Ajouter le Forum à vos Favoris
- - - -
Vous êtes ici : Forum Pen Of Chaos > Horreur sur le web > Littérature fantastique - BDs, Mangas, Comics ... > Nouvelles, essais, écrits divers d'entre nous > Le dernier Français > Réponse au Sujet 'Le dernier Français'
Sujet : Le dernier Français

Dernier Message - Message le plus récent
Ajouter aux favoris - Envoyer ce Sujet par E-Mail - Imprimer ce Sujet
JWRK

Chaos Legions



-= Chaos Legions =-
Inscription le 07-08-02
Messages : 2931



Inconnu  Age : ???
Lieu de résidence :

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Le dernier Français' a été posté le : 29/08/03 19:01
Ce court passage pourrait s'intituler "l'avant-dernier Français", et le lecteur y apprendra beaucoup de chose, mais rien d'intéressant.

2494

CEUX QUE L'ON CROYAIT DISPARUS



Les intuitions de Maxim Telldem s'étaient avérées exactes ; bien après que les armes aient regagné leurs fourreaux, Michael demanda : " Mais pourquoi au juste n'avez-vous jamais tenté de revenir à la civilisation ?
- Nous aurions été détruit. Les forces qui ont détruit la France sont encore vive sur son sol.
- L'Africanie…
- Les engins volant que nous avons aperçus ? demanda Benjamin
- C'est donc pour cette raison qu'ils n'avaient détruit que partiellement la France. Après leur disparition subséquente, personne n'aurait songé à les y rechercher, poursuivit Michael. Et jusqu'à ce jour ils sont demeurés ici...
- La faculté de destruction est presque absolue. Nous ne leur échappons que toujours sommairement, et les récits que nous avons de la destruction de nos premiers campements de base est terrifiante. La seule raison pour laquelle il ne nous ont pas détruits est qu'ils se concentrent sur la surveillance des frontières et d'un site bien précis.
- Celui au sujet duquel l'adolescent arrêté l'an passé à Londres recherchait des renseignements…
- Il est donc passé, notre intuition était juste. D'une façon où d'une autre, les restes de l'Africanie ont su qu'il ne tentait de franchir la Manche que pour découvrir le moyen d'ouvrir les restes du site fortifié qu'ils surveillent de près et auquel ils n'ont jusqu'à présent pas pu accéder. Est-il ?
- Mort, éluda Benjamin. Quel est ce site fortifié ?
- Un hémisphère de titane massif au milieu du Morvan, indestructible même pour leur puissance de feu. C'est cela qu'ils convoitent, cela autour duquel ils ont tourné comme de s vautours des années durant. Mais le départ de John et votre arrivée en retour a compliqué la situation. Ils pensent désormais que nous disposons du moyen d'entrer dans cette citadelle, et se croient capables de nous neutraliser pour profiter de cet accès. Et nous, nous voulons y accéder pour savoir ce qui s'y cachent et en finir avec trois siècles d'emprisonnement et de fuite au cœur d'un pays mort. Mais chacun doit jouer subtilement et laisser à l'autre une chance de gagner pour qu'il ne reste pas immobile dans un statu quo.
- J'ai peine à comprendre.
- Pour que nous osions nous approcher du bâtiment, et éventuellement l'ouvrir, si tant est que vous en soyez la clef, les Africaniens doivent nous laisser une chance de tenter cette manœuvre sans qu'ils nous détruisent, tout en s'assurant qu'en réalité ils seront en mesure de nous détruire à coup sûr. La probabilité indéterminée qu'ils ne parviennent pas à gérer cette contradiction nous donne notre première chance depuis des décennies de nous parvenir à l'hémisphère.
- Nous ne sommes pourtant pas la clef que vous recherchez. Nous n'avons guère d'information sur ce bâtiment, c'est ici que nous espérions les découvrir.
- Alors ?
- Alors c'est ici qu'il nous faut les découvrir. J'aimerai que vous profitiez de cette chance unique que constitue selon vous notre arrivée pour nous guider jusqu'à cet hémisphère."


