas l’habitude de varier !
Il parut surpris et un peu décontenancé que le Potentat lui demanda de se répéter. Avec un rien de mépris dans la voix, il dressa la liste de ses griefs. D’abord, on devait annoncer aux bourgeois que les négociations sur leurs franchises étaient rompues, en raison de la crise. Ensuite, qu’ils devaient consentir, pour le salut de la Waltonie, à un nouvel impôt. Cette manne serait distribuée parle trésor à ceux des Eltess qui auraient à faire face à l’invasion des Drogols. Et bien sûr, au connétable de Waltonie, afin qu’il prépara les troupes...
- Pour votre plus grande gloire, mon neveu. Et en tant que parent, et non plus sujet, je ne saurais trop vous conseiller de vous débarrasser de ce chancelier rapace, qui j’en suis sur abuse votre confiance, et vole votre trésor.
Son sourire était faux, et ses dents noires et déchaussées le faisaient ressembler à une vieille sorcière. L’odeur qui sortait de sa bouche était insoutenable. Cela faisait des années qu’il voulait la tête de Szanki. Mais il n’y pouvait rien : le jeune chancelier avait été investi par le précédent Potentat, dans les dernières semaines de son règne. En tant qu’aîné de la famille, il pouvait certes contester les décisions de son neveu, mais pas celles d’un mort qui avait été son aîné.
Le Potentat tenait beaucoup à son chancelier, le seul homme en qui il eut confiance. Non pas qu’il se berça d’illusions sur l’honnêteté ou la probité de Szanki – en Waltonie, tout le monde prêtait le flanc à la corruption – mais au moins il le savait tout entier dévoué à la Waltonie.
- Très bien, mon oncle. Nous allons réfléchir à ces propositions et vous ferons connaître notre décision tantôt.
Le gros Bénédek se retira sans esquisser la moindre révérence. Il était sur d’avoir partie gagnée.
--------------------
ACHETEZ LE CD BELYSCENDRE!
et puis écoutez ZoC Radio!
et puis lisez mon bd-blog débile!
[/color][/size]
|
|
|
|
Cachée
|
|
|
The knight in Red

-= Naheulband =-
Inscription le 24-02-04
Messages : 4259
Age : 48 ans
Lieu de résidence : Une autre Galaxie
|
|
|
|
|
Le Chancelier et la Harpie a été posté le : 03/10/04 09:06
|
Héhé voici la suite, Oph'. J'avais raté ton post d'août, mais en ce moment j'ai plein de pages en relecture...
Résumé des épisodes précédents:
Hum... Autant tout relire, pas vrai? 
Je vais tenter de publier la suite plus souvent, promis...
- Prenez un siège, Messire Chancelier. Vous êtes fort pâle. Une pâte de fruit ? Votre nuit fut longue ?
- Merci. Vous êtes bien aimable, Votre Grâce.
Le chancelier frissonna. C’était quand elle s’efforçait de jouer le personnage de la grand-mère bienveillante que la vieille Izsjàki était la plus dangereuse. Il prit une friandise sur le plat d’argent ciselé, en se demandant si elles n’étaient pas empoisonnées. Les appartements étaient bien gardés. De part et d’autre de la porte, dedans et dehors, deux gardes en côte de maille se tenaient immobiles, appuyés sur une large épée à deux mains. Leur regard était aussi fixe que menaçant. Sur les côtes hardies qui recouvraient la maille, on lisait le blason Izsjàki. Sinople à trois pals d’azur au chef losangé de blanc et pourpre.
- Bien, Monseigneur le Chancelier ne me fait pas l’honneur de sa présence matinale dans le seul but de goûter les meilleurs produits de mes domaine je pense… Un peu de vin épicé ?
- En effet, j’ai à parler politique, comme toujours… Non, merci, pas de vin. Ou alors juste le fond d’un verre. Ils sont magnifiques.
- Verreries des Elfes… Ils sont vraiment sans pareil pour le travail de cette matière.
Ils échangèrent un toast, les deux verres de cristal fin tintant tandis qu’ils se disaient mutuellement et sans aucune conviction « pax vobiscum ». Szanki fut encore envahi par cette lassitude qu’il ressentait de plus en plus souvent, et qui s’accompagnait d’une douleur lancinante dans sa poitrine. Pourquoi ne pas jouer carte sur table ? De toute façon, pensa-il, vu le manque de sommeil et l’excès de boisson, il risquait de s’emmêler dans ses habituelles subtilités.
- Votre Grâce ne m’aime pas beaucoup. Et je sais que vous savez fort bien que cela est un sentiment qui n’est pas forcément unilatéral.
- La belle formule que voilà, Monsieur le Chancelier ! De toute façon, vous ne semblez « aimer » aucun des Eltess… Et de tous, je suis celle qui a le meilleur réseau d’espions.
- Et la seule qui ait une cervelle à la mesure de ses ambitions. Oui.
- En somme, la haine entre nous prend forme de respect, car vous êtes bien le seul homme que j’affronte et qui me tient tête avec autre chose que des muscles.
