Ajouter le Forum à vos Favoris
- - - -
Vous êtes ici : Forum Pen Of Chaos > Horreur sur le web > Littérature fantastique - BDs, Mangas, Comics ... > Nouvelles, essais, écrits divers d'entre nous > Débris vivants, simplement humains...
Sujet : 

Dernier Message - Message le plus récent
Ajouter aux favoris - Envoyer ce Sujet par E-Mail - Imprimer ce Sujet
Tidus

Grand Troll du Chaos



-= Chaos Servants =-
Inscription le 28-08-02
Messages : 574



Homme  Age : 39 ans
Lieu de résidence : la louvière

Pourquoi vous regardez ca ?
   Débris vivants, simplement humains... a été posté le : 24/09/03 17:48
Coup de tonnerre, pluie acide…

Vendredi dix-huit heure trente. Du haut de son alcôve, un ange aux traits sévères semble pleurer, le regard pétrifié.
Depuis dix minutes déjà, l’averse trempe ses fringues comme leurs visages inexpressifs. Adossé à un mur suintant, il ne se soucie plus à présent de l’eau qui s’infiltre dans son dos, lui glaçant la peau plus que de coutume. Lui, d’habitude si maniaque, ne sent plus la pluie dégoulinant sur ses baskets depuis les ardoises. Les égouts remplis à ras bord, les eaux stagnent en une flaque où s’abattent les gouttes perdues. Coup de tonnerre...
Les gargouilles vomissent leurs flots de plus belle, en un ricanement inaudible.
Ses mains engourdies tremblent imperceptiblement tandis qu’elles effleurent son corps transi. Légèrement, ses lèvres délicates se crispent, le regret se lit dans ses yeux, d’où le mascara s’écoule sous l’effet de la pluie.
La gorge nouée, il déglutit péniblement : « Tu sais, je… »
- « Non ! »
- « Il n’est jamais trop tard pour… »
- « Arrête ! Ne me rends pas la tâche plus difficile. »

Silence, cris muets…

Dégouttant de ses cheveux d’ébène, la pluie ruisselle jusqu’à son menton, recouvrant son visage d’un masque éthéré. Le déluge lui confère une sorte de beauté sauvage. Ses pupilles rouilles vont et viennent tandis qu’elle le dévisage. Silence…
Plus que jamais, il se sent défaillir. Ses genoux tremblent, le sol se dérobe sous ses pied, sa veste glisse lentement le long des briques, misérable. Au dernier instant, son reste de dignité l’aide à ne pas s’effondrer lamentablement.
L’ange à la face de pierre arbore un sourire malsain, indiscernable.

Regard, ténèbres éblouissantes…

Une dernière fois, leurs regards se croisent, ses yeux se plantent dans les siens. Le doute se lit dans les uns, l’amour aveugle dans les autres… Une goutte, une larme s’écoule sur ses lèvres venant d’esquisser un sourire maladroit. Regard dédaigneux.
Elle tourne les talons, et, sans un mot le quitte.
Au loin, d’étranges croassement retentissent, les corbeaux s’esclaffent. Aucun son n’atteint plus ses oreilles transies.
Prostré, le sourire figé se couvre d’autres larmes. Les poings serrés, la veste glisse pour de bon, couverte de mousse. Il tombe à genoux dans la flaque, plus profonde désormais.
Un filet de bave tremblant lui coulait des lèvres, plus rien n’avait d’importance à ses yeux. Les poings sur le sol dans l’eau poisseuse, son jeans, autrefois bleu, complètement détrempé, il pleure…minable, miséreux, malheureux.

Désolation…

Samedi dix heure et demi. Sifflotant dans sa parka bleu marine, l’homme descendait la rue à toute allure, sa bicyclette entraînée par ses sacoches et son propre poids. Amorçant son virage, il remarqua une forme chétive à sa gauche. Le jeune homme à en juger par son habillement, semblait chercher un objet sur les pavés encore humides à l’instar de ses sapes. Apparemment la cataracte se déversant depuis le toit dans ses cheveux crasseux ne le gênait en rien, il ne bougeait pas.
Un pied au sol, l’homme s’approcha dans l’espoir de le raisonner ; chercher un objet la tête sous l’eau, quelle idée…En se penchant, il posa une main rugueuse sur sa nuque. Il s’arrêta.
Le contact de sa peau bleuie figea le bon samaritain aussi sûrement que le cadavre congelé qu’il repoussa avec un cri d’horreur.
Le corps basculant sur le flan, laissa découvrir un faciès livide, la résignation imprimée dans ses yeux vitreux où nulle âme ne brillait plus.
Des lèvres pourpres ruisselait le vermeil. Désolation…


--------------------
l ortograf c nul


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Smurk

Troll in Oz...



-= Chaos Genitor =-
Inscription le 27-09-02
Messages : 2017



Femme  Age : 43 ans
Lieu de résidence :

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Débris vivants, simplement humains...' a été posté le : 24/09/03 18:02
C'est superbement écrit.
Prenant, passionnant.
Rien à redire, pas un mot de trop dans tout ça, tout est parfait.
Toutes mes félicitations.


:7 :7 :7



      Retour en haut de la page IP Cachée  
JWRK

Chaos Legions



-= Chaos Legions =-
Inscription le 07-08-02
Messages : 2931



Inconnu  Age : ???
Lieu de résidence :

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Débris vivants, simplement humains...' a été posté le : 24/09/03 18:34
C'est beau, on dirait un poème en prose... Vrai, flou, noir, ce texte m'a attiré comme une flamme. Si tu en as d'autres du même genre, n'hésite pas.


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Zien Nith

Dixit Eo



-= Chaos Doomed =-
Inscription le 25-05-02
Messages : 6806



Homme  Age : 114 ans
Lieu de résidence : Dixit Eo

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Débris vivants, simplement humains...' a été posté le : 24/09/03 21:55
Beaucoups de sentiments dans ce récit. J'aime tout autant.

Inconscience, désespoir, déraison, et, comme tu le dis si bien, désolation. Voilà ce qui me vient en tete en lisant. Beauté, bien sur, également.


--------------------
Paris a ça de commun avec les petits villages de la campagne profonde que ce sont les deux seuls endroits où on peut y trouver des individus foncièrement agressifs, stupides, associaux de nature, se croyants intelligents et n'étant pas conscient de la vie qui existe hors de leur commune. (Dixit Eo)
--------------------
Zien Nith, le plus grand des Hasards ! (Dixit Eo)

--------------------
Membre du Fan Club de Yavine03 (Dixit Eo)

--------------------
Serial paranoïaque team, atteint du syndrôme de Pafoitroi. (Dixit Eo)

--------------------
Vis fidei + In actis honor (et vive Gropaf ! (Dixit Eo))

--------------------
Dix-Itéo : La signature. (Dixit Eo)


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Tidus

Grand Troll du Chaos



-= Chaos Servants =-
Inscription le 28-08-02
Messages : 574



Homme  Age : 39 ans
Lieu de résidence : la louvière

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Débris vivants, simplement humains...' a été posté le : 25/09/03 20:34
Merci pour vos encouragements, ils me vont droit au coeur.

