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Skro

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-= Chaos Genitor =-
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Pourquoi vous regardez ca ?
   Autres (Very) Short Stories a été posté le : 10/03/03 19:25
Bienvenue dans le deuxième sujet des (Very) Short Stories.

Au départ, je pensais toutes les mettre dans le même sujet, et puis, en voyant les mails de réponses, je me suis dit qu'effectivement, mes (Very) Short Stories se divisaient en deux sous-parties, les allégories, et les nouvelles fantastiques.

Voici donc la série des nouvelles fantastiques.

Elle commence par un hommage à Oscar Wilde, dans le style de l'hommage de Bradbury à Poe (voir les chroniques martiennes).

Voici donc: Canterville 2002


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Un intégriste, c’est quelqu’un qui a des convictions que je ne partage pas. Et qui ose le dire, en plus !
Edmond Prochain

Computer games don't affect kids, I mean if Pac Man affected us as kids, we'd all be running around in darkened rooms, munching pills and listening to repetitive music.
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Dans le catholicisme, la pinte (de bière), la pipe et la croix peuvent faire bon ménage.
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Skro

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-= Chaos Genitor =-
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Pourquoi vous regardez ca ?
   (Very) Short Stories Fantastiques Session # 1 a été posté le : 10/03/03 19:28
(Very) Short Stories Fantastiques
Session # 1 - Canterville 2002




Sir Leonhardt Canter s'ennuyait ferme dans son manoir. Depuis près de vingt ans, il n'avait vu personne, à l'exception de la femme de son gardien, qui venait une fois par semaine faire le ménage. Une telle situation ne s'était pas vue depuis qu'il était mort, six cents ans plus tôt. Pendant ces six siècles, de nombreuses personnes avaient vécu ou étaient passées dans le manoir de Canterville, et même des personnages illustres, comme la reine Victoria.
Cette inaction commençait à peser, et Sir Leonhardt venait à se demander s'il serait au niveau si d'aventure quelqu'un passait dans le manoir. Mais il ne se faisait pas trop d'illusions. Depuis la guerre, la famille Canter connaissait des problèmes financiers, et les querelles d'héritages ne réglaient pas le sort du château. Mais dans un sens, elles le protégeaient, car il était laissé en indivision jusqu'à ce que l'affaire soit tranchée. Pour Sir Leonhardt, le temps avait peu d'importance, mais il commençait à le trouver long. En plus, son stock de sang commençait à coaguler, malgré tous les efforts qu'il faisait pour le maintenir liquide.
Comme seule distraction, il avait la lecture. Le manoir servait en effet de bibliothèque familiale. C'était le seul point sur lequel ils étaient tombés d'accord en vingt ans. Aussi Sir Leonhardt recevait-il régulièrement des cartons de livres, des têtes de séries du cousin Charles qui travaillait dans une maison d'édition aux romans policiers de la tante Margaret. Mais ce que Sir Leonhardt préférait, c'était les histoires de fantômes. Anglais, de préférence. Et parmi ceux-ci, son favori était Le Fantôme de Canterville d'Oscar Wilde. Celui-ci avait été un camarade de promotion de Nigel, le dix-huitième baron, et était venu passer quelques jours au manoir. Sir Leonhardt se souvenait très bien de ce jeune adolescent pâle, qui avait passé presque tout son séjour enfermé dans la grande bibliothèque, à lire une histoire de la famille Canter. Sir Leonhardt en avait été tellement surpris qu'il en avait oublié de lui faire peur la première fois. Ensuite, il s'était contenté de grincements et de quelques gla*******ements.

