Thorp bonheur

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La faute du citron a été posté le : 17/03/03 18:15
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Non, ce n'est pas encore le texte, c'est l'explication qui va avec.
Ceci n'est pas une nouveauté: le fichier a été modifié pour la dernière fois le 7 août 2002. Le fait est que c'était tellement zarb, comme truc, que je n'ai osé le faire lire à personne. J'ai bien tenté de le glisser sous les yeux de mon frère, lequel n'en avait malheureusement rien à cirer sur le moment.
Alors voilà: La faute du citron n'est pas une histoire cohérente. Ni une histoire sérieuse. Ni une parabole sur quoi que ce soit. C'est un exercice de style doublé d'un énorme délire.
Son but, difficilement avouable mais qu'il faut bien avouer pour expliquer le truc, est de caser un max de références à des chansons plus ou moins connues, dans une intrigue de fous vaguement futuriste. On peut donc la lire comme l'expression de ma détresse mentale, ou comme un jeu "retrouvez les chansons".
Comment en suis-je arrivée là?
Je pensais à la phrase de Radiohead "yesterday I woke up sucking a lemon", et j'ai essayé d'imaginer un type à qui ça arriverait vraiment. D'où fou rire. Et tentative de suite: que lui arrive-t-il une fois qu'il s'est réveillé?
Place au délire...
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Réponse au Sujet 'La faute du citron' a été posté le : 17/03/03 18:15
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Dès que le réveil sonna, Sam comprit que le jour qui commençait n'était pas un jour comme les autres. Quelque chose dans l'air du temps, sans doute, un vent d'inattendu dans la quiétude ouatée de la pièce. Mais à bien y réfléchir, ce qui n'était pas courant, c'était surtout le fait qu'il avait un citron dans la bouche.
Sam cracha le fruit au bout de quelques secondes, dès qu'il fut assez réveillé pour commander à ses muscles de l'expulser. Puis il se traîna jusqu'à la prise et se brancha.
Tout de suite, tout alla beaucoup mieux. Le temps de dire "citron" , et il avait en tête les informations de la matinée, essentiellement des attentats dans les quartiers externes, une chanson entraînante pour faire passer le tout, et quelques publicités, parce qu'il faut bien gagner sa vie d'une façon ou d'une autre. Tout en se brossant les dents, Sam se demanda pourquoi il avait tout à coup une telle envie de manger des nems, et surtout, pourquoi il tenait absolument à les commander à ce traiteur situé à l'autre bout du quartier.
De retour dans sa chambre, il marcha sur le citron, qui s'écrasa sur la moquette dans un "splotch" retentissant. Aussitôt, la trappe de l'aspirateur s'ouvrit, en faisant juste le bruit nécessaire pour être remarquée. Sam laissa échapper un soupir de résignation et nettoya la moquette de son mieux. Comme si tout cela n'allait pas le mettre en retard.
Il finit par quitter son appartement avec deux petites minutes de retard, satisfait tout de même de laisser derrière lui un espace vital bien rangé. Chaque chose à sa place, et les vaches seront bien gardées.
Oui, mais... c'était quoi au juste, une vache ?
A la station de métro, au milieu de la foule, un drôle de type en short pleurait comme un gosse. La plupart des voyageurs l'ignoraient avec un tel soin que certains feignaient même de ne pas percevoir sa forme dans l'espace et lui donnaient un coup d'épaule au passage. Sam fut ému. Un autre jour, peut-être pas, mais aujourd'hui, il avait envie d'aider ce pauvre homme. C'était sans doute la faute du citron.
"Qu'y a-t-il ?" demanda-t-il, affable.
"Non ! Ne me regardez pas !" hurla l'homme en se cachant le visage dans les mains.
Sam haussa les épaules et s'en alla prendre sa place à l'endroit exact du quai où les portes s'ouvriraient devant lui. Il y parvint précisément en même temps que le train.
Le tracé de cette ligne de métro avait ceci d'agréable qu'il était essentiellement aérien. Au cours de son trajet, Sam put admirer un peu le paysage. Tout près des rails, un bâtiment qui était à l'abandon depuis des mois était en train d'être muré. L'ouvrier qui posait des briques fraîches dans ce qui avait été une baie vitrée le regarda avec insistance. Ou alors l'objet de son attention était la jeune femme aux cheveux noirs qui le regardait au moins aussi fixement depuis le siège en face de celui de Sam.
