Tortionnaire

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La pire des choses a été posté le : 11/08/03 10:13
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Je cours. Je dois courir plus vite encore. Je saute par dessus un toit puis j'oblique vers la droite.
Bon sang !! Ne me lâcheront-ils jamais ?
Je sens presque mon coeur cogner dans ma poitrine, je sens presque mon souffle court me brûler la gorge. Cette envie de vomir qui monte après une course effrènée. Ce besoin d'engouffrer le plus d'air possible, de l'oxygène, de la vie... Boire cet air jusqu'à s'ennivrer de pureté, jusqu'à tomber par terre, vaincu par le plaisir de vivre.
Mais je n'ai pas cette chance. Si je me suis arrêté ce n'est pas par manque de souffle. Ni par fatigue. Je me suis arrêté pour faire le point.
Ca ne sert à rien de courir s'ils doivent me rattraper un jour. D'ailleurs, dans quelques heures, deux tout au plus, le soleil poindra. Et moi je mourais si je n'ai pas trouvé d'abris.
Je vois à vos yeux étincellant que vous avez compris qui je suis. Ce que je suis, puisque les phylosophes nous traitent pire que des choses. Même plus des animaux, à peine un répugnant objet.
Vous avez tous lu, ou vu, un livre, un film, une histoire qui raconte ce que nous sommes, comment nous le sommes devenus.
Mon histoire est somme toute banale. J'étais un artiste. Un peintre ou un chanteur. Un poête ou un acteur. Je ne faisais rien de mes journées et j'occupais mes nuits à poursuivre l'oisiveté et la sensualité.
J'occupais mon temps à le voir mourir, espérant que bientôt, la mort viendrait me prendre. Romantique, je la trouvais mystérieuse et tellement... obsédante.
Je rencontrais Abel un soir de mai. Il faisait encore froid malgré le soleil qui commençait à réchauffer la terre. Il était comme moi, du moins le croyais-je. Il cherchait la mort, il vivait la vie. Et la nuit.
Ne l'avoir jamais rencontré de jour, ne m'inquiétait pas outre mesure. J'étais de ces gens qui trouvait le soleil trop insolent.
Oui, je me doute que mon histoire vous est connue. Elle ressemble à tant d'autres. Je n'étais pas riche. Je n'étais pas pauvre non plus. Mes oeuvres se vendaient bien. Quand je me décidais à les vendre bien sûr.
Un jour, une nuit plutôt, il fit de moi son fils, son frère. J'avais trop bu, je l'appelais de toute mon âme, de tout mon corps. Je le voulais pour amant, pour ami. Je le voulais.
Et pourtant... j'aimais tellement la vie.
Il me croqua comme on croque une pomme. Je n'ai pas hurlé, je n'ai pas crié. Ou bien je ne m'en souviens plus. J'étais anéanti. J'étais mort. J'étais ramené à la vie. J'étais glorifié.
L'Eveil se fit sans heurt. Je savourais ma nouvelle vie. Ma non-mort. Ma non-vie. Je savourais ma nouvelle mort.
Dieu que c'était bon. Abel m'apprit à me nourrir avec parcimonie. Il était vieux. Très vieux. Et pourtant d'apparence juvénile. Il me donna les conseils qu'un père donne à son fils.
Il m'appris la mascarade. Puisque c'était là le but de notre vie. Proliférer sans se faire découvrir. C'était même la condition sine quanum.
Il fallait se cacher pour mieux vivre. Il m'apprit les lois du sang. Il m'apprit la Chasse. Il m'apprit tout ce que j'avais à apprendre. Et j'étais un élève dévoué, fidèle et impatient d'apprendre.
Je devins puissant. Très puissant. De part ma facilité d'adaptation, je pouvais me fondre dans n'importe quel environnement. Mon art, tous mes arts s'amélioraient. Loin de perdre mon génie, je m'en découvrais d'autres, plus profond, plus sombre, plus lumineux aussi.
Je me passionnais pour la religion. Je me passionnais pour le cinéma dès son apparition.
Et un jour... je la vis.
L'amour ne m'avait jamais touché. Abel m'avait fait don de son immortel amour de père, je n'avais jamais éprouvé pour lui qu'un tendre sentiment familial. Je n'aurais pas donné ma vie pour lui. Je l'avais laissé se faire d'autres enfants plus aimant. Mais aucun n'étant aussi doué que moi, toujours il revenait me voir.
Et là... là... elle était là, tout simplement. Dans une robe longue en mousseline mauve. Elle portait des gants blancs et un petit chapeau large. Elle tripotait nerveusement son petit sac assorti.
Elle était d'une rare élégance. Mais j'avais croisé bien des femmes aussi belle qu'elle. D'ailleurs était-elle belle ?
Je m'attardais sur ses yeux. D'un joli vert pailleté d'or. En forme d'amande. Sa bouche était rouge à force d'être mordillé par ses dents blanches. Une petite bouche en forme de coeur.
A l'instant où je me disais qu'elle était jolie, elle leva son bras pour se protéger. Se protéger ? Je n'avais pas remarquer qu'un homme était près d'elle. Il parlait calmement, la voix pourtant pleine de rage.
- Tu ne me quitteras pas ! Et baisse donc ce bras, je ne vais pas te frapper !
Elle baissa le bras et les yeux. J'eu à peine le temps de voir qu'elle pleurait, traçant des sillons noirs sur ses joues. Elle était belle ! Belle à couper le souffle si j'en avais eu un.
Voilà le début de mon histoire. Ca ne vous dit pas pourquoi je suis sur ces toits à courir, pour échapper à une horde d'homme en colère.
Si ça vous intéresse nous pourrions nous retrouver dans un bar. Je vous laisse le choix du bar. Vous n'aurez qu'à le murmurer plus tard. Je saurais vous entendre.
Mais j'entens leurs pas. Je ne tiens pas à mourir maintenant. Ce n'est pas une belle nuit pour mourir.
A tantôt, l'ami. A tantôt... Tu verras que mon histoire est agréable à entendre.
-------------------- Lishtarone A D'Ar Wilgaronmanish
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Réponse au Sujet 'La pire des choses' a été posté le : 12/08/03 15:50
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La nuit est tombée, une fois de plus. A chaque jour succède la nuit. A chaque nuit succède le jour. Un rythme immuable. Enfin normalement. Comme la vie et la mort. Normalement.
J'évite de justesse la jolie brune qui porte les plateaux. Elle me fait un clin d'oeil et s'éloigne rapidement, évitant les mains balladeuses de certains clients. Dans cette foule, elle n'a pas peur. Je jette un regard aux tables alentours, cherchant mon interlocuteur. Il est là. Au fond de la salle, levant un bras hésitant vers moi. Je le comprends.
C'est difficile de croire que je puisse être ce que j'ai prétendu. Et si je le suis, j'en deviens plus dangereux encore. Pauvre ère.
- Je te sers un verre, mon chou ?
- La même chose que d'habitude, Alice, s'il te plait.
- J'ai du mal à te comprendre. Enfin c'est toi qui voit.
Elle s'éloigne à nouveau de moi, emportant son ennivrant parfum que couvre des senteurs capitonnés et lourdes. Pourquoi les femmes s'obstinent-elles à s'asperger de parfums alors que l'odeur même de leur peau est la plus douce des senteurs.
Je m'installe à la table en souriant. Il me semble encore crispé.
- Je ... j'hésitais à venir. Je ne savais pas si vous alliez accepter.
- Je n'avais rien à faire en dehors de vous voir. Je vous en prie, n'ayez pas peur. Je ne suis pas un mons... enfin... je ne suis pas dangereux.
Je tousse pour dissimuler mon trouble. J'allais dire que je n'étais pas un monstre, mais à son regard, j'ai bien compris que si.
Alice pose un verre devant moi. Le liquide est transparent. Elle y a ajouter un glaçon et une ombrelle. Elle me fait un clin d'oeil à nouveau et s'éloigne.
Lorsque enfin je reviens vers mon interlocuteur, je le vois fixer mon verre, comme s'il s'agissait d'une bombe.
- C'est de l'eau minérale. Voulez-vous goûter ?
- Non... Non, non merci. Mais je croyais que les ... que vous buviez... enfin...
Il est gêné. Je le sens. Son sang circule plus vite, son front se couvre presque de sueur. Et nerveusement, il se passe la langue sur les lèvres.
- J'ai déjà diné. Ne vous inquiétez pas. Et non, je peux boire toutes sortes de boissons. Même si l'eau reste ma préférée après... vous voyez.
Curieux. C'est la première fois que je suis si pudique. Enfin je ne veux pas le gêner d'avantage. Il acquiesce et la conversation reprend là où elle avait été interrompue, la veille au soir.
Je lui raconte ma vie. Quand j'étais vivant. Je lui raconte combien il m'eut été agréable de mourir, bien que la mort m'était alors effrayante et romantique.
Il suit mon histoire, visiblement captivé.
La nuit est déjà bien avancé lorsqu'il se lève. Il n'a rien bu de la soirée. Il est las. Juste las, d'avoir écouté des heures durant.
Il tapote mon épaule aimablement et me promet que je trouverai un ami en lui. Mais là, il doit aller se coucher.
Il est parti. Et je suis à nouveau seul. Je pourrais raconter des millions de fois mon histoire, pourvu qu'on ne me laisse pas seul.
- Tu ne l'es jamais totalement, Sam.
- Abel !!
Je saute sur mes pieds et dans ses bras. Il me serre contre lui en riant, tapant mon dos comme l'ami, comme le frère qu'il est. Rapidement, il s'assied.
- Samuel... je suis chargé d'une mission délicate. J'ai voulu t'en parler avant d'agir, puisque tu es concerné.
- Parles, je t'écoute. Qu'as-tu à me dire de si important ?
Je fais un geste vers Alice qui hoche la tête. Deux minutes à peine plus tard, elle pose deux verres emplit d'un liquide sombre devant nous. Puis elle s'éloigne rapidement. S'il est bien une chose qu'elle a compris depuis qu'elle travaille dans ce bar, c'est qu'il ne faut pas rester lorsque les appétits se déchainent.
- Je suis chargé de veiller sur Camille. Voir si elle est un danger pour nous. La transformer, ou la tuer, si besoin.
- Ne t'approches pas de Camille !
