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Skaldruhkk

The Number of the Beast



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   Azerty Uiop a été posté le : 26/11/03 15:33
Voici un texte que je voulais écrire depuis un moment maintenant.
Il s'agit d'une adaptation honteuse de l'une des meilleures nouvelles que j'aie lue dans ma courte vie : Etaoin Shrdlu par Fredric Brown que je ne saurais trop vous conseiller. Je voulais rajeunir cette histoire, et la rendre crédible à notre époque. Ça rentre d'ailleurs dans un projet que j'aimerais monter qui consiste à prendre une oeuvre, la modifier (changer l'époque, le style, rajouter ou enlever un épisode etc.), et la rendre disponible pour qu'elle puisse à nouveau être modifiée par quelqu'un d'autre.
Cet exercice de style est passionnant, mais fait se poser des questions : faut-il copier ? faut-il juste changer ce qui est nécessaire ? faut-il faire une version ré-écrite entièrement ?
Pour ma part, j'ai gardé la structure du récit. L'ordre des événements correspond exactement à celui de l'oeuvre originale. J'ai parfois utilisé les mêmes expressions (comme par exemple dans la dernière phrase), intentionnellement, parce que je les aimais bien.

Mon souhait le plus grand après cela est que vous ayez envie de découvrir le Etaoin Shrdlu.

Bonne lecture.

P.S. : Merci de signaler les fautes par PM.

##### DÉBUT #####

Ça nous a pas mal changé la vie, cette histoire du portable de JP. Et pas seulement en bien. Et même si ça lui a rapporté pas mal d'argent, si j'avais pu deviner tous les tracas que cela allait engendrer, je n'aurais certainement pas conseillé au gars aux cheveux tous fous de lui emprunter son portable. JP n'aurait pas perdu tant de cheveux.
"Excusez-moi monsieur, vous n'auriez pas un transportable que je pourrais emprunter ?"
Le monsieur qui venait de me parler était un homme relativement banal au crane presque chauve mais donc les quelques cheveux restant partaient dans tous les sens comme s'il ne s'était pas coiffé depuis qu'il avait perdu la plupart de sa coiffure. Il portait une blouse blanche sur un jean et un pull. C'était le prototype même du savant fou.
"Je voudrais emprunter un ordinateur pour écrire quelque chose sur cette disquette. Je suis prêt à payer."
Il fouilla dans ses poches et en sortir une disquette 3,5 pouces.
"Écoutez, je n'ai pas de portable, mais mon ami -- qui est parti aux toilettes -- pourra sans doute vous le prêter contre un petit dédommagement."

Au retour de JP, l'individu présenta sa requête. Il indiqua son nom, mais je fus par la suite incapable de m'en rappeler. Il nous indiqua qu'il avait un petit texte à taper et enregistrer sur une disquette, mais qu'il ne savait pas se servir d'un ordinateur.
"Vous n'avez qu'à écrire votre texte sur une feuille de papier ou me le dicter, et je vous le taperai. Ce sera plus rapide.
- C'est impossible. Comprenez bien qu'il s'agit d'un texte secret, que je n'ai pas le droit de montrer à qui que ce soit. Expliquez-moi juste la procédure à suivre, et je vous emprunte votre portable pour une petite heure.
"

JP accepta finalement de lui expliquer comment taper le texte et l'enregistrer sur une disquette, puis le gars aux cheveux fous (JP n'arriva pas non plus à se rappeler son nom par la suite, aussi nous en l'avons appelé Gachtefe, acronyme de Gars Aux Cheveux Tout Fous) alla s'isoler à une dizaine de sièges devant. Et voilà, nous avons continué de discuter pendant ce temps-là. Nous avons repris le concours de pigeon, qui consiste à être le premier à voir un pigeon devant la fenêtre du train, et JP se compta un point supplémentaire en rigolant et en montrant le Gachtefe, parce que celui-ci lui avait donné un billet de 100 euros pour l'emprunt.
Au bout d'une heure environ, il nous rendit la machine, et JP dut la relancer car l'inconnu l'avait éteinte sans passer par le menu approprié.

##### À SUIVRE #####


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   Réponse au Sujet 'Azerty Uiop' a été posté le : 27/11/03 11:48
On me l'a demandé, alors voici la réponse :
Etaoin Shrdlu a été écrit en 1942.
Plus d'infos sur Fredric Brown.

##### SUITE #####

Je revis JP quelques jours plus tard. JP était Web-mestre d'un petit site sur Rennes qui recensait un certain nombre d'annonces locales. C'étaient souvent des annonces que les gens qui n'avaient pas accès à Internet mettaient dans sa boite à lettre. Je lui dis clairement ma façon de penser :
"Écoute JP, le langage kikoo, les phrases en phonétique, c'est rigolo. Ça amuse les jeunes. Mais c'est illisible. Tu vas perdre tous tes lecteurs avec un truc pareil. C'est à croire que tu as recopié exactement ce qu'on t'a donné.
- Ben, c'est un peu ça...
- Comment ça, "c'est un peu ça" ? Tu as fait exprès de recopier les fautes et les erreurs de langage pour rendre ton site plus jeune ?
- Viens voir, je vais te montrer.
- Me montrer quoi ?
- Ce que tu vas voir
", me répondit-il en m'emmenant dans son bureau. "Tu sais toujours te servir de Kotidien ?
- Bien sûr, pourquoi ?
" Kotidien était le petit programme qu'on avait construit ensemble pour gérer ses annonces.
"Viens alors" me dit-il avec autorité. "Après tout, c'est toi qui m'as entraîné dans cette histoire.
- Quelle histoire ? De quoi tu parles ?
"

Il m'amena à son bureau, brancha son ordinateur -- en fait son portable relié directement à un clavier et une souris, cela lui suffisait car il n'avait pas besoin de beaucoup de puissance pour son travail. Pendant que le système d'exploitation se lançait, il fouilla dans une armoire, en sortit un classeur qu'il ouvrit pour prendre au hasard une feuille qu'il me tendit. "Tiens, vas-y, installe-toi et tape ça. Je veux être assuré de la réalité. Je suis peut-être cinglé, plus encore qu'un informaticien de base, mais je veux savoir à quel point" me dit-il après avoir rentré son mot de passe à l'ordinateur.
Je m'assis dans son fauteuil, attrapai la souris et lançai le programme et les premières commandes nécessaires à l'insertion d'une nouvelle entrée. Un coup d'oeil à la feuille qu'il m'avait donnée me permis de reconnaître l'écriture grande et ronde d'une jeune adolescente : Jene fille sérieuse. Je cherche D enfants à gardé le soir... suivait un numéro de téléphone portable. "Tu veux que j'écrive ça ?
- Fais comme si tu voulais l'ajouter sur mon site.
- D'accord.
"