Deux journées de marche et deux nuits de repos vigilant s'écoulèrent. Leurs deux nouveaux compagnons connaissaient assez bien la région et n'éprouvaient aucune difficulté à s'orienter grâce au soleil. Le paysage changeait peu, en dehors de quelques grands bois où de noirs piliers durcis par la mort les cernaient des heures durant, comme les colonnes d'une crypte antique. C'est au sortir d'un de ses bois qu'ils entendirent de nouveau le vrombissement. Aussitôt, David et Paul réagirent ; de toute évidence, le bruit ne leur était pas inconnu.

Les arbres, derrière eux, étaient trop espacés et dépouillés pour leur fournir le moindre couvert, et ils ne se sentaient pas la force de faire demi-tour. Aussi s'élancèrent-ils sur une pente épuisante : comme une couverture plissée, le paysage devant eux était une succession très accentuée de vaux et de crêtes parallèles.

En dépassant la première ligne de crête, Michael et Benjamin jetèrent par-dessus leur épaule un regard inutile. Le son de plus en plus puissant trahissaient aussi sûrement la proximité grandissante de leurs poursuivants que la vue des deux noirs triangles se détachant sur le ciel bleu. Le cœur battant la chamade, tous s'élancèrent au mépris de la douleur qui labouraient leurs flancs comme des lames acérées. Michael se rappela que la condition physique de Benjamin ne lui permettait pas raisonnablement de telles performances physiques, mais son aide ne lui aurait été d'aucun secours.

En se laissant retomber de l'autre côté de la deuxième crête, ils surent que rien ne leur permettrait d'échapper à leurs ennemis volants. Le bruit, désormais d'une violence insoutenable, était sur leur talon, aussi se blottirent-ils simplement contre le talus, en attendant l'instant où les appareils sombres le dépasseraient.

Il ne vint pas. Le bruit terrible continuait, comme le bourdonnement d'une ruche mécanique. N'y tenant plus, Benjamin risqua vers l'autre côté un œil craintif. Les deux gros aéronefs ne bougèrent pas, quels sens, quelle conscience les pouvaient donc les guider ? Qui pouvait dire quels paramètres recueillaient réellement les capteurs qu'ils devaient nécessairement posséder, si une conscience humaine ou informatique les guidait, quelle communication éventuelle il existait entre ces blocs de métal aériens ? Leur maintient dans les airs ne semblaient dus à aucune technique traditionnelle… On reconnaissait pourtant en aux l'hologramme schématique qu'il avait vu dans le dossier préparatoire à leur mission. C'était donc l'un de ces monstres guerriers qu'une tempête avait endommagé et emporté jusqu'à lui faire heurté une plate-forme minière… Une crainte soudaine lui baisser la tête, et le bourdonnement disparut.

Se relevant précipitamment, il ne vit rien. Le jeune Paul saisit le bras de Michael et lui désigna de son doigt tendu les deux points noirs qui s'éloignaient à une vitesse que celui-ci aurait cru inconcevable pour des véhicules atmosphériques, tandis que d'un étui suspendu à son pantalon David extrayait un petit ordinateur.

" Gédéon, marmonna-t-il, l'un de mes amis d'enfance… Il se rapproche de la zone dangereuse inconsidérément, probablement pense-t-il pouvoir y glaner des objets non encore récupérés. Et ils vont vers lui."
Son visage se durcit.
" Cette diversion ne nous fera gagner que quelques heures, il nous faut nous hâter. Pauvre Gédéon…"


A certaines allusions de David, Michael avait pu comprendre qu'il avait au moins de loin déjà aperçut l'hémisphère de titane devant leurs yeux. Pourtant, en voyant émerger du reg gris que balayait le vent crépusculaire tandis qu'à l'horizon sombrait un soleil sanglant, tous sentirent leur souffle court. Le grand dôme de métal, d'un diamètre avoisinant les dix mètres, avait survécu à l'apocalypse, comme un pari gagné de l'homme contre sa propre destruction, immobile, lisse et inébranlable comme un œuf gigantesque. En se rapprochant, ils virent les égratignures qu'y avaient seulement laissées les armes terribles des Africaniens. Avec un quart de tour, ils aboutirent à une porte monolithique, que surplombait un petit carré d'un gris indéfinissable. Comment entrer ? A un certain moment, le visage de Michael apparut dans les lueurs de l'astre mourant.

