Chaos Legions

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De l'inconvénient d'avoir été violée a été posté le : 15/01/04 22:35
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D'ordinaire, je suis très réservé face aux ouvrages qu'on nous présente comme de "brûlants témoignages" des souffrances endurées par leurs auteurs. Si intolérables soient-elles, le pragmatisme me dicte qu'elles ne permettent en rien de préjuger de la qualité de l'oeuvre en question, et l'expérience m'a montré que celle-ci était en général piètre. On me dira que je n'ai pas de coeur, accusation que je soutiendrai sans broncher. Mais que dire, alors, des "marchands de pathos" dont parlait déjà Auguste Barbier, et qui depuis Anne Franck ont repéré dans les récits déchirants une jolie manne financière, inattaquable de surcroît car moralement blanche comme neige. Je ricane.
Mais cessons ces ricanements de mauvais goût, car le cas que je vais citer aujourd'hui va à l'encontre de mes opinions sur le sujets. Et je vous prierai de remarquer combien je suis un grand esprit, pour fournir de l'eau au moulin de mes détracteurs.
Professeur de musique dans une banlieue difficile, réveillée en sursaut et violée au milieu de la nuit, l'auteur raconte. Et tout est dans ce terme. Ici, point de témoignange bouleversant ou édifiant, pas de surenchère, pas de grands mots tonitruants. Simplement une vérité sèche, lucide, frappante comme le sont souvent les textes trop neutres, à mille lieues des kitscheries provocatrices devant lesquelles on s'extasie dans les festivals officiels. Et pourtant, on ne devine que trop bien combien tout est vécu, combien chaque phrase résonne sur la chair blessée.
De l'acte en lui-même, on parle peu, moins par pudeur que par une honnêteté brillante : il n'y a rien à en dire. C'est une douleur qu'on sait atroce, une dégradation sans pareille. Simultanément, par la parole et le "courage des faibles", l'héroïne parvient à sauver quelque chose, à agir, à tenter de se redresser. Elle dialogue avec son aggresseur, et els mots ont la banalité puissante du vécu. L'Autre n'est pas un monstre terrible dans le sens où l'entendent les oeuvres quelconques. C'est aussi un homme qui existe, qu'elle reverra, et en même temps une créature symbolique que la police ne retrouvera jamais.
Puis vient l'après, la sollicitude qui console et l'indifférence qui blesse, la volonté coûte que coûte de survivre dans un quotidien douloureux. Le temps n'apporte aucune réponse, ce n'est qu'un enchaînement de souffrance physiques puis morales qui ne s 'arrêteront pas. Mais l'auteur continue. Après une verve corrosive et qu'on devine désespérée, elle ose analyser son cas avec sa plume incisive et son esprit agile, le relier à sa vie passé.
D'un côté, l'expérience de son travail d'éducatrice, un travail de titan toujours recommencé face à des voyous grossiers et brutaux ; aucun miracle n'a lieu, on n'est pas ici dans le film édifiant, la classe de la jolie institutrice ne sera pas sauvé apr son charisme débordant, mais elle continue, elle persévère, c'est son rôle, et elle connait la joie laborieuse de résultats médiocres mais réels, bien loin des clichés édifiants ou des desespérances vulgaires. De l'autre, le crible d'une culture subtile et personnelle, toujours ancrée dans le vécu. Tout ceci concourt à verser d'une traite une oeuvre marquante, jusqu'à une conclusion qui nécessairement ne conclut rien du tout, sinon quelque deux cents pages d'un talent certains.
Commentaires, remarques, seront les bienvenus, etc...
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Dernière mise à jour par : JWRK le 15/01/04 22:40
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Réponse au Sujet 'De l'inconvénient d'avoir été violée' a été posté le : 15/01/04 22:52
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Précisons, il s'agit donc du livre "De l'inconvénient d'avoir été violée", de Florence Féroé, édité chez Albin Michel. Je précise pour ceux qui sont venu sur ce fil par le biais de la liste des sujets actifs, et n'ont donc pas vu le sous-titre.
Que dire de plus que Jean-Wilfried ? Ce livre sensible et posé porte un certain humour en filigrane, perceptible dans le titre, un humour grincant qui doit être un des ingrédients de la survie de Florence Féroé. Cela n'en fait pas pour autant un livre drôle ou léger, attention, c'est plutôt comme un blindage.
Et ce livre est extrêmement utile en ce sens qu'il donne à voir la façon dont sont généralement traîtées les victimes de viol, et c'est pas du joli.
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Dernière mise à jour par : Schmorgluck le 15/01/04 23:27
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-------------------- Citation :<Smurk> Tu es trop sérieux, Schmo.
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