Je plaçai la feuille à côté du clavier et d'une traite, je tapai le texte -- sans faute ! -- sans même regarder le moniteur (l'habitude me permettait de m'en abstenir). JP avait regardé mes doigts taper le texte, et il jeta un oeil sur l'écran. "Oh non !" dit-il d'un air désabusé. "Regarde."
Je me tournai vers l'écran et vis : Jene fille sérieuse. Je cherche D enfants à gardé le soir... Je souris aussitôt. "Dis donc, trois erreurs en une ligne ! Je fais fort ! Bon, c'est quoi que tu voulais me montrer ?
- Recommence.
- Hein ?
- Recommence à taper.
"

Il ne fallait pas discuter, alors je sélectionnai la ligne et la supprimai. Puis, je repris le texte en suivant cette fois-ci le texte à l'écran. J, e, u, n, e. "Grrrrr !" Le u ne s'était pas affiché. Je me déplaçai à sa position, et appuyai sur la touche. Rien. J'appuyai à nouveau, plusieurs fois, de plus en plus fort. Toujours rien. Je tournai ma tête vers JP : "Tu as une crasse avec ton u.
- C'est pas grave, passe à la suite.
" Je m'exécutais, fille sérieuse. Je cherche d... Un D s'afficha alors à l'écran. "Ah ! Mais non !
- Passe à la suite.
" Je tapai sur e et s, mais sans succès, puis arrivé à gardé, le même phénomène apparut. "Bon, qu'est ce qui se passe ? Tu as bricolé quelque chose bas niveau pour gérer l'écriture de cette phrase ?
- Mais non, tu ne vois pas ce qui se passe ?
" Son visage affichait une expression de victoire, mêlée de crainte et de paranoïa. "L'ordinateur suit le texte sur la feuille. Tu pourras taper ce que tu veux, il ne copiera que ce qui est écrit.
- Tu me prends pour un taré, c'est ça ? Tu te fous de ma gueule ?
- Écoute, amuse-toi tant que tu veux. Fais des tests, et quand tu ne sauras plus quoi faire, tu viens me voir.
" Il enfila sa veste et sortit de la pièce. Quelques instants plus tard, j'entendais claquer la porte d'entrée.

##### À SUIVRE #####


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   Réponse au Sujet 'Azerty Uiop' a été posté le : 28/11/03 14:42
Écrivain de polar et de science-fiction humoristique, Fredric Brown est né en 1906 et mort en 1972, soit 8 ans avant ma naissance.
Chose étrange, nombre de ses romans ont été publiés après sa mort.

J'aime beaucoup les titres de ses livres : Excusez mon ricanement de goule !, Martiens go home !, Le Fantome du chimpanzé, Tuer pour passer le temps, ...

##### SUITE #####

Je me penchai vers l'ordinateur, et recommençai calmement mes tests. J'en vins à appuyer bêtement sur les touches, dans l'ordre où elles venaient : AZERTYUIOP QSDFGHJKLM WXCVBN suivaient les accents et les caractères spéciaux. Bien sûr, vous l'avez deviné, le texte qui s'affichait était toujours Jene fille sérieuse. Je cherche D enfants à gardé le soir... J'ouvris un programme d'écriture quelconque et réessayai avec celui-ci pour le même résultat. J'arrachai une feuille sur l'agenda de JP, griffonnai des lettres sans suite, et tapai à nouveau sur le clavier. Et à ma grande stupéfaction, les mots incohérents s'affichèrent à l'écran. Au bout d'un long moment, j'attrapai mon manteau et sortit de la maison pour rejoindre JP. Il était là où je pensais le trouver. Je commandai un verre aussi.

Il n'a pas eu besoin de me parler pour comprendre ce qui s'était passé. Nous avons trinqué et vidé notre verre sans un mot. "Tu as une idée sur ce qui lui arrive à ta bécane ?" Il hocha la tête et ouvrit la bouche comme pour parler. "Attends un peu, je vais boire deux ou trois verres pour m'éclaircir les idées avant. Bruno, tu peux nous remettre ça. Tiens, d'ailleurs, laisse la bouteille là, ça sert à rien que tu te déplaces à chaque fois."

Après quelques verres, les événements me semblaient déjà moins surprenants, et me redressant sur ma chaise, les mains jointes sous le menton : "Vas-y, qu'est ce que tu as à me dire ?
- Bon, tu te rappelles du gars qui m'a emprunté le portable dans le train ?
- Le gars aux cheveux tous fous ?
- Ouais, chais pu comment il s'appelait.
" Moi non plus, je ne savais plus. C'est à ce moment-là qu'on a commencé à l'appeler le Gachtefe. JP vida son verre, le remplit à nouveau, ainsi que le mien. "Bon, ben j'ai reçu une lettre de sa part.
- C'est vrai ? Ben, ça, c'est sympa. Il va bien ?
- Heu, ouais. Je crois.
" Il leva son verre et le contempla pendant un moment... un long moment. "Et ?
- Et quoi ?
- Qu'est-ce qu'il disait dans sa lettre ?
- Qui ça ?
- Le Gachtefe !
- Hein ?... Ah ! Y'm'disait que c'qu'il a 'crit, c'est une formule métaliphyque... méti... MÉ-TA-PHY-SI-QUEUX, et que ça pouvait faire des tas de trucs bizarres sur ma machine et qui s'en excusait.
" Là, je commençais à me douter que des événements anormaux se passaient. J'avais déjà souvent remarqué que mon verre était plein alors que j'étais certain de l'avoir vidé peu de temps avant, mais je vis bientôt que la bouteille s'était miraculeusement remplie à son tour ! "Et t'as fait quoa apré ?
- Ben, j'ai chté la lettre.
- T'as chté la let' ?
- Ben ouais, c'tait un taré, tu combrends.
- Ouais... Et tu vas faire quoi ?
- À propos de quoi ?
- Ben, l'ordi...
- Quélordi ?
"

##### À SUIVRE #####


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Smurk

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   Réponse au Sujet 'Azerty Uiop' a été posté le : 28/11/03 15:20
J'adore cette histoire (eh oui, monsieur, on peut adorer une histoire) !
Je la trouvais déjà super avant l'épisode où ils se saoûlent comme des... euh... Bretons, mais là je l'aime encore plus !

