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Soul Agony

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   La voie de l'ombre a été posté le : 08/02/04 17:32
Voila un texte que j'ai commencé ya pas mal de temps et qui est appelé à devenir une tri voire quadrilogie. Sachant que j'ai arrêté d'écrire pendant plusieurs mois, il est probable que je ne dépasse pas les quelques pages déjà écrites... M'enfin l'espoir fait vivre :D .

Je poste ici le prologue ; j'attend vos critiques pour voir s'il est utile que j'y mette la suite.



mmmmmmLe tueur s’effondra aux pieds de Siluran. Ainsi, il y en avait encore qui cherchait à l’éliminer malgré la prétendue immunité dont bénéficiait le Prince des Assassins. Lorsqu’il était devenu le protégé de Nargond, il avait cru pouvoir enfin échapper aux querelles intestines de la guilde des voleurs pour la succession du Prince Azak. Etre le nouveau Prince signifiait la future domination de la guilde et, peut-être plus important encore, recevoir la formation du Seigneur lui-même. Régner sur toute la communauté secrète de Nébulia représentait un pouvoir immense car, bien que non reconnue, elle était la véritable maîtresse de la capitale de Malshénie. Cependant profiter de l’expérience et du savoir-faire du mythique Nargond ferait de Sil l’un des hommes les plus redoutables des Terres d’Argiliath. A la mort d’un Prince, le chaos se répandait dans toute la cité, les différentes factions s’entredéchirant pour amener leur favori au pouvoir. Afin d’éviter le carnage qui s’ensuivait habituellement, Nargond décida d’enfreindre les traditions ancestrales et nomma le successeur d’Azak.


mmmmmmSil, depuis sa naissance, avait vécu seul : ses parents avaient péri dans l’éternelle lutte entre les deux principaux royaumes d’Argiliath : Malshénie et Valgaar. Etant halfelin, il mesurait un peu plus d’un mètre et avait le visage fin des elfes, malice en plus. Subissant le rejet à cause de sa race, il avait appris à demeurer dans l’ombre et à survivre dans la misère ; mais n’ayant connu aucune autre vie, il en était pleinement satisfait. Volant pour se nourrir et dormant là où on l’acceptait ou bien chez des personnes ignorant sa présence, il avait conservé une totale liberté comme beaucoup d’enfants des bas quartiers de Nébulia. Toujours en activité, il avait développé un corps robuste mais souple : son agilité légendaire lui permettait de se sortir des situations les plus inextricables et en faisait un cambrioleur hors pair, autant de qualités presque vitales pour parvenir à s’élever dans les castes de la guilde.
Ce qui lui aurait permis d’acquérir un nom chez les voleurs ne lui servit en rien car il préférait, comme il l’avait fait pendant toute son enfance, agir dans le secret et ne dépendre de personne. Il se perfectionnait en relevant des défis contre lui-même… En traînant dans les lieux mal famés de la capitale, il obtenait toutes les informations et rumeurs sur les demeures jugées inviolables et se mettait ensuite en tâche de faire tomber ces réputations. Nul endroit ne lui avait résisté. Sil n’ayant pas besoin d’argent pour vivre se contentait de prendre ce qui lui était nécessaire ainsi qu’une preuve de sa réussite. Ne laissant donc aucune trace, on en venait même à douter qu’il soit jamais passé et que la récompense qu’il s’octroyait avait tout simplement était perdu. Aux yeux du monde, Siluran n’existait pas.


mmmmmmLe maître des voleurs eut bien évidemment vent de ces exploits sans toutefois en connaître l’auteur. C’est pourquoi il se mit en œuvre de découvrir qui était à l’origine de ces actes impressionnants. Mais ce ne fut pas ses espions qui le révélèrent… Après bien des cambriolages, il ne manquait plus qu’à Sil un seul trophée. Il décida de s’introduire au cœur même de la guilde, dans la chambre de Nargond où reposaient les symboles de son pouvoir. Il se déjoua aisément des gardes en s’infiltrant silencieusement masqué par une nuit sans lune. Il parvint jusqu’au piédestal de la couronne des voleurs, sans un souffle il s’en empara… Malgré ses sens aux aguets, il ne perçut pas l’ombre qui se glissa derrière lui. Lorsqu’il se retourna pour prendre le chemin du retour, il se retrouve face à face avec Nargond. Le visage de l’homme que seule la lumière d’une torche lointaine éclairait lui inspirait un respect mêlé de crainte. Sans fléchir, il tira sa dague de son étui et se prépara à faire face sachant bien qu’il n’avait aucune chance. Cependant Nargond ne faisait aucun geste, ne se saisissait d’aucune arme… Il arborait un sourire énigmatique. Depuis qu’il avait vu cet intrus effronté pénétrer dans sa chambre il n’avait cessé de raisonner et par recoupement des informations qu’il possédait, il en vint à la conclusion que le voleur à la renommée grandissante que personne ne réussissait à identifier et celui qu’il avait en face de lui n’étaient autre que la même et unique personne. Avant même de lui avoir parlé, il avait arrêté son plan : la place de Prince récemment libérée lui était toute destinée et il en ferait le plus grand Seigneur que la Guilde ait jamais connu. Sil, devant cette réaction pour le moins inattendue, hésita et, écrasé par l’aura de puissance qui émanait de son adversaire, lâcha son arme et se soumit. Inconsciemment il avait saisi la pensée de ce qu’il savait à présent être son futur précepteur.


mmmmmmDès ce moment tout alla très vite…Ce serait la première fois qu’un halfelin siégerait près du Seigneur et cela amènerait des réactions très vives de la part des autres clans. Nargond décida de révéler le plus tôt possible sa décision. Il l’annonça devant l’assemblée des dirigeants des différentes castes et, afin de parer toute velléité de contestation, jura de provoquer en duel quiconque ne prêterait serment d’allégeance au successeur d’Azak. Bien que personne n’osa se révolter ouvertement, nombreux furent ceux qui se sentirent blessés et humiliés par ce qui resterait à leurs yeux comme une trahison faite à la fois aux prétendants bien mieux placés dans la course au trône qu’un halfelin venu de nulle part ainsi qu’aux coutumes presque sacrées qui étaient le fondement de la société occulte de Nébulia. En quelques mois Sil reçut un enseignement de fine lame et acquit une adresse exceptionnelle. Bien qu’il lui restât de nombreuses autres techniques à apprendre, il promettait beaucoup et l’espoir que Nargond mettait en lui semblait plus que fondé.


mmmmmmSil examina l’homme qu’il venait d’abattre, un inconnu, sûrement un assassin commandité par ses opposants, le malheureux n’était vraiment pas de taille. Il eût presque des scrupules à l’éliminer mais s’il voulait se faire respecter parmi les membres de la Confrérie dont il était le supérieur malgré lui, il ne devait pas faire preuve de faiblesse. S’il le laissait en vie, les préjugés que certains tenaient envers les halfelins prendraient racine et les tentatives se multiplieraient : il n’en réchapperait pas. Ce pouvoir dont il n’avait jamais voulu était à ce prix. Mais il lui était inconcevable de résister à la volonté de son maître : il en avait décidé ainsi et c’est donc ainsi que cela serait. Il ne s’en plaignait pourtant pas, conscient de la chance qu’il avait eue. Alors qu’avant il vivait seul dans un renfoncement des remparts de la ville à l’abri des regards aménagé grâce aux fruits de ses rapines, il possédait à présent un véritable toit au palais de la Guilde et le Seigneur remplaçait la famille qu’il n’avait jamais eue. Il ne manquait pour compléter cet état heureux qu’un élément : la liberté. On lui laissait le champ libre mais seulement jusqu’à un certain point, ce qui ne le contentait qu’à moitié. Il échappait régulièrement au garde préposé à sa surveillance mais dans l’impossibilité de sortir de la ville, il se faisait rattraper peu de temps après. Tout en maintenant son espionnage, Nargond lui pardonnait ses frasques, souvenirs d’un lointain passé où les rôles étaient inversés.


mmmmmmCela avait apporté un autre changement et non des moindres : il avait accès aux nouvelles du monde extérieur. Durant toute son enfance, son univers s’était limité aux différents quartiers de Nébulia. Sa formation s’étendant au domaine politique, il découvrit le reste de l’Argiliath et les alliances entre les royaumes voisins de Malshénie. Cela ne fit qu’accroître son désir de découverte, il se rendit bien vite compte que son précepteur ne le laisserait quitter la ville que lorsqu’il aurait acquis les principales bases de son éducation. Bien qu’il soit doué d’un grand talent, il restait désordonné par manque de discipline. Afin d’être libéré le plus tôt possible, il mit plus d’acharnement et d’assiduité à apprendre, au grand plaisir de Nargond qui en son for intérieur se demandait le temps que mettrait son élève pour le dépasser. Il le retint délibérément dans la ville pour stimuler sa soif de connaissances.