Je n'ai pas crié. J'ai parlé calmement, en sirotant mon verre. Pourtant je suis très sérieux. Camille, ma petite perle, mon secret.... mon amour.
-------------------- Lishtarone A D'Ar Wilgaronmanish
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Réponse au Sujet 'La pire des choses' a été posté le : 13/08/03 12:57
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Vous connaissez déjà les circonstances de ma première "rencontre" avec Camille. Elle pleurait, en robe de mousseline mauve, son mari l'agonisant.
Je l'ai haï, lui, tout de suite, autant que je l'ai aimée, elle. J'aurais voulu le tuer, alors que j'ignorais tout. Pourquoi se disputaient-ils ? Pourquoi pleurait-elle ?
Je n'ai même pas cherché à savoir. J'aurais voulu le tuer, c'est tout. Arracher sa gorge et me repaître de son sang. Ou pire... le laisser crever la gorge ouverte, sans même m'en délecter.
Mais à l'instant où j'allais intervenir, je me contrôlai et malgré moi, je restai là, veillant sur elle, veillant sur ma petite merveille.
Je ne doutais plus d'être tombé sur une perle, sur un trésor. Pourtant, ce n'était qu'une humaine de plus.
Contrairement à bien de mes semblables, je n'avais pas l'impression d'être supérieur aux humains. J'avais des qualités mais aussi des défauts. Mes sens exacerbés étaient autant de dons que de malédictions. Cette capacité à être plus fort, à hypnotiser mes victimes... des aides précieuses.
Car comme ma famille, j'avais un gros défaut. Je supportais mal la lumière du soleil. J'avais entendu, comme beaucoup, une légende racontant qu'un vampire s'était donné au soleil et que cet amour nous permettait de sortir le jour. A condition d'être bien nourri.
Cependant, comme bien d'autres, je ne tentais jamais l'expérience. Je ne tenais pas particulièrement à mourir. Du moins pas tout de suite. L'immortalité incertaine qu'on m'avait accordée m'était trop précieuse.
J'aimais ma vie. Ou ma mort. Cette non-vie, cette non-mort. Je l'aimais plus que tout du reste. Jusqu'à tuer s'il fallait pour protéger mon existence.
Je regardai donc Camille, la détaillant, m'imprégnant de chacun de ses gestes, de chacunes de ses odeurs. La gravant dans ma mémoire pour mieux la retrouver.
J'en étais amoureux. Raide dingue amoureux. Au point d'attendre le soleil pour la voir se lever. Au point de me lever avant la nuit pour l'admirer au soleil couchant.
J'en étais à ce point là. Et au même instant, la prudence me fit me retirer. Le soleil allait se lever dans quelques minutes, quelques secondes.
J'abandonnai à regret ma belle humaine, ma perle, mon trésor, sans imaginer une seule seconde que cette décision n'était pas la mienne.
Au fond de moi j'avais décidé que je resterai près d'elle. Au fond de moi, je voulais voir le soleil jouer dans ses cheveux. J'ignorais jusqu'à sa couleur de cheveux, je n'avais retenu que le vert de ses yeux. Ces yeux pailletés d'or. Je n'avais retenu que la blancheur de sa peau, semée de petites taches de rousseur sur le nez et les pommettes. Je n'avais retenu que la merveilleuse odeur sucrée de son corps. J'étais fou.
Et pourtant je m'étais retiré. J'ignorais en cet instant pourquoi. J'étais partie pour mieux la retrouver dès le soir, dès la tombée de la nuit.
Voilà pourquoi je m'élève contre ce que vient de m'annoncer mon père. Il me fixe longuement, ne sachant que me répondre. Je lui ai déjà parlé de Camille. Malgré mon désir de garder ce délicieux secret pour moi, je n'ai jamais pu lui cacher quoi ce soit. Ce lien du sang qui nous lie, nous offre également un lien intense. S'il lui arrivait malheur, je saurais qui. Et comment. Et où.
Nous ne parlons plus. Je le laisse lire dans mon coeur comme il veut. Je suis plongé dans mes souvenirs. Ma vie avec Camille. On dirait presque que nous avons été un couple. Dans un certain sens, c'est presque vrai.
Je passais tellement de temps à veiller sur elle que j'en finis par connaître ses goûts mieux que son crétin de mari.
Elle n'avait que 22 ans. Mariée depuis bientôt 5 ans. Une toute jeune femme qui n'aurait jamais dû connaître quoi que ce soit de la vie. Elle aurait dû rire et s'amuser constamment. Au lieu de cela, elle s'abimait dans ce mariage sans amour. Oh bien sûr, elle avait été sans doute amoureuse. Mais l'amour avait disparu, érodé par le temps et l'agacement. Erodé par la stupidité croissante de l'homme. J'avoue ignorer jusqu'à son nom. Elle ne me l'a jamais dit.
- Qui êtes-vous ?
- Samuel. Je ne vous veux aucun mal.
- Je sais. Ne restez pas là, le soleil ne va pas tarder. Venez, la cave est discrète.
Je n'avais même pas été étonné. Elle savait ce que j'étais. Et pourtant, elle m'avait tendu la main et m'avait mené jusqu'à la cave, me confiant la clé pour ne pas m'inquiéter.
Une perle.
Un trésor. Mon trésor. Mon secret.
*******
Merci à Skaldruhkk pour m'avoir aidé à corriger ce texte. Je suis malheureusement une catastrophe en orthographe malgré mes gros efforts, certaines fautes s'obstinent à se glisser dans mes phrases... vilaines ! Surtout les accords de temps.
Honte à moi. Merci encore Skaldruhkk. Et merci pour tes encouragements.
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Dernière mise à jour par : Lishtarone le 14/08/03 08:35
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Réponse au Sujet 'La pire des choses' a été posté le : 19/08/03 12:43
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Je tourne. Je tourne à toutes vitesses, laissant le ciel m'emporter dans une vague d'émotions, dans un tourbillon de délice. Je tourne et pourtant je reste immobile, les yeux lancés vers le ciel comme une offrande, une dernière offrande.
Le soleil poind déjà à l'horizon. Je sens la nuit se réchauffer doucement et mourir, mourir comme je vais sûrement le faire dans quelques secondes.
Fuis... je t'en pris, Sam, fuis... vite.. Vas te cacher pour mieux te retrouver.
Je me lève, tel la marionnette agité par ses filins transparents. Je me lève et je plonge dans l'eau glacé du fleuve.
Je sens le liquide mortel s'engouffrer dans mes poumons vides depuis si longtemps. Je sens... non j'imagine seulement... la brûlure de l'absence d'air, cet oppressant besoin de respirer, cet avide sensation de plonger alors qu'on voudrait grimper jusqu'au bord de cette eau pour vivre !!!
Je m'enfonce le plus loin possible, glissant dans le gouffre noirâtre de l'eau sale du port. Je m'enfonce loin du soleil meurtrier. Pourquoi n'ai-je pas attendu une minute de plus ?
Cette voix m'a ordonné de fuir et j'ai obéit. Comme si souvent.
Abel n'était pas vraiment en colère. Il m'a juste conseillé de calmer mes ardeurs, de réfléchir. Etais-je sûr que tout était absolument normal ? Mon trésor valait-il que je me mette une Chasse à dos ?
J'aurais jurer que oui ! Par tous les dieux, depuis ceux de l'antiquité jusqu'aux plus modernes, j'aurais put lui sauter à la gorge et lui arracher les yeux et la langue, juste pour avoir osé prétendre qu'elle n'était pas le trésor le plus somptueux de l'univers, juste pour avoir osé annoncer qu'il allait poser les yeux sur elle.
La voir... peut-être la toucher, ou la mordre ! L'idée même m'était odieuse. Je l'aurais tué pour ça !
Sauf que j'en suis incapable.
C'est ton père. Rien d'étonnant. C'est ton ami, ton semblable, ton frère.
Oui. Il est tout ça. Et plus encore. Je m'apperçois soudain que je l'aime. Pas autant que j'aime Camille, mais je l'aime. S'il était en danger, j'irais l'aider.
Etrange sentiment, moi qui n'ai jamais eu plus qu'une douce affection pour lui. Qu'est-ce qu'il m'arrive ?? Deviendrais-je fou ?
Je glisse plus loin encore dans l'eau froide, m'isolant de la vie, m'isolant de la ville qui s'éveille. Je sens encore une présence en moi, une douce présence, rassurante et bienveillante.
Une présence qui me viole pourtant. Je voudrais lui crier de s'en aller. Je voudrais qu'elle reste.
Je voudrais... je ne sais plus ce que je voudrais. Je sens le sommeil m'engourdir lentement, je sombre dans une léthargie habituelle. Je sombre.
Il est dans l'eau. Il a glissé juste avant que le premier rayon meurtrier de lumière ne vienne le toucher. Il a plongé, comme s'il n'était pas maître de ses mouvements. Je n'aime pas cela.
Le prince m'a convoqué il y a quelques semaines, m'annonçant un problème à Salem. Délicieux nom que Salem. Ville de sorcière, ville de vampire. Et de tant d'autres choses encore. C'est à se demander pourquoi les humains s'y rendent encore et osent y vivre. Ils sont ... surprenants. je n'ai pas le même amour que Samuel pour eux. Je suis si vieux que j'ai oublié qu'un jour j'ai put appartenir à leur monde.
Avez-vous deviné qui je suis ? Je m'appelle Abel. Comme le premier fils. Sauf que je ne suis pas lui. Je me targue d'être vieux mais pas à ce point là tout de même. Je suis Abel. Je portais un autre nom avant. Avant quoi ?
J'étais jeune. A peine dix-sept ans. J'étais apprenti chez un forgeron. Comme tant d'enfants de mon age. J'allais bientôt recevoir une distinction. Je ne me souviens plus laquelle. Ma mémoire me fait défaut parfois.
J'allais devenir forgeron à mon tour et quitter les affres de l'apprentissage et de la misère. Mon maître était riche. J'étais son larbin. Je ne l'aimais pas. Et il me le rendait bien.
Je passais mes nuits dans les rues, travaillant comme veilleur pour arrondir les fins de mois, pour aider mes parents qui ne suffisaient plus à nourir leur douzaine d'enfants. Je n'avais jamais pensé qu'il pouvait exister une autre vie que celle-là.
