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Poésie réactionnaire a été posté le : 26/07/03 12:46
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Mon voyage en Angleterre a été relativement pénible, et quelques débats démocratiques sur le rôle des médias et la nécessité d'être heureux dans la vie m'on inspiré ce texte rétrograde et élitiste. A censurer d'urgence.
MASSE
L'homme sensé évite, à n'importe quel prix,
La foule, aux cents visages affreux et semblables,
Et de toutes les foules celles de l'esprit,
Sont de loin, à mes yeux, les plus insupportables.
Des badauds par vingtaines outrées et indignes,
Autour des carabines d'un forain voleur,
S'empressent, et spéculent sans fin, et trépignent,
Au grand sujet d'un lot sans aucune valeur.
Et ces tablées confuses de ventrus hagards,
Qui tels des monuments semblent toujours inertes,
Quelle banalité a vidé leur regard
Quand ils s'en vont enfin, repus, sans grande perte ?
Ici, l'on montre, sous un chapiteau criard,
Un nouveau paradoxe, ou bien deux nains siamois,
Qu'a mentionnés hier un quotidien du soir,
Et que tous les lettrés veulent toucher du doigt.
Là, de beaux saltimbanques frappent un gendarme
Amusant, sans danger : il ne se défend pas ;
Et de beaux patagons ont privé de leurs larmes
Les chants vieux et et profonds de leurs vastes pampas.
Tonitruant, un pitre en livrée bariolée
Répand à pleine mains des drôleries salaces.
Autour de lui succède à l'ennui le tollé,
Au miroir d'amertume le sucre des glaces.
Puis, quand toutes ses voix se sont ensevelies,
Dans un tumulte unique, des enfants radieux,
Dansant sommairement, s'exclament : "C'est joli !
Je voudrais demeurer encore ici, très vieux !"
Et la fête et la joie enfin battent leur plein,
Quand ivres et contents, après un dernier pot,
Quelques gais boutiquiers au sourire malin
Vont vider leur vessie jusque sur les drapeaux.
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Dernière mise à jour par : JWRK le 14/11/03 21:36
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Réponse au Sujet 'Poésie réactionnaire' a été posté le : 28/07/03 14:48
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Et quelques iambes vichystes et phallocrates, à prendre au premier degré :
C'est cela, belle amie, flattez-moi l'encolure,
Tenez ma bride avec douceur,
Je sais bien qu'un jour tu m'emméneras, roulure,
A la mort, chez l'équarisseur.
Ainsi hurlent les loups dans les plaines lointaines,
Rôdant, ténébreux et sauvages,
Et préférant toujours, dans la nuit et la haine,
La pire des morts au servage :
Humains, vous pouvez bien, vous qui suivez nos traces,
Nous avilir, nous décimer,
Mais d'une honte au moins préservez notre race :
Ne prétendez pas nous aimer.
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Réponse au Sujet 'Poésie réactionnaire' a été posté le : 23/08/03 20:57
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Sitôt rentré d'un long et pénible voyage, je reviens vous voir avec un bouquet de tristes octosyllabes sous le bras.
Tu ne sécheras plus mes pleurs ;
Moi qui voulais mourir pour toi,
J'ose enfin t'apporter des fleurs,
Face à ta tombe, idiot, pantois.
Pour la première fois, ici,
Bien des compagnons de douleur
Me rencontrent, blessés aussi.
Fallait-il un si grand malheur ?
Je sais leur misère inhumaine,
Je ne crois pas qu'ils souffrent moins,
Mais je voudrais porter ma peine
Seul, en convulsions sans témoins.
Je laisse ici les longues plaintes,
Un seul mot me suffit : jamais.
De la fin je n'ai plus de crainte,
La Mort a ton visage aimé.
Quelques-uns, en lisant ces lignes, pourrait me croire pourvu d'une âme sensible et pure sous mes dehors de sale vieille brute eugéniste. Qu'ils se rassurent, je suis bien cet infâme suppôt de la Réaction que dépeignenet les médias.