En ce qui concerne d'autre nouvelles...j'hésite à vous les donner.
Car comme Smurk l'a dit, pas un mot de trop.

Hors un second texte était déjà écrit bien avant que je ne poste le premier.
J'ai donc décidé de le poster, puisqu'ils sont à mon avis inséparables, au risque de gâcher le premier.


Grondement sourd, grêle lancinante…

Vendredi dix-huit heure trente. Du haut de son alcôve, un ange aux traits sinistres semble pleurer abondamment , le regard pétrifié.
Depuis dix minutes déjà, l’averse trempe ses fringues comme leurs visages ternes, dénués de sentiments. Adossé à un mur suintant, il ne se soucie plus à présent de l’eau qui s’infiltre dans son dos, glaçant sa peau sclérosée plus que de coutume. Lui, d’habitude si maniaque, ne sent plus la pluie dégoulinant sur ses baskets depuis les ardoises moroses. Les égouts remplis à ras bord, vomissent leurs flots en une flaque où s’abattent les gouttes perdues. Grondement sourd…
Les gargouilles éructent leurs eaux vaseuses de plus belle, en un gloussement quasi perceptible.
Ses mains frigorifiées tremblent imperceptiblement tandis qu’elles effleurent son corps transi. Légèrement, ses lèvres perfides se crispent, l’amertume se lit dans ses yeux, d’où le mascara dégouline sous l’effet de la pluie.
D’une voix rugueuse, il déglutit pitoyablement : « Ecoute-moi… »
- « Non ! »
- « Laisse-moi en placer une… »
- « Tais-toi ! Ne me rends pas la tâche plus difficile. »

Silence, hurlements sourds…

Enchâssés dans ses cheveux d’ébène, les grêlons évoquent les étoiles livide d’une galaxie dépérie, usée. Le déluge lui confère un charme venimeux. Ses pupilles rouilles s’affolent tandis qu’il la toise. Silence…
Plus que jamais, il se sent las. Ses genoux tremblent, le monde oscille devant ses yeux cernés, sa veste glisse lentement le long des briques, miséreux. Au dernier instant, son reste d’orgueil l’aide à ne pas s’effondrer lamentablement.
L’ange à la face de pierre découvre légèrement les dents en un sourire malsain, la grêle arrachant quelques fragments de roche.

Regard, ombres aveugles…

Une dernière fois, leurs regards se croisent, les sourcils plissés, ses yeux se plantent dans les siens. L’animosité se lit dans les uns, l’affliction dans les autres… Une goutte, une larme s’écoule le long du visage imberbe mourrant sur ses lèvres immobiles. Regard dégoutté.
Elle tourne les talons, et, sans un mot s’éloigne…une main diaphane s’empare de son frêle poignet.
Ses poings se serrent, sans se retourner, elle tente de se dégager.
Au loin, de tonitruants croassements se répercutent, les corbeaux gloussent. Le froid atténue leur sensibilité, déjà rudement entamée. Les grêlons creusent la pierre bleue des statues sans âge.
Prostrée, sur sa face glabre, un rictus de colère se dessine. Sa main serrée, il se sent glisser pour de bon, d’autres larmes rejoignent la première. La grêle redoublant de puissance lui laboure le visage aussi sûrement que ce regard de glace le transperce. Il tombe à genoux l’entraînant avec lui dans la flaque, plus profonde désormais. Sa main qui avait lâché son étreinte reposait dans l’eau poisseuse. Son jeans , autrefois bleu, complètement détrempé, sa jupe chiffonnée collant à sa peau, elle fulminait.
Elle presse ses lèvres contre les siennes qu’ils s’empressa de retirer. Une douleur cuisante lui brûle la joue, déjà meurtrie par le froid ; elle venait de le gifler.

Attitude typiquement humaine que de rejeter le bonheur à portée, juste par fierté. Il s’apprêtait à palier à son erreur lorsqu’un bruit sourd tonna dans un ciel décoloré. Pour la première fois depuis 750 ans, une gargouille prenait son envol…


Désolation…

Samedi dix heure et demi. Sifflotant dans sa parka bleu marine, l’homme descendait la rue à toute allure, sa bicyclette entraînée par ses sacoches et son propre poids. Amorçant son virage, il remarqua une forme massive sur sa gauche. Les jeunes gens à en juger par leur forme, semblait dormir l’un contre l’autre à l’abri d’un rocher, à même les pavés encore humides. Apparemment l’eau croupie se déversant en trombe depuis le toit dans leurs cheveux crasseux ne gênait en rien leur sommeil macabre, ils ne bougeaient pas.
Un pied au sol, l’homme s’approcha dans l’espoir de les raisonner ; dormir sous l’eau, quelle idée…En se penchant, il posa une main rugueuse sur la nuque de la jeune fille. Il s’arrêta. Ils s’étaient endormi sous une statue monstrueuse.
Le contact de leur peau bleuie figea le bon samaritain aussi sûrement que les cadavres réfrigérés qu’il repoussa avec un cri d’horreur.
Dégagée la sculpture de pierre laissa découvrir leurs faciès moribond, l’apathie gravée dans leurs yeux éteint où nulle âme ne brillait plus. Enlacés pour l’éternité, ils ne formaient plus qu’un corps.
Entre leurs lèvres pourpres ruisselait le vermeil. Désolation…


--------------------
l ortograf c nul


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Zien Nith

Dixit Eo



-= Chaos Doomed =-
Inscription le 25-05-02
Messages : 6806



Homme  Age : 114 ans
Lieu de résidence : Dixit Eo

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Débris vivants, simplement humains...' a été posté le : 25/09/03 20:46
Eh bien..... le premier texte prend un sens nouveau de continuité face au second. J'ai hate de voir la suite, car je suis persuadé qu'il y en aura.

Le jeu des différentes perspectives à partir d'un seul évenement déclencheur m'intéresse vraiment, mais en plus de ça, les émotions sont encore et toujours au rendez vous.

Que demande le peuple?