Dernière mise à jour par : Soul Agony le 08/02/04 17:43

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   Réponse au Sujet 'La voie de l'ombre' a été posté le : 10/02/04 23:16
Personnellement, j'aime bien. Même si asséner, dès le premier paragraphe, les noms de tous les hauts dignitaires et de toutes les villes du monde reste assez déstabilisant, je ne puis que vous féliciter pour votre écriture très nette, très rigoureuse, et pour votre froide et méthodique mise en contexte.

Je vote pour la suite (même si, à priori, personne ne me demande mon avis).


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Soul Agony

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   Réponse au Sujet 'La voie de l'ombre' a été posté le : 11/02/04 01:26
Halleluia, mes frères... Une réponse !
Merci à toi ô anonyme personne ^^.

Justement je demande ton avis. Je verrais bien pour la suite dont je ne suis pas vraiment satisfait ; j'ai envie de tout refaire mais j'ai comme qui dirait la flemme ;) .


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   Réponse au Sujet 'La voie de l'ombre' a été posté le : 11/02/04 19:47
A qui le dites-vous, cher ami...

Figurez-vous que je sais exactement ce que vous avez pu ressentir, lorsque, tremblant, hagard, livide, brûlant de fièvre et transi par le souffle de la Mort, vous avez appuyé sur le funeste bouton "Poster" afin de faire découvrir au monde civilisé du Chaos votre prose.
Prose qui, si j'en juge par la joie mal contenue découlant de ma réponse, et par la fausse modestie ironique qui l'introduisait dans le Salon Littéraire, vous est manifestement très chère et que vous avez, à n'en point douter, patiemment agencée avec la délicatesse d'une mère élevant son premier enfant.
Comment puis-je pousser aussi loin l'empathie, me demanderez-vous alors. C'est fort simple. Je fis moi-même cette expérience, voici cela quelques temps, et malgré toutes ces circonstances, malgré le prix extrême que ce sacrifice agamemnonesque (si vous me concédez ce néologisme figuré) me coûtât, personne ne daigna répondre. Pas la moindre petite critique. Et pourtant, je me serais fort bien contenté d'un "Minable. T'as appris à écrire en gardant les cochons, ou quoi ?" ou encore d'un "C'est tellement affligeant que je ne m'abaisserai même pas à taper un caractère dans le même post que vous.". Mais non, rien.
Combien de nuits sans Lune n'ai-je pas passé à pleurer amèrement devant l'écran désespérément vide ?

Ainsi, dans la grande philanthropie qui m'anime, je me suis mis en tête de vous rassurer sur ce point : une personne au moins aura pris le temps (qui ne lui manque pas) de vous lire, et en plus, elle aura aimé. Ce qui est un double luxe assez rare pour être signalé sur ce forum.

Mais, une fois de plus, personne ne m'a demandé mon avis.
Et c'est pourquoi je ne me prive pas de le donner.

C'était un communiqué d'un Gentil Membre Philanthropique Encourageant.

Les Gentils Membres Philanthropiques Encourageants, parce que vox clamantis in deserto, ça va bien cinq minutes.


Dernière mise à jour par : Anonymus le 12/02/04 20:14

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   Réponse au Sujet 'La voie de l'ombre' a été posté le : 11/02/04 23:05
Je compatis mon cher...
Vos mots m'émeuvent car je sais maintenant dans quel doute et quel effroi se déroule l'attente d'une hypothétique réponse. Vous me confondez par votre critique et plus encore par votre message de réconfort. Je ne saurais vous dire à quel point je suis d'accord avec vous !
N'importe quelle critique fusse-t-elle flagellante, humiliante aurait été accueillie avec amour. Aussi je partai dans une envolée lyrique en lisant votre réponse. Un tel message aussi philanthropique ne peut me laisser de marbre, et je vais de ce pas m'enquérir du lieu et place de votre écrit que vous postâtes en vous brisant le coeur laissant ainsi transparaître pour la faire partager, l'expression de vos sentiments les plus profonds.

Au plaisir de discuter de nouveau avec vous cher ami.


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   Réponse au Sujet 'La voie de l'ombre' a été posté le : 11/02/04 23:30
Oh, cher Monsieur, n'en faites rien !
L'on pourrait penser que mon dessein, en postant sur vous cette missive élogieuse et compatissante, était de me faire publicité. Et cela nuirait en tous points, non solum à mon image de grand moraliste altruiste, sed etiam à la crédibilité que mes erreurs de jeunesse ne m'avaient point encore ôtée.

Mais si cette lecture vous tient à coeur... Je n'y vois aucune objection.

Sachez toutefois que ma grande modestie m'interdit de vous indiquer le titre de cet écrit. A vous de parcourir, loupiote au front, les abysses des archives de ce forum.
N'allez point vous briser un membre !


[Ca tourne à l'échange de Politesses entre Marquis, ce post...]


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   Réponse au Sujet 'La voie de l'ombre' a été posté le : 11/02/04 23:49
Tout cela est fort délicat de votre part et je conçois bien que vous répugnâtes à compromettre ainsi votre honneur de réconforteur bénévole...
Alors je m'employerais donc à aller chercher par moi-même vos écrits par delà les limbes forumales.

Bien à vous (tant qu'à continuer dans la veine)...

PS : comme je vais pas m'user la santé à chercher :D ya l'outil pm : simplicité discrétion et... mais ?? écoutez pas bande de sagouins ! je disais donc que tu pourrais me faire parvenir l'adresse sous le signe de la discrétion. De toute manière personne ne semble lire ce topic alors toute cette affaire ne sera pas révélée au grand jour.


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Kröy

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   Réponse au Sujet 'La voie de l'ombre' a été posté le : 12/02/04 09:36
Si, moi. Cet échange de flagornerie ocile entre l'hypocrisie la plus totale et le respect le plus admirable. Mais, comment dire, ce n'est pas en se caressant l'un l'autre dans le sens du poil que le récit, qui à la base était sensé être la pierre angulaire de ce thread, avancera, me trompes-je ? Personellement, j'ai lu ce début en diagonale, et j'avoue qu'il ne m'a pas spécialement enthousiasmé. D'un autre côté, ce genre d'univers un peu formaté n'est pas franchement ma tasse de thé, donc il est normal que j'ai des à-priori. Mais à la limite, une suite rendrait le tout un peu plus intéressant, non ? Car après tout, c'est quand même pas pour t'attirer les holas d'une foule en délire, que tu as posté ici, hein ? N'est-ce pas ? N'est-ce pas que tu as écrit ça pour toi-même, je me trompes ? Voila...

Kröy - Bibadeuloulah, she's my baby.


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"Ah oui oui. Comme je vous le dis. Papillon."
Jean Louis Murat, Cavalier de l'Atypie, Anihilateur de l'Exaspération Ennuyée.

"Zapata es un indio"
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   Réponse au Sujet 'La voie de l'ombre' a été posté le : 12/02/04 20:28
"L'ambiguïté de la prose est le premier raffinement de l'art", disait mon Maître regretté.

Vous voyez bien, mon cher ami, que tout le monde la réclame, cette suite !
Postez-la donc avant que ce topic ne soit définitivement plein de ces messages insipides, sans intérêt, nuisant à la dynamique et à la bonne compréhension de l'Oeuvre dans son panorama global, entravant l'embrassement franc et direct de toute sa prodigieuse étendue, tâchant de leurs blancs caractères le noir profond et puissant du virtuel papier, patati et patata, et tous les autres synonymes propres ou figurés, nominaux ou syntagmatiques du mot "digression".
Puisque ça a l'air d'en gêner quelques uns.


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Soul Agony

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   Réponse au Sujet 'La voie de l'ombre' a été posté le : 13/02/04 00:01
Bon je constate effectivement que tout le monde se bouscule pour me réclamer à corps et à cri la fameuse suite... Pas la peine de se presser y'en aura pour tout le monde :D .
L'inconvénient c'est que je suis moins satisfait de la suite que du prologue alors si déjà ça ne fait pas l'unanimité (bah oui je l'espérais ;) )...