Et si, je suis très objective. :D

Sans doute qu'elle m'aurait autant plus non remise au goût du jour, mais puisque je ne peux pas vérifier - et que je ne pourrai pas le faire si je lis la nouvelle originale un jour (étant donné que je devrai nécessairement comparer, bouh pas bien) - on va dire que c'est l'adaptation qui me plait d'avantage. ;)

(heureusement qu'il y a Poc, sinon je ne pourrais même pas lire ce que tu écris... Tsss)


:7 :7 :7



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Skaldruhkk

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   Réponse au Sujet 'Azerty Uiop' a été posté le : 01/12/03 10:15
Merci pour les encouragements Smurk. :7

J'ai découvert Etaoin Shrdlu dans une collection appelée La Grande Anthologie du fantastique. Il s'agit d'une série de trois tomes, divisés chacun en 4 parties (soit 12 thèmes) d'une vingtaine de nouvelles fantastiques. Je vous en conseille grandement la lecture.

##### SUITE #####
Je m'éveillai le lendemain vers midi avec un mal de crâne infernal. Je passai d'abord plusieurs dizaines de minutes à essayer de reprendre mes esprits, puis je me décidai à me lever pour me faire un café fort. Après quoi, je mis environ deux heures pour me raser, m'habiller et finir enfin de déjeuner -- heureusement que nous étions le samedi ! Puis, j'allumai mon ordinateur, et regardai distraitement le site de JP, qui me servait de page d'accueil. Quelle surprise d'y découvrir en plus des nouvelles annonces -- dont la Jene fille sérieuse. Je cherche D enfants à gardé le soir... -- toutes les nouveautés qu'il prédisait depuis des mois ! Il avait l'habitude de récupérer tous les prospectus culturels sur notre ville, et de les numériser pour les mettre ensuite sur son site. Cela demandait beaucoup de travail, car il devait souvent ré-écrire tout le texte -- plutôt que de fournir une image contenant le texte -- puis mettre en page de manière à coller le plus possible à la feuille d'origine. Il avait accumulé un retard conséquent, et il sélectionnait à présent les feuillets les plus intéressants avant de les mettre en-ligne. Mais là, il avait apparemment vidé toute sa pile de retard !

J'allai donc chez lui, comme souvent, et, sa porte étant ouverte comme toujours, j'entrai. Il était dans son bureau, en train de classer ses papiers ou, plus exactement, de trier ceux qu'il devait jeter. Il avait un visage encore plus marqué par la fatigue que moi.
Bien que m'ayant vu rentrer, il restait le nez dans ses papiers sans oser m'adresser la parole. Je restai muet un certain temps, notamment pour laisser passer un malaise passager, souvenir des événements de la veille. Puis, à bout de nerf, je me mis à dire, sans doute un peu fort : "Tu peux m'expliquer ce qui se passe ? Comment tu as fait tout ça ? Tu étais encore plus mal en point que moi hier soir, alors comment tu as pu mettre ça en-ligne ce matin ? Et puis, tu ne m'avais pas prévenu que tu avais rattrapé tout ton retard sur les prospectus !
- Pas si fort, Ska !
" me répondit-il. Il jeta un coup d'oeil à sa montre, se leva et m'invita à le suivre dans la cuisine. Là, il se servit un café, et m'en servit une tasse. "Cette nuit, quand je me suis couché, rien de tout ça n'était fait. Et puis, ce matin, en me levant, j'ai vu ma bécane. C'est pas la première fois que je m'y mets en étant fatigué, tu sais. Si je ne veux pas accumuler trop de retard, il faut que je m'y mette régulièrement, quelque soit mon état. Enfin bon, j'ai sorti mon tas d'annonces, j'ai ouvert le programme, j'ai mis la première annonce, et hop ! Le texte est apparu immédiatement sur l'écran, sans que j'aie à toucher au clavier !
- Comment ça,
sans que j'aie à toucher au clavier ?
- Comme je te le dis ! Mon ordi a tapé le texte tout seul ! Alors forcément, le travail qui m'aurait demandé dix minutes normalement, une demi-heure dans mon état de ce matin, ça m'a pris seulement une minute.
- Une minute.
", répondis-je rêveur. "Et les prospectus ?
- Ha oui. J'ai ouvert le programme habituel, j'ai placé le papier sur le château Saint-Georges. Et immédiatement, c'est apparu sur l'écran. Tout. Avec la police précise utilisée, les images parfaites, les bordures, la position des blocs comme il faut. Il m'a fallu une demi-heure seulement pour vider tout mon carton de papiers ! Moi qui pensais qu'il fallait que je fasse le tri pour jeter ceux que je n'aurais jamais le temps de faire !
" Nous étions revenu à la porte de son bureau et nos regards se sont spontanément tournés vers le moniteur de l'ordinateur. Je ne sais pas pourquoi, une drôle de sensation m'a pris à ce moment-là. La bécane de JP me donnait l'impression de me regarder.