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Dernière mise à jour par : JWRK le 23/08/03 21:02
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Réponse au Sujet 'Poésie réactionnaire' a été posté le : 04/09/03 17:54
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Panne d'Internet. Peu de temps. Alexandrins.
SANS ALLEGORIES
Puisque l'on ne veut plus parler à demi-mot,
Que sont toutes ces femmes et ces animaux ?
Que sont ces odalisques aux beautés somptuaires
Que le peintre dénude et que vêt le statuaire
De superbes drapés et de noms lapidaires ?
Que sont ces édifiants singes et dromadaires ?
Hommes, vous qui tenez les vieux Dieux pour infâmes,
Et leur substituez ces figures de femmes,
Ecoutez, face aux yeux de ces Vertus girondes,
L'un des derniers vieillards : près du vieil âtre il gronde.
Qui s'en souvient ? Tenez, par exemple, naguère,
Lorsque l'on évoquait les spectres de la guerre,
Aucun de nos grands hommes n'osait conjurer,
Devant notre pays armé et emmuré
Quelque noble égérie en atours de soudard,
Portant comme un bouquet le glaive et l'étendard ;
Car souffrir dans sa chair, et braver le danger,
Et défendre sa terre contre l'étranger,
Telles étaient alors la noblesse et l'horreur,
Que, ni vains matamores ni tremblant pleureurs
En y superposant toutes les traits laids et fiers
De tous nos compagnons morts aux mêlées d'hier,
Nous appelions les cents visages du combat.
Est-ce donc à vos yeux un masque qui tomba ?
Et quand nos souverains, dans la pourpre et la Gloire,
De nos armes fourbues recevaient la Victoire,
Nul n'osait figurer, sous des traits innocents,
Ce qu'avaient cher payé et nos vies et notre sang.
Cette victoire était la notre, et non pas celle
D'un modèle d'artiste en habit de pucelle.
Oui, le Triomphe alors n'avait pas d'auréole,
Son prix, c'était la lutte et non la gaudriole,
Et sa somptueuse robe, le rude linceul
Où nous laissions tous ceux qui nous laissaient plus seuls.
Et la bonté n'était à nos yeux pas moins belle,
D'avoir de sombres cœurs comme servants rebelles.
Et le savoir alors n'était pas avenant
Comme quelque hétaïre nous appartenant,
Nous servions la Justice en maître dur, ingrat,
Et non en douce mère nous tendant ses bras.
Et, puissent nos consciences en être témoins,
De nos respects sacrés nous ne l'aimions pas moins !
Et loin de croire hideux nos crimes et nos vices,
Nous savions qu'ils prendraient, pour être nos sévices,
Sans notre vigilance des faces amies.
Oui, voici ce qu'étaient nos vieilles infamies !
Et si encor, ces traits que vous voulez amènes,
A tout le moins gardait quelque figure humaine,
L'on y reconnaîtrait un peu de notre foi,
De ce que nous lisions dans les cœurs autrefois.
Mais non ! Depuis que vous ressuscitez les Fables,
La physiognomonie de vos Valeurs affables
Ne reste plus sujets aux hommes qui les craignent,
Et l'on les représente sous un autre règne.
Ainsi plus que Pasteur œuvrerait la fourmi,
D'être loyal au chien plus qu'à nous est permis.
Les actes du dauphin seraient plus généreux,
Plus sinistres les chants des lointains corbeaux freux,
Que ceux de l'homme, qui, derrière l'épaisse vitre,
Les regarde, et aux lions laisse son libre arbitre.
Mais pour mes funérailles, fût-ce les dernières,
Je vous en prie, gravez sur ma modeste pierre :
Ci repose sans croix ni déesse païenne,
Sans vertu imagée, avec ses seules haines,
Celui qui dans son cœur, en penseur autonome,
Voulait tout contempler ; ci-gît le dernier homme.
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Réponse au Sujet 'Poésie réactionnaire' a été posté le : 15/09/03 16:06
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Vous pensiez, n'est-ce pas, qu'un gro fachau pouvait exister sans une école de gro facahu ? Perdu.