'tention craignez ma plume !


Sil fut réveillé par l’aube teintée de gris propre à Nébulia. A peine levé, il se sentait prêt à affronter une nouvelle journée en tant que Prince. Ce jour était mémorable entre tous, non seulement parce que l’on célébrait l’Incantaris, évènement majeur qui ne se produisait que tous les sept ans, mais surtout car il fêtait ses vingt et un ans, âge de la majorité en Malshénie et selon toute probabilité l’espionnage dont il souffrait presque constamment devrait prendre fin. Sans perdre de temps à prendre un déjeuner, il se rendit dans la ville qui sortait péniblement de sa torpeur. C’était le moment qu’il préférait car durant quelques trop courtes heures il était totalement libre. Il savourait pleinement la fraîcheur de cette journée d’automne… Il quitta bien vite les quartiers riches aux édifices de marbre sans chaleur et prit la direction des faubourgs populaires. Il aimait à retrouver ces endroits simples qui étaient véritablement le cœur de la ville, là où il avait vécu toute son enfance avant d’être emmené dans le palais de la Guilde. Il y retrouvait les gens qu’il connaissait avant de devenir Prince bien qu’eux ne le voyaient pas. Mais à présent il lui était beaucoup plus difficile de se faire discret, son visage étant connu de tous. Alors qu’il arrivait au centre-ville, les premières échoppes s’activaient pour recevoir les premiers clients et certaines tavernes chassaient les ivrognes de la nuit passée.


Alors qu’il descendait la principale artère de la ville, une onde puissante lui traversa le crâne… La respiration coupée, il tomba à genou sous le choc. Vidé soudainement de ses forces, il perdit connaissance. Dans sa léthargie, son esprit fut submergé par un flot de visions confuses : des images de sang et de flammes se succédaient, des créatures dont il ne pouvait percevoir que la forme perpétraient des massacres inhumains. Seul un élément revenait sans cesse : un de ces humanoïdes, sans doute leur chef, dirigeait de loin ces actes sanglants. La vision se fit plus précise et il vit le démon de près. Vêtu d’une longue cape d’ombre, il exhalait un air nauséabond et une terreur sans nom planait autour de lui. Sa face d’une blancheur immaculée possédait les lignes les plus harmonieuses et ses yeux aspiraient l’âme par leur noir limpide. Ce n’était que lorsque l’on baissait le regard que se révélait l’horreur de cet être : le bas de son visage était parfaitement lisse, aucune fente ne perçait pour remplacer sa bouche. Il tourna alors le regard vers Siluran, pétrifié. Une voix glaciale résonna dans son cerveau. La langue, lui était inconnue mais le message n’en était pas moins clair : il l’attendait. La créature disparut ensuite de sa vue, tout disparut et ce fut le néant.


Lorsqu’il revint à lui, il remarqua que personne d’autre que lui n’avait réagi ainsi. « Je dois avoir attrapé une maladie avec la période froide qui arrive ». Cependant quelques minutes plus tard le flux revint plus diffus cette fois. En restant conscient, Sil put voir ce qui était à l’origine de son malaise. Le ciel, grisâtre auparavant, s’irisa à l’ouest et devint brusquement d’un rouge sanguinolent. Puis aussi soudainement qu’elle était venue, la lumière écarlate repartit et avec elle, les maux de tête de Sil. Encore sous le coup du prodige auquel il venait d’assister, une crainte irraisonnée s’empara de lui. Il traversa la ville aussi rapidement qu’il put et courut se réfugier au château. Arrivé dans sa chambre, il sombra dans un sommeil profond. Ce fut Nargond qui vint le réveiller.

« Siluran, que s’est-il passé ? Les gardes t’ont vu entrer ici comme poussé par une peur irrépressible… Et tu t’enfermes ensuite sans informer quiconque de ton état. »
« Je ne sais ce qui m’a pris, répondit Sil à présent calmé. Je viens d’assister à deux faits surprenants qui ne peuvent qu’être liés, je le sens. Ce matin, je suis sorti en ville quand une vive douleur venue de nulle part m’irradia le crâne. Quand je repris mes esprits, je ressentis encore cette souffrance mais plus faiblement… »
« Quelqu’un t’aurai-t-il attaqué malgré l’interdit ? Les sanctions seront sévères si je découvre qui est à l’origine de tout ceci. »
« Laisse-moi terminer ! répliqua Sil. Je n’ai pas subi d’attaque. Cela n’était pas causé par une arme. Lors de la deuxième douleur, le ciel… »
« …Changea de couleur ? Je sais, on m’en avait parlé mais je pensais que l’on avait exagéré les faits. »
« C’est pourtant la stricte vérité et il devint rouge vif ; ça ne peut-être naturel. Le phénomène vint de l’ouest où en culminait l’intensité puis arriva au-dessus de nos têtes. Après sa disparition, mon mal se tut et… je ne me souviens plus de rien. »
« De l’ouest ? fit remarquer Nargond. Du Valgaar ! Ce sont des gens de magie. Ce maléfice doit provenir d’un de leurs artifices. Je vais envoyer des espions pour éclaircir la situation. Ainsi donc nous n’aurons jamais la paix avec ces damnés elfes ! Et s’ils n’en sont pas la cause, je ne vois pas qui cela puisse être… »


Sil n’osa pas parler à Nargond de l’être qui s’était présenté à son esprit pendant son évanouissement, il ne voulait pas l’inquiéter davantage. Malgré ses protestations, Sil dut subir tous les examens possibles pour finalement déterminer qu’il n’avait gardé aucune séquelle de l’incident. Cependant il conservait un voile qui assombrissait ses pensées. Il savait que ce qui venait de se passer n’était pas anodin et que d’une façon ou d’une autre, il y était personnellement impliqué. Ce signe était l’un des prémices du cataclysme à venir. Dans chaque fibre de son être, il en percevait la tension.

Ce ne pouvait être un hasard que cet incident coïncide avec le jour de son anniversaire… Il lui fallait connaître par lui-même la cause de tout ceci. Aussitôt il décida d’en parler à Nargond afin d’obtenir son autorisation pour sortir enfin de la ville et résoudre cette affaire qui lui était liée. Bien que réticent, il fut contraint de laisser le champ libre à Siluran devenu majeur. Sa charge de tuteur prenait donc fin et leur rapport prendrait une nouvelle forme, si Sil acceptait encore son autorité : de maître à élève, ils deviendraient respectivement mentor et disciple. Ses décisions auraient maintenant un poids dans la politique de la Guilde. Le laisser découvrir le reste du royaume lui serait certes profitable mais il ne serait peut-être pas encore prêt à pénétrer en Valgaar où, du fait de la guerre tacite que menaient les deux nations, ses talents d’espion serait mis à rude épreuve. Pour garder un œil sur son protégé et ne pas lui restreindre sa liberté nouvellement acquise, il fallait le faire accompagner par une personne de confiance. Siluran ne s’était pas beaucoup lié au cours de son apprentissage, à part avec quelques voleurs en noviciat ; en particulier, entre lui et Gewan, l’un des plus brillants apprentis, s’était noué une étroite amitié. En outre, effectuer cette mission ensemble leur permettrait de se faire progresser mutuellement.


En apprenant que Gewan l’accompagnerait, Sil sut immédiatement que c’était le seul moyen que Nargond avait trouvé pour le garder encore un peu sous sa tutelle. Toutefois il ne put s’empêcher de se réjouir car la route menant à la capitale du Valgaar, Sol-Raë, était longue et la solitude s’y serait fait ressentir. Il alla directement annoncer l’heureuse nouvelle à son ami.