J'en sais rien, mais toi, tu lui fournis :D


--------------------
Paris a ça de commun avec les petits villages de la campagne profonde que ce sont les deux seuls endroits où on peut y trouver des individus foncièrement agressifs, stupides, associaux de nature, se croyants intelligents et n'étant pas conscient de la vie qui existe hors de leur commune. (Dixit Eo)
--------------------
Zien Nith, le plus grand des Hasards ! (Dixit Eo)

--------------------
Membre du Fan Club de Yavine03 (Dixit Eo)

--------------------
Serial paranoïaque team, atteint du syndrôme de Pafoitroi. (Dixit Eo)

--------------------
Vis fidei + In actis honor (et vive Gropaf ! (Dixit Eo))

--------------------
Dix-Itéo : La signature. (Dixit Eo)


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Tidus

Grand Troll du Chaos



-= Chaos Servants =-
Inscription le 28-08-02
Messages : 574



Homme  Age : 39 ans
Lieu de résidence : la louvière

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Débris vivants, simplement humains...' a été posté le : 21/11/03 01:13
Bon, cette nouvelle n'a pas vraiment de rapport avec la précédente mais pour éviter d'ouvrir 50.000 thread, je vous la livre ici.

Louée soit la vie...

Sous le reflet pourpre de l’astre blafard, voici une part d’éternité que j’ère, fébrile. Le vide sans nom apporte réconfort, se plaît-on à croire, aux âmes égarées bien que jusqu’à présent le disque livide ne m’ait inspiré de sombre pensées torturées, liées à une appréhension sans nom. Ressassant mes incertitudes muettes à l’infini, mon esprit flotte sur l’immensité houleuse d’une plaine dénaturée, dernier refuge des invalides de la conscience avant la Grande Douleur, souffrance sans borne, plus profonde que l’abîme, plus aiguë qu’une vrille fouillant les chairs.

…Les chairs. Odieuse destinée de ceux qui ont faillis dont en ce lieu, même les naïfs imbus d’eux mêmes, subiront le joug sans distinctions aucune lors de l’Attente prochaine, blâme d’une faute muette et fatale…Je ne puis m’y résoudre, mais bien plus encore je ne puis repousser l’échéance cruelle par crainte de voir mon châtiment croître, plus sinistre, plus sadique…Dieu est odieux…

Poursuivis par les ombres d’améthyste, échos de ma peur immodérée, hâté par l’envie d’en finir, je me contraint à affronter la volonté apathique qui gouverne Tout depuis son trône d’indifférence. Les arabesques d’une fumée violacée et nauséabonde m’insupportent au plus haut point, moi, coutumière des effluves délicates, divines. Plus prompt encore à quitter cet endroit pervers, je laisse derrière moi les dernières lueurs glauques.

A travers les couloirs hypnotiques de cette demeure chimérique, enveloppée de vapeurs tantôt d’une blancheur étincelante pour les purs, d’un halo terne et incarnat aux rebus, je m’engage dans les recoins que jamais auparavant mon âme tourmentée aurait osé imaginer, ou pire, contempler comme je le fais en cet instant critique. Tremblant, même si ce terme semble prématuré, pour l’instant, j’aboutis, sclérosé, à la froide porte d’airain, éthérée comparable à une volute de fumée, fragile substance en apparence. Sensée briller de mille feux, la Porte puait la peur mêlée de relents de cadavériques ainsi que sa surface irradiait une lueur verdâtre voire noirâtre aux reflets phosphorescents.

Les illusoires allées nues et vierges de teintes avait répandues l’effroi dans mon esprit singulier, tant bien que le sort terrible destiné à m’annihiler m’apparaissait comme miséricordieux. La haine palpable, quasi physique filtrait entre les battants sévères à l’éclat éteint. L’ubiquité qui me fût accordée depuis des éons m’informe du moindre changement et là, ma terreur atteint son paroxysme, bien que plus tard elle me sembla une caresse comparée à la perfidie dont j’allais être victime : de sa cime, à ses fondations, de la première à la dernière marche, le palais d’horreur blanche, diaphane vire au gris obscur. L’atmosphère respire la mort poisseuse, putride, corrosive. Ca y est…le noir total…

Les ténèbres avoisinantes m’éblouissent, à l’exception de ce rais qui filtre toujours de la Porte létale. Attiré par ce halo de ténèbres, je m’insinue dans le sacro-saint, désormais royaume de jais et d’obsidienne. La pièce aux parois vaporeuses se restreint à quatre malheureuses cloisons et pour la première fois depuis Dieu sait combien de temps, depuis toujours, jamais je ne me sentis si misérable, là encore, mon ignorance était totale. Devant moi, je Le vis. Lui, le Maître, inaccessible, intouchable, Divin… Les mots, les sensations ne sont que pures futilités pour tenter de décrire ses pensées, la haine qui pénétra mon esprit lorsque son Regard transperça mon âme. Un instant, une fraction de seconde, mes craintes, mes appréhensions, mon destin fût confirmé et gravé sur la Grande Pierre…j’avais failli…les atrocités me frapperaient bientôt…

Le temps de courber l’échine devant l’Innommable, le glas de la souffrance tinta, se répandant comme une traînée de poudre en mon être profond. Lorsqu’ après une attente interminable, j’osa lever le regard, stupéfait, je constatais ma cécité totale, tant spirituelle que visuelle. Rien, le vide…non pas le noir, c’eut été un réconfort…non, le vide. Affolé, je tentais de m’encourir à travers les couloirs de la forteresse mais rien à faire, j’étais cloué, immobile, englué dans une espace de pâte immonde, suintante, à l’odeur décrépie…Là, les affres de la démence s’ouvrirent à moi. Le vide s’accentua en ce sens, que je ne perçu même plus le son de mes propres cris, de mes vains appels. Seul, paralysé dans ma surdité et ma cécité, je commençais à me résigner, acceptant la réduction. Mon châtiment eut été bien clément si il s’achevait ainsi. La seule sensation que je pouvais ressentir était cette pâte, cette gélatine informe qui m’embourbait. Elle fût simplement désagréable au début, mais plus le temps passait, et il passait lentement, très lentement…plus cette impression s’accentuait. Une gêne au début, ensuite un picotement…jamais je n’avais éprouvé de picotement ni même de gêne. Ce picotement se fît fourmillement qui à son tour se fît démangeaison…mais qu’est-ce qu’une démangeaison ? Mon trouble prît de l’ampleur et au fur et à mesure du temps qui s’écoulait, implacable je compris ce que je ressentais…la douleur.

