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JWRK

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   Les lys fanés a été posté le : 09/01/04 17:41
LES FANTASSINS


I


Le descendant du monstre né des vagues sombres
A mené ses armées aux confins occitans,
Et son peuple du Nord, comme un cœur palpitant,
Est l'ivre naufrageur de l'empire qui sombre.

Car les hommes du Rhin sont, conquérants sans nombres,
Du vieux pays nouveaux maîtres et habitants,
Et le pâle hobereau d'Aegidius héritant
A fait taire sa voix qui demandait les Ombres.

Remy, saint, prosternant à ses pieds le Sicambre,
A tressé la couronne où le lys d'or se cambre,
Et le trône à choisi de Paris les ruelles.

Ainsi du sang versé naît le sang bleu des princes,
Et naît, quand des terreurs la lourde chaîne grince,
Des saliques guerriers la dynastie cruelle.

II


Les régions désolées ont tremblé sous son règne,
Qui ensanglante ainsi les bois et les labours,
Qui incendia la ferme et dévasta le bourg ?
Le Prince de Neustrie que tous ses frères craignent.

Alors que ses neveux sont chauds encor et saignent,
Le roi qui fit enfant de Soissons son séjour,
Par le feu, de son fils a achevé les jours,
Dans la fumée terrible dont les airs s'imprègnent.

Si, dédaignant son fief, partage héréditaire,
Il convoitait les villes, les ors, et les terres,
Son âme ne serait que la noirceur d'un Franc.

Mais la France naissant chez son roi dernier-né,
A fait croître la haine et l'orgueil effréné
Qui plus que Ragegonde a maudit le tyran.

III


L'un, timoré, mourut sans rester d'héritier.
L'autre, artiste bâtard, fut sanglant souverain,
Le troisième captif de deux peuples du Rhin,
Et, eux morts, Gontran eut le pays tout entier.

Ni brave ni savant, ni pleutre ni altier,
Doux mais rude, il avait toujours mordu son frein,
Et les devoirs sacrés par ses frères enfreints,
Le remplirent de peur, de calme et de pitié.

C'est un vieillard lassé des guerres meurtrières,
Protégeant ses neveux : que leurs deux lignées fières,
Luttent, tel est la crainte du frêle vieillard.

Mais qui contre l'Histoire est ce vétilleux roi,
Et contre l'injustice l'espoir et le droit ?
Pleure, vieux Franc, tes terres livrée aux pillards.

IV


Honte à toi, roi perfide aux fureurs sanguinaires,
Honte à toi, sang damné des Monstres de la grève,
Honte à toi, qui rompit contre les tiens la trêve,
Et stipendia contre eux des tueurs mercenaires.

Le vieux roi d'Orléans, voix rauque et débonnaire,
Avait malgré son âge gardé quelques rêves.
Mais de ses bras tendus l'étreinte fut trop brève,
Et l'aigle belliqueux de ton fiel fit son aire.

Fils d'une reine haïe, tu fis tien son poison,
Et tu perpétua ses meurtres à foison,
Avilit ta lignée, dévasta tes domaines.

Que l'avenir ne voit en toi qu'un être noir,
Le vaincu de Dormelles parjure et couard.
Honte à toi, dur reflet des bassesses humaines.

V


Il est l'unique Roi, l'arbitre des nations,
De l'Eglise et des serfs le généreux secours,
Le lettré diplomate aux sagaces discours,
Et le guerrier pétri du génie des passions.

Charibet mort, la France est en sa possession.
Il la gouverne en juge auquel le peuple accourt,
Et dans tous ses Etats il déplace sa cour,
Où les ambassadeurs viennent en procession.

Sourd aux flagorneries du chef Wende insurgé,
Attentifs aux suppliques, aidé des clergés,
Conseillé par l'Orfèvre, il ciselle ses lois ;

Et, dans l'or retrouvé dont sa pourpre est drapée,
Sous la légation juste du brillant Eloi,
La monnaie de valeur où sa face est frappée.


Dernière mise à jour par : JWRK le 10/01/04 12:23

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LES CAVALIERS


VI


La France a renversé son cavalier brutal,
Soissons et Boniface ont oint son nouveau maître ;
Alsaciens et Saxons n'ont pu que se soumettre,
Face au roi descendant des grands ducs de Herstal.

Son père avait brisé d'un triomphe total,
La lance sarrasine assassinant les prêtres.
A Saint-Hilaire enfin déboutant l'assaut traître,
La Gaule il unifia dans son souffle vital.

Mais déposant le sang des fils de Dagobert,
Et contre les Lombards portant glaive et haubert,
Pour que son imposture ait l'appui de la Croix ;

Il a, son tour venu, fondé le sang glorieux,
Où s'abreuve le rêve des temps laborieux,
Et avec lui s'achève trois sicèles d'effroi.

VII


Un nouvel éléphant a franchi l'Italie,
Le cor cataphractaire inquiète les chaumines
Dans la veille Cantabre où la croix d'or domine
Les champs et halliers clairs où fredonnait Thalie.

Charles est victorieux dans sa livrée salie,
A lui vient le légat tout revêtu d'hermine ;
La morgue de Byzance aujourd'hui se termine,
Et la Rome de l'Est au Roi des Francs s'allie.

Le chasseur d'ours enfin est un roi triomphant,
Et le destin sublime met sous ses augures,
L'Empire qu'il partage entre ses trois enfants.

Serviteur de Léon, d'Alcuin maître loyal,
Dans les eaux sombres d'Aix mourut l'homme royal,
Et l'Histoire parut dans sa vieille figure.

VIII


Louis le pieux, chasseur jeune, honnête et courageux,
Récitait le latin, le grec et la justice.
Les morts de sa fratrie du trône l'investissent,
La fierté lui venait de son père ombrageux.

