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-= Chaos Doomed =-
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Nos solitudes a été posté le : 11/04/03 10:54
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Nos solitudes
Je pourrai rester enfermé sans voir les heures ni les jours passer. A fumer. A pleurer. A rêver.
La seule notion de temps qui importe est celle des mouvements de l'âme. Se barricader, se cacher pour extraire cette douleur insupportable que personne ne doit voir. Puis attendre l'instant ultime où je pourrai enfin libérer mon âme en créant.
Je suis peintre. Quelques uns de mes tableaux ont été exposés il y a quelques années dans une petite ville perdue, à la Passerelle, un centre culturel peu fréquenté. Le nom évocateur du lieu m'inspira alors de forts espoirs, dont celui de me voir guérir et regagner la raison en construisant un passage entre moi et les autres.
J'aime m'isoler des jours entiers en coupant tout moyen de communication. Sauf un, qui m'est essentiel. Ma fenêtre.
Quand je vivais encore à la ville, je passais de longues heures à ma fenêtre à observer la rue. Dans mon isolement le plus complet, je regardais toutes ces gens affairées à leurs devoirs. Je m'amusais à comprendre ce qu'étaient leurs vies, leurs habitudes, leurs envies ou encore leurs regrets. Je voyais cette jeune fille étudiante qui vivait dans l'immeuble en face du mien s'en aller à ses cours, revenir avec les bras chargés de bouteilles d'alcool, promesse de l'oubli et de la communion. Une horde d'hommes et de femmes s'engouffrait dans ses couloirs le soir venu. Je les entendais festoyer, chanter, baiser, pleurer. Quelques mois plus tard, elle commença à travailler et la joie de vivre dans ses yeux s'éteignit aussi rapidement qu'un sceau d'eau qui tue un feu.
Je voyais aussi cette vieille femme incomprise qui cherchait du réconfort ou cet homme à la retraite qui ne jurait que par Dieu. Je voyais des Africains au coin de la rue à attendre je ne sais quoi toute la sainte journée.
J'attendais la nuit avec impatience comme on attend l'arrivée de l'être aimé. Mes nuits étaient plus belles que leurs jours. La nuit était ma meilleure amie. Son silence et ses étoiles enveloppaient les lumières de la ville endormie et ses mystèrieux aventuriers...Je devenais le seul être vivant sur Terre et plus aucun d'eux ne pouvait m'atteindre ni me contrarier.
Tant que ces milliers de vies m'entouraient, je prenais goût à mon isolement qui n'avait que davantage de valeur et me donnait la douce illusion, malgré tout, de vivre. Joseph venait me voir de temps à autres, seule compagnie que je tolérais plus de quelques heures dans mon royaume. Joseph était un cas social. On lui avait accordé de vivre comme tout un chacun à la condition qu'il suive son traitement. Il arrivait parfois chez moi après une longue déambulation nocturne, dépenaillé, avec ses chaussettes trouées, usées par la marche et son sourire béat sans dents. Il adorait sortir après avoir pris ses médicaments qui le rendaient joyeux et stable. Il arrêtait alors les gens pour leur demander « T'as pas un clope, s'te plaît ? », prétexte à la rencontre. Un soir, il a sonné à ma porte. Il a foncé aux toilettes et y est resté des heures. Quand il fût enfin sorti, une odeur nauséabonde s'échappa. Il avait évacué de tous côtés. Puis il s'en est allé sans mot dire, éteint et anéanti. Il y avait aussi Go, ce black arrivé de nulle part, toujours habillé de noir et qui venait se shooter dans mes toilettes. Je le laissais faire. Ses yeux me parlaient de nos solitudes.
A présent, je vis entre la Mer du Nord, la Mer de Norvège et l'Océan Atlantique, dans les Highlands, à Duncan. Un jour, une occasion inespérée s'est présentée à moi d'acheter cette maison en pierre. J'ai tout quitté. Rien n'allait plus de toute façon. Je suis mort en quittant la ville.
De ma fenêtre, je vois la Mer se déchaîner. Je la respire et m'approprie son existence. Je suis Elle. Elle est moi. Elle me nourrit. Le vent s'abat sur Elle comme un fouet sur un corps tendre. Je la regarde et ce que je vois est le souvenir des jours anciens.
Commençons par moi. Je m'appelle Saad...