********************************

Un mercredi matin, alors qu'il descendait voir si Gertrude, la femme du gardien, n'avait pas tenté d'effacer la trace de sang qui ornait (ou défigurait, d'après elle) la grande ta*******erie du salon. C'était la réplique exacte de celle laissée par le sang de Lady Rowena, la femme de Sir Leonhardt, quand elle avait été décapitée d'un coup de hache par son neveu. Lequel s'était ensuite pendu après une semaine de harcèlement constant par Sir Leonhardt. Depuis, bien des gens avaient tenté de l'effacer, mais Sir Leonhardt la redessinait, identique, à chaque fois. Il la rafraîchissait même tous les 17 mai, le jour anniversaire de la mort de sa femme.
Il entrait dans le salon, en faisant grincer la porte, quand Gertrude, sans se retourner, lui dit : « Non, Mylord, je n'y ai pas touché, à votre horrible trace. Par contre, vous allez avoir intérêt à bien vous tenir, car le manoir va avoir des locataires ». Sir Leonhardt en fut tellement interloqué qu'il oublia de répliquer à l'impertinence de Gertrude. Des locataires! Mais c'était fort intéressant! Il remonta à toute vitesse dans sa chambre pour y préparer ses suaires, ses chaînes, et deux ou trois plaisanteries qui avaient toujours eu un grand succès : le pendu du couloir, qui avait causé une attaque à Lady Ann en 1652, et qui avait hâté sa mort d'au moins dix ans, ou la poupée maléfique, avec laquelle il avait terrorisé trois générations de petites filles.

**********************************

Deux jours plus tard, les fameux locataires arrivaient. Sir Leonhardt observa l'arrivée de leur voiture, un Chrysler Voyager vert sapin avec des ailes imitation bois, depuis la fenêtre du mort, ainsi appelée depuis que Lord Michael avait déclaré avoir vu le fantôme de son père mort depuis une semaine et enterré le matin même ; ce en quoi il se trompait, c'était Sir Leonhardt lui-même, déguisé.
Il descendit de sa retraite, pour les voir entrer. C'était une famille américaine, le père, la mère et leur trois enfants.
Le père était vêtu d'un costume gris souris, avec une chemise bleu ciel et une cravate rayée verte et grise. Dans sa poche, une badge d'entrée pour l'usine Proctle & Gamber voisine. John J. Falken, head manager.
La mère, habillée d'un jean et d'une chemise large à gros carreaux, ne tenait pas en place. Ses yeux regardaient partout, et elle semblait en train d'imaginer comment tout refaire. A sa ceinture, un téléphone portable dernier cri. Je dois être joignable.
La fille aînée, âgée d'environ dix-sept ans, portait un pantalon taille basse moulant, et un débardeur non moins moulant qui portait inscrit à l'endroit stratégique U.C.L.A. Dans le petit sac qu'elle portait sur le dos, un exemplaire d'une revue pour adolescentes, et un tube de rouge à lèvres. Le même que Sarah Michelle Gellar.
Quant aux deux derniers, deux jumeaux d'une dizaine d'années, ils étaient vêtus du même jean constellé de taches, et de T-shirts qui avaient été blancs et sur lesquels ont pouvait distinguer une image de bestiole jaune et noir lançant des éclairs. Ils étaient tous les deux plongés dans le même jeu vidéo sur leur console portable, et semblaient se désintéresser au plus haut point de ce qui les entourait. Plus que deux niveaux et j'ai fini.
Sir Leonhardt se fendit d'un grand sourire. Je vais bien pouvoir m'amuser avec ceux-là...

Skro


Dernière mise à jour par : skro9899 le 10/03/03 19:36

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Nyxl

Basement Cat



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   Mort de rire ! a été posté le : 21/03/03 11:18
Mais c'est du tout bon, ça !

Voilà un fantôme qui a du "savoir-vivre", arf...

Plus sérieusement, c'est tout ? Ce genre de texte demande une suite, que diantre ! :D

En tout cas, c'est irréprochable : orthographe, grammaire et tout ça, je n'ai rien vu de choquant en première lecture. La présentation est honnête, et le style est bien uniforme (sans irrégularité hors-contexte). Du tout bon, je le répète !