La douleur me grappillait, m’irritait, s’acharnait, me torturait, toujours immobile et incapable d’y échapper. Et des mois durant cette douleur crût en moi… Successivement, ma vue revînt…lorsque je parle de vue, je ne puis me résoudre à une quelconque comparaison avec celle que je connu avant ma transformation. Même les contours n’apparaissaient que faiblement, flous et une affreuse teinte rosâtre, à vomir obstruait mon faible champ de vision…Et cette souffrance indicible…Un changement survint encore…j’entendis faiblement au début, une étrange vibration, une mystérieuse percussion, jusqu’à ce moment inconnue. De prime abord, ce fût une bonne chose, une distraction dans cette cellule infecte mais le faible son mua en vacarme sourd qui me frappait, accentuant ma douleur et à cet instant, je sentis les murs visqueux se mettre en branle et remuer, causant par cette occasion de nouveaux supplices. La puanteur ambiante m’insupportait aux limites du possible, la sueur, la vase informe qui me collait répandait une odeur maladive…Quel esprit tordu aurait pu ne serait-ce que concevoir de telles atrocités ? Ce catalyseur de tourment qu’était ma cellule s’agitait de plus en plus, et ce bruit rébarbatif m’exaspérait au moins autant qu’il n’accentuaient mon calvaire.

Sous le reflet rosâtre de l’horreur blême, voici une part d’éternité que je peine…Aujourd’hui, ma prison s’agite. De quel maléfice vais-je être la cible ? Violemment secoués, les murs heurtent d’autres parois. Ballotté, éjecté, écrasé, j’endure mille maux : les relents noirs croissent, le tambourinement routinier s’accroît, l’étaux se resserre…une violente poussée provoque mes hurlements pathétique, le tapage habituel se voit doublé, mes cris, d’autres cris, des pleurs, la pestilence des déjections, les émanations de bile, je brûle, je souffre, Dieu, je souffre…je braille, l’air tourbillonne autour de moi, je suis soulevé, une exhalaison de vomi me fouette le visage, des couleurs ternes m’éblouissent et me vrillent l’esprit…je sombre…



20/11/2003, Monsieur et Madame Delacours ont le plaisir de vous annoncer la naissance de leur petite fille, Camille.


--------------------
l ortograf c nul


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Deliathfe

Battle Mage



-= Chaos Servants =-
Inscription le 09-09-01
Messages : 806



Homme  Age : 42 ans
Lieu de résidence : Brux-Hell

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Débris vivants, simplement humains...' a été posté le : 24/11/03 21:20

Magnifique..


--------------------
Tête dans le fion, esprit vagabond..


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Tidus

Grand Troll du Chaos



-= Chaos Servants =-
Inscription le 28-08-02
Messages : 574



Homme  Age : 39 ans
Lieu de résidence : la louvière

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Débris vivants, simplement humains...' a été posté le : 07/01/04 21:40
Toujours une nouvelle sans rapport avec la précédante. En fait, toutes les nouvelles à venir n'auront pas vraiment des rapports les unes avec les autres :D.

Peu avant l’aube, la porte du bar vacilla sur ces gonds, grinçant comme à l’accoutumée, attirant tous les regards sur lui. A quiconque, il aurait pu paraître banal, avec son imper de cuir serré à la taille, ces cheveux noirs planqués sur son crâne à grand renfort de gel capillaire et ses bras oscillant près de son corps. Mais dès qu’il posa le pied sur le plancher, il y eut comme un soudain silence gêné de la part des habitués, chose rare dans ce quartier mal famé. Il s’avança lentement vers le bar, les semelles compensées de ses bottes résonnant sur le plancher creux. Finalement, il opta pour un tabouret et s’assit en fixant le barman mal à l’aise. Un client éméché se décida à briser le silence :

- Dis donc, tu pourrais être plus poli avec les gens quand tu entres quelque part. Dis bonjour à tout le monde avant qu’il ne t’arrive rien de fâcheux.

L’intéressé ne pipa mot et commanda un jus de fruit d’une voix mélodieuse, sans un regard à l’impétueux qui s’emporta.

- Tu fais le malin ? dit-il en l’agrippant par le col.

Avant qu’il n’ait pu réagir, un poing s’écrasa sur son visage, l’envoyant valser sur un table non loin de là, le nez ensanglanté et l’esprit ailleurs. Une femme attablée à proximité du flipper hurla. Le barman tremblant demanda en balbutiant :

-P…Pourquoi l’avoir blessé ? Il était juste un peu saoul mais il ne vous aurait pas fait de mal.
-Il m’a agressé, je me suis défendu répondit-il de sa voix mélodieuse..
-Mais il était ivre, ce n’est pas loyal.
-Aucunes distinctions.

Et sur ces mots, il but son verre d’une traite et en recommanda un autre, scrutant l’assemblée encore sous le choc. Après quelques minutes, l’infortuné poivrot se réveilla sonné et tituba jusqu’à la porte non sans un regard haineux à l’étranger, toujours impassible. Dans la salle, les conversations avaient repris ainsi que la musique, un air pop des années 80. Des rires fusaient d’une table proche de la porte tandis que les autres clients au bar chuchotaient entre eux, en osant parfois glisser un œil sur le trouble fête.

Il avait terminé son deuxième verre et s’apprêtait à partir lorsqu’une jeune femme aux cheveux bruns vint s’asseoir à côté de lui et recommander un verre de whisky. Il ne parut pas surpris et se rassis. Le demoiselle portait une veste en jeans fourrée sur ces épaules ainsi qu’une jupe fort courte pour la saison. Ces bottes en cuir jusqu’au genoux, ses bas rouges et son regard aguicheur en disait long sur ces intentions. Elle lui fit un clin d’œil, lui caressant la jambes de sa botte et secoua ses cheveux bruns aux mèches rouges carmin. Avec le même air désintéressé, il demande au barman d’oublier le verre, décidé à partir. Sans se renfrogner, la jeune femme lui demanda :

-Tu ne veux donc pas boire un verre avec moi ?
-Je ne bois pas d’alcool.
-Même avec si c’est demandé gentiment souffla-t-elle en posant sa main sur sa cuisse.
-Aucunes distinctions.

Elle fronça les sourcil et souris enfin :

-Je vois bien ton genre, aller amène-toi.

Elle lui prit la main et l’emmena dans la cage d’escalier. Il se laissa mener, trébuchant tant elle le tirait vite vers son but, une porte au fond du couloir. Elle l’ouvrit d’un coup de pied, le posa dans le dos et referma la porte derrière elle. S’assoyant sur l’unique meuble de la pièce, un lit austère, il admira la belle créature en train de se déshabiller sans manières. Elle s’approchait du lit, lui caressa l’entre - jambe et lui dit tout en déboutonnant son pantalon :

-Tu sais, Jason, le type que t’as envoyé au tapis tout à l’heure, tu aurais pu le tuer.
-Il n’aurait pas été le premier.
-Quoi ? Tu as déjà tué un homme souffla-t-elle en reculant.
-Des hommes, des femmes, des enfants…
-Mais, c’est pas possible…T’es un militaire, c’est ça ?
-Si on veut.
-Mais quand même, des femmes et des enfants, tu aurais pu éviter, ce sont des civils non, enfin, c’est comme ça que vous dites chez vous ?
-Aucunes distinctions.
-T’es fêlé toi fît-elle un sourire en coin. Viens là que je te dompte.