Szanki ricana. Il regarda le regard incroyablement vif et jeune de cette petite vieille voûtée, portant toujours les couleurs du deuil pour quelque parent éloigné, ainsi que le font machinalement les vieilles femmes de quelque age, étant toujours certaines d’avoir quelqu’un à pleurer. Et puis chez elle tout partait d’un calcul et son apparence sombre devait inspirer crainte et respect.
- Mais assez de flagorneries, Monsieur le Chancelier. Venons-en au but.
- Certes. Et mon but aujourd’hui est de faire échouer les machinations grossières de Bénédek et de ses alliés de circonstance. Et je comprend pas pourquoi vous les soutenez, si ce n’est pour…
- Vous faire obstacle ?
- Faire obstruction aux justes politiques du Potentat !
Elle ricana, de ce petit rire acide et froid que certains attribuent aux sorcières. Elle jouait machinalement avec une chaîne d’argent qui pendait à son cou, terminée par un gros cristal d’améthyste à peine taillé. Une amulette aux quelconques propriétés magiques sans doute, pensa Szanki. Le Chancelier n’aimait pas avoir recours aux arts sombres, mais comme tout personnage de haut rang, il possédait quelques babioles magiques, pour assurer sa protection.
- Allons, Monsieur le Chancelier. Vous régnez presque sine consensu regis… Lorsque vous soumettez vos décisions à Balàz III, ce n’est que procédure de pure forme. Il est si sot !
- Détrompez-vous. Faible est parfois mon maître, je le concède. Mais Sa Majesté n’est nullement sot.
- Soit, il est différent de ces hauts barons qui empoisonnent le pays. Mais vous n’avez malheureusement que peu connu son père.
- Je lui dois ma charge.
- Le vieil Alajos était un homme, un vrai. Le seul que j’ai connu qui jamais sut conjuguer force brute et intelligence raffinée. Mais vous… Vous êtes un mystère pour moi. Quel est votre but ?
- Vous en doutez encore, Votre Grâce ? Mon but est la Waltonie.
- Balázs III ?
- Non. Le Shélam me pardonne, mais lui ou un autre, peu m’importe. L’idéal à mon avis serait un état sans couronne. Une administration toute puissante. Clercs et officiers à charge administreraient le pays.
- Et les Eltess ? Vous voulez nous abattre sans doute. Mais nos vieilles coutumes ?
- Lesquelles, Vôtre Grâce ?
Il eut un geste de mépris, et repoussa son gobelet devant lui comme si par ce geste il pouvait mettre de côté tout ce dont il avait horreur.
- Nos coutumes d’anciens barbares que nous nous efforçons de gommer chaque jour qui passe ? Ou les coutumes des Grands Duchés du Sud, que nous singeons de manière grotesque ?
Elle ricana. Perdus dans le Nord de la Waltonie, ses domaines avaient toujours plus ressentit l’influence de la civilisation du Grand Conseil Elfique plutôt que celle du Meckland et de l’Empire du Shélam.
- Oui, je vois. Vous voudriez détacher la Waltonie de l’Empire, comme jadis l’Elentéar fit sécession.
-L’Empire importe peu… Je respecte Lothar IV, qui est un bon Lieutenant Général de l’Empire et un homme pragmatique. Mais c’est une coquille vide que sa charge. Le siège qu’il occupe n’est qu’un anachronisme. Son faudesteuil d’argent est si petit à côté du grand trône d’or inoccupé… Et jamais un nouvel Empereur ne sera élu. L’Empire ne signifie plus rien ! L’avenir est à l’Etat. Aux Etats. Seule l’Eglise tient à bouts de bras l’idée impériale tout en la repoussant. Parce que l’Empire uni, c’est la religion unie, et parce qu’un Empereur serait trop dangereux pour l’Eglise. Mais les Etats sont au-dessus de tout cela.
- Quel concept vague ! On vous croirait venu ici pour parler philosophie et réthorique, Monsieur le Chancelier. Et non politique.
Il prit distraitement une autre pâte de fruit, et s’essuya les doigts dans le velours de sa côte. Il se fit la réflexion qu’il n’était qu’un barbare comme les autres.
- Assez tourné autour du pot, madame. Qu’avez-vous donc à gagner à soutenir Bénédek et Féjès ?
- Mais… Rien du tout, je vous l’accorde. Et puis vous avez déjà acheté Fejès.
- Les nouvelles vont vite, décidément dans ce palais !
- Plus encore que vous ne le croyez !
Elle versa un peu de vin épicé. A la différence des autres femmes de la cour, elle buvait du vin rouge, presque noir. Pas de petit vin blanc frais d’Egrenz à la saveur sucrée pour elle, mais du meilleur des crus de Mélondre. Noirs comme la mort.
- Si je soutiens Féjes, un impôt sera levé sur les villes. Et cela sèmera un trouble infernal dans les ports de la côte. Mais pas dans mes domaines. Mes villes, je les tiens bien en main. Mes bourgeois me craignent, mais je leur laisse la bride sur le col. Je tire juste un peu de temps en temps. Trop les presser serait mauvais pour le commerce. Pas assez ce serait aider la sédition. Et puis… une guerre contre les Drogols ne se passerait pas dans mes domaines. Si ces gros pourceaux s’affaiblissent, j’en gagnerai de plus forts bénéfices.