"Voilà ce que nous sommes, au bout du compte," murmura-t-elle au moment où le maçon claquait sa brique sur les précédentes.
"Pardon ?"
"Tous pareils, tous enfermés. Excusez-moi, c'est ma station."
La jeune femme se leva. Elle portait un pull gris et une minijupe sous un long manteau noir qui flottait autour d'elle. Au moment de quitter la rame, elle se retourna vers Sam et lui fit un clin d'oeil. Elle était au moins aussi attirante que les nems du traiteur, et elle n'avait pas besoin de publicité pour cela.
Les portes automatiques se refermèrent sur un désir frustré.
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Dernière mise à jour par : Oph le 20/03/03 19:07
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Réponse au Sujet 'La faute du citron' a été posté le : 17/03/03 18:16
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Sur le parvis du gratte-ciel où il travaillait, Sam tomba, comme tous les gens qui allaient comme lui gagner honnêtement leur vie, sur une manifestation des plus suspicieuses. La foule était constituée de jeunes gens dont l'apparence traduisait clairement leur refus des règles pourtant simples de la société. Les meneurs agitaient des drapeaux aussi colorés que leurs cheveux tout en lançant des slogans que scandait la foule.
"Mort au fascisme ! Mort au fascisme !" fut celui qui accueillit l'arrivée de Sam.
"Houlà, mais le fascisme, c'était il y a bien longtemps..."
"Vous, là ! s'écria un des leaders. Je vous ai entendu parler dans votre barbe, vous feriez mieux de vous excuser. Parce que cette société est honteusement fasciste, et nous, nous sommes la jeunesse, et nous refusons de cautionner cela !"
"Bon, très bien, alors excusez-moi, mais j'aimerais passer, je travaille ici."
"Vendu ! Comment peut-on avoir un esprit aussi obtus ?"
"C'est la vie qui fait ça. Vous verrez quand vous aurez mon âge."
"Je ne savais pas que nous vivions dans un monde aussi égoïste !" s'exclama le jeune tandis que Sam se frayait un chemin à travers la foule.
Quelque chose qui amusait beaucoup les salariés du groupe, c'était l'idée que certains d'entre eux passaient plus de temps dans l'ascenseur que dans les transports. L'étage de Sam se trouvait juste au-dessus des stabilisateurs gyroscopiques. Quand il y arriva, une collègue l'accueillit avec le sourire.
"Bienvenue, Sam, il y a un pot aujourd'hui !"
Elle l'emmena vers la salle de réunion, où plusieurs autres collègues étaient déjà massés devant un buffet apparemment commandé chez un traiteur. On lui tendit un verre de cocktail de fruits et un canapé. La conversation alla bon train, notamment au sujet du dernier attentat dans le quartier chaud d'Orléans, qu'il faudrait peut-être songer à raser, d'après les plus extrêmes partisans de la sécurité.
Quand deux collègues, se croyant discrets, arrivèrent dans la salle en cachant un paquet dans leurs dos, Sam se hasarda enfin à demander :
"Mais au fait, c'est le pot de qui ?"
"C'est ton pot de départ, Sam, tu es viré !"
Toujours armés de leur plus grand sourire, les collègues tendirent le paquet à Sam, feignant de ne pas voir que l'enfer venait de s'ouvrir sous ses pieds. Enveloppé de papier transparent, avec des petits rubans, le cadeau de départ n'était autre qu'un bonzaï. Un bonzaï de citronnier.
"Raaaaah ! C'est la faute du citron ! Où que j'aille, où que je regarde, je tombe sur des citrons et des citronniers ! Regardez, là, il y a des citronniers partout !"
Lors de la conception de ce genre de gratte-ciel, les différents paramètres pris en compte représentent une telle foultitude qu'on en oublie parfois l'essentiel. Si les fenêtres sont scellées, ce n'est pas pour tous les prétextes foireux qui sont parfois invoqués pour le justifier, ou si peu. C'est tout simplement parce qu'en cas de suicide d'employé mis à la porte, compte tenu de la masse du building et des lois de Newton, le corps ne va pas tomber au sol, mais s'écraser lamentablement contre la façade, une cinquantaine d'étages plus bas. Or, en termes de coûts, nettoyer plusieurs étages de façade est infiniment plus ruineux que de refaire quelques mètres carrés de parvis.
