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Nihilya

Egérie Révolutionnaire



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   Le coeur de l'assassin a été posté le : 07/10/03 14:33
Salut à tous!
J'avais demandé conseil il y a quelques temps pour ma prochaine histoire, à propos du fonctionnement d'une guilde.
Voilà, je me suis enfin mise au boulot! Voici les premières lignes, je n'ai pas eu le temps de retravailler les 9autres pages manuscrites que j'ai chez moi. J'essaye de le faire ce soir et de vous donner la suite demain. J'ai fait de mon mieux, j'espère que ça vous plaira...
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LE COEUR DE L'ASSASSIN (le titre est provisoire, je cherche encore...) :D

Le soleil était à peine levé. Un rai de lumière orangée filtrait au travers de la toile blanche qui servait de rideau. Léandra arrangeait les derniers détails de son apparence, des aiguillons cachés dans ses cheveux. Au sein de la Guilde, on ne saurait être trop prudents.

Elle avait revêtu, ce matin, un pantalon de toile noire et une chemise blanche de la même matière.
Malgré la coupe grossière des vêtements, les couleurs assemblées soulignaient un corps de jeune femme parfaitement proportionné, d'une délicatesse extrême et d'une fragilité trompeuse. Elle se regarda encore une fois dans le miroir, un sourire étirait ses lèvres rouges. D'un geste sec, elle saisit sa dague posée sur sa table de chevet. Une fine lame, tranchante et légère à souhait, l'arme rêvée pour quelqu'un de son corps de métier. Elle la mit dans sa botte gauche.
Si elle partait maintenant, elle serait trop en avance. Cette idée lui arracha une grimace de dédain.
Elle préférait se faire attendre, pour goûter le plaisir de se sentir nécessaire.
Pour la énième fois, elle retira les aiguillons de ses cheveux. et ramena sa crinière rousse en un chignon volontairement négligé. Des mèches lui tombaient devant les yeux. Elle croisa deux fourches de bois pour tout tenir en place et dissimula ses aiguilles empoisonnées. Elle se tourna et se retourna devant son miroir taché de rouille avec une mine satisfaite. Personne ne pourrait dire avec certitude qu'elle cachait quelque chose dans ses cheveux. Ils ne pourraient que le soupçonner, ce qui arrangerait son jeu de l'intrigue.
Elle partirait dans quelques minutes. Pour tuer le temps, elle se dirigea vers la fenêtre et écarta le voile blanc d'un revers de sa main gauche?
Il était encore tôt, la ville ne grouillait pas de l'activité qui lui était particulière aux plus chaudes heures du jour.
Quelques pauvres bougres dormaient dans la boue, cuvant probablement les restes de la soirée de la veille. Les masures des quartiers pauvres s'étalaient sur des kilomètres et au loin, scintillaient les palais de la bourgeoisie de la ville. Le soleil montait paresseusement dans le ciel, et un vent frais venu du nord secouait les feuilles des rares arbres. L'hiver se rapprochait à grands pas.

Léandra laissa le voile retomber sur la fenêtre. Elle soupira, elle ne voulait pas se présenter maintenant... Elle regarda à nouveau son reflet dans le miroir. Machinalement, elle tira sur sa chemise blanche. Il lui fallait miser sur son charme, quoique l'on puisse lui vouloir, elle avait un atout qu'elle ne pouvait négliger. Elle porta la main à sa botte gauche pour vérifier la présence rassurante de son arme.
Malgré elle, elle était un peu inquiète. Cette convocation n'était pas normale. Mais après tout, on ne se risquerait pas à éliminer quelqu'un comme elle. Elle apportait beaucoup à la guilde. Ses contrats étaient toujours exécutés d'une manière efficace et discrète.
Ses réflexions inquiètes la firent sourire. Elle hausse les épaules, elle verrait bien ce qui l'attendrait là-bas... Elle souffla les quelques bougies qui brûlaient encore, jeta un dernier coup d'oeil par la fenêtre. Le soleil continuait sa course vers son zénith.

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Voilà, c'est un peu une introduction. La suite dès que possible. :7
Merci d'avoir lu!
Nihilya

PS : Il y a surement des fautes d'accords dissimulées ici ou la... Merci de ne pas trop preter attention, j'ai fait de mon mieux pour qu'il y en ait pas de trop.
Bizoos à tous
Nihilya :)

MAJ : Pourquoi est-ce qu'a chaque fois que je poste un truc que j'ai "copié-collé" de mon logiciel de traitement de texte (MS WORKS) toutes les apostrophes sont remplacée par ceci : " ’ " ? C'est un peu énervant de devoir refaire tout le texte en remplaçant ce truc là... Si quelq'un sait comment je peux remédier à ce truc là, son avis sera le bienvenu!
Merci d'avance
Nihilya


Dernière mise à jour par : Nihilya le 08/10/03 14:19

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Swan

Il suffira d'un Cygne...



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   Réponse au Sujet 'Le coeur de l'assassin' a été posté le : 07/10/03 17:38
Sympa, j'attend la suite. J'aime bien la façon dont est décrit le personnage et l'ambiance est déjà bien installée.
Ah, juste une chose : tu as oublié un espace et ça fait un truc qui ressemble à : "contratsétaient"...


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Les racistes, c'est comme les arabes : ça ne devrait pas exister. (Coluche)

Propriétaire et inventrice des concepts suivants : TPMG, CNAQA, JITVB
(Tout Pour Ma Gueule, Ca N'Arrive Qu'aux Autres, Jusqu'Ici Tout Va Bien)


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Nihilya

Egérie Révolutionnaire



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   Réponse au Sujet 'Le coeur de l'assassin' a été posté le : 08/10/03 14:10
Salut à tous!
Voilà un petit bout de la suite, c'est tout ce que j'ai eu le temps de taper! :) J'essaye de faire la suite pour demain , ou au pire ce week-end!
Merci pour la critique Swan! Bonne lecture!
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Léandra descendit les escaliers, et, comme chaque jour, elle déposa quelques pièces d'argent au logeur qui lui louait cette chambre raisonnable dans ce quartier malsain. Elle sortit, les ivrognes qu'elle avait aperçu plus tôt, se réveillaient en grommelant des insanités sur son passage.
Ignorant les insultes, elle traversa les ruelles jusqu'à la guilde, surveillant tout de même ses poches.
Les premiers mendiants, "les matinaux", reluquaient déjà avec avidité quiconque passait. Léandra avait appris à se méfier...
Arrivée à destination, elle regarda autour d';elle une dernière fois et flanqua un coup de pied au garde à l'aspect misérable qui dormait encore devant la porte :
"C'est ainsi que tu gardes l'entrée, fils de chien.
- Oh... Bonjour Léandra... La prochaine fois, je t'en prie, ne vise pas les reins, tu sais combien cela me fait souffrir... "Léandra sourit :
"J'y penserai, si tu respectes un peu ton métier! Allons, laisse-moi entrer, tu bouches le passage et l'on m'attends!
- Ravi de t'avoir vue! Portes-toi bien!
- De même Matthias, de même... "
Il s'écarta, livrant passage à Léandra. Elle ouvrit la lourde porte de chêne, le couloir qui se découvrait à elle, elle ne le connaissait que trop bien. Il n'était éclairé que par quelques torches accrochées au mur.
Décidée, elle s'avança sur les dalles de pierres. Elle gravit lentement les escaliers jusqu'au premier étage, malgré son visage d'apparence sereine, son inquiétude grandissait au fur et à mesure que les marches défilaient sous ses pieds.
Elle prit le premier couloir à droite qui se présentait à elle, et le suivit, imperturbable, jusqu'au bout.
Face à la porte, elle fut prise d'un doute qui rongea sa volonté. Quelle erreur avait-elle pu commettre, qui aurait pu lui attirer les foudres de ses supérieurs? Elle avait beau fouiller sa mémoire, rien ne lui revenait à l'esprit... D'un geste négligé de la main elle relégua ses pensées inquiètes au plus profond de son esprit. Elle frappa trois coups secs à la porte, il n'y eut pas de réponse. Elle renouvela l'expérience, la voix du Maître de la guilde se fit entendre :
"Je ne reçois personne!"
Léandra haussa un sourcil, surprise. Elle prit la liberté, inconsciente, de pénétrer quand même dans la pièce. Elle actionna la poignée et poussa la porte. Le Maître était assis à son bureau, penché sur quelque document qui lui faisait froncer les sourcils.
La lueur tremblotante d'un chandelier posé sur le grand bureau éclairait vaguement la pièce. Les lourdes tentures de velours rouges étaient tirés faisant obstacle à la lumière. Des bâtons d'encens brûlaient partout dans la pièce, donnant une atmosphère lourde et étouffante au bureau.
Ironique, Léandra lâcha négligemment :
"Ainsi vous convoquez pour rien vos Assassins? "
Il eut un sursaut de surprise, et releva la tête :
"Léandra? C'est vous! Que ne me l'aviez vous pas dit plus tôt?
- Je n'en ai pas vu l'utilité...
- Votre irrespect vous perdra Damoiselle..."
Elle sourit, son ton léger certifiait qu'il ne l'avait pas convoqué pour une mauvaise nouvelle... Elle détailla l'homme. De longs cheveux blancs, malgré son jeune âge, lui tombaient de part et d'autres du visage. Il avait de minuscules yeux de fouine et un air sévère. Son maintien sec et droit ainsi que son parler agréable et respectueux lui avait permis d'infiltrer les plus hautes sphères de la société d'Alphas.
Une lueur de victoire brillait au fond de son regard en permanence. Ce qui avait le don d'énerver Léandra, cette confiance qu'il avait en lui-même l'insupportait. Elle était probablement la seule femme de la guilde qui avait eu assez d'audace pour se refuser à ses avances. Depuis il n'avait de cesse de la poursuivre, sans résultats. De par son efficacité, Léandra avait gravit les échelons de la guilde et était arrivée à une place enviable, ce qui justifiait sa méfiance, et celle du Maître qui ne voulait perdre ni sa place ni sa vie.
"Approchez donc, et fermez la porte je vous prie. Nous avons à parler."
Léandra s'exécuta, sa curiosité piquée au vif. Elle s'avança nonchalamment jusqu'au bureau et riva son regard à celui de son Maître qui le soutint sans ciller :
"Léandra, j'ai quelque chose à vous proposer...
- Allons bon... elle eut un soupir exaspéré qui fit sourire son interlocuteur ;
- Beaucoup d'assassins ont falli dernièrement... Certains se sont même pris de compassion pour leurs victimes... Tout cela nuit à notre image. Nous tomberons si la rumeur se répand que nos assassins ne sont pas fiables.
- C'est un fait... Que viens-je faire dans cette histoire?
- Tout ma chère... Tout! Voilà ce que je vous propose : vous vous chargez d'exécuter discrètement ceux qui échouent. En échange, je vous infiltre chez les bourgeois, au coeur des intrigues et vous réserve les contrats les plus... juteux... "
Léandra eut une moue intéressée. Le contrat était plus qu'intéressant... Fréquenter la haute-société... Elle jubilait déjà... Mais ce serait au prix de la vie de certains de ses collègues :
"Combien ais-je de temps pour me décider?
- Jusqu'à ce soir, au coucher du soleil. "
Elle hocha la tête, elle réfléchirait... Elle esquissa une révérence distinguée et sortit sans un mot de plus, laissant son Maître perplexe.
Elle réemprunta couloirs et escaliers pour sortir de la guilde. Elle retrouva non sans un certain plaisir la lumière du jour, le vent qui soufflait lui fouetta lui visage, la sortant de la légère léthargie dans laquelle l'avait plongée les vapeurs d'encens du bureau du Maître.
Lorsqu'elle passa la porte, Matthias l'accosta :
" Alors? Qu'est-ce qu'il te voulait le grand chef? "
Léandra se retourna brusquement :
" Rien mêle - toi donc de tes affaires!
- Soit... Un échec de plus ces derniers jours...
- Pardon?
- Oui, Sébastian lui-même a échoué... Il n'est plus si fin tireur... Le talent se perd avec l'âge, il faut croire... "Il eut un rire sarcastique repris en écho par sa collègue :
" Il est vivant?
- Bien sur, mais les contrats intéressants qui lui étaient réservés passeront de mains...
- Sûrement... A combien en sommes-nous?
- D'échecs? Cinq ou six depuis deux mois... Nous sommes en phase de déclin... Les troupes ont sûrement besoin d'être renouvelées...
- Qu'entends-tu par là?
- Simplement que le Maître devrait peut-etre se décider à faire quelque chose s'il ne veut pas plonger...
- Certainement, à présent, excuse-moi, j'ai à faire..."
Elle salua le garde et s'éloigna. Sébastian... Ainsi donc il avait échoué? Cette pensée la fit sourire. Sébastian mort, elle aurait les mains libres dans la guilde. Plus rien ne l'empêcherait de mener le Maître où bon lui semblerait... Sébastian était le seul de la guilde à tenir le Maître en garde contre l'esprit calculateur de cette damoiselle si efficace...
Le contrat semblait présenter plus d'avantages que prévu...

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Voilà, la suite dès que possible!!
Bizoos à tous
Nihilya, :7


Dernière mise à jour par : Nihilya le 08/10/03 14:18

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   Réponse au Sujet 'Le coeur de l'assassin' a été posté le : 25/10/03 22:04
Salut à tous!
Je me suis enfin remise au boulot! Je livre la suite, à ceux que cela interesse, bonne lecture!
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Elle marchait à pas décidés dans les rues de la ville qui s’éveillait toujours. Elle se dirigeait vers une petite maison dont l’aspect miséreux aurait fait reculer un mendiant. A la porte, elle frappa trois coups. A hauteur de son visage, une petite trappe s’ouvrit sèchement puis claqua en se refermant quelques secondes après. La porte tourna sur ses gonds en grinçant. Léandra entra et salua d’un signe de tête le portier à l’entrée.
Elle se trouvait dans une annexe de la guilde où était rangées et vendues les armes neuves. Une forge, sans cesse en activité et farouchement gardée. Là aussi était préparés les différents poisons. C’était la partie « matériel » de la guilde. Là où se retrouvaient les membres qui se connaissaient. La section « administrative » se trouvant dans le bâtiment du Maître, cet endroit était souvent fréquenté.

Léandra longea le couloir peu éclairé jusqu’à une autre porte qu’elle poussa sans hésiter ; elle regarda autour d’elle et alla sonner au comptoir. Un homme de haute taille, borgne, le crâne rasé avec des yeux d’un noir profond surgit de l’obscurité :
« Léandra! Tu viens chercher ton poignard?
- Exactement. Il est prêt?
- Bien sur! Pour qui me prends-tu? »
Il disparut aussi vite qu’il était arrivé. Pendant sa courte absence, Léandra en profita pour observer les armes qui l’entouraient. Bien forgées, équilibrées, c’était du bel ouvrage. Elle examina de plus près une épée, elle y porta la main. L’arme était légère, la garde finement décorée. Léandra exécuta quelques moulinets, l’épée renfermait une puissance de frappe impressionnante et insoupçonnable du fait de sa légèreté.
« Cette arme est déjà vendue Léandra, je suis désolé! »

L’homme était revenu. Il déposa sur le comptoir un fourreau de cuir souple. Léandra reposa l’épée et revint vers le forgeron :
« Puis-je te demander à qui?
- A un nouveau... Un certain Yolann... Le frère de Laura il me semble...
- Un nouveau? Je ne savais pas que l’on recrutait ces derniers temps...
- Tu connais Laura... Elle a du user de certains de ses atouts...
- Son frère? Je n’aime pas cette idée... Laura n’est pas un assassin digne de ce nom, elle tue sans grâce et sans honneur. Les affaires de famille ne sont pas de très bons augures pour la guilde... Il manquerait plus qu’ils s’entre-tuent tous les deux...
- S’entre-tuer? Je ne pense pas... Ils n’ont pas l’air de se détester... » Léandra haussa les épaules, le forgeron reprit la parole :
« Je ne l’aime pas non plus la Laura... Mais son Yolann a l’air de savoir de quoi il parle. Après tout, nous avons besoin de nouveauté en ce moment...
- Je veux bien te croire... Et puis pour avoir acheté une arme comme celle-ci, il ne doit pas être novice... »
Léandra prit le fourreau dans ses mains et dégaina le poignard. Le forgeron expliqua :
« J’ai réparé la petite brèche sur la lame. Je l’ai aiguisée et nettoyée. Ton poignard est comme neuf!
- Merci... Combien je te dois?
- Trois pièces d’or.
- Tant que ça?
- C’est une arme de travail... Elle te sera pour moitié remboursée.
- Quand bien même... Puisque je suis là, donne moi aussi une dizaine d’aiguillons empoisonnés, s’il te plaît. »
Le forgeron ouvrit un tiroir et sortit une petite boite de métal qu’il posa sur le comptoir.
« Donc, trois pièces d’or pour le poignard, et dix pièces de bronze pour les aiguillons. »
Léandra fouilla dans une poche de sa chemise et sortit la somme :
« Voilà pour toi! Dis-moi, tu as vu Sébastian récemment?
- Il y a une semaine il est passé faire aiguiser son épée. J’ai appris qu’une méchante rumeur court sur lui ses derniers jours...
- Ce n’est pas une rumeur...
- Il a vraiment déshonoré un contrat?
- Oui... Lui aussi s’y met... Il serait temps de faire quelque chose...
- Je suis bien d’accord! »
Léandra accrocha son poignard à sa ceinture et mis la boite de métal dans une de ses poches :
« Bien, tout cela n’est guère réjouissant... Je vais te laisser, merci encore!
- Au plaisir! »
Léandra esquissa son habituelle révérence gracieuse et tourna les talons.
Au dehors, la fourmillante activité avait repris ses droits dans la cité. Rares étaient ceux qui dormaient encore. Les marchands vendaient à la criée. Leurs hurlements venant se joindre au brouhaha incessant des passants. Léandra se mit à errer au hasard des échoppes, l’oeil toujours aux aguets, dans la foule, les voleurs étaient plus que nombreux...

Elle marcha ainsi pendant près d’une heure. Errance sans but, parmi les plus miséreux de la cité d’Alphas. Les couleurs, le monde et la forte odeur musquée du marché l’étourdissaient peu à peu.

Pour échapper à l’engourdissement qui la saisissait sournoisement, elle entra dans une taverne. La salle commune regorgeait de gens divers et variés. Les conversations étaient animées et souvent envenimées sous l’effet de l’alcool. La lumière entrait à flots dans la salle embrumée par la fumée du tabac.

Léandra se dirigea vers le comptoir. Elle réfléchissait à son nouveau contrat avec le Maître. Il y avait bien des cotés positifs... Mais avec la guilde, il y avait forcément anguille sous roche. On allait probablement lui donner les assassinats qui lui rapporteraient le plus, mais peut-être, voire sûrement les plus “salissants”... Des contrats vicieux, des intrigues sans fin mettant sans nul doute sa vie en danger...
Le patron de la taverne se présenta derrière le comptoir :
« Et pour vous mademoiselle?
- Un verre d’absinthe.
- De l’absinthe? En voilà une boisson corsée pour une demoiselle...
- Je pourrais en boire deux fois plus que tu ne le soupçonnes en gardant les idées tout à fait claires…
- Ca, damoiselle, j’en doute...
- Je ne tiens pas à faire de concours dans l’instant. Sers-moi, je ne t’en demande pas plus. »
Le tavernier, déçu de n’avoir pu se mesurer à la jeune arrogante, alla chercher le verre sans un mot de plus. Léandra déposa deux pièces d’argent et but l’absinthe à petites gorgées.

Son verre vide, elle resta assise quelques minutes à observer ceux qui peuplaient la taverne. La plupart était déjà ivre et ne savait déjà plus ce qu’ils disaient. Ils se feraient détrousser sous peu… Un sourire étira ses lèvres fines à cette pensée... Un homme poussa la porte de la taverne. Il s’attira les regards de la moitié des clients ? Le nouvel arrivant se dirigea vers le comptoir, il était richement vêtu de soie et de velours. Son visage lisse trahissait son jeune âge, ses cheveux étaient ramenés en une tresse serrée, comme c’était la mode chez les nobles à cette époque. Son regard noir lui donnait un air relativement dur. Il ne portait aucun arme, du moins aucune qui ne soit visible au premier coup d’œil. Il s’installa sur le tabouret voisin de celui de Léandra. Celle-ci, comme la plupart des clients, avait remarqué la bourse attachée à la ceinture du nouveau venu. Cette dernière semblait très pleine, ce qui attisa la convoitise de nombre de gens.

Léandra observait le fond de sa choppe vide, où dansaient encore quelques gouttes d’absinthe, d’un air absorbé. Qu’est-ce qu’un bourgeois venait-il faire dans un endroit pareil? Etait-ce un nouveau loisir? Venir dans les quartiers miséreux comme on va à la foire? Léandra fit mine de replacer sa coiffure, sa main glissa, ensuite, lentement vers la bourse du jeune homme. Ses doigts fins et agiles défirent la cordelette qui attachait la bourse à la ceinture. Gardant le regard fixé au fond de son verre, elle allégea le bourgeois d’un fardeau qu’elle jugeait trop lourd pour lui.

Satisfaite, elle enfouit sa nouvelle acquisition sous sa chemise puis sortit de la taverne.
Au dehors, la masse de la foule avait encore grossie. A présent, on se pressait autour des étalages. Léandra flâna parmi le monde, jusqu’au moment où ses pas la ramenèrent au grand bâtiment qui lui servait d’hôtel.