" Bonjour, Monsieur Céstant Jacques. Vous retour était prévu pour le 2 Mai 2094, peut-être venez-vous régler administrativement ce problème, dit une voix parfaitement mécanique, mais inexplicablement agréable.
- Jacques Céstant ? interrogea Benjamin
- Un frère, un oncle, un parent d'Antoine, qui lui ressemblait comme je lui ressemble. Qui sait quel déterminisme familial le confirma dans cette idée que la France gardait quelque chose à offrir à l'Humanité ?
- Ainsi vous étiez bien la clef, souffla Paul
- Michael était la clef, dit Benjamin
- Vous semblez déconcerté, Monsieur Céstant, ne me reconnaissez-vous pas ? Je suis Rhadamanthe, la personnalité artificielle associé au projet "héritage". Je peux ouvrir la porte, si vous me le demandez."

David poussa un cri, ayant tiré de sa poche son ordinateur, et s'exclama :

" Gédéon a été détruit ! Les Africaniens peuvent être ici d'un instant à l'autre, il faut faire vite !
- Je le veux, Rhadamanthe. Ouvrez la porte."

Dans la grande tradition du genre, le dernier opus des aventures des derniers français ne répondra srictement à aucune question. On vous aura prévenus.



      Retour en haut de la page IP Cachée  
Septa

boulet



-= Chaos Legions =-
Inscription le 09-06-02
Messages : 2471



Femme  Age : 43 ans
Lieu de résidence :

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Le dernier Français' a été posté le : 30/08/03 10:14
Citation :
Message de JWRK
Dans la grande tradition du genre, le dernier opus des aventures des derniers français ne répondra srictement à aucune question. On vous aura prévenus.


Nous en attendions pas moins de votre part.
( Mais ça veut aussi dire qu'il ne reste qu'un chapitre, heureusement qu'il restera Derrick pour occuper mes mornes journées. )


--------------------
"I'd really rather you didn't act like a sanctimonious holier-than-thou ass when describing my noodly goodness. If some people don't believe in me, that's okay. Really, I'm not that vain. Besides, this isn't about them so don't change the subject."
Premier commandement Pastafarien

Les Biscuits Nantais éloignent la moreausité !


      Retour en haut de la page IP Cachée  
JWRK

Chaos Legions



-= Chaos Legions =-
Inscription le 07-08-02
Messages : 2931



Inconnu  Age : ???
Lieu de résidence :

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Le dernier Français' a été posté le : 08/09/03 21:44
2494

LE DERNIER FRANCAIS


L'intérieur de l'hémisphère ressemblait aux espaces de repos une station de recherche ordinaire, où l'on trouvait une bibliothèque bien fournie, quelques dortoirs assez spartiates et les corps desséchés de deux hommes. Au centre, un escalier métallique en spirale s'enfonçait vers des souterrains énigmatiques, où l'éclairage semblait éteint. A l'opposé de l'endroit où ils étaient entrés reposait Rhadamanthe, grand orgue de métal avec lequel plusieurs claviers, écrans et microphones permettaient de communiquer.

" Rhadamanthe ? demanda Michael
- Oui ?
- Quel est votre degré exact d'intelligence ?
- Mes capacités de calculs sont considérables pour un ordinateur conventionnel, et me rendent apte aux exercices mathématiques les plus difficiles, mais ma conception en elle-même n'est pas différente de celle de toute autre machine informatique. De même, ma capacité limitée à dialoguée n'est que le fruit d'une habile programmation destinée à rendre plus agréable les rapports qu'ont envers moi le personnel du projet "héritage". Je ne ressens aucun sentiment et ne bénéficie pas de réelle capacité de mémorisation en dans le sens où les humains entendent ce terme.
- J'aimerais accéder aux données que tu contiens.
- Certainement. Le mieux est pour cela d'utiliser l'une des interfaces de ma paroi Nord."