- Mais le commerce pâtirait de la guerre. Et vos revenus chuteraient.
Un tintement cristallin emplit la pièce. La vieille Izsjàki avait emmenée de ses domaines une horloge elfique à eau. Des alambics de cristal compliqués laissaient perler goutte à goutte une eau teintée de turquoise. De subtils mécanismes, eux aussi en verre, faisaient tinter et chanter le verre quand passaient les heures.
- Elle est très belle, c’est-ce pas ? Je comptais en faire cadeau à notre bien aimé Potentat… Un jouet pour un enfant !
Son ton était méprisant à loisir. Il prit une longue inspiration, son visage marqué par le regret. Il aurait aimé avoir un maître plus capable, plus décidé.
- Pendant les débats d’hier, vous sembliez farouchement opposée à ces vieux barbons stupides pourtant, votre Grâce.
- Certes, mais ils m’ont promis beaucoup. Des troupes à solde pour renforcer mes places, et de solides garanties financières.
- Benedek aime dépenser l’argent qui n’est pas encore dans ses coffres. Il est aussi dans leur intérêt de déclencher une guerre contre les Elfes.
Elle opina. Bien sur, la situation était toujours tendue entre les Elfes et la Waltonie. Les Hauts Elfes du Grand Conseil ne toléraient pas facilement l’avancée lente et inexorable des colons humains qui défrichaient leurs belles forêts. Le climat était plus doux, plus chaud et plus propice à l’agriculture à mesure que l’on s’enfonçait dans leurs domaines, plus au nord. Pourtant la dernière guerre remontait à plus de vingt ans, et les relations s’étaient améliorées.
- Je ne veux pas attaquer mes voisins aux grandes oreilles. Et si je pousse toujours quelques colons par principe, c’est pour avoir de quoi céder pendant les négociations. Je joue les outragées, je jure sur le Shélam n’avoir pas été au courant de l’incursion de ces drôles… Je mets la commise sur leurs terres, et je les rend aux Elfes… Enfin presque toutes.
Szanki sourit malgré lui. D’un beau sourire qui lui était fort inhabituel. Elle parlait de tout cela d’un ton si badin… Il se doutait que les Elfes étaient conscients de la machination… Mais dans la haute politique, aucun coup bas n’était trop fort.
- Et puis ils ont trop besoin de me vendre leurs verreries. Les Elfes sont aussi rapaces que les hommes quand il s’agit de commerce. Il n’y a guère que les Nains, parait-il, pour nous en apprendre. Et puis vous savez que le Grand Conseil est agité par des séditions féodales et par des escarmouches contre les Drows.
- J’en ai eut vent.
Il resta songeur quelques instants. Le parti de Celulindë avait prit récemment la place forte de Tinil-Galdor. Les barons elfes ligués derrière les seigneurs de l’ouest affrontaient des troupes du parti Elvawyn depuis trois années. Mais ce n’étaient que petites batailles sans grande influence sur la paix intérieure. Querelles de nobles, vidées entre nobles. Les Elfes savaient limiter la guerre sur leurs domaines, et le Grand Conseil surveillait et réglementait sévèrement ces soulèvements féodaux. Où ailleurs que chez les Hauts Elfes pouvait-on assister à pareil spectacle ?
- Je vois. Et je comprends ce que va me coûter votre soutien, Votre Grâce. Tout cela pour en arriver à une vile question d’argent !
Il ricana. Elle hocha la tête avec un petit sourire sardonique. Ses yeux se plissèrent, et Szanki eut un léger frisson, en même temps qu’une certitude. Ce devait être une sorcière. Une magicienne puissante. Il sentait « quelque chose » émaner d’elle. Ah, s’il pouvait la faire brûler ! Mais tous les nobles s’adonnaient à la Magie. Qui avait-il de mal à cela ? Lui-même y touchait un peu. Mais les arts interdits de la nécromancie et les cultes démoniaques… C’était un autre problème. Et rien ne disait qu’elle les pratiqua.
- Vous percevez… enfin notre bien aimé Potentat perçoit pour l’heure un tonlieu d’un demi-thaler par florin de verre elfe qui quitte mes domaines. Je n’en veux n’en plus payer que la moitié. Et ne verser le total qu’une fois l’an.
- Et dans l’intervalle placer les sommes dans les compagnies de banque et de commerce d’Appian… Pour pouvoir nous payer en thalers dévalués… Je comprends bien ! Savez-vous ce que cela coûterait à la couronne ?
Elle opina de la tête. Plus de cent mille florins seraient perdus par an. En échange d’une voix au Grand Conseil, c’était cher payé. En outre, abaisser ainsi une taxe qui ne frappait qu’elle soulèverait un tonnerre de protestations.
- Vos coffres sont vides, monsieur le Chancelier. Les rentes et revenus des domaines du Potentat ont été plus mauvais que jamais cette année. Et la corruption de votre administration prélève un lourd tribut sur le total. Malgré tous les Podárs que vous avez fait rouer !