Il m'a mordu brutalement. Comme on vole un baiser, il m'a volé ma vie. Je me suis débattue de toute la force d'un homme de 17 ans. Il m'a maintenu de toute la force d'un vampire de plus de 1000 ans.
Il était l'un des premiers. Il était l'un des plus puissants, mais aussi des moins sages. Il agissait à tord et à travers, laissant ses enfants à l'abandon.
Il n'en faisait pas beaucoup, heureusement, mais de temps en temps, la folie le prenait, comme ce soir-là.
J'étais mort. Du moins, je voulais le croire. Il a glissé quelques gouttes de son sang en moi. Il m'a donné un peu de son fluide vital. Et j'ai bu. Et je me suis ennivré de son parfum, de son goût, jusqu'à devenir fou et me mettre à hurler.
Ca me brûlait. Je croyais mourir tant la douleur me tenait. Ca me déchirait de l'intérieur. je voulais mourir tant la douleur m'insupportait. Et pourtant j'ai survécu. Mieux que ça. J'ai atteint un degré supérieur de la vie. J'étais plus que vivant.
Je le cherchais quelques jours, voulant comprendre ce qu'il avait fait de moi. Je passais mes jours à dormir, caché au fond d'une cave. Je passais mes nuits à sa recherche, ne comprenant pas que la faim qui me tirraillait était inassouvissable avec la nourriture habituelle que pourtant je dévorais.
Je voulais du vin, je pillais une auberge. Je voulais des pommes, je ravageais un verger. J'étais fou. Et ça ne se serait pas arranger si Thelonius ne s'était avancé vers moi, me prenant sous son aile.
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Réponse au Sujet 'La pire des choses' a été posté le : 25/08/03 07:57
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Il était l'un des premiers, comme mon "père". Il faisait alors partie d'un groupe organisé qui mettait en place ce qu'on appelle aujourd'hui, la Mascarade. Un joli mot pour parler d'un simulacre de vie normale.
Nous ne sommes pas des monstres. Pas ceux qu'on décrit si souvent en littérature en tous cas. Oh bien sûr, comme tout le monde, nous avons nos brebis galeuses. Mais comme toutes sociétés "civilisées" nous avons également un système judiciaire. Il s'appelle la Chasse.
Une chasse mortelle et implacable qui conduit notre gibier à la mort la plus atroce qui soit. C'est assez dissuadant pour que la plupart de nos déviants fassent leur possible pour ne pas dévier.
Car de la Mascarade dépend notre vie. Si la plupart des humains venaient à apprendre notre existence, ils nous chasseraient aussi implacablement que nous. Bien qu'étant doté par nature d'une résistance et d'une force supérieures, nous succomberions bientôt... malheureusement.
En près de 1500 ans d'existence, je crois que j'ai put apprécier ma vie.
Mais revenons à Thelonius. Il était romain. Un romain de la grande Antiquité. Un grand romain. Avait-il été général ? Ou gladiateur peut-être ? Je l'ignore. Il était sans doute un excellent combattant mais plus encore, il était sage. D'une sagesse incomparable et d'une douceur extrème.
Je l'aimais sur le champ. Oh, pas d'un amour vulgaire et entâché par le sexe et la luxure qui va avec, mais bien de cet amour qu'on dit pur et divin. Je l'aimais comme Roméo aima Juliette. Je l'aimais comme un fils idôlatre son père. Et immédiatement, je buvais ses paroles et me noyait dans ses conseils. Il m'aida à faire le tri dans mes désirs, dans mes idées.
Je me croyais fou, il me montra que non. J'étais ivre, il me déssaoula. J'étais fougueux, il me calma. J'étais tempête, il me fit brise du soir.
Avec lui, j'appris à me nourrir. Mon premier gibier faillit y laisser la vie tant j'avais besoin de sang !! Je m'apprêtais à le vider entièrement mais avant même que j'eusse bu la moitié de ce délicieux élixir, Thélonius m'arrêta, arrachant mon "dîner" des mains pour le confier aux soins d'un moine qui l'accompagnait.
Avide, je me jetais sur l'homme et plantait mes dents dans sa gorge. Il ne cria même pas.
Je n'avais pas pris deux gorgés que Thélonius m'ordonnait d'une voix forte et impérieuse de lâcher son homme de confiance. Je lui obéissais sans même penser que je le ferais. C'était comme si mon corps ne m'appartenait plus. Le moine passa un linge humide sur sa blessure et me jeta un regard méprisant.
- Vous n'êtes qu'un animal !
Je l'aurais tué pour ces mots ! Et pourtant je n'en fis rien. Je restais au pied de mon maître comme le chien que j'étais. Lorsqu'enfin sa prise mentale s'écarta de moi, je me tournais furieux vers lui. Mais son calme m'apaisa doucement.
- Pourquoi... enfin... que m'avez-vous fait ?
- Rien que tu ne pourras faire, pourvu que tu apprennes à te dompter. Si nous voulons survivre à ce monde, nous devons nous trouver des alliés chez les humains. Comprends-tu cela ?
J'avais la tête qui tournait. Ainsi je n'étais pas humain ? Je n'étais PLUS humain... l'idée même m'arracha un gémissement alors qu'une vague de nausée brûlante me submergeait. Pour la première et dernière fois de ma vie de vampire, je me penchais en avant et vomissait tout ce que j'avais ingéré.
- Tututututu... ça c'est rigoureusement du gachis !!
Sur le sol, le sang que je venais de vomir était déjà coagulé. En le regardant, j'eus à nouveau un haut le coeur qui ne s'acheva pas.
Mon père spirituel me prit par le cou et m'entraîna dehors.
- Demain tu prendras un autre repas. Plus léger. Il va falloir apprendre à manger léger. Tu verras que la vie est plus agréable. Lorsque la sensation de faim se fait sentir, légère et non sourde et obsédante, elle te permet de décupler tes facultés. Tu verras, petit, la vie est belle quand on sait l'apprécier à sa juste valeur.
C'était il y a si longtemps. Mon maître, mon père... je l'aimais tellement. Au jour d'aujourd'hui, il est mort. Ce fut une perte tragique pour la Mascarade dont il était l'acteur le plus fervent. Sa mort vaudrait un livre à lui tout seul. Je pourrais vous le raconter une autre fois.
Revenons, si vous le voulez bien, à mon fils, à mon Samuel. Celui-là même qui a plongé dans les eaux troubles du fleuve. Je sais d'expérience que l'eau sombre le protégera des rayons du soleil. Il n'a presque pas mangé ces deux dernières semaines, à part le verre que nous avons pris ensemble.
Je le sais parce que ça fait bientôt trois semaines que je veille sur lui. Et je sais ce qui est responsable de cet état de manque inquiétant. Je sais que c'est elle.
J'ignore encore comment elle s'y prend, mais visiblement, malgré sa nature résolument humaine (j'ai vérifié), elle possède un ascendant incroyable sur mon fils. Un ascendant qui peut se faire même à distance, puisqu'à cette heure, elle est encore chez elle.
Je réprime un frisson en sentant venir l'idée... Si j'osais... oui j'ose. Il se pourrait que nous ayons affaire à une sorcière.
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Dernière mise à jour par : Lishtarone le 25/08/03 08:01
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Réponse au Sujet 'La pire des choses' a été posté le : 26/08/03 14:22
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Le jour passe lentement, très lentement, trop lentement. Il m'arrive d'avoir envie d'hurler quand les heures se font lentes et me narguent.
Et bien entendu, le soleil est brillant et en pleine forme. A l'inverse de mon corps qui doucement se détériore. Douce utopie que de croire que plus un vampire est vieux, plus il est résistant. Le soleil est et sera toujours une arme mortelle.
D'autant plus que je commence à ressentir la faim. Ca s'annonce mal. Il est bientôt 15h et elle n'est toujours pas sortie de chez elle. Mais que fait-elle ? Les humains de nos jours sont terriblement bizarres. Je ne les comprends plus.
C'est bien pour ça que Samuel sera toujours plus puissant que moi. Il sait s'adapter. Moi... je reste bloqué sur mon cher passé, sur Thelonius. Pourquoi ne suis-je pas mort en même temps que lui ?
Il m'avait ordonné de fuir... et lâchement, j'ai obéit. lâchement, je l'ai laissé se faire prendre, se faire tuer...
Aller, aller, j'avais dit que je vous raconterai cette histoire un autre jour. Une autre fois. Pour l'instant, il faut que je me concentre pour échapper à la mortelle brûlure de l'astre du jour.
Jour... Mot haït. Mot détestable au possible. Je ne comprends pas comment on peut seulement lui accorder une once de sentiment. Non ! J'ai tort, je le reconnais. Le soleil donne un merveilleux goût sucré à la peau. Il me fait mal et me fait pourtant du bien, réchauffant mon corps transit par la mort et la faim.
Je m'enfonce un peu plus sous le porche qui m'abrite. Heureusement, c'est l'hiver. Mon gros manteau n'attire pas l'attention des vivants. Ils passent devant moi sans même m'accorder un seul regard. Je ne suis rien pour eux. Rien qu'un clochard de plus dans cette ville puante et indifférente. Je me souviens en avoir chassé il y a quelques années, alors qu'ils devenaient légion et un danger pour nous. Du moins c'était ce que nous croyions au vu de leur proliférance.
Puis ça a changé. Ils étaient pire que nous. Ils n'avaient rien à manger, rien pour s'abriter, tandis que nous roulions sur l'or. De l'or qui ne nous servait à rien puisqu'ils nous fournissaient la nourriture dont nous avions besoin. Puisque les cimetières étaient nos lieux de repos et que la Mascarade fournissait le reste.
Ce jour où ... hmmm comment s'appellait-il déjà ? Oh ma mémoire me fait défaut, une fois de plus. C'était un jeune vampire. A peine quelques années. Un enfant, un bébé encore et pourtant si sage et pleins d'idées. Il avait été une erreur, si je ne m'abuse, un accident comme il en arrive de temps en temps.
Il avait crié à l'injustice, réclamant le droit de vivre, et le droit de justice sur celui qui l'en avait spolié. Et le conseil avait accepté d'accéder à une de ses requêtes.
Dieu ! Tu as des brebis parmi les pires loups qui soient. Antoine !!! Voilà son nom. Samuel et lui sont amis, je devrais m'en souvenir plus facilement... Fichue mémoire !