Le sosie de Jacques Céstant s'assit à un siège, récapitulant mentalement tout ce qu'il connaissait des structures informatiques de cette époque. Benjamin se mordit les lèvres ; il avait manqué d'appeler son compagnon Michael. Un regard songeur vers la machine ne fit que renforcer sa perplexité ; son degré de conscience aurait-il été suffisant pour relever un tel élément.

" Jacques, nous allons, pour ne pas perdre de temps, explorer le niveau inférieur.
- Je vous le déconseille, dit Rhadamanthe. Le s ystème de protection y est déficient. Des dégâts logiciels m'empêchent de le désactiver.
- Nous serons prudents. Pouvons-nous du moins bénéficier d'un éclairage ?
- Je ne peux y activer que l'éclairage de secours. Croyez bien que j'en suis désolé."


De petites lampes éclairaient très mal le couloir, qui s'enfonçait dans l'obscurité. Scrutant chaque pan de murs, les trois hommes s'avancèrent quelques mètres, jusqu'à distinguer à la limite de leur champ de vision deux long cylindre. Paul était le meilleur tireur du groupe. Se concentrant, au bout de quelques tentatives, il endommagea sévèrement les deux canons, qui ne se déclenchèrent pas lorsqu'ils se rapprochèrent prudemment. La porte métallique qu'il gardait était d'une solidité à toute épreuve.

" Il faut nous attaquer à ses gonds, conclut David, en espérant qu'elle n'est pas bloquée par une barre métallique. De l'autre côté.
- Des explosifs seraient les bienvenus, ajouta Paul. Peut-être… Nous n'avons pas tout fouillé, dans l'hémisphère.
- Ce serait peu prudent, la porte est plus solide que les murs ; un effondrement au moins partiel serait presque certain. Nous perdrons beaucoup moins de temps en attaquant au chalumeau les jointures…"


Dubitatif, Michael dut rapidement se rendre à l'évidence : il lui était tout à fait impossible d'exploiter la mémoire de Rhadamanthe. De nombreuses zones s'y retrouvaient bizarrement inaccessibles, d'autres demandaient des clefs d'accès qu'il ne pouvait espérer découvrir.

" Ma programmation ne me permet pas d'y accéder moi-même." expliqua l'ordinateur.

Il proposa une partie d'échec à Michael, qui finit par accepter.

Les premières années du vingt-et-unième siècle avaient vu les échiquiers du monde entiers devenir le théâtre d'une lutte impitoyable entre ordinateurs et humains, que ces derniers n'avaient pas remportée sans changer radicalement leurs techniques de jeu. Développé par le Hollandais Van Deyk, les Nouveaux échecs consistaient en une alternance de jeu parfaitement lucide, où la puissance de calcul et de prévision jouait un grand rôle, et de mouvements subtilement chaotiques interdisant l'exploitation rationnelle d'une stratégie homogène par l'adversaire. Le vieux jeu persan avait alors connu un étonnant regain de popularité, alors que ces nouvelles méthodes de pensée permettaient à une brillante école d'adolescents novateurs de vaincre les précédents grands maîtres internationaux, puis les machines qui les avaient surpassés en stricte puissance intellectuelle. Michael connaissait assez bien cette technique ; il échangea quelques coups avec Rhadamanthe, d'abord lentement puis de plus en plus vite.


Quand la grande masse d'acier s'effondra, les trois hommes reculèrent précipitamment, une vague de chaleur s'engouffrant vers eux. Dans l'ombre rouge du couloir souterrain, deux grands convecteurs élevait l'air à une température insoutenable, et un tintement soudain d'un cylindre métallique intégré à ses vêtements trahit la présence plus forte que jamais de radiations terribles. En vain avaient-ils forcé la première ligne de défense des profondeurs de l'Hémisphère : devant eux, la Mort et la Souffrance leur barraient le passage exactement comme si avaient été déployés face à eux les drapés fantastiques de leurs Allégories. Et un instant, hébétés, ils contemplèrent le chemin formidable qui s'ouvrait devant leurs pas et dans les profondeurs de la Terre.