Voilà pourquoi Sam n'eut pas l'occasion de se jeter par la fenêtre. Il fallut lui prendre l'arbuste des mains et appeler d'urgence le service médical.
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Réponse au Sujet 'La faute du citron' a été posté le : 17/03/03 18:17
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Sam reprit conscience l'écume aux lèvres, vaguement conscient d'avoir subi une injection massive de tranquillisant. Il se souvenait plus ou moins d'avoir rêvé, au cours de son sommeil agité, d'une drôle de créature, pas plus haute que ça, couverte de poils mais qui marchait debout, parcourant de son pas dandinant un ruban bleu parsemé d'étoiles scintillantes. Il y avait eu des nuages, aussi. En tout cas, tout était fini, et il ne restait plus que quelques ecchymoses, un oeil au beurre noir, et une douleur sourde à l'endroit où le pistolet à injection avait percé la peau.
Il regarda autour de lui. Il était allongé sur un banc, au bord d'une place ornée d'une fontaine en son centre. L'endroit lui était totalement inconnu, mais l'architecture ancienne et les signes d'abandon sur certaines des maisons lui firent froid dans le dos. Le silence, aussi. De toute évidence, il était dans un quartier périphérique ! Comment allait-il rentrer chez lui s'il ne connaissait pas le chemin ? Chaque pas qu'il faisait risquait de l'amener dans les quartiers externes, vers une mort certaine.
Il avança d'un pas hésitant jusqu'à la fontaine et se passa le visage à l'eau. Les maisons qui bordaient la place semblaient se pencher vers lui d'un air menaçant. S'il restait plus longtemps, ce quartier risquait de l'avaler ! A cet instant, Sam se dit qu'il donnerait n'importe quoi pour disparaître.
Baissant les yeux, il vit qu'il y avait quelque chose à ses pieds. Un oeuf, un tout petit oeuf à la coquille mouchetée. Il marcha dessus d'un geste rageur. Au moment où la coquille s'écrasa, il lui sembla entendre un cri de douleur. Reculant d'un pas, il regarda, effaré, le jaune d'oeuf qui s'étalait sur les pavés. Destruction gratuite. Ce quartier commençait déjà à déteindre sur lui.
Repérant à l'horizon des tours qui semblaient appartenir au centre-ville, il s'élança en courant, tâchant de ne pas hurler.
"Mauvaise journée ?"
Sam s'arrêta net. La personne en face de lui ressemblait curieusement à la jeune femme du métro, et en plus, elle portait le même long manteau. Mais elle n'avait pas les cheveux noirs. Plutôt rouge vif. Elle fumait une cigarette, nonchalamment appuyée contre un mur. Sur son tee-shirt était imprimé un gros citron d'un jaune agressif.
"Qu'est-ce que ça peut bien vous faire ?"
"C'est juste que ça se voit, avec ce teint cireux et cet oeil au beurre noir. Vous n'irez pas loin dans cet état, et surtout pas dans cette direction."
Elle indiqua le centre-ville d'un signe de tête.
"Et pourquoi ça ?"
"Parce que c'est le centre, voyons ! Vous perdez votre temps si vous pensez pouvoir y aller avec la tête que vous avez. Vous serez refoulé au contrôle."
"Mais je viens du centre !"
"Et alors ? Admettez-le, vous n'avez nulle part où aller."
La jeune femme laissa tomber le mégot de sa cigarette, et l'écrasa énergiquement sous le talon de sa botte.
"Enfin, moi, ce que j'en dis... Vous pouvez tenter le coup, si ça vous chante. Les gens et leurs rêves, après tout, qui suis-je pour m'en mêler ?"
"Exactement. Qui êtes-vous ?"
"Juste quelqu'un qui voit souvent passer des types comme vous et qui commence à les connaître par coeur, répondit-elle. Pour le reste, je ne suis qu'une fille du quartier, une ombre de la rue."
"C'est juste que... j'ai l'impression de vous avoir déjà croisée ce matin."
"Ah ça, certainement pas ! Si vous venez du centre, vous pouvez être sûr d'une chose : vous ne m'avez jamais vue."
Elle haussa les épaules et s'éloigna tranquillement.