Vieillard, il voit au loin le malheur nuageux,
Ses fils l'ont outragé d'un complot subreptice,
Et sur son trône en ruine leurs règnes bâtissent,
Lors son palais sordide est un carcan neigeux.

Il rêvait de la paix, renonça aux combats,
Et à genoux devant le Seigneur il tomba,
Embrassant des ses voies la volonté terrible.

Mais les moines cupides ont pillé le trône,
Et la guerre a germé sous sa propre couronne.
Qu'est le rêve d'un Roi contre un destin horrible ?

IX


Le serment fut rompu que les deux rois prêtèrent ;
l'Empire désuni retourne aux grands fous blancs,
Le joug des faims hante les gueux en redoublant,
Et le péril barbare la mer et les terres.

Sous l'assaut des Normands l'honneur a dû se taire,
Et Paris rançonné n'est qu'un hameau tremblant,
Et le pouvoir blessé n'est plus que faux-semblants,
Et le chaos s'empare des fiefs de Lothaire.

La France naît ainsi de larmes et de morts,
Quiercy-sur-Oise fonde un âge sans remords,
Où se succéderont despotes et pillages.

Mais un jour ce pays aux lois encor saliques,
D'un passé si cruel oubliera les reliques,
Et tuera les corbeaux voguant dans son sillage.

X


Les perfides clergés ont détrôné leurs maîtres,
L'or volé par les clercs affame le pouvoir,
Et les prélats d'antan qui offraient le savoir,
Au roi sacré par eux cessent de se soumettre.

Et les Grands, orgueilleux, que soutiennent leurs lettres,
En soulèvements fourbes oublient leurs devoirs,
Ils amènent le temps qu'on ne croyait revoir,
Et, naguère loyaux, n'acceptent plus de l'être.

Le roi simple d'esprit, bègue et méticuleux,
Timide, eut cependant l'esprit miraculeux,
De contenter la Saxe et refuser l'Empire.

Et le temps se poursuit ; le mors entre ses dents,
L'Etat avance encor de son pas obsédant,
Et survit dans la peine en attendant le pire.

XI


Comme un lointain rappel, Louis et Carloman,
Partagèrent la France léguée par leur père,
A l'un revient le Nord froid que les mers tempèrent.
A l'autre le Juras et le monde roman.

Cependant leur union qu'inquiète l'Allemand,
Malgré le front commun de la royale paire,
Titube ; et le pays de ses chefs désespère,
Quand paraissent les knörr inexorablement.

La Provence rebelle refuse la paix,
Et l'Abbé veut soumettre le trône sapé.
Il a fallu céder la Meuse au Germanique.

Quand d'un an au suivant enfin tous les rois meurent,
Quand le pouvoir vacille, il souffle en ses demeures,
Le néant des déclins et la frayeur panique.

XII


L'espoir est un flambeau. Quand nos cœurs s'y embrasent,
Et que les yeux nous brûlent des chaleurs nacrées,
Il nous montre la nuit redoutable et sacrée,
Et nous taisons peureux nos souffles et nos phrases.

Telle est la lueur brève que l'histoire écrase :
Charles pendant quatre ans l'Empire nouveau crée.
Mais quand dans l'Est s'insurgent les forêts ocrées,
Paris ne défend pas ses faubourgs que l'on rase..

Tel est le sort d'un règne pourtant généreux.
L'empire Franc devient rêves cadavéreux,
Enterré moribond sous le présent coupable.

Tel est le sort qu'en vain cachent les gaies ballades.
Des troubles dynasties naissent des rois malades,
Qui abdiquent, honteux, fourbus et incapables.


Dernière mise à jour par : JWRK le 10/01/04 12:27

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   Réponse au Sujet 'Les lys fanés' a été posté le : 09/01/04 17:46
BLANCS ET NOIRS



XIII


Un nouveau sang vainqueur aspire au plus grand sacre,
Né du comte fait duc, traître tué en brave,
Qui combattit les peuples aux larges étraves,
Et les Bretons rétifs en de vaillants massacres.

Six mois durant, parmi les cris, les fumées âcres,
Sous son commandement, la robuste architrave
Des portes de Paris repoussa l'assaut grave
Des Normands, dont les camps couvraient plus de cent acres.

Enfin, quand il fut vu, fils de Robert le Fort,
Echappé au blocus, revenir en renfort,
Avec des milliers d'hommes et d'immenses honneurs,

Alors il devint clair à ce glorieux spectacle,
Qu'aux règne robertien il n'était plus d'obstacles,
Et l'évêque de Sens oignit le suborneur.


XIV


Le joug du frère d'Eudes, funeste endormeur,
Fut jeté bas soudain, quand le roi cria : Non.
Et contre le cadet du Fort fit Haganon
Conseiller du royaume en dépit des clameurs.

Et le sang révolté de la lignée qui meurt,
S'insurge avec force contre l'autre nom
Où la France a plus foi que dans le vieux renom.
Des rois fils de l'Empire qu'on appelle affameurs.

Face aux forces suprêmes du prince posthume,
Survivent les succès d'un règne d'amertume :
Saint-Clair-sur-Epte achète la fin des assauts.

Mais Raoul, plus puissant, a volé la couronne,
Et le vrai roi mourra dans la tour de Péronne,
Prisonnier méprisé de ses propres vassaux.


XV


Comte de Tours, de Blois, d'Anjou et de Paris,
Maître noble et laïc des plus grands monastères,
Marquis proclamé, Roi des plus grands feudataires,
Duc des Francs que nomma le roi au sang tari,

Robert, face à l'enfant, roi, de dédain a ri.
Contre Charles se liguent les contestataires,
Mais le sang du duc Fort fut versé sur la terre,
Et Charles triompha parmi les hourvaris.

Voici le châtiment des ambitions traîtresses,
Et des rois condamnés ; de tous France est maîtresse,
Tous en sa main terrible sont jouets chétifs.