Elle salua poliment le patron et monta à sa mansarde. Après avoir verrouillé la porte, elle posa dague et poignard sur sa table de chevet et rangea sa boîte d’aiguillons dans un tiroir de la commode, puis elle s’allongea sur son lit.
Sa main se porta à la bourse fraîchement dérobée, s’appuyant sur un coude, elle se mit en devoir de compter la petite fortune. Il y avait là dix pièces d’or et trente pièces d’argent. Léandra eut un sourire de contentement et déposa la bourse sous son oreiller. Les rayons du soleil entraient, à présent, à flots dans la pièce pauvrement équipée. Il n’y avait qu’un lit, une table de chevet, un coffre et un vieux miroir. Pour rendre le tout moins dur, l’Assassin avait tendu des voiles rouges et blancs aux murs. Bercée par le brouhaha de la foule, Léandra ferma les yeux. Durant sa flânerie au marché, elle avait pris sa décision. Elle s’endormit, l’esprit vide et la conscience tranquille.
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Voilà, je pense copier la suite dans la semaine. Etant donné que je suis en vacances j'ai pas mal de temps!
En espérant que cela vous a plu!
bizzous!
Nihilya, *:7*


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   Réponse au Sujet 'Le coeur de l'assassin' a été posté le : 28/10/03 17:51
Salut à tous!
Je vous sers la suiste du "coeur de l'assassin" puisque mon récit à plus à certains, que je remercie pour leurs compliments, ça m'a fait très plaisir!
Alors voilà la suite, avec mon premier essai de duel, très court et pas terrible à mon goût, je le retravaillerais, si j'en trouve le temps!! :D
Bonne lecture
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Ce fut un cliquetis étrange qui la réveilla. Immobile, elle ouvrit les yeux. Un nouveau cliquetis résonna dans la chambre. Lentement, calmement, Léandra prit sa dague. Sur la pointe des pieds, elle se leva et alla chercher son épée posée contre le mur. Un autre cliquetis… On crochetait sa serrure. Elle se plaqua contre le mur et attendit. Quelques secondes plus tard, on actionna la poignée de la porte qui tourna sur ses gonds, livrant passage à un homme, le visage masqué d’un loup noir. Léandra condit sur l’intrus qui para l’attaque avec brio. Elle haussa un sourcil, peut-être serait-il plus difficile que prévu de se débarrasser de cet importun.
L’inconnu se fendit, d’un gracieux saut sur le côté, Léandra évita l’attaque et, profitant d’une ouverture dans la garde de son agresseur, le toucha à la cuisse. Avec un cri de douleur et de rage mêlées, l’intrus fondit sur Léandra qui para du revers de l’épée. Dans sa précipitation, l’homme baissa sa garde, l’assassin le désarma de quelques moulinets rapides.
Elle accula le nouveau venu au mur, et, la pointe de sa dague appuyée à sa gorge, elle le dévisagea. Elle jeta son épée à terre, sans le quitter des yeux, et l’envoya plus loin d’un coup de pied. De sa main libre, elle arracha le masque du visage qui lui faisait face. Elle ne pu retenir le petit rire sarcastique qui lui monta à la gorge. Les yeux noirs qui la fixaient n’avaient plus rien de leur air sévère. Mais plutôt, l’expression d’un enfant que l’on vient de battre à son jeu préféré.
Vexé, le jeune bourgeois serra les dent. Souriant toujours, Léandra esquissa une moue moqueuse. Et, de même qu’avec la sienne, elle envoya l’épée du malchanceux à l’autre bout de la pièce.
Quelques peu rassurée sur les objectifs de son visiteur, mais pas assez pour le laisser filer, elle se mit en devoir de fouiller les poches de sa chemise noire. A peine ses doigts avaient-ils effleuré le tissu que l’homme siffla entre ses dents :
« Ne me touche pas, femme… »
Léandra lui adressa un regard glacial :
« Ainsi donc, tu sais parler ? Voilà une nouvelle intéressante… M’en apprendras-tu plus sur tes objectifs ? Où préfères-tu me laisser chercher moi-même ?
- Je viens t’apprendre la politesse, gueuse ! »
Léandra éclata d’un rire clair :
« Excuse-moi, mais, qui donnes une leçon à qui ici ? »
Le regard de l’homme s’embrasa de colère, il cracha au visage de l’arrogante femme qui lui faisait face. Léandra s’essuya d’un geste rageur. Elle appuya un peu plus sa dague sur la gorge de l’impoli faisant couler un mince filet de sang sur la chair palpitante. Elle approcha son visage du sien, et murmura :
« Je pourrais te trancher la gorge sur le champ, sale porc ! Peut-être apprendras tu le respect, une fois ton cadavre rongé par la vermine qui grouille dans les rues de cette cité...
- Essaie seulement…
- Tu crois peut-être que je vais avoir peur de la vengeance de quelques bourgeois engraissés ?
- qui a dit qu’il était question de bourgeois ?
- Oh… Le gentilhomme se rebelle…Donne-moi donc ton nom que je sache qui je vais égorger... »
L’homme réfléchit quelques instants, il n’y avait plus trace de fierté dans son regard. Il savait que le moindre écart lui coûterait la vie. Léandra riva ses yeux aux siens, et lui caressa le visage e la pointe de sa dague avec un sourire :
« Allons, parle… je m’en voudrais de devoir abîmer un si joli minois pour un prénom…
- Yolann… Je m’appelle Yolann »
Elle eut un mouvement de recul et le dévisagea à nouveau. Son regard passa à l’épée qui gisait plus loin, finement ouvragée, une arme qui paraissait tout à fait légère et maniable. Un sourire se dessina sur les lèvres de Léandra. Elle écarta sa dague du cou de Yolann :
« Ne me parle plus jamais sur ce ton. La guilde offre certaines protections, mais le Maître n’est pas indulgent pour autant envers les orgueilleux qui créent des conflits internes… »
Il ouvrit des yeux ronds, et la douleur de sa blessure à la cuisse sembla soudainement se réveiller. Sa jambe se mit à trembler, et, faiblissant, il se laissa glisser le long du mur. Léandra le regarda à terre, le jugeant à présent sans défenses, elle s’écarta :
« Vilaine blessure… Je ne vais tout de même pas laisser crever un de mes collègues, bien qu’arrogant… Je ne veux pas de ton sang sur les mains… » Avec un clin d’œil, elle se dirigea vers le coffre et en sortit un tissu blanc. De sa ceinture, elle dégagea une flasque, s’agenouillant près de Yolann, elle lui mit le goulot entre les lèvres et bascula la flasque pour le faire boire. Les yeux de ce dernier devinrent écarlates et des larmes coulèrent le long de ses joues. Lui maintenant la bouche fermée pour qu’il avale l’alcool, Léandra le regarda avec un sourire moqueur :
« Ca réveille n’est-ce pas ?
- Qu’est ce que c’est que ce poison ?
- Ce n’est pas un poison… C’est Mathias qui me vend cette liqueur… Elle est formidable pour les blessures légères… Hélas, il n’a jamais voulu me dire ce qu’il y avait dedans… C’est qu’il se fait un véritable commerce avec cette liqueur… »
Avec un petit rire, elle imprégna le tissu avec l’alcool. De sa dague elle déchira le pantalon. Yolann rougit jusqu’au oreilles, s’efforçant de masquer son trouble. Sans prêter attention à la pudeur dont faisait preuve le jeune homme, Léandra pansa sa blessure avec le tissu imbibé. Le contact de la liqueur sur sa chair à vif fit gémir Yolann. Il serra les dents pour ne rien laisser paraître. Léandra se releva :
« Change le bandage fréquemment ou alors la blessure va s’infecter. Imbibe ton pansement d’un peu d’alcool à chaque fois, du whisky ou de la liqueur pure. Fais en sorte que le tissu soit toujours bien propre. »
Yolann tenta de sourire, il balbutia un « merci » maladroit. Léandra rit de plus belle :
« Je n’allais pas te laisser mourir ici, d’une blessure aussi ridicule… Je te rendrais même ta bourse…
- Gardes-en un peu… Pour les soins… et la leçon d’humilité…
- Tiens ? Aurais-je touché ton orgueil ? »
Yolann baissa les yeux sur sa blessure et fit semblant d’ignorer la question.

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Voilà c'est tout pour aujourd'hui! La suite dans le courant de cette semaine!
Bizzous
Nihilya, *:7*


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Nihilya

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   Réponse au Sujet 'Le coeur de l'assassin' a été posté le : 09/11/03 15:57
Salut à tous!
La suite est là...
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Avant de rendre son argent à Yolann, Léandra prit quatre pièces d’or et dix pièces d’argent et lui rendit le reste. Sans un mot, il l’attacha à sa ceinture en serrant le nœud plus correctement qu’il ne l’avait fait auparavant. Comme il ne semblait pas décidé à partir, Léandra se dirigea vers son miroir et se mit en devoir de remettre de l’ordre dans ses cheveux en bataille.
Yolann l’observait du coin de l’œil lorsqu’il réalisa qu’elle ne lui avait pas dit son nom. Il jeta un œil perplexe à sa blessure qui le lançait encore un peu et demanda :
« Je t’ai donné mon nom… J’estime être en droit de savoir le tien… »
Elle détourna les yeux de son miroir et le dévisagea comme si elle venait de se rappeler sa présence :
« Si tu y tiens… je m’appelle Léandra.
- Bien… » Il regarda par le fenêtre où le soleil couchant jetait des éclats ambrés :
« Le crépuscule est proche… Je crois qu’il est temps pour moi de partir.
- Si tu arrives à tenir debout… » Ajouta-t-elle d’un ton sarcastique. Yolann s’appuya au mur, une lueur de défi dans le regard. Lentement, il se leva, les traits crispés par l’effort. Léandra l’observait, le sourire aux lèvres. S’appuyant toujours, le jeune homme soufflait pour tenter de se maintenir debout. Sa jambe se mit à trembler, une lueur de déception passa dans on regard, puis il s’écroula sur le sol avec un gémissement de douleur. Des gouttes de sueur perlaient sur son front, il fixait sa jambe avec une expression déçue. Léandra éclata de rire et délaissa quelques instants son reflet pour aller se poster face à Yolann. Les poings sur les hanches, elle le regardait, moqueuse. Il soutint son regard en haussant les épaules :
« J’aurais tout à fait pu me lever…
- Oh… Mais je te crois… D’ailleurs tu t’es levé… Le défi était de rester plus de quelques secondes debout… Même si ta blessure est légère, je te suggère d’y aller doucement… Sauf si tu tiens à dormir dans la boue cette nuit… »
Un sourire se dessina sur les lèvres de Yolann. Encore une fois, elle avait raison. Il réessaya de se lever, mais au lieu de s’obstiner à rester debout, il s’assit sur le lit. Léandra continuait d’arranger ses cheveux, qui faisaient manifestement preuve de mauvaise volonté. Avec un soupir exaspéré elle abandonna toute tentative superflue de maintenir ses cheveux en place… Ce dernier mesurait les efforts à faire pour se relever. Il ne tenait apparemment pas à se ridiculiser une fois de plus. Léandra traversa la pièce et alla récupérer son épée et celle du jeune assassin. Elle mit la sienne dans son fourreau et la déposa contre le mur, et rendit l’autre à son propriétaire, qui la regarda d’un air sceptique avant de la remettre également au fourreau. Puis, lentement, sans précipitation, il tenta de se relever. Il prit appui sur le mur, et, bien que vacillant, réussit à se maintenir sur ses pieds. Il se concentrait pour ne pas faillir. Le plus dur, serait probablement de redescendre les escaliers.

Léandra semblait légèrement nerveuse, le coucher de soleil approchait… Yolann, était resté debout une bonne minute. Jugeant l’effort suffisant, il se laissa tomber sur le lit avec un long soupir de satisfaction. Puis, il demanda à brûle-pourpoint :
« Pourquoi es-tu là ?
- Comment cela ?
- Je veux dire… La Guilde, pourquoi y es-tu rentré ? » Elle lui sourit, et s’assit à ses côtés.
« Non, je ne te dirai pas que c’est une longue histoire… Je n’ai jamais été abandonnée… Aucun de mes parents n’est mort injustement… Je ne suis qu’une femme normale…
- Et bien que fais-tu là ?
- Je te retourne la question ? Quel plaisir trouves-tu à tuer ?
- Aucun… Je ne suis là que pour gagner ma vie… » Elle eut un rire sarcastique :
« Comme n’importe lequel d’entre nous, Yolann… N’importe lequel d’entre nous… »
De nouveau, elle leva la tête vers la fenêtre. La lumière orangée du crépuscule pointait discrètement à l’horizon. Elle prit une longue inspiration et dit :
« Je suis navrée de couper court à cette conversation, mais je suis attendue et je dois me préparer… Tu pourras marcher ?
- Oui… La douleur est moins lancinante…
- Bien… » Elle se leva, et lui tendit la main pour l’aider à se relever. Une fois de plus, il fut surpris par l’étrange froideur de sa peau. Elle dut remarquer son étonnement, car ses traits se tendirent soudain, et dès que Yolann fut debout, elle retira vivement sa main.
« Merci… Je… Alors, à un de ces jours… » Retrouvant son habituel sourire ironique et sa légèreté, elle lui asséna une claque sur l’omoplate :
« La guilde est comme une petite ville ! Il est plus que probable que l’on se revoit dès demain, arrogant personnage ! » Il eut un sourire et se dirigea en boitillant vers la porte. Quand il eut disparut, et que les bruits de ses pas ne se firent plus entendre, Léandra soupira et prit une cape noire dans laquelle elle s’enveloppa, ne laissant pas même voir ses yeux. Elle but une gorgée de liqueur qui lui arracha un petit frisson. Elle récupéra son poignard et le glissa à sa ceinture.
Jetant un regard autour d’elle, comme pour vérifier qu’elle n’avait rien oublié, elle se dirigea vers la porte et sortit, verrouillant soigneusement la porte derrière elle.

Au dehors, la nuit n’était pas encore tout à fait tombée. Se glissant parmi les ombres, elle se dirigea vers la guilde d’un pas décidé. Le gardien n’était plus Matthias, c’était un homme immense qui masquait la porte de sa musculature massive. Léandra releva légèrement sa cape pour se faire reconnaître. Avec un grognement peu engageant, l’homme s’écarta. Poussant la porte, Léandra parcourut les couloirs glacés et monta lentement les marches de pierres jusqu’au bureau du Maître. Inspirant longuement, elle frappa à la porte qui s’ouvrit presque immédiatement sur le visage du Maître, ne laissant rien paraître du bureau derrière lui :
« Vous avez mis beaucoup de temps à vous décider, damoiselle… Puis-je espérer que vous avez fait le bon choix ?
- Tout dépend de ce que vous pensiez être le bon choix, Maître.
- Je vois que vous ne perdez pas de votre sagesse ma chère. Bien… Un fiacre vous attend en bas. Il vous déposera à votre chambre habituelle. Habillez-vous de la tenue qui vous sera donnée, et remontez dans le fiacre. Nous nous retrouverons à l’arrivée.
- Où allons-nous ?
- Ce soir, mon amie, je vous emmène dans votre futur lieu de travail. »
Sans un mot de plus, il lui claqua la porte au nez. Léandra eut un petit mouvement de recul, et fit demi-tour. Elle ne put réprimer un sourire. Elle allait retourner chez les bourgeois, enfin…

Devant la Guilde, un fiacre l’attendait. A peine fut-elle installée que le cocher fit partir ses chevaux, la menant tout droit à sa mansarde. Arrivés là-bas, il l’aida galantement à descendre et lui confia un amas d’étoffes rouges et noires :
« Merci…
- Vous allez peut-être avoir besoin d’aide pour le corset ? »
La voix qui venait de parler était tout à fait féminine. Le cocher s’averra être une cochère qui se proposa pour aider Léandra à serrer le corset. Cette dernière accepta de bon cœur et elles montèrent toutes deux à la chambre. La cochère attendit à la porte le temps que Léandra retire sa chemise et noue les premiers lacets du corset, puis rentra. Fermement, elle serra le corset blanc si bien que Léandra dut s’y reprendre à plusieurs fois pour retrouver sa respiration. Avec un sourire et une petite révérence, la femme expliqua qu’il fallait qu’elle soit habillée dans trente minutes au plus tard et sortit.
La robe qu’elle passa était d’un rouge sang presque aveuglant, laissant ses épaules à demi nues. Sa gorge blanche exposée aux limites de la décence. Le décolleté était bordé de dentelle d’un noir de jais qui contrastait avec le reste et attirait encore plus le regard. Sur le devant, la robe était lassée d’un ruban noir également. Elle passa aux pieds des bottines noires, cachées par la robe qui traînait presque par terre. Elle se dirigea vers le miroir, pour arranger une bonne fois pour toutes ce fichu chignon.
Elle y passa plusieurs minutes, et retira tous les aiguillons. Après quelques tentatives infructueuses, elle se dirigea vivement vers le coffre d’où elle sortit un ruban rouge. Elle noua ses cheveux en queue de cheval et en dégagea deux mèches qu’elle laissa pendre négligemment de chaque côté de son visage. Elle passa deux gants noirs qui lui couvraient les bras jusqu’aux coudes et, satisfaite, elle prit sa cape et la jeta surs ses épaules. Les jours étaient peut-être chauds, mais l’hiver approchait et les nuits se faisaient de plus en plus fraîches. Par sécurité, elle coinça son poignard dans l’un de ses bas et sortit.

Le fiacre l’attendait, et la demoiselle qui le conduisait n’était plus qu’une ombre, les rennes en main. Léandra monta dans la voiture qui partit aussitôt.
Pendant plusieurs minutes, Léandra fut ballottée de sens et d’autres sur les pavées inégaux d’Alphas. Les tavernes étaient toutes illuminées et de chacune d’elles provenait un brouhaha incessant. Le fiacre passa devant la forge, puis s’enfonça dans des ruelles tortueuses où il passait à peine. Puis, les ruelles se transformèrent en avenues, bien plus larges. Les masures du quartier pauvre laissèrent place à de grandes maisons blanches. Les fiacres se firent plus nombreux et l’allure fut nettement ralentie. Un vent frais passait par les fenêtres, soulevant légèrement les rideaux de velours noirs, Léandra enroula sa cape un peu plus autour d’elle.
Après encore quelques minutes, le fiacre s’arrêta et la porte s’ouvrit sur le Maître qui lui donna la main pour l’aider à descendre.
Gracieusement, Léandra s’exécuta pour découvrir devant elle une immense résidence. Une allée de pavées blancs filait vers la grande porte de chêne. La plupart des fenêtres de la propriété étaient éclairées, et déjà des dizaines de couples se dirigeaient vers l’entrée avec force de bavardages.
Le fiacre dans lequel Léandra était arrivée fut conduit à l’arrière, et ils se dirigèrent avec assurance vers l’entrée. Des massifs de fleurs étaient parsemés sur les pelouses des jardins, le Maître indiqua :
« Nous sommes dans la propriété du Duc d’Alphas. Il donne ce soir une réception en l’honneur du mariage de sa fille, Gwenaëlle avec le prince Elric de Lonn. Un mariage d’intérêt, comme toujours dans la noblesse… La damoiselle est à peine âgée de quatorze ans… Sont conviés ce soir, tous les comtes, ducs, marquis et vicomtes de la région… Le gratin du pays, chère Léandra, tachez de vous conduire comme telle…
- Certes… Quel est mon titre ?
- Ce soir, vous êtes comtesse… La comtesse Léna de Dogéran… Vous vous ferez passer pour l’une de mes lointaines cousines. Pour ma part, je suis le Duc Geoffroy de Dogéran… Paraissez à votre aise… Discutez avec les autres dames de la Cour comme si vous aviez depuis toujours entendu parler d’elles et de leurs maris… »

Léandra eut un pincement au cœur en arrivant devant la porte. Voilà quatoze ans qu’elle n’avait plus mis les pieds dans cet endroit. La petite Gwenaëlle n’était âgée que de quelques mois… Tout ce qu’elle espérait c’est d’avoir suffisamment changé pour ne pas être reconnue par tous les nobles qu’elle avait pu croiser autrefois… La porte se rapprochait, elle sentait son cœur battre dans sa poitrine, si fort qu’elle avait l’impression que les battements résonnaient dans toute la propriété… Elle serra le bras du Maître pour se maintenir debout, ce dernier lui adressa un regard inquiet :
« Tout va bien mon amie ?
- Oui… Tout va bien…
- Tout se passera bien, observez mes consignes et tout ira pour le mieux… »
Etonnée par cet élan de gentillesse de la part du Maître, elle n’avait pas vu à quel point ils étaient désormais proches de la porte. Le Maître se redressa et se composa un sourire de circonstance. Léandra l’imita avec difficulté, ils gravirent les quelques marches de marbre…
Elle avait l’impression de revivre son passé…


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Voilà pour vous!
Bizzous
Nihilya , *Dans 52h je vais voir Tryo, dans 52 h je vais voir Tryo, dans 52h je vais voir Tryo, dans 52h je vais voir Tryo!* :D :D


Dernière mise à jour par : Nihilya le 11/11/03 16:17

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   Réponse au Sujet 'Le coeur de l'assassin' a été posté le : 09/11/03 21:54
Dîtes moi, mais c'est très bien, tout ça. Je n'avais pas encore pris le temps de lire, mais autant dire que cet erreur a vite été reparée et que j'attends la suite ^^

Teocali


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Marx disait "la religion est l'opium du peuple".
Bin, j'ai rien contre les drogués mais je peux pas blairer les dealers.
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Nihilya

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   Réponse au Sujet 'Le coeur de l'assassin' a été posté le : 09/11/03 22:07
Bonsoir à tous!
J'ai bien travaillé aujourd'hui! Je vous livre la suite! Merci pour le complimet Téo... Ca fait toujours plaisir!
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Un domestique s’avança et les débarrassa de leurs capes. L’intérieur de la résidence était plus que luxueux. Le hall d’entrée était carrelé de marbre noir et blanc, et au centre un tapis pourpre circulaire trônait. Un double escalier menait aux étages, et deux doubles portes, à gauche et à droite, menaient respectivement au salon et à la salle à manger. Toutes deux étaient ouvertes, les visiteurs s’étaient installés à table. Toujours accrochée au bras du Maître, Léandra avait recouvré ses couleurs. Elle regardait les visages avec curiosité reconnaissant certains visages, en découvrant d’autres. Ils entrèrent dans la salle à manger et des domestiques leur indiquèrent leur place. Le Maître les congédia d’un geste de la main, leur expliquant qu’il irait s’asseoir plus tard. Les domestiques hochèrent la tête et s’éloignèrent. Aussitôt qu’ils furent partis, un homme de haute taille, brun accosta le Maître avec un sourire jovial :
« Monsieur le duc ! Voilà longtemps que nous n’avions eu le bonheur de vous voir ici !
- Les affaires, cher ami, les affaires… »
Puis, comme s’il venait de remarquer la présence de Léandra, il la dévisagea et lui fit le baisemain :
« Mademoiselle ?
- Je vous présente la Comtesse de Dogéran, ma cousine. Elle vient d’arriver de la campagne, je fais en sorte qu’elle fasse des connaissances.
- Soit… Je suis ravi de vous avoir vu mon cher ! »
Sur ce, il salua le couple et s’éloigna. Léandra cherchait fébrilement les visages connus, lorsqu’un couple s’approcha d’eux. Elle eut un petit mouvement de recul en reconnaissant le marquis d’Alphas et sa femme. Elle pria intérieurement pour qu’ils ne la reconnaissent pas. Après s’être salués mutuellement, le Maître expliqua une deuxième fois les raisons pour lesquelles Léandra était là. La marquise demanda :
« Ainsi vous venez de la campagne ?
- Tout à fait…
- Cela doit être étrange pour vous de vivre ici à présent… La vie, là d’où vous venez doit être plus…précaire…
- Pour être différente, elle l’est… De plus, je ne connais personne ici, tous ces visages inconnus… Je me sens un peu étrangère parmi vous… pour tout vous dire, je crois même que cela m’effraie un peu…
- Ne vous faites pas mon enfant, vous pouvez compter sur moi pour vous guider si vous vous sentez perdue.
- Je vous remercie ma chère… Un peu d’aide ne sera pas de refus ! »
La comtesse sourit chaleureusement et s’éloigna, au bras de son mari. D’un geste, le Maître indiqua sa place à Léandra et ils s’installèrent.
Quelques minutes plus tard, les convives étaient tous installés. Léandra en avait reconnu les trois-quarts mais aucuns ne semblait avoir fait particulièrement attention à elle. Le Maître lui posa la main sur le bras, et murmura :
« A votre droite, sont le duc de Dessan et sa femme. On dit qu’elle lui est scandaleusement infidèle, la rumeur court même que le bébé qu’elle porte serait un petit bâtard, le père serait un marin en escale. A leur droite, sont la marquise d’Evard et sa fille. Cette dernière vient de fêter ses vingt ans, le scandale est qu’on ne lui trouve pas de mari. On dit qu’elle n’est plus vierge, et que ceux qui sont passés dans son lit en sont sortis épuisés… La petite est endurante, ajouta-t-il avec un sourire entendu. Son père, le Marquis D’Evard est décédé il y a six ans de la fièvre. Les deux couverts vides, doivent être les parents de l’un des deux mariés. En bout de table, ce sont les couverts du jeune couple, et les deux autres couverts vides en face ceux des parents de l’autre marié. Ils ne sont pas encore dans la salle, ils ménagent leur entrée… Les bourgeois ont tous le sens de la scène. En face, complètement à gauche, le duc d’Alphas, sa femme n’est pas là… Ce n’est guère étonnant, le duc est assez volage… Méfiez-vous en comme de la peste…
- Je m’en souviendrais…
- Il aurait une relation avec la duchesse de Dessan, mais ce sont là des secrets d’alcôve. Je pense que vous en apprendrez plus avec les bavardages incessants des dames de la Cour… A côté de notre homme, il y a le marquis et la marquise d’Alphas. Un couple sans histoires… Aucune rumeur croustillante sur ces deux là… A leur droite, leurs deux enfants, des jumeaux, Lydie et Grégoire, ils ont tous deux quinze ans. Lydie sera probablement bientôt mariée. Grégoire, lui, est en apprentissage… Ses parents veulent le mettre au service du roi en tant que chevalier. En face de nous, le comte d’Erras et sa femme, la comtesse est d’une jalousie maladive. Ne vous approchez pas de son mari si vous ne désirez pas vous retrouver avec de l’arsenic dans votre verre… C’est aussi une véritable langue de vipère… Ensuite, le duc d’Essaras, il est veuf, sa femme est morte en couche. Depuis, il n’a plus jamais partagé le lit d’aucune autre femme, les mauvaises langues vous diront qu’il visite tout de même, certaines filles de joie des quartiers pauvres. En face de lui, son fils. Adrien d’Essaras, un des prétendants de la jeune Lydie. Et enfin à ma gauche, le vicomte d’ Ardians. C’est un vieux garçon, il ne s’est jamais marié. La duchesse de Dessan aimerait bien l’avoir dans son lit selon les rumeurs. »

Léandra soupira, le décès du marquis d’Evard l’avait quelque peu attristée. C’était un homme bon, autrefois… Les seuls qu’elle ne connaissait pas étaient le vicomte d’Ardians, ainsi que le duc d’Essaras et son fils. Elle observait les visages autour d’elle, tous semblaient pris dans des discussions de la plus haute importance, le brouhaha ne cessait pas. Des domestiques servirent à boire, les verres furent remplis de vin et Léandra y porta les lèvres avidement. La boisson était délicieuse, et redonna un peu de couleurs à Léandra, qui pâlissait un peu plus à chaque regard que l’on portait sur elle.