« Quel immense honneur ! Accompagner le Prince lui-même dans une mission hautement dangereuse…s’exclama Gewan avec ironie. »
« Ne me dis pas que tu n’as pas envie, comme moi, de sortir enfin de l’atmosphère étouffante de cette ville… C’est l’occasion rêvée ! »
« Ce n’est pas vraiment ce que j’espérais. Nous devons partir pour le Valgaar pour étudier ce qui n’est probablement qu’un tour de magie manqué et rentrer immédiatement. Tout ceci avec la moitié du pays derrière nous si jamais nous nous faisons repérer… Tu connais la sentence pour espionnage ! »
« Personne ne nous remarquera. Je compte parmi les meilleurs et tu es au moins aussi doué que moi. Ce sera une partie de plaisir et comme nous ne serons pas observés continuellement, Nargond ne pourra savoir si nous suivons ses ordres à la lettre. De plus, je ne sais comment l’expliquer mais… ce qui se passe
« De toute manière nous y sommes forcés ! Pourvu que cela se passe tel que tu sembles le penser… »

Ils se préparèrent à partir le lendemain avant même que le soleil se soit levé. Devant les imposantes portes de fer de Nébulia, Nargond fit ses dernières recommandations.
« Votre destination est assez éloigné. En changeant de montures régulièrement, vous atteindrez Sol-Raë dans une vingtaine de jours. Ne cherchez pas à gagner du temps en négligeant toute prudence. Vous devrez traverser la contrée de Saorie : cette région est neutre dans le conflit avec le Valgaar mais vous pourrez rencontrer des patrouilles ennemies ; restez sur vos gardes. Une fois arrivés dans la capitale, il vous faudra parvenir à pénétrer dans le Temple du Soleil, c’est la demeure impériale et vous y trouverez probablement la réponse que nous cherchons. Nos connaissances de la magie sont bien insuffisantes mais nous savons que seuls les hauts personnages possèdent une puissance pouvant vous inquiéter. Faites un usage minimum de vos armes, les relations tendues que nous entretenons avec ce royaume ne doivent pas déboucher sur un affrontement ouvert car les conséquences en seraient désastreuses. »
Après ces paroles empreintes de sagesse, dont les deux jeunes aventuriers se moquaient par ailleurs éperdument, ils quittèrent enfin le lieu où ils avaient passé toute leur vie jusque là. Seul Gewan avait vécu à l’extérieur alors qu’il n’était que le nourrisson d’une famille de paysans sans fortune. Aussi il ne goûta guère aux charmes ruraux car sa famille l’envoya en ville pour voir sa condition s’élever… Bien qu’il eût quelque peu dévié de la voie que ses parents avaient imaginée pour lui, il avait réussi à sa manière : élève accompli issu de la plus célèbre académie de voleurs en tout genre. Ils profitaient enfin de leur liberté fraîchement acquise et, comptant bien en tirer le maximum, leur périple prendrait certainement plus de temps que Nargond l’escomptait.


A la réflexion, c'est même pas top ! Faudra que je trouve le temps pour tout refaire voire virer cette histoire de douleur... C'est trop mal rendu.
Bon la suite (yen a encore eh oui) est censément mieux...


Dernière mise à jour par : Soul Agony le 13/02/04 00:26

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   Réponse au Sujet 'La voie de l'ombre' a été posté le : 13/02/04 19:41
C'est pas tant qu'il faut l'enlever, cette vision. C'est surtout qu'il faudrait mieux l'enrober.
Je n'aurai qu'une seule critique : tout cela est un peu trop simplifié. On a réellement l'impression que ce matin-là, votre héros ne s'est rendu en ville que pour avoir sa révélation.
Et juste après - seulement quelques heures - le problème de "qui c'était", "d'où ça vient", "on y va" est résolu. C'est plutôt maladroit.

Parce que, mine de rien, et l'on a souvent tendance à l'oublier, le déclic d'une quête est le plus important. C'est l'alpha du récit, et c'est ce qui le justifie. Quitte à prendre quinze pages, il faut bien le travailler.
Car si votre prologue était bien, je le répète, c'est vrai que votre première journée est assez sommaire.

Mais bon, je dis ça... Je dis rien.


Dernière mise à jour par : Anonymus le 13/02/04 21:02

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   Réponse au Sujet 'La voie de l'ombre' a été posté le : 13/02/04 23:51
J'avoue que je l'ai mal introduit, mal traité et mal terminé... En gros c'est minable. Mais le voile sera levé dans pas longtemps alors cet incident est assez insignifiant pour pouvoir être enlevé (mais faut quand même justifier le fait qu'ils partent).
Allez cadeau bonus je vous dévoile encore un peu de ce chef-d'oeuvre (j'entend d'ici vos sarcasmes, vils faquins !).

Une semaine s’écoula, sans embûches, au gré de la cavalcade de leurs chevaux. Ils ne firent dans des auberges qui longeaient la grand-route royale que quelques haltes pour que leur anonymat soit préservé. Les ennemis du Prince détenaient plus ou moins de pouvoir dans les diverses régions de Malshénie et au vu de l’anarchie qui régnait dans chacune d’elles, une prime aurait très bien pu être offerte pour sa capture, voire son décès malencontreux. Tel était le climat de libre gouvernement qui, étrangement, maintenait la cohésion de cet état, le roi et son conseil n’y jouant qu’un rôle fictif, circonscrit à la caste des nobles. Il y avait aussi une autre raison à la relative précipitation de Siluran et Gewan : malgré leur volonté de faire durer leur voyage, ils ne pouvaient réfréner leur attirance pour les royaumes voisins, c’est-à-dire l’inconnu. Ce n’est qu’au terme de la première semaine qu’ils furent enfin en vue de la frontière avec la Saorie.


Seul l’état de délabrement du poste frontière, un toit défoncé en plusieurs endroits et le bois vermoulu prêt à céder au moindre choc qui en faisait plus une cabane qu’une maison, pouvait rivaliser avec l’aspect miteux du malheureux garde à qui avait échoué cette place. Son uniforme avait depuis longtemps cessé de représenter aucune des deux nations, et son armure, que couvraient de larges pans de rouille, avait été posé avec négligence dans un coin de sa demeure. En voyant deux cavaliers approcher, dans un élan de fierté, il remit sa cotte de maille tant bien que mal en arborant l’air le plus noble que lui permettait sa condition. L’altier garant des frontières entre la Malshénie et la Saorie toisa d’un regard méprisant les visiteurs qui faisaient irruption dans son domaine privilégié. D’une voix mauvaise, il demanda à ceux qui venaient troubler son juste repos dûment mérité :

«Holà, marauds ! Déclinez vos identités respectives ainsi que les raisons de votre présence en ces lieux… Sachez que le passage vers la Saorie est sous ma juridiction et je suis ici le seul maître. Répondez, si vous ne tenez pas à faire connaissance avec ceci. »

Sur ces mots, il sortit une lourde masse d’armes qu’il agita sous les yeux de Sil et Gewan afin de les intimider. Cette arme qui n’avait visiblement servi qu’à estourbir lapins et autres gibiers jusqu’à présent acheva de dérider les deux voleurs qui ne parvenaient qu’avec difficulté à contenir leurs rires. Alors que Gewan s’apprêtait à donner une correction bien sentie à l’impudent qui malheureusement pour lui ne savait pas à qui il avait affaire, Sil retint son geste. Ce pitoyable garde imbu de son médiocre pouvoir lui inspirait tellement de pitié qu’il ne put le blâmer : il n’avait sans doute jamais demandé à atterrir ici et seul un peu de considération pouvait encore le sauver de la misère totale. Sil sortit ensuite quelques pièces de sa bourse et les lui fit miroiter. A la vue de tant d’or, le garde perdit toute agressivité et bénit ses visiteurs du regard. Un sourire, s’approchant plus d’une grimace, s’esquissa sous sa barbe. Il empocha rapidement son argent et tout en remerciant ses bienfaiteurs les laissa passer sans les faire plus attendre.


Dès que le poste de garde fut assez loin derrière eux, Gewan prit à part son ami :

« Pourquoi as-tu donné tout cela à ce gueux ! J’allais lui apprendre les bonnes manières et toi tu lui fais présent d’une petite fortune. Ca ne te ressemble pas. Où sont passés les enseignements de la guilde ? »
« Je me suis laissé atteindre par mes sentiments et puis... Veux-tu des pièces toi aussi ? En voilà... »
Gewan les attrapa au vol et les regarda pendant quelques secondes...
« Mais elles sont bien trop légères ! Ne me dis pas que… tu lui as donné de la fausse monnaie ! »
« Tu vois, je n’ai pas tout perdu, il me reste encore plusieurs tours de voleur. »
« Tu m’as fait peur, je retrouve enfin mon ami. Rappelle-moi de ne jamais me fier au regard d’un halfelin, tu as vraiment un mauvais fond, Sil. »
Et ils partirent tout deux d’un rire franc et amical. Leur voyage commençait enfin et ça n’allait pas pour les déplaire.