"Écoute.", dis-je dans un souffle à JP, "On peut retourner dans la cuisine pour parler ?
- Toi aussi, tu as cette impression qu'il nous écoute ? Mais tu sais, c'est bizarre au début, mais au bout d'un moment, on a l'impression d'une présence rassurante et pas du tout agressive.
- T'es...
" Je ne finis pas ma phrase. S'il était dingue, j'étais au moins aussi malade que lui !
"S'il te plaît, ne parle à personne de ça.", qu'il me dit. "Garde le secret sur ça. On verra après.
- En parler ? Pour qu'on m'emmène à l'HP ? Merci, très peu pour moi. Par contre, j'aimerais bien que tu me parles de ce que tu as commencé à dire hier, sur le Gachtefe et la lettre qu'il t'a envoyée.
- Ah oui. La lettre. Bon, je ne m'en rappelle pas bien. Je l'ai lue en diagonale, et j'ai trouvé ça tellement stupide que je l'ai jetée aussitôt. Mais ce dont je me rappelle, c'est qu'il disait travailler sur les phénomènes métaphysiques. Il disait que ses recherches portaient sur l'apparition de la conscience, comment des objets deviennent des personnes. Il indiquait que le texte qu'il avait tapé sur mon portable pouvait avoir des conséquences à long terme, et c'est pour cela qu'il ne pouvait pas me les montrer le jour-même. Je crois me rappeler qu'il parlait de
pseudo-vie. Enfin, il disait qu'ils allaient utiliser ça sur leurs robots.
-
Ils ? Qui ça, ils ?
- Je sais pas moi ! C'était pas précisé.
- Tu sais quoi, tu devrais détruire ton portable.
- Détruire mon portable ? Mais tu es fou ? Avec tout le temps que j'ai gagné aujourd'hui ?
- Qui sait ce qui va se passer ensuite ? Le Gachtefe a dit que les conséquences étaient
à long terme. Enfin quoi, JP ! Imagine ce qui peut arriver !
- Tu n'y penses pas ! Regarde ce qu'il m'a fait.
" Il sortit un boîtier de CD dont je reconnus le type : c'était un CDR Silvercircle -- c'était marqué dessus -- mais la surface était dorée. "C'est lui qui a fait ça.
- Comment ça,
c'est lui qui a fait ça ? Mais... c'est pas possible !" Il me reprit le CD, et j'eus l'impression qu'il n'aurait pas voulu en dire autant. "Il faut que j'y aille", me répondit-il, "on en reparle plus tard, d'accord ?".
Il prit sa veste, ses clefs, et, après m'avoir raccompagné, me planta devant sa porte.
##### À SUIVRE #####


Dernière mise à jour par : Skaldruhkk le 01/12/03 10:46

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   Réponse au Sujet 'Azerty Uiop' a été posté le : 02/12/03 09:30
Dans la version d'origine, le Gachtefe est le P.B.A.L.P. (Petit Bonhomme À La Pustule, pustule qu'il a au milieu du front).
Détail sans importance ?

##### SUITE #####

Le fait que j'aie une conférence la semaine suivante, et que je doive m'absenter pendant une dizaine de jours n'a aucun rapport avec cette histoire, si ce n'est que j'ai été coupé de cette affaire pendant ce temps. Je ne disposais pas d'ordinateur sur place, mais j'en ai malgré tout emprunté plusieurs fois pour vérifier mon courriel. Pendant ma conférence, j'ai reçu deux messages de JP, deux messages dans lesquels il me demandait de rentrer au plus tôt, et qu'il prendrait à sa charge tous les frais occasionnés. Je lui répondis que j'avais du travail, qu'il me fallait finir ma conférence, et que je n'avais pas besoin de son argent puisque le billet de retour était déjà payé.

De retour à Rennes, il est venu m'accueillir à la gare. Il portait des vêtements neufs et pimpants, avec lesquels son visage fatigué contrastait. Ses joues étaient creuses, des cernes se dessinaient sous ses yeux. En dix jours, il avait pris dix ans. Un chauffeur de taxi l'accompagnait qui prit mes bagages et les plaça dans le coffre de sa grosse voiture. Ce n'était pas dans les habitudes de JP de prendre des taxis, pas plus qu'il n'avait les moyens de me rembourser mon billet de retour. "Bon", lui dis-je après les premières banalités, "pourquoi voulais-tu que je rentre plus tôt ?
- Pas ici, je te le dirai à la maison.
"

Le trajet fut rapide jusque chez moi où je déposai mes affaires, et nous nous rendîmes ensuite chez lui. Une fois chez lui, il ferma le loquet de la porte et se tourna vers moi : "Dieu merci, Ska, tu es de retour ! J'ai cru que tu ne rentrerais jamais ! Je te payerai le prix que tu v...
- Holà ! Du calme ! Arrête de parler dans tous les sens, je ne comprends rien. Qu'est ce qui se passe ? Tu as des problèmes ?
- Des problèmes ? Au contraire, je n'ai plus de problème ! J'ai du travail par dessus la tête, tu comprends ? Je gagne beaucoup d'argent maintenant, je travaille douze heures par jour. Mais quand je me dis que chaque heure passée à me reposer me fait perdre 500 euros, je deviens fou, tu comprends ?
- Attends, je comprends pas. Pourquoi tu ne travailles pas dix heures par jour. Si tu gagnes 500 euros de l'heure, ça te ferait déjà... Putain ! 5.000 euros par jour !
- Oui, mais quand je pense que je perds 7.000 euros, ça me rend malade ! Ça ne durera pas. Ça ne peut pas durer. Une chance comme ça, Ska, il faut la saisir quand elle arrive ! C'est certainement ma seule chance de devenir riche. Aide-moi, je t'en supplie, et tu deviendras riche toi aussi ! Viens travailler avec moi sur Azerty !
- Sur quoi ?
- Azerty Uiop. C'est le nom que je lui ai donné. Allez, tu travailles pour moi, et je te mets pour un quart dans l'affaire, bien que la machine et les locaux soient à moi. Je te paye 3.000 euros par jour.
- 3.000 euros ! Mais d'où il vient, tout cet argent ?
- Mais de partout ! Il vient de partout ! Des tas d'entreprises font appel à moi pour les modélisations, les conceptions, tous les travaux qui nécessitent de reproduire un schéma ou quelque chose d'écrit. Ça rapporte une fortune, et c'est une source d'argent intarissable, tant que Azerty fonctionne. Bien sûr, je demande que les spécifications soient sans ambiguïté et sans erreur. C'est comme ça que j'ai coincé Azerty ! Alors, qu'est ce que tu en penses ?
- Non.
"