Elle avait mystérieusement disparu, il y a seize ans. Après être restée douze ans au service du marquis de Sandras. Puis, elle avait fugué. Ne supportant plus les fastes de cette vie qui ne lui appartenait pas, elle était partie. Le marquis et sa femme l’avaient recueillie… La marquise était morte lorsque Léandra avait quatre ans … À sept ans, elle était devenue domestique. D’après ce qu’il lui avait dit, sa mère était la femme de chambre de la marquise. Morte en couche. La marquise avait eu pitié de cette femme enceinte qui mendiait dans les faubourgs malfamés de la ville et l’avait prise à son service, contre l’avis du marquis.
Lorsqu’elle avait fuguée, Léandra s’était retrouvée à la rue, où elle avait vite appris comment se débrouiller. Elle était devenue l’un de ses enfants pick-pockets et avait vécu dans la rue pendant un an. A treize ans, elle s’était fait embauchée comme serveuse dans une taverne, où elle avait réussi à se faire loger. Trois ans plus tard, elle avait essayé de dérober un peu d’argent au Maître de la guilde. Elle avait échouée, et le Maître l’avait remarqué. Il lui proposa de travailler pour lui, le salaire étant plus fort qu’à la taverne, elle avait accepté sans hésiter. Le Maître, lui paya les trois premiers mois de logement dans la mansarde qu’elle n’avait plus quitté par la suite. Sébastian avait été chargé de sa formation d’assassin, il avait été particulièrement sévère, il l’avait même battue à plusieurs reprises.

Léandra fut parcourue d’un frisson en repensant à tout cela, et but une nouvelle gorgée de vin. Elle jeta un regard glacial au duc d’Alphas qui l’observait avec un sourire sadique. Le bruit des conversations lui donnaient mal à la tête, et son corset lui comprimait la poitrine. Elle murmura au Maître :
« Comment font toutes ces femmes pour porter ces instruments de torture à longueur de journée ? » Le Maître eut un rire franc, et parcourut l’assemblée du regard :
« Vous avez intérêt à vous y habituer… Ce n’est pas la dernière fois que vous allez en porter, Mademoiselle Léna de Dogéran… »
L’emploi de ce nom la fit sourire. Elle s’apprêtait à répliquer lorsque les portes s’ouvrirent. Le couple et leurs parents faisaient leur entrée…


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Voilà, en espérant qu cela ait plus!
Bizzous, :7
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   Réponse au Sujet 'Le coeur de l'assassin' a été posté le : 11/11/03 16:23
Salut à tous!
Comme je n'ai que ça à faire en ce moment, j'écris.
Bonne lecture! :D
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Des applaudissements retentirent dans la salle à manger…

Les deux mariés entrèrent en premier. Gwenaëlle était devenue une jeune fille superbe. On ne pouvait pas déceler une joie particulière dans ses grands yeux bleus, mais elle esquissait tout de même un sourire de circonstance. Ses longs cheveux descendaient en boucles brunes sur ses reins, masqués par le grand voile qu’elle portait. Sa robe blanche était magnifique, Léandra sourit en pensant combien les jupons devaient être encombrants pour marcher correctement. Le corset avait du être serré au plus fort, de ce fait Gwenaëlle se tenait parfaitement droite, et masquait tant bien que mal son décolleté avec un grand éventail qu’elle agitait fébrilement.
Son mari, le prince, était vêtu, lui aussi, d’une tenue d’apparat de soie blanche et noire. Léandra lui donnait une trentaine d’années. En effet, la dernière fois qu’elle l’avait vu, il ne devait pas avoir plus de quatorze ans. Il n’était pas si vieux, mais paraissait usé par les soucis. Il avait des cheveux châtains et courts, très rares chez les nobles. Et déjà, quelques cheveux blancs apparaissaient… Il avait les traits tirés, mais paraissait l’homme le plus heureux du monde.
« Au moins le mariage lui profitera à lui… » pensa Léandra.
Les parents suivaient. Le sourire aux lèvres, richement habillés pour l’occasion.
Les trois couples prirent leurs places respectives à table. Et dans le silence, le prince fit un geste de la main, remerciant pompeusement les invités de leur présence et ordonna le début du repas.
Ce ne fut qu’à cet instant que les conversations reprirent. Les femmes discutaient de la tenue de la jeune épouse, les hommes de l’importance du mariage…
Léandra se sentait un peu mal-à-l’aise. Elle but une nouvelle gorgée de vin, sous le regard amusé du Maître :
« Faites attention où vous vous écroulerez sous la table avant d’avoir pu finir le repas… »
Elle lui adressa un sourire crispé et reposa son verre.

Les domestiques apportèrent le poisson. Des murmures d’approbations parcoururent la foule des invités qui furent vite servis. La cuisine était parfaite, et Léandra mangeait avec plaisir, n’ayant eu droit à ce genre de repas depuis longtemps. Le Maître était plongé dans une discussion politique avec le vicomte à ses côtés, il n’avait presque pas touché à son assiette. Soudainement, la duchesse d’Essans se tourna vers Léandra et la dévisagea :
« Vous me rappelez une petite fille que j’ai connue… Je ne sais plus son nom… Elle travaillait pour le marquis de Sandras, la petite a disparu il y a bon nombre d’années… Selon toutes les probabilités, elle s’est enfuie. C’était une brave petite fille. »
Léandra tressaillit et manqua de s’étouffer avec un morceau de poisson. Elle toussa très disgracieusement, ce qui arracha une grimace outrée à la duchesse, qui s’inquiéta poliment :
« Tout va bien mademoiselle ? »
Léandra s’essuya la bouche avec un mouchoir et, le visage rougit, rassura la dame d’un geste de la main :
« Excusez-moi ma chère… Je… Une arrête… » La duchesse reprit sa mine outrée, et tança vertement un des domestiques à proximité sur la façon de cuisiner du poisson :
« Je suis désolée, mademoiselle de Dogéran… Les bons cuisiniers sont si difficiles à trouver par les temps qui courent. De la vermine, sans grâces, ni manières…
- Je suis d’accord avec vous, chère amie.
- Je ne manquerai pas d’en parler au duc d’Alphas. »
Léandra acquiesça, la duchesse revint sur son sujet principal, qui fit pâlir Léandra :
« Que disais-je ? Ah, oui… Cette enfant… Charmante par ailleurs, sa mère était une fille de joie. La marquise a toujours eu un faible pour le petit peuple… C’est ce qu’il l’a perdue, à force de frayer avec la fange miséreuse elle a attrapé une de leur maladie et y a laissé sa vie. »
Léandra se força à se garder au calme, et but une gorgée de vin pour reprendre son sang froid et s’enquit :
« Je n’ai pas vu le marquis ce soir, serait-il malade ?
- Oui, il aurait prétexté un mal de ventre, l’empêchant de quitter le lit. Si vous voulez mon avis, il est à la recherche d’une nouvelle jeune fille à mettre dans sa couche. Le marquis à un nombre de conquêtes impressionnant.
- C’est bien ce que j’ai entendu dire… »
La duchesse sourit, et s’étant apparemment donnée pour mission de mettre la nouvelle arrivée au courant de toutes les histoires circulant actuellement, elle se lança dans une énumération détaillée des potins de la Cour, n’omettant aucun détail.
Léandra écouta les dix premières minutes, et le restant du temps, elle ne prêta qu’une attention distraite à la duchesse. Le vin commençait à lui monter à la tête. Elle observa les deux époux en bout de table, la mariée mangeait le contenu de son assiette d’un air maussade, n’adressant que de vagues regards à son époux. La pauvre devait appréhender le moment où ce dernier voudrait bénéficier de son droit conjugal. Léandra frissonna à la pensée de ce corps à peine adulte entre les mains de cet homme, qui ne ferait probablement preuve d’aucune délicatesse. Les yeux brillants, Gwenaëlle but une gorgée dans la coupe que lui présentait son mari en grimaçant. Ce dernier discutait avec le duc d’Alphas, d’après ce que Léandra pu déceler il s’agissait de terres et d’une partie de chasse à venir pour fêter les récentes noces. Idée qui sembla réjouir le prince.
La duchesse de Dessan continuait de babiller gaiement aux côtés de Léandra.
La viande avait été apportée, puis remmenée. Les fromages et la salade connaissaient un véritable succès. Ensuite, viendrait les digestifs et avec ces derniers le discours du jeune marié, puis les invités passeraient au salon. Si les conversations engagées étaient intéressantes, les invités resteraient jusqu’au point du jour.
Léandra tentait de rassembler ses souvenirs de la vie mondaine. N’en ayant eu qu’une brève vision en tant que domestique, certaines convenances lui revenaient et la façon de vivre des nobles n’avait pas l’air d’avoir changée en quatorze ans… La duchesse, à ses côtés, racontait à présent les derniers commérages sur l’interlocuteur du Maître, le vicomte d’Ardians. Léandra espérait en avoir bientôt fini car la duchesse semblait en manque d’inspiration, et replongea pensivement dans son assiette, cherchant quelque nouvelle qu’elle aurait pu oublier dans sa précipitation à tout raconter. Léandra fut soulagée de ce répit.

C’est à ce moment que les domestiques ressurgirent, emportant les restes de fromage et amenant les digestifs.
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Voili voilou!
Bizzous
Nihilya, :7


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Wokety pokety wokety wok ! Abracabracabranack ! Higitus figitus wigitus woum
Prestidigitorium !
Wooow !
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Sucrier vous êtes bien trop brutal ! Madame théière est déjà assez félée !


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Nihilya

Egérie Révolutionnaire



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Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Le coeur de l'assassin' a été posté le : 24/11/03 14:31
Salut à tous!
Etant malade, j'ai eu letemp de travailler un peu. Voici le fruit de mes efforts. (J'aime bien cette phrase, ça fait vachement sérieux!)
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Une fois les invités servis, le prince se leva et toussota pour réclamer le silence et d’une voix étonnamment grave pour sa carrure, il commença :
« Mes chers amis, je suis ravi de vous voir tous ainsi réunis ce soir. Ma femme et moi espérons que tout se passe bien et souhaiterions vous remercier pour votre présence toujours si agréable à nos yeux…. »

S’ensuivit un long discours pompeux dans lequel le prince relatait sa rencontre avec Gwenaëlle, s’efforçant de faire comprendre à l’assemblée combien il l’aimait… Faisant l’éloge de sa jeune beauté, cette dernière en rougit de honte en baissant le nez dans son verre de digestif. Toute la table écoutait, le sourire aux lèvres… Quand il eut fini, des applaudissements et des félicitations résonnèrent dans la salle.
Léandra se demandait pourquoi le Maître avait tant tenu à lui offrir ce contrat. Il semblait lui-même hautement estimé dans la noblesse, il aurait fort bien pu s’acquitter seul de cette tâche. Etait-ce une nouvelle tactique tortueuse ayant pour unique but de séduire Léandra ? Elle sourit à cette idée, et but une gorgée de digestif en cœur avec le reste de la tablée. C’était un alcool qu’elle ne connaissait pas, il avait une belle couleur ambrée et un goût poivré agréable. La duchesse de Dessan semblait à cours de commérages et s’était lancée dans une discussion désintéressée avec son mari.
Il se passa ainsi une demi heure. Léandra commençait à avoir des crampes au niveau de la bouche à force d’adresser des sourires béats à chaque invité qui portait le regard sur elle, ses pieds la faisaient souffrir, le corset la démangeait, et elle était forcée d’économiser son oxygène tellement sa poitrine était comprimée. Elle s’agitait avec impatience sur sa chaise, ce qui n’échappa point à son accompagnateur :
« Mademoiselle, tenez-vous donc un peu en place ! »
Léandra se pencha vers lui et baissa la voix :
« Je n’en peux plus ! Je m’ennuie à en mourir…
- Ne vous en faites pas, il n’y en a encore que pour une heure ou deux… »
Il lui adressa un sourire réconfortant, et Léandra détourna la tête en poussant un soupir exaspéré. Gwenaëlle était de plus en plus pâle, voyant l’échéance se rapprocher. Elle n’avait pas touché à l’alcool qui stagnait dans son verre. Et elle avait plongé son regard dans le liquide ambré avec une fascination religieuse.
Les conversations se poursuivaient, les invités passèrent au salon. Une vaste pièce circulaire au fond de laquelle une cheminée de pierres trônait. Un feu crépitait joyeusement dans l’âtre, éclairant d’une lueur vacillante le salon où cinq grands canapés de velours pourpre étaient installés en cercle, autour d’un tapis sombre sur lequel était posé une table de bois.

Léandra fut soulagée à la vue de ces confortables canapés, et s’y affala, vite rappelée à l’ordre par la Maître qui lui tapa sur l’épaule. Elle fut forcée de se relever et de croiser dignement les jambes à l’instar des autres dames. Les conversations reprirent à la lueur du feu de bois et durèrent des heures. Léandra prêta distraitement l’oreille aux commérages des dames qui duraient à n’en plus finir… Elle se sentait plus à l’aise dans le personnage, retrouvant peu à peu les allures de ceux qu’elle avait fréquenté il y a quatorze ans…
Elle soupira, attendant la fin de cette soirée de torture avec impatience. Ses souvenirs affluaient, des sensations et des images lui revenaient en mémoire, de ces souvenirs… Que l’on préfère oublier… Elle secoua discrètement la tête, en une vaine tentative de chasser ses pensées désagréables… Ce qui sembla leur donner plus de vigueur encore… Elle revoyait le grand domaine du marquis, les domestiques qui s’affairaient le matin très tôt, les jardins immenses, et les innombrables pièces de la résidence. Les cuisines, les salons, la salle à manger, les chambres… Là, se précisa, dans le flou des souvenirs, un lit… Un grand lit à baldaquin, une silhouette allongée qui dort, apparemment paisiblement… Il y a quelque chose à ses côtés… Cette chose tremble… C’est…
« Mademoiselle ? Tout va bien ? »
Léandra rouvrit les yeux, qu’elle avait fermés inconsciemment. Gwenaëlle se tenait face à elle, l’air inquiet. Apparemment, personne d’autre n’avait remarqué, la légère absence de Léandra. Gwenaëlle sourit :
« Vous avez soudainement pâlie, j’ai bien cru que vous alliez vous évanouir !
- Non, ça va… Je vous remercie, mademoi… madame…
- Vous êtes sûre ? Je peux vous faire apporter un peu d’eau si vous le désirez…
- Non, je vous assure… Tout va bien… Au mieux… »

Gwenaëlle hocha la tête, fit mine de partir et se ravisa :
« Excusez-moi… j’ai dû oublier votre nom…
- Oh… Je suis Mademoiselle de Dogéran, Léna de Dogéran.
- Ah oui ! La cousine de monsieur le Duc ! Voilà des semaines qu’il nous parle de vous… Il faut croire qu’il vous aime beaucoup… » Léandra ne put réprimer un sourire, et jeta un regard furtif à son Maître :
« Ca pour m’aimer… Il m’aime… Un peu trop à mon goût, ma chère…
- C’est un homme agréable… Sa compagnie est toujours appréciée dans les salons. »
Léandra lui adressa un sourire et changea de sujet :
« Mes félicitations pour votre mariage… » Gwenaëlle fit un sourire crispé et balbutia des remerciements confus.
« Je me doute que cela ne vous plaît guère… Le prince est un bon parti, c’est un fait… Mais il ne correspond pas vraiment à l’idéal d’un mari que l’on peut se faire à votre âge. »
Elle baissa la tête, contemplant ses mains d’un air absorbé :
« Oui… Vous savez… J’ai peur …
- Il est un peu tard pour avoir peur… Bien que vous n’ayez guère eu le choix… Je n’ai pas de réconfort à vous apporter, j’en suis consciente. Surtout… Ne vous sentez pas obligée de faire quoique ce soit pour lui, ne vous forcez jamais à rien.
- Je vous remercie, mais si je m’écoutais, faites moi confiance… Je ne serais pas ici à discuter de ce mariage. »

Elle se leva, Léandra lui sourit. Gwenaëlle la dévisagea attentivement, et s’éloigna digne mais terrifiée. Epuisée, Léandra attendait la fin de la soirée. Le Maître était plongé en pleine discussion avec le duc de Dessan, dont la femme ne tarda à revenir pour faire part à Léandra des rumeurs dont elle s’était rappelées. Léandra dû classer un nombre incalculable d’informations sur tous les nobles réunis dans le salon. Si bien, qu’elle était déjà persuadée de ne plus pouvoir s’en rappeler dès le lendemain matin.
Quelques heures s’écoulèrent, d’autres verres furent servis. Les hommes fumèrent, et les vapeurs de tabac engourdirent l’esprit de Léandra qui fini par avoir l’impression de flotter dans du coton. Se maintenant toujours droite, elle attendait, écoutait patiemment les conversations inintéressantes des dames de la Cour.
Elle était à deux doigts de s’endormir lorsqu’elle sentit une main sur son épaule :
« Cousine ? Il me semble que l’alcool et la fumée ne vous réussissent guère… Allons, levez-vous, nous partons… »
Ils prirent congé de leurs hôtes et retrouvèrent leur fiacre au dehors. La nuit était glaciale, Léandra se blottit dans sa cape, songeant au moment où elle se débarrasserait du corset qui lui coupait la respiration depuis des heures. Le Maître ne l’assomma pas de questions inutiles, il lui rappela, un peu vertement, que s’endormir dans une soirée pareille n’était que très mal vu. Il précisa qu’il avait dû expliquer à tous les invités que la demoiselle de Dogéran était souffrante. La pointe d’ironie dans la voix du Maître la fit sourire.
Arrivés devant l’hôtel, il l’aida à descendre et Léandra se dirigea tant bien que mal à sa chambre. Après avoir verrouillé la porte derrière elle, elle retira robe, gants, chaussures et corset avec un soupir de satisfaction et se glissa dans son lit. Sa tête eut à peine touché l’oreiller qu’elle dormait déjà…

Ce fut un sommeil sans rêves ni cauchemars d’aucunes sortes, un sommeil la plongeant dans un abîme où ses souvenirs n’avaient plus lieux d’être. Le lendemain, la migraine qui lui martelait le cerveau la rappela soudainement à la réalité. Elle se promit de ne plus noyer ses inquiétudes dans l’alcool… Elle s’étira longuement sur son lit, goûtant le plaisir des rayons de soleil pénétrant par la fenêtre, donnant à sa peau de ses reflets d’or qu’elle aimait tant. Elle bailla sans retenue, prise par dilemme : Fallait-il qu’elle se lève, ou allait-elle rester au lit encore quelques temps ?
Elle fut tirée de ses agréables pensées par trois coups à sa porte. Elle sursauta, et regarda la porte clause, étonnée. Les coups furent renouvelés. Avec un soupir d’exaspération, elle se leva et enfila une tunique blanche.
« Qui est-ce ? » lança-t-elle sèchement en se dirigeant vers la porte :
« Ouvre-moi, Léandra… » Reconnaissant la voix, elle ouvrit. Le visage qui lui fit face était pâle et l’homme à la porte s’effondra dans ses bras, presque inconscient.
« Yolann ? Mais enfin qu’est ce qui t’arrive ? »
Comme il ne répondait pas, elle l’allongea sur le lit. Il portait de nombreuses ecchymoses sur le visage et sa chemise était couverte de tâches de sang séché. Elle prit la flasque de liqueur dans la commode et lui en versa dans la bouche. Après plusieurs hoquets, il ouvrit péniblement les yeux.
« Mais enfin… Vas-tu te décider à me dire ce qui se passe ?
- Je me suis battu…
- Etrangement, j’en étais venue seule à cette conclusion !
- Tu veux savoir, ou non ?
- Soit… Dis moi…
- Je me suis battu, avec un homme à la taverne… Ca a tourné à son avantage, il m’a joliment amoché e laissé choir dans la boue et je me suis évanoui.
- Qui était-ce ?
- Je ne sais pas… Un homme d’un certain âge déjà… Roux, les cheveux courts, des yeux verts… Très grand, avec une force effroyable pour un homme de son âge…
- Sébastian…
- Tu le connais ?
- Oui… Un peu… C’était mon maître d’armes… En quelques sortes…
- Il est à la guilde ?
- Oui… Plus pour longtemps…
- Pardon ?
- Rien… Où es-tu blessé ?
- A part le visage, il a eu le temps de me lacérer le torse avec sa dague avant que je ne l’envoie par la fenêtre.
- Sébastian est fine lame… Tu as de la chance de t’en être sorti en un seul morceau. »
Il sourit, des gouttes de sueur perlaient sur son front. Léandra secoua la tête :
« Ne bouge pas d’ici. Je reviens dans une minute. »
Elle prit le sceau d’eau qui lui servait pour se laver et sortit de la chambre. Elle revint quelques minutes plus tard, le sceau plein d’eau froide. Il rit légèrement en la voyant revenir ainsi chargée, elle posa le sceau à côté du lit et y trempa un linge propre qu’elle appliqua ensuite sur les différentes ecchymoses du visage de Yolann. Ce dernier tressaillit au contact du tissu :
« Mais c’est glacial !
- Ca t’empêchera de gonfler de trop… Tu peux m’expliquer ce que tu faisais dans une taverne à cette heure ?
- Il est déjà treize heures ! »
Léandra eut une moue surprise, qui se transforma vite en gêne, ce qui eut pour effet de faire éclater de rire Yolann :
« Et qu’est-ce qu’un assassin comme toi faisait encore à paresser dans son lit à cette heure ? » Ignorant la question, elle déplia le tissu et le laissa tomber sur Yolann, de sorte à ce qu’il couvre tout son visage. Un murmure étouffé lui parvint tout de même :
« Il te faut peu de choses pour t’offusquer… » Elle retira promptement le linge :
« Ouvre ta chemise que je regarde dans quel état tu t’es mis…
- Dans quel état JE me suis mis ? Dans quel état IL m’a mis, oui… »
Il obtempéra en bougonnant. Les blessures n’étaient pas profondes, il n’y avait rien de grave. Elle prit un autre morceau de tissu qu’elle imbiba d’alcool, elle en tamponna les plaies. Yolann frissonna et serra les dents. Une fois les blessures propres, elle dévisagea son « patient ».
« Tu auras probablement quelques marques sur le visage. Rien de très grave, les deux plus profondes entailles sur le torse laisseront des petites cicatrices blanches. Je suppose que tu pourras vivre avec tout ça…
- Je le pense aussi…
- Tu vas rester là aujourd’hui… Le temps que je puisse… Calmer Sébastian.
- Alors tu devras me garder plusieurs mois. Je doute qu’il soit près d’oublier, ou même de me pardonner…
- Ne t’en fais pas… Je le connais… De toutes façons, je devais le voir, des affaires à régler. »
Elle prit soudain conscience qu’elle ne portait que la tunique qu’elle avait enfilée en hâte.
« Tu sortiras juste, quelques minutes… Le temps…
- Que tu t’habilles.
- Merci. »
Il se leva, sans trop de difficultés et sortit.
Léandra s’habilla rapidement. Passant le même pantalon noir et la même chemise blanche en toile que la veille, puis alla rouvrir la porte. Yolann l’observa, et retourna s’asseoir sur le lit.
« Si Sébastian était ton maître d’armes… Je comprends d’où tu tiens une adresse pareille au combat…
- Je le respecte… Je l’ai toujours respecté. C’est un homme loyal, il n’a jamais été d’une gentillesse extrême, mais j’ai beaucoup d’estime pour ce qu’il est.
- Pourquoi me dis-tu ça ?
- Parce que je veux que tu saches… Que… Non… Rien…
- Quand pars-tu ?
- Dès que je suis prête. Je n’en ai pas pour longtemps, une heure… Tout au plus… Crois-tu qu’il sera resté à l’auberge ?
- Non, il m’a jeté dans la boue en me disant qu’il avait mieux à faire que de s’occuper de la vermine. Je pense qu’il est parti.
- Bien… Je suis sûre qu’il est près du vieux théâtre…
- Cette horreur ? Mais que ferait-il dans un endroit pareil ?
- Il s’entraîne…
- A l’épée ?
- Oui.
-Seul ?
- Oui.
- Mais… Pourquoi ?
- Aucune idée, il aime venir là. J’y suis souvent allée, pour les cours.
- Je vois…
- Ce n’est pas très loin, cinq… Dix minutes. Je vais d’abord à la guilde.
- Soit. »
Elle se détourna, mis sa ceinture et y accrocha le fourreau de son poignard et celui de son épée. Puis elle refit son chignon négligé dans lequel elle glissa quelques aiguillons. Enfin, elle glissa sa dague, comme à son habitude, dans sa botte gauche. Yolann lui lança un regard soupçonneux :
« Régler des affaires, hein ? Armée jusqu’aux dents ?
- Et alors ? En quoi cela te regarde ?
- En rien… Je demandais, voilà tout. »
Léandra lui adressa un regard froid :
« Et bien cesse de demander.
- Ne t’énerve pas ainsi…
- Je suis calme. A tout à l’heure, ne bouges pas de ce lit, c’est d’accord.
- D’accord. Fais attention…
- Je sais ce que fais. »

Elle enfila sa cape de sorte à ce qu’elle masque son épée et son poignard et sortit. Elle se dirigea avec assurance au travers des ruelles, jusqu’à la guilde.
Elle frappa discrètement au bureau du Maître :
« Entrez ! » Elle ouvrit la porte et entra, elle inclina la tête :
« Maître…
- Oh ! Bonjour Léandra, bien dormi ?
- Au mieux… Je viens pour Sébastian.
- Oui… Je m’en doutais. Cela m’ennuie de devoir l’éliminer, mais je serais formel. Il a échoué une fois, je n’aimerais pas qu’il récidive. Sébastian était efficace, un de mes meilleurs assassins. Hélas, nous sommes dans une période où les échecs ne sont plus possibles. Et, je ne veux pas de compassion de ta part. je ne le pardonnerais pas non plus.
- Je comprends.
- Ramène moi sa main droite. Celle avec l’anneau d’or…
- Bien…
- Vous êtes pâle Léandra… Vous devriez vous reposer… »
Elle lui adressa un sourire poli et s’éclipsa après une petite révérence.

