Rose noire

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Les Chroniques de Zafyria a été posté le : 15/12/03 20:44
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J'ai commencé il y peu un nouveau roman, et celui-là, je me promets d'aller jusqu'au bout, pas comme pour L'Épercité, coup d'essai trop bourrin, avec des personnages trop peu humain, sans aucune originalité, sans aucune grande qualité littéraire, bref cette vieille bouse d'Épercité (inutile de vous dire que je laisse tomber, surtout après mon gros pétage de plomb). Pendant un temps, j'ai pensé à refondre complètement le concept (que je recycle quelque peu dans ce projet-ci), et devant ma page désespérement blanche, j'ai laissé tomber pour attaquer Les Chroniques de Zafyria, projet qui me motive et m'inspire beaucoup plus que l'ancien. Bref, si vous avez aimé le début de L'Épercité, vous devriez apprécier ceci.
Pour les commentaires, afin de ne point casser le rythme du récit, je souhaiterais que vous fassiez les commentaires dans le thread qui suit : Commentaires et critiques sur Les Chroniques de Zafyria, lien aussi disponible dans ma signature. Je me réserve le droit de rencarder les modérateurs de la section si ce souhait venait à ne pas être respecté.
Quant au prologue, que je vous livre ce soir, il s'agit d'une première mouture pas de première qualité. Je déteste écrire des prologues, je préfère écrire quand je suis dans le vif du sujet. Aussi serait-il avisé de votre part de ne point fonder votre jugement sur ce prologue .
Bientôt, je livrerai une carte du monde pour pouvoir suivre les tribulations du personnage principal.
Assez causé, j'envoie la sauce :
PROLOGUE
Les Zafyrs peuplaient Zafyria depuis des éons. Ils disposaient depuis toujours d'une technologie avancée et leurs immenses et fières Gigatechopoles, comme ils appelaient leurs cités, étaient un hommage à leur savoir-faire. Malgré cela, ils restaient humbles et communiaient avec les forces naturelles, si bien que les cités zafyres étaient un subtil équilibre entre les immenses bâtiments, les arbres séculaires et les somptueux jardins renfermant des espèces végétales issues des quatre coins de Zafyria. Ainsi les Gigatechnopoles étaient-elles souvent surnommées les Cités d'Émeraude par leurs habitants. Cette peuplade civilisée connaissait la paix depuis toujours, et l'environnement idyllique des Cités d'Émeraude n'était pas pour réfréner les élans naturels de bonté des Zafyres, bonté incarnée, tout comme la générosité et beauté d'ailleurs, par la divinité commune à tous qu'était Jaëlle. Ceux-ci étaient d'une solidarité sans faille, ne laissant jamais l'un des leurs vivre dans des conditions précaires ou dans le malheur. C'était leur plus grande valeur. Et la seule possibilité de survie de leur société. En effet, à la base de celle-ci était la Cérémonie de la Majorité, la plus importante qui soit dans la vie et le parcours d'un Zafyr. Là, il recevait sa capsule de Lune-de-Mort, poison qui engendre instantanément et sans douleur la mort de celui qui l'absorbe. Ainsi, si le Zafyr sombrait dans le désespoir d'une manière ou d'une autre, il pourrait mettre fin à ses tourments rapidement et de manière indolore. Cette mort volontaire était ritualisée afin de ne pas banaliser cet acte. On laissait le candidat au Réconfort de Jaëlle méditer une journée complète puis celui-ci devait s'agenouiller devant l'autel de Jaëlle et psalmodier une prière où il remerciait Jaëlle de lui avoir prêté vie et bonté et lui faisait offrande de celle-ci. Puis, enfin, il mettait fin à ses jours en absorbant la capsule de poison. Un tel évènement était rarissime. En effet, tant qu'un Zafyr pouvait avoir une assiette pleine à chaque repas, un toit et un accès à l'extraordinaire trésor culturel de cette civilisation, il était heureux, il n'avait pour cela pas besoin de grand chose d'autre. C'est pourquoi, même si la monnaie existait, l'argent n'excitait guère les convoitises. Le système monétaire n'était là que pour réguler le troc, même si ce dernier avait encore très largement sa place.