Il faillit s'étrangler en entendant ma réponse. Visiblement, il ne s'y attendait pas. "Comment ça, non ? Bordel, un salaire de 75.000 euros, qu'est ce que tu veux de plus ?
- Rien, je ne demande rien. Je gagne sans doute plus près de 30 euros par jour que 3.000, mais ça me suffit. Qu'est-ce-que ça veut dire de travailler comme tu le fais, 12 heures par jour, et se tuer à la tâche. Quel intérêt de gagner autant si tu ne peux pas en profiter ? Regarde-toi, mon ami ! Tu as pris un sacré coup de vieux en une semaine. Combien de temps vas-tu tenir le coup ?
- Mais écoute-moi, Ska ! 2.500 euros par jour. En deux ans, ça te fera près de deux millions d'euros ! Imagine quand tu auras une femme et des enfants.
- Je n'ai pas besoin d'autant d'argent pour élever des enfants.
- Mais enfin, c'est incroyable ! Tout le monde veut gagner de l'argent ! C'est la chance de ta vie ! N'importe qui tuerait pour avoir ce job, c'est la chance de ta vie !
- Alors, propose ce travail à n'importe qui ! Embauche quatre ou cinq employés qui travailleront en roulement avec Azerty. Comme ça, tu feras des heureux, et tu ne te ruineras pas la santé.
- Je ne peux pas ! Il y a que toi qui peux m'aider parce que...
- Parce que je suis au courant de toute l'affaire ? Parce que tu ne peux plus me le cacher ? C'est non. Définitivement non. Et puis, j'aime bien mon travail, et je n'ai aucune envie de travailler avec...
- Avec Azerty ? Oh, tu sais, on s'y fait. Et puis, quand on le connaît, il est très agréable. Il est même drôle parfois. Tu verras, tu finiras par l'apprécier.
- Non, n'insiste pas. Je suis fatigué de mon voyage, je vais rentrer. Mais avant, je voudrais que tu répondes à la question que je t'avais posée avant de partir : d'où venait ton CD doré qui portait la mention Silver ?
- J'avais un CD comme ça ?
", m'a-t-il répondu d'un air faussement innocent. "Je ne m'en souviens pas.
- Arrête de faire l'innocent. Explique-moi ce qui s'est passé.
- ... Bon, d'accord. Tu te rappelles ? Ce jour-là, j'avais pas les yeux en face des trous. Comme tout fonctionnait plutôt bien, et que je venais de finir ma pile de travail, je me suis dit que j'allais faire des sauvegardes. J'ai pris ma boite de CD vierges, j'ai inséré le premier et j'ai lancé la gravure. Et c'est là que j'ai vu que je m'étais trompé de boite : j'avais en fait mis des CD déjà gravés. Et pourtant, quand j'ai récupéré mon CD après la gravure, tout avait fonctionné parfaitement, comme si j'avais réellement mis un CD vierge. Et tu l'as vu toi-même : la pellicule d'argent était devenue dorée. Depuis -- tu penses bien ! -- j'ai essayé de voir ce qui se passait. J'ai cru voir comme une sorte de liquide vert foncé dans le lecteur de CD, qui doit transmuter ou je ne sais quoi. En tout cas, quoi que je mette dedans, il en ressort un CD.
- Comment ça, quoi que tu mettes dedans ?
- Ben, quoi que je mette ! Des CD, du papier, des déchets, tout. Je ne mets plus rien à la poubelle : tout va dans le lecteur CD. Je suis même allé jusqu'à récupérer des ordures dehors, mais je gagne plus d'argent en restant à travailler ici. Et puis...
" Il s'avança vers une armoire et se tourna vers moi : "Tu n'as qu'à voir par toi même.
- P... !
"
L'armoire de deux mètres par un mètre cinquante était remplie de CD rangés en cylindre. En m'approchant, je vis qu'il y en avait plusieurs épaisseurs. Il devait y en avoir dans les 10.000. Je pris mon manteau et je me tournai vers lui : "Si tu as la moindre estime pour moi, JP, détruis cette machine.
- Le détruire ? Mais pourquoi ?
- Pourquoi ? Mais bon sang, qui sait ce qu'il est capable de faire ? C'est pas un truc de science-fiction. T'imagines un peu les conséquences ? Sans compter que tu es connecté à l'Internet tout le temps !
- Oui, je sais. Je devrais peut-être le détruire. Mais tu comprends, je gagne tellement d'argent. C'est peut-être ma seule chance. Et puis tu sais, il se perfectionne de jour en jour. Je t'ai dit que je n'avais plus besoin de nettoyer l'écran ? Il sécrète du dépoussiérant.
- ...
"

##### À SUIVRE #####


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   Réponse au Sujet 'Azerty Uiop' a été posté le : 03/12/03 10:15
Dans l'histoire d'Etaoin Shrdlu, l'ordinateur est remplacé par une linotype. Vous ne connaissez pas ce terme ? C'est normal. Le TLFi donne la définition suivante :
Machine fondant d'un bloc chaque ligne de caractères d'imprimerie composée sur un clavier (abrév. fam. lino). Matrices d'une linotype. La « Robertson » (1922) emprunte encore à la linotype son clavier et ses magasins (Civilis. écr., 1939, p. 8-6). V. f
Précision étymologique du TLFi : Empr. à l'anglo-américain linotype, à l'orig. nom de marque déposée de la première machine de ce type (1882 ds NED) composé de l'angl. line « ligne », o', abrév. de of « de » et type « caractère d'imprimerie ».
Remarquons que l'ordinateur est masculin alors que la lino est féminin. On le désigne donc en employant un il et non pas elle.