Sur le chemin menant au théâtre, elle fut assaillie par une vague de souvenirs. Un d’eux revenait en vagues successives : l’épée à la main, pour la dixième fois elle fait la même erreur et rate sa passe d’arme. Le plat de la lame de Sébastian se lève et la frappe dans le ventre, elle se plie en deux de douleur. L’épée se lève à nouveau, pour atterrir sur son dos… Une fois… deux fois… trois fois… Elle tombe à terre.
Des scènes comme ça, elle en a des dizaines en tête. Elle sentait le feu lui monter aux joues au fur et à mesures que les souvenirs affluaient dans sa mémoire. Instinctivement, elle serra les poings et pressa le pas. Elle n’avait plus qu’une envie, en finir avec son ancien maître d’armes. Un sourire cruel étira ses lèvres lorsqu’elle arriva devant le théâtre.
La vieille bâtisse en pierre et en bois semblait sur le point de s’écrouler d’un instant à l’autre. Toutes les fenêtres étaient fermées par des planches, et la porte était entr’ouverte. Elle s’arrêta un moment et regarda le théâtre, elle ne l’avait jamais vu en état de servir. Aussi loin qu’elle puisse remonter dans ses souvenirs, elle ne se rappelait que de ce vieux bâtiment infesté de rats.
Avec une détermination qui la surprit elle-même, elle grimpa les quatre marches de l’entrée et poussa la lourde porte qui tourna en grinçant sur ses gonds.
Elle pénétra dans une grande salle dallée de noir et de blanc. Des lambeaux de rideaux rouges jonchaient le sol, de la poussière recouvrait les tables, les chaises, et les bougeoirs. Le lustre tintait, secoué par un léger courant d’air. Elle se dirigea vers les escaliers, et les monta silencieusement.
Une fois arrivée à l’étage, elle se dirigea vers un rideau rouge qui masquait une ouverture. Tout aussi silencieusement, elle le poussa et pénétra dans la salle de théâtre. Comme elle l’avait prévu, Sébastian était sur scène. Eclairé par quelques chandeliers parsemés sur la scène, le reste de la salle était plongé dans l’obscurité. Machinalement, elle mis sa capuche. Etrangement, elle préférait qu’il ne la voie pas. Sébastian se battait contre un mannequin de tissu. Elle le regarda quelques instants, il se mouvait avec grâce, ses coups étaient secs et précis. Il avait bien travaillé avec Léandra, il lui avait parfaitement transmis son savoir-faire.
Une vague de nostalgie l’envahit, chassant la haine. Même s’il avait été parfois violent, il avait été aussi comme un père. Il s’était battu pour elle une fois… Elle s’était fait insultée dans la rue, Sébastian ne l’avait pas supporté. En quelques mouvements, il avait planté sa dague dans le cœur de l’homme.
« Une entaille nette et précise… C’est ainsi qu’il faut tuer, pas de souffrances, rapide et sans traces. Et c’est comme ça que tu tueras. Un jour, je serais fier de toi. »
Elle sentit son courage faillir. Cet homme lui avait appris tant de choses. Elle eut honte d’elle-même d’avoir oublié tout cela et d’avoir pensé le tuer de sang-froid pour lui prendre sa place dans la guilde. Elle respira profondément. Et avança droit devant elle, en direction de la scène. Elle avait accepté le contrat, si elle ne tuait pas Sébastian, c’est elle qui mourrait.

Elle monta les deux marches de la scène, Sébastian s’arrêta.
« Léandra… Je t’attendais… Le Maître m’avait parlé de ses intentions, avant que je ne faiblisse. Tu peux retirer cette cape, j’aimerais voir ton visage. »
Léandra s’exécuta, son ancien professeur la regarda attentivement :
« Tu es devenue une charmante jeune fille. »
Elle ne voulait pas se laisser faire, elle savait que ce n’était qu’une technique pour l’attendrir et ainsi la tuer plus facilement. Elle retira sa cape d’un geste sec et tira son épée. La cape tomba sur le parquet avec un bruit léger. Elle se mit en garde, Sébastian eut un sourire critique et l’imita.
« Au moins… Tu as le sens de l’honneur… A défaut d’avoir eu une vie décente et une mère digne de ce nom.
- CHIEN ! »
Il éclata de rire et Léandra se fendit. Avec une rapidité qui étonna Sébastian lui-même, elle tenta de le désarmer, sans succès. Elle regretta bientôt son geste, elle transpirait déjà. Elle n’aurait pas dû commencer si vite. Sébastian profita du répit pour gagner du terrain. Il la profita à reculer et Léandra se retrouva vite contre le mur. Pestant intérieurement, elle parait chaque coup porté avec brio, tentant d’économiser au mieux son énergie. Elle savait bien qu’il lui restait des aiguillons, mais elle ne pouvait se résoudre à le tuer ainsi. De plus, elle n’avait pas suffisamment de répit pour en prendre un.
En quelques moulinets, elle fut désarmée. Trop content de son geste, Sébastian relâcha sa menace. Profitant de son inattention, Léandra bondit sur le côté et tira son poignard. La lame courte ne lui permettrait que de se défendre, mais au moins, elle était plus libre de ses mouvements. Sébastian avait perdu son air ironique et tournait autour d’elle comme un fauve en cage. Il se fendit, Léandra évita le coup de justesse en roulant sur le côté, récupérant ainsi son épée. La roue tournait. Les deux lames en mains, une lueur de rage folle dans les yeux, elle attendit. Comme elle l’espérait, il courut à sa rencontre avec un cri de colère. Il s’arrêta à quelques centimètres de Léandra. Elle aurait pu le tuer, mais trop étonnée, elle n’en fit rien. Il a regarda, Léandra fut de nouveau assaillie par le doute, il lui avait appris plus que l’art de se battre. Il avait été son professeur, lui avait appris à lire et à écrire.
Il sourit, grimace sarcastique et haineuse. Ce n’était pas elle qu’il regardait. Elle se retourna. Avant qu’elle n’ait pu comprendre ce qui se passait, Sébastian se jeta sur l’intrus. Hébétée, elle ne put que le regarder lui mettre son épée à la gorge. Il ne le tua pas. Avec un geste vif, il tira sur la capuche de son captif.
« YOLANN !! »
Il la regardait droit dans les yeux, Sébastian le tenait, elle faisait un geste et il le tuait. Une lueur de victoire brillait dans son regard.
« Yolann, je t’avais dit de ne pas bouger…
- Désolé.
- Sébastian… Relâche-le… Et bats-toi, avec honneur comme tu me l’as appris.
- Ouvre les yeux…
- Lâche-le…
- Ecoute moi !
- Jamais ! »
Il leva les yeux au ciel et appuya son épée sur la gorge de Yolann, comme Léandra l’avait fait la veille. Un filet de sang coula et alla se perdre dans les replis de sa cape. Elle serra les dents, s’il refusait de se battre comme un homme. Elle se devait de le tuer, comme elle pouvait.
Elle réfléchit rapidement, si elle faisait un geste avec son épée ou son poignard, elle tuait certainement Sébastian, mais il trancherait la gorge de son captif. Elle ne pouvait atteindre ses aiguillons, Sébastian se douterait de quelque chose. Elle respira profondément. Lentement, elle posa ses armes au sol. Sa main s’égara sur sa botte gauche. Elle sortit sa dague, vive comme l’éclair elle la lança. Trois cris mêlés retentirent dans le théâtre.
Elle rouvrit les yeux. Les deux hommes gisaient à terre. Elle se précipita vers eux. Sébastian avait la dague fichée juste sous la clavicule. Une expression figée de stupéfaction peinte sur le visage. Il vivait encore. Yolann respirait, du sang coulait sur sa chemise, il semblait évanoui.
Fébrilement, elle inspecta la blessure. Une éraflure tout au plus, sûrement faite par l’épée lorsque Sébastian était tombé. La carotide interne battait encore, elle n’était pas touchée. La carotide externe semblait saine aussi. Elle poussa un soupir de soulagement, Yolann sembla se réveiller brusquement :
« Bon sang… Léandra j’ai cru que tu allais nous tuer tous les deux ! Léandra, tu as fermé les yeux !!! »
Incapable de penser, elle s’agenouilla auprès de Sébastian, il toussa en la voyant. Crachant un peu de sang.
« L’élève aurait dépassée le maître ?
- La blessure n’est pas mortelle.
- Alors rends-la mortelle. »
Rassemblant ce qui lui restait de courage, elle tira la dague du corps de Sébastian, la douleur lui arracha un gémissement. D’un coup sec et précis, elle lui planta dans le cœur. Se raccrochant aux derniers lambeaux de vie qui lui filaient entre les doigts, il murmura :
« Ce jour, je suis fier de toi. »
Avec une dernière quinte de toux, et un dernier jet de sang, il expira.
Malgré elle, Léandra fondit en larmes. Yolann se releva, et s’agenouilla près d’elle :
« Ne regrette pas. Il t’aurait tué sans scrupules, lui…
- Un assassin n’a pas de scrupules…
- Un assassin n’est il pas un humain comme un autre ? »
Pour toute réponse, elle sanglota un peu plus. Se reprenant, elle essuya ses larmes sur sa manche et respira profondément.
« Tu es blessé…
- Je commence à avoir l’habitude avec toi… »
Il réussit à la faire sourire, et leva la tête pour lui laisser regarder son cou.
« Une égratignure. On va rentrer à l’hôtel, je vais te soigner ça.
- Bien…
- J’ai une dernière chose avant de partir. Attends moi dans le hall. »
Il obéit et sortit sans un mot de plus.
Quand il fut hors de vue, Léandra tira sur sa dague, l’essuya sur la veste du mort et la replaça dans sa botte. Elle se leva, et rangea poignard et épée au fourreau. Elle prit l’épée de Sébastian, et d’un coup sec, lui trancha la main droite. Du sang inonda le parquet. Des yeux, elle chercha la sacoche de cuir de Sébastian. Elle alla la chercher à l’autre bout de la scène et, après avoir vérifiée la présence de la bague, elle la fourra dans le sac.
Elle plaça l’épée du macchabée sur son torse et lui croisa les bras dessus. Elle lui ferma les yeux, et le recouvrit avec sa cape.
Puis, elle prit la sienne, s’enroula dedans et sortit du théâtre, sans un regard en arrière. Yolann l’attendait dans le hall. Sans un mot, il la suivit dans la rue.
Lorsqu’il fut soigné, Yolann s’assit sur le lit. Observant attentivement Léandra qui rinçait ses vêtements plein de sang :
« Pourquoi ? » Elle leva la tête, visiblement surprise :
« Pardon ?
- Pourquoi l’avoir tué, si cela t’est si douloureux ?
- Pourquoi ne pas l’avoir fait ?
- Qui es-tu ?
- Et toi ? Tu débarques un beau jour dans la guilde, soi-disant frère de Laura… Sous quelles conditions t’as-t-on engagé ? Tu peux me le dire ?
- J’étais à la rue, tout ce que je cherchais c’était de quoi manger…
- A la rue ? Vêtu comme tu l’étais ? Pour qui me prends tu ? Je déteste les mensonges… D’où viens-tu ? Parle…
- Soit… Je viens d’une famille bourgeoise, cette dernière était sous la tutelle du marquis d’Evard. A sa mort, le commerce pour ma famille s’est mis à aller très mal. L’argent manquait, mes parents n’ont pu tout assurer. La marquise l’a su. Elle nous a aidé, au début… Puis mon père est tombé malade. Nous n’avons pas eu les moyens de le soigner, il est mort en quelques semaines. Il y a une semaine, nous avons été pillés. La maison a été brûlée, ma mère et ma sœur violées et étranglées. Je n’étais pas là ce jour-là, j’étais aller chasser avec des amis. Quand je suis rentré, j’ai trouvé les restes de la maison, ma sœur et ma mère étaient allongées, mortes, dans le jardin. Je les ai enterrées, et je suis parti. Dehors, j’ai rencontré Laura, elle a eu pitié et m’as mené à la guilde. Quand elle su qui j’étais, elle n’a plus voulu me revoir. Je lui ai fait juré de se taire et l’ai laissé partir. Le Maître est déjà au courant, il m’a mis en « période d’essai » comme il dit. »
Quand il eut fini, les larmes lui montèrent aux yeux. Léandra fuit son regard quelques instants, et marmonna :
« Je suis désolée, je n’aurais pas dû demander…
- Tu l’aurais su un jour ou l’autre. »
Elle le regarda, soudainement réduit à un pauvre enfant. Elle s’assit à ses côtés, lui passa une main dans le dos. Vaine tentative de réconfort. Il paraissait soudainement chétif, il se jeta dans ses bras et sanglota. Patiemment, elle le berça, lui murmurant des paroles de réconfort. Léandra fut bientôt à cours d’idées et de mots. Elle-même ébranlée par les évènements des dernières heures, elle se mit à pleurer.
Les minutes passèrent, il restèrent tous deux enlacés à pleurer chaudement, chacun essayant de réconforter l’autre dans des paroles maladroites et vaines.
Ils se reprirent enfin. Et se regardèrent, les yeux rougis. Léandra fut prise d’une envie de rire soudaine. A le voir, lui, le visage trempé de larmes, elle s’imaginait elle.
« Nous devons former un joli tableau à nous deux… »
Il sourit, elle ne retint plus son rire, qui retentit dans la chambre, il sonnait tout de même faux. Soulagé, il s’allongea sur le lit et s’étira longuement. Sans préavis, il s’endormit. Léandra l’observa quelques instants, et jeta un œil au sac de cuir près de la porte. Avec résignation, elle se leva, pris le sac, s’enroula dans sa cape et sortit en verrouillant la porte.

Elle frappa au bureau du Maître et entra sans attendre d’autorisation.
« Léandra… Tout s’est bien passé ? »
Pour toute réponse, elle jeta le sac sur le bureau. Le Maître l’ouvrit, et en sortit la main d’un air satisfait. Il retira l’anneau et le tourna entre ses doigts.
« Bien… Très bien… Je suis fier de toi…
- Lui aussi…
- Pardon ?
- Rien d’important.
- Je vois… Je suis allé chez les jeunes mariés ce matin.
- Comment vont-ils ?
- Je n’ai vu que le prince. Gwenaëlle était encore dans sa chambre. Mais le prince m’a chargé de vous dire que sa femme voulait vous voir.
- Ah ?
- Oui… Elle voulait savoir si vous alliez mieux, et aimerais vous inviter pour discuter un peu, m’a-t-il dit.
- J’irais.
- Avant toutes choses, vous irez à la forge.
- A la forge ?
- Oui, le forgeron à un paquet pour vous. Je vous demande d’allez le chercher.
- J’irais, à quelle heure dois-je y être ?
- Gwenaëlle vous attend pour dix-sept heures.
- J’y serai. »
Elle sortit en refermant doucement la porte derrière elle.
Matthias était revenu à son poste :
« Bonjour Mademoiselle…
- Bonjour Matthias. Ca tombe bien que je te vois, tu as de la liqueur sur toi ?
- Oui, toujours. Une flasque ?
- S’il te plaît.
- Je te donne quelque chose avec. Vu la tête que tu as, ça ne peut pas te faire de mal.
- Qu’est-ce que c’est ?
- Tu verras chez toi. »
Il lui tendit la flasque, ainsi q’une petite boite de fer blanc avec un sourire mystérieux. Léandra lui tendit la pièce d’argent qu’il exigeait en retour, et s’éloigna avec un signe de tête.
Durant tout le chemin du retour, elle tente de retirer de son esprit, les images de ce qu’avait pu subir Gwenaëlle durant sa nuit de noces.

En rentrant, elle trouva Yolann, appuyé au rebord de la fenêtre. Il avait détaché ses cheveux et observait d’un air songeur ce qui se passait au dehors.
« Déjà réveillé ?
- Je t’ai entendu partir Je ne pense pas que l’on puisse dire que j’ai dormi. Où était tu passée ?
- J’ai été cherché ça. »
Elle jeta la flasque sur le lit, Yolann sourit :
« Ca c’est une bonne idée. » Il regarda la boite métallique qu’elle avait toujours entre ses doigts :
« Et ça ? Qu’est ce que c’est ?
- Je ne sais pas, Matthias me l’a donné avec la flasque.
- Ouvre-la. »
Elle souleva le couvercle et éclata de rire. Yolann la rejoignit et observa le contenu d’un air sceptique.
« De l’opium ? Que vas-tu faire avec ça ?
- Tu n’en as jamais pris ?
- Non…
- Il y a un début à tout.
- Ca se fume ?
- Bien sûr, mais personnellement, je le mâche. »
Elle referma la boite. Elle fit un signe de tête dans la direction de Yolann :
« Comment vont tes blessures ?
- Ca va… J’ai vu pire.
- Je vais devoir sortir tout à l’heure. Un rendez-vous important…
- Dans le genre de celui de Sébastian ?
- Pas du tout…
- Où vas-tu ?
- Chez une amie, mais tout d’abord, il faut que j’aille à la forge. Le Maître veut que je récupère quelque chose. Tu veux venir avec moi ?
- Pourquoi pas… Et de chez ton amie, tu reviens quand ?
- Vers dix-neuf heures. Tu resteras ici ?
- N’ayant pas tellement d’autre endroit…
- Tu n’as pas payé d’auberge ?
- Non, pas suffisamment d’argent pour le moment.
- Tu aurais pu le dire plus tôt ! Allez, filons ! »
Elle le prit par le bras, jeta sa cape sur ses épaules et ils sortirent. Sur le chemin de la forge, ils discutèrent de choses et d’autres.
Sur le pas de la porte, elle lui dit d’attendre là. Lui précisant qu’elle n’en avait que pour quelques minutes.

Le forgeron se fit accueillant, Léandra en vint vite au fait :
« Le Maître m’a dit que tu avais quelque chose pour moi.
- Ah, oui… Un lourd paquet. Tu es seule pour le porter ?
- Non, un ami m’attend dehors.
- Tant mieux. »
Il disparut derrière le comptoir, et revint en jetant dessus un sac de toile noire. Léandra le regarda, intriguée :
« Qu’est ce que c’est ?
- Aucune idée, il m’a fait juré de ne pas regarder. Et m’a dit de te dire que tu ne devais en regarder le contenu qu’une fois rentrée chez toi. C’est une affaire entre vous deux a-t-il ajouté.
- Je te remercie.
- Il n’y a pas de quoi ! Au revoir !
- Au revoir. »
Léandra mit le sac sur son épaule, manquant de crouler sous son poids, elle sortit en vacillant.
Yolann ouvrit des yeux ronds en la voyant passer la porte :
« Mais qu’est ce que…
- ‘Sais pas… Aide moi à le porter s’il te plaît. »
Il s’exécuta sans rechigner et ils retournèrent à l’hôtel. Une fois à l’intérieur il posèrent le sac à terre avec un soupir de soulagement. Ne pouvant tenir sa curiosité plus longtemps, Léandra défit le nœud sac et regarda à l’intérieur. Il y avait là un amas d’étoffes de toutes les couleurs. Elle en sortit une pièce au hasard, et se retrouva face à une robe à volants bleue. Elle sortit une autre pièce et trouva une autre robe. Le sac était plein de vêtements en tout genres : gants, capes, robes, corsets… Elle rougit même en sortant des dessous. Yolann éclata de rire :
« Un cadeau du Maître hein…
- Toi ça suffit !
- Il a l’air de t’apprécier… »
Elle lui lança un regard noir qui le fit taire sur le champ :
« Je dois me changer pour aller chez mon amie…
- Très bien, je sors. »
Une fois la porte refermée, elle se déshabilla et noua un corset tant bien que mal autour de sa poitrine. Puis elle passa, une simple robe vert émeraude ample. Elle rappela Yolann :
« Ca me va ?
- Je…Oui… A merveille ! »
Léandra éclata de rire devant son air ahuri et s’attela à sa coiffure. Elle s’attacha les cheveux avec un ruban, après avoir retiré préalablement les aiguillons de son chignon. Yolann n’avait pas bougé d’un pouce depuis qu’il était rentré. Elle fut obligée de claquer des doigts devant ses yeux pour le tirer de sa rêverie :
« Dis moi… Tu n’as pas l’intention de partir à pied habillée comme ça ?
- Bien sûr que non, je vais prendre un fiacre.
- J’ai eu peur.
- Ne t’en fais pas, je sais ce que je fais…
- Tu savais aussi ce que tu faisais avec Sébastian tout à l’heure.
- On peut arrêter avec cette histoire ?
- Heu… Oui, désolé.
- Tu m’attends là ?
- Bien sûr. »
Elle lui donna la clef de la chambre, déposa un timide baiser sur le front de Yolann et sortit.