Joignant le geste à la parole, elle le chevaucha et finit de lui enlever son caleçon. Durant de longues heures, ils roulèrent sur le lit, revisitant nombre de position du kamasutra et d’autres arts inconnus en orient…

Assise nue sur le bord du lit, elle essaya d’entamer la conversation car même si cet étrange homme qui n’avait pas voulu lui révéler son nom possédait un don certain pour la bagatelle, il demeurait assez médiocre côté dialogue :

-Tu viens d’où comme ça ?
-De loin.
-Tu m’aides pas là, c’est où ça loin ? D’un autre pays.
-Oui.
-Tu ne veux toujours pas me dire ton nom.
-Ce n’est pas nécessaire.
-J’aime tout de même savoir avec qui je couche.
-Désolé.
-Quoi désolé ? Tu ne va pas t’en tirer à si bon compte, je veux savoir ton nom.
-Je dois partir.
-Mais…

Il se leva, ne l’écoutant plus et commença à se rhabiller. Eberluée, elle l’imita sans un mot, sans le quitter du coin de l’œil non plus, ce à quoi, il était maintenant habitué. Quand il eut sanglé se dernière botte, il se leva et se dirigea vers la porte. Il fut coupé dans son élan par la jeune femme venue le persuader de rester. Elle l’agrippa par le bras et déposa un baiser dans son cou. Il se retourna et put lire la stupeur dans ses yeux écarquillés. Il posa ses lèvres sur son front, tourna les talons et se dirigea vers la couloir. Il marqua un temps d’arrêt sur le seuil de la porte pour entendre un bruit sourd derrière lui.

-P…Pourquoi ? parvint à déglutir la voix chevrotante.
-Aucunes distinctions.

Le bruit du plancher craquant sous les bottes ferrées accompagnait les flots de sang qui s’écoulait au rythme des palpitations cardiaques de l’infortunée, un couteau à cran d’arrêt enfoncé dans la poitrine. Comme s’il tentait d’entendre sa vie se déverser par sa plaie, l’étranger s’arrêta une dernière fois sur la première marche de l’escalier, un sourire au coin des lèvres et descendit dans la salle commune d’un pas léger…


Tidus, à votre service.







Dernière mise à jour par : Tidus le 18/01/04 20:05

--------------------
l ortograf c nul


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Deliathfe

Battle Mage



-= Chaos Servants =-
Inscription le 09-09-01
Messages : 806



Homme  Age : 42 ans
Lieu de résidence : Brux-Hell

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Débris vivants, simplement humains...' a été posté le : 11/01/04 18:55

Ici par contre, je suis partagé. Les passages descriptifs passent bien mais les dialogues me paraissent plus fades..

Et il y a certaines faiblesses dans le fond, je trouves.

Le " dis bonjour où je te casse la gueule" me paraît non fondé ainsi que le retour à la normale des gens du caftard..

Le fait aussi que la fille voudrait savoir le nom de l'étranger me paraît louche.. j'aurais pensé qu'elle demandrait de l'argent plutôt..

En détails mineurs : il y a des "ces", "ses" qui sont confondus, quelques fautes d'orthographe (J'en fais aussi mais ce n'est pas une raison pour ne pas le signaler) et le "tu aurais pas le tuer".. :r

Mais l'impression générale est bonne.. :D


--------------------
Tête dans le fion, esprit vagabond..


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Tidus

Grand Troll du Chaos



-= Chaos Servants =-
Inscription le 28-08-02
Messages : 574



Homme  Age : 39 ans
Lieu de résidence : la louvière

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Débris vivants, simplement humains...' a été posté le : 18/01/04 20:04
Bon d'abord, je trouvais que le dis bonjour n'est pas vraiment fondé dans la tête de l'ivrogne puisqu'il cherche juste un pretexte pour chercher la bagarre.

Je reconnais la fadeur des dialogues, je suis incapable de créer des dialogues, je vais avoir du mal à m'améliorer de ce côté là, c'est d'ailleurs ce problème qui m'empeche d'écrire des textes plus longs.

Pour la fille, ne cherche pas plus loin, moi seul sait ce qu'elle pense et disons que la dame n'est ni un prositituée, ni une débauchée, elle est juste paumée sans en avoir l'air, mais c'est impossible à rendre sur un texte si court...

le "tu aurais pas le tuer c'est juste un lapsus, j'ai voulu écrire "tu aurais pu le tuer", je change ça sur la champ.

Merci pour la critique objective, ça aide beaucoup ;).

Tidus, à votre service.


--------------------
l ortograf c nul


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Tidus

Grand Troll du Chaos



-= Chaos Servants =-
Inscription le 28-08-02
Messages : 574



Homme  Age : 39 ans
Lieu de résidence : la louvière

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Débris vivants, simplement humains...' a été posté le : 13/06/04 16:09
Encore une p'tite nouvelle Hadeuball. Si vous avez aimé la nouvelle, ne lisez pas la dernière phrase, c'est, comment dire, très con comme chute, donc pour ceux qui aiment, mieux pas de chute qu'une chute débile :)

Des broussailles s’agitent, remuent…
Il arrive, laissant de larges empreintes espacées dans le sol meuble et humide. Le bruissement nocturne des buissons frémissant, le reflet d’une lune bien pleine et son souffle rauque, haletant. Reniflements…Les branchages craquent sous son brusque passage, les pierres roulent et les graviers s’écrasent. Une goutte s’introduit entre ses lèvres, irrité, il crache, tousse, renifle encore. Un iris affolé se braque sur l’astre pâle, souverain vespéral d’un demi ciel… A bout de souffle, il s’adosse au tronc craquelé d’un arbre tordu.