L’honnêteté des ses agents, Szanki le savait, dépendait à la fois de la terreur qu’il leur inspirait que des traitements qu’il leur baillait. Comme beaucoup affermaient leurs charges, il taxaient lourdement les paysans pauvres, mais ne reversaient pas toujours le quart au trésor. Les enquêtes des questeurs étaient longues et aléatoires, et eux-mêmes se pouvaient corrompre. Il adressa un regard interloqué à la vieille harpie.
-Et vous me demandez de les vider encore ? Peste ! Le bel argument, Votre Grâce !
-Pas si je vous verse la somme d’avance pour l’année, la différence étant régularisée au prochain solstice. Avec l’accroissement régulier du commerce, vous ne courrez guère de risque.
C’était tentant. Le tonlieu était un des impôts les plus profitables, mais les plus compliqués à percevoir. Les marchands qui le payaient étaient furieux. Les Eltess qui le percevaient en touchaient une part, mais la plus grande partie allait au Potentat. L’Eglise prélevait ensuite une dîme d’un trentième, et un centième allait au Lieutenant Général de l’Empire. Mais le plus compliqué était toujours de calculer le tonlieu. Taxe sur les halages, portages et transports des marchandises, elle dépendait du bon contrôle du trafic par des officiers souvent corrompus.
Se faire bailler une large somme garantie en début d’année serait un gros avantage, qui compenserait la perte de la baisse de l’impôt. S’il était plus léger, les marchands seraient moins tentés de corrompre les officiers pour ne plus le payer. Et on pourrait emprunter sur la somme aux compagnies de banque et de commerce. Szanki faisait ses calculs rapidement. Le tonlieu de l’année échue ne rentrerait – au mieux – qu’avec six mois de retard. Pour les domaines de la vieille Izsjàki, cela représentait environ trois cent mille florins, les deux tiers sur le commerce du verre des Elfes, qui inondait tout l’Empire. En outre, l’impôt était généralement perçu sur le prix d’achat, et non sur le prix de revente. Faire baisser le coût ferait donc chuter les revenus des autres chancelleries. La vieille contrôlait une partie du trafic directement par l’intermédiaire d’une puissante compagnie de commerce.
Avec l’argent économisé, elle pourrait rendre les routes plus sûres, augmenter les volumes, et ainsi en quelques années le revenu reviendrait au même. Avec le bénéfice de percevoir l’impôt d’un coup en début d’année. Le Grand Argentier Rajmond Latzin lui ferait sans doute une scène d’hystérie, et jêterais échéquier de compte, plumes et parchemins. Mais il se rangerait aux instructions de son maître, comme toujours. Et pour le Potentat, ce serait facile.
- Mais disposez-vous d’une telle somme ?
- Pour partie. Le reste sera emprunté chez des banquiers et orfèvres. Mais je me fais fort de vous payer le tiers en or, sonnant et trébuchant, si vous produisez ces ordonnances signées pour ce soir.
- Diantre !
- C’est ainsi.
- D’accord. Mais je ne règne pas sine consensu regis comme vous dîtes. Je dois avoir l’aval du souverain.
[...] To be bontinued bientôt, j'ai plein de pages en court de relecture.
Welf, CSPC 
ps pour Oph': bientôt, des buchers, plein de buchers... Comment? "Arrête avec tes Spoilers?" J'ai pas dit qui allait les allumer...
|
|
Dernière mise à jour par : Welf le 03/10/04 09:16
|
--------------------
ACHETEZ LE CD BELYSCENDRE!
et puis écoutez ZoC Radio!
et puis lisez mon bd-blog débile!
[/color][/size]
|
|
|
|
Cachée
|
|
The knight in Red

-= Naheulband =-
Inscription le 24-02-04
Messages : 4259
Age : 48 ans
Lieu de résidence : Une autre Galaxie
|
|
|
|
|
Réponse au Sujet 'Wocek, Inquisiteur (dépravé, faillible, thaumaturge et chevelu) I & II' a été posté le : 24/10/04 02:02
|
Les affaires de la Waltonie ne se tranchent pas qu'au palais du Mont Fodor, et il est temps de faire entrer en scène un personnage dont on parle depuis longtemps, et l'institution qui le sert...
Szent Luidwalt Palota, Preckt
Vilmos Nangeï, tassé dans son fauteuil, écoutait les rapports de ses agents. L’habituelle séance du soir avait été remplacée par une audition matinale extraordinaire. Le Grand Inquisiteur de Waltonie se devait de paraitre aux festivités du solstice et au Grand Conseil, parmi les pairs ecclésiastiques de Waltonie.
Membre du puissant ordre de Saint Luidwalt, abbé pendant de nombreuses années, Nangeï était un personnage intelligent, cultivé, et issu d’une ancienne et puissante famille apparentée au clan Kirali. C’était un homme de pouvoir, mais aussi un homme de foi. Inquisiteur implacable, il était d’une droiture irréprochable, et ne connaissait aucune pitié.
Fronçant les sourcils, il écoutait en hochant légèrement la tête ses clercs lui présenter les rapports d’affaires courantes, les pétitions, les appels des procès, les demandes d’enquêtes et les dénonciations. Le palais de Saint Ludwalt était une grande battisse située en plein cœur de la vieille ville. Haut, carré, percé de rares fenêtres, il s’apparentait plus à un donjon qu’à une résidence d’apparat. A la fois centre des offices de l’Inquisition, résidence privée du Grand Inquisiteur et prison pour les hérétiques, le palais inspirait crainte et méfiance, bien au delà des murs de Preckt.