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Voilà désolée de vous en donner autant d'un seul coup... :)

Bizous
Nihilya


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Wokety pokety wokety wok ! Abracabracabranack ! Higitus figitus wigitus woum
Prestidigitorium !
Wooow !
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Sucrier vous êtes bien trop brutal ! Madame théière est déjà assez félée !


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Nihilya

Egérie Révolutionnaire



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Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Le coeur de l'assassin' a été posté le : 23/06/04 17:45
Salut à tous!

Déterrage de topic... j'espère que vous avez du temps devant vous, et du courage à revendre! :)

Enjoy.

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Une fois dehors, il y avait bel et bien un fiacre qui l’attendait. Le cocher lui fit signe de monter, elle obtempéra. Ils parcoururent les rues des quartiers pauvres et furent bientôt arrivés devant la maison du duc.
Léandra sortit du fiacre et un domestique indiqua au cocher où se mettre. Le même domestique amena Léandra à l’intérieur, la débarrassa de sa cape et la fit entrer au salon.
Gwenaëlle était assise sur un canapé, les yeux rivés sur la table. Léandra fit signe au domestique de s’éclipser et s’approcha de la jeune fille :
« Madame…
- Bonjour, je suis heureuse que vous ayez pu venir. Je vous en prie, asseyez-vous. »
L’invitée s’exécuta :
« Tout va bien ?
- Cela pourrait aller mieux, mais cela pourrait être également pire. »
Léandra ne répondit pas, ne sachant comment amener le sujet sans paraître trop brusque et vulgaire, la jeune mariée s’en chargea à sa place :
« Ce fut horrible… Je n’en voulais pas, je n’avais pas le choix… Il… Il y avait du sang… Je… J’ai eu si peur… Mais lui, il semblait content que je saigne. Il a dit que des noces sanglantes était le meilleur cadeau que je puisse lui faire. Je ne savais pas quoi dire… Alors il m’a forcée, il ne m’a presque pas laissée dormir. »
Léandra eut un haut-le-cœur, elle retint sa haine et serra les poings sur le canapé. Gwenaëlle avait les larmes aux yeux, elle revivait la scène intérieurement. Elle soupira, et se força à continuer :
« Mon frère n’était pas d’accord… Il a tout essayé pour empêcher ce mariage…
- Vous avez un frère ?
- Oui… il était tellement en colère qu’il est parti. Il a dit qu’il ne remettrait plus jamais les pieds chez nous. Mon père lui a dit qu’après s’être opposé à lui, ce n’était même pas la peine d’essayer.
- Quel âge a-t-il ?
- Il a vingt ans. Il m’a toujours dit qu’il ne fallait pas forcer les gens, que chacun était libre de faire ce qu’il voulait. Et que lui, il ne forcera jamais une femme à l’épouser. Les Dieux seuls savent où il est à présent… Il me manque. »
Le domestique frappa à la porte. Gwenaëlle s’essuya vivement les yeux et lui cria d’entrer. Il déposa un plateau avec du thé et des biscuits et ressortit. Les larmes de Gwenaëlle reprirent de plus belle. Elle murmura :
« Je croyais que le prince m’aimait vraiment… Je suis condamnée à passer ma vie avec lui. J’ai peur…
- Ne vous en faites pas…
- Comment ? Vous imaginez, vous, passer le reste de votre vie avec un homme que vous n’aimez pas et qui vous bats, vous force à se plier au moindre de ses désirs ? » Léandra baissa la tête, incapable de trouver une répartie adaptée. Gwenaëlle soupira :
« Votre cousin… Il y a des rumeurs sur lui… On dit qu’il connaît certaines personnes… Des gens qui tuent pour de l’argent…
- Madame !
- Pouvez-vous lui demander ça ? Pour moi ?
- Jamais mon cousin ne frayerait avec de la racaille pareille ! Je veux bien faire tout ce que je peux pour vous aider, mais je ne peux cautionner pareilles idées.
- Soit… Je ne voulais pas vous offenser… Mais je vous serai gré de ne pas en parler…
- Naturellement. Ne vous tourmentez pas avec votre époux. Je me doute que cela ne doit pas être facile pour une demoiselle aussi jeune que vous mais…
- Je sais…
- Je suis désolée… Je suis désemparée moi aussi. Je n’ai pas de réconfort à vous apporter.
- Vous n’avez pas à être désolée. Vous êtes venue, je vous en suis reconnaissante. »
Elle lui adressa un sourire amical, et lui tendit une tasse de thé. Elles parlèrent pendant près d’une heure. Léandra dut mentir sur sa jeunesse, sa vie actuelle et tout les renseignements la concernant. Cependant, elle pensait ne pas s’être trahie. Gwenaëlle buvait ses paroles sans l’interrompre. Léandra fut amusée par cette adolescente. A peine sortie des jupes de sa mère et déjà mariée. Le prince vint leur rendre visite quelques minutes. Il salua poliment Léandra, s’enquit de son état de santé et prit des nouvelles de son cousin. Puis il se retira, sans un mot pour son épouse.
Le soleil se couchait lorsque Léandra prit congé de son hôte. Elle la remercia chaleureusement pour le thé et l’accueil, lui murmura quelques paroles d’encouragements pour la nuit à venir et se retira.

Dans le fiacre qui la ramena à sa mansarde, elle se promit d’aller à la guilde dès le lendemain, parler de son entrevue avec la princesse. Sans oublier de mentionner le fait qu’elle songeait à assassiner son mari.
Lorsqu’elle poussa la porte de la chambre, elle trouva Yolann allongé sur le lit, les yeux fixés au plafond. Il se redressa en la voyant arriver. Léandra se débarrassa de sa cape et s’affala à ses côtés en soupirant.
« Tout va bien ?
- Oui… Je suis fatiguée.
- Tant que ça ? »
Elle prit une moue triste et hocha la tête, Yolann éclata de rire. Il lui tendit la flasque de liqueur :
« Je n’y ai pas touché ! Ca te remettra sur pieds !
- Merci… »
Léandra but une longue gorgée et rendit la flasque à Yolann qui l’imita. Elle se leva et prit la petite boite fer blanc sur la commode. Elle l’ouvrit, prit un peu de son contenu et l’enfourna dans sa bouche avec un soupir d’aise. Yolann la regarda, et fit de même.
L’effet de l’opium ne se fit pas attendre. Les crampes de Léandra disparurent, emportant avec elles les pensées désagréables. Yolann eut beaucoup plus de mal à trouver cela agréable. Il dut s’y reprendre à plusieurs fois avant d’y prendre goût.
Ils reprirent une gorgée de liqueur :
« Je préfère boire cette chose, plutôt que de la savoir dans mes blessures…
- C’est pour ton bien… C’est pour éviter que tu sois malade.
- Si je continue à mâcher cette chose, je vais être malade ! »
Il se leva brusquement et alla cracher l’opium à la fenêtre avec un bruit de raclement de gorge tout à fait disgracieux qui fit rire Léandra. Comme pour faire passer le goût de la plante, il reprit une gorgée de liqueur :
« Et tu seras tout autant malade si tu continue à boire ! »
Il fit non de la tête, et pour prouver ses paroles porta la flasque à ses lèvres et y but une longue gorgée. La soirée se déroula plutôt bien, jusqu’à une heure avancée de la nuit. Ils n’avaient rien avalé de la journée, mais se promirent de filer à la première taverne venue dès le lendemain matin car Léandra commençait à s’endormir, et Yolann refusait catégoriquement de devoir la porter jusqu’à ce qu’ils trouvent à manger. Il l’allongea sur le lit, soutenant que dormir par terre ne le dérangeait pas.
« Par contre, dormir avec un corset me dérange… » soupira Léandra avec un sourire ambigu.
Yolann poussa un soupir d’agacement feint et sorti. Léandra défit son corset, mais garda la robe émeraude qu’elle aimait bien. Puis elle alla cracher l’opium, poussée par la même peur que Yolann. Elle pouffa de rire lorsqu’elle entendit un juron monter de la rue. Yolann se pencha à la fenêtre :
« Il faudra que tu m’apprennes à viser comme ça ! »
Elle poussa un grognement pour signifier qu’elle le ferait et s’affala sur le lit Yolann la rejoignit et la dévisagea comme s’il venait de la rencontrer. Il s’assit sur le bord du lit et lui pris la main. Léandra tressaillit mais ne fit rien pour se dégager. Il retira sa chemise tachée de sang, et Léandra observa les fines marques laissées par le poignard de Sébastian. Plongeant son regard dans le sien, elle s’écarta un peu et Yolann se glissa sous les draps avec elle. Comme si elle venait de prendre conscience de son état de fatigue et de choc après la mort de Sébastian, elle se blottit contre lui cherchant dans sa présence, le réconfort d’un corps chaud à ses côtés. Les mains inexpérimentées de Yolann s’égarèrent en tremblant sur son corps glacé. Il ne put retenir la question qu’il se posait depuis la veille :
« Que t’es-t-il arrivé ?
- Des choses qu’il vaut mieux oublier… » Les souvenirs ravivés en elle la firent frissonner, et il la serra contre lui, en murmurant :
« Alors j’oublierais… » Rassurée par ces paroles, Léandra poussa un long soupir et s’endormit.
Lorsqu’elle se réveilla le lendemain, le même mal de tête que la veille l’empêchait de réfléchir. Elle s’étira longuement, son bras rencontra le corps de Yolann, allongé à ses côtés. Il dormait encore. Elle fut d’abord surprise, et eut un mouvement de recul instinctif. Elle le regarda, suivant des yeux sa poitrine qui se soulevait et se rabaissait au rythme de sa respiration paisible. La pensée qu’il lui fallait déjà retourner à la guilde ne lui était guère réjouissante. Un grognement sonore de son estomac lui retira vite cette idée de l’esprit, lui rappelant sa négligence depuis la veille. Cela faisait vingt-quatre heures qu’elle n’avait rien avalé.

Elle se leva en silence, et s’habilla. Elle se dirigea vers le miroir et commença à se coiffer. Elle voulut attraper sa dague sur la commode mais elle glissa et tomba à terre dans un grand bruit de métal.
Un grognement sourd monta du lit et Yolann sortit la tête des draps :
« C’était quoi, ça ?
- Rien… Ma dague est tombée… désolée…
- Mmmph… »
Il disparut à nouveau dans le lit. Léandra se baissa et récupéra sa dague qu’elle coinça dans sa botte.
« Fais ce que tu veux… Moi je descends à la taverne, j’ai faim. »
Avec une rapidité surprenante, Yolann fut sur ses pieds en une seconde. Il enfila sa chemise, et, les yeux encore gonflés de sommeil, mis son épée à sa ceinture. Il sourit, Léandra eut une expression narquoise :
« Tu n’as peut-être pas besoin de ton épée pour sortir déjeuner, si ?
- Tu as bien pris ta dague !
- Soit, mais elle est cachée… Je doute que tu parviennes à cacher ton épée dans ta botte. » Yolann retira son épée et la jeta à terre. Le bruit qu’elle fit en tombant lui arracha une grimace.

Au dehors, la température était nettement descendue. Quelques nuages de beau temps parsemaient le ciel, les mendiants resserraient autour d’eux capes et couvertures pour se tenir chaud.
De la fumée sortait par les fenêtres de la taverne et le murmure des conversations laissait comprendre que la salle commune n’était pas encore surpeuplée. Léandra se demanda quelle heure il pouvait être. Ils entrèrent tous deux et s’installèrent au comptoir.
Le tavernier ne se fit pas attendre, il surgit presque aussitôt :
« Bonjour, bonjour ! Qu’y a-t-il pour votre service ?
- Deux assiettes…
- Du matin ?
- Oui…
- Ca marche ! »
Le petit bonhomme rondouillard disparut aussi vite qu’il était arrivé. Un silence quelque peu gêné s’installa entre les deux assassins. Léandra gigotait sur son tabouret, sans savoir comment s’installer confortablement. Yolann semblait agité du même trouble. Il ne leur fallut pas attendre longtemps dans cette gêne mutuelle. Le silence fut bientôt brisé par l’arrivée en fanfare de Matthias.
Essoufflé, le jeune homme poussa la porte de la taverne et trébucha sur un pied de chaise. Dans une tentative théâtrale de se rattraper, il se cogna la tête contre une table et s’étala de tout son long sur le sol de la taverne, déclenchant les rires gras des clients. Léandra se contenta de sourire, Yolann le regarda, le regard teinté de mépris amusé.
Matthias se releva, son visage s’éclaira d’un sourire en découvrant les deux assassins assis au comptoir. Il marcha vers eux d’un pas décidé. Le tavernier s’approcha et leur déposa leur déjeuner devant eux. Il regarda Matthias et disparut sans un mot. Le gardien de la guilde les salua rapidement :
« Bonjour vous deux ! Ca fait une heure que je vous cherche un peu partout… Le Maître veut vous voir… Tout les deux !
- Vraiment ? J’avais l’intention de passer le voir de toutes façons… Des nouvelles importantes à lui donner.
- Je vois… Quand à toi… Yolann c’est ça ?
- Oui…
- D’après ce que j’ai pu soutirer comme informations… C’est ton premier contrat qui t’attend dans le bureau du Maître. Sur ce je vous laisse, mon service commence dans dix minutes. A tout à l’heure. »
Il disparut derrière la porte, exécutant une cabriole pour éviter le pied de chaise qui l’avait fait tombé quelques secondes auparavant.
Quand il fut parti, Yolann soupira :
« Il est toujours aussi pressé ?
- Toujours… Mange, tu vas avoir à faire cet après-midi.
- Qu’est-ce que tu as ?
- Rien.
- Tu pourrais être plus aimable… »
Pour toute réponse Léandra haussa les épaules et reporta son attention sur son déjeuner, savourant le premier repas des dernières vingt-quatre heures. Yolann s’agitait de plus en plus sur son tabouret, sans trouver de place qui puisse lui convenir.
Une dizaine de minutes plus tard, Léandra déposa deux pièces d’or sur le comptoir et se leva. Elle jaugea Yolann du regard :
« Tu es prêt ?
- Quand tu veux ! »
Elle hocha la tête et ils sortirent. Yolann affichait un air passablement grognon et refusait d’accorder à Léandra le moindre regard.
Arrivés à la Guilde, ils saluèrent Matthias qui avait pris son service. Ils parcoururent les couloirs sombres des locaux, et se retrouvèrent face à la porte du bureau du Maître. Léandra adressa un léger signe de la main à Yolann pour lui signifier de l’attendre là. Il hocha la tête en signe d’assentiment et la regarda taper à la porte par trois fois. Sans attendre de réponse, elle entra.
Le Maître était à son bureau, plongé dans la lecture d’un parchemin. Elle toussota discrètement :
« Léandra ? Je ne vous ai pas entendue entrer !
- Vous m’avez demandée ?
- Oui… Comment s’est passée votre excursion chez la princesse hier ? »
Léandra contourna un fauteuil recouvert d’un velours rouge et s’y installa, face au bureau. Elle croisa les jambes, prenant son temps, savourant l’impatience du maître derrière son bureau.
« La princesse ne se portait pas très mal…
- Je ne vous ai pas appelée pour vous entendre déblatérer sur l’état de santé d’une jeune mariée puérile !
- Vous vous emportez Maître… »
Elle lui adressa un sourire moqueur, le Maître, en face d’elle hocha la tête, contrôlant son énervement visible, d’un regard, il l’encouragea à continuer :
« Le prince n’a, apparemment, pas été tendre durant la nuit de noces.
- Et ?
- Elle veut le faire tuer.
- JE LE SAVAIS ! »
Il frappa du poing sur le bureau, Léandra manqua de sursauter. Le Maître se reprit, et regarda l’assassin :
« Voilà quelque chose qui va nous rapporter… J’étais sûr que le prince n’allait pas lui survivre. Cette adolescente est machiavélique ! » Il prononçait ces phrases avec une vigueur étonnante, l’éternelle lueur de victoire brillant encore plus vivement dans ses yeux.
- Léandra, soyez attentive à tout ce qu’elle vous dira. Laissez-lui entendre que vous pouvez l’aider à régler ses problèmes. Mais ne soyez pas brutale, je veux qu’elle comprenne seule, vous vous chargerez de ce contrat bien entendu.
- Maître… Il y a un point négatif…
- Un point négatif ? Lequel ?
- Les Sorcières… Une femme de la haute société qui fait tuer son mari, cela les atteindra forcément. Peu importe comment, elles le sauront. Gwenaëlle est encore jeune, influençable. Cela nous causerait du tort.
- Un homme en moins… Je ne vois pas en quoi cela pourrait les mettre en colère.
- Elles pourraient être plus rapide que nous… Et enrôler Gwenaëlle… Vous ne devriez pas oublier qu’elles se sont déjà attaquées à la Guilde. Elles sont dangereuses, vous le savez autant que moi… Elles veulent la mort des hommes de la trempe du prince, certes… De plus, personne ne sait vraiment ce qu’elles cherchent… Leurs croyances sont étranges, mais elles semblent protégées de l’Eglise, si cette dernière se donnait la peine de les rechercher vraiment… Cette « rébellion » aurait été tuée dans l’œuf, si peu influente que soit l’Eglise à Alphas… Je doute que leur présence l’arrange.... J’ajouterai aussi que ce sont des dames de la bourgeoisie, si elles savent que nous nous mêlons aux histoires de la Cour, elles chercheront à nous tuer. Nous ne sommes que de pauvres insectes sur leur chemin.
- Je ne vous ai pas fait venir pour me faire part de vos suppositions sur la véritable identité des sorcières. Tenez-les à l’écart. Elles ne sont pas censées savoir que vous êtes pauvre. A vous de faire attention.
- Les Sorcières ont des manières convaincantes d’obtenir des renseignements… Elles peuvent savoir ce qu’elles veulent, dès qu’elles le désirent. Vous le savez…
- Bien sûr que je le sais… Il n’en tient qu’à vous d’être discrète, je viens de vous le dire.
- Maître…
- Ne discutez pas plus longtemps… Faites attention, et elles ne s’apercevront de rien. Je vous laisse le choix pour la manière dont vous allez tuer le prince, mais je veux ce contrat. »
Léandra se leva, inclinant légèrement la tête :
« Léandra, envoyez-moi Yolann. »
Le Maître replongea dans ses lectures. Laissant devant son bureau un assassin perplexe. Elle sortit sans un mot. Yolann l’observa :
« Quelque chose ne vas pas ?
- Rien, Dépêche-toi, il t’attend.
- Tu restes là ?
- Bien sûr, je ne vais pas m’enfuir. »
Elle avait parlé d’un ton cassant. Yolann la dévisagea de plus belle, se demandant pourquoi elle était si froide ce matin. Elle ne lui avait à peine adressé la parole, il se sentait plus mal à l’aise que si elle avait mentionné la soirée de la veille. Elle lui était apparue détendue, mais il avait probablement dû faire ou dire quelque chose qui l’avait froissée. Haussant les épaules, il lui adressa tout de même un sourire réconfortant, incapable de lui en vouloir. Léandra lui renvoya un timide sourire, puis il disparut dans le bureau.
Dans le couloir, Léandra se mit à faire les cent pas. Les Sorcières… Il y avait longtemps que ce nom ne lui était pas revenu en tête. Si elles se mêlaient des histoires de la guilde, il n’en résulterait rien de bon. Elle soupira, il allait falloir la jouer fine. L’image de Yolann lui revint en tête, il était autant en danger qu’elle dans cette histoire. Il ne fallait pas qu’elle fasse quelque chose qui puisse lui coûter la vie. Ce qui s’était passé la veille la mettait mal à l’aise… Elle s’en voulait, Yolann avait du se faire de faux espoirs…
Elle en était à ce point dans ses réflexions, lorsqu’elle entendit le Maître l’appeler.
Elle entra dans le bureau, Yolann n’avait pas pris la peine de s’asseoir. Elle interrogea la Maître du regard :
« Je viens de donner à Yolann son premier contrat. J’aimerais que vous le surveilliez… En quelques sortes… »
Les épaules de Léandra s’affaissèrent malgré elle. Ayant vu cette déception, le Maître s’empressa d’ajouter :
« Je ne désire pas que vous lui donniez des cours, j’aimerais juste que vous lui expliquiez comment nous fonctionnons. »
Léandra adressa un regard à Yolann, qui, s’il l’avait remarqué, n’en laissa rien paraître. Elle examina brièvement la situation dans sa tête, le Maître comptait apparemment sur elle pour faire du « petit nouveau » un assassin digne de confiance, tout en lui offrant un contrat des plus dangereux qui risquait de lui coûter la vie. Etrangement, cette perspective la séduisait. Elle s’était ennuyée ces derniers temps, ce qui la contrariait, était le fait qu’il lui serait difficile de s’éloigner de Yolann. Après avoir tourné et retourné toutes les possibilités qui se présentaient à elle, elle s’aperçut qu’elle n’avait d’autres choix que d’accepter. Elle soupira :
« C’est d’accord. »
Yolann eut une expression visiblement soulagée. Le Maître reprit la parole :
« Bien. Léandra je vous remercie, surveillez-le pour son premier contrat. Ce n’est pas bien difficile. Vous, je veux que vous rendiez une petite visite à notre amie, ce soir, disons vers dix-sept heures, comme hier. Je la ferais prévenir. N’oubliez pas notre accord. »
Sans laisser le temps à Léandra de répliquer, il leur fit signe de partir. Tous deux inclinèrent légèrement la pièce et quittèrent la pièce.
Une fois dehors, Yolann ne put retenir la question qui lui brûlait les lèvres :
« De qui parlait-il ?
- Pardon ?
- Il a dit qu’il voulait que tu rendes visite à votre amie ? Qui est-ce ?
- Tu es trop curieux. »
Yolann s’arrêta net, la colère semblait lui monter aux joues aussi visiblement que si elle l’avait giflé.
« Bon sang, mais qu’est ce qui t’arrive depuis ce matin ? Qu’est ce que je t’ai fait ? C’est quelque chose que j’ai dit ? Léandra, écoute-moi ! »
Voyant qu’elle continuait sa route sans lui prêter attention, il, l’attrapa par le bras et la tira vers lui plus violemment qu’il ne l’aurait voulu :
« Allons, dis moi ce qui t’arrive. » Reprit-il sur un ton plus calme. Léandra l’observa, il n’avait pas lâché son bras et la pression qu’il exerçait commençait à se faire douloureusement sentir. Elle ne pouvait se résoudre à lui expliquer qu’elle voulait s’éloigner de lui, pas plus qu’elle ne voulait lui dire comment elle était parvenue à cette conclusion. Elle soupira, certains souvenirs qu’elle aurait préféré oublier l’assaillirent. Elle tenta vainement de les chasser en secouant la tête.
« Je suis désolée… Je ne peux pas… Enfin… C’est… Trop dangereux.
- Dangereux ? Vraiment ? Il n’y a rien que je puisse faire ?
- Tu tiens réellement à te mettre en danger en apprenant certaines choses que convoitent des personnes peu fréquentables ? »
Il baissa les yeux. Depuis quelques jours, Léandra sentait l’assurance, sur laquelle elle comptait habituellement, lui couler entre les doigts.
« Ecoute, désormais, je ne suis là que pour te suivre et te guider. Rien d’autre. Il ne doit rien y avoir d’autre. Et il n’y aurait rien dû y avoir d’autre.
- Quoi ?
- Tu sais comme moi, que j’ai raison. Cette histoire, déjà précipitée, est dangereuse pour nous deux. Je suis désolée… Je ne peux pas…
- Je ne te comprends pas…
- Je ne te demande pas de comprendre… Je ne sais pas si tu le peux. Mais tout cela me gêne, il y a des choses… Que je ne peux pas te dire. Je suis désolée.
- Je ferais attention. Tu m’expliqueras, un jour ?
- Je n’en sais rien…
- Comme tu voudras. Mais ne sois pas si cassante avec moi, j’ai horreur de ça. »
Léandra acquiesça. Il la lâcha enfin, elle massa son bras endolori pour essayer de faire à nouveau circuler le sang dans ses veines. Yolann poussa un long soupir, et haussa les épaules. Léandra leva le regard de son bras pour lui demander :
« Au fait, en quoi consiste ton contrat ?
- Oh, rien de compliqué… Une affaire de dettes il faut croire.
- Un homme ?
- Oui, il a ses habitudes dans une taverne qui s’appelle « Le paradis du voyageur ». Il y va chaque soir, c’est là qu’il dépense son argent en jeux. Et là qu’il a rencontré, apparemment, celui, ou celle, qui veut le tuer.
- Combien ?
- Vingt pièces d’or. »
Léandra fit une moue approbatrice, avant de répondre :
« Pas mal… Je connais cette taverne, elle n’est pas bien loin du vieux théâtre… On se retrouve là-bas vers, disons… Vingt-trois heures ?
- D’accord… Que vas-tu faire cette après-midi ?
- Voir l’amie dont m’a parlé le Maître.
- Dis-moi… C’est celle pour laquelle tu t’habilles si bien ?
- Celle-là même…Mais si je dois te donner un conseil, c’est bien de ne pas te mêler de cette histoire.
- Comme tu voudras. Alors, à ce soir ?
- Tu sauras trouver l’endroit ?
- Sans problèmes.
- Alors, fais un saut à l’armurerie, achète quelque chose de discret, peu importe quoi, mais discret et silencieux. Et à ce soir. »
Elle esquissa une petite révérence, et s’éloigna, un vague sourire flottant sur ses lèvres. Elle se sentait soulagée que Yolann ne se soit pas énervé.
Elle rentra à sa chambre. N’ayant rien d’autre à faire, elle s’attela au rangement et mis un peu d’ordre dans la petite pièce. Elle rangea sa nouvelle garde-robe dans le coffre, et mis les corsets et autres bas dans le dernier tiroir de sa commode. Au fond du sac, elle trouva un coffret contenant des ustensiles de maquillage, de coiffure et des huiles parfumées. Elle fut étonnée par tant de luxe, mais en tant que nouvelle demoiselle de la cour, elle allait devoir se faire présentable.
Puis elle s’allongea sur son lit, se sermonnant intérieurement à propos de sa paresse. Allongée, les yeux fixés sur le plafond, ses pensées la menèrent aussitôt aux Sorcières. Elle frissonna. Ces femmes de la bourgeoisie, de la haute noblesse même, le plus souvent, étaient des fanatiques folles à lier. Elles haïssaient les hommes en tous points et faisaient tout pour leur nuire. Mais, on ne les appelait pas Sorcières pour rien, elles commettaient des horreurs en invoquant le nom de Lady Tessa. Elle était une sorte de mentor, les autres la vénéraient littéralement, considérée comme une incarnation de leur Déesse.
Les Sorcières étaient télépathes, pour la plupart. Les plus puissantes manipulaient l’esprit de leurs victimes, une ou plusieurs à la fois, avec une facilité déconcertante.
Elles étaient femmes d’intrigue, tuant pour le plaisir de sentir la vie de leur victime leur filer entre les doigts… Elles considéraient le soi-disant « sexe fort » comme une aberration de la nature, elles ne les utilisaient que pour la reproduction, pour transmettre leur savoir, en quelques sortes… Si jamais elles mettaient au monde un fils, il était aussitôt offert en sacrifice à Lady Tessa, leurs méthodes pour tuer les nouveaux-nés étaient des plus horribles, Léandra ne s’attarda pas sur les images d’enfants ensanglantés qui se présentaient à elle. Elles considéraient avec le même mépris et la même haine ceux qu’elles avaient coutumes d’appeler « les rats », dans cette catégorie se situaient tous les habitant des quartiers pauvres, qu’ils soient hommes ou femmes, adultes ou enfants. Pourtant, il n’était pas rare de les voir traîner dans les bas-fonds de la ville, à la recherche, selon la rumeur, de jeunes vierges à sacrifier…
Léandra était sûre qu’il y avait au moins une Sorcière dans l’entourage de Gwenaëlle, si, par malheur, cette dernière venait à être au courant des machinations de Gwenaëlle, la jeune mariée se verrait offrir deux choix : le sacrifice au nom de Lady Tessa, ou le statut d’apprentie, ce qui n’était guère mieux.
Léandra soupira sur son lit, elle était donc chargée d’éliminer le Prince. Mais, encore une fois, si les Sorcières étaient au courant, elles tueraient non seulement le Prince, mais Léandra, Gwenaëlle, pour avoir fait appel à un rat, le Maître, la plupart des Assassins… Et au pire, elles feraient un massacre dans les quartiers pauvres, pour apprendre aux autres à se mêler de leurs affaires…
Ces diverses perspectives ne l’encourageait pas à se lancer dans un tel contrat, mais elle ne pensait pas avoir le choix. Elle soupira une nouvelle fois, et, incapable de trouver le repos, se leva.