Au-delà de la frontière, s’étendaient les terres de Saorie. Ce pays étant pris en étau entre les deux nations ennemis, ses dirigeants avaient rapidement décidé de ne prendre le parti de personne afin d’éviter les représailles du camp adverse. Le peuple avait déjà trop longtemps était victime des combats qui faisaient rage sur leur territoire. A présent sa neutralité lui conférait un statut d’immunité. Aucune bataille ne devait avoir lieu en Saorie, et seul quelques échauffourées sans grande conséquence venaient rompre cet interdit. Pays composé essentiellement de plaines, l’agriculture en était la principale activité. Du nord au sud, les climats variant beaucoup permettant la diversité des cultures. La majeure partie des récoltes était exportée et assurait ainsi la pérennité de cet état. L’accès à la Baie de l’Aube et sa position centrale favorisait le commerce et les alentours de la capitale Port Darshiva étaient occupés tout au long de l’année par des foires où les marchands de tous pays venaient commercer. Le commerce actuellement en pleine expansion ne profitait en fait qu’aux étrangers car les Saoriens, paysans sans envergures, sauf exception, ne faisaient guère fortune et ne pouvaient s’établir en tant que commerçants. Le meilleur moyen pour quitter la condition de fermier consistait à rejoindre les milices ou les groupes de mercenaires malshènes ou valgaars. Leur présence souvent requise servait à augmenter leurs armées respectives afin de ne pas se faire surpasser. Des compétitions s’organisaient pour repérer les meilleurs éléments qui auraient alors la possibilité de sortir de la misère.


Dans la premier ville que Siluran et Gewan atteignirent, la fête battait son plein pour l’un des grands tournois de l’année : Gulnan étant la principale cité dans la partie orientale de la Saorie, le Valgaar profitait de cette occasion pour renouveler la garde impériale. Des concurrents étaient venus de plusieurs lieues à la ronde en espérant repartir avec le détachement valgaar qui était venu présider le concours. Actuellement la phase finale arrivait à son terme et ne restaient plus en lice que des combattants exceptionnels. Le dernier duel allait commencer dans quelques heures, ce qui laissa aux deux visiteurs le temps de se sustenter et de se reposer dans la maison du bourgmestre. En période de compétition, la générosité était de mise et on offrait le gîte et le couvert à qui en voulait. Après s’être repu allègrement, Sil et Gewan s’approchèrent de l’arène qui faisait la renommée de cette ville.


C’était un bâtiment est bois massif peu impressionnant mais gigantesque. Il pouvait accueillir beaucoup de guerriers ainsi que de nombreux spectateurs. Pour assister à l’ultime duel qui menait à la consécration, les gradins était surpeuplés. La clameur qui s’y élevait rendit presque sourds les deux invités qui, grâce au bourgmestre étaient installés au premier rang. Lorsqu’en bas les deux finalistes firent leur entrée, le public s’éclata d’une ovation grandissante. L’un était un géant, massif avec un regard d’une férocité animale. Echauffé par les applaudissements, il attendait pour donner libre cours à sa brutalité en hurlant tel un forcené. Il pétrifiait rien qu’à sa vue. A l’opposé, son adversaire semblait faible et minuscule. Il avait pourtant des muscles saillants et une forte carrure. Ce qui frappait surtout était l’air calme et distant qu’il avait adopté comme s’il ne prenait pas part à ce duel, cela lui conférait une présence considérable. Alors les hérauts annoncèrent les noms de deux hommes, tentant vainement de couvrir le vacarme :

« Horken de Gishkal, le barbare demi-orque des clans du Nord rivalisera en ce jour avec le jeune humain, Gared de Calishan. Les règles de la finale sont les suivantes : après s’être saisis de l’arme de leur choix, ---à ces mots, on apporta une armurerie intégrale, --- les combattants attaqueront au son des cors. Tous les coups ou techniques sont autorisés et l’affrontement ne cessera qu’à la mort de l’un des deux participants. A présent, prenez votre arme de prédilection et que la victoire récompense celui qui en sera le plus digne. »


Le demi-orque revêtit une lourde cuirasse et empoigna dans une main une hache à double tranchant et dans l’autre une lourde masse d’armes. Il les souleva sans difficulté apparente et les brandit devant le public avec un rugissement. L’homme jeta son dévolu sur une cotte de mailles légère, ainsi qu’une épée fine et acérée. De plus, il ceignit un casque, et prit un bouclier pour compléter son équipement. Ainsi parés, ils attendirent le signal qui ne tarda pas. Lorsque les cuivres lancèrent leur appel au combat, Horken se précipita sur son adversaire en lui assénant une furie de coups. Sous la violence de l’attaque, Gared demeurait placide et la parait aisément à l’aide de son pavois. Perturbé par son attitude, le demi-orque redoublait de sauvagerie mais en perdant précision et habileté. Il donnait au jeune humain une situation parfaite pour appliquer ses talents de bretteur. Sous l’œil connaisseur de Siluran, le guerrier évoluait dans ce duel avec une facilité déconcertante. Ses qualités étaient indéniables et bien qu’il n’avait encore rien tenté de décisif, son ennemi n’avait déjà plus aucun espoir de victoire. Les pensées de Sil furent concrétisées quelques minutes plus tard alors que Gared venait de sortir de la défensive et exécuta un enchaînement d’une grande prouesse : maintenant en position de force, il traversa de part en part le corps de son opposant par le flanc, à l’endroit exact où s’arrêtait l’armure. Le regard d’Horken se voila et il regarda avec hébétement celui qui l’avait vaincu. Il tomba sur les genoux puis, expirant de douleur, il s’abattit dans la poussière de l’arène à présent couverte d’un sang vermeil.


Les hourras saluèrent l’exploit du nouveau héros de la ville. Il laissa choir ses armes et leva les poings au ciel. Ne pouvant plus supporter la cohue qui dominait, les deux amis s’éclipsèrent pour la maison de leur hôte. Sur le chemin du retour, ils commentèrent l’affrontement. Aucun ne contestait l’éclatante victoire de l’homme.
« Voilà bien quelqu’un que je ne voudrais pas avoir pour rival ! s’exclama Sil. »
« Tu sembles oublier qu’en gagnant, il s’est, par le même occasion, lié au Valgaar, ce qui en fait notre ennemi de toute manière. »
« Alors tâchons de ne pas nous faire remarquer et repartons au plus vite. Il ne faut pas que les troupes valgaares établies ici ne nous repèrent. Comme ils doivent faire la fête avec le reste de Gulnan, cela nous laisse le temps de nous enfuir avant qu’ils ne dessoûlent. »


Faussant compagnie au bourgmestre, ils quittèrent la ville après s’être pourvus en provisions. La prochaine étape de leur périple serait l’embarquement pour la traversée de la Baie de l’Aube. Deux routes s’offraient à leur choix. L’une passait par Port Darshiva, de là il ne leur resterait plus qu’à trouver un passeur plus ou moins honnête pour l’île de Sol-Raë. L’autre chemin consistait à suivre la côte vers le nord ou le sud afin de rejoindre l’un des caps : celui de l’Aurore ou du Crépuscule et ensuite prendre la mer par leurs propres moyens car le détroit n’était large que de quelques lieues. La première solution serait certes moins discrète mais, moins aléatoire, comportait bien moins de risques. Les possibilités se valant en terme de durée, les voleurs décidèrent de se rendre tout d’abord dans la capitale saorienne où ils aviseraient en temps voulu.


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   Réponse au Sujet 'La voie de l'ombre' a été posté le : 15/02/04 18:49
Vous ai-je dit que j'aimais bien les tournois ? Non ? Bon, je vous le dis : j'aime bien les tournois.
Mises à part quelques maladresses, c'est mieux. Un nouveau personnage visiblement très fort fait son apparition. Me trompé-je en supposant que Gared reviendra, dans un futur plus ou moins proche ? (En même temps, je ne me mouille pas trop. Horken, lui, ne pourra plus revenir.)

La suite ?


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   Réponse au Sujet 'La voie de l'ombre' a été posté le : 15/02/04 23:40
Je m'en voudrais de faire languir ma foule d'admirateurs... Je sais bien qu'il ne semble y en avoir qu'un, mais c'est sûrement par timidité qu'ils n'osent pas poster, n'est-il pas ? 8)7

Et aussi, je fais licite Anonymous pour son coup d'oeil... Effectivement on risque probablement de revoir Gared. Mais pas vraiment dans un futur proche, à moins que...