Car la même bataille où chut l'usurpateur,
N'offre que peu d'espoir au roi triomphateur,
Bientôt fait pris par traîtrise, spolié et captif.


XVI


Le pays dévoré par les menées cupides
Est possédé du fils du duc dit Justicier,
A ces temps de carnage il est tout initié,
Et en luttes s'épuise son règne rapide.

Les combats ont repris sur les fleuves limpides,
La longue-épée Normande montre son acier.
Vient l'assaut des Hongrois au visage émacié,
Et Herbert a prit Laon, traître deux fois turpide.

L'Oiseleur a conquis les glèbes de Lothaire,
La France est décharnée de ses plus belles terres,
Et Fauquembergue efface les vieilles victoires.

Mais tous ces combats d'une invincible rage,
Il fut le guide ardent d'un peuple et son courage,
Tel le fanal sauveur au haut du promontoire.


XVII


Réfugié au pays de l'Ancien son parent,
Il revint pour saisir le grand sceptre hypocrite,
Qu'Hugues lui tend dans l'ombre, et duquel il hérite
De son père le Simple en monarque apparent.

Mais l'enfant de seize ans osa, en séparant
Du pouvoir tant voulu le serpent qui l'abrite,
Montrer son sang royal et briguer son mérite,
Incarné dans sa force et son coeur effarant.

Le Duc de Normandie, le Duc Tête d'Etoupe,
Et le Duc de Bourgogne menèrent leur troupe,
Sous ses ordres auxquels Otton se rallia.

Et avec ce soutien du frère de Gerberge,
Une entrevue royale au long des brunes berges,
Par les rets du serment son ennemi lia.


XVIII


Un cheval fou brisa le roi qui de ses rênes
Avait tenu le Grand sans faiblir ni céder,
Et pleuré des français le noble décédé
Laisse deux héritiers à sa lignée pérenne.

Mais après l'élection Hugues et sa mère Reine
S'unirent malgré eux pour le déposséder
De la force à laquelle il eut du accéder,
Et qui, le Robertien mort, vint à la Lorraine.

Aux Etats Germaniques la maison Saxonne,
Règne depuis longtemps, et leur prince en personne
Convoite désormais les terres de son gendre.

Et sa femme insensée, ventre fourbe et vorace,
Nuit au sang des Pépins et même le terrasse
En enfantant le fils que son époux engendre.


XIX


Dernière précaution pour perpétuer son règne,
Rempart risible et vain contre la chute affreuse,
Dérisoire projet des dynasties peureuses,
Lothaire fit sacrer son fils Louis à Compiègne.

Il a compris l'horreur que son sort nous enseigne
Mère, Emma, es-tu fière de tes privilèges ?
Qu'au moins ta perfidie de roturière allège,
La honte dans la laquelle le roi se tord et saigne.

Oui, c'est toi, la Catain né des reines rebelles,
Qui a tué l'Enfant confié à tes mains belles,
Et du sang de l'Empire à jamais fait néant.

Ce sont ces mains serrées autour des gorges roides,
D'une France qui vit ses heures plus froides,
Qui étouffent le roi que l'on dit Fainéant.


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LES FEMMES


XX


Réunis à Noyon, les deux Gaules méfiantes
Se sont rendus au choix de l'Aurillacien.
Aldabéron le sage, son tuteur ancien,
Le couronne dans Reims aux voussures brillantes.

Le nouveau roi est noble, et de piété souriante,
Pauvre, comme ont pu l'être les grands patriciens,
Fort, fondateur de ceux qu'ont nommera les siens,
Sagace, et cependant plein d'audaces criantes.

La Normandie, l'Anjou lui échappent ; qu'importe ?
Il sourit en voyant Eudes comte à ses portes.
Et sa bravoure acquiert l'amitié et la gloire.

Son fils auprès de lui trouve un modèle immense,
Et sacré par ses soins, son règne recommence,
Quand à cinquante-huit ans il meurt près de la Loire.

XXI


Gerbert a bien formé le prince fait lettré,
Dont la voix mâle et belle s'élève humblement,
Et dont l'esprit subtil n'élude ni ne ment,
De valeur impassible et de foi pénétré.

Combattant la noblesse loin des lieux feutrés,
Où il eut préféré vivre paisiblement,
Il repoussa toujours les princes allemands,
Poursuivant le combat par son père montré.

Treize ans il dut lutter pour la grande Bourgogne,
Que convoitait Othon l'héritier sans vergogne,
Et ce combat fut dur qu'il mena sans relâche.

Aussi put-il connaître la vieillesse heureuse
Que lui avait acquis une vie valeureuse,
Et que souvent ne volent au sort que les lâches.

XXII


Le roi chargé d'honneurs n'est qu'un géant chétif.
Le royaume est immense, et ses terres étroites.
Des remparts de Paris il peut voir à sa droite
La Champagne, et à gauche le Comte rétif.

Le trône est dans les vues de son frère émotif,
Dont la révolte rouée et pourtant maladroite,
Chafouine lourdement, ne resta jamais coite,
Soutenu par sa mère aux infâmes motifs.

Des siècles de douleurs à l'horizon s'avancent,
Dans l'Est abandonné au fils de la Provence,
Et dans l'Ouest insurgé qui vainc à Mortemer.

C'est alors que paraît, dans sa beauté sérieuse,
Anne fille du roi des terres mystérieuses
Et dont les berges rudes bordent d'autres mers.

XXIII


Sa mère, qui parlait le grec avec aisance,
Venait d'un pays sage où les ors qui abondent,
N'empêchent pas l'essor d'une industrie féconde,
Et qui tenait l'appui de la noble Byzance.

Et l'on crut, que malgré sa grasse suffisance,
Le nom qu'on lui donna venu de Trébizonde,
Comme un vent qui sublime le calme des ondes,
Oterait tout propos aux fourbes médisances.