Ses pensées se bousculaient dans sa tête, qu’était-il passé par la tête du Maître ? Son attirance pour l’argent commençait à lui monter au cerveau. Avec un sourire, Léandra pensa qu’il était peut-être temps de le remplacer.
Elle sortit de l’hôtel et se dirigea vers la Guilde, pour savoir si son rendez-vous chez Gwenaëlle était maintenu. A l’entrée, elle vit Matthias :
« Toujours de service ?
- Il faut croire… Tu fais bien de passer, le Maître m’a dit de te dire, qu’un fiacre passerait te prendre devant chez toi tout à l’heure à seize heures trente pour te mener tu-sais-où.
- Justement j’allais le voir à ce sujet…
- Désolé ma chère, il a demandé à ne plus être dérangé pour le reste de la journée, fut-ce pour affaires urgentes, selon ses propres mots…
- Vraiment ?
- Tout à fait…
- Eh bien tant pis… Bonne fin de journée !
- De même ! »
Avec un sourire radieux, le petit bonhomme brun esquissa une révérence et se rassit, le dos à la porte. Léandra leva les yeux vers le ciel, des nuages s’amoncelaient au loin… Il pleuvrait d’ici à une heure… Elle rentra à l’hôtel d’un pas pressé.
Dans sa chambre, elle entreprit de se laver correctement. Elle fit monter une bassine d’eau chaude et commença ses ablutions devant le miroir.
Se sentant enfin vraiment propre, elle se dirigea vers la commode, et commença à s’habiller. Dans le coffre, elle choisit une robe blanche, somme toute assez simple. C’était un rendez-vous, pas une grande réception…
N’ayant jamais véritablement utilisé de maquillage, elle observait avec méfiance la boite posée sur l’étagère. Elle tentait de se remémorer les gestes de la marquise chez qui elle avait vécu. Elle ouvrit une petite boite blanche qui contenait une poudre rosâtre, puis la referma aussitôt. Elle en ouvrit une autre qui contenait une sorte de crème rouge, elle s’en appliqua un peu sur les lèvres puis reposa le tout. Cela l’énervait avant même d’avoir commencé. De plus, si elle continuait à se peindre de la sorte, elle finirait par ressembler à une fille de joie. Pensant qu’elle avait encore devant elle quelques minutes de libres, elle prit un tissu s’assit sur le lit et entreprit de nettoyer sa dague. Lorsqu’elle eut terminé, elle pouvait se voir dans la lame. Avec un sourire, elle la glissa dans sa jarretière. Encore une fois, elle préférait se tenir sur ses gardes.
Elle se pencha à la fenêtre, le soleil se couchait de plus en plus tôt et le froid se faisait plus mordant au fur et à mesure des jours… Quelques instants plus tard, un fiacre apparut au coin de la rue et vint se placer juste devant la porte.
Léandra prit sa cape et sortit, prenant tout son temps pour descendre les escaliers, réfléchissant encore à ce qu’elle allait pouvoir faire pour soumettre à Gwenaëlle, l’idée qu’elle pourrait se charger de tuer son mari… Elle arriva devant la porte et la poussa, le vent au dehors lui arracha un frisson. Elle resserra sa cape autour d’elle et monta dans le fiacre.
Les rues défilaient devant ses yeux, elle était incapable d’établir ce qu’elle pouvait dire… Les mots qu’elle essayait de mettre en ordre dans son esprit semblaient prendre un malin plaisir à lui filer entre les doigts dès qu’elle avait en tête un semblant de discours.
Le fiacre s’arrêta brusquement, c’est à ce moment que la pluie se mit à tomber. Avec un soupir résigné, Léandra se leva et descendit prudemment de son véhicule, saluant le cocher d’un signe de tête. Puis elle grimpa précipitamment les marches, manquant de glisser sur les pavés blancs déjà mouillés.
La porte de chêne s’ouvrit avant même qu’elle n’ait eu le temps de frapper, Gwenaëlle lui faisait face :
« Je suis désolée ma chère, j’allai vous envoyer quelqu’un pour vous protéger de la pluie, mais…
- Ne vous en faites pas… Ce n’est que de l’eau… »
Gwenaëlle sourit. Elle semblait plus reposée et plus sereine que la veille. La nuit avait dû être moins éprouvante que la précédente. Elles se hâtèrent toutes deux de se mettre à l’abri de la pluie, Léandra fut débarrassée de sa cape mouillée par un domestique, et elles furent dirigées dans le petit salon.
Léandra s’assit, son hôte en fit de même. Elles s’observèrent un moment, Léandra n’osait parler, cherchant encore ses mots, se tançant intérieurement. Ce n’était pas dans ses habitudes de perdre ainsi ses moyens.
Gwenaëlle ferma les yeux l’espace d’un instant, toute aussi mal à l’aise que son invitée, lorsqu’elle les rouvrit elle prit une brève inspiration et se prépara à parler, exactement au même instant que Léandra. D’un geste de la main, elle lui laissa la parole, l’assassin reprit sa respiration :
« Je voulais…savoir… Si vous teniez toujours à votre projet… » Elle se maudit intérieurement, elle avait abordé trop abruptement le sujet… Pauvre idiote, se dit-elle, depuis quand as-tu laissé ta raison derrière toi… On t’as dit soit discrète, et te voilà qui amène le sujet en insistant lourdement comme un vulgaire porte-parole ! Stupide que je suis…
Gwenaëlle n’en semblait pourtant pas dérangée, elle donnait l’impression de choisir soigneusement ses mots. Puis, avec une légère expression de triomphe, elle sortit d’un des plis de sa robe une petite fiole dans laquelle flottait un liquide translucide. Léandra eut un mouvement imperceptible de recul. Elle arqua un sourcil interrogateur :
« De l’arsenic ma chère… A dose quotidienne très légère dans sa liqueur du soir.
- Vous ne parviendrez à rien de cette manière. »
Gwenaëlle eut une moue indignée, puis elle se fit intéressée. Léandra se rapprocha d’elle et prit la fiole dans ses mains. Elle la tourna entre ses doigts faisant luire le poison à la lumière des bougies qui brûlaient çà et là dans la pièce. Un sourire vague flottant sur ses lèvres, le poison était l’une de ses spécialités.
« N’importe quel médecin trouvera de quoi souffre votre mari… Il se fixe sur les ongles, la peau… C’est à la portée de tout le monde de déceler une intoxication à l’arsenic… De plus, il vous faudra plusieurs jours, et votre mari souffrira de coliques, de problèmes respiratoires, de troubles nerveux… Il va perdre du sang, beaucoup de sang… Cependant, ce sera trop long… Vous serez découverte au plus vite et serez envoyée en prison… Peut-être même pendue pour tentative de meurtre… Et meurtre si vous réussissez… »
La voix de Léandra mourut, elle savourait à présent la réaction de la jeune fille que l’évocation de la pendaison avait rendue livide.
« Comment savez-vous cela ? »
L’assassin avala sa salive… Elle s’était empêtrée en donnant des détails ainsi… Elle chercha rapidement une justification à son savoir :
« J’ai travaillé… Chez un apothicaire pendant quelques années.
- Je vois… Vous devez avoir une autre solution alors…
- Bien sûr. Mais, j’hésite à vous la donner. Après tout, vous êtes bien jeune… Pourquoi ne pas attendre que la nature fasse son office et que votre mari se meure tout seul ?
- Ca je ne peux pas… Si vous refusez de m’aider, je trouverai moi-même une autre solution.
- Vraiment ?
- Bien sûr… Je me rendrai dans… les quartiers pauvres, je trouverai un tueur à gages qui s’acquittera de cette besogne sans rechigner… »
Léandra réprima un rictus victorieux. Gwenaëlle avait fini par en venir seule à cette solution… Sa mission n’avait peut-être pas été si catastrophique qu’elle ne se l’imaginait jusque là… Elle ne dit mot, laissant le temps à Gwenaëlle d’imaginer toutes les éventualités dangereuses ou pas que présentait cette solution. Ne laissant passer aucune émotion sur son propre visage, elle lui laissa le temps de prendre conscience de ce qu’elle venait de dire. La jeune mariée ne parut pas décontenancée, elle gardait une mine résolue.
Un domestique entra, déposant sur la table un plat en argent qui contenait quelques gâteaux et deux infusions de menthe.
Gwenaëlle congédia le domestique, prit sa tasse entre ses mains comme pour se réchauffer les doigts :
« Je ne vois pas d’autres solutions… Et celle-ci ne comporte que peu de risques…
- Je ne veux pas être mêlée à cette histoire, ma chère.
- Qui parle de vous en mêler ? Vous l’avez dit vous-même hier, vous ne connaissez personne qui « frayerait avec de la racaille pareille », selon vos propres mots. A moins, que cela ait changé en une nuit ?
- Pas le moins du monde. Mais ne me dites pas que vous comptez vous rendre dans ces quartiers…
- Bien sûr que si… Ils n’oseraient pas s’attaquer à la femme du prince ? »
Léandra réprima un fou rire et prit une gorgée de thé :
« Je pense que si ! Madame, vous n’y songez pas…
- Vous avez peut-être raison…
- Je vais voir ce que je peux faire pour vous… Mais ne vous faites pas d’illusions, je ne peux rien vous promettre.
- Vous feriez cela ?
- Je ne vous garantis rien, mais je risque moins que vos dans les quartiers pauvres. On ne me connaît pas ici, vous… Tout le monde a entendu parler de vous, jeune mariée du prince…
- Je suppose que je peux vous faire confiance.
- Bien sûr ! »
Léandra se leva, et après avoir recommandé à son hôte de ne parler de leur entretien à personne, à moins qu’elle ne veuille se balancer au bout d’une corde le lendemain à la première heure. Cette déclaration fit pâlir à nouveau la jeune fille qui acquiesça avec vigueur. L’assassin prit congé de son hôte et se retira.
Dehors, la pluie n’avait pas cessé, elle avait même redoublée d’ardeur. Le fiacre avait été amené juste devant la porte, Léandra s’emmitoufla dans sa cape, et, glissant sur les pavés, rejoignit son véhicule avec le plus grand mal.

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vala...
Bizous
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Wokety pokety wokety wok ! Abracabracabranack ! Higitus figitus wigitus woum
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Wooow !
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Sucrier vous êtes bien trop brutal ! Madame théière est déjà assez félée !


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Nihilya

Egérie Révolutionnaire



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Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Le coeur de l'assassin' a été posté le : 23/06/04 18:23
Re!

Bon... Puisque je bosse! Voilàààà!!

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Il devait être six heures passées, la nuit était tombée et les quartiers pauvres étaient sombres comme en pleine nuit. Seules les rares lumières tremblotantes des bougies qui brûlaient à l’intérieur des maisons donnaient quelque peu d’éclairage. L’obscurité conjuguée à la pluie donnait à tout dans ces quartiers une allure menaçante, voire lugubre.
Lorsque le fiacre arriva devant « l’hôtel » de Léandra, ce n’est qu’avec un vague frisson qu’elle descendit de la cabine. Elle se précipita dans sa chambre et s’y enferma, grelottante de froid. Dans un coin, elle prit la planche de bois qui lui servait pour boucher la fenêtre sans vitre lorsque l’hiver arrivait. La chambre était à présent plongée dans le noir, elle alluma toutes les bougies qu’elle put trouver, éclairant la pièce d’une pâle lueur instable.
Il n’était plus question pour elle de sortir, pas jusqu’à vingt trois heures du moins. Ses pensées se dirigèrent vers Yolann, où était-il allée avec ce temps ? Elle espérait qu’il n’était pas allé se réfugier dans la taverne où ils avaient rendez-vous. S’il passait autant de temps dans cette taverne, et que l’on découvrait qu’un des clients de cette dernière, qui plus est, avec beaucoup de dettes, était tué la même nuit… Le tavernier ferait immanquablement le lien avec lui… Il ne manquerait plus qu’il s’attire des ennuis… C’était bien la dernière chose dont ils allaient avoir besoin… Les bourgeois avaient beau mépriser les pauvres, cela ne les empêchaient pas de les surveiller étroitement. Dès la nuit tombée, et même dans la journée, la garde royale arpentait les rues, l’arme à la ceinture. La journée, ils étaient plus rares, mais ils avaient un réseau de communications compliqué de sorte qu’ils savaient les moindres faits et gestes des habitants.
Jusque là, la guilde n’avait jamais eu d’ennuis avec les gardes… Les rares fois où ils avaient étés découverts, le Maître avait graissé la patte de plusieurs officiers avec méthode, empêchant ainsi tout procès. Mais Yolann était encore en « période d’essai », le Maître ne serait pas indulgent, et encore moins par les temps qui courraient.

Elle repensa également à l’arsenic de la princesse, dans sa tête elle dressa rapidement un inventaire des poisons qui lui restait : de l’arsenic, du cyanure et diverses plantes médicinales, qui, à grosses doses, provoquaient coliques, éruptions cutanées, convulsions, paralysies, troubles cardiaques et respiratoires.
Elle n’allait pas avoir besoin de retourner chez l’apothicaire avant quelques temps. Soupirant, elle ouvrit une petite lucarne dans le panneau de bois qui la protégeait de la pluie, pour s’apercevoir que celle-ci n’avait pas cessée. Les rues étaient trempées et l’eau véhiculait dans les caniveaux des tas d’immondices… Il n’y avait plus personne, tout le monde s’était réfugié dans les maisons, ou les tavernes. Mais dans l’instant, Léandra refusait de sortir affronter la pluie à nouveau.
N’ayant rien à faire elle se changea et mis une tenue plus adaptée à son lieu de vie. Elle passa un pantalon de toile noire et par-dessus une tunique rouge d’un tissu plus fin. Elle but quelques gorgées de liqueur, et, tournant en rond dans sa mansarde, décida finalement de quitter le bâtiment et de rendre visite à Matthias qui n’était jamais de service la nuit. Elle enfila sa cape, prit son poignard et son épée et sortit.
La pluie était tenace, en quelques minutes l’humidité avait transpercée la cape et Léandra commençait à grelotter lorsqu’elle arriva chez Matthias.
Elle frappa à la porte, ce fut la sœur de Matthias, Elena, qui lui ouvrit :
« Léandra, ma pauvre ! Ca ne va pas de sortir avec un temps pareil ! »
Elles éclatèrent toutes deux de rire, et Elena s’effaça pour lui permettre d’entrer. Elena était une femme d’une trentaine d’années qui ne s’était jamais mariée. Elle avait des cheveux d’un noir de jais toujours tirés en arrière par un chignon serré. Elle avait des yeux rieurs d’un bleu clair qui brillaient d’une malice étrange pour une femme de trente ans. Elle avait un visage doux et sympathique, ce qui ne l’empêchait pas d’être sévère avec son jeune « écervelé de frère », comme elle se plaisait à l’appeler elle-même.
Ils vivaient dans une petite maison tous les deux, la silhouette généreuse d’Elena semblait être partout à la fois.
La maison était chaleureuse, bien que pauvrement équipée comme n’importe quelle maison de ces quartiers. Etant donné qu’ils travaillaient tous les deux et qu’ils gagnaient un peu d’argent, la maison était entretenue et ils mangeaient chaque jour, ou presque, à leur faim.
Les deux femmes entrèrent dans le salon en bavardant gaiement. Un grand feu crépitait dans la cheminée baignant la pièce d’une lumière chaleureuse. Il y avait deux petits canapés de cuir défoncés, et entre les deux une petite table de bois. Elles s’installèrent sur un canapé et le bruit de leur discussion attira Matthias hors de sa chambre. Il salua Léandra, un grand sourire sur les lèvres, Elena lui demanda d’apporter trois choppes de bière. Il s’exécuta sans rechigner. Elena reprit la parole :
« Alors ma grande, quelles nouvelles ?
- Pas grand-chose tu sais…
- Il paraît que tu es devenue amie avec le petit nouveau ?
- Les nouvelles vont vite… Amis est un bien grand mot tu sais… Je l’aide un peu voilà tout.
- Je n’en doute pas ! D’après les rumeurs qui courent en ce moment, la garde royale prévoit de nouvelles arrestations. J’ai déjà dit à Matthias de se tenir correctement… Mais il faut que toi aussi, tu fasses attention. La dernière fois, ils ont pendu cinq personnes en même temps…
- J’étais là Elena, je l’ai vu, autant que toi. Mais pour l’instant, ce n’est qu’une rumeur… Nous n’avons qu’à faire attention…
- Pour l’instant… »
Matthias réapparut dans le salon portant sur une plaque de métal trois choppes de bière. Il les déposa sur la table, et s’assit dans le canapé avec un soupir de contentement :
« Alors ma grande, qu’est-ce qui t’amène ? »
Léandra but une gorgée de bière et marqua un temps d’arrêt, puis elle se détendit :
« Il y a longtemps que je n’étais pas venu, que je n’avais pas vu Elena, alors je suis passée.
- Un contrat en ce moment ?
- En fait… Non, pas en ce moment. Je donne quelques conseils à Yolann. Et toi tout va bien ? »
Matthias but un peu de bière et reposa sa choppe sur la table, il désigna Elena de la main et reprit avec un sourire :
« Si on oublie ce que cette mégère me fait endurer… Tout va bien ! »
Elena prit un air choqué et flanqua une grande tape amicale dans le dos de son frère qui éclata de rire, reprit en cœur par les deux femmes assises à ses côtés.
Ils discutèrent joyeusement pendant quelques temps. Matthias ne cessait de taquiner sa sœur qui lui répondait avec humour, et souvent, agacement. Au bout d’un certain moment, Elena apporta un peu de pain, de beurre et même de la viande. Ils mangèrent dans la bonne humeur, puis onze heures sonnèrent à l’horloge de la cuisine.
Léandra eut un air horrifié, prit rapidement congé de ses hôtes et fila dans les rues sombres.