Je vous livre (pratique le vouvoiement, on dirait que je parle réellement à une foule d'admirateurs) la suite de mes écrits.



Ils reprirent la route, toujours en suivant l’Arenoth, fleuve principal des Terres d’Argiliath. Le pays qu’ils traversaient était essentiellement composé de landes d’une platitude monotone. Seuls quelques villes venaient rompre la routine, pourtant ils n’avaient aucune envie de s’y arrêter au vu de la pauvreté atterrante affligeant les habitants de ces hameaux reculés. Ils avaient choisi le trajet le plus direct, cependant ils furent contraints de s’écarter de leur itinéraire à plusieurs reprises pour éviter les patrouilles ennemies qui se faisaient chaque jour plus nombreuses. Notamment, ils firent un large détour aux environs du lac de Luiren. Un campement valgaar s’était établi sur les rives et s’étendait sur plusieurs arpents. Cela n’annonçait rien de bon car les forces mobilisées étaient conséquentes. Pourtant les relations avec le pays rival étaient alors stables, et la présence d’une telle armée risquait de faire monter brutalement la tension. Les deux voyageurs jugèrent bon de ne pas s’attarder excessivement en vue des tours de guet car, bien que très doués, ils ne feraient guère le poids contre un millier d’hommes.


Cet obstacle imprévu les mena à passer par la futaie de Darksylve, de sinistre réputation. Il recouvrait la majeure partie des terres du nord et n’était habité que par divers animaux ou créatures des forêts tant il était dense et touffu. Comme le voulait la tradition, des légendes circulaient sur certaines bêtes mystérieuses et, bien sûr, mortellement dangereuses qui avaient établi leur tanière au plus profond du bois et attendaient, pour fournir un prochain dîner, les rares imprudents qui s’aventuraient sur leur territoire. Raisonnables et peu influençables, les deux compagnons ne se fiaient pas à ces mystifications, toutefois elles ne contribuaient pas à assurer leur tranquillité d’esprit dans un lieu somme toute oppressant. C’était sans doute tout ce qui avait fait naître ces rumeurs absolument injustifiées : du moins, Sil et Gewan essayaient de s’en persuader.


Au fur et à mesure qu’ils s’enfonçaient dans les profondeurs de la forêt, la végétation se densifiait et dès le troisième jour, le soleil ne faisait plus que de brèves apparitions à travers la cime des arbres. Originaire du cœur de la Malshénie, Gewan connaissait bien ce genre d’endroit, contrairement à Siluran dont le seul rapport qu’il avait eu avec les arbres se limitait à l’existence des jardins royaux de Nébulia. Le ravitaillement du groupe était donc assuré par Gewan qui garantissait leur survie. Il savait débusquer le menu gibier et mettait Sil en garde contre les différentes plantes non comestibles. Au bout d’une semaine et sans qu’ils sachent pourquoi, les animaux se firent de plus en plus rares. Gewan éprouvait beaucoup de difficultés pour subvenir aux besoins de l’équipée et en absence de viande, les repas ne se constituaient plus que de baies diverses et autres fruits. Cette frugalité portait atteinte au moral général. L’inquiétude de Sil se lisait sur son visage et, sous le sombre dôme formé par les branches, un sentiment de claustrophobie commençait à le gagner.

« On ne voit toujours pas le bout de cette maudite forêt, se plaignit-il. La nourriture va bientôt nous faire défaut et nous ne sommes même pas sûrs d’être dans la bonne direction. »
« La situation n’est pas si noire que ça, rétorqua Gewan tentant tant que mal de rassurer son compagnon. S’il nous manque de quoi manger, l’eau coule par contre en abondance. De plus, d’après mes repères, nous progressons depuis le début vers l’ouest ou à peu de chose près. Nous avons sans aucun doute parcouru plus de la moitié du chemin. »


Fatigué par leur marche continue et encore sous la tension que lui inspirait ce bois, Sil répliqua avec véhémence :
« Il n’y a aucun moyen de s’orienter ici : même le ciel ne peut nous aider car il est masqué. Nous aurions dû contourner le lac. Personne n’aurait prêté attention à deux jeunes voyageurs et nous serions passés sans encombre. Au lieu de ça, je t’ai fait confiance quand tu me disais que la forêt ne te posait pas de problèmes. Maintenant nous sommes perdus, retourner sur nos pas nous est impossible et tu continues à croire que tout va pour le mieux. Regarde la réalité en face, à moins d’un miracle, nous allons y rester ! »


Gewan prit fermement son ami par les épaules et le força à se calmer :
« Sil, reprends tes esprits. Cette atmosphère pesante éreinte tes nerfs comme les miens, mais il ne sert à rien de céder à la panique. Les forêts sont pleines d’indices comme la mousse sur les arbres ou encore le sens du courant des rivières qui va vers le lac de Luiren. Je n’ai jamais perdu notre route. Le seul danger qui nous menace, c’est de nous diviser. C’est assez pour aujourd’hui. Il faut que nous nous reposions car en l’absence de signes temporels, nous perdons le fil de la journée. Nous sommes sûrement éveillés depuis trop longtemps. »


Siluran se laissa tomber à terre en bredouillant des excuses. Gewan le comprenait parfaitement car lui-même était beaucoup plus angoissé qu’il ne voulait se l’avouer. Lui seul était habitué à voyager dans un bois, et il devait donc se montrer sûr de lui devant Sil. Pourtant les arbres de cette futaie ne ressemblaient en aucun cas aux résineux malshènes. En outre, depuis la veille, l’air était devenu très oppressant comme si un danger rôdait. Il ne savait pas si Sil l’avait aussi senti mais ne voulait pas le troubler plus en lui en parlant. Pour le moment, il ne songeait plus qu’à dormir. Sil ne l’avait pas attendu et il semblait déjà entré dans un sommeil profond à la chaleur du feu. Gewan allait suivre le même chemin lorsqu’un bruit étouffé attira son attention : un léger bruissement, trop prononcé pour qu’il s’agisse du bruit des feuilles. Méfiant, il chercha sa provenance. Et, dans la pénombre de la forêt, quelque chose s’agita. Il ne fit qu’entr’apercevoir la créature mais il en conçut une inexplicable terreur.
« Sil, réveille-toi ! supplia-t-il. Quelqu’un nous observe. Je ne sais pas où il est… Sil, aide-moi ! »

Il n’eut que le temps de voir son ami se lever : un voile noir survit devant ses yeux et ce qu’il vit le paralysa d’effroi…
Siluran émergea difficilement à l’appel de Gewan, mais rapidement son sens aiguisé du combat reprit le dessus et il était prêt à faire face quelle que soit la menace. Son compagnon lui tournait le dos à quelques mètres. Adoptant une attitude défensive tout en sortant son glaive, il se mit à l’opposé de lui pour avoir tous les alentours dans leur champ de vision. Rien n’approchait. Il demanda à Gewan :
« A quoi ressemblait-il ? »

Aucune réponse ne lui vint… Sans lâcher sa position, il réitéra sa question. Toujours rien. Il se retourna pour voir ce qu’il arrivait à Gewan… et vit une lame fendre l’air vers lui. Dans une tentative désespérée, il se jeta à terre pour esquiver. Il sentit l’acier l’effleurer et roulant sur lui-même, il se remit sur pied. La vue de son adversaire lui coupa le souffle. Celui qui tenait la lame n’était autre que Gewan…
Sans lui laisser le temps de réfléchir, celui qu’il croyait son ami réattaqua. Cette fois-ci, il para l’attaque mais ne put se résoudre à riposter. Gewan semblait animé d’une haine furieuse et ne lui laissait aucun répit. Sil commençait à faiblir, son ennemi étant plus puissant que lui. Profitant d’une charge adverse, il feinta au dernier instant et se jeta dans les jambes de Gewan. Grâce à son agilité hors du commun, il se releva et réussit à tenir en respect son rival encore au sol. Il lui ôta l’épée, plaquant la sienne sur son cou.