Tout cela prit fin lorsqu'un cataclysme mystique ouvrit, il y a deux mille ans de cela, une faille entre Zafyria et l'Autre Côté, si bien que les Corrupteurs se déversèrent sur la paradisiaque société tel un raz de marée de Corruption. Tous les êtres vivants de Zafyria furent Corrompus. La haine se répandit comme une traînée de poudre parmi les Zafyrs. Atlante, le berceau de leur civilisation et écrin de l'Éthercité, la plus grande et majestueuse de toutes les Cités d'Émeraude, fut ravagée par les guerres incessantes qu'ils se livraient entre eux. Les dirigeants de Zafyria, autrefois sages, avisés et bienveillants, s'adonnèrent à de mesquines luttes intestines ayant notamment pour enjeu le pouvoir et l'argent. Six Sectes maléfiques en l'honneur des six Grands Corrupteurs, entités dirigeant les forces de l'Autre Côté, fleurirent à travers tout Zafyria, prenant une ampleur démesurée.
Cependant, un espoir renaquit en la personne d'un certain Culobre, qui, lui, résista à la Corruption de l'Autre Côté. En outre, il fit montre de talents mystiques. Pour se préserver du Grand Chaos qui secouait tout Zafyria, il décida de vivre en ermitage afin de développer ses dons uniques. Il réussit même à mettre au point ce qu'il appela le Rituel du Grand Bannissement qui devait chasser tous les Corrupteurs de Zafyria et refermer la faille qui existait entre les deux mondes. Cependant, ce rituel, il le savait, requerrait le sacrifice de son âme et de son essence afin de donner au Sceau qui enfermerait les Corrupteurs de l'Autre Côté la puissance mystique nécessaire pour le maintenir fermé. Son essence serait alors prisonnière du Sceau. Ce sacrifice, Culobre y consentait, si cela pouvait rendre à Zafyria sa pureté originelle. Il se mit alors en route pour la Forêt Éthercitéenne, dans laquelle se fondait la Gigatechnopole à l'origine de ce nom, afin de profiter de la force mystique qui emplissait ces lieux pour mener à bien son projet. Le Rituel fut un succès, les Corrupteurs furent bannis de Zafyria et la faille refermée.
Malgré cela, il restait des traces de Corruption dans le cœur des Zafyrs, et les Sectes demeurèrent présentes, bien qu'elles n'avaient plus pignon sur rue. Cette Corruption rémanente se manifestait de manière vénielle le plus souvent, notamment sous la forme de jalousie des uns envers les talents des autres. La civilisation renaquit de ses cendres. Sa reconstruction dura un millénaire, que l'on appela l'Âge de la Reconstruction, elle retrouva sa flamboyance d'antan. Les Gigatechnopoles resurgirent de terre. Les Zafyrs retrouvèrent leurs naturelles bonté et générosité, bien qu'encore souillés par les restes de Corruption. Mais l'âge d'or de Zafyria était bel et bien terminé.
Quant à Culobre, son âme resta enfermée dans le Sceau que le Rituel du Grand Bannissement avait érigé. Il y eut beaucoup de Zafyrs pour prétendre que le Mage, tel qu'il était également nommé, était un envoyé de Jaëlle pour endiguer le fléau qui faillit causer leur perte. Au point que la doctrine jaëllienne l'admit, incorpora le récit de sa quête en son sein et fit du jour où fut accomplie la destinée du Mage, le premier du calendrier jaëllien.
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Réponse au Sujet 'Les Chroniques de Zafyria' a été posté le : 16/12/03 19:43
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CHAPITRE I
La chambre était spacieuse et très ordonnée. Les murs, revêtus de papier peint d'un bleu profond, étaient recouverts de dessins exécutés de main de maître. Les sujets qui y étaient abordés étaient très variés, les œuvres graphiques représentant qui une vue panoramique de la Gigatechnopole Albrecca, qui l'un des somptueux jardins de cette même Cité d'Émeraude, qui les Ruines de l'Éthercité telles que les imaginait l'artiste. Les thèmes les plus improbables y avaient également droit de cité, telles des scènes de violence extrême, des représentations d'êtres fabuleux n'ayant jamais existé ou encore des abstractions que seul l'esprit le plus créatif qui soit pouvait concevoir. Au coin de la pièce, près de la porte, trônait une étagère qui s'étalait sur toute la longueur du mur. Sur les rayons de celle-ci reposaient nombre de livres soigneusement agencés. Quant au rayon du centre, les ouvrages qui y étaient stockés avaient en commun le nom de leur auteur : Océane Keltanne. À l'opposé de la porte, une baie vitrée offrait une vue imprenable sur la Cité d'Émeraude, panorama d'autant plus splendide que la chambre se situait au dernier étage du plus haut gratte-ciel d'Albrecca après la Tour Panoramique.