Mais l'adultère immonde a dans ce corps gonflé,
Brûlé dans ses méandres les derniers reflets,
Du roi qui subsistait dans le rustre animal.

Et ce mangeur oisif régnant des balustrades,
Sous la lubricité dont le dompte Bertrade,
Ne peut plus discerner, maudit, ni bien ni mal.

XIV


Seul le moine enfanté sous la chaumière serve,
Qui a, en pénitent prosterné d'hébétude,
Ouvert son bel esprit aux meilleures études,
Au service du cœur qui toujours nous observe,

Lui qui, n'ignorant rien, de Pyrrhus ou Minerve,
Sait pourtant tout du siècle et de ses servitudes,
Familier de son roi et de ses habitudes,
Connaît subtilement le fardeau qui l'innerve.

Il sait quel sacrifice coûte à l'éveille,
Le but soutenu par ses humbles conseillers,
Et le terrible ouvrage où s'épuise son maître ;

Et quel homme solide, intègre et généreux,
Consent à ne jamais trouver trop onéreux
Son sang toujours versé pour ce qu'il doit promettre.

XXV


La vierge d'Aquitaine offrit à son mari
Une dot où la France grandit et prospère,
Sa beauté, son sourire et le sang de son père,
Et son esprit charmeur qui jamais ne tarit.

La Reine débauchée, abandonnant Paris,
Que doit chasser un roi qui l'aime et désespère,
Et les amants nouveaux, qui à la cour soupèrent,
Préparent les combats comme un hideux pari.

Le vieux prieur est mort dont la voix douce et sage,
Suivait partout le roi dans ses mornes passages,
Qu'il effectuait au cœur des provinces fidèles.

Mais le bon protecteur du pauvre et du proscrit,
Recevra l'héritier au front duquel s'inscrit,
Son futur, dans les bras de la vertueuse Adèle.


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LES BRAVES


XXVI


Celui qui regrettait les ères impériales,
A restauré l'Etat par son souhait absolu,
Et l'âge des seigneurs désormais révolu
Cède la place au temps de la splendeur royale.

L'Eglise, les bourgeois, les fratries seigneuriales,
Tous ont cédé face à son pouvoir résolu,
Et les Plantagenêts le trône dissolu
Vacille ; en vain le pape rend ses mercuriales.

Sage gérant des terres confiées à sa garde,
Il comprend tout du monde que ses yeux regardent,
Lui pour qui les vieux livres gardent leurs mystères.

La Flandre, Otton, l'Anglais, rassemblés à Bouvines,
Et profanant en lâches la trêve divine,
Plient devant ses armées et sa bravoure austère.

XXVII


Comme un lion s'éloignant de ses proies égorgées,
Du Sud Cathare partent les soldats vainqueurs.
Leur roi ramène à Blanche de Castille un cœur
Dont la légende s'est dans les combats forgée.

Au Languedoc les vignes de nectar gorgées
Ont soûlé ses armées de leurs lourdes liqueurs.
Les Purs ont abjurés sous les affronts moqueurs,
Ou la flamme a ravi leurs âmes insurgées.

Le Rouergue soumis à sa longue bannière,
Il y avait pu voir ses batailles dernières.
Mais il fut au retour prit d'un mal assassin.

C'est ainsi qu'il mourut au château Montpensier,
Jeune titan superbe, immense et outrancier,
Dévoré par son père, éclipsé par le Saint.

XXVIII


Heureux celui qui règne par la paix sereine,
Et renonce au combat pour juger et bâtir.
La candeur perspicace qu'il doit revêtir,
Est le fier héritage de sa mère reine.

Le serment lui donna l'Anjou et la Touraine,
Le Maine, que Philippe avait dû investir,
La Normandie, l'Anjou ; et sans heurt et sans tir,
Il couvre la Provence de sa longue traîne.

Protecteur du Royaume, il l'épure et l'ordonne ;
Car s'il absous les siens, jamais il ne pardonne
La débauche, l'orgueil, le parjure et les duels.

Sachant son peuple enfin libre, riche et puissant,
Il étendit son bras jusqu'aux ports du Croissant.
En livrant sa beauté aux doigts laids et cruels.

XXIX


Alors une voix dit : que l'étendard en fleurs
Couvre le Vivarais et ses sombres halliers,
L'apanage d'Alphonse à mon sceptre rallié,
Les châteaux du Berry, les grèves de Harfleur.

Que tout le Lyonnais plie devant nôtre valeur,
Et le vieux Languedoc aux nobles chevaliers,
Et que par le pariage soient miens cent alliés,
Dont mon père manqua dans un si grand malheur.

Et que, pendant les joutes qu'il me faut mener,
La reine de Brabant et son bel Adenet,
Abreuve de l'esprit les forces de mon temps.

Alors, s'il me fallait tomber dans les défaites,
Et mourir dans la boue ayant connu le faîte,
Subir un sort injuste, je serais content.

XXX


L'orgueil a dépassé les vastes altitudes,
Où l'œil profond du roi accompagne l'autour.
Il songe, et fait soudain, dans ses royaux atours
Face à celui qui règne sur les multitudes.

Une famille impie aux noires attitudes,
Convoite l'or toujours par de trompeurs détours,
Et la chair impudique au secret de sa tour,
Que la Seine côtoie de sa morne amplitude.

Le roi ne tremble bas. Il sait sûrs ses légistes.
Roi, souviens-toi du sort de Tantale et d'Egisthe !
Le roi reste fier. Roi, tremble, repens-toi !

Le roi reste debout, fait gifler Boniface,
Il croit par son pouvoir survivre quoi qu'il fasse.
Mais son décès promis le trouvera pantois.