La sueur constelle son front blême, sa face livide se tort sous l’effort ou une quelconque horreur cachée, née d’un esprit égaré. Une main tremblante glisse ente ses cheveux gras, noirs, délavés et vient ensuite se poser, inanimée, sur sa chemise rosâtre, tachée de boue, griffée, déchirée, lacérée à force de fortement contre la parois de cette grotte où jamais il n’aurait du descendre. Non…C’est n’est pas à cause de cette grotte qu’il est dans cet état. Sa main saccadée effleure à nouveau le carton glacé de la couverture ignoble qu’il tient sous le bras. Ses yeux se révulsent…C’est Lui, ce livre…C’est Sa faute…Sa vilenie l’avait séduit dès que son regard, errant sur les vétustes étagères d’une antique librairie, avait subrepticement glissé sur sa couverture enjôleuse. Ses doigts caressaient alors la reliure aguicheuse et les fioritures esquissées avec savoir qui parsemaient son verso…La fraîcheur nocturne le ramena à ses angoisses…

Un hululement…
Douloureusement sa salive s’écoule le long de son œsophage, ses lèvres pâteuses tentent de murmurer un mot mais défaillent au dernier instant…Il se ressaisit. Courir, il doit courir, rentrer chez lui, oublier…Le feuillage remue, pétrifié, il retient son souffle. Plus aucun son, seul le souffle inquiétant de la brise siffle, menaçant. Les branches basses lui lacèrent le visage, haletant, il avale des insectes nocturnes, les œuvres de soie s’ancrent à la racine de ses cheveux, il tousse de plus en plus. Une lueur…

Une lueur scintille, un lueur d’espoir ou le feu d’un noir tunnel ? Qu’importe, il ne peut demeurer dans la forêt plus longtemps. Son jeans lui gratte horriblement les jambes, il n’ose pas à savoir quelle en est la cause, il faut courir, toujours courir…De malfaisantes racines tentent d’arrêter sa course, exposant leurs extrémités crochues à l’air de la nuit et maintes fois, il manque de s’étaler de tout son long sur la terre repoussante. Tandis que la sueur dégouline de son front, ses poils s’hérissent comme si le souffle cramoisi de la Bête caressait sa nuque de son haleine putride…Enfin la lueur approche et ses pieds foulent un sol gris et rugueux, la civilisation triomphe sur une nature indomptable en dressant fièrement ses troncs de métal illuminés alignés avec une précision diabolique…Mais encore une fois, il n’a pas le temps de jouir de son retour au monde de la raison et traverse le sentier bitumeux sans un hésitation et pris par sa folie, il ne voit évidemment pas les rais de lumière qui approchent.

Un bruit aigu, un crissement, un hurlement de panique et puis l’envol…
Les pneus fument et lui plane…le livre aussi vole, les pages s’agitent au vent et le papier froissé siffle en retombant sur le macadam. Premier choc, ses jambes démantelées passent par dessus tête et celle-ci, heurte le sol du menton, le cou craque et les dents s’incruste dans l’asphalte. Le corps désarticulé, écorché et sanguinolent continue sa course arrachant quelques graviers, tout en laissant derrière lui une traînée macabre…Des lambeaux de vêtements se mêlent à l’écarlate scintillant sous d’artificielles lucioles exhortée par la luminescence de la lune…Des amas rosâtres se joignent au tableau et la ligne ensanglantée semble sourire à la nuit…Le faciès horrifié ayant stoppé sa foule course s’arrête et les yeux vides fixèrent une dernière fois les nuages violets…

Pris de panique, le conducteur n’osa pas mettre un pied en dehors de sa bulle métallique et sans accorder plus de temps à la réflexion, redémarra son moteur…Plutôt que de croiser le visage du malheureux, il fît demi tour et au passage, craqua la reliure d’un livre sans vraiment s’en rendre compte…Les derniers gémissements du moteurs s‘éteignaient lorsque la lune se dévoila, confiant sa douce lumière à la couverture crasseuse…
Entre les astres jaunes pâles, presque ésotériques qui l’enjolivaient et les enluminures hideuses qui étaient peintes ça et là, on distinguait en lettre de sang, parmi les phrases lourdes de sens et d’avertissements, le titre de l’ouvrage…

Lorie, ses amis et 7extra…


--------------------
l ortograf c nul


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Tidus

Grand Troll du Chaos



-= Chaos Servants =-
Inscription le 28-08-02
Messages : 574



Homme  Age : 39 ans
Lieu de résidence : la louvière

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Débris vivants, simplement humains...' a été posté le : 24/06/04 22:26
Des gouttelettes vertes, une fumée bleue...

Les remous liquides dansent dans leur pâleur de jade et mes paupières se lèvent, toisent le plafond de plâtre. Curieux, jamais auparavent, je n'avais remarqué les motifs dorés des moulures, du plus bel effet même si la lampe du salon jure avec ces dernières. Allons, la journée promet d'être radieuse et je n'ai plus depuis longtemps été si jovial. La pièce embaume l'encens de rose agrementé d'une légère touche de violette, aucune odeur n'est plus douce à mes narines et même si mes plantes sont grises, elles n'en sont pas moins chaleureuses. Un feu de bois brûle joyeusement dans l'âtre. En fait, la nuit est tombée sans que je ne m'en aperçoive, moi qui croyait passer une bonne journée, il va falloir me contenter de cette magnifique nuit et des lueurs carnées de sélène. Qu'importe, les flammes respirent l'allégresse et l'air nocturne s'offre à moi. Pieds nus, un frisson parcourt la plante de mes pieds, il faut que je m'habille de ces vêtements chauds et doux. C'est chose faite.

La porte brille toujours du même reflet nacré, quelle belle maison m'a été offerte. Un bruit me sort de ma rêverie: l'hamster. Il s'agite dans sa cage, ses barreaux le protège mais il ne comprend pas, il ne peut pas, il cherche à sortir, quoi de plus légitime. Pourtant, il ne devrait pas, je l'aime. La grille grince, je le tient au creux de ma main, un si petit être, qui dégage une telle chaleur. Je le caresse, il pousse de petits cris de complaisance. Allons, retourne dans ta demeure de paille, il me faut sortir, sur le seuil. Sur le seuil, la nuit est fraîche, en même temps apaisante, sa fraicheur n'agresse pas les membres et mes ongles ambrés pénètrent ma barbe naissante. Un aboiement retentit au loin, toi aussi, tu es roi de cette nuit. Une colline imposante, verdoyante arrête l'écho. Le terril se dresse, sévère, domine le lotissement, ces chaumières d'immigrants qui ont érigé cette montagne de cendre maintenant boisée. Les ronces noirâtres protègent ce sanctuaire ta*******é de feuilles mortes mais il me prend la folie d'en violer les scéllées et d'en abattre les gardiens. Je monte.

La terre, la cendre est chaude et noire. Les fourrés frémissent, les mulots m'observent, attentifs. M'aidant des branches basses et de quelques racines bienvenues, je poursuis mon ascension, je vais être en retard. L'écorce des sapins exhale le safran et les herbes la résine. Les mailles de mon pull accorchent des fleurs barbellées, je n'y prête pas trop attention. Des rais de lumière orangées chassent le gris des buissons, et je continue mon ascension. Me voilà au sommet, et j'assiste à une bataille entre pourpre et doré, le champ de bataille étant un vieux plan de pierre de la région. Comme les ténèbres empourprées faiblissent, elle apparait d'entre les feuilles d'un hêtre, à l'heure convenue. Les rocs brûlé de ses pupilles me fixent et son teint pâle mêlent les couleurs d'un jour naissant. Sa peau de pêche tachée de boue répand l'odeur d'un sol riche et des fleurs bordée de rosée et un vent léger chante entre ses mèches enchevêtrées de pétale, des ronces et de fruits rouges. Ses ongles sont noirs et secs comme j'avance vers ma promise.