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Réponse au Sujet 'Nos solitudes' a été posté le : 11/04/03 10:58
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« Joseph, tu as encore chié dans ton froc, tu pouvais pas entrer dans un café et aller aux toilettes, vieux ? T'arrives toujours chez moi dans un sale état. C'est pas parce que je vis au centre-ville que je suis un hôtel, hein ? ».
Joseph me regardait avec des yeux de chiens battus et me demanda la bouche baveuse : « T'veux une clop', copain ? ».
Je savais qu'il lui fallait sa piqûre dans deux jours et pourtant, déjà, il ne maîtrisait plus rien. Il faudrait le garder à l'oeil. Je le langeais comme mon enfant puis l'assit confortablement dans mon fauteuil, l'enveloppant d'une couverture. Il s'endormit presqu'immédiatement. Je l'observais quelques instants et l'enviais en silence de recouvrer sa liberté pour quelques heures.
Je ne connaissais plus le sommeil depuis longtemps. La peinture m'obnubilait. J'ai toujours été goulu : je dois boire les sentiments jusqu'à plus soif, jusqu'au dégoût ou la lassitude, acharné, obsédé. Quand 3D a posé du pigment dans mes mains, m'a montré comment faire des mélanges et obtenir des nuances, plus rien n'a alors eu d'importance. Pendant des années j'ai cherché et seul l'aspect charnel de la peinture m'a donné complète satisfaction. J'accédais enfin à un moyen de communiquer avec Eux.
Il était une heure du matin et les bars alentour se vidaient de leurs populations éméchées. Pour la plupart étudiants, ces jeunes se livraient chaque soir à une activité destructrice et stérile. Ils *******aient, vomissaient dans les rues, hurlaient ou chantaient en coeur des chansons d'une tristesse infinie.
J'avais les yeux rivés sur les jeunes branchés du Zèbre, bar à la mode, quand je vis Go détaler et se diriger vers mon entrée. Un jeune homme ivre mort le pourchassait avec un bâton de bois.
« Dégage sale tox'!!!! je vais t'écraser la tronche, tu vas voir ! »
Je l'entendis monter les escaliers à toute vitesse et cogner à ma porte. Je lui ouvris immédiatement et aperçus le regard haineux de son ennemi à 100 mètres derrière lui. Je claquais alors rapidement la porte et l'homme vint s'écraser de tout son poids contre celle-ci. Fou de rage, ils nous insulta à n'en plus finir, toute son hystérie primitive se déversant au pied de ma porte.
« Vous n'êtes qu'une bande de débiles mentaux, on devrait vous enfermer. La prochaine fois que je vous vois, je vous tue tous les trois, bandes de salopards dégénérés », hurlait-il.
Il finit par nous laisser en paix quand des amis vinrent le récupérer.
Je regardais Go droit dans les yeux. Il se mit à pleurer. Je trépignais. Je devais saisir cet instant. Je pris ma palette et commençais à peindre sans plus prêter attention à l'anéantissement de mon ami.
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Réponse au Sujet 'Nos solitudes' a été posté le : 11/04/03 12:23
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Je peignais frénétiquement. J'essayais de capturer les sensations pour les isoler, les matérialiser et les contrôler.
Go s'était endormi à même le sol quand je réalisais soudain que derrière le rideau épais, les premiers rayons du jour offraient une perspective nouvelle à mon tableau. Je décidais de m'arrêter, épuisé par mon acharnement. J'ouvris le rideau. Je savourais cette heure matinale quand le silence est encore roi et quand la lumière du jour est encore pure et intacte. La chaleur du soleil caressait ma peau, je fermais les yeux, je flottais dans le liquide amniotique.
Une main se posa sur mon épaule et je revenais à la réalité. Les yeux félins de Go me scrutaient. Des mots, nous n'en avions nul besoin. Je voyais un sourire se dessiner sur ses lèvres : pour lui aussi, hier était une pierre de plus à l'édifice du passé sans nom. Il m'expliqua la rixe. Il me conta le chaos de son esprit. Chaque fois qu'il tentait de s'approcher trop près de leur réalité, il apprivoisait les limites de sa propre folie.
Il regarda ma peinture inachevée.