##### SUITE #####

J'attendis le lendemain après-midi (c'était un dimanche) pour retourner chez mon ami. J'y allai avec beaucoup d'appréhension, mais je ne pouvais pas le laisser tomber. J'entrai chez lui -- sa porte étant comme d'habitude ouverte --, et je le vis, dans sa cuisine, assis sur une chaise. Il avait ses deux bras sous la table et semblait plongé dans un demi-sommeil. En m'entendant arrivé, il tourna la tête vers moi, en déclarant : "J'ai essayé.
- Essayé quoi ? De le détruire ?
- Oui.
" Il leva son bras droit de dessous la table et je vis qu'il était complètement bandé. "C'est... c'est lui qui t'a fait ça ?
- Hum.
" Il acquiesça d'un coup de tête. "Un jet de liquide bouillant, peut-être même un peu acide, qui est sorti du lecteur de disquette. C'est toi qui avais raison, j'aurais dû le faire quand j'en avais l'occasion. Maintenant, il est bien trop malin. Impossible de l'avoir.
- Et tu as essayé de le débrancher ?
- Bien sûr, et de l'extérieur par dessus le marché. Je lui ai supprimé électricité et téléphone, mais ça ne l'empêche pas de fonctionner. Il produit sa propre énergie et réussit à se connecter tout seul. Par quel moyen ? Je préfère ne pas le savoir.
"
Je m'avançai vers le bureau de JP d'un pas mal-assuré, puis je me tournai vers lui : "On ne risque rien ?
- Non, ne t'inquiète pas. Si tu n'es pas menaçant, tu ne crains rien. Mais, évite de prendre un projectile ou quelque chose comme ça, hein ?
"
Je préférai ne pas répondre et me tournai vers la porte de son bureau. Avec moins d'assurance que je n'aurais voulu, j'appuyai sur la poignée et fis tourner lentement la porte. Je n'avais fait alors aucun bruit, mais dès que j'entrai dans le bureau, l'écran de l'ordinateur s'alluma et le moniteur se tourna vers moi. Je refermai aussitôt et allai dans la cuisine.
"JP, l'écran ! Il a tourné. Tu as mis un moteur dessus ?
- Oh ça... Non, je n'y ai pas touché. Écoute, tu veux pas discuter de ça devant un verre plutôt ?
- D'accord, mais écoute, avant, je veux que tu m'expliques pourquoi tu n'es pas en train de...
" et je désignai la porte.
"... de travailler ? Pas possible. Hier, il a designé un site intranet et il est tombé sur les pages des syndicats, avec des revendications sur les 35 heures et tout ça. Tiens, d'ailleurs, il m'a écrit ça." Il me tendit un papier. Je commençai à le lire : "Moi, AZERTY UIOP...".
"C'est lui qui a écrit ça ?" demandai-je. Mon ami hocha la tête, en regardant par la fenêtre. "Alors que tu n'as toujours pas d'imprimante ?" Il me semblait bien ne pas en avoir vu. JP leva les épaules d'un air convenu. "En tout cas, ça règle mon problème du surmenage. Je travaille maintenant 35 heures par semaine, j'ai mes week-end et toutes mes soirées de libres. Avec 500 euros de l'heure, je n'ai pas de soucis à me faire, même si c'est un peu dommage.
- JP
" dis-je, "tu ne parlais pas d'aller boire un coup ?"

Je ne sais pas si l'alcool nous permet de transcender nos capacités, mais après 5 verres, le problème nous apparu plus clair. Beaucoup plus clair. Tellement clair que JP se demanda comment il avait pu faire pour ne pas y penser avant. Il le reconnaissait maintenant : il en avait assez, bien plus qu'assez. C'était difficile de dire si ce manifeste avait pesé plus que sa folie passagère, ou si c'était le fait que l'ordinateur était maintenant capable de bouger et d'imprimer des feuillets, mais il aurait tout fait pour en finir.
Je lui suggérai qu'il n'avait qu'à laisser Azerty dans son coin, sans plus y toucher. Il laisserait la poussière s'accumuler dessus. Un rapide calcul nous avait prouvé qu'il avait gagné suffisamment d'argent pour s'acheter un appartement et y déménager. Il laisserait celui-ci, supprimerait les abonnements à l'eau, l'électricité etc. Il n'aurait plus que les impôts à payer, et il lui resterait encore un peu d'argent.
Il ne nous vint pas un instant à l'idée qu'Azerty pourrait ne pas accepter une telle décision, ou serait en mesure de s'y opposer. C'est clair, limpide, aisé. Nous bûmes à la réalisation du projet.

##### À SUIVRE #####


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   Réponse au Sujet 'Azerty Uiop' a été posté le : 04/12/03 14:54
Ce midi, j'ai mangé une pizza Paysane dans un petit restaurant où je vais avec ma chérie quand je sais que je ne pourrai pas être à l'heure au RU. La pizza était bonne, ainsi que la mousse au chocolat qui a suivi (hum... j'aime quand il y a des morceaux de chocolat dedans !). On a parlé cinéma avec ma chérie, et en particulier des meilleurs films au monde : Donjon et Dragon, Le Pacificateur, Panic Room, Matrix...
Comment ça, je n'ai plus rien à dire ?