Et un sonnet en plus, cela devient n'importe quoi...
Le toit rude et léger du déambulatoire,
Laisse son ombre grise au Lycée séculaire.
La pierre y est usée, pâle, fendue, et claire.
Malgré soi quelquefois on y songe à l'Histoire.
A l'heure où d'autres vont dans le grand réfectoire,
On aime à y rester ; on oublie sa colère ;
On aime ce silence très beau qui tolère,
Venant d'enfants jouant, quelques cris de victoire.
Il s'ouvre à tous les vents, et ses simples piliers,
Dégradés par le temps et par tant d'écoliers,
Contre la pluie d'hiver n'offrent qu'un abri mince.
Mais qui y vient aux heures chaudes de l'été
Reconnaît dans son calme une vieille gaieté
Et le charme désuet d'un cloître de province.
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Réponse au Sujet 'Poésie réactionnaire' a été posté le : 16/09/03 15:43
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Chacun sait que les Champs Catalauniques sont le thème de prédilection des gro fachau. En voici la preuve dans ce sonnet, qui se veut un léger pastiche de José-Maria de Hérédia.
Vers l'horizon fuyaient les cavaliers vainqueurs.
La ligne francque avait résiste sans combattre
Le ciel était trompeur et blanc comme l'albâtre,
Et des défis tardifs éperonnaient les coeurs.
Dans la milice pauvre où subsiste la peur,
L'épieu de bois souvent arme de jeunes pâtres
Et tous, en grelottant, chantent autour des âtres,
Avec du mauvais vin réchauffant leur torpeur.
Car le Fléau superbe a pillé sans vergogne
Et mis à sac le Rhin, la Beauce et la Bourgogne.
D'Orléans dévasté il emporte les ors.
Et Aetius honteux, tragique et visionnaire,
Distingue, en se tournant vers les chefs mercenaires,
Des corbeaux encerclant un homme bientôt mort.
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Réponse au Sujet 'Poésie réactionnaire' a été posté le : 19/09/03 19:54
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Cela se passe de commentaires, tant c'est piteux.
Une photographie est toujours un mystère.
Une tête de femme dévoile ses dents ;
Le mur discret étend son aspect obsédant,
Et encercle un jeune homme surpris et austère.
Que veut donc cette main tendue et solitaire ?
Une fille fardée crie ; de ses mains s'aidant,
Un dansuer, quant à lui, appraît concédant.
Une fleur est étrange ; on ne voit pas la terre.
Qui voulait ce cliché, preuve d'une existence,
Rappel contre le temps et contre la distance ?
La mémoire est précaire, et l'oubli menaçant.
Mais les lambeaux au sol du passé déchiré
Ont tant de force encore que vous réfléchirez,
les évitant du pied comme tous les passants.
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Réponse au Sujet 'Poésie réactionnaire' a été posté le : 20/09/03 21:29
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Et encore un autre, où nous dépassons les bornes en essayant de faire de l'esprit. A titre de compensation, la rime est plate.
WHAT WE DID TO FEATHERS
Tombant comme un fétu d'ailes multicolores,
D'une flèche percé meurt un oiseau splendide
Et dans la main sanglante, innocent et candide,
D'un faible et dernier râle sa mort il implore.
On dresse une barrière, et prend soin de la clore.
Les oiseaux ont perdu leur envol intrépide
Et attendent la mort dans cet enclos turpide.
Protégés du soleil leurs oeufs ont du éclore.
L'homme les cloue au sol, au mileu de leur fiente,
Fait du coureur des cieux une brute méfiante.
Son arme a terrassé la plume dans nos bois.
Pourtant, là-bas, Icare, en haut du promontoire,
Respirant vaillamment comme un joueur de hautbois,
Prend son essor glorieux dans les airs et l'histoire.
Excellent jeu de mots sur le titre, en tout cas, même si, sans ma môman, je serais complètement passée à côté...
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Dernière mise à jour par : JWRK le 14/11/03 21:55
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Réponse au Sujet 'Poésie réactionnaire' a été posté le : 25/09/03 20:59
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Avec l'âge, j'ai de plus en plus de mal à trouver des rimes convenables. C'est triste, car mon besoin d 'écrire n'a jamais été si fort.