Lentement, sa bouche remue, mes oreilles s'extasient d'un chant de nuit, d'une brise et des songes d'animaux endormis. Ses paumes suaves caressent mes joues. Et mes paumes sur mes pomettes, les doigts crispés sur mes sourcils et mon front creusé de rides. Elle sourit et écarte mes mains, baise mon front. Ma peau se retend et une larme naissante s'assèche. J'aime le monde plus que tout mais elle le surpasse. Mes genoux faiblissent mais elle me soutient, me sert contre elle. Les hommes ont beau dire, le bonheur n'est jamais aussi aigu que dans les bras assurés d'une femme, l'abandon total, la sérénité inaltérable. Ses bras èrrent dans mon dos puis ses doigts féeriques touchent délicatement mes poignets fatigués. Là, le sol se dérobe et dans l'étreinte androgyne, je m'envole sous l'oeil attentifs des astres, cessant leurs hostilités le temps d'un rêve.



Faits divers.

Vendredi 25 juin, un jeune homme a trouvé la mort dans l'incendie de son domicile. L'origine du sinistre serait un feu de bois allumé par la victime au centre de son salon. La bouteilles d'absinthe et les restes d'une boite d'anti-dépresseur retrouvés sur les lieux ne laissent aucun doute quant à la théorie du suicide. En effet, suite à son récent divorce, le jeune homme aurait sombré dans une déprime profonde qui d'après ses proches ne pouvait, je cite, "être comblée par aucun substitu". Fait marquant, l'animal de compagnie aurait été étranglé avant le début du sinistre.


--------------------
l ortograf c nul


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Zien Nith

Dixit Eo



-= Chaos Doomed =-
Inscription le 25-05-02
Messages : 6806



Homme  Age : 114 ans
Lieu de résidence : Dixit Eo

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Débris vivants, simplement humains...' a été posté le : 28/06/04 22:53
Bon, déjà, je ne serais pas dutout objectif en critiquant ton oeuvre, parce que je suis resté sur le cul en voyant ta chute, tu sais pourquoi :D:D

Bon, trève de plaisanterie. Il faut savoir une chose avant de lire la suite: je n'ai jamais réussi à suivre des écrits trops descriptifs, qui faisaient trops appels à la mémoire visuelle. Or, bah ton texte, ce n'est que ça. Alors points technique: j'aime la tournure, j'aime la beauté des mots.

Bon, bah sinon, bah oui, c'est dur, pour moi, de suivre le tout, car c'est bien trop descriptif A MES YEUX.

Maintenant, il y a des gens qui savent lire des choses qui sont bien plus descriptives que ça, pire: il y a des gens qui aiment ça :D

Moi, j'ai du mal, mais tu sais pourquoi. Sinon, bah oui, Prosaïquement, c'est bien écrit ! (private.)



--------------------
Paris a ça de commun avec les petits villages de la campagne profonde que ce sont les deux seuls endroits où on peut y trouver des individus foncièrement agressifs, stupides, associaux de nature, se croyants intelligents et n'étant pas conscient de la vie qui existe hors de leur commune. (Dixit Eo)
--------------------
Zien Nith, le plus grand des Hasards ! (Dixit Eo)

--------------------
Membre du Fan Club de Yavine03 (Dixit Eo)

--------------------
Serial paranoïaque team, atteint du syndrôme de Pafoitroi. (Dixit Eo)

--------------------
Vis fidei + In actis honor (et vive Gropaf ! (Dixit Eo))

--------------------
Dix-Itéo : La signature. (Dixit Eo)


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Tidus

Grand Troll du Chaos



-= Chaos Servants =-
Inscription le 28-08-02
Messages : 574



Homme  Age : 39 ans
Lieu de résidence : la louvière

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Débris vivants, simplement humains...' a été posté le : 31/08/04 18:42
Sous la pression de la fausse éthique qui m'accable à travers le regard inquisiteur de Vos fidèles et de leurs intemporelles gargouilles, j’ai eu la désagréable sensation de me sentir acculé et je ne puis pour le salut de ma raison et de mon âme que me résoudre à rédiger ce justificatif à ma vie et à mes actes. En espérant satisfaire Votre soif de jugements et de morale mesquine, mes respects au laquais de l'Eternel.

Ces derniers temps, il m’est venu à l’esprit que ma vie prenait une tournure dérisoire de sorte qu’elle n’eut plus énormément de sens pour le faible indigent que je représente à Vos yeux. Du haut de votre incommensurable sagesse, Vous avez dû Vous rendre compte qu’à l’instar d’une majorité de Vos humbles enfants, l’existence que je mène n’avait rien de particulièrement trépidant : je me lève, je mange, je vais travailler, je rentre, j'embrasse ma femme, les gosses et je retourne dormir ; je me lève, je mange et ainsi de suite…Poussé par l’aigreur ambiante et la torpeur de mes compagnons de misère, il m’est arrivé à plusieurs occasion de me faire horreur à un point tel que j’ai séjourné quelques temps dans la maison de miséricorde que Mon Seigneur a bien voulu inspirer à ses sujets pour les plus faibles, à savoir l’aile psychiatrique de l’hôpital local en l’occurrence. Je me demandais pourquoi j'aspirais à ce quotidien vide de sens, ce genre de choses. Pourquoi, pourquoi?

J’ai alors décidé de chercher en votre sein la vérité puisque ma mère m’avait éduqué sous la férule de Votre dogme et que jamais auparavant les conseils banals soufflé par Vos séides ne m’avaient fait défaut. Longtemps, j’ai baissé la face devant Votre orgueilleuse prestance et Vous ai supplié de m’éclairer de mes suppliques les plus sincères. Jamais dans Votre sourd dédain n’avez daigné jeter le moindre regard sur mes genoux brisés. Désespéré, j’ai donc décidé de m’en remettre à moi-même uniquement. Vous n’imaginez pas à quel point ce fût une expérience traumatisante pour moi qui n’avait connu que Vos jupes. Je me suis alors tourné vers Vos fidèles qui, dans un élan d’altruisme auraient peut-être pu tenter de m’aider mais en vain. Mes questions les ont laissés dans un état d’hébétude passagère avant qu’ils ne coupent cours à mes interrogations, ayant repris leur contenance, de leur « Les voies du Seigneur sont impénétrables ». En bon fidèle que je suis, j’ai évité soigneusement l’aide des athées et des membres d’autres cultes ; si je m’étais détourné de Vos bras, ce n’était sûrement pas pour me jeter dans ceux d’une autre imposture. J’étais donc seul, terriblement seul et ma vie prenait une tournure encore plus dérisoire alors que j’en voyais le bout. Pendant mes années de questionnement, j’ai sombré dans la décadence, la débauche, le crime et le vice. Cependant, à la fin, usé comme peu l’être un cuir que l’on garde toute une vie, j’ai trouvé la réponse à mon pourquoi. J’ai su pourquoi malgré ma perdition, je me suis accroché à mon quotidien, à ma femme et à mes enfants comme une sangsue à la chair de l’infortuné. La réponse en est somme toute stupide en fin de compte. Parce que j'aimais cette vie, j'aimais ma femme et mes enfants.