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Dernière mise à jour par : Oph qu ourse le 27/07/04 18:01
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Réponse au Sujet 'La faute du citron' a été posté le : 17/03/03 18:18
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Laissé seul au milieu de la rue, Sam se sentit très idiot, d'un coup. Il avait réussi à trouver une personne apparemment normale dans cet endroit aussi vide qu'inquiétant, et il l'avait laissée filer sans lui demander de l'aider à retrouver le centre-ville. Il se lança à sa poursuite, sans succès. Après avoir tourné dans deux ou trois rues, il ne savait plus où il était lui-même, alors la retrouver, elle, tenait du miracle. Or Sam avait appris depuis longtemps à ne pas compter sur les miracles. Il reprit donc le chemin du centre-ville.
Chemin faisant, des pensées pas très roses l'assaillaient. Il se sentait faible, nul, raté, il se demandait ce qu'il foutait là. Il aurait tellement aimé être quelqu'un de bien ! Mais de toute évidence, sa vie n'avait été que l'éternelle procrastination de l'inévitable échec qui avait fini par lui tomber dessus aujourd'hui. Il n'avait jamais été fait pour cette vie.
Tout à ses sombres pensées, il ne se rendit pas vraiment compte qu'il commençait à y avoir de l'animation dans la rue qu'il remontait. Des commerces ouverts, des passants, et les indispensables bandes de types à têtes de délinquants.
Evidemment, une de ces bandes s'intéressa à lui. Par un jour pareil, c'était inévitable. Encore la faute du citron.
"Alors voilà, lui fit-on comprendre. De deux choses l'une : soit tu nous files tous tes objets de valeur, tu dégages et on n'en parle plus, soit tu fais de la résistance, et demain, tu n'es plus là pour en parler."
"Bah, je suis déjà sur la corde raide, répondit Sam, résigné. Je me sens tellement minable... Vous n'avez qu'à me pousser un peu."
"Pardon ? Qu'est-ce qu'il raconte, le vieux ?"
"Je suis déjà au bord du gouffre. Vous pouvez y aller, de toute façon je serai mort tôt ou tard."
"Ho, réveille-toi, Papy ! Ce n'est pas une psychanalyse qu'on te fait, on est vraiment en train de te menacer de te tuer pas très proprement !"
"M'en fous, je suis un minable !"
"Il est taré, vaut mieux le laisser là où il est !"
La bande se dispersa, laissant sur place un Sam secoué de sanglots.
"Tu veux une sucette ?" fit une petite fille en tirant sur sa manche.
Sam la regarda, interloqué. La gamine, dont la mère accourait déjà pour soustraire son enfant à ce qui lui semblait sans doute être un dangereux pédophile, lui tendait bel et bien une sucette orange vif, enveloppée dans du plastique à motifs colorés.
"Ce n'est pas du citron, au moins ?"
"Non, c'est de l'orange. C'est pas bon, le citron. Et puis, monsieur, tu dois arrêter de pleurer. Moi, je n'aime pas les gens malheureux. Quand mes amis sont tristes, ça me rend triste aussi."
"Tu devrais peut-être changer d'amis," suggéra Sam.
"Ah non ! Je les aime quand même, comme ça, quand je suis triste, ils me consolent aussi, sinon à quoi ça sert d'avoir des amis ?"
La mère arriva en courant. Elle tira sa fille contre elle et administra à Sam une gifle retentissante.
"Vous, là, qu'est-ce que vous faites à mon enfant ?"
"Rien, madame, je vous assure..."
"Et vous pensez peut-être que je vais vous croire. Déguer*******ez ! Viens, Mathilde, on s'en va. Je t'ai déjà dit des dizaines de fois de ne pas parler aux étrangers."
La mère entraîna vivement sa fille à l'abri, et lança de loin un regard chargé de haine à l'endroit où Sam s'était tenu. Mais Sam avait compris le message et était déjà reparti. Il déballa la sucette. C'était toujours ça de gagné.
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Réponse au Sujet 'La faute du citron' a été posté le : 17/03/03 18:20
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La journée avançait, mais Sam, lui, avait l'impression qu'il n'avançait pas. Le jour commençait déjà à sérieusement décliner derrière les silhouettes des tours du centre, mais rien ne semblait indiquer qu'il approchait de son but. Il finit par s'arrêter sur un marché pour demander à l'un des commerçants si le centre-ville était encore loin.
"Loin, ça dépend de votre définition," répondit le vieil homme.