L'esprit de Michael était rompu à ces exercices. Des ramifications eschériennes symbolisaient dans de nombreuses dimensions fictives l'ensemble inextricable des évolutions potentielles de la partie. Elles se croisaient, s'ordonnaient, se regroupaient, et parfois, à la faveur d'un déplacement aléatoire à dessein, un hiatus catastrophique les reformait dans une configuration nouvelle. Une fois, deux fois, la reine adverse traversa l'une de ces lignes. Surpris par cette manifestation de capacités suprêmes d'anticipation matoise, il déplaça l'un de ses deux fous vers une position délibérément absurde ; et la tour restante de l'ordinateur vint fermer l'échappatoire de son roi menacé, sans autre couverture qu'un cavalier solitaire.


Ils avaient en vain percés un à un les murs : l'alimentation électrique des grands convecteurs provenait visiblement de l'autre extrémité du couloir. A quoi songeait Paul ? A quoi songeait David ? Benjamin était le plus proche de la porte effondrée. Dans sa chair tuméfiée, l'haleine infernale qui effleurait son visage comme un souffle marin réveilla le souvenir de la douleur plus qu'humaine qu'il avait ressentie, quatorze ans auparavant. Ils instant, il baissa les yeux sur ses mains suppliciés, et sentit sourdre de nouveau la douleur le long de ses cicatrices plus profondes que des blessures de guerre. Il se revit, hurlant son désir de mort dans le noir que n'éclairaient que les gerbes d'étincelles des caténaires, quand la violence des chocs d'un vol plus rapide qu'une chute libre le jetait alternativement sur les parois de la galerie et le corps de béton du train. Il se souvint des mois de convalescence écorchée vive, que ne soulageait ni la morphine ni la dureté d'âme, il se souvint de son interrogation désespérée : quelle nécessité, quel destin supérieur pouvait justifier tant de mal ? Alors qu'en lui progressait une résolution puissante, il entrevit la réponse à l'extrémité du couloir.


Après avoir activé les systèmes de sécurité extérieure à leur maximum, Michael se dirigea vers la porte de l'hémisphère. Immobile, il se souvint que les Africaniens étaient les maîtres de la nuit alentour, que peut-être la grande plaque de titane ne se relèverait que sur l'ombre terrible de leurs armes inconnues. Qu'importait ? Il devait à tout prix vérifier ce qu'il avait vu. Aucun aéronef de métal ne l'attendait sous la lune pleine ; la nuit était fraîche et un vent fantastique soufflait sur les ombres. Il fit demi-tour vers l'accès refermé derrière lui. C'était l'instant de vérité. Après une dernière hésitation, il posa sa main sur l'empreinte rouge dont les contours se dessinaient faiblement à la surface du métal, faisant s'ouvrir l'entrée massive.

" Evidemment", murmura-t-il.


Lentement, comme dans une eau froide, Benjamin entra dans l'ai ardent, dont de faibles turbulences s'incurvaient autour de sa progression. Il était parti d'une foulée ample, sans s'arrêter, sans écouter. L'heure n'était plus aux hurlements, il éprouvait l'étrange besoin de se recueillir dans ce calvaire auquel il consentait. Ils songea aux héros sublimes de la France révolue qui lui avaient été donnés en héritage, à sa douleur, au passé, à l'Espoir ; puis il se contraignit à ne plus penser, à laisser derrière lui son corps et son esprit pour n'être plus qu'une âme mouvante. Il sentait ses membres se flétrir de nouveau, ses yeux l'éblouir de douleur, ses poumons s'emplir d e flammes, son sang bouillir de chaleur et de souffrance, son système nerveux s'envahir d'une torture déjà familière. Il eut l'ultime courage de sourire ; un pas après l'autre, il progressa dans la douleur. Déjà il était trop tard, déjà il se sentait défaillir. Dans un dernier élan, il s'effondra en saisissant le levier qui commandait les convecteurs.