Dans une des grandes salles du rez de chaussée siégeait en permanence le tribunal du Grand Inquisiteur, qui ne chômait pas en ces temps troublés où l’hérésie, la nécromancie et le démonisme allaient grandissant dans les terres du Shélam. C’était en tous cas l’opinion du Grand Inquisiteur.
-Item, votre Excellence, une pétition de bourgeois de la bonne ville de Matkô, qui soupçonnent le Podár local d’être un sorcier adorateur des démons.
-Nous avons un tribunal qui part pour les terres de Gergely Fejès, n’est-ce pas ?
-Oui, votre Excellence. Fejès lui-même a demandé la présence de l’Inquisition sur ses terres, pour faire face à la recrudescence de la sorcellerie liée selon lui aux Drogols.
Nangeï joignit ses mains, et y posa son menton. Il fronça encore un peu plus les sourcils, ses yeux noirs se faisant particulièrement menaçants.
-Ce mauvais sujet compte surtout sur l’Inquisition pour faire saisir les biens d’hérétiques dont la vente lui rapportera une part non négligeable en tant que suzerain. Sans compter les tracasseries que nous pourrions faire aux officiers du Potentat. Je ne serais pas étonné qu’il soit derrière cette pétition, ayant demandé à ses bourgeois de nous l’envoyer en échange de quelque exemption de taille ou de tonlieu.
-Votre Excellence ?
Le clerc, la plume levée, attendait que le Grand Inquisiteur précise sa pensée. Nangeï ferma les yeux quelques instants, et récita intérieurement une rapide prière à Saint Luidwalt. S’il l’avait pu, il aurait fait griller nombre de ces princes séculiers pour leur apprendre le respect des commandements et de l’Eglise. Il ouvrit les yeux, se redressa, et tambourina sur la table avec son anneau sigillaire.
-Qui devait partir pour Matkô ? Frère Ede de Kartäl ?
-Certes, votre Excellence. Il s’en revient d’une campagne contre les lycanthropes dans les marches de l’Est.
-Laissons-le prendre repos avant que de l’envoyer ailleurs.
Nangeï fit tourner son calame sur la tablette de cire qu’il utilisait pour prendre des notes en réunion. Un petit puit s’y forma, dévoilant la blancheur du bois de hêtre. Pour surveiller Fejès, il lui fallait un homme rompu aux intrigues, et pas un combattant comme Ede de Kartäl.
-Le révérend père Rafael Istelsku. Il sera parfait je crois. Nous lui signerons ses lettres de créance, et vous ferez établir un ordre de mission lui recommandant la plus grande vigilance contre Gergely Fejès. Vous lui adjoindrez frère Igniacio de Calatrava. Bien. Assez de pétitions pour aujourd’hui. Passons maintenant à nos propres doléances. Les lettres pour le Grand Conseil sont-elles prêtes ?
-Certes, votre Excellence.
Frère Pistuka, premier clerc et inquisiteur titulaire, tendit à Nangeï un rouleau de parchemins d’où pendait un gros sceau de cire violette.
-Ainsi que vous l’aviez ordonné, votre Excellence, il est fait proclamation de la grande déprédation qui assaille la Waltonie en ces jours de solstice. Sabbats et cultes démoniaques fleurissent partout, et l’Inquisition demande solennellement au bras séculier une aide plus forte pour frapper ceux qui se rendent complices des hérétiques et des forces infernales…
Nangeï parcourait rapidement la proclamation avec une moue approbative. La deuxième partie du capitulaire reprenait les termes d’un accord qu’il avait passé avec le Potentat, ou plutôt avec son Chancelier. La Chancellerie de Waltonie et l’Inquisition entendaient dorénavant coordonner leurs efforts dans toutes les affaires d’hérésie, de nécromancie et de démonisme. Szanki avait cedé à la sempiternelle querelle du droit de justice, en échange d’une compensation financière.
L’Inquisition, riche des dons et saisies, ferait un versement annuel aux caisses du Potentat en échange des services de la Chancellerie. L’accord était mutuellement avantageux, car le nombre de poursuites promettait de monter en flèche. Par ailleurs, Szanki, même s’il souhaitait laisser le plus de liberté possible aux bourgeois des villes et aux négociants du grand commerce, était également préoccupé par la propagation des cultes démoniaques et des sociétés secrètes.
Non pas que Szanki fut un bon croyant, Nangeï le savait très bien. Mais ces sociétés secrètes menaçaient l’unité de la Waltonie et l’autorité sacrée du Potentat. L’alliance avec le Grand Inquisiteur tirait un trait sur des décennies de tracasseries à propos du droit de l’un ou l’autre à mettre la commise sur tel ou tel coupable ou suspect. Bien souvent, les nécromants, sorciers et adorateurs des démons, non contents d’être coupables d’affreuses offenses devant le Shélam, étaient aussi fraudeurs à l’impôt, faux monnayeurs, propagateurs de sédition…
-Ils signeront. Ce soir, nous aurons enfin les mains libres pour purger ce pays !