XXXI


Pesez, Louis, ce que c'est que d'être roi de France.
Il est doux d'épouser, dans l'été délicieux,
Clémence, et d'accepter un fardeau si précieux
Mais on le doit payer de honte et de souffrance.

En vain les chroniqueurs chantèrent l'espérance
D'un règne calme et doux dont on priait les cieux.
Les nobles ont cessé leurs hommages gracieux,
Et font pendre Enguerrand pour de fausses errances.

Les Grands ont imposé par leurs lourdes factions,
Les chartres, la disgrâce et les révocations.
A leur tête est son oncle, fourbe légitime.

Deux ans Louis Dix vivra, dévoré par ses pairs,
Si son fils espéré ne lui survit, il perd
Tout. Le sort est jeté. France, que de victimes !

XXXII


Nul ne naît sans dessein aîné de branche aînée,
Et nul n'est oublié après l'avènement,
Et nul ne vient au monde royal vainement,
Et nul ne décevra cette joie effrénée ;

Et les larmes de deuil de la France peinée,
Se tairont dans la grâce qui jamais ne ment,
Et l'enfant sera roi qui dort sereinement,
En plissant ses paupières qu'un jour a gênées.

Oui, l'histoire aujourd'hui, sur cet enfant posthume,
Pose sa main aux doigts d'espoir et d'amertume.
Sur les siècles futurs sera son ombre immense;

Ainsi, sous les voussures du vieux Louvre noir,
Songe, arpentant l'écho d'un petit promenoir,
Dans ses sombres vêtures, la reine Clémence.

XXXIII


Philippe aux tailles hautes se rêvait régent
Et l'oncle de Bourgogne soutenait sa nièce,
Et celui de Valois voulait pour sa vieillesse
Le trône ; Mais le roi circonvit tous ses gens.

Avec les partisans que lui fournit l'argent,
Il put, devant le groupe des robins en liesse,
Voire son effigie martelée sur les pièces,
Même si pour cela avait dû mourir Jean.

Puis il organisa l'Etat nouvellement,
En déchargeant des Comptes le vieux Parlement,
Et tenant à Poitiers des Etats généraux.

Puis, après six années d'un petit règne vain,
La mort fut annoncée du premier échevin,
Cet aigrefin commun descendant de héros.

XXXIV


Pour la deuxième fois le lys n'a pu filer,
Un droit nouveau est l'œuvre des anciens légistes,
Et Charles, las d'être le témoin qui assiste,
Anodin, aux débats, veux montrer qui il est.

La gloire lui vendra par le glaive affilé !
L'Anglais veut la Guyenne et ses collines tristes,
Mais en vain aux Valois ses combattants résistent,
A Agen où convergent trois grands défilés.

Ami de Jean Vingt-Deux, aspirant à l'empire,
Désireux de se rendre au levant où s'empire
Le sort des armes, pour mener d'autres campagnes,

C'est un roi brave et bon, qui finit dans la paix,
Mais la fin est venue du vieux sang des Capet,
Par la malédiction qui toujours l'accompagne.


Dernière mise à jour par : JWRK le 10/01/04 13:24

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LES LACHES


XXXV


Il était le neveu du Bel autoritaire,
Comte de Barcelone, d'Anjou, de Valois.
Les Saliens derrière eux avaient laissé la loi
Qui l'institua roi, écartant l'Angleterre.

Alors, reconnaissant dans son brillant parterre,
Les chevaliers du Perche, les bourgeois lillois,
Les seigneurs provençaux, les notables de Blois,
Il trembla, en voyant dans ses mains tant de terres.

Il apporta sa foi dans son ancien palais,
Où sa force soutint la chute de Calais
Le drame de l'Ecluse et celui de Crécy.

Ce roi honnête et bon, fût-ce contre les siens,
A Cassel triompha comme un vrai Capétien,
Mais mourut en laissant un royaume imprécis.

XXXVI


Prodigue, querelleur, laid, prompt à la colère,
Dominé par Boulogne et par le Luxembourg,
Roi d'un pays blessé, mutilé de cents bourgs,
Tel est Jean, que les deux mauvais comtes volèrent.

Hésitant, proférant des paroles peu claires,
Il les punit à peine, et lança, au rebours,
Une guerre perdue dévastant les labours,
Et la prison de Londres fut son seul salaire.

Il fut captif d'un roi déshonnête et avare,
Cerné par ses armées, trahi par la Navarre,
Ne laissant à Paris que le premier dauphin.

Mais son cœur est si grand, et ses mots si célèbre,
Que quand la bonne foi, dans un cri de ténèbres,
Vacille, on voit pâlir tous les hommes – sauf un.

XXXVII


L'Enfant que menacèrent Etienne Marcel
Et l'évêque Le Coq, ayant fuit leur tutelle,
A la mort du Prévôt pardonna leur cautèle,
En homme de clémence et sage universel.

N'étant plus menacé par les fourbes recels,
Il fait œuvre de roi qui bravement s'attelle
Aux œuvres les plus dures. Sa valeur est telle,
Que de sa suite austère elle devient le sel.

Or, si ce roi chétif à sa frugale table
Cite Aristote, il est maître du Connétable,
Dont le bras rétablit Trastamare en Castille.

Et si Bertrand mourut pleuré de la nation,
Ce fut en assiégeant la dernière bastille,
De ceux qui complotaient pour sa séparation.

XXXVIII


Les Oncles de Bourbon, d'Anjou et de Berry,
Pour mieux dilapider le fruit des impostures,
Du prince corrompirent l'honnête nature,
Dans la lourde débauche des mets et des ris.

Mais les flammes du bal où son frère périt,
Brûlèrent sa raison en ses velues vêtures,
Et en vain à Saint-Pol des essaims de voitures,
Portèrent les docteurs les plus savants quéris.