"J'espérais y être avant la nuit," expliqua Sam.
"A pied ? Vous rigolez, j'espère. En transport en commun, vous y serez peut-être en une heure, mais à pied, ce n'est même pas la peine d'y penser."
"Ah ? Euh... Et pour prendre un transport, je vais où ?"
"Vous prenez par là, la troisième à droite, et l'arrêt de bus est bien visible."
"Merci."
Avant de quitter le commerçant, Sam s'intéressa un peu à son étalage. L'homme vendait des tableaux, de jolies petites peintures exposées à côté des photographies qu'elles tentaient, avec un certain succès, de reproduire.
"Ces photos sont magnifiques ! Où les avez-vous trouvées ?"
"C'est un héritage de mon grand-père. Elles ont été prises dans les environs, il y a plus d'un siècle. Vous voyez comme le paysage a changé... A l'époque, l'endroit était plus ou moins rural, et l'herbe était vraiment verte..."
"De nos jours, l'herbe des parcs est toujours verte," protesta Sam.
"Forcément, vu comme ça, l'eau des égouts est verte aussi ! Vous ne pouvez pas comparer ce qui n'est pas comparable. Comme la lumière, par exemple. La pollution l'a complètement dénaturée. De nos jours, croyez-moi, la vie que nous menons ne cesse de se dégrader. Moi, ça me ronge de repenser au bon vieux temps. Et pourtant, quand j'étais gosse, le coin ne ressemblait déjà plus à ces photographies !"
"Arrêtez, n'en jetez plus, je suis assez désespéré comme ça !"
"Vous avez tort. De mon temps, on avait encore de l'espoir."
En fin de compte, Sam fut plutôt soulagé d'être dans le bus. Après des événements aussi épuisants, un siège, même lacéré, était le bienvenu. Il lui semblait même qu'on le regardait moins bizarrement que dans la rue. A travers la vitre, il vit avec soulagement s'éloigner le vieux aux tableaux, qui lui avait fait la morale tout le long du chemin jusqu'à l'arrêt de bus, sous prétexte de lui tenir compagnie.
Les rues défilèrent comme dans un rêve. Le bus passa sur un pont, longea une ou deux rivières, s'arrêta pour déposer quelques personnes à l'entrée d'un théâtre à l'enseigne néon, devant lequel la foule attendait patiemment l'ouverture des portes. Un jeune homme immobile, à deux pas de la queue, semblait attendre quelqu'un. Il sortit un calepin de sa poche et griffonna quelque chose dedans. Sam finit presque par se convaincre que tout cela n'était qu'une hallucination." Non, bien sûr, je ne suis pas là, rien de tout ceci n'est réel. Rien de tout ceci n'est arrivé." Il glissa dans une douce somnolence.
"Je ne suis pas là !" s'écria-t-il en sursautant quand son voisin lui secoua l'épaule.
"Vous n'êtes peut-être pas là, répondit le voisin amusé, mais j'ai cru comprendre que vous descendiez à cet arrêt."
"Ah, merci !"
Sam se précipita hors du bus et parcourut vivement les cent mètres qui le séparaient du point de contrôle. Les lumières de la ville trouaient vivement la pénombre de la nuit tombante. En quarante ans, Sam n'avait jamais vu une étoile. Il les avait étudiées à l'école, bien sûr, mais ne connaissait de leur apparence que des photos prises au télescope.
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Réponse au Sujet 'La faute du citron' a été posté le : 17/03/03 18:21
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Il se présenta devant les policiers aussi dignement que possible, compte tenu de son état.
"Bonsoir, messieurs, je suis Sam Wandewski et je voudrais rentrer chez moi."
"Pardon ? Vous arrivez par ce point de contrôle-ci et vous voulez rentrer chez vous ? Elle est bien bonne, celle-là, c'est la première fois qu'on me la fait ! Hé, Jules, viens voir un peu par ici, ce monsieur dit qu'il habite dans le centre !"
"Ecoutez, monsieur, vous nous avez bien fait rire, maintenant circulez."
"S'il vous plaît, attendez, vous pourriez au moins vérifier !"