En face de la baie vitrée, une jeune Zafyre s'affairait sur un vaste plan de travail bordé de plantes luxuriantes en pot. Le dessin auquel elle travaillait représentait l'explosion d'un train Rideau, un de ces fameux trains à lévitation magnétique extrêmement rapides qui assuraient tant les liaisons inter-Gigatechnopoles que les transports à l'intérieur de celles-ci. Cette fille, aux cheveux blonds attachés en une queue de cheval et à l'adorable visage rond, avait des yeux d'un vert profond, yeux que semblait troubler un lourd chagrin. "Puissiez-vous trouver la paix aux côtés de Jaëlle", murmura-t-elle d'une voix étranglée par l'émotion. Une larme coula de son œil. Elle prit un mouchoir en papier et l'utilisa pour tamponner son œuvre précautionneusement là où la larme était tombée. "Mes chers parents", rajouta-t-elle. La Zafyre se leva de son bureau, se dirigea vers l'étagère et contempla un instant le rayon des œuvres d'Océane Keltanne. Ses œuvres, pensa-t-elle, non sans une certaine fierté. Elle s'en retourna à son bureau et s'attela à la tâche d'encadrement du dessin maintenant achevé. Une fois ceci fait avec l'aisance que lui donnait l'habitude, elle l'accrocha avec ses autres réalisations picturales sur un des rares pans encore libres du mur. Océane était fin prête pour son exposition de la semaine qui arrivait. Elle poussa un soupir de soulagement. Exténuée, elle s'étala de tout son long avec délectation sur son lit, le sourire aux lèvres. "Enfin terminé... L'art est parfois bien difficile" murmura-elle pour elle-même. Elle porta la main à son porte-clefs muni du petit pilulier qui contenait sa capsule de Lune-de-Mort et l'ouvrit. L'artiste fixa un instant ce qui était, dans la culture de Zafyria, le symbole de sa majorité et de sa maturité. "Oui, c'est parfois difficile, surtout en ce moment où je dois faire le deuil de mes parents, il serait si simple de les rejoindre dans les Jardins de Jaëlle, mais être artiste me comble de bonheur, jamais je ne me donnerai la mort, en aucun cas...". Telles furent ses pensées tandis qu'elle refermait le pilulier. Des larmes coulèrent le long de ses joues.
À suivre
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Dernière mise à jour par : Clow le 24/12/03 14:35
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Réponse au Sujet 'Les Chroniques de Zafyria' a été posté le : 27/12/03 16:24
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Océane rangea son porte-clefs pilulier dans sa poche et essuya ses larmes avec le revers de sa manche. Elle se dirigea vers son synthétiseur de nourriture et commanda une chope d'un dixième de kelka cube de bière aromatisée à la pêche. D'ordinaire, l'artiste préférait de loin les produits issus de l'agriculture à ceux qui sont synthétisés par ces bijoux de technologie, parmi les plus avancées et abouties de Zafyria. Non pas qu'elle fût réactionnaire mais il serait dommage, selon elle, de s'en passer alors que la disponibilité des produits dits authentiques -ainsi nommés par opposition aux produits dits de synthèse- permettait largement à toute la population d'y accéder. En effet, les hautes tours hydroponiques, les bocages et les openfields s'étalaient à perte de vue dans l'immensité qui séparait les Gigatechnopoles les unes des autres. Océane sirotait son doux breuvage, perdue dans ses pensées. L'heure du déjeuner approchait rapidement, et son estomac se rappela à son souvenir. Elle soupira, trop fatiguée pour se cuisiner un bon petit plat et peu envieuse de se nourrir de synthétique ce midi. Tant pis, elle irait manger dans son restaurant habituel, au dernier étage de la Tour Panoramique d'Albrecca.