Nangeï sourit. Une lueur froide brillait dans ses yeux noirs. Il serra le poing gauche, comme s’il étouffait dans sa paume tout le Mal qui pouvait affliger la Waltonie. Ou l’idée qu’il se faisait de ce Mal en tous cas.
-Votre Excellence. Je sais que cela n’a pas trait à nos conversations mais… Il y a ici un rapport d’un de nos agents.
-Vite ! Nous devons nous rendre à la grand messe du solstice.
-Certes… C’est à propos du révérend inquisiteur Jagelon Miklos Wocek…
Les sourcils de Nangeï se froncèrent. Avant que frère Pistuka eut fini sa phrase, le Grand Inquisiteur avait tendu la main en direction du clerc qui, à sa droite, notait les minutes de la conférence du jour. Il leva la paume, sans même le regarder, pour lui faire signe d’arrêter.
-Continuez, frère.
-Notre agent à Lemnovo confirme qu’il a quitté la ville. Malheureusement, il n’a pu s’enquérir de sa destination. Il avait apparemment assumé l’identité d’un marchand d’Appian.
-De quand date ce message ?
-Le trentième jour de novembre.
Nangeï ne répondit pas. Il demeura silencieux quelques instants, la tête dans le creux des mains. Il voulait la tête de Wocek. Autant parce que c’était un dépravé rebelle à la hiérarchie que pour… Raison personnelles. Il s’était parfois demandé si ce n’était point par jalousie. Pourquoi le Shélam avait-il bénit un être pareil ? Mais à chaque fois, l’examen de conscience auquel de livrait le Grand Inquisiteur lui conseillait de mettre un terme aux agissements de ce mauvais exemple pour la société.
Quelles que fussent ses qualités, et Nangeï les reconnaissait, Wocek ne devait plus être Inquisiteur. Pour ses crimes, commis à l’encontre de la doctrine et contre… L’honneur du Grand Inquisiteur, il hésitait fréquemment entre le bûché et la réclusion en monastère. Si on laissait croire à tout un chacun que l’on pouvait violer les commandements de l’Eglise et être néanmoins bénit par le Shélam, qu’adviendrait-il ? En outre, il ne pouvait étaler sur la place publique les raisons personnelles de sa vengeance, et cela ne l’en rendait que plus déterminé et fanatique pour châtier les pêchers plus « publics » de Wocek.
-Il est toujours sous le coup d’une suspension de sa charge, et d’une instruction par notre tribunal. Si L’Ordre de Saint Stanislas ne nous l’avait pas « soustrait »… Faîtes passer à toutes les commanderies de l’Inquisition un ordre d’arrestation, en requérant le pouvoir séculier si nécessaire pour s’assurer manu militari de sa personne.
-Votre Excellence ?
Nangeï frappa violemment du poing sur la table. Il n’avait pas l’habitude qu’on le contredise, ni même que l’on hésita face à un ordre.
-J’ai dis ! Couvert de chaînes s’il résiste ! Transmettez son signalement. Il peut se trouver n’importe ou dans l’Empire. Même ici en Waltonie. Affaire close.
Il fit un petit signe en direction du clerc greffier, pour qu’il reprenne les minutes. Nangeï tourna la tête vers la bougie des heures. Il ne restait plus beaucoup de temps avant la grand messe.
Fin de l'intermède inquisitoral...
--------------------
ACHETEZ LE CD BELYSCENDRE!
et puis écoutez ZoC Radio!
et puis lisez mon bd-blog débile!
[/color][/size]
|
|
|
|
Cachée
|
|
The knight in Red

-= Naheulband =-
Inscription le 24-02-04
Messages : 4259
Age : 48 ans
Lieu de résidence : Une autre Galaxie
|
|
|
|
|
Réponse au Sujet 'Wocek, Inquisiteur (dépravé, faillible, thaumaturge et chevelu) I & II' a été posté le : 01/11/04 10:55
|
Loin des préocupations de la cour, loin des intrigues de la capitale, Wocek flane toujours dans Warzeg. Il se laisse porter par les festivités du solstice, avec un brin de mélancolie dans le coeur
Vàrzeg, le soir du solstice
La ville s’était finalement plongée dans la fête. Non sans quelque mal. L’humeur générale était maussade, et Wocek qui se promenait dans les rues sentait bien que jovialité, débauche et réjouissances étaient forcées. Chaque quartier avait organisé des réjouissances pour les solstice, et les maîtres des corporations, habillés aux couleurs de leurs guildes, faisaient fonction de maîtres des festivités, dispensant offrandes, nourriture et breloques.
D’immenses tables sur tréteaux avaient été dressées dans les rues, et des bals s’organisaient au son des violes et des fifres. En descendant vers le port, Wocek finit par croiser ce qu’il cherchait, le cortège officiel. La procession se rendait aux différentes églises de la ville, portant les statues des saints précédées par une immense bannière blanche marquée d’une main Shéladime. Des hérauts d’armes en grandes tenues portaient les armes de la Waltonie, de l’Empire et de Vàrzeg, tandis que les grands maîtres des corporations portaient les bannières des guildes des artisans, marchands et navigateurs.