Antoine donc, avait suggéré que les SDF, les clochards, les rebus de la société humaine deviennent nos aides. En l'échange d'un toit, d'argent et d'une protection nocture renforcée, ils nous aideraient le jour. L'idée m'avait semblé totalement farfelues à l'époque. Ne m'étais-je pas décrié de cette solution étrange ?
Diable ! La voilà qui sort enfin !! Je vous raconterai la suite plus tard, je dois la suivre, voir si mes spéculations sont les bonnes.
Elle porte un tailleur discret. Gris chiné, talons moyens, chignons serrés et ses petites lunettes qui la font passer pour une institutrice. Elle est légèrement maquillée. A vrai dire, Samuel n'a pas tord quand il dit qu'elle est jolie. Il émane un charme certain de sa silhouette, de sa démarche.
Elle se retourne ! Est-ce vers moi ?? M'aurait-elle vu ? Si c'est le cas, je devrais la tuer, car sans nul doute, c'est là la preuve de sa nature magique.
Non... je me suis trompé. Elle s'est retournée par crainte sans doute. Je le vois dans ses yeux. Une mèche de cheveux s'échappe de son chignon et elle accélère doucement. Il me semble percevoir un sanglot. Pleurerait-elle ?
Un hurlement éclate derrière moi. Malgré ma bonne résolution, je me retourne. Ca vient de chez elle ! Je me glisse à nouveau dans sa direction, juste à temps pour la voir s'engouffrer dans une rue perpendiculaire en courant. Le temps que je rejoigne le coin de la rue, elle aura disparue. Inutile que je perde du temps à la suivre.
Tranquillement, je m'approche donc.
Une femme visiblement affolée fait de grands gestes en hurlant. Un homme est près d'elle et tente de la calmer. Moins de trois minutes plus tard, une sirène éclate dans le lointain. Je profite de la diversion qui arrive pour m'éclipser. J'ai vu tout ce qu'il y avait à voir.
Sur le sol de l'entrée de l'immeuble, une tache de sang s'étire, cherchant visiblement à toucher tous les murs qui l'entourent. L'homme, car c'est un homme, n'est plus vivant. Oh bien sûr, son coeur battait encore quand le téléphone a alerté les pompiers, mais le temps qu'ils arrivent, il sera mort. Je le sais. Je le sens.
De toutes façons, ce n'est déjà plus qu'un corps sans âme, sans esprit, sans pensée. Ce n'est plus qu'une enveloppe vide. Il n'y a aucune trace visible. Aucune blessure apparente. D'où vient ce sang ? De sa bouche, de son nez, de ses oreilles.
Si cela était possible, je dirais qu'il a implosé. Mais ce n'est pas possible, n'est-ce pas ?
Je croise un ambulancier qui ne me jette même pas un regard. Le policier qui l'accompagne, m'arrête un instant.
- Vous venez de là-bas ?
- Vaguement. J'ai cru comprendre qu'un accident avait eu lieu. Je ne suis pas resté. Je n'aime pas voir le sang couler.
Le policier hoche la tête et me lâche doucement le bras dans un demi-sourire. Il ne sait déjà plus qu'il m'a croisé. Il poursuit son chemin et reprend ses esprits alors qu'il entre dans la foule.
- Allons, allons, poussez-vous messieurs-dames. Je vais prendre vos témoignages. Merci de préparer vos papiers d'identités.
Je vois déjà trois gamins qui tentent de s'esquiver. Un collègue les rattrappe et les ramène. C'est merveilleux de voir la police en action.
Enfin bon. Ne traînons pas. Mes pouvoirs ne marchent pas très longtemps en pleine journée. Je vais aller voir le prince et lui rapporter ce que j'ai vu.
Si elle est sorcière, c'est l'une des plus puissantes que j'ai vu... j'en frissonne d'effroi malgré moi.
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Réponse au Sujet 'La pire des choses' a été posté le : 28/08/03 07:58
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La nuit est retombée, nimbant la ville de son voile sombre, invitant les rebelles, les désaxés, les déviants à sortir de leur trou, à se fondre dans la foule hétéroclite qui se mouve hors des bâtiments, qui envahit la rue.
Chuuut, calmes-toi, Samuel. Ca ne sert à rien de t'affoler.
Je lâche un rire. C'est elle qui me dit ça ? Elle, dont j'ai entendu le hurlement d'effroi silencieux qu'elle a poussé tout à l'heure, alors que je gisais sur les fonds sableux du fleuve. Je suis resté un long moment à voguer au gré des flots, laissant mon corps, vidé de toutes eaux, flotter sur les vaguelettes du fleuve qui s'échappe vers la mer. Je n'allais pas aller jusque là tout de même et au détour d'un pont, j'ai rejoint la rive, évitant ainsi d'être repéré par une âme charitable qui aurait appelé les secours.
Y'en a j'vous jure !
Je reprends pied sur la rive et j'essore mes cheveux comme je peux. Je regretterais presque de ne plus les avoir longs. Enfin bon c'est une décision à prendre en fait. Il suffirait que je le désire pour qu'en une journée de sommeil, ils atteignent la longueur voulue.
Pfff je vais finir par vous perdre avec mes détails techniques. Bon où suis-je ? Ah oui, je reconnais la rue qui longe les quais. Je ne devrais pas être très loin de l'hôtel...
J'ai peur... dépêches-toi... je t'en prie.
Oui oui, j'arrive. Curieuse petite femme. Elle semblait si forte avant. J'avoue apprécier cette soudaine faiblesse. Mais dépéchons-nous. S'il lui arrive malheur, je ne me le pardonnerai jamais.
Le clocher d'une église quelconque sonne 23 heures. Ai-je donc passé tant de temps à voguer depuis mon réveil ? Je peste intérieurement contre ma paresse. Si j'avais fait plus vite, je serais déjà près d'elle.
Mu par un instinct qui n'est pas le mien, je pénêtre dans l'église. Dieu... j'aime le calme de tes églises. Cette sensation d'entrée dans un monde parfait. Oh bien sûr, tes "saintes" écritures sont bourrés d'erreur mais elles te rendent d'autant plus proche de nous.
- Samuel... Samuel ? Je suis là !
J'approche de cette voix murmurante doucement et soudain, elle se jette dans mes bras. Délicieuse sensation. Je serre son corps tremblant contre moi, glissant par terre entre les bancs de bois qui fleurent bon la cire d'abeille.
Je caresse ses cheveux, puis son visage alors qu'elle s'écarte à peine de moi.
- Là, là... je suis là, du calme ma douce.
- Mon ... mon mari est mort.
Dit-elle tout à tract. Je la fixe, interlocqué. A t-elle dit ce que je crois avoir entendu ? Non j'ai rêvé. Cette pourriture ne peut être mort. Ce serait trop beau.
- Qui l'a tué ?
- Me croiras-tu si je te dis que je n'en sais rien ?
Elle fond en larmes et je la reprends contre moi. Instinctivement, je sonde son esprit, cherchant des brides de réponses. C'est ridicule, elle ne peut pas savoir qui l'a tué bien sûr. Pourquoi ai-je seulement posé la question ?
Parce que je te l'ai suggéré.
Je sursaute presque.
- Abel ? Tu es là ?
- Oui.
Phrase sobre, dénuée de toutes fioritures. Voilà bien mon père. Je lui souris sans me rendre compte que dans mes bras, Camille s'est figée. Abel s'accroupit près de nous. Il est habillé impécablement. Si je ne m'abuse, il porte un costume signé d'un grand couturier. Armani, non ?
- Non, Galiano. Mais il imitait le style Armani, tu as un grand sens de l'esthétique, mon fils.
C'est moi où il appuie sur le mot fils ? Il fixe Camillet à nouveau je sens la colère s'emparer de moi. Je la combats de toutes mes forces. C'est mon père bordel ! Je ne vais pas l'attaquer juste parce qu'il regarde mon petit trésor.
- Camille... je ne suis pas votre ennemi. Je suis juste l'ami de Samuel, vous comprenez ? Et je voudrais savoir ce qu'il se passe.
Ma colère me quitte intantanément et Camille s'écarte légèrement de moi pour se tourner vers Abel.
- Oui, je comprends. J'ai très peur, monsieur Abel. Très, très peur. Je vous assure, contrairement à ce que vous semblez penser que je n'ai pas tué mon époux.
- J'aimerai bien vous croire, dame. Mais le fait est que je vous ai vu quitter votre demeure où gisait l'homme.
Je fixe Camille, à présent horrifié. Elle aurait fuit ? Elle secoue la tête et me regarde un court instant.
Non, elle n'a pas fuit. Elle s'est mise à l'abri, soigneusement. Et je suis là pour la protéger.
Abel secoue la tête d'un air nâvré.
- Ce n'est pas bien ce que vous faites, Camille. Je dois en référer au prince.
Elle fronce ses petits sourcils châtains d'une charmante manière. D'un doigt j'en suis la courbure, souriant bètement. Bon sang, je suis fou d'elle !
Elle penche la tête, se dégageant de mon doigt.
- Le prince est le chef supprème de la Mascarade, lui expliques-je en réponse à sa question muette.
Abel me fixe horrifié à son tour. Je n'ai même pas pris conscience que j'avais trahit le pire secret qui soit. A l'instant où j'entends sa voix me fustiger, je sens comme un étaux se resserrer autour de ma volonté. Bon sang... je ne m'appartiens plus et pour la première fois depuis des mois, j'en prends conscience.
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Réponse au Sujet 'La pire des choses' a été posté le : 01/09/03 08:19
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Samuel... mon fils, mon ami, mon frère... le seul être que j'aime de toute mon âme, s'il m'en reste une.
Je n'aurais jamais cru devoir fuir devant lui un jour.
- Fuis Abel, fuis !!
Il n'a pas crié, il n'a pas hurlé. C'est presque un chuchotement. Il lui coûte de me dire cela. Et pourtant je l'ai entendu. Et pourtant je lui obéis, non pas machinalement, mais bien parce que j'ai conscience que c'est le désespoir qui le fait parler.
Je recule lentement, dardant mes yeux enflammés par la rage sur la sorcière. Elle soutient mon regard sans ciller, une lueure d'excuse me semble t-il au fond des yeux. Non... je rêve, bien sûr. Jamais elle ne saurait s'excuser.
A peine ai-je fait trois pas en arrière que mon Samuel me saute à la gorge. D'un coup, je lui frappe la pomme d'Adam. La douleur est instantanée, je le sais et ça suffit pour que je m'échappe de l'église.