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Considérez-moi comme un rejeton du chat de Schrödinger. Ou alors un lointain cousin du démon de Maxwell...
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"Coupez Bruxelles dans le sens nord-sud, donnez la partie ouest au Royaume-Uni et la partie est aux Allemands. Ainsi, vous mettrez tout le monde sur un pied d'égalité, car toutes les parties râlerons avec la même intensité."

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zifnab7

Ogre du Chaos



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   Réponse au Sujet 'Autres (Very) Short Stories' a été posté le : 21/03/03 15:09
Mouhaha trop fort !!
Ce mec à l'air génial !! Ca sent la parodie du genre dans un style pourtant sérieux qui crée un savoureux décalage.
Je me fais l'écho de Nyxl en plaidant pour une suite, quoiqu'à bien y réfléchir j'aperçois un Session #1 très prometteur.
Bravo ! * Clap clap clap*


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La plume est plus forte que l'épée. Surtout si la plume est pointue, et l'épée très courte.

A vaincre sans peril, on evite bien des ennuis !!

Il faut être économe de son mépris, étant donné le grand nombre des nécessiteux


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Skro

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   Réponse au Sujet 'Autres (Very) Short Stories' a été posté le : 21/03/03 19:44
Merci beaucoup pour tous les compliments

Citation :
Message de nyxl
Plus sérieusement, c'est tout ? Ce genre de texte demande une suite, que diantre ! :D



Et bien, pour l'instant oui, c'est tout... Et ce n'est pas pour faire mariner le lecteur, mais parce que je n'ai pas réussi à trouver le petit déclic pour la suite de l'histoire... mais ça peut venir.

La prochaine histoire devrait arriver dans le courant de la semaine prochaine...


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-= Chaos Genitor =-
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   Réponse au Sujet 'Autres (Very) Short Stories' a été posté le : 28/03/03 20:33
Chose promise, chose due, voici la session suivante de mes (Very) Short Stories fantastiques.

Celle-ci est un peu plus réaliste. Elle est un hommage à un ami, dont l'anagramme du nom est le nom du héros.

Elle s'intitule: Trente-sept degrés.


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   Réponse au Sujet 'Autres (Very) Short Stories' a été posté le : 28/03/03 20:38
(Very) Short Stories fantastique
Session # 2 - Trente sept degrés

Le chasseur avait trouvé le cadavre encore chaud, et quand la police arriva, il n'avait pas encore totalement refroidi. Il fut rapidement identifié comme celui de Jean-Daniel Carsaille, le célèbre écrivain, qui avait reçu le Goncourt quelques semaines plus tôt. La cause apparente était la plaie béante et encore saignante à l'arrière de son crâne, causée par un objet contondant comme une branche ou une massue, et qui avait écrasé la moitié du cerveau. A voir le visage détendu du mort, il avait dû être pris par surprise et mourir sur le coup.

Une enquête de routine fut quand même ouverte, et le corps autopsié, dans l'espoir d'y trouver un indice permettant d'identifier son agresseur. Mais l'examen du terrain où le cadavre avait été retrouvé n'amena rien. La zone était un terrain de chasse, et donc parcourue en tous sens par des dizaines de traces de chasseurs.

Quant à la reconstitution de l'emploi du temps de la victime, elle fut à la fois facile effectuer et déconcertante. L'auteur n'avait apparemment pas mis les pieds hors de chez lui depuis trois jours, mais son courrier avait été relevé, ses poubelles vidées, et son éditeur avait même reçu par mail la veille son dernier manuscrit, intitulé par une sorte d'humour macabre "Mort et corruption". Il n'avait pas répondu au téléphone, mais une voisine jurait l'avoir vu à sa table de travail.