Non, je ne souffre pas ; souffrir, c'est vivre encor.
Comme la loi baffouée, comme un soldat blessé,
Je demeure, et n'ai rien derrière moi laissé,
Et dans chaque miroir je revois ce grand corps.
Je ne suis pas Roland mourant au son des cors,
Ni le loup qui sa plainte au vieux mythe adressait,
Ni l'oiseau, entre cieux tragiquement dressé,
Et je ne scande pas ma plainte en des décors.
J'ai trouvé un emploi sans douleurs, sans merveilles.
Entre deux repos gris je continue ma veille,
Et ma vie ordinaire entre deux bons repas.
Du quotidien il fut dur d'être conquérant,
Il vaut mieux être un homme qu'un bâtard errant.
Je rêvais d'autres vies... Non, je ne souffre pas.
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Réponse au Sujet 'Poésie réactionnaire' a été posté le : 23/10/03 18:14
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Devinez ce que j'ai retrouvé en fouillant entre les octets de mon disque. Tout simplement els vers de mirlitons que j'enchaînait au lycée, à l'époque où j'attendais l'amouuuuur en c ompagnie de mes amis pour la vie. Nostalgie, nostalgie... Dans l'ensemble, j'aurais mieux fait de réviser mon baccalauréat, mais l'un d'entre eux surnage vaguement :
L'ADIEU DES LACHES
Pleure, on frappe à la porte ; ce sont eux, sans doute.
Pleure, il me faut partir de ce lieu que j'aimais.
Pleure, notre futur moi aussi je redoute.
Pleure, il nous faut nous dire adieu à tout jamais.
Pleure, ils vont m'emporter loin de cette maison.
Pleure, je suis vaincu et eux sont les vainqueurs.
Pleure, de mon départ tu connais la raison.
Pleure, tu resteras pour toujours dans mon cœur.
Pleure, c'est douloureux, mais il n'est plus d'issue.
Pleure, je dois partir, nous n'avons plus le choix.
Pleure, de cette fin ne soyons pas déçus.
Pleure, souvenons-nous de nos paix et nos joies.
Pleure, où qu'il faille aller je te protégerai.
Pleure, je t'enverrai, si je le peux, des lettres.
Pleure, quoi qu'ils me fassent je ne t'oublierai.
Pleure, et qui sait ? Un jour je reviendrai peut-être.
Pleure, merci pour tout, tu fus plus qu'admirable.
Pleure, mais je t'en prie, ne pense plus qu'à toi.
Pleure, oublie mon prénom, mes yeux, c'est préférable.
Pleure, en notre bonheur tu dois garder la foi.
Tiens, j'étais déjà triste à l'époque. J'ai toujours été très lucide pour mon âge.
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Dernière mise à jour par : JWRK le 14/11/03 21:31
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Réponse au Sujet 'Poésie réactionnaire' a été posté le : 29/10/03 10:11
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Je voudrais traverser les mille paysages
Du monde, et y franchir mille contrées étranges,
Et dans mille pays sur la paille des granges
Dormir, sous mille cieux cuivrer mon fier visage.
Et je traverserais les villes dont les âges
Sont sans nombre, et, courant, des collines oranges,
Et des montagnes nobles aux névés en frange,
Et des forêts anciennes peuplées de présages.
Trouvant sur les chemins des amis fraternels,
Je concevrais pour eux un feu plus qu'éternel,
Souffrant de leur douleur, ne les quitant qu'en larmes.
Alors, marchant malgré la faim, de froid tremblant,
M'élançant essouflé parmi les longs blés blancs,
Je tiendrais dans mes mains les aigles et une arme.
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Dernière mise à jour par : JWRK le 14/11/03 21:33
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Réponse au Sujet 'Poésie réactionnaire' a été posté le : 08/11/03 21:41
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Merci pour ces encouragments, cela m'apporte un peu de réconfort de savoir mon oeuvre appréciée. Et apr les temps qui courent, c'est loin d'être superflu.