Cette Tour était située au centre géographique de la Cité d'Émeraude, au beau milieu du Parc Central, le plus grand et le plus varié des espaces verts d'Albrecca, espace qui n'avait de vert que le nom puisque quasiment toutes les espèces végétales non Corrompues de Zafyria y étaient représentées. C'était comme un embrasement multicolore qui enchantait et émerveillait l'œil. Quant à la Tour Panoramique, c'était un gigantesque hyperboloïde de révolution de cent kilokelkas de haut et cinq de rayon à la base, ce qui faisait d'elle le plus imposant bâtiment de la Cité d'Émeraude. Elle était percée de part en part des lignes de Rideau radiales du réseau intra-Gigatechnopole, ainsi que celles du réseau inter-Gigatechnopole. La Tour abritait une multitude de commerces, petits ou importants, de toutes sortes qui profitaient de la manne qu'étaient les touristes drainés par celle-ci. Jamais l'endroit ne dormait, si bien que les magasins restaient ouverts douze duodécimes sur douze et sept jours sur sept afin de profiter au maximum de cette affluence continue de Zafyrs curieux d'admirer tout Albrecca tant de jour que de nuit. Les baies vitrées des derniers étages, auxquels on pouvait accéder pour une Livre, offrait une vue imprenable sur tout Albrecca, oasis de verdure, d'acier-soie, de téflobéton et de verre perdu dans l'immensité des exploitations agricoles parsemée de ville et mégalopoles florissant le long des lignes Rideau qui la sillonnaient. Albrecca, la plus imposante des Cités d'Émeraude, bien qu'elle ne fut que la deuxième sur les douze à émerger lors de l'Âge de la Reconstruction qui dura jusqu'au onzième siècle après Culobre, suivant de moins d'un siècle la fondation de la Nouvelle-Éthercité. Albrecca, disque d'une duodécime-Rideau de diamètre environ.
Océane fit un brin de toilette avant de se changer. Elle se munit des petits cartons d'invitation pour son exposition à venir, enfila ses chaussures et glissa sa Carte Rideau-Pass dans la poche de son pantalon. En cette splendide journée printanière de Garveillaëlle, elle décida de ne point se couvrir davantage. Elle sortit de son appartement, en verrouilla la porte d'entrée et descendit les mille étages du gratte-ciel dans le turboascenseur situé juste à côté de chez elle. La station de Rideau n'était qu'à un kilokelka de là à peu près. Elle avait la chance d'avoir une ligne radiale à proximité de son domicile et donc d'avoir un accès direct au Parc Central et à la Tour Panoramique. Pour Océane, le principal problème était l'engorgement du train Rideau. Cela lui était proprement insupportable, démophobe comme elle était. Une fois arrivée à la station, elle valida son Rideau-Pass et entra pour attendre le train. Ce n'était point encore les heures de pointe, si bien qu'il n'y avait guère foule, à son grand soulagement. Le train entra en gare. La jeune Zafyre monta à bord et se plaça à une fenêtre. Le Rideau redémarra. Océane put admirer de près l'Hôtel de Ville, situé en bordure du Parc Central.
L'Hôtel de Ville était le deuxième plus imposant bâtiment de la Gigatechnopole, et le troisième en hauteur, peu après le gratte-ciel qui abritait le logis de l'artiste, et loin derrière la Tour Panoramique. Il concentrait absolument toutes les administrations d'Albrecca, de l'Ennéade, composée des neuf Zafyrs élus par la population de la Cité d'Émeraude pour représenter et diriger celle-ci, à la plus modeste administration. Ce gigantesque bâtiment avait une architecture particulièrement originale. En effet, ce n'était ni plus ni moins qu'une éponge de Sierpinsky d'ordre cinq de quatorze mille cinq cent quatre-vingts kelkas de côté exactement. Des tubes de turboascenseur se dressaient dans les vides laissés par la structure lacunaire de l'ouvrage titanesque. Dans les plus larges alvéoles passaient la ligne de Rideau radiale et trois lignes tangentielles.