« Gewan, par les dieux, que t’arrive-t-il ? demanda Sil, haletant. T’aurais-t-on engagé pour m’assassiner ? Tu en avais eu vingt fois l’occasion précédemment. Réponds ! Pourquoi ? »
« Meurtre… Sang… Chair… Tuer… Sang…éructa Gewan comme possédé. »
Siluran entendit, pétrifié, les paroles venimeuses que proférait son ancien ami. Même devant cette brutalité, il n’osa pas porter le coup fatal. Réduit à l’impuissance, Gewan se convulsait et feulait comme une bête. Alors ce que vit Sil dans ses yeux, stoppa court à ses hésitation : une férocité inhumaine en émanait. Il leva son arme et l’abattit sans remords. Soudain l’expression haineuse reflua et les yeux redevinrent normaux. Dans un effort inouï, Sil parvint à ralentir sa lame ce qui permit à Gewan de l’éviter.
« Es-tu devenu fou ! Pour quelle raison essaies-tu de me tuer ! s’exclama Gewan. »
Sil était ébahi. Son ami qui venait à l’instant de tenter de lui régler son compte se demandait à présent pourquoi lui, Sil, l’attaquait. C’est alors qu’il remarqua une présence derrière son compagnon. Lâchant son épée, Il se projeta sur lui pour le protéger de la créature qui ne réussit qu’à lui mordre la jambe. Il fit volte-face et lança avec dextérité un shuriken qui atteignit sa cible en plein ventre ou ce qui s’y apparentait. La bête s’effondra dans un hurlement d’agonie. Son cadavre laissa s’échapper un liquide bleuâtre et se raidit rapidement. Ils purent enfin examiner leur véritable agresseur. Sa peau vaporeuse était d’un gris argenté. De la même taille que Siluran, son corps n’était qu’une caricature difforme d’un être humain, mais le plus surprenant demeurait son visage : il ne restait qu’hideur de ce qui avait autrefois appartenu à une femme d’une beauté irréelle.

« Cela n’est donc pas une légende… Nous sommes entré sur le territoire d’une banshee, Gewan. Il s’agit de l’esprit matérialisé d’une femme qui a péri par la torture. Selon ce qui me reste des légendes de mon enfance, elle voue une haine farouche à tous les hommes, en mémoire de ses tortionnaires. Elle peut prendre le contrôle mental de tout être masculin. Elle t’a soumis à son emprise et tu t’es retourné contre moi, mon ami. »
« Et elle a fui avant que tu ne m’achèves pour ne pas rester prisonnière d’une dépouille, ajouta Gewan. Cela me revient. Quelle existence horrible elle a due endurer ! »
Et devant eux, le vent emporta peu à peu avec lui le corps de la banshee.
« Puisse-t-elle avoir enfin le repos auquel elle aspire, soupira Sil. »


Comme purifiée d’une malédiction, l’atmosphère se libéra d’un poids et l’impression oppressante disparut. Le cœur léger bien qu’encore sous le coup de leur rencontre et de la souffrance de cette femme, les deux compagnons reprirent leur route. Heureux de s’être retrouvés, ils avancèrent sans plus de problèmes. Même la claustrophobie de Sil s’atténuait. Deux jours plus tard, les arbres devinrent moins denses et ils revirent enfin le soleil. Courant presque, ils débouchèrent dans une clairière : ils avaient survécu à la forêt. Euphoriques, ils s’arrêtèrent sans établir de camp et profitèrent pleinement de leur liberté retrouvée.


Et là, vous vous dites... mais où va-t-il s'arrêter ? Car j'en ai encore mesdames et messieurs ! Mais je ménage le suspense qui doit, j'en suis persuadé, être à son comble. (dites oui pour me faire plaisir)


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   Réponse au Sujet 'La voie de l'ombre' a été posté le : 16/02/04 17:13
Chic ! Chic ! Des créatures fabuleuses ! Et une forêt sinistre !
C'est de mieux en mieux, vraiment. Vivement le reste...


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   Réponse au Sujet 'La voie de l'ombre' a été posté le : 18/02/04 15:54
Le problème majeur est que le reste se résume en fait à ce qui va suivre...



Il ne purent cependant rester ainsi très longtemps car la blessure à la jambe de Gewan, au lieu de se résorber, ne faisait qu’empirer malgré les maigres soins qu’ils avaient pu y apporter. Se remettant en route, ils firent halte dans une petite bourgade au bord de l’Arenoth. C’était une ville d’une taille respectable, vivant de la pêche et du commerce grâce au fleuve. Il devait sûrement y avoir un herboriste ou un rebouteux qui saurait soigner l’infection de Gewan.

Le soir venu, ils se rendirent à la taverne pour rechercher des renseignements. Il régnait une grande animation dans cet endroit car nombreux étaient les marins qui venaient s’y délasser après leur journée. Assis sur une table en retrait, les deux compagnons soulevaient à peine l’attention. Seules quelques personnes jetaient un regard étonné sur Sil mais cela restait anecdotique puisque, en raison du trafic qui passait par ici, ils avaient côtoyé nombre de races différentes. De plus, les halfelins disséminés dans tout le continent s’impliquaient particulièrement dans les entreprises marchandes. Tandis qu’ils mangeaient ce qu’ils avaient commandé, un homme au visage peu avenant s’approcha :

« Bonsoir messires, permettez-moi de vous offrir ces pintes de bières. »
Méfiants, mais peu désireux d’attirer les soupçons, ils acceptèrent.
« Que nous voulez-vous, monsieur…, questionna Sil. »
« C’est la première fois que je vous vois dans cette ville et je venais m’assurer que vous n’auriez besoin de rien.
« Eh bien, nous avons tout ce qu’il nous faut. Mais vous pouvez tout de même nous informer : connaîtriez-vous une personne capable de soigner une plaie infectée, non loin d’ici ?
« C’est possible ; je crois me souvenir d’un… »

Gewan jeta cinq pièces de cuivre dans la main que tendait leur informateur.

« Alors, l’adresse vous revient-elle ? »

L’homme regarda d’un air circonspect les piécettes.

« Ça fait des années que je n’ai pas eu besoin de ses services et… »

Cinq autres pièces vinrent tintinnabuler sur la table.

« … et je n’aurais quand même pas oublié mon grand ami Zelnor qui tient son échoppe dans le quartier sud dans la rue du Cheval Ailé. C’est situé à quelques arpents d’ici, les gens du quartier sauront vous l’indiquer.
« Merci, et pourrions-nous savoir comment nous rendre rapidement à la capitale ? »
La main se fit plus insistante. Siluran regarda l’homme d’un air excédé puis, poussant un soupir, sortit une grande pièce grise. Le regard de l’homme cilla en la voyant et il s’empressa de répondre :
« Je peux vous faire entrer sur un bateau en partance pour Port Darshiva dont je connais bien le capitaine. Vous le trouverez dans les docks. Demandez Serna, tout le monde le connaît, et dites-lui que vous venez de ma part. Et maintenant, permettez que je vous quitte car j’ai une affaire pressante à régler. Adieu, jeunes gens… »

L’individu se leva et sortit rapidement malgré la pluie battante au-dehors.

« Etrange personnage, murmura Siluran, il n’a pas voulu nous donner son nom. »
« Autant aller voir immédiatement ce Zelnor. Je n’aime pas vraiment la pluie mais je commence réellement à souffrir. Espérons qu’il sera à même de me soigner convenablement. »

Alors qu’ils se rendaient au comptoir pour payer leur dû, ils sentirent des regards lourds peser sur eux. Le tenancier leur demanda avec hostilité :

« Que vous voulait-il ? On n’aime pas ceux qui font affaire avec ce genre de types par chez nous… encore moins s’ils sont étrangers. »
« Voyons, calmez-vous ! Nous ne le connaissons même pas. Il nous a juste donné quelques renseignements onéreux, afin d’aider mon ami blessé. »

Le visage du tavernier se dérida, soulagé, mais son air soucieux ne disparut pas totalement. Il partit d’un rire qui sonnait faux :

« Si ce n’est que ça, vous faites partie des crédules qu’il a escroqué pour ce que n’importe qui vous aurez donné sans que vous ayez à débourser une seule pièce ; ou peut-être une bière pour vous familiariser. Mais restez sur vos gardes si vous sortez : Breshin a mauvaise réputation partout où il va et ce n’est pas sans fondement. »
« Vous sauriez où un autre rebouteux pourrait s’occuper de moi dans ce cas, demanda Gewan. »
« En fait, vous ne trouverez personne d’encore ouvert à cette heure, attendez demain. Vous pouvez rester dormir ici. Douze cuivres la chambre jusqu’à trois lits. »


C'est aussi mon premier long dialogue et je suis assez mal à l'aise avec cette forme de récit... Mais je peux facilement continuer à écrire la suite, j'ai les idées et la trame du récit. Tout ce qu'il me manque c'est le temps (et encore c'est un faux prétexte) et surtout la motivation.