Les crises sont nombreuses, et dans leurs pénombres,
Le roi damné néglige les fiefs qui sans nombres
Tombent entre les mains des vainqueurs d'Azincourt.

Mais plus terribles sont quelques instants lucides,
Où il voit impuissant un combat fratricide
Des morts de ses féaux ensanglanter sa Cour.

XXXIX


Les collines pelées, abruptes et fleuries
Comme des dents trapues encadraient Castillon.
Au loin, chez les Anglais, montait le cri "Fuyons",
Et ici le chant rauque des artilleries.

Jeanne avait succombé, mais la cavalerie,
Dans les rangs défenseurs perçait d'affreux sillons,
Et le Dunois vengeur, en sinistre lion,
Poursuivait le carnage aidé des batteries.

Alors, comme le soir apportait le silence,
On vit ce qu'avait fait la pucelle et sa lance :
Le dauphin exilé s'était fait roi certain.

Alors la paix le fit roi noble et magnifique.
Et de Beauté, la Dame en sa Cour prolifique,
Le fit prendre toujours les édits opportuns.

XL


C'est une flamboyante et ténébreuse paire,
Un roi et un vassal, l'Ordre et la Liberté,
L'un régnant par l'esprit, l'autre par sa fierté,
Unis dans un combat hérité de leurs pères.

Des forces souterraines en Europe opèrent,
C'est le dernier combat, tacite et concerté,
Opposant par les armes et les apartés
Le seigneur de vaillance et celui des compères.

Triomphant, le Valois est un souverain juste,
Dont la gloire n'est pas la livrée ni le buste,
Mais son cœur méprisé et son génie puissant.

Commander noblement la ville et la campagne,
En étant surnommé le renard et l'aragne,
C'est être plus qu'un roi, un esprit agissant.

XLI


Les Beaujeu lui laissèrent un pays paisible,
Prospère, grand, soumis à ses commandements,
Capables d'effrayer les princes allemands,
Par son immense armée et sa force ostensible.

Ce roi était un roi serein et invincible,
Sur son cheval chassant ou luttant calmement,
Et son règne aurait pu durer heureusement,
Sans la stupéfaction d'un accident risible.

Malgré la dévotion des vaillants capitaines,
Il avait du s'enfuir des provinces lointaines,
Dont le sang d'Aragon lui avait fait présent.

Et le linteau d'Amboise a fracassé sa tête,
Où bouillait le sang noble de la reconquête,
Et le sang détrôné qui régna cent treize ans.


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ORLEANS


XLII


C'est en vain que la guerre, et la maison d'Autriche,
L'Aragon, qui n'accepte plus de se plier
Au serment consenti, et les traîtres alliés,
L'Angleterre, le Pape et Venise la riche,

Ont blessé par l'épée les hameaux et les friches,
Car l'héritier du roi mort en ses escaliers,
Brandissant de sa foi l'immense bouclier,
Protégea son pays sur l'étroite corniche.

Son règne, que servirent des baillis vertueux,
Prépara la fortune des siècles somptueux.
Et le peuple y vécut laborieux et allègre.

Etrange destinée ! Le fils d'un doux rimeur,
Qui perdit ses armées aux sanglantes clameurs,
Guida son peuple heureux vers des fiertés intègres.


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LES PRINCES


XLIII


C'est le roi cavalier, ménestrel et danseur,
Le protecteur des arts, le causeur élégant,
Qui du fauconnier sombre sait prendre les gants,
Et près de ses Lecteurs être docte penseur.

La belle poétesse, la lettrée, sa soeur
De sa jolie Navarre peuplée de brigands,
Est son soutien chéri, et tous les intrigants,
Hésitent à trahir ce preux et gai chasseur.

Les fastes, les châteaux qui grèvent les finances,
Servent autant son règne que ses ordonnances,
Dans la splendeur furieuse qu'il a revêtue.

Mais quand le Protestant, le Noble ou l'Etranger
Bravent sa Majesté par l'outrage invengé,
Alors, l'oiseau sublime s'abat, frappe et tue.

XLIV


Le tournoi a fini ; le prince aux armes fières
Portant le blanc des rois et le noir de Brézé
A reçu de la mort le sinistre baiser,
Et la lance rompue a percé sa visière.

Dans le château ses cris peuplent dix nuits entières.
Un œil est arraché ; l'autre n'est que braise ; et
Même Ambroise Paré, de son art malaisé
Ne sait pas refermer la plaie rouge et altière.

La lutte se poursuit ; Diane en pleurs voit mourir
Un cœur jeune et ardent, la blessure pourrir,
Et l'âme peu à peu quitter le corps livide.

La lutte est achevée ; la mort a triomphé,
Dans les plis du tourment que ses doigts gris ont fait
Déformer le visage, et dans l'orbite vide.

XLV


Le souverain, captif de sa Cour et son corps,
Est faible par l'esprit et par ses jambes grêles.
Qui forment, à l'instar de son long torse frêle
L'image d'un dauphin faible et trop jeune encor.

Ses deux oncles, ayant extorqué son accord
Prétextant, ces vautours, le couvrir de leur aile,
Contre les mal-servants embrasent des querelles
Qui des Guerres rallument le sombre décor.

Bourbons, Montmorency, la Banquière, Condé,
Contre celui des Guises ces noms ont grondé,
Mais Amboise a noyé leurs voix dans un tumulte.

C'est alors que mourut le triste et faible enfant,
Avili jusqu'au fiel dans l'hiver étouffant.
Quand le conflit repris ensanglante les cultes.

XLVI


Les combats éternels, la tueries de Wassy,
Ont fait mûrir un roi qu'on jugeait trop volage,
Et l'expérience fut pour lui forgée par l'âge,
Aux feus de Longjumeau, Saint-Germain et Poissy.

Et le vieux connétable, à ses côtés assis,
L'aide à tenir les rênes du vieil attelage.
La trêve rend l'espoir aux paisibles villages,
Qu'il avait visités sur la route en lacis.