Avant de s'enfermer pour ces trois jours, Jean-Daniel Carsaille avait rendu visite à quelques amis proches, tous aussi célèbres que lui : la philosophe et académicienne Brigitte Liew, auteur des Racines de la civilisation, le cinéaste Luc Godoy, dont la filmographie s'enrichissait de titres tels que Les Mauvais garçons ou Une Saison Romaine, et l'historien Charles Berling, spécialiste des civilisations précolombiennes. Tous trois répondirent sans ambages aux questions de l'inspecteur Pierre Borel, de la police judiciaire.
Leurs trois dépositions étaient semblables. Jean-Daniel Carsaille était passé les voir le mercredi précédent. Ils avaient discuté de choses et d'autres, mais Carsaille s'était montré très discret sur ses projets, comme à son habitude. L'ordre dans lequel Jean-Daniel Carsaille était allé les voir n'était pas un mystère non plus, puisqu'il avait été noté sur l'agenda du défunt, et que les trois témoins l'avaient confirmé. L'auteur était d'abord passé chez l'académicienne, puis chez Berling, et enfin chez Godoy. Le cinéaste était donc la dernière personne à avoir vu Carsaille vivant, et était par conséquent le suspect numéro un. Une suspicion de pure forme, puisque l'auteur était apparemment mort trois jours après.

****************************************
L'enquête piétinait quand Borel reçut les résultats de l'autopsie. Ceux-ci étaient tout ce qu'il y a de plus étranges. D'un côté, Carsaille semblait avoir été tué peu de temps avant sa découverte. Pour défendre cette idée, il y avait la température corporelle, la fluidité du sang, mais surtout l'absence de tous les insectes coprophages qui permettent aux entomologistes de la police de dater les cadavres avec précision. On avait même retrouvé dans son estomac les reliefs de son dernier repas, comparé à ce que l'étude de ses ordures avait pu donner. Mais quelques points ne collaient pas avec cette théorie. En particulier, l'état de certaines cellules du derme, qui étaient dans un état de nécrose avancée, et celui des viscères, dans lesquelles la flore bactérienne avait proliféré de manière plus qu'étrange. Le cadavre avait presque été mangé de l'intérieur.

D'après ce qu'on pouvait tirer de l'autopsie, Jean-Daniel Carsaille avait été un mort-vivant les trois derniers jours de son existence sur Terre.

*******************************
Evidemment, Borel ne l'entendait pas de cette oreille. Pour lui, il y avait les vivants, les morts, mais aucun état intermédiaire. Cette ambiguïté quant à la date de la mort de l'écrivain cachait quelque chose. Il y avait deux options : la maladie ou l'empoisonnement.

Le médecin, contacté, nia avoir eu connaissance de problèmes chez son patient. D'ailleurs, il avait passé son dernier check-up quelques semaines avant, et rien d'anormal n'avait été décelé. Seule la thèse de l'empoisonnement était encore valide. Seulement, qui suspecter ?

Borel décida donc d'aller voir Simon Nimin, un de ses anciens camarades de lycée, et un des plus grands spécialistes des maladies tropicales. Ca n'avait que peu de choses à voir avec ce cas d'empoisonnement, mais Nimin travaillait la main dans la main avec les plus grands chercheurs de l'Institut Pasteur. Il saurait donc l'aiguiller, à défaut de le renseigner.

Nimin le reçut dans son bureau de la Salpetrière, et fronça le nez en voyant le rapport du médecin légiste.
-Ca m'a l'air de quelque chose de bizarre, ton cas, lui dit-il
-C'est bien pour ça que je viens te voir. Tu as déjà vu un truc dans ce genre ?
-Laisse-moi le dossier et deux jours, et je pense pouvoir te tuyauter.

**************************

Quarante-huit heures après, Borel reçut un message sur son répondeur. C'était Nimin, qui lui disait qu'il avait des révélations à faire, mais qu'il ne les ferait qu'en présence des trois « suspects ». Borel organisa une confrontation dans son salon. Après les présentations, Nimin regarda avec attention Liew, Godoy et Berling. Puis il but une longue gorgée du café que Borel, qui le connaissait bien, lui avait amené, et prit enfin la parole.