Maudite sorcière !!!
Je ne perds pas de temps. Il me faut avertir mon Prince de ce qui se passe en Salem. J'en ai des sueurs froides. Depuis toujours les vampires et les sorcières se sont tour à tour aimés et haïs. Nous sommes deux engeances hors natures. A l'époque de la grande chasse aux sorcières, dont Salem est le berceau, nous avions pris sur nous de protéger ces femmes, qui pour la plupart, n'était que de simples guérisseuses. Je me souviens très bien du jour où l'une d'elle a basculé dans l'art noir, vers la quête des ombres. Oh oui je m'en souviens bien.
Elle s'appelait Abigail. Une jeune femme rousse, adorable. Mère de deux enfants me semble t-il. Elle connaissait les plantes qui permettaient de guérir les petits maux. Thélonius et moi, jouions la mascarade dans ce modeste village. Un simple forgeron et son apprenti. Le plus amusant était que j'étais le seul à connaître l'art de la ferronerie. Bref... nous étions respectés, même si nous avions cette étrange lubie de ne travailler que de nuit. Nos rares sorties diurnes se faisaient sous les orages d'hivers, mettant ainsi fin aux rumeurs les plus folles.
Abigail était de celle qui n'avait pas peur des ombres. Son époux avait été tué par les écossais au cours d'une des dernières guerrilla officieuse.
C'était à mon avis, une femme parfaite. Elle avait du caractère et n'avait pas sombré dans la mélancolie qui enveloppe les veuves tragiques. Elle avait repris en main sa petite ferme et ses travaux permettaient à sa famille de vivre décemment. Elle cousait les vêtements de ses fils, elle jardinait un peu.
Et elle était encore belle. Si belle d'ailleurs qu'un pasteur s'inclina pour elle. Un pasteur nouvellement arrivé. Un bel homme, ma foi, pour ce que je peux en juger. Et voilà...
Bon sang mais qu'est-ce que je fabrique ??? Je n'ai pas le temps de vous raconter ce genre d'histoire !!!
Je cours, j'évite les rares passants à cette heure avancée de la nuit. Je dois faire vite. La vie de mon fils, de mon sang est en jeu. Car lorsqu'elle sera lassée de lui, je ne doute pas qu'elle le tuera. Tout simplement. Et il sera bien incapable de lui résister.
Remarquez... au rythme des confidences qu'il lui lâche, elle serait bien en peine de ne pas lui infliger une Chasse sur le dos. Il suffirait qu'il s'attaque au Prince par exemple. M'attaquer ne suffira pas, car je ne saurais le dénoncer. Mais un autre vampire... le Prince même... ça signerait son arrêt de mort.
J'en ai des frissons d'horreur. Camille... Camille... pourquoi es-tu là ? Pourquoi fais-tu cela ?
J'ai regardé mon père s'échapper. J'ai réussit à sauter la gorge bien offerte, espérant que ses mains seraient plus promptes que les miennes et qu'il m'aurait égorgé avant que je n'arrive sur lui. Il a choisit une solution moindre. Merveilleux père. j'en ai les larmes aux yeux.
- Je suis désolée, Samuel... je n'ai pas le choix.
J'hoche la tête sans répondre. Je ne sais pas ce qu'il m'arrive, mais je n'aime pas cela. Ma Camille ne saurait être responsable de mon état, n'est-ce pas ? Mon trésor, mon petit secret si fragile.
Je la serre contre moi. Elle s'accroche, comme désespérée. Pour l'instant, ma priorité, c'est elle. Je dois la mettre à l'abri des autres vampires. je ne doute pas qu'Abel soit allé directement voir le Prince pour lui rapporter les faits.
Envouté, certes, mais pas stupide.
Je prends ma petite sorcière contre moi et je sors de l'église. je la tiens fermement et elle s'accroche. je la sens soulagée d'être avec moi. D'être sous ma protection. L'étaux qui m'enserrait le crâne s'est défait peu après son départ. Je n'ai remercier personne. Doit-on remercie un maître de libérer son esclave ? L'idée même me révolte, mais je l'aime si fort que peu importe la façon dont elle me tient, je serais toujours à elle.
Même si ça doit me mener jusqu'à la Chasse.
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Réponse au Sujet 'La pire des choses' a été posté le : 03/09/03 08:35
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Je fixe longuement l'homme et son "épouse". Depuis mon arrivée, elle n'a cessé d'imposer caprice sur caprice. Et là, à cet instant, outre mon désir grandissant de l'égorger pour avoir enfin la paix, elle s'évertue à convaincre son compagnon du bien fondé de son désir de me voir déguerpir au plus vite.
- Je ne saurais tolérer un tel animal sous mon toit !! Je te somme de faire quelque chose et tout de suite.
Elle tape du pied sur la moquette hors de prix. Joli pied d'ailleurs, gainé dans une chaussure fine en peau sans doute hors de prix elle aussi. Révoltant. Je m'agace. Je tapote du bout des doigts sur le siège qu'on m'a invité à prendre.
Elle continue son discours insipide, lançant parfois sa voix suraigüe. Je pousse un autre soupire, sans oser regarder l'homme. N'est-ce pas là son épouse ? Ce n'est pas à moi d'imposer mes vues sur sa façon de tenir sa femme, mais si elle était la mienne, elle ne se comporterait sans doute pas ainsi.
- Si nous pouvions reprendre... c'est important.
- Je sais, mon ami, je sais.
- Hors de question ! Hurle t-elle à nouveau. Je veux qu'il s'en aille, je refuse d'avoir à nettoyer ma moquette une fois de plus s'il prend l'envie à cet enragé de diner sur mon tapis persan.
Elle hurle si fort que j'en ai les tympans percés, j'en suis sûr. Bon sang mais qu'il la fasse taire !!
Je me lève brusquement de mon fauteuil, arrachant un scillement de cils à la walkyrie hurlante. D'ailleurs elle s'est tut. Ce n'est pas trop tôt.
- Samuel est totalement sous son emprise. Je crains qu'il n'aille jusqu'à provoquer une Chasse pour être sûr de lui échapper. Bien que je doute qu'il soit conscient qu'elle est responsable.
- Qu'il sorte maintenant.
Elle recommence. Je tape du poing sur la table mais elle me fait face, les mains sur les hanches. Elle sait, quoi qu'il arrive que Franck la protégera. Il est son toutou, son homme, son époux. Voilà bientôt 10 ans qu'ils sont mariés et il n'a jamais dénie son amour pour elle.
- Sortez de ma demeure et sur le champ.
Il se lève. Enfin ! C'est pas trop tôt. Je commençais à désespérer.
- Vas au salon, Margot. Cette réunion ne concerne qu'Abel et moi.
- Je veux qu'il s'en aille !!
Il darde sur elle un regard qui me ferait fuir. D'ailleurs, elle baisse les yeux. Enfin ! Il a dompté sa tigresse. je lâche un discret soupire de soulagement.
- Ma douce, je croyais qu'on était d'accord. Mes affaires ne regardent que moi... Si tu ne peux comprendre cela je puis m'arranger pour que tu comprennes une bonne fois pour toutes.
- Je... pardon, mon Franck chéri... je suis désolée. Je ne désire rien d'autre que de rester humaine... je me retire.
Elle n'ose pas me souhaiter le bonsoir et c'est tant mieux. Elle est sans doute délicieuse quand elle se décide à jouer les ensorceleuses et non les vieilles sorcières.
- j'ignore comment tu fais pour la supporter...
- J'en suis amoureux, je le crains.
- Alors transforme-la et n'en parlons plus.
Je répliques sur un ton sec, agacé. Il sourit et secoue la tête. C'est une conversation que nous avons déjà eu. Etrange comme certaines scènes semblent vouloir se répéter inlassablement.
- Je t'écoute.
- Camille est sans nul doute une sorcière.
- Tu as tous les renseignements concernant son nom, sa famille ?
J'acquiesce tout en tendant une enveloppe de papier craft. Mon enquête n'a pas été trop laborieuse, sauf concernant les parents de cette jeune femme. Curieusement ses ainés semblent avoir disparus ou ne pas avoir existé.
Il parcourt les documents, prenant le soin de s'imprégner des mots et des situations. Franck est devenu notre Prince presque par accident. Il est encore jeune pour un vampire. A peine 70 ou 80 ans. Il était un ouvrier quelconque dans les années folles. Son père était un illustre inconnu. Je parle de son père vampirique, vous l'aurez compris. Bref, ce n'était pas le genre à retenir l'attention. En plus, il a un gros défaut. Il ne sait pas lire dans les pensées. C'est un truc bète mais qui peut se révéler fatal pour un Prince. Cependant il possède d'autres qualités. Notamment celle d'avoir réussit à imposer une paix entre les différentes familles.
Je ne vous imposerais pas l'énumération de toutes les familles qui existent. Des écrivains célèbres et doués l'ont déjà fait. Ce serait une perte de temps. Mais il faut savoir que nous avions bien des difficultés avec le Prince qui le précédait. Franck est impartiale et toujours de bonne humeur, malgré que son épouse humaine soit un réel obstacle à ses fonctions.
- Et Samuel est sous son emprise tu dis ?
- Oui... malheureusement.
Il hoche la tête doucement puis me fait face. Fouillant un instant dans la poche de son gilet, il en sort une clé doré et me la tend.
- Vas voir aux archives et ressors le dossier concernant les Salissys.
Surpris je manque de lâcher la clé. Je la rattrape de justesse et le fixe à nouveau.
- Mais... elles sont mortes depuis bientôt trois cents ans !
- Faux ! N'oublie pas qu'à Salem ils en ont brûlé encore deux au cours de la grande chasse aux sorcières. Le Prince de l'époque les tenait en estime et vous avez sauvé un grand nombre de ces femmes. Pas forcément les Salissys mais d'autres encore. Je n'ai plus le dossier en tête, mais il me semble qu'il restait un garçon...
- Un garçon ne peut pas être sorcier... en tous cas pas chez les Salissys. Ce sont les femmes qui détiennent le pouvoir.
Il me sourit et je comprends qu'il vient de me donner congé. Je n'ai plus qu'à me rendre aux archives et lire le dossier Salissys. J'en ai pour plusieurs jours.