A Mons pourtant échoue en armes la réforme,
Et les Guise font tuer leurs chefs pendant qu'ils dorment,
Au lendemain des noces et de l'attentat.

Lorsqu'au petit matin, la Royauté turpide,
Réalise l'ampleur de paroles rapides,
Charles sait qu'a vécu le règne qu'il tenta.

XLVII


Ce fut une aventure pétrie de tocades,
De mignons débauchés qui servent le clergé,
De poètes, de fous, et du métal forgé
Tour à tour or joaillier et fer de l'estocade.

Les combats et les trêves firent deux décades,
Que peupla l'Huguenot, le ligueur insurgé,
l'Espagnol. Tolérer, pactiser, expurger,
Tour à tour, il le fit jusques aux Barricades.

Les alliés tournoyaient comme la toile ardente
Qu'arboraient les livrées de sa Cour décadente.
La fraise recouvrait le plastron fait d'acier.

Enfin l'homme qu'avait voulu roi la Pologne,
Qui de Poitiers à Flaix avait tué et gracié,
Fut d'un jeune dévot la macabre besogne.


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LA GRANDEUR


XLVIII


L'accent râblé, qui chante un Dieu persécuté,
Est de ce roi symbole pur et pragmatique,
Un timbre clair, crachant des bons mots emphatiques,
Les psaumes de David et des jurons butés.

Son enfance passée à courir et lutter,
Avec les petits gueux qui lui sont sympathiques,
Dans la montagne pure aux coteaux erratiques,
Ont fait un chef vaillant de ce roi discuté.

La franchise paillarde et l'immense bonté,
D'Henri ont traversé cents périls surmonté,
Sur les champs de bataille d'une étrange errance.

Mais enfin, par amour pour son Dieu abjuré
Ayant conquis la paix et un trône assuré,
Il put offrir aux siens l'Edit de Tolérance.

XLIX


C'est le meilleur des hommes, le pire des rois,
Aimant pincer le luth en une mince bruine,
Croquer d'un trait léger les arbustes en pruine
Et la chasse au faucon dans de lointains endroits.

Trop souvent sous la coupe d'hommes trop adroits,
L'Italien, le l'écuyer et l'oiseleur de Luynes,
Il sut pourtant sauver son pays de la ruine,
En le confiant à l'homme en rouge intègre et droit.

Fuyant comme un proscrit les odieux tapages,
Parmi ses favoris, ses livres et ses pages,
Il mena une vie d'ombre et d'autorité.

Et elle s'acheva comme un songe impassible,
Protégé des complots dont elle était la cible,
Par la nuit de l'histoire à jamais abritée.

L


C'est un règne, et un siècle ; la France certaine
Des victoires acquises depuis Henri Quatre,
Règne sur l'Artois morne et opulent des pâtres,
Et sur Strasbourg matée, et toute l'Aquitaine.

Les drapeaux la saluent même en des mers lointaines.
Le Siam, dont les légats portent des fleurs d'albâtre,
La Grèce, dont les rois repeuplent nos théâtres,
Et l'Espagne ont courbé leurs majestés hautaines.

Les vignes, les moissons, les haras, les pâtures,
Les ports, les ateliers et les manufactures,
Par une œuvre absolue tout est grand, tout est fort.

Et la splendeur des arts et les geôles fétides,
Edifient un pays de palais, de bastides,
Citadelle d'argent qu'a érigée l'effort.

LI


Hercule de Fleury fit d'un oison un aigle,
Ouvrant l'esprit du prince à plus d'un horizon,
Mais le froid maréchal en fit une prison
Voulant plier l'enfant à ses austères règles.

Le roi fut un grand roi, et les plaisirs espiègles,
Que son esprit voyait comme des trahisons,
Furent rares ; les liens qu'aujourd'hui nous brisons
Lui plaisaient ; et le peuple réclamait du seigle.

Quand l'ergot épargnait les paysans frondeurs,
La guerre de Pologne redoublait d'ardeur
Et il fallait sourire, et s'appeler Altesse.

Alors il se dévoua, son bon précepteur mort,
Au travail, aux conseils, aux douleurs, au remord ;
La duchesse à brevet étanchait ses tristesses.

LII


Vergennes, Maurepas, répondant à l'invite
D'un jeune souverain conscient d'être ingénu,
Aidèrent de leur mieux ce trône étrange et nu,
Dans un monde qui change de plus en plus vite.

D'un côté, tous les Grands, rétifs au roi, l'évitent,
Et chaque jour corrompt leurs scrupules ténus,
De l'autre siège un corps cupide et parvenu,
Et l'Encyclopédie qui près de lui gravite.

Humble dans ses livrées qu'orne un cordon illustre,
Louis le sire est timide, poltron et sans lustre.
Le roi, loin des armées, ne sera plus héros.

Mais il veut être Grand ; c'est possible, il le semble ;
Et trahi par Necker, inconscient, il rassemble,
Le Cinq Mai, à Paris, les Etats Généraux.


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   Réponse au Sujet 'Les lys fanés' a été posté le : 09/01/04 18:12
LA FAIBLESSE


LIII


Le roi est seul, hélas, et les ombres sont amples,
La tête de son père a chu dans le panier,
On craint qu'enfant du mal il ne veule régner,
Il suffoque pleurant entre les murs du Temple

Et son visage en pleurs qu'aucun œil ne contemple,
Depuis qu'il fut ôté des mains du cordonnier,
N'est plus qu'ombre et silence au milieu d'un grenier.
Du sort nouveau du monde il doit être un exemple.