La pluie tombait toujours, ce qui lui arracha un frisson. Elle marchait d’un pas décidé filant comme une ombre parmi les masures à peine éclairées. Elle passa à côté du vieux théâtre et eut une pensée triste pour Sébastian, se ressaisissant, elle accéléra le pas. Quelques minutes plus tard, elle poussait la porte de la taverne, tout en essayant de ne pas paraître essoufflée. Yolann était déjà là, assis au comptoir, un verre à moitié vide posé à côté de lui, il la regarda arriver, un sourire moqueur flottant sur ses lèvres :
« Tu es en retard. »
Léandra lui jeta un regard noir et s’assit sur un tabouret près de lui :
« Je déteste être à l’heure… » Elle lui adressa un clin d’œil et Yolann éclata de rire. La taverne était bondée, certains finissaient leur repas, d’autres étaient déjà passablement ivres. Léandra ne manqua pas de remarquer que, mis à part les quelques filles de joie et les deux serveuses, elle était la seule femme présente. L’odeur de transpiration, d’alcool, de tabac et les vapeurs des parfums des filles de joie prenait à la gorge. C’était l’odeur caractéristique d’une taverne en début de soirée.
Yolann semblait faire l’inventaire des clients, recherchant sa victime avec un stoïcisme trompeur. Ses doigts tapotaient nerveusement sur sa cuisse, il claqua la langue d’un air blasé et lâcha :
« Il n’est pas là… Pas encore… Tu as mangé ?
- Oui, à quoi il ressemble ?
- Le maître m’a dit que c’était un homme assez vieux, une cinquantaine d’années, plus un cheveu sur le crâne. Il lui manque une main, il porte un bandeau sur l’œil droit bien qu’il voie très bien… C’est une question de style apparemment. »
Il sourit, et leva les yeux au ciel. Léandra n’avait pas encore vu l’homme, mais la description donnée lui disait quelque chose. Elle avait déjà joué aux dés avec cette personne. Elle songea avec un sourire qu’il lui devait toujours six pièces d’argent. Elle tenta de se rappeler de son nom… Simon ? Non ce n’était pas cela… Cela n’avait même rien à voir… Elle avait beau fouiller sa mémoire, elle ne trouva pas le moyen de se trouver le prénom de ce joueur…
« Il ne t’as pas donné son nom ?
- Non, il m’a dit que des fois il valait mieux ne pas savoir qui ont était chargé de tuer… Je suppose qu’il a raison.
- Oui … Il a eut raison. Tu es passé à l’armurerie ?
- J’ai acheté un poignard…
- On verra ce qu’on peut en faire…
- Excuse-moi mais… C’est à moi de décider de cela, non ?
- Comme tu voudras… »
Elle se retourna sur sa chaise et s’accouda au comptoir d’un air nonchalant, faisant ainsi face à la porte d’entrée. Yolann lui observait la salle, son regard avait même une fâcheuse tendance à se laisser distraire par les cinq jeunes filles à moitié nues bavardant et riant, lançant des plaisanteries grivoises de temps à autres, ce qui ne manquait pas de déclencher les rires gras des hommes à leurs côtés. D’un coup de coude dans les côtes, Léandra le ramena à sa tâche première :
« Si tu veux te soulager, tu reviendras un autre soir… Ce n’est pas le moment. Regarde qui arrive. »
Elle désigna la porte d’entrée d’un signe du menton. Un homme entra, chauve, l’œil droit caché par un bandeau noir, un crochet d’argent brillait à la place de sa main droite. Une lueur de victoire scintilla dans le regard de Yolann, il voulut se lever, Léandra le retint en lui tenant le bras, en profitant pour lui lancer un regard réprobateur.
L’homme s’installa à une table avec d’autres personnes. Un silence relatif régnait entre eux, même les gloussements des filles cessèrent, elles se rassemblèrent autour d’eux. Léandra poussa un soupir exaspéré : des parties comme celles-ci elle en avait déjà vu… Cela risquait de durer longtemps. Ses épaules s’affaissèrent, elle appela le tavernier :
« Qu’est ce qui se joue ce soir ?
- Ils jouent tout ce qu’ils possèdent… Ces quatre là sont des fondus… Ils joueraient même s’ils n’avaient que leur propre chaire à miser ! Vous voulez parier sur l’un deux ?
- Non merci… Par contre, je veux bien un verre d’absinthe.
- Entendu, je vous amène ça. »
Au fond de la salle, la partie avait commencée. Yolann suivait les moindres mouvements de sa victime avec une attention redoublée, Léandra lui donna une tape sur l’épaule :
« Ne le fixe pas comme ça… Il va finir par se méfier… De plus, il ne te filera pas entre les doigts… D’après le tavernier, la partie risque de s’éterniser…
- Bon sang… Il ne manquait plus que ça ! » Il lança un regard gourmand à l’une des filles qui l’observait depuis quelques minutes déjà :
« Finalement… j’ai peut-être le temps de me « soulager », comme tu dis…
- Si tu tiens tant à te voir détrousser…
- Tu es trop méfiante…
- Peut-être, mais je te défends de quitter ce tabouret…
- Je n’en avais pas l’intention… Elle est laide, et je suis sûr qu’elle ne peut…
- Tu es dispensé de terminer cette phrase. »
Yolann éclata de rire, Léandra ne put réprimer son fou rire non plus :
« Tu as raison… Elle a l’air bien frêle… Elle doit se fatiguer vite. Ce n’est pas rentable. »
Les voyant rire tous deux, la fille abandonna son client, pensant sans doute qu’ils étaient fiancés, sinon mariés. Les quatre hommes étaient toujours captivés par leur partie. Léandra les regarda jouer quelques minutes, puis ses yeux dérivèrent. Elle observa les clients, tous semblaient suivre avec attention la partie de cartes qui se déroulait devant eux. Son regard se posa ensuite sur la porte d’entrée. Elle se redressa aussitôt, écarquillant les yeux. Sous l’accès de la colère, elle tape du poing sur le comptoir, faisant déborder un peu son verre d’absinthe que le tavernier venait de poser à ses côtés :
« ********, qu’est-ce qu’elle fabrique ici celle-là ?
- Qui ? »
Léandra fit signe à Yolann de regarder la porte, mais son regard revint sur Léandra, teinté d’incompréhension. Gwenaëlle venait de faire son entrée dans la taverne, vêtue d’une robe bleue marine relativement sobre, une cape noire trempée par la pluie jetée sur les épaules. Elle aurait pu passer pour une femme du quartier, mais son teint de pêche, son regard légèrement méprisant et sa stature droite trahissaient sa véritable origine.
La moitié des hommes lui lançaient déjà des coups d’œil lubriques qu’elle ne sembla pas remarquer. D’un geste prompt, Léandra rabattit sa capuche sur sa tête. Si la jeune mariée la reconnaissait dans un endroit pareil, elle pouvait dire adieu à sa seconde vie de bourgeoise. Yolann l’observait toujours :
« Qui est-ce ?
- Peu importe… » Il haussa les épaules et reporta son attention sur la partie de cartes qui n’avait pas été interrompue. Léandra, elle, surveillait du coin de l’œil les faits et gestes de l’adolescente. Elle serait vite repérée, on voyait tout de suite à son attitude gauche et mal à l’aise qu’elle n’avait pas l’habitude de lieux pareils. Cherchant un siège du regard, elle avisa une table recluse dans un coin où il ne restait qu’une chaise. Elle s’y installa, jetant des regards légèrement inquiets autour d’elle. Une serveuse s’approcha d’elle, Gwenaëlle lui lança un regard effarouché, puis lui commanda quelque chose. La demoiselle lui tourna le dos et se dirigea vers le comptoir en levant les yeux au ciel.
Un cri retentit à l’autre bout de la salle, un des joueurs venait de perdre une forte somme. Il tapait du poing sur la table d’un air rageur. Yolann souriait d’un air goguenard :
« Que s’est il passé ?
- Ce crétin s’est essayé au bluff… Personne n’y a cru mais il a continué à miser, miser, miser… Mais notre homme avait un jeu bien plus fort. Il possédait deux rubis et cinq émeraudes… L’autre avait tout juste une paire de diamants. »
Léandra éclata de rire. Ce jeu s’appelait « la fortune du roi », chaque joueur avait sept cartes en mains et devait se constituer un jeu solide. Les cartes représentait des pierres précieuses : rubis, saphirs, émeraudes, agates, gemmes, diamants et aigues-marines ; dans l’ordre de leur valeur. Il y avait une infinité de combinaisons possibles, dont les plus célèbres : la suite (toutes les cartes à la suite), les paires (doublé de deux mêmes cartes), le carré (quatre mêmes cartes). Venaient s’ajouter à cela des dizaines de coups spéciaux dont le « garde du trésor » composé de trois rubis, trois saphirs et un diamant. Bien entendu, les cartes ayant le plus de valeur étaient les plus rares. Ensuite, chacun misait sur son jeu et celui des autres, plaçant au centre la somme d’argent pariée. Un fois les cartes distribuées, chaque joueur échangeait entre une et trois cartes avec son voisin de droite, sauf s’il estimait avoir un jeu suffisamment fort pour emporter la mise, ou au contraire, qu’il n’avait rien de valeur, mais qu’il comptait faire croire l’inverse à ses adversaires.
« La fortune du roi » était un jeu très prisé à Alphas depuis que l’on racontait que ce même roi avait amassé le trésor des sirènes.
Le prince Elric de Léonn avait effectivement mené une expédition militaire sur les îles au large de son royaume pour y voler le trésor. Malgré l’aspect niais de l’histoire, l’expédition avait rapidement tourné au carnage. Le prince, désireux de s’emparer d’une grande partie du trésor avait fait exécuter sauvagement des centaines de sirènes. Elle furent égorgées, décapitées, éventrées, éviscérées… Leurs têtes plantées sur des piques avaient étés exposées aux abords des îles comme un avertissement. Les survivantes s’étaient réfugiées dans les flots… Elles vivaient plus au nord à présent, les mines de leurs anciennes îles étant dorénavant exploitées par des pauvres envoyés là-bas en guise de bagne.
Le trésor avait été offert au roi d’Alphas, qui, en échange, avait donné sa fille en mariage au prince de Léonn. L’histoire du carnage avait fait quelques remous dans les quartiers, très vite étouffés par des expéditions punitives du roi, et quelques pendaisons. Depuis, le sujet était devenu tabou… Mais le jeu circulait toujours, lui, était devenu la coqueluche des tavernes.
Certains disaient même que la tuerie dans les îles amènerait une malédiction… Léandra ne le croyait pas, les sirènes étaient désarmées, et pacifiques… Elles ne se révolteraient pas, mais une chose était sûre dans cette sombre histoire, c’est que leur présence agréable ne serait plus vue pendant des siècles, de longs siècles…

Léandra songeait à tout cela lorsqu’un petit cri effrayé de Gwenaëlle lui fit tourner les yeux vers la table. Il y avait quelques minutes qu’elle avait relâché sa surveillance, pendant ce temps, un homme d’une quarantaine d’années s’était approché de la princesse. Il avait des yeux pâles, embrumés par l’alcool et une voix légèrement éraillée, ses cheveux, longs et bruns, étaient noués en catogan. Il souriait d’un air concupiscent, dévoilant des dents jaunâtres. Gwenaëlle le regardait avec dégoût, elle avait poussé ce petit cri à peine remarqué lorsqu’il avait posé une main calleuse sur son genou.
Yolann, toujours absorbé par le jeu, n’avait rien entendu, comme la majeure partie des occupants de la taverne d’ailleurs. Par contre, les filles regardaient le couple disparate d’un air intéressé. Bien que dégoûtée, Gwenaëlle ne fit pas un mouvement pour retirer la main de l’homme. Intriguée, Léandra tendit l’oreille :
« Je vous paierai cher… Mais j’ai besoin de savoir comment vous comptez le tuer… »
Léandra manqua de s’étouffer avec sa gorgée d’absinthe. La petite sotte parlait de ses affaires de meurtres dans un endroit pareil ! Elle rabaissa un peu plus sa cape sur ses yeux et jeta un regard inquiet aux filles, si l’une d’elles travaillait pour les Sorcières, s’en était fini de Gwenaëlle… L’homme à ses côtés, lui, semblait pour le moins intéressé par l’offre… Mais il refusa… Ce n’était pas ce qu’il cherchait… Sa main remonta lentement le long de la cuisse de la jeune femme qui se releva d’un bond, assenant à l’homme une gifle sonore. Cette fois, la majeure partie des clients tourna la tête vers eux. L’homme se leva également et souffleta la demoiselle de toute la puissance de son bras. Gwenaëlle chancela sous le coup, un filet de sang coula de sa lèvre inférieure.
Léandra leva les yeux au ciel, sentant venir le pire. Certes, elle en voulait à Gwenaëlle d’avoir agit si absurdement, mais elle ne tenait pas non plus à voir l’adolescente se faire déshonorée sur une table de taverne… Elle se dirigea d’un pas ferme vers l’homme, elle lui tapota discrètement l’épaule et, le visage toujours caché par sa capuche, prit sa voix la plus charmeuse :
« Allons… Regarde-là, elle ne doit même pas savoir ce qu’elle fait ici ! Il y en a d’autres, je suis sûre qui seront ravies de satisfaire tes…envies… »
Elle attendit, regardant avec délectation la petite lueur salace s’allumer dans les yeux de son interlocuteur. Il se passa la langue sur les lèvres, la regardant de haut en bas, comme pour l’évaluer :
« Effectivement… La perspective me paraît plus alléchante avec toi, ma jolie…
- Sortons alors… »
Yolann la regardait, sidéré, d’un geste discret, elle lui fit signe de ne pas bouger. D’une voix autoritaire, elle ordonna à Gwenaëlle d’en faire autant. Confiant, l’homme la suivit dans la rue.
Pressé de faire ce pour quoi il l’avait suivi, il la poussa contre un mur. La pluie s’était atténuée, mais elle tombait toujours en fines gouttes argentées.
Léandra sourit sous sa capuche, et d’une main agile dégaina son poignard. L’homme poussa un grognement surpris, saoul comme il l’était, il n’offrirait pas grande résistance. Léandra lui assena un coup de genou dans l’aine qui le fit gémir de douleur. Elle se dégagea de son emprise et l’accula au mur. Relevant sa capuche, elle lui fit un clin d’œil amusé avant de lui asséner un coup de poing phénoménal. Elle sentit les os du nez craquer sous ses doigts… Le sang coula des narines de l’homme qui la regardait d’un air affolé, elle lui plaqua le poignard contre la gorge et le griffa tout autour, elle prit une voix doucereuse :
« Et voilà… Maintenant tu as un joli collier… Tu ferais mieux de filer d’ici, et si je te revois une seule fois sur mon chemin à maltraiter une pauvre fille… Je te saigne comme un porc… »
Elle s’écarta brusquement et l’homme tomba à terre, tremblant de tous ces membres… Elle rabattit sa capuche sur son visage et retourna à la taverne. Elle fut accueillie par les commentaires grivois des clients, l’un d’eux lui lança :
« Murphy a été bien rapide aujourd’hui… L’alcool ne lui réussit pas tant que ça !
- Tu parles… Il est rentré chez lui, le pauvre n’a même pas pu commencer. Il est tellement saoul qu’il ne ferait pas la différence entre une chienne en chaleur et sa propre femme ! »
Elle déclencha des rires gras dans toute la salle. Yolann la regardait, un sourire flottant sur les lèvres. D’un signe de tête, il lui indiqua Gwenaëlle prostrée sur sa chaise, les yeux rivés sur le sol.
Avant d’aller la voir, elle s’enquit auprès de Yolann de la progression de la partie. Ce dernier lui expliqua qu’elle était finie pour leur homme, mais qu’il avait pris un verre au comptoir avant de s’en aller.
Après l’avoir vaguement regardé, Léandra se dirigea, toujours masquée, vers la jeune princesse.
« Alors mademoiselle, qu’est que tu viens faire ici ? » Elle avait pris une voix quelques peu différente de la sienne. Cela lui parut une précaution inutile, la petite était tellement choquée qu’elle n’aurait rien remarqué. Elle leva vers sa sauveuse des yeux terrifiés, et débita son histoire à une vitesse impressionnante :
« Je m’appelle Gwenaëlle de Léonn, je suis venue ici dans le but de trouver un assassin qui veuille bien exécuter un contrat pour moi. »
Léandra poussa un soupir, elle se leva vivement, attrapant Gwenaëlle par le col de sa cape et l’entraîna dehors. Yolann leur jeta un regard indécis, mais Léandra lui fit signe de les attendre, ce qu’il fit promptement, rabattant sa capuche sur son visage.
Une fois à l’extérieur, Léandra jaugea sa captive du regard :
« Qui voulez-vous tuer ?
- Mon mari.
- Pourquoi ?
- Ca ne vous regarde pas…
- Bien… Je peux peut-être vous aider…
- Vous pouvez le faire ?
- Peut-être… Combien ?
- Cent cinquante pièces d’or. »
Léandra déglutit avec peine, ne pouvant masquer que difficilement sa surprise devant une telle offre. Elle fit semblant d’hésiter :
« Ca peut se faire. Quand ?
- Le plus tôt possible…
- C’est que je suis très occupée…
- Deux cent cinquante… »
Léandra ne s’était pas attendue à ce qu’elle monte les enchères si vite. Elle écarquilla les yeux sous sa capuche, réfléchit quelques instants et trancha :
« Trois jours… Je ne peux pas vous donner moins.
- Bien, puis-je vous revoir avant ?
- Bien sûr… Ici, demain… treize heures.
- D’accord. »
Avant que Léandra n’ait pu ajouter un mot, Gwenaëlle fila et se ne fut bientôt plus visible dans la nuit. Yolann ouvra la bouche comme pour parler, la referma et ainsi plusieurs fois avant de réussir à s’exprimer correctement :
« Bon sang, mais qui c’était celle-là ?
- Elle ? Une cliente. »
Léandra était déjà retournée pour rentrer à la taverne, Yolann lui courait derrière :
« Une cliente c’est tout ? A deux cent cinquante pièces d’or, c’est pas une cliente normale…
- Yolann, rends moi un service…
- Quoi ?
- Ne parle de tout cela à personne.
- Bien, comme tu voudras. Mais je veux des explications…
- Tu les auras en temps voulu. »
Yolann poussa un soupir exaspéré, mais comme sa collègue s’engouffrait dans la taverne, il leva des yeux au ciel et la suivit. Il la trouva, jetant des regards inquiets dans toutes les directions. Il trouva bientôt, lui-même, la raison de son inquiétude. Leur homme avait disparu de la salle. Ses épaules s’affaissèrent malgré lui, Léandra, elle, se dirigeait déjà vers le comptoir. Elle harangua une serveuse qui passait :
« Mademoiselle ? Ou est passé le borgne qui a perdu à la fortune tout à l’heure ?
- Il a filé par la porte arrière il y a quelques instants… Vous l’avez raté de peu… Mais il ne doit pas être bien loin, en vous dépêchant vous le rattraperez.
- Merci mademoiselle. »
Elle glissa quelques pièces dans la main de la serveuse, pour les consommations et le renseignement. Remerciant intérieurement la naïveté de la fille du tavernier, elle marcha à grand pas vers la porte de derrière suivie de près par Yolann.
La pluie se limitait à présent à une simple bruine glaciale. Les deux assassins s’arrêtèrent derrière la porte de la taverne, écoutant les bruits de la rue. Très vite, ils entendirent les bruits de pas précipités de l’homme. Silencieusement, ils se dépêchèrent de le retrouver. Les bruits se firent plus précis, ils hâtèrent encore le pas. Au tournant suivant, ils aperçurent une ombre furtive se glisser près du mur. Léandra empêcha Yolann d’aller plus loin, lui bloquant le passage de son bras. Puis, elle s’écarta, esquissa une révérence et avec un grand sourire le laissa aller.
Yolann lui sourit en retour et se glissa dans le passage derrière sa victime. L’homme ne se doutait de rien, l’assassin se fit plus confiant. Il était à quelques mètres de son homme lorsqu’un craquement sonore résonna sous sa semelle. Léandra ferma les yeux, déçue. Yolann donna un coup de pied dans le cadavre de rat qu’il venait d’écraser, poussant un juron à faire rougir un charretier. L’homme se retourna, dégaina une épée, prêt à se battre loyalement. L’assassin se demanda quoi faire, il n’avait pas d’épée, son simple poignard ne ferait pas le poids. Avisant un balcon un peu plus haut, il sauta, s’accrocha à la balustrade et atterrit sur le balcon. Son homme, en bas, eut un mouvement d’hésitation et détala comme un lapin. Léandra ne put que le suivre, elle ne pouvait intervenir tant que Yolann n’était pas en danger. Là, elle ne pouvait rien faire d’autre que regarder.
Voyant sa proie s’enfuir, Yolann sauta sur le toit de la maison en s’accrochant à une gouttière. Sautant de toits en toits, il parvint à le suivre sans le perdre de vue. L’homme s’essouffla bien plus vite du fait de son âge, l’assassin n’avait encore aucuns problèmes à respirer lorsque sa victime s’adossa à un mur pour reprendre son souffle, songeant soudain qu’il avait réussi à semer son agresseur.
Léandra était arrivée sur les lieux, elle ne pouvait pas voir son acolyte perché quelques mètres plus haut, accroupi derrière une fenêtre de grenier. Lui, ne ratait pas un seul mouvement de sa future première victime. Léandra se glissa derrière un pan de mur, attendant avec impatience la réapparition de Yolann. Elle commençait à croire qu’il était tombé, ou qu’il s’était perdu lorsqu’elle aperçut un mouvement furtif sur le toit au dessus d’elle. Yolann posa un doigt sur sa bouche pour lui signifier de ne pas faire un bruit.
Lentement, il dégaina son poignard. Fermant un œil, il visa au mieux son homme adossé au mur qui lançait des regards inquiets autour de lui. D’un geste précis Yolann lança son poignard qui vint se ficher dans un parfait silence dans le cœur de sa victime. Gracieusement, il sauta à bas de son toit, et Léandra sortit de sa cachette. Ils se dirigèrent droit vers le corps. Léandra retira le poignard du cœur et le rendit à son propriétaire, un sourire de satisfaction sur les lèvres :
« Net et précis… Tu commences bien. Maintenant, tu n’as plus qu’à couper la main droite. En guise de preuve, en quelques sortes… »
Sans un mot, il prit son arme. Ses mains tremblaient, il dut s’y reprendre à plusieurs fois avant de la tenir correctement. Puis, il prit une grande inspiration, cala son arme juste au dessus du poignet droit du mort, leva le bras, ferma les yeux et d’un geste vif trancha la main du cadavre.
Lorsqu’il rouvrit les yeux, une larme roula sur sa joue. Le sang de la main tranchée coulait sur les pavés en formant de petits ruisseaux rouges pour aller se mêler plus loin à l’eau et à la boue envahissant les quartiers les jours de pluie. Sa larme alla se perdre dans le sang de la victime avec un petit bruit sinistre.
Léandra se releva, posa ses mains sur ses hanches :
« Tu ne dois pas avoir de compassion pour tes victimes, Yolann.
- J’ai tué…
- Je sais… Malheureusement, tu seras amené à tuer souvent pendant ces prochaines années. Tu verras, au bout d’un certain moment, tu ne te sens plus coupable. Tuer ne te fait plus rien. C’est ainsi que l’on distingue un bon assassin, il n’éprouve rien lorsqu’il tue. Rien…
- Toi ? Tu éprouves encore de la culpabilité ?
- Non… sauf pour Sébastian, mais lui, c’était différent.
- Je me doute… Bien, voilà, vingt pièces d’or dans ma poche. »
Léandra sourit. Yolann récupéra la main et l’emballa dans un tissu :
« Que fait on du corps ?
- Laisse-le là… Avec la vermine qui traîne dans les rues, il sera méconnaissable demain, les rats ont faim ces derniers jours. »
Yolann réprima un frisson de dégoût puis il se releva.
« J’irai à la guilde demain.
- Bien, où est-ce qu’on va ?
- J’aimerais aller me coucher…
- Je te comprends. »
Sans un mot de plus, ils prirent ensemble le chemin de la mansarde de Léandra. La lune était masquée par les nuages, ce qui rendait les ruelles encore plus sombre qu’à l’ordinaire. Ils se dépêchèrent de rentrer.

Ils étaient transis de froid lorsqu’ils entrèrent enfin dans l’hôtel. Léandra tremblait de tous ses membres et Yolann claquait des dents, faisant des efforts visibles pour se retenir. Léandra ne retira sa cape qu’à contre cœur et ne se déshabilla même pas pour dormir.
Elle se délesta de son poignard et de son épée, puis, se glissa dans le lit, et se releva en voyant Yolann s’apprêter à se coucher par terre :
« Bon sang, mais qu’est ce que tu fais ?
- Et bien, tu ne veux plus que je…
- Mais tu ne vas pas dormir par terre par un froid pareil !
- Mais je…
- Il n’en est pas question ! J’ai seulement dit qu’il ne fallait pas qu’il se passe quelque chose entre nous… Mais il n’est pas question de te laisser mourir…
- Je croyais que…
- Rien du tout ! Aller, tu ne vas pas discuter pour un peu de chaud, sombre crétin… »
Elle sourit, Yolann la rejoint et poussa un soupir d’aise en se couchant :
« J’avoue que j’ai eu peur que tu me laisses dormir dans le froid…
- Il ne manquerait plus que ça… que je te laisse mourir de froid dans une mansarde… »
Ils rirent légèrement, et, se tenant mutuellement chaud, s’endormirent.