À suivre
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Réponse au Sujet 'Les Chroniques de Zafyria' a été posté le : 27/12/03 16:27
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"C'est là que j'expose la semaine prochaine, dans la salle polyvalente L-972-36", songea Océane, rêveuse. Il y avait encore trois stations, celles de l'Hôtel de Ville, les dix stations du Parc Central, sillonné des huit lignes radiales et cerclé des dix premières lignes tangentielles, la première ceignant la Tour Panoramique, puis la station centrale située au sein de celle-ci, centre névralgique du réseau de transport. Hormis cette dernière, chacune de ces gares, comme toutes celles des lignes radiales d'ailleurs, se situait à la croisée de chacune des lignes tangentielles, régulièrement espacées, facilitant ainsi grandement les correspondances. Une demie décille plus tard, le Rideau arriva à la destination de la Zafyre à la sensibilité artistique si aiguisée. Celle-ci en descendit, se dirigea vers le turboascenseur et s'acquitta de la Livre qui lui donnerait accès aux derniers étages pour s'y rendre. Elle entra dans son restaurant favori, le Petit Panoramique. Sa particularité était qu'un panorama holographique en rotation s'affichait sur les murs, si bien que le client avait véritablement l'impression de faire le tour du dernier étage de l'édifice symbole d'Albrecca. Ainsi, bien que le restaurant se situât près du centre de la Tour Panoramique et ne possédât donc pas de fenêtre, on avait l'illusion grisante d'être à ciel ouvert à cent kilokelkas du sol.
Océane fut aussitôt accueillie par le patron du Petit Panoramique en personne
- Bonjour, très chère mademoiselle Keltanne, fit-il de son ton le plus mielleux
Elle rougit très légèrement malgré elle bien qu'elle fût habituée à ce qu'il la flattât ainsi.
- Bonjour Olivier Bregga, répondit-elle avec son plus beau sourire
Les clients se retournèrent vers elle et commencèrent à murmurer à basse voix. Apparemment, elle était très populaire auprès des habitués de ce lieu d'autant plus convivial qu'il n'était ni trop petit, si bien que l'on ne s'y sentait guère étouffé, ni trop grand, si bien que l'on ne s'y sentait guère anonyme non plus. Quand bien même le restaurant eût été trop petit, le panorama virtuel effacerait chez le client toute sensation d'être écrasé que provoquerait l'exiguïté des lieux.
- Je vous installe à votre place habituelle ?
- Certes, je vous en saurai gré
La place habituelle de l'artiste était une table isolée. Celle-ci était assez spacieuse pour une table de restaurant, Océane y était par conséquent à son aise.
- Qu'est-ce que je vous sers ? poursuivit le patron de son ton obséquieux
- Hum..., comme d'habitude, monsieur Bregga, s'il vous plaît
Ce que prenait la dessinatrice d'habitude au Petit Panoramique, c'était une bonne salade verte suivi de quelques tranches de rôti de bœuf saignant assaisonné à la sauce au beurre rouge, auquel succédait un dessert au chocolat variant selon son humeur.
Environ une demie décille plus tard, Bregga revint avec l'assiette de salade de sa distinguée cliente.
- Bon appétit, mademoiselle Keltanne
- Merci
Elle mangea de bon appétit, après quoi le patron débarrassa la table. Deux petites décilles plus tard, il fut de retour avec les tranches de rôti de bœuf qu'Océane dégusta de tout aussi bon cœur.
- Ça a été ? demanda le patron tout en débarrassant
- Oh, très bien, merci, fit-elle avec un grand sourire
- Que prendrez vous en dessert ?
- Trois boules de glace au chocolat, s'il vous plaît
- Bien
Une fois qu'elle eut fini, Bregga débarrassa la table de la coupe vide et de la cuillère à manche long.