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Réponse au Sujet 'La pire des choses' a été posté le : 05/09/03 13:17
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Bla bla bla... je déteste les bouquins... je n'ai jamais aimé lire. C'est d'un ennui mortel. Je souris de mon trait d'humour involontaire. Il faut que je me concentre.
Bon sang, j'ai horreur de sortir les vieux dossiers. L'odeur du papier moisi, de la poussière accumulé, des rats crevés dans les coins, m'indisposent.
Ah ! Voilà le fameux dossier. Par tous les sangs bleus d'Amérique ! Il me faudrait un chariot élévateur pour prendre ce dossier ! Que dis-je un dossier, c'est une armoire, une bibliothèque à lui tout seul.
Je prends une respiration inutile et la rejette doucement. Délicieux soupire... même si ça ne me soulage en rien.
J'ouvre le premier volet, espérant trouver une sorte de sommaire. Bon sang mais on dirait qu'il y a là toute la vie des Salissys.
Je suis perdu... j'erre sans but dans la ville grouillante de vie, de mort, de peine et de joie. A cette heure-ci d'ailleurs c'est plus le coté noir du monde qui ressort. Je suis perdu.
- Je suis là Samuel. Je suis là.
Elle me serre la main doucement. Je lâche un sourire qui ne vient pas de moi. Je ne me sens plus l'envie de sourire. Je sais que je vais mourir. Ce matin, demain ou un de ces prochains jours. Comment ne pourrais-je pas mourir, alors que j'ai faillit tuer mon père. C'est le pire crime qui soit chez les vampires. A part peut-être tuer le Prince.
Camille n'y pense pas encore. Heureusement. Car je sais que c'est elle qui me fait agir. Comment fait-elle ? Est-ce une sorcière comme Abel semblait le croire ?
- Non... je ne suis pas une sorcière !!
Elle a parlé un peu fort, les gens se retournent sur nous, l'air curieux. Elle m'entraîne plus loin. Je soupire légèrement, goûtant le plaisir de rejeter un air inutil.
- Je te promets que je ne suis pas une sorcière !
Elle sanglote, serrée contre moi, relâchant enfin la pression qu'elle excerçait sur ma tête. Je la prends dans mes bras et la berce doucement.
- Calmes-toi, Camille. Calmes-toi.
je pourrais ajouter qu'être sorcière n'est pas si mal que ça. J'ai connu des sorcières dignes de foi et de confiance. Bon d'accord, c'est assez rare. Elles ont tendance à verser rapidement dans le mal et le sombre. Mais pas toutes bon sang !
Comme tous les vampires, j'ai eu droit au châpitre sur les soeurs, les mères, les filles Salissys. Cette engeance du démon, ce mal pur, ces folles, devrais-je dire.
Elles ont été vaincue il y'a trois cents ans par mes pères, mes ainés.
- Pourquoi ne parles tu jamais des femmes vampires ? N'y en a t-il pas ?
- Tu lis dans mes pensées, Camille ?
Elle acquiesce en rougissant. Je souris et l'entraîne vers un bar de ma connaissance. J'aime reprendre possession de ma vie.
La serveuse ne se souvient pas de moi. Elle me demande ce que je veux boire et hausse un sourcil en entendant que je désire un thé. Un thé ? Dans son respectable établissement ?
Pfff elle mériterait de finir en repas ce soir !!!
Je me retiens de rire et fais un clin d'oeil à mon trésor. L'idée de me nourrir me fait du bien. Et puis après tout ça lui ferait du bien d'être aliter quelques jours à cette dame. Elle a besoin de repos. Et de maigrir.
j'arrangerai ça tout à l'heure.
Un café pour ma Camille, un thé russe pour moi. Magnifique. Ca me couterait presque les yeux de la tête, mais d'une poussée mentale, je lui glisse deux cailloux dans la main. Voilà... j'aime rêgler mes dettes comme ça.
- Chez les vampires, il y a peu de femmes. La plupart ne supporte pas la transformation. Elles deviennent folles ou se suicident.
- Pourquoi ?
- Parce qu'en accédant à l'immortalité, ce vieux rêve, elles doivent également renoncer à leur humanité et elles prennent conscience de toutes ces choses qui font que la vie est merveilleuse.
La transformation est plus douloureuse pour elles que pour nous.
Elle hoche la tête, sondant légèrement mon esprit. Je sens les tentacules de son âme se glisser dans ma tête, jusqu'à toucher mes secrets les plus durs, les plus purs. Je penche la tête, résistant à l'envie de la chasser. Elle a besoin de comprendre, de savoir.
- Je vois.
- La plupart des femmes extra-ordinaire, sont des sorcières, Camille. Et ce n'est pas une malédiction ! Pourvu que tu saches quoi faire de tes pouvoirs.
Elle se ferme comme une huitre protégeant une perle. Elle me lance un regarde meutrier. N'ai-je pas entendu ce qu'elle m'a dit ? Elle n'est pas sorcière.
Comment ai-je put seulement le croire ? Dans l'instant qui suit, j'ai oublié ce que je voulais lui dire et je ne pense qu'à une seule chose : me nourrir.
La serveur, si aimable tout à l'heure, ne semble guère disposée à m'offrir un peu plus que le nécessaire. Qu'importe, je lui prendrais de force.
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Réponse au Sujet 'La pire des choses' a été posté le : 10/09/03 12:36
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- Mais enfin que me voulez-vous ?
- Rien de méchant... je vous en prie, ne rendez pas les choses plus difficiles.
Elle me jette un regard terrifié. Pauvre femme. Je capte soudain la lumière de ses yeux et je pousse. Cette poussée mentale qui me permet d'en faire ce que je veux. Elle m'offre déjà sa gorge. Je me penche doucement, lentement vers elle. A cet instant, tous les sors de Camille ne pourraient rien contre moi. Je suis le plus puissant des vampires. A cet instant, la faim est telle qu'elle m'imunise même contre les meurtriers rayons du soleil.
Une demi-seconde avant de glisser ma bouche contre le cou gras mais emplit de la délicieuse substance, je jette un oeil vers mon trésor. Elle a détourné les yeux, la main sur la bouche. Elle sait que je dois me nourrir, mais le geste la répugne.
Enfin je plante mes dents dans la peau rougeâtre de la femme offerte. Enfin j'aspire l'élément de vie, ce délicat nectar, cette ennivrante essence.
J'en perdrais presque la tête à sentir ce délicieux goût métallique. Je m'arrête. J'ai encore faim mais je ne peux me permettre d'assouvrir cette faim. Je vérifie que ma bouche ne laisse pas trop de marque. On devine la trace d'un suçon. Parfait, un amant secret qui s'en va, voilà une belle histoire pour convaincre notre aimable serveuse qu'il ferait bon qu'elle reste à dormir quelques jours chez elle.
L'anémie qui s'affiche à présent dans son corps fera d'elle le parfait sujet médical pour un arrêt de quelques jours.
- Comment t'appelles-tu ?
- Jeanine.
Sa voix est mécanique. Elle ne répond que parce que je l'oblige à répondre.
- Et bien Jeanine... dorénavant, tu prendras soin de toi. Dès lors tu n'apprécieras plus tellement les sucreries, les choses grasses. La diététique va devenir un passe temps agréable et tu vas maigrir. Tu m'entends Jeanine ? Tu vas te mettre au régime dès que tu seras rétablie. Avoir vu partir cet homme, cet inconnu finalement, t'a fait comprendre combien tu as besoin de t'aimer.
Elle sourit à présent. Bien ! le message est passé. Je la laisse s'éloigner de moi pour reprendre son travail. Ses cheveux s'échappent de son chignon graisseux. Je sais que si je repasse dans quelques semaines, je la trouverai transfigurée. Elle reconnaîtra en moi un client mais sans plus.
- Que lui as-tu fait ?
- Je l'ai mordue.
- Non ! Enfin oui, ça j'ai vu, mais là, que viens-tu de lui faire ?
Je souris à ma Camille et dépose un baiser sur ses lèvres. Elle ne recule pas. D'ailleurs elle ne montre aucun signe de frayeur. Est-ce parce qu'elle sait pouvoir me tenir ? Pouvoir m'asservir ?
- Non je ne peux pas t'asservir dans ton état actuel. Tu as encore faim et tous tes sens sont... enfin ils sont...
- Oui. Je vois ce que tu veux dire. Pour cette femme, je lui ai simplement épargné une séance d'hypnotisme. Elle va reprendre sa vie en main.
Camille se blottit contre moi et je sens mon coeur se gonfler d'une joie sans borne. Je suis fou d'elle. Bon sang ! Je suis totalement fou d'elle.
Je me penche vers elle et l'embrasse à nouveau, goûtant son odeur, humant son goût délicieux. Elle entrouvre les lèvres et du bout de la langue taquine mes lèvres.
Je sens une chaleur délicieuse m'envahir. C'est là une sensation que j'avais oublié. Notre baiser se fait plus profond, plus intense. Je la désire comme jamais je n'ai désiré personne. Je vais la prendre, là, sur le sol, sur l'herbe, contre ce mur. Je vais la prendre et la faire mienne.
Elle pousse un cri.
Ma Camille crie. Elle crie de souffrance, de douleur et de peur. Je réalise soudain que je suis en train de la mordre, que ma bouche fait prisonnière sa gorge et que mes dents ont ouvert ce passage vers son nectar, vers son essence.
Brusquement je m'écarte, horrifié.
C'est la première fois que je me nourris sans en avoir conscience.
Elle reprend son souffle lentement, sans oser relever les yeux. Je voudrais fuir, mais elle me retient. Je sens son pouvoir sur moi, en moi. elle me retient pour m'empêcher de fuir.
- Sam... Sam...
Avant qu'elle ne puisse continuer, le noir vient la cueillir et elle me libére de ma prison mentale.
Je fixe son corps étendu sur le trottoir. La pluie, comme si souvent dans ce genre de situation, se met à tomber, tachant son tailleur gris de tache plus sombre. Bientôt la pluie semble se faire torrentielle. je devrais faire quelque chose. La rue est à présent entièrement trempée à l'image des vêtements de mon secret.
Je me décide finalement et me penche vers elle.
- Camille ?
Elle est inconsciente. Je n'entends rien dans son esprit. Rien que le noir, que l'absence. Délicatement je la soulève et l'emmène. Je sais où trouver un abri pour le jour qui ne tardera pas maintenant.