Bon, retroussons nos manches, en voici un autre :
A PIERRE DRIEU LA ROCHELLE
Où es-tu, toi du ciel fuyard toujours errant ?
Vers quel cieux as-tu fui ton sort désespérant ?
Ici règne toujours la haine et le mensonge.
Ici l'on rit de toi, on crache sur tes songes.
Ici tu es proscrit comme un Œdipe antique.
Ici règnent toujours les agneaux aux abois,
Ceux que tu connaissais, vendeurs d'armes en bois,
Proxénètes de paix ivrognes et infâmes,
Marchands d'humanité et défenseurs de femmes.
Tous les connaissais tous, ces vertueux maquignons,
Et tu les as haïs dans leurs beaux Matignon,
Et tu rêvais de mort pour tous ces scolopendres,
Et voulais rester libre, et eux ils t'ont fait pendre.
Et tu n'étais pas beau, et tu n'étais pas grand,
Et tu ne renias point tes idéaux flagrants.
Ici tombe la nuit, tu es mort, disparu,
Tel le chasseur guettant le fauve près du ru,
Tel l'espagnol solaire que tu vénérais;
Ici l'on te sait mort, on te veut enterré.
Ton combat, ton courage sont objets de rires,
Et tes livres, ô Pierre, on ne peut plus les lire.
Et peut-être je suis de tes épistoliers
Le dernier, et mon, cœur, mes mains déjà sont liés.
Adieu, toi, près de moi qui reste, grand de France,
Merci pour tes exemples et pour tes souffrances,
Et pour ton sang trahi où je trempe ma plume,
Et pour ton feu enfin qui ma révolte allume.
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Citation :Excellent jeu de mots sur le titre, en tout cas, même si, sans ma môman, je serais complètement passée à côté...
Dernière mise à jour par : Oph qu ourse le 29-09-03 21:46
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Oph, je suis confus, je ne me suis aperçus de ton message qu'à l'instant, en relisant les vieux. Merci donc à toi aussi.
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Dernière mise à jour par : JWRK le 14/11/03 21:34
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Réponse au Sujet 'Poésie réactionnaire' a été posté le : 14/11/03 21:29
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C'est curieux, je peine toujours à trouver des titres à mes trucs... J'aligne un vers, puis deux, et la fin j'obtiens un sonnet. Et quand je le relis, aps l'ombre d'un titre. Ce dont on peut conclure que la chose en question n'a pas de thème valble, ni de propriété particulière, ni d'intérêt à proprement parler.
Bon, j'arrête de gloser et je copie :
Les aulnes déployaient leur poésie vantarde,
Le rythme forestier, sombre, de leurs neuf pieds,
Leur folklore inquiétant qui semble nous épier,
Et la rime rhénane aux harmonies bâtardes.
Et comme autour du feu de bohémiens en hardes,
Je tremblais, lisant, noirs sur le studieux papier,
Les vers du Francfortois que j'avais recopiés,
Sons mal saisis, obscurs où notre voix s'attarde.
Les mots académiques m'étaient incompris,
Il fallait, par devoir, lire leur poétique,
Et les conversations faisaient hurler leurs cris.
Quand soudain, ton étoile partie de mes cieux,
Brûlant comme un flambeau sur le Rhin romantique,
Réveilla dans mes pleurs ton souvenir gracieux.
Et cetera, et cetera...
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Dernière mise à jour par : JWRK le 16/01/04 22:04
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Réponse au Sujet 'Poésie réactionnaire' a été posté le : 16/01/04 22:08
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Un quatarin rédigé vers lce Noël d'un seul jet en moins de deux minutes, pendant une de mes insomnies où la maladie me torturait :
Quand ma force virile autrefois si bravache,
Crève et meurt dans les toux que m'apporte l'hiver,
Je voudrais être aux Alpes doux gardien de vaches,
Baisant quelque Manon au creux d'un grand pré vert.
Je deviens bizarre, quand je deviens malade...