-Madame, messieurs. J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle à annoncer. La bonne, c'est que je sais comment Jean-Daniel Carsaille est mort. La mauvaise, c'est que je sais qui est son meurtrier - ou sa meurtrière. Il va de soi que cette nouvelle n'est mauvaise que pour l'un ou l'une d'entre vous.

Les trois suspects se regardèrent les uns les autres, puis avec un bel ensemble, se tournèrent vers Nimin, en présentant toutes les attitudes de la dignité bafouée. Celui-ci balaya les éventuelles dénégations d'un geste de la main.

-Pas de commentaires, je vous prie, et laissez-moi continuer. Je dois même commencer par féliciter le tueur (ou la tueuse), car il(elle) n'a commis qu'une infime erreur. Jean-Daniel Carsaille a donc été empoisonné. J'ai d'abord suivi la piste des poisons accélérant la nécrose des tissus, et j'ai trouvé un mélange d'héroïne et d'arsenic. Qui est indétectable au goût quand on le mélange à un alcool, comme par exemple le vin de noix que vous lui aviez envoyé, madame...
Mais l'arsenic laisse des traces dans l'organisme, et je n'en trouvais pas dans le rapport d'autopsie. Et je vois mal une faible femme assener un coup de massue d'une telle force qu'il lui fasse exploser la boîte crânienne.
J'ai ensuite cherché ailleurs. J'ai trouvé un poison qui aurait bien collé avec l'état du cadavre, mais c'était un poison ultra-violent, et qui impose de garder le corps dans l'obscurité. Facile pour un cinéaste et photographe amateur, qui dispose sûrement chez lui d'une chambre noire. Mais comment faire pour remplacer l'auteur, pendant trois jours, lui qui vivait dans une villa surprotégée, et dont lui seul connaissait le code d'entrée ?

A ce moment, tous les regards se tournèrent vers Berling. Celui-ci, sans se départir d'un calme ironique, déclara :
-Ainsi, selon vous, c'est moi le coupable ?
-C'est cela. Vous avez utilisé un dérivé du curare, qui a la particularité de ne laisser aucune trace dans l'organisme, et d'agir assez lentement. Vous vous êtes ensuite caché dans la voiture de Carsaille pendant qu'il était chez Godoy, et vous avez ainsi pénétré chez Carsaille. Quand celui-ci est mort, il ne vous restait qu'une chose à faire : maintenir la température corporelle. Vous avez lavé le corps pour éviter une prolifération bactérienne externe, puis l'avez mis dans un sac étanche, que vous avez mis dans un bain maintenu à température constante. Puis vous avez tenu son rôle pendant trois jours, avant de lui fracasser le crâne et de l'abandonner dans la forêt. J'ai vu juste ?
-A un détail près, le sac. C'était un vieux sac à couette, dans lequel on peut faire un certain vide en y adaptant le tuyau d'un aspirateur. Et où est mon erreur ?
-Si vous aviez tout effectué parfaitement, personne n'aurait rien pu prouver, et c'est l'atout de ce poison : tant que le corps est maintenu exactement à la température corporelle, rien ne se passe, ni nécrose des tissus, ni prolifération de la flore intestinale. C'est là que vous avez commis votre erreur. La température extérieure d'un corps n'est pas trente-sept degrés, mais environ trente.
-C'est bon, je suis battu. Passez-moi les menottes, inspecteur.

Le temps pour Borel de reprendre ses esprits, il passa les menottes à Berling, et l'emmena vers le fourgon qui attendait plus bas dans la rue. Au moment de passer la porte, l'historien se retourna vers Nimin:

-Vous voulez connaître le mobile ?
-Le mobile m'importe peu. Seule compte pour moi la méthode. D'ailleurs, vous êtes vraiment atroce d'avoir poussé la minutie jusqu'à lui enfoncer un déjeuner dans l'estomac.


Dernière mise à jour par : skro9899 le 28/03/03 20:49

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