Sam releva sa manche et ouvrit la trappe de sa prise. Les policiers cessèrent de rire. Ils ne s'étaient sans doute pas attendus à ce que cet homme au triste visage fût ainsi équipé. L'un d'eux brancha le lecteur d'identité sur la prise de Sam, qui ferma les yeux, s'attendant à la désagréable sensation qui accompagnait toujours ce genre de contrôle. A la place, il reçut une douleur cuisante dans le bras. Tellement cuisante qu'il arracha le lecteur par réflexe.
"Non mais ça ne va pas ? hurla-t-il. Ça fait un mal de chien, votre truc !"
Le policier, étonné, inspecta le lecteur.
"Attendez un peu, vous ! s'exclama-t-il. C'est votre prise qui n'est pas conforme, elle a bousillé le lecteur d'identité ! Restez ici, nous allons contacter notre supérieur."
La voiture de police arriva en trombe et s'immobilisa dans un dérapage digne des meilleures cascades de cinéma. La personne qui en sortit parut étrangement familière à Sam. Cette fois, ses cheveux étaient châtain clair, elle portait un pantalon à carreaux et le holster était bien visible sous son manteau noir.
"Qu'est-ce que c'est que cette histoire de lecteur ?" demanda-t-elle d'un ton sec.
"C'est sa prise, inspecteur. J'y ai inséré le lecteur normalement, et ça a grillé plusieurs composants... Je crois que le lecteur est fichu."
"Bon, laissez-moi inspecter la prise suspecte."
La jeune femme s'équipa d'un serre-tête sur lequel elle accrocha une petite lampe, et saisit le bras de Sam. Elle resta penchée sur la prise quelques secondes, au terme desquelles elle marmonna :
"Il y a quelque chose là-dedans. Passez-moi une pince."
Le policier derrière elle fouilla dans sa mallette et lui tendit une petite pince, qu'elle introduisit lentement dans la prise, le plus délicatement possible. Tout doucement, elle en extirpa ce qui, à la lumière de sa lampe, s'avéra être un tout petit morceau de chair de citron.
"Voilà notre coupable !" se réjouit-elle.
"Oh non ! soupira Sam. Encore la faute du citron !"
"Je suppose que personne n'est assez stupide pour polluer sa propre prise avec du jus de citron. Vous n'avez pas senti comme une démangeaison au cours de la journée ?"
"Si, un peu, mais..."
"Il fallait tout de suite faire inspecter votre prise ! En cas de démangeaison, il ne faut pas réfléchir, il faut voir sans traîner ce qui ne va pas ! Je vais mettre votre prise hors tension un instant, le temps de la nettoyer à l'eau glacée. Surtout ne bougez pas."
Sam se laissa faire. De toute façon, il n'avait jamais eu l'intention de bouger. La jeune femme nettoya et sécha sa prise, après quoi elle la remit sous tension à l'aide d'une minuscule clé hexagonale.
"Maintenant, nous allons vérifier votre identité," annonça-t-elle en prenant un nouveau lecteur dans le coffre de sa voiture.
Quelques manipulations et tests de matériel plus tard, elle put enfin insérer le lecteur dans la prise de Sam et lire les résultats.
"J'espère que votre puce n'est pas fichue... Ah non, il y a un résultat. Sam Wandewski, 352 rue du Premier Juin. Parfait. Vous allez pouvoir rentrer chez vous. Je vois que vous avez été licencié, je vous souhaite de retrouver du travail au plus vite."
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Réponse au Sujet 'La faute du citron' a été posté le : 17/03/03 18:22
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"Excusez-moi, fit Sam au moment où l'inspecteur allait rentrer dans sa voiture. Je voudrais vous poser une question."
"Allez-y toujours," répondit-elle.
"Qui êtes-vous ? J'ai l'impression de vous avoir rencontrée trois fois aujourd'hui, et pourtant, tout semble indiquer que vous n'êtes pas la même personne."
La jeune femme sembla quelque peu embarrassée.
"Je ne sais pas quoi vous répondre. En tout cas, je peux vous affirmer que c'est la première fois que je vous vois. Mais je peux tenter de vous aider, sans vous dire ce qui est confidentiel."
Elle s'éclaircit la gorge avant de poursuivre.
"Il y a quelque chose que vous savez au fond de vous, sans y avoir accès, et je suis un peu la clé de ce savoir interdit. Peut-être me reverrez-vous demain. En fait, vous risquez de me voir n'importe où, Sam, parce que je suis là."
Elle pointa du doigt le front de Sam, sauta dans sa voiture et démarra.