Lorsqu’ils se réveillèrent le lendemain, le soleil était déjà haut dans le ciel. Léandra poussa un soupir en se rappelant qu’elle devrait aller à la guilde. Elle commençait à en avoir assez de ces allers-retours incessants. Elle se leva, changea de tunique, et glissa son poignard dans sa ceinture. Yolann ne tarda pas à gigoter dans le lit, il bailla et s’étira paresseusement. Léandra alluma quelques bougies et soupira :
« Si je gagne l’argent prévu… Je fais installer une vitre à cette fenêtre… Ou alors je m’en vais ! » Yolann éclata de rire :
« Tu ferais mieux de fuir de cet endroit au plus tôt, avant de mourir de froid ou d’une infection quelconque !
- Tu as probablement raison… Mais je suis attachée à cette chambre, depuis tant d’années…
- C’est tout à fait stupide…
- Oui, tout à fait… J’aurais bien le temps d’y réfléchir avant de le faire ! Tu te lèves ?
- Heu…oui, bien sûr ! »

Après un nouveau bâillement, Yolann se tira péniblement du lit en grognant. Il récupéra son poignard posé sur son bureau et le glissa dans sa botte gauche. Il soupira, et se dirigea vers la fenêtre. Il ouvrit la petite trappe et poussa un soupir résigné :
« Le froid vient vite cette année… »
Ne sachant que répondre aux observations météorologiques de Yolann, et n’y portant guère d’importance, Léandra haussa les épaules :
« On ferait mieux d’aller à la guilde tout de suite… Plus vite tu sortiras cette charogne de la chambre, mieux ce sera ! »
Elle désigna le tissu imprégné de sang qui gisait dans un coin de la pièce et qui commençait à dégager une odeur désagréable. Avec un sourire, Yolann récupéra le paquet et ouvrit la porte, laissant Léandra sortir la première. Avant de sortir, il souffla les quelques bougies allumées.
A l’extérieur, le froid était saisissant. Yolann avait raison, le froid venait bien vite cette année… Ils resserrèrent leurs capes autour d’eux et hâtèrent le pas. Ils n’avaient aucun désir de s’attarder dehors. Matthias n’était pas en service à la guilde, le garde les dévisagea d’un regard bovin avant de daigner les laisser entrer.

Les couloirs étaient aussi glacials que les rues. Le peu de lumière renforçait l’impression de froid. Yolann entra le premier, lorsqu’il ouvrit la porte une vague de chaleur pénétra dans le couloir. Léandra eut juste le temps d’apercevoir la lueur orangée du feu qui brûlait dans l’âtre de la cheminée.
Yolann ressortit quelques minutes après, un sourire victorieux aux lèvres, Léandra lui adressa un sourire :
« Alors ?
- Il m’a félicité ! Ma période d’essai est terminé, mais, il m’a chargé de te dire qu’il préférerait que tu me gardes à l’œil quelques temps…
- Bien sûr… Tu as encore quelques petites choses à apprendre avant que l’on te laisse livré à toi-même.
- Je comprends, il t’attend. »
Léandra ne prit même pas la peine de frapper à la porte.
- Bonjour Maître.
- Ah ! Léandra, du nouveau ?
- Je la voie ce midi pour clarifier le contrat.
- Que… Comment ? »
Léandra s’assit, savourant l’impatience du Maître. Ce dernier faisait de son mieux pour masquer les tremblements d’excitation qui agitaient ses mains, mais Léandra le remarqua, haussant un sourcil surpris devant tant d’énervement. Elle lui raconta son entrevue avec la demoiselle, omettant soigneusement le passage à tabac du certain Murphy. A la fin de son récit, et à l’énonciation finale de la somme promise, le Maître sursauta légèrement sur sa chaise :
« Je suis fier de vous mademoiselle ! Deux cent cinquante pièces d’or, c’est une offre que vous ne pouvez refuser…
- J’en suis consciente Maître.
- Bien, alors équipez vous soigneusement… Dans trois jours, je veux voir la main du prince sur mon bureau. »
Léandra acquiesça d’un signe de tête, esquissa une légère révérence et sortit, le sourire aux lèvres. Comme elle passait son chemin, sans faire attention à Yolann, ce dernier la rattrapa :
« Qu’est ce qu’il t’as dit ?
- Rien de spécial… Ce que tu a vu hier, tu n’aurais jamais dû le voir. Sois gentil, oublie ça !
- Où vas-tu ?
- Je ne sais pas… Je vais me promener !
- Oh… Bon et bien moi… je vais aller rendre visite à de vieux amis… A ce soir ?
- Oui, à ce soir. »

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Arrivés au bout? Ben dites donc... Ca sent la motivation!!!! :)

Bizous
Nihi, :7


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Wokety pokety wokety wok ! Abracabracabranack ! Higitus figitus wigitus woum
Prestidigitorium !
Wooow !
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Sucrier vous êtes bien trop brutal ! Madame théière est déjà assez félée !


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Nihilya

Egérie Révolutionnaire



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Lieu de résidence : Brest

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Le coeur de l'assassin' a été posté le : 06/08/04 20:36
Salut à tous!

Voilà, maintenant que j'ai fini de retravailler... Voici la suite toute nouvelle toute fraiche!!
Bon courage.
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En proie à des idées contradictoires qui l’empêchaient de mettre un ordre sérieux dans son cerveau, Léandra déambulait au hasard dans les rues du quartier de la Guilde. Dans une heure, elle avait rendez-vous à « L’Auberge du Voyageur » pour mettre au point les derniers termes du contrat qui allait la faire tuer l’un des hommes les plus importants de la bourgeoisie d’Alphas. L’incertitude la submergea, et si elle échouait ? Elle serait pendue, haut et court dans l’heure qui suivrait… A moins qu’on ne la torture avant, perspective qui ne l’enchantait guère plus que la pendaison… Peut-être même qu’on la ferait brûler… Elle frissonna, et, comme à son habitude, chassa son moment de faiblesse d’un geste négligé de la main.
Ses pas l’avaient menée aux docks. Le vent venant du large plaquait sa cape contre ses jambes et rendait sa progression difficile, au bout de quelques minutes, elle décida d’aller s’asseoir près d’un hangar, sur un tonneau vide. Ses cheveux humidifiés par les embruns marins lui collaient au visage. D’un geste agacé, elle tenta de les remettre en place. Rien n’y fit… Ainsi installée, elle contempla l’océan. Les brumes de la fin de l’automne planaient sur l’horizon d’un air menaçant, masquant ainsi les quelques lumières des mines de l’île aux Sirènes qui arrivaient parfois jusqu’au port.
Quelques marins faisaient des allers-retours vers des entrepôts en roulant des tonneaux d’alcool ou en transportant des cageots de poissons ou de viande séchée. Rares étaient ceux qui travaillaient encore, en tout cas, sauf folie, ils ne prendraient plus la mer jusqu’au printemps prochain. La mer devenait bien trop dangereuse et rares étaient ceux qui naviguaient encore après la mi-automne mis à part les gros navires marchands qui assuraient le commerce entre l’Est et l’Ouest.
Un marin passa, son crâne chauve ruisselait de sueur, il posa le cageot qu’il était de transporter et s’épongea le front avec un soupir. Les yeux rivés sur la mer, il marmonna quelques mots, n’ayant pu les entendre, Léandra les devina :
« Dieu Tout – Puissant accorde moi encore un peu de force et de foi pour guider mes pas sur les sentiers étroits de cette vie… »
Le marin sorti alors de sa poche un pendentif que Léandra entr’aperçu très rapidement. C’était une paire d’ailes en ivoire surmontée d’une auréole d’or. Il porta le bijou à ses lèvres, le rangea dans sa poche et se remit promptement au travail sans un regard pour Léandra. Elle sourit… Les croyants étaient rares à Alphas, mais en voir aux docks signifiait que l’Eglise gagnait du terrain sur l’ancienne religion… Les Païens, comme on les appelait, étaient convertis ou brûlés vifs. Elle sourit, mais amèrement… Elle n’aimait pas l’Eglise. Léandra ne croyait pas en Dieu, mais en la vie elle-même. L’idée de mettre un visage sur une force naturelle, elle la comprenait… Faire des massacres comme celui des sirènes en invoquant le nom de Dieu, elle ne le comprenait pas. La Déesse que vénéraient les Sorcières était différente en bien des points… C’était une très vieille croyance… L’idée que les hommes étaient un jour nés du ventre d’une femme qui avait mis au monde jusqu’à l’Univers lui-même. La Mère Nourricière n’était autre que la vie tout simplement… Elle était vénérée parce qu’elle donnait la vie, mais elle était également la Mort. Une image séductrice, moitié bonne moitié mauvaise, derrière des formes avantageuses. Mais Léandra ne connaissait pas les méandres de la Légende, elle ne s’y intéressait pas. On vivait, on mourrait… C’était tout…
Le regard de l’Assassin s’était perdu dans le lointain. Des vagues de taille honorable venaient se briser sur les rochers et les pilotis des pontons, lui arrosant le visage et les cheveux d’une multitude d’embruns revigorants. Elle resserra sa cape autour d’elle pour ne pas céder aux légers frissons qui lui parcouraient l’échine. Elle resta ainsi, l’esprit et le regard vides pendant près de trois quarts d’heure avant de revenir à elle et d’aller à son rendez-vous. Elle s’étira longuement comme pour se tirer d’une longue léthargie. En se relevant, elle s’assura de la présence bienfaisante de sa dague dans sa botte. On ne pouvait être sûr de rien… Elle hâta sa démarche, non par crainte, mais par empressement. Bien qu’elle n’aimât pas arriver en avance, il était également inapproprié d’arriver trop en retard. Léandra sortit du port en esquissant un sourire ironique.

L’Assassin arriva à la Taverne avec quelques minutes satisfaisantes de retard. Gwenaëlle était déjà là, tapotant nerveusement de ses fins doigts blancs de bourgeoise sur le bord de la table, un verre d’un vin épais d’une couleur brune peu engageante, déjà à moitié vide, était posé devant elle. Tout dans son maintien respirait la nervosité et la peur, trahissant d’autant plus son milieu d’origine. Léandra rabattit un peu plus sa capuche sur son visage et se dirigea d’un pas lent mais assuré vers la table de la jeune princesse d’Alphas.
Cette dernière sursauta lorsque Léandra prit place sur une chaise en face d’elle. L’assassin la détailla d’un œil critique et méprisant, tachant au mieux de masquer l’amitié qu’elle éprouvait pour la petite bourgeoise à peine pubère et déjà mariée, à une brute qui plus est… A la fin de son examen, Léandra commanda un verre d’absinthe à une serveuse et adressa un regard glacial à Gwenaëlle :
« J’ai l’honneur de vous annoncer que vous puez la peur à des kilomètres à la ronde et qu’il n’est pas bon de ne pas maîtriser ses émotions dans ce genre de quartiers malfamés. » La princesse parut décontenancée par cette entrée en matière pendant une seconde avant d’arriver à se reprendre et de répondre d’un air hautain :
« Ce n’est pas à vous qu’il appartient de me donner des leçons sur la manière dont je dois paraître.
- Mieux… Beaucoup mieux, ajouta l’Assassin avec un sourire narquois, quand aux leçons, il me semble que vous devriez m’écouter si vous voulez survivre ici. Mais si vous préférez n’en faire qu’à votre tête… » Elle s’interrompit en voyant la serveuse revenir. Elle lui déposa quelques pièces de bronze au creux de la main en la remerciant et but une gorgée d’alcool en la regardant s’éloigner. La princesse, prostrée sur sa chaise, semblait décidée à ne pas répondre. Léandra la regarda de nouveau, s’installa plus confortablement sur sa chaise et sourit sous sa capuche toujours baissée :
« Alors, où en sont nos affaires ?
- Et bien mon ma…heu… le Prince, doit prendre part à une grande chasse à cour après demain, toute la journée dans la forêt d’Alphas mais il y sera entouré d’une vingtaine de personnes qui ne le lâcheront pas une seconde. »
Léandra arqua un sourcil intéressé, la forêt lui offrirait un abri satisfaisant pour travailler en toute tranquillité. Elle sentait les différents éléments de son plan qui se mettaient en place dans sa tête, de la même manière que les pièces d’un puzzle. Elle sourit, ce contrat s’avérait être d’une exécution plus simple qu’elle ne l’aurait cru.
Gwenaëlle semblait prête à livrer plus d’informations, Léandra l’y encouragea d’un geste de la main :
« Généralement, le prince à toujours trois cavaliers entre lui et la meute pour le protéger d’éventuelles embuscades. Mais si l’une de ses dernières venait à se présenter du haut des arbres, il n’y a qu’un seul archer, grave erreur à mon sens. » L’Assassin eu du mal à masquer sa surprise, elle ne s’attendait pas à ce que la Princesse puisse donner un quelconque avis tactique tel que celui-ci, ni a ce qu’elle eut autant de renseignements… Elle devait vraiment le haïr pour le trahir ainsi… Léandra se pencha un peu plus en avant, ne pouvant dissimuler son intérêt, Gwenaëlle continua :
« Ensuite, derrière le prince, suivent généralement deux pages, l’un à gauche, l’autre à droite, et trois cavaliers pour sa protection. Là encore, il n’y a qu’un seul archer. Avec la meute, devant, il y a le dresseur et son fils. Ils ne présentent aucun réel obstacle. Les hommes présents à l’arrière seront une dizaine, rien que des membres de la Cour, aucun danger particulier de ce côté. Si vous êtes suffisamment rapide et que le Prince meurt sur le coup, la stupeur sera telle qu’en vous faisant discrète vous allez sûrement réussir à vous enfuir avant même que l’on ait eu le temps de réaliser d’où venait le coup. » Elle s’arrêta pour reprendre son souffle et Léandra faillit rester bouche bée. Elle reposa son dos sur le dossier de sa chaise et croisa les bras sur sa poitrine avec assurance :
« Je vois que vous avez pris la peine de vous renseigner un minimum… C’est bien… Vous me rendez la tâche plus aisée.
- Erreur. Je veille à ce que vous ne puissiez pas manquer à votre devoir et ainsi me causer les pires ennuis qui soient. »
Le changement soudain dans le maintien, plus assuré, et la voix, plus sèche, de Gwenaëlle surprit Léandra. C’était incroyable comme la peur de quelque danger de mort imminente pouvait ainsi amener les gens à changer leur comportement. L’assassin ne put réprimer un sourire satisfait à la vu de ce que devenait la petite princesse, comme elle la nommait en pensée. Avant qu’elle pu rouvrir la bouche, Gwenaëlle avait posé une bourse de cuir souple noire sur la table et s’était remise à parler :
« Voilà un acompte de cent vingt cinq pièces d’or pour que vous puissiez vous procurer tout ce qui vous sera nécessaire. Je veux cet homme mort dans deux jours et pour cela, je donnerais n’importe quel prix. »
Sur ce, elle se leva. Le changement était radical, elle se tenait droite et fière. Elle regarda Léandra et demanda :
« Puis-je tout de même voir le visage de celle qui va tuer mon mari ? »
Léandra esquissa un sourire et répondit :
« Il n’est jamais bon de voir le visage d’un Assassin, car il se peut que ce soit le dernier qu’il vous soit donné de contempler. » L’espace d’un instant Gwenaëlle redevint elle-même et une lueur de peur brilla au fond de ses yeux avant de se reprendre et de ne laisser voir que la froide conspiratrice qu’elle était une seconde auparavant. Sans un mot de plus, elle quitta la Taverne d’un pas assuré. Léandra la suivit du regard, elle avait eu beaucoup de mal à cacher son étonnement devant une si soudaine métamorphose. Puis, elle plongea dans la contemplation de l’alcool qu’il restait au fond de son verre. Elle était presque sûre de réussir, le contrat qu’elle avait pensé être une trop grosse prise de risque s’avérait en fait devenir un véritable jeu d’enfant.
L’Assassin termina son verre en prenant son temps, savourant les gorgées enflammées qui lui descendaient le long de la gorge. Elle prit un autre verre, et sortit.

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ça vous plait quand même un peu?? Oui je sais c'est long... J'vais peut-etre arrêter de pourrir le forum avec mes navets moi quand même...............

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G@rf 76

Tonnelier



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Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Le coeur de l'assassin' a été posté le : 06/08/04 21:31
Citation :
J'vais peut-etre arrêter de pourrir le forum avec mes navets moi quand même...............


Surtout pas ! Quand on commence si bien, manquerait plus que ça s'arrête en plein milieu... ;)

Ah oui, juste un petit conseil : quand tu tapes de très grandes partie, essaye de les diviser en morceaux plus petits... Pour le dernier post, c'était juste la bonne longueur, mais pour les précédents, le mieux aurait été de les diviser en 2 ou 3...
Comme l'a dit Nyxl je ne sait plus trop où dans cette section, si je me souviens bien, en substance : si le texte fait plus de 2 écrans (si tu es obligée de faire défiler plus de 2 fois l'écran complet pour lire un post), c'est trop long....


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C'est la fin de la fin de la fin du début du début du début du début du début du début du début ! Préparez-vous à l'Apocalypse, pauvres et malheureux mortels !

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Nihilya

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   Réponse au Sujet 'Le coeur de l'assassin' a été posté le : 07/08/04 11:26
Salut à tous!

Bon, vous vous en prendrez à G@rf... ;)
ça se corse...
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Le soleil se couchait, baignant la ville d’une douce lueur orangée. Les marchands ambulants remballaient les étals et les lumières à l’intérieur des maisons s’allumaient une à une. Léandra rentrait chez elle à un rythme plus lent qu’à son habitude.
Yolann n’était pas encore rentré. Elle fouilla dans son armoire à poisons sans trouver ce qu’elle cherchait. Résignée, elle se dit qu’elle irait s’en procurer le lendemain. La nuit était relativement avancée et Léandra se sentait irrésistiblement attirée par son lit. Très vite, elle fut couchée et dormait comme une bienheureuse.
Lorsqu’elle se réveilla le lendemain, la matinée était bien entamée. Il devait même être près de midi. Elle s’étira et sursauta malgré elle : Yolann n’était pas là. Il n’était même pas rentré de la nuit, elle l’aurait entendu.

En une seconde elle fut levée. Elle s’habilla de noir. En quelques secondes, Léandra avait envisagé tout ce qui aurait ou se passer, et rien ne lui paraissait plausible. Si il avait été attaqué, elle serait au courant. Un Assassin mort ou même blessé est toujours retrouvé rapidement, le Maître en est informé. Et si Yolann avait été victime d’une agression quelconque, le Maître aurais averti Léandra aussitôt.
Une autre supposition s’imposait à elle… Supposition qu’elle combattait de toutes ses forces mais qui pourtant était la seule valable. Elle sentit son cœur se serrer… Il avait passé la nuit avec une fille de joie, il avait osé… Léandra sentit une vague de colère l’envahir. Ses mains commencèrent à trembler. Elle plissa les yeux dans un effort pour chasser hors d’elle ce sentiment qu’elle ne se connaissait pas… Sans succès. Cette colère… Elle ne l’avait jamais ressentie… Une petite voix cruelle au fin fond de son cerveau lui criait qu’elle avait été trahie… L’Assassin sentait sa raison s’envoler au fur et à mesure qu’elle donnait raison à cette petite voix. La colère s’imposait à elle traîtreusement… Non ! Sa colère était juste ! Yolann l’avait trahie ! Se livrer ainsi était une trahison ! Une faiblesse qu’elle ne lui pardonnerait jamais ! Ce n’était plus seulement ses mains tremblaient, mais son être tout entier. Toute cette haine lui fit monter les larmes aux yeux… Des larmes qui semblèrent lui brûler les joues et laisser ainsi un souvenir impérissable de cet affront. Elle se raidit soudainement, et dans un instant de rage inconsidérée elle lança son poing contre le panneau de bois qui masquait la fenêtre ce qui le fit voler en éclats. Elle poussa alors un cri de rage et de douleur mêlées. Sa main saignait… Elle retira un a un les copeaux de bois fichés dans la plaie, versa un peu de liqueur sur un tissu et l’enroula sur son poing meurtri. Pour masquer la blessure, elle enfila une paire de mitaine en cuir.
Avec des gestes tremblants, elle se coiffa de manière à cacher quelques aiguillons dans sa crinière rousse, attacha son épée à sa ceinture, mit sa dague dans sa botte, enfonça rageusement son poignard dans son petit fourreau de cuir qu’elle accrocha également à sa ceinture, cacha un fin stylet d’argent dans sa manche, passa un corset de cuir sous sa chemise dans la quelle elle cacha également une bourse pleine d’or. Ainsi armée, elle s’enroula dans sa cape, rabattit sa capuche sur ses yeux et sortit en claquant la porte avec la ferme intention de ne pas rentrer le soir, priant également pour que cette journée qui avait si mal commencée ne traîne pas trop en longueur.

Au dehors, elle ne prêta même pas attention au froid saisissant qui lui brûlait les yeux. Elle tentait vainement de reprendre le contrôle d’elle-même, sans succès. La colère qui s’était si soudainement emparée d’elle semblait ancrée au plus profond de son âme, et la petite voix cruelle riait au fond de son cerveau… Mais au moment où Léandra cru devenir folle, tout s’arrêta. Ses membres ne tremblaient plus, son regard n’était plus meurtrier, elle pouvait à nouveau réfléchir normalement, et l’horrible petite voix ne riait plus. Elle posa sa main sur le pommeau de son épée comme pour s’assurer de la présence d’une amie. L’Assassin s’adossa à un mur, essoufflée… Elle se sentait épuisée et avait la sensation de sortir d’une lutte acharnée contre un ennemi particulièrement coriace. Ayant reprit ses esprits, elle dirigea ses pas vers la forge pour se procurer le poison dont elle avait besoin.
En sortant, elle rangea soigneusement une fiole de liquide ambré et une petite boite de fer blanc dans une des poches de sa ceinture.

L’Assassin passa le reste de la journée à méditer son plan d’action dans l’ombre d’une taverne enfumée. Elle fit quelques parties de cartes avec le patron qu’elle connaissait bien, et, au vu des finances de ce dernier, refusa l’argent qu’il voulait parier pour « rester honnête » comme il disait. « Son honnêteté le perdra à ce jeu… » pensa Léandra avec un sourire amusé. Elle mit aussi une bonne partie de son énergie a essayer d’oublier les évènements du matin que lui rappelaient les élancements de son poing. Elle avait été tellement en colère qu’elle était venue presque à en oublier le motif. Lorsqu’il lui revint en mémoire, un frisson glacé lui parcourut le dos, brusque souvenir de son moment de folie.
Quand elle se décida enfin à sortir du refuge de la taverne, le soleil se couchait déjà et une étrange sensation la préoccupait. Elle avait l’impression que la journée était passée à une vitesse anormalement rapide. Les marchands qui rangeaient leurs étalages, eux, semblaient n’avoir rien remarqué, et leurs incessants bavardages emplissaient les rues d’un brouhaha sourd.
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....ouais ça se corse pas de beaucoup, on fait ce qu'on peut hein!!! :D
Au fait, désolée pour les pavés! je ferai attention.....:)

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soron elendil

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Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Le coeur de l'assassin' a été posté le : 07/08/04 21:07
* soron elendil happy
* soron elendil réclamer suite
* soron elendil content que Nihilya ait enfin publiée la suite
* soron elendil espère que Nihilya va continuer à poster suite souvent.


Sans dec', ouais, j'aime !!!!

Juste la même chose que Garf, le "premier" post est bien trop long.
Mais bon, quand on aime, on ne compte pas
(mes contacts msn crient un peu, j'ai oublié de leur répondre pendant mon temps de lecture)

Bref, continue comme ça



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