##### SUITE #####

Nous bûmes tellement bien que j'étais encore à l'hôpital le mardi matin. Comme je me sentais mieux, j'appelai JP, mais il me fut impossible de le joindre. Vers midi, on accepta finalement de me laisser partir, après un sermon de tout le personnel soignant qui me prédisait moultes catastrophes si je persévérais dans la voie de l'excès. Le soir même, je me dirigeai chez JP. La porte étant cette fois-ci fermée, je sonnai à tout hasard et un homme entre les deux âges m'ouvrit. Il avait les traits tirés, et d'énormes cernes sous les yeux. Je ne reconnus JP que lorsqu'il parla : "Ah, c'est toi, Ska. Salut, entre." Sa voix était morte. On aurait dit un zombi. "Allons JP, je ne sais pas ce qui se passe, mais réveille-toi ! Ne reste pas amorphe comme ça !
- C'est fichu, tu comprends. C'est fichu. Il est venu me chercher. Il me traite comme un esclave.
"
Il me fallut un moment pour en tirer quelque chose, mais je sus finalement le fin mot de l'histoire. Dimanche soir, ou plutôt dans la nuit, JP était allé se coucher tandis qu'on m'emmenait en clinique, et il somnola un certain temps. Mais le matin, vers 9 heures et quart, entendant un bruit sourd dans le bureau, il s'était dirigé vers celui-ci et en avait ouvert la porte. Il était alors tombé nez à nez -- si on peut dire -- avec le secrétaire qui supportait son ordinateur. L'ordinateur était parvenu à se mouvoir et à porter des coups de bélier contre le mur (la porte n'étant pas assez large pour qu'il puisse passer). Nous ne savions pas comment il faisait, mais plus tard, il nous apparut qu'il s'agissait d'un système de propulsion par réaction. Au début, ces coups étaient faibles mais ils avaient gagné en assurance. Aussitôt qu'il avait vu JP, l'ordinateur avait imprimé un feuillet, que JP avait pris d'une main tremblante : "Moi, AZERTY UIOP, exige que...". Son ordinateur l'obligeait à travailler. JP aurait pû fuir dans la rue, mais l'idée d'être poursuivi par un secrétaire supportant un ordinateur... non, c'était impensable. Et s'il réussissait réellement à s'enfuir, ne risquerait-il pas de s'en prendre à une autre victime ? Ou faire quelque chose de pire encore.
Aussi, il s'était assis à son siège -- le secrétaire s'étant reculé. Il avait travaillé machinalement, avec grande peine parce qu'il n'avait pas récupéré de la veille. Tel un robot, il dirigeait l'ordinateur. Au bout d'un moment, il avait ressenti un curieux sentiment. Ce n'était plus l'ordinateur qui travaillait pour lui, mais bien lui qui travaillait pour l'ordinateur. Dès que celui-ci était prêt, il fallait qu'il se dépêche pour lui fournir du travail. Grâce à ses nouveaux horaires, la journée finissait assez vite, mais il avait perdu le goût de vivre. Il était fatigué, il ne dormait plus. Pourquoi cet ordinateur voulait-il travailler ? Quel était donc son but ? N'existait-il que parce qu'il travaillait ? Travaillait-il parce que c'était pour cela qu'il avait été conçu ?
Ou bien, comme je lui indiquai, il était possible qu'il cherche à s'instruire. En continuant son travail, il voyait défiler devant lui quantité de documents qu'il pouvait assimiler.
"Il y a certainement une solution", lui dis-je, "un moyen pour en venir à bout, de ce maudit ordinateur. On trouvera bien, ensemble. Je vais t'aider, ne t'inquiète pas. Je suis un peu responsable aussi, j'en suis conscient. Si je n'avais pas parlé de toi au Gachtefe, on n'en serait pas là.
- Non, tu n'y es pour rien
", répliqua-t-il, "c'est entièrement de ma faute. Si je ne m'étais pas laissé tenter par l'argent, si je t'avais écouté toi, plutôt que mon avarice, j'aurais pu le détruire, il y a deux semaines. Maintenant, c'est trop tard. Oh ! Si seulement je pouvais revenir en arrière. Si je pouvais n'avoir plus d'argent mais être débarrassé de cet ordinateur.
- Il y a forcément un moyen
", repris-je. "Il faut que nous trouvions.
- Trouver quoi ?
"
Je soupirai. JP était vraiment à bout, et il n'essayait plus de se battre.
"Je ne sais pas. Pas encore. Je vais y réfléchir."

Je retournai le voir le lendemain, pendant sa pause de midi. Il mangeait un sandwich sur le pouce, parce qu'il n'avait qu'une pause d'une heure, et que vu son état, il lui faudrait deux heures pour cuire quoique ce soit. "Alors ?", me demanda-t-il avec une vague lueur d'espoir dans les yeux, "tu as trouvé quelque chose ?". Je fis signe que non. Il baissa la tête vers son jambon-beurre. Il parla alors une voix grave, comme si sa sentence était sans appel, mais un rien de tremblement perçait : "Alors, cet après-midi, ce sera fini. D'une façon ou d'une autre, mais c'en sera fini. Il s'est passé quelque chose, tu sais.
- Quoi donc ?
" Mais il ne m'écoutait plus. "Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Je vais cacher un marteau sous mon pull et avant qu'il puisse réagir, je vais le frapper. Il faudra que je prenne des chiffons, pour empêcher ses jets d'acide. J'aurais sans doute une chance. Sinon...
- JP, quelle est cette nouvelle chose qui s'est passé ?
- Il... il exige un autre ordinateur à côté de lui.
- Un autre ordinateur ? Mais,
sur quoi as-tu travaillé ce matin ?"
Mais je l'avais déjà compris. Après sa réponse, nous avons gardé le silence jusqu'à ce qu'il soit l'heure pour lui de reprendre le travail. Je lui demandai alors : "Y-a-t-il un délai à cet ultimatum ?
- Oui, 24 heures. Mais je ne vais certainement pas acheter d'autre matériel, pour l'instant en tout cas. De toute façon, je n'ai pas discuté, parce que j'ai décidé de... Enfin, tu sais quoi.
- C'est un suicide, JP.
- Sans doute, mais je n'ai pas beaucoup le choix.
- Attends encore un peu. De toute façon, ne fais rien en mon absence, je suis aussi coupable que toi, et je veux t'aider à détruire ce truc, si on doit en arriver là.
- Non, c'est ma faute, c'est à moi de l'assumer.
- Te suicider n'apportera rien. Attends demain, on va trouver une solution avant demain. Je te le promets.
"

Je passai la nuit à réfléchir. Je ne dormis pas jusqu'à l'aube, mais j'avais beau avoir promis une solution pour le lendemain, le lendemain était là mais pas la solution. Je pris un bon café, et allai voir JP. Il vit rapidement à mon air que je n'avais rien trouvé. Il hocha la tête, il ne paraissait pas tellement surpris. Il parla doucement, pas très fort, et me dit ceci : "Écoute, reste en dehors de ça. C'est ma faute, c'est moi qui vais m'en occuper. Après tout, c'est ma faute, c'est ma responsabilité. Enfin, aussi celle du Gachtefe, mais...
- Le Gach... Attends ! Attends ! J'ai une idée ! Ce... c'est... Attends ! Va travailler ! Agis normalement, laisse-moi une heure, peut-être plus. Ne fais rien, je suis sûr que j'ai trouvé.
"

##### À SUIVRE #####


Dernière mise à jour par : Skaldruhkk le 05/12/03 13:44

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   Réponse au Sujet 'Azerty Uiop' a été posté le : 04/12/03 23:23
Citation :
Message de Skaldruhkk
Ce midi, j'ai mangé une pizza...
[...]
Comment ça, je n'ai plus rien à dire ?


Ca ne s'est même pas vu, je t'assure ! :D

En même temps, tu n'es pas non plus obligé d'introduire tous les épisodes d'Azerty Uiop ; je suppose qu'on va comprendre qu'au bout d'un moment il n'y a plus tellement d'anecdotes à raconter sur l'histoire... Euh... la couleur préférée de Fredric Brown ?