En tête, chevauchaient deux hommes, un ecclésiastique et un laïc. Le prêtre, portant mitre et crosse, était monté sur une haquenée blanche, caparaçonnée du même vert que sa robe d’évêque. Wocek ne connaissait Monseigneur Sandor Eleki que de nom. Il l’avait croisé quand ce dernier n’était que chanoine de l’église cathédrale de Vàrzeg, vers laquelle la procession cheminait. A ses côtés, le symbole de l’autorité du Potentat, le Podár. Vêtu d’un bliaud à l’ancienne mode de velours bleu aux armes de la Waltonie, il tenait une épée de justice à large lame, dont la garde d’or incrustée de pierreries étincelait aux lumières des torches. Le regard grave, il montait un palefroi couleur cendre, au port aussi altier que celui de son maître. Le chef couvert par un chapel de menu vair duquel pendait une médaille en or, l’officier représentant du Potentat échangeait parfois de brefs mots avec l’évêque.
Wocek se fit la réflexion qu’il n’y avait là que le représentant de l’église séculière. L’abbé de l’ordre régulier de Saint Bertam aurait du chevaucher avec le séculier et le laïc. Pourquoi une telle absence ? Wocek repensa à Lemnovo, à son ami Léonide, abbé de Saint Stanislas, et aux querelles interminables avec l’évêque et le boyardim représentant le Grand Duc baldave.
La situation était la même partout dans l’Empire. L’église divisée, le pouvoir central qui s’affermissait, et toujours, derrière, la cohorte des féodaux et des bourgeois. Comme ce soir la procession. « Et tout autour, le sel de la terre, le peuple ». Wocek pensa à ces pauvres gens ballottés au gré de conflits d’intérêts, entre les puissants. « Les pasteurs devront rendre des comptes devant le Shélam ». Il frissonna. Il était un de ces « pasteurs » après tout. Remplissait-il bien son office ? L’exemple qu’il donnait n’était pas toujours en accord avec la morale et les bonnes mœurs. Devait-il se corriger ? Devait-il s’amender ?
Une ribaude le bouscula. Occupée à racoler les dizainiers du guet qui escortaient la procession, elle n’avait pas remarqué Wocek, et trébucha pour tomber dans ses bras.
- Décidément !
- Pardon ? Oh ! Mais tu sais que tu es mignon, toi ! Pour un thaler, tu sais, tu pourrais…
- Non, merci gente dame. Mais… Attendez.
Il remit la ribaude sur ses pieds, et fouilla dans son escarcelle. Il tenait sa bourse serrée sous ses vêtements, car pareilles processions étaient les endroits rêvés pour les tire-laine et autres coupe-jarret.
- Ce thaler du Meckland peut être à vous, en échange d’une question.
Les yeux de la donzelle brillèrent devant la lourde pièce ternie. Avec le bruit ambiant, Wocek devait élever la voix, et se pencher à l’oreille de la ribaude, où il respirait un désagréable parfum de sueur, de fard et de gentiane mêlés.
- Connais-tu cet homme ? Celui qui porte les tatouages d’officier d’Etat aux bras ?
- Le grand gaillard en côte rouge ? Pour sur ! C’est le questeur des douanes ! Un chaud lapin ! Il vient souvent nous voir. Sa femme est boiteuse et laide !
Elle débita quelques insanités sans intérêt sur les prouesses du questeur, ponctuant son discours de clins d’œil appuyés. Wocek en eut vite assez, et lui fourra la pièce dans la main avant de s’en aller dans la foule. Il correspondait à la description qu’en avait fait Lydia.
En Waltonie, les officiers d’Etat, qu’ils fussent Podárs, questeurs, baillis ou autres, portaient des tatouages qui évoluaient avec leurs fonctions. C’était, avec le sceau et la lettre de créance, une des multiples façons de les identifier. Un héritage des tribus barbares, où les chefs des tribus et leurs proches étaient pareillement tatoués. L’usage s’était perdu, et peu de nobles continuaient à se soumettre à cette pratique douloureuse et qui engendrait de fréquentes infections.
Les tatoueurs patentés par lettre de la Chancellerie exécutaient de véritables ouvrages d’art aux motifs très complexes, que les meilleurs faussaires avaient du mal à reproduire. On disait parfois que la magie était en employée pour assurer l’authenticité de ces tatouages.
Zimeo Balinti correspondait à l’idée que Wocek se faisait des petits officiers de l’administration waltone. Bien peu de choses les distinguaient des truands et trafiquants contre lesquels ils étaient censés lutter, si ce n’était des attributs de pouvoir particuliers et une arrogance démonstrative. Les hors-la-loi préféraient d’ordinaire passer inaperçu, tandis que ces détenteurs d’un infime pouvoir préféraient se montrer et faire savoir à tous qu’ils étaient les dépositaires orgueilleux d’une miette de pouvoir sacré.