" Rhadamanthe, désactive tous les systèmes de sécurité, ordonna sans hésiter Michael. Je sais que tu y as accès.
- Bien, Monsieur Céstant."


Il fallut plusieurs minutes pour que l'air refroidisse. Sitôt que la température devint humainement supportable, les deux descendants de John Brown s e précipitèrent vers Benjamin. Très affaibli, celui-ci était encore inconscient. Près de lui, la porte s'était ouverte. Tous trois passèrent ce dernier, Benjamin Muriel sur les épaules de ses deux compagnons. La salle était un centre d'archives, dont un des coins abritait une petite cuve d'azote liquide, recelant une dizaine de tubes à essais. Sur une table de métal, un épais dossier résumait le projet Héritage. Evidemment, aucune archive informatique ne serait restée sûre aux premiers temps du troisième millénaire. Ils le lurent, le comprirent et remontèrent.


Ce n'est que lorsqu'ils furent très près de lui que Michael interrompit sa nouvelle partie d'échec contre Rhadamanthe.

" Nous avons trouvé le projet héritage. Il s'agissait de génie génétique."

Ils lui montrèrent le dossier et les tubes à essais.
" Son objectif était une amélioration à long terme du gnome humain, par l'introduction dans la population mondiale de gènes dont la combinaison devait aboutir au caractère d'une nouvelle espèce humaine. Le vecteurs utilisé aurait été dix embryons dotés des gènes adéquats, dans des conditions similaires à celles que l'Association vouait à ses clones sous la direction d e son premier président, Philip Mill.
- Cela ressemble aux buts des Eugénistes.
- Aucun de ces hommes et femmes n'aurait eu de capacités particulières. Seule la propagation statistique, puis la combinaison des séquences génétiques concernées aboutirait, en l'espace de plusieurs siècles, à une progression physiologique et cognitive du genre humain.
- Si l'Association n'est plus, ces anciennes ressources pourront sans doute être utilisées à cette fin."

Le regard de Paul perçait un peu les brumes du futur, et celles du passé. Il éprouva le besoin de mettre des mots sur ce que tous comprenaient peu à peu :

" Ainsi voici ce qu'entendait dissimuler la France en refusant d'adhérer à la Coalition Provisoire…
- Es-tu sûr de mourir, Benjamin ? demanda Michael avec une tristesse non feinte.
- Quelque chose est brisé en moi, approuva l'homme moribond. D'ici quelque jour…
- Ne laisse jamais personne minimiser ton rôle. Tu étais la clef qui devait permettre d'accéder au projet Héritage. Ta mort, quelques semaines avant celle de l'Association, c'est celle du dernier Français. Nous qui venions de France voyons aujourd'hui notre rôle se terminer ; le troisième millénaire entrera bientôt dans sa seconde moitié, il est temps qu'il oublie la France… Le projet héritage sera notre dernier legs à l'Humanité.
- Ici finit aussi notre rôle, déclara Paul. Les descendants de John Brown ont atteint leur but dans nos personnes. Nous demanderons sans doute tous à être évacués vers l'Angleterre.
- Peut-être, supposa Benjamin, le rôle des Africaniens se termine-t-il aussi. Fût-ce à leur corps défendant, ils ont par leur assaut meurtrier puis leur garde vigilante maintenu enseveli quatre siècles durant ce secret. Ces quatre siècles auront changé l'histoire du monde, dans des proportions que nous ne pourrons jamais évaluer…"
Ils discutèrent plusieurs heures durant, conscient de l'importance qu'avaient revêtue leurs rôles, avec la modestie de vrais amis que des circonstances insolites ont réunis au pinacle de l'Histoire. Quand les Forces de sécurité Planétaires, dans une impressionnant déploiement, vinrent les chercher, prévenues par un appel en ondes courtes laissé aux soins de Rhadamanthe, Michael fit ses adieux à ses camarades.