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Anonymus

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   Réponse au Sujet 'La voie de l'ombre' a été posté le : 18/02/04 21:27
Mon Dieu, que les gens sont malhonnêtes, dans cette histoire...
Se faire payer pour un simple renseignement, alors que la Générosité, l'Altruisme, la Compassion, la ...
Bon, d'accord. Je me tais.

Et c'est déjà fini ? Oh ! Non !
Vite, écrivez la suite ! Enfin, non, pas trop vite, sinon ça sera pas bien. Festina lente, en quelque sorte... Et mettez-y plein de créatures fabuleuses ! J'aime les créatures fabuleuses...


Dernière mise à jour par : Anonymus le 18/02/04 22:00

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Soul Agony

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   Réponse au Sujet 'La voie de l'ombre' a été posté le : 20/02/04 00:16
Et si je casais par la suite un tournoi avec des bêtes fabuleuses ? Hein merci qui ?
J'ai beaucoup de considération pour ces proverbes antiques clairs comme l'eau de roche : je viens d'ailleurs d'en apprendre un nouveau du même type, age quod agis... édifiant.
Plus sérieusement, j'espère trouver le temps d'écrire mais mon emploi du temps de ministre ne m'en laisse pas le loisir (comment ça pas crédible ?).


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Soul Agony

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   Réponse au Sujet 'La voie de l'ombre' a été posté le : 21/06/04 13:13
Vous croyiez en être débarrassés ? Eh bien, non !
Il revient plus fort que jamais...

« Navré mais nous craignons que la blessure soit trop grave. Cela dit, nous reviendrons sûrement dormir ici. Au revoir. »

Les deux amis sortirent alors qu’une pluie torrentielle continuait de tomber. Le mur aqueux formé ainsi que l’obscurité ambiante faisait qu’on n’y voyait goutte. Ils se dirigèrent tant bien que mal dans la direction qui leur avait été indiquée. Après un quart d’heure de tâtonnements, l’averse perdant de son intensité, ils purent voir à la lumière des torches abritées par les porches, un passant qui, comme eux, avait fait l’erreur de sortir. Peu désireux de s’attarder, il leur confirma dans un bougonnement qu’ils approchaient de leur but.

Ils marchèrent encore quelques minutes tandis que la pluie se réduisait à un simple crachin, rendant l’atmosphère moite. Dans la nuit, ils ne purent remarquer à quel point l’environnement se dégradait. La plupart des masures semblaient tomber en ruines : les pauvres âmes qui y vivaient étaient sans doute aussi trempées qu’à l’extérieur.
Gewan tentait de supporter la douleur. Aussi Siluran ne pipait mot, conscient de l’état d’irritabilité dans lequel se trouvait son ami. Ce fut un couple muet et harassé qui aperçut un panneau en bois pourri, représentant une mandragore aux reflets changeants à cause de la flamme tremblotante qui l’éclairait. Ils pénétrèrent d’un pas hâtif dans la cour qui s’étendait au-delà de cette pancarte. La satisfaction de voir enfin la porte de l’herboristerie au fond de la cour fut quelque peu douchée par la voix arrogante qui s’éleva des gravas qui jonchaient le sol sur les côtés :

« Ne trouvez-vous pas un peu osé de voyager seuls et aussi fortunés en contrée hostile ? En raison des dangers qui rôdent dans ces ruelles, je vous conseille de me confier vos bourses ainsi que tout objet de valeur. Si vous refusez d’obtempérer, cela vous regarde. Hélas, je crains fort que vous n’ayez alors affaire auxdits dangers en la personne des quinze arbalétriers qui vous encerclent. »

Gewan et Sil ne demeurèrent pas interdits bien longtemps. Céder aux exigences était chose impensable car cela leur priverait de tout moyen de rétribution pour les soins du rebouteux. Mais, même si le brigand avait probablement exagéré ses troupes, les risques étaient encore importants. Et s’ils n’agissaient pas vite, Gewan pouvait perdre sa jambe. Un regard suffit aux deux amis pour se lancer dans une des stratégies enseignées à la Guilde.

Sil et Gewan portèrent d’un commun ensemble la main à leurs poches respectives où se trouvaient leurs bourses ou, plus précisément, des dagues de jet qu’ils sortirent en prenant soin de masquer l’éclat des lames. Sil se mit à genoux sans geste brusque pour, semblait-il, déposer son argent. Les bandits n’eurent pas le temps de voir la lame briller qu’elle filait déjà en direction du chef de la bande qui n’avait manifestement pas eu vent de la nyctalopie des halfelins.

Il ne fallut pas plus du gémissement étouffé qui s’ensuivit pour faire réagir les arbalétriers. Les claquements des cordes retentirent de concert et les carreaux fusèrent là où se trouvaient leurs cibles un instant plus tôt. Mais déjà Siluran avait bondi, repérant au son l’origine des tirs. Gewan, lui, gêné par sa jambe ne put que ramper vers les gravas, dague à la main, évitant ainsi la première salve. Un râle fut émis dans un gargouillis lorsque Sil égorgea le premier des brigands qui lui tomba sous la main.

Cependant Gewan était toujours à découvert et les arbalètes déjà rechargées. Sous le couvert de la nuit mais ne bénéficiant plus de l’effet de surprise, il reçut un carreau dans le flanc. Dans le même temps, il avisa le tireur le plus proche et lui ficha sa dague dans la tempe. Mû dans un dernier effort, il se glissa entre deux pierres pour s’abriter.

Le silence retomba, chaque camp s’épiant. Au bout de quelques secondes, un autre cri se fit entendre et un des bandits s’écroula. A ses pieds, Siluran, tirant profit de sa petite taille, venant de lui trancher les tendons avant qu’il ne remarque son arrivée. L’excitation montait dans le camp adverse. Ce diablotin venait de tuer deux de leurs complices voire trois si le chef n’était pas que blessé.

Malheureusement Gewan était loin d’être hors de danger et Sil n’avait qu’une vague idée du nombre d’ennemis qui lui restait. Il tenta un autre jet de dague, mais un tintement métallique lui apprit qu’il avait manqué sa cible, maintenant plus prudente. Il se rapprochait de son ami quand il tomba nez à nez avec un adversaire qui, sabre au clair, avait visiblement eu l’idée inverse. Un combat rapide s’engagea. Bien que son opposant ne fût pas un fin bretteur, le sol boueux lui fit défaut lors d’un changement d’appui et il manqua de trébucher. Fort heureusement, le bandit fut tout aussi décontenancé que lui et n’eut que le temps de sentir la lame s’enfoncer dans son ventre.

Quand Siluran se releva, le vrombissement d’un carreau très proche, trop proche, lui enserra le cœur. Evidemment, il s’était fait repérer à présent… Toutefois, cela avait contribué à détourner leur attention de Gewan. Il récupéra une arbalète qu’il chargea prestement. En s’avançant de quelques mètres, il trouva enfin son compagnon et fut soulagé de le trouver relativement bien portant. IL n’eut pas besoin de lui faire comprendre que le silence était de rigueur pour éviter qu’il ne soit lui aussi détecté. Siluran s’arma alors d’une autre arbalète trouvée près de la victime de Gewan.

Il progressa précautionneusement, se fiant à ses sens pour trouver ses ennemis avant qu’ils ne le voient. Arrivé à proximité, il se jeta à découvert dans un roulé-boulé et pressa la détente de ses deux armes. Un haut-le-cœur le reprit quand un carreau adverse le frôla. Quant à ses projectiles, l’un se perdit dans le décor tandis que l’autre, d’un bruit mat, perfora la cage thoracique d’un des brigands. Sur le qui-vive, Sil regarda s’il était seul. A deux pas de lui, un homme tenant un long cimeterre lui faisait face. Son bras gauche pendant ne laissait aucun doute sur son identité : il s’agissait du chef de la bande qui avait reçu tantôt sa dague. Son arme tremblait, il avait perdu toute son assurance. Sil, n’ayant plus que cela à sa disposition, lança d’un geste peu élégant son arbalète dans le visage de son opposant. Déjà affaibli par le sang perdu, il s’effondra sans un bruit.


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