- Je vous souhaite une bonne après-midi
- Euh..., et l'addition ? demanda-t-elle, soudainement gênée
- Ah, ah, vous me faites le coup à chaque fois, dit-il en riant, vous savez bien que, pour vous, c'est gratuit
- Ben..., c'est que ça me gêne un peu, hé, hé
- Le fait que vous fréquentez régulièrement mon établissement le rend quelque peu populaire, en quelque sorte, vous me faites une publicité gratuite qui me rapporte bien plus que ce que vous me paieriez. Dans ces conditions, le moins que je puisse faire pour vous est de vous laisser vous restaurer à volonté sans débourser une Bribe
- Voici des invitations pour l'exposition de la semaine prochaine, déclara-t-elle en sortant une bonne moitié des cartons qu'elle avait emportés, il y en a une pour vous, et une pour chacun de vos clients à venir cette semaine jusqu'à temps que cette réserve d'invitations s'épuise, au revoir et bonne après-midi à vous aussi
- Merci, à bientôt, mademoiselle Keltanne
Sur ce, elle sortit du restaurant.
À suivre
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Dernière mise à jour par : Clow le 30/12/03 13:35
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Réponse au Sujet 'Les Chroniques de Zafyria' a été posté le : 30/12/03 21:17
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Elle se dirigea vers le bord du dernier étage où elle pouvait admirer le tout Albrecca. C'était une vue sublime. Embrasser du regard l'immensité de la Cité d'Émeraude donnait le sentiment que l'on n'était rien de plus qu'un grain de poussière perdu dans une Gigatechnopole qui semblait infinie. On était confronté à cet océan de bâtiment qui paraissaient dérisoires vus de là où le visiteur se perchait. Océan entrecoupé des espaces verts et des lignes Rideau tangentielles qui cerclaient l'ensemble, et radiales qui coupaient cette immense tarte de téflobéton, d'acier-soie, de verre et de végétation en seize parts égales. Sur ces lignes aériennes, on voyait le magnifique ballet des Rideau qui progressaient, tels des vers qui ramperaient très rapidement. Océane monta sur le trottoir roulant qui faisait lentement le tour de l'étage, laissant les touristes admirer la vue de la Cité selon un travelling circulaire. À cette heure-ci, la plupart d'entre eux déjeunaient encore dans les multiples restaurants des derniers étages de la Tour, si bien que la dessinatrice-écrivaine était tout à fait à son aise, sans la foule oppressante qui grouillait habituellement en ces lieux à d'autres moments de la journée. Océane se prit à regarder à la verticale, ce qui lui offrit une vue pour le moins vertigineuse sur le Parc Central, ce qui lui fit porter son regard vers l'horizon.
Une demie duodécime plus tard, le tour de l'étage fut fini. Elle descendit du trottoir roulant. Prise d'une envie subite de passer l'après-midi à flâner dans le Parc Central, elle se dirigea vers le turboascenseur qui mit environ une décille à atteindre le rez-de-chaussée de la Tour. Il fallait bien entendu plus d'une après-midi pour pouvoir prétendre visiter le Parc dans son entier mais tel n'était point le but de l'artiste. Elle passa à proximité d'un massif de roses noires qui lui attira aussitôt l'œil. Elle s'arrêta, s'assit sur le banc le plus proche. Océane adorait observer les toiles d'araignées et leurs habitantes. Elle avait l'exotique passion de guetter les insectes s'engluer dans la toile et de regarder le comportement alimentaire de l'araignée. Elle aimait observer l'insecte se débattre pendant que sa prédatrice l'emmaillotait de sa soie gluante afin de planter ses chélicères dans sa malchanceuse proie qui se liquéfiait alors de l'intérieur sous l'effet du venin qui servait à l'araignée de suc digestif. Celle-ci n'avait alors plus qu'à aspirer les tissus prédigérés de l'insecte. Mais ce qui fascinait le plus Océane était la soie, ce si solide matériau naturel de construction qui entrait dans la composition de l'acier-soie.
Soudain, deux mains vinrent se placer devant les yeux de la dessinatrice, lui obstruant ainsi complètement son champ visuel.
- Coucou! Qui c'est? Retentit une voix enjouée qui lui était très familière
- Wha! Fit Océane, surprise
- Ouf! C'est toi, Delphine
Delphine Nakao était une jeune Zafyre au visage triangulaire. Ses yeux étaient d'un bleu-vert assez clair. Ses longs Cheveux bruns, libres et légèrement frisés, ondulaient dans le vent. Elle prit la parole :
- Comment va, Océane?
- Oh, ça va. Et toi?