Je suis surpris, comme si souvent. Je n'ai pas vu la nuit mourir. Et le jour se fait naissant, tirant sur le ventre gonflé de sa mère nuit. Arrachant les cris de nouveau né à la foule hétéroclite qui envahit à présent les rues.
Il est 5 heures du matin. La ville s'éveille et moi j'emmène ma douce se remettre de ma folie.
-------------------- Lishtarone A D'Ar Wilgaronmanish
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Réponse au Sujet 'La pire des choses' a été posté le : 15/09/03 13:04
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J'ai parcourrut tant et tant de pages que ma vue s'embrouille. J'en ai marre. Marre à crier.
Je repousse ma chaise et me lèvre. J'ai besoin de me dégourdir les jambes.
- Mensonge, cher ami. Vous et moi savons que vous n'avez nul besoin d'un tel artifice. Une vieille habitude humaine peut-être. Un odieu prétexte plus sûrement.
- Vous m'agacez, Solange. Ne pourriez-vous pas prévenir de votre arrivée ?
Elle sourit.
Vous ai-je dit combien je détestais son sourire ? Hypocrite, sournois et vicieux. A la limite de la folie même je dirais.
- Oh, vous me flattez, mon cher Abel.
Elle tend une main délicate et blanche. Presque transparente. Elle s'est nourrit il y a peu, je sens l'odeur du sang frais partout sur elle, en elle. Je dédaigne sa main et ferme mon esprit. Il n'est pas bon qu'elle puisse y lire à son aise.
Elle grogne de déception. Vile punaise !
- Qu'est-ce qui vous amène dans ce lieu infesté par la poussière... infecté par les vieux fantômes ?
- Et vous même ? J'ai eu, pour ma part, l'autorisation puisque j'ai la clé. Mais ce n'est guère votre cas, je gage.
Elle sourit encore. Bon sang, je déteste son sourire mielleux.
- J'ai ouïe dire que des problèmes se profilaient à l'horizon.
- Ah oui ? Quels problèmes ? Et qui vous en a parlé ?
Les bruits de couloirs qui voyageaient au sein de la Mascarade étaient plus dangereux encore qu'un troupeau de chasseur de vampire en rut. A mon tour, je sonde son esprit, essayant de capter sa fugitive et confuse pensée. Bon sang mais quel bordel dans son esprit !!!
Encore une victime du syndrome Rice... C'est désolant. Véritablement désolant.
Il y a quelques années, une dizaine tout au plus, un de nos déviants a transformé tout un groupe de psychanaliste. Il avait trouvé ça follement amusant... l'idiot. Enfin bon. La Chasse terminé, il a bien fallut s'occuper de ces nouveaux vampires. De fait, au lieu d'être absolument terrifié, ils étaient surtout intéressés et curieux. Très vite, ils se sont adaptés. Deux d'entre eux ont repris leur boulot, changeant juste leurs horaires. Je crois savoir qu'ils sont devenus assez célèbre pour leurs séances d'hypnotisme.
Amusant non ?
Les deux autres ont préféré se pencher sur les cas plus grave de nos déviants. Et ils nous ont conçu toute une panoplie de symptome et de syndrome. Le plus célèbre est le syndrôme Rice qui donne au vampire une image faussée de sa nature. Une image romancée et romantique. Bref c'est un cas de déviance très prononcé.
Voilà pour l'intermède médical. Revenons donc à cette vampire qui me fait face. Elle semble hésiter à me parler de son contact. Elle hésite encore. Je m'agace. j'ai du mal à me retenir de la frapper.
- Allons, Solange... préféreriez-vous que j'emploie une méthode moins douce pour vous faire dire ce que vous savez ?
Je m'approche d'elle, tel un chat avec une souris. Elle vient de se jeter dans le piège à rat et ne s'en apperçoit que maintenant. Tous ceux qui me connaissent, savent que je suis très dangereux lorsque je suis en mission. J'ai alors tout pouvoir. Plus de pouvoir même que le Prince, bien qu'il soit mon seul mandataire.
- Je vous laisse une dernière chance... après, je vous livre à la Chasse. Je me ferais un plaisir de me repaître totalement de vous.
Elle pousse un cri d'effroi et de folie. Beurk ! L'idée même de la mordre me répugne. Je lancerai peut-être la Chasse si elle s'avère indispensable, mais hors de question que je m'abreuve à sa gorge. Avec ma chance, sa folie pourrait être contagieuse.
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Réponse au Sujet 'La pire des choses' a été posté le : 17/09/03 12:55
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J'ai passé le jour à veiller sur mon trésor. Elle se repose tranquillement, reprenant les forces que j'ai osé lui ravir. Maudit sois-je d'avoir laissé mon désir surplanté ma raison. Je ne comprends pas comment ça a put arrivé. C'est fou. Totalement fou. Lorsqu'ils la lanceront, nulle doute que je l'aurais mérité... cette Chasse. Je ne peux retenir un frisson d'effroi. J'ai encore envie de continuer mon existence. Je suis l'un des plus puissants vampires et je tremble devant une chose aussi bète que ... non ce n'est pas bète. C'est juste. Et moi je suis dangereux.
- Sam ?
Sa voix est si faible que j'ai eu du mal à discerner ce son mélodieux à travers mes lugubres pensées.
- Oui ma Camille ?
Elle pose sa main sur la mienne et me sourit. Elle est encore très blanche. Puissent tous les dieux être remerciés, j'ai repris conscience avant de la vider.
- As-tu réellement confiance en Abel ?
- Entièrement, ma douce. Plus même qu'en moi.
- Je voudrais en savoir plus sur les sorcières.
Elle a baissé les yeux, presque honteuse. Je pose mes lèvres, mes dégoutantes lèvres, souillées et indignes sur son front blanc et pur, sur sa peau douce et divine.
Elle se rendort déjà et je me rassieds dans le fauteuil près de la fenêtre, guettant le moment où le jour se fera faible et glissera dans les bras de la nuit.
La cache que nous occupons est tenue par trois anciens SDF. Des gens simples et heureux d'être à notre service. Ca ressemble à un hôtel.
L'immeuble était miteux lorsqu'Abel et moi l'avons acheté. La réfection des conduites d'eau, de l'électricité et autres commodités nous a coûté une véritable fortune. Mais ça en vallait la peine.
Ces trois hommes-là, on réussit à remonter la pente. Il est loin le temps où ils n'avaient même pas de quoi manger. Tout juste des proies pour les loups-garous. Je n'aurais pas voulu planter mes dents dans leur gorge crasseuse.
Trois chambres sont réservées aux frères de la Mascarade. Les douze autres sont ouvertes à tout public. C'est très cossu. Douillet et agréable à la vue. Un des hommes, petit et rondouillard, tient la cuisine et fait, parait-il, des miracles.
- Tu m'étonneras toujours, Samuel... tes pensées sont toujours si ... surprenantes.
- Pourquoi donc ?
Camille me sourit et se redressa. La nuit tissait doucement sa toile protectrice. Le soleil déjà n'était plus qu'un souvenir.
- Tu penses à des tas de choses qui n'ont rien à voir avec la situation actuelle. Où plutôt, c'est toujours lié mais c'est... tellement peu... hmm rationnel ?
- Pourquoi pas rationnel ? Je pense à cette maison parce que nous y sommes. C'est une simple association d'idée. Et si tu cessais de lire dans ma tête, tu ne me trouverais pas si bizarre que ça.
Je suis en colère. Je sens la rage m'étreindre fermement. Elle me tient. Je sais bien que je n'ai pas vraiment de raison d'être furieux contre mon petit secret mais pourquoi vient-elle souiller mes pensées ?
A vrai dire, à part Abel et peut-être le Prince, bien que j'en doute, personne n'a jamais su lire dans mon esprit. Vivant j'étais déjà une enigme pour mes parents, je ne risquais pas d'être limpide pour mes congénères une fois mort. C'eut été me fourvoyer.
Je me lève brusquement du fauteuil et agite la main rapidement, comme pour chasser cette déplaisante conversation.
- Peu importe. Comment te sens-tu ?
- Mieux.
Elle n'ajoute rien de plus mais son visage a déjà repris des couleurs. Comment est-ce possible ? J'ai faillit la tuer et elle semble déjà prête à repartir sur les routes. Je reste ébahis un long moment, fixant la femme que j'aime comme s'il s'agissait d'un tas d'immondices en putréfaction d'où lequel pourrait jaillir un chasseur de vampire.
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Réponse au Sujet 'La pire des choses' a été posté le : 22/09/03 14:48
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Le sang gicle rapidement, telle la source d'une vessie impatiente et trop pleine. Il me souille presque, glissant sur mon corps et mes vêtements, tachant irrémédiablement les tissus.
Je lâche une bordée de juron sans pour autant faiblir. Et le sang coule encore, jaillissant prestement des griffures que j'inflige à mon adversaire.
- Vas-tu cesser maintenant ? N'en as-tu pas assez ?
Elle me fixe, à la fois déterminée et terrifiée. Je fronce les sourcils, espérant vainement encore qu'elle ne se range du coté de la raison.
- YAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA
Elle hurle en bondissant dans ma direction, toutes griffes dehors, toutes dents dehors. Bon sang Solange, seriez-vous devenue folle ?
Je range immédiatement cette idée dans la case stupidité en tous genres. Bien sûr qu'elle est folle ! Malheureusement pour elle, elle n'a pas choisit le meilleur adversaire.
D'un geste souple, je tire mon épée et la lui plante au beau milieur du front. Certes, ce coup n'est pas mortel mais il a le don de ralentir prodigieusement la cible.
Elle bégaie, cherchant les mots dans les cellules grises que ma lame a détruites. Bien sûr, d'ici deux minutes, il n'y paraitra plus. Sa nature résolument vampirique aura réparé les dégats que ma nature résolument impitoyable a détruit.
A propos d'impitoyabilité... dieu que ce mot est long et laid. Je lève ma lame et d'un geste souple, je décapite mon adversaire.
- Adieu Solange. Je ne vous ai jamais aimé.
J'essuie le peu de sang sur son vêtement, cherchant des yeux un indice pouvant me donner la réponse à ma sourde question.
Quel est l'imbécile qui s'amuse à me mettre des bâtons dans les roues ?
- Par tous les saints de l'enfer !!! Abel ! Qu'avez-vous fait ?