Longtemps après qu'elle eut disparu, Sam retourna ses dernières phrases dans sa tête. Dans le métro rempli de noctambules, il faillit rater sa station. Il se leva au dernier moment, bouscula quelques personnes, s'excusant au passage. Un homme coiffé d'une casquette verte lui lança un regard noir. Cette réaction le troubla, alors qu'il en voyait autant tous les jours.
C'est au moment d'entrer dans son appartement qu'il comprit pourquoi il avait été ainsi touché par cette hostilité. Elle émanait tout simplement d'un homme qui avait exactement le même visage que lui !
Les yeux de Sam s'écarquillèrent. Il s'écroula à moitié sur sa porte, en proie à une crise de rire hystérique assez monstrueuse pour alerter les voisins, écrasant au passage une araignée qui passait sur le mur, juste au niveau de son poing.
Araignée du soir, espoir.
Dommage.
FIN
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Réponse au Sujet 'La faute du citron' a été posté le : 20/03/03 03:31
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mouarf
moi je pense que t as besoin de l aide d un vrais specialiste
nan serieux j adore
ca me fait penser un peu a mon cerveau 
bien a toi
mitsu
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Cachée
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Basement Cat

-= Chaos Lieutenant =-
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Réponse au Sujet 'La faute du citron' a été posté le : 20/03/03 15:44
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Eh bien...
C'est fameux et, comme d'habitude, j'en redemenderais bien une portion si je n'étais bien éduqué !
Ca me rappelle un peu un texte colérique que j'ai pondu il y a deux mois. Et que je ne risque pas de diffuser, tant il est vitriolé (j'ai pas envie de bousiller mon écran, moi)...
C'est touffu. C'est truffé d'émotions volatiles, qui affleurent à la surface du texte au détour de l'un ou l'autre paragraphe. Evidemment, je n'ai reconnu aucune des chansons , ma culture musicale étant, alleï, piètre. Mais c'est loin d'être aussi incohérent qu'on pourrait le croire en première lecture, indépendamment de la "superstructure" un peu grossière sur laquelle sont venues se greffer les diverses allusions. Déjà, il y a deux fils rouges : le citron, et la nana... Désolé, trop tentant... 
Bon, je vais quand même aller mettre le sommaire à jour (si ce n'est déjà fait )...
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Dernière mise à jour par : nyxl le 20/03/03 15:47
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Vieux Con

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Réponse au Sujet 'La faute du citron' a été posté le : 20/03/03 17:16
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Comme toujours avec Oph, j'ai eut droit a un texte magnifique.
J'adore l'humour acidulé de ce texte, hélas trop court.J'adore ces journée "L'univers entier est contre toi, c'est gravé en lettre de feu" (non, en fait ce qui est gravé c'est "excusez pour le dérangement", mais je m'égare.
J'aime beaucoup ce style de récit ou des héros (?), enfin des gens (?) vivent dans une société aux régles saugrenus et bizarre, limite oppréssive ou banalement triste mais dans lesquelles surgit soudain un fragment d'irréalité derangeant, de féérie poétique née du désespoir...En bien sur, une touche d'humour acide.C'est la faute au citron.D'ailleurs j'adore le citron (et les lemons, comprénent qui peux mais le MageGaHell vient d'avouer l'un de ses vices les plus pervers).
Allons-y soyons fou, comparons ça aux Grands : ce récit m'a fait pensé à P.K Dick, à Kafka et consort, voire même à du Lovecraft (aller savoir pourquoi...Peut être l'aspect de banale cruauté de la société dépeinte qui transparait en filigramme...)
ça m'a aussi évoquer "Tous à Zanzibar", chef d'oeuvre magnifique de zapping littéraire.je sais pas pourquoi.Et j'm'en fout !
Pas de réponse, pas de questions, sensation pure (le premier qui fait une vanne la dessus...)
Un sens ? Une morale ? une philosophie ? Mais pourquoi faire ?
-------------------- "L'Infini ?
...Prenez la taille de mon ego et ça vous paraîtra petit..."
Aerth, récits fantastiques
...Et en plus il écrit et il blog...
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Réponse au Sujet 'La faute du citron' a été posté le : 21/03/03 17:47
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Sinon moi j'ai trouvé du Piaf. J'adore cette image d'ombre de la rue.
Merci Oph. Sincérement 
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