« Ah, Saad, vieux frère, tu as du talent, tu sais ? »
« Elle n'est pas terminée et je crois ni pouvoir ni vouloir la finir un jour. »
« Tu as des tonnes de toiles ici que tu n'as pas achevées, tu ne vas jamais au bout des choses, frangin. »
« Le temps n'est pas assez long, les éléments m'ont sorti de ma fièvre et je ne retrouverais jamais l'état d'esprit dans lequel j'étais plongé des heures durant cette nuit . Et tu ne la trouves pas belle ainsi ? C'est toi qui m'as inspiré. Tu m'as apporté sur un plateau toute ta déchéance, je t'ai vampirisé la nuit entière. «
Il éclata de son rire habituel, comme à chaque fois que je lui livrais un peu de moi-même. Je savais que sa sensibilité contrariée l'avait toujours empêché d'écouter les profondeurs de l'âme. Je le lui faisais remarquer.
« Oki, l'ami, on va fêter ça alors. On va se changer les idées, hein ? C'est la première fois que j'inspire quelqu'un ! Ce soir, on fait la nouba chez toi, je vais faire des courses et chercher Joseph qui s'est cassé comme un voleur et je rameute des gens, okay ? »
Go portait en lui un art qu'il méconnaissait : sa capacité à rebondir sans cesse après des événements douloureux. Il maîtrisait l'art de l'oubli, le basculement dans les méandres de l'inconscient. Il ne devinait pas son potentiel car précisément, il ne savait que rebondir, sans jamais s'arrêter.
Il s'en alla au zénith, je me couchais quelques heures et attendis, intrigué, l'organisateur des festivités nocturnes. Je n'avais pas festoyer parmi des inconnus depuis des années.
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Réponse au Sujet 'Nos solitudes' a été posté le : 13/04/03 00:16
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bon moi je poste un truc ici histoir que ca remonte parce que ca serais dommage de perdre un truc comme ca....
je trouve ca vraiment tres bon
mitsu
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Réponse au Sujet 'Nos solitudes' a été posté le : 07/08/03 12:59
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Endormi en position fœtale près de l’enceinte qui crachait ses bpms, je me réveillais le corps vibrant et la tête saccagée par l’alcool. Ce dernier avait encore une fois été mon refuge, brouillard doux et salvateur, quand cette déchéance stérile s’écrasait violemment sur ma face.
Des rôdeurs avaient envahis mon antre, leurs gueules de petits démons à cornes, baignés dans une lumière rougeâtre m’avaient donné envie de vomir. Les rires hystériques et maléfiques m’avaient menacé et je contemplais ma frayeur comme une réalité illusoire. Je me vis leur sourire, écarquillant mes yeux sataniques, je déployais à pleine gorge un rire apocalyptique dominant leurs voix de bouffons. Las de cette démonstration de puissance parmi cette basse cour porcine, je m’étais donc résigné à écouter les battements maternels, froids et électriques.
Au petit matin, je jubilais de voir ces corps anéantis à même le sol, symbole de ma victoire. Je fis cependant un bond jusqu’à la salle de bain, je ne pus retenir ce mal en moi que je régurgitais avec souffrance et apaisement.
Il était temps de retourner à ma peinture, il était temps de passer à l’action. Je les cognais du bout des pieds pour les réveiller un à un, exigeant un balayage immédiat de cette pourriture humaine. Certains grommelaient, signe qu’il y avait encore un peu de vie en eux. D’autres avaient monté la garde dans la cuisine, se dandinant dans le vide sonore, attendant désespérément d’être achevés.
Midi sonna et je suivis la procession de zombies défiler à ma porte, mon bonheur s’accroissant chaque seconde que l’un d’eux franchissait son pas. Je reçus des plaintes à demi-mot, me gaussant dans mon for intérieur de ce pitoyable cahier des charges. La vie était dure, n’est-ce pas ! Soit. Elle l’est davantage que tu ne la devines déjà, mon ami !
Je fermais la porte sur Go dont les yeux avaient perdu toute étincelle en même temps que le silence reprenait enfin toute sa place.
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Dernière mise à jour par : minesthra le 07/08/03 13:02
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Il suffira d'un Cygne...

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Réponse au Sujet 'Nos solitudes' a été posté le : 21/05/04 16:17
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Très bon récit même si j'ai du mal à le définir, mais ceci n'a que peu d'importance. Bref, une drôle d'impression, je suis intriguée par la nouvelle en tout cas...
Bravo et continue tout ça surtout ^__^
Parfois quelques petites fautes comme "sceau" à la place de "seau", ce genre de trucs, mais rien de bien grave.
-------------------- Les racistes, c'est comme les arabes : ça ne devrait pas exister. (Coluche)
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