- Très bien. Qu'est-ce qui t'amènes ici?
- Oh, rien de bien particulier. Ce matin, j'avais enfin fini les dessins pour l'exposition de la semaine prochaine. Ce sera Trisaëlle prochain, comme tu le sais déjà. Fatiguée, j'ai eu la flemme de me faire à manger. Je suis donc allée au Petit Panoramique, après quoi j'ai décidé de faire un petit tour au Parc Central...
- ...Jusqu'au moment où je t'ai vue, coupa Delphine en ponctuant sa phrase d'un clin d'œil
- Et, toi, tu deviens quoi?
- J'ai bientôt fini de rédiger mon livre sur l'holophonie à l'usage des étudiants, il sera sans doute édité d'ici deux semaines.
- Toujours aussi brillante dans ton domaine, à ce que je vois.
- Et toi donc, avec une imagination des plus fertiles et un talent certain pour le dessin et l'écriture.
- Oh, arrête, je vais rougir.
- Bah, faut pas, et si on flânait toutes les deux dans le Parc
- Pourquoi pas. Et puis on finirait la journée toutes les deux chez moi, on dînerait ensemble et tu dormirais à la maison. Qu'en dis-tu?
- Ma foi, je suis fort tentée, mais...
- Ne fais pas ta mijaurée et laisse toi tenter. Qu'est-ce qui t'empêche d'accepter mon invitation?
- Euh..., rien, en fait. C'est d'accord.
- Ah, au fait, je crois que je ne t'ai pas encore donné d'invitation pour mon exposition de Trisaëlle...
- Effectivement.
- La voici, dit Océane en sortant une invitation de sa grande poche et en la lui tendant.
Delphine s'en empara et la mit dans une poche de sa veste.
- Merci
- Allons-y.
Les deux amies errèrent trois duodécimes durant dans le Parc sans se lasser, les espèces qui y étaient représentées lui conférant une variété inégalée dans toute la Cité d'Émeraude.
À suivre
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Réponse au Sujet 'Les Chroniques de Zafyria' a été posté le : 30/12/03 21:19
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Trois duodécimes plus tard, donc, elles prirent le Rideau pour se rendre dans l'appartement d'Océane. C'était bientôt l'heure du dîner. D'un commun accord, elles optèrent pour une tartiflette. Océane coupait les pommes de terre en rondelles tandis que Delphine hachait les oignons, tout cela pendant que les lardons revenaient dans la poêle. Une fois ceci fait, l'ensemble fut mis dans un plat de terre, recouvert de fromage à tartiflette. Il ne restait plus qu'à faire cuire le tout au four.
- Tu es une excellente cuisinière, un véritable cordon bleu, commenta Delphine. J'en ai l'eau à la bouche.
- Oui, je me débrouille, mais certainement pas à ce point, répondit Océane en rosissant légèrement.
Un miaulement venu de la pièce jouxtant la cuisine interrompit leur conversation. Océane ouvrit la porte de ce qui s'avéra être la buanderie. Une grande chatte d'un brun tigré, au ventre, à l'arrière des pattes et au dessous du menton blancs bondit dans les bras d'Océane et se mit à ronronner.
- Sacrée Simbyaë, je parie que tu as passé toute ta journée au pied du radiateur, je ne t'ai pas du tout entendue ou vue aujourd'hui.
- Mrou? Fit Simbyaë
- Allez, dis bonjour à Delphine, répliqua-t-elle en tendant la chatte à l'intéressée.
Delphine prit le félidé dans ses bras. Simbyaë ronronna de plus belle. Elle la caressa sous le menton. La chatte était aux anges. L'amie de l'artiste n'avait pas le cœur de la reposer par terre. Ce fut Océane qui le fit.
- Allez, viens, c'est l'heure de ton dîner.
Elle se dirigea vers le synthétiseur avec la chatte sur les talons et commanda :
- Mélange pour félidés numéro vingt-sept, une portion.
La commande d'Océane se matérialisa dans le synthétiseur. Elle la prit et la posa au coin de la cuisine. Simbyaë se rua dessus et commença à bâfrer avec force ronronnements de contentement. La dessinatrice s'adressa de nouveau à sa meilleure amie :
- Que dirais-tu de prendre un verre pendant que la tartiflette cuise?