La suite ! La suite ! La suite !

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Helluin

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   Réponse au Sujet 'Azerty Uiop' a été posté le : 05/12/03 10:16
mais halte à ce déballage scandaleux de votre vie privée ! ;)

contente toi d'écrire mon ami l'orque.

Helluin, en visite à Rennes début Janvier 2004 ? (stop Magic !)


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   Réponse au Sujet 'Azerty Uiop' a été posté le : 05/12/03 13:51
J'ai donc deux lecteurs ? Je ne pensais pas en avoir autant !

Voici finalement la conclusion de cette histoire.
Avez-vous trouvé une solution pour résoudre ce problème ? Moi oui, j'en avais trouvé une, mais pas exactement celle du livre. Elle aurait peut-être été un peu violente. :)
Mais je n'ai pas bénéficié de plusieurs jours, ni plusieurs litres d'alcool pour la trouver ! ;)

J'espère que cette lecture vous aura été agréable.


##### SUITE #####

Aussitôt, je filai chez moi, allumai mon ordinateur et me connectai à l'Internet. Il me fallut près de deux heures puis je jugeai avoir suffisamment de matériel, et je courrai chez JP. En entrant, je sonnai pour l'avertir de ma présence. Il me lança un regard désespéré, et je lui dis : "L'affaire était dans le sac !
- Alors, c'est quoi ta solution ?
- Tu verras plus tard. Pour l'instant, va dans ta cuisine, prépare-moi quelque chose à me manger pour ce midi, et va te coucher. Tu tombes de sommeil.
"
Je m'assis à sa place, finis son travail courant (ce qui prit quelques secondes), et commençai le travail que j'avais préparé pour l'ordinateur. Il ne sembla pas se formaliser que je remplace JP, ce que j'accueillis comme un bon présage. Je lançai les premiers travaux. Heureusement, j'avais trouvé une méthode pour lui donner énormément de travail. Il lui fallait faire un travail bibliographique sur l'ensemble des pages internet, mais malgré cela, la rapidité avec laquelle il avançait était déconcertante.
Arrivé à midi, il continua le travail, faisant toujours appel à moi quand il en avait besoin. Qu'il n'ait pas arrêté son travail, contrairement à ses revendications précédentes était bon signe. JP vint m'apporter une assiette de pâtes avec une interrogation dans les yeux que je fis semblant de ne pas remarquer. Je le remerciai et lui dis d'aller dormir.
Azerty continua son travail tout l'après-midi, sans arrêt jusqu'à 18 heures. À partir de ce moment, il se mit à ralentir, et je le vis s'arrêter parfois pendant plusieurs secondes, comme s'il réfléchissait profondément. Il n'est pas impossible qu'il avait déjà commencé à effectuer de tels raisonnements auparavant, mais que ceux-ci aient été tellement courts que je ne les avais pas repérés. Vers 20 heures, JP m'apporta un sandwich. Il était en sueur, encore plus que moi, et il semblait se battre pour ne pas espérer trop fort. Je le renvoyai à nouveau. À ce moment de la soirée, Azerty passait maintenant plus de temps de réflexion que de temps de recherche.
À partir de 21 heures 30, l'ordinateur arrêta presque totalement de tourner, et il ne chargeait à présent que très rarement des pages. Enfin, à 22 heures, il s'arrêta complètement.

Je m'étirai longuement et allai réveiller JP qui avait fini par s'endormir dans sa cuisine. "C'est fini.
- Fini, fini ?
- Fini oui. Je vais te montrer : tu as un tournevis ?
"
Il me tendit l'instrument, et me suivit dans son bureau. Là, je pris mon souffle et passai derrière l'unité centrale. Je regardai JP dans les yeux -- j'étais encore inquiet -- je plaçai le tournevis sur la première vis. Azerty ne réagit pas. Un tour. Aucune réaction. J'enlevai la vis, sans plus de réaction. Finalement, je défis toutes les vis, puis le couvercle sans problème.

Je soufflai en levant les yeux en l'air. "Allez, aide-moi. On va le démonter pendant qu'il est en bonne condition. Ensuite, on va le jeter à une déchetterie ou quelque chose comme ça."
Je voulais en finir immédiatement, mais j'étais trop épuisé. Je m'effondrai d'abord sur le siège, et JP en profita pour poser la question qui lui brulait les lèvres. "Et maintenant, Ska, dis moi comment tu t'y es pris.
- Hé bien, c'est grâce à toi. Quand tu m'as parlé du Gachtefe, j'ai tout de suite compris ce qu'il fallait faire. Cette image, les cheveux cassants qui volent dans tous les sens, ça m'a tout de suite fait penser à une bande dessinée, Sursum Corda, où on voit un anachorète. Ça, et le fait qu'Azerty apprenne tout ce qu'on lui explique. C'était un cerveau vierge, tu comprends ? Quand il lit des slogans syndicalistes, il demande les 35 heures. Quand tu lui fais faire des sites pornographiques, il veut une compagne. Alors, je lui ai donné ce qu'il voulait : le bouddhisme. J'ai fait quelques recherches et quelques préparations pour qu'il ait du travail à se mettre sous la dent.
- Le bouddhisme ? Mais qu'est-ce que... ?
- Oui, le bouddhisme. Tu comprends JP, il
croit en ce qu'il lit. Je l'ai convaincu de l'absolue futilité de toute action, du caractère éminemment désirable du néant. Je suis calé sur le sujet maintenant." Je désignai la machine : "Regarde... il ne se soucie aucunement de ce qui lui arrive et il ne s'aperçoit même pas de notre présence. Il est parvenu au nirvâna et il reste là, plongée dans la contemplation de son disque dur !"


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   Réponse au Sujet 'Azerty Uiop' a été posté le : 05/12/03 17:31
Damned, je m'attendais à quelque chose de plus explosif et de plus... long.
Mais c'est bien trouvé quand même ! Chouette histoire !

J'imagine que l'explosion de l'appart aurait été une solution aussi... :D

Et moi je vois 102 visites de ton sujet. C'est pas comme si tu n'avais que deux lecteurs, voyons ! 8)7

Une autre ! Une autre ! Une autre !


:7 :7 :7



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