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Réponse au Sujet 'Poésie réactionnaire' a été posté le : 23/02/04 09:37
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un d'avant les vacances, que je n'avais pas eu le temps de recopier :
Il rôde des secrets que je ne comprend pas ;
Les femmes qui connaissent mieux que moi les livres
Rient souvent des chants clairs où leurs voix se délivrent
Et des dangers profonds s'approchent à grand pas.
La pensée nous expose de nombreux appâts :
Etre artiste, innocent, sage, fécond, brave, ivre.
Mais il est très facile et très simple de vivre.
A la vue d'un plaisir on se dit : pourquoi pas ?
Mon coeur frissonne au bruit des forces souterraines,
Mon crâne est un caveau tout rempli de murènes.
Les mythes réservaient la connaissance aux dieux.
Mais j'ai laissé filer la bride vagabonde
D'un esprit où de vagues sinistres abondent,
Et j'ignorerai tout dans un scrupule odieux.
et un composé pendant mon périple transalpin :
TROUBLES DE LA VISION EN MILIEU FERROVIAIRE
J'ai reconnu dix fois Ses cheveux blonds lyriques
Sur le quai, en longeant le train gris indistinct.
Parfois, devant mes yeux passait comme un destin
Un voile obscur, diaphane, aux ailes oniriques.
Je marchais dans mon livre au coeur des Amériques,
Mes voisins, gens polis, doux, de vieux sacristains,
S'alarmaient quelque peu par de sages instincts.
Tout devenait pour moi formes géométriques.
Je relus le prénom qui nouait mon problème.
Mes yeux ne voyaient plus que des losanges blêmes,
Et devenir aveugle m'effrayait vraiment :
Reverrais-je jamais Saint-Bomer et ses glèbes,
Les acteurs que j'aimais, les femmes, les Célèbes,
Et les tableaux anciens où dansent des gréments ?
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Dernière mise à jour par : JWRK le 23/02/04 09:39
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Réponse au Sujet 'Poésie réactionnaire' a été posté le : 12/03/04 22:04
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A UN MAITRE D'ANGLAIS
J'aime bien, Professeur, tes farces imbéciles
Et sur ton corps de nain, tu as bien bonne trogne,
Comme Proudhon, Jaurès ou ces vieilles charognes
Qui font dans les musées de splendides fossiles.
Tes thèmes creux souvent sont assez difficiles,
Mais quand sur tout parles à tord sans vergogne,
Te prêter de l'esprit, c'est aller en besogne
Un peu vite, un peu loin, singe du Sud gracile.
Tu es un démocrate, et, bien mieux, un bouffon,
L'Académie que tu railles si bien, au fond,
T'élirait volontiers à son fauteuil douzième.
Dans un abécédaire, apprends - écoute-moi -
Chaque jour, le français ; dans un peu plus d'un mois,
Tu pourras enseigner aux classes de Sixième.
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Réponse au Sujet 'Poésie réactionnaire' a été posté le : 16/03/04 16:58
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Et hop, place à une ballade. Que d'émotions.
LA BALUSTRADE
Je penche sur la balustrade
Mes vieux sourcils apesantis,
Jamais l'échos des sérénades
Sous mes vitres n'a retenti.
La ville est comme une charade
Sans solution : on m'a menti.
Je sifflote une vieille aubade,
La mort m'a pris pour apprenti.
Rugissant sur la route froide
Une voiture ralentit ;
Les pauvres font des algarades
Dans mon quartier de bien-nantis.
On dit qu'ils sont mes camarades
Mais loin d'eux je me suis senti
Depuis que sur leurs barricades
La mort m'a pris pour apprenti.
L'asphalte est une grande rade,
Où flotte le préfixe "anti".
Anti-art est une tirade
Qui sclérose un esprit petit.
Comme pour voir une parade,
Je courbe mon corps mal bâti.
Tiens ! L'état des cieux se dégrade.
La mort m'a pris pour apprenti.
Les gais trouvères des Cyclades
Voudraient mes poèmes gentils.
Mais c'est une triste ballade :
La mort m'a pris pour apprenti.
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Cachée
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