Finalement, j’ai changé de vie malgré moi, je ne voulais pas qu’elle change mais je n’ai pas su trouver le bonheur qui me crevait les yeux. J’avais peur du changement et c’est ainsi que je l’ai provoqué. Mais je suis heureux malgré mes actes, je n’ai plus besoin de poursuivre mes chimères. Et puis, en quoi regretterais-je mes rêves accomplis ou pas ? Je jouis de mon métro-boulot-dodo et après coup, un seul fait me répugne : la diabolisation de la banalité. Quoi de plus normal pour moi qui ait failli gâcher ma vie à tenter d’être quelqu’un d’autre ? J’ai failli passer ma vie à mourir.

Je ris aussi de ceux qui me pointent de leurs doigts tâchés de crasse et de sueur, ceux qui me crient pécheur parce que je n’ai pas respecté votre morale à deux sous, parce que je n’ai pas refoulé les désirs qui devaient m’être tabous. J’ai commis en mon temps des actes malencontreux que je ne m’efforce ni d’occulter, ni d’oublier puisqu’on grandis de ses erreurs. Oui, j’ai fais pleurer ma mère, je l’ai accablée des pires inquiétudes mais je ne regrette ces faits en aucun cas. Non pas que j’approuve mes actes d’antan, mais plutôt que je prends conscience de mon immaturité à l’époque qui m’aurait empêchée malgré moi de voir les larmes de ma génitrice. J’ai infligé de la douleur mais elle était inévitable, elle était l’apanage d’une jeunesse vécue trop promptement. La faute n’incombe à personne, surtout pas à moi ou elle-même, qu’elle cesse de s’auto flageller, je n’avais pas agis en état de cause et toute l’étendue de sa tendresse maternelle n’aurait pu m’empêcher d’agir de la sorte. J’ai également peiné ******* mais je n’implore en aucun cas son pardon. Ne faite pas de moi un monstre d’inconscience alors que je n’avais en moi que l’envie irrépressible de vivre, de faire des erreurs et de tenter d’être heureux. Cette envie que Vous m’avez insufflé en personne. Oui, je ne l’ai pas aimé comme elle aurait voulu l’être, je l’ai aimé comme mon âme confuse le permettait à l’époque. Je n’ai pas à regretter d’avoir vécu.

Il m’est arrivé d’haïr le genre humain lorsque celui-ci semblait me tourner le dos en riant, lorsque l’évidence m’a éclairé sur le fait que ma présence n’était indispensable à personne et que je devais apprendre à vivre pour moi et pour ce que je chérissais. J’ai recherché mon bonheur, tentant de le concilier avec celui de mes proches. Souvent, j’ai mis les pieds dans l’erreur, plus rarement ma joie a atteint son paroxysme et j’ai cru comprendre que je vivais enfin. J'aurais pu être frappé au cœur à chaque instant, je serais parti l'esprit serein en sachant que j'avais consumé chaque seconde de ma piètre vie. Parce que oui, au yeux de tous, ma vie a pu paraître misérable, minable creuse mais ce fut la mienne. Jamais je ne fus riche, beau ou talentueux. D’autres le furent bien plus que moi et d’autres encore, bien moins. Ma vie fut ce qu’elle fut, comprenez-Vous du haut de Vos voûtes embrumées ?

Oui, j'ai brûlé ma vie par les deux bouts et ai poussé mon corps dans ses derniers retranchements. J’ai fais des erreurs mais l’expérience que j’en ai tiré en valait la chandelle. Je n’ai pas trouvé de sens caché à la vie mais j’en ai donné un à la mienne. Si par ces actes, il me faudrait endurer une quelconque damnation, je creuserais moi-même ma fosse pour l'Averne et me jetterais dans les bras du Malin. Car plutôt endurer une peine éternelle que de vivre dans Votre jardin grisâtre.

Bien à Vous Votre Saleté.


--------------------
l ortograf c nul


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Zien Nith

Dixit Eo



-= Chaos Doomed =-
Inscription le 25-05-02
Messages : 6806



Homme  Age : 114 ans
Lieu de résidence : Dixit Eo

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Débris vivants, simplement humains...' a été posté le : 03/09/04 10:48
Un vocabulaire fouillé, des propos pertinents, accrocheurs, la lecture se fait réellement sans mal et avec plaisir..

Encore une fois, ma critique ne va pas t'aider à évoluer !


--------------------
Paris a ça de commun avec les petits villages de la campagne profonde que ce sont les deux seuls endroits où on peut y trouver des individus foncièrement agressifs, stupides, associaux de nature, se croyants intelligents et n'étant pas conscient de la vie qui existe hors de leur commune. (Dixit Eo)
--------------------
Zien Nith, le plus grand des Hasards ! (Dixit Eo)

--------------------
Membre du Fan Club de Yavine03 (Dixit Eo)

--------------------
Serial paranoïaque team, atteint du syndrôme de Pafoitroi. (Dixit Eo)

--------------------
Vis fidei + In actis honor (et vive Gropaf ! (Dixit Eo))

--------------------
Dix-Itéo : La signature. (Dixit Eo)


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Tidus

Grand Troll du Chaos



-= Chaos Servants =-
Inscription le 28-08-02
Messages : 574



Homme  Age : 39 ans
Lieu de résidence : la louvière

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Débris vivants, simplement humains...' a été posté le : 05/09/04 23:03
Peut-être, mais ça fait vachement plaisir de se savoir lu (et accessoirement apprecié :) )

--------------------
l ortograf c nul


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Ajouter aux favoris - Envoyer ce Sujet par E-Mail - Imprimer ce Sujet
Dernier Message - Message le plus récent
Pages: [ 1 ]

Open Bulletin Board 1.X.X © 2002 Prolix Media Group. Tous droits réservés.
Version française, modules et design par Greggus - enhancement par Frater