C'est le petit martyre d'un roi qu'une porte,
Sous l'ordre d'une loi dite d'une voix forte,
Emmura au milieu d'un pays assiégé ;

Le drame d'une enfance infime et disparue,
A l'ombre des grands drames où hurle la rue.
Et le regard muet, étrange, est si léger…

LIV


L'épopée d'un brigand n'avait laissé que cendres.
Les soldats estropiés revenaient des Europe,
Où les avaient conduit les phraseurs philanthropes.
Les gazettes grouillaient de terribles Cassandres.

Alors, parmi les pompes et le palissandre,
Comme au printemps repoussent les grands héliotropes,
Comme aux Enfers s'échine l'époux de Mérope,
On vit un nouveau roi au trône condescendre.

Et l'esprit des saliens dans un corps disgracié,
Bouffi, podagre, hideux, par son éclat princier,
Sut former l'illusion d'une nouvelle aurore.

Mais le sang est versé ; dès l'an Dix-huit cent vingt,
Les Tuileries ne sont plus qu'un théâtre vain
Où des ambassadeurs fats et ronflants pérorent.

LV


Répugnante ironie des peuples ! Par son bruit,
Alors qu'un renouveau avait réussi presque,
La chambre ridicule, vulgaire et grotesque,
Ecœura même ceux dont elle était le fruit.

Ses esprits suborneurs ont brûlé et détruit
La Charte, et dans Paris, comme une étrange fresque,
Des bandits bariolés, brutaux et pittoresques,
S'assemblent dans l'espoir d'assassiner autrui.

Le tragique est masqué par un carnaval rouge
De bateleurs, d'oisifs, de marchands de carouges.
Les hardes des banlieues élisent des légats.

Alors, l'abdication, immonde et triste fête,
Arriva. La France ivre rit de la défaite,
Et l'on vit sur le siècle marqués ses dégâts.


Dernière mise à jour par : JWRK le 10/01/04 13:34

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   Réponse au Sujet 'Les lys fanés' a été posté le : 09/01/04 18:14
LA FIN


LVI


Que demeurera-t-il des tombeaux profanés ?
Quelques hommes vieillis, entre les pages ternes,
Qu'ils liront aux lueurs d'une vieille lanterne,
Sauront-ils reconnaître ces vieux lys fanés ?

L'imposture, scandale d'un clan de damnés,
Que l'on caricature en un monstre de Lerne,
Oubliés, est la fin ; et les vengeances cernent,
Le sang que seul honore un auteur suranné.

Ceux qui se trompant croient que la gloire des Chouans,
Survivra tout du moins dessinent en échouant,
Dans les airs cependant leur majestés dernières ;

Mais il faut accepter, malgré l'opium des rimes,
Que tout s'achève enfin dans les cris et les crimes,
Que la fin est cruelle et qu'elle est sans lumière.


FIN


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Oph qu ourse

Thorp bonheur



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Membre Dungeon Keeper   Réponse au Sujet 'Les lys fanés' a été posté le : 10/01/04 15:22
Jean-Wilfried, tu manies le sonnet en expert
Et ta fresque vaut mieux que je ne peux offrir.
J'ai de grands compliments, et puis ces quelques vers,
Mais ce n'est vraiment rien face à tant de plaisir.


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"Cet homme poireau est derrière toute l'affaire! Il couvre les aubergines mutantes!"
Lisez Sentaï School !
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Histoires | Amicale informelle des Vieux Pervers Libidineux | Pan Fighters
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Ex-Caribbean : la signature pirate.


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Gerald

fou de bassin



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Homme  Age : 57 ans
Lieu de résidence : Colonia Nemausus

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   Réponse au Sujet 'Les lys fanés' a été posté le : 13/01/04 20:22
Il y a un peu de métrique à vérifier pour ressembler à Hérédia, mais c'est très beau. Ça ressemble tout à fait à ces vieilles gravures où on voyait la carte de France ou le plan de Paris, avec autour les portraits des rois par ordre chronologique, en commençant par Pharamond (il n'y a pas Pharamond? Comment ça il n'a jamais existé? J'aime bien Pharamond moi):

Elu à main levée par les nobles saliens
Il régna sur quelques hectares cisrhénans
De landes et de bois où ses petits-enfants
N'auraient pas voulu mettre un comte palatin.

Ne sachant pas le grec, écorchant le latin,
Ayant pour sénateurs les anciens de son clan,
Il ignorait Martin, Honorat et Vincent,
Priant les dieux des bois et Jupiter germain.

On n'a de lui ni parchemin, ni mausolée,
Et jamais son profil n'a orné un denier.
Mais, roi d'un peuple libre et fédéré de Rome,

Dans ce canton qui aujourd'hui n'est pas en France,
S'il a jamais reçu Honorius ou Constance
Il put leur dire: ici commence mon royaume.


--------------------
Je n'irai, plus tard, ni au café perdre ma santé, ni aux courses perdre mon argent, ni au cinéma perdre mon temps à voir des films dont les héros sont des voleurs et des assassins dignes de mépris.
(Extrait d'un manuel de morale à l'usage des classes, première moitié du XXe siècle)

Karolinus sum.


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   Réponse au Sujet 'Les lys fanés' a été posté le : 13/01/04 21:06
Oph, tes compliments sont loins d'être peu de choses pour moi, et je suis heureux que ces fragments t'aient plu.

Gerald, mon intention n'a jamais été d'égaler José-Maria ; je doute d'ailleurs que ce soit possible, en matière de sonnet. Quand à mes erreurs de métriques, certaines proviennent de ce que j'oublie des mots en tapant mes textes, que je compose toujours sur mon fidèle carnet. Dès lors, il se retrouve toujours plusieurs vers où abondent les fautes d'orthographe, auxquels il manque plusieurs pieds ou qui 'nont aucun sens. Parfois je les remarque et corrige cela, parfois non, car il est assez difficile de relire ses propres textes. D'où les erreurs subsistantes.
Heureux que tu aies aimé, en tout cas.



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