- Ma foi, pourquoi pas?
- Que prendras-tu?
- Euh..., je ne sais pas trop.
- T'ai-je déjà fait goûter la bière à la pêche?
- Non, je ne crois pas.
- C'est l'occasion.
- Euh..., je suis sceptique, là. En fait, je n'aime pas trop la bière.
- En fait, tu ne sens pas le goût de la bière, il est complètement masqué par la pêche. Allez, essaie, goûte au moins un peu, fais moi ce plaisir, s'il te plaît.
- Bon, d'accord.
Océane revint au synthétiseur :
- Un verre de vingt-cinq decikelkas cube de bière à la pêche et une chope d'un dixième de kelka cube de bière à la pêche
- Hé bien, Océane, tu ne lésines pas sur ta boisson favorite, remarqua Delphine.
- C'est que j'adore ça.
Elle prit les deux verres et tendit le plus petit à la scientifique. Celle-ci y trempa les lèvres. Elle dut trouver le breuvage à son goût puisqu'elle but l'intégralité de son verre.
- Effectivement, on ne sent pas le goût de la bière, cette boisson est tout simplement excellente.
- En désires-tu un autre verre ?
- Avec plaisir.
Océane réitéra sa commande et donna le verre à Delphine. Cette dernière le vida assez vite. Tant mieux car le four sonna, signe que la tartiflette était cuite.
L'artiste enferma Simbyaë dans la buanderie, après quoi les deux jeune Zafyres passèrent à table. Océane sortit la tartiflette du four, servit Delphine avant de se servir elle-même. Elles commencèrent à manger après les bénédictions jaëlliennes.
- Ma foi, cette tartiflette est encore meilleure que je me l'imaginais, tu es un vrai cordon bleu.
- Je te rappelle que tu as mis la main à la pâte, toi aussi, répondit la dessinatrice en adressant un clin d'œil à son interlocutrice.
- Bah, je n'ai fait que hacher les oignons, rien de bien extraordinaire.
Durant le repas, elles parlèrent de tout, de rien. Puis vint le moment de débarrasser la table et de faire la vaisselle. Océane n'avait pas de lave-vaisselle pour la simple, et selon elle excellente, raison qu'elle était seule et que faire la vaisselle n'était pas bien monstrueux. De surcroît, elle adorait la faire à la main. Il était pour elle jouissif de faire partir la saleté ave son grattoir sans le moindre effort. Dans ces conditions, il eût été dommage de confier cela à une machine.
Les deux amies commencèrent à être fatiguées, si bien qu'elles gagnèrent le lit et s'endormirent bien vite.
À suivre
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Cachée
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Rose noire

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Réponse au Sujet 'Les Chroniques de Zafyria' a été posté le : 24/01/04 16:35
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Océane était en train d'errer dans la Forêt Éthercitéenne. Presque tous les arbres étaient morts et pétrifiés depuis le Grand Chaos sous l'effet de la Corruption. Les autres étaient Corrompus. Rares étaient les végétaux ayant survécu au Grand Chaos, encore plus rares étaient ceux qui n'étaient pas touchés par la Corruption. Elle espérait ne point tomber sur des êtres Corrompus. Elle n'en était pas moins inquiète. Et l'atmosphère lugubre des lieux et sa solitude n'étaient pas pour diminuer cette intense sensation d'anxiété. Elle progressait difficilement dans ce milieu hostile. Les branches des arbres, noires de Corruption, formaient de basses frondaisons, si denses que la lumière peinait à les traverser, plongeant la Forêt dans une quasi-obscurité permanente qui accentuait l'aura qui se dégageait de ces lieux à tout jamais maudits. Aux yeux d'Océane, seule une zone était claire. Dire qu'elle était claire n'était pas tout à fait exact : c'était plutôt comme si une force la guidait vers un point précis de cette immensité, une force qui pulsait dans sa tête, qui la faisait progresser sans hésitation, bien que lentement, comme si elle voyait claire dans cette direction. Une voix basse, grave, sifflante comme un serpent, lui susurra "Océane... Keltanne"...
Elle se réveilla en sueur avec un cri.
***
À suivre
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Cachée
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