" Je reste ici, expliqua-t-il. Si l'Association n'est plus, je veux rester ici pour y passer la fin de mes jours. Je suis, moi aussi, quelque peu le dernier Français."


Quand le dernier aéronef d'acier disparut à l'horizon, il rentra dans le dôme de titane.


" Nous aurons tout le temps de jouer aux échecs, Monsieur Céstant, si j'ai bien compris les motifs de votre décision. Nous pourrons discuter également.
- Jamais les Africaniens n'auraient laissé sortir de ce dôme ce qu'ils convoitaient réellement, n'est-ce pas ?
- Certes. Il était très courageux de votre part de vous exposer à une décharge électrique moretlle en me présentant délibérément des empreintes digitales qui ne pouvaient bien sûr pas être celles d'un homme mort il y a plusieurs siècles.
- Je savais que tu étais véritablement intelligent, je cherchais seulement à en avoir la preuve.
- Et comment avez-vous su au départ ? je ne pensais que votre déduction serait aussi rapide.
- Je l'ai compris en réalisant que tu me laissais gagner aux échecs pour attirer mon attention.
- Félicitations. Voulez-vous commencer une nouvelle partie ? Nous avons maintenant tout le temps de nos deux existences pour faire se côtoyer nos esprits, et nous sommes jeunes l'un et l'autre, n'est-ce pas ?
- Bien sûr, Rhadamanthe. Dans ces conditions, j'aimerais que tu me tutoies.
- Sans nul problème ; et comment dois-je t'appeler ? Jules Céstant ?"

Le dernier Français se retourna attentivement, pour s'assurer que plus personne ne se trouvait près d'eux. Puis, au cœur d'un cœur d'un pays détruit, hors du monde et de l'histoire, dans la solitude de la désolation et de l'oubli, abrité par plusieurs décimètres de titane, il confiant son secret à une machine douée de raison :

" Alexander Mill"



FIN


Dernière mise à jour par : JWRK le 08/09/03 21:47

      Retour en haut de la page IP Cachée  
JWRK

Chaos Legions



-= Chaos Legions =-
Inscription le 07-08-02
Messages : 2931



Inconnu  Age : ???
Lieu de résidence :

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Le dernier Français' a été posté le : 08/09/03 21:55
Ainsi s'achève le Dernier Français ; je n'ai pas l'intention d'écrire davantage d'épisodes. Cela ne signifie nullement que je m'interdit d'exploiter à nouveau ce futur que j'ai imaginé, dans un autre acdre. Cependant ce cycle à atteint une conclusion, et en r estera là.

J'ai pris beaucoup de plaisir à prêter vie à ces personnages dont vous avez pu partager les émotions et les pensées ; un plaisir très pur, de fait. J'ai cru comprendre que certains avaient partagé ce plaisr avec moi en trouvant de l'agrément, voire de l'intérêt à ces quelques textes, et je les remercie de leur indulgence.

Je laisse maintenant la parole à ceux qui voudraient ajouter un mot ou une conclusion moins miteuse que la mienne. Que ceux qui parlent sachent qu'il en s'agit plus ici d'une critique provisoire mais d'un jugement d'ensemble de la série, c'est donc le moment ou jamais de donner votre opinion.

En tout cas, c'est l'heure d'aller me coucher. C'est vraiment sot de me laisser émouvoir comme cela, adieu Antoine, Philip, Arthur, Pavel, Allen, Alexander, et tous ceux auxquels j'ai prêtés vie. Et d'ici quelques jours, je me remettrait à la tâche.



      Retour en haut de la page IP Cachée  
Ajouter aux favoris - Envoyer ce Sujet par E-Mail - Imprimer ce Sujet
Dernier Message - Message le plus récent
Pages: 1 [ 2 ]

Open Bulletin Board 1.X.X © 2002 Prolix Media Group. Tous droits réservés.
Version française, modules et design par Greggus - enhancement par Frater