- Rien qui ne vous regarde, Wilfried.
- Mais... mais... Vous êtes en mission ?
Je lâche un petit sourire tout en continuant à fouiller le cadavre. En fait, je m'apperçois d'une chose toute bète. Si un jour je devais dévier, personne n'oserait s'en prendre à moi. On me croirait sans doute en mission. Amusant. Et déplaisant.
Heureusement que je ne dévie pas... n'est-ce pas ?
Tiens qu'est-ce que c'est que cela ? Je tire d'une poche dérobée un petit sachet et une fiole.
Hmm je connais ces fioles. Il s'agit d'une drogue liquide qu'on appelle le Baiser d'étoiles. Nous avons des alchimistes débiles dans nos rangs, à n'en pas douter. Dans le petit sachet, j'y trouve des pastilles blanches et fondantes. Inutile de goûter pour savoir qu'il s'agit de la Giffle de Pandore, une autre drogue... un poison devrais-je dire, pour ne pas dire un suicide tant cette drogue rend les vampires fous et suicidaires.
Je tiens le nom de son indicateur. Merveilleuse Solange. Vous étiez un véritable démon. Et vous voici devenue mon indic'. Je gage que vous pestez de rage depuis l'enfer qui vous a accueillit.
- Oh misère... mais quel gâchis... quel gâchis...
- Wilfried ? Où se trouve Sélene ?
Il me fixe un long moment puis lève les yeux vers le plafond, caressant son menton doucement. Finalement il penche la tête et me regarde.
- N'est-elle pas à son endroit habituel ? A l'aéroport internationale ?
- Possible. Mais ne l'as-tu pas vu dernièrement ?
Ma question se fait piège. Mais je connais le loustic. Je n'ai jamais rencontré un tel couard. Sa nature vampirique aurait dû lui donner une confiance infinie en lui. Au lieu de cela, il s'est d'avantage terré.
Un rat... mais un rat de bibliothèque. Et le meilleur des indics qui soient. Il semble que cet homme affable soit capable de presque tous nous localiser dans un périmètre d'un à deux kilomètres.
Une vraie mine d'or.
- Elle est actuellement à Salem. Elle erre dans les rues, tout près de l'hôtel des trois clochers.
- Je vais aller voir ça. J'enverrais une équipe pour nettoyer tout ça. Désolé du dérangement.
- De toutes façons, je ne l'aimais pas.
Il hausse les épaules et ramasse les livres qu'il a fait tomber en arrivant.
- Avez-vous trouvé votre bonheur, Abel ?
- J'ai surtout trouvé une tonne de document à lire et trop peu de temps pour ce faire.
- Voulez-vous que je me charge de vous faire un résumé ? Les Salissis sont ma passion depuis mon éveil.
Je plisse les yeux, surpris. Aurait-il lu dans mon esprit ? Je le croyais incapable d'une telle chose. Localiser oui, sonder non.
Du menton, il me désigne le tas de dossiers que j'ai déjà sorti du placard et un sourire m'échappe. S'il n'est pas doué en tant que vampire, il est fin observateur.
- Si tu as du temps, tu m'oterai une sacrée épine du pied, Wilfried.
Il me sourit et s'approche de la table. Ca risque de l'occuper un long moment. Allons donc vers l'hôtel des trois clochers... hmm ce nom me dit vaguement quelque chose. Ne s'agirait-il pas de cet hôtel que nous avions acheté, Samuel et moi ?
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Réponse au Sujet 'La pire des choses' a été posté le : 02/10/03 10:34
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J'ai froid... froid comme jamais je n'ai eu froid. C'est de la folie. Je sens pourtant le sang chaud courir dans mon corps, glisser jusqu'au plus profond de mes muscles par un chemin que lui seul connait.
Ce n'est pas mon sang. C'est celui d'un autre, que j'ai volé, que j'ai dérobé. Il ne se mélange pas au mien, le mien est noir et visqueux. Le mien n'a plus rien de sang. C'est juste une mélasse qui n'arrive pas à coaguler, qui n'arrive plus à couler.
D'ailleurs pourquoi coulerait-il ? Mon coeur ne pompe plus rien depuis si longtemps.
- J'ai faim.
Sa voix est si douce. Oh Dieu, ne l'as-tu faite que pour être ma tentation la plus dure ? J'en suis fou. Si j'osais, je me jetterai à ses pieds pour baiser ses chevilles, pour lui appartenir entièrement.
- Cesses donc de penser des sottises. J'ai vraiment faim, Samuel. Il faut que je manges moi.
J'hoche la tête un peu blasé. Les paroles d'une chanson me trotte dans la tête et je finis par sourire.
Doucement je m'approche d'elle. Bon sang... je la désire tellement. j'ai le coeur gonflé d'amour pour ce petit bout d'humain. Pour ce petit bout de femme qui réveille des sensations que j'avais presque oublié.
Dans ses yeux d'or et de jade, je crois y lire le même sentiment. Ses petites joues sont toutes roses. Je souris et me penche vers elle. Elle n'a même pas ce mouvement de recul caractéristique aux quelques humains qui nous prêtent parfois un peu de leur vie pour que nous subsistions.
Nos lèvres se frôlent, lentement, doucement, telles des ailes de papillons qui s'effleurent dans un balet amoureux de parade nuptial. Elle a fermé les yeux, savourant ce contact doux.
Ses lèvres sont chaudes, brûlantes, les miennes sont froides, glaciales. Ce n'est pas normal. J'ouvre les yeux soudain en grand. Je viens de me nourrir à sa source, pourquoi mon corps est-il si froid, comme engourdis.
Je m'écarte d'elle, frissonnant. Elle n'a aucun interrogation dans le regard. Elle me fixe longuement tandis que je glisse à terre, tremblant de froid, à la fois effrayé et soumis. Je crois sentir la main de la faucheuse, glisser sur mon âme, douce et ferme. Je pourrais presque m'y abandonner, si la voix chérie de mon père ne s'imposait brusquement dans la pièce.
- Où que j'aille, je vous trouve sur mon chemin, Camille.
La rage m'emporte soudain, sans aucune raison !! Je voudrais me jeter à sa gorge et lui arracher le coeur. Mais j'en suis incapable, cloué au sol par ce froid, par la mort qui m'envahit.
Camille me jette un regard où perce enfin la terreur. Chacun son tour d'avoir peur, ma chérie. Chacun son tour.
Avant d'avoir put prononcer le moindre mot, je m'effondre dans une inconscience salvatrice pour mes nerfs. Je n'en pouvais plus d'aimer et de détester autant, de vouloir la mort et la vie de mon père avec tant de force.
Je n'en pouvais plus de ne plus m'appartenir. Bienheureuse inconscience. Puisses-tu m'entraîner dans la mort le plus rapidement possible. La situation m'échappe et je ne peux le supporter.
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Réponse au Sujet 'La pire des choses' a été posté le : 06/11/03 15:38
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- Samuel !!!
Je me précipite à son coté. Mon fils est blanc comme un mort. Un mort qui ne vivrait plus, pas même à travers la non-vie que nous usons et abusons. Je le secoue légèrement, j'ai peur.
Elle n'a pas bougé, cherchant à sonder mon esprit sans y parvenir. J'ai fermé la porte petite fille. Il n'y a que cet idiot pour s'ouvrir autant à ton haïssable nature.
- Sorcière... que lui as-tu fait ?
Je me jette sur elle. Dans ses yeux, j'entrevoie sa volonté de m'échapper, mais je vais si vite qu'elle me rentre dedans en poussant un cri.
- Je vous en prie, je vous en prie.
Elle pleure à présent. Elle me répugne. Elle me dégoutte... et m'attire. J'envie mon Samuel de retrouver ces sentiments humains qui nous font défaut. L'amour, la passion... ça me manque. Non pas que j'ai connu particulièrement les transports et que je les ai apprécié mais je me souviens parfois de l'amour de ma mère.
Hmm en fait je me fourvoie. Ma mère m'aimait mais n'avait guère le temps de me le montrer. C'est fou comme ma mémoire me joue des tours... tours ? Tours de magie ?
Je lève la main et la frappe brutalement au visage. Elle titude sous le coup, poussant des petits gémissements plaintifs. Mais j'ai réussit à endiguer son envoutement. Déjà les images d'un bonheur familiale surréaliste s'estompe.
- Stupide femelle !!! Je suis né à une époque que tu ne soupçonnes même pas. Je te conseille de cesser ces petits jeux avec moi. Je n'aurais pas la patience et l'amour de Samuel. Je n'hésiterais pas à te tuer. Je suis bien clair ?
- Oui... oui, je vous en prie.
- Dis-moi ce qu'il arrive à mon fils.
Ma voix s'est faite plus douce, tentant de la ramener à la raison. L'inconscience de Samuel ne vient pas d'elle, j'en suis sûr. Du moins pas de sa volonté. Car elle en est à l'origine, ça je ne peux en douter. En ce moment, tout ce qu'il arrive de mal c'est de sa faute. Foutue sorcière !
- Il a bu mon sang hier soir. Mais ça n'a pas eu l'air de le nourrir réellement.
J'avoue ma surprise. Je le soulève doucement, attentif à ne pas trop le bousculer. Dans son état de faiblesse, j'ai peur pour lui, peur d'elle. Elle me suit à petits pas rapides, sans quitter mes talons. J'ai presque envie de la repousser, de la renvoyer d'où elle vient mais les pensées qui reviennent enfin de Samuel, m'indique que sa seule préoccupation c'est elle.
Qui serais-je si je repoussais la seule chose que mon fils ait jamais adulé ? Et puis, si je soupçonnes quelques sorts là-dessous, force m'est de constater que l'amour qu'il lui porte est véritable. Seule sa soumission est obligée.
- Je vous emmène chez moi. Vous y serez à l'abri.
Elle acquiesce sans un mot. Son visage me rappelle quelque chose. C'est la première fois que je la regarde aussi attentivement, tandis que mon chauffeur nous ramène jusqu'au manoir qui nous abritera pour les quelques jours à venir.
- Nous nous sommes déjà vu n'est-ce pas ?
- Oui, à l'église.
- Non ! Avant ça je voulais dire.
Elle secoue la tête longuement. Bon, je n'insisterai pas. Mais je suis sûr de l'avoir déjà vu auparavant.
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