Pouvoir qu’ils monnayaient au mieux dans l’atmosphère de corruption ambiante si caractéristique du pays. « Si un tel homme a fait ouvrir une enquête contre Péter, ce n’est pas de son seul chef ». Il doit y avoir autre chose ». Wocek en était convaincu, lorsqu’il analysait le regard veule, les traits marqués par la boisson, les yeux rapprochés et le front bas, signes évidents d’une intelligence très en dessous de la moyenne.
Le cortège arriva sur le parvis de l’église cathédrale. L’imposante statue de Saint Bertam, un des grands évangélisateurs de la Waltonie et le saint patron de Vàrzeg, avait été décorée de rubans, de guirlandes de fleurs de soie et parée d’une couronne de lauriers d’or. Le groupe des chanoines de la cathédrale se tenait sur le parvis, portant leurs plus beaux habits. L’un d’eux balançait mollement un grand encensoir dont la fumée blanche s’éparpillait en volutes dans la foule. L’évêque et le Podár mirent pied à terre, dans un beau mouvement coordonné.
L’officier du Potentat mit un genou à terre, et inclina la tête pour recevoir la bénédiction de la Sainte Eglise. Ceci fait, les deux hommes se donnèrent l’accolade, et les cris de la foule redoublèrent. Une petite fille en habits de soie blanche apporta aux deux hommes un grand panier d'osier chargé de galuska, les petites brioches aux amandes et aux raisins secs que les Waltons consommaient les jours de fête. Les deux hommes prirent chacun un petit pain, le rompirent, et échangèrent leurs moitiés l’un avec l’autre.
Le cortège put enfin entrer dans la cathédrale, pour la grand messe du soir du solstice. Officiers, prêtres, nobles, riches négociants et maîtres des corporations étaient seuls autorisés à entrer dans la nef, mais les portes resteraient ouvertes pendant l’office pour que la forte musique et les saintes paroles parviennent aux oreilles des fidèles. Wocek, jouant des coudes, parvint jusqu’au cordon des dizainiers qui contenaient la foule. Il voulut le franchir, mais l’un d’eux, un rude gaillard portant broigne et chapeau de fer, lui mit la main sur le corps.
-Hé ! Toi ! La messe est réservée aux nobles gens !
Wocek, sans un mot, ouvrit la cape qu’il maintenait close par une fibule. Son pourpoint richement brodé apparut, décoré et perles et cousu d’or. La main gauche sur le pommeau de son épée, il tendit du bout du gant de cuir rouge un thaler au garde, en s’inclinant poliment.
-Je suis Nicola Talavrani, marchand d’Appian et représentant de la Guilde des Cinq Nefs. Je suis navré mais des affaires urgentes m’ont fait manquer la procession.
Son autorité, son apparence, son mauvais accent et son pot-de-vin furent plus que suffisants pour que le dizainier méfiant lui fit signe de passer. Ce simple soldat ne voulait pas d’ennuis avec les puissants, et une lourde pièce d’argent du Meckland lui permettrait de fêter dignement le solstice avec ses camarades sans avoir à endurer les habituelles plaintes de sa femme lorsqu’il buvait sa solde.
Enlevant, comme d’usage, son gant droit, Wocek ferma le poing et porta la main à sa ceinture, pour que son seau à fleuron étincela à la vue de tous. Sans dire un mot, il se joignit au groupe des marchands étrangers, dont plusieurs s’inclinèrent poliment à son approche.
« Au moins, grâce à la messe, n’aurais-je pas à parler avec eux ».
Tandis que les chantres entamaient le plain chant, Wocek se fit la réflexion qu’il devrait penser à ne pas toujours mener aussi grand train, à moins de voir ses ressources s’épuiser bientôt. Et puis après tout, qu’en était-il de son vœu de pauvreté ? Et pourquoi, à chaque fois qu’il faisait part de son désarroi à la Sainte Sagesse, encontrait-il une ribaude ? Il se laissa aller à ses pensées, et, joignant les mains, pria.
La suite bientôt...
Welf, CSPC 
--------------------
ACHETEZ LE CD BELYSCENDRE!
et puis écoutez ZoC Radio!
et puis lisez mon bd-blog débile!
[/color][/size]
|
|
|
|
Cachée
|
|
Maître d'Armes

-= Chaos Servants =-
Inscription le 23-01-05
Messages : 323
Age : 47 ans
Lieu de résidence : Brüsel (dixit Eo)
|
|
|
|
|
Réponse au Sujet 'Wocek, Inquisiteur (dépravé, faillible, thaumaturge et chevelu) I & II' a été posté le : 18/09/06 17:17
|
Citation :Cham von Schrapwitz dans une contemplation à Dlul a dit: Si vous voulez lire l'opus 1 (vois plus haut en PDF), (...) Bonne lecture Welf[/color]
|
|
|
Je voudrais bien le lire, l'opus 1, mais je n'ai que la page 404, en plus y a pas beaucoup de texte et même pas original
Aurais-tu une solution, très vénéré Cham von Schrapwitz
-------------------- Fufu existe, je l'ai rencontré
Citation :On ne tombe pas amoureux, on se fait tomber amoureux dessus
|
|
|
© Skro
Le bonheur, ça s'trouve pas en lingot, mais en p'tite monnaie (dixit Eo ... euh, Bénabar)
|
|